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Message Mar 6 Déc 2011 - 14:03

La nuit étirait paresseusement ses ultimes soupirs au dessus de Winterfell. Dans quelques heures le matin viendrait et avec lui les lueurs chatoyantes de l’aurore tout comme s’éteindraient les hurlements des loups qui, pour l’heure faisaient frissonner les arbres gris du Bois Sacré.
Beron Stark aimait, plus qu’aucun autre, ces instants-là où la nuit s’énamoure du jour et où les ténèbres environnent le monde avant de succomber à l’étreinte piquante de l’aube. Il se tenait là, comme chaque fin de nuit à la même heure, à apprécier le calme de ces instants fugaces précédant l’embrasement de l’horizon. C’était le seul moment où les turpitudes du jour et les soucis inhérents à sa fonction s’évanouissaient dans l’attente nocturne et sereine.
Le clapotis de l’étang près duquel il s’agenouillait, jour après jour, invariablement, offrait l’apaisante mélodie d’une ritournelle d’enfance. Celle qu’il connaissait depuis tout petit lorsqu’il venait se réfugier près de l’Arbre-Cœur pour prier les Anciens Dieux, ceux de Père et des Premiers Hommes... Ceux des Enfants de la Forêt aussi.

Les ramures luisantes de l’immense barral découpaient sur Lord Beron les sombres morsures de l’étouffant feuillage traversé, ça et là, par la pâle lueur de la lune. Le coassement de quelques grenouilles bêtasses se répercutait aussi sur la face frémissante de l’étang comme un lancinant refrain.
Le genou ployé vers l’hideuse face suintante de l’imposant Arbre-Cœur, les mains reposant sur la garde de la terrible épée enfoncée dans le sol fangeux, Beron acheva ses vœux à voix basse.

- Toi et ta piété sordide me rappelez ton père ! La voix cinglante parut tirer Beron d’un songe agréable que lui seul pouvait apprécier. Que ne peux-tu donc venir converser avec les grenouilles au moins un peu après le lever du jour !? Je rêve d’un vin chaud et de la tourte aux airelles de cette brave Meredith. Pas toi ?

D’aussi loin que pouvait le lui permettrent ses souvenirs, Beron avait toujours connu Kendrik tel qu’en cette heure. Impatient, malicieux et irrévérencieux, la langue aussi affûtée que son esprit ou sa lame... Un sacré mélange, et un sacré camarade, un ami comme peu en possédait Lord Beron. Sincère, fidèle et impertinent. Et pourtant, tout avait commencé, entre eux, de façon si particulière que même la science et la perspicacité de Mestre Prysas n’auraient pu imaginer une amitié possible entre ces deux-là. La rigueur et l’austérité du Nord confrontées au charme et à la malice de ce petit gars du Sud. Au départ un ensemble douteux devenu mélange corsé et subtil pour une amitié finalement aussi solide et belle que l’intensité de leurs différences initiales.

- Je ne t’ai pas demandé de m’accompagner ! le cingla Lord Beron avec toute la froideur qu’il savait appliquer à ces propos lorsqu’il avait l’intention de contrecarrer l'effronterie avec laquelle Kendrik Crakehall aimait le titiller. L’œil de Beron prit un éclat malicieux que n’aurait pas renié son camarade. Je me demandais jusqu’à quel point tu parviendrais à céder la parole aux batraciens qui peuplent l’étang ! Je savoure la délicatesse avec laquelle tu as laissé tes congénères s’époumoner avant de leur reprendre l’art du bruit qu’ils t’avaient subtilisé ! Il se releva en prenant appuis sur la garde de Glace qui brilla d’un éclat soudain.

Les deux amis se regardèrent un instant avant d’exploser de rire et, se bourrant l’un l’autre de franches tapes amicales, se dirigèrent vers la sortie du Bois Sacré non sans que Beron tentât vainement et à plusieurs reprises de faire baisser l’intensité sonore du rire de son ami.


*
* *

Le lever du jour était passé depuis quelques minutes seulement lorsque Lord Beron et ser Kendrik déboulèrent dans la salle du réfectoire de Winterfell. Jonas était déjà là, observant, depuis une des hautes fenêtres qui donnaient sur la courtine de l’enceinte intérieure de la Tour du Foyer, les allées et venues du personnel de maison qui s’affairait à décharger quelques charrettes de provisions destinées aux cuisines de la forteresse. Sur une vaste table de bois sombre habillée d’un long centre de table de toile de lin gris, la seule dressée de la sorte à cette heure fort matinale, avait été servi un petit déjeuner appétissant sur lequel ser Kendrik vint se jeter comme la misère sur le petit peuple. Les filles étaient déjà attablées depuis quelques temps et l’entrée tardive et remarquée de Kendrik et de Lord Stark avait attiré les regards attendris des deux jeunes sœurs sur leur frère, ce qui leur avait valu une remarque sévère de septa Lorine. La vieille et rigide préceptrice des filles ne détendait que rarement sa vigilante éducation et ne cessait pour ainsi dire jamais d’en marquer un peu plus la rigueur par des litres de zèle lorsque Lord Stark se trouvait dans les parages.

Beron se tourna vers Yelina et Cylia avec un sourire désarmant et vint leur donner à chacune un doux baiser sur le front qui, en plus de rappeler la tendresse qu’il avait pour ses sœurs, manifestait un semblant désapprobation pour la remarque cinglante dont elles venaient d’être gratifiées par septa Lorine.

Tout en se versant un verre d’un vin chaud épicé et copieusement parfumé de miel, de cinnamome et de girofle, Beron attrapa une énorme part dégoulinante de la fameuse tourte aux airelles dont Kendrik raffolait tant et s’assit sur le rebord de la grande table massive. Il enfonça goulûment ses lèvres voraces dans la tourte chaude.

- Eh bien, septa Lorine, Rud et les jumeaux ont-ils déjà petit déjeuné où avez-vous préféré commencer à manger sans eux ? Le clin d’œil complice qu’il adressa aux filles fut reçu par celles-ci comme une gourmande et gentille vengeance de leur frère envers la septa pour la remarque sévère qu’elle leur avait assenée lorsqu’elles avaient levé les yeux vers lui et Kendrik au moment où ils étaient apparus dans la salle du réfectoire.

La vieille femme bafouilla.

- Je... j’ai... ils n’ont pas encore mangé monseigneur ! Je le concède. Mestre Pysas a souhaité qu’ils aident le Maître d’Armes à affûter les lames dont ils auront l’usage, ce matin, pour l’entraînement qui suivra le petit déjeuner. Je n’ai pas souhaité y contredire...

Elle était manifestement gênée d’avoir ainsi été prise en défaut alors qu’elle-même exigeait en permanence rigueur et intransigeance à Lady Yelina et Lady Cylia.

* Et tu as eu parfaitement raison*, se dit Beron par devers lui. La brave et vieille septa était tout aussi admirable que rugueuse dans son approche dévouée de la parfaite éducation qu’elle dispensait aux sœurs de Beron. Mais la vision de la vieille ronchonne ainsi chamboulée amusa beaucoup Beron en ce qu’elle tançait gentiment la septa pour avoir une nouvelle fois fait un excès de zèle en sa présence... Elle ne pouvait pas s’empêcher de donner à voir à Lord Beron, à chaque fois qu’il croisait ses sœurs, une démonstration affirmée de la qualité de son enseignement.

Beron savait pertinemment où se trouvaient Ronardt, Allan et Rudigar puisque c’était lui-même qui avait ordonné à mestre Prysas d’emmener ses plus jeunes frères préparer leur matériel d’entraînement avec Barth Snow. Lord Beron pensait qu’il était important, pour de jeunes nobles appelés à combattre, de savoir prendre soin de leurs armes et protections. Il avait appris cela de Père et de son ancien Maître d’Armes, un vieux grigou balafré aux paupières tombantes et au regard fuyant. Tous les deux étaient désormais décédés et Beron comptait bien inculquer à son tour les leçons apprises de ses maîtres compétents et rigoureux. Un Stark se devait de savoir se battre, de savoir commander et d’avoir une parfaite connaissance des armes et du matériel militaire. Après tout, même cadets de fin de lignée, Ron, Al et Rud pouvaient tour à tour être un jour amenés à régner sur Winterfell, si un malheur leur arrivait, à lui ou Jonas.

Ce dernier était d’ailleurs venu s’asseoir à son tour et avait pris place non loin de Kendrik, à droite de Beron. Il se servit une impressionnante quantité de velouté de fruits glacé qu’il fit descendre entre de longues goulées d’une bière qui semblait, à voir sa moue, aussi râpeuse que brune.

- Lorsque tu auras fini, Jonas, tu iras chercher Barth, Wyman et Deana avant le début de l’entraînement de ce matin. Il faut que je leur parle. Il essuya d’un revers de main les traces de crème rosée qui trahissaient, depuis son menton, sa rencontre récente avec la tourte aux airelles. Je dois leur faire part de ce dont nous avons parlé hier soir. Kendrik se redressa visiblement intrigué par les propos de Beron. Ainsi dressé et tourné vers Beron, la bouche pleine de tourte, il ressemblait assez à une marmotte venant prudemment pointer son museau afin d’inspecter les abords de son terrier pour s’assurer qu’elle peut sortir sans danger.

Beron ne put s’empêcher de sourire.

- Je compte aussi sur ta présence, Kendrik. Tu viendras sans ta tarte, d’accord ?
Les filles pouffèrent. Kendrik avait beau avoir à peu près l’âge de Beron, et par la même être un brin plus vieux qu’elles, Beron n’avait pu s’empêcher de remarquer, amusé, qu’il ne les laissait pas indifférentes.

- Ttt, ttt, ttt ! Les réprimanda immédiatement septa Lorine.



*
* *

Ce ne fut que bien après la fin de ces agapes matinales que Jonas Stark vint trouver son frère dans la vaste salle du trône de Winterfell. Juché sur sa haute cathèdre de bois sombre aux accoudoirs sculptés en gueules de loup-garou grondant, Lord Stak achevait d’aplanir un différend entre deux artisans de la Ville d’Hiver lorsque son frère fit enfin son apparition.
Il était suivi de près par Barth Snow, le Maître d’Armes, Wyman Longbras, le Maître Piqueux, ser Kendrik et Deana Lideuil.

Tous s’avancèrent jusqu’au pied de l’imposant promontoire de pierre au sommet duquel était érigée la cathèdre et lorsque les deux artisans se retirèrent après de multiples flexions de genoux mal assurées, Lord Beron les accueillit sur un ton maussade.

- Merci à vous d’être venu sans tarder. Ces doléances finiront par me rendre fou ! Mestre Prysas, veillez à ce que tout ce qui vient d’être dit soit annoté et archivé à la Petite Bibliothèque, voulez-vous !? Comme il disait cela il avait fait un signe agacé d’une main gantée de noir qui ajouta au vieux mestre, une précipitation superflue puisque ses bras, chargés de rouleaux de parchemin manquaient déjà, à chaque pas, de laisser choir l’encombrante brassée.

Il descendit alors à la rencontre de ses amis et leur dit :

- Alors, comment vous portez-vous ? Barth, comment se sont comportés mes jeunes frères, à l’entraînement de ce matin ? Des progrès ? Et vous Deana, comment vous portez-vous ?
Il savait pertinemment que c’était là le genre de question qu’exécrait la jeune femme qui semblait détester par-dessus tout que l’on ne s’adresse pas à elle comme à un homme d’armes comme un autre. Elle était effectivement un homme d’armes mais personne ne pouvait nier, en la regardant, qu’elle était tellement autre chose aussi…


Dernière édition par Beron Stark le Ven 20 Jan 2012 - 18:00, édité 2 fois
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Message Ven 9 Déc 2011 - 3:34

Deana s’était toujours levée à l’aube, du plus loin qu’elle se souvienne, même lorsqu’elle était encore dans ses montagnes de toute façon, lorsque la nuit s’accrochait encore au ciel pour les quelques heures qu’il lui restait, il faisait bien trop froid là-bas, tout au nord, pour continuer à dormir, il valait mieux se lever, se réveiller et bouger, d’autant plus que c’était les seules heures durant lesquelles elle pouvait faire ce qu’elle voulait, juste avant que tout le monde ne se lève, il n’y avait alors aucune septa pour la réprimander ni père pour lui dire d’apprendre ses leçons. Dehors les oiseaux commençaient à chanter et les animaux nocturnes croisaient ceux diurne, le moment idéal pour chasser, elle n’attrapait jamais rien, mais elle courrait dans les bois tout son soul, comme si à courir le plus vite possible, elle arriverait à arrêter le temps. Mais dès les premières leurs elle devait rentrer à toute jambe pour enlever ses braies de laine et revêtir une robe pour être prête pour le petit déjeuner et sa matinée d’enseignement. Puis venait l’après midi, et parfois, certains jours où ni son frère ainé ni elle n’étaient tenus par leurs obligations respectives et, hélas, bien différentes, elle pouvait s’entrainer avec lui. Mais Andrik était mort et les joyeux entrainements n’étaient plus, maintenant, les coups faisaient mal et elle risquait sa vie, mais au moins, elle faisait ce qu’elle avait décidé et non ce que Père voulait qu’elle fasse…
Tiens comment allait-il au fait, lui et ses frères et sœurs, cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas reçu de lettre d’Ashara ou de Cersei. Elle avait les yeux ouverts depuis déjà quelques minutes mais la pensée de sa famille lui donne envie de pleurer et elle eut besoin de se raccrocher à quelque chose. Elle se leva et se rendit à la fenêtre, maintenant qu’elle avait élu domicile dans l’hostellerie elle pouvait dormir en chemise de nuit, celle qui la couvrait actuellement était en coton blanc et comme il faisait chaud ses derniers temps, elle n’avait pas besoin de se couvrir les épaules avec sa cape immédiatement sortie des couvertures. En contrebas, le Bois Sacré, elle avait pu choisir sa chambre et en avait pris une toute petite, sous les toits, mais qui donnait sur l’étang et le Barral. Elle estimait que seuls les anciens dieux avaient droit de citer, elle les aimait d’une tendresse toute spéciale, elle les priait de même, pas souvent, elle n’avait pas tellement le temps pour ça, mais d’ici elle était au plus près d’eux et cela lui faisait le plus grand plaisir qui soit. Toute petite et sous les toits, c’était pour que Beron puisse garder les plus belles pour ses véritables invités, elle était déjà assez gênée de laisser le dortoir des gardes de la forteresse, elle trouvait que c’était trop d’honneur, et certains de ses camarades ne se privaient pas de lui prouver que c’était louche.

C’était il y a quelques semaines, à leur retour de la rivière où Lord Stark avait surpris la blonde en plein bain, soudainement il s’était rendu compte qu’être une femme parmi les hommes n’était pas simple, et il avait décidé qu’elle serait mieux dans une chambre individuelle que dans le dortoir des hommes d’arme et lorsqu’elle avait ouvert la bouche pour protester, il l’avait attrapée par le surcot et l’approchant de lui la regarda dans les yeux en lui disant d’obéir si non la pire chose qui pourrait lui arriver ne serait pas de se faire surprendre dans son bain par un homme que sa pudeur avait amusé. Il avait coupé court à toute contestation, le débat était clos, il avait décidé et elle n’avait qu’à faire comme il voulait, d’autant plus que, malgré son désir profond d’être un homme d’arme comme les autres, elle ne pouvait pas prétendre ne pas vouloir un peu d’intimité, car finalement, elle n’était pas comme les autres. Elle aurait préféré que les choses restent comme elles étaient, mais elle dormait mieux, elle était plus tranquille, et si écouter les plaisanteries salasses des autres en était le prix, elle n’avait de toute façon pas le choix de le payer ou non. Elle n’avait rien demandé, et à vrai dire, certains des gardes qui ne l’appréciaient guère avant ne l’en détestait que plus, entre les rumeurs qui prétendaient qu’en réalité elle couchait avec Beron ou encore que c’était parce qu’elle était trop faible, que si elle ne pouvait pas dormir avec les autres elle n’avait rien à faire à leur côtés au combat ! Bref un tas de racontars qui finiraient probablement par se fatiguer d’eux même, d’autant qu’elle avait prouvé qu’elle avait largement sa place en tant qu’homme d’arme. Elle feignait de les ignorer ne se privant jamais de se venger sur la lice ou de lancer des quolibets cinglants et autres yeux de loup enragé, si seulement elle avait pu leur montrer ce qu’elle ne pensait à la pointe de son épée, mais le fait est que ça aurait été le pire déshonneur qu’elle pouvait faire à son suzerain.

En parlant du loup – Garou – il était là en bas, elle le distinguait à peine entre les frondaisons et les ombres encore présentes de la nuit, à vrai dire, elle ne le vit que lorsqu’il bougea, elle se surprit à toucher la fenêtre embuée y laissant la trace de ses doigts puis enleva sa main comme si elle venait de s’électrocuter et se détourna immédiatement. Si le fait de changer de chambre était gênant, ça, ça l’était encore bien plus, lorsqu’il l’avait surprise, l’idée de la tuer lui était passée par la tête, un mort ne parle pas et s’il en parlait s’en était fini d’elle, mais elle s’était ravisée, évidement, cependant, en dehors de la loyauté et du respect qu’elle avait pour son seigneur, quelque chose l’avait retenu, quelque chose d’encore plus profond, d’indéfectible autant que fragile, quelque chose qu’elle ne comprenait pas, en tout cas pas avant de rêver de lui, maintenant elle comprenait, elle n’était tout de même pas si niaise, mais elle avait tellement honte ! Enfin bref, elle refoulait tout ça avec brio, faisait ressortir sa nature sauvage et brutale, elle était très douée pour ça et dès qu’elle avait détourne le regard de la fenêtre elle avait récupérer se regard froid et acéré qui la caractérisait et après avoir fait tombé sa chemise de nuit elle enfila sa tenue de tous les jours à savoir braies vertes, longue chemise de coton blanc et armure de cuir clouté, ses éternelles tresses pour maintenir ses cheveux hors de ses yeux. Elle sortie ainsi vêtue, son épée à la ceinture sa dague dans une de ses botte, traversa la lice et passa sous le pont reliant l’arsenal au donjon, direction la grande salle ou elle rejoint ses camarades pour le premier repas de la journée. Les chuchotements lui firent savoir que tout le monde était bien là, mais elle mangeait avec ceux qui n’avaient rien contre les femmes armées et étaient assez délicats pour lui éviter toute allusion à ce qu’elle ne connaissait pas.

Comme toujours on servait de la bouillie d’avoine, c’était comme ça matin midi et soir, mais elle adorait ça et elle en avait toujours mangé, avec plein de miel et de lait, elle se plongea dans son bol avec gourmandise, cela ressemblait à de la colle marron clair, voir du vomi, mais dieux que c’était bon, le midi et le soir, elle était salée, mais là le matin avec le miel c’était la meilleure chose dont on puisse rêver pour commencer la journée !

- T’as bien dormi dans ta nouvelle chambre ? C’était Omeric, pas le moins grossier de ses amis mais il se battait bien et la respectait pour ce qu’elle était, même si elle ne comprenait pas la moitié de ses blagues.
- Tu vas pas commencer toi aussi. Elle avait dit ça en brandissant sa cuillère comme une épée vers lui, mais c’était une cuillère pas une lame et elle était pleine de bouillie qui atterrit sur le visage de son vis-à-vis. Elle le regarda un instant avec de grands yeux. Merde… Désolé… Tout le monde éclata de rire devant son désarroi, Omeric compris, et elle aussi finalement pendant que le jeune homme s’essuyait la joue et le nez.

A la table toujours les même, de fiers combattants Nordiens qui ne rechignaient pas à se battre avec une femme comme Deana mais n’aurais jamais touché à un cheveu d’une vraie femme, tous la considéraient comme l’un des leurs et accepteraient même ses ordres, elle avait gagné ça à force de s’entrainer à force de montrer de quoi elle était capable.

- Qu’est-ce qui est gros et poilu ? Demanda Raf, un écervelé et en plus pas le meilleur avec sa masse, il n’était pas celui qu’elle préférait, mais en tant que cousin d’Omeric, il était inclus d’office dans le groupe.
- Gros Bill ! Répondit du tac au tac Wallen en regardant l’intéressé du coin de l’eoil pour être sur de ne pas se prendre une baffe, mais celui si grogna en souriant.
- Qu’est-qui est maigre et chiant ? Demanda Raf qui n’était jamais le dernier à plaisanter et surtout toujours le premier à dire ce qu'il aurait mieux fait de taire. Tout le monde regarda Alistair, mais personne n’osa répondre.
- Qu’est-ce qui est grand et gris ? Trancha Gros Bill pour couper court au silence.
- Stark ! Sacré Dred, une loyauté sans pareil, une grande gueule, probablement due à sa petite taille et autant d’esprit qu’un piaf, mais un sacré compagnon pour les batailles, de ceux qu’on ne regrette jamais d’avoir à ses côtés.
- Nan, mais, oui aussi
- C’est Deana idiot ! Ajouta Lionel en riant
- Mais aujourd’hui elle est en vert !
- C’est pas faux… approuva Tyron en qui la belle n’arrivait pas à faire entièrement confiance.
- Je suis grise que en hiver… C’est vraiment n’importe quoi ce jeu… Répondit la blonde en secouant la tête
- On a dit qu’on faisait en fonction du jour, pas des trucs des autres jours, si non c’est pas du jeu ! …
- Ah parce que tu l’as vu aujourd’hui le Stark peut-être ? On s’en fout si c’est du jour ou pas, le truc c’est de deviner…
- Nan mais c’est vraiment débile ce jeu ! En plus ça sert à quoi, c’est toujours la même chose et c’est même pas marrant, qui est gros et con, qui est petit et bruyant, gnagnagna. …
- Qu’est-ce qui est petit et marron ?
- Dred ! Tout le monde avait répondu en cœur avec Raf

N’empêche ce jeu était idiot, parfois drôle, mais idiot tout de même se dit elle alors qu’elle souriait devant un Dred tout déconfit qu’on le charrie sur sa taille.

Une fois le repas terminé tout le monde se retrouvait comme chaque matin dans la coure pour l’entrainement, mais avant qu’il n’ait commencé, Jonas Stark vint la chercher elle et Barth ainsi que le maitre piqueux, surprise elle suivit le jeune homme et le maitre d’arme tout en discutant avec le gardien des chiens un peu simplet mais qu’elle aimait autant que ses bêtes. L’attente fut longue, le seigneur des lieux devaient régler les problèmes du peuple, mais la blonde ne cacha pas son impatience, elle n’y était jamais parvenu, elle n’avait qu’une vie tenir son épée et se battre, même si c’était une épée de bois et un simple entrainement pour ce jour-ci. Par contre elle se demandait vraiment ce qu’il lui voulait, Barth à la limite, normal, ils avaient toujours été proches le limier, bof, pourquoi pas, mais elle, à moins que ça ne soit en rapport avec ses bonnes relations avec ce dernier, elle essayait de ne pas penser à la rivière et à tout ce qui en découlait, surtout pas, mais plus le temps avançait plus sa tête se vidait et moins elle arrivait à trouver de quoi cogiter pour chasser cette pensée de son esprit et alors qu’elle avançait vers le trône, elle ne put s’empêcher de l’admirer, pas le trône, les yeux ouverts aussi grands que la bouche, et les joues aussi roses que les lueurs de l’aube qui avait depuis longtemps laissé place à une nouvelle journée radieuse et ensoleillée, mais cela dit plus fraiche que les dernières. Elle se rendit compte qu’elle le fixait depuis qu’elle était entrée et referma les yeux avant de se mettre à regarder ses pieds et à attendre une main sur la garde de son épée, mais elle n’en avait pas moins perdu toute contenance et lorsqu’il lui adressa la parole, elle n’arriva à répondre, qu’un accidentel :

« Bonjour, Sire. Je trouve qu'il fait beau mais frais, mais beau. »

Barth se tourna vers elle et elle comprit qu’elle venait de dire une connerie, enfin deux en fait, mais la première risquait de faire tache.

« Messire. »

Bon déjà qu’elle avait tendance à l’appeler Sir et que si ça ne tenait qu’à elle le Nord serait toujours indépendant et les Stark de Winterfell toujours Roi du Nord, et que le Nord c’est la vie, et que en dehors du Nord point de salut et cætera, là elle ne s’était même pas corrigée tout de suite, une véritable catastrophe ambulante dès qu’elle ouvrait la bouche depuis quelques temps, putain mais pourtant elle avait été correctement éduquée , une septa s’en était chargée après tout, elle connaissait l’histoire, la bienséance, la politesse, elle savait se tenir, mais là non, elle bafouillait à moitié et s’emmêlait les pinceaux dans les titres. Pendant ce temps Mestre Prysas, « da te prisa » (dépêche toi en espagnol) c’était effectivement empressé de débarrasser le plancher et Barth qui ne comprenait pas du tout l’attitude de sa sparring partenaire préférée lui sauva la mise en répondant au Lord.

« Très bien Lord Béron, l’un et l’autre ont encore beaucoup de travail pour devenir des combattants, mais ils ne manquent ni de courage ni d’assiduité. »

Deana avait pu l’observer pendant qu’elle s’occupait de ses armes comme chaque matin avant que le tour des gardes ne vienne de s’entrainer, les deux gosses prenaient ça pour un jeu encore, mais ils étaient des Stark et dignes héritiers de ce sang, ils apprenaient à se battre comme si c’était inscrit dans leur gêne, peut-être cela l’était, peut être que ça l’était aussi dans les siens, les voir ainsi lui avait rappelé les enseignements de son frère. Jamais il n’aurait osé la frapper assez fort pour lui faire mal, c’était peut être ce qui avait manqué, peut-être à cause de ça qu’elle avait perdu pieds la première fois qu’elle s’était battue pour de vrai, mais elle ne pouvait pas lui en vouloir, il était bien plus âgé qu’elle et il aurait pu lui briser l’échine en un seul coup, quoi qu’il en soit, lorsqu’il avait comprit que sa petite sœur voulait prendre les armes, il lui avait apprit ses premiers principes, ceux là même qui lui avaient permis d’entrer à Winterfell quelques années plus tard…


Dernière édition par Deana Lideuil le Mar 13 Mar 2012 - 4:56, édité 3 fois
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Message Lun 12 Déc 2011 - 7:19

Alors que le soleil approchait de la ligne nue et triste de l’horizon hivernal et que la nuit viendrait bientôt envelopper Winterfell dans les ténèbres de ses longs doigts élancés, Lord Beron se remémora soudain, comme il avait souvent coutume de le faire, les jours sucrés et acidulés de son adolescence disparue. Qu’elles étaient lointaines, désormais, ces années d’insouciance, et comme il lui manquait, parfois, de ne plus être aujourd’hui ce jeune noble sans tracas que les responsabilités et le statut de son père avaient si souvent contribué à tenir à l’écart des douloureuses réalités de la vie d’un seigneur d’importance. Ses yeux, hypnotisés par les reflets dansant sur l’argent des babines retroussées, sondaient l’abîme de ses rêveries passagères et dévisageaient les fantômes d’une époque réconfortante mais désormais disparue. Ses doigts gantés, avaient longuement et en une danse narcotique, fait lentement tournoyer sur elle-même la coupe d’argent ciselée de Loups-garous grondants des Stark. Cette coupe dans laquelle son père, le défunt Lord Cregan avait bu avant lui et qui, dans quelques années, viendrait aider à leur tour son fils et ses descendants à étancher leur soif lors de froides soirées comme celle-ci.
Il tendit à nouveau instinctivement la coupe argentée vers une jeune servante qui passait à proximité, les bras chargés de plusieurs plats dégoûtants de sauces. L’éclat scintillant de la coupe chavira à la lueur dansante des torches de la Grande Salle de Winterfell. Une bière sombre et chargée vint vibrionner dans le gobelet sculpté et Lord Beron plongea ses lèvres songeuses dans l’écume corsée.
Le brouhaha qui emplissait d’une vie grondante la vaste salle encombrée de grandes tablées avait sur Lord Stark des effets soporifiques qu’il ne goûtait que très médiocrement. Les fumées épaisses et chargées de relents gras et épicés occultaient presque entièrement les murs sévères des lieux, sur lesquels s’élevaient, fières et nombreuses, les bannières du Stark et de ses vassaux. On pouvait distinguer là, encadrant le Loup-Garou gris des Stark, les multiples étendards des principales Maisons du Royaume du Nord. Il y avait là, d’argent à la hache de guerre de sable, le blason des Cerwyn de Castel-Cerwyn, juste à côté duquel, s’étendait négligemment, d'orange à l'orignac tanné aux bois de sable, celui des Corbois encadré par le soleil d’argent sur champs de sable des Karstark de Karhold ainsi que, de gueule au poing ganté de mailles d'acier, le blason des Glover de Motte-la-Forêt. Sur le mur opposé, trônait, central, le triton d'argent portant une barbe de sinople sur champs d’azur de la puissante Maison des Manderly de Blancport. A sa gauche on pouvait distinguer la fière bannière des Mormont de l’ïle-aux-ours, de sinople à l’ours de sable, alors qu’à sa droite étaient le cheval de sable des Ryswell de Rus et le géant rugissant des Omble.
Nombre d’autres s’y entassaient, pour rappeler aux invités des lieux l’importance du Royaume du Nord et la puissance de ses nombreuses Maisons.
Au fond de la Grande Salle, se faufilant entre les tablées encombrées de plats en tous genres, un rhapsode aux vocalises d’émasculé gratouillait sur un luth délicat dans l’indifférence générale. Quand, par miracle, deux ou trois notes successives parvenaient à s’extraire du marasme bruyant qui, la plupart du temps, les rendait muettes, elles étaient aussitôt étouffées par le fracas de la vaisselle ou les rires gras issus de conversations discordantes.

- Cette bière est fabuleuse, tu ne trouves pas ? Je l’ai faite venir de Blancport avant-hier, nous en avons quarante tonnelets bien au frais dans les caves !

Jonas vint s’asseoir à côté de son frère qu’il tira de sa torpeur d’une franche tape sur l’épaule. Nonchalamment assis sur le large accoudoir du siège voisin, celui de mestre Prysas, il venait claironner toute se bonne humeur aux oreilles d’un Beron visiblement fatigué par la longueur du repas.
Un œil maussade répondit à l’enthousiasme de Jonas.

- Oh, le Loup est fatigué, ce soir ! ironisa Jonas. Allons, ne fait donc pas cette tête, c’est tout de même l’anniversaire de Rud ce soir, ne l’oublie pas !

- Je n’oublie pas, ronchonna Beron. Et si par un hasard total il arrivait que cela me sorte de la tête, je suppose que la facture que nous aurons à payer pour les tonnelets de bière saura me le remémorer aussi âprement que ne l’est ce foutu breuvage !

Un agacement feint. Beron adorait ses frères et voir Jonas aussi joyeux et détendu était un réel plaisir pour lui. C’était tout autre chose qui tracassait Lord Stark. Ses yeux ne pouvaient le cacher qui si posaient sur Jon avec tendresse et fierté. Quelle belle lignée que celle engendrée par Lord Cregan, et quelle belle gueule, ce Jonas...

Penché ainsi qu’il l’était vers Beron, ses belles boucles brunes cascadaient sur son front en une guirlande sombre et toute ciselée de courbures et d’enchevêtrements élégants. Il se distinguait également par sa stature noble et élancée qui le rendait très semblable à son frère aîné bien que celui-ci eut pu se targuer de quelques pouces supplémentaires. Comme tous les Stark, il semblait taillé dans un bloc de glace pure et parfaite. Froide et noble. Transparente aussi et franche. Tout comme ceux du « Loup » Beron Stark, les traits de Jonas étaient nobles et gracieux bien qu’affirmés et tranchants. Finalement, seuls les différenciaient leur chevelure - légèrement plus claire et chaude pour Beron - et leurs yeux. Tout aussi vif et lumineux que celui de son aîné, le regard de Jonas tendait sur un vert clair et transparent illuminé d’une couronne dorée, qui enserrait ses pupilles telle un anneau de feu.

- Qu’y a-t-il ? Qu’as-tu donc ? l’interrogea subitement Jonas. Tu sembles soucieux.

Il l’était. Il avait tenté en vain de n’en rien laisser paraître mais son jeune frère et lui étaient bien trop proches et complices pour que le cadet ne se fût aperçu de rien. Et Jonas l’avait remarqué doué qu’il était pour déceler en eux ce que les gens cachent, même au plus profond de leur regard. Si depuis le début de la soirée Beron s’employait avec talent à déployer des trésors d’affabilité, saluant les uns, mettant à l’honneur les autres, ou levant sa coupe d’argent en l’honneur de son plus jeune frère, Jonas n’avait manqué de remarquer ce soir là chez son frère une raideur et une tension réelles bien qu’imperceptibles. Bien que ce ne fut la pas quelque chose de fondamentalement nouveau chez lui, depuis qu’il avait été contraint de monter précipitamment sur le trône du Nord, Beron avait peu parlé, se contentant de répondre poliment aux remarques et compliments de ses vassaux attablés tout autour de lui dans l’immense salle. Il avait porté sur l’assistance un regard vide et assombri qui l’avait trahi envers Jonas. Dès qu’il s’était rendu compte de la chose, le cadet des Stark avait alors redoublé d’attention envers son aîné, louchant régulièrement vers l’estrade sur laquelle était juchée la longue tablée du souverain et ne manquant que rarement de faire aller et venir son regard attentif de Rud à Beron et de Beron au jeune Rudigar qui, pour fêter ce soir-là ses vingt ans, était le véritable héros de la soirée. Si dix ans et deux sièges seulement séparaient les deux frères, un océan de différences les noyait en cette soirée festive. Tout à l’excitation de la fête et des honneurs, multiples, qui lui étaient rendu, Rud n’avait cessé de boire goulûment et de trinquer bruyamment depuis des heures. Maladroitement camouflées par une barbe naissante qui, contrairement à sa chevelure sauvage et ténébreuse, tirait sur le roux, ses joues rondelettes pourtant par nature déjà bien rosées tendaient à tirer de plus en plus visiblement sur l’écarlate. Son front, dissimulé par les mèches sombres des Stark était quant à lui, depuis quelques temps déjà empourpré par les vapeurs d’alcool qui lui donnaient une allure globalement violacée sous doublet noir et son manteau gris agrafé d’une broche d’argent. Le rondouillard Rudigar tenait, c’était une évidence, bien plus des Ryswell et de sa mère, l’affable Lady Mina, que des Stark et de son père, l’austère Lord Cregan. Ce soir-là, héros d’une soirée organisée à son égard et pour le compte de ses vingt printemps, il embrassait joyeusement les honneurs qui lui étaient fait et, tout à l’excitation de cette nuit de fête, portait toast sur toast, trinquant tantôt à la pourtant maigre gloire de ses vingt années, tantôt à ses frères et au Loup-Garou, tantôt au Nord et à Winterfell, si ce n’était au vassaux du Lord son frère ou au cul du Lannister...
Le contraste était frappant. Etranger à toute cette volubilité, loin de tout cela et pourtant si près, Lord Beron semblait quant à lui ailleurs, sculpté dans le roc, fait de gel et de bise, noyé dans d’obscures délibérations intérieures dont l’issue, paraissait lui échapper tant elle le tenait retiré du fracas alentour.

- Il faut que je te parle, concéda-t-il enfin. Vas me chercher Kendrik.

Tout surpris qu’il fut par l’aumône de ces mots aussi maigres que soudain, Jonas ne trouva rien de mieux que de se détourner immédiatement et sans discutaillerie pour aller trouver Kendrik qu’il trouva, à quelques sièges de là, la main sur la croupe d’une servante affairée à débarrasser la table chargée des écuelles qu’il venait de vider entièrement.
Les quelques mots que Jonas glissa à l’oreille de ser Crakehall amenèrent une moue de désappointement sur le visage de celui-ci. N’était-ce que par dépits de devoir soulager le fessier de la jeune femme de ses grosses pattes, il maugréa sa désillusion quelques secondes avant de consentir à cesser son manège afin de rejoindre Lord Beron.



Lorsque tout deux reparurent, un peu plus tard, près du siège du loup-garou, celui-ci l’avait déserté et laissé vide sans apparente explication. Mestre Prysas, qui était assis à côté du siège désormais vide les gratifia d’un sourire discret qu’il assortit d’un signe de tête en direction de la lourde porte de bois dissimulée derrière le grand siège du Lord. L’issue permettait au Seigneur des lieux de s’éclipser discrètement et rapidement de la Grande Salle de Winterfell jusqu’à un suite de petites pièces annexes tout au bout d’un long couloir au plafond bas et aux murs perlant de givre.

Jonas et Kendrik délaissèrent alors à leur tour l’ambiance surchauffée de la Grande Salle pour s’engouffrer dans l’obscur et frigorifiant couloir qu’ils empruntèrent et longèrent avec prudence et lenteur.
Après quelques minutes à tâtonner dans l’exiguë conduit obscur, et alors que leurs yeux commençaient tout juste à s’accoutumer à la pénombre qui les enserrait, les doigts tendus d’appréhension de Jonas rencontrèrent le contact dru et noueux d’une lourde porte de bois humide. Jonas avait beau être un enfant de Winterfell, il n’avait jamais emprunté ce passage dissimulé et dont l’usage presque exclusif revenait généralement aux seuls Lords Stark qui se succédaient sur le trône du Nord. Jonas poussa la lourde porte glacée et ils débouchèrent alors dans une petite pièce chaude qui tenait lieu d’antichambre à quatre pièces contiguës dont les portes se dressaient, basses et énigmatiques, face aux deux amis.

- Laquelle ? Kendrik semblait croire que Jonas saurait dire où ils se trouvaient mais la réponse décevante qu’il reçut de ce dernier le désenchanta bientôt.

- Comment le saurais-je ?, mâchouilla l’autre sur un ton de remontrance.

Leur agacement conjoint fut stoppé net par l’ouverture soudaine de la porte de droite.

- Alors, il vous en a fallu un temps !, les houspilla Lord Beron qui tenait la porte ouverte pour les faire se hâter de le rejoindre.

Une fois la porte refermée derrière le loup, son frère et leur ami, Lord Beron ne tarda pas à leur livrer l’explication de cet aparté provoqué avec tant d’empressement.
Le loup se dirigea vers l’unique fenêtre de la petite pièce. Un brasero crépitait non loin de celle-ci, apportant un peu de chaleur dans une pièce qui en était totalement dépourvue. Des murs gris et ternes cernaient les trois amis en un espace étriqué doté d’un seul siège situé près d’une large cheminée froide et dans laquelle le moindre feu ne semblait avoir été allumé depuis de nombreuses années. De nombreuses toiles d’araignées pouvaient en témoigner qui ornaient le large manteau de pierre qui la couronnait.

Lord Beron vint se figer près de la fenêtre, le regard perdu dans l’obscurité désormais complète à l’extérieur de la forteresse. Quelques maigres torches scintillaient discrètement dans la nuit, trahissant, de ci, de là, les trajets de ronde des gardes frigorifiés à l’extérieur.

Jonas Stark vint s’asseoir dans le profond fauteuil, tandis que Kendrik, semblant déjà maudire la situation tout autant que le lieu choisi pour l’entrevue et le fait qu’il ne restait pas de siège pour son séant, précipita les choses.

- Alors, Lord Stark, point de mystère à présent ! Nous sommes seuls et t’écoutons avec attention. Qu’est-ce qui nous vaut cette entrevue secrète et toute l’austérité que tu nous inflige ce soir ?

Lord Stark se détourna de la fenêtre et vint se confronter à leur regard impatient. Il tendit à Kendrik un rouleau de cuir dont le chevalier tira une missive porteuse du sceau de Tour Ombreuse.

- Qu’est-ce donc ? interrogea Jonas en s’extirpant du fauteuil, les doigts, tels des serres, crispés sur les accoudoirs satinés du vieux siège.

- C’est une missive que j’ai reçue ce matin, de Tour Ombreuse, révéla Beron. Un des corbeaux de Mestre Ulias nous l’a délivré peu après l’aube. On me l’a apporté de la roukerie immédiatement. Et tu sais ce qu’on dit : « Noires ailes, noires nouvelles »...

Son visage ne marquait plus seulement la rudesse, mais révélait aussi une anxiété rare chez le jeune Lord. Il croisa les bras, visiblement tracassé.

- Le lord commandant de Tour Ombreuse est mort, Jonas. Des sauvageons s’en sont pris à son convoi alors qu’il revenait de Châteaunoir. Les environs du Mur sont de moins en moins sûrs et voilà que la Garde de Nuit me supplie de lui porter assistance et et d’assister à la nomination du nouveau Lord Commandant. Il faut que soit désigné le successeur de ce malheureux lord Walter. Je dois me rendre là-bas au plus vite alors que le Mur est bien le cadet de mes soucis en ce moment ! Les fers-nés ont tant et tant tiraillé nos côtes, au sud, que j’ai par trop regardé vers là-bas ces derniers temps ! Nous devrons rallier Tour Ombreuse sans tarder !

Beron ne savait que trop bien toutes les implications qu’un voyage comme celui-ci engendrerait. Il y avait réfléchi toute la journée et devait partir pour le nord sans tarder. D’une part, les derniers événements regrettables du Mur ne devaient pas perturber les projets, autrement plus vastes et importants qu’il nourrissait, et d’autre part, il ne pouvait décemment pas délaisser le trône du Nord trop longtemps alors que les derniers raids fers-nés venaient tout juste d’être repoussés...

Une décision devait être prise sans tarder...


*
* *

Et c’est cette décision qu’il devait désormais annoncer à Barth Snow, Wyman Longbras et Deana Lideuil après l’avoir livrée le soir précédent à son frère et à Kendrik, dans la petite pièce secrète...

Les gens en qui il avait le plus confiance étaient là, tous ceux qu’il avait convoqués, ainsi que la jeune combattante Deana Lideuil qui, sans être un élément récurent de son cercle restreint, était cependant un élément de valeur certaine et dont il appréciait les compétences et l’attitude, régulièrement irréprochable, bien que parfois maladroite...

Celle-ci ne tarda d’ailleurs pas à offrir le spectacle malhabile dont elle savait quelques fois faire preuve lorsqu’elle s’adressait à son Seigneur. Un manque d’éducation ? Certainement pas. Une fébrilité liée au rang de son interlocuteur ? Plus vraisemblablement.
Le Maître d’Armes vint cependant rapidement abréger les souffrances syntaxiques de la jolie combattante lorsqu’il vint apporter une réponse à la question que le loup avait posée au sujet de deux de ses frères.

« Très bien Lord Beron, l’un et l’autre ont encore beaucoup de travail pour devenir des combattants, mais ils ne manquent ni de courage ni d’assiduité. »

Le Stark hocha pensivement de la tête, visiblement satisfait des nouvelles que Barth Snow venait de lui communiquer. Son regard se porta du bâtard à la Lideuil, puis inversement. Lord Beron n’ignorait pas que les deux jeunes gens s’appréciaient malgré les récurrentes blagues misogynes que le Maître d’Armes savait si fréquemment infliger à la jeune femme. Cela l’amusait assez. Surtout lorsque la guerrière s’emportait à la suite des remarques du bâtard...

Et de cela associé aux récents et dramatiques événements de Tour Ombreuse avait germé l’idée d’associer les deux jeunes gens pour l’escorter jusqu’au Mur.

- Bien, très bien, Barth, indiqua-t-il. Mais ce n’est pas pour cela que je vous ai tous réunis aujourd’hui... J’ai reçu, hier matin, une missive de mestre Ulias, de Tour Ombreuse. Le lord commandant Walter qui, jusqu’à présent dirigé le fort pour le compte de la Garde de Nuit, a été tué il y a quatre jours. N’ayant pas prévu sa fin soudaine, ce pauvre Walter n’a laissé aucune indication concernant sa succession. Mestre Ulias a dressé une liste de candidats ayant suffisamment prouvé leur valeur pour parfaitement remplir la fonction de lord commandant et succéder au regretté lord Walter. Je dois me rendre là-bas pour assister à la nomination de son successeur. Nous partons demain matin.

Il prit quelques secondes pour apprécier la surprise qui vint assaillir le visage de chacun des membres présents avant de poursuivre.

- Mon frère Jonas assurera l’intendance de la forteresse et de ses environs jusqu’à mon retour. C’est la raison pour laquelle il est là, avec nous. Mes sœurs ainsi que mes frères les plus jeunes, Rudigar et Darren resteront avec lui, à Winterfell. Ronardt et Allan, quant à eux et pour parfaire leur apprentissage, m’accompagneront à Tour Ombreuse. Ainsi, j’ai besoin de vous, Barth, à mes côtés. Vous êtes le Maître d’Armes et leur enseignant en matière de combat. Vous viendrez avec moi. Vous viendrez vous aussi, Deana. Pour rallier Tour Ombreuse, nous passerons par le Bois-aux-Loups puis par chez vous où j’entends bien que vous me présentiez votre père, Samwell Lideuil, qui saura, je n’en doute pas un insant, accueillir chez lui et comme il se doit, son Seigneur suzerain et sa chère très fille...
Quant à vous, cher Wyman, je vous confie le soin de veiller à apporter chaque matin, comme j’ai coutume de le faire, une offrande et quelque prière aux Anciens Dieux dans le bois sacré. Je sais votre dévouement pour notre Maison ainsi que votre discrétion. Vous ferez cela parfaitement !


Il les toisa tous, visiblement satisfait, et conclut sur le même ton péremptoire.

- Eh bien voilà, à moins que quelqu’un, parmi vous, ait quelque chose à ajouter, nous nous retrouverons tous dans la cour intérieure demain matin, à l’aube...


Dernière édition par Beron Stark le Ven 30 Mar 2012 - 12:20, édité 2 fois
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Message Jeu 15 Déc 2011 - 4:26

Un anniversaire, et pas n’importe lequel, celui d’un frère du seigneur ! Une grande fête, plein d’alcool et encore plus de nourriture, même un peu de musique. Les hommes d’arme étaient installés au bas bout de la grande salle, bien loin de Lord Beron et de sa famille, et trop loin pour qu’on voit sur ses traits plus de froideur qu’à l’accoutumée, et puis de toute façon la Lideuil évitait soigneusement de le regarder en ce moment. Elle observait attentivement son assiette, pour sûr on mangeait mieux que d’habitude, pas qu’on mangeait mal dans la salle des gardes, la blonde n’était pas difficile tant qu’elle avait assez à manger, mais de temps en temps, un bon repas, un peu d’hydromel, elle ne disait pas non. Elle n’était pas trop du genre à boire plus que de raison, elle se contentait généralement d’un verre, même lors des banquets, disons qu’elle préférait garder le contrôle, toujours, en toute circonstance, pour sa propre sécurité autant que pour celle de son seigneur d’ailleurs, mais surtout pour être, comme son devoir le lui dictait, toujours prête à le protéger au mieux. Ça n’était pas comme certains, certes ils étaient à la maison, mais tout de même, Tyron la bière n’était pas surnommé ainsi par hasard, il ingurgitait des litres et des litres, et il tenait bon, mais invariablement dans ce genre de réjouissances, il dépassait ses limites et finissait par tomber du banc ou s’affaler sur la table jusqu’à ce que Raf le ramène, ou Gros Bill, si La Gaffe n’était pas non plus en état, Gros Bill était toujours en état lui, il était tellement grand et costaud qu’il pouvait porter tout le monde même ivre mort, il aurait probablement pu lancer Deana s’il voulait, ou non plutôt si elle voulait, parce qu’il faudrait qu’il arrive à l’attraper sans se faire couper un bras ! Et puis, elle adorait voir cette salle pleine, en fait elle adorait cette pièce tout court, vide ou pleine ça lui faisait toujours quelque chose de voir le grand étendard au Loup Garou et tous les autres autour, celui de son père entre autre, lorsqu’elle ne se concentrait pas sur sa nourriture, elle le regardait avec un sourire béat, l’oriflamme, pas son seigneur, c’était justement pour ne pas le regarder ainsi qu’elle préférait rester concentrée sur son assiette.

Andrik aurait eut trente trois ans maintenant, et Elwood avait passé la trentaine, Cerseil lui avait envoyé une lettre en 207, il avait rejoint la Garde de Nuit sur ordre expresse de père, peut-être celui-ci avait découvert qu’il avait tué son frère ainé, comme Deana le soupçonnait, pour récupérer le titre et les terres autant que pour Moira Knott, mais il ne l’avait jamais eut, et maintenant il était sur le mur, c’était une bonne chose. Ashara allait fêter ses vingt-neuf ans d’ici peu et aux dernières nouvelles elle avait déjà six enfants et vivait un mariage heureux à priori, Barristan avait vingt-trois ans et il était désormais héritier du Lideuil qui devait se morfondre de ne pas lui trouver de femme, pourtant le jeune homme n’était pas laid, plutôt l’inverse d’ailleurs, grand et blond. Cersei était elle-même mariée depuis trois ans, elle avait eut une fille morte en bas âge et portait un autre enfant, c’était depuis ce mariage que Bloody Lady avait eut de moins en moins de nouvelles c’était la petite dernière qui lui écrivait le plus, le benjamin aussi, mais ces lettres étaient moins détaillées et plus rares. Oh et Moira ? Était-elle revenue chez Samwell depuis le départ de son beau frère ? Et les fils d’Andrik, ils ne devaient être pas loin de devenir des hommes ! Seize et quatorze ans si les comptes étaient exactes, tout ça faisait sourire la blonde, elle se remémorerait les bons souvenirs et pestait intérieurement contre Elwood, mais quoi qu’il en soi, elle aurait bien aimé avoir des nouvelles, mais elle limitait les lettres pour éviter que son père ne vienne la chercher par la peau des fesses, peut-être en enverrait-elle une bientôt pour rappeler à Barristan qu’elle était loin et les aimait quand même. Oh elle ne se faisait pas d’illusion, Samwell savait parfaitement où elle était et ce qu’elle faisait, mais jusqu’ici il n’avait jamais bougé, mais si elle se mettait à envoyer des missives toutes les deux semaines, il se dirait qu’elle prenait un peu trop ses aises et cela risquait de le mettre de mauvais poil.

Le gamin, le benjamin de Lord Stark, tout juste vingt ans et encore un visage d’enfant, un vrai gosse qui devait déjà en savoir plus long sur les femmes que n’en savait la montagnarde sur les hommes, mais elle s’en fichait de ça, il titubait dangereusement le petit, il était complètement saoul. Elle l’observait pour savoir s’il fallait qu’elle intervienne et elle finit par hausser les épaules en souriant. Elle se dit que c’était bien de son âge, les excès, et qu’à part un bon mal de crane le lendemain il ne risquait pas grand-chose ici, entouré de sa famille, et puis, si on n’est pas saoul pour ses vingt ans, quand est qu’on le sera, les hommes sont étranges avec ça, mais elle trainait depuis assez longtemps avec sa bande de joyeux lurons pour commencer à accepter certains choses, sans les comprendre pour autant cela dit. Elle hocha la tête en la baissant de nouveau vers son assiette et se retourna vers le maitre de Winterfell, en tournant la tête, son regard était passé furtivement sur lui, sans faire exprès et sans qu’elle s’en rende compte vraiment, mais le temps que cette image soit analysée par son cerveau, elle se rendit compte immédiatement que quelque chose clochait, il était préoccupé, et en plus c’était contagieux, Jonas semblait à son tour être atteint de ce mal, il se leva, et Beron à son tour qui sortit par une porte dérobée dont la Nordienne ignorait jusqu’à l’existence avant cet instant, ses yeux restèrent rivés dessus, elle venait de se refermer happant le jeune Lord et vu son expression, elle avait de bonne raisons de penser que l’heure était grave, cela dit elle ne pouvait pas faire grand-chose pour le moment, elle observa néanmoins et quelques minutes plus tard, Kendrik et Jonas passèrent à leur tour dans l’ombre du couloir qu’elle voyait à peine de là où elle était et rapidement disparurent derrière le bois.

Pendant ce temps, Raf rougissait et Jarod était dans un état déjà pitoyablement avancé pour l’heure il était jeune il apprendrait vite qu’il ne fallait pas essayer de battre Tyron à son propre jeu.
-Ch’pari qu’ch’peux l’boire cul sec ! S’exclama Jarod en articulant tant bien que mal dans les vapeurs de l’alcool qui avait bien imbibé son esprit et sa langue.
- T’es vraiment couillon, tout l’monde peut boire une bière cul sec… Répondit Omeric
- Nan pas la Lideuil ! Rétorqua Dred
- Lideuil boit pas d’bière toute façon… se crut intelligent de faire remarquer Jarod.
- Même son hydromel Elle peut pas le boire cul sec, j’suis sûr ! Dit Tyron en s’envoyant sa pinte de bière cul sec et en lâchant un énorme rot juste après.
- CUL SEC LA LIDEUIL ! CUL SEC LA LIDEUIL ! Raf avait commencé, mais les autres suivirent rapidement et tous les regards se tournèrent vers elle, mais elle était toujours absorbée par la porte et par cette image du visage du Stark de Winterfell.
- Hein quoi ? De quoi ? Répondit-elle comme soudainement réveillée, ne comprenant pas ce qui se passait, pas plus que ses amis qui venaient de se rendre compte qu’elle n’avait pas répliqué plus tôt parce qu’elle était ailleurs.
- CUL SEC LA LIDEUIL ! CUL SEC LA LIDEUIL ! Tout le monde reprit en cœur et la chaons commença à se propager aux voisins.
- Ton hydromel Deana ! Ajouta Lionel comme si c’était utile de préciser car effectivement elle ne buvait pas de bière tant qu’il y avait de l’hydromel ou de l’eau.
- Cul sec ? Mais certainement pas ! Répondit elle d’un ton sec et rude avant de retourner à son assiette comme si de rien n’était. Mais le mal était fait et de plus en plus de monde criait Deana cul sec, la Lideuil est une mauviette et tout ce qui pouvait l’énerver assez pour qu’elle le fasse, chose qu’elle n’avait jamais fait de sa vie, franchement elle n’en avait aucune envie, c’était dommage une boisson aussi succulente la gâcher ainsi, et puis elle n’avait pas l’habitude, oh et puis baste, les cris ne s’arrêteraient jamais si elle n’obtempérait pas, elle le savait elle l’avait déjà vu faire pour d’autres. Elle prit son verre et le but sans autre forme de cérémonie, le but, le but, le but et le posa, vide, sur la table. Ses joues s’empourprèrent très nettement, mais rien de plus, cela dit, elle trouvait qu’il faisait très chaud dans la grande salle tout de même. Pendant que tout le monde applaudissait en la regardant, elle regarda son assiette et se dit que non, qu’elle n’avalerait rien de plus ce soir.

Elle resta quelques temps encore pour faire bonne figure, mais elle sortit bien avant les autres, la lice était déserte mais l’air frais lui fit un bien fou, aussi se promena-t-elle un peu et à force de marcher sans but précis elle se retrouva devant le bois sacré et s’y installa à côté de l’arbre cœur.

« Veillez sur ma famille, je vous en prie, sur Barristan, sur Cersei et Ashara. Et aussi sur Moira et les enfants… Et sur mon père aussi. »

Quel âge avait-il lui ? Plus de cinquante ans déjà, pas loin de soixante même. Un vieillard, à quoi ressemblait-il ? Il devait avoir tellement changé en huit ans. Quand Deana l’avait laissé il était encore le Lideuil qu’elle avait toujours connu, grand et robuste, les épaules larges et des mains immenses, des yeux bleus à vous glacer le sang et des poils fournis un peu partout, d’un brun presque noir. Il valait mieux éviter de se prendre des trempes de sa par car il avait tendance à vous arracher la tête avec ses grosses paluches et sa force qu’il avait tendance à ne pas entraver.

« Veillez sur Lord Beron et sa famille, veillez sur le Nord et sur les habitants des côtes attaquées par les Fer-Nés. »

Elle resta là un bon moment après cette prière, elle observait l’arbre, puis l’étang, le ciel clair parsemé d’étoiles, elle ferma les yeux pour sentir le vent battre ses joues. Quand elle sentit la fatigue l’envahir, elle retourna à l’hostellerie, il y avait déjà plus de monde dehors, mais elle passa presque inaperçu le long des murs et elle alla se coucher sans parler à personne, et une fois dans son lit en chemise de nuit, elle s’endormit sans mal et rêva de sa famille…

***

D’un rose gênée, Deana passa bientôt au pourpre en voyant le regard de son suzerain s’appesantir sur elle, il n’avait pas besoin de dire quoi que se soit ni même de lui faire ses yeux froids pour qu’elle soit prise d’une honte terrible, non seulement elle venait de dire n’importe quoi, et un truc idiot qui plus est, mais en plus du comment il y avait le pourquoi, la rivière et tout ce qui s’en était suivi, enfin pour elle dans sa tête à elle, si non rien du tout, mais voila, il lui faisait confiance, il commençait à lui confier des missions, et elle tout ce qu’elle savait faire c’était lui montrer à quel point elle était maladroite, avec les mots, heureusement avec un lame elle se débrouillait nettement mieux ! Maladroite idiote et rouge comme une tomate voila ce qu’elle était, devant son seigneur alors qu’il semblait avoir convoqué ses proches pour une affaire importante, elle était mortifiée, elle se dit qu’il fallait qu’elle arrête avec ses rêves idiots parce qu’aucun seigneur digne de ce nom ne voudrait d’une telle femme, on le lui avait assez répété, elle faisait peur avec son épée et sa pique, elle n’était pas attirante, et si en plus elle était bête et impolie, ça n’arrangerait rien. Elle baissa les yeux et se mordit la lèvre pendant que Barth lui sauvait la mise, était-ce voulut ? Probablement, car s’il se moquait d’elle sur la lice et lui répétait sans cesse qu’une blonde n’a rien à faire avec une épée à la main et ferait mieux de se marier, il n’en connaissait pas moins la timidité de la belle et sa propension à s’emmêler les pinceaux devant Beron, et il la taquinait, mais il n’oserait jamais la déshonorer. De toute façon elle faisait ça très bien toute seule et qui plus est elle déshonorait Le Stark qui lui faisait confiance, elle s’en voulait à mort, et se serait bien coupé la main, encore, pour se calmer au moins, mais ça n’était pas le moment.

Rose, pourpre, elle reprit une couleur normale et essaya de garder des yeux ouverts à une taille raisonnable et la bouche de même alors que le jeune homme leur annonçait la mort du Lord Commandant de la Garde de Nuit, elle cilla néanmoins et serra ses doigts sur la garde de son épée qu’elle tenait toujours quand elle apprit qu’il avait été tué, puis elle changea son poids de côté et baissa la tête, elle se souvint que les membres de la communauté élisaient leur Lord commandant, mais probablement Beron voulait-il proposer certains candidats, ou simplement les favoriser. Une fois la surprise passée, Deana fut plutôt contente de partir pour le Nord, elle aimait le Nord, et plus on était au Nord plus elle aimait, et puis le mur, elle le verrait pour la première fois de sa vie ! Bran le bâtisseur ! Demain matin, très bien elle serait prête et plus que prête ! Chevaucher aux côté de son suzerain, quel honneur en plus, bon elle avait un peu peur de passer autant de temps avec lui en si petit comité, mais elle savait se tenir, tout irait pour le mieux. Et quitter Winterfell était une bonne chose pour elle qui était toujours en mal de sensation fortes et d’aventure non ? Mais alors qu’elle se réjouissait sans faire plus que sourire légèrement les yeux fixés sur le dallage de pierre froide, elle devint soudainement toute blanche et releva la tête vers Le Stark. Samwell Lideuil, c’était une catastrophe ! Qu’allait-elle faire ?! Elle ravala ses premières pensées qui furent des plus confuses : mais… je peux pas… très chère fille ?! Ça m’étonnerait ! Elle eut soudainement envie d’éclater en sanglot et baissa la tête en serrant les dents pour serrer sa garde avec encore plus de force et l’autre main si serrée qu’elle s’entamât la paume avec les ongles. Elle prit une longue inspiration avant de dire :

« Mon Seigneur, je croyait que les femmes n’étaient pas acceptées sur le Mur… »

Dernière chance de ne pas y aller, c’était une bien pitre tentative de dérobade, elle le savait au fond, si les femmes n’étaient pas acceptées dans la Garde de Nuit, si non elle y serait allée, elles pouvaient néanmoins se rendre au mur, surtout si elle y étaient pour escorter leur Lord, mais peut-être n’avait-il pas fait attention et se souvenant de ça il renoncerait à l’emmener, faites qu’il renonce, faites qu’il renonce, Dieux des Enfants de la forêt, je vous en supplie ! Son cœur s’en serrait de ne pas le suivre jusque là haut, elle aurait tellement aimé, mais si son père ne la tuait pas, Lord Stark le ferait probablement. Pourtant ça n’était pas ça qui lui faisait peur, ce qui lui faisait peur c’était de revoir son père dans ses conditions sans gloire aucune à lui apporter, rien qu’une menteuse et une voleuse qui revient à la maison la queue entre les jambes. Et Beron, elle avait toujours voulut le servir l’honorer et le protéger , il venait de lui montrer à quel point il avait confiance en elle, et elle le trahissait depuis maintenant 8 ans, elle lui mentait et le servait malgré tout sans se rendre compte de son crime. Lui couperait-il les mains ? Elle préférait largement mourir que de ne plus jamais vouloir se battre, mais si tel était le châtiment qu’elle méritait elle l’accepterait sans sourciller, ça n’était pas ça le problème. Elle allait le décevoir et l’obliger à faire couler le sang d’une femme dans la demeure de son père et alors même qu’un meurtre avait été perpétré au Mur et que se séparer d’un homme n’était pas prudent, tout s’écroulait, d’ailleurs elle avait l’impression que le sol se dérobait sous ses pieds, tant et si bien qu’elle tangua légèrement sur ses jambes et du les écarter pour reprendre une certaine stabilité.

« Je vais… Je dois envoyer un corbeau pour le prévenir Messire. »

Si elle parvenait à le prévenir peut-être serait-il moins en rogne, et surtout moins surpris ce qui éviterait avec un peu de chance qui ne la tue avant même qu’elle ne soit descendue de cheval, et puis de toute façon il fallait le prévenir pour qu’il prépare des chambres et assez de nourriture. On ne reçoit pas son Roi… suzerain… à l’improviste, surtout dans les montagnes ou il faut chauffer à l’avance pour arriver à venir à bout du froid et où on mange surtout le fruit des chasses.

Une fois la conversation terminée, elle fit un pas en arrière la main sur la garde de son épée, toujours et s’inclina puis tourna les talons en attendant à peine qu’on lui permette de prendre congé et sortit d’un pas rapide. Une fois sortie, elle remonta quatre à quatre dans sa chambre, soit disant pour préparer ses affaires, mais une fois là-haut, elle ne fit qu’une chose laisser ressortir toute l’angoisse qu’elle retenait depuis le début de l’entretien. Elle frappa dans tout ce qui était à porté, elle pleura, elle avait envie de crier mais à quoi bon, elle avait envie de crier qu’elle était désolée, mais c’était trop tard pour être désolée… Une fois la peur mêlée de rage un peu évacuée et le calme revenu dans la chambre elle prépara ses affaires et resta pantoise devant la robe qu’elle tenait dans la main, pour le coup, elle se disait que peut-être si elle la mettait pour aller chez elle, ça ferait plaisir à son père, mais assez plaisir pour qu’il ne la tue pas ? Mais, il n’avait rien dit pour le cheval, ni pour l’épée, cassée depuis d’ailleurs, ni pour rien, il ne l’avait jamais dénoncée à Beron et il n’était même jamais venu la chercher sous une fausse excuse pour al corriger lui-même, peut-être qu’il ne dirait rien encore une fois, peut-être même serait-il fier de voir que le jeune lord lui faisait confiance ? Peut-être oui, elle s’en persuadait, elle en était presque sûre, mais seulement presque, et dans cette mission, il ne pouvait pas y avoir de presque…

Elle marcha en long et en large d’un pas lest et rapide, mais cela résonnait sur le parquet, les mains derrière le dos, le regard planté par terre, les sourcils froncés. Arrivée au bout de la pièce, elle pivotait sur les talons et repartait de plus belle. La cloche du repas retentit, elle l’entendit mais n’avait pas le cœur à ça, et elle devait réfléchir. Elle regarda un instant le barral en contrebas, mais elle n’avait pas besoin d’être près de lui, elle ne devait demander conseil qu’à sa raison, il fallait qu’elle trouve les réponses toute seule, personne ne les lui donnerait. Non, elle devait prendre ses responsabilités et assumer ses mensonges et sa bêtise, les Dieux lui mettaient cette épreuve sur al route à ce moment là elle ne savait pas pourquoi, mais elle savait qu’il fallait qu’elle l’affronte, et il ne s’agissait pas d’affronter son père, elle avait passé l’âge d’avoir peur de lui, elle avait combattu, tué, elle avait été blessée, elle ne tremblerait pas devant le Lideuil, elle ne tremblerait devant personne, et il faudrait vraiment qu’elle arrête de perdre ses moyens devant Beron. Mais Samwell était le cadet de ses souci, c’était à son suzerain qu’il fallait qu’elle avoue, car le déshonneur ne serait pas public, ni pour le patriarche ni pour le seigneur d’ailleurs. Non elle ne pouvait décemment pas laisser les choses se passer et voir venir, quelque soit la réaction de son père, elle devait faire part à son Lord du risque qu’il prenait à l’amener avec lui, une fois en route se serait trop tard pour la remplacer, si elle perdait sa tête ou ses mains chez son père, il y aurait un soldat de moins pour protéger le Loup, et c’était hors de question qu’elle le mette en danger, elle avait juré de le protéger et de donner sa vie au service de la sienne, de mourir pour le défendre et bien c’est ce qu’elle allait faire et si pour cela elle devait mourir de sa main, et bien soit, elle l’accepterait.

L’heure du repas était bien passée quand Deana redescendit, elle se dirigea droit vers l’entrée de la grande salle et s’y introduit puis parcourant les couloirs elle chercha son très cher Lord.


Dernière édition par Deana Lideuil le Dim 8 Jan 2012 - 2:12, édité 1 fois
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Message Mer 21 Déc 2011 - 15:59

La journée était bien avancée lorsque les personnes sollicitées par Lord Beron s’étaient présentées dans la salle du Trône de Winterfell. Il y avait là Wyman Longbras, le taiseux, qui selon ce qui avait été rapporté à Lord Stark était arrivé le premier. A ses côtés se tenait, raide et le regard rivé au sol, la piquante Deana Lideuil qui, malgré sa vêture de mâle emmaillé et ses mains agrippées à la garde d’une grande épée n’en demeurait pas moins une jolie jeune femme au visage délicieux et à la féminité mal dissimulée. Tout près de la Lideuil mais légèrement devant elle, Barth Snow caressait d’une main nonchalante sa barbe brune qui escamotait la partie basse de son visage enjôleur. C’était un fieffé charmeur, doublement attisé, dans ses multiples vagabondages sentimentaux, par sa condition de bâtard qui, pour ne pas le navrer outre mesure laissait souvent poindre en lui d’incessantes inquiétudes quant à sa légitimité existentielle et l’épaisseur véritable de ses relations amoureuses. Aussi enchaînait-il celles-ci comme en réponse à un défi opposé par sa propre naissance et qu’il tentait inlassablement de relever maladroitement. Ainsi, si toutes les donzelles de Winterfell, qu’elles soient bourgeoises ou servantes, tisserandes ou lavandières, paysannes ou cuisinières, ne s’étaient pas encore toutes réveillées un matin dans sa couche, on pouvait estimer sans exagération excessive que la presque totalité des putains de la Ville d’Hiver avait un jour ou l’autre fréquenté son entrecuisse...
Jonas, quant à lui, se tenait en retrait de ces trois-là, adossé à l’épais mur de pierre de la vaste salle de réception non loin de ser Kendrik Crakehall, pupille des Stark à la forteresse depuis l’âge de ses treize ans. Tous deux, pour avoir partagé les confidences du Loup-Garou la veille au soir, avaient déjà connaissance des tenants et des aboutissants du contenu de l’annonce du suzerain et le manifestaient très ostensiblement en prenant un air par trop détaché au goût du Stark.
Lord Beron n’apprécia pas du tout cette désinvolture qu’il jugeait excessive et un rapide coup d’œil glacial à l’intention des deux compères vint stopper net leur nonchalance manifeste.
Et alors que tous deux se ressaisissaient immédiatement et s’empressaient de se rapprocher de la petite assemblée au pied du trône de pierre aux accoudoirs sculptés en mufles de loups grondant, la jeune Deana Lideuil, visiblement décontenancée par l’annonce inopinée de son incorporation à la troupe qui voyagerait, dès le lendemain, en direction du Mur.

« Mon Seigneur le croyait que les femmes n’étaient pas acceptées sur le Mur… »

Elle livra ces quelques mots avec un empressement et une soudaineté qui semblaient mêlés d’un imperceptible ton d’opposition ou de doute. Lord Beron ne s’en soucia guère et coupa directement court à ce qui semblait être à ses yeux l’expression anxieuse d’une légère crainte teintée de réticence...

- Vous avez raison Deana, les femmes ne sont pas admises à prendre le Noir et la Garde de Nuit ne tolère en son sein que des mâles ; quels qu’ils soient, quoi qu’ils aient pu faire, quoi qu’ils vaillent et d’où qu’ils viennent... Pour autant ai-je jamais dit que je comptais vous laisser là-bas ? N’ayez crainte, je n’ai pas pour objectif de vous abandonner sur le Mur ! Dut le serment de la Garde de Nuit le permettre... Vous nous êtes par trop précieuse et vos talents guerriers trop manifestes... Ce serait là complète folie que de laisser vos aptitudes et votre flamme guerrières au service des frères. Et de la confiture pour les cochons !

Beron Stark ne comprenait pas quelle inquiétude avait bien pu se saisir de la jeune femme. Il était étonnant que l’évocation du Mur la mette à ce point sur la réserve... Le Loup avait flairé les traces d’une crainte mais il ignorait à quoi celle-ci pouvait bien être due.

« Je vais… Je dois envoyer un corbeau pour le prévenir Messire. » Avait ensuite bafouillé la Lideuil à l’évocation de la visite dans le petit fief de son père.

Décidément, Deana était bien étrange ce matin. De par leur rang respectif, elle et le Stark ne se côtoyaient pas beaucoup mais il n’était jamais advenu, durant les rares et brefs moments qu’ils avaient passés ensemble, que la jeune femme se comportât de la sorte. Agressive, impatiente et fière, oui. Maladroite, aussi. Mais à ce point gênée et mal à son aise, jamais. Elle avait toujours à sa disposition une réserve d’impulsivité et d'ardeur qui lui permettait, le cas échéant, de tromper son monde et camoufler, si besoin était, une éventuelle pointe de faiblesse.

- Faites donc comme vous l’entendrez, Deana. S’il ne fait pas de doute que votre père sera honoré de recevoir chez lui son suzerain, je gage que son amour pour vous et la joie qu’il aura de vous revoir seront, et c’est euphémisme, bien plus intenses encore.

La Lideuil acquiesça silencieusement et le Loup reprit la parole pour libérer chacun.

- Bien, je compte donc sur chacun d’entre vous et ne doute pas que vous accomplirez avec brio les tâches qui vous ont été confiées en cette fin de matinée. Se tournant vers le vieux mestre Prysas. Mestre ? Tout va comme vous voulez ? Avez-vous eu le temps de faire mention de tout ceci dans le compte-rendu de votre ordre du jour ? La face ratatinée du vieil érudit vint se craqueler d’une large balafre édentée qui offrit au lord la vision peu ragoûtante d’un ensemble brunâtre et inégal.

- Bon, et bien je libère tout le monde ! conclut lord Beron avec satisfaction. Le rendez-vous est donc fixé à demain matin au lever du jour, devant l’enceinte de la courtine sud. Le Loup-Garou n’aurait jamais imaginé que l’entrevue se déroule aussi rapidement et devant le peu de question que la présentation succincte du projet avait suscité, le Stark estima qu’il avait gagné-là une bonne heure sur l’emploi du temps prévisionnel. La Lideuil fut la première à s’éclipser, comme à son habitude, sans un mot et sans un regard, mais sur un pas beaucoup pressé que celui qui était le sien en temps ordinaire... La perspective de réjouissantes retrouvailles familiales sans doute !?

- M’sire ! Sur un grognement canin le maître piqueux se retira quelques secondes seulement après Deana, Barth Snow le suivant de près.

Jonas et Kendrik étaient quant à eux restés là, un sourire béat sur les lèvres comme amusé du spectacle plutôt touchant de la jeune Lideuil prise au dépourvue et qui avait semblé osciller entre joie, chagrin et incompréhension.

- Eh bien ne restez-donc pas là plantés comme deux pommiers dans l’attente du printemps ! rouspêta soudain Lord Stark non sans une bribe d’agacement dans la voix. Vous avez certainement bien mieux à faire que de rester enracinés ici, non !?

Sa voix s’était habillée d’une contrariété désormais évidente.

- Jonas, c’est toi qui seras en charge des affaires courantes pendant notre absence. Rattrape donc immédiatement mestre Prysas, et veille à ce qu’il t’informe de toutes les charges courantes. Demain, tu as une séance de doléances jusqu’à la mi-journée. Il te dira quoi répondre. Nous l’avons décidé ce matin lui et moi ! Tout est prêt ! Tu n’auras qu’à articuler ce qu’il aura écrit...

Le cadet Stark s’empressa de suivre le chemin qu’avait emprunté le vieux mestre quand il s’était habilement éclipsé, quelques minutes auparavant. Au rythme de la démarche mal assurée de ce dernier, il n’aurait pas grande peine à le rattraper. Et comme il allait disparaître derrière un épais rideau gris rehaussé de bordures de velours côtelé immaculé, Beron ne put s’empêcher de lui préciser :

- Oh, et n’oublie pas qu’en fin de semaine tu devras me représenter à l’assemblée de la guilde des forgerons !

Puis se tournant vers Kendrik, il sembla se féliciter de partir en voyage avec lui.

- Alors Kendrik, nous repartons enfin toi et moi sur les routes comme au bon vieux temps, n’est-ce pas ?

Le Crakehall lui rendit son sourire sincère.

- Tu parles d’un temps ! Comme si toi et moi étions de vieux croulants de l’âge de ce bon Prysas ! Si tu parlais de siècles cela ne ferait guère de différence !

Les deux amis partirent dans une franche rigolade que Lord Stark fut le premier à interrompre, quelques instants plus tard.

- Vas aider les garçons à préparer leurs paquetages, kendrik et veille à ce qu’ils n’oublient rien ! Beron parlait de Ronardt et Allan comme s’il se fut agi de gosses. Les jumeaux n’aimait guère cela, eux qui du haut de leurs 22 ans n’étaient il certes plus des enfants mais que le Loup ne pouvait s’empêcher de couver tant qu’il le pouvait encore... et tant que les deux jeunes hommes le permettaient encore un peu. Bientôt il serait temps pour eux de quitter Winterfell et de trouver une femme dont le mariage pourrait renforcer les liens Stark avec d’autres grandes familles des Sept Couronnes. Bientôt. Le plus tard possible, espérait-il...


*
* *

La réception en salle du trône avait pris fin dans la fin de mâtinée, après quelques brèves minutes de discussions seulement. Les incertitudes étaient nombreuses quant à ce voyage vers le nord, mais aucune crainte n’entourait le départ. Beron savait Winterfell entre de bonnes mains qu’elles fussent celles rugueuses et tremblotantes du savant mestre Prysas ou dans celles plus énergiques et calleuses de son frère Jonas.
Dès que tous furent repartis, accompagnés jusqu’à leurs appartements par les pensées, nombreuses liées au départ, Beron partit s'isoler dans la grande bibliothèque de Wintefell. Là, il s'assit sur un grand siège en toiles tressées et se mit à étudier divers ouvrages recensant de fastidieux livres de comptes de la forteresse. Une lecture bien peu agréable mais nécessaire à la bonne intendance des lieux. Les argentiers de Winterfell avaient fourni un important travail d’étude et de comparaison sur les différents types d’approvisionnement alimentaire et matériel de la cité et il revenait à Lord Stark d’entériner ou de refuser certaines orientations budgétaires. Bref, le quotidien. Un quotidien lourd et pesant que le Loup se faisait une joie véritable de délaisser quelques jours pour partir à l’aventure, vers le Mur. Il aurait tout aussi bien envoyer ses préconisations concernant le futur lord commandant de Tour Ombreuse dans une missive portée par un corbeau, mais ce décès soudain et la nécessité de nommer un successeur efficace au plus vite s’était posée en occasion rêvée de partir quelques jours au grand air.

Il aimait cet endroit.
Son calme et son atmosphère si particulière lui manqueraient certainement une fois parti vers le Mur. Les contraintes qui y étaient rattachées ne comptaient pas ou peu. Il aimait par-dessus tout son Nord et sa forteresse, lui le Stark de Winterfell. Le Loup-Garou. Aussi, il souhaita profiter de chaque instant qu'il pourrait désormais passer en ce lieu de refuge et de méditation.
Beron fit de même avec les multiples endroits de la vaste cité qui lui étaient très chers. A commencer par la si riche Bibliothèque. Après de nombreuses heures bercées de nostalgies auxquelles il mit un terme par une prière dans le Bois sacré, il revint dans ses quartiers finaliser les derniers préparatifs avant le voyage qui l'attendait.

La nuit était bien avancée et les dernières étoiles du soir commençaient même à faiblir dans les premières faibles lueurs du matin quand il put s'arrêter un peu et profiter de quelques brefs instants de repos.

Au petit matin, alors que le soleil n'était pas encore paru, à l'est, le Loup fit préparer sa monture, Kavandril. Le grand cheval sombre, offert par Lord Crakehall en remerciement pour avoir accueilli comme pupille de Winterfell le jeune Kendrik, devait être harnaché pour le voyage vers le Mur et les incertitudes glacées du nord, car le départ était imminent.
La veille, Beron avait réuni l'Alliance Grise de Winterfell en petit comité et l’assemblée des éminences grises de la Cité avait préconisé de nombreuses résolutions nécessaires à la bonne intendance de la forteresse et au calme et à l'ordre dans les alentours en l’absence du Seigneur.
Jonas, flanqué des conseils avisés de mestre Prysas et comme c'était le cas chaque fois que le Seigneur s'éloignait de ses terres, assurerait l'intendance de Winterfell et dirigerait, le cas échéant, l'armée de protection à laquelle, exceptionnellement, viendraient s'adjoindre les nombreux soldats de l'armée de bataille qui ne seraient pas emmenés vers le nord pour la protection du Seigneur.
Le Beron lui-même dirigerait les troupes qui chevaucheraient vers le Mur, secondé par Kendrik.
A ceux-ci, viendraient s'ajouter, chevauchant à leurs côtés, Ronardt et Allan, les deux cadets jumeaux, sur lesquels Barth Snow, le maître d’armes et Deana Lideuil, seraient censés veiller.

C’est alors que la nuit étaient encore à bercer de ses ultimes lambeaux étoilés la cité endormie et alors que bientôt commenceraient à poindre les premières lueurs du jour, que Beron, revenant des écuries où il était allé s’assurer que son étalon serait prêt pour le départ prochain, aperçut le jeune Deana Lideuil errant dans les couloirs grisonnants de la forteresse.
Que faisait-elle donc là, à pareille heure ? Avait-elle donc fini de tout préparer pour son départ ? Avait-elle pu trouver le sommeil, là-haut, dans sa petite chambre ? Les hommes d’armes n’étaient généralement pas tendres avec elle, mais sa fougue et sa vivacité lui avaient permis de se faire accepter de tous, malgré quelques particularités inhérentes au fait qu’elle était pourtant une femme entourée d’hommes et que cela n’était pas toujours facile pour elle. Avait-elle informé ses compagnons d’armes du fait que tous ne partiraient pas avec elle ? Barth Snow avait était sollicité par Lord Beron pour proposer certains soldats pour le voyage. Et il avait semble-t-il prit le parti délibéré de priver autant que possible la Lideuil de la plupart de ses compagnons habituels. « Pour qu’ils la lâchent un peu ! » avait-il expliqué.
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Message Mer 28 Déc 2011 - 23:00

Comment ça mal dissimulée ! La féminité de Deana était tout à fait bien dissimulé, tout de même une armure de cuir c’est pas le truc le plus sexy qui se fasse dans les Sept Couronne, nan mais oh ! Dissimulée comme elle pouvait ! C’était pas de sa faute si elle avait des formes, elle s’en serait bien passé d’ailleurs, elle détestait ce corps, elle détestait tout ce qui faisait d’elle une femme, et sa faiblesse, même si elle en avait fait un atout pour combattre différemment, profitant de sa souplesse et de son esquive, elle aurait préféré naitre homme, mais elle devait faire avec ce que les Dieux lui avaient donnée et avec les années et l’expérience, elle avait appris à l’accepter et même à en apprécier certains aspects, une seule faiblesse la faisait encore se haïr au plus haut point, celle d’en pincer pour son suzerain et maitre. Elle avait compris qu’elle était belle, ou en tout cas désirable, quand elle avait vu certains regards et entendu certaines réflexions, et même que cela pouvait lui donner un certain avantage, lorsque son père lui cherchait un époux, mais ils étaient indignes d’elle, tous autant qu’ils étaient, non pas par le rang, mais par le cœur, la pureté de leur cause et la force de leur courage, bon, elle n’avait que trop peu discuté avec eux pour en avoir le cœur nette, mais elle l’avait senti au fond d’elle, n’était-ce pas suffisant ? Elle les avait déboutés les uns après les autres, la plupart sans même leur accorder un regard.

D’ailleurs elle était aussi hermétique aux charmes de Barth, beau certes, mais bâtard, or si la blonde n’était pas très à cheval sur le rang de ceux à qui elle parlait et de ce avec qui elle combattait, il était hors de question que le fruit d’une infamie trouve sa place dans son lit. En plus, Barth la moquait trop pour avoir dans l’idée de la séduire, ils étaient juste amis, et les bellâtres, c’était pas vraiment son truc, comme Omeric qui draguait tout ce qui bougeait et portait une paire de nichons, non, elle n’avait pas du tout envie d’un homme comme ça, de ceux qui savent l’effet qu’ils font sur les femmes, toutes sauf elle en tout cas, de ceux qui en jouent et couchent à tout va, de ceux qui aiment les catins et les filles faciles, elle ne rentrait pas dans cette catégorie là. Déjà qu’elle n’était pas prête à l’ouvrir à un roturier autant qu’à un homme bien né, non, en fait pas un roturier, son père en serait mortifié, en même temps Le Lideuil était déjà mortifié. Elle s’était enfuie pour prendre les armes alors qu’il lui avait trouvé des prétendants tout à fait honorables, charmants, même riches, mais à l’époque, elle n’avait aucune envie de se laisser marier à qui que se soit, et même maintenant peu d’homme trouvaient grâce à ces yeux. Dred était courageux, mais il manquait parfois de jugeote, et puis il était un peu petit, Gros Bill n’était pas petit, mais c’était un rustre, tout comme Tyron et Raf, non et puis c’était impensable, ils étaient ses collègues et ses amis, elle n’y avait même jamais songé, avec eux elle était un homme comme les autres, il n’y avait qu’avec lui, Beron Stark, avec qui elle n’était pas un homme comme les autres, et cela la mettait encore plus mal à l’aise qu’une défaite sur la lice.

Si seulement elle pouvait garder les cuisses fermées jusqu’à sa mort, elle était partie de chez elle dans cette optique, mais les choses changent et elle aussi changeait et certaines choses la travaillaient, elle avait découvert des points sensibles en s’explorant, et plus elle les touchait, plus elle se demandait comment cela serait s’ils étaient touchés par un homme. Bref, elle imaginait, fantasmait, presqu’autant qu’elle craignait qu’on lui fasse l’amour, de force ou non, de force elle tuerait le vilain de ses mains, dans le mariage, elle serait bien obligée de se laisser faire, mais on lui avait dit que ça faisait mal. Elle n’avait pas envie d’avoir mal, c’était si agréable quand elle se caressait, autant lorsqu’elle était blessée en entrainement ou en combat véritable, elle avait mal mais c’était normal, mais cette douleur là la faisait angoisser à mort. Le principale était que maintenant, elle avait le choix. Enfin avec Beron aucune chance, mais si un jour elle rencontrait quelqu’un de preux, intelligent, droit, honorable, respectueux et fidèle, plus fort qu’elle si possible, noble si possible, pour faire plaisir à son père en tout cas, elle pourrait peut-être envisager de se marier et de se donner à lui, et même d’être heureuse comme ça, et même de s’habiller comme une femme s’il voulait, et même d’arrêter de porter une épée à sa ceinture s’il le lui ordonnait, mais seulement s’il le lui ordonnait gentiment ! Elle choisirait pour qui elle ouvrirait les cuisses et qui pourrait lui faire mal de cette manière, si cela devait être, et avec un peu de chance elle pourrait même y prendre plaisir, autant que lorsqu’elle utilisait ses doigts.

Ça, les hommes du Mur n’était pas tous d’honnêtes combattants, elle le savait, elle aurait peut-être dû avoir peur, mais elle savait se défendre, et elle avait de quoi craindre tout autre chose, aussi n’avait elle pas du tout l’esprit à ce qui pourrait lui arrivée là-bas, son problème se situait un peu plus bas, juste avant le Don, dans ses foutues montagnes… Et son problème avait les cheveux gris et des bras énormes, des yeux d’un bleu glacial comme sa fille et une grosse hache, et son problème risquait d’être très très remonté s’il voyait sa fille rebelle en fuit revenir comme si de rien n’était chez lui, aux côtés du Stark, avec sa propre épée au flanc, le cul posé sur son propre cheval, avec une armure volée dans son armurerie. C’était une catastrophe bien pire que tout ce qu’il pourrait advenir au Mur, même que Lord Beron l’y laisse d’ailleurs serait moins pire. Elle fut touchée par les compliments, presque trop, elle se remit à rougir bêtement, mais tout le reste de sa face était d’une blancheur inhabituelle, même pour elle, elle n’arriva pas à former des remerciements complets tant elle était décontenancée par tous ses sentiments contradictoires qui l’assaillaient, aussi, après avoir balbutié un demi merci et essayé un « c’est un honneur de vous servir » entrecoupé de hoquets et de silences, elle se contenta de se remettre bien sur ses pieds et d’incliner la tête, c’était bien plus simple que les mots.

Oufffffffffffff, elle pourrait envoyer un corbeau, c’était déjà pas mal, il ne serait pas pris au dépourvu, du coup il pourrait la faire enfermer plutôt que de la tuer directement pris par la rage, restait à en connaître la substance, des excuses semblaient pour l’heure bien ridicules face à ce qu’elle avait fait. Beron se trompait lourdement, le patriarche ne serait pas content du tout de la revoir, et il n’avait aucune affection pour elle, il allait la tuer et si elle n’avait pas été face à son Lord, elle aurait courut partout en rond en agitant les bras, mais ça n’aurait pas réglé le problème pour autant, c’était juste l’état dans lequel était son cerveau. Quand aux questions qu’elle aurait peut-être dû poser sur cette mission, tout autre questionnement que « Oh mon Dieu, comment garder ma tête sur mes épaules ? » avait quitté son esprit, non elle ne voyait pas, et puis en plus elle n’avait pas à discuter les ordres du Stark. Dès qu’elle eut quitté les lieux et une fois Jonas et le mestre partis, Kendrik dit que Deana était bizarre, aujourd’hui particulièrement, mais même depuis quelques temps, il rappela à Beron qu’elle rougissait presque dès qu’il lui adressait la parole…

***

Elle chercha Beron plusieurs heures ce soir là, mais elle ne le trouva pas et personne dans ce foutu château ne fut en mesure de lui dire où le trouver, or les heures avançaient et la nuit gagnait du terrain, il fut bientôt trop tard pour lui parler, elle avait des choses à faire, et lui devait être en train de se reposer quelque part, elle n’avait pas envie de le déranger alors qu’il dormait, et puis c’était hors de question qu’elle le dérange dans ses appartements. Elle monta à la roukerie pour écrire et envoyer sa missive à son père, le vieux mestre ne dormait pas encore, il lui proposa son aide, mais elle la refusa et lui dit de ne pas s’occuper d’elle, elle lui laisserait la missive sur la table et il l’enverrait dès son réveil le lendemain, se serait parfait, elle arriverait largement avant eux de toute façon. Elle passa de longues minutes à la table trempant régulièrement la plume dans l’encre et prête à écrire les premiers mots, mais ils ne lui venaient pas, déjà, devait-elle commencer par des excuses ou par l’annonce de la venue du Stark ? La bougie était déjà bien consumée lorsqu’elle eut enfin le courage de commencer, mais une fois partie, elle ne s’arrêta pas jusqu’à la fin du message.

Citation :
A Samwell Lideuil, Chef du clan Lideuil, Protecteur des Montagnes du Loup et Gardien du Col de la Pleine Lune.

Père bienaimé, Tout d’abord, je dois vous présenter des excuse pour ne pas vous avoir écrit plus tôt, vous avez dû savoir qu’après mon départ, j’ai pris les armes et intégré la garde de Winterfell. J’entretenais une correspondance avec mes sœurs et mon frère cadet, aussi je sais que vous avez envoyé Elwood au Mur et que vous vous portez bien malgré les années, je suis heureuse, mais je n’avais pas le courage de m’adresser directement à vous et j’aurais dû le trouver ne serait-ce qu’au nom de notre famille et du courage dont je me targue. Cependant, j’ai toujours trouvé plus facile de me battre sur un champ de bataille et de tuer au nom de mon suzerain que de vous parler, aussi ne me blâmez pas pour ce retard, blâmez moi plutôt d’avoir attendu d’y être obligée.

En effet, Lord Beron souhaite se rendre au Mur pour hâter l’élection du prochain Lord commandant de Tour Ombreuse suite au décès soudain du dernier, Lord Walter. Je suis censée faire partie du voyage et nous feront une étape chez vous. Or je suis consciente que malgré les nombreuses années qui sont passées depuis, j’ai commis un crime grave, je me souviens que j’ai volé une arme et une armure, ainsi que des vêtements et surtout, votre cheval, Dark, il se porte comme un charme d’ailleurs, il a encore grandit un peu et prit du corps depuis que vous ne l’avez vu. Si je m’en souviens je suppose que vous aussi, de plus, je vous ai désobéit, je crois que vous savez pourquoi, aussi je ne reviendrais pas sur les raisons et je ne cherche pas à trouver des excuses, tout ce que je peux vous dire c’est que je suis heureuse dans la garde de Winterfell et que j’ai gagné le respect des hommes d’arme de la forteresse, que je suis estimée par le Stark comme par les autres pour mon talent à l’épée et à la pique et que même si les victoires ont été collectives, tout comme la gloire à en tirer, Deana Lideuil est surnommée Bloody Lady et crainte par les ennemis de notre suzerain.

J’ai décidé de tout avouer à Beron, je ne l’avais pas fait avant par manque de courage, encore, mais je ne saurais souffrir d’être l’objet d’un conflit entre vous par mes mensonges et mes folies de jeunesse, d’autre part il aura besoin de tous ses hommes pour aller au Mur en toute sécurité, et que ça vous plaise ou non j’en fais partie, en tout cas jusqu’à maintenant, donc si j’arrive jusqu’à vous et que vous me retenez, vous mettriez votre suzerain en danger, mais je ne veux pas vous imposer cette décision, tout comme je ne veux pas imposer au Stark celle de me laisser subir votre châtiment ou non. Aussi pour éviter de vous mettre tous deux devant le fait accomplis, je vais lui dire de quoi il retourne et je m’en remets à sa décision. J’aimerais simplement savoir pourquoi vous ne m’avez jamais dénoncé, ni demandé réparation, ni même mon retour.

Si je ne fais pas partie de la colonne quand Beron arrivera à Lideuil, je suppose qu’il aura l’obligeance de vous avoir rapporté vos affaires, mais sachez que si ma désobéissance peut passer pour un manque de respect, mon choix est dû à l’admiration que j’ai toujours eut pour vous et pour mon frère ainé et je ne regrette rien. Vos autres enfants vous ont offert le bonheur de voir votre famille s’agrandir, j’aurais aussi aimé vous revenir glorieuse, mariée, et mère, mais je n’ai rien à vous offrir à part l’honneur d’avoir combattu sous la bannière au Loup Garou. Vous disiez vrai, c’est un homme d’honneur, aussi je ne crains pas son courroux, même si j’aurais préféré vous voir une dernière fois, vous, mes sœurs et Barristan, j’espère que vous me pardonnerez et que vous prierez pour moi car je n’ai jamais voulut vous déshonorer, bien au contraire. Recevez notre Lord comme seuls les Lideuils savent le faire.

Nul ne provoque le Loup.
Deana Lideuil, Membre de la Garde Grise, Protectrice de Lord Beron Stark le Loup Garou, dite Bloody Lady.

Une fois la lettre rédigée elle la plia et la scella en versant la cire de la bougie et, n’ayant pas de sceaux avec ses armoiries, elle utilisa un stylet pour tracer la ligne qui séparait ses armes en deux et trois petits points sur la gauche pour signifier les pommes de pin. Elle laissa la missive sur la table comme dit, le mestre devait dormir à présent, elle quitta les lieux et redescendit dans la grande salle puis retourna dans sa chambre et finit de préparer ses affaires, paquetage, de quoi se vêtir pour le voyage et pour les hôtes, de quoi se battre et se nourrir, de quoi boire, elle amena le tout auprès de la stalle de son cheval et prépara le harnachement, ainsi elle n’aurait plus qu’à tout lui mettre sur le dos et tout ficeler. Elle remonta dans sa chambre, mais ne trouvant pas le sommeil, elle passa le reste de la nuit à prier devant l’arbre cœur. Peut être s’endormit-elle finalement, car quand elle revint à la réalité, les premières lueurs de l’aube pointaient à l’est. Elle se leva et monta sous les toits le temps de faire sa toilette, elle n’aurait peut-être pas l’occasion de la refaire de si tôt, aussi y prit elle grand soins, que se soit pour mourir ou pour voyager aux côtés de son suzerain elle se devait d’être propre. Après ça, elle refit ses tresses et enfila des vêtements confortable et chauds et par-dessus son armure, elle boucla son ceinturon d’épée et replaça la dague qu’elle cachait toujours dans sa botte ainsi prête à partir, on ne sait jamais et après ce qu’elle allait lui dire, si en plus elle le mettait en retard, c’était sûr, il allait lui couper la tête, elle repartit à la recherche de son seigneur.

Lorsqu’elle le trouva enfin au matin dans un couloir de la forteresse, elle commençait à vraiment perdre espoir d’arriver à lui parler en tête à tête avant le départ, le tête à tête elle le souhaitait autant pour elle que pour lui, peut-être plus pour elle, car il ne pourrait jamais se montrer clément s’il y avait des témoins à son aveu, cela dit elle ne comptait pas sur sa clémence, ça n’était pas le problème, elle voulait juste qu’il parte au Mur avec autant d’homme que nécessaire et sans le risque d’en perdre un en route, ni celui de s’opposer à un père excédé devant toute une maisonnée et devant ses hommes. Elle voulait aussi qu’il puisse garder la face devant les hommes de sa garde, ceux qui resteraient à Winterfell comme ceux qui partaient avec lui, et aussi devant le Lideuil, que personne ne puisse dire qu’il s’était laissé berné par une femme, elle tuerait quiconque s’attaquerait à son honneur, même s’il décidait de la jeter hors du Nord ce qui était fort probable.

« Mon Lord, je dois vous avouer quelque chose. Contrairement à ce que vous pensez, mon père ne sera pas heureux de me revoir, probablement voudra-t-il me tuer ou au moins me châtier et me bannir, et je ne peux pas laisser mon Lord s’opposer à mon père pour une faute que j’ai bel et bien commise. Je ne veux pas vous mettre dans l’embarras et vous faire subir mon déshonneur dans la maison de mon père et je me refuse à vous priver d’une épée juste avant d’arriver au mur, c’est pourquoi je vous le dis avant que nous partions, je voulais vous le dire hier soir, mais je n’ai pas réussit à vous trouver. J’aurais dû tout vous dire avant, je le sais, mais je pensais aussi que mon père vous enverrait une missive pour me dénoncer, seulement il ne l’a pas fait et avec le temps j’ai pensé que mon mensonge était légitime si je vous servais au mieux et dans la mesure ou le Lideuil ne demandait pas réparation. »

Elle se demandait si cette introduction était nécessaire, mais ainsi peut-être lui serait-il plus facile d’avouer son crime. Elle releva la tête et plongea son regard dans celui de son Lord suzerain, elle devait maintenant assumer ses fautes avec honneur, qu’au moins s’il la mettait à mort, il ne se souvienne pas d’elle comme d’une pleutre.

« Lorsque j’ai été en âge de me marier, Lord Lideuil m’a cherché un époux, mais j’ai refusé tous les prétendants qu’il ma présenté. Quand il s’est mit en tête de choisir pour moi, j’ai décidé de partir et de rejoindre les forces de Winterfell car il m’avait toujours dit beaucoup de bien de vous et de votre maison et que je pensais trouver ici ce que je cherchais, la vie que je m’étais mis en tête d’avoir, prendre les armes et gagner la gloire sur les champs de bataille. J’ai eut l’honneur de vous servir pendant huit ans, aussi ne puis-je vous mentir plus longtemps et vous déshonorer par ma trahison, autant celle faite à mon père que celle que je vous ai infligé en vous cachant ce qui m’avait amené ici et de quelle manière j’y suis arrivée. »

Elle parlait vite, mais essayait d’articuler car elle n’aurait pas la force de répéter ça, elle ne pleurait pas, mais elle avait le ventre serré plus pour ce qu’il penserait d’elle après ces aveux que pour ce qu’il allait lui faire, lui ou le patriarche de sa propre maison d’ailleurs, peu importait.

« Il ne voyait pas d’un bon œil que je prenne les armes, je lui avais parlé de mon désir de servir dans la garde de Winterfell, il avait refusé. Aussi non seulement j’ai désobéit à mon père et quitté la maison sans son consentement, mais pire, je lui ai volé le cheval que je monte depuis lors et tout ce que je porte sur moi ainsi que l’épée que je portais le jour de mon arrivée. »

Dans un geste délié et rapide, presque gracieux, elle mit un genou en terre devant lui en dégainant sa lame et, après avoir posé à terre la dague cachée dans sa botte, elle lui tendit son épée posée à plat sur ses mains, de la même manière que lorsqu’elle s’était mise à son service, tête baissée en signe de soumission, car Beron avait été le seul et unique homme auquel elle acceptait de se soumettre durant toutes ces années et ce jour aussi, même si ça devait être le dernier de sa courte vie.

« Je suis désolée de vous avoir menti jusqu’à ce jour, je jure que je n’ai jamais voulu vous tromper et que je ne désirais que vous servir Lord Beron. Je ne vous demande pas de me pardonner, ce que j’ai fait est impardonnable, et j’accepterais tout châtiment que vous estimerez juste avec courage. Je ne peux que prier les Dieux pour que gardiez de moi le souvenir de ma dévotion à votre maison et pas celui de ma trahison. J’ai fait vœux de vous protéger au péril de ma vie et c’est au nom de cette promesse que je vous ai tout avoué aujourd’hui. »

Elle ne comptait pas amoindrir ce qu’elle avait fait, elle trouvait ça très grave, maintenant quelle l’avait exprimé à haute voix encore plus qu’avant, elle estimait que c’était une trahison au même titre que de ne pas protéger son seigneur ou même de changer de camp pour l’argent ou pour n’importe quelle raison. Elle méritait sans aucun doute la mort pour lui avoir mentit aussi longtemps, avoir désobéit et volé son père, elle ne comptait pas être pardonnée, et elle préférait mourir de la main de Beron que de n’importe quelle autre, sauf peut-être celle son père, elle préférait mourir d’ailleurs, que de perdre ses mains et de ne plus pouvoir se battre jamais, ou d’être bannie et de ne plus pouvoir se battre pour lui. Elle était si heureuse pourtant de pouvoir quitter Winterfell pour un peu d’aventure, et si heureuse de pouvoir chevaucher à ses côtés, mais toute cette joie avait été de bien courte durée face à sa tromperie qui lui revenait en pleine face et qu’elle devait maintenant assumer.


Dernière édition par Deana Lideuil le Mar 24 Jan 2012 - 20:09, édité 2 fois
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Message Ven 6 Jan 2012 - 15:55

[ HRP : Deana tu n’es pas censée savoir ce que Beron pense de ta féminité ! Même si je la mentionne dans mon post, il s’agit de tergiversations purement internes à mon personnage ! ]





Le matin se levait à peine et le départ de la petite compagnie nordienne vers le Mur à destination de Tour Ombreuse était proche. Comme tous les jours, Beron venait de passer un moment de calme, de sérénité et de prière dans le Bois Sacré. Il se hâtait à présent de rejoindre ses appartements afin d’ordonner que soient descendus et sanglés ses paquetages lorsqu’au détour d’un couloir, survint la blonde Deana. Elle tombait mal. Lui qui avait passé une partie de la soirée à sa recherche afin de s’enquérir de son corbeau n’avait maintenant plus vraiment le temps de s’occuper du volatile et de la missive dont il serait le porteur...

La jeune femme ne s’en précipita pourtant pas moins vers son suzerain et sans que celui-ci ait pu dire quoi que ce soit, commença subitement :

« Mon Lord, je dois vous avouer quelque chose. »

*Allons bon ! Voilà encore autre chose !* pensa Beron, navré que la jolie blonde ait un besoin impérieux de parler avec lui à ce moment-là...
Il prit cependant sur lui et s’intima l’ordre de se montrer patient et bienveillant envers elle. La mine de la jeune femme, délavée par un mélange de doute, d’angoisse et d’empressement suffit d’ailleurs à elle seule à Beron pour se montrer prévenant et à l’écoute.

La jeune guerrière s’empressa dans un flot de parole compulsif et désordonné par un semblant de crainte latente. De tout l’empressement verbal dont elle fit preuve et où s’amoncelaient maladroitement des « châtier », « bannir », « déshonneur » et « mensonge », il ressortait qu’elle n’était pas fière d’elle et qu’elle craignait qu’une faute passée et non avouée jusqu’à présent ne plonge la visite du Lord Suzerain chez son Lideuil de vassal dans un chaos indescriptible.
Il était manifeste qu’elle livrait là un aveu important et qu’elle se défaisait par la même, d’un poids considérable qui devenait de plus en plus difficile pour elle de supporter.

Lord Beron sourit tendrement. Il lisait dans les jolis yeux de la blonde une sincérité profonde et une envie réelle de réparer une faute grave. Il lui semblait savoir de quoi il retournait mais ne l’interrompit pas et la laissa poursuivre, sans prendre le risque de formuler un mot qui aurait pu la bloquer définitivement.
Angoissée et libérée à la fois, elle s’empressa de poursuivre, cette fois bien plus précise dans son explication :

« Lorsque j’ai été en âge de me marier, Lord Lideuil m’a cherché un époux, mais j’ai refusé tous les prétendants qu’il ma présenté. Quand il s’est mit en tête de choisir pour moi, j’ai décidé de partir et de rejoindre les forces de Winterfell car il m’avait toujours dit beaucoup de bien de vous et de votre maison et que je pensais trouver ici ce que je cherchais, la vie que je m’étais mis en tête d’avoir, prendre les armes et gagner la gloire sur les champs de bataille. J’ai eut l’honneur de vous servir pendant huit ans, aussi ne puis-je vous mentir plus longtemps et vous déshonorer par ma trahison, autant celle faite à mon père que celle que je vous ai infligé en vous cachant ce qui m’avait amené ici et de quelle manière j’y suis arrivée. »


Lord Stark posa une main réconfortante sur l’épaule de la Lideuil mais celle-ci n’y prêta aucune espèce d’attention, visiblement trop pressée qu’elle était d’en terminer avec cet aveu insupportable.
Il tenta de la calmer quelque peu mais il lui fut impossible de placer une seule phrase.

- Ecoutez Deana, il...

Sans se préoccuper nullement de ce qu’il allait bien pouvoir lui dire, elle reprit son de façon aussi abrupte qu’elle l’avait délaissé, quelques toutes petites secondes plus tôt.

« Il ne voyait pas d’un bon œil que je prenne les armes, je lui avais parlé de mon désir de servir dans la garde de Winterfell, il avait refusé. Aussi non seulement j’ai désobéit à mon père et quitté la maison sans son consentement, mais pire, je lui ai volé le cheval que je monte depuis lors et tout ce que je porte sur moi ainsi que l’épée que je portais le jour de mon arrivée. »

Beron en avait maintenant la certitude, il avait compris ce à quoi Deana faisait référence. Il savait tout. Du moins le principal. Et il y avait dans ce qu’elle livrait-là les explications de tout ce qu’il savait sur elle depuis longtemps mais sur lequel il ne l’avait jamais interrogé... Parce qu’il n’avait pas jamais eu besoin de plus d’explication que cela...
Encore une fois il eut envie de la stopper, de museler cette jolie frimousse désormais prise d’une irrépressible folie verbale... Mais il décida qu’il serait mieux pour elle de tout livrer, de tout déverser et de se soulager de tout le poids de ces si encombrants non-dits.
Il sourit encore une fois. Qu’elle ironie que cette scène-là ! Voilà que Deana la taciturne, Deana la sauvage, Deana la fougueuse et l’avare de mots, habituellement si maladroite et mal à l’aise pour s’exprimer, semblait à présent se plaire à déverser un torrent de mots comme personne la connaissant n’aurait jamais pu penser qu’elle puisse en rassembler !

Elle acheva néanmoins cette course folle par un dernier soubresaut d’aveu. Elle semblait véritablement navrée, coléreuse et résignée peut-être également à se soumettre à l’éventuel dur et implacable châtiment dont le Sombre Loup viendrait immanquablement la frapper...

Son regard fuyant se déroba en même temps que son lourd aveu prit fin et ses grands yeux d’un bleu clair glacial se perdirent dès lors dans la contemplation de ses propres pieds, à moins que cela ne fut celle du dallage pavé du sol du couloir dans lequel la jeune femme avait courageusement fait face à son suzerain en même temps qu’à son passé de mensonges...

Le calme fit finalement son apparition dans le vaste couloir pavé lorsque Deana cessa brutalement ses explications amendées. Lord Beron ôta alors sa main de l’épaule de Deana qui semblait tout à coup murée dans un silence d’autant plus profond à présent que ses suppliques avaient été longues et visiblement douloureuses.

- Deana, lui dit-il alors, croyiez-vous vraiment que j’ignorais totalement ce que vous venez de m’avouer !? Il tenta de croiser son regard mais celui-ci restait désespérément rivé au sol. Enfin voyons ! Je suis le Gouverneur du Nord, l’auriez-vous oublié ? Je ne prends jamais à mon service qui que ce soit dont le passé me serait inconnu ! Même la dernière de mes lessiveuses n’a été acceptée sans que Barry, l’intendant, ne me fasse un rapport sur ses origines et ses compétences…

Il jeta sur elle un regard plus sévère mais nullement dépourvu de bienveillance. C’était en suzerain attentif qu’il s’adressait à elle désormais.

- Les Lideuil ont toujours été des vassaux exemplaires et fidèles et aucun Stark n’eut jamais à se défier de l’un des Lideuil quel qu’il soit depuis que fut érigée Winterfell, Deana. Je savais que vous aviez précipitamment pris la fuite mais j’ignorais jusqu’alors les raisons qui avaient motivé un tel comportement… Mes services du Renseignement auraient pu obtenir une réponse à cela mais étant donné que jamais votre père ne me fit part de quoi que ce soit, il m’a semblé inutile de creuser ce soupçon de problème. C’eut été un risque de l’aggraver si bien réel il avait été et vos états de services bien souvent irréprochables m’ont conforté dans inopportunité de la chose…

Deana sembla parcouru de brefs frissons que le Loup affecta de n’avoir pas perçu et il poursuivit :

- Soyez rassurée, Deana… Votre père est certes un homme digne et que l’honneur a parfois tendance à rendre plus tranchant qu’il ne faudrait, mais n’oubliez pas qu’il recevra son suzerain et non un honorable et simple voisin… Je doute qu’il mélange cette histoire de famille à cette visite. *Le ferait-il, j’en serais déçu de sa part, il est suffisamment expérimenté pour ne pas se fourvoyer dans pareil écueil !* Il sait pertinemment qu’il n’a aucun pouvoir sur mes hommes ou ma Maison et je gage qu’il remettra vos explications, si tant est qu’elles doivent avoir lieu, à plus tard !

Beron esquissa quelques pas dans la direction de ses appartements. La conversation ne devait pas durer plus au risque de retarder inutilement le départ de l’expédition. Deana sembla le comprendre puisqu’elle fit quelques pas à son côté. Lord Stark s’arrêta toutefois au bout du couloir et reprit :

- Bien que vous n’en serez peut-être pas persuadée, Deana, vous venez de faire preuve d’une certaine forme de cran et de courage en avouant la vérité au sujet de votre venue ici… J’aime les gens courageux. Ce sont de gens courageux que j’aime m’entourer car je sais que le moment venu, ils ne me feront pas défaut. Ni par leurs paroles ni par leurs actes. Toute couarde et penaude que vous vous sentiez à l’instant même, sachez que vous n’avez pas à rougir de votre attitude qui a toujours été irréprochable. Et croyez-moi, ce n’est pas forcément le cas de tout le monde. C’est dans la difficulté et face à l’adversité que l’on apprend sur qui pouvoir réellement compter. Il me semble que j’ai bien fait de placer en vous ma confiance.

Il lui tapota sur l’épaule et la quitta là. Comme il s’éloignait pour hâter ses ultimes préparatifs alors que la jeune femme restait clouée là sans bouger, il se retourna brièvement en lui lançant à la volée :

- Vous faites partie des gens dont j’ai décidé qu’ils m’accompagneraient jusqu’au Mur. J’entends que cela soit le cas. Rien ne saurait s’opposer à cela. Préparez-vous à retrouver votre père, Deana !


[ HRP : Poste tes derniers préparatifs et je posterai ensuite le départ...]
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Message Dim 8 Jan 2012 - 1:43

Effectivement Deana voulait en finir vite et d’une traite, elle savait que si elle s’arrêtait, elle aurait toutes les difficultés du monde à reprendre, elle sentait son courage s’étioler à mesure qu’elle parlait mais elle était décidée à faire preuve de sens du devoir et de l’honneur au moins pour ça. Elle devait aller jusqu’au bout et elle ne regrettait pas d’avoir pris la décision de tout avouer quelque soit ce qui se passerait après, elle savait au fond qu’elle avait fait le bon choix, elle n’était pas une menteuse ni une intrigante, elle était une guerrière et elle devait se comporter comme telle. La sécurité du Stark et la vérité était à présent tout ce qui comptait, sa vie à elle devait être sacrifiée pour lui, et si elle ne prenait pas ce risque maintenant alors comment le prendrait-elle face à de véritables ennemis, sans être un ami, Lord Beron n’en était pas moins un homme juste et non un barbare assoiffé de sang comme certains. C’était d’ailleurs pour ça qu’elle était rentrée à son service, pour ça qu’elle y était toujours et pour ça qu’elle lui faisait en ce petit matin frisquet et brumeux une confiance aveugle pour décider de son châtiment et l’accepterait quel qu’il soit. Aussi continua-t-elle, peut être un peu trop précipitamment peut-être sans écouter Beron qui essayait pourtant d’en placer une, à genoux devant lui présentant son arme sur ses paumes en signe de soumission, et il était la seule personne, peut-être avec Samwell Lideuil devant laquelle elle courberait jamais l’échine, en dehors de son suzerain et de son seigneur et père, nul ne pouvait prétendre la soumettre et elle n’était pas femme à se laisser marcher sur les pieds, même par Barth Snow !

Elle ne trouva pas non plus un grand secours dans la main qu’il posa sur son épaule, elle aurait pu, peut-être, les contacts physiques étaient plus que rare entre eux, et en générale entre elle et les autres excepté Alysane Mormont évidement, elle aurait pu y prendre gout, mais rien de moins sûr, elle aimait garder ses distances avec les représentants du sexe opposé et avec celui-ci tout particulièrement étant donné ce qui s’était passé à la rivière et ce qu’elle avait rêvé par la suite. Mais il n’en fut rien, elle n’en pensa ni du bien ni du mal, elle était très concentrée sur ce qu’elle était en train d’avouer et appréhendait assez le châtiment du Loup pour ne pas y prêter plus d’attention que ça et surtout pour ne pas frémir ou penser à ce qu’elle avait pris l’habitude de penser quand elle était en sa présence, il ne s’agissait pas de ça et elle n’avait plus du tout la tête à ces fariboles et ces fantasmes idiots.

Toujours un genou sur la pierre froide et l’épée levée sur ses paumes, elle finit néanmoins par avoir tout dit, et le silence se fit, aussi lourd que sa faute et que sa culpabilité, mais il fut de courte durée et Beron le brisa de la seule manière à laquelle la Lideuil ne s’était pas attendue. Elle avait imaginé qu’il prendrait l’épée et lui couperait la tête ou la main sur le champ, elle avait pensé qu’il la renverrait du ton sec et glacial qu’il utilisait parfois, elle avait imaginé qu’il se tairait et tournerait les talons, elle avait imaginé des tas de scénario différents avec pour seul point commun l’absence de pardon de la part du Sombre Loup. Et toutes ses possibilités n’avaient cessé de l’assaillir pendant qu’elle prenait la décision de tout lui avouer, pendant qu’elle le cherchait toute la soirée, puis toute la nuit pendant qu’elle préparait ses affaires, pendant qu’elle priait dans le Bois Sacré, pendant qu’elle le cherchait de nouveau au matin et depuis qu’elle s’était retrouvé devant lui encore plus fort, et depuis qu’elle avait commencé encore d’avantage. Mais tout ça venait de s’évanouir en un clin d’œil, comme un léger brouillard chassé par le vent, elle garda les yeux fixés par terre un instant de plus mais elle hocha la tête, comme un tic, avait-elle bien entendu ? Elle ne savait pas si elle devait être heureuse qu’il sache ou pas, elle baissa les mains et son arme par la même occasion et leva la tête en posant sur lui un regard d’enfant perdu, et la mine sévère du Loup ne changea en rien cette expression, au contraire. La bouche entrouverte elle se disait qu’elle était vraiment idiote de ne pas y avoir pensé, bien sur qu’il savait, il était le Suzerain du Nord et Lord de Winterfell ! Mais qu’en savait-elle, elle, de ce qu’un gouverneur sait ou non ? Son père n’était pas gouverneur, à peine un Lord, et dans ses montagnes la vie était bien différente d’ici, les informateurs, la nécessité pour lui de savoir à qui il avait affaire, elle n’y avait même jamais pensé, et pourtant, mais maintenant qu’elle savait elle trouvait ça évident et s’en voulait encore plus de ne pas lui avoir dit avant.

La blonde se leva et remit sa lame dans son fourreau pendant qu’il parlait des Lideuil, elle avait envie de pleurer et elle ne savait même pas si c’était de chagrin, de gratitude, d’amour, de fierté, de soulagement, de nostalgie, de reconnaissance. Elle ne savait pas non plus si c’était pour son père ou son suzerain, pour sa maison ou ce qu’il en disait. Elle savait juste que si elle levait les yeux maintenant, il allait le voir aussi garda-t-elle de nouveau les yeux rivés au sol malgré les muscles de son cou qui se contractaient par instants et ses mains qui se mettaient à trembler. Il venait d’honorer sa famille de tous ses compliments et elle-même malgré ce qu’elle venait de lui avouer, elle avait les entrailles nouées et ne put même pas murmurer un merci, mais si ça n’avait pas été totalement déplacé dans la situation actuelle elle se serait jetée à ses pieds et les lui aurait embrassés car elle avait toujours su qu’il était cet homme là, mais elle en avait désormais la preuve devant ses yeux en chair et en os et en fait non, elle n’avait pas envie d’embrasser ses pieds du tout... Elle leva vers lui, des yeux déconcertés mais obligés alors qu’il venait de terminer sa dernière phrase sur ses états de service Il m’aime ! – N’importe quoi c’est pas du tout ce qu’il a dit - Non ce n’est pas ce que je voulais dire, il m’apprécie, il… il est fier de moi. L’est-il ? – Il n’a pas à être fier de toi… Il est Le Stark de Winterfell idiote ! Il vient seulement de dire que tu le servais bien... - Mais n’était-ce pas ce que nous voulions ? – Si – Alors je peux être fière de moi ? – Oui, même si tu aurais dû lui dire avant. – J’aurais dû, mais je suis on ne peut plus heureuse et je l’aime de tout mon cœur. – Encore plus qu’avant ? – Encore plus qu’avant. – En tant que suzerain ou en tant qu’homme. – Les deux… Les deux je crois… Elle baissa de nouveau la tête alors que les tremblements reprenaient de plus belle et elle posa sa main d’épée sur sa garde pour le cacher tant bien que mal. Son cœur s’était remis à battre si fort qu’elle avait l’impression que la bruit résonnait dans le couloir comme des tambours sonnant une charge, il lui sembla qu’on entendait que ça et que Beron ne pouvait pas na pas entendre, mais il ne dit rien pourtant, enfin pas là-dessus en tout cas.

Pendant qu’elle faisait signe de la tête que non, puis que oui, puis les deux en même temps, bref, qu’elle acquiesçait tant bien que mal, elle revit Le Lideuil dans son esprit, fier à s’en rendre malade, mais loyal aussi, elle aurait dû y penser avant, mais elle avait malgré tout eut raison de tout dire au Stark. Non son père n’aurait pas mélangé une simple histoire de famille et son devoir d’hôte envers son suzerain, il aurait simplement été furieux qu’elle le mette dans cette situation et il aurait respectueusement demandé réparation lors du retour, mais elle ne savait toujours pas si elle appartenait encore à son père, en tant que jouvencelle ou si elle appartenait à Lord Beron en tant que membre de sa garde, elle se demandait comment Samwell considérerait la chose, lui qui avait voulut à tout pris qu’elle se marie. Enfin, d’après ce que venait de dire le Gouverneur du Nord, qui pour elle resterait un Roi même s’il y en avait un autre, la suzeraineté de celui-ci primant sur la seigneurie du second, il n’avait pas à faire valoir ses droits tant que le premier ne la congédiait pas, et à priori il était en train de lui dire qu’il comptait bien la garder auprès de lui, elle esquissa un sourire emprunt de timidité, car oui, là tout de suite, elle se sentait pantelante et piteuse comme lors de sa première nuit de cavale, seule dans les montagnes avec les cris des loups et les renâclement de Dark Mountain pour seul compagnie. Mais elle était aussi comblée d’avoir toujours ses deux mains, sa tête sur les épaules et encore plus que tout de pouvoir continuer à servir son Lord adoré et qu’en plus de ne pas l’avoir punie il la félicitait pour ses états de services et sur son courage, ce qui était le plus beau compliment qu’on puisse lui faire.

Elle resta plantée là en le regardant s’éloigner, il la tapota dans le dos, un geste amicale qui ne prêtait pas à confusion pour son plus grand malheur, mais au moins elle ne perdit pas la raison, et puis amicale tout de même, ils n’avaient pourtant jamais été amis, ils n’avait jamais été si proches depuis qu’elle était entrée à son service, elle n’arrivait plus à bouger mais les dernières paroles de Beron la sortirent de sa torpeur. Elle allait partir avec lui, elle allait voyager avec lui, elle allait revoir son père et son frère, il fallait qu’elle se prépare, il fallait qu’elle se hâte, mais maintenant qu’elle savait qu’il la trouvait digne malgré tout de le servir, rien ne pouvait l’atteindre, elle n’avait plus peur du Lideuil, elle n’avait que le bonheur de s’imaginer chevauchant avec son seigneur…

Elle tourna les talons et se rendit aux écuries pour seller son cheval et arrimer au harnachement le paquetage qu’elle avait préparé dans la nuit. Elle était donc en pleine besogne lorsque Barth entra dans les écuries pour demander à ce qu’on lui selle un cheval, tous les palefreniers s'affairaient à préparer les montures du Lord, de ses frères, et les chevaux de bât prévus pour porter le surplus de choses indispensables pour le voyage. Si elle est les autres hommes de l’expédition préparaient eux même leurs chevaux, le Maitre d'Arme était en droit de demander de l’aide. Quand le jeune homme vit enfin la blonde il s’approcha.

« C’est la perspective du cul en sang ou de revoir ton père qui te coupe l’appétit ? »

Elle le regarda interloquée et se rendit alors compte qu’elle n’avait pas mangé, et que comme elle n’avait pas non plus dormi, ou très peu, il fallait qu’elle prenne des forces, d’autant qu’elle ne reverrait pas de sitôt un des bols d’avoine au miel qu’on servait ici. Elle sourit à son maitre d’arme et ami.

- Aucun des deux, j’ai… Elle avait faillit avouer qu'elle avait oublié, mais c'était un aveu de faiblesse qu'elle ne commettrait pas devant lui. Je voulais garder le meilleur pour la fin.
- Ben dépêche toi parce qu’à force de garder le meilleur pour la fin, le meilleur va disparaître, et tu auras faim tout la journée. Je ne veux pas t’entendre geindre comme une gonzesse, y’aura pas tes potes pour t’écouter.
- Comme si j’étais une pisseuse geignarde. Occupes toi de ta rosse au lieu de te plaindre de ce que je pourrais éventuellement faire si j’étais pas une Lideuil à la lame affutée et de couiner comme une pucelle pour qu’on t’aide !
- Pisseuse grande gueule, et ta lame n’est pas assez affutée pour moi Lady.
- Elle le sera bien assez tôt Snow…


Elle souriait, et Barth aussi, c’était leur mode de fonctionnement de s’envoyer des vannes à la tête, mais il avait raison sur un point, aucun de ses acolytes habituels n’était du voyage et ça elle pouvait le déplorer, cela dit, elle serait avec Beron et c’était bien mieux que tout au monde. Le temps de se charrier et d’en rire, son cheval était fin prêt et elle put se rendre à la salle des gardes pour savourer son petit déjeuner, elle en profita pour discuter avec ses amis et leur dire au revoir, mais pas trop longuement tout de même, le soleil était désormais entièrement levé et les brumes matinales disparaissaient petit à petit. Elle revêtit sa cape de laine et de peau, prit sa pique, l’accrocha à la droite de son cheval et sortit avec dans la cour prête à se mettre en selle.
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Message Sam 14 Jan 2012 - 16:13

Le feu crépitait ardemment dans l’âtre sévère. Le chatoiement des flammes et les lueurs vacillantes et changeantes qu’elles projetaient esquissait des formes sombres et mouvantes sur les murs froids de la salle des armes privée de Lord Stark. Le loup apportait les ultimes touches aux minutieux préparatifs de son voyage dans le grand nord et ses allées et venues silencieuses et concentrées permettaient à la clarté du foyer de s’énamourer de sa silhouette longiligne et de se jouer d’elle comme oiseaux de jeunes chiots maladroits. Le scintillement des flammes décrivaient au mur tout un bestiaire sombre et intrigant, changeant Lord Stark tantôt en un nain grossier, tantôt en un géant difforme, mais le muant toujours, au gré des morsures du feu dans le bois, en un ondoyant transformiste sans cesse agité.
Au dehors la pluie avait repris, après quelques jours d’un répit salutaire, son lancinant ballet saisonnier. L'automne étendait ses longues ailes grises sur les toits de Winterfell. Les pluies devenaient de plus en plus fréquentes et lourdes, les températures avaient chuté et la neige commençait à ensevelir le septentrion, plus au Nord. Le Mur devait être plus frigorifique que jamais et l’on devait y grelotter dans ses entrailles mêmes. Winterfell serait bientôt environné des nimbes glacés de l’hiver.

* L’hiver vient *, songea Beron. Et jamais la devise des Stark n’avait paru aussi actuelle qu’en ce début d’automne. Les attaques fers-nées avaient beau se rapprocher toujours plus du Nord, l’hiver se chargerait bientôt de geler les fleuves et les cours d’eau et seule la côte n’aurait bientôt plus à pâtir des raids des Îles de Fer.
* Il faut nous hâter *, se morigéna le jeune lord. * Dans quelques semaines les températures d’aujourd’hui ne seront, en comparaison de celles à venir, que de tendres et sympathiques souvenirs et le retour pourrait s’avérer plus difficile que prévu si nous traînons trop ! *
Les tout premiers rayons d’un soleil timide annonçant le jour jouèrent avec le rideau de pluie et dessinèrent un pâle arc-en-ciel dont les chatoiements irisés tirèrent le Loup de ses pensées. Il sangla avec fermeté le paquetage qu’il venait d’achever de compléter et le porta à son épaule avant de se diriger d’un pas décidé vers l’issue de la petite pièce. A proximité de la porte, alanguie sur le large fauteuil qui tenait lieu à la porte sombre de sentinelle accueillante, était allongée Glace, l’ancestral estramaçon de la Maison Stark. La puissante lame en acier Valyrien était posée à même les deux grands accoudoirs de velours gris, en travers de l’assise et, la barrant d’un éclat sombre et métallique sans pareil, semblait en jalouser l’accès à qui n’aurait pu prétendre se saisir de l’arme. La main gantée de Beron se saisit de l’arme séculaire avec l’assurance de ceux dont les certitudes du droit confortent les convictions solides. Le Lord s’enveloppa d’un lourd et chaud manteau gris soutaché de fourrure blanche et dans le dos duquel grondait le Loup-Garou Stark. Il glissa Glace dans son fourreau de cuir ouvragé et natté d’entrelacs d’acier gemmé avant de fixer l’ensemble au baudrier d’épaules qu’il emportait lors des longs déplacements équestres. Le fracas de la lourde porte de bois vint offrir au claquement de ses pas sur le dallage, un contre-chant sonore et alourdi par l’écho du couloir pavé.


*
* *

Dans la courtine centrale de la forteresse quelques grands chevaux d’une noblesse aveuglante exaspéraient le pavé de leurs sabots couronnés de fer. Une agitation évidente régnait-là, malgré l’heure précoce. Un haut étalon sombre s’impatientait au bout d’une longe de cuir maintenue par un spadassin au regard fatigué. Les soubresauts provoqués par les violents mouvements de cou du destrier semblaient violenter les épaules du soldat qui parut se réjouir lorsque le Seigneur de Winterfell fit son entrée dans la petite cour.

- Vot’ monture, M’sire Stark ! dit le soldat en présentant la bride au Loup-Garou.

- Merci ! répondit le Lord avant de s’adresser à Wyman Longbras qui, tenant par la bride les deux chevaux des jumeaux Stark, empêchait ceux-ci de s’impatienter trop vivement. Les chariots sont-ils partis ? Le Stark avait demandé à ce que les chariots de vivres et de matériels prennent les devants afin de ne pas allonger la durée du voyage pour les hommes d’armes et ses jeunes frères. Une partie des 80 soldats de l’expédition avait ainsi pris le départ longtemps avant l’aube, ser Kendrik Crakehall à leur tête, devançant de leur lente progression, les montures rapides et les jambes entraînées du gros de la troupe.
Le jour était maintenant levé et la rincée du matin se calmait à nouveau laissant apparaître entre les nuages noircis quelques timides rayons de soleil qui ne permettaient pas de réchauffer un tant soit peu les corps frigorifiés par la nuit encore récente et les averses et les gelées des derniers jours. Dans le ciel sombre une nuée de volatiles cendrés voila un instant la clarté incertaine de l’astre maladif. * Jour faste pour les corbeaux ! * remarqua Beron. Quelque braconnier ou sauvageons ragaillardi par la faim et le besoin de chaleur avait certainement tenté de s’approcher de la Ville d’Hiver en quête de quelques denrées à chaparder dans les faubourgs moins surveillés ou à proximité des quelques habitations de bois et de chaume qui se tenaient, pour certaines, à l’écart du gros du bourg. Le froid et le gel avaient dû le libérer de sa faim à moins qu’ils ne fussent devancés par les flèches des gardes patrouillant aux abords de la ville. Si les sauvageons manquaient parfois de quoi survivre en période de grand froid, leurs difficultés en ce domaine faisaient par répercussion le bonheur des corbeaux et des bêtes sauvages sillonnant le Bois-aux-Loups.

Sur leurs chevaux impatients Ronardt et Allan se taquinaient à coup de poings dans l’épaule. Du haut de leurs vingt-deux ans et bâtis comme des hommes véritables, ils ne semblaient pourtant parfois pas concéder à l’existence plus de quinze printemps tant leurs jeux pouvaient se révéler puérils. Exemptés des tracas de la gestion d’un fief ou de la gouvernance d’un quelconque territoire, ils n’avaient, à la différence de Beron ou Jonas, jamais eu à se soucier de quoi que ce fut qui s’approchât, de près ou de loin, d’un semblant de préoccupation adulte et rigoureuse. C’était pour cette raison, entre autres, que Beron avait pris la décision de les amener avec lui jusqu’au Mur. – Pour qu’ils s’endurcissent un peu, que diable ! avait-il ainsi lancé à septa Lorine qui, par la grâce de leur statut mélangé à celle de leur masculinité débordante, ne cessait de tomber en pamoison devant les jumeaux et s’était un temps opposée à leur départ pour le Mur.
Mais on ne discutait pas les ordres de Lord Stark et la vieille femme s’était résolue à ne pas s’y opposer d’avantage, partagée entre la crainte de son Maître, l’obéissance et le respect ininterrompus qui étaient les siens envers lui, l’amour profond qu’elle lui vouait depuis l’enfance et la conscience, entière bien qu’elle la déplorât, de la nécessité de finir par effectivement considérer les deux jeunes hommes comme les adultes véritables qu’ils étaient.
Et à les observer ainsi sur leurs bourrins piaffant autant qu’eux, jouer innocemment -à moins que ce soit inconsciemment- à se taquiner sans retenue, Beron en venait presque à souhaiter que la route qu’ils emprunteraient serait aussi dure qu’elle pouvait l’être en cette période de froid grandissant et que les jumeaux seraient suffisamment marqués par l’expérience pour qu’elle les délivre, enfin, de leur puérilité agaçante.

Le Loup monta en scelle. Son puissant étalon tyranisa quelques instants leur pavé de la courtine avant de s’élancer vers l’extérieur de la petite enceinte où un soleil timide tentait maladroitement de prendre ses aises entre deux épisodes pluvieux. Wyman Longbras relâcha alors les rênes des chevaux des jumeaux qui gambadèrent avec enthousiaste à la suite du cheval de tête. Alors que Ron et Al passaient au petit trop la haute poterne au Loup menaçant de la courtine centrale, la monture du Stark achevait sa petite chevauchée à l’extérieur et revenait à pas maîtrisés vers les hommes qui saluait le départ de la petite troupe. Le Stark amena sa monture près du maître piqueux à qui il adressa un bref salut du chef.

- Souviens-toi de la tâche qui t’incombe Wyman ! lui lança le Seigneur Loup. Que les anciens dieux ne soient pas négligés en mon absence. Et il frappa son étalon au garrot afin d’élancer à nouveau celui-ci à l’extérieur de l’enceinte.

Le fer des sabots martela les ruelles de la forteresse et le clip clop régulier de la monte vint se répercuter avec vigueur et fracas contre les façades des bâtiments à demi éveillés.

A l’extérieur de la forteresse attendaient maintenant une trentaine de cavaliers et de piques sous des étendards au Sombre Loup claquant au vent frais du petit matin. Il y avait là la garde rapprochée du Loup, ainsi que les jumeaux cadets du Stark et, trahie par la grâce de sa frimousse gracieuse, Deana Lideuil, toute harnachée de cuir et de mailles. Les spadassins et les chariots de vivre et d’équipement étaient partis avant le lever du jour mais les cavaliers auraient tôt fait de les rejoindre et de compléter ainsi l’équipée.

Une fois que tous furent près au départ, ils se mirent en route lentement et sans bruit comme désireux de ne rien troubler du sommeil des gens du Nord dont la Ville d’Hiver s’était emplie depuis les premiers frimas automnaux. Pourtant, lorsqu’ils délaissèrent enfin les pavés de Wintefell pour les sentes fangeuses et croupissantes des faubourgs de la Ville d’Hiver, ils furent surpris de constater que nombreux étaient ceux qui déjà, alertés par le tonnerre des sabots martelant la terre meuble et frissonnante, étaient venus se masser le long de la Grand Rue afin de saluer le départ du Stark. L’avant-veille avait vu être célébrés les vingt printemps de Rudigar Stark et les auberges dégueulaient encore de suiveurs des convois des vassaux venus fêter le jeune Loup. Tous offrirent une ovation au convoi lorsque celui-ci passa entre les badauds du petit matin mais ce fut bien évidemment au jeune Lord Stark que furent adressés les plus sonores encouragements.
Beron Stark brillait sur sa monture sombre qui contrastait avec son haubert de mailles argentées vibrionnant sous un plastron de cuir clair et un lourd manteau gris soutaché d’hermine blanche. Il resplendissait sous les premiers rayons du soleil, qui, enfin commençait à embraser les contreforts d'un ciel clair et lumineux.
Le Stark semblait être un autre homme, ainsi préparé comme pour un départ à la guerre et pour tout ceux qui ne l'auraient jamais vu dans son armure scintillante, seul le nombre limité de cavaliers lui faisant suite pouvait indiquer que de guerre il n’était aucunement question en ce pâle matin d’automne.
Bien loin de son ample manteau noir et brun, il paraissait désormais sans sa belle chevelure foisonnante et ses boucles brunes étaient dissimulées sous une capuche grise. Le Loup Stark flottait sur ses épaules et semblait tenter de le frapper de ses pattes griffues.

Les cavaliers du Loup descendirent tous les quartiers de la cité hivernale pour se diriger, à trot cadencé vers le Bois-aux-Loups, que l'on pouvait apercevoir, au loin.
Les habitants de la Cité du Nord s'inclinaient à son approche, et ceux qui ne l'avaient jamais connus sous cette apparence guerrière furent frappés par l'image de noblesse et de force incommensurable que dégageait le grand Seigneur Loup à cet instant.
Son armure d'argent, de plates fines et multiples, brillait sous le soleil naissant. Son casque fin et élégant surmonté d'un mufle de Loup se pouvait apercevoir quelquefois, au détour d’un remous de la cavalcade sous le capuchon sous le capuchon du long manteau gris et blanc. A son côté, pendait un écu frappé du Sombre Loup rugissant et dans son dos, dépassant légèrement de sous la grande cape grise, le badaud attentif pouvait apercevoir, sanglée à son baudrier d’épaules, Glace, la puissante et ancestrale lame des Stark, une des plus redoutable que Westeros connût jamais.


*
* *

Quelques minutes plus tard, les cornes sonnant le départ du Stark ne s’entendaient plus que faiblement au loin et le Bois-aux-Loups semblait tapis dans l’ombre, prêt à engloutir la petite troupe qui chevauchait vers ses frondaisons austères.
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Message Mar 17 Jan 2012 - 5:33

A genoux dans l’humus en face de l’arbre cœur, Deana priait avec autant de conviction que d’habitude, mais elle avait plus de chose à demander que jamais

« Veillez sur Lord Beron et sur les Stark, veillez sur le Nord et sur ma famille, veillez sur mes amis et sur la garde de Winterfell, veillez sur le Lideuil et sur ses hommes, veillez sur les clans des montagnes et sur toutes les maisons vassales du Nord, veillez sur toutes les familles, les enfants, les femmes et les hommes de notre contrée, veillez sur tous vos fidèles et ceux qui croient en d’autres Dieux que vous, veillez sur Westeros et sur ses alliés. Donnez nous la force de repousser les Fer-Nés, donnez moi la puissance nécessaire pour protéger mon seigneur contre tous les dangers auxquels il pourrait être exposé et donnez moi le courage de tuer Dagon Greyjoy si un jour j’ai la chance de le croiser. Faites que ma décision ne soit pas une erreur et que Beron me juge avec sagesse et si je dois payer de ma vie pour mes pêchers veuillez me pardonner et me donner le droit de revoir mon frère dans l’au-delà… »

Une larme coula le long de sa joue et l’éclat des étoiles s’y refléta la faisant briller comme un diamant avant qu’elle ne s’écrase au sol. Deana leva la tête et se retourna pour s’adosser au barral, sa peau au clair de lune était presque aussi blanche que l’écorce lisse et ses yeux rougis par les larmes déjà versées, et sa bouche, presque aussi rouge, et sa face tout aussi mélancolique, elle était juste à côté, et elle bascula doucement sa tête contre l’arbre.

« Faites qu’il me pardonne et que mon père me pardonne, c’est beaucoup demander je le sais, peut-être aurais-je dû obéir mais j’avais trop peur, j’ai été lâche, j’ai été tellement lâche, je ne mérite pas de le protéger, je suis indigne de porter une épée, j’ai été la pire des lâches de refuser mon sort quitte à déshonorer ma maison, je suis une idiote, pardonnez moi pardonnez moi… Je n’aurais pas dû m’enfuir, j’aurais dû l’affronter, lui dire que je ne me marierais pas autrement que par amour, j’aurais dû rester et en discuter avec lui, mais je suis partie et je l’ai volé et j’ai menti à mon suzerain pour qu’il m’engage, et maintenant je dois le protéger alors que je n’ai même pas été foutu de me protéger moi-même. Je ne sais plus qui a raison, je trouvais ça légitime de ne pas accepter un mariage qui ne m’aurait pas rendu heureuse, je trouvais ça légitime de fuir pour suivre ma propre voie, mais maintenant je ne sais pas si j’ai eut raison… »

Elle pleurait désormais à chaudes larmes et sanglotait par moment.

« Je crois que je l’aime, si c’est ça, je n’ai jamais ressentit ça pour personne avant, ais-je bien fais de refuser une union sans amour ? L’amour serait-il né avec le temps comme c’est le cas avec Be… ? »

Elle se redressa légèrement et regarda tout autour vérifiant qu’il n’y avait personne, rien, seulement le bruit du vent dans les frondaisons.

« Je suis vouée à aimer un homme qui ne posera jamais les yeux sur moi, je n’ai aucune chance, il est tellement… noble ! Je suis née Lideuil et j’en suis fière, mais lui c’est un Stark et aucun Stark n’a jamais épousé une femme des clans, et encore moins une femme d’arme… Je suis ridicule, mais j’aimerais tellement qu’il m’aime, qu’il me regarde, mais c’est impossible je le sais, je ne suis pas comme toutes ses nobles dames, belles, avec leurs robes et leurs bijoux, celles qui sont faites pour être aimée et enfanter, celles qui sont douces et gracieuses, je ne suis pas comme Ashara ou Cersei, elles, elles n’ont pas refusé tous leurs prétendants, elles sont heureuses et obéissantes, elles donnent la vie quand moi je donne la mort. Moi je n’ai rien à lui offrir de plus que mon épée… je la lui offre avec plaisir, et je ne fonderais jamais de famille, je continuerais à tuer en son nom ou je mourrais de sa main… »

Elle souriait même si elle avait le cœur brisé par ses évidences, elle devait les accepter. Elle sécha ses larmes et s’endormit peu après, sans même s’en rendre compte, alors que les images de Beron tournoyaient dans son esprit et que la hantaient les gens qu’elle avait tué, ceux de Salvemer et les autres aussi, plus flous, sauf le premier, celui qui avait faillit la tuer, celui qu’elle avait tué par chance et sous lequel elle avait passé le reste de la bataille comme une idiote à se pisser dessus. Impossible de dire à quel moment les pensées devinrent des songes, en tout cas le regard que le Lord posa sur elle fut bel et bien un rêve magnifique, brillant, un regard gris tendre, et ce regard suffit à enflammer ses joues et à accélérer son cœur et sa respiration, puis il y eut ses sœurs, ses frères, son père, elle n’avait plus peur, elle était plus jeune, elle venait d’accepter de se marier, il avait les mêmes yeux que son seigneur mais ça n’était pas lui. Ça aurait été tellement plus simple s’il n’avait pas été son suzerain et son maitre, elle aurait pu lui avouer ses sentiments, au moins ça, mais là elle ne pouvait pas, et puis même, cela ne changerait strictement rien, elle était un homme d’arme, même pas une femme digne de ce nom, impossible qu’il tombe amoureux d’elle, impossible qu’il daigne la regarder comme une femme et encore moins comme une épouse potentielle, était-elle seulement jolie finalement ? Assez pour des rustres oui, mais pour lui…

***

- Garde tes armes affutées Deana on ne sait jamais ce qui pourrait arriver là haut avec ce tas de hors la loi. finit par dire Lionel d’un ton sérieux qui n’était pas dans ses habitudes juste avant qu’elle ne prenne congé
- Tu me prends pour une gamine ou quoi ?! Répliqua la blonde d’un ton emprunt de colère.
- Nan, mais fais gaffe à ton cul, c’est tout. Il avait l’air dépité lui qui était toujours le premier à rire de tout et surtout de n’importe quoi. Etait-il triste de laisser son amie partir seule pour le mur ou de ne pas partir aussi, avait-il vraiment peur pour elle, quoi qu’il en soit c’était contagieux…
- Merci du conseil. Fit Deana avec un sourire qui se voulait ironique et confiant mais qui ne fut qu’une esquisse timide.

Garde ta lame acérée sœurette, toujours, aiguises la régulièrement… comme ça regarde. Elle entendit la voix de son frère et revit ses gestes comme si elle venait de faire un bond dans le temps, mais il n’était pas là, ici il n’y avait que les hommes du Stark, mais bientôt elle reverrait sa famille et son ancienne demeure. Quoi qu’il en soit, tous les conseils donnés par Andrik avant sa mort était suivi à la lettre par sa petite sœur, aussi passait elle presque chaque jour la pierre sur le fil de la lame et huilait elle le fer pour le rendre plus résistant à la corrosion, si elle avait été un homme elle aurait pu se raser avec son épée comme avec sa dague, mais heureusement elle portait les armes mais pas la moustache ni la barbe. Cela dit ça n’était rien comparé à Glace, l’imposante épée de la maison au Loup Garou, non seulement elle était bien plus lourde que celle dont elle se servait, elle ne l’avait jamais soulevée ni même touchée, elle n’aurait pas osé le demander et puis quand bien même, elle était probablement bien trop lourde pour elle, même si Beron semblai la manier sans difficulté, peut-être l’acier Valyrien était-il plus léger que le fer qui sait ? Non seulement c’était une arme digne du plus puissant des Rois, mais en plus, elle était d’un tranchant que nulle autre lame ne pourrait égaler malgré tous les soins prodigués, mais peu importe que son arme soit de qualité moyenne, elle savait s’en servir et c’était bien le principale et tant que sa lame ne la trahissait pas, pourquoi en vouloir une autre ? Elle n’avait jamais rien convoité de tel, certainement pas Glace, mais même pas l’acier château réputé pour être bien meilleur que celui dont sa lame était forgée, non elle ne voulait rien de plus que de quoi se battre et faire son devoir. En l’occurrence, une épée longue et légère, très bien équilibrée, parfaite pour elle, trouvée dans la salle d’arme de la garde de la forteresse après que l’épée volée à son père ne se soit brisée au cours d’un banal entrainement, heureusement pour elle. C’était l’ancienne épée d’Andrik, un peu lourde et abimée par les années d’inactivité et les combats, mais c’était la lame de son frère, et elle avait été triste de l’avoir cassée, mais Barth lui rappela qu’elle était chanceuse que cela n’arrive pas en pleine bataille !

Dans la cour, la pluie chantait sur les pavés et les toits, cela avait commencé il y a quelques semaines avec une pluie fine et glacée que chaque rafale de vent vous envoyait dans le visage et dont le rideau se mouvait au gré de la bise. Mais celle-ci était plus épaisse et faisait un boucan d’enfer, bien que tout aussi mouillée, elle détrempait les chemins et les pierres, elle limitait le champ de vision, elle gênait les bêtes et les hommes, il ne faisait plus bon être dehors et après la canicule de l’été le changement était on ne peut plus radicale, il avait fallut en quelques jours sortir les laines et les peaux qu’on avait presque oubliées. Le ciel du matin était encore très sombre, tout pour plaire au voyageur vraiment… L’hiver vient, et le voyage ne vas pas être de tout repos m’est avis avec un temps pareil se dit la blonde en sortant de la salle des gardes. Au moment où elle quelques rayons de soleil passèrent le rempart est et percèrent les nuages faisant apparaitre un timide arc en ciel, mais ça n’était pas pour ça que Deana souriait, c’était parce qu’elle adorait l’hiver, même si elle se serait bien passé de prendre la route pour le mur juste à ce moment là, il est vrai, elle n’en avait pas moins hâte de voir les premières neiges recouvrir d’un tapis immaculé les champs et peser de tous leur poids sur les branches dénudées des feuillus et sur les frondaisons vertes sombres de pins, elle avait hâte de l’entendre crisser sous ses pieds et de pouvoir y voir ses traces, elle avait hâte de voir cette lumière rasante si particulière et changeante des journées d’hiver, les brumes du Bois au Loup et le blizzard dans ses montagnes, elle avait toujours adoré l’hiver, elle trouvait qu’il avait quelque chose de magique mais peut-être était-ce parce qu’elle y était née…

Comme toujours, les chevaux étaient fous, plus le froid grandissait plus ils l’étaient, mais là ça n’était pas le froid, un peu la pluie peut-être, mais l’excitation du départ, avec tous ses hommes en arme et armure, avec toutes cette agitation, ils savaient qu’ils partaient et pensaient probablement partir pour quelque bataille d’envergure, Dark avait commencé à frapper de ses puissants antérieurs dans la porte du box dès avant que sa blonde maitresse n’arrive, et on l’entendait pousser des hennissements alors que les autres sortaient un à un dans la courtine. Une fois libéré il trottina et manqua de bousculer Deana, mais celle-ci le rabroua d’un ton sec lui rappelant sa place et il resta derrière sans pour autant complètement se calmer. Cela dit le voir ainsi motivé pour aller au combat la fit sourire, ce cheval avait un sacré caractère et un courage hors norme, un coursier avec la carrure d’un destrier, la vitesse et l’endurance d’un de ses chevaux Dorniens, évidement elle en était fière, et de sa robe d’un noir profond tout autant, elle exagérait un peu les qualités de son cheval et compagnon de toujours, mais il était néanmoins vrai qu’il était impressionnant de puissance et de charisme, et que c’était un bon cheval, polyvalent bien que peu docile sauf avec elle. Une fois dehors, elle vérifia ses sangles, arrima au mieux ses affaires et sa pique, les rênes passées dans le creux de son coude elle faisait une dernière fois le tour quand un des chevaux fit un écart manquant de faire tomber le palefrenier qui le tenait, Dark se pointa en couchant les oreilles et la blonde fut à deux doigts de le lâcher, elle tira un petit coup sec sur les rênes tout en réprimandant la grosse masse noire qui se calma mais qu’elle sentait bouillir de l’intérieur et prête à exploser, or, elle était plus à l’aise pour le maitriser sur son dos que sur le sol, aussi se mit elle en selle en attendant le départ, l’étalon piaffant sur place sans oser bouger d’un pouce. C’est alors qu’il sortit…

Il se mit en selle à son tour alors même que la pluie se calmait pour laisser place à un peu de soleil qui réchauffait le cœur si ce n’est les entrailles et qui, surtout faisait briller mailles et gemmes et fit ressortir encore d’avantage la prestance et la noblesse de Beron. Elle en oublia qu’elle était sur un cheval nerveux et impatient, elle en oublia presque qu’elle était juste un garde et qu’il fallait qu’elle ferme la bouche au lieu de rester ainsi bouche bée comme une jouvencelle subjuguée, heureusement un soubresaut de Dark lui fit reprendre ses esprits. Les amis de la blonde, tous, étaient là dans la cour, tous souriaient et faisaient des signes de la main discrets, tous sauf Lionel, ils lui manqueraient, mais elle se souciait plus du suzerain du Nord que de ses amis pour le moment, il partit au galop vers l’extérieur de la forteresse et le grand étalon de la belle fit un bond en avant, Deana dut serrer les jambes d’urgence et les doigts sur les rênes, pas loi de chuter, il serait temps qu’elle se concentre sur ce qu’elle faisait et pas sur ce que lui faisait si non elle allait finir dans la boue ! Le cheval s’arrêta net, mais il était effectivement temps de partir et elle ouvrit légèrement ses doigts pour qu’il prenne un petit galop souple et plein d’énergie le temps de rattraper l’arrière du convoi, le plus loin possible de son Lord, mais elle ne pourrait pas rester là, elle faisait partie de sa garde rapprochée, elle devait donc rejoindre Barth et les autres à l’avant. mais pourtant elle n’arrivait pas à en détacher son regard, peut-être le remarqua-t-il quand il fit demi-tour pour saluer une dernière fois ses hommes ? De peur qu’il le remarque elle baissa immédiatement la tête et fit mine de vérifier une fois de plus les sangles qui maintenaient son paquetage et attendit le départ en restant concentrée sur son cheval qui piaffait et sur le harnachement qu’elle ne cessa de trifouiller comme pour être sûr qu’il tiendrait bon même si elle l’avait déjà fait maintes fois.

Malgré la foule amassée dans la rue et aux fenêtres, et les hourra adressés à son seigneur et maitre, elle n’avait d’yeux que pour lui. Le Stark dans ses plus beaux atours de guerrier, Deana ne l’avait vu ainsi vêtu qu’une ou deux fois et c’était il y a fort longtemps, elle était encore une gamine, elle ne le connaissait pas personnellement, elle venait juste d’être engagée et était encore loin d’avoir fait ses preuves sur le terrain. Elle se remémorera avoir été impressionnée, mais elle ne se souvenait pas l’avoir été de la manière dont elle l’était à présent, c’était… différent. Son cœur battait à tout rompre alors qu’ils prenaient le trot pour sortir de la ville, elle en avait presque les larmes aux yeux, il était si beau, si seigneurial, si fort, et la pluie refusait de gâcher se spectacle et la blonde avait les joues rosies et pas seulement par le froid. Ce qu’elle ressentait en le voyant en ce gris matin d’automne, ça n’était pas seulement de l’admiration, pas seulement de la fierté d’être à son service, c’était bien plus que ça, mais elle n’arrivait pas à le dire, elle n’arrivait pas à penser ce mot, l’amour, en était-elle seulement sûre ? En le voyant ainsi, un peu plus qu’avant, et comme il l’avait pardonnée, un peu plus qu’avant, et chaque jours depuis cette chaude matinée d’été au bord de la rivière un peu plus, mais depuis quand ressentait-elle ça ? Car l’incident de la rivière n’avait fait que lui révéler que sa loyauté avait d’autre fondements que le respect et l’honneur, mais ça n’était pas apparut comme par enchantement, elle l’avait seulement su ce jour là, mais à quel moment avait elle commencé à passer de la femme d’arme désintéressée à la jouvencelle éprise ? Ce que ça pouvait l’énerver, tout était bien plus simple avant ça !

Elle se regarda un instant et sourit en secouant la tête. Elle portait ses bottes de peau de mouton retournée des braies de laine vertes avec d’épaisses lanières de cuir destinés à les maintenir bien en place. En haut, une chemise de coton blanc, une courte tunique de laine blanche et un pourpoint vert et usé, le tout sous son armure de cuir souple mêlé au cuir durcit à la cire et coutée de rivets, serrée à la taille, souple à la poitrine, ample aux jambes et flexible aux épaules, assez confortable pour être portée de longues heures durant et assez solide pour la protéger lors des combats, elle lui avait d’ailleurs sauvé la vie il y a peu à Salvemer, mais il avait fallut changer quelques parties, mais grâce aux artisans des Mallister, on y voyait que du feu, pas de maille, pas d’encombrement supplémentaire, elle devait pouvoir bouger vite, c’était son point fort, elle était rapide et esquivait avec talent. La seule chose qui rattrapait sa tenue et semblait donner un peu de noblesse à la dame était la longue cape de laine qui avait été entièrement doublée de peau de loup par Dezial Tully en remerciement du courage de la Nordienne, on y voyait les dos gris et bruns et les ventres blancs des loups, seule la capuche était restée de simple laine. Jamais il ne voudra de moi, à côté de lui je ressemble à une paysanne et c’est ce que je suis, une guerrière certes, mais nos clans sont loin d’avoir un sang aussi noble que le sien, je suis fière d’en être il n’y a pas meilleurs combattants, mais je ne dois pas me leurrer je ne suis rien de plus qu'une pucelle en pâmoison devant un homme de bien trop haute naissance pour elle, je suis ridicule... Et voila que Barth la regardait bizarrement, avait-il vu son petit manège ?


Dernière édition par Deana Lideuil le Dim 19 Fév 2012 - 23:48, édité 1 fois
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Message Ven 20 Jan 2012 - 18:06

La journée glaciale prélassait ses contorsions changeantes aux abords du Bois-aux-Loups. Alors que la nuit avait vu se déverser une pluie tenace et régulière sur Winterfell, trempant les hommes de garde et douchant leur moral, l’arrivée du petit matin accompagné d’un soleil timide avait fait cesser les intempéries. La seule constante restait encore et toujours ce froid glacial qui, bien qu’encore automnal, laissait présager un hiver rude et blanc. L’horizon se dégageait peu à peu mais chacun savait que l’accalmie ne durerait pas. Il en allait ainsi dans le Nord en cette période de l’année. Les averses et les premières neiges se succédant en de longs épisodes de froid humide seulement entrecoupés, de temps à autre par de pâles éclaircies passagères.

Beron Stark demanda à ses hommes de progresser à une allure soutenue. Le voyage ne faisait que commencer et les montures étaient fraîches. De plus, il savait qu’une fois entrés dans le Bois-aux-Loups, et même en restant sur le tracé de la Route Royale, la progression serait plus ardue et donc moins rapide. Hommes et bêtes auraient alors tout loisir de retrouver un rythme plus modéré. En adoptant une allure rapide dès la sortie de Winterfell, l’objectif était également de rattraper au plus vite les chariots, éclaireurs et fantassins partis en avant, durant la nuit. La différence de vitesse des deux colonnes était telle qu’ils ne tarderaient pas à opérer la jonction entre les deux unités.
Le début du voyage se passé sans problème ni événement majeur. La compagnie Stark avait quitté Winterfell vers le nord par la route royale. Les hommes étaient concentrés, appliqués dans leur chevauchée. Les montures devaient être ménagées le plus possible malgré le train soutenu qui avait été adopté. La vitesse de la chevauchée ne permettait pas aux cavaliers de parler entre eux. Tout au plus pouvaient-ils observer, et admirer par moments le paysage hivernal défiler sous leurs yeux rougis par le froid et larmoyant à cause de la vitesse de la course des destriers. Au loin à l’est, miroitait le corps serpentant de la Blanchedague transie de froid. Au-dessus d’eux et jusqu’au fleuve, de grands oiseaux de mer dérivaient en planant dans le ciel gris, longeant de leur vol long et lent le cours sinueux du fleuve.
Lorsque, après une longue chevauchée rapide, les étendards du Stark parvinrent à proximité de l’orée brumeuse du Bois-aux-Loups, Lord Beron commanda un ralentissement de l’allure. A quelques furlongs de distance, à l’avant, se trouvait le lent et lourd convoi partit quelques heures avant eux. Les chariots et soldats allant à pieds étaient maintenant avec eux et il faudrait à tout le monde adopter la cadence brinquebalante et nonchalante des voitures aux essieux grinçant.

Les cavaliers purent enfin échanger quelques mots et ne s’en privèrent pas. L’ambiance était détendue. Seuls les éclaireurs poursuivaient sans relâche leurs allées et venues incessantes entre le Bois et la tête du petit convoi. Les autres bavardaient, blaguaient, riaient. La garde rapprochée de Beron Stark s’était regroupée près de son seigneur et chevauchaient contre lui. Etriers contre étriers, certains devant, d’autres sur les côtés, quelques uns à l’arrière. Près du Stark étaient Barth Snow et ser Kendrik Crakehall. Tous les trois discutaient de la suite et des futures haltes à prévoir.

- Crois-tu que nous pourrons traverser le Bois-aux-Loups avant ce soir ? Kendrik regardait Beron d’un air grave comme si la perspective de passer une nuit dans les ténèbres du bois ne lui était pas des plus réjouissantes.

* Il n’est pas d’ici, je l’oublie trop souvent avec toutes ces années passées ensemble. C’est un gars de l’ouest. Le nord, le froid, les loups… Tout cela n’est vraiment pas habituel pour lui !* songea alors Beron.

- Je l’envisageais. Dit-il seulement. Après un court moment de réflexion il concéda cependant. Mais je crois que cela sera impossible. Les chariots n’ont pas progressé assez vite et nous voilà désormais contraints de suivre leur cadence. Le rythme est lent. Le problème est que nous n’aurons, je pense, pas le choix. Kendrik le regardait et Beron pouvait voir, à mesure qu’il parlait, le visage du Crakehall se décomposer. Nous dormirons, cette nuit, dans le Bois-aux-Loups !

Barth, qui assistait à la scène et suivait la conversation entre les deux hommes depuis le début, éclata d’un rire gras et moqueur.

- Tu parles d’un sanglier tacheté ! Un sanglier qui a peur d’un bois, décidément, on aura tout vu ! Le sanglier apeuré, oui !

Et tous les vieux grognards de la garde rapprochée du Loup s’esclaffèrent en chœur.

- Vous savez ce qu’il vous raconte, le sanglier !? commença à s’emporter ser Kendrik… Il vous…

- Suffit ! ordonna le Stark sèchement. Nous arrivons !

A quelques pas de là, s’ouvrait devant eux, béante telle une gueule vorace et insondable, l’orée du Bois-aux-Loups.
Le silence imposait par le Stark glaça l’atmosphère et plus personne n’osa même murmurer.
Le Loup semblait réfléchir. Il semblait absorbé par quelque sombre pensée. Il avait le regard perdu dans le vague, droit devant lui. Et devant lui se balançait doucement, de droite et de gauche et inversement, la croupe sombre du cheval de Deana Lideuil, laquelle, toute harmonie avec sa monture, paraissait osciller langoureusement sur une mer calme. Sa fine taille cintrée dans son armure souple resserrée au-dessus des hanches par une ceinture de cuir. Elle était d’une féminité dévorante malgré son harnachement masculin. Un homme d’armes très particulier, décidément.


*
* *


Lorsqu’ils pénétrèrent sous les noires et suintantes frondaisons du Bois-aux-Loups, ils furent comme ensevelis dans d’insondables ténèbres. Peu à peu, pourtant, leurs yeux s’habituèrent à l’obscurité relative des lieux et de l’immense entrelacs de ramures et de branchages imposantes qui composaient le toit végétal de cet antre sylvestre. Les cavaliers ralentirent alors le train de leur monture et tous s'écartèrent alors, formant deux lignes distinctes. Comme pour annoncer sa sortie discrète après une journée gouvernée par les ondées et la brume, le soleil embrasa l’horizon et la silhouette incertaine des sommets rocailleux et sauvages des Collines Solitaires, tout là-bas, au loin à l’est.
L'heure avançait et la Route Royale déroulait inlassablement son ossature accidentée par la traversée de la forêt. Le Loup-Garou s’était montré peu bavard durant cette journée de monte. Il connaissait certes très bien le Bois-aux-Loups pour avoir longtemps croisé et chassé sur ses petits chemins sombres et accidentés mais n’avait que rarement voyagé au-delà. Jeune, avant la mort de Père, Lord Cregan l’avait amené vers le Nord, forçant l’apprentissage et préparant sa succession avec toute la ténacité et l’entêtement qu’on lui connaissait et que Mère avait si souvent eu à déplorer.
Mais la nuit jetait déjà son voile de brume ténébreuse sur la colossale sylve grelottante. La petite troupe ne pourrait atteindre directement l’orée septentrionale de l’immense bois. Lord Beron le savait. Il y avait encore plusieurs heures de marche pour y arriver, si toutefois l'attention des voyageurs n'était pas déviée par les intrigants parages de cette forêt sauvage. Il avait ainsi décidé que la petite troupe, maintenant au pas et ralentie par les chariots de vivre et les soldats allant à pieds qu’elle avait rejoints, ferait halte pour la nuit au sein même de la forêt, dans un endroit qu’il connaissait. Les éclaireurs avaient repéré, presque à l’endroit même où la Route Royale bifurquait nettement vers l’est, une petite clairière suffisamment rase et dégagée pour accueillir un campement. C’était là qu’ils poseraient pied à terre et que les soldats pourraient se débarrasser de leurs fardeaux et paquetage.
Lorsque la cohorte atteignit enfin l’endroit prévu, la nuit les enveloppait depuis plusieurs longues minutes déjà et avait rendu la fin de l’étape particulièrement délicate. Avec le froid et la neige qui commençait à tomber lentement, la progression avait été des plus complexes et l’atmosphère particulière du lieu avait jeté les hommes dans un abyme de crainte et d’éblouissement et de contemplation.
* Qu’il est beau notre Nord ! * se surprit à penser Beron le regard perdu dans les ténèbres d’un ciel sans étoiles où de minuscules flocons virevoltaient avec lenteur.
Ser Kendirk Crakehall s’était rapproché de son ami et, dans un mimétisme parfait avait lui aussi laissé choir sa tête en arrière. Les yeux à demi clos, la nuque écrasée par l’arrière de son casque, le visage tourné vers la voûte céleste vibrionnant de paillettes cotonneuses. Le souffle glacé de la nuit venait embrasser le cou des deux hommes et le froid soudain et multiple des flocons faisait naître sur leur visage chaud et fumant un frisson délicieux comme autant de minuscules morsures muettes. Fermer les yeux volontairement à ce spectacle était un exploit, presque inhumain mais que le Stark aimait visiblement s’offrir. Qui donc pouvait vouloir se soustraire à la beauté des chênes noirs dressant leurs troncs suintant vers un ciel pur, rude et sauvage aussi bien le jour que la nuit ? Qui donc pouvait marcher sous une coupole de jais et d'argent sans jouir d'une félicité sans pareil ? Même le plus obtus des seigneurs du sud, si riche qu’il soit et fût-il même Lannister, ne pouvait qu'écarquiller les yeux, si toutefois il entrait dans le Bois-aux-Loups par une telle nuit, magnifiée par la neige. « Méfiez-vous des ombres du Bois-aux-Loups et des créatures qui le peuplent ! » disait-on au dehors de ses lisières. Cela était vrai, mais cette forêt n’était pas que méfiance et défiance pour qui savait voir. Les nordiens savaient quelles forces et beautés étaient les siennes. Mais ceux qui jamais n’y avait pénétré ne pouvait un instant se douter de la magie et de la puissance que le Bois recélait. Quiconque y entrait ne pouvait en sortir inchangé. Quelle que fut son allégeance et quelles que fussent ses croyances et ses dieux. Il était évident que des forces particulières s’exerçaient ici. * Les Anciens Dieux ont vécu là ! * pensa alors Beron.

Les hommes affectèrent de ne rien voir de l’étrange spectacle que donnèrent là leur Seigneur et son ami. Chacun s’afférait, qui regroupant le bois pour le feu, qui montant les tentes, qui pansant les chevaux, qui nourrissant les corbeaux... Le camp fut monté rapidement. Il était disposé en un vaste cercle de tentes alignées suffisamment près du feu pour en ressentir les bienfaits de la flamme mais suffisamment loin pour ne pas risquer l’embrasement au cas où une escarbille rebelle ne saute du foyer durant la nuit. La tente principale, toute recouverte de peaux de loups, d’ours et de fourrures diverses trônait sous une longue hampe où battait le Loup-Garou Stark au centre d’un regroupement de plusieurs tentes contiguës. C’était celle de Lord Beron. Elle était suffisamment vaste pour contenir un petit couchage de fortune en bois de noisetiers, ainsi qu’un siège de toile et une petite table sur laquelle l’écuyer de ser Kendrik, improvisé aide de camp du Seigneur Stark, avait rassemblé un pichet de vin chaud, une chope de bière aux épices et une compotée de fruits cuits baignant dans une bouillie d’avoine et de miel. A proximité de la tente du Stark, avaient été dressées six autres tentes, de dimensions inférieures et sous lesquelles dormiraient les hommes d’armes de la Garde rapprochée personnelle du souverain.

Sur les braises du grand foyer central, lêchés par les flammes voraces malgré la neige tombante, tournaient des faisans et des lapins embrochés sur une pique à tourner. Un homme avait été désigné pour s’occuper de la cuisson de la viande et tous le regardaient avec convoitise. Lord Stark avait décidé d’offrir à ses hommes cette petite « folie » pour compenser le départ précipité dans de si rudes conditions. Beron savait qu’il pouvait profiter des vivres qu’il avait amenés puisqu’il serait par la suite reçu dans le petit fief montagnard des Lideuil.
Les hommes semblèrent apprécier l’idée de se goinfrer de viande chaude. A les voir dévorer ainsi le gibier, le Stark eut un sourire en coin.

- Si j’étais un lapin, je traverserais le Long Lac à la nage ! ironisa kendrik.

La remarque fit éclater de rire Lord Stark qui vint trinquer avec lui, chope de bois contre chope de fer blanc. De l’autre côté du brasier, noyée parmi les hommes d’armes, Deana semblait contempler les flammes. Lorsque le regard de Beron se posa sur elle, il lui sembla tout d’abord qu’elle regardait dans sa direction mais alors que ses yeux gris tombèrent sur son doux visage qu’orangeait le foyer, il s’aperçut qu’il n’en était rien. Il la regarda un petit moment, enveloppée de fourrures et de cuir ses longs cheveux blonds tressés retombant sur ses épaules arrondies par le froid. Cette femme avait quelque chose de particulier. Un côté farouche qui, en ce lieu sauvage semblait faire échos à la nature, au bois, à la neige. Elle était le nord dans tout ce qu’il a de fier et d’indompté, de doux et de rude à la fois. Un mélange intrigant et complexe. Deana avait la beauté froide du Nord mais le caractère fougueux. C’était ce qu’elle paraissait en tous cas. Elle était un homme d’armes parmi tous les autres et se distinguait pourtant de ses pairs. Non pas parce qu’elle était une femme, non. Elle était de toute façon trop habile pour cacher cela et le faire oublier aux yeux de tous. Non. Elle était à part. Elle semblait plus entière que les autres. Plus fine. Plus loyale. Le Stark ne la connaissait que très peu mais il avait toujours reconnu sa valeur et ses multiples talents armes à la main. C’était pour cela qu’elle avait finalement intégré, petit à petit, doucement mais sûrement, sans faire de bruit ni se faire remarquer, le cercle restreint des hommes d’armes en qui le Stark avait toute confiance, sa garde personnelle. N’en déplaise à certains, Barth en tête, elle était certes une femme mais elle tenait une lame avec autant de fermeté et de détermination qu’un homme. La finesse et la souplesse en plus.

- Elle est belle, hein ? Barth justement. Le maître d’armes de Wintefell venait de prendre place près du feu à côté de son seigneur.

- Que... Qui donc !? bafouilla Beron soudain tiré de sa réflexion et surpris par la remarque du maître d’armes.

- Eh bien la flamme, qui d’autre ? Le maître d’armes fronça un sourcil haut d’incompréhension. Il se gratta la tête et éclata d’un rire sonore avant de s’offrir une longue gorgée de vin chaud. Le Stark avait appris à aimer et apprécier cette bonne nature, simple et malicieuse. Il avait d’abord remarqué les qualités de combattant de Barth et lui avait offert le poste de maître d’armes sans le connaître vraiment. Il n’avait jamais eu à regretter son choix et s’il avait choisi Barth le manieur de lame pour remplacer le vieux maître d’armes de la forteresse, cela faisait maintenant longtemps qu’il côtoyait et appréciait Barth l’homme, Barth l’ami.
Autour du feu l’ambiance était bonne et quelques chants favorisés par l’alcool montaient dans la nuit. Seules quelques sentinelles postées là pour la garde et la surveillance des abords du campement, était exemptées de la fête. Elles avaient écopé des premières heures de garde et ce n’est qu’en pleine nuit qu’elles seraient soulagées de leur fardeau et autorisées à relâcher leur attention, lorsque les suivantes viendraient les suppléer pour prendre la relève.

Le Loup se leva sans bruit et se dirigea vers la portière de toile sombre de sa lourde tente. Il l’entrouvrit du bras, resta quelques instants tourné à demi pour jeter un dernier coup d’œil aux flammes qui dansaient entre les pierres du foyer central. Son regard s’attarda sur ses hommes, quelques secondes, et il disparut dans l’embrasure de la porte toilée. Demain, ils laisseraient le Bois-aux Loups pour le nord sauvage et ses monts glacés.
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Message Sam 21 Jan 2012 - 8:29

Deana s’était placée devant Beron, au moins ici, elle ne le voyait pas, et au bout d’un moment elle réussit à oublier que lui pouvait la voir, en plus elle serait en première ligne en cas de danger et elle trouvait ça très bien. De la fumée blanche sortait de son nez lorsqu’elle respirait et encore plus des naseaux de sa monture qu’elle sentait bouillir de repartir au grand galop mais qui se contentait d’obéir observant un galop contenu et régulier. Le froid ne faisait aucun doute, elle le sentait malgré sa cape et ses braies, peut-être le lendemain mettrait-elle deux paires de chausses l’une sur l’autre, ou peut-être attendrait elle les montagnes avant de se couvrir d’avantage. En tout cas elle profitait de l’instant, galoper sur la route était un vrai plaisir même si des larmes provoquées par le froid et la vitesse coulaient le long de ses joues et rougissaient ses yeux, le martellement des sabots sur le sol, le vent dans ses cheveux tressés depuis que sa capuche était tombée, et l’idée de revoir sa demeure et sa famille, même son père, et de chevaucher aux côtés de son suzerain. Elle ne voulait rien de plus et elle huma l’air glacial à plein poumons comme pour se gorger de se bonheur qui l’envahissait, il lui avait pardonné, le monde était magnifique et elle ne serait plus jamais la même après ça, la nature lui offrait son spectacle continu et rien ne pouvait venir gâcher cette plénitude surtout pas quelques goutes de pluie, Winterfell était en liesse, elle était en liesse et avec son humeur l’enchantement gagnait tout ce sur quoi elle posait les yeux…

Mais bientôt il fallut diminuer l’allure car ils avaient rattrapé le gros de l’escorte et petit à petit la pluie qui avait reprit de plus belle donna un aspect morne à la plaine et même à la forêt au loin, elle était toujours en joie mais ne le montrait pas et se contenta d’écouter les conversation plutôt que d’y participer, en plus il n’y avait pas ses amis, et elle se mit à réfléchir aussi… Les chariots et les hommes à pieds allaient beaucoup les ralentir, dans le Bois au Loup, bien sûr, mais dans les montagnes se serait pire, surtout s’il se mettait à neiger ce qui semblait couver dans les lourds nuages qui assombrissaient le ciel, si ça se trouve là-bas, dans la chaine du Loup, il neigeait déjà ! Allaient-ils ensuite couper par les montagnes pour rejoindre tour Ombreuse ou reprendre par la Route Royale pour longer les contreforts ? Avec le passage chez les Lideuil, il semblait qu’il veuille quitter la route principale avant Long Lac, à moins que se ne soit qu’un détour ? En temps cela pourrait se valoir si tout se passait bien, mais en risque, la Route Royale offrait plus de garanti quand à la praticabilité que les hauts cols qu’il faudrait traverser en ce début d’automne !

Deana ne craignait en rien de dormir dans le Bois au Loup, elle l’avait déjà fait, et la dernière fois elle était seule, à l'époque elle avait eut peur, mais maintenant, elle avait tué des hommes, dernièrement des Fer-Nés assoiffés de sang, alors les loups, les ours et même les loups-garous ne lui faisaient plus peur, sauf un, peut-être, un peu… Elle fit que sourire en coin alors qu’elle entendait Beron parler du Bois au Loup et lorsque Barth se mit à se moquer de Kendrik avant d’éclater de rire, elle ne dit rien pour n’effrayer personne, mais elle pensa : Si tu as peur d’un bois, que diras tu dans la chaine du Loup… Mes montagnes sont autrement plus dangereuse, as-tu seulement déjà vu un Lynx-de-fumée, moi j’ai été attaquée par l’un d’entre eux autrefois et crois moi, contrairement aux loups, ils ne craignent pas les humains. Mais tu as de la chance nous sommes nombreux et nous avons toutes les chances de faire fuir les bêtes sauvages, surtout que pour le moment, elles ne sont pas affamées par la rudesse de l’hiver, il y a encore plein de nourriture plus facile à tuer qu’une troupe d’hommes en arme. Mais ça n’est même pas le plus gros risque que tu prends par chez moi, chez moi-même le sol peu te trahir, et parfois il tombe des falaises des rochers gros comme des maisons sur les chemins escarpés qui montent au Col de la Pleine Lune, dans le Bois Loupdeuil, en contrebas du village et de la forteresse, il y a des ours qui n’hésitent pas à attaquer le village lorsque ils se réveillent d’un hiver trop long…
Le Col de la Pleine Lune était le premier haut col à passer en arrivant par le sud, et le dernier rempart entre Winterfell et les ennemis d’au-delà du Mur, c’est pour cela qu’il était aussi important, aussi bien protégée et habité, si non il faudrait être fou pour s’installer ici en haut de la montagne, ou s’appeler les Lideuil, ce qui revenait à peu près au même. Par ce côté-ci, l’ascension n’était pas si difficile, c’était surtout de l’autre côté que ça allait se corser si Beron décidait de passer par les montagnes. On commençait par monter entre les feuillus et les pins, puis les feuillus disparaissaient petit à petit, mais le bois restait dense, la route peu empruntée était étroite mais sûre, enfin tant qu’on ne tombait pas sur un ours, quand aux Lynx de fumée, ils ne descendaient pas en dessous des neiges. Ensuite, les arbres se raréfiaient et on passait sans même s’en rendre compte à une magnifique prairie en pente douce. En haut, il y avait un immense plateau herbeux qu’on traversait par la largeur. Du printemps à l’automne, les villageois y faisaient paître leurs troupeaux et construisaient des habitations éphémères de toile, de branchages et de torchis, mais dès que l’hiver arrivait, ils remontaient leurs bêtes dans la ville de pierre fortifiée autour du château des Lideuils, un peu comme à Winterfell, la ville d’hiver était une question de survie dans ses contrées, mise à part que le population y était dix fois moins importante. Ensuite on atteignait le glacier, il fallait passer par un large chemin creusé par les glaces des hivers les plus rudes, et lorsque ces fameux hivers sonnaient, on avançait directement sur la moraine ce qui était extrêmement dangereux. Peu à peu toute végétation disparaissait et on entrait dans un mode de roc et de glace, ainsi, si la haut tout était en pierre, c’est parce que le bois était une denrée rare, on s’y chauffait plus volontiers à la bouse même si le Lideuil aurait probablement fait monter du bois, entre autre, pour recevoir son suzerain. En début d’automne, le chemin serait à découvert jusqu’au col, au pire simplement recouvert de neige fraiche, si tout se passait bien et qu’ils forçaient un peu l’allure tant qu’ils le pouvaient, ils arriveraient avant la tombée de la nuit, en tout cas il fallait l’espérer.


A l’évocation de ses souvenirs, elle souriait, tête haute, fière, sur son puissant étalon noir, mais cela n’enlevait rien aux dangers qu’ils affronteraient dans les montagnes, ils étaient bien réels, et il fallait qu’elle sache ce qu’il comptait faire pour s’y préparer. Elle allait demander à son suzerain et avait même commencé à pivoter sur sa selle et à ouvrir la bouche, quand il imposa le silence d’un ton sec qui fit taire même les autres conversations, Deana en eut des frissons et se retourna illico. Merci les garçons de votre dispute idiote, maintenant si je l’ouvre ça va encore arriver comme un cheveu sur la soupe, vous en ratez pas une hein… Ça lui rappelait son père –la honte – mais c’était vrai, il avait lui aussi l’art de calmer tout le monde en un mot, et même parfois en un regard, elle s’en souvenait comme si c’était hier et c’était pour ça qu’il avait été le seul homme qu’elle ait jamais redouté, il n’usait jamais de la force contre elle, et il lui faisait moins peur quand il s’emportait à propos de ses robes pleines de boue que quand il la regardait en silence après qu’elle ait débouté un nouveau prétendant, mais elle se souviendrait toujours du ton qu’il avait eut lorsqu’il lui avait dit que si elle ne voulait pas choisir un époux, il choisirait pour elle puis qu’il avait brûlé les affaires offertes par Andrik et brisé son épée, des pantalons et des chemises, une armure de cuir souple, bref des choses trop masculines au gout de Samwell. Elle soupira.

Bizarrement dans le bois il faisait meilleur que dans la plaine, probablement que les arbres abritant du vent et empêchant la terre de trop se refroidir, le sol gardait encore quelques souvenirs de la canicule. Deana défit la fibule d’argent en forme de pomme de pin qui retenait son manteau de peau de loup sur ses épaules et le laissa choir sur son troussequin. En hiver, le pire ennemi du voyageur était non seulement le froid, mais le froid après avoir eut trop chaud. Il est vrai que l’armure fabriquée par le forgeron de Winterfell était tout à la fois féminine, efficace et confortable avec ses larges pièces de cuir durcit et riveté sur les épaules et sur les cuisses, tout comme le corselet qui lui enserrait la taille, le tout relié par des pièces de cuir souple. Elle avait demandé quelque chose de confortable et de léger et il avait sortit une véritable œuvre d’art qu’elle mettait désormais avec plaisir par-dessus sa jaque matelassée avec laquelle elle se battait avant d’avoir de quoi le payer. Elle avait des gants de laine verts foncés lacés de larges lanières de cuir tout comme ses braies et son cheval avait un tapis de selle simple aux couleurs Lideuil et une selle de bois. Mais les ombres du sous bois ne permirent bientôt plus de bien distinguer les couleurs, ça sentait l’humus et la frondaison humide, un aigle prit son envole et Dark Mountain fit un léger écart que la blonde accompagna en se disant qu’il faisait ça plus pour se réchauffer et faire l’idiot que par peur, d’ailleurs vu que juste après il s’ébroua et secoua la tête de haut en bas, elle en eut confirmation, être dans ses bois l’excitait autant qu’elle, croyait-il qu’ils allaient chasser ? On ne va pourtant pas chasser avec une telle suite !

Le silence, perturbé seulement par le bruit étouffé des pas des chevaux et des hommes et le cliquetis des chariots, quelque part un lapin ou quelque chose comme ça prenait la fuite à travers les taillis, devant les éclaireurs ouvraient la voie et elle menait une des colonnes qui s’était formée. C’est alors qu’une lueur orangée vint inonder la forêt comme une vague de soleil et de chaleur, l’astre du jour venait de passer sous les nuages à l’ouest - Ils avançaient bien finalement, mais il leur faudrait tout de même plus d’une semaine pour rejoindre le Mur quelque soit le chemin emprunté, et ils ne seraient pas chez les Lideuil avant la fin du second jour au moins - Deana plissa les yeux car la soudaine clarté l’avait éblouie, mais c’était magnifique, les frondaisons s’étaient comme embrasées révélant les bruns, les rouges et les ors de l’automne qui avaient déjà commencé à gagner les feuilles des arbres bien qu’aucune ne fut encore tombée. Le Bois au Loup était magique, l’hiver venait, et il allait être magique tout comme cet automne aux couleurs chatoyantes, elle ferma les yeux et leva la tête vers le ciel pour mieux sentir toutes les exhalaisons de la forêt, juste un instant pour se laisser envouter. Elle n’était certes pas très concentrée sur sa mission et pourtant elle était toute ouïe, écoutant et sentant ce qui se passait alentours, apercevant un écureuil sur la branche d’un arbre au dessus du chemin, entendant au loin le brame d’un cerf appelant les femelles, sentant l’odeur des champignons qui devaient abonder avec ce temps, observant les traces laissées par un renard dans la le sol meuble, prêtant l’oreille au chant des oiseaux dont elle reconnaissait certaines partitions, reniflant un sanglier qui détalait… Elle était chez elle ici déjà, mille fois plus à l’aise sur son cheval dans la forêt qu’à une table de banquet ou entre les murs d’une salle de réunion.

Alors que le soleil commençait à disparaître à l’horizon et que les ombres gagnaient du terrain, faisant disparaître la magie de ses derniers rayons et apparaître tout le mystère des lieux, la première feuille tomba et Deana l’observa voleter en zigzags légers jusqu’au sol avant de s’y fondre, écrasée par son propre cheval et ainsi mêlée à la boue. La brume accentua l’air oppressant des arbres désormais noirs et menaçants, mais sans parvenir à enlever le sentiment d’allégresse qui habitait la jeune femme et sans même parvenir à l’effrayer un tout petit peu, elle aimait bien ce côté effrayant et brumeux, elle n’en tendit qu’un peu plus l’oreille en se concentrant moins sur sa vue, désormais très limitée que sur ses autres sens. Le froid retomba alors comme une chape de plomb et Deana remit sa cape sur son dos et rattacha la fibule, la nuit promettait d’être fraiche, mais toujours étaient-ils à l’abri du vent et un peu protégés de la pluie ou de la neige. Sa raison de guerrière et de protectrice lui disait de prendre garde, mais sa naïveté d’enfant lui faisait aimer tout ce qu’elle voyait et ressentait. Mais la nuit tombait vite, et dans le sous bois tout fut bientôt dans l’ombre, ils avancèrent péniblement ne sachant pas trop où ils mettaient les pieds, pour ne pas perdre du temps, seuls les éclaireurs et quelques rares cavaliers avaient allumés des torches, et Dean ne faisait pas partie de ceux là, elle se fiait à la lueur qu’elle voyait devant elle pour guider son cheval qui lui y voyait un peu mieux qu’elle et savait où il mettait les pieds, l’allure grandement ralentie il prenait son temps avant de poser ses pieds, mais il avançait tout de même tant bien que mal, ils auraient pu avoir la lueur de la lune pour se repérer, mais sous les frondaisons aucune lumière ne passait.

Arrivé à la clairière ils purent apprécier la faible lueur d’un croissant de lune et voir les premiers flocons fondre instantanément le sol encore trop chaud pour qu’ils forment une couche immaculée, mais dans les cheveux de Deana, ou encore sur sa cape et même sur ses cils, quelques cristaux duveteux s’accrochèrent pendant qu’elle mettait pied à terre. Elle souriait, mais il n’était plus temps de lever le nez vers la lune pour voir le ciel se charger de ses milliers de petits bouts de coton blanc sur fond nuit noire, il y avait des tas de choses à faire pour monter le camps et pouvoir manger et prendre une bonne nuit de repos avant l’aube, il fallait se hâter d’autant que la nuit était bel et bien tombée et qu’il ne s’agissait pas de commencer à éprouver les esprits et les corps dès le premier jour de voyage ! Certains se laissaient aller cela dit, mais si le Lord pouvait se permettre de ne rien faire, elle non, elle attacha Dark à une des cordes qui avaient été tendues entre les arbres, elle détacha sa pique de sa selle et la planta non loin, le dessella puis le pansa pendant qu’un autre soldat lui donnait à manger. Elle prétexta ensuite aller chercher du bois et en profita pour soulager sa vessie dans les fourrés puis comme Beron ne donnait aucun ordre probablement toujours les yeux fermés et la tête vers le ciel, et qu’il y avait largement assez d’homme pour monter le camp elle se laissa aller elle aussi à la contemplation du ciel et à la fraicheur de l’air, finissant, comme tout ceux qui ont déjà vu ce spectacle par fermer les yeux pour mieux en apprécier les froids flocons sur son visage avec un sourire dessiné sur ses lèvres. Il n’y avait pas d’arbre cœur ici, et pourtant on pouvait sentir toute la puissance des Dieux des enfants de la forêt et toute la poésie de l’hiver.

Elle finit tout de même par revenir au camp les bras chargés de bois mort le plus sec qu’elle avait pu trouver, c'est-à-dire… détrempé. La viande avait été mise à cuir, elle en sentait déjà le fumet et les tentes avaient été montées entre temps, dont la sienne, enfin c’est ce qu’elle croyait comprendre en voyant les six tentes autour du pavillon du Stark, elle compta dans sa tête pour s’en assurer, c’était la première fois qu’elle voyageait en tant que membre de la Garde Grise ! Elle déposa son paquetage dans l’une d’elle toujours sous le coup de la surprise d'en avoir une pour elle toute seule et se rendit auprès du feu. Elle aurait bien bu un peu de vin chaud pour se réchauffer et se désengourdir les membres de cette longue chevauchée, mais elle n’osa pas demander et se contenta d’une gorgée d’eau avant de s’éloigner de la tente principale et de fixer son regard sur les flammes, Beron, les flammes, Beron… oh non il m’a vue… les flammes. Il la regardait bizarrement et elle finit par se demander si c’était parce qu’en tant que garde de son suzerain elle ne devrait être plus près de lui, certes il y avait déjà Barth et Kendrik ce qui à moins d’une attaque surprise de Mammouth était suffisant mais tout de même, elle fit donc le tour du feu et s’approcha timidement jusqu’à se trouver à quelques mètres de lui, en évitant de croiser son regard. Elle remarqua que le Snow avait une coupe de vin chaud à la main et elle se dit que si lui y avait droit elle aussi, elle finit par s’en voir offrir une par Kendrik.

« Cesse de faire cette tête et boit un coup Deana ! »

Elle devait effectivement paraître un peu trop concentrée pour l’occasion, elle accepta le geste avec plaisir et sourit avant de prendre une lampée du liquide chaud et sucré qui ravit son palais autant qu’il réchauffa ses entrailles. Après ça ils mangèrent et se fut tout aussi bon et agréable, elle toujours silencieuse mais souriant tout de même aux plaisanteries, elle ne chantait pas, la plupart des chansons étaient des chansons paillardes qui parlaient de choses qu’elle ne connaissait pas aussi s’abstenait elle-même si à force de les entendre elle en connaissait les paroles aussi bien que les autres. Le lendemain, ils aborderaient les montagnes, elle devait être fraiche et en forme, elle devrait conduire la file dans les chaines piégeuses qu’elle n’avait pas vus depuis huit ans, elle alla donc se coucher juste peu de temps après sa dernière bouchée et tout en enlevant son armure et en s’enroulant dans ses lainages et ses peaux, tout doucement, elle se mit à chanter d’une voix douce et cristalline la chanson que lui fredonnait sa mère quand elle étai enfant, une chanson de chez elle, Le Loup et La Lune.



…au fur et à mesure qu’elle chantait sa voix se fit de plus en plus ténue pour finalement s’éteindre alors qu’elle s’endormait paisiblement.
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Message Sam 28 Jan 2012 - 16:08

La pénombre de la tente combattait la faible lueur d’une bougie vaillante mais unique. L’ambiance était aussi feutrée et rassurante que sombre. Mais à la lumière du matin les loups préféraient de loin l’obscurité de la nuit. Et le Stark devait bel et bien être un Sombre Loup puisqu’en ces atmosphères incertaines et obscures, il adorait séjourner. De l’extérieur lui parvenaient, comme lointaines et à demi étouffées par les épaisseurs de toiles robustes et de fourrures touffues, les rumeurs des chants et des rires des hommes autour du feu. De temps à temps, l’ardeur de l’un supplantait les conversations des autres et Beron croyait distinguer, à l’oreille, l’identité de celui-là. Tantôt le rire gras de Railleur, un gros soldat qui datait de l’époque de père et qui, engagé par celui-ci sur les recommandations de l’ancien maître d’armes, devait bien, aujourd’hui, peser l’équivalent du double de ce qu’il avait été à l’époque. Railleur apportait avec lui son expérience et son savoir-faire en même temps que ses blagues douteuses, généralement à penchants sexuel ou morbide, et qui lui avaient valu son surnom. Parfois, Lord Stark distinguait plus facilement le rire sonore de Barth Snow qui, si sa bâtardise ne l’avait dispensé de pareil patronyme aurait tout aussi bien pu être surnommé « Chambreur » tant sa propension pour la chose avait été avérée, à travers des années de pratique intensive au dépend de tout ce qui vivait à Winterfell, qu’il soit humain ou animal. Seul le Stark se voyait encore épargné par la chose, du haut de sa suzeraineté salvatrice. Mais même Beron commençait à percevoir de plus en plus nettement, au gré de leur rapprochement et par l’entremise de leur bonne entente, les accents de plus en plus corsés des remarques du maître d’armes à son encontre. Pour l’instant, un seul regard glacial suffisait à mentionner au coupable bâtard la dangerosité de la chose, mais parfois, il se laissait aller à le laisser dire, lorsque des bouffées de nostalgie soudaine le replongeaient sans prévenir à l’époque insouciante où, du vivant de Père, encore exempté de la charge de la forteresse et du rang de Lord, il batifolait avec ses frères dans un quotidien joyeux que favorisait Mère, la douce et regrettée Lady Mina.

Le ronronnement des vociférations et des éclats de rires voisins parvenait encore aux oreilles du Loup lorsqu’il se décida à délaisser son obscurité chérie pour se pencher dans la lecture et l’analyse de plusieurs écrits qu’il avait emportés avec lui. Correspondance, cartes et inventaires. Il les retira de son paquetage encore ficelés du long voyage et qu’il n’avait toujours pas eu le loisir de défaire. Il farfouilla dans une large et plate pochette de cuir noir de laquelle il retira, un à un et précautionneusement, quelques parchemins quelque peu froissés qu’il déposa sur la petite table où s’amenuisait la chandelle et refroidissait son vin chaud et sa bouillie d’avoine au miel et aux fruits cuits. Le Stark disposa sur la petite table quelques bougies supplémentaires, qu’il ficha dans un réceptacle de métal ouvragé et destiné à recueillir la cire chaude afin qu’elle ne se répande pas n’importe comment sur le meuble éclairé. Lorsqu’elles furent allumées, les bougies éclairèrent la petite tente et la firent subitement paraître plus grande qu’il avait semblé au jeune Lord jusqu’à ce moment-là. Beron s’assit sur le petit siège de campagne et, après avoir pris soin d’éloigner les parchemins de l’endroit où se massaient le bol d’avoine, la coupe de vin, la chope de bière et le bougeoir, avala rapidement le petit repas qui lui avait été préparé par son aide de camp. Ce dernier n’était autre que l’écuyer de ser Kendrik Crakehall, reconverti pour l’occasion et la seule durée du voyage. C’était un jeune garçon, plein d’ingéniosité bien que très réservé. Il se disait fils cadet d’une petite Maison du nord, à quelques jours de chevauchée au sud de Winterfell : les Cardon. Vérification faite, il n’était en fait pas le fils du petit seigneur local mais un de ses bâtards. Le Stark avait pour habitude tenace de vérifier l’identité et les motivations réelles, si tant était qu’elles fussent identifiables, de chaque personne, qu’elle fût de rang important ou mineur, qui entrait à son service. En la matière, le garçonnet, surnommé Chardon pour sa propension à se gratter l’assise autant que pour la blague au sujet du nom de famille dont il se disait le porteur, avait été confondu comme n’étant pas réellement celui qu’il prétendait être. Les services de renseignements du Stark en avait apporté la preuve à Lord Beron qui, jugeant inutile le fait de le signifier au jeune garçon, avait autorisé son ami Kendrik à prendre le petit pour écuyer, dès lors que son ami ne s’était montré que très marginalement ému par la chose et que tous les deux avaient décelé en l’adolescent la fibre de la passion chevaleresque comme étant à l’origine de son « arrangement » de la vérité plus que par une tendance à la mythomanie réelle. Son géniteur avait, bien entendu, été informé de la chose et la perspective valorisante qu’un de ses fils, fusse-t-il bâtard, évolue et apprenne ce que lui-même comptait lui enseigner, au sein même de Winterfell, avait achevé d’entériner la chose.
Une fois son repas terminé, Lord Stark agita une petite clochette afin que soient emportés, les vestiges de son rapide dîner. Quelques instants plus tard, surgissait Chardon, une main gratouillant son fessier gauche, reniflant et toussant à cause du froid.

- Remporte tout cela, mon garçon, veux-tu ? Et alors que l’écuyer s’avançait vers lui avec déférence. Et couvre-toi donc un peu ! Serais-tu donc le seul à n’avoir pas remarquer les premiers flocons de l’automne ? Tu vas attraper la mort avec un froid pareil. Il n’y paraît peut-être rien aux abords du feu, mais à moins que je ne te désigne de corvée de bois et de feu cette nuit, tu risques de finir congelé si tu t’en éloignes ainsi vêtu !

- Voui, m’sire Stark ! Tout de suite m’sire Stark ! se précipita l’adolescent.

- Ah, et porte-moi donc un peu plus de bière ! Beron saisit la coupe de vin et en vida le contenu au sol. Ce vin chaud ne l’était plus ! Tu peux reprendre cela, aussi ! Allez ! Le houspilla-t-il.

Ainsi fut fait avec toute la célérité dont l’adolescent avait pu se montrer capable sans provoquer la catastrophe de tout faire choir par empressement. C’était un bon garçon.
Alors qu’à l’extérieur le tintamarre diminuait à la faveur de la nuit avançant et des tours de garde qui s’opéraient, le Stark passa un long moment à étudier les documents qu’il avait apportés avec lui. La fatigue et l’aspect toutefois peu palpitant de la chose l’attirèrent finalement dans sa couche de campagne où, après quelques minutes supplémentaires plongé dans ses lectures, il se laissa gagné par un sommeil rapide et profond.

*
* *

Le lendemain matin, le camp s’était activé dès la levée du jour, qui amplifiée par le fait qu’ils avaient passé la nuit dehors s’était annoncée, fringante et fraîche, comme plus précoce qu’à la forteresse, bien qu’il n’en était rien, évidemment.
La rosée du matin doux qui, pour une fois leur avait épargné le chagrin d’une pluie filasse, perlait sur les branches, les feuilles et les troncs. Les parfums des bois exhalaient de toutes parts leurs mélanges raffinés d’humus, de terre, de fougères et de champignons. A ces subtiles associations s’ajoutaient évidemment de lourds relents de crottin que la proximité des chevaux balançait négligemment dans les arômes sylvestres du Bois-aux-Loups.

- Je veux que nous soyons partis dans une heure ! ordonna Beron en s’extirpant de sa tente.

L’ordre fut aussitôt relayé par son ami ser Kendrik Crakehall ainsi que par Aaron Ryswell, un autre membre de la Garde Grise du Loup. Aaron était le neveu de la regrettée Lady Mina Stark, née Ryswell. Un brillant jeune homme doublé d’un bon guerrier surtout réputé pour son extrême vélocité à cheval et une dextérité en selle peu commune. Un futur grand nordien, assurément, mais jeune et fougueux à l’extrême et que son père devait sans cesse tempérer. C’était pour cela que le Ryswell, avait demandé, peu après le mariage de sa sœur avec lord Cregan que son fils soit accueilli en apprentissage et perfectionnement des métiers d’armes par son oncle par alliance. Un peu plus jeune que Beron, il était de la génération de Ron et Al, les jumeaux de la Maison Stark, auxquels il ressemblait caractériellement par ailleurs beaucoup. Fier et fougueux, longtemps irréfléchi bien que de moins en moins avec l’âge et l’expérience, il était une des « cibles » privilégiées de Barth Snow, le maître d’armes de Winterfell qui adorait le provoquer par ses blagues et ses remarques acides. Le jeune Ryswell s’emportait pratiquement à chaque fois et ne se rendait compte que lorsque tout le monde rigolait autour de lui qu’il avait encore été victime d’une des blagues de Barth. Aaron était un guerrier remarquable et un immense cavalier. Cela n’avait pas échappé à Lord Stark qui, à l’époque de leur première rencontre et peu de temps après avoir remarqué les exploits à cheval du jeune champion de vitesse et de tir en selle de la traditionnelle fête annuelle des Récoltes, s’était empressé de promouvoir celui-ci au rang de major de son armée. Quelques mois plus tard, Aaron Ryswell avait été fait chevalier et s’il accompagnait aujourd’hui Lord Beron Stark où qu’il aille, c’était parce que, au-delà de la forte amitié née entre les deux hommes lors des nombreuses campagnes et affaires locales, Lord Stark l’avait récemment promu et incorporé dans sa Garde Grise, une unité de chevaliers d’élite dont la seule charge était d’assurer la protection du Stark. Aaron était l’opposé physique de son ami et suzerain Lord Beron. Alors que le Stark était haut de stature, Aaron était quant à lui beaucoup plus petit, fin, svelte et souple. Tous les deux étaient cependant d’apparence noble mais alors que Beron présentait un visage fin et harmonieux, son ami Aaron, quant à lui, offrait un visage plus rude et anguleux.

Ainsi le camp sortit de sa torpeur matinale afin que le voyage puisse reprendre sans tarder. Les chevaux avaient été pansés toute la nuit et présentaient une fraîcheur indéniable ce qui ne serait pas un luxe compte tenu de la difficulté que prendrait la route du convoi, une fois sorti du Bois-aux-Loups.

Quelques dizaines de minutes plus tard, la colonne de nordiens se mettait en branle et reprenait sa chevauchée vers le nord.

*
* *

Lorsqu’ils parvinrent finalement hors du Bois-aux-Loups, par son versant septentrional, les étendues sauvages et froides du nord s’étendaient à perte de vue avec, tout au loin, là-bas, à l’horizon, les proéminences rocheuses des massifs montagneux dans lesquels se dissimulait le petit fier de la famille Lideuil.
S’était le cap qu’il fallait désormais suivre et Beron, qui souhaitait la progression la plus rapide possible pour son équipée avait imaginé que Deana Lideuil, fille de ses terres gelées et indomptées, pourrait se porter à l’avant de la colonne pour guider les éclaireurs, les renseigner sur la topographie des lieux et éventuellement leur suggérer la route à suivre ou le chemin le moins difficile d’accès pour les lourds chariots de bois.
Sans hostilité ostentatoire, les landes sauvages situées au nord du Bois-aux-Loups n’en demeuraient pas moins revêches et peu commodes. Elles étaient, pour les étrangers de passage, des contrées féroces et peu avenantes bien qu’on ne pouvait pas dire qu’elles fussent totalement dangereuses et imprévisibles pour les nordiens qu’ils étaient.
Ce matin-là était gris mais sec mais la terre détrempée attestait encore des nombreux épisodes pluvieux révélant l’arrivée nette de l’automne. Les nuages étaient haut et il semblait que nulle pluie ne viendrait perturber cette journée de voyage bien qu’il aurait était exagérément imprudent de hasarder à ce propos une quelconque affirmation. Mais tout ceci n’était cependant pas de taille face à l’assurance de ce vieux briscard de Railleur qui, du haut de son imposante bedaine avait tapoté sur sa large panse en décrétant la pluie impossible pour la journée.

- Les oiseaux sont trop hauts dans le ciel, Seigneur Stark ! avait-il claironné.

Mais s’il était vrai que les oiseaux volaient assurément haut, Lord Beron était bien incapable de pouvoir en déduire une quelconque coïncidence météorologique. Il devait en être de même pour Aaron Ryswell qui, dodelinant nonchalamment sur son cheval brun, maugréa dans sa barbe : - J’t’en foutrais, moi, des piafs ! Y sont si haut qu’on pourrait pas même y planter une flèche dans le bec si l’un d’eux venait à vous chier sur le râble ! Voilà bien tout ce que j’en dis, moi…

Les autres accueillirent la remarque d’un grand éclat de rire et Barth Snow ne sut résister à l’attrait d’une si belle ouverture pour une blague envers sa victime préférée.

- Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ! L’œil vif et la mine enjouée, il se délecta de la mine sombre et furieuse du jeune chevalier de la Garde Grise. Les autres s’esclaffèrent de plus belle.

Le dédain succéda à la colère et le Ryswell tenta vainement une riposte aussi hasardeuse que mal assurée.

- Mais vous êtes un grand malade mental ! Barth était écroulé de rire sur sa monture et Railleur, près de l’apoplexie, virait au bleu violacé sans parvenir à refreiner son fou-rire irrépressible.

Le Loup n’était pas contre ce genre de moments de détente impromptus mais il goûtait ceux-ci d’autant mieux qu’ils savaient être brefs et se suffirent à eux-mêmes. Kendrik Crakehall connaissait parfaitement Lord Stark et suffisamment pour comprendre qu’il valait mieux mettre un terme rapide à ce genre de joute verbale qui pouvait rapidement dégénérer. Aussi, il les prévint d’un ton sec secondé par le regard contrarié du Loup.

- Quand ses messieurs en auront leur claque de ces blagues de potache, peut-être daigneront-ils concentrer leur chevauchée sur quelque chose de moins saveur de chiottes !

L’échappée burlesque cessa donc bien vite et la chevauchée reprit aussi sérieusement qu’elle pouvait être sans virer jusqu’à l’austère. Le froid piquant du matin veloutait la peau de Beron qui sentait son cou et sa nuque se hérisser sous le baiser glacé du petit vent sec qui batifolait avec ses boucles brunes. Le gris de ses yeux se perdait et se confondait avec celui du ciel qui, infiniment pâle prenait parfois de jolis accents violacés. Les feuilles pourpres, rouges, orangées et brunes s’émancipait en des volutes vivaces et imprévisibles, parfois verticales, parfois rasantes… De petits tourbillons de cette foisonnantes rondes s’étiraient, partout et nombreux, autour des chevaux et de leur cavalcade sereine. Le temps n’était pas à l’orage mais l’on aurait dit que les changements successifs des teintes du ciel clair n’œuvraient que pour faire accroire l’arrivée d’une bourrasque imminente.

Lord Stark poussa son étalon sombre jusqu’aux premières positions de la colonne où il rejoignit la blonde Deana Lideuil qui, sous ses confortables et larges pièces de cuir durci et rivetées entre elles par les épaules et les cuisses ne dépareillait pas, toute féminine qu’elle puisse être, des autres soldats de la troupe. Le corselet qui lui enserrait la taille marquait à merveille le galbe de son dos dont la cambrure harmonieuse ne révélait que trop qu’elle bénéficiait d’armes que les hommes n’avaient pas. L’ensemble de sa tenue était toute reliée de cuir qui, par pièces juxtaposées de cuir souple et ferme, conférait à la Lideuil toute la maîtrise et la rudesse des hommes du nord. Elle bénéficiait là d’une tenue parfaite pour le voyage et le combat rapproché, qui n’altérait en rien ses mouvements, que ce soit en amplitude ou en vitesse d’exécution.
Une fois parvenu à sa hauteur, il approcha son cheval du sien, de façon à ce qu’ils chevauchent tous deux de front et que, ce faisant, ils puissent échanger quelques mots sans difficultés. Beron Stark se pencha alors imperceptiblement vers elle afin de n’être en rien obligé de hausser le ton de sa voix chaude et sereine.

- Bonjour Deana, commença-t-il. J’espère que les tentes individuelles que j’avais fais préparer pour tous les membres de la Garde Grise vous ont permis un repos véritable. Je sais que les voyages sont parfois éprouvants et je souhaite que la Garde Grise puisse bénéficier des meilleures conditions pour offrir la protection pour laquelle je la paie. Il la dévisagea calmement et sans lui laisser le temps de répondre immédiatement, reprit de plus belle. Je sais que vous êtes une femme du nord, dure au mal et courageuse… Mais un minimum de confort ne fait jamais de mal. Evidemment nous sommes loin des grands barnums qu’utilisent les grands seigneurs du sud mais je considère qu’au contraire des leurs qui, de par leur trop parfait confort et leurs immenses mesures, ramollissent les hommes, les nôtres présentent l’avantage d’être rapidement montées et démontées et que, nous préservant du froid ils remplissent au plus juste leur fonction sans pour autant nous extirper des réalités du voyage et des contrées traversées ! Une nouvelle fois il marqua une brève pause. Son regard s’attarda sur les yeux de la blonde, qui perdus vers l’avant, n’avaient pour ainsi dire jamais quitté la ligne d’horizon. Je voulais vous demander une chose, Deana, finit-il par reprendre, J’aimerais que, comme vous le faites à l’instant, vous vous portiez dorénavant régulièrement à l’avant de la colonne afin de conseiller mes éclaireurs au sujet des lieux et des chemins que nous prendrons désormais. Vous connaissez parfaitement la région et la route qui mène jusqu’au fief de votre père. Nous avons besoin de vos indications afin de réaliser le voyage le plus rapide et le plus pratique possible. Nous ne pouvons nous permettre de faire durer exagérément ce voyage vers le Mur.

Le Stark laissa alors retomber sa voix et couva la belle blonde d’un regard bienveillant. Les longs cheveux nattés de la Lideuil voletaient dans la bise glacée du matin et autour de son visage d’ange tels des filaments dorés animés d’une vie propre. Le Sombre Loup la scrutait de ses yeux gris profonds mais jamais depuis qu’il s’était porté à sa hauteur son regard n’avait croisé celui de l’unique femme de sa Garde Grise. Peut-être daignerait-elle accompagner sa réponse d’un regard vers lui... Il savait la jeune femme toujours très sauvage et fuyante. Il la connaissait chaque jour un peu mieux mais semblait pourtant si loin de la connaître vraiment. Son côté réservé et taiseux n’était pas pour lui déplaire, lui qui n’aimait pas les faiseurs et les prétentieux. Il aimait surtout la déférence et le respect qu’elle manifestait à son égard. En tant que Lord Suzerain Gouverneur et protecteur du Nord, c’était des choses auxquelles il était habitué mais alors que la plupart du temps, la déférence que les gens manifestaient envers lui était surtout due à une question de respect de posture sociale mêlée à de la crainte, il lui semblait que ce qu’il décelait émaner de la blonde était environné d’une sincérité réelle et totale. En tous cas, il aimait à le croire et n’avait jamais eu à se plaindre de quoi que ce fut au sujet de la Lideuil.
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Message Mar 31 Jan 2012 - 6:06

Deana fut l’une des premières debout, elle s’extirpa de ses couvertures et peaux et fut saisit par le froid, la nuit avait été fraiche, elle remit son armure et sortit, le sol était légèrement gelé mais cela fondrait dès les premiers rayons du soleil qui, pour le moment, n’était pas levé, par contre la neige n’avait pas tenu, c’était une excellente nouvelle qui donna le sourire à la blonde. Le gros du camp dormait encore et elle hésita un instant à réveiller les troupes à pied et les meneurs de charriots pour leur dire de partir en avance, mais si Beron ne l’avait pas fait, il avait peut-être ses raisons, et en aucun cas elle ne voulait aller contre ses ordres. Elle alla chercher du bois pour raviver le feu et se soulager dans les fourrés puis elle entreprit de préparer le petit déjeuner avec ceux qui en étaient chargé pour gagner du temps. Le temps… il était compté, l’ascension était longue et pénible et il fallait qu’ils arrivent avant la nuit ou elle serait encore plus dangereuse. Le camp commença à se démonter encore plus vite qu’il ne s’était monté, elle mangea rapidement, prépara son cheval. Lorsque le Lord sortit enfin pour annoncer le départ imminent, la Lideul fut soulagée de voir que le soleil était à peine levé et qu’il leur restait une chance d’arriver avant la nuit s’ils ne trainaient pas en route. Elle aurait voulut demander à son Suzerain de prendre la direction des opérations pour la journée arguant qu’elle connaissait le terrain et la route à prendre ainsi que ses dangers, mais elle n’osa pas, elle devait le protéger lui après tout, pourtant elle n’aurait même pas eut besoin d’autant de mots pour le convaincre. Elle se porta néanmoins à l’avant de la file, indiquant aux éclaireurs les dangers à éviter et le chemin le plus sûr, recueillant leurs indications et ne se mêlant pas aux conversations de la troupe.

« Bonjour Monseigneur. » Répondit-elle un peu précipitamment quand il se porta à sa hauteur. Jusqu‘ici, elle était concentrée sur sa mission et se comportait normalement, mais là il lui parlait et voila qu’elle perdait ses moyens, rageant intérieurement contre elle-même, elle se força à fixer l’horizon. Mais quand il lui dit qu’il aimerait qu’elle soit à l’avant, elle tourna la tête vers lui et son visage s’éclaira et elle répondre en souriant. « Avec grand plaisir ! » Un peu trop enthousiaste là non ? « Lord Beron. » Elle baissa les yeux un instant avant de reprendre, son sourire avait disparut, mais pas son regard à la fois joyeux et sérieux. « A ce propos, si nous voulons arriver avant la nuit, il faudrait forcer l’allure pendant que nous le pouvons encore, mais nous risquons de prendre de l’avance sur les charriots et les hommes à pied, je ne sais pas ce qui est le mieux, pour votre sécurité j’aimerais que nous soyons à l’abri avant le coucher du soleil, mais vous êtes le seul à pouvoir prendre la décision de séparer vos troupes. » Elle attendit sa réponse et se plia à ses ordres sans rechigner avant d’ajouter une dernière remarque. « Je ne sais comment vous remercier pour la tente, je n’ai jamais voyagé dans des conditions aussi confortables, je dors très bien dehors, j’aime bien être réveillée par le chant des oiseaux, mais là je dois dire que j’ai eut beaucoup moins froid que d’habitude, c’est très agréable… » Elle le salua de la tête avant de prendre un petit galop énergique qui fit voleter ses cheveux dans tous les sens et battre ses tresses sur son dos pendant que son bassin accompagnait les mouvements de sa monture, elle se porta à la rencontre des éclaireurs pour leur donner les dernières instructions.

La montée dans la prairie fut rapide ainsi que la traversée du plateau, mais quelques temps après qu’ils aient commença l’ascension le long du glacier il se mit à neiger, assombrissant le ciel et rendant la montée plus pénible, mais pas vraiment beaucoup plus dangereuse finalement, car en lieu et place d’un chemin de pierre dure et de cailloux traitres, ils eurent le doux tapis blanc des flocons qui feutra les pas des chevaux et des hommes. Deana avait donné des instructions pour se prémunir des Lynx, plaçant des archers aux endroits stratégiques et enjoignant tout le monde à se tenir sur ses gardes, les éclaireurs allaient par deux pour éviter les surprises. Plus le soleil déclinait, plus ils montaient, plus elle demandait à ce que la troupe soit le plus groupé possible, le plus gros risque étant pris par les hommes isolées, l’avant et l’arrière de la file. Ils allumèrent des torches dès le crépuscule, tenant les animaux sauvages à l’écart et leur permettant d’avancer en tout sécurité sur le chemin certes assez large, mais escarpé, d’un côté le flanc de la montagne de pierre grise et froide et de l’autre un gouffre dont on ne voyait déjà plus le fond perdu dans les feux et les ombres du soleil couchant. Mais finalement, peut-être grâce à ses précautions, tout se déroula sans encombre et ils arrivèrent en vue de la Chaine du Loup peu de temps après la tombée de la nuit, elle était tout ouïe à l’avant de la file mais aucun Lynx ne se fit entendre, on ne put qu’entendre au loin des loups et des aigles. Quand ils furent sur le dernier tronçon avant le col, elle chargea des hommes de s’occuper de la fin du trajet qui ne présentait pas plus de risque que tout le reste et elle demanda à Dark Mountain de prendre le galop le plus rapide qu’il puisse prendre sur la neige, faisant voler des gerbes blanches dans son sillage elle se rendit dans son ancienne demeure à vive allure pour prévenir le chef de famille de l’arrivée imminente de son Suzerain.

- Ouvrez vos portes ! Lord Beron Stark de Winterfell arrive ! Un jeune homme pointa le bout de son nez du haut du mur qui encerclait la ville, bien que ville soit un bien grand mot et mur aussi d’ailleurs.
- T’es qui ? Le gamin devait être âgé d’une dizaine d’année, si elle l’avait connu il n’était alors qu’un bébé, elle répondit d’un ton sec et sans appel.
- Appelles Barristan il te dira qui je suis. Et dépêches toi !
Quelques minutes plus tard, c’était Barristan lui-même qui passait la tête par-dessus le muret, et lui n’eut pas besoin de se hisser à la force de ses bras et de ses jambes car il était plus grand que cette muraille destinée surtout à empêcher les ours d’attaquer le village.
- Deana ! J’aurais dû m’en douter, même pas foutue de se présenter… Il commença à ouvrir le lourde porte de bois, un des rares éléments composé de se matériau rare dans les environs. Va prévenir Le Lideuil, qu’il mette la viande à rôtir et le vin à chauffer.
- Mon frère, comme je suis heureuse de te voir ! Elle mit pied à terre et ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre. Tu as grandit non ? Elle sourit en s’écartant de lui.
- Et toi non à ce que je vois… Répliqua-t-il en riant doucement.
- Nous n’avons pas le temps d’avoir cette discussion hélas, je dois repartir à la rencontre de la file pour être certaine que tout se passe bien, tenez vous prêt ! Elle se remit en selle avec légèreté et repartit de plus belle vers les hommes de Winterfell pour finir la route avec eux. Cette galopade dans la neige avait été un moment de pur plaisir sans parler des retrouvailles avec son frère, elle arborait un sourire jusqu’aux oreilles et sentait son cœur serré par tous les souvenirs que cette région faisait ressurgir en elle, mais personne ne pourrait voir ses yeux mouillés dans la pénombre des torches vacillantes.

Ainsi lorsque le Stark et ses accompagnateurs, grades, frères, hommes d’armes, charriots, arrivèrent aux portes, elles étaient ouvertes et tout le village était sorti avec manteaux de peau et bougies et ovationna son suzerain que la plupart des membres n’avait jamais vu. Mais ici, rien à voir avec Winterfell, il y avait en tout et pour tout une dizaine de maisons tout en pierre du sol au toit, et les habitants étaient pour la plupart était issus de branches cadettes du clan Lideuil, les être humains sensé préférant trouver refuge dans la ville d’hiver du Stark plutôt qu’ici. On sentait l’odeur de la bouse et du crottin qui brûlait dans les cheminés, mais les jeunes enfants n’en étaient pas moins émerveillés de voir une telle démonstration de puissance, au contraire, puisque le Lideuil devait compter trois fois moins d’hommes que cette escorte pourtant réduite. Ils s’arrêtèrent devant l’entrée de la demeure du chef de clan, Dean reconnu Moira et les deux fils d’Andrik, Ashara et son époux avec leur ribambelle d’enfants, Cersei, elle aussi accompagnée de son mari, Barristan, bien sûr et quelques autres têtes. Certains avaient grandis, d’autres vieillit, mais son père qui se tenait debout devant tout ce petit monde agenouillé avait, malgré les huit ans de plus, toujours cette prestance et ce charisme, un visage carré dissimulé par une barbe touffue et de longs cheveux qui avaient été blonds mais n’étaient plus que gris, il était grand et large d’épaules, impressionnant, comme dans ses souvenirs. Il siffla et les gamins se précipitèrent vers les invités de marque ainsi que sa fille et après quelques courbettes leur enjoignit de démonter, Deana emmena Beron et ses frères au devant du maitre de maison et fit les présentations, pendant que tous s’inclinaient devant leur suzerain, plus ou moins bas selon leur rang et du côté du Lideuil, un hochement de tête fut tout ce qu’il put obtenir, par contre le maitre des lieux souriait de toutes ses dents et dès que le protocole façon clan des montagnes fut achevé, il jeta un coup d’œil à Ashara, un autre à Barristan et il prit le Lord par les épaules pour l’emmener à l’intérieur.

« Bienvenue chez moi Lord Beron, cela fait bien longtemps que nous ne nous sommes pas vus ! Ma demeure est trop petite pour une telle troupe, mais nous allons trouver une solution, mon fils va s’occuper de vos homme, en attendant venez vous réchauffer et soyez mon hôte aussi longtemps que vous voudrez. Leo, mon petit fils, vous servira d’échanson, il peut vous conduire à votre chambre si vous le souhaitez… »

Pendant ce temps là, Ashara et Cersei kidnappaient Deana qui protesta quelques temps avant que ses sœurs lui aient dit que c’était une volonté expresse de père, elle se plia donc à leur petit jeu et les suivirent à l’étage. En fait de château, les Lideuil possédaient une sorte de grosse tour carré, plus large à la base qu'aux étages, assez haute et dotée d’une quinzaine de chambres tout au plus, il avait certainement fallut serrer tous ce petit monde pour faire de la place pour le Lord et sa garde rapprochées, mais tout le monde ne pourrait pas dormir ici. D’ailleurs, la grande salle qui s’ouvrit bientôt sur les yeux du Stark n’était pas comparable à celle de sa forteresse, pas d’estrade, une table d’honneur et trois tables disposées perpendiculairement à cette première, même pour manger il faudrait se serrer ! Samwell proposa la place d’honneur à Beron avant de s’asseoir à côté de lui et de laisser les membres de la garde grise prendre place à la table d’honneur, des servantes servirent du vin chaud, du pain et du sel, du beurre, et d’autres choses à grignoter, mais on sentait déjà le fumet des viandes de gibier en train de rôtir dans les cuisines. Il n’y avait pas de musiciens, mais l’hydromel coulait à flot et bientôt la musique fut inutile tant la pièce était petite, la promiscuité et le bruit importants.

« Alors comme ça ma fille fait partie de la Garde Grise. » Samwell s’éclaircit la gorge. « Je suis honoré, c’est qu’elle ne doit pas être si mauvaise que ça avec une épée. Je suppose que vous savez tout, j’imagine que vous saviez avant qu’elle ne vous le dise. » Il fronça les sourcils « Je vous l’aie empruntée, mais je vais vous la rendre n’ayez crainte. » Il sourit.

Pendant ce temps là, au dehors, Barristan expliquaient aux invités que tout le monde était convié au banquet, mais que la demeure étant trop petite, la plupart d’entre eux devraient dormir chez l’habitant, les palefreniers s’occupaient des chevaux et des charriots et chaque maison recevait son lot d’invités surprise. Les enfants étaient pour la plupart partis se recoucher et les femmes préparèrent des couches douillettes près du feu et dans les chambres. Une fois que tout cela fut organisé au mieux, Barristan rejoignit son père, son neveu, son suzerain et les membres de la Garde Grise à la table d’honneur.

« Je crois que j’ai fait une erreur avec elle, on ne force pas une Nordienne des clans à se marier… » Il se mit à rire doucement. « Pour peu qu’elle ne m’ait jamais appartenu, je sais bien que désormais ce n’est plus à moi qu’elle doit rendre des comptes. Mais sachez que je tiens à elle autant qu’à mes autres filles… » Il soupira. « C’est peut-être pour ça que je ne voulais pas lui voir prendre les armes… »

A l’étage, Cersei frottait le dos de Deana et Ashara brossait ses cheveux, la blonde ne disait pas non à un bon bain chaud, mais elle trouva que ça n’était absolument pas le moment et voyant que ses sœurs n’écoutaient pas ce qu’elle disait, fit tout pour accélérer le mouvement.

- Père a dit qu’aucune de ses filles ne porteraient d’arme à un banquet dans sa maison. Dit Ashara de sa voix douce
- Mais je dois être capable de protéger Lord Stark dans toutes les circonstances !
- Le protéger contre quoi… tu sais très bien qu’il ne craint rien ici. L’ainée des filles Lideuil sourit à sa petite sœur qui était désormais plus grande et plus forte qu’elle, mais toujours autant à l’écoute puisqu’elle haussa les épaules en signe d’approbation et finit par se lasser faire.
Elle redescendit avec les deux jeunes femmes, juste après que leur frère soit revenu…

« N’est-elle pas plus belle vêtue de velours et de satin ? » Le Lideuil avait posé la question plus pour lui-même qu’autre chose, mais il n’avait pas pu s’empêcher de mettre un léger coup de coude à Beron sous le coup de l’enthousiasme alors qu’il la regardait faire son entrée aux côtés de ses deux autres filles toutes aussi blondes et tout aussi charmantes.
« Regardez-moi la Bloody Lady en dentelles ! » ironisa Barth avant que le maitre des lieux ne lui lance un regard sevère.

Ses cheveux détachés ondulaient jusqu’à sa taille et elle portait une robe de coton blanc décolleté à bretelles accompagnée d’un long surcot de velours vert rehaussé de pommes de pin brunes brodées sur les liserés de satin blanc qui ourlaient les longues manches évasés, le bas qui trainait presque par terre et ne laissait voir qu’une toute petite part de la robe de coton du dessous et le col ouvert jusqu’aux lacets de satin qui serrait le mantelet de sous la poitrine jusqu’à la naissance des hanches. Elle avait reconnu l’un des plus belles robes que possédait sa mère et s’était étonné de rentrer dedans, quand au fait d’être habillée en fille devant Lord Beron et les hommes de la garde, elle avait eut beau protester, sa grande sœur avait été intraitable, c’était la volonté de père et elle devrait s’expliquer avec lui si elle refusait de la mettre, ça ferait un scandale et le Stark serait mécontent. La blonde plia donc et s’installa timidement entre Barristan et Maclen. Ce dernier était le plus vieux fils d’Andrik qu’elle avait mis du temps à reconnaître tant il avait grandit et forcit en ces quelques années, il était devenu un homme. Finalement, c’était peut-être lui qui hériterait du titre et de la forteresse ainsi que de la charge de protéger le village Loupdeuil, les pics Blancs Crocs, et surtout le Col de la Pleine Lune. Son neveu quand à lui flanquait le père qui était à côté de son suzerain et de l’autre côté, les cinq autres membres de la Garde Grise. Quand à Leo, le petit frère de Maclen, il avait bien grandit lui aussi et se tenait debout droit comme un i derrière le Lord prêt à le servir s’il le demandait. Le reste de la maisonnée avait dû être évincé des réjouissances pour faire de la place à l’escorte du Stark car elle ne vit ni le maitre d’arme, ni septon Ust, ni Cliff le bâtard, ni Dopard et Ewan les gardes de père. En bas sur les autres tables, il y avait Ashara et Tormund Knott, Cersei et Kark Slate, Moira, ainsi que les hommes de Winterfell. On leur servit de l’hydromel, le peu de vin aux épice ayant probablement été terminé, et peu de temps après les viandes suivirent : du faisan, du sanglier, mais aussi du bouquetin et du faucon accompagné d’avoine bouillie et de légumes en potée. En désert, gâteaux au miel encore une fois arrosés d’hydromel, Deana adorait ça, mais elle freina dès qu’elle sentit les premiers picotements dans ses membres, elle n’était pas du genre à finir chantant et dansant sur la table contrairement à d’autres…

- Deana ! Un de ses jours j’aimerais bien voir comment tu te bats, j’espère que tu fais honneur à ton clan chaque fois que tu portes les armes !
- Oui père. Si nous restions je pourrais vous le montrer dès demain ! Et si je n’étais pas affublée de cette foutue robe dès ce soir…
- Très bien, très bien… Tant que notre jeune Lord t’estime assez douée pour le protéger je n’ai pas de souci à me faire sur tes talents, la seule question est, avec qui tu as appris ça.
- Andrik, Don, Theo Wull et Barth Snow que voici. Deana sourit et désigna le jeune bâtard qui lui avait tant apporté dans son art, les autres lui ayant surtout donné des bases et de quoi entrer tout en bas de l’échelle dans la garde de Winterfell.
- Don, mon maitre d’arme ? Le Lideuil grogna pendant que la blonde acquiesçait. Et il reprit en levant sa coupe de fer : « A NOS FEMMES DU NORD ! » Libres et sauvages, pensa-t-il. Et c’était vrai surtout dans ses montagnes où les traditions étaient différentes de celles des plaines, plus proches des coutumes sauvageonnes, les filles n’appartenaient finalement à personne, elles couchaient avec qui elles voulaient et ne se mariaient que si elles le désiraient, mais Samwell espérait tout de même que sa fille ne soit pas allé aussi loin dans la liberté…

Bientôt les chansons prirent le pas sur la nourriture qui était presque épuisée bien que les quelques servantes que comptait la pseudo-forteresse passaient encore entre les tables pour proposer du rabe de gâteau et de miel ainsi que de l’alcool, toujours, et l’une d’elle faisait même de l’œil à Barth en montrant un décolleté plus que généreux pendant qu’elle le servait avec tout un tas de sourires et de gloussements.

« Obéis femme ! » C’était Kark, le mari de Cersei, il avait crié si fort que le silence se fit et les regards se tournèrent vers lui au moment même où il envoyait une claque puissante dans le visage de la douce blonde. Le Lideuil se raidit, Deana se leva, mais aucun des deux n’eut le temps de faire quoi que se soit que Tormund, un homme immense et puissant au crâne rasé et à la barbe hirsute lui décocha un coup de poing dans la mâchoire, le couchant en une seule fois.
« Excusez-moi Mon Seigneur… » Le Lideuil se leva et prit le jeune homme par le col pour le jeter dehors en disant : « Personne ne frappe ma fille dans ma maison ! » Il se rassit et Deana aussi, mais elle ne put s’arrêter de fixer sa petite sœur qui baissait la tête pendant qu’Ashara lui parlait.

Pour détendre l’atmosphère, Barristan, Maclen et Tormund qui les avait rejoint se mirent à taper en rythme sur la table pour entonner La Belle et l'Ours reprise en chœur par tous les hommes de la salle, soit plus de 80...
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Message Jeu 9 Fév 2012 - 14:33

« Avec grand plaisir ! »
La réponse, aussi enthousiaste qu’inattendue, avait véritablement surpris le Stark qui, bien qu’habitué à l’inégalable constance énergique de Deana dès qu’il s’agissait de remplir les tâches qu’elle recevait de son Seigneur, n’en demeura pas moins légèrement pantois.
Le Loup savait la jeune femme de la Garde Grise tout aussi capable que ses homologues masculins. Elle compensait sa relative faiblesse de force physique pure par une somme incalculable de qualités toutes aussi précieuses et qui, à l’arrivée, achevait de légitimer à son égard le rang qui lui avait échu à leurs côtés. Et parmi cet ensemble conséquent de qualités, il en était quelques unes qui plaisaient particulièrement à Beron et qui, à chaque fois que Deana les révélait à lui, le confortaient dans le choix pourtant en apparence saugrenu et ouvertement contesté, d’intégrer une femme à sa désormais célèbre Garde Grise. L’une de ces qualités était l’inébranlable régularité avec laquelle la belle blonde s’exécutait à remplir les charges qui lui étaient attribuées. Elle venait d’en faire une nouvelle fois la plus éclatante des démonstrations. Et Lord Stark avait même, l’espace d’un bref instant, nettement aperçu un franc sourire illuminer le doux visage de la jeune femme. C’était dire. Pourtant, quelques secondes plus tard, elle se drapait à nouveau dans son manteau de sévérité farouche et, le regard perçant l’horizon, amoncelait une sérieuse couche de recommandations afin que le voyage vers son ancien foyer se révélât le moins long et dangereux possible. C’était aussi ça, Deana. Un délicat mélange d’enthousiasme et de fraîcheur que contrebalançait un subtil assemblage de rigueur, de détermination et d’âpreté sauvage. Une femme glaciale et implacable comme le Nord mais dont le sourire et le visage radieux pouvaient parfois, lors de très brefs instants aviver des brasiers qui auraient pu faire fondre le Mur lui-même !
Le Loup-Garou écouta avec attention les préconisations de la Lideuil et, en quelques signes brefs de sa main gantée, les éclaireurs de la colonne s’éparpillaient vers l’avant, tels une volée de moineaux virevoltant aux recommandations de la dame de la Garde Grise.
Les conseils de la Lideuil s’avérèrent en effet, très utiles et de bon aloi puisque la petite troupe au Loup-garou connut dès lors une progression régulière et sereine malgré les difficultés du voyage. La route s’amenuisa bientôt en un frêle chemin qui mena tortueusement les hommes de Winterfell sur des déclivités glacées et délicates d’abord qui, sans les observations de Deana, n’auraient jamais été empruntées par la petite formation. Les chariots passèrent en de nombreux endroits avec difficultés mais au final, il fallut bien reconnaître le temps précieux qu’un tel itinéraire avait permis de gagner.
Le nord sauvage les encercla alors, envoûtant et indompté, habité d’une faune parfois intrigante et parfois hostile mais en permanence tenue à l’écart par les éclaireurs et leurs torches. Quelques Lynx furent, en de rares occasions entraperçus mais tellement lointains qu’on ne les distinguât que très brièvement. Des aigles, des cerfs, bouquetins et écureuils furent par contre régulièrement croisés et l’on pu même entendre, par moment, les hurlements ensorcelants de loups. Le Stark apprécia particulièrement ces instants rares et magiques où il semblait que la terre du nord et les hommes qu’elle avait enfantés s’unissaient alors en de troublantes et inconcevables rencontres.

*
* *

Après de longues heures de marche et de chevauchée rythmées par les lancinants grincements des essieux des fourgons et des chariots, la journée s’était consumée sans que la monotonie ait gagné quiconque en apparence. Pas le Stark en tous cas. Ebloui par la nature sauvage et son expression pleine et entière de férocité indomptée, il avait vécu le périple jusqu’au Loupdeuil comme un rite profond et intérieur de retour aux sources ancestrales et aux berceaux millénaires des tout premiers hommes du nord. Il s’était imprégné de la force des monts et des forêts, la bestialité du vent glacé de l’automne et avait savouré tout cela profondément et posément. Ce n’est qu’à la nuit tombée que la troupe du Loup-garou parvint enfin au petit village blotti près des palissades réconfortantes et protectrices, bien que modestes, de la vaste demeure du clan Lideuil.
Deana Lideuil avait, une fois de plus, parfaitement rempli la mission qui lui avait été assignée. Certes, la nuit avait enseveli les ultimes lieues de leur difficile chevauchée dans des nimbes obscures et incertaines et escorté leur monture dans les pentes sinueuses et gelées des derniers lacets du col menant à Loupdeuil mais le résultat était là : ils atteignaient le fief de Lord Samwell sans avoir eu à bivouaquer une seconde fois en pleine campagne. Ce fut peut-être pour sécuriser les derniers hectomètres de cette longue et pénible étape ou plus sûrement pour annoncer l’arrivée du Stark, mais la Lideuil procéda, entre le moment où ils atteignirent enfin le haut plateau du sommet duquel le clan Lideuil veillait sur la vallée et celui où les hommes chevauchant en tête de convoi, parvinrent devant les portes de la grande demeure du vieux Lord, à plusieurs allées et venues. Au moment de descendre de cheval, Lord Beron Stark aperçut l’épaisse et noueuse silhouette voûtée de Lord Samwell. Il fut conduit vers le chef de clan par sa fille elle-même, la blonde Deana qui, visiblement émue par ses retrouvailles, remplaçait l’absence de mots par un sourire constant et d’une blancheur éclatante…
Lord Samwell adressa un discret signe de tête à son suzerain alors que celui-ci s’avançait vers lui et sa famille qui, debouts et stoïques dans le froid de la nuit, se massaient les uns contre les autres afin d’accueillir comme il se devait le Loup-garou.

« Bienvenue chez moi Lord Beron, cela fait bien longtemps que nous ne nous sommes pas vus ! Ma demeure est trop petite pour une telle troupe, mais nous allons trouver une solution, mon fils va s’occuper de vos hommes, en attendant venez vous réchauffer et soyez mon hôte aussi longtemps que vous voudrez. Leo, mon petit fils, vous servira d’échanson, il peut vous conduire à votre chambre si vous le souhaitez… »

L’accueil était des plus courtois et semble-t-il des plus sincères. Lord Beron Stark en apprécia la chaleur et la simplicité avant de répondre brièvement.

- Je me sens chez vous comme chez moi, Samwell, votre accueil ne saurait être meilleur… Quant à notre nombre, nous nous serrerons un peu et aurons plus chaud, n’est-ce pas ?

Il adressa un regard rapide vers le jeune Leo dont l’impeccable raideur paraissait un garde-à-vous maladroit mais très touchant… Le petit-fils du Lideuil manifestait visiblement toute sa détermination à son montrer exemplaire en tous points. Le Loup sourit tendrement et se tourna vers ses jeunes frères à qui il décocha un regard beaucoup plus dur qu’il accompagna d’une pointe d’ironie.

- Repos, jeune homme ! Le jeune Leo se détendit quelque peu mais non sans relâcher son attention ni quitter le grand Stark des yeux. Vous pourriez même prendre exemple sur ce garçon, vous autres ! Lâcha Beron à l’attention des deux jumeaux qui, encore une fois, brillaient plus par la nonchalance de leur complicité gémellaire que par le maintien dont ils auraient dû se vêtir en pareille occasion. Ron et Al se rigidifièrent sur ces mots.

Le Stark se reporta ensuite sur Lord Samwell.

- Il est vrai que j’ai l’impression qu’un siècle s’est écoulé depuis notre dernière rencontre, rigola-t-il. A l’époque mon père vous avait reçu à Winterfell et je crois pouvoir dire que ma tête ne devait pas encore atteindre la garde de votre épée ! dit-il en désignant l’arme qui pendait au côté du vieux Lord. Votre petit-fils est admirable, je vous remercie de me le confier pour quelques heures, conclut-il en se débarrassant de son lourd manteau à capuchon qu’il tendit au garçonnet. Tiens, mon grand, veux-tu bien monter cela dans ma chambre, s’il te plaît ?

Sur ces entrefaites, les principaux membres de la cohorte de Winterfell suivirent le chef de clan à l’intérieur de l’immense demeure qu’il partageait avec les siens. A l’extérieur, les hommes du Stark commençaient à décharger quelques affaires et faisaient emmener en cuisines différentes caisses de vivres qui avaient été amenées en remerciement de l’accueil sur ordre du Loup.
L’intérieur de la vaste propriété composait assez aisément avec la rudesse du climat et ne dépareillait que bien peu avec la rudesse de l’environnement. Les salles et couloirs étaient habillés de tentures, certainement pour amortir les affres du froid, et la décoration sommaire attestait de la simplicité d’être de ces gens accueillants. Les Lideuil faisaient depuis longtemps partie des plus fervents vassaux de Winterfell, leur engagement auprès du Loup-garou n’avait jamais été démenti ni tempéré et le Stark pensa durant quelques instants qu’il était regrettable que des gens avec de si ferventes convictions et de si fermes valeurs ne soient pas plus nombreux. * Si tous mes vassaux étaient aussi droits et fiers que les Lideuil, le Nord serait sans aucune comparaison la plus puissante couronne des Sept ! * Comme ils parvenaient dans la plus vaste salle de la maisonnée, Lord Stark fut tiré de sa réflexion par le Lideuil qui claironna :

« Alors comme ça ma fille fait partie de la Garde Grise, je suis honoré ! C’est qu’elle ne doit pas être si mauvaise que ça avec une épée. Je suppose que vous savez tout, j’imagine que vous saviez avant qu’elle ne vous le dise. »

Fronçant ces épais sourcils au-dessus de son regard franc et direct, il précisa :

« Je vous l’ai empruntée, mais je vais vous la rendre n’ayez crainte. »

A cet instant, Lord Beron se rendit compte soudainement que Deana avait effectivement disparue. La joie des retrouvailles, sans doute… Le Loup était flanqué de sa Garde Grise et ne courait absolument aucun risque et il était lui-même, par-dessus le marché, il ne fallait pas l’oublier, un combattant redoutable armé d’une épée légendaire. Qui songerait un instant attenter à ses jours ici-même et en cet instant ? La jeune femme pouvait s’égailler avec ses frères et sœurs, il ne comptait pas sur elle pour le moment et imaginait sans peine la joie qu’elle devait ressentir en retrouvant ainsi sa famille.

Le Loup répondit avec diplomatie.

- Eh bien cher Samwell, oui ! Votre fille fait bien partie de la Garde Grise ! Cela vous surprend-il ? Il désigna de l’index de sa main gantée un groupe d’hommes en armes qui les suivaient à quelques pas de là. Remarquez que ces quelques là ne sont qu’une petite poignée de tout ceux qui s’en sont, eux aussi, étonnés à l’époque à l’époque où je l’y ai promue… Enfin ! Eux au moins avaient-ils l’excuse de ne pas la connaître réellement… Le Loup fronça les sourcils en direction du Lideuil tout en faisant mine de lui tenir quelque reproche d’importance. Alors que vous, Samwell, n’avez aucune excuse de n’avoir pas pressenti, malgré qu’elle fût votre fille, tout le potentiel qui sommeillait en elle ! Il se passa négligemment la main dans les cheveux et ses boucles brunes semblèrent à ses doigts une multitude d’anneaux de bronze. Mais sans être père, je comprends cependant que vous eussiez pu escompter autre vie pour votre fille que celle qui est désormais la sienne…

Le vieux Lord répondit l’air pensif…


« Je crois que j’ai fait une erreur avec elle, on ne force pas une Nordienne des clans à se marier… » Il se mit à rire doucement. « Pour peu qu’elle ne m’ait jamais appartenu, je sais bien que désormais ce n’est plus à moi qu’elle doit rendre des comptes. Mais sachez que je tiens à elle autant qu’à mes autres filles… » Il soupira. « C’est peut-être pour ça que je ne voulais pas lui voir prendre les armes… »

- Elle est pourtant très douée armes en main ! , soutint pourtant Lord Stark… Peut-être aurez-vous, d’ici notre départ, l’occasion de le constater…

Les blagues fusèrent sur ce sujet et sur d’autres alors que les coupes se remplissaient et se vidaient avec constance. Le froid était un fier partenaire pour qui voulait s’abreuver d’alcool et les gens du fief semblaient être d’aussi formidables videurs de chopes que ceux de Winterfell. Barth Snow ne fut pas le dernier à vider les coupes et balancer des boutades… L’une d’elle égratigna immanquablement sa cible favorite, Aaron Ryswell dont la mine ulcérée lorsqu’il eut entendu la blague, fit beaucoup plus rire l’assistance que la blague elle-même. Barth faisait un massacre en même temps qu’un festival… Chacun en prenait pour son grade sauf les deux Lords, Stark et Lideuil, qui n’en riaient pourtant pas moins aux éclats… Une des blagues effleura l’absente Deana mais un regard glacial de la totalité de l’assistance refroidit subitement Snow qui laissa un rire hébété se perdre dans le néant de l’inacceptation générale. Ici, on ne touchait visiblement pas à la fille du pays !

Et comme on venait justement de mentionner sa personne, la blonde fit alors son apparition. Dans un premier temps le brouhaha de l’assemblée ne prêta guère attention à son arrivée, mais la tenue qu’elle portait et la voix sonore avec laquelle son père s’exprimât alors attirèrent immédiatement tous les regards sur elle.

« N’est-elle pas plus belle vêtue de velours et de satin ? »

Tout en disant cela, le Lideuil venait de balancer un maladroit coup de coude dans les cottes de son suzerain qui, par l’entremise du choc, tant physique que visuel, en laissa choir le morceau de viande qu’il s’apprêtait à engloutir. Il crut s’étouffer au moment où il l’aperçut… mais n’en laissant rien paraître, il se ressaisit bien vite et adressa une réponse des plus convenues à son hôte.

- Votre fille est très belle, Lord Samwell ! La tenue que vous lui avez choisie la sied à ravir. Et c’était effectivement le cas ! Beron avait rarement porté un regard aussi troublé sur la jeune femme. L’épisode du bain l’avait, il était vrai, frappé par la surprise qu’il avait engendrée mais il ne se souvenait pas, depuis ce jour-là, avoir une seule fois perçue en la belle blonde un accent de féminité aussi marqué. Elle était une femme, voilà bien une évidence… et une évidence criante à la vérité ! Ainsi vêtue, elle paraissait une autre et elle-même à la fois. Il n’aurait pas su pourquoi, ni comment le formuler si on le lui avait demandé, mais apprêtée de la sorte, elle se révélait autrement. Moins sauvage, plus docile. Certes il suffisait de chercher des yeux son regard acéré et de s’y perdre pour être à nouveau assailli par l’image de la Deana qu’il connaissait. Deana la guerrière, Deana la combattante, Deana la farouche… Elle qui s’employait avec tant de talent et de constance à camoufler sa féminité et ses courbes, se voyait soudain cruellement désavouée par la robe de satin. Du malheureux satin assorti de quelques pointes de velours et voilà Deana révélée, telle qu’elle aurait pu être et telle qu’elle ne l’avait jamais souhaité. Sa peau joliment dorée trahissait de façon plus certaine de longues heures passées sous les lueurs miroitantes de la neige baignée de soleil qu’elle ne l’aurait était si elle s’était comportée comme toute ces dames du sud, réfugiées du soleil pour préserver la blancheur de leur peau satinée et apprêtée de façon à mettre en valeur l’ensemble. Deana, elle, était délicieusement ambrée. Ces épaules, légèrement révélées offrait une vision délicate de sa nuque dégagée d’une chevelure blonde jusqu’à présent encombrante et ici légèrement ramassée et relevée. Le décolleté légèrement plongeant de la jeune femme faillit faire loucher plusieurs fois Lord Stark qui, tentant de fermer la bouche sans avoir l’air trop ridicule, effectuait de violents efforts pour ne pas se laisser aller à une contemplation trop béate. Le Loup reporta son regard d’acier ailleurs mais non sans se priver d’un dernier et bref coup d’œil sur les lignes sublimes de la blonde, ses hanches gourmandes, sa taille fine et svelte, finement lacée dans un étourdissant amoncellement de lanières de soie qui partait du bas de son dos jusqu’à ses omoplates. Il détourna enfin le regard, de peur qu’elle ne le surprenne, mais il réalisa bien vite qu’il n’en aurait jamais rien été puisque les yeux de la jeune femme, visiblement gênée de débarquer de la sorte dans la salle pleine à craquer, ne s’était jamais risqués à s’élever jusqu’à lui ou jusqu’à quiconque. Elle les redressa finalement et traversa l’assemblée d’un pas particulièrement sûr et décidé, tête haute, regard lointain et inaccessible, jusqu’à ce qu’elle se fut assise, pleine de grâce malgré son air emprunté et parfois gauche. Flanquée de ses sœurs, elle devait se sentir bien plus rassurée que si elle avait été entièrement seule…

« Regardez-moi la Bloody Lady en dentelles ! » ironisa alors Barth. Le regard sévère et plein de violence de Lord Lideuil s’abattit alors sur le coquin bâtard et le figea sur place, glacé de la tête aux pieds.

Le repas repris son cours et s’égaya dès lors de rires gras et de tintement d’acier et d’étain alors que les plats valsaient entre les tables avant de s’y venir poser en humectant de jus et de sauces les larges tranchoirs des convives bruyants. L’alcool coulait à flot, l’ivresse montait et quelques accrochages survinrent, inévitables dans de telles conditions de promiscuité arrosée.
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Message Dim 12 Fév 2012 - 16:01

Dans la clarté d’une nuit de pleine lune, se détachaient nettement sur le ciel d’un bleu sombre et parsemé d’étoiles scintillantes, les deux pics pointus et blancs comme des canines qui entouraient le col si jalousement gardé. Ils brillaient de la neige accumulée sur leurs sommets et les aspérités de leurs versants, comme deux présences fantomatiques sur la route du Nord. Toute la journée Deana avait pensé aux Crocs du Loup, sachant que dès lors qu’ils les verraient ils seraient tout proche d’arriver et elle toute proche de revoir sa famille, mais quand elle les vit enfin devant ses yeux, elle fut émue par leur beauté autant que par tous les souvenirs que cela ravivait en elle. Après son aller retour elle reprit place aux côtés de Beron tout en ne cessant de fixer les cimes acérées où seuls les meilleurs grimpeurs pouvaient se hisser et ce au prix de nombreux dangers. Mais ils étaient à Loupdeuil, et tout le village s’était massé pour accueillir le Lord, pendant que la blonde passait en revu els visages éclairés par les lumières vacillantes des torches en reconnaissant certains, s’étonnant que la vieillesse en ait marqué d’autres et souriant à la vue des enfants qui n’étaient plus des enfants. Sa famille était là, au complet, devant elle, et si Samwell avait déjà vu le Stark, il n’était pas inutile de faire les présentations, elle s’y employa donc après avoir mit pied à terre et laissé son cheval aux bons soins d’un gamin d’une dizaine d’années. Ils allaient effectivement devoir se serrer et nul doute que la grande salle qui ne faisait pas un quart de celle de Winterfell allait rapidement se réchauffer, Le Lideuil acquiesça avec un sourire.

« Soit, il sera fait selon votre désir. » Le vieil homme à la voix caverneuse fit un signe à Barristan pendant que Maclen, déjà immense et blond comme les blés, l’ainé d’Andrik, à priori le futur chef du clan, mais encore bien jeune du haut de ses seize ans plaisantait par gestes avec les jumeaux Stark, à priori il se moquait de son petit frère en caricaturant son air sérieux et sa position rigide. « Votre mémoire est bonne Stark ! Mais je vois que vous avez grandit, et moi je vieillis voyez vous. » Le Lideuil éclata d’un rire tonitruant avant de reprendre. « Il est admirable quand ça lui chante, mais c’est lui-même qui a insisté pour vous servir, j’ose donc imaginer qu’il sera exemplaire. » Il baissa un regard sévère mais plein de tendresse sur Leo avant de reporter son attention sur le Sombre Loup.

Leo Lideuil prit le manteau du Sombre Loup et parut presque disparaître derrière mais il fit néanmoins un signe rapide de la tête et courut dans les escaliers pour s’exécuter. Il revint peu de temps après et se remit à flanquer Beron, droit comme un piquet, muet comme une carpe. Il avait grandit, tout comme son grand frère et la marmaille d’Ashara, tout comme Cersei elle-même, qui étaient encore toute jeune la dernière fois que Deana l’avait vu. Avant d’être emmenée par ses sœurs, aussi blondes qu’elle, quoi que leurs cheveux soient plus dorés et les siens presque blancs, Deana se surprit à sourire, elle était tellement heureuse de revoir tous ce petit monde ! Pas qu’elle regrette de les avoir quitté, ça non, elle s’était battue, avait gagné l’honneur de protéger son Lord, c’était distinguée sur le champ de bataille, avait vu du pays, était allée jusqu’à Port-Réal, mais ils lui avaient tellement manqués. Elle constatait avec bonheur que rien n’avait changé, que passé les formalités d’usage, son père était toujours aussi débonnaire et bon-vivant, ses sœurs toujours aussi belles et gentilles, son cadet toujours un charmant charmeur, les enfants toujours aussi adorables mais aussi turbulents que leur âge leur en donnait le droit, le mari de sa sœur ainée portait toujours sur elle des regards d’amoureux transi et glacials sur quiconque posait les yeux sur elle un peu trop longtemps. Rien n’avait changé, la pierre et l’air étaient toujours aussi froids, mais le cœur et le sang des habitants étaient chauds et chaleureux.

Samwell hocha la tête, certes il était surpris, la dernière fois qu’il avait vu Deana se battre, elle avait un peu plus de seize ans, elle avait le gabarit d’un moineau et des jambes d’échassiers, grande mais maigre comme un clou et un visage d’enfant que d’ailleurs elle avait toujours plus ou moins. A l’époque, elle savait manier la pique aussi bien que n’importe quel homme pour chasser, mais de là à tuer un ennemi, il ne l’en aurait jamais cru capable, quand à ses talents à l’épée, ils restaient encore fort mal dégrossis malgré les entrainements auxquels elle s’astreignait, et surtout elle manquait encore cruellement de force et d’endurance. Il était loin d’imaginer quelle combattante émérite elle était devenue grâce aux conseils avisé de Barth entre autre. Mais il se rendit aussi compte pendant que Beron parlait et désignait les comparses de sa fille qu’il était terriblement fier d’elle et que tant qu’à désobéir et devenir une guerrière contre la volonté de son père, elle avait au moins eut le mérite d’aller jusqu’au bout et même au delà de toute espérance en se créant un nom et une réputation. Et puis si le Stark estimait qu’elle était digne de la Garde Grise, c’est qu’elle devait l’être et quoi de plus honorable que de le servir, il aurait préférer lui donner un fils mais si c’était sa fille qui se distinguait, après tout, pourquoi pas. Quand aux regards désapprobateurs du Lord il ne les releva pas et se contenta de sourire.

« Ce serait avec plaisir, combien de temps souhaitez vous rester ? J’imagine que vous ne pouvez pas vous attarder trop longtemps mais j’espère que vous nous ferez l’honneur d’une journée de repos pour vos hommes et vous. »

Il espérait autant faire honneur à son Lord en l’accueillant chez lui quelques temps que d’avoir le temps de parler un peu à sa fille enfin revenue au bercail, quand à la voir à l’œuvre, ça il en avait vraiment hâte, mais il fallait surtout resserrer les liens familiaux un peu disloqués par son départ, les enfants d’Asahara ne la reconnaissaient plus, les deux fils d’Andrik se souvenaient d’elle comme dix ans auparavant, lui n’avait aucune idée de ce qu’elle devenait ni de ce qu’elle pensait, ni de ce qu’elle avait fait, rien du tout, et comme elle était au service du Loup, il n’y avait aucune garantie qu’ils auraient le temps de se revoir, et pour lui qui était au crépuscule de sa vie encore moins que pour els autres membres du clan Lideuil.

« Merci Lord Beron. Remerciez Ashara, bien heureusement, ce n’est pas moi qui choisit les tenues de mes filles, se serait à coup sûr, beaucoup moins seyant. » La magnifique blonde flanquée de six enfants et d’un époux de trois têtes plus grand qu’elle et du double de sa largeur costaud et poilu comme un ours, tourna la tête vers la table d’honneur à l’évocation de son nom et adressa un sourire et un signe de tête respectueux au Suzerain.

Le visage de Deana était cramoisi, et elle aurait aimé disparaître dans l’instant, mais elle ne fit que serrer les dents et aller s’asseoir à sa place laissée vacante jusqu’ici. Non seulement maladroit, le Lideuil était loin de savoir à quel point sa fille était timide et avait en quelque sorte honte de sa féminité, et la blonde le maudit intérieurement tout en s’asseyant, il avait OSE demander ça à Beron, c’était une catastrophe, elle allait mourir s’il disait non. Mais il répondit oui, et bien qu’elle n’aurait jamais cru pouvoir sentir ses joues plus brûlantes que quand son père avait hélé le Lord, et bien ce fut le cas dans l’instant. Elle regarda la tranche de viande qu’on venait de lui servir avec insistance tout en se disant qu’elle n’arriverait jamais à avaler quoi que se soit. Non vraiment, elle ne pouvait pas supporter que tout le monde la regarde et encore moins son Suzerain et qu’il dise qu’elle était belle, c’était n’importe quoi, il avait probablement répondu par pure politesse, et elle haïssait Samwell pour le tour qu’il lui avait joué avec l’aide de ses sœurs. Ses mains tremblaient, elle les posa sur le table pour les stabiliser et releva enfin la tête comme pour poser un regard glacial sur l’assistance mais en réalité elle ne regardait ni ne voyait rien, elle essayait simplement de se calmer, de ralentir sa respiration, de recouvrer une couleur normale, de retrouver ses mots et une once de raison.

Elle tenta après plusieurs minutes un regard vers lui, cela la démangeait, il avait dit qu’elle était belle tout de même, était-il fou ? A moins que ça ne soit elle, folle à lier, oui, qu’allait-elle donc s’imaginer, qu’il pensait vraiment ce qu’il venait de dire ? Elle n’était pas une femme, elle ne pouvait pas être belle, elle était une guerrière, belle seulement avec une épée et une armure. Elle était la protectrice de Beron et il ne pouvait pas la voir comme une femme, il ne devait pas la voir comme une femme. Et puis, le Roi du Nord avec une femme des clans, elle rêvait complètement, il prendrait pour femme une Lady, une véritable Dame, d’une grande famille de vassaux du Nord ou bien même d’ailleurs, elle était une Lideuil et ne possédait rien d’autre que sa lame, certainement pas de quoi satisfaire un tel homme et encore moins de quoi payer une dot, c’était ridicule il fallait vraiment qu’elle cesse de penser à lui en ses termes ! Quand à cette histoire de robe était une bêtise monumentale, elle n’était pas prête de pardonner le patriarche. Elle tourna donc la tête et leva doucement les yeux vers lui, prête à regarder de nouveau son assiette, mais elle vit ses yeux gris sur elle, et même croisant le bleu des siens. Elle se raidit un instant mais ne parvint pas tout de suite à détourner le regard, comme pétrifiée par un mélange de peur et d’incertitude, de froid et de chaud, d’amour et d’admiration. La sensation de ne plus rien contrôler et de tomber dans un puits sans fond la prit, son cœur s’accéléra et, alors qu’elle détournait la tête vers la salle, honteuse et de nouveau écarlate, elle n’arrivait pas à s’enlever cette image de la tête, de ses deux yeux de glace qu’elle fuyait depuis l’épisode de la rivière et qu’elle avait trouvé différents des rudes regards qu’il lançait parfois à ses hommes.

Suite à la mise à la porte de son mari, Cersei entama une discussion houleuse avec son ainée, autour les conversations et les chants avaient repris et Dean qui les fixaient à présent ne put en saisir aucun mot. Elles parlaient tout bas penchées sur la table, mais d’après les gestes d’Ashara, elle put aisément deviner qu’il y avait désaccord et que cela mettait la cadette dans tous ses états, par contre Tormund Knott les regardait d’un air sévère mais ne semblait pas en savoir d’avantage. Cersei se leva au bord des larmes et quitta la salle le plus discrètement possible avant qu’Ashara la rejoigne d’un pas décidé et le visage emplit de colère après avoir glissé un mot à l’oreille de sa fille ainée âgée de six ans qui se précipita vers la table d’honneur et tira sur la manche de Deana.

« Tata Deana. Maman veut que tu viennes. »

Deana posa les yeux sur la petite, d’abord d’un air sévère parce qu’elle essayait de comprendre puis elle se radoucit et posa une main sur la joue de la blondinette en souriant.

« Vas lui dire que j’arrive. »

Elle se tourna vers les deux Lords qu’elle aimait le plus au monde et leur demanda la permission de prendre congé, son père grogna et demanda ce qui se tramait mais elle répondit qu’elle n’en savait rien et qu’elle reviendrait le plus vite possible et qu’en attendant Leo pourrait prendre sa place pour manger un bout car il était toujours immobile dernière Beron et n’avait rien avalé. Elle se leva, et s’excusa auprès du Stark puis inclina la tête avant de prendre la direction de la porte que les deux femmes du clan avaient empruntée un peu avant. Lorsqu’elle retrouva ses sœurs, Cersei était en larmes et Ashara furibonde se tourna vers Deana avant de s’exclamer.

« Tu sais quoi ?! Kark frappe Cersei depuis le soir de leurs noces ! Il l’a tellement battue qu’elle a perdu leur premier enfant ! Il frappe notre sœur, Deana… »

Le regard de la guerrière en jupons passa de l’une à l’autre pendant quelques instants le temps que l’information fasse son chemin puis elle explosa littéralement.

- Quoi ?! Je vais le tuer ! JE VAIS LE TUER ! CERSEI ! Pourquoi n’as-tu rien dit avant ?! Tu aurais dû m’écrire ! Tu aurais dû le dire à père !
- Je ne voulais pas briser mes vœux, je ne voulais pas nous attirer des problèmes avec les Slate, je… je… Ses derniers mots se perdirent dans ses sanglots.
- JE VAIS LE TUER ! Hurla Deana pour toute réponse avant de reprendre la direction de la grande salle, de la traverser et d’en sortir comme une furie. Dehors, elle écouta un instant et chercha des yeux une ombre éventuelle ou n’importe quoi qui puisse lui indiquer où il était. Elle entendit du bruit dans l’écurie et s’en approcha.

« KARK ! VIENS ICI REPONDRE DE TES CRIMES ! Tu as battu ma sœur ! MA SŒUR ! » Sa voix s’étrangla et elle ne pur que penser la suite : Tu lui as fait perdre son premier enfant, n’as-tu pas honte de frapper la femme qui porte ton fruit en son sein et à laquelle tu es lié par un serment divin ?! Tu devais la protéger !! Elle entra, rouge de colère et s’apprêtait à lui sauter dessus pour el rouer de coups, mais à sa grande surprise, au lieu de trouver un homme désarmé, elle se retrouva nez-à-nez avec les trois pointes d’une fourche de bois. « Oh vraiment ! » S’exclama-t-elle sur un ton où on percevait tout sauf la peur.

Elle esquiva un premier coup et porta la main à sa hanche avant de prendre conscience qu’elle n’était pas armée et en robe qui plus est ce qui manqua de lui faire perdre l’équilibre. Ashara qui l’avait suivi hurla et la traita de folle tout en insultant le jeune époux de sa cadette qui était restée dans le couloir effondrée mais aux bons soins de sa fille qui avait assisté à toute la scène. Deana recula pour ne plus être à porté de l’arme de fortune qui pourrait tout de même salement l’amocher s’il la touchait alors qu’elle ne portait aucune protection, mais c’était sans compter sa rage. Entre temps, un jeune palefrenier était arrivé et repartit aussi sec vers la grande salle pour appeler de l’aide. La blonde esquiva un nouveau coup et parvint à se saisir du manche de la fourche et à l’arracher des mains de son assaillant, la colère lui donnait des ailes, mais ne rendit pas pour autant ses vêtements pratiques pour le combat. Elle lui donna un coup dans le ventre du bout du manche et il tomba à la renverse pendant que la Nordienne faisait tourner la fourche au dessus de sa tête pour lui planter dans la gorge, mais elle retint son geste au dernier moment et, les yeux emplis de rage, elle desserra à peine les dents pour dire :

« Tu ne mérites pas que je commette un crime. Lèves toi, je vais demander justice à notre suzerain et nous verrons bien quel châtiment il te réserve. »

L’homme vêtu de laine noire et de lin blanc fit mine de se lever et alors que Deana se relâchait et écartait la fourche de son adversaire, il en profita pour en prendre le bout et le tirer vers le sol se relevant et du même coup déséquilibrant la jeune femme qui tomba en avant et se prit le manche dans le sternum ce qui lui coupa le souffle un instant. Cela suffit à la faire lâcher prise et elle s’affala sur le flanc, elle tenta de se relever mais Kark s’était déjà retourné et venait de lui envoyer un grand coup de pied dans les côtes avant de lui sauter dessus et de l’étrangler à genoux sur elle. Malgré la force de la guerrière qui ne faisait aucun doute, il avait le dessus et elle avait beau se débattre elle ne parvint pas à lui faire lâcher prise. Ashara avait recommencé à hurler et un loup lui répondit dans la nuit, mais elle était pétrifiée. La fourche était tombée à plusieurs mètres de là et l’homme était assis sur la poitrine de la blonde, les genoux lui bloquant les bras, elle avait beau se débattre, plus elle essayait de se dégager plus elle se fatiguait et s’essoufflait sans pour autant arriver à le faire bouger d’un pouce ou même lâcher sa prise sur sa gorge. Elle n’avait pas peur, mais la rage parlait plus que la réflexion et pas une seconde elle ne prit le temps de reprendre des forces pour parvenir à trouver une solution efficace, et du côté de Kark, la folie lui donnait une force supérieure à ce dont on aurait pu s’attendre. Elle essayait bien de donner des coups de genoux dans le dos de son adversaire, mais elle n’arrivait pas à l’atteindre avec assez de force pour le déséquilibrer, et il était beaucoup plus lourd qu’elle. Elle tenta à plusieurs reprises de dégager ses bras, mais là aussi ne rencontra que des échecs cuisants, et elle arrivait de moins en moins à respirer, la tête lui tournait et sa vue se brouillait, elle perdait toutes ses forces et peu à peu conscience, sa sœur était partie pour chercher de l’aide…


Dernière édition par Deana Lideuil le Dim 19 Fév 2012 - 23:45, édité 1 fois
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Message Mar 14 Fév 2012 - 17:21

La grande salle de réception de Lord Samwell résonnait du tintamarre du banquet que le maître des lieux donnait en l’honneur de son Suzerain. En tous endroits résonnaient verres et coupes, cliquetaient couteaux et plateaux. Virevoltaient entre les longues tablées, de nombreuses jeunes femmes qui ravitaillaient, semble-t-il sans limite, les chères surchargées de mets en tous genres, mais principalement du gibier, des légumes et des céréales. Le tout était arrosé, toujours plus que de raison de maints alcools rudes mais savoureux. Les vociférations des uns couvrant le brouhaha des autres, c’était à grand fracas que hommes et femmes rassemblés là fêtaient avec joie et insouciance, la réception en leur fief, du Gouverneur du Nord. Celui-ci mangeait peu mais observait beaucoup, encouragé dans ses infidélités dînatoires par l’extrême volubilité du Lideuil qui ne cessait d’étonner le Sombre Loup par sa bonhomie et son affabilité. Non que le Stark doutât de la sincérité de son hôte mais il gardait du vieux lord un souvenir certes indistinct mais pourtant entrecoupé d’éclairs précis dans lequel le Lideuil s’ébrouait entre bougonnerie et dureté. Mais c’était là une époque lointaine, un contexte différent et un lieu dissemblable. A l’époque il n’était qu’un marmot batifolant dans les mailles de son père et c’était Lord Cregan lui-même qui recevait, parmi d’autres vassaux, le Lideuil à Winterfell. Vingt années séparaient sans doute les deux instants. Peut-être même plus.
En cette soirée de fête, Lord Samwell était bien plus avenant que le souvenir que le Loup avait, par delà les ans, maladroitement gardé de lui. Le Lideuil proposa à son Suzerain de rester à Loupdeuil tant qu’il le voudrait. Cette perspective, sans être totalement exclue ne serait pour autant pas suivie de faits puisqu’il fallait au Stark et à ces hommes rallier au plus vite Tour Ombreuse où la nomination du nouveau Lord Commandant ne les attendrait pas. Devant tant d'obligeance, le Stark se promit pourtant de différer de quelques heures son départ prévu pour le surlendemain, afin que son hôte puisse profiter le plus possible de la présence de sa fille dont le retour impromptu semblait le mettre en une joie réelle et profonde. Et à propos de celle-ci, il fallait bien reconnaître que les retrouvailles marquaient, pour elle aussi, une importance évidente. N’était-elle pas ici métamorphosée ? Depuis qu’elle avait reparu, changée en lady par la grâce d’une simple robe, les commentaires étaient allés bon train sur sa personne. Toujours positifs, à ce que pouvait en juger le Stark, bien qu’il ne pouvait entendre se qui se disait à bonne distance de la tablée des Lords. Certes, la tentative de blague de Barth immédiatement avortée par le regard sévère du Lideuil sur le maître d’armes avait bien tenté un léger contraste avec l’unanimité environnante, mais les mots du Loup à l’attention de son hôte avaient fini par atténuer immédiatement la légère tension née de cette malheureuse ébauche de raillerie... Le Lideuil s’était d’ailleurs montré immédiatement séduit par les compliments de son Suzerain, nuançant toutefois la part qui aurait pu être la sienne dans l’initiative de la robe.

« Merci Lord Beron. Remerciez Ashara, bien heureusement, ce n’est pas moi qui choisis les tenues de mes filles, se serait à coup sûr, beaucoup moins seyant. »

La réponse du Lideuil amusa Lord Beron qui, affalant sur l’épaule massive de Samwell une tape amicale, leva sa coupe en direction du vieux seigneur et trinqua de plus belle.

En raison de l’entassement des convives et de la régularité avec laquelle chacun vidait sa coupe avant d’être illico resservi, l’ambiance, toujours bonne s’électrisa néanmoins quelque peu, et l’on vit même deux hommes en venir aux mains. L’un deux semblait être, pour autant que le Loup put en juger avant que l’homme ne se relève et quitte la salle furibard, un des gendres de Lord Samwell. Si la mémoire du Loup ne lui jouait pas de tour, il devait s’agir du mari de Cersei, l’une des sœurs de Deana... un dénommé Kark ou Karl, Lord Beron s’agaça de ne pouvoir s’en souvenir avec exactitude. Le différend apparemment aplani, la soirée reprit de plus belle, toujours plus festive et arrosée.
Pourtant, et alors qu’alentours les festivités battaient leur plein, survint au beau milieu de l’assistance un homme visiblement âgé, de petit taille, rabougri et ratatiné sur lui-même comme une pomme qui aurait séché sous le soleil d’automne. Il s’approcha de Lord Samwell avec toute la mesure et la lenteur que lui imposaient ses vêtements amples et encombrants avant de glisser quelques mots à l’oreille du maître des lieux qu’il accompagna d’un geste tremblotant par lequel il remit au vieux lord un pli visiblement scellé. Après un bref coup d’œil en apparence inquiet vers son suzerain, celui-ci décacheta le pli d’un doigt sec et incisif avant de se plonger dans une lecture tout aussi brève qu’embarrassée. Lorsque son regard se détacha de la missive pour venir accrocher celui du Sombre Loup, le Lideuil semblait tout aussi navré que soucieux et ce fut avec un empressement apparent qu’il tendit le message à Lord Stark. La réception semblait bien devoir être gâchée par la mystérieuse correspondance. Non sans empressement mais avec toute la retenue que son rang lui ordonnait, Beron se saisit du parchemin et le lut avec avidité. * Il ne manquait plus que cela * déplora-t-il intérieurement. Puis, à mots couverts et à l’adresse du seigneur des lieux, il ordonna d’un ton calme et à voix basse : - Inutile d’alarmer tout le monde pour le moment ! Laissons chacun profiter de la soirée et j’aviserai, d’ici quelques heures, lorsque la situation le permettra un peu plus facilement... Auriez-vous un écritoire où je pourrais m’isoler afin de rédiger diverses notes à ce propos ? Lord Samwell claqua des doigts et un employé de maison s’avança jusqu’à son siège. Le Lideuil lui donna plusieurs directives qu’il accompagna d’un grand renfort d’indications gestuelles amples et sèches. Le serviteur disparut quelques instants après. De son côté, le Stark adressa au jeune Leo qui stationnait toujours impassiblement droit au côté du Stark mais légèrement en retrait par rapport à celui-ci, un regard bienveillant accompagné d’un sourire auquel le garçonnet répondit de toute sa jeune dentition de lait décimée par endroits. Le Stark tenta ensuite de faire comme si rien n’était venu troubler le repas et alors qu’il repensait encore à cette missive - * rhaaa, ces foutus fer-nés* rageait-il intérieurement – chercha du regard quelque élément réconfortant sur lequel reporter son attention... Ce fut tout naturellement que ses yeux dérivèrent vers la blonde Deana, princesse d’un soir dans sa jolie robe verte.
Lord Stark, malgré qu’il tentât à plusieurs reprises de se persuader du contraire, était décidément intrigué et troublé de voir un des membres de la Garde Grise ainsi vêtu. Deana se révélait désormais si différente de celle qu’il avait connue jusqu’à présent ! Le Sombre Loup se surprit, à plusieurs reprises, à laisser s’égarer ses yeux dans sa direction et à la trouver chaque fois aussi séduisante que détournée de lui et plongée dans la contemplation de son tranchoir. Peu à peu, il lui semblait qu’elle devait se sentir relativement à son aise dans cette tenue pourtant si inconcevable quelques brèves minutes encore auparavant. Il la surprit même à rire aux éclats suite à la remarque certainement désopilante d’un convive placé à son côté et dont il ignorait totalement l’identité. Elle conversait aimablement, à droite comme à gauche, échangeant avec tous ceux qui se trouvaient à proximité. Quelques minutes plus tard, pourtant, Lord Stark la vit se lever alors qu’une fillette toute petite venait d’accourir auprès d’elle à la table d’honneur et de lui glisser quelques mots à l’oreille. Négligeant brièvement sa tenue et rassemblant vivement ses robes et jupons d’un geste autoritaire qui lui ressemblait tout à fait, elle se dépêtra de l’encombrant berceau que formaient autour d’elle les accoudoirs de son siège et se hâta dans l’allée. Elle disparut entre deux tentures et, quelques minutes plus tard, passa en sens inverse, apparemment contrariée ou, en tous cas, arborant un visage grognon que le Stark lui connaissait bien. Il plaisanta d’ailleurs de la chose avec Barth, en prenant garde à ne pas être entendu de Lord Samwell.

- Et bien voilà notre princesse redevenue sauvage !?

- L’était trop dur pour elle, ce rôle-là ! ironisa immédiatement Barth, trop heureux de se voir ainsi offert l’autorisation d’une brève boutade. Lui aurait bien dit, moi, qu’une louve peut pas s’enfiler de robe à moins de se limer les griffes !

Et tous les deux éclatèrent d’un rire si complice que le jeune Aaron Ryswell se sentit apparemment soudain visé puisqu’il jeta vers le maître d’armes un regard sévère avant de se détourner complètement. Mais le fou rire des deux hommes cessa quelque peu lorsque, quelques minutes seulement après la traversée complète de la vaste salle par Deana qui s’était pressée à l’extérieur de la demeure, une de ses deux sœurs, Ashara, emprunta, visiblement effrayée, le même chemin que sa petite sœur.
D’un geste sec de la tête dans la direction de la grande sœur de Deana, le Loup sembla ordonner à Barth de garder un œil sur ce qui se déroulait là sous leurs yeux. Et ce que le Stark pressentait survint malheureusement peu de temps après...

Quelques minutes plus tard, Ashara survint à nouveau visiblement apeurée et confuse dans la grande salle où, du plus profond de leur beuverie, personne ne prêta attention à son retour à part Barth, qui surveillait l’entrée, Lord Beron Stark qui surveillait Barth et Aaron Ryswell et ser Kendrik Crakehall qui surveillaient le Loup. Ashara vint s’écrouler, tremblotante dans les bras de Barth et son regard, plein de larmes et manifestement plein d’effroi, se mêla à celui, résolu, de Barth Snow pour interpeller de toute la puissance d’une supplique silencieuse Lord Stark qui se redressa lentement de son siège...

*
* *

Le lourd Kark, assis à califourchon sur Deana allongée au sol sur le dos et qu’il écrabouillait de toute sa masse tentait de porter ses grosses mains poilues sur le coup de la jeune femme afin de l’étouffer. Au sol, gisait à quelques mètres de lui la fourche ave laquelle il s’était attaqué à elle, pourtant désarmée, et qui, écartée à bonne distance de la zone de combat, avérait la correction qu’il venait de prendre par la jolie blonde. Celle-ci se tenait pourtant étendue sous lui, cédant minutes après minutes à la pesanteur de son hideux opposant, comprimée et bloquée sous ses braies repoussantes et vineuses. L’alcool avait visiblement fait son œuvre et précipitait inexorablement l’épais soudard dans un abîme de folie sans retour. Ses grands battoirs semblaient vouloir saisir et serrer le cou de la guerrière qui, bien que soumise à la domination pesante du bonhomme se battait comme une louve protégeant sa portée face à un ours aveuglé par la faim. Elle ne paniquait pas mais sa défense, amoindrie par la situation et la position qui étaient les siennes, se faisait de moins en moins efficace. Si ce grand balourd ne cédait rien à son opposante, celle-ci risquait fort d’étouffer sous sa masse et de perdre connaissance sous peu. La blonde faiblissait à vue d’œil et ses mains se relâchèrent peu à peu, cédant sous l’imposante carrure du molosse. Celui-ci renifla alors bruyamment et se pencha sur la jeune femme désormais à demi consciente. Son haleine repoussante accompagna un rire glauque et sournois alors qu’il s’apprêtait à attraper la gorge de Deana pour la comprimer entre ses mains noires et épaisses.
Comme ses mains allaient se poser sur la jeune femme, un ombre cacha un instant la clarté de la lune. Il s’arrêta, saisi. Alors qu’il se redressait et se détourner d’elle pour comprendre, deux ombres supplémentaires lui voilèrent brièvement l’astre nocturne. Il se redressa, toujours au-dessus de la jeune blonde inanimée, et ses yeux aveuglés par la boule d’argent dans le ciel noir distinguèrent une grande silhouette ténébreuse qui se découpait sur le clair de lune.

- Lâche-la ! ordonna une voix calme mais ferme. Le grand bonhomme se releva et grogna à l’attention de l’arrivant. Celui-ci, aussi grand que lui bien que beaucoup moins massif était impossible à reconnaître puisqu’il se tenait dos à la lune, à contre jour dans l’embrasure de la porte d’entrée des écuries.
Une autre voix se fit entendre, un peu sur la gauche : - Eh bien, eh bien, en voilà un qui ne doit pas tenir si fort que cela à la vie pour s’attaquer ainsi à la fille de son chef ! Le monstre d’homme était maintenant debout et se tenait immobile. Une troisième voix sur la droite anima la pénombre des écuries : - Ouaip, et même qu’il s’attaque à la Garde Grise... Ttt, ttt, ttt. L’est pas très fûté, c’ui là ! Veut mourir ou quoi ?

La masse d’homme parut brusquement prendre conscience de la folie de son acte et grogna de plus belle. L’alcool faisait son office.

Brusquement, il tenta de prendre la fuite en fonçant sur l’homme qui se tenait, impassible, à l’entrée de la grange. Mais sa tentative pour forcer le passage fut stoppée net par l’homme qui lui barrait la sortie. Kark avait tenté de le repousser violemment en arrière mais la silhouette sombre avait paré son bras projeté vers l’avant pour le raffûter et, lui retournant le pouce, puis la main, puis le bras, l’avait forcé à terre, le visage dans la fange. Kark ressentit la violente charge du genou de l’homme dans son dos. Il était maintenant dans la même position que Deana quelques secondes auparavant, au détail près était face contre terre, le nez dans la tourbe et la paille, les yeux pleins de poussière... - Et voilà, qu’en plus tu t’attaques à ton souverain protecteur ! Eh, bien mon gars, il va falloir que je décide ce que je vais faire de toi ! Car c’était bel et bien le Stark en personne qui, flanqué de Barth Snow, Aaron Ryswell et Kendrik Crakehall avait accouru pour secourir la jeune femme. Le Loup prit un malin plaisir à appuyer le poids de tout son corps sur l’homme étendu sous lui et de compresser sa cage thoracique entre le sol et son genou, fiché entre ses omoplates...

- Il est à vous ! dit-il en se relevant brusquement. Mettez-moi ça aux fers et au frais, je m’occuperai de lui demain ! Et il délaissa le grand Kark toussotant dans la poussière de paille et le crottin, aux bons soins de ses hommes qui se firent un malin plaisir de le relever à grandes secousses brutales. Le Stark se porta alors auprès de Deana qui se relevait péniblement de sa rencontre avec le grand Kark...

- Deana ! Tu vas bien ? sanglota Ashara qui, après être allée chercher de l’aide, avait suivi les quatre hommes jusqu’aux écuries et assisté à toute la scène.

- C’est terminé, Deana. Vous pouvez-vous lever ? demanda le Loup en s’accroupissant près de la belle blonde.
- En connais une qui ferait mieux de pas trop se trimballer en robe et sans armes ! ironisa Kendrik dans le dos du Stark mais sans que celui-ci lui prête la moindre attention.

- Ouaip, surtout que là, franchement, c’est le monde à l’envers ! renchérit Barth en s’éloignant avec le grand Kark mains dans le dos et escorté de Kendrik et Aaron. Ils étaient tous trois assez loin désormais quand le Stark entendit Barth ajouter : Faudrait voir à ce que madame oublie pas que c’est elle qui doit veiller sur le Lord et non l’inverse ! Le rire des trois compères se perdit dans la nuit.

Le Stark constata que Deana avait encore la tête qui tournait un peu et il demanda de nouveau :

- C’est bon ? Vous allez mieux, Deana ?
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Message Mer 15 Fév 2012 - 21:59

Était-ce à mettre sur le dos de l’alcool ou s’attaquait-il à toutes les femmes qu’il soit rond ou sobre ? Aux dires de Cersei, il ne la frappait que quand il buvait, mais il buvait tous les jours et plus que de raison. Dans l’esprit de la blonde, il était clair que l’alcool ne pouvait pas tout excuser, certainement pas ce genre de comportement envers une femme qu’il devait protéger et qu’il aurait finalement mieux valut protéger de lui. Il lui avait fait perdre son propre enfant à force de la rouer de coups, n’était-ce pas une preuve suffisante de sa folie ? Deana était folle de rage, et sa rage ne s’atténua pas le moins du monde alors qu’il la dominait de toute sa masse, au contraire se faire avoir de la sorte l’énerva encore plus, mais la colère est bien mauvaise conseillère et si elle avait réussit à le désarmer, elle n’arrivait pas à le faire lâcher prise et plus le temps avançait plus elle faisait des gestes inutiles et inconsidérés pour se libérer et plus il serrait sa gorge. Seulement Kark aussi était très vexé d’avoir été désarmé par une femme, et il prenait un malin plaisir à la maitriser et de colère, à l’étrangler sur place sans penser aux conséquences d’un tel acte. Ce qu’il pouvait être lourd, et fort, malgré l’alcool impossible à désarçonner, elle n’aurait jamais dû accepter de porter une robe et encore moins de se démunir de son épée, même sa dague elle l’avait laissée dans sa chambre, pourquoi avait-elle fait ça ? Pourquoi ! Elle parvint à dégager un bras pour le frapper, mais il vit le coup arriver et suite à ça, il améliora sa prise sur ses bras. Quelle idiote, plutôt que de le frapper j’aurais dû le l’attraper et tirer sur sa manche ! Une nouvelle fois elle essaya de se dégager pour le faire basculer préparant son impulsion, mais là encore se fut un échec, impossible de se libérer et le poids de l’homme sur ses bras lui faisait un mal de chien. Les coups de genoux dans le dos n’y firent rien, c’est à peine s’il l’atteignait et maintenant que les forces l’abandonnaient, ils étaient tout juste assez puissants pour le gêner. Dans une dernière tentative désespérée elle leva une jambe et s’aidant de l’autre essaya de la passer autour de lui pour le repousser, mais il était trop en avant sur elle, et la robe trop encombrante. Elle parvint, néanmoins à passer un pied, mais n’eut pas assez de prise pour l’amener en arrière et cette ultime botte lui ayant prit toute l’énergie qui lui restait et bien trop de souffle, se fut peu après qu’elle perdit connaissance.

« Le Lideuil n’est pas mon maitre, il n’est rien pour moi, je baise seulement sa fille… » Répliqua Kark en ricanant avant que Bath ne lui fasse prendre conscience qu’il venait de faire la plus grosse erreur de sa vie. Il disait vrai, il était là en tant qu'invité autant qu'en membre de la famille, si Samwell avait sut ce qu'il faisait subir à Cersei il n'aurait certainement pas partager le pain et le sel avec lui.

Pas une seule fois elle n’avait craint la mort, pas une seul fois elle n’avait ressentit la peur, tout ce qui avait régit ses actes était la colère et l’instinct de guerrière si profondément ancré en elle. Mais voila, en ce soir d’automne de retour chez elle, elle n’était pas un guerrière, elle n’en avait ni la tenue ni les armes et malgré des années d’entrainement à l’épée et à la pique ainsi qu’une certaine maitrise du corps à corps, elle aussi avait des limites. Et l’instinct de tuer du Slate en était une, lui avait su la faire déjouer, il avait su se montrer faible au bon moment pour reprendre le dessus et en un instant prendre une position où il était presque impossible de se dégager même à poids égale. Il avait su faire d’elle son jouet et alors, au lieu de réfléchir et de se servir de ce qu’elle avait toujours sur elle, même en robe et sans épée, à savoir son instinct de survie, sa rapidité et sa souplesse, elle avait refusé de le laisser gagner du terrain et tenté d’utiliser la force, c’est ce qui l’avait épuisé et maintenant qu’elle allait mourir elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même, mais il était trop tard pour y penser. Elle aurait dû se rendre compte que son ennemi faisant deux fois son poids, la prudence était de mise, elle n’aurait pas dû baisser sa garde, elle n’aurait même pas dû se rendre seule dans les écuries. Mais elle avait réagit comme la Bloody Lady au service du Stark aurait réagit, digne de sa réputation et de son impulsivité, sans même réfléchir au fait qu’elle était, de par sa tenue, en position de faiblesse. Alors le fait qu’elle soit parvenu à le désarmer et à l’envoyer au sol était un détail, elle avait malgré tout échoué et jetait ainsi le déshonneur sur son nom, sa maison et sur la Garde Grise et le Stark qui devait être saoul le jour où il avait choisi de faire d’elle une protectrice. Se faire étrangler par un soudard dans une écurie n’était pas une fin digne de tous les honneurs qui lui avaient été faits.

Elle se rendit compte qu’elle pensait, elle pensait à ce qui était en train de se passer, mais si elle pensait c’est que le sang et l’air était revenu à son cerveau, et alors, il devait avoir lâché prise. Toujours les yeux fermés elle put constater qu’elle ne sentait plus aucun poids sur elle et plus de pression autour de son cou, se fut à ce moment là seulement qu’elle fut réellement libérer et prit une grande inspiration qui lui fit tourner la tête. Kark s’était effectivement levé, mais elle ne voyait rien encore, pourtant ses yeux étaient ouvert, en tout cas elle le pensait elle s’en assura en portant la main à son visage, puis à son cou encore endoloris. Elle ne voyait rien mais pouvait sentir et entendre, Lord Stark…

« Et voilà, qu’en plus tu t’attaques à ton souverain protecteur ! Eh, bien mon gars, il va falloir que je décide ce que je vais faire de toi ! »

Les Dieux soient loués, elle était vivante, mais sa gorge se serra néanmoins, comme si, de nouveau, les mains du Slate tenaient son cou, mais c’était seulement la honte qui la submergeait. Non seulement elle n’avait pas réussit à maitriser son ennemi, pourtant un simple homme désarmé et alcoolisé alors qu’elle avait des années d’entrainement et n’avait presque pas bu, mais en plus il en avait été le témoin directe et au lieu que se soit elle qui le protège contre tous les dangers, c’était lui qui venait de la sauver. Pourquoi était-elle encore vivante pour s’en rendre compte ?! Pourquoi respirait-elle ?! Elle resta allongée alors qu’à la porte de l’écurie Beron confiait son beau frère à d’autres, et elle n’avait même pas besoin de les voir, elle savait qu’il y avait Barth Snow et Kendrik Crakehall et cela ne fit qu’ajouter à son malaise. Mais elle était bel et bien vivante, elle devait donc se lever, et si possible rapidement remettre sa robe en place sur ses jambes car celle-ci avait été autant malmenée qu’elle par le combat. Elle se redressa à la hâte mais retomba aussitôt prise par un violent vertige, puis plus doucement elle se mit sur son séant. La voix de sa sœur la sortit de sa torpeur, c’était probablement elle qui était allé chercher de l’aide dans la grande salle, et finalement, elle préférait ça que de mourir aussi bêtement au moins là aurait-elle l’occasion de se racheter. Cela ne l’empêchait pas d’avoir une furieuse envie de pleurer, mais elle ne versa pas de larmes préférant penser à ce qu’il lui restait à accomplir qu’à cet échec, ça n’était pas le premier et la dernière fois elle s’était promis de s’entrainer d’arrache-pied pour que cela ne se reproduise plus, hé bien donc elle savait ce qu’il lui restait à faire…

« Ça va… Oui, je… »

Elle avait encore peine à reprendre son souffle et portait des marques rouges sur le cou qui deviendraient bientôt des bleus, mais elle allait bien, elle n’avait rien finalement. Sa vue se fit plus nette, mais avant même que se sot le cas elle sut qu’il était à côté d’elle, elle reconnaitrait son odeur entre mille. Elle se leva, incertaine, et dut écarter les bras et les jambes une fois debout pour ne pas retomber sur le champ, malgré le brouillard qui régnait encore dans sa tête, elle entendit nettement les moqueries de ses amis. Ils avaient raison, sur toute la ligne, mais si les plaisanteries sur son sexe et ses faiblesses ne l’atteignaient plus depuis bien longtemps, ils venaient de toucher un point sensible, elle avait manqué à ses obligations et mis en danger son Lord. Elle grogna pour seule réponse, elle n’avait pas la force de répliquer et quand bien même, elle n’en avait pas le droit, elle sentit le nez lui piquer, des larmes encore, parviendrait-elle à les empêcher de couler ? Elle le savait avant de se lever, ça avait été sa première pensée quand elle avait entendu Beron, mais se l’entendre dire par le maitre d’arme était une toute autre chose. Mais le Lord ne semblait pas y prendre garde car il demanda encore une fois si elle allait bien, c’est sur qu’avec sa position instable elle ne devait pas avoir fière allure, elle se reprit donc et ravalant ses larmes du mieux qu’elle put, elle se redressa et planta son regard dans celui du Gouverneur du Nord avant de dire avec la gorge serrée mais en faisant des efforts pour se faire comprendre.

« Je suis désolée Mon Lord, j’ai faillit à mon devoir, j’ai juré de vous défendre et je ne suis bonne qu’à vous attirer des ennuis. Je n’aurais jamais dû accepter de laisser mon épée dans ma chambre. »

La guerrière se tourna vers sa sœur et d’une voix un peu plus assurée, elle reprit.

- Ashara, s’il te plait, va me chercher mes armes.
Père a dit non, va les chercher toi-même ma sœur, toi tu es libre de ne pas lui obéir.


Répondit l’intéressée d’un ton calme mais sans appel. La guerrière fronça les sourcils mais finit par hocher la tête en signe d’approbation. La blonde ainée s’éclipsa en silence après une courte révérence à Beron, elle savait très bien qu’après ce qu’elle venait de faire elle allait se prendre une sacrée soufflante de la part de son père, alors autant ne pas en rajouter en redonnant ses armes à Deana. Se faisant, une autre douleur plus ancienne se rappela à elle, dans un geste qui relevait plus du réflexe que de la réflexion, elle porta sa main à son flanc droit où malgré une bonne cicatrisation, une marque blanche de peau boursouflée se voyait encore même si elle était la seule, avec ses sœurs, à l’avoir jamais vue. Elle n’avait plus mal, plus vraiment, mais la perspective d’abandonner son Lord lui rappelait les pires souvenirs dont celui-ci, tranchant et sanglant, qui lui avait valut deux semaines à garder le lit pendant lesquelles elle avait rédigé un corbeau à son Suzerain pour lui rapporter ce qu’elle avait pu observer de leurs ennemis en attendant de pouvoir reprendre la route et lui faire son rapport de vive voix.

« Je vais me changer, mais avant je dois vous expliquer pourquoi j’ai agis ainsi. » Elle s’éclaircit la voix. « Cersei vient de m’apprendre que son époux, Kark Slate que vous venez de faire emprisonner la bat. D’après elle, c’est assez régulier et se serait à cause de ça qu’elle a perdu le premier enfant qu’elle portait de lui. Je suis vraiment désolée d’avoir gâché le repas donné en votre honneur dans la demeure de mon père, mais vous devez savoir qu’avant de s’en prendre à moi, il s’en est prit à sa propre épouse qui elle ne sait pas se défendre. » Elle essaya de percer ce qu’il pensait en le regardant droit dans les yeux. « Si demain vous le jugez pour avoir levé la main sur vous, je vous supplie de le juger aussi pour ce qu’il a fait à ma sœur. Quand à moi, je conçois que vous ne vouliez plus de moi dans La Garde Grise, je resterais avec mon père et lui obéirais comme je vous ai toujours obéis. J’ai trahit mon serment mais vous savez maintenant que ça n’était pas dans mes intentions, je n’imaginais pas que ça allait se terminer comme ça. Heureusement vous n’avez rien et maintenant que Kark est aux fers, il ne peut plus rien vous arriver, tout le monde vous aime ici, et je vois à son comportement que mon père est honoré de vous recevoir parmi les siens. Je suis vraiment désolée que vous ayez dû prendre le moindre risque pour moi. »

Ils étaient seuls, éclairés par la lune, dans l’arche marquant l’entrée de l’écurie, face à face et elle se remémora le serment qu’elle avait fait en entrant dans la protection rapprochée de Beron, de mourir pour le protéger, et aussi l’autre, celui qu’elle s’était fait à elle-même lorsqu’elle s’était rendu compte qu’elle l’aimait. Mais à quoi bon mourir vierge si c’était pour mourir vieille fille à Loupdeuil, si le Sombre Loup la désavouait et que son père voulait toujours qu’elle se marie, que ferait-elle, faudrait-il qu’elle accepte un époux qu’elle n’aimerait jamais comme elle aimait son Lord ? Il était tellement beau dans le clair de lune, il était grand, mais elle aussi, il la dépassait d’une tête, pas d’avantage, ses yeux gris reflétaient la lumière de l’astre de la nuit avec un éclat froid, ses boucles brunes dessinaient des ombres étranges sur son visage, et il avait cette odeur à la fois sucrée et musquée. Elle se rendit compte qu’elle le scrutait depuis un bon moment et se contracta faisant apparaitre les tendons de son cou meurtri puis détourna brusquement les yeux, gênée.

***

Entre temps Cersei était revenue dans la grande salle et avait prit place à côté de Barristan le cadet de la fratrie, Leo qui s’était longtemps demandé s’il devait suivre Beron ou pas étant donné les circonstances avant de se décider à rester avec sa tante qui malgré le fait qu’elle avait séché ses larmes gardait les yeux rougis et bouffis par le chagrin. Tormund Knott et aidait les hommes liges du Stark à mettre le prisonnier aux fers dans les caves qui servaient tout à la fois de garde-manger et de geôles, mais l’époux d’Ashara ne se priva pas d’un regard insistant à l’attention du bâtard qui, estimait-il, avait approché sa bien aimée d’un peu trop près. Kark vociféra pendant qu’on l’enfermait, accusant Deana d’avoir voulut le tuer, et son épouse de l’avoir trompé, et le monde entier de maux divers mais personne n’y prêta réellement attention. Pendant que Barristan expliquait à un Samwell furieux le pourquoi du comment de tout ce bazar, Ashara qui n’avait absolument pas suivit la demande de la blonde vint elle aussi rendre compte au Lideuil.

- Ma fille est une idiote ! Elle se prend pour qui pour passer outre mon autorité et celle de son suzerain ?! En plus elle a été battue par Kark me dis tu ? Elle me ridiculise !
- Mais papa.
- Tais-toi Ashara ! Tu connais parfaitement Deana, pourquoi a-t-il fallut que tu lui raconte tout dès ce soir et sans même m’en avoir avertit avant ?! C’est à moi de régler ce genre de problème, pas à elle et ça n’était pas le moment pour le faire. Te rend tu compte que sans l’intervention de Beron elle aurait pu laisser la vie ?! Je croyais que tu avais plus de jugeote que ça ma fille. Quand à toi Cersei tu auras dû m’en parler avant de faire éclater ça un soir comme celui-ci. Je voulais que tout soit parfait pour notre très cher Lord, mais il a encore fallut que vous y mettiez votre grain de sel ! Il soupira. Enfin… C’est au Stark de prendre une décision maintenant, je m’en remets à lui concernant Deana et Kark, mais vous deux ne vous avisez plus de me refaire un coup pareil hein !
- Papa, c’est toi qui lui as enlevé ses armes.
Samwell regarda son fils et grogna, hélas il avait raison, le Slate était bien plus grand et puissant que sa fille, et cette défaite ne prouvait pas qu’elle était faible, il devait se rendre à l’évidence, mais cela n’enlevait rien au fait que ses filles étaient ingérables et qui plus est lorsqu’elles étaient toutes les trois réunies.
- Femmes ! Vous m’ennuyez, allez dans vos chambre et n’en ressortez que quand vous aurez bien réfléchis à ce que vous avez fait.
- Nous aussi ?
demanda une servante.
- Mais non pas vous ! Vous vous continuez à nous servir !

Ce petit échange avait calmé bien des ardeurs et fait retombé l’ambiance, personne n’osait plus parler tant son charisme écrasait tout le monde sauf Beron, mais celui-ci était absent. Ces filles et ses fils y étaient, eux, habitués, aussi cela leur faisait moins d’effet, cela dit Ashara et Cersei n’en menaient pas large alors qu’elles remontèrent dans leurs chambres trouvant finalement refuge dans celle de Cersei qui en l’absence de Kark pour la nuit serait bien vide et froide. Une fois qu’elles eurent quitté la pièce, le Lideuil leva sa coupe et reprit d’une voix forte.

« Amis ! J’espère qu’en l’absence de femmes la fête sera plus agréable. Amusez vous ! Cela tient chaud ! »

Il but ce qu’il lui restait d’hydromel dans sa coupe d’un trait et se fit resservir. Barth, Kendrik et Aaron avaient repris place à la table d’honneur tout en se demandant s’ils devaient rejoindre le Stark maintenant sans autre protection que l’inefficace Deana mais aussi sans autre menace. Ronardt et Allan, les jumeaux Stark, se gaussaient avec Maclen d’une plaisanterie que ce dernier venait de faire, ainsi l’ambiance festive avait bien vite reprit le dessus dans la pièce ou désormais la boustifaille avait entièrement disparut ne laissant place qu’à d’avantage d’alcool, mais qu’en était-il dans les écuries, seuls deux personnes le savaient…
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Message Lun 20 Fév 2012 - 11:25

Deana Lideuil avait toujours été une combattante farouche et intrépide. La jeune femme, fidèle à sa réputation - pourtant travestie dans une robe verte - de guerrière fougueuse et sauvage, s’était jetée bravement sur le mari de sa grande sœur afin de venger celle-ci des affreux traitements que sa brute d’époux lui infligeait avec une régularité abominablement routinière. Emportée par un empressement de passion et d’impulsivité mêlées, la blonde s’était ruée toute robe et froufrous dehors, dénudée de tout lame ou protection particulière, à la poursuite puis à l’assaut de l’épais cogneur compulsif. Sa hâte l’avait conduit à se détourner d’un bon sens qu’elle savait pourtant manier en d’autres circonstances, et son amour pour sa sœur et l’exaspération qu’elle avait ressenti lorsque celle-ci lui avait livré toute la vérité sur le personnage, l’avaient amené à s’attaquer, désarmée, au solide Krak Slate. Alors qu’elle l’avait pourtant facilement dépossédé de son arme, l’inattention et l’emportement s’étaient associés pour permettre au puissant poivrot de la déséquilibrer et la mettre à la merci de sa pesanteur et de sa poigne.
Soumise à l’énorme masse qui l’étouffait, furieuse et farouche, elle s’était ensuite épuisée à se débattre inutilement, maintenue au sol par un adversaire trois fois plus lourd qu’elle. Seule la présence de sa sœur et l’alerte que celle-ci avait pu donner avait empêché que Deana ne succombe étranglée. Lord Beron Stark, Barth Snow, Aaron Ryswell et Kendrik Crakehall avaient alors accouru pour lui porter secours et, après avoir été rapidement maîtrisé, l’épais Slate avait été conduit à l’enfermement, laissant sa dernière victime étourdie et furieuse...

*
* *

La nuit constellait le sombre firmament d’une multitude d’étoiles scintillantes et la lune pleine, ronde et dorée s’offrait au ciel chaste de tous nuages comme une jeune vierge à un amant protecteur et réconfortant. A l’intérieur de la vaste demeure de Lord Samwell, la fête organisée en l’honneur du Stark devait battre son plein. Les échos sonores et vibrants de la vaste salle de réception trahissaient la chose et aspergeaient par moments le calme nocturne de clameurs soudaines.

A l’écart de tout ce tumulte tapageur, le froid et les ombres noctambules environnaient les écuries du Lideuil. Là, dans le cocon glacé de la grange, le brun Stark et la blonde Lideuil étaient plongés dans les yeux l’un de l’autre.

« Je suis désolée mon Lord, j’ai failli à mon devoir, j’ai juré de vous défendre et je ne suis bonne qu’à vous attirer des ennuis. Je n’aurais jamais dû accepter de laisser mon épée dans ma chambre. »

Le Stark allait tenter de l’apaiser un peu mais la blonde, voltait déjà vers sa sœur et exaspérée par l’incongruité de la situation elle lui ordonnait de lui rapporter ses armes... Le refus ferme de son aînée la maintint pantoise et affalée sur son séant. Alors qu’Ashara disparaissait à son tour, laissant Deana Lideuil seule face à son lord comme à sa honte, la jeune femme porta sa main à son côté. Beron se souvint alors de la blessure dont avait longtemps souffert la belle blonde lors des affrontements de Salvemer. Et tout à coup, lui revint en mémoire le compte-rendu de Deana à son retour du Conflans. * Les Fer-nés ! * La Lideuil avait été blessée par l’un d’un et avait dû être immobilisée plusieurs semaines avant de pouvoir remonter dans le nord.
Il posa machinalement sa main sur la sienne, comme pour vérifier de lui-même que son ancienne blessure ne la faisait pas souffrir à nouveau... Il la retira tout de suite. Quel idiot ! Elle n’était pas un compagnon d’armes ! Enfin, si ! Mais non... Enfin, elle était un homme d’armes, mais une femme et cela changeait tout, surtout vêtue comme elle l’était ce soir. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas le voir... Il se dégagea aussitôt et aussitôt elle retira sa main elle aussi.

« Je vais me changer, mais avant je dois vous expliquer pourquoi j’ai agi ainsi. »

Elle se précipita pour expliquer ce qui l’avait conduit à se jeter, désarmée – et qui plus était vêtue de la sorte – sur l’hideux balourd.

« Si demain vous le jugez pour avoir levé la main sur vous, je vous supplie de le juger aussi pour ce qu’il a fait à ma sœur. Quant à moi, je conçois que vous ne vouliez plus de moi dans La Garde Grise, je resterai avec mon père et lui obéirai comme je vous ai toujours obéis. J’ai trahi mon serment mais vous savez maintenant que cela n’était pas dans mes intentions, je n’imaginais pas que ça allait se terminer comme cela. »

Sa voix était empreinte de fébrilité, mais après ce qu’elle venait de vivre, le Loup pouvait le comprendre. Aussi, immédiatement il tenta de la rassurer, de l’apaiser du mieux qu’il put.

- Deana, il n’est pas question de vous exclure de la Garde Grise... Je vous veux près de moi ! Quant à votre serment, vous ne l’avez pas trahi puisque je suis bel et bien vivant, regardez ! Il s’écarta d’elle de quelques centimètre afin qu’elle puisse en juger. Un sourire naquit sur son visage. Je n’ai pas couru un bien grand danger, vous savez ! Rassurez-vous, je ne doute pas de vos intentions, Deana... Si quelqu’un s’en était pris à mes sœurs, j’aurais certainement agi de la même façon ! Il retint un sourire bien plus franc. Du moins, la robe mise à part ! Un trait d’humour ne ferait pas de mal... Elle était encore toute tremblante de fureur contre le grand Slate mais aussi peut-être contre elle-même...

Le regard de Beron s’était plongé dans celui de Deana. Le gris de ses yeux clairs fut absorbé par l’encre des yeux de la belle blonde. Belle, elle l’était assurément. Mais jamais le Stark n’avait posé les yeux sur cette évidence et jamais la féminité de la Lideuil ne lui avait semblé être un problème. Mais là pourtant, en cet instant précis, il devait bien admettre que tout n’était pas forcément si simple. En tous cas, l’instant ne l’était pas. Ils étaient seuls, l’un avec l’autre, l’un près de l’autre leurs mains se touchant, leurs yeux se mariant. Un frisson le parcourut. Une rafale de vent fit tournoyer une nuée de feuilles mortes qui s’enivrèrent dans une danse tourbillonnante, et légère, et multicolore... A l’entrée des écuries, tous deux semblaient réunis sur le seuil du monde. Isolés de tous et environnés des ténèbres de la grange d’une part et de la nature sauvage et endormie de l’autre. Seul le souffle glacé des montagnes du nord semblait pouvoir être un témoin bavard de leur rendez-vous nocturne. Même le ciel avait détourné le regard. Comme par un accès de discrétion complice, les étoiles se voilèrent un instant. Le vent charria quelques nuages effilés qui furent au ciel étoilé des paupières pudiques et momentanées. * Mais qu’est-ce qui me prend !?* se morigéna le Stark. Pour la toute première fois depuis qu’il connaissait la blonde, le Loup venait d’être troublé par Deana. Etait-ce la tenue qu’elle portait ce soir ? Si inattendue... Si insoupçonnée... Elle était pourtant ravissante dans de tels atours, si férocement féminine, si peu commune, si différente... Non, c’était impossible ! Il avait accueilli dans sa couche des putains aux formes bien plus exagérément exposées... * Son regard ! * pensa-t-il soudain. * C’est la première fois qu’elle soutient mon regard !? * s’étonna-t-il alors. Et c’était vrai. Bien qu’elle ait toujours été très jolie et, à dire vrai, délicieusement ravissante lorsque son regard, gêné, se dérobait au sien alors que s’empourpraient ses pommettes délicates, c’était là pourtant une vision commune et fréquente pour lui et qu’il avait toujours associé à la jeune femme. Mais en cet instant précis et pour la toute première fois, il n’en était rien. C’était bien la première fois que la blonde accueillait en le berceau de son regard celui, intense et clair, de son Suzerain. * Elle ne me fuit pas... * conçut-il alors, étrangement dérangé par la chose. Et comme il prenait soudain conscience de cela, elle lui sembla brusquement terriblement désirable et irrépressiblement attirante. Il eut envie de l’embrasser et de l’étreindre... Son regard. Se noyer en lui. Ses lèvres, en goûter la douceur. Sa peau, en éprouver la délicatesse sucrée... Un instant il crut tout oublier. Il se perdait dans ses yeux, s’étourdissait auprès d’elle, voulait l’attirer à lui, la caresser, la serrer contre lui, s’égarer dans son parfum, dans ses cheveux, arracher son corsage et s’abandonner au délicat supplice que la tentation lui infligeait. Elle qui pouvait être si sauvage et si indomptable, lui paraissait si accessible, si soumise et si douce. Ses cheveux drapaient librement ses épaules si belles et si délicates. Son cou, sa nuque, si offerts, si parfaits... Sa poitrine enserrée dans son décolleté délicat, sa taille et ses hanches, soulignées de façon exquise par son corsage aigu... Il aurait tout abandonné à cet instant pour le corps de la blonde, pour faire sienne Deana Lideuil... Et subitement, il réalisa. Il comprit tout. * Quel aveugle suis-je donc ! * Il venait de prendre pleinement et durement la mesure et l’étendue des réticences que la blonde pouvait susciter autour d’elle. * Les blagues de Barth ! * songea-t-il soudain. * Les railleries des hommes à son égard, tout ce qu’ils disent lorsque je quitte la lice d’entraînement. Tout ce que j’entends quand on ignore ma présence ! * Tout cela prenait un sens. Tout n’était maintenant qu’évidences et clartés ! Oui maintenant il comprenait que l’on ait pu être dubitatif quant à la nomination de la Lideuil dans sa Garde Grise.
Il était un souverain éclairé mais apparemment pas pour tout. Oui elle était une femme. Evidemment. Il aurait fallu être un aveugle attardé pour ne pas l’avoir remarqué... Mais tout en le sachant, il avait, volontairement ou pas, inconsciemment peut-être, bêtement à coup sûr, tenu à ignorer la chose pour ne retenir que le talent de Deana armes en mains. Une heure auparavant encore, il aurait soutenu que tout ceci importait peu et juré qu’il n’y avait là aucun dérangement. * Elle n’a pas de queue ! Et alors ? * se souvenait-il avoir tonné à l’encontre de son ami Kendrik peu de temps avant l’intégration de la blonde dans la Garde Grise. * Ta queue te sert-elle tant que cela au combat ? * s’était-il emporté. * Je n’ai jamais encore vu la tienne faire des moulinets lorsque nous joutons à la lice ! * Et Kendrik et lui n’avait plus reparlé de la chose. Le sujet avait été clos et personne n’avait plus osé s’y ouvertement frotter.

Tout se bousculait dans sa tête. Tout se nouait en son ventre. Il eut pu dire sans penser se tromper que cela faisait plusieurs heures qu’il avait plongé son regard dans le sien. Brusquement, il s’en extirpa comme d’un piège. Ses mains attirèrent la jolie blonde à lui. Ses bras l’enserrèrent puissamment...

Et il l’éloigna de sa poitrine, toujours ses mains sur ses bras et son regard en elle.

- Ne craignez rien, Deana ! recommença-t-il. Je vous sais sincère et dévouée... Et c’est là tout ce qui importe. Rassurez-vous. Ce Krak Slate aura à répondre de tout ceci dès demain, n’en doutez pas.

Un nouveau frisson sembla les étreindre tous deux et le souffle du vent fut à leur peau le plus frais des baisers. Les nuages se dissipèrent doucement et à nouveau la lune posa sur eux son regard réconfortant. Les étoiles scintillaient toujours. Les feuilles bruissaient dans les grands arbres doucement caressés par la bise. Un loup hurla dans le lointain. Et le Stark commanda :

- Il est temps de rentrer maintenant. Sa main glissa de l’épaule de Deana. Elle effleura le bras puis la main de la jeune femme et, brièvement, ses doigts rencontrèrent les siens pour les quitter l’instant d’après...
La chaleur de la grande salle et les piaillements des convives animaient et réchauffaient la maisonnée désormais toute proche. Ils devaient rentrer et rejoindre tous les autres.
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Message Jeu 23 Fév 2012 - 23:02

Lorsque Deana sentit la main de Lord Beron sur la sienne alors qu’elle l’avait porté à son flanc blessé quelques mois auparavant, elle se raidit, surprise par ce geste, et pourtant ce contact aussi gênant soit-il ne lui parut pas si désagréable finalement, même s’il ne dura qu’une seconde et qu’il retira sa main aussi vite qu’il l’avait posée. C’était la première fois qu’ils étaient aussi proches, la première fois aussi qu’ils étaient seuls tous les deux et la première fois qu’il la touchait, on ne peut plus chastement, mais tout de même. D’ailleurs c’était la première fois qu’un homme la touchait ainsi, enfin, à par le mestre qui l’avait soigné, mais elle dormait alors, et à part Pryam qu’elle avait serré dans ses bras, mais c’était différent, elle n’était pas amoureuse du chevalier, l’embrassade avait été virile et amicale, il était un frère d’arme et il lui avait sauvé la vie. Mais là, c’était… différent, sauf qu’elle ne savait pas trop pourquoi, et en cet instant elle pensa que c’était différent seulement pour elle et qu’il n’y avait pas lieu de s’interroger, non plus que d’être gênée, aussi se força-t-elle a oublier et se détendre. D’ailleurs c’était terminé, il s’était redressé et lui montrait qu’il allait bien, cela la fit sourire, il aurait pu lui arriver quelque chose, mais grâce aux Dieux, il n’avait rien, et elle le constatait, le regardant un instant avec un sourire franc. Il était drôle en fait quand il voulait, comme quoi le froid glace peut-être les rires dans les gorges, mais pas pour tout le monde. S’il voulait lui remonter le morale c’était réussit, elle s’en voulait toujours, mais elle était rassurée, au moins il ne lui en voulait pas, elle n’aurait pas pu le supporter, rassurée aussi par le fait qu’il comprenne son geste. Quand à la plaisanterie sur la robe, elle leva sur lui un regard interloquée, et l’imaginant en robe elle éclata d’un rire franc et clair, cela dit, elle devait s’avouer qu’elle trouvait que porter ce genre de vêtement féminin était aussi risible pour elle que sur lui. Mais ça lui allait bien, elle l’avait constaté en se regardant dans un miroir vu qu’elle ne faisait pas confiance à Ashara et Cersei concernant son apparence, ni au regard embué d’un père ni à la réplique polie d’un Lord. Elle trouvait ça ridicule, mais elle avait presque l’air d’une femme normal, presque un Lady, par contre c’était très gênant, on voyait beaucoup trop la naissance de sa poitrine et la chute de ses reins, mais c’était joli…

Elle était calmée et réconfortée, grâce aux paroles réconfortantes du Sombre Loup, rire un peu avait fait disparaître ses tremblements et sa colère, elle avait reprit son souffle et n’avait pas connue l’opprobre de se faire démettre de ses fonctions, elle était juste là, avec lui. Plus rien ne l’empêchait de voir, ni de ressentir tout ce qui se passait en elle et au dehors, le vent jouant avec les mèches de ses longs cheveux pour une fois libérés de leurs éternelles tresses, plus rien ne l’empêchait de le voir, lui, grand, majestueux, ses boucles brunes encadrant un visage fin et masculin à la fois, et son regard qu’elle n’avait jamais osé soutenir avant ce soir. Elle ne savait pas pourquoi, mais quelque chose la retenait de détourner les yeux comme d’habitude, elle n’y arrivait pas, comme si elle était dors et déjà perdu dans les profondeurs insondables de son âme. En tout cas, là tout de suite elle n’était pas tout à fait ici, si elle était sur terre, elle était sur une terre où il n’y avait qu’eux, eux, le ciel de jais, la lune et les étoiles, les montagnes et le vent, même les chevaux s’étaient tous tût, quand à l’écurie, la tour, les maisons, tout avait disparu, elle ne voyait que lui. Elle se mit à penser à des choses folles, des choses qu’elle n’avait jamais imaginées pouvoir faire, ou même penser aussi fort, des choses dont elle avait rêvés certaines nuits, avec lui, mais qu’elle savaient impossibles. Et pourtant, là, alors qu’il était si proche d’elle cela semblait presque possible, accessible, mais elle ne savait pas comment s’y prendre, et puis, elle ne savait pas si c’était une si bonne idée que ça. Elle en avait terriblement envie, et les frissons qu’elle ressentait le long de son échine lui en laissaient entrevoir la douceur, mais elle s’était tellement battue pour être considérée comme un homme comme les autres, elle ne pouvait pas tout gâcher pour une chimère, car c’était tout ce que c’était, il ne pouvait pas en être autrement, il ne pouvait pas aimer une guerrière des clans, le pouvait-il ?

Est qu’elle avait la bouche ouverte ?! Entrouverte oui… Avait-elle tellement envie qu’il l’embrasse, envie de sentir pour la première fois les lèvres d’un homme aimé sur les siennes ? Etait-elle devenue complètement folle ? Elle ferma aussitôt la bouche. Soudain il l’attira contre elle, elle aurait dû sursauter, avoir peur, se défaire de cette étreinte, elle aurait au moins dû se raidir comme à chaque fois qu’on faisait un geste tendre envers elle, mais rien, elle se laissa faire, comme si elle n’avait jamais attendu que ce moment. Les yeux fermés, elle prit une grande inspiration, s’enivrant de son parfum et de sa chaleur, se laissant griser par se contact si doux et si… mâle à la fois, il était la perfection incarnée et elle était folle d’imaginer qu’ils pouvaient un jour être de nouveau aussi proches qu’ils l’étaient à présent. Quelque chose papillonna dans son ventre, quelque chose de nouveau, elle n’avait jamais ressentit ça auparavant et pourtant elle n’eut pas besoin de se creuser la tête pour savoir ce que ça voulait dire, à vrai dire lorsqu’elle rêvait de lui elle ressentait parfois ce genre de choses, mais c’était encore plus troublant lorsque c’était réel. La tête calée au creux de son épaule, sentant sa clavicule contre sa pommette et ses bras autour d’elle elle était plus que bien, c’était si agréable, si bon que c’était comme s’ils avaient été faits pour se retrouver ainsi l’un tout contre l’autre. Ici, dans l’étreinte de Beron Stark elle avait chaud, presque trop chaud d’ailleurs, et il lui fallut ça, pour se rendre compte qu’elle avait froid depuis un bon moment déjà, mais les frémissements qui la gagnaient n’étaient pourtant pas dus à l’air glacé qui les entourait. Elle hésita longuement mais finit par poser doucement ses mains sur les bras de son suzerain juste avant qu’il ne l’écarte de lui, elle fut alors contrainte de le lâcher tout en se disant que ça avait beaucoup trop court, qu’elle aurait pu rester là pendant des heures, s’en était presque frustrant à force.

Jusqu’à ce jour, n’importe qui tentait de la toucher ne pouvait rien espérer de plus que de recevoir toute sa froideur et ses regards farouches, voir quelques coups bien placés en cas de geste déplacé, si bien que personne n’osait vraiment l’approcher en dehors des heures d’entrainement. Même ses amis gardaient une certaine distance, ou en tout cas se débrouillaient pour que leurs contacts ne prêtent pas à confusion, qu’ils soient simplement des attitudes de frères d’armes, chose qu’elle acceptait sans trop de réticence. Elle n’était pas déjà très sociable et n’avait jamais aimé les contacts physiques d’autres personnes que sa famille, et elle était devenue encore d’autant plus méfiante avec ce qui lui était arrivé avec l’un de ses prétendants. Mais c’était il y a fort longtemps, elle n’était alors pas prête, à peine une femme, plus une enfant, tout juste formée et plus passionnée par les armes que par les hommes, elle n’avait alors aucune envie de se marier ou même de connaître l’amour. Mais tout avait changé, sans même qu’elle s’en rende compte finalement, sans qu’elle en prenne conscience tout du moins au début, tout avait changé parce qu’il n’était pas juste un homme, pas tel qu’elle avait connu avant. Il était le Sombre Loup et il lui avait fallut huit ans pour se rendre compte que c’était bien plus qu’un surnom, bien plus qu’un titre, que tout en lui transpirait la noblesse, et qu’il le prouvait encore une fois en ne tentant rien, mais elle aurait peut-être préféré, ou en tout cas préféré qu’il lui dise autre chose.

Comment avait-elle pu y croire un seul instant, comment avait elle put s’imaginer qu’il la voyait comme une femme et non comme un de ses hommes, comment avait elle pu penser qu’il voulait autre chose, qu’il la regardait autrement ce soir là ? Qu’est que… Il… Cette étreinte… Il y avait de quoi devenir fou ! Quel était le sens de tout ça ? Elle ne savait plus quoi penser, ni quoi dire, ni grand-chose à vrai dire, elle était totalement déboussolée, et c’est dans ce regard d’enfant perdu que Stark plongeait à présent ses yeux alors que Deana revenait brutalement sur terre, sur la terre où il y avait la tour les écuries et le village, où Beron était le suzerain inaccessible du Nord, où elle était dans la Garde Grise, trop proche et pas assez à la fois… Elle frissonna, de froid cette fois, la chair de poule gagna sa peau, elle ferma les yeux et baissa la tête, elle ne pouvait plus soutenir son regard, elle pouvait à peine déglutir, elle avait un nœud dans les entrailles et une furieuse envie de pleurer. L’amour fait bien plus mal qu’aucune blessure physique, pensa-t-elle. Mais à cet instant la main du Lord passa de son épaule à son bras et à sa main, et elle ne put s’empêcher de bouger les doigts, alors qu’un doux frémissement glissait le long de son cou et lui faisait prendre une respiration soudaine et coupée, elle entrouvrit de nouveau la bouche avant de la refermer précipitamment et de faire oui de la tête.

Le temps de rejoindre la porte, elle essaya de reprendre contenance et de faire comme si il ne s’était rien passé, mais elle avait trop peur que cela se voit dans ses yeux, elle ne savait pas si elle devait entrer tête haute, comme elle était d’habitude ou plutôt tête basse, comme si elle venait de se faire rabrouée par le Lord. Elle avait l’impression que ses sentiments pouvaient se lire sur son visage et ça la mettait plus que mal à l’aise, elle n’avait aucune envie de rentrer dans la grande pièce, elle avait plutôt envie de disparaître. Trop tard, elle était devant et elle devait ouvrir les deux pans de la lourde porte pour le Stark, ce qu’elle fit avant de le laisser passer la tête baissée et ne put ensuite décoller son regard des pavés de pierre grise alors qu’elle regagnait sa place, sauf qu’avant d’être arrivée, son père lui commanda de rejoindre sa chambre, ce qu’elle s’empressa de faire étant donné que c’était un grand soulagement pour elle de ne plus supporter le regard des autres au moins jusqu’au matin. Une fois là haut, elle s’effondra sur le grand lit de bois brut orné de draps de coton rêches et d’épaisses couvertures de laine marron, elle avait bien entendu ses sœurs chuchoter dans une des chambres devant lesquelles elle était passée mais elle n’avait aucune envie de parler à qui que se soit, même à elles. Et le sommeil qui refusait de l’aider à passer à un nouveau jour, qui refusait de l’aider à oublier ce qu’elle avait ressentit ce soir dans l’écurie, encore plus fort que jamais auparavant, ce qui s’était passé, ce qu’elle n’arrivait pas à comprendre, ce qui la mettait dans le désarroi le plus absolu.

Comment avait elle pu se figurer qu’il pouvait l’aimer, ce soir ou n’importe quel autre, cela n’aurait jamais lieu, pas plus qu’il ne pourrait l’épouser, car il prendrait pour femme une véritable Lady, une femme de haut naissance, pas une guerrière des clans, pas une combattante à peine noble, et ce jour là, elle devrait oublier ses sentiments à jamais. Et quand bien même il l’aimerait cela ne changerait rien à part qu’elle devrait prendre garde qu’il ne cherche pas à la protéger alors que c’était son travail à elle. Elle n’aurait su dire ce qui lui faisait le plus mal, le fait de ne jamais pouvoir être sa femme ou le fait de savoir qu’elle ne pourrait jamais aimer personne d’autre. C’était ainsi, elle l’avait choisi en quittant sa demeure, en fuyant son père et en décidant de porter une épée et non une robe, elle n’aurait pas d’enfant, pas d’amour et pas d’époux, elle n’aurait que le sang et la mort, et elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même. Mais maintenant que cela devenait dur, maintenant qu’elle en avait envie, elle devait être plus forte que jamais, pour continuer à remplir son devoir quelques soient ses sentiments et ses désirs personnels, de toute façon, personne d’autre que lui ne saurait jamais éveiller en elle de tels sentiments, elle préférait mille fois mourir jeune, à ses côtés, les armes à la main, en n’ayant jamais partager son lit que de mourir vieille avec des enfants en ayant partagé le lit d’un autre homme.

Pourtant, il l’avait regardée longtemps, elle n’aurait su dire combien de temps, mais pendant plusieurs minutes leurs regards s’étaient mêlés en un dialogue silencieux, un échange chaste mais fort et bouleversant, le doux entretien d’un homme et d’une femme, simplement. Quelques instants plus tôt, elle avait l’impression d’en avoir saisit le sens, elle pensait à présent s’être lourdement trompée, malgré tout quelque chose lui disait qu’elle n’était pas si loin de la vérité, il ne l’avait jamais regardé ainsi, ses yeux étaient différents, elle en aurait mis sa main à couper. C’était-elle finalement trompée ? Elle connaissait trop bien ses regards de Stark pour les avoir fuit maintes fois lorsqu’ils lui étaient destinés et qui la saisissaient quand elle était assez loin pour les observer sans ciller, et cet échange était différent, bien trop doux pour être une manière de l’intimider, bien trop long pour être un moyen de la faire taire. Alors, cherchait-il à sonder la véracité de ces paroles ou sa loyauté, que voulait-il ?! Pouvait-il penser qu’elle lui avait menti ? Non, il venait de dire qu’il avait confiance en elle d’une certaine manière. Et puis, non ! C’était trop étrange, il ne serrait pas ses hommes dans ses bras ! Et puis ce… c’était quoi d’ailleurs, une caresse ? Elle l’ignorait, elle n’avait jamais reçu la caresse d’un homme, c’était un peu différent de la caresse d’une mère ou d’une sœur, mais pas désagréable, ça non, pas du tout désagréable, mais n’avait-il pas simplement dérapé ? Elle avait envie de se cogner la tête contre les murs, elle n’y comprenait rien, mais elle se contenta des oreilles, bien moins douloureux. La seule chose dont elle était certaine, c’était qu’elle l’aimait, et que quand elle repensait à son étreinte ou à sa caresse, ou même simplement à son regard, elle avait encore des frissons partout et que l’observation minutieuse du plafond ne l’aidait pas le moins du monde.

Elle ignorait combien de temps elle avait passé ainsi allongée d’abord sur le ventre puis sur le dos, mais elle ne tenait plus, elle se leva et redescendit, passant par les cuisines pour éviter la grande salle et se rendant dans ce qui faisait ici office de bois sacré, à savoir un unique arbre cœur décharné. Elle s’agenouilla devant s’emmitouflant dans sa cape recouverte de peaux de loups et posa son front sur l’écorce blanche avant d’entamer une prière faite de tas de questions muettes… elle n’attendait pas de réponse, simplement la présence mystique du barral dont elle avait tellement besoin.
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Message Mar 28 Fév 2012 - 8:34

La nuit s’effilochait avec lenteur dans le brouhaha de la salle encombrée d’une sarabande de sonorités hétéroclites et variées. Lorsque Deana poussa devant lui la porte à deux vantaux de la grande salle de la tour des Lideuil, le tintamarre et le grabuge ambiant sauta à la gorge de lord Stark comme un chien errant sur une proie étourdie. Après les longues minutes passées dans la quiétude et le calme du clair de lune à l’entrée de la grange, la vigoureuse lourdeur de l’ambiance chamarrée fut pour lui un réapprentissage brutal et douloureux. A peine entrée, Deana avait filé devant lui, se faufilant entre les tablées bruyantes et chargées jusqu’à la table de son père. Là, non loin de Lord Samwell, elle sembla se perdre dans une étrange et longue réflexion de laquelle elle ne s’extirpa finalement que pour quitter précipitamment la grande salle où les festivités continuèrent sans elle néanmoins. Le Sombre Loup, encore étrangement remué par ce qui venait de se passer à l’extérieur n’avait pu s’empêcher de couver la blonde du regard, depuis leur retour dans la salle bruyante jusqu’à ce moment-là. Et ce ne fut que lorsqu’elle disparut hâtivement derrière une lourde tenture brunâtre qu’il se replongea dans la soirée et la personne que tous fêtaient : lui.
Assis à côté du Stark, Lord Samwell Lideuil se pencha vers son suzerain l’œil noir et la moue mauvaise. Il savait visiblement ce qu’il venait de se passer à l’extérieur. Du moins, savait il l’essentiel de ce qui était survenu. Et il semblait n’apprécier que très modérément la chose. Il allait semble-t-il vociférer son mécontentement lorsque le Loup, d’un geste rapide de la main lui signifia qu’il n’en ferait rien.

- Ce qui vient de se passer là au-dehors est fort déplaisant, Samwell, je vous le concède et n’en disconviens pas. Mais il ne faut pas tout mélanger ! Je ferai payer demain, à votre porc de gendre son agression envers un membre de ma Garde ! Qu’il s’agisse de votre fille ne change rien à l’affaire ! Il paiera car attaquer ma Garde revient à m’attaquer moi et donc le nord. Cette trahison, toute minime qu’elle soit, ne sera pas négligée et laissée sans conséquence.

Les yeux gris du Sombre Loup s’égarèrent momentanément dans la barbe vineuse du Lideuil. Le Stark saisit la chope de houblon qui tiédissait tristement devant lui et en tira une longue goulée muette avant de reprendre :

- Les agissements de votre gendre, tout déplorables et sordides qu’ils soient, ne me concernent en rien et il serait malvenu de ma part d’agir envers lui à votre place. Je ne suis pas chez moi, il n’est pas de mes gens, même si, par vous, nous sommes liés lui et moi. Je vous laisserai donc agir envers lui et pour cela comme vous l’entendrez... Vous attendrez toutefois notre départ de chez vous, est-ce clair ?

La moue du Lideuil sembla se décrisper quelque peu. Il semblait que tout ceci lui convienne finalement plutôt mieux que bien et la chose se confirma comme il retournait bruyamment à son affaire de coupes et de chopes. De l’autre côté de la longue tablée, les rires fusaient là-bas également. Barth et Kendrik entouraient les jumeaux et l’immense Leigh Tallhart dont la capacité à ingurgiter pintes et jambons n’avaient d’égale que l’impressionnante circonférence de ses bras massifs et poilus. Leigh « le Vigier » Tallhart était un homme au gabarit impressionnant et d’une stature déconcertante. Il était bien plus grand que le plus grand nordien qu’il avait été donné à Beron de rencontrer et d’ailleurs le Loup n’était pas prêt d’oublier ce jour d’hiver où il avait vu débarquer à Winterfell, ce robuste gaillard. Alors qu’il était encore un jeune homme plein d’ambition et de fougue, juste avant qu’il ne soit précipité sur le trône de Winterfell, Beron était attablé dans une petite auberge de la Ville d’hiver, avec Kendrik Crakehall et l’ancien maître d’armes de la forteresse ainsi que quelques amis dont son cousin Gareth Baratheon, lorsqu’il avait vu la porte s’ouvrir avec fracas et un homme immense et à la carrure extrêmement impressionnante contorsionner son immense carcasse de 7 pieds et demi de haut pour entrer dans le petit troquet. Là, il s’était approché du comptoir où l’aubergiste l’attendait, inquiet, ayant vu s’avancer vers lui cette montagne d’homme. Il l’avait servi non sans une petite appréhension et chacun avait observé, intrigué, « l’homme et demi » engloutir plusieurs des plus grosses pintes de l’établissement en quelques gentilles goulées. Au risque de se ruiner, Beron, à l’époque jeune homme sans autre rang que celui d’héritier de Winterfell, avait alors signalé au tenancier du bar que les consommations de cet homme titanesque seraient pour lui et avait invité ce dernier à se joindre à eux. Le colosse ayant accepté l’invitation, ils avaient passé toute l’après-midi, la soirée et une partie de la nuit à écouter, amusés, les récits des truculentes aventures de cet imposant bonhomme qui s’avérait fort sympathique au demeurant. Encore avait-il fallu oser le connaître et s’adresser à lui… Il leur avait révélé se dénommer Leigh Tallhart et qu’il venait de Quart-Torrhen où son père était le seigneur des lieux. Sa carrure monumentale lui valait le surnom de « Vigier » tant il s’élevait, haut et fort, comme les arbres des armoiries de sa Maison. Depuis cet après-midi-là, Beron Stark et sa joyeuse bande avaient désormais eu un nouveau membre sur qui compter, lequel s’était par la suite avéré, et ce à de multiples reprises, d’une efficacité redoutable sur un champ de bataille…
Et ce soir encore, le Vigier ne trahissait pas la réputation qu’il trimballait. Il vociférait entre deux pintes, tout à la joie du gouleyant breuvage, arrosant parfois ses voisins de tablée lorsque l’ébranlaient de violents fous rires. Et les fous rires semblaient visiblement ne pas manquer, tant ses deux voisins de droites paraissaient aussi trempés de bière que saouls comme des tambours. Al et Ron.

* Ils sont incorrigibles ! *, pensa alors Lord Stark en s’approchant d’eux afin de les calmer un peu.

- Qu’est-ce qui est petit et marron ? bafouillait Ronnardt dans l’hilarité générale.

- Je sais ! C’est un nain des Îles d’été ! s’empressa de répondre Barth, décidément incorrigible et sans égal dès qu’il s’agissait de conforter les jeunes frères du Stark dans leurs bêtises puériles. Et les rires reprirent de plus belle, toujours plus gras et alcoolisés les uns que les autres.

- Ce s’rait pas le Vigier ? demanda l’air goguenard un Kendirk Crakehall tout sourire. Les autres éclatèrent de rire alors que le massif Leigh Tallhart les regardait, interloqué, avant de comprendre la blague et de partir dans un rire tonitruant lui à son tour.

Le Stark secoua la tête devant tant d’infantilisme et parut navré de constater qu’une fois de plus Ron et Al avaient fait fi de la plus élémentaire tenue en tant que descendants des Seigneurs de Winterfell pour se vautrer dans la navrante attitude qui était la leur si souvent. * Encore des enfants ! * pensa-t-il alors. Et s’approchant d’Allan qui lui paraissait moins imprégné d’alcool que son frère, il lui dit sur un ton plutôt calme et qui cachait à merveille l’agacement qui était le sien :

- Allez, Al ! Viens donc te coucher, tu ne m’as pas l’air très frais ! Son frère le fixa d’un air trouble où l’étonnement le disputait à la circonspection de voir un visage pourtant familier ne pas lui revenir tout de suite.

- Pas frais ? Comment ça, pas frais !? J’ai le courage de l’oiseau ! Je frétille comme une p’tite truite !

- Mais oui, mais oui, c’est cela même ! d’un œil noir et d’un signe de la tête, le Stark indiqua à Kendrik qu’il était temps que la mascarade prenne fin et que ses deux frères devaient être conduits jusqu’à leur chambre...

La grande fête touchait à son terme dans les accents feutrés et calmes d’une nuit parsemée d’étoiles. Debout, adossé au mur glacé de la grande chambre que Samwell Lideuil avait fait aménager pour lui, le Loup contemplait la voûte scintillante et la lune ronde et silencieuse. Cette journée avait été bien plus éprouvante que ce à quoi il s’attendait. Le lendemain serait-il enfin plus calme ?

*
* *

Le son des armes et le fracas du matériel que l’on traînait et hissait sur les chariots accueillirent le Sombre Loup lorsque celui-ci sortit de la salle qui servait de réfectoire au clan Lideuil. Le petit déjeuner avait été copieux et régénérant. La journée s’annonçait chargée mais toutefois moins éprouvante que la veille exception faite de la punition que le Stark devrait infliger à l’agresseur de Deana la veille.
Le Stark retrouva ses hommes sur la lice d’entraînement où chacun s’acharnait face à un compagnon d’arme de niveau équivalent. Tous, sauf les jumeaux, Ronnardt et Allan qui, bien que très largement habitués à s’opposer lors des joutes d’exercice eu égard à leur puissance et technique parfaitement égale, avaient, cette fois n’était pas coutume, été séparés par Barth Snow. L’initiative de ce dernier séduisit inévitablement Lord Stark qui s’approcha, d’un pas discret, l’œil intrigué. Il observa ses deux frères s’époumoner sur l’aire de joute, l’un titubant sous les coups de boutoirs, pourtant manifestement retenus de l’immense Leigh Tallhart, l’autre clopinant face au rapide et affûté Aaron Ryswell. Une moue réjouie de Beron attira à lui le maître d’armes qui, posant contre la main courante son épée d’exercice, vint s’accouder sur la barrière à proximité du Seigneur de Winterfell.

- Pas mal, hein !? fit-il remarquer.

- Impressionnant ! acquiesça le Stark. Dire que je les ai envoyés se coucher dans un état déplorable hier soir... A jurer que ce ne sont pas les mêmes ! Aurais-je non pas deux frères jumeaux mais quatre ?

Ils rigolèrent tout deux et l’entraînement reprit de plus belle et Barth retourna au charbon alors que le Stark se retirait à regret afin de juger du sort qu’il réservait au massif Krak Slate...

*
* *

Les petites cellules du fief Lideuil empestaient l’urine et la sueur, le rance et le renfermé. Krak Slate semblait en avoir été malade toute la nuit tant il parut apprécier que des hommes de Winterfell viennent le tirer de là à grands coups sur ses chaînes... L’agresseur de Deana Lideuil fut amené devant le Stark et Lord Samwell Lideuil afin de répondre de son méfait. Non sans s’embourber gaillardement dans un amoncellement d’excuses et d’évocation de circonstances atténuantes puériles, le grand gaillard dut admettre qu’il s’était bien rendu coupable de ce dont il était accusé. Son teint pourtant jaunâtre blêmit d’autant plus lorsque s’abaissèrent sur lui les regards sévères et froids des deux lords. Le Stark et le Lideuil se tinrent pourtant silencieux, n’offrant aucun écho à la mascarade de justification qui fut celle que le Slate leur proposa.

Après un long silence et quelques échanges de coups d’œils offusqués, le Loup décida qu’il n’avait que trop duré que Krak Slate soutînt ainsi le regard de ses juges et s’adressa à l’accusé d’une voix froide et dépourvue de sentiment.

- Krak Slate, reconnaissez-vous avoir, dans la nuit d’hier à ce jour, levé la main sur un membre de la Garde Grise, celle de votre Suzerain ?

- Mais c’est qu...

- Le reconnaissez-vous, Krak Slate !? la voix se fit subitement plus dure et glacée.

- No... noui, mouais, j’veux dire oui, votr’ seigneurie...

- Ma foi, votre aveu vous honore d’une façon certes piteuse au regard des faits qui vous sont reprochés mais bien plus en tous cas que votre agression couarde d’hier sur une femme désarmée ! Le Stark savait bien que Deana n’aurait pas aimé être ramenée de la sorte à la nature de son sexe mais c’était là un fait. Toute gardienne rapprochée qu’elle était, c’était bien en femme désarmée -et de dentelle vêtue- qu’elle avait subit l’attaque lâche du Slate. L’épais bonhomme baissa la tête pitoyablement. Et après un douloureux silence d’une sévérité extrême, le Loup reprit.

- Krak Slate, au regard de votre aveu et en vertu de l’estime que je porte à votre brave et loyale famille ainsi qu’à votre père et vos oncles, je vous ordonne de suivre mes hommes jusqu’au Mur où vous prendrez le Noir et entamerez votre garde afin de protéger notre royaume. Ainsi vous vous amenderez de façon honorable de votre méfait !

- Non, je ne veux...

- Préférez-vous offrir vos deux mains à votre Lord plutôt que d’offrir votre bravoure, votre honneur et votre bras au royaume qui vous a vu naître, Krak Slate ? La voix du Loup tonnait maintenant et son bras se tendit en direction de ser Kendrik Crakehall. Sans un regard pour ce dernier, le Stark lui ordonna : - Ser Kendrik ? Mon épée ! Le chevalier s’avança vers son Suzerain, lui apportant Glace, la terrible et large épée millénaire de la famille Stark. Le regard effrayé du Slate contrit croisa le reflet glacé de l’acier redoutable.

- Je, je prendrai le Noir, votr’ seigneurie ! implora-t-il avec empressement. Ser Crakehall stoppa. La main du Stark retomba sur son côté et ses yeux gris sondèrent les yeux grelottant de l’accusé.

- J’ai bien entendu ton désir ! Tu seras exaucé, Krak Slate. Et maintenant, va ! Un geste sec de sa main gantée de noir intima à ses hommes l’ordre de le lâcher en même temps qu’il indiquait au futur membre de la Garde de Nuit qu’il pouvait se retirer, libre.

Lord Samwell s’approcha du Sombre Loup avec prudence et après quelques secondes de silence à son côté osa finalement dans un raclement de gorge visiblement gêné :

- Euh, Lord Stark ? Puis-je suggérer une visite des défenses ? Les Wull, à une journée de chevauchée d’ici, ont, paraît-il, renforcé les leurs...

La proposition ne manquait pas d’intérêt. Ils devaient rejoindre le Mur mais profiter de leur présence dans le nord pour inspecter les installations des Wull, Knott et autres Glover pouvait s’avérer des plus intéressants...

- C’est une riche idée ! énonça le Stark en donnant l’accolade au vieux chef de clan. Le Mur ne bougera pas ! Il attend depuis des millénaires ! Il peut bien m’attendre quelques jours de plus ! Pouvez-vous m’allouer parmi vos soldats l’un d’entre eux qui pourra me conduire ? Et se tournant vers Kendrik Crakehall : - Kendrik, fais préparer mon cheval et prend vingt-cinq hommes avec toi ! Nous partons pour l’ouest...

Le Sombre Loup tourna les talons précipitamment. Ils devraient ne pas trop tarder. Et Deana ? Où était-elle ? Il ne l’avait pas revue depuis l’incident de la veille et leur troublant tête à tête muet sous les étoiles. Il devait la trouver rapidement ou il ne pourrait pas l’emmener avec lui. Et de cela, il ne pouvait absolument pas être question. Pas maintenant. Plus maintenant. Elle l’accompagnerait où qu’il aille. Il voulait pouvoir veiller sur elle autant qu’elle veillait sur lui, depuis tant d’années, fidèlement, consciencieusement et silencieusement.


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Message Mer 7 Mar 2012 - 17:38

Samwell était passablement énervé, mais pas assez tout de même pour manquer de respect à son Suzerain, d’autant plus que celui-ci venait de sauver Deana, car lui n’avait pas remarqué qu’elle était sortie en furie, et pas pris au sérieux les appels d’Ashara, donc si le Stark n’avait pas été là, la blonde serait peut-être bien morte étranglée dans les écuries et si ça avait été le cas, membre de la Garde Grise ou non il aurait traqué Kark jusqu’à Dorne s’il avait fallut et l’aurait égorgé de ses mains, mais grâce aux Dieux sa fille était en vie et le Slate aux fers, et le temps d’oublier la bêtise de son ainée et de boire quelques gorgées de bière pour recouvrer son calme se fut le sombre Loup qui ouvrit le dialogue. Il planta son regard bleu glace dans celui, gris, de Beron et acquiesça d’un signe de tête avant de répéter dans sa barbe « Ne change rien, non… » Après avoir écouté le reste il sourit et répondit d’un ton franc « C’est très clair Lord Beron… je vous remercie… » Il hocha la tête en signe de respect. « Merci. Je n’ose pas imaginer ce qui serait advenue si vous n’aviez pas été là Mon Lord, et c’est à cause de moi si elle était désarmée… » Il regarda dans el vague grimaça. « Elle va être furieuse… » Il se tourna de nouveau vers son interlocuteur. « Deana… de ne pas pouvoir se venger, de ne pas avoir réussit à le battre… » Il laissa de nouveau son regard divaguer sur la foule. « Hum… furieuse… »

Le Lideuil porta un nouveau toast au Stark, à son courage, à son cœur juste, au respect qu’il portait à ses hommes comme à ses vassaux et au fait que maintenant qu’il avait sauvé Deana il pourrait demander n’importe quoi au clan Lideuil et qu’il serait exaucé ajoutant que cela avait toujours été le cas mais que désormais les liens du sang les unissaient à la maison Stark.

***

De l’unique Barral qui faisait office de Bois Sacré derrière les écuries, Deana entendait étouffés les bruits de la grande salle où la fête se poursuivait malgré la fatigue de certains et l’alcoolémie des autres, Père avait dû sortir l’alcool de pomme de pain maintenant, une liqueur au gout de résine de sapin, très sucrée mais aussi très forte, à ne boire qu’avec parcimonie, mais les Lideuils, la parcimonie, ils ne connaissaient pas, en tout cas du côté des mâles. En plus, Maclen, l’héritier, seize ans et déjà six bons pieds et demi de haut et Barristan son oncle, qui était aussi grand que Leigh Tallhart bien que nettement moins costaud pour le moment avaient trouvés en Ronnardt et Allan un sacré répondant concernant les plaisanteries et la beuverie, et comme il n’y avait pas des fêtes très souvent ici, et encore moins des fêtes avec des nouvelles têtes à défier choppe au poing, ils s’en donnaient à cœur joie. C’était de famille, tous les Lideuils étaient grands, la blonde n’était pas en reste d’ailleurs, et le père non plus, sept pieds de haut et un poitrail aussi large que celui d’un bœuf. Barth n’était pas en reste non plus, le maitre d’arme de Winterfell, riait désormais aussi fort que le maitre des lieux avec une jolie jeune fille assise sur ses genoux. C’était comme si, depuis que les femmes de la maison avaient quitté la salle, les domestiques s’étaient multipliées.

En réalité ça n’était pas seulement des domestiques mais aussi quelques jeunes filles du village qui étaient venues s’incruster avec le secret espoir de boire un peu gratuitement et qui sait, de dormir dans le lit d’un des invités. Car si la combattante de la Garde Grise était d’une timidité maladive, ça n’était pas le cas de toutes les femmes des montagnes au contraire, généralement, elles étaient très libre, seul les filles du maitre avaient été éduquées dans l’optique de garder leur virginité jusqu’au mariage pour obtenir de meilleurs alliances, ce qui avait valut à Deana une peur bleue de tout contact avec les hommes, en tout cas avant… Bref. Les autres faisaient ce qu’elles voulaient et tant qu’à faire coucher avec le gratin de Winterfell, c’était ajouter un sacré trophée à son tableau de chasse, en plus ils étaient plus propres que la plupart de leurs voisins ! Et puis c’était une sorte de tradition, accueillir les étranger, l’hospitalité des clans tout ça, et un peu de sang neuf était une excellente chose pour le village, alors si bâtards il y avait personne n’irait se plaindre, surtout pas elles. Ce genre de visite et les enlèvements consentis étaient le moyen d’éviter la consanguinité dans ses terres difficiles d’accès et reculées qu’étaient les montagnes du Nord. Deux de ces domestiques-bergères, demandèrent au Stark d’accompagner les jumeaux à leur chambre, une autre lui demanda s’il voulait qu’elle chauffe son lit, elle ressemblait fortement à Deana, plus petite et avec quelques années de moins, mais le même visage les mêmes cheveux presque blancs et le même corps finement taillé et musclé, les mêmes yeux, mais un regard différent, une bâtarde du Lideuil probablement. Il y en avait largement assez pour les autres, tout ceux qui avaient la chance d’avoir une chambre dans la petite forteresse et aussi certains de ceux qui dormiraient dans la grande salle, et Samwell regardait tout ça avec un grand sourire.

***

Deana était bien ici, elle était chez elle, même si elle avait quitté Loupdeuil il y a bien longtemps maintenant, rien n’avait changé en soi, à part les enfants qui avaient grandis, et les adultes qui avaient vieillis. Il y faisait toujours plus froid que dans la plaine. Il y avait toujours les rires et la voix tonitruante de son père, il y avait toujours ses sœurs, et demain Cersei serait libérée de son époux violent, les enfants d’Ashara avaient remplacés ceux qui courraient partout et faisaient les quatre-cent coups à l’époque, eux, ses frères, ses sœurs et elle. Et Dieux que c’était bon de retourner chez soi et, malgré l’incident du soir, d’y être accueillie ainsi, elle aurait pensé que son père serait plus froid à son égard, mais il n’en était rien, pas qu’il soit véritablement heureux qu’elle ait choisi cette voie, mais il devait trop l’aimer pour lui en vouloir vraiment. Toute la colère qu’elle ressentait contre Kark Slate s’était évanouie dans le trop plein d’émotions qui la submergeait, entre les retrouvailles hautes en couleurs et les gestes de son Lord dont elle ne saisissait pas bien le sens, vouloir obtenir vengeance était le moindre de ses soucis. Sous un ciel de jais piqueté d’étoiles et sous la lune éclatante entourée de son halo fumant, à genoux devant l’arbre cœur, le front et les mains posées sur l’écorce blanche, elle se sentait bien, moins perdue, même si elle n’avait pas les réponses à toutes ses questions et ses doutes, il y aurait toujours un Barral pour l’aider à aller de l’avant. Elle revit son père, furieux, juste avant qu’elle ne fuit la maison, et son regard quand elle était arrivée et qu’elle lui avait présenté Beron et la Garde, elle était certaine d’y avoir vu de la fierté, tout comme elle avait vu dans les yeux d’Ashara et Cersei tout l’amour pur de sœurs, et dans les yeux de Barristan la joie immense de la revoir. Avaient-ils vus la même chose dans ses yeux ? Car oui, même après toutes ses années elle se rendait compte qu’elle les aimait, qu’elle était fière d’eux tous et plus heureuse que jamais de les retrouver, qu’importe la distance et le temps qu’elle avait mit entre eux, ils étaient sa famille, des racines aussi fortes et ancrées dans le roc que les racines des montagnes, la seule chose qui lui appartiendrait toujours même au-delà de la mort.

Désormais, Winterfell était sa maison, mais jamais elle ne se sentirait aussi à l’aise dans la grande forteresse du Stark qu’ici, même si elle en préférait un peu le Bois Sacré, elle devait avouer que celui des Stark était autrement grand et beau que ce pauvre Barral décharné, mais à part ça, elle aimait cet endroit. Pour autant elle ne regrettait pas le choix qu’elle avait fait, elle était fière de servir le Sombre Loup, même si pour cela elle devait renoncer à bien des choses qui lui paressait dérisoires quand elle était partie et nettement moins maintenant. Un sacrifice qu’elle ferait car c’était son devoir, même s’il lui coutait, pas de famille pas d’enfants, pas d’amour, soit, mais il y avait un problème dans tout ça, depuis qu’elle savait qu’elle l’aimait la question de la réciprocité ne s’était jamais posée avant ce soir. Elle pensait pouvoir l’aimer en ne recevant en retour que de la reconnaissance, déjà elle se fourrait les doigts dans l’œil, mais elle ne connaissait rien à l’amour elle n’avait aucune idée de la puissance du sentiment pour le moment elle n’en voyait que la complexité et le côté incertain, elle n’avait pas idée de la force, constructrice ou destructrice que l’amour peut avoir, selon les cas. Mais quoi qu’il en soit, si lui aussi l’aimait, cela changeait la donne, mais comment croire cela possible, LE Stark de Winterfell, Gouverneur et protecteur du Nord, avec Deana Lideuil du clan Lideuil, blonde, plutôt jolie pour une Nordienne des montagnes, mais a mille lieues d’être une Lady de haute naissance digne d’un Lord Suzerain ?

La chambre donnait à l’est et l’horizon commençait à s’éclaircir légèrement, mais il y aurait encore plusieurs heures avant le véritable levé du soleil. Reposée, fraiche comme un gardon et le sourire aux lèvres, Deana décida qu’elle avait assez dormi et qu’elle avait besoin de prendre l’air. Elle s’habilla dans l’air glacé du matin, délaissant la robe pour ses véritables vêtements : braies vertes, chemises blanches superposées, l’une en coton l’autre en laine, lacets de cuir marron sur les avant-bras et les jambes, jaque verte, armure de cuir rivetée, en réalité tout cela ne cachait en rien ses formes, mais pour elle c’était la tenue dans laquelle on ne pouvait voir que l’homme d’arme. Confiante elle descendit les escaliers, tout le monde dormait encore à point fermé, les ronflements résonnaient sur la pierre et elle vit des choses qu’elle se serait bien passé de voir, mais elle passa vite et se dirigea vers les écuries. Dark Mountain ainsi que la plupart des autres chevaux émergeaient de la nuit en s’ébrouant, à son arrivée certains tapèrent dans les portes, pensant probablement qu’elle était le garçon d’écurie, mais elle se contenta de donner une ration à son propre cheval, les autres seraient nourrit bien assez tôt, mais lui devait manger en avance, car elle voulait explorer le Bois Loupdeuil, reconnaître le terrain avant de s’enfoncer plus avant dans les montagnes. Elle n’avait en tout cas aucune envie de rester là à attendre que tout le monde soit réveillé, et puis sa forêt lui avait manqué, elle avait hâte de la retrouver, trop pour attendre patiemment le départ. La bonne nouvelle c’était que les flocons qui l’avaient réveillée n’avaient pas dû durer longtemps car le sol était bel et bien gelé mais la couche blanche qui le recouvrait était superficielle et n’altérerait pas leur marche.

Lorsqu’elle se mit en selle devant la forteresse, le ciel était déjà passé du noir à l’indigo, elle traversa le village encore endormi et prit le chemin escarpé sur le flanc nord du col, en contrebas il y avait le Bois Loupdeuil, à plusieurs centaines de mètre de dénivelé et une petite dizaine de kilomètres du col, sans compter les difficultés inhérentes à la route elle-même, bien plus étroite et pentue que celle dallant vers le sud. Si le Stark comptait passer par là, ça n’allait pas être simple avec la caravane, car si le puissant étalon de la blonde se souvenait encore du chemin comme s’il n’avait jamais quitté les montagnes, ça n’était pas le cas de tous les chevaux et encore moins des hommes. Ici, on entrait véritablement dans les montagnes, ici, le danger était partout et pouvait venir de nulle-part, elle le savait, Dark le savait, mais Beron le savait-il ? Elle descendit à bonne allure, mais en arrivant à l’orée de sa forêt, le ciel prenait déjà une teinte étrange entre le bleu et le mauve à cause de la brume épaisse de ce matin d’automne qui dispersait la lumière naissante. Elle entra dans le bois où le brouillard était encore plus épais et moins baigné de lumière, le temps que ses yeux s’habituent à la quasi obscurité qui régnait ici tous ses sens étaient en éveil, humant l’air, écoutant les bruits, attentive au moindre soubresaut de sa monture. Rien à signaler pourtant, à part les bruits habituels des animaux qu’elle ne pouvait pas voir mais dont elle savait n’avoir rien à craindre, des lapins, des oiseaux dont le chant couvrait toute l’agitation discrète du sous bois. La vie régnait ici, en haut c’était la mort, froid glacial, vents incessant et pierre dure, où seuls les hommes les plus fus, les marmottes, les aigles et les chamois, se risquaient, ici, tout l’inverse, mais néanmoins bien différent du Bois au Loup, peuplé quasiment exclusivement de résineux, le Bois Loupdeuil n’offrait pas non plus tout à fait la même faune, la montagne apportant en plus des renards, cerfs, loups et ours, des bouquetins et des mouflons, bêtes à cornes biens meilleures en escalade que les cerfs, du côté des rapaces, grand ducs le disputaient aux aigles pour dévorer les écureuils, lièvres et autres rongeurs qui pullulaient dans les fourrés, et toujours ce lynx de fumée, qui n’hésiterait pas à descendre des cimes pour chasser sur un terrain riche en nourriture.

Elle reprit sa marche et sourit en constatant que le chemin avait été bien entretenu, il était étroit, laissant par endroit passer à peine un des charriots qui entraient de facto dans la colonne, mais il était tout à fait praticable, et bien plus rapide que le chemin qui descendait du village à la forêt. Au sol, des milliers de pomme de pain sur un tapis d’aiguilles, elle mit pied à terre, pour en ramasser une et en extirper les pignons qu’elle mangea avant de s’attaquer à une autre pomme de pain ? Ca n’était pas pour rien que les Lideuils avaient cette emblème, ça non, ses foutues pommes de pain leur avaient maintes fois permit de survivre aux pires hivers, quand les greniers étaient vides, la forêt offrait de quoi tenir jusqu’au printemps, pignons, pommes de pain, résine, et tous les animaux qui s’en nourrissaient en grattant la neige, seule la descente était on ne peut plus dangereuse lorsque le chemin était recouvert de neige tassée devenue glace. Après ce petit déjeuner de sauvageonne, elle se remit en selle et poussa plus avant, tout en sachant qu’il faudrait bientôt qu’elle remonte, car le soleil était maintenant levé, et même si elle n’en percevait pas les rayons à travers les frondaisons épineuses des résineux, elle en percevait la lumière. Elle allait faire demi tour lorsque Dark Mountain renâcla en frappant le sol du pied, ne comprenant pas tout de suite ce qui lui arrivait, elle regarda partout prête à dégainer son épée, mais en réalité, se fut un bruit, lointain, qu’elle n’aurait pu entendre si elle n’avait pas prêté l’oreille attentivement. Grognements et bruits de combat, plus loin, là-bas, il fallait qu’elle sache ce qu’il en était, aussi se dirigea-t-elle vers la source du bruit dans un galop aussi rapide que les épais taillis le lui permettaient sautant troncs et haies en une charge vers l’inconnue que seul lui dictait son instinct.

De loin elle aperçut un amas de poils blancs et gris, et de loin cet amas leva la tête, elle distingua alors un lynx de fumée avec un louveteau entre les dents qui la regardait d’un air mauvais, et à terre ce qui avait dû être une louve protégeant ses petits mais qui désormais ne protégeait plus rien, la gorge ouverte et une partie des tripes à l’air. Une colère insondable l’envahit, toute dirigée vers le félin magnifique et sauvage, félin auquel elle avait déjà eut affaire et envers lequel elle nourrissait depuis une haine vengeresse, ainsi tout en détachant d’une main la longue pique arrimée à sa selle, elle s’adressa à lui comme pour lui signifier le défi.

« Toi ! Tu as bien faillit me manger quand j’étais plus jeune, et si ça n’était pas toi c’était donc ton père… J’aurais ta peau ! Et je me draperais les épaules de ta fourrure ! »

Le lynx, plein de sang, elle le voyait maintenant, loin de se démonter, attendait sur sa dernière victime, rassemblé et prêt à bondir sur la prochaine qui approchait au galop d’un Dark Mountain a l’humeur aussi noir que sa robe, car c’était lui qui avait sauvé sa cavalière la dernière fois, et il n’aimait pas plus ses gros chats qu’elle. Ronflant et frappant le sol de ses sabots, toute sa puissance maitrisée mais prête à exploser, les ennemis éternels se rapprochaient a une vitesse folle mais au ralentis dans l’esprit de Deana, qui pique à la main, rênes dans l’autre, se préparait à l’assaut, et surtout à contrer le bond de la bête. A l’ instant où le fauve sauta pour mordre le grand étalon noir à la gorge, elle lâcha les rênes et, prenant sa pique à deux mains, la dirigea vers le bas, vers l’épaule du lynx avec toute la force possible qu’elle pouvait avoir tout en sautant à terre. Dark s’éleva au dessus de la masse de poils gris et blancs de la louve. La pointe de la lance atteignit l’épaule du félin qui dans une torsion impossible pour n’importe quel autre animal suivie d’un cri atroce, presque humain, évita qu’elle ne le transperce. Deana roula par terre sans lâcher la pique et se retrouva bientôt campée sur ses pieds prête à repasser à l’attaque, mais le lynx de fumée fuyait aussi vite qu’il pouvait avec son épaule grièvement blessée à l’opposée de la direction qu’avait prit le cheval qui revenait maintenant vers sa maitresse. Au moment où elle allait partir à la poursuite de la bête de ses cauchemars qui, même si elle n’était pas vaincue, ne la hanterait plus, elle entendit un gémissement, comme les pleurs d’un bébé. Cherchant des yeux, elle découvrit un louveteau gris et blanc, avec les bout des oreilles et le tour des yeux et de la truffe noire, il était en parfait santé, mais seul rescapé de ce carnage, maintenant qu’elle avait autre chose en tête que de tuer le lynx, elle put constater que quatre petites jonchaient le sol non loin de la mère, elle tourna la tête vers l’endroit où le félin avait fuit, mais déjà il avait disparut, rien à faire, elle devrait le pister pour le retrouver et elle n’en avait pas le temps.

Elle lâcha sa pique et prit le jeune loup par la peau du cou et tout en s’accroupissant pour le prendre, elle sortit sa dague de sa botte gauche, elle se releva, lame au poing et le regarda un instant, il pleurait, et posant la pointe de son couteau à l’endroit du cœur, elle eut un instant l’impression de revoir l’expression de Jared dans les yeux du petit, et sa main, sans l’accord de sa raison lassa choir le dirk, ses yeux laissèrent échapper quelques larmes et ses jambes se plièrent sous elle. Le louveteau ne pleurait plus, et Deana était à genoux et le serrait fort contre sa poitrine en pleurant, mais désormais elle ne savait plus si c’était de chagrin ou de joie, car c’était ça. C’ETAIT CA ! Le signe qu’elle attendait, le signe qu’elle avait demandé dans le silence feutré de la nuit, le signe des Dieux pour savoir si elle se faisait des illusions, il était là, entre ses mains, petite boule de poile chaude qui avait échappé de si peu à la mort, et qui lui donnait des coups de tête dans le sein pour qu’elle le fasse téter et le vent lui souffla son nom. « Amarok… disait-il, chuchotant dans les frondaisons, Amarok » . A moins que ça ne soit en fait le bruit de la bride de Dark qui s’impatientait et agitait la tête à la fois conscient de l’importance de l’instant et frustré par le manque de combativité soudaine de sa maitresse. Elle sourit et se releva en séchant ses larmes.

« Amarok… »

***

S’il n’avait tenu qu’à lui, le Slate aurait gouté de sa lame, qu’il aurait avec plaisir fait vrillé dans ses entrailles, mais le sombre Loup voulait un procès décent, pas un duel, et il avait lui-même promis d’attendre son départ pour le châtier à la façon dont le font les hommes des clans, et la parole d’un Lideuil… Même si en revoyant sa face de rat ce matin là il eut une soudaine envie de le manger au déjeuner. Cersei ! Il avait frappé Cersei et lui avait fait perdre son enfant, sa douce et gentille Cersei, la cadette des trois sœurs, une enfant encore, loin d’avoir le caractère bien trempé des deux autres. Et Deana, étranglée comme un porc si Beron n’était pas intervenu, que sa fille soit une guerrière admettons, qu’elle sache se défendre, d’accord, mais qu’on s’en prenne à elle, ça c’était quelque chose qu’il ne pouvait pas accepter, s’il avait pu être derrière elle à chaque bataille pour la protéger il l’aurait fait, mais elle n’était plus une enfant, et comme il l’avait dit la veille au Stark, une Lideuil n’appartient jamais vraiment à personne, même à son propre père, et puis il avait une montagne à surveiller, et quand bien même elle finirait par se retourner pour se battre contre lui telle qu’il la connaissait. Enfin, la mascarade ne dura pas trop longtemps et Samwell savait se contenir, la plupart du temps, et tout particulièrement avec son Lord, et ce en partie parce qu’il avait confiance en lui pour donner une sentence juste. En entendant la voix dure du Suzerain, il sourit, à un moindre niveau il se reconnaissait en lui et comme il était l’ainé, il se prit à penser que Beron était tout de même un sacré Roi… heu Lord… Enfin bref, un homme digne de ce nom quoi… Et qu’il était fier d’être son vassal, aussi petit soit-il. Alors que le Stark parlait de Deana en des termes qui l’aurait mise hors d’elle, il vérifia d’un œil un peu inquiet qu’elle n’était pas là, mais non elle avait disparue depuis la veille et d’après ses sœurs elle n’était ni dans sa chambre ni dans le bois sacré et Dark n’était pas là non plus. Elle était probablement allé chasser, la désertion n’était même pas imaginable, pas sa fille, pas un Lideuil ne brisait un serment. Il fut cependant assez surprit d’entendre parler du Mur, il trouvait lui-même que l’unique châtiment pour les crimes qu’il avait commis devait être la mort, mais il devait avouer que les Slate n’étaient pas insignifiants, peut-être même une plus grande maison qu’eux même, oui, aussi comprenait-il ma manœuvre et même la soutenait-il. Même si lorsque le Stark fit mine de se servir de Glace, il eut le secret espoir que Kark continuerait à refuser l’offre généreuse qui lui était faite, mais ce ne fut pas le cas et il repartait libre. Samwell sourit à Beron et s’approcha de lui pour lui suggérer de se rendre sur la côte.

« Deana connaît parfaitement le chemin… » Répondit-il, « Elle l’a même emprunté à mon insu… » Dit-il un peu grognon avant de reprendre sur un ton plus enjoué. « Mais je vais vous donner Barristan et Maclen, ça leur fera les pieds à ces deux idiots ! Surtout Maclen, c’est mon héritier, mais il pense d’avantage à plaisanter qu’à gouverner, quand à mon cadet, il aime plus faire le beau pour les filles que se battre réellement. Je peux aussi vous laisser une dizaine d’hommes supplémentaires ainsi que des mules et des ânes, les charriots ne passeront bientôt plus, j’en ai peur, et si le temps se gâte, ils auront le pied plus sûr pour passer les cols. »

***

Elle refixa sa pique sur la selle, le soleil était levé, les ombres s’amenuisaient même dans l’épaisse forêt, il fallait qu’elle regagne le village au plus vite. Avant de se remettre en selle néanmoins, elle fit sentir le petit loup à son cheval qui se contenta d’émettre un ronflement sourd en signe d’approbation mesurée. Au pas, elle sortit de la forêt ayant quitté le chemin sur plusieurs centaines de mètres elle dut user de toute sa science pour le retrouver et pouvoir regagner la lisière, mais une fois sur la route caillouteuse qui montait jusqu’à Loupdeuil, elle prit le galop, une main légère sur les rênes et l’autre pour tenir le petit loup dans son giron. Elle avait accéléré l’allure sans même s’en rendre compte et lorsqu’elle arrêta son cheval dans un grand fracas de fers sur la pierre, la cour, enfin la place devant la tour des Lideuil, était en plein branle-bas de combat, elle n’avait pas vu le temps passer, et elle était très en retard, et en plus elle avait un service à demander au Stark. Il était là, sur les marches de la tour et elle planta son regard sur lui. Elle sauta à bas de Dark demandant à un garçon de le rentrer à l’écurie et de lui donner à boire, à part son paquetage, il était prêt, elle sentait le louveteau trembler contre son ventre, trop d’agitation, mais il s’habituerait, en tout cas pas un instant il n’avait eut peur d’elle, même lorsqu’elle avait dans l’idée de l’achever pour lui éviter de mourir de faim. Toujours les yeux dans ceux du Sombre Loup, elle écarta légèrement sa cape pour dévoiler sa trouvaille avec un petit sourire et l’instant d’après elle baissa les yeux et s’approcha de lui. Son père, vociférant des ordres, avait simplement sourit à sa fille sans remarquer le petit être qu’elle tenait contre elle et tous ceux qui s’agitaient pour charger les cheveux ne remarquèrent que son entrée bruyante, mais pas sa démarche assurée, ni le louveteau qui couinait doucement et regardant la blonde. Elle s’arrêta à côté de Beron, pas vraiment face à lui, ni vraiment en retrait.

« C’est une belle journée Messire, un jour béni des Dieux. » Elle plongea son regard bleu glace - où s’apercevaient les reflets de tout ce qu’elle avait traversé entre le moment où ils s’étaient quittés et cet instant, d’abord les doutes et le chagrin, puis le sentiment, si évident et si puissant que les Dieux étaient avec elle - dans le gris des yeux du Lord et reprit dans un murmure destiné à lui seul. « J’aimerais le garder, il nous portera chance… » Elle n’implorait pas, elle avait dit ça comme si c’était une évidence, comme portée par la foi mais après une seconde à soutenir son regard, elle baissa de nouveau la tête pour ne plus lui présenter que son cou. Qu’allait-il répondre, pourquoi s’encombrer d’un louveteau avec tous les périls qui les attendaient dans les montagnes et en même temps pourquoi pas… Et puis allait-il la réprimander pour son escapade et son retard ?

Quelque soit la réponse du Lord, il fallait que le petit loup mange, peut-être sa sœur voudrait-elle bien le garder, ou peut-être son frère ou son neveu, il fallait l’espérer car le Lideuil, lui, voudrait certainement le tuer. La porte était ouverte et dans la grande salle, les hommes de la Garde Grise mangeaient avec Barristan et Maclen qui avaient l’air surexcités, les relents de lait chaud et d’infusion de pomme de pain lui donnaient l’eau à la bouche et elle se rendit compte qu’elle aussi mourrait de faim.
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Message Mar 13 Mar 2012 - 15:04

Le froid de la nuit commençait tout juste à éparpiller ses relents glacés dans la tiédeur d’un matin pourtant engourdi par des soubresauts automnaux. La croûte givrée qui protégeait le sol blanchi du piétinement des hommes crissait parfois sous un pied ou un sabot avant de céder doucement dans un crissement duveteux. Comme chaque nuit en cette période et dans ces contrées retirées du Monde, le froid avait étendu ses longs doigts glacés ternes et rigoureux pour enserrer en sa poigne hivernale un Bois Loupdeuil transi. Beron avait pu entendre, lors de la longue fête nocturne de la veille au soir, certaines conversations dériver sur la description des environs du Bois Loupdeuil et de ses sentes abruptes, glacées et couvertes de vastes pinèdes aussi acclimatées à la rigueur frigorifiante des lieux que les gens des environs. Manifestement, il existait en eux une grande fierté pour leur petit monde et leur montagne. Et Beron Stark avait soudain pris conscience du fait que les clans des montagnes n’avaient pas seulement été affublés de ce nom pou leur localisation géographique mais aussi et surtout pour l’attachement viscéral plus qu’alimentaire qu’ils tiraient de leur vie dans ces montagnes glacées. La faune y était, à les écouter, variée et sauvage, diversifiée et rebelle comme ces montagnes du nord qui les abritaient en leur sein. Les bouquetins y côtoyaient les lynx, les ours, les loups, les aigles et autres lièvres des montagnes… La nuit, les bois et les monts s’animaient d’ébrouements de chevreuils, de piaillements d’oiseaux de nuits, de hululements de chouettes et de hiboux et de hurlements de loups alors que, dès le matin, les cris des marmottes éveillaient la vallée glacée lorsque les ombres planantes et menaçantes des aigles et vautours recouvraient les pentes et les bois de leurs vols silencieux. A les écouter, le Stark avait nettement perçu la fierté toute palpable qui transpirait de leurs récits, longs et habités. La veille au soir, le seigneur de Winterfell avait soudain pris pleinement conscience du caractère sauvage et fier de ses hommes des montagnes, de ses hommes et ses femmes de clans, soudés mais libres. Il avait toujours entendu dire que les gens des clans n’appartenaient à personne si ce n’était qu’à eux même et que s’ils ployaient le genou devant un suzerain quelconque, c’était avant tout parce qu’ils le souhaitaient eux-mêmes et avant toute chose. Et si Beron tirait cette prescience alambiquée des longs et intrigants récits du vieux mestre Prysas de Winterfell, c’était bien ainsi qu’il lui semblaient qu’étaient réellement ses hommes et ses femmes bruts mais loyaux, entiers et fiers. Et de cette impression générale autant que de ce portrait anthropologique, le vieux lord Samwell Lideuil semblait être la plus parfaite incarnation, la plus exacte figure qui fût. Il était noble et fier bien que sauvage et paysan, il semblait libre mais respectueux de son lord, un vassal comme tout suzerain pouvait le rêver... Il paraissait, comme ses enfants, insoumis et redoutable bien que fidèle à ses principes et à ses engagements. Il était comme sa fille, finalement ou c’était peut-être elle qui était comme son père. On disait également que les femmes des clans n’appartenaient à personne à moins qu’elle soient elles-mêmes désireuses de l’être et qu’il n’était point de réserve ni de restriction auxquelles elles se soumettaient si ce n’était celles qu’elles avaient elles mêmes décrétées... Elles étaient comme les hommes des montagnes, libres et rebelles, se donnant à qui elles désiraient et prenant ce qu’elles souhaitaient prendre... Etait-ce là le secret de l’harmonie ? Etait-ce toujours ainsi que filait la vie dans les montagnes ? De façon simple et directe, sans secret, fard, ni faux-semblants ? Ou n’était-ce là qu’une vision parcellaire de tout ceci, livrée à Beron Stark par la grâce de la réception sincère qui lui avait été réservée ? Le Loup n’aurait pu le dire certes, mais il savait qu’il se sentait bien chez ces gens simples bien que rudes, et il lui semblait que c’était là toute la quintessence de l’esprit du Nord que l’on déployait en ces montagnes...

La mascarade du jugement de Kark Slate venait de s’achever dans une hypocrisie générale qui, certainement loin de satisfaire chacun avait pour autant le mérite de souhaiter préserver tout le monde. Certains dans leur amour propre, d’autres dans leurs alliances et leurs engagements, d’autres enfin, dans leur intégrité physique si ce n’était dans leur fierté blessée… Et la Garde de Nuit se verrait prochainement renforcée d’une tête, certes partiellement désertée d’intelligence et avide de tous breuvages alcoolisés, mais flanquée de bras costauds et d’une brutalité qui siérait mieux à la rencontre avec des sauvageons qu’à celle d’une femme enceinte… Le regard de Kark Slate qui croisa celui du Gouverneur du Nord était celui d’un homme possédé, intérieurement écartelé entre les divagations confuses d’une rage et d’une rancœur tenace et les balbutiements stupides de quelque constatation hébétée. A l’évidence, le Slate tanguait entre fureur contre lui-même et ses pulsions maladives, celles qui venaient de l’estropier et de le déshériter au profit du lourd manteau noir, et la haine qu’il tenait à l’encontre de celui qui venait de le juger, son suzerain, le ramenant brutalement devant ses fautes pour mieux l’en punir. Mais peut-être y avait-il aussi chez cet homme aussi fort que lâche, le balbutiement d’une naissance, d’une certitude. Celle d’avoir échapper de peu à la peine capitale que lui aurait certainement réservé le Lideuil si cela n’avait tenu qu’au vieux lord, et celle, partiellement égale qui consistait à prendre la mesure de la chance qui lui avait été laissée, quand bien même il ne la méritait plus... Ce Beron Stark lui prenait certes, sa vie tranquille et sa chaumière mais du moins lui laissait-il ses mains, intactes et utiles.
Il les ploya et les reploya, se compressant les poignées pour les débarrasser enfin de la sensation persistante des chaînes dont il venait d’être délesté...
Le Sombre Loup remarqua le geste et suivit du regard le Kark s’éloigner sous bonne escorte... Visiblement lord Samwell Lideuil entendait que le châtiment prononcé en sa demeure soit respecté. Question d’amour propre et de fierté.
Une certaine agitation régnait désormais dans la courette que délimitaient deux corps de ferme adjacents à la petite mais trapue tour Lideuil. Un léger vent d’automne faisait tournoyer des nuées de feuilles brunes et d’éclats de voix. Tout s’agitait en Loupdeuil. L’on hâtait les préparatifs d’un départ imminent. Le sol limoneux encroûtait les chausses et alourdissait les allées et venues des domestiques qui, houspillés de toutes parts, sanglaient les chariots, sellaient les chevaux et armaient les hommes.

« Deana connaît parfaitement le chemin… » La voix sonore du Lideuil signale à Beron que celui-ci s’était porté à sa hauteur. Le regard qu’échangèrent les deux hommes était empreint de complicité et de respect mutuel. Le Loup esquissa quelques pas destinés à l’extraire du centre de la petite cour dans laquelle il venait de rendre justice... Lord Samwell l’accompagna d’un pas lourd et les deux hommes s’écartèrent nonchalamment du centre de l’aire. Ils échangèrent un nouveau regard. Dans celui du vieux lord brillait désormais une lueur malicieuse. « Elle l’a même emprunté à mon insu… » Le timbre de sa voix se colorait désormais de la chaleur de celui de l’ami qui se confie. « Mais je vais vous donner Barristan et Maclen, ça leur fera les pieds à ces deux idiots ! Surtout Maclen, c’est mon héritier, mais il pense d’avantage à plaisanter qu’à gouverner, quant à mon cadet, il aime plus faire le beau pour les filles que se battre réellement. Je peux aussi vous laisser une dizaine d’hommes supplémentaires ainsi que des mules et des ânes, les chariots ne passeront bientôt plus, j’en ai peur, et si le temps se gâte, ils auront le pied plus sûr pour passer les cols. » Le regard métallique du Stark se réchauffa à son tour.

- Et je vous remercie pour cela, cher Samwell ! Vous m’avez été d’aides et de conseils précieux... Je m’en remets à vos connaissances et vos certitudes. Ce sont là vos montagnes et je ne vois pas mieux que vous ou vos gens pour me guider entre elles...

Le fracas d’un chariot passant à proximité couvrit la fin de sa phrase et ramena le Loup à ses hommes et ses préparatifs. D’une tape amicale sur l’épaule massive du Lideuil, il prit congé poliment. - Je vous abandonne quelques instants Samwell ! Les préparatifs... Et il s’éloigna promptement. Devant son pas souple mais pressé s’ébrouèrent, volaillant et caquetant, quelques poules bêtasses. Dans son pas alerte et impatient s’engouffra, sautillant et appliqué celui du tout jeune Leo, échanson studieux du Stark depuis la veille et l’arrivée de Beron à Loupdeuil. Le petit-fils de Lord Samwell venait de se coller aux basques du Loup et se remettait à le suivre à la trace. - Un parfait échanson doublé d’un remarquable pisteur, m’est avis ! Le Stark avait dit cela sans se retourner, ce qui avait cloué le petit sur place. Mais comme le Sombre Loup s’éloignait de plus belle, le jeune Leo lui courut après avant de se poster devant lui dès qu’il l’eut rejoint. - Moi je lui aurais coupé les mains ! déclara-t-il d’un air buté qui rappela immédiatement quelqu’un à Beron. Le Stark sourit. Il lui ébouriffa les cheveux d’une main ferme et attendrie. - Et avec quoi ? Avec ce cure-dent ? Le Loup désignait la petite lame qui pendait à la ceinture du jeune garçon. Manifestement de bonne facture, il en feignait l’ignorance afin d’agacer le petit Leo. Dans le mille ! Le garçonnet s’indigna aussitôt. - C’est pas un cure-dent d’abord ! Une bonne lame monseigneur ! Une bonne lame vous savez !? C’est mon grand-père qui me l’a offerte, elle vous tuerait vous savez ? Elle vous tuerait je vous dis ! Le Stark éclata de rire. L’air furieux du jeune garçon lui rappelait Deana lorsqu’elle s’emportait suite à une blague de Barth. Nouvel éclat de rire et nouvel ébouriffement des cheveux cette fois contrarié par l’opposition du garçon. - Allons Leo, je plaisante ! Je vois bien que tu as là une bien fière lame ! Il tira alors Glace de son fourreau ceint sur son harnais d’épaules. L’éclat du soleil d’automne sur la lame titanesque émerveilla l’enfant qui, oubliant tout d’un coup sa brève contrariété, s’approcha pour l’admirer. - Je peux la toucher ? demanda-t-il avec émerveillement. - Prends-la ! proposa le Loup. Il lui tendit la longue poignée de cuir et de fer. Le loup grondant du pommeau parut un temps décontenancer le jeune Leo qui hésita, ... et attrapa la prise. Le crépitement de la lame heurtant les cailloux de la petite entrée de la tour accompagna la chute de la pointe de l’estramaçon sur le sol. - Elle est lourde !? s’ébahit le garçonnet. - Tu sais où est ta tante, mon garçon ? lui demanda le Stark. – Laquelle, Cerseï, Ashara, Deana ? l’interrogea le garçon. Puis tout net, il reprit sans tarder : - Oh, votre Deana !? Non, je n’en sais rien ! Le Stark se releva circonspect. Il rangea Glace dans son long fourreau avant de se l’ajuster avec soin sur les épaules. * Ma Deana ? * songea-t-il un instant.

*
* *

Le crépitement des cailloux voletant en un nuage agressif et poussiéreux emplit la petite cour. Depuis les marches de la tour qu’il venait de quitter et où il avait fini, avec l’aide précieuse du jeune Leo, de fermer son paquetage, le Loup Stark fut interpelé par le fracas des sabots du puissant cheval freinant sa course folle sur les graviers du bas de la tour. Il observa le cheval stopper dans la courtine et en descendre la blonde cavalière. Deana. Enfin. Qu’attendait-elle pour reparaître ? Où était-elle allée vadrouiller ? Il semblait au Stark qu’elle devait renaître ici, chez elle, dans la montagne sauvage. Comme si le flot de ses veines enfin se trouvait à nouveau abreuvé d’une énergie vitale renouvelée…
La blonde s’avança mit pied à terre avec souplesse et rapidité, mais aussi avec une certaine précaution qui était chez elle, inconnue de Beron… Pendant qu’un jeune palefrenier menait sa monture aux écuries, elle se dirigea vers le Stark, doucement, enroulée dans son manteau d’où n’émergeait avec flamboyance que la blondeur froide de sa tignasse tressée. Sans quitter un instant son seigneur des yeux, elle vint à lui, calmement. Puis, arrivée à sa hauteur, elle se tint quelques instants à ses côtés, observant ce qu’il observait lui. Lord Lideuil vociférait des ordres à ses hommes afin que tous se tiennent prêts pour un départ à présent imminent. Au bout de quelques petits instants, elle dit finalement :

« C’est une belle journée Messire, un jour béni des Dieux. »

La formule intrigua le Stark qui n’était pas habitué à ce type de conversation de la part de la jeune femme. Elle qui était plutôt directe et efficace se tenait en général bien à l’écart de ce genre de formule toute faite et sans réel intérêt. Elle lui tournait maintenant légèrement le dos, tête baissée, regard attendri, couvant quelque chose entre se bras cajoleurs.

« J’aimerais le garder, il nous portera chance… »

Le Stark s’approcha d’elle et découvrit alors, niché au creux de ses bras, un tout jeune louveteau couinant dans son giron.

- Deana vous êtes en retard, où étiez-vous donc !? Nous vous attendions pour partir ! Son regard délaissa la frimousse de la jeune femme pour revenir sur le museau du petit animal… - Un signe… lâcha-t-il tout bas. Il volta brusquement et s’éloigna en avertissant la jeune femme :

- Faites en sorte qu’il ne contrarie en rien notre départ, est-ce clair ? Faites ce que vous voulez de cet animal tant qu’il ne vous conduit pas à renouveler ce genre de contretemps ! Mais au fond de lui il pensait en réalité : * Un Loup ! C’est un signe des Dieux à n’en pas douter ! Mes prières n’ont-elles donc pas étaient vaines ? * Il aurait en réalité adoré avoir trouvé ce loup lui-même mais s’il souhaitait ne pas l’évoquer avec Deana c’est qu’il avait peur de mettre trop le doigt sur la frustration qui était la sienne à ce moment-là. Cela lui passerait. Ce loup était un signe et il fallait garder cela à l’esprit. Tout cela était positif et sonnait en même temps comme un l’avertissement de la naissance de quelque chose d’important pour la Maison du Loup-Garou… Mais Beron était bien incapable d’interpréter les rêves, et tout ceci resterait bien mystérieux jusqu’à ce que le Stark soit en mesure de l’offrir à l’analyse d’une personne capable de lire les signes, les rêves et les songes…

*
* *

Une heure plus tard, laissant à Loupdeuil une partie de son escorte, de son matériel et de ses chariots, le Sombre Loup était en selle et en route pour le nord. Il lui fallait rallier le Mur au plus vite. Au retour, il ferait un large détour afin d’inspecter les défenses du nord, celles des Wull, des Glover et des autres clans des montagnes du nord.

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Message Mar 10 Avr 2012 - 18:29

La fin de la phrase de Leigh Tallhart fut étouffée par l’ébrouement d’ardeur d’une monture qui passait à proximité. Les hommes et les bêtes paraissaient se réjouir de fouler enfin le terme de leur long périple. Juché sur un promontoire rocheux qui semblait dénuder aux quatre vents l’épaulement rocailleux de la colline qu’ils achevaient de gravir, le Loup distribuait aux membres de sa Garde Grise les premières recommandations quant à leur arrivée prochaine à Tour Ombreuse.
Dans le lointain, les tours de pierres grises qui s’entassaient à l’ombre de l’immense Mur en un ensemble irrégulier, paraissaient encore, à la faveur de la distance qui leur restait à parcourir, semblables au maladroits empilements de cubes de bois avec lesquels, enfants, Beron et Jonas jouaient aux « Seigneurs de la Citadelle »... Quelle était lointaine cette époque désormais ! Et dans quelle innocence se berçaient-ils alors tous deux ! Le Mur et son gigantisme de pierre et de glace ne leur étaient à l’époque qu’un conte de plus dans la bouche intarissable de mestre Prysas. Et les sauvageons et créatures blanches dont le titanesque édifice interdisait l’entrée dans les Sept-Couronnes, n’étaient à leurs yeux d’enfants que des épouvantails grâce auxquels le mestre se gagnait astucieusement leur écoute complète et leur attention appliquée...
Mes les années et le poids des responsabilités qui s’étaient par la suite amoncelées sur les épaules de Beron avaient consciencieusement fait leur œuvre afin de démontrer que les sauvageons, la Garde de Nuit et le Mur n’avaient pas été inventés à leur intention. Et les événements récents étaient là pour le rappeler. Dans sa missive à l’attention du Seigneur de Winterfell, mestre Ulias avait conjuré le Stark de marquer de sa présence le jour de la nomination du nouveau Lord Commandant. Il évoquait de sérieuses tensions depuis le soudain décès de Lord Walter et une capacité très relative, pour le pourtant fort respecté Frère Arn-la-Brique, à maintenir une certaine tranquillité dans le Fort, depuis qu’il en avait été investi dans sa fonction temporaire de Lord Intendant.
Le voyage n’était apparu aux yeux du Stark qu’aussi imperceptible qu’un songe lorsque se profila, à l’horizon, l’immense muraille de glace. Les deux journées de chevauchée et la nuit de bivouac s’étaient déroulées sans accroc ni contretemps, et même pouvait-on dire plus rapidement que ce qui avait été prévu au départ. En effet, le fait d’avoir laissé à Loupdeuil le gros des chariots de provisions et d’armes avait rendu le trajet moins lent et plus reposant. Le temps était frais mais doux en ce sixième et ultime jour de voyage depuis leur départ de Winterfell. L’hiver qui, pourtant, s’annonçait, semblait vouloir charrier avec lui ce jour-là autant de soleil et de vent doux qu’il était possible d’obtenir à pareille époque. La lumière gracieuse et légère jouait à l’infini avec les variations et les teintes luisantes du Mur sous le soleil. L’œuvre de Bran le Bâtisseur semblait déverser au devant des arrivants un flot de larmes silencieuses… *Le Mur lui-même pleure-t-il la mort d’un de ses gardiens !?* Pour compétent et intraitable qu’il avait été jusqu’à l’heure, soudaine, de sa mort, le Lord Commandant Walter, n’était pourtant pas le premier Frère Juré que le Mur perdait, ni le dernier homme de valeur qui disparaîtrait pour sa défense... Pourtant, depuis de nombreuses années maintenant l’immense édifice ne recevait plus que bien trop rarement le renfort d’hommes d’honneur et de convictions qui offraient librement leur existence entière pour la sauvegarde du Mur et des valeurs et enjeux qui y étaient associés et que celui-ci garantissait. Durant des centaines d’années, les effectifs de la glorieuse Garde de Nuit n’avaient cessé de fondre comme la glace du Mur en ce jour ensoleillé et les dernières décennies avaient assisté à infiniment plus d’enrôlements forcés que d’engagements spontanés. Les forts avaient fermés les uns après les autres, accompagnant dramatiquement la chute vertigineuse du nombre d’hommes de la Garde de Nuit et attestant à regrets de l’inéluctable érosion du plus formidable ouvrage de défense jamais conçu. Si le Mur restait inébranlable et sûr, la hauteur vertigineuse et la colossale épaisseur de sa masse démesurée pâtissaient toutefois de l’amenuisement continu du nombre de ses défenseurs... L’entretien et les rondes se faisaient moins fréquent, le ravitaillement plus disparate et irrégulier, le recrutement toujours plus discret et de piètre qualité.
- V’là ton nouveau p’tit nid douillet, Slate ! brailla le « Vigier » Tallhart du haut de son immense carcasse ensevelie sous le manteau de la Garde Grise et alors que celui qui, quelques jours encore auparavant, était le gendre de Samwell Lideuil, passait non loin de là, sous bonne escorte. La moue grognonne de Kark Slate ne répondant que silencieusement à la boutade du « Gris », comme étaient surnommés les membres de la garde personnelle du Stark, Barth Snow ne put s’empêcher d’en remettre une couche.
- Allez, fais donc pas cette tête-là, Kark, tu trouveras-là tout plein de « piti-z’amis » tout mignons qui te prêteront tout un tas de manteaux noirs, tu verras ! Et le « Vigier » de faire grincer son cheval d’épuisement sous les tressautements du rire tonitruant dont il savait régaler son entourage.
Un regard métallique du Stark accueillit la boutade et il suffit que les yeux gris de Beron se posent successivement sur le géant Tallhart et sur le maître d’armes pour que tous deux cessent immédiatement leurs moqueries douteuses. Le Stark avait trop de respect pour l’œuvre de ses aïeux et d’estime pour la mission que remplissaient humblement et vaillamment les Frères Jurés pour supporter plus longtemps les moqueries sur leur compte… Et même si tous ceux qui avaient revêtu le noir n’étaient pas venus jusque-là de leur plein gré, et même si la plupart d’entre eux n’était arrivée au Mur qu’enchaînés et forcés, il n’en restait pas moins qu’ils étaient tous, depuis des millénaires et pour le plus longtemps possible, fallait-il l’espérer, le seul véritable rempart qui permettait la paix vigilante dans laquelle les Sept-Couronnes s’étaient doucement assoupies…
Alors que les chariots restant exprimaient par leurs grincements d’essieux plaintifs toute la difficulté qu’ils avaient eu à se traîner jusqu’à cette extrémité du royaume, les chevaux semblaient accueillir la proximité du Mur et l’imminence de leur arrivée à Tour Ombreuse avec une indifférence toute paisible. La colonne avançant sous les étendards au Loup s’étirait avec tranquillité sur le petit chemin qui les mènerait jusqu’à la porte d’enceinte du fortin... L’arrivée à Tour Ombreuse, loin de pouvoir rivaliser en largeur et praticité avec celle, bien mieux aménagée et entretenue, qui conduisait le voyageur jusqu’au porche de Châteaunoir, sinuait maladroitement entre carcasses pierreuses et végétation rabougrie par le froid.
Alors que le gros du convoi convergeait lentement vers la porte principale, le Stark observait les voitures cahoter sur la sente caillouteuse et crevassée. A ses côtés, tous les membres de la Garde Grise qu’il avait amenés avec lui jusqu’à cette extrémité froide du monde, le flanquaient silencieusement. Le « Vigier » Tallhart et sa masse formidable faisaient passer son puissant destrier pour un vulgaire poulain. Aaron Ryswell, le si talentueux cavalier des Rus, juché sur un étalon noir qui faisait écho au chef chevalin à la crinière flamboyante qu’il arborait sur le torse, laissait se hasarder son regard vers l’imposant ouvrage défensif qui s’étirait sous ses yeux émerveillés. Lui n’avait jamais vu le Mur. Il en était bouche bée... Un peu plus loin, ser Kendrik semblait vouloir à tout prix passer pour indifférent à la vue du titanesque édifice. Le Crakehall, en véritable homme de l’Ouest qu’il était, détestait laisser paraître son admiration ou son étonnement vis-à-vis de tout ce que le Nord recélait de merveilles... Cette attitude puérile avait toujours beaucoup amusé Beron qui, depuis leur enfance commune, s’était toujours appliqué à titiller son ami avec des réflexions agaçantes sur cette posture feinte. Le Crakehall, finissait toujours par céder à l’amitié qu’il avait pour le Stark et ainsi par accepter de reconnaître, souvent à contrecoeur, ce que tous avaient depuis longtemps en réalité deviné. Juste à côté de Kendrik et entre lui et Barth Snow qui, comme pour marquer physiquement qu’il était le seul, ici, à ne pas appartenir à la Garde Grise, se tenait, montée sur son fidèle cheval, Deana Lideuil, la toute première et jusque-là unique femme à avoir jamais appartenu à la garde personnelle d’un Stark... Comme à son habitude, sa silhouette gracieuse et élancée était épaissie et appesantie par le dense et lourd plastron clouté qu’elle portait en presque toutes circonstance. Le regard du Loup ne s’en attarda pas moins longuement sur elle. Son visage juvénile et gracieux tranchait avec la fermeté et la détermination qui se lisait dans son regard azur. Ses longs cheveux d’une blondeur pâle étaient, comme à l’ordinaire tressés en de longues nattes qui retombaient sur ces épaules renforcées de cuir bouilli piqueté de métal. Le Stark repensa soudain à ce qu’il avait ressenti pour elle, trois jours auparavant, et qu’il avait jusque-là tenté de refouler et d’oublier. Pour la toute première fois depuis qu’il la connaissait, la blonde lui avait alors paru si fragile et si féminine à la fois qu’il s’en était retrouvé piégé dans cette idiote grange... Dire qu’il avait failli l’embrasser... Un homme de sa Garde Grise ! Enfin un homme, une femme tout de même et on ne pouvait plus femme ce soir-là... Bref. Il ne fallait plus y penser. Lui qui avait connu toutes les putains de Winterfell et des environs, et dont la couche avait si souvent accueilli les plus charmantes jeunes femmes du nord ne s’était jamais posé de questions au sujet de celles-ci, de leurs sentiments ou de leurs envies ou desseins... Quel intérêt !? Elles n’étaient que des femmes, là pour son plaisir à lui et ses besoins personnels. Il pouvait les avoir toutes s’il lui venait simplement l’envie... Mais elle, non. Il n’avait jamais envisagé la jolie blonde comme une femme qu’elle pouvait être puisqu’elle était homme d’armes. Et c’est pour cela même et pour toutes les capacités dont elle faisait preuve en tant que telle et armes à la main qu’il l’avait par la suite intégré à sa garde rapprochée... Elle était un homme d’armes comme les autres et pourtant il savait désormais qu’il n’en était pas tout à fait ainsi... Oh, bien sûr, il n’était ni aveugle ni stupide ! Il avait bien remarqué qu’elle ne pissait pas debout et que son joli minois lui valait d’essuyer les régulières blagues misogynes du maître d’armes ou de certains de ses hommes à lui. Et lui-même avait, au tout début et alors qu’ils ne se connaissaient que très peu, usé de boutades idiotes pour embêter la Lideuil, la faire rougir et tester sa détermination... Mais tout était désormais différent ! Cette escale chez le Lideuil avait conduit le Loup à voir la blonde comme la femme qu’elle pouvait être ou qu’elle aurait pu être... Et sa soudaine féminité, dévoilée et combinée à une fragilité momentanée avait éveillé en lui quelque chose d’aussi inattendu que déplacé et impensable... Il avait eu envie d’elle comme rarement il avait pu désirer une femme. Cela avait été bref et il avait su immédiatement le refouler avant de tenter de l’oublier mais cela avait bien eu lieu et il ne savait plus comment s’en sermonner. Il pouvait avoir toutes les femmes du nord à part elle, et c’était soudain elle qu’il avait convoitée... Elle, un homme d’armes ! Heureusement que personne ne savait...
Elle se tourna vers lui et un instant leur regard se croisèrent. Il talonna son étalon sombre qui dévala le promontoire rocheux du haut duquel lui et sa garde rapprochée dominait cette petite vallée dépourvue d’arbres qui les séparait encore du Mur gigantesque. Ils touchaient enfin au but. Quelques dizaines de minutes de chevauchée dans la caillasse et la terre glacée les séparaient encore du terme de leur long voyage. Tour Ombreuse était là, sommeillant sous leurs yeux et dans l'opacité menaçante du pourtant protecteur ensemble de pierre et de glace, le plus fameux édifice défensif réalisé par l’Homme...
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Message Mer 18 Avr 2012 - 19:06

La blondinette qui avait fait des avances à Beron avait donc regagné sa maison bredouille et un peu déçue, mais d’autres s’étaient réveillées au petit matin dans les chambres de l’humble demeure des Lideuils aux côtés d’hommes d’armes émérites et de jeunes loups nauséeux. Mais au petit matin la magie de la fête s’était dissipée et elles avaient dû regagner leurs habitations avant que le maitre des lieux ne fasse son apparition dans la grande salle, il fallait s’attendre à un mini baby-boom dans neuf mois, car même si la plupart d’entre elles savaient user du Thé de Lune, peu avaient les moyens d’en acheter. Au creux des montagnes la simplicité l’emportait souvent sur la duperie, car la pierre ne ment pas, ni les éléments, la dureté de la vie ne laisse que peu de place aux faux-semblants, mais il y avait tout de même des secrets. Le secret par exemple d’une jeune fille qui rêve de porter armure et épée et de donner son nom à la postérité, le rêve d’une jeune femme qui revient dix ans plus tard et qui rêve de se défaire quelques heures de cette armure et de cette épée si durement acquises pour connaître la chaleur des bras d’un homme. Le secret d’une guerrière éperdument amoureuse de son seigneur et dans l’impossibilité de lui révéler quoi que se soit sous peine de perdre sa précieuse place à ses côtés. Et hélas aussi parfois celui qui incite un frère à tuer son ainé ou celui qui fait qu’une femme cache à sa famille l’horreur de son mariage, ce genre de secrets. Et enfin le secret qui, sur le seuil d’une écurie, unit par un long regard échangé dans le silence et quelques gestes furtifs un homme et une femme dans la fraicheur nocturne des montagnes. Mais l’heure n’était plus aux secrets jalousement gardés par la lune mais aux préparatifs pour reprendre la route au plus vite, et pendant que le Stark quittait son hôte, ce dernier se disait avec un sourire qu’il avait là un suzerain digne qu’on ploie le genoux devant lui, contente et honoré de cette visite tout autant qu’il l’était d’avoir revu sa fille en pleine forme, fille qui venait de réapparaitre dans la cour.

Renaitre oui, même si elle ne mourrait pas pour autant à Winterfell, elle était tellement heureuse de revenir sur ses terres et de revoir les siens, elle aurait aimé rester plus longtemps, mais elle devait suivre Beron et elle le désirait aussi et cela aurait été imprudent d’attendre d’avantage que l’hiver gagne du terrain. Pourtant tous ses souvenirs et en plus ce qui s’était passé la veille avec lui, elle en était folle, et elle en avait d’ailleurs perdu toute notion du temps. Elle qui était d’habitude si ponctuelle et généralement en avance et toujours prête, là elle pu constater qu’elle avait un sacré train de retard. Les préparatifs étaient bien avancés alors qu’elle avait encore tout à faire, enfin, au moins, elle s’était bien amusée dans les bois, et puis elle avait trouvé ce louveteau et ça, ça valait toutes les réprimandes du monde ! Il y avait Loupdeuil et le Stark et cela suffisait à Deana à se sentir pleinement Lideuil, pleinement femme et homme d’arme à la fois, pour la première fois de sa vie, bref ragaillardie dans sa fougue et dans sa fierté de montagnarde, mais malgré cela elle dut plier l’échine et s’excuser pour son retard.

« Veuillez me pardonner, je voulais revoir mon bois, seule… mais je me suis laissé piégée par le temps. Vous pouvez partir dès que vous êtes prêts, je vous rattraperais ! » Ça me donne des frissons quand il me parle comme ça… il est si… autoritaire… dominateur… tellement sexy quand il fait son Stark… Il est Stark ! Il est craquant, il est irrésistible ! Aaaah je fonds ! S’il me regarde je vais tomber dans les pommes. Vite ! Regarde le sol c’est plus sûr… Et arrête de repenser à ton rêve de cette nuit c’est carrément malsain sans compter que ce n’est ni le moment ni l’endroit ! Il est en train de t’engueuler pour info, et tu le mérite, t’es à la bourre ! « Bien sûr Mon Lord, je… bien, je fais au plus vite. » Ouh, la, la, il n’est pas content du tout, il faut encore que je mange un bout et que je monte récupérer mes affaires, ça va les retarder de plusieurs dizaines de minutes même si je fais vite, il va me tuer, pourquoi a-t-il fallut que j’aille faire l’idiote dans la forêt aussi longtemps, c’est à cause de ce foutu Lynx, ils causeront ma perte !

Deana entra dans la salle à grandes enjambées, Barristan et Maclen y mangeait encore avec Barth et le reste de la Garde Grise, mais eux devaient avoir leurs chevaux et leur paquetage de prêts contrairement à elle.

- Tiens quand on parle du loup, ou devrais-je dire de la pomme de pain… Commença Barth dès qu’elle eut fait son entrée
- Deana, on cru que tu t’étais perdue, on était à deux doigts de partir sans toi ! Répliqua Kendrik
- Beron doit être furieux, il t’a vue ? Ajouta Aaron

La blonde fit mine de ne pas avoir entendu ses compagnons et mit le louveteau sur la table au milieu de tout ce petit monde en guise d’explication et de point final aux moqueries. Là, Amarok entreprit de manger quelques bouts de fromage et de viande qu’on lui jetait, même pour le Vigier voir cette petite boule de poil pataude était attendrissant, tout le monde participa donc à son repas, mais Deana n’était pas calmée pour autant et toujours debout en marchant d’un pas qui résonnait dans la pièce, elle appela :

- Ashara ! Cersei ! Vous êtes où ?! Lança-t-elle d’une voix forte
- Qu’est que tu leur veux ? La coupa Barristan
- J’ai besoin d’elles, c’est pas tes oignons ! Riposta-t-elle sur un ton froid
- Oh tata ! Lord Beron te cherche… C’était Leo qui venait de les rejoindre et qui avait dit ça sans se douter de la conversation, par pur sens du devoir.
- Je sais ! Je suis là ! Il le sait ! Hurla-t-elle. Le gosse s’arrêta net, la mine renfrognée.
- Par contre tu as raté le jugement de Kark ! Ajouta Maclen alors que la blonde s’était déjà détournée.
- Tu me raconteras plus tard, je dois voir mes sœurs !

Elle monta le grand escalier quatre à quatre à la recherche des deux autres blondes de la maisonnée et ne tarda finalement pas à les trouver et à leur demander de préparer ses affaires et de les descendre au plus vite pendant que Leo restait ébahit devant la trouvaille de sa tante et qu’il lui donnait à manger pendant que les hommes de Winterfell lui racontait qu’elle allait le faire rôtir pour son petit déjeuner. Quand à Maclen et Barrisan il échangeait quelques mots sur la décision de Beron vis-à-vis du Slate, mots dont la conclusion était que lorsque leur blonde sœur saurait le résultat des courses elle serait furieuse et que donc il fallait lui dire avant qu’elle ne s’en aperçoive.

- Nan c’est pas vrai ! Leo venait de crier, aussi ému qu’énervé
- Si... Et elle mange des petits enfants tu sais. Dit Barth sur un ton de faux avertissement.
- Elle a beaucoup changé depuis qu’elle est à Winterfell. Ajouta le Kendrik
- Arrêterez de lui raconter des bêtises ! Deana avait entendu les gris se moquer de son neveu et elle n’appréciait guère en croire son regard et sa voix.
- Tu vas le manger ? Demanda Leo un peu effrayé mais prêt à sauver le louveteau des griffes de sa féroce tante.
- Mais non, je vais le garder, je l’ai trouvé dans la forêt, il faut lui trouver à manger…
- Manges toi aussi ! La réprimanda le Vigier
- A moins qu’elle ne veuille faire un malaise et se retrouver encore une fois dans les bras de Beron ! Plaisanta le bâtard

Deana était rouge comme une tomate trop mûre et faillit répliquer : « mais comment vous savez ? » avant de se rappeler que même si elle n’avait pas été techniquement dans ses bras elle avait été sauvée par le Lord et que cela devait suffire à Barth pour extrapoler et la faire passer pour une faible femme, c’était son passe temps favoris. Leo quand à lui paressait soulagé du démenti et une fois le doute passé, il se mit à sourire jusqu’aux oreilles et à sautiller sur place, chose qu’il s’était retenu de faire en présence de Beron et qui ensuite avec ses histoires de recherche et de loup lui était sorti de la tête jusqu’à cet instant, il lâcha enfin après plusieurs secondes d’yeux écarquillés de la part des hommes qui avaient tous petit à petit remarqués son manège.

- Ben d’abord moi, j’ai touché Glace !
- Tout le monde a touché de la glace Leo, c’est pas ton premier hiver que je sache ! Maclen ne brillait pas toujours par sa vivacité d’esprit.
- Mais non…
- Glace ?! Tu veux dire… Glace ?! Deana était sur le cul, enfin elle était déjà assise, mais elle était bouche-bée… et un peu jalouse…
- L’épée du Stark ? Demanda le Vigier.
- Lord Stark on dit ! Et oui, la grande épée de Beron Stark, il m’a autorisé à la prendre quelques instants ! Ajouta le petit
- Tu sais ce que ça signifie Leo ? Ça veut dire qu’il trouve que tu as bien remplit ton rôle d’échanson, enfin j’imagine, et qu’il t’aime bien aussi ! Dit Deana calmement en souriant à son neveu et en le prenant fièrement par les épaules, elle l’aurait bien serré dans ses bras mais il était grand, bientôt un homme et il risquait de mal le prendre.
- Ben oui, le Stark ne laisse pas n’importe qui toucher à son épée, hein Deana. Polémiqua Barth
- Que… de… Elle était gênée et encore une fois les joues rosies par la honte, mais les hommes ici présents étaient loin d’imaginer les vraies raisons de ça, ils pensaient simplement que c’était parce que la blonde, et ça n’était un secret pour personne, était une pucelle effarouchée.
- Je ne te permets pas de dire des choses pareilles à ma sœur ! Objecta Barristan d’un ton sec.
- Je n’ai pas besoin de ta permission ! Réfuta le bâtard

Les deux jeunes hommes étaient en train de se lever pour se battre lorsque Deana frappa du poing sur la table.

- Suffit Barristan ! Assis ! Je n’ai pas besoin que tu me protège ! Rappelles toi que cela fait dix ans que je vis sans qu’aucun homme ne me garde à l’abri ni des plaisanteries grivoises, ni des queues, ni des épées.

Même Barth était sur le cul, le message était clair, elle avait compris la boutade et elle ne la trouvait pas drôle, pour vrai c’était un peu déplacé, mais après tout elle avait choisi de vivre dans un monde d’homme, il fallait qu’elle supporte les blagues d’hommes ou bien qu’elle retourne à la couture, aussi le maitre d’arme n’était pas prêt de s’arrêter. Mais au moins Barristan et lui ne se battrait pas pour si peu, car le frère avait désormais le cul vissé au banc et ne pouvait qu’acquiescer, il n’avait pas été là pour l’aider depuis un peu trop longtemps pour l’ouvrir maintenant, ni lui ni le père, ni personne. Elle avait très certainement dû se battre pour en arriver là, seule, mais était elle encore vierge ça… Après tout qu’importait, elle faisait ce qu’elle voulait, il espérait tout de même qu’elle n’ait pas couché avec cet idiot là, le Snow, elle méritait mieux, pour sûr !

- Le Slate a été gracié… commença Maclen
- QUOI ?!
- … En échange de quoi il rejoint la Garde de Nuit. Termina précipitamment Barristan avant que sa sœur n’explose.
- Rrrrrmm… Fut la seule réponse de la blonde.

Pendant que Deana se replongeait dans son bol de bouillie, elle se demandait qui allais alors payer pour les coups reçut par sa sœur et pour l’affront qu’il lui avait fait en parvenant presque à la tuer, c’était une décision de Beron, aussi ne pouvait elle pas aller contre, mais il valait mieux qu’elle reste éloigné de lui, car dans un accès de colère elle pourrait bien lui montrer ce qu’elle valait armes en main et sans robe encombrante. Elle rumina sa rage en silence, et bientôt elle eut fini de manger, et pendant que les autres échangeaient encore quelques blagues, elle put retrouver dans les écuries et ranger son paquetage descendu par Ashara entre temps.

***

Depuis que le mur était en vue, Deana n’arrivait pas à en décrocher les yeux, elle le regardait la bouche entrouverte et les yeux grands ouverts, comme elle aurait observé une bête vivante, elle avait d’ailleurs l’impression qu’il se mouvait, lentement au rythme de l’hiver, et un tas de question lui venait à l’esprit. Était-elle la seule femme à le voir depuis bien longtemps, si on omettait évidement les sauvageonnes et les quelques paysannes qui parcouraient le Don, la dernière était une reine, et elle se sentait aussi honorée d’être du voyage que si elle l’avait elle-même été, son souffle même trahissait ses pensées, raccourcis et erratique. L’édifice était surprenant par sa taille et par sa beauté froide, mais aussi par son histoire et son rôle, la barrière entre le monde des hommes et celui de la mort, Bran le bâtisseur, un Stark lui aussi, en tout cas elle n’avait rien vu de telle, Port-Réal était bien plus beau, mais pas aussi gigantesque ! Elle entendait à peine les moqueries de Barth et de Tallhart et ne s’en souciait guère, elle n’entendait que le vent qui venait caresser l’édifice et l’ébrouement des chevaux, heureux d’arriver à destination, et une sorte de bourdonnement, les hommes qui parlaient, soulagés que le voyage touche à son terme. Elle, elle aimait chevaucher, surtout dans les montagnes elle avait pu montrer toute l’étendue de ses talents pour ce terrain, piste, chemins escarpés, chasse, reconnaissance, sécurisation de la route, et avec l’aide de Barristan de Maclen des ânes et des mules du Lideuil, la colonne n’avait pas perdu de temps, mais les deux blonds aussi restaient bouche-bée devant leur destination. Elle était juste assez concentrée pour suivre le Stark et les Gris et s’arrêter auprès d’eux, encadrée par Kendrik et Barth, pendant que tous continuaient vers le fort, mais entre temps elle avait tout de même réussit à fermer la bouche et à reprendre une posture et un regard plus digne d’elle.

Deana qui avait si longtemps voulut qu’on la considère comme un homme d’arme comme les autres voulait désormais que Beron la regarde autrement, comme une femme. Il semblait l’avoir fait dans l’écurie, mais ça n’était pas si simple, ni pour lui ni pour elle. Pas aussi simple que leur étreinte au clair de lune, pas aussi simple que leurs doigts qui s’effleurent. Non la suite n’était pas si simple il ne s’agirait plus de gestes presque anodins dont l’unique conséquence était de faire tourner la tête de la blonde et de lui donner chaud. Si, au moins, elle avait été moins timide, elle aurait peut-être pu remettre le sujet sur la table avec lui, au moins elle aurait été fixée, mais elle osait à peine y penser et rougissait à chaque fois, alors en parler, c’était au dessus de ses forces. Elle ne se sentait à l’aise qu’avec une épée dans les mains sur un champ de bataille ou une lice, pour s’entrainer ou défendre la peau de son Stark. Ça, elle le faisait depuis tellement longtemps qu’elle n’en ressentait plus vraiment le danger ni la douleur, comme si lever et abaisser sa lame était devenu une réflexe, aussi simple que de mettre un pied devant l’autre ou de respirer. Mais l’amour, elle n’y connaissait strictement rien et ça lui semblait être un foutu gouffre sans fond, plus effrayant qu’un dragon affamé, et alors qu’elle se serait jeté sur n’importe quel ennemi pour lui, elle était incapable de lui demander si ses gestes avaient le sens dont elle rêvait. Et tout lui avouer, ses sentiments, serments et autres songes, à quoi cela servirait-il s’il ne les partageait pas, cela risquerait plus de le mettre mal à l’aise vis-à-vis d’elle et de briser cette confiance qu’il lui avait montré en la nommant dans la Garde Grise. Elle se souvenait la façon dont lui et les autres l’avaient traitée au début, mais elle ne lui en voulait pas plus à lui qu’à Barth, cela l’avait endurcit et au fond, elle ne serait jamais arrivée là où elle était maintenant sans ses moqueries, la première grise, l’une des seules femmes reconnue pour ses faits d’arme. Pourquoi avait-il fallut qu’elle en tombe amoureuse non d’un chien ! Pourquoi ! Cela compliquait tout… ou peut-être pas, car il ne semblait même pas vraiment se souvenir de ce qui s’était passé, peut-être avait-il déjà oublié, et pour elle cela ne changeait rien, elle l’aimerait et elle le protégerait jusqu’à ce que mort s’en suive, ça n’était pas incompatible avec sa mission, c’était juste difficile parfois de savoir qu’il était si proche et si loin à la fois, qu’elle ne pouvait pas le toucher ni l’embrasser, ni tout lui dire…

Amarok quand à lui était en croupe sur Dark Mountain, trop petit pour suivre le convoi que ses quatre pattes, il avait élu domicile sur le cheval qui avait finit par s’habituer malgré quelques soubresauts au début. Le temps était doux et la blonde avait laissé choir son manteau sur le troussequin de sa selle, le soleil brillait, se reflétant sur le mur comme sur un miroir à la surface inégale. On pouvait y voir, lorsqu’on avait la foi, les âmes de tous les gardiens qui avaient combattu là depuis des millénaires, leur courage y résidait à jamais, la valeur des vies données pour que les Sept Couronnes puissent vivre paisiblement et en sécurité, jusqu’à en oublier son existence et son importance. Elle ne remarqua rien quand Beron posa son regard sur elle, pas avant de quitter, enfin, le mur des yeux et de croiser le regard gris du sombre loup, elle le soutint, mais elle aurait rapidement lâché prise s’il ne s’était pas lui-même esquivé en prenant le galop pour entrer dans le fortin. Elle le suivit des yeux, avant de se mettre en route à son tour. Elle était impressionnée donc, mais aussi un peu effrayée, elle ne savait que trop bien qu’une bonne partie des hommes engagés actuellement dans la Garde de Nuit étaient des petits malfrats et pour certains des violeurs qui n’avaient rien eut à violer depuis des lustres puisque aucune femme n’était entrée dans l’enceinte de Tour Ombreuse de mémoire d’homme. Un peu avant d’entrer, elle remonta la peau de loup sur ses épaules et rabattit la capuche de laine blanche sur sa tête, elle se sentait plus à l’aise comme ça.

Bientôt, tous eurent mit pied à terre dans la cour de Tour Ombreuse, et Deana malgré son manteau et sa capuche ne trompait personne sur son sexe, mais elle n’avait qu’une chose à faire, se taire et suivre le Stark comme son ombre, main sur la garde de son épée, fière d’être ici, fière d’être une grise, fière d’être une femme, et ainsi, la tête haute et son regard froid de ses montagnes croisa celui d’Elwood, un frère noir désormais, s’il avait jamais été un frère pour elle, en tout cas depuis ce terrible jour où il était revenu en vie avec le cadavre d’Andrik...


Dernière édition par Deana Lideuil le Ven 18 Mai 2012 - 14:32, édité 1 fois
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