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De Lady Maura à Lord Tyrell

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Message Jeu 6 Oct 2011 - 23:33

Elle avait quitté le Roc quelques jours auparavant pour remonter dans les Terres de l'Ouest jusqu'à la limite des terres Lannister où campaient les troupes de l'ost du Val. Dans le soleil couchant, la plaine était colorée de toutes les tentes qui avaient été dressées par ses hommes tandis qu'elle se reposerait entre les murs sûrs et puissants d'une forteresse frontalière mais vieillie par les âges et qui avait été sûrement construite avant la réunification de l'Ouest sous les Lannister ou pour se protéger de quelque vassal trop turbulent. Maintenant que le conseil des seigneurs s'était terminé à la satisfaction de tous les partis, la jeune femme, laissée seule par les lords du Val, se retrouvait quelque peu abandonnée dans la suite de pièces qui lui avait été affectée.

Plusieurs jours s'étaient écoulés sans lui apporter de nouvelles de Tybolt et de Port-Lannis, Jasper était au loin...Et à bien considérer la chose, elle n'avait guère d'autres personnes à qui écrire. Certes, elle aurait pu écrire à sa tante Alanna, l'épouse de Maekar Targaryen, mais elle n'était pas certaine de connaître avec précision l'endroit où résidaient ses cousins. Pourtant, plus que de chaleur familiale, c'était de conseils dont elle avait besoin, de la certitude de savoir qu'elle trouverait du réconfort et des conseils avisés. Elle ne pouvait en parler avec Tybolt bien entendu, ni même avec Jasper trop expérimenté...et elle ne pouvait se laisser aller avec Lord Royce sans déchoir. Qui donc respecterait une Dame si en plus elle se laissait aller aux faiblesses de son sexe ? Ses vassaux, si ils savaient ne pouvoir compter sur elle pour manier l'épée, attendait d'elle fermeté et espoir. Et, parfois quand l'ombre de sa chambre se refermait sur elle, elle ne pouvait s'empêcher d'être perdue, sans forces et inquiète quant à l'avenir qui se dessinait pour ses troupes. Elle savait qu'il fallait jeter beaucoup de choses au hasard lorsque l'on empruntait le sentier de la guerre mais elle s'était toujours figurée que les doutes ne l'assailliraient pas alors que les décisions étaient prises.

Elle resta longuement assise dans la pénombre adoucie par la fraîcheur de la nuit tombante et du crépuscule à réfléchir aux diverses et différentes options qui s'offraient à elle. Continuer et s'attirer l'ire de son fiancé ? Rester et encourir le dédain de ses hommes ? Le premier choix s'il satisfaisait à l'avenir et à sa situation future lui laissait un goût amer, celui du déshonneur, sur les lèvres. Le second, honorable et droit, hypothéquait sérieusement ses chances d'une relation paisible et sereine avec son futur époux. La première consistait à être fidèle au Val, la seconde à abdiquer tout ce qu'elle avait pu être. Soudainement, elle se surprit à éclater d'un rire de démente qui masquait mal l'impossibilité qui était sienne à faire un choix. Dès lors, à quoi s'en remettre ? Au bon vouloir des Sept ? A celui des Anciens Dieux de son aïeule ? Elle frémit rien qu'à l'idée d'avoir pu envisager cette possibilité. Elle, Maura Arryn, s'abaisser à aller prier devant des branches...Jamais.

Pourtant, en cet instant, elle avait plus que besoin de s'épancher. D'être comprise, d'être guidée. Mais seulement par quelqu'un qui comprendrait le dilemme moral qui s'était imposé à elle. Quelqu'un dont elle pouvait légitimement espéré qu'il ne trahirait pas sa confiance, quelqu'un de son sang. Cette dernière exigence réduisait de beaucoup les possibilités. Des parents, la jeune femme en possédait finalement peu. Jasper, Tante Alanna, Oncle Léo puis ses cousins...Cousins qui étaient bien trop jeunes ou éloignés des responsabilités qu'elle avait exercé pour pouvoir lui être d'une aide quelconque. Restait son oncle. Ce n'était pas le choix le plus facile, ni même le plus évident. Pendant longtemps, il en avait été de l'indépendance du Val de ne pas être tentée par la facilité de lui demander aide et conseil. Mais désormais...Alors qu'elle se sentait plus ou moins apatride, ne pouvait-elle pas faire une entorse à son code de conduite personnel et se laisser aller à quérir de son oncle quelques conseils.

Durant de longues minutes, de trop longues minutes, elle pesa le pour et le contre se demandant si sa parenté certes proche avec Lord Tyrell obligerait ce dernier à considérer la situation de sa nièce d'un œil sinon chaleureux mais au moins paternel. Le vélin, posé sur la table devant elle, resta, durant de longues minutes, vierge de toute encre avant qu'elle ne se décide à laisser courir sa plume pour en noircir les pages.


    "De Lady Maura Arryn des Eyrié à Lord Léo Tyrell de Hautjardin.

    Cher Oncle Léo,

    Peut-être ne vous attendiez-vous plus à cette missive venue si longtemps après la dernière mais j'espère qu'elle vous trouvera en aussi bonne santé que les dernières nouvelles de Hautjardin me l'annonçaient. L'Ouest frétille de l'annonce prochaine des fiançailles officielles entre mon cousin et la sœur de Lord Tybolt et je ne puis, à ce sujet, que vous adressez mes félicitations les plus sincères. J'espère pouvoir vous rejoindre prochainement, en votre cour, afin d'être parmi les heureux à célébrer l'union de Tristan.

    Pour ma part, j'ai laissé Jasper dans nos Eyrié un bon mois auparavant pour rejoindre l'Ouest des Lannister et participer à la défense des côtes selon le bon vouloir de mon frère. Je suppose que la présence d'une femme à la tête d'un ost doit vous hérisser mais vous comprendrez, j'en suis certaine, que la situation l'exigeait, la vie de mon frère étant trop précieuse. Seulement, pour tout vous avouer, la situation est telle ici, qu'entourée de nos bons vassaux du Val, je ne peux qu'être esseulée et si je viens à vous aujourd'hui, c'est pour espérer lire prochainement de votre plume afin de faire face à la situation actuelle qui est la mienne. Je ne vous apprendrais pas que les faiblesses de mon sexe rendent ma position comme commandant de nos troupes extrêmement complexes. Heureusement, nos vassaux sont dévoués au nom d'Arryn avant tout et mes actions passées dans le Val les poussent à m'accorder leur crédit.

    Malheureusement, Lord Lannister a des idées bien précises quant aux actions que doivent mener mes troupes pour défendre ses côtes. Je ne puis que le comprendre mais cette volonté s'oppose forcément à l'impérieuse nécessité où je suis de me dévouer à la sauvegarde et au bien-être de mes gens. Cette position me fait éprouver la plus grande mésaise à l'idée que Lord Tybolt pourrait dès lors s'obstiner à passer outre mes avis et mes décisions en disposant des troupes de mon frère comme si elle était sienne et, dès lors, que serais-je pour m'opposer à un chevalier vaillant et qui connaît la guerre. Sans doute rien d'autre qu'une femme trop tendre à l'idée de voir mourir les hommes liés par serment à sa maison.

    Pour entrer dans le vif du sujet, il a esquissé l'idée de laisser à la tête de l'ost un commandement mixte comprenant à chaque fois un homme de l'Ouest et un seigneur du Val. Je comprends et souscris à la nécessité qui est la nôtre d'avancer sous couvert des conseils de personnes connaissait au mieux la région et ses pièges mais n'est-ce pas trop me demander que de laisser ses hommes avoir un pouvoir décisionnel sur la vie et la sauvegarde des miens placés par mon frère sous ma tutelle ? En l'état, j'ai bien peur que nous en arrivions à une impasse qui me forcerait à retirer mes troupes de l'Ouest au risque de provoquer l'ire des Lannister. Ou à forcer peu courtoisement la main de Lord Lannister en refusant péremptoirement toute ingérence étrangère dans le commandement de l'ost du Val d'Arryn.

    En tout état de cause, bien qu'il me serait facile de laisser mes droits et mes devoirs aux mains d'un autre, je ne peux me résoudre à cette issue aussi en suis-je réduite à mander votre conseil pour résoudre cette délicatesse. Peut-être connaissez-vous une solution ou un stratagème me permettant de ménager à la fois le Lion et le Faucon ? Sachant pouvoir compter sur votre discrétion, j'espère pouvoir espérer de vous une aide.

    Je vous prie de faire parvenir mes pensées à votre épouse et à mes cousins ainsi qu'à ma chère grand-mère qu'il me tarde de revoir.

    Que les Sept veillent sur vous,

    Votre nièce,

    Lady Maura Arryn, Dame de la Montagne et du Val.


Elle reposa doucement sa plume relisant ses quelques lignes avec attention. Une part d'elle-même l'avait longuement poussée à révéler le mariage à venir mais, à son grand regret, elle avait dû fermement s'en empêcher. Après quelques minutes de réflexion, elle plia fermement le vélin pour le cacheter de son sceau personnel. Elle se sentait quelque peu vidée, comme si elle avait laissé une partie du poids qu'elle portait sur les épaules s'envoler vers son oncle.

Serrant la missive dans sa main, elle descendit rapidement les quelques marches qui la séparaient de l'étable où l'assistant de Mestre Wyman s'était établi pour laisser à la disposition de la Dame quelques corbeaux nécessaires aux communications avec le Val. Toutefois, malgré un léger étonnement, il s'inclina devant la demande de la jeune femme qui exigea un envoi rapide vers Hautjardin. Après quelques politesses, Maura s'éclipsa de la pièce pour rejoindre un autre endroit qu'elle affectionnait particulièrement : le Septuaire.

Certes, l'on était bien loin des merveilles dorées sur tranche du magnifique édifice de Port-Réal mais elle aimait la simplicité qui se dégageait de ce petit sanctuaire que les ans n'avaient pas épargné. Après quelques mots, le vieux septon comprit qu'elle souhaitait se retrouver seule face à ses Dieux et l'abandonna après quelques paroles pieuses. Délaissant les confortables prie-dieux, elle vînt s'installer au plus près de la statue bienveillante qui représentait la Mère. La pierre était moins familière que celle des Eyrié mais elle avait besoin de se sentir particulièrement repentante pour mener à bien ses oraisons nocturnes. S'usant les genoux, elle se perdit longuement dans des prières diverses à l'égard du Guerrier et de l'Étranger. Choix peu anodin mais le sentiment qui l'étreignait la poussait à s'identifier envers Celui qui était à part au sein du panthéon de Westeros. L'Étrangère...N'était-ce pas, après tout, ce qu'elle était appelée à être au sein de l'Ouest, de Castral Roc et du clan Lannister.

Quand, après de longues prières, elle se releva, ce ne fut que pour essuyer quelques larmes de tristesse et de frustration versée sur son état présent.
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Message Mer 21 Déc 2011 - 17:17

Maura n'avait pas tort de supposer que son oncle ne s'attendait point à recevoir du courrier de la part de sa nièce. Depuis combien de temps n'avait-il pas eu de nouvelles des enfants de sa sœur, la défunte Rohana, qu'il adorait ? Plusieurs années peut-être, et Leo lui-même n'était pas exempt de tout reproche puisqu'il avait laissé courir le temps sans pour autant se donner de la peine de prendre des nouvelles de ses neveux, malgré les nombreuses et fréquentes remarques de sa mère à ce sujet, qui l'enjoignait de ne jamais se tenir trop éloigné de ses amis et parents du Val d'Arryn et des Eyriés, considérant l'inaltérable protection contre le reste du monde dont le Val jouissait depuis l'aube des temps. Intact et protégé, mais non pas isolé, et déjà le Val était au courant du projet de mariage entre son héritier Tristan Tyrell et la sœur de lord Tybolt Lannister, Aliénor. L'union serait célébrée à Hautjardin, évidemment, et la perspective de revoir sa nièce était pour Leo la source d'une grande joie, car en dépit de la distance géographique il était attaché au souvenir de sa sœur, et à travers elle à ses neveu et nièce. Quand il reverrait sa mère, plus tard avant le début de soirée, elle prendrait connaissance de cette lettre et lui dirait très certainement quelque chose comme « Je t'avais prévenu », et elle n'aurait pas tort.

Sa nièce confia avoir laissé son frère à l'abri de la forteresse des Eyriés, château modeste mais réputé imprenable que Leo n'avait jamais vu qu'en tapisserie ou à travers la description qu'en faisaient autrefois Rohana dans ses lettres. Comme elle avait été malmenée par la vie aux Eyriés, sa sœur, elle qui n'avait jamais connu que les paisibles jardins bordant les rives claires de la Mander ! Ses neveu et nièce y étant nés, il y avait fort à parier qu'ils avaient grandi exposés aux duretés des climats les plus âpres, aussi imagina-t-il que si Maura avait peut-être des scrupules à laisser son frère aux Eyriés, c'était avant tout un réflexe d'aînée, comme lui même en avait eu à l'égard de son frère cadet ou de sa sœur, emportée trop tôt par la mort. Leo ne savait rien cependant des rapports qu'entretenaient le frère et la sœur, mais par analogie il les supposait aussi aimant et respectueux l'un de l'autre qu'ils avaient pu l'être, Darion, Rohana et lui. Le départ de Maura pour l'Ouest à la tête d'un ost était à la fois une surprise et une curiosité pour lui et dans un sourire il concéda à sa nièce qu'elle pensait vrai : une femme à la tête d'un ost, c'était improbable et audacieux, mais comme elle le soulignait elle-même, témoignant ainsi d'un sens politique plutôt aiguisé pour son âge, la vie de Jasper était trop précieuse pour qu'il s'en aille la gaspiller sur un champ de bataille qui n'était pas le sien. Le sourire laissa sa place à deux sourcils arqués dans une interrogation silencieuse : pourquoi Maura quittait-elle le calme et la sécurité du Val à la tête d'une armée pour rejoindre l'Ouest et participer à la défense des côtes occidentales du continent ?

En poursuivant sa lecture, Leo se rassura de savoir les vassaux des Eyriés fidèles à leur réputation d'extrême loyauté. Lui-même enviait souvent son neveu du Val d'Arryn, qui n'avait pas à se débattre avec des vassaux tels que les Florent ou les du Rouvre dont les prétentions à la suzeraineté de Hautjardin étaient une sacré épine dans son pieds, et en fait d'épines, Leo s'y connaissait. Maura serait ainsi en sûreté auprès d'éminents chevaliers parmi lesquelles elle ne risquait rien, du moins il l'espérait et le souhaitait avec vigueur. Après les avoir arqués, Leo fronça les sourcils. Éduqué par sa mère, Leo était naturellement tourné vers la famille, et quand Maura confia se sentir esseulée et se tourner vers lui son oncle, il ne put s'empêcher d'être à la fois touché et attendri par cette attention et alerté par la nécessité qu'il avait d'apporter à cette lettre un surcroît d'attention. Il ne s'agissait manifestement pas d'un simple courrier de courtoisie comme il en existe tant. Elle lui demandait ses conseils et c'est avec la bienveillance de l'oreille paternelle que Leo lut le détail de sa situation afin de mieux lui répondre, bien qu'il reconnût avec plaisir que sa jeune nièce semblait déjà avoir tout ce qu'il faut pour agir au mieux des intérêts de son fief, de ses vassaux et de ses gens. Il avait eu connaissance de son rôle dans le Val lorsqu'il fut nécessaire pour elle d'agir en lieu et place et au nom de son frère et il lui reconnaissait du talent pour cela. Leo n'était ni généreux ni avare de compliments, mais il était juste de rendre à Maura Arryn ce qui appartenait à Maura Arryn.

Manifestement, sa nièce s'achoppait sur nul autre obstacle que le tempérament si singulier de son homologue Lannister de Castral Roc, un jeune homme avec qui Leo avait déjà traité, notamment l'affaire du mariage de son fils avec la sœur du Lion. Leo ne put s'empêcher d'éprouver de la compassion pour sa nièce, tombée sur un os terriblement peu souple. Il n'est jamais aisé de traiter avec un Lannister, c'était un fait indiscutable. Toutefois les positions de sa nièce n'avait rien d'extra-ordinaire ou d'incongru, bien au contraire, quoi de plus naturel pour une enfant de la maison Arryn que d'avoir à cœur d'épargner à ses gens peines et tracas ? Mais Maura n'était plus une enfant et c'était comme un adulte qu'elle serait traitée par le Bouclier de Port-Lannis. Ce qu'il lut lui ôta cependant toute envie de plaisanter davantage. Ainsi, le Val d'Arryn confiait bien un ost au commandement des Lannister... Mais que signifiait tout ceci ? Quelle était cette transaction étonnante ? Les Lannister pouvaient naturellement tout s'offrir, ils étaient bien assez riches, mais pour quelle obscure raison Jasper Arryn, son neveu, avait-il laissé partir à l'aide d'un lointain voisin une partie considérable de son armée ? Sa nièce n'était point sotte et parlait bien d'ost, il s'agissait non d'une petite troupe, non d'un minuscule bataillon, mais bien d'un ost reçu par le Lion du Faucon. Pourquoi ? La question demeurerait en suspens. Sa nièce lui demandait ses conseils, et Leo n'avait point à se montrer intrusif, bien qu'après tout un tel mouvement de force à travers le Val, le Conflans et l'Ouest avait de quoi l'intéresser.

Mais le temps était aux conseils, non à l'information. Celle-ci viendrait bien assez tôt. Leo prit la plume et écrivit sans relâche, mais avec patience et longueur de temps. Il ne faillirait point à la fille de Rohana.


~ De Lord Leo Tyrell de Hautjardin à Lady Maura Arryn des Eyriés.

Bien chère nièce,

C'est à moi de regretter de n'avoir pas pris plus souvent la plume pour m'enquérir de vos nouvelles. Bien que le soleil nous écrase du plomb de ses rayons, les temps sont à la pluie et à la grisaille, mais la guerre qui se prépare n'est jamais une excuse pour oublier mes neveux et nièces, alors pardonnez votre oncle qui espère de tout cœur vous avoir à ses côtés pour la célébration du mariage de son fils. Votre cousin Tristan, j'en suis sûr, partage cet avis et serait très heureux de vous voir pour goûter avec lui au bonheur de son hymen. Le vôtre viendra bientôt, et je suis sûr que vous trouverez le meilleur parti qui soit. Il coule dans vos veines le sang de votre père, et cela vous condamne à l'excellence, ma chère nièce. Sachez toujours être exigeante quand l'opportunité d'un mariage se présentera, et bien que de ces questions souvent les inclinations, les charmes et les sentiments demeurent absents, j'espère de tout cœur que votre époux vous traitera comme votre père traita ma sœur.

Quand un seigneur envoie ses troupes en soutien de campagne en terre étrangère, la question du commandement des hommes ainsi expédiés se posent en des termes pénibles et conduit à des tergiversations nuisibles bien souvent au déroulement des opérations... J'imagine assez bien qu'il soit inconcevable à Tybolt Lannister de laisser à un étranger, fût-il aussi honorable qu'un homme du Val, le pouvoir de commander une armée sur les territoires de son fief. C'est une question d'habitude et de mœurs politiques, et vous n'ignorez certainement pas combien le tempérament des seigneurs du Roc est particulier dans son entêtement, sa dureté, sa rigueur et son inexorabilité. Il suffit d'écouter les proverbes qui mentionnent le nom des Lannister pour s'en convaincre et aussi sûrement qu'ils paient toujours leurs dettes, ils ne laissent personne toucher à leurs affaires. Pour autant je ne crois pas qu'ils soient de ceux qui s'entêtent dans la bêtise et quand on connaît l'épithète du fondateur légendaire de leur maison, on ne peut que s'accorder à dire qu'ils ont l'esprit vif et clair, assez donc pour s'en remettre à la raison quand elle s'exprime.

N'ayez donc pas peur de faire valoir votre opinion, et n'ayez pas plus peur de ces contrées étrangères qui pourront vous sembler inhospitalière. Loin du Val, vous serez seule comme jamais et j'imagine que la proximité de vos plus fidèles vassaux ne sera qu'un pis-aller, qu'un maigre réconfort loin de votre foyer. Prenez le contre pied de cette situation et enhardissez-vous de cet isolement. Après tout, vous êtes peut-être en terre étrangère, mais une armée vous y accompagne et ne répond qu'à votre ordre. C'est quelque chose que vous devez faire valoir auprès de Tybolt Lannister, qui comprendra alors toute la nécessité de prendre en compte votre avis sur la question du commandement : les hommes du Val d'Arryn n'ont qu'un seul maître, le seigneur des Eyriés, qu'une patrie, le Val, ils n'auront donc à l'Ouest qu'un phare, vous-même, ma chère nièce. Tybolt Lannister compte à son service nombre de vassaux très compétents, j'en suis sûr, mais j'ai peine à croire qu'un Brax, qu'un Lefford ou qu'un Reyne saura se faire obéir facilement d'un Royce, d'un Corbray ou d'un Rougefort si vous, leur suzeraine, ne participait pas au commandement. Ces hommes ont trop de valeur et d'honneur pour trahir votre nom, ma chère nièce, et c'est quelque chose que vous devez toujours garder à l'esprit lorsque vous traiterez cette question avec Tybolt Lannister.

Aucune solution péremptoire n'est jamais profitable, et je vous invite à chercher par tous moyens un compromis avec votre interlocuteur. Vous n'obtiendrez jamais le commandement exclusif de votre ost, c'est ainsi que le veut l'art de la guerre, car vos troupes servent non dans le Val, mais dans l'Ouest. Cependant, vous avez toute raison de réclamer une part de ce commandement qu'on voudrait vous retirer, parce qu'il vous revient de droit d'abord, mais aussi parce que sans lui, je doute que l'ost que vous lui apportez serait d'une grande utilité pour Tybolt Lannister, car aucune des personnes qu'il appointerait aux postes de commandement ne parviendraient à user du plein potentiel de ces hommes qui vous accompagnent pour la guerre. C'est le compromis qui me semble le plus acceptable, et surtout le plus souhaitable. Tybolt Lannister a les yeux ouvert sur les réalités de ce monde, il se rangerait certainement à cette solution.

Vous me demandez des conseils, ma chère nièce, et j'espère que ce que vous avez lu précédemment vous sera utile et profitable. Si je puis vous faire partager de mon expérience, alors c'est avec grande joie que je m'y exécute sans détour. Je me surprends à vous considérer encore comme la petite enfant que vous fûtes autrefois, ma nièce, et pourtant je vous parle déjà comme je le ferai à un adulte. Votre mère était ma sœur et pourtant, vous menez le destin du Val et je tiens celui des contrées verdoyantes. Je suppose qu'il est vain de chercher à comprendre le jeu des Sept. Prenez soin de vous dans les temps troublés qui s'annoncent, ma chère nièce. Vous vous apprêtez à négocier avec l'un des interlocuteurs les plus difficiles du continent, et quels que soient vos desseins, mes pensées les plus affectueuses vous accompagnent. N'hésitez jamais à faire appel à moi.

Votre oncle,

Lord Leo Tyrell, suzerain du Bief.
~


Leo relut la lettre plusieurs fois avant d'y apposer son sceau. Il revint quelques fois sur quelques formulations et quand il jugea l'ensemble satisfaisant, il acheva la missive de son sceau personnel. Un mestre enverrait ce corbeau à destination, mais de tout son cœur Leo se trouvait déjà auprès de sa nièce.
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Message Sam 31 Déc 2011 - 12:05

La lettre lue et relue de son oncle restait longtemps abandonnée dans le coffret où Maura Arryn mettait sous clé sa correspondance. Malgré ce qu’elle savait être une forme certaine de puérilité, elle avait fait en sorte d’avoir mis en œuvre les conseils de son oncle plutôt que de continuer à se plaindre comme cela par corbeaux interposés. Etrangement, Léo était ce qui aurait le plus pu se rapprocher d’un père pour elle et elle tenait à recevoir son approbation. Les derniers soldats du Val quittaient la plaine de Port-Lannis pour rejoindre les forteresses dont ils aideraient à la défense. Et elle se faisait une joie de pouvoir enfin prendre la plume pour expliquer à son oncle que ses conseils avaient été suivis avec un succès certain.


     «Oncle Léo,

    Les semaines sont passées avec une telle rapidité que j’avoue ne pas avoir pris le temps de vous rendre compte de mes progrès au jour le jour comme je l’avais souhaité dans un premier temps. Je voulais tout d’abord vous remercier d’avoir pris le temps de répondre à ma missive et encore plus d’avoir mis autant de cœur à me conseiller. Je ne saurais vous dire autrement que de vive voix à quel point cette attention a pu me toucher. Avec Jasper au loin, il n’y a que de vous dont je puisse espérer un soutien qui, si il est avant tout lié à la conjecture, n’en est pas moins sans me rappeler que les Eyrié et Hautjardin conservent l’un pour l’autre une entente basée sur les liens du sang. Comme j’ai pu vous l’écrire auparavant, je serais présente aux noces de mon cousin avec plaisir et sans doute mon frère fera-t-il également le déplacement afin de découvrir Hautjardin dans toute sa splendeur estivale. Quant à choisir un époux de rang égal au mien, je laisse à ce dernier le soin de conquérir ma main et à mon frère de sceller une alliance profitable aux intérêts de notre maison. Quoiqu’il en soit, même à la tête d’une armée, une femme ne reste-t-elle pas toujours soumise aux choix de leurs pères, époux ou frères ? Pour ma part, je me satisfais de cet état.

    Quant à l’état actuel de l’armée du Val, j’ai le contentement de pouvoir vous annoncer que, grâce à vos conseils, Lord Lannister et moi avons réussi à trouver un terrain d’entente quant au commandement de mes vassaux. Je vous avouerai volontiers que cela fut finalement plus facile que je l’avais imaginé au premier abord. Sans se départir de l’arrogance typique du Lion, le nouveau seigneur de l’Ouest sait faire preuve d’objectivité et a finalement admis qu’une alliance supposait que les deux puissances collaborent en égales. Aussi, passés les premiers points d’achoppement, peut-être relatifs à nos deux caractères volontiers intransigeants, nous en sommes finalement arrivés à définir une utilisation raisonnable de l’ost pour faire face à la menace Fer-née. Il convient donc de vous remercier pour vos remarques éclairées.

    Pour ma part, j’espère que la situation des côtes du Bief est moins grave que celle de l’Ouest où Belle-Ile et Fléaufort ont été atrocement pillés et nombre de leurs femmes et leurs gens emportés jusqu’en ces Iles de sinistre réputation. Sans être originaire des côtes Ouest du continent, je ne peux finalement que comprendre la rage qui occupe le cœur des hommes à voir le Trône de Fer rester sourd aux appels à l’aide. Toutefois, je ne suis pas sans savoir que vos vassaux sont des hommes honorables qui, face à la menace extérieure, n’hésiteront pas à s’unir derrière leur suzerain pour repousser ses sauvages hérétiques. Peut-être n’est-ce qu’une vision idéalisée d’une jeune femme qui ne se souvient de Hautjardin qu’au travers de ses yeux d’enfant mais je prie les Sept pour que Leur bonté vous épargne autant que possible. Au moins, cet échange nous rappelle-t-il au bon souvenir de l’un et de l’autre ! Souvenir qui sera de fait une réalité lors des noces de Tristan.

    Sans vouloir m’épancher trop longuement ou sembler glisser vers une sensiblerie qui demeure trop souvent l’apanage de mon sexe, je voulais vous faire part de l’immense soulagement de savoir qu’une oreille attentive reste à Hautjardin. N’êtes-vous pas le dernier lien qu’il nous reste à Jasper, Maeve ou moi avec la famille de notre mère. Et sachez, même si cela peut vous sembler puéril, que si le besoin se faisait sentir pour la maison Tyrell, nous n’oublions pas que nous en descendons également et que nos devoirs, plus que ceux d’alliés, sont ceux de parents.

    Votre nièce, à vous très affectionnée,

    Lady Maura Arryn.


La jeune femme relut un peu ses quelques lignes histoires de raturer les fautes qu’elle y décelait puis, finalement satisfaite, scella le morceau de vélin de son sceau avant de se rendre jusqu’à la rookerie remettre le pli à Mestre Vyman en lui demandant un envoi immédiat.
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