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Le savoir-vivre est l'art de ne pas montrer trop vite son savoir-faire ▬ Deirdre

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Message Mar 6 Déc 2011 - 14:09

     Yi-Ti, cela faisait assez longtemps que l'herboriste n'avait plus pensé aux contrées qui l'avaient vu naître et où il avait grandi. Il était aisé d'oublier les souvenirs atténués par le temps, sans compter que Yu avait beaucoup voyagé et que par conséquent, il avait amassé énormément de nouveaux souvenirs. Ne voyant pas l'utilité de s'encombre l'esprit, il avait pas conséquent laissé filer certaines choses sans importance, ainsi il lui était impossible de se remémorer le visage de ses géniteurs ou de ses nombreux frères et sœurs. Seul maître Zhang avait échappé à cette sélection et l'artisan se demandait souvent ce qu'était devenu son ancien maître. Il avait semblé déjà âgé alors que Yu courait encore en jouant dans la boue du haut de ses dix ans, alors désormais qu'il était arrivé à cet âge assez avancé, il était logique d'envisager la disparition de maître Zhang.

     Finalement, c'était sans importance, Yi-Ti faisait partie d'une autre vie que Yu avait laissé derrière lui en parcourant le monde et en passant plus de dix ans à faire le voyage qui menait de sa ville natale aux côtes de Westeros. Désormais son nouveau « chez lui » était cette petite boutique d'herboriste dans une ruelle de Port-Réal. L'herboriste avait acquis une bonne réputation et il avait plusieurs clients fidèles qui ne juraient que par ses baumes et ses cataplasmes. Ses connaissances en matière de poisons et de leur remède avaient aussi attiré quelques nobles désireux d'accélérer le décès d'un être cher qui était devenu plus gênant que cher à leur cœur. Son éducation le poussait à se montrer silencieux et poli, il n'était pas le type d'homme qui critiquait les choix des autres et représentait donc une sorte de gage de sureté. Qui venait le voir était persuadé de ne pas voir ses secrets éventés dans tout Port-Réal.

     Il s'était donc fait une belle petite vie bien tranquille, lui qui n'avait jamais imaginé pouvoir trouver un endroit qui lui conviendrait, se sentait parfaitement bien et était ravi d'ouvrir les yeux pour commencer une nouvelle journée chaque fois que le soleil se levait. L'absence de vie amoureuse ne le gênait pas outre mesure, il n'était pas homme à trouver satisfaction dans la présence d'une femme et d'enfants à ses côtés, le travail et l'excellence dans son métier qu'il comparait à un art, suffisait à le contenter. C'était donc avec l'esprit en paix et loin d'être troublé par des regrets que Yu quitta la petite maison qu'il avait achetée lors de son arrivée ici.

     Vêtu de ses habits originaires de Yi-Ti, l'herboriste n'avait toutefois pas adopté le mode de vie des habitants de Westeros au point d'échanger ses habits contre d'autres qui passeraient plus inaperçus, il conservait donc son chapeau à queue de singe et sa tunique confectionnée à partir d'étoffes que l'on ne trouvait pas ici. Exotique, c'était le mot qui venait à l'esprit lorsque des yeux se posaient sur son teint différent de celui des habitants de Westeros, sa tenue ne faisait que renforcer cette image. Il était étranger et ne s'en cachait pas.

     Avec la démarche souple familière des habitants de Yi-Ti, Yu se dirigea sans problème dans les ruelles de Port-Réal qui lui étaient devenues familières au bout de cinq ans, prenant le chemin qui menait au port où plusieurs marchands venaient exposer leurs marchandises. Il achetait généralement ses herbes à une jeune femme à la chevelure blonde qui braconnait à travers tout Westeros, mais elle n'avait rien trouvé d'intéressant lors de sa dernière visite et par conséquent Yu devait chercher ailleurs ce qui pouvait lui manquer. Il était en train de se diriger vers les port lorsqu'un bruit retint son attention. Un léger gémissement de souffrance que son propriétaire essayait de retenir, son attention se porta sur une petite ruelle à peine visible d'où tout cela semblait provenir. L'apothicaire n'avait pas son arme sur lui, il ne l'emportait que rarement en réalité, il n'était pas à Yi-Ti où il était surveillé de près par des tigres en pleine jungle ! Tout aurait été plus simple si l'homme s'était détourné pour continuer son chemin sans se soucier d'un éventuel blessé, mais son métier obligeant, l'herboriste se détourna de sa route pour se diriger vers la ruelle d'où provenaient les bruits. Il ne lui fallut pas plus de quelques pas avant de distinguer la silhouette d'une jeune femme qui lui tournait le dos et ce-dernier présentait une blessure plutôt profonde.

     La possibilité que ce soit un piège n'était pas à exclure, tout comme le fait que ça pouvait aussi bien être une victime des boissons alcoolisées dont les habitants de Port-Réal semblaient friands. La bouche de l'étranger resta close quelques secondes alors qu'il analysait la situation avec son flegme naturel, puis il se décida enfin à signaler sa réponse d'une voix teintée d'un accent surprenant qui ne le quittait pas.

     ▬ Vous ne devriez pas bouger autant votre épaule, cela risque d'aggraver la blessure. »

     Yu en avait soigné des des blessures depuis le début de sa formation, il savait reconnaître à peu près tous les types de dégâts, la demoiselle avait été certainement attaquée par derrière à l'aide d'une lame bien tranchante. Si elle pouvait se déplacer, c'était certainement qu'aucun muscle n'avait été gravement touché, restait à analyser cela de plus près. Ses courses s'envolèrent de son esprit alors qu'il s'inclina légèrement à l'attention de la jeune blessée tout en désignant la rue par laquelle il venait, d'un geste de la main.

     ▬ Si vous voulez bien me suivre, je vais pouvoir vous aider. Essayez simplement de garder votre bras immobile. »

     Sans plus de cérémonies, il se détourna d'un geste rapide qui fit bouger la queue de singe de son chapeau, avant de rebrousser chemin en direction de sa petite échoppe. Il s'assura du coin de l'œil que la jeune femme le suivait, ma foi si elle ne le souhaitait pas, il ne pourrait rien faire pour elle. Yu avait déjà rencontré plusieurs personnes trop fières pour accepter l'aide d'un étranger, espérons que ce n'était pas le cas de cette jeune dame. Il ne fallut pas bien longtemps avant de se retrouver devant le maison qui abritait l'atelier de l'apothicaire, celui-ci poussa la porte et entra dedans, aussitôt assaillit par divers parfums que dégageaient les plantes, puis il laissa la porte ouverte à l'attention de l'inconnue blessée. L'herboriste de dirigea tout de suite vers le fond de son magasin, poussa le rideau qui servait de porte intermédiaire entre le magasin et son atelier, puis disparut derrière. Il attrapa rapidement un tissu propre et quelques autres choses avant de retourner dans la pièce principale pour constater que la jeune femme avait bel et bien suivit cet étrange homme. Celui-ci lui désigna un tabouret situé à côté d'une table.

     ▬ Vous n'avez qu'à fermer la porte et vous asseoir, je pourrais soigner votre blessure. Pensant comprendre son hésitation, il ajouta quelques mots d'un air très sérieux. Rassurez-vous, je ne vous demanderai rien en échange. »

     Autrement dit, c'était un service gratuit, autant en profiter non ?
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Message Mar 6 Déc 2011 - 21:21

Elle était à la sortie d'une taverne, vers la porte arrière. Il faisait bien jour oui, mais rien n'arrêtait un homme pour boire et encore moins pour apprécier les faveurs d'une belle dame quand il avait trop bu. Reculée dans une étroite impasse, entre deux bâtiments peu élevée, Deirdre essayait de calmer les ardeurs de l'inconnu qu'elle essayait d'escroquer. Il savait y faire malgré le taux d'alcoolémie dans son sang. Si elle ne jouait pas les femmes prudes, il aurait déjà fait qu'un avec elle. Il était bien plus grand qu'elle et plus costaud. Elle n'en pouvait plus. Elle roulait sans cesses des yeux, serrant les dents de rage alors que ses petits bras essayait de le repousser.

- Prend ton temps, on n'est pas pressé ... Essayons de profiter, lui disait-elle, mais rien n'y fit.

Il riait, ses mains pataudes qui passait sous son jupons, dévorant son cou. Elle n'arrivait même pas à glisser sa main fines et blanche jusqu'à sa poche pour lui voler son pécule. Il riait à ses phrases, lui confiant qu'il ne pouvait lui résister. Très bien, pas besoin de l'écraser contre le mur. Elle repoussait, encore et encore cette masse, ne serai-ce que pour trouver un peu d'air. Elle avait le chic pour se mettre dans ce genre de situation. Elle en avait marre. Et si elle s'en allait tout simplement, elle s'arrangerait avec quelqu'un d'autre.

Elle essayait de se laisser glisser comme une anguille, pour avoir un espace ou bouger. Il la coinçait comme une pauvre souris, jouet d’un chat. Elle se demandait si elle allait en sortir vivante. Elle fatiguait réellement. Son esprit était tellement ailleurs, trop préoccupée. Elle était allée vers la demeure des Brax, envoya son rapport de mission à Sargon, et là, elle cherchait la catin. Or, elle eut encore du mal à faire le deuil de l’enfant perdu. Ses doigts dansaient dans l’air, essayant d’atteindre l’arrière de la ceinture de l’homme. Elle était bien moins concentré, plus dispersée. Cela remontait déjà à un bon bout de temps, plus d’un mois, mais malgré tout, elle en souffrait encore, surtout d’en avoir parler avec lui, cet arrogant personnage. Il l’y avait poussé, même sans le vouloir, et voilà. Elle ne souhaitait pas qu’il le sache et surtout qu’il lise la tristesse de cette perte en elle. Elle prenait des risques bêtement et là encore une fois. Cela avait commencé à Port-Lannis et elle le répétait à cet instant. Alors qu’elle gardait espoir, les yeux clos, sentant le bout de la poche, entendant les grognements rauque de l’homme, elle voyait le visage de Sargon. Cet homme l’obsédait, s’en était à en devenir complètement folle.

Soudain, on lui tordit le poignet et on la plaqua violemment contre le mur. L’arrière de sa tête cogna violemment contre le mur en terre, dans un bruit mat. Elle avait fermé les yeux, avec un gémissement de douleur. Elle était complètement dépité. Encore une fois. Cela ne changeait pas. Encore une chance que les missions qu’on lui donnait à titre officielle, du moins ses magouilles au compte de Sargon et non pas pour elle-même, se passait sans aucune casse. Elle se concentrait mille fois plus sur ce genre de dessein qu’à ses petits larcins. Ce n’était pas la première fois qu’elle vit presque sa vie défiler.

- Ce n'est pas trop de ça dont tu dois t'occuper ma belle. Je vois qu'enfaite, on n'a pas le cœur à s'amuser. Si c'est ainsi. Tu vas devoir t'y forcer !

L'homme sortit un cimeterre de son fourreau. Elle le savait qu'elle aurait du commencé par le désarmé. Non, elle aurait du le laisser se décharger de sa fougue, et ne pas aller si vite. Quelle idée de vivre ainsi. Et ce harloi, ne pouvait-il pas lui donner un peu d'argent pour qu'elle n'en arrive pas là. Autant, le vol l'excitait, là, elle en était presque horripilée. Elle essaya de se dégager, mais il la maintenant contre le mur. Elle passa une jambe entre les cuisses épaisses de l'homme et l'assomma d'un coup sur sa plus grande sensibilité. L'homme tomba en arrière et elle se défila, mais pas assez vite, car déjà à genoux, il abattit sa lame dans son dos. Elle poussa un cri étouffée, et trébucha. Il l'avait retenu par un des pan de sa robe. Elle lui donna un coup de pied au visage, et rapidement, s'en alla. Les larmes lui montait au yeux. Elle tourna, encore, et une autre rue, elle s'enfonçait dans ce dédales de ruelles et de construction.

Elle ne savait pas du tout où elle était, mais elle était essoufflée et elle ne sentait presque plus son bras. Il était totalement tétanisé. Appuyée contre un mur, elle tenta de jeter un œil sur les dégâts. Elle déglutit, retenant un sanglot et se laissa glisser tout le long. Elle tremblait. Elle avait horriblement mal et ses gémissements furent plus forts que sa volontés. La mâchoire serré à son paroxysme, sa voix résonnait dans son bouche et sa gorge. Elle finit par se calmer, inspirant fortement et lenteur. Elle expirait de la même façon. Enfin, elle réussit à être plus maître d'elle même. La douleur persistait, mais elle se contrôlait. Elle s'était relevée et cherchait une solution. Qu'allait-elle faire. Trouver un saigneur, venir sous sa robe de médecin et lui demander de la soigner. Si elle n'avait pas le choix, elle le ferait. Elle creusait en elle, la force de bouger. Elle avait cesser de pleurer, harassée par tout ces événements. Elle s'en voulait d'être si faible à tout les niveaux.

Soudain, arrivant derrière elle, alors qu’elle repliait difficilement le bras qui communiquait avec son épaule meurtrie. Elle avait une grande balafre, assez profonde, juste sous celle-ci. Ce n’était vraiment pas beau à voir et cette partie de peau ne cessait de bouger au moindre mouvement. Elle sursauta alors que la voix de l’étranger aux allures exotiques se fit entendre. Elle lui lança un de ces regards froids, méfiante, comme un animal blessé, prêt à se défendre. Elle avait légèrement relevé sa jambe droite où se trouvait sa dague, bien cachée dans ses bottes de fortune. Elle soufflait comme un buffle, par peur. Il était calme et n’avait aucun geste brusque. Tout était lent, calculé au millimètre près. Il lui parlait de ne pas trop s’agiter. Elle aurait aimé, mais pour cela, il fallait que la douleur s’amenuise et qu’il ne lui fasse pas ainsi peur. Elle le jaugea un long moment. Tout était si épuré sur lui, ses traits, sa tenue, son attitude. Il était étrange, mais n’inspirait pas la crainte, au contraire, plus la confiance. Elle était toujours aussi enraciné au sol.

Il s’éloigna. Elle le suivit, un peu curieuse, se disant que c’était insensé. Elle se trainait derrière lui, se disant que toute façon, elle n’était plus à un problème près. Ils s’aventuraient dans la ville. Deirdre lâchait quelques soupirs de souffrance, puis alors que le chemin lui parut interminable, il ouvrit la porte de son atelier. Elle lui emboitait le pas et entra. Ses yeux ne cessaient de se poser partout. Elle devina vite son travail. Il travaillait les plantes dans toutes ses formes. Elle était si curieuse, si admirative. Elle n’avait jamais mis un pied dans ce genre d’endroit. La porte se ferma lentement, alors que la voleuse n’osait à peine entrer. Elle l’observa longuement quand il disait qu’il la soignerait. Elle était prête à faire demi-tour. Il avait lu dans ses yeux et elle fut rassurée. C’était un service sans intérêt. Elle lui fit un bref sourire, essayant de retirer le cordon qui fixait son sac de toile à elle. Il tomba lourdement sur le sol, sans que cela ne lui arrache un dernier grognement de douleur. Elle abandonna pour sa petite pochette.

Le tabouret arriva rapidement sous ses fesses. Elle ne quittait pas l’homme des yeux, même si l’envie de les laisser se balader dans cet établissement, la rongeait profondément. Elle soupira, obnubilé par l’homme qui s’affairait.

- Merci beaucoup, vraiment … Je suis tombé en sortant … Il y avait une fourche pas loin. Je devais avoir un peu trop bu, rit-elle difficilement, même si elle ne sentait point l’alcool.

Elle laissa son bras encore valide se balader sur une table, qui se trouvait près d’elle. La tige d’une plante roula vite enter deux doigts. Elle la tournait encore et encore, appréciait ses traits par la lumière qui passait des ouvertures.

- J’aimerai qu’elles soient mes amies, plus que mes ennemis… Je les crains, car je ne les connais pas, dit-elle d’une voix absente.
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Message Mer 7 Déc 2011 - 12:54

     Yu connaissait la méfiance, il était habitué à ce qu'on le regarde avec suspicion ou interrogation. Malgré la réputation honorable qu'il avait acquise avec le temps, il semblait que son physique atypique et son accoutrement plutôt original ne parviennent pas à rassurer suffisamment ses interlocuteurs. Pendant quelques secondes, l'herboriste s'attendit à ce qu'elle fasse demi-tour pour se rendre chez un autre apothicaire ou dieu seul sait où, certains habitants de la ville faisaient plus confiance à un vieux barbu qu'à un étranger. Mais elle déposa finalement son sac sur le sol avant de s'installer lourdement sur le tabouret alors que Yu la regardait l'air patient d'un homme qui semblait pouvoir rester là toute une vie sans se lasser. S'il y avait bien une qualité qui lui était propre, c'était la patience.

     Toujours silencieux, il s'approcha finalement de la jeune femme et de son épaule blessée alors qu'elle parcourait ses possessions du regard en le remerciant. C'était tout à fait normal, il aimait partager son savoir et pour lui vendre des cataplasmes et autres décoctions était seulement le moyen de s'assurer une vie moyenne, il n'avait pas la prétention de devenir riche et aidait volontiers les gens désargentés. A l'aide de son tissu propre et vierge de toute bactérie, il commença à ôter le sang qui s'accumulait sur la plaie de l'inconnue. Il prit bien sûr le temps d'ôter les quelques habits qui dérangeaient les soins, le tout d'un geste sûr et qui ne pouvait laisser aucun doute sur ses intentions. Qu'elle eut été une belle femme où un vieil homme, il n'en aurait pas davantage profité, mélanger plaisir et travail n'était pas envisageable à ses yeux. Le tissu utilisé par Yu avait été volontairement exposé à la vapeur, il s'était confectionné une sorte de boîte en bois qu'il avait rendue hermétique comme il le pouvait, puis l'apothicaire avait posé des pierres chauffées au bas du bac de manière à pouvoir provoquer de la vapeur en versant de l'eau dessus. Une sorte de mini sauna où il stockait des tissu immaculés de manière à les rendre le plus propre et le plus sain possible.

     Alors qu'il tamponnait avec précision les contours de la plaie béante de la jeune blessée, Yu écoutait ce qu'elle disait avec un certain amusement. Il n'était pas dupe, même s'il était déjà difficile d'envisager que ce soit ce qu'elle disait qui était responsable de sa blessure, avec autant d'expérience que celle que le natif de Yi-Ti avait, c'était tout bonnement impossible. Il n'en dirait rien pour autant, Yu n'était pas le type de personne qui soulignait avec satisfaction tous les mensonges qu'il flairait, non, il les passait sous silence tout en sachant pertinemment que ce n'était pas la vérité. La main de la jeune femme s'égara sur la table où étaient posées quelques plantes qu'il désirait observer de plus près, puis elle parla d'un sujet qu'il connaissait bien. Seul le silence répondit à ces paroles, quelques secondes tout du moins alors qu'il s'appliquait encore avec professionnalisme, jusqu'à ce qu'il daigne enfin répondre d'un ton patient.

     ▬ J'ai en effet cru comprendre qu'il y avait beaucoup de fourches qui traînaient dans les environs. J'ai eu plusieurs visites à cause de cela depuis quelques semaines, il semblerait que les fermiers viennent jusqu'à Port-Réal pour semer leurs instruments. »

     Il n'était pas idiot, la jeune femme comprendrait bien qu'il devait avoir l'habitude de soigner des plaies comme la sienne, inutile d'être devin pour comprendre qu'il se doutait que cela découlait plus probablement d'un rendez-vous qui avait mal tourné que d'une femme maladroite et trop saoule pour marcher. Cela dit, ce n'était pas pour autant que l'herboriste allait le dire clairement, libre à l'inconnue de comprendre ou de croire qu'elle l'avait berné. Avec Yu, la discrétion était assurée. Il avait terminé d'éponger le sang qui gênait la vision et se détourna quelques secondes le temps se chercher un mortier, un pilon et quelques plantes qu'il amena sur la table à côté de la blessée. Ce n'était pas un grand bavard et il ne parlait que pour dire les choses les plus importantes, autant dire que si elle était habituée aux grands bavards, cela allait beaucoup la changer.

     ▬ Les plantes ne sont les ennemies de personne, elles réagissent simplement aux traitements qu'on leur donne. C'est comme les humains, soyez brusque avec une plante et elle vous le fera regretter.... Un peu comme les fourches. »

     Il avait appris à maîtriser les plantes avec le temps, savoir qu'avec telle où telle plante il pouvait faire tel où tel cataplasme. C'était quelque chose de très long à apprendre, mais avec quelques bases, tout le monde pouvait s'en tirer plutôt bien. Yu versa quelques graines dans son bol qu'il écrasa avec le pilon avant de verser de l'eau chaude dans un autre bol, puis il y fit tremper des feuilles de couleur très sombre. Une fois que les graines furent réduites en une espèce de poussière très fine, il plaça le tout dans un autre réceptacle auquel à intégra une partie de l'eau où les feuilles avaient trempées, juste assez pour en faire une espèce de pâte compacte. Après quelques manipulations, il s'approcha de la plaie de la jeune femme avec le bocal et commença à poser ce qu'il venait de préparer à même la blessure.

     ▬ Cette pâte servira à faire sortir les impuretés de la plaie et à vous protéger d'une éventuelle infection. Les armes, les fourches et autres instruments sont recouverts d'une foule de souillures qui pénètrent dans votre corps et peuvent vous êtes plus fatales que n'importe quoi. »

     Yu laissa agir la composition, elle s'occuperait d'aspirer toutes les impuretés en quelques minutes. En attendant il s'éloigna légèrement de la blessée pour promener son regard sur les différentes plantes présentes dans son magasin. Il y en avait une quantité énorme et l'apothicaire connaissait absolument tout ce qu'il était possible d'en tirer, autant dire qu'il se plaisait souvent à essayer de nouvelle tentatives. Alors que ses yeux noirs se posaient sur un bol particulier, il l'attrapa tout en reprenant la parole de son ton toujours aussi patient.

     ▬ Prenez l'ortie, si vous l'attrapez à pleine main, elle vous démangera et provoquera des boutons sur votre peau, mais si vous décidez de les ramasser en les prenant par la base, elle ne vous fera rien. L'ortie aide aux problèmes de circulation du sang, c'est la plante idéale à coupler avec des sangsues pour une bonne saignée. »

     Il était vrai que lorsque l'on connaissait les plantes, il était extrêmement facile de confectionner tout ce que l'on désirait. Yu avait fréquemment la visite des prostituées du coin qui venaient demander son aide contre une maladie qu'elles avaient attrapé avec un client. Ce qu'elles aimaient chez lui, c'était qu'il ne jugeait jamais les femmes de « petite vertu », il respectait autant une catin que l'épouse d'un seigneur suzerain. La preuve était qu'il n'avait pas demandé à l'inconnue qui elle était. C'était une femme dans le besoin, voilà tout, Yu aimait pouvoir aider les autres et considérait que son savoir ne lui appartenait pas. Il devait être offert aux autres. L'homme tira quelques feuilles et quelques graines de plusieurs pots avant de revenir vers la table où il avait déjà préparé la première pâte qu'il avait déjà utilisée. Il rinça les bols avec application avant de recommencer le tout en écrasant de nouvelles graines, sauf que cette fois-ci, il fit une pâte beaucoup moins compacte. Alors qu'elle reposait dans son bol, Yu attrapa une espèce de tissu qui lui permettait de nettoyer la plaie de la précédente préparation, puis s'approcha de l'épaule blessée pour le nettoyer avec délicatesse et précision.

     ▬ Les plantes sont faciles à comprendre, il faut simplement tendre l'oreille pour les entendre. Il m'est possible de vous apprendre quelques rudiments si vous le souhaitez, il existe de nombreuses plantes dans votre territoire, mais beaucoup d'entre elles sont très simples d'utilisation. »

     Le nettoyage de la blessure prit assez longtemps, Yu ne voulait pas faire mal à sa cliente et il ne désirait pas se presser inutilement non plus. La demoiselle avait besoin de se reposer de toute manière, elle avait visiblement été plutôt ébranlée par ce qui lui était arrivée et il avait bien compris que ce n'était pas une rencontre avec une fourche mal placée. Bien souvent, il servait aussi l'épaule sur laquelle se reposer avec les prostituées du coin, une sorte de personne qui écoutait, mais ne répétait jamais. Il savait écouter les plantes, mais Yu savait aussi qu'il n'y avait pas plante plus fragile qu'une femme perdue.
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Message Mer 7 Déc 2011 - 18:40

Deirdre était calme et docile, mais cela était provoqué par son inquiétude. Elle était toujours aussi méfiante. Il était déjà bien marginal, mais en plus il l’aidait sans rien attendre en retour. Cela lui changeait énormément de ses rencontres habituelles. Elle n’eut même pas besoin de jouer de ses charmes. Quel homme vraiment à part. Pour une fois elle n’eut aucune envie de se « venger » d’être dans le besoin. De se sentir supérieure à lui, se moquant de sa personne en lui dérobant quelque chose. Et pourtant, le vol était presque devenue une maladie chez elle. Elle était presque comme une petite fille chez un mage. Il était si serein et humble, entouré de tous ces ingrédients aussi communs qu’étranges, dans des milliers de boîtes. Elle ne pouvait avoir qu’un minimum de respect pour lui. Comme là, on lui avait tant frappé dans le dos, écrasé toute sa vie, on jouait avec elle, on ne voyait que ce que son corps pouvait offrir. Tant de désintérêt alors, que pourtant tout les malheurs énuméré, elle l’avait cherché pour la plus part. Cela la rassurait autant que cela l’inquiétait. Que devait-elle penser de lui ? Elle voyait bien dans son regard qu’il n’avait cure de sa beauté, ou il le cachait très bien. Il la soignait, comme il soignerait n’importe qui. S’il cherchait finalement à obtenir quelque chose d’elle ? Il avait découvert son sang de barbare et comme elle, était un agent qui la nourrissait d’espoir avant de la tuer. Cruel et fou. Quelle chance avait-elle pour qu’un herboriste la trouve dans un tel état. Elle ne cessait de se poser des questions, si étrangère à la bonté d’une âme.

Or, ses méfiances se calmèrent vite, lorsqu’il tapota sa plaie avec ce torchon chaud et humide, avec un étrange parfum. Les nerfs presque à vifs, elle sursauta au contact du tissus à la forte chaleur sur sa blessure. Elle s’était cambrée sur son tabouret et tournait sa tête au maximum pour tenter de voir ce qu’il lui faisait. On ne sait pas, il aurait pu l’achever toujours dans son dos. Les gens étaient bien souvent lâches. Puis alors, il lui parla, relevant son histoire idiote, qui le fut que mille fois plus à la façon dont Yu l’interprétait. Elle leva un sourcil et roula des yeux. Elle n’était pas aussi ingénue, comprenant vite le sous entendu des gens, elle aussi. Il fallait dire que le jeune Sargon l’y avait aidé. Elle secoua la tête. Oui, il était vrai que vu comme ça, son excuse était encore plus insensée et sotte qu’elle ne le pensait. Elle avait si mal, qu’elle fit vite, ne réfléchissant pas assez à une histoire concrète. Ses yeux verts se plantèrent sur le visage toujours aussi patient et calme de l’asiatique. Son sourcil s’arqua sur l’un d’eux. Il prenait un peu trop cet air imperturbable face à une telle blessure. Soyons clairs, elle s’imaginait bien qu’on n’avait pas mille façon de se faire ce genre de plaie. Elle devenait de plus en plus curieuse, comme craintive. Il était vraiment trop étrange. Or, elle ne bougea pas, mariée dans un espoir qu’il était sincère. Espoir presque inexistant, car il l’était et elle le sentait au fond d’elle-même. Il émanait d’assurance et de quiétude.

Puis alors, il s’éloigna. La plaie était si propre, même si le sang continuait, lentement et avec espièglerie de monter jusqu’au bord de la plaie. Déjà, son dos légèrement dénudé, était propre. Elle ne s’était point sentit attirante ou encore souillé lorsqu’il lui avait tiré doucement la manche de sa chemise et fait glisser la bretelle de sa robe. Répétons le, il émanant tant de professionnalisme et de désintérêt, qu’il pouvait vous tuer sans que vous ne lui en vouliez. Trop effrayant. Elle reposa la plante sur la table, après avoir rit de bon cœur. Il était si discret et froid, mais ce qu’il venait de lui dire à cet instant, elle ne put se retenir. Elle ne savait s’il cherchait à faire de l’humour, mais en tout cas, il réussit à détendre la jeune dame. Elle se passa une main dans les cheveux, pour s’assurer que des mèches ne viennent pas se perdre sur la plaie propre et ouverte.

- Les fourches, j’en doute … Mais je pense que c’est comme les femmes de caractère, ou les hommes… Faut savoir les prendre avec douceur pour attirer leur délicatesse. Quoique, je doute que toute les plantes le sont. Il doit bien y en avoir qui, quoi qu’on fasse, cherche à nous nuire. Est-ce parce qu’elles sont trop fragile ? En tout cas, soyons clairs. Oui, ce n’est pas une fourche qui m’a fait ça, mais une mauvaise rencontre, finit-elle sa pensée sur les végétaux.

Elle l’observait préparer la pâte, alors qu’il restait silencieux, lui laissant tout le loisir de lui exposer ses idées. Un homme respectable. Elle souriait, mais ne l’admirait pas lui et son charme exotique, sa tenue droite et pleine de prestance. Non, elle se focalisait sur ses mains qui écrasaient ces pauvres petites graines. Il prit ensuite d’autre plante qu’il traita d’une différente façon, pour finir par mélanger le tout. Sa tête bouillonnait d’une curiosité flagrante. Elle était totalement admirative. Elle ne connaissait pas beaucoup d’art de part sa naissance, peut-être celui du combat en moindre partie, ou de la discrétion, de la fuite et du vol. La couture, c’était que des notions, comme la médecine : laver la plaie à l’eau claire. La séduction aussi, les choses à faire pour flatter le désir d’un homme. La lecture c’était une chose acquise dans sa forme la plus épurée, ainsi que l’écriture. Alors, il fallait comprendre qu’elle s’extasiait face à un tel savoir, surtout pour les plantes. Elle était déjà tomber gravement malade en mangeant ce qu’il ne fallait pas, depuis elle les craignait comme la peste. Pourtant, elle était friande des champignons, ces choses bien plus traitres que les fleurs ou autres herbes.

Il appliqua la pâte dans son dos, lui expliquant ce qu’il lui faisait subir. Bon, elle n’avait pas encore lieu de s’inquiéter. Cela ne lui fit pas vraiment mal, ce n’était pas très agréable. Sa plaie picotait et la texture qui s’insinuait au plus profond de la blessure lui provoquait des sensations de dégoût. Toujours aussi aspirante à comprendre, elle tourna encore sa tête par-dessus son épaule pour voir ce qu’il plaçait sur elle et la façon dont il le faisait. Elle en avait déjà mal à la nuque. Elle finit par se tourner complètement vers la table, avec lenteur et précaution. Elle posa ses coudes sur le bois épais et brute, en profitant pour remonter une partie de sa chemise qui se défilait, même si elle n’avait pas vraiment de pudeur. Elle l’écoutait attentivement, les yeux pétillants d’un savoir qu’elle voulait qu’acquérir. Elle souriait presque. C’était la première fois qu’elle était si détendue et elle-même avec quelqu’un. Il arrivait vite à se dire qu’il ne lui voulait aucun mal. Surtout après, lorsqu’il lui ferait sous entendre qu’il pourrait lui apprendre certaine chose. Elle ne le savait pas encore là, à cet instant, mais elle en avait déjà envie.

- Je ne savais pas du tout pour les orties… Et comment on arrive à puiser leur utilité ? Personnellement, les sangsue, c’est très cher chez le saigneur, mais pas agréable et on perd plus de temps à les trouver qu’à se soigner … Les orties… C’est comme les fourches, il y en a partout, dit-elle, le cherchant du regard avec un petit sourire.

Il s’appliqua pour préparer autre chose. C’était vraiment impressionnant de le voir préparer ses baumes et autres sous ses yeux. Au mieux, elle en avait vu déjà dans des petits bols, tout prêt à être utilisé. Elle ne pensait pas que cela prenait autant de temps.

Il s’aventura derrière elle pour retirer la première pâte. Toujours comme une enfant, elle détaillait tout de ses petits yeux. Elle avait apprécier qu’il lui explique plus tôt, ce qu’il lui faisait. Cela la rassurait sur son sort, consciente de ce qu’il allait lui faire subir. Puis alors, généreux, il lui confia qu’il pourrait partager une infime partie de son savoir. Les yeux de Deirdre pétillaient.

- Je serais ravie d’en apprendre plus sur cette science. Vraiment. Vous me combler. Vous venez à me soigner sans réclamation et vous me proposez ça, même si c’est histoire d’apprendre à faire une tisane… Je ne sais comment vous remercier. Je suis touchée… Cela ne fera que m’enrichir d’avantage. Je me trouve vraiment trop gagnante dans cet échange. Qu’y gagneriez vous ?

Le blessure était émancipé de cette pâte nettoyante. Elle se demandait si c’était finit. Elle bougea un peu pour se dégourdir les bras. Elle avait toujours aussi mal, mais Yu arrivait à lui occuper l’esprit. Puis, les picotement lui envoyait comme des décharges dans son bras, lorsqu’il avait passé le torchon dessus.

- C’est fini, où vous allez me mettre ceci encore ? Dit-elle en montrant le bol.

Elle le sentit passé non loin de lui, juste à côté. Les volants de la tunique de l’homme effleura sa main qui pendait tout le long de son corps, pour tenter de calmer la douleur et détendre ses muscles. Elle écarquilla les yeux, se jetant presque sur ce bout de tissu. Elle avait tiré un peu dessus, obnubilé par la matière. C’était si doux entre ses doigts et léger. Cette étoffe si précieuse était méconnue de ces terres, la soie étant le grand secret des contrées asiatique, gardé égoïstement. Sa bouche qui s’ouvrait presque, elle leva ses yeux vers lui. Il était plein de surprise. Elle ne savait si c’était lui, les vapeurs de sa boutique ou sa blessure qui la rendait si émerveillée de tout.
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Message Jeu 8 Déc 2011 - 12:57

     ▬ Vraiment ? Bien, la blessure sera donc moins souillée. »

     Yu ne se moquait pas d'elle faisant mine de ne pas s'être rendu compte que sa blessure était liée à autre chose qu'une fourche perdue. En réalité, il se voyait très mal lui poser des questions précises ou mettre le doigt sur ce qui n'était pas plausible dans son histoire. Ce n'était pas son rôle, chacun avait son jardin secret et même si l'apothicaire appréciait les plantes, il ne concevait tout simplement pas de pouvoir se montrer indiscret. Si la jeune dame avait voulu passer sous silence la raison de sa plaie béante, qui était-il pour considérer que ce n'était pas pour une bonne raison ? Tout le monde parlait en temps et en heure, sans compter que l'herboriste avait constaté que de part son silence et sa discrétion, les gens avaient plus tendance à se confier. Yu n'était pas conseiller, mais il offrait son aide morale ou autre à qui le souhaitait.

     La question de la fourche fut donc réglée, le natif de Yi-Ti ne lui demanda nullement pour quelle raison est-ce qu'elle s'était battue, cela ne la regardait qu'elle. Alors qu'elle se renseignait plus en avant sur ce qu'il allait faire, l'artisan en profita pour rincer les bols qui avaient déjà été utilisés en homme propre et ordonné qu'il était. La composition du cataplasme qu'il avait confectionnée pour son dos devait reposer cinq minutes, ni plus ni moins, il savait exactement à quel moment l'utiliser. Sa patience était bien souvent utile dans de tels cas, au moins pouvait-il s'occuper d'autre chose sans trépigner à côté de son bol le temps que la pâte prenne correctement. Alors qu'il essuyait ses mains mouillées sur un chiffon tout aussi immaculé que le reste, l'étranger se retourna vers la blessée qui se déboîtait presque la nuque pour pouvoir le regarder. Sa réponse ne tarda pas trop, traînant toujours son accent si particulier.

     ▬ Cela dépend de ce que vous désirez obtenir d'elle. La racine d'orties peut par exemple permettre de simplifier la digestion et tout ce qui s'en suit, alors que sa feuille pourra aider à empêcher l'accumulation de mauvais déchets dans votre corps. Si vous vous en servez dans un cataplasme comme je viens de le faire c'est encore autre chose. Il est inutile de connaître des dizaines de plantes, bien souvent différentes recettes pour une même plante sont bien plus utiles. »

     La jeune inconnue avait l'air sincèrement intéressée par ce qu'il pouvait bien lui dire, c'était plutôt... Amusant et à la fois surprenant. Yu avait rencontré beaucoup de personnes depuis qu'il vivait à Port-Réal, mais il était très rare qu'elles désirent connaître les mêmes choses que lui, ou même s'intéressent à la confection de leur baume. Généralement ses clients venaient, commandaient, achetaient et s'en-allaient, mis à part sa fournisseuse et le mestre avec qui il entretenait un courrier très intéressant. C'était un bol d'air frais que de constater qu'il existait encore de la curiosité saine de part ce monde. Elle lui avait demandé s'il comptait encore lui mettre la pâte qu'il venait de préparer et l'herboriste hocha la tête d'un air toujours aussi patient avant de lui expliquer.

     ▬ Je vais aussi vous ajouter cela. C'est un cataplasme qui permettra à votre peau de se régénérer plus rapidement, tout en évitant que d'autres impuretés y pénètrent. C'est confectionné à partir de plantes que l'on ne trouve pas à Westeros, mais qui sont très utiles. La pâte disparaitra seule une fois que votre peau s'en sera nourrie, vous n'aurez donc pas à vous en soucier. »

     C'était une plante qui venait de Braavos et que beaucoup considéraient comme « magique », mais elle ne l'était pas, seule du moins et préparée dans le bon cataplasme. Yu avait bien remarqué l'intérêt de la jeune femme pour son accoutrement, il n'avait pas relevé sa surprise, habitué à provoquer cette réaction. Les habits de Yi-Ti étaient fait pour résister à la chaleur de la jungle qui se situait juste à côté, tout en permettant de résister aux accrocs et à d'autres choses de ce genre. Il lui arrivait souvent d'attirer l'attention, même après cinq longues années passées dans cette ville.

     La décoction était prête, Yu l'attrapa et repoussa les quelques cheveux qui se rebellaient, le tout avec une attitude plus que professionnelle, puis il saisit petit-à-petit de la pâte qu'il posa délicatement sur la blessure de la jeune femme. C'était quelque chose d'assez surprenant, mélangée à des graines d'une autre plante, les feuilles de cette plante dégageaient une forte chaleur qui rendait le cataplasme tiède. Il s'adaptait à la température corporelle et devenait comme absent, d'ici quelques minutes la jeune femme ne le sentirait même plus. Yu continuait tranquillement avant de répondre enfin à sa réplique précédente.

     ▬ J'y gagnerais en estime de moi-même. Ce savoir ne m'appartient pas, mon maître me l'a enseigné et je n'ai pas perpétré la tradition en prenant d'élève à qui j'aurais moi aussi enseigné mon savoir. Je ne désire pas que tout ce que j'ai acquis avec les années disparaisse le jour de ma mort. Si je puis aider quelques autres personnes en leur faisant partager mes connaissances, je dirais même que ce serait moi de vous remercier. »

     Tout cela était peut-être difficile à comprendre pour quelqu'un qui n'avait pas été élevé dans les coutumes des natifs de Yi-Ti, pour Yu c'était une grande perte de ne jamais avoir eu d'élève, il n'était pas encore trop tard, mais malheureusement à Port-Réal les apprentis ne courraient pas les rues. Il avait entendu dire que certains herboristes des cités libres éprouvaient peut-être le désir de venir lui demander des détails sur les plantes de son pays natal, mais entre rumeurs et faits réels, il y avait une grande différence. Tout cela était sans importance pour le moment, Yu était concentré sur sa discussion avec la blessée et ne souhaitait pas laisser son esprit vagabonder à travers les méandres de son esprit.

     Il termina de poser le baume sur la peau de la jeune femme avant de s'éloigner pour se rincer les mains. Yu les sécha rapidement, se dirigea vers le fond de la pièce pour passer dans celle d'à côté avant d'attraper avec application un long bandage qui avait été nettoyé à l'aide de vapeur, puis revint enfin dans le magasin où la blessée patientait toujours. L'herboriste se positionna à ses côtés avant de saisir le bout du bandage et entreprit de le placer sur l'épaule de l'inconnue. Alors qu'il s'affairait, l'apothicaire précisa ce qu'il faisait.

     ▬ Il semblerait que vous soyez active, je pense qu'il serait donc préférable de protéger votre blessure à l'aide d'un bandage qui permettra à l'air de passer. Il ne tiendra pas plus de deux jours je pense, mais ce n'est pas très grave. Si vous restez dans les environs, vous pourrez repasser pour que je m'en charge, sinon, il faudra simplement éviter de vous mouiller trop l'épaule. »

     Il fit passer le bandage autour de son épaule de manière à ce qu'elle ne soit pas gênée dans ses mouvement et qu'elle puisse encore bouger normalement. Logiquement elle ne risquait pas d'être handicapée par cette épaule, le cataplasme qu'il avait préparé pour son épaule possédait une particularité encore plus utile : l'un des composant était une sorte de morphine naturelle. L'inconnue allait bientôt sentir son épaule l'élancer de moins en mois, jusqu'à ce que la pâte soit complètement absorbée par sa peau, à ce moment la blessure risquera de nouveau de la faire souffrir quelques jours. Lorsque Yu eu terminé de lui bander l'épaule, il retira ses mains pour lui permettre de se rhabiller correctement avant de s'éloigner de quelques pas pour attraper une sorte de petit sac de toile de la grosseur de la paume d'une main puis le posa devant elle.

     ▬ C'est à faire en tisane, cela apaise les douleurs du corps, si votre blessure venait à trop vous lancer vous pourrez vous en servir. Il avait terminé ses soins, mais quelque chose lui disait qu'elle apprécierait certainement de rester encore un peu. Ce fut pour ça qu'il lui proposa quelque chose qu'elle était libre de refuser. Puis-je vous proposer de vous montrer comment le préparer convenablement ? »
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Message Jeu 8 Déc 2011 - 22:10

Deirdre était fascinée. Déjà dès lors qu'il lui parlait de toutes les prouesses que pouvait faire une ortie, dépendant de la façon dont on la traitait et l'utilisait, avait nourrit sa curiosité avec gourmandise. C'était si fascinant qu'elle aurait aimé en savoir d'avantage. C'était une fille bien curieuse, mais on ne lui donnait pas souvent la chance d'apprendre. Harlon avait demandé à ce qu'on lui apprenne à lire et à écrire et il venait parfois l'aider et travailler avec elle. Elle était si concentrée et si assidue, heureuse de savoir des choses. Le combat aussi, elle était une fille sérieuse, même si elle râlait beaucoup. Malgré tout, ce qu'elle apprenait l'enrichissait et elle aimait acquérir des choses. Cela lui donnait une sorte de valeur, chose qu'on lui avait retiré de part sa naissance non voulue. Autant ses yeux jaugeait tout les geste de Yu, autant elle les avait légèrement écarquillé d'inquisition sur le sujet des orties. La surprise et l'admiration de ces choses communes, mais qu'on ne savait pas forcement la réjouissait et l'intéressait. Elle n'aurait jamais imaginé qu'une plante que l'on fuit car elle démangeait presque jusqu'au sang, pouvait avoir tant de secret. Yu était une sorte d'ortie, pensait-elle. Au début, son étrange attitude et accoutrement était désagréable, vous rendait méfiant, on ne tend pas à s'en approcher. Mais finalement, il picote un peu par ses médicaments, mais il vous guérit car vous avez su apprendre à le connaitre et l'exploiter en tant qu'herboriste. Il avait ses petites ressources secrètes, comme la plante non appréciée. Comme il disait plus tôt, il fallait savoir quelle attitude prendre avec les plantes pour qu'elles soient vos amies.

Elle était totalement détendu et même ravie, oui elle pouvait le dire. Elle était heureuse et son esprit serein. Elle était certes bien plus vulnérable si jamais Yu avait de mauvaises attentions à son égard, mais peu importait, elle n'y pensait plus du tout à cet instant. Elle était toute émoustillées. L'asiatique avait la chance de voir une Deirdre naturelle. Elle n'avait jamais été autant elle même que devant Harlon, son père. Et encore, elle lui cachait sa partie frustrée de n'avoir été qu'un problème de parcours. Oui, elle rageait au fond d'elle même contre Harlon, de l'avoir mise de côté et n'avoir su lui donner de l'amour qu'au compte goutte. Il ne put lui apprendre ce qu'était la famille et nourrissait une étrange haine envers le monde. On est seul, on porte tout, personne n'est là pour vous tendre la main. Sentiment qui l'avait rapproché de Dagon, sans le savoir. cet homme voyait en elle son bâtard, Zachery, et sa vie de jeune héritier solitaire, sans mère, ni père. La mère de Deirdre ? Elle fut assassinée pour garder le secret et au cas où elle réclamerait son du. Dagon avait donc de la compassion pour elle, chose rare. Mais ce n'était pas dans le simple fait qu'à côté de lui, elle n'eut pas le confort d'une naissance aristocratique, mais parce qu'elle était bâtarde et qu'elle se battait pour vivre, allant toujours de l'avant, sans passer son temps à se plaindre et se faire plaindre et se complaire dans sa douleur.

Elle avait toujours les yeux enflammées de toutes ces nouvelles découvertes. Elle l'aimait bien. Il avait beaucoup de charme, il ne parlait pas pour rien dire, il se tenait bien, il était respectueux, pas un poil curieux à poser des questions et il était surtout très cultivé. Etrange, mais finalement agréable et appréciable. Le bel homme pour son âge, lui informa qu'il n'en avait pas fini avec sa blessure. Elle avait presque envie de dire "tant mieux". Même si tout cela n'était pas agréable, elle aimait qu'on prenne soin d'elle, qu'on la bichonne. Il ne lésinait pas sur ses explications, sans en faire trop et elle préférait. Comme toujours, il établissait comme une ambiance pleine de confiance. Elle était rassurée de savoir ce qu'il allait faire d'elle avec ses potions magiques. Elles savaient bien qu'elles n'avaient rien de magique, la magie venant de la grande connaissance de Yu pour savoir faire ce qu'il souhaitait de végétaux.

Il lui confia alors qu'il lui appliquait un cataplasme, qui aiderait plus vite à sa guérison. Elle était heureuse. Moins il y aurait de temps à souffrir, plus elle serait contente. Mais alors, il lui parlé d'une plante qu'on ne trouvait pas dans tout Westeros, vaste terre il faut bien le dire. Son ingrédient devait être très cher de part sa rareté. Il lui offrait cela si généreusement avec ses explication, et sa patience. Elle avait ouvert grand la bouche un instant. Elle ne s'était jamais sentie aussi mal, c'était presque la première fois de sa vie. Même Dezial ne méritait pas autant sa culpabilité persistance avec sa jeune expérience de femme. Il avait quand même porté son attention à Deirdre, de part ses atouts physiques, il fallait être franc. Elle lâcha enfin sa tunique, toujours la bouche ronde d'étonnement, mais vite échange pour une certaine moue envieuse. Si elle lui aurait volé quelque chose, cela aurait bien été ses vêtements. Cela était si agréable sur la peau.

L'homme la contourna pour prendre l'autre baume à placer sur la blessure. Il arriva rapidement pour continuer donc tout le processus de guérison. Elle restait calme. Elle en avait vu beaucoup et elle n'était pas si douillette. Disons qu'elle arrivait à serrer les dents et faire en partie, abstraction de la douleur. Elle s'attendait à ce que la texture compacte soit plus fraîche, mais non, elle était presque chaude. Cela lui fit du bien sur la peau, mais dans la chair à vif, il lui arracha un soupir de douleur ainsi qu'un corps qui le fuyait et son épaule qui se contractait un instant. Il y allait avec douceur, prenant son temps et pourtant, il n'attendait rien comme honoraire. Les saigneurs étaient parfois brutaux et en plus on devait les payer. Deirdre ferma les yeux un instant pour remercier le Dieu Noyé. Elle lui promit même un petit sacrifice en échange de sa bonté. Elle sourit, s'imaginant poignardé Sargon et le jeter à la mer, tel un vulgaire cadavre encombrant au bout de sa lame, qu'elle dégagerait négligemment. Bien sûr, ce n'était que chimères, elle ne pourrait jamais le lui faire vivre un tel sort. D'un il était plus fort et de deux, mille fois plus précieux que les deux protagonistes pouvaient imaginer. C'était juste la traduction extrême de la colère qu'il procurait en elle. C'est alors, prenant soin de la soigner, il lui fit part d'une pensée étrange, peu commune, sauf à de grand intellectuels ou personne d'une grande sagesse d'esprit.

Elle cogita un moment sur ses phrases. Surtout la première. Et les dernières. Il avait raison dans un certain sens, on le lui avait apprit, alors il serait normal qu'à son tour, il fasse héritage de son savoir, comme tout le monde. Les maîtres d'arme, les chirurgiens, les forgerons. Mais à des inconnus, même jolies, blessé ou avec tout autre qualités ou argument, c'était étrange. Enfin le plus dérangeant était qu'il serait honoré lui de partager son savoir à celui qui gagnait en richesse, qui dès lors devrait être l'honoré. Trop compliqué. Elle secoua la tête, s'étant perdu dans son équation philosophique et vit Yu disparaitre dans une autre pièce.

Il revint de nouveau avec une bande de tissus, déjà plus longue, repliée sur elle même. Il en posa une partie sur son épaule, lui donnant encore des indications de ce qu'il faisait et de ce qu'il fallait faire dans un futur proche. C'était du travail. Elle n'aurait pas pensé à tout cela. Il fallait dire qu'elle ne s'était pas aussi gravement blessée qu'il y a plusieurs années, trop jeune pour s'en souvenir. Une pierre instable qu'elle escaladait au pied d'une falaise, la tête le première tomba sur ses voisines, lui écorchant une partie du crâne.

- Oh, vous savez, le bain est un luxe qui n'est point à la portée de tous. Puis les rivières, je pense qu'attendre quelques jours, vu le vent froid qui vient du nord, ne sera pas un problème, dit-il avec l'humeur à faire quelques boutades, surtout avec un homme aussi impersonnel que Yu.

Elle lui fit un doux sourire, laissant les bretelles de sa robes glisser avec sa chemise. Elle était désormais à moitié nue dans la salle, mais elle s'en moquait et quand bien même quelqu'un entrerait à ce moment, elle était dos à la porte. Il passa son bandage autour de son épaule, couvrant plus de partie que la blessure n'occupait de part sa position inadéquate. Il le fit, sans même la lorgner, un regard intéressé ou déplacé. Elle était presque choqué de n'attirer aucun effet sur un homme, c'était bien rare, surtout aussi découverte. Elle n'en fit pas une obsession et le laissa finir sa besogne, prenant son temps pour que tout soit parfait.

La robe fut remise du mieux que l'on pouvait, vu la partie bien abimée par la lame de l'agresseur quelques heures plus tôt. Il arriva de nouveau avec un petit trésor végétal. En soufflant un peu, même si la douleur s'atténuait sous le cataplasme, elle réussit à rabattre ses manches plus haut sur ses épaules. Toujours de grands yeux de petite fille innocente, elle jaugeait les feuilles séchées et quand il lui proposa de lui montrer comment bien réussir une infusion, elle opina vivement de la tête. C'est alors qu'à nouveau, dans son économie de geste, sa lenteur pleine de prestance, il s'éloigna de nouveau d'elle.

- J'ai quand même du mal à vous comprendre pour ce que vous avez dit, de gagner en estime et le reste. Vous dite aider des personnes en donnant votre savoir, mais si ce sont de mauvaise personne ? Vous êtes quand même perdant non ? Je ne dis pas que j'en suis une, mais je ne suis pas ce qu'il y a de plus confiant et pur dans ce monde, je peux vous l'assurer... Ah un tel point, que j'aimerai savoir...

Elle continuait d'ouvrir quelques boites pour voir ce qu'il y avait à l'intérieur, toucher les bol, les ustensiles, comme le petit maillet pour écraser les graine, les bouteilles, les tissus, les pierres. Plein de chose trainaient, de toutes coutumes confondues.

- Vous faite du poison ? Un homme comme vous qui sait le bien que peuvent faire les végétaux, doit bien sûr être conscient du mal qu'ils peuvent faire aussi, non ? J'aimerai vraiment apprendre à en faire. Enfin, juste une chose. Vous ne saurez ce qui pourrait juste apaisé une personne, l'endormir du sommeil du juste. Qui n'aurait bien sûr aucune conséquence.

Elle lui lança un regard très sérieux, non plus celui de la jeune femme perdue chez un herboriste, qui s'étonnait de ses tours de mage. Elle ne fuyait pas, ses yeux planté sur Yu, alors que sa main continuait de jouer avec une des brindilles de plante sur la table.

- J'ai bien quelques troc de bijoux précieux à vous faire pour vous remercier de tout ça. J'imagine bien que j'en demande beaucoup alors que vous m'en avez déjà donné tant. Je suis plus du genre, prévenir que guérir. Si je peux mettre sans danger, mes ennemis dans un état impuissant, j'évite les blessures, donc point besoin de baume ou cata ... Cata machin...
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Message Ven 9 Déc 2011 - 15:49

     Il était vrai que les bains n'étaient pas à la portée de tout le monde par les temps qui couraient, surtout avec la sécheresse qui diminuait toutes les rivières. Toutefois il préférait prévenir que guérir, même si c'était ce qu'il était en train de faire. Seul le silence répliqua à la plaisanterie de Deirdre, Yu ne voyait nul besoin de manifester son amusement en rigolant, en souriant ou même encore en répondant juste histoire de formuler quelques mots. Quoi qu'il en soit, la jeune femme accepta qu'il lui montre comment se servir des feuilles qu'il venait de lui offrir gracieusement et l'apothicaire s'éloigna donc de quelques pas tandis qu'elle continuait à parler en exprimant son incompréhension vis-à-vis de ce qu'il avait dit plus tôt. Encore une fois, pour quelqu'un qui n'était pas de son origine et qui n'avait pas été élevé comme lui, tout cela pouvait sembler très étrange. Toutefois, Yu n'était jamais contre le fait d'expliquer plus amplement le fond de sa pensée, s'il considérait que cela puisse intéresser quelqu'un bien évidemment. Ce qui semblait être le cas de la blessée.

     Celle-ci se promenait de la pièce en touchant tout ce qu'il y avait à portée de main, chose qui n'agaça pas Yu, mais l'amusa plutôt. Certaines personnes étaient tellement intimidées qu'elles ne parvenaient même pas à bouger lorsqu'il leur parlait, c'était bien plus plaisant de tomber sur quelqu'un qui débordait d'enthousiasme et d'envie d'apprentissage. Une qualité trop rare de nos jours, du moins d'après ce que l'herboriste avait cru constater au court de ses pérégrinations. Son attention s'orienta alors sur les poisons, c'était une question qui lui était bien souvent posée, bon nombre de nobles venaient jusqu'à lui pour avoir recourt à ses connaissances en matière de poison. Il en avait des plutôt poussées depuis son séjour dans l'une des cités libres spécialisée dans la confection des poisons, bien que ses connaissances restaient moindres comparées aux herboristes de ces endroits.

     Yu s'arrêta un instant alors qu'il était en train de préparer le nécessaire pour montrer à la jeune femme comment utiliser les feuilles offertes juste avant, il leva ses yeux de jais vers le visage de l'inconnue qui le regardait d'un air très sérieux. Visiblement celle-ci avait une idée derrière la tête, elle semblait vouloir obtenir un poison bien précis. Cela ne tarda pas, lorsqu'elle lui parla ce qu'elle cherchait vraiment Yu hocha la tête d'un air léger avant de reporter son attention sur les objets posés devant lui.

     ▬ Cataplasmes. »

     Une habitude de compléter les phrases hésitantes, il le faisait inconsciemment à force. Yu saisit deux bols ainsi qu'une sorte de théière confectionnée à part de grès, puis il porta le tout vers la petite table qui avait été débarrassée et nettoyée juste après les soins. L'herboriste se détourna afin de chercher de l'eau claire puis revint vers le matériel avant de répondre enfin aux multiples questions de la curieuse jeune femme.

     ▬ Pour commencer, je dirais que les personnes mauvaises ne s'intéressent pas au savoir. Elles prennent ce dont elles ont besoin, de gré ou de force et ne se donneront pas la peine de chercher comment comprendre les plantes. Voyez-vous, je puis enseigner tout mon savoir à un homme mauvais, ce n'est pas pour autant qu'il saura comprendre les plantes. Je dirais que la nature s'occupe de faire le tri pour moi. D plus, qui suis-je pour considérer qui est bon et qui est mauvais ? »

     Il tourna ses yeux noirs vers le visage de la jeune femme. Yu se doutait bien qu'elle n'était pas une simple voyageuse, ses nombreuses rencontres lui avaient permis de développer une certaine acuité et il pouvait se targuer de comprendre le fond de la pensée d'une grande partie de ses clients. Certains se donnaient la peine de lui dissimuler les véritables raisons de leur venue, d'autres non, en tous les cas l'apothicaire ne se permettait jamais de leur demander quoi que ce soit.

     D'un geste sûr, il versa l'eau dans l'espèce de théière avant de se détourner de la table pour s'approcher d'un feu qui flambait dans une petite cheminée à peine visible. Elle était surtout utilisée pour garder au chaud les pierres qu'il mettait dans son mini sauna. Yu posa le contenant plein d'eau sur une grosse plaque en céramique qui servait à chauffer à peu près n'importe quoi, puis il continua d'un ton imperturbable comme s'ils étaient en train de discuter de la pluie et du beau temps.

     ▬ J'ai appris l'art du poison en effet, je possède de bons rudiments même si je suis loin d'avoir les connaissances des maîtres. Il existe de nombreuses plantes qui peuvent avoir les effets que vous désirez, mais certaines ont des effets indésirables tels qu'un malaise qui perdure plusieurs jours par exemple. Il marqua une pause en réfléchissant. Je pense toutefois pouvoir vous parler d'une plante qui a pour effet de faciliter le sommeil, couplé à une autre cela peut devenir un puissant somnifère capable d'endormir n'importe qui. Nouvelle pause. Sachez toutefois que nul poison n'est infaillible. Il se pourra que certains organismes résistants ne soient pas affectés, comme certaines personnes pourraient réagir trop brutalement et ne plus se réveiller. Il n'y a malheureusement aucun moyen de s'en assurer avant d'en user.... »

     Yu tourna la tête vers elle comme pour s'assurer qu'elle comprenait bien qu'il parlait de la possibilité de tuer quelqu'un. Jouer avec un poison ne permettait pas de tout maitriser, il y avait toujours un problème qui débarquait, tôt ou tard. Quiconque usait de ce procédé devait savoir ce qu'il avait entre les mains. L'eau avait commencé à bouillir lentement lorsqu'il retira la théière de la plaque pour en revenir à la table du début, puis il la posa sur un petit socle avant d'ouvrir le couvercle qui libéra une épaisse buée chaude. Yu attrapa une espèce de filet aux mailles très serrées dans lequel il glissa plusieurs feuilles avant de tremper le tout dans l'eau bouillante puis de refermer le couvercle.

     ▬ Ce n'est pas difficile à faire, vous pouvez laisser tremper les feuilles dans l'eau, mais le risque est qu'elles infusent trop rapidement ce qui rendrait le breuvage moins efficace. Il faut le laisser infuser cinq bonnes minutes, plus longtemps si vous n'avez pas de couvercle pour fermer. »

     Ceci dit, il s'éloigna une fois de plus de la table de travail pour passer à côté des rayons où étaient disposées des centaines de plantes. Il s'arrêta devant l'une d'entre elle avant d'attraper le pot pour s'approcher de Deirdre et lui montrer ce qu'il contenait.

     ▬ Il s'agit d'une viveracine, une plante commune de Westeros, elles sont très reconnaissables, il suffit de mélanger deux feuilles de cette plantes avec une pincée de pavot et vous obtiendrez un somnifère qui ne laisserait rien de plus qu'une impression d'avoir trop dormi. Il est possible de l'utiliser de différentes manières, en faisant tremper les mélange dans l'eau, vous pourrez le glisser dans une boisson, voir même vous en enduire les lèvres pour le transmettre à quelqu'un d'une manière plus douce. »

     Autrement dit, en embrassant quelqu'un avec les lèvres enduites de ce produit, elle pouvait tout aussi bien rendre le poison efficace. Bien entendu, il lui fallait un contre-poison pour ne pas être elle-même touchée, puis il faudrait forcer sur les doses pour que le peu qui toucherait les lèvres de l'autre soit efficace. C'était des choses qui s'apprenaient avec l'expérience.

     ▬ Le contre-poison est très simple à confectionner, il suffit de mélanger le poison avec des feuilles de sauges préalablement séchées. Vous en buvez un peu et vous résisterez au poison. Inutile de préciser que suivant les effets qui vous désirez, il faudra plus ou moins accentuer les doses. »

     Alors qu'il terminait son explication, une agréable odeur se mis à planer dans les airs, l'infusion commençait à prendre.
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Message Sam 10 Déc 2011 - 16:52

Deirdre était lentement revenue à sa place. Elle n’était pas allée loin, juste à la longueur de son bras, près des tiroirs et des meubles qui ne lui demandait qu’un pas gracieux et silencieux. Elle ne s’était même pas figée, ni raidie, ou sentie mal lorsqu’elle savait que Yu Pon gardait un œil sur elle. Oh, elle pouvait sentir ses yeux noirs et sauvage, d’un mystère si profond, dans son dos. Il était là devant lui. Elle avait parlé, étant presque la seule à combler la pièce trop silencieuse. Elle en avait finit par trouver le courage de lui demander une solution soporifique, ce qui l’aiderait, très franchement à réussir plus facilement ses missions. Elle eut bien du mal à finir sa phrase, ce qui brisait un peu sa confiance en elle, mais surtout montrait son manque de concentration et sa dispersion. Elle n’était pas capable de retenir ce nouveau mot qu’elle venait d’apprendre. Elle affichait aussi son manque d’éducation et donc sa petite condition. Ce n’était pas forcement chose ainsi faite, mais il était commun de voir que les gens ayant peu d’argent, ne pouvait avoir le luxe d’une certaine culture. Quoi qu’il en fut, comme tout le reste, l’herboriste s’en moquait bien déjà depuis le début. Il dut bien voir à son allure, à sa façon de se tenir ou de parler qu’elle ne fut pas la plus douce et la plus parfaite des jeunes femmes de haut rang.

Elle retroussa ses lèvres, la bouche close, lorsqu’il l’aida à prononcer le mot. Elle eut un peu honte. C’était comme si on lui faisait une sorte de remontrance. Elle n’osa plus rien dire jusqu’à ce qu’il se décide de parler. Il ne cessait de voler dans la pièce, car oui, il volait. Il donnait cette impression de flotter. Était-ce ses vêtements ou lui ? Elle n’en savait pas, mais tout cela ne faisait que renforcer l’étrange estime qu’elle avait de lui. Elle l’appréciait en tout cas, de seconde en seconde. De nouveaux objets s’offrait devant elle, mais déjà, elle y était plus familière. Enfaite, à bien y regarder, ce qu’elle fit, le menton appuyé contre sa main, tout ressemblait à des ustensiles de cuisine. Ce n’était pas si loin dans le fond. Moudre, chauffer, infuser, cuir, mélanger, etc..

Il lui fit part de son savoir sur les poisons. Il disait n’en connaitre que quelques notions, sans tout connaitre sur le bout des doigts, comme les grands sages des herboristes. Dans le fond, Deirdre s’en moquait. Il avait bien l’air de très bien gérer les médicaments et les plantes qui soulageaient. Il utilisait toujours des mots simple aussi simple que ses explications. Elle aimait beaucoup. Il ne la prenait pas de haut, et elle ne prenait pas mal le fait qu'il explique très voire trop clairement les choses pour être sûr qu'elle comprenne. Au contraire, cela la touchait. C'était difficile de savoir s'adresser aux gens, on ne savait jamais comment ils allaient réagir. Chacun avait son caractère. Il lui fit donc part d'une plante qui endormait facilement les gens, mariée à une autre. Chose pas très difficile et Deirdre était ravie. Elle trépignait d'impatience au fond d'elle même pour en savoir plus. Mais alors, Yu, très bon professeur, commença par les bases et avant de lui donner la recette, la mis en garde des risques. A sa façon de faire, elle comprenait qu'il faisait bien les choses et qu'il devait avoir son respect, et surtout son écoute. Il lui fit part que les conséquences du produit pouvaient être différent et très dangereux, selon les personnes. Elle hocha la tête, ne le quittant pas des yeux pour lui communiquer qu'elle avait bien compris et qu'elle prenait ses explication en compte. Elle se moquait bien d'en tuer quelques uns, surtout que de cette façon, elle ne versait pas de sang. On pourrait croire que la mort était venu les prendre, enfin avec la chance d'ignorant.

Juste le fait de la prévenir, montrait qu'il prenait soin à partager son savoir. Il ne le faisait pas n'importe comment et malgré ce qu'il disait, pas avec n'importe qui.

Il récupéra l'eau frémissante sur le feu, dans sa petite théière et versa le liquide dans la tasse. Il avait prit le soin de mettre les feuilles séchées dans un petit, au dessus de la tasse, le tout filtrant et l'eau se parfumant par magie du gout de la plante et de ses biens faits. Le sachet, l'eau, les plantes, attendirent sagement dans le verre, le couvercle bien fermé pour conserver toutes ses ressources. Oui, c’était simple à préparer. Un court instant d’infusion s’il était bien couvert, sinon plus longtemps. Elle retiendrait. Ce n’était pas grand-chose. Elle n’oubliera pas d’imprimer la teinture de l’eau pour voir à peu près quand est-ce qu’elle doit retirer le sachet. Elle s’était penché lorsqu’il lui avait montrer comment procédé et l’écoutait attentivement. Elle ne cessait de hocher la tête, suivis de quelques « hm » pour dire qu’elle comprenait et qu’elle n’avait pas perdu son attention.

Le « mage » s’éloigna pour chercher dans ses boites magiques et ses pots. Les milliards d’étagères ne lui faisait pas peur et il s’y aventurait en sachant parfaitement où il se rendait. Deirdre serait si perdue dedans, oubliant sûrement, au moins où se trouvait une plante, malgré l’éventualité qu’elle y travaillerait depuis quelques années. Il arriva avec un nouveau végétal dans les mains. Toujours les yeux vifs et grands ouverts, elle tendit la main pour les voir de plus près. Elle retenait bien lorsqu’elle observait quelque chose. C’était un peu son travail et son arme de survie. Yu réussit à lui arracher un sourire.

- J’aime beaucoup le dernier détail, on tend plus à me voler un baiser, plutôt que de boire une verre que je propose …

Il lui part aussi du contre poison. Il était tout bonnement simple, même si elle ne savait pas tellement à quoi ressemblait un saule. Elle fit une petite moue. Puis alors, elle porta un instant son attention sur la tasse. Elle y posa ses mains tout autour, juste pour se réchauffer. Elle réfléchit un instant.

- Je prend compte de tout ce que vous me dites. Juste, comment vous préparer le… Le produit qui pourrait endormir ? Je les mélanges mais je les prépare comme vous avez fait, une pâte ? Ou alors, une infusion ?

Il souleva le couvercle, comme une petite enfant curieuse, puis le regarda pour savoir si elle pouvait boire sa tasse. Elle avait lentement reposer le couvercle, attendant son consentement.

- Je ne vous embêterai pas plus après. Juste cela… J’ai déjà bien abusé de votre générosité. J’ai une dernière question. Pourquoi les plantes ? Pourquoi devenir herboriste ? Était-ce un choix de votre part ?

Elle quitta sa chaise, laissant la tasse sur la table, et de son bras encore valide, elle attrapa son plus gros sac. Elle fouilla dedans, assez maladroitement, ayant encore mal lorsqu’elle bougeait. Puis elle sortit une petite pierre. Ce que pouvait en voir Yu Pon, n’avait rien d’extraordinaire. Une forme ovale, grise, simple, pas polie. Mais alors, elle la retourna lentement pour la poser devant le jeune homme. Elle tenait facilement dans le creux de la main de Deirdre, assez petite, mais son intérieur brillaient de magnifiques reflets violets. C’était une petite géode d’améthyste qu’elle avait trouvé elle-même. Elle avait gardé espoir d’assommer un lapin avec dans la forêt, mais il s’était ouvert contre un mur, pour venir attirer l’œil de pie qu’avait Deirdre. Elle s’amusait désormais à en chercher. Elle n’était jamais tomber dessus avant. Elle taillait pourtant des silex en des formes inventées ou des représentation, fleur, animaux, etc. Elle lui fit un petit sourire.

- C’est pas grand-chose, je ne sais pas si c’est quelque chose de valeur. Mais on en trouve peu et je trouve cela très joli. Je vous le laisse…
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Message Dim 11 Déc 2011 - 14:11

     Elle était extrêmement attentive, cela réjouissait Yu, bien qu'il ne le montrait guère en trépignant de joie, bien trop posé qu'il était pour agir de la sorte. Son esprit pédagogue était toujours en ébullition lorsque quelqu'un manifestait de l'intérêt aux explications qu'il donnait, en général l'herboriste tâtait toujours le terrain avant de faire quoi que ce soit. Si la personne réagissait positivement à ce qu'il donnait comme information, l'apothicaire enchaînait en soulignant la particularité de chaque potion qu'il fabriquait, mais si le client se montrait ennuyé par ce qu'il disait, Yu retombait dans le silence. Il n'imposait pas son savoir, il ne faisait que l'offrir aux gens qui désiraient l'acquérir et malheureusement, au grand dam de l'étranger, ces personnes étaient de plus en plus rares ou ne s'en montraient pas aussi dignes qu'il l'eut souhaité.

     Les explications s'enchaînaient de sa voix calme et posée, le sentiment de revenir des années en arrière alors que maître Zhang lui dispensait son savoir, le plaisir d'apprendre de nouvelles choses et de pouvoir les réaliser. Yu était un passionné de savoir, il ne se laisserait jamais d'acquérir de nouvelles connaissances et aurait même envisagé de reprendre la route s'il n'avait pas possédé sa petite boutique ici.

     Lorsque l'inconnu esquissa un sourire afin de lui répondre en expliquant qu'elle appréciait beaucoup sa dernière précision, il s'inclina légèrement de manière à faire savoir que c'était tout à fait normal. Yu n'était pas aveugle, il avait bien remarqué que la tenue de la jeune femme laissait entrevoir ce qu'un homme aimait normalement voir. Lui semblait être insensible aux attraits de la chair comme si tout cela n'éveillait pas autant d'intérêt que l'apprentissage, mais il avait tout de même compris que la blessée devoir bien souvent avoir recourt aux charmes que la nature lui avait donnés. Peut-être était-ce une voleuse qui détroussait ses clients après les avoir charmés, il ne savait pas exactement quel rôle elle s'était donné, mais une chose était sûre, cette belle demoiselle était tout sauf une simple voyageuse. Toutefois, il n'en fit pas état et se contenta de rester silencieux alors qu'elle reportait son attention sur les tasses.

     Il vérifia l'état de l'infusion, sachant très bien que les cinq minutes arrivaient très rapidement, puis hocha la tête d'un air satisfait avant de retirer le petit filet aux mailles serrées de l'eau puis referma le tout. Yu saisit ensuite un bol qu'il plaça devant la jeune femme avant de verser un liquide de la couleur de l'ambre et au fumet délicat bien que légèrement sucré, puis il fit de même dans un second contenant avant de répondre aux multiples questions posées par la jeune fille.

     ▬ C'est une simple infusion, les pâtes ne sont nécessaires que pour les cataplasmes et lorsqu'elles doivent être utilisées sur une grande surface. Il faudra préparer cela exactement comme je viens de vous le montrer, puis pour l'antidote ajouter des feuilles de sauges en fin d'infusion que vous laisserez tremper cinq minutes sur le feu. »

     Il se détourna de la tasse après avoir reposé la théière, ayant bien remarqué la légère moue affichée par l'inconnue lorsqu'il avait parlé de la plante utilisée pour l'antidote. Elle ne connaissait certainement pas les feuilles de sauges, dans ce cas il suffisait de lui montrer à quoi cela ressemblait. Sans aucune peine, Yu se dirigea vers un mur aux bols plus espacés et marqués de signes étranges – l'écriture de son pays natal – puis il attrapa l'un d'entre eux avant de revenir vers la blessée qui était toujours attablée. L'herboriste ouvrit le couvercle qui libéra aussitôt un délicat arôme, puis posa le tout sur la table pour permettre à la jeune femme de voir et sentir à quoi cette plante pouvait ressembler.

     ▬ Il est très aisé d'en trouver, ne serait-ce que par leur fumet si particulier. Généralement vous les sentez avant de les voir. »

     Elle avait posé quelque chose sur la table après s'être levée pour chercher quelque chose dans son sac, il s'assit et but tranquillement quelques gorgées chaudes de la tasse en céramique. Yu n'avait pas vraiment besoin d'argent, il était assez réputé dans son métier et ses clients étaient aussi bien des catins du coin que des nobles qui voyageaient d'autres régions afin de lui demander son aide. C'était très aimable de la part de la demoiselle de vouloir lui donner quelque chose en échange, mais il ne voyait aucune raison d'accepter. Elle était plus dans le besoin que lui, il avait agi d'un acte désintéressé dans le simple but de soulager les problèmes d'une inconnue. Pour la première fois, son visage se marqua d'un très léger sourire à peine visible, puis se secoua la tête d'un air léger, faisant bouger la queue de singe de son chapeau.

     ▬ Ce n'était guère un choix, un maître herboriste est venu demander à mes parents de me confier à sa bonne garde l'année de mes dix ans. Il est devenu ma nouvelle famille et m'a enseigné beaucoup de choses. Je suis devenu herboriste parce que c'est ce que l'on avait décidé pour moi et j'en remercie le ciel tous les jours. »

     Yu n'était pas à plaindre au contraire, passer d'une famille très nombreuse d'agriculteurs à un maître herboriste qui lui avait enseigné les bases de son savoir, il avait même été très chanceux. Maître Zhang lui avait appris à se battre avec sa lame de Yi-Ti et il s'en tirait même plutôt bien, en réalité même si sa vie n'était dû qu'à un grand coup de chance, l'apothicaire considérait que c'était sa destinée. Son don naturel avec les plantes ne devait pas être étranger à ce coup du sort après tout. Il reposa finalement son bol sur la table avec une délicatesse pleine de précision, puis reprit.

     ▬ Je crois que vous aurez bien plus besoin de cela que moi. Mon acte était désintéressé, vous savez il existe des gens qui peuvent donner sans attendre en retour. Il la regarda dans les yeux un bref instant. Chaque chose à de la valeur, je suis persuadé que cette pierre recèle plus de richesse qu'elle-même ne saurait le croire. »

     Est-ce qu'il parlait d'elle ou parlait-il de la pierre ? Bonne question, la jeune femme pouvait s'interroger à ce sujet, en tous les cas une chose était sûre, il n'allait pas accepter le moindre paiement de la part de la blessée. Yu termina sa tasse avant de se redresser en faisant signe à l'inconnue de ne pas bouger, il se retira dans l'arrière-boutique et attrapa une sorte de petite sacoche en tissu qu'il avait réalisée lui-même. L'herboriste y glissa quelques plans, de la viveracine et de la sauge, puis ferma le tout et retourna dans la pièce où se trouvait la jeune femme déjà prête à partir. Il s'arrêta à une distance respectable avant de lui tendre ce qu'il venait de préparer tout en s'inclinant en signe de remerciement.

     ▬ Je serais très honoré que vous acceptiez ce présent, je n'ai pas eu le plaisir d'avoir une visiteuse aussi intéressée que vous depuis bien des années. »
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Message Mar 13 Déc 2011 - 22:48

Il lui avait expliquer comment marchait le produit qu'elle cherchait. Ah, elle en serait que mille fois plus efficace, si elle avait cette décoction entre les mains. Elle était heureuse, non pas seulement parce qu'elle avait une petite arme sur elle, grâce à la nature et Yu, mais parce qu'elle venait d'apprendre une nouvelle chose. Elle était contente et se sentait moins idiote, moins réduite. Elle souriait presque bêtement. Elle avait hâte d'essayer sa nouvelle potion "magique". Elle attrapa doucement la tasse que le jeune homme finit de préparer. Il faisait tout jusqu'au bout. Un homme très serviable et attentionné. Elle appréciait énormément, surtout qu'il le faisait naturellement et non pas pour ses cuisses où sa poitrine aucunement cachée avec pudeur. Elle souffla sur le bord puis but quelques gorgées. C'était extrêmement chaud, mais le gout était agréable. Elle avait pendant ce temps, tendu une oreille plus qu'attentive à ses conseils de préparation et ses explications, surtout pour l'antidote. Mieux valait patienter un petit peu avant d'ingurgiter toute l'infusion.

Elle observait Yu qui s'éloigna encore, mais sans réelles raisons apparentes. Il la retrouva, un pot de feuille de sauge. Il était vraiment trop attentionné, à l'écoute, aucun détail ne lui échappait. Il devina rapidement qu'il avait beau parlé de ses produits, elle ne voyait pas forcement à quoi cela pouvait ressembler. Toujours ce sourire tendre sur son visage épanouie, elle le remercia d'un signe de tête et prit tout son temps pour respirer l'odeur particulière de la feuille de sauge. Elle en prit quelques unes étalées délicatement sur la table. Elle voulait voir leur forme, leur couleur, leur taille, l'épaisseur et chaque détail. Elle reposa le tout dans le petit récipient aux idéogrammes que lui étaient fort étranger. Cela était sûrement du pays d'où provenait cette étrange homme.

Elle se pinça les lèvres. Quel douce rencontre. Elle en apprenait de minute en minute avec lui. Elle se sentait importante, à l'égale de l'homme face d'elle. Elle aimait la façon dont il prenait les choses avec une douce légèreté, tout avait quelques choses de bon à en tirer, il remerciait presque ce qu'il avait vécu. Il n'avait pas fait le choix d’être ce qu'il était désormais, mais il avait l'air de bien le vivre et se sentir comme récompenser de ce que la vie lui avait offert. Voilà, c'était comme si tout ce qu'il le touchait était un cadeau de la vie, bon ou mauvais, car même mauvais, il en tirerait de l'expérience, mille fois plus que des bons. Elle était totalement admirative de Yu Pon. Elle n'oublierait jamais sa rencontre avec lui, c'était un fait.

Elle vida une partie de sa tasse avant de partir dans ses longues fouilles. Elle sortit donc la géode d'améthyste, pour la poser sur la table et Yu refusa son "paiement".

- Je sais, je viens de le voir. Vous en êtes la preuve... Alors raison de plus pour que je vous la donne et que vous l'acceptiez. Je vais me sentir insultée. C'est un présent, prenez le..; Je vous le donne pas pour vos médicament, mais pour récompenser votre personne. vous êtes un être étonnant. Soyez honoré, j'ai plus pour habitude de profiter de la générosité des gens que de donner; Et en plus de ça, je ne l'ai même pas dérobé. C'est encore plus précieux, la valeur n'en est que plus appuyée, lui répondit-elle, jouant aussi sur le fait qu'elle avait plus de valeur qu'elle n'y paraissait, comme la pierre.

Elle était très sérieuse et s'ouvrait à lui, sans crainte, voyant qu'il ne jugeait point les gens. Voleur, catin, roturier, noble, il l'avait traité comme il aurait pu le faire avec une personne de meilleure situation. Il pouvait lire dans ses yeux qu'elle lui ferait avaler la géode s'il continuait de la rejetée.

Elle finit sa tasse alors que Yu Pon vint lui faire un petit paquetage qui contenait de quoi faire la petite potion soporifique. Elle écarquilla les yeux et lui fit un sourire en coin. Elle l'attrapa gentiment avec l'autre sachet d'antidouleur qu'il lui avait donné. Elle rangea le tout dans sa petite pochette, tout contre le tissus avec le sang de Sargon. Elle releva des yeux presque humides. Elle plissa ses lèvres un long moment, puis attrapa les mains de Yu Pon, bien enfermée dans les siennes.

- Je suis ravie. Je suis bien plus heureuse d'avoir eu la chance d'en apprendre en autant, croyez moi. C'est à moi de vous remercier mille fois. J'oublierai jamais ce que vous avez fait. Si je repasse par Port Réal ou m'éternise, je viendrais vous revoir ... Promis.

Elle se leva lentement, attrapant son gros sac qu'elle passa sur l'autre épaule, non meurtrie, puis vérifia qu'elle n'omettait rien. Au pire, elle repasserait s'il le fallait. Elle lui fit un dernier petit signe de main et quitta l'atelier de l'herboriste, lui laissant comme dernière vision, son dos bandé. La géode, elle était toujours sur la petite table.

Elle trouva vite refuge dans une petite auberge pour se reposer et retrouver un peu de force. Elle dépensa le peu qu'on lui demandait, faisant la manche aux propriétaire de l'endroit. Elle trouva bien des idiots à voler pour repartir avec plus qu'elle n'avait dépenser. Elle essayait toujours de faire quelques bénéfices. On lui a appris depuis toute jeune, qu'on obtenait les choses sans payé chez les pirates. C'était devenu une façon de vivre, même si elle devait sauver les apparences.
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Le savoir-vivre est l'art de ne pas montrer trop vite son savoir-faire ▬ Deirdre

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