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Le Maître Chanteur [Dandelion ~ Clarence Hightower]

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Message Ven 9 Déc 2011 - 22:01

La journée n'avait pas si mal débuté. Le beau temps était, comme toujours, au rendez-vous, ce qui n'avait rien de surprenant étant donné que les contrées verdoyantes se trouvaient, comme le reste de Westeros, baignées par une canicule que d'aucun disaient sans précédent de mémoire d'homme. Quand il s'éveilla, couvert d'un drap mité, de vin clair et de béatitude, Dandelion se remémora la nuit très agréable qui précédait cette aube chatoyante et routinière. Où avait-il trouvé cette gazelle qui dormait encore à ses côtés, dans cette paillasse inconfortable qui lui servait de lit ? Peut-être dans à l'auberge du Mal Rasé, ou peut-être non loin de la Citadelle ? Il l'ignorait et c'était de bien loin de la cadet de ses soucis, la gazelle serait bientôt très loin de lui, dans son cœur comme dans sa mémoire. Courbaturé, il plongea ses mains dans une barrique pleine et s'aspergea le visage à grandes eaux – cela suffirait à sa toilette matinale. Quand il revint vers sa couche et la malle éventrée où traînaient ses affaires, la demoiselle avait disparu. Sa rapidité étonna le ménestrel qui ne s'en formalisa guère, il avait l'habitude de ces rituels de l'aurore, sorte de parade post-nocturne qu'il connaissait et dansait depuis longtemps déjà. Dandelion se demandait souvent où partait ces naïves jouvencelles quand elles quittaient sa mâle compagnie. Rentraient-elles chez leurs parents inconscients d'avoir laissé leur fille chérie en présence d'un voleur qui ne rend jamais ce qu'il prend à force de soupirs ? Avaient-elles besoin de retrouver la chaleur tendre d'un foyer ignorant de leurs excès, de leurs vices ? Ces pécores avaient-elles seulement un foyer ?

Plus tard, après avoir pris un maigre encas dans la taverne où il logeait ces derniers temps, Dandelion s'habilla d'un sourire et de bonne humeur, il mit les voiles en direction de la Grand-Tour de Villevieille où l'appelait sa mission du moment. Ce n'était rien qu'il n'eût déjà fait par le passé : espionnage, infiltration, discrétion, furtivité... autant de choses qu'il connaissait sur le bout des doigts. Il avait appris bien des choses durant ses voyages, et quoi de plus naturel que d'user d'expériences passées pour les occupations présentes comme futures ? Il avait reçu ses ordres quelques mois auparavant et ceux-ci étaient clairs : il devait se faire connaître de quelques uns des membres les plus importants de la famille Hightower de Villevieille, et à cette fin il avait pris ses quartiers dans la ville antique depuis un temps suffisamment long pour y avoir pris ses marques et ses repères. Villevieille était une cité grandiose, plaisante, quoique très minérale... mais par dessus tout, elle était éclairée : ses habitants, même les plus humbles, avaient pour l'art et les techniques une grande déférence, et la présence de l'imposante Citadelle des Mestres n'y était certainement pas pour rien. Dès son arrivée en ville, Dandelion avait été reçu avec chaleur et bienveillance par les notables locaux qui ne manquèrent pas de louer son talent et sa musique. Déjà le jeune homme savait qu'il lui serait facile d'être reçu par le maître de la Grand-Tour, alors quand il se présenta à celui qui serait son « contact » au domicile des Hightower, tout s'annonçait sous les meilleurs augures. Il fut très rapidement introduit auprès d'un intendant, lui aussi de mèche, en charge de l'ordre du jour des pétitions présentées à la cour de Clarence Hightower...
 « Suivez-moi, et ne touchez à rien. J'espère que vous êtes préparé, mes maîtres veulent vous entendre à l'heure du repas. » Le ton était assez sec, mais sans animosité. Le vieillard était sans doute très occupé et n'avait pas une minute à lui, si bien qu'il désirait peut-être expédier le cas Dandelion pour aller s'affairer à des tâches plus urgentes. Après tout, ce n'était pas comme si les temps présents n'étaient pas troublés... Pressant le pas à travers un dédale de couloirs, il le conduisit jusqu'à une sorte de salon, ou peut-être était-ce une chambre ?  « Restez ici, ne bougez pas, quelqu'un viendra vous chercher. Ne volez rien. » Le vieillard disparut dans un claquement de porte, mais Dandelion l'avait déjà oublié, curieux qu'il était de découvrir où il se trouvait. La salle était plutôt haute sous un superbe plafond à caissons ouvragés, meublés chichement mais avec goût : il y avait là une table basse et ronde, un grand cabinet à quatre portes, quelques fauteuils épais et un grand lit en méridienne, de ceux dont nul ne voudrait se lever quand vient le jour nouveau. Combien de temps allait-il attendre ? Soucieux de ne point s'ennuyer, Dandelion traîna sa besace sur la table et en dégagea a lyre qu'il inspecta. Celle-ci sonnait étrangement faux ces derniers temps, de cette fausseté que seul le spécialiste peut saisir tant la nuance est infime, mais elle était atroce à l'oreille du barde qui, contre mauvaise fortune bon cœur, décida de ne jouer pour la cour de Villevieille que de sa voix et de son luth, dont le son était merveilleusement juste. Il s'intéressa un long moment à sa lyre, dans le but de lui rendre son harmonie, et il y parvint après quelques efforts de doigté et de concentration, mais il ne prendrait aucun risque aujourd'hui... si accueillant soit-il, le public de Villevieille n'en demeurait pas moins l'un des plus susceptibles de ce monde ! Très ouvert, mais aussi très critique, s'il n'est pas avéré qu'il a l'oreille musicale, il est toujours très sûr qu'il a la langue assez bien pendue et le bras assez long pour vous ternir une réputation à tout jamais. Naturellement ce sont des considérations bien vaines et qui ne concernent que peu de monde, mais c'est bien assez pour angoisser n'importe quel artiste de passage en ville, fût-il de grand talent. Bien qu'il fût devant les Sept un grand tire-au-flanc, Dandelion n'en était pas moins sensible à la nécessité de toujours tenir le haut du pavé musical partout où il va et se produit. « Tiens, je n'avais pas vu qu'une petite collation m'attendait... »Sur la table, une corbeille d'osier exhiber fruits et légumes à la manière d'une nature morte, et Dandelion ne se gêna pas pour saisir et croquer une pomme à pleine dent.

Près de trois heures plus tard, le même intendant grisonnant vint le chercher.
 « Venez, restez près de moi et en silence. Ne parlez que lorsque vous y êtes invité. » Dandelion ne partit point sans son luth. Sur le chemin, il ajouta d'une voix neutre et lasse: «Vous serez invité à notre cour pour quelques jours, mais cette durée est susceptible de varier selon l'opinion que mes maîtres se feront de vous. Vous avez tout intérêt à leur plaire, croyez-moi. Durant votre séjour, vous logerez dans l'espace où vous avez patienté quelques heures durant. Vous prendrez vos repas avec les chambellans de la Tour, je vous indiquerai où les retrouver. Voilà, nous y sommes. Jouez pour mon maître Clarence Hightower jusqu'à ce qu'il vous offre de prendre congé. Là, vous aurez quartier libre, et vous savez ce que vous avez à faire. » Et l'intendant de disparaître aussi rapidement qu'il était apparu, après avoir toqué faiblement à la porte... était-ce une manie courante, par ici ? La double-porte s'ouvrit sur un vaste salon d'apparat comme il en existe peu dans les royaumes. La salle était circulaire, percée de grandes fenêtres et bordée d'impressionnantes colonnes d'une teinte étonnamment blanche. Une grande crédence à la forme emprunté élevée s'illustrait de nombreux motifs décoratifs pour les incrustations témoignant d'une interprétation fantaisiste du passé, mais toujours puisés dans les récits et légendes des contrées verdoyantes du Bief. Plusieurs consoles tournaient autour de la pièce comme autant de rayons d'un même soleil, exhibant coupes et plats d'argenterie chargés de victuailles pour les convives assis au centre sur de hauts fauteuils en noyer sculpté et partiellement doré, avec dossier et fond garnis de cuir, de forme droite et rigide mais confortable et moelleux dans leur assise, eux-mêmes autour d'une petite table ronde à plateau de marqueterie et au fût central reposant sur un socle triangulaire tripode à griffes de lion, les bords incrustés d'appliques de bronzes taillés de motifs floraux et végétaux. Et parmi tous ce mobilier d'un luxe inouï pour l'époque, trônaient fièrement quatre personnes, respectivement deux femmes et deux hommes. « Approchez, approchez, nous vous attendions. »

Fort heureusement pour lui, Dandelion n'avait pas perdu l'habitude de ces procédés très particuliers, de ces mises scènes dont les membres de l'élite sociale parfois raffolaient. Il avança de quelque pas avant de s'incliner d'une profonde révérence. « J'avais hâte de vous voire, et de vous entendre, maître Dandelion. Ma sœur prétend que vous avez un grand talent, et c'est une chose qu'elle et moi apprécions. Désirez-vous manger ou boire quelque chose, avant de nous honorer d'une prestation ? » Dandelion avait l'habitude des accueils chaleureux et enthousiastes, mais c'était bien la première fois qu'on lui proposait sans ambages la viande et la boisson ! S'agissait-il d'un piège ? Ces Hightower – s'il s'agissait bien d'eux, et non de leurres placés sur l'échiquier pour l'induire en erreur et le confondre – étaient vraiment d'un genre particulier... Dandelion, lorsqu'il avait reçu ses ordres concernant cette famille, s'était renseigné à leur sujet et il s'était laissé dire que la fratrie comptait parmi les plus énigmatiques et les plus étonnantes de tout Westeros... « Ma dame est généreuse, mais j'ai bien assez de votre compagnie pour y puiser toutes les forces et toute l’inspiration nécessaires à la musique que je m'apprête à vous offrir. » La demoiselle ne put s'empêcher de rire en chuchotant quelques phrases à l'attention de son frère, bribes d'une remarque que Dandelion ne put entendre.


Dernière édition par Dandelion le Mer 14 Déc 2011 - 22:39, édité 1 fois
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Clarence Hightower
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Message Sam 10 Déc 2011 - 14:33

Victoria Hightower était une lady respectable, un modèle de distinction et de raffinement à l'image de ces roses qui ne poussent qu'au sol riche et précieux des célèbres jardins du Bief. Très coquette, elle ne lésinait point en dépenses de toilettes et de chiffons, s'attirant parfois les reproches de ses parents, plus modestes, ou moins intéressés par ces questions superficielles et badines. Très éclairée, elle ne cessait d'étonner son frère Clarence et ses anciens compagnons de la citadelle car en dépit de son manque d'érudition... qui peut rivaliser avec un Mestre sur le terrain de l'érudition, sincèrement ? Toujours est-il qu'en dépit de ces lacunes communes à bon nombre des demoiselles de l'époque, elle n'en demeurait pas moins capable de tenir une conversation sérieuse et surtout, de mobiliser son esprit à l'intérêt et l'écoute attentive des choses élevées que des générations de savants et d'artistes ont produit et produiront encore. Ainsi quand elle apprit que les remparts de Villevieille accueilleraient bientôt un barde qui avait été reçu et félicité à Lys, entre autres hauts lieux mondains de l'élite, Virginia sut au fond d'elle-même qu'il leur faudrait faire un effort pour le recevoir à la Grand-Tour. Toutefois, elle hésita à en parler immédiatement à son frère Clarence, toujours tant occupé à tant de choses. Victoria n'était pas Virginia, sa sœur, demoiselle aussi à l'aise avec la politique qu'un poisson l'est dans l'eau, aussi avait-elle quelques scrupules à se présenter à son frère pour lui parler d'un musicien de grand talent qu'il serait de bon goût d'inviter à la Tour. Son trouble était tel qu'elle y pensa longtemps, fit souvent les cent pas, s'assit, se leva, se rassit, se releva, brossa ses cheveux à l'aide d'un peigne de corne, tourna en rond dans les couloirs avant d'enfin prendre la décision d'interrompre son frère qui, comme à son habitude, s'occupait aux affaires politiques de Villevieille. Clarence ne manifesta pas la moindre émotion à l'annonce de sa sœur, qu'il gratifia d'un sourire énigmatique et de son approbation : ils recevraient le ménestrel tant attendu le surlendemain, à l'heure du déjeuner.  « Je te fais confiance, ma chère sœur, je suis sûr que ce Dandelion est un artiste de grand talent. » disait-il avec malice en remettant à sa sœur le soin d'organiser ces réjouissances à venir, chose qui l'honora certainement, car Virginia était de ces personnes très douées pour la préparation d'événements mondains. De plus, Clarence avait tout intérêt à ne pas s'intéresser de trop près à ces préparatifs, entre autres parce que des affaires plus urgentes nécessitaient toutes son attention : la menace fer-née demeurait toujours sa priorité absolue, mais la dernière annonce d'un rapprochement entre Hautjardin et Castral Roc n'était pas de nature à l'indifférer. L'oeil de la Grand-Tour portait son regard partout dans le monde, mais Clarence savait qu'il lui faudrait accorder un surcroît d'attention aux prochains événements touchant de près les affaires de ses suzerains et parents les Tyrell. N'était-il pas leur vassal, après tout ? Toutefois, la venue d'un barde et de ce barde en particulier serait bien sûr de nature à distraire le jeune homme de ses préoccupations parfois si pénibles.

Quand ce jour arriva, rien ne différait des précédents, à ceci près que le jeune homme avait très peu dormi. Son grand-père, toujours alité et muet, avait été pris dans la nuit d'une crise de convulsions qui manqua de l'envoyer dans la tombe – résultat que Clarence avait appelé de ses vœux et de ses prières. Hélas, le grand événement tant attendu n'était pas pour tout de suite, aussi devrait-il se contenter d'un bon repas et de bonnes musiques en compagnie de trois de ses collatéraux venus exprès à sa demande. Charles, dans son uniforme de capitaine de la garde de la Tour, était déjà là, debout près d'une fenêtre, jetant son regard sur Villevieille dont on pouvait voir les artères et les ramifications en contrebas de l'édifice ; on voyait également le fleuve et son estuaire, serpentant en de nombreux canaux à travers le cœur de la ville. Quand il vit son frère, il le salua avec affection et partagea avec lui ses inquiétudes au sujet de leur sœur Virginia et de son goût trop évident et prononcé pour les « futilités de ce monde ».
 « Quelle joie, mon cher frère, de constater à quel point tu fais honneur à ta réputation d'ignare et de malpropre... » Virginia était entrée dans la pièce sans s'annoncer, suivie de Victoria qui étouffait un gloussement amusé. « Ce que je veux dire, c'est que nous avons mieux à faire que d'ouvrir notre porte à tous les mendiants joueurs de pipeau de notre ville, Virginia... » De toute évidence, Charles n'était pas très heureux d'être coincé ici avec ses frère et sœurs pour un concert privé. Cela n'échappa point à Victoria qui s'empressa de venir au secours de sa sœur, qui n'en avait guère besoin du reste...

«  Charles, celui-ci n'est pas n'importe quel musicien de pacotille, et je te rappelle qu'il n'est pas l'unique objet de notre réunion.

– Victoria a raison, je n'aurais pas permis à Virginia de vous déranger si l'affaire n'était pas importante. Installons-nous, voulez-vous, et profitons un peu du temps passé ensemble. Ne sommes-nous pas membre d'une même et belle famille ? 
»

Clarence avait dit cela sur le ton de la plaisanterie, mais au fond de lui, il le pensait véritablement. Les chamailleries perpétuelles de ses collatéraux l'amusaient et le distrayaient, mais il ne tolérerait jamais qu'elles excédassent les puériles gamineries habituelles. Bientôt chacun d'entre eux se marieraient et s'éloigneraient de la Tour, pour aller servir ailleurs ses intérêts, alors sans doute était-il de son ressort de maintenir unis ces enfants capricieux et turbulents.

«  Où sont Calvin et Valencia ?

– Calvin s'entretient sans doute encore avec l'un des mestres de la Citadelle, ces énergumènes peuvent être si bavards... et Valencia a fait une mauvaise chute hier soir, elle ne quittera pas sa chambre et le repos avant plusieurs jours.

– La pauvre doit s'ennuyer à mourir, elle qui aime tant vagabonder un peu partout...

– Tu parles, elle doit en profiter pour prier, pour prier et... pour prier, elle ne sait faire que ça.

– Virginia, sois gentille, c'est tout de même de ta sœur que tu parles.
»

Tous éclatèrent de rire. Il allait de soi qu'ils souhaitaient tous à leur sœur Valencia un prompt rétablissement, mais comme nul ne l'ignore, les absents ont toujours tord. Tous assis sur des fauteuils très confortables, ils pouvaient commencer leur petite réunion de famille. Ils partagèrent les boissons et les victuailles que des domestiques infatigables avaient disposé sur les consoles et les guéridons qui meublaient le salon. Charles avait plusieurs nouvelles, ni trop bonnes ni trop mauvaises, rien qui ne nécessita l'attention urgente de son frère. Certes, l'un des septons attachés au service de la maison Hightower avait été retrouvé mort, mais le meurtrier avait également été retrouvé et arrêté, jeté dans la fosse et enfin mis à mort sans qu'on eût pu lui soutirer le nom du commanditaire de l'assassinat, s'il existait, car le criminel était un muet. Victoria, quant à elle, fit l'étalage des derniers résultats de sa correspondance avec quelques unes de ses amies à travers le monde, mais les nouvelles de Port-Réal était insuffisamment étayée pour tirer des conclusions probantes de ce qu'elle avait appris. Virginia, pour sa part, ne parla jamais que du ménestrel qu'ils écouteraient bientôt. Entendu à Lys, à Port-Lannis, à Port-Réal et, à l'en croire, partout où l'oreille de l'initié sait se tendre, elle ne tarissait pas d'éloges à l'égard de ce Dandelion. Clarence demeurait silencieux. Virginia leur rafraîchissait la mémoire : ce barde était passé quelques années auparavant à Villevieille, et ses quelques amies qui eurent le plaisir et l'opportunité de l'entendre en parlaient encore aujourd'hui avec emballement et transport.

«Alors nous avons bien fait de le faire venir à nous. Ne sommes-nous pas d'ailleurs les protecteurs des arts, des lettres et des savoirs ? N'avons-nous pas le devoir d'éclairer le monde comme nos ancêtres le firent avant nous, comme le brasier qui illumine le haut de notre tour éclaire les navires qui sillonnent les mers avoisinantes ? Allons, laissons pour un moment la guerre et la politique à ces barbares que le fer et l'acier excitent, et goûtons à la langue des dieux. Qu'il entre.»

Comme toujours, la mise en scène était parfaite. Deux valets s’avancèrent pour ouvrir les doubles portes du salon, et Dandelion entra dans l'arène. Victoria s'empressa de le mettre à l'aise et comme annoncé, le barde ne manqua point d'un certain répondant qui fit sourire Clarence. Dandelion était bel homme, et plutôt soigné pour un rôturier, chose à laquelle Clarence ne pouvait demeurer indifférent.

« Dîtes-moi, mes sœurs, que voulez-vous entendre ?

– Pourquoi pas un air tendre et guilleret ?

– Je préférerais une chanson à boire, mais vu que mon avis ne compte pas...

– Allons, Charles, je croyais que la musique t'indifférait ?

– C'est le cas, mais je suis coincé avec vous, alors autant en profiter, non ?

– Un peu de tenue, s'il vous plaît, nous avons un invité. Maître Dandelion, veuillez pardonner les enfantillages de mes collatéraux. Choisissez ce que vous allez chanter pour nous.
»

La voix de Clarence, d'un calme olympien, suffit à taire celle de ses sœurs et de son frère. Ils s'immobilisèrent et portèrent tous leur regard sur le barde qui, debout devant eux, était peut-être impressionné par cette rencontre à la fois informelle et pourtant lourde de sous-entendus et de risques pour lui. Nous connaissons le sort tragique qui attend parfois les musiciens qui ont le mauvais goût de déplaire à l'oreille qu'un seigneur capricieux peut leur tendre... Clarence, un peu sadique, s'imaginait que peut-être le ménestrel éprouvait de la crainte à ainsi se jeter dans la gueule du loup. Cette pensée coupable était un brin jubilatoire.


Dernière édition par Clarence Hightower le Mer 14 Déc 2011 - 22:31, édité 2 fois
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Message Sam 10 Déc 2011 - 22:28

S'il avait écouté la petite voix qui murmurait à son oreille, la muse qui le suivait depuis tant d'années déjà, Dandelion aurait choisi une chanson célébrant la famille et ses vicissitudes, les mariages, les naissances, les anniversaires, les décès, les crimes fratricides... tous ces événements qui font le sel de la vie. Les quatre « collatéraux » auraient pu le faire rire, et si Dandelion avait été incapable de contrôler ses humeurs, il eût beaucoup ri de leurs petites scènes, qu'il devina fréquentes et sans cesse renouvelées. Quelle famille détonante formaient les Hightower, tout de même ! Il en avait entendu de bien belles à leur sujet, mais il se garderait bien de partager ces ragots avec eux, il était là pour les divertir et non pour les irriter. Pour autant... la fraternité n'est-elle pas l'expression la plus fameuse de l'amour, du respect et du partage ? Les liens fraternels ne sont-ils pas en effet sacrés et exaltés dans toutes les traditions divines ? Les Targaryen eux-mêmes n'ont-ils pas vu dans les unions incestueuses le moyen le plus pratique et le plus direct de matérialiser l'indissoluble unité, l'indissoluble complémentarité de leur dynastie ? L'intimité et l'indéfectibilité du lien ne sont-elles pas établies pas le sang, substance sacrée, substance essentielle par nature ? Les gémellité n'était-elle pas d'ailleurs l'expression la plus parfaite de cette réalité ? Dans toutes les chansons, les récits et les légendes qu'il connaissait, le frère est l'ami, l'allié et le confident, ces mêmes vertus s'appliquant indifféremment à la sœur. Mais bien que les rapports de fraternité établissent toujours une union inconditionnelle, solide et authentique car née dans le sang, ils révèlent parfois rivalités meurtrières, haines et jalousies destructrices qui prennent fin également dans le sang. Parfois les trahisons et les incompatibilités sont nombreuses, et les frères et sœurs deviennent ennemis mortels. N'est-ce pas ce que nous enseigne l'histoire de la dynastie régnante, depuis ses origines et jusqu'à il y a peu, quand la Rébellion Feunoyr embrasait le continent ? Combien d'hommes et de femmes, frères et sœurs de sang, furent jetés des deux côtés du champ de bataille pour plonger dans la lutte avec l'acharnement de l'incompréhension et la rage du désespoir ? Pourtant, et très souvent, les frères et sœurs se trouvent confrontés aux mêmes épreuves. Même dans l’hostilité la plus vive, l'union est toujours là, singulière et tangible, lien éternel et jamais rompu, maintenu par l'amour comme par la haine : si le lien parfois se tord, il ne se brise jamais.


Allait-il pour autant chanter une chanson sur la fraternité ? Le thème était peut-être trop grave, trop solennel, trop sérieux pour l'occasion qu'on lui donnait de chanter librement.
 « Avec votre permission, je vais chanter cet air qui fit ma renommée auprès de la famille Ormollen de Lys. Vous connaissez peut-être le titre : « et vous êtes jolie ». C'est une chanson qui parle à tous, car elle puise au cœur de tous, paysans et seigneurs, féodaux et affranchis, son inspiration. » Cet air bellâtre et léger ferait certainement l'affaire pour débuter. « Je vais vous chanter ces conseils qu'on donne aux jeunes filles, de profiter du temps tant qu'elles ont des fleurs la fraîcheur et la beauté... Allons, musique ! » Dandelion ajusta son luth, prit le ton, et après un instant qui parut peut-être durer plusieurs éternités, il jeta ses doigts sur les cordes, et l'air put commencer. La musique du luth était entraînante, voire entêtante, mais légère comme l'est le murmure du vent. Puis, après quelques mesures d'introduction pour annoncer le thème et ses futures déclinaisons, la voix de Dandelion s'éleva pour allier à la clarté des notes grattées sur les cordes la profondeur d'une voix mâle et claire. « Venez, mon enfant, regardez par ici... Vous êtes coquette et vous êtes jolie... Vos cheveux sont d'or et vos joues sont rosies... les garçons sur vous posent des yeux transis... »Ce premier couplet servit d'introduction, car suivait un passage exclusivement joué au luth, animé d'un phrasé musical d'une grande complexité, pour mieux annoncer le couplet prochain. « Allez, approchez, et croquez dans le fruit... Vous êtes si jeune et vous êtes jolie... Mais comme les fleurs se fanent dans la nuit... Votre teint d'albâtre bientôt sera gris... » Fuguant sur les cordes de son instrument, Dandelion éteignit sa voix dans un lent decrescendo qui s'enfonçait dans les lignes mélodiques qui s'échappait, plaintive, de la caisse de résonance de son luth. Comme il improvisait quelque peu pour varier l'ostinato rythmique qu'il ne pouvait ignorer, son regard allait se promener sur chacun des membres de son public, pour s'attarder avec un sourire et insistance sur le visage de Clarence Hightower qui ne le quittait pas des yeux. Tout en jouant de ses doigts sur son luth, Dandelion s'interrogeait. Ainsi, c'était lui, le maître à bord de ce grand navire... il n'était pas trop mal conçu, pour un fils de la Tour... Et il n'avait pas l'air si terrible, en dépit de cette terrible réputation qu'il se traînait dans sa propre cité... Celle-ci était-elle autre chose qu'une fumée noire mais sans consistance, qu'un fétiche maudit agité par ses détracteurs pour souiller son blason et celui de ses proches ? Dandelion avait entendu dire que Clarence Hightower n'était le premier né de sa fratrie, et qu'il ne devait sa place à la tête de sa famille qu'à la mort prématurée de son frère aîné et de son père... Les notables de Villevieille le dépeignait comme un jeune homme capable et éclairé, mais perfide, voire cruel, assoiffé de pouvoir et nullement réfractaire au vice et au mensonge. D'autres plus modérés le dépeignait avec douceur comme un homme intelligent et visionnaire, mais goûtant trop au luxe et à la débauche qu'offre sa position. Tous en revanche lui prêtaient de nombreuses aventures avec de très nombreuses personnalités de l'aristocratie de Villevieille, et regrettaient amèrement qu'il fût mêlé à tant de rumeurs vicieuses et laides, souillant pour longtemps la réputation de qui y trempe. Dandelion de son côté ne voyait pas où était le problème, si Clarence Hightower était un bon vivant et un pervers, c'était plutôt à ajouter à son crédit, mais cela n'avait aucune espèce d'importance, car déjà devait reprendre les paroles. « Voyez, mon enfant, ce garçon vous sourit... Il est si charmant et vous êtes jolie... Allez, suivez-le jusque dans le maquis... Demain la vieillesse aura fait votre lit... » L’œil brun de Dandelion croisa l’œil de Virginia qu'il gratifia d'un sourire charmant, avant de reprendre le chant. « Adieu, mon enfant, je m'en vais loin d'ici... Je ne suis personne et vous êtes jolie... N'oubliez jamais que pour tromper l'ennui... Il faut sans arrêt profiter de la vie... »Ainsi s'achevait la chanson, dans une dernière phrase mélodique emportant les charmes de la demoiselle sur le destrier d'un rythme qui s'attarde et puis se meurt dans le silence tendu qui suit la prestation du musicien.

Après quelques instants, des applaudissement rompirent le silence, et Dandelion s'estima satisfait. Les deux hommes avaient sans doute plus de retenue et de mesure, mais les deux demoiselles battaient des mains à tout rompre, mais avec le charme et la distinction qui leur étaient propre. « Bravo », répétaient-elles avec un enthousiasme qui invitait Dandelion à chanter encore. Il n'en fit rien cependant, il préféra s'incliner avec narcissisme et contentement. « Une magnifique prestation ! Qu'en penses-tu, Charles ? »Victoria était narquoise. Dandelion appréciait cela, surtout chez une femme. « Je dois reconnaître que ce drôle d'oiseau à du talent. » Venant d'un illustre inconnu membre de la soldatesque, ce compliment avait une saveur particulière. « Ne vous avais-je pas promis du grand art ? » Très satisfaite, Virginia croquait dans un fruit que Dandelion n'avait jamais vu, et n'en était que plus flatté. Mais naturellement, le seul avis qui comptait réellement était sans doute celui de Clarence Hightower, mais Dandelion ne doutait pas une seconde d'avoir tapé dans l'oreille ou dans l’œil du seul maître à bord de l'étrange navire où tous tanguaient, suspendu au bon vouloir des Sept.




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Message Dim 11 Déc 2011 - 22:55

Ses sœurs exprimèrent leur enthousiasme et même Charles dut reconnaître le talent du musicien qui se produisait devant eux, sans filet ni honte. La chanson n'avait rien d'exceptionnel, Clarence ne la connaissait point mais il s'agissait très certainement d'une de ces comptines qu'à travers le monde les mères susurrent à leurs filles quand celles-ci s'en vont au lit pour dormir et rêver à l'avenir. Il y avait du vrai dans ces paroles, malgré tout, car la jeunesse est un présent qui fâne aussi vite que dépérissent les fleurs de nos jardins, et quand les derniers pétales se flétrissent, ne reste plus rien de la jouvence et de la grâce du corps qui n'a plus qu'à vieillir dans le silence et la génuflexion. Combien de fois Clarence avait-il usé de son éloquence pour amener les victimes de ses jeux luxurieux à s'offrir à lui sans honte ni regret, sous le prétexte fallacieux de la nécessité urgente de profiter de la vie tant qu'elle offrait ses fruits ? « Cueillez, cueillez, cueillez tant que vous le pouvez ! » avait-il si souvent répété à tant de malheureux et malheureuses. Il n'en éprouvait aucune honte. Qu'est-ce que la honte, d'ailleurs ? Qu'est-ce que la honte sinon cette crise d'urticaire morale, cet effet d'opprobre qu'entraînent les faits et les actions douteuses qui viennent comme des bubons chapeler les convenances et les normes sociales ? La honte est laide, couverte de furoncles aux sécrétions peu ragoûtantes. La honte est cloacale, repoussante, elle l'est d'autant plus qu'elle est très souvent inavouée, larvaire, embryon fétide et gémissant : la honte est ce crapaud qui étreint le cœur et vomit dans la gorge.

Mais Dandelion n'avait point à rougir de sa prestation. Clarence, avec lenteur, éleva ses mains et applaudit, un large sourire découvrant la blancheur douteuse de ses dents. L'idée de sa sœur Virginia était finalement excellente, ce barde allait détendre l'atmosphère et égayer leur esprit pendant qu'ils discuteraient de choses légères et d'affaires importantes...
 « Continuez ainsi, maître Dandelion, et votre fortune sera faite en moins de temps qu'il ne faut pour monter toutes les marches de la Tour... et les Sept savent combien celles-ci sont nombreuses. » C'était un euphémisme. Il y avait dans cet édifice gigantesque un nombre impressionnant d'escaliers de toutes les sortes, tant la distance entre la base et le sommet se montrait grande. On pouvait d'ailleurs se demander ce qui avait conduit les Hightower à chercher ainsi l'élévation atmosphérique... Pourquoi avoir construit ce pont vertical entre la terre et le ciel ? Pourquoi avoir taillé dans la pierre de Villevieille ce désir ascensionnel d'aller crever les nuages, d'aller caresser les étoiles ? L'édification fut longue et périlleuse, pour aboutir à ce monument d'orgueil et d'architecture... à croire que les Hightower ont trouvé dans la construction d'une tour gigantesque un moyen de compenser une infériorité congénitale ? Cette pensée aurait pu arracher un sourire à Clarence s'il n'avait été en bonne compagnie. Mais de son point de vue, il n'avait rien à compenser, bien au contraire, il s'honorait de son illustre ascendance. Les Hightower n'avaient plus rien à prouver, ils traversaient l'histoire comme le grand phare qui leur servait de domicile séculier : stoïque, imperturbable, inébranlable, austère, patient, tranquille et éternel. Peu d'importance avaient les troubles du moment, les événements se suivent et se ressemblent, et tant qu'il y aurait un Hightower en la Grand-Tour, les chemins du monde demeureraient éclairés ! Clarence saisit une grappe de raisins et en porta quelques uns à sa bouche. Son visage se fendit d'une grimace, car ceux-ci étaient particulièrement peu goûteux. C'était encore une des conséquences de cette sécheresse, certains fruits perdaient de leur saveur. Clarence n'écoutait pas ses frère et sœurs, mais il revint malgré tout à leur conversation, sous les yeux du barde qui peut-être s'impatientait.

 « Clarence, je veux absolument que nous réinvitions ce ménestrel demain.

– Je suis d'accord avec Victoria, il pourrait venir chanter quand le Sénéchal est les Archimestres viendront nous présenter leurs hommages. Sa musique et son talent seront du plus bel effet, je suis sûre qu'il sera très remarqué.

– Tu fais bien de me rappeler que nous recevons demain ces illuminés, cela me donnera un prétexte pour déserte la Grand-Tour et visiter n'importe quelle taverne, pourvu qu'on y serve l'excellent vin de nos voisins.

– Ce comment n'était nullement nécessaire, Charles. Je te rappelle que les mestres de la Citadelle sont en ce bas monde nos alliés et nos amis, depuis toujours. Tu seras présent quand nous les recevrons, et tu auras pour eux tout le respect et tous les égards qui leurs sont dus. » 


Charles ne se risqua pas même à murmurer sa désapprobation. Celle-ci était irrecevable. Il était encore un enfant capricieux, et c'était à Clarence qu'il incombait de le rappeler à l'ordre. N'était-ce pas son rôle en tant que frère aîné ? Ce n'était certes pas la facette de son devoir fraternel qu'il préférait, mais Clarence s'employait à l'intransigeance la plus stricte, afin que jamais aucune erreur ne vînt souiller la réputation déjà entachée de leur famille.


 « Si Dandelion n'a rien de mieux faire, il peut rester quelques temps parmi nous. Nous avons bien assez de place pour le loger, bien assez de victuailles pour le nourrir et bien assez d'occasions pour l'écouter.

– Je suis sûr que tu ne le regretteras pas, mon cher frère !

– D'ailleurs, Calvin et Valencia sont-ils seulement en retard ou ont-ils décidé d'esquiver cette réunion ?

– Peu importe, Charles, nous pouvons bien commencer sans eux. Dandelion, jouez pendant que nous discutons, voulez-vous ? » 


Cette demande ne souffrait naturellement aucune espèce de discussion. Clarence n'était pas de ceux qu'il était possible de contredire avec aisance. Tout, jusque de le ton de sa voix, invitait à l'obéissance la plus inconditionnelle. Ils discutèrent quelques minutes, grignotèrent, le tout en musique.


 « Alors, comment vont nos chers cousins Merryweather de Longuetable ? Je me suis laissé dire que Rupert avait montré des prédispositions pour l'équitation ?

– En effet, il fait la fierté de son père, lui-même excellent cavalier. D'ici quelques années, il surpassera tous ses adversaires à la joute, cela ne fait aucun doute.

– Il viendra bientôt nous rendre visite, j'ai reçu une lettre de notre tante Eleana. La pauvre m'a écrit ses derniers malheurs, savez-vous que la chaleur lui fait perdre ses cheveux ?

– Vraiment ?

– Oui, elle en est très attristée d'ailleurs, elle comptait être la plus belle pour le mariage tant attendu à Hautjardin, mais elle craint de devoir revoir ses plans...

– Comme si cette chèvre pustuleuse pouvait espérer attirer l'attention de qui que ce soit...

– En effet, je peine à croire que nous soyons parents...

– Je suis plutôt d'accord. Même notre tante Selyse a plus de charmes... » 

– Peut-être devrait-on la faire venir ici et nous occuper de l'embellir... Longuetable n'est certainement pas aussi bien approvisionné que notre ville, pour tout ce qui touche à nos toilettes...

– Malgré tout nous ne sommes pas là pour parler chiffons et cotillons. Laissons cela aux Tyrell. 

– Le cérémonie du mariage d'Aliénor Lannister avec Tristan Tyrell occupe les conversations de tout le monde et par les temps qui courent, c'est une bonne chose, cela nous distrait un peu du marasme de la guerre...

– C'est regrettable, je trouve. On ne devrait avoir d'autres priorités que de régler leur compte à ces barbares échappés hors de leur archipel.

– Tu n'as pas tout à fait tort, et c'est pourquoi je me tiens à l'écart de l'effervescence mondaine qui se diffuse au cœur de notre royaume. » 


La musique de Dandelion avait meublé leur discussion mais celle-ci s'achevait et il s'agissait de garder le ménestrel à l'aise.


 « Et vous, Dandelion, avez-vous entendu parler de ce mariage ? Qu'en pensez-vous ? » 
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Message Sam 17 Déc 2011 - 22:24

 « Je vous remercie pour ces mots agréables, messire ! Nul doute que la justesse de votre ouïe égale la clairvoyance de votre propos ! »

Dandelion avait écouté les compliments de Clarence et de ses frère et sœurs avec attention. Ce n'était pas les premiers qu'il recevait, et ce n'était certainement pas les derniers. Il n'était pas là pour badiner, ni pour rougir d'être un excellent musicien. Il savait son talent, tout comme il ne pouvait plus ignorer qu'il n'était pas seulement là pour divertir cette étrange et curieuse famille. Ses instructions étaient claires, il devait en apprendre davantage sur les Hightower et notamment récupérer un document dans les quartiers privés de Clarence Hightower. Silencieux, il écouta distraitement les petites mesquineries que les uns et les autres échangèrent, mais son attention redoubla quand Clarence Hightower en personne lui offrit, en d'autres mots, le pain et le sel, le gîte et le couvert. D'un coup d'un seul, ma mission s'en trouvait grandement facilité. Il aurait tout le loisir d'explorer cet immense palais en forme de tour et de trouver les documents qu'il devait voler et remettre à son contact avant la prochaine lune. Ceux-ci se trouvaient dans une antichambre donnait sur les appartements privés de Clarence Hightower lui-même, il lui suffirait de suivre le jeune homme, d'attendre patiemment qu'une occasion se présente, de cueillir le fruit à même l'arbre et de quitter le verger sans détour pour aller vite offrir la pomme à qui de droit. Simple, efficace !

Dandelion avait écouté sans en avoir l'air les discussions animées de la petite famille qui s'était réunie pour l'écouter. Le ton était souvent léger, rarement sérieux, parfois acerbe, toujours appuyé. Ils parlèrent notamment de leurs parents de Longuétable, d'un cousin manifestement doué pour l'équitation, d'une certaine tante Eleana bientôt rendue chauve par la canicule, d'une certaine Selyse plutôt jolie, des Tyrell et d'un certain mariage entre un certain Tristan Tyrell et une certaine Aliénor Lannister... Quant à lui, il jouait toujours, agrémentant leur conversation d'une musique assez douce pour ne point les gêner dans leurs réflexions. Il avait l'habitude de servir ainsi, d'être en quelque sorte le petit oiseau chanteur dans la cage doré d'un salon, que les ladies applaudissent et que les sires ignorent. Dandelion avait cependant remarqué que Clarence ne le quittait pas des yeux et à certains moments il ne put s'empêcher de se sentir mal à l'aise. Mais quand il tira de son luth la note finale de la petite sarabande qu'il interprétait, la voix du maître de cérémonie s'adressant directement à lui sonna comme une surprise, d'autant plus que Dandelion ne s'attendait pas à être pris directement à parti dans leur conversation, d'autant plus que celle-ci ne le concernait point du tout. Lui n'était ici que pour être payé à jouer de la musique, et pour réaliser la mission qui lui avait été confiée quelques jours auparavant.  « Les mariages sont les fêtes que je préfère, messire, car les occasions de se réjouir et d'être heureux sont si rares que ces fêtes auront toujours grâce aux yeux du commun des mortels... » Mais Dandelion n'avait pas prévu d'apparaître comme un artiste naïf aux yeux de ces nobliaux mélomanes : s'il voulait gagner leur faveur et ainsi gagner l'opportunité de vivre longtemps d'un possible et généreux mécénat, il devrait sûrement faire ses preuves et démontrer que ses voyages à travers les royaumes l'avaient doté d'une grande connaissance des humeurs, de leurs humeurs et de leurs secrets.  « Bien souvent les mariages sont arrangés, bien souvent l'époux n'a que peu de goût pour la mariée, alors les cérémonies sont le théâtre de réjouissances factices et forcées... C'est indiscutablement le terreau le plus fertile pour nous autres, qui chantons les bonheurs et les malheurs d'autrui. » Ajustant son luth, il fit sonner quelques accords avant de déclarer en fredonnant :  « Je me souviens d'une chanson du Conflans qui débute ainsi... Elle est jolie, il est hideux, elle se marie avec ce vieux... Et moi son père, sans un remord, je touche et flaire mes dragons d'or... » Dandelion n'alla pas plus loin, poursuivant sans musique.  « Ainsi j'imagine qu'il y aura des fêtes, des concerts, des démonstrations grandioses d'amitié et de bienveillance, mais dans les prés de Hautjardin, il y aura toujours mille épines pour cent roses... » Dandelion se tut, attendant le verdict. Il avait l'impression assez excitante d'être un jouet dont ces Hightower se servaient pour leur divertissement. Il aurait bien souhaité « jouer » avec l'une ou plusieurs des trois sœurs ici présentes, pour tout dire, mais hélas elles lui étaient toutes inaccessibles.

 « Vous avez bien raison ! » avait dit Victoria d'une voix enjouée, bientôt suivie par son frère Charles qui disait :  « Beau parleur mais plutôt vif... maître chanteur, votre avenir à Villevieille est assuré... »Il y avait comme du dépit dans sa voix, mais Dandelion n'allait pas cracher sur ce compliment car ce Charles Hightower n'avait pas l'air facilement impressionnable, du moins ni par les chanteurs, ni par les musiciens.  « Avez-vous déjà songé à vous attacher au service d'un seul employeur ? » La question de Virginia lui avait été posé tant de fois que Dandelion crut bon de lui servir la réponse qu'il faisait à chaque fois : « C'est toujours une position confortable et attrayante, une tentation pour le ménestrel que je suis... mais chaque fois l'appel de l'aventure fut plus fort, comme s'il m'était nécessaire de voyager pour garder cette petite étincelle qui fait de mon art un brasier si plaisant. » Cette formule était quelque peu excessive et narcissique, mais elle n'était pas dénuée de bon sens pour autant. Il s'empressa cependant d'ajouter : « Toutefois si par hasard on me proposait de ne plus jouer qu'à Villevieille et qu'on me promettait un public généreux et éclairé, je saurais facilement me laisser convaincre... Cette ville est une véritable inspiration pour les créatifs tels que moi ! » Charles répliqua aussitôt : « J'avais raison... définitivement assuré ici. », remarque qui suscita l'hilarité de tous et de chacun à l'exception, comme toujours, de Clarence Hightower.

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Le Maître Chanteur [Dandelion ~ Clarence Hightower]

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