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Rapprochement de l'Île et de la Tour [Clarence Hightower]

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Feuille de Personnage


Message Dim 6 Nov 2011 - 19:06

« Ne dis pas de sottises, Jace, je saurai prouver que nous sommes leurs égaux. Après tout, nous sommes pour ainsi dire voisins depuis l'élévation de notre famille à son titre et à son rang, et jamais la Grand-Tour n'a eu à se plaindre de nous, n'est-ce pas ? »

Jace avait pris la ferme résolution de s'en remettre à la sagesse étonnante de sa sœur jumelle, qui allait bientôt quitter les verts coteaux de la Treille pour les rues pavées de pierreries de Villevieille. La vie est ainsi faite de choix douloureux, mais avait-il le choix ? L'âge, le devoir et même le climat s'alliait pour le convaincre de l'opportunité de cette union matrimoniale qu'il espérait féconde et durable. Plus que l'union d'un homme et d'une femme qui ne s'était jamais vus l'un l'autre qu'à travers le regard d'émissaires envoyés pour vanter les mérites de l'éventuel futur époux et de la possible future femme. Jace n'était pas très à l'aise avec les choses du cœur, le cours tumultueux de sa jeunesse l'ayant arraché aux paisibles pâturages où paissent les tendres inclinations qui font s'émouvoir deux cœurs qui s'amourachent. Il avait certes connu les femmes, mais c'était à l'occasion d'étreintes passionnées, embrasées des vapeurs de l'hydromel et du parfum capiteux de ces draps mille fois souillés du souvenir d'amants qui partaient toujours avant même que le soleil ne fût levé. La situation se compliquait d'autant plus que ni la tendresse, ni l'amour, ni même la passion n'avait d'importance, ce qui n'était d'ailleurs pas pour le déranger, car il est à peu près sûr que le jeune homme eût trouvé insupportable que sa jumelle aimât un autre homme plus qu'elle ne l'aime lui. Ce raisonnement quelque peu jaloux et enfantin n'ôtait rien à la perspicacité de Jace qui comprenait plus qu'aucun autre quelle grande chance représentait pour lui cette proposition de mariage de la part de Clarence Hightower lui-même, qui le conviait à son palais de Villevieille dans l'hypothèse où déjà le seigneur de la Treille serait d'accord sur le principe d'un mariage dont les modalités restaient encore à définir. Il se réjouissait d'autant plus qu'au contraire de ce que la réputation qu'il se traînait depuis quelques années et qui n'avait guère échappé aux oreilles de l'île australe, celui qui serait bientôt le « Patriarche de Villevieille » en dépit de son jeune âge semblait soucieux d'être le plus honnête possible avec son pair. La surprise n'était pas si grande, puisque les désirs de Clarence s'alignait sur le grand projet de faire de l'union de l'Île et de la Tour le socle d'un phare d'influence et de pouvoir dans le sud du Bief.

Villevieille désirait accueillir messire Jace Redwyne avant la prochaine lune, avec toute la pompe et tout le faste dont la Grand-Tour était capable, mais dans les délais les plus brefs. Sans doute l'actuel maître de fait de Villevieille souhaitait-il impressionner Jace par le spectacle de sa puissance qui résistait avec brio aux ardeurs de la canicule sans pour autant retarder la concrétisation de son union avec la sœur du marin le plus convoité des Sept couronnes. Comment allait-il se débrouiller ? Allait-il recourir à quelque sortilège secret dont seul le sommet du Grand phare connaît le mystère ? Ou bien tout était-il déjà prêt, Clarence Hightower ayant tablé sur l'impossibilité du refus de son voisin d'accéder à sa requête ? Jace s'intriguait de comprendre cette démarche si particulière et si inhabituelle de la part d'un fils d'une des plus respectables maisons nobles de ce monde. Sans aller jusqu'à ramper dans la fange de l'humilité la plus fielleuse, Clarence jouait la carte de l'honnêteté en révélant qu'il lui était difficile de trouver un parti convenable pour lui étant donné les rumeurs de scandales qu'il lui fut impossible de dissiper. Bien qu'il n'entrât jamais dans les détails de ces « scandales odieux, insultants et indignes », Jace devinait que quelque chose de grave était à l'œuvre et ne fut pas surpris quand sa sœur lui révéla qu'elle tenait d'un lointain cousin résidant sur le continent la nature de ces scandales. Il s'étonna davantage de ce que sa sœur, avant même l'existence de ce projet de mariage, se fût intéressé à cet homme en particulier. Cela signifiait-il qu'il était vain de s'opposer à la volonté d'une femme, car ce qu'elle veut, les Sept le veulent aussi ?


Ils quittèrent la Treille en hâte, sans trop de bagages, et avec une suite réduite afin de ne pas attirer l'attention. Une fois à Villevieille, cependant, ces précautions furent réduites à néant car la ville toute entière avait mis la main à la pâte pour leur réserver un accueil royal. Une publicité dont Jace aurait préféré se passer, mais il se plia volonté à ce jeu de l'apparat et du faste orchestré d'une main de maître par son hôte. Ils se rencontrèrent très formellement, et une fois passées les présentations, chacun se retira dans ses appartements pour une nuit de sommeil bien mérité. Au matin, ils mirent tous deux beaucoup de soin dans leur toilette, car ils étaient attendus avant le déjeuner par Clarence Hightower qui prévoyait de les recevoir et de partager avec eux un repas plus intime et plus informel que les cérémonies de la veille. Une initiative bien accueillie tant par Jace que par Jayne.

 « Comment me trouves-tu ?

La voix de Jayne tira Jace de ses profondes réflexions et lui arracha un sourire pétri d'une malice espiègle qu'il réservait toujours à sa jumelle quand elle posait des questions dans le but d'obtenir une réponse précise. Naturellement, Jayne était belle, les Sept avaient été très généreux dans les bontés qu'ils distribuèrent à la naissance de la demoiselle. Dans sa longue robe verte ceinturée d'un cuir au motif végétal reproduisant les entrelacs impénétrables d'un royal cépage, sa sœur était l'image même de la dignité magnifique de ces reines que seules les verdoyantes contrées du sud savent produire. Nul doute qu'à son passage, les roses de Hautjardin faneraient sous la traîne brodée d'étonnantes tresses d'or et d'argent. Bien que formelle, la robe n'avait rien d'une tenue d'apparat et encore une fois, ce choix était à portée au crédit de la grande acuité politique de Jayne : au faste byzantin de Villevieille répondrait la sobre gaieté de la Treille, dont les charmes ne seraient jamais débauchés aux pieds de celui qui serait peut-être bientôt l'allié le plus précieux de l'île. Autour de Jayne, la pierre blanche se couvrait du gris fade de la jalousie tant sa lumière était absorbée dans l'éclat doré des yeux de la future épouse qui avait usé des services d'une courtisane venue de Lys pour œuvrer à ce que son maquillage soit, ce jour si spécial de sa rencontre avec son futur époux, lumineux et contrasté de sorte que son visage apparût à la face du monde comme l'une de ses plus étonnantes merveilles. Jace n'y demeurait point insensible, et si Jayne n'avait été sa sœur, il l'eût épousé sur le champ dans le seul but d'être à jamais le seul à pouvoir toucher pareil joyau de la création.

 « Dois-je vraiment te répondre ? Le soir s'étend, le soleil se cache de toi qui l'efface, ma chère sœur. »

Imperceptiblement, Jayne ne put réprimer un sourire rougissant. Au retour de son frère à Villevieille, peu après qu'il eût confié sa nouvelle recrue aux bons soins d'un certain seigneur de l'Ouest, Jayne s'était empressé de l'intéresser au courrier urgent qu'il avait reçu de Villevieille et qu'elle avait pris la liberté d'ouvrir et de lire sans attendre. Qu'un homme la regarde et la désire n'était rien d'anormal pour la demoiselle qui avait traversé les années sans perdre de sa fraicheur et de sa beauté. Malgré tout, son âge avancé, un peu plus de trente années, était devenu un frein considérable à tout projet de mariage et ce, d'autant plus qu'à chaque fois que l'idée avait germé entre Jace et quelque autre seigneur influent des Sept couronnes, Jayne avait toujours échoué à l'épreuve cruciale, humiliante et déterminante de la virginité. Le fait est qu'elle ne pouvait cacher qu'elle n'était pas une de ces jeunes pucelles dont l'intimité serait « neuve », et bien que Jace eût pour elle de sérieux argument pour motiver les futurs époux dubitatifs – l'argent, le pouvoir, la puissance, tous l'avaient traité avec condescendance et malveillance : « personne n'épousera jamais une souillon, fût-elle votre soeur », « gardez votre putain », autant de phrases entendues si souvent qu'elles avaient perdu tout leur mordant sans pour autant perdre de leur réalité. Et pourtant, les voilà qui attendaient avec patience dans l'antichambre d'une salle à manger où les recevraient dans quelques instants Clarence Hightower et, probablement, d'autres membres de sa famille. Jayne n'aurait su dire si les frissons incontrôlables qui lui parcouraient l'échine était le fruit de son angoisse ou de son enthousiasme.

 «Eh bien qu'as-tu donc, Jayne ? Trembles-tu à l'idée d'épouser un Hightower ? 

– Nous n'avons pas encore été unis devant les Sept, Jace. Ne vends pas la bouteille avant de l'avoir bouchonnée

Comme si quelque argument sérieux pouvait encore faire tourner la tête de ton futur époux... 

– Tu es si sûr de toi... ne crains-tu pas qu'il me refuse, quand il m'aura vue ? »


N'importe quel quidam ayant surpris la conversation aurait ri de la sincérité de Jayne, car elle demeurait belle malgré l'âge, mais contrairement à ce que les apparences laissaient présager, ce n'étaient pas de ses charmes dont la demoiselle doutait, mais bien de ce que Clarence et sa future maison penseraient d'elle quand ils sauraient. Jayne ne comprenait d'ailleurs pas comment ce détail crucial n'inquiétait pas davantage son frère, mais peut-être avait-il pris ses dispositions ? Ou peut-être était-il tout simplement trop confiant, et couraient-ils tous deux à l'humiliation et au refus ? Ce frère qu'elle aimait tant allait-il jouer la carte de sa dernière chance, et si elle n'obtenait l'approbation du grand seigneur qui les recevait ce jour, allait-il devoir se résoudre à prendre le voile pour embrasser la foi des Sept et devenir Septa ? Cette éventualité la narguait depuis si longtemps qu'elle avait fini par en accepter le principe, sans pour autant l'accueillir de gaieté de cœur. Le fait qu'il n'y a pas d'autre porte de sortie honorable pour la femme de haut rang qui ne trouve pas l'époux qui viendra protéger sa réputation devant les Sept, et devant tout le monde. Clarence Hightower serait-il celui-ci ? L'accepterait-il en dépit de la souillure dont elle été brisée ? Lui-même n'était pas tout à fait l'archétype de l'homme honorable, d'après ce qu'il avait lui-même concédé dans sa lettre...

 «Il ne te refusera pas. 

– Que les Sept t'entendent, mon frère, mais qu'en est-il de tous les autres, à qui nous allons donner une formidable occasion de répandre leur venin sur nous, sur moi ?

Il suffira de ne pas boire à leur bouteille, et nous savons y faire. Ne sommes-nous pas des Redwyne ? N'avons-nous pas toujours été là pour boire après tout le monde ? Crois moi, Clarence Hightower ne refusera pas l'opportunité inestimable que je vais lui offrir. De plus, tu sais à quoi t'attendre, n'est-ce pas ? Tu n'ignores pas quel genre d'homme il est, n'est-ce pas ? »


À mesure qu'il avait parlé, Jace avait baissé la voix. Jayne se contenta de hocher de la tête. La porte s'ouvrit devant eux, un laquais s'avança et s'effaça presque aussitôt en les invitant à entrer. La pièce n'était pas aussi vaste qu'ils l'avaient imaginé. Au contraire, elle était conviviale et chaleureuse à l'image de leurs hôtes qui les accueillirent avec des sourires maquillés d'une bienveillance qui auraient pu paraître suspectes. Tels des lions sur leurs terres, Clarence et deux de ses sœurs étaient là, debout, prêts à les recevoir, mais allaient-ils traiter le frère et la sœur comme des lions leurs égaux, ou comme des gazelles, leurs proies ? Tout se déciderait dans les prochaines secondes, quand dès les premières impressions chacun se forgeraient une opinion.
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