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La Rose et le Frelon. [Jeanne Tyrell]

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Message Mer 21 Sep 2011 - 20:52

La Rose et le Frelon.


Spoiler:
 

Les flots de la nuit engloutissaient peu à peu la citadelle de Hautjardin mais il n’était pas encore l’heure pour le satellite lunaire de naviguer sur sa mer d’étoile. Rien de tel que d’admirer l’astre solaire plonger peu à peu dans les ténèbres, imperturbable et indifférent du sort des Hommes de Westeros pour se rappeler la relativité de la condition humaine et la projeter dans la perspective du monde dans son ensemble. Leo retrouvait une certaine sérénité dans cette contemplation ponctuée par les ramages des oiseaux diurnes pleurant le phare de leur existence tandis qu’ils regagnaient d’un vol précipité le refuge de leur nid. Bientôt pies, corbeaux, grues, échassiers et aiglons troqueraient leur place à la barre du navire aérien aux hiboux, hulottes, effraies mais aussi chauve-souris bien moins cruelles et enragées que dans certaines régions du Conflans. Accoudé à la rambarde du balcon d’une des plus hautes tours de son château, Lord Tyrell tirait le bilan de cette journée riche en musiques et danses, en plaisir de la bouche et des yeux. La fête avait battu son plein deux jours de suite et les réjouissances devaient encore se poursuivre le lendemain. Les négociations avec Lord Estren n’avaient pas encore eu lieu et étaient prévues pour le lendemain. Pour l’heure, Leo avait à cœur de se réjouir d’une petite récompense qu’il s’était réservé pour lui et sa bien-aimée Jeanne. Ils ne s’étaient guère perdu de vue ces derniers jours mais la proximité physique n’atténuait en rien la distance exigée par les lois du protocole. Difficile dans ces conditions d’échanger plus qu’un mot tendre murmuré ou une œillade subrepticement appuyée. Jeanne lui manquait et si Leo avait consenti à partager son épouse avec le gratin du Bief, cela n’avait que trop duré. Ils avaient bien mérité de passer quelques moments ensemble sans être dérangé pour pouvoir partager leurs impressions sur les derniers jours écoulés. Cette soirée ne serait rien qu’à eux, Lord Tyrell en avait décidé ainsi !

Regagnant le havre de la petite pièce circulaire où Jeanne et Leo s’étaient donné rendez-vous, ce dernier se saisit d’une lampe à huile posée sur le manteau de la cheminée pour allumer les chandelles disposées tout le long des meubles et des étagères encadrant une table prévue pour deux installée à la dernière minute au centre de la pièce. Un chemin de table blanc recouvrait le bois et était parsemé d’argenterie chatoyante, de porcelaine laiteuse et de pétales de rose rouge fraîchement coupés. A la lueur des bougies, la beauté immaculée de l’ensemble tranchait avec le reste de la pièce. Celle-ci avait été réhabilitée seulement quelques heures plus tôt pour les besoins de la cause. Reléguée au rang de débarras depuis plusieurs années, elle avait servi de chambre à coucher à un vieux Mestre qui avait la folie des hauteurs. Les affaires encombrantes avaient été bazardées deux étages plus bas. Ne restait que les armoires goinfrées de livres poussiéreux et les étagères couvertes d’ustensiles aussi abscons qu’esthétiques. Ici un prisme à sept faces multicolore, là une planche inscrite de symboles inconnus. Si l’on s’attardait suffisamment longtemps sur le toit de certains meubles, on eut trouvé des bocaux remplis d’œil torve de crapaud ou de suc de limace qu’il aurait mieux fallu évacuer sur l’instant. Mais c’eut été trahir le style décoratif de l’ancien locataire qui conférait à la pièce un charme délicieusement suranné. Cachés ici, Jeanne et Leo demeureraient introuvables des nombreux perturbateurs qui arpentaient les couloirs du château. Seuls quelques serviteurs étaient tenus dans la confidence pour apporter quelques mets de choix des cuisines au sommet de la tour.
Leo s’assit quelques instants pour attendre sa bien aimée, admirant le décor peaufiné jusqu’au moindre détail. Un grincement derrière la porte lui indiqua que quelqu’un montait les escaliers. Se levant d’un bond, il fut pris d’une tentation de se cacher derrière un buffet pour faire une surprise à quiconque rejoignait le sommet de la tour. Mais sachant qu’il s’agissait certainement de sa mie, et connaissant sa propension à avoir les nerfs fragiles, il se ravisa en se disant que ce serait une bien piètre façon de démarrer leurs retrouvailles. Au lieu de cela, il se tint devant la table sur lequel serait bientôt servi un dîner copieux et parfumé, superbe dans un ensemble décontracté couleur de miel et d’azur qu’il avait échangé contre sa désormais célèbre tenue vert et or qui l’avait tenu au chaud ces derniers jours. Dans un souffle silencieux, la porte s’entrouvrit. Une main se glissa sur le battant puis la silhouette ondoyante d’une robe d’été s’insinua dans l’embrasure. La porte s’ouvrit enfin et Jeanne, plus belle et apprêtée que jamais, se tenait là, ravissante, éblouissante et lumineuse.


« Ma Douce… »

Leo l’observa quelques instants, subjugué. Il savait le goût de sa femme pour les apparences et son talent pour se mettre en valeur en toute occasion mais pour lui, elle s’était surpassée. Leo devait avoir une mine étrange car bientôt apparurent des marques d’inquiétude sur le visage de sa chère et tendre. Reprenant ses esprits, il s’empressa de la rassurer.

« Tout va bien, ma mie. C’est juste que… Vous êtes superbe ce soir. »

Il s’approcha d’elle pour lui libérer les mains de la lampe à huile qu’elle avait emportée avec elle. Il en profita pour garder captives ses paumes dans les siennes et s’approchant, il déposa un baiser tendre sur son front. Il fut bientôt enivré par l’odeur caractéristique d’essence de rose dont Jeanne se parfumait chaque jour mais ce soir, une senteur particulière relevait le tout. Un parfum subtil et sucré, un vent de fraîcheur en arrière plan dont Leo ne parvenait pas à affirmer les contours. Décidément, même après tant d’années de mariage, son épouse savait encore le surprendre. Un serviteur glissa son visage par la porte, le signal convenu pour amener les entrées étant l’arrivée de Jeanne. Leo fit non de la tête pour exhorter le jeune garçon à attendre encore quelques instants.

« Ma Bien Aimée, que diriez-vous de partager dès à présent ce repas en tête à tête ? »

Liant le geste à la parole, il tira vers lui l’un des deux fauteuils pour laisser son épouse y prendre place. S’installant à son tour face à elle, il fit un signe de main vers la porte dont surgit le garçon de cuisine, les bras chargés de deux assiettes débordant de ses mains menues, qui en un éclair déposa les plats, servit deux gobelets de vin généreux avant de s’éclipser non sans effectuer une petite courbette réglementaire. L’entrée avait de quoi faire saliver : d’un côté se dressait quelques feuilles de salade assaisonnée de vinaigrette au mimosa, au centre un délicieux foie gras accompagné de pain grillé et enfin le pourtour accueillait des bâtonnets de crudités que baignait un coulis à la figue et aux fruits rouges. Levant son verre pour trinquer, Leo reprit la parole derechef pour inciter son épouse à la confidence. Ils n’avaient guère eu l’occasion de discuter depuis l’arrivée de la délégation Lannister dans leurs murs et de nombreux sujet méritaient d’être abordés. Leo voulait tout savoir de ce qu’avait vu et entendu Jeanne, à commencer par ce qu’elle pensait de la jeune Aliénor qu’elle avait pu cotoyer plus longtemps que lui.

« Ma Douce, racontez-moi votre rencontre avec Lady Aliénor. Je veux tout savoir. »

Le sourire aux lèvres, il s’adossa confortablement contre son dossier, prêt à entendre tout le récit de la journée que Jeanne, Aliénor et Emilia avaient passé ensemble.


Dernière édition par Leo Tyrell le Jeu 22 Sep 2011 - 10:25, édité 1 fois
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Message Jeu 22 Sep 2011 - 0:32

En rentrant de son après-midi avec Aliénor, Jeanne était ravie, ravie, mais elle sentait le cheval, ainsi se précipita-t-elle à terre, confiant sa jument aux palefreniers et mandant à ses servantes de lui préparer un bain parfumé ainsi qu’une robe pour la soirée. Mais quelle robe ? Quelle robe siérait à cette nuit si spéciale ?

Si être Lord présentait beaucoup de contraintes et de responsabilités, être la femme du suzerain du Bief en présentait aussi, de bien différentes certes, mais tenir un château comme celui de Hautjardin, répartir les tâches, préparer les festivités, tout cela n’était pas de tout repos, surtout en ces temps de fiançailles, mais Jeanne aimait cette mission, ainsi y mettait-elle tout son cœur et tout son talent espérant contenter ses invités autant que son époux et honorer le nom des Tyrell et le Bief. Comme elle était là, souriant à tous et toutes, accueillant chaque hôte avec les égards qui lui étaient dus, rosissant humblement aux compliment qu’on lui faisait sur la fête, la décoration de la grande salle, le choix du menu ou tout autre chose dont elle s’était chargée plus ou moins directement. Leo s’était approché et frôlant sa main lui avait chuchoté que le lendemain soir, à la même heure, la fête marquerait un pause pour qu’ils puissent se retrouver, eux seuls. Le contact de ses doigts sur sa peau, se murmure à son oreille, il avait éveillé en elle l’envie de le retrouver et depuis cet instant elle n’avait cessé de penser à cette soirée promise. Quand au fait que pour se faire, la fête qui durait depuis déjà deux jours et qui saurait reprendre ensuite se taise quelques heures, elle en était gênée, mais oh combien admirative de tant d’autorité, de tant de hardiesse de la part de son bien aimé. Suite à cette décision et bien que la raison n’ait heureusement pas été exposée aux yeux de tous, elle sut, elle le savait déjà depuis le premier jour, mais cela se confirmait à chaque instant, elle sut donc que son époux, son homme, possédait le pouvoir de modeler le monde à son envie, supérieur en tout point à tous, et elle aimait la puissance qui s’émanait de lui, et cette homme là, c’était elle qu’il avait choisi de prendre pour femme, elle en était fière et ne craignait qu’une chose, le décevoir.

La robe grise ? Trop Hightower… La robe rouge ? En ces temps où les Lannister occupaient toutes les pensées de Leo, mauvaise idée… La robe bleue ! La robe bleu oui, bleue et argent, une robe magnifique, offerte d’ailleurs par son cher et tendre, un robe qu’elle hésitait à souvent à mettre dans al mesure où elle découvrait complètement ses épaules, une soie d’un bleu saphir légèrement brillant, les ourlets du col échancré et du bas de la robe rehaussé de satin gris brodé aux fleurs d’argent ainsi que la large ceinture qui lui enserrait la taille et les longues manches évasées à partir des coudes et qui tombaient presque jusqu’au sol. Cette robe là serait parfaite. Elle se plongea dans son bain chaud qui embaumait la pièce de l’essence de rose qu’on y avait versé le sourire au lèvre d’avoir trouvé la bonne tenue, on lui préparait une parure en saphir pour aller avec, elle était soulagée, pressée, nerveuse, mais soulagée. Elle avait prévu de revenir plus tôt, elle était un peu en retard sur l’horaire prévu, mais elle comptait bien rattraper ce retard, aussi ne resta elle pas trop longtemps à se prélasser dans l’eau, bien que le contact en fut des plus agréable. Après que ses servantes lui ait lavé les cheveux et le dos, elle sortit de l’eau et on lui tendit un linge immaculé pour qu’elle s’y enroule et pendant ce temps on s’afférait toujours à la sécher, à lui brosser les cheveux, à la parfumer d’une note de chèvrefeuille ambré, puis on l’habilla, puis on lui enfila les bijoux, une tiare d’argent finement ciselé avec un saphir en son centre et des boucles d’oreille assorties, et ornant son cou, une fine chaine du même métal et un léger pendentif de saphir. On la maquilla, ornant simplement ses yeux de khôl noir, puis on lui tendit un miroir dans lequel elle put apprécier le travail de ses suivantes et son apparence tout à fait correcte pour ce qu’elle avait à faire, elle était satisfaite, bien que sa beauté se soit un peu fanée, trouvait-elle, avec les années.

Elle se rendit compte alors en regardant par la fenêtre de sa chambre que le soleil avait presque disparut rougeoyant sur la cime des arbres et formant comme un halo orangé sur les créneaux des remparts. Elle aimait tant regarder le soleil se coucher sur les terres de son époux, elle pensait qu’un jour son propre fils en serait le suzerain, elle espérait que se jour n’arrive pas trop vite cependant, mais elle trouvait les jardins, la citadelle et les champs qu’on pouvait voir du haut de la tour encore plus beau dans leur parure d’or et de rubis, les roses assorties des jardins lui rappelaient certains des moments vécus avec lui. Elle prit l’avant de sa robe dans une main pendant qu’on lui donnait une lampe pour la seconde et sortit aussi vite qu’elle le lui permettait pour se rendre dans la pièce où ils devaient se retrouver. Après de longues minutes de marche solitaire dans la partie du château qui n’avait pas été envahit par les invités, éclairée seule par la lampe à huile qu’elle tenait et par les dernières lueurs du jour, qui perçait à travers les fines fenêtres, elle arriva enfin devant la porte et lâcha sa robe pour y entrer comme une Dame. La pièce dans laquelle elle déboucha était métamorphosée, elle ouvrit de grand yeux et entrouvrit la bouche, elle ne s’attendait pas à autant de vide, à vrai dire, elle avait presque oublié l’existence de cette pièce, longtemps inoccupée, et le souvenir qu’elle en avait, un fouillis poussiéreux et inextricable, n’était en rien comparable à ce qu’elle voyait à présent. Elle se ressaisit rapidement et posa les yeux sur son bien aimé, un sourire radieux aux lèvres, sans un mot, ses yeux témoignant de tout le bonheur qu’elle avait de se retrouver seule avec lui, de pouvoir exprimer toute sa tendresse, tout l’amour qu’elle avait dut refréner durant les festivités, le protocole ne l’autorisant qu’à le regarder et à entretenir avec lui des conversations polies et sages, le plus souvent partagées par d’autres et trop souvent tournant autour de la politique, qu’elle laissait aux hommes éduqués et nés pour ça ne faisant qu’acquiescer à tout ce que disait Leo et prenant congé dès que la bienséance le permettait pour aller discuter avec les femmes.

N’était-il pas le plus bel homme sur lequel elle avait eut l’occasion de poser ses yeux ? N’tait-il pas le plus fort, le meilleur bretteur de tout le royaume ? N’était-il pas à la hauteur de ses titres et attributions ? N’était il pas son seigneur et maitre et même titre que celui du Bief ? Même ici, dans l’intimité de cette douce nuit d’un été torride, il était Lord Tyrell, Seigneur de Hautjardin, Grand Maréchal du Bief, Gouverneur du Sud et Défenseur des Marches, elle ne rougissait plus désormais quand elle le voyait, mais son cœur se mit à battre plus fort. Elle referma la porte et s’avança toujours sans un mot, puis, comme il ne bougeait pas, joignit les mains devant elle pour se redonner contenance, ne lui plaisait-elle pas ?

« Mon aimé. »

Elle avait envie de le prendre dans ses bras de lui baiser les mains, de l’embrasser passionnément, mais à force de se retenir elle ne savait plus si elle devait, et contrairement à la tendresse expansive qu’elle se permettait avec ces enfants, bien qu’elle dusse devenir un doux souvenir concernant Tristan, avec lui, elle redevenait la sage et timide jouvencelle qu’il avait courtisé, l’enfant qu’il avait retrouvé dans les jardins verts et or, elle n’osait pas céder à ses désirs premiers tant qu’il ne lui en donnait pas l’autorisation par un regard ou un geste. Mais il était toujours là à la dévisager et il ne disait rien, elle redevint Jeanne Hightower devant le jeune Leo Tyrell, effrayé de ne pas plaire au beau chevalier. Mais très vite il la rassura, et Jeanne Tyrell fut de nouveau sa Dame, reprenant son port de tête altier et son sourire aimant, elle plongea son regard dans le sien et s’approcha d’avantage de lui. Il vint à elle et prit la lampe de ses mains, elle ne se rendait même plus compte qu’elle la tenait, à vrai dire elle n’éclairait pas grand-chose dans cette pièce embrasée par les nombreuses chandelles, et, alors qu’il prit ses mains dans les sienne, elle regarda les détails de la décoration. Elle sourit en voyant les bocaux ne s’attardant pas trop dessus car ce genre de choses lui donnait des hauts le cœur, mais elle reconnaissait bien là son mari, attaché à l’âme des pièces et de leurs habitants, si attentionné et tout dans l’ornementation le prouvait, sobre, mystérieux tout autour et la table immaculé rehaussée de pétales rouges comme la passion qui les animait tout deux encore aujourd’hui. Elle appréciait tant cette attention qu’elle ne put le taire :

« Mon cher et tendre, c’est magnifique, je… »

Elle serra ses doigts sur les siens. « Vous m’honorez de vos attentions, je vous aime tant… » Chaque jour un peu plus. « Chaque jour vous me donnez des raisons d’apprécier l’homme et l’époux un peu davantage… » Pourtant mon cœur est à vous depuis si longtemps que je n’ai nul besoin que vous me prouviez votre attachement, néanmoins le fait que vous le fassiez me touche et me prouve que j’ai raison de vous chérir, de vous respecter, et de remercier les Dieux pour notre mariage. Dit-elle humblement tout en taisant ce qu’elle trouvait déplacer, comme d’amenuiser son effort en disant qu’il était inutile. Suite à quoi elle acquiesça avec un sourire radieux à l’idée de partager le repas en tête à tête. Elle s’installa sur le fauteuil que Leo tira avec galanterie, que les sept soient loués, Jeanne ne savait que trop bien combien d’homme si courtois en société devenaient d’horribles rustres dans l’intimité, lui il était différent, il était le plus charmant de tous, son âme plus grande d’être aussi gentil avec elle en toute circonstance et de n’en être pas moins un homme, un véritable Lord qui faisait d’elle une véritable Dame. Elle regarda les plats déposés sur la table avec intérêt, elle aimait tout ce qui s’était préparé, le fois gras étant son pécher mignon, tout cela lui mit l’eau à la bouche, mais elle attendit que Leo se saisisse de ses couverts pour le suivre.

« Lady Aliénor est charmante, elle fera le temps venu une véritable rose du Bief j’en suis certaine, belle comme un cœur qui plus est, mais vous avez pu l’observer par vous-même. Elle est très polie, gentille et douce, je… »

Elle sentit les larmes de la joie et de l’émotion la prendre et s’arrêta net le temps de prendre une longue inspiration en baissant la tête.

« Pardonnez moi, je suis si heureuse que notre fils épouse une telle jeune fille. Elle sera parfaite, je n’en doute pas. »

Elle releva les yeux vers lui avec un sourire timide.

« Cela me rappelle trop de souvenirs… Mais vous dites moi comment c’est passé votre journée ? »

Seule la mère de Lord Tyrell assistait à certains conseils, et bien que Jeanne ne comprit pas pourquoi Leo l’y acceptait elle ne doutait pas que l’expérience de l’autre Lady Tyrell ne fut intéressante pour lui, elle avait toute confiance en ces choix. Elle ne s’occupait pas des affaires du royaume ni de diplomatie, ça n’était pas là sa place, aussi ne se mêlerait-elle pas de la négociation, mais cela ne l’empêchait pas d’être curieuse, d’autant que si ses agissements n’étaient jamais un secret pour lui, les siens ne lui étaient pas rapportés par les serviteurs ou autre soldats.


Dernière édition par Jeanne Tyrell le Jeu 10 Nov 2011 - 23:06, édité 2 fois
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Message Mar 27 Sep 2011 - 18:57

Spoiler:
 

Leo pouvait lire avec contentement combien ses attentions avaient fait mouche quand le visage de Jeanne fut submergé par une vague d’émerveillement. Son regard semblait boire chaque détail de la pièce et faire sien toute la luminosité des chandelles. Sa gratitude et sa gêne lui allèrent droit au cœur. Après toutes ces années, là où d’autres femmes se seraient empâtées de ressentiment à l’égard de leur mari, trahissant leur mécontentement par un laisser-aller allant jusqu’à déformer leurs tailles et leurs hanches, Jeanne avait gardé la douceur et l’humilité de ses vingt ans ainsi que sa sveltesse, comme au temps où elle rougissait à la moindre considération du jeune homme qui courtisait la déesse de ses songes. Cette candeur, cet éternel enchantement ne laissait pas de place à la lassitude pour l’un comme pour l’autre car elle savait le lui rendre en étant toujours merveilleuse et naturelle. Le bonheur de sa moitié résonnait comme le chant de mille récompenses aux oreilles de Lord Tyrell. Qu’il ne parvienne plus à réveiller chez sa douce les flammes de la passion, et Leo se sentirait comme un enchanteur privé de sa magie, comme un oiseau amputé de ses ailes. Suspectant les mots qu’elle taisait, Leo voulut conforter Jeanne sur la valeur et le mérite qu’elle avait à ses yeux.

« Je vous aime aussi. Je n’aurais de cesse de vous combler jusqu’à tant que les Sept me prêtent vie. Que je pus ajouter la Lune à l’argent de vos bijoux et au bleu de votre robe, je le ferais, et même là, je ne verrais ma mission accomplie auprès de vous. »

Il se retenait de franchir la courte distance de la table qui les séparait l’un de l’autre pour lui montrer l’ardeur de ses sentiments en cet instant. La danse venait tout juste de commencer et Leo avait à cœur de suivre la bonne cadence, à pas contenus et posés. A se précipiter, il risquait de casser le rythme et la magie du moment. Tout, autour d’eux, les intimait au réveil des sens. Il leur fallait se laisser tout doucement bercer par l’ambiance feutrée de la pièce, le jeu d’ombre et de lumière, le sirop du vin, le fumet du pain grillé… Tandis que Jeanne lui racontait Aliénor, Leo attaqua son entrée après l’avoir longtemps contemplée des yeux. Il ne put s’empêcher d’offrir un large sourire à l’émotion palpable qu’affichaient chaque fois les yeux de son épouse lorsqu’elle parlait d’un sujet qui lui tenait à cœur. Jeanne marchait à l’instinct et à l’émotion et il ne lui fallait quelques instants pour se lier de tendresse avec quelqu’un ou au contraire pour éveiller sa méfiance. Leo voyait défiler les exemples dans sa tête : lui-même pour ce qui était du premier registre et Mère pour ce qui était du second… Si les deux femmes observaient une courtoisie feinte lorsqu’elles étaient dans la même pièce, à quelques exceptions près, leur animosité s’était bâtie dès leur première rencontre. Depuis toujours, Leo se fiait à l’intuition de son épouse pour ce qui était de juger des caractères. Qu’elle s’entende avec Aliénor était de bonne augure pour la jeune femme comme pour la tranquillité future de Hautjardin. Au moins, les murs du château seraient soulagés de vibrer au son de la bonne complicité des deux femmes plutôt qu’aux cris des disputes de Jeanne et de sa belle-mère aux premiers temps de son emménagement à Hautjardin. Il semblait évident que le calvaire de Jeanne à cette époque comptait pour beaucoup dans son attitude conciliante avec sa future belle-fille. Il fallait apprendre des erreurs du passé pour ne pas perpétuer inlassablement les mêmes travers d’une génération à l’autre. C’était une bonne nouvelle pour Leo qui n’aurait pas à s’immiscer dans des affaires de bonnes femmes comme c’était trop souvent le cas, tiraillé qu’il était entre sa mère et son épouse et ne sachant jamais quel parti prendre entre la femme de sa vie et la femme qui lui donna la vie. Et si d’aventure conflit il y aurait, ce serait de toute façon Tristan qui se trouverait au cœur de cette équation et qui devrait s’intéresser à ménager la chèvre et le chou.

Il y avait par ailleurs quelque sujet que Leo désirait aborder avec sa chère et tendre, certes pas forcément des plus agréables mais non moins nécessaire. Il était déplacé que la maîtresse de maison soit la dernière mise au courant de ce qui se passe au sein de sa demeure et à ce titre, Leo avait à cœur d’observer une transparence certaine. Loin de l’assommer avec les menus détails de tout ce qui pouvait se tramer dans la citadelle de Hautjardin, surtout connaissant la tendance naturelle de Jeanne à s’inquiéter facilement, Leo sélectionnait néanmoins les sujets d’importance, les purgeait de toute banalité pour les lui présenter de façon claire et précise.

L’après-midi, il l’avait passé dans la grand-salle de guerre au rez-de-chaussée du château. Pour qui ne saurait pas le rôle de cette salle, elle passerait pour une magnifique salle de réception, lumineuse, aux plafonds haut de quatre mètres et encadrées sur ses murs donnant vers l’extérieur de hautes porte-fenêtre s’étirant sur toute la hauteur disponible. Rectangulaire, en son centre habitait une longue table de chêne massif verni qu’embrassaient une famille de chaises à longs dossiers assortis aux gravures courant sur tout le pourtour de la table. De jour, le soleil baignait l’ensemble de la pièce d’une égale lumière, de nuit, le scintillement des étoiles eut suffi à l’insomniaque pris d’une fringale à se frayer un chemin sans allumer de torche. La session de ce jour était consacrée aux affaires du Bief. La délégation Rouge et Or avait beau être au cœur de toutes les attentions, il n’en demeurait pas moins que Leo avait un royaume à gérer et certaines affaires ne pouvaient se passer de l’attention du suzerain plus de quelques jours. Assis en bout de table, Leo était entouré de tous ses conseillers militaires et économiques. A sa gauche siégeait Dame Amelia Tyrell puis Mestre Eolas, Septon Darmon, Septa Cecil, Souad, la fille d’un riche marchand Qarthien devenue conseillère de Lord Tyrell au gré d’un accord économique passé avec la Cité des Marchands, et l’intendant Joshua. Un jeune scribe, apprenti de Mestre Eolas, complétait la rangée et était chargé de prendre note de tout ce qui se disait d’importance pendant le conseil. A sa droite, son frère, le ser Darion Tyrell au côté de ser Jarold et ser Hector constituaient l’appareil décisionnel militaire dont Leo s’entourait pour discuter des stratégies militaires. A côté eux se joignaient fréquemment des seigneurs de passage, des chevaliers émérites venus prendre leurs ordres ou des émissaires chargés d’une mission diplomatique. Mestre Eolas, les mains cramponnés fermement à son parchemin comme si sa vie en dépendait, énuméra un à un les items de l’ordre du jour, les jetant en pâture aux discussions. Les heures s’étiraient paisiblement et bientôt, le conseil fut venu à bout des affaires pressantes. Déclarant la réunion terminée, Leo se joignit à l’orchestre de pieds de chaise raclant le carrelage, signant la levée de tous les participants.


« Lord Tyrell, ser Darion, un instant je vous prie. »

Dame Amélia les regardait successivement, elle n’avait pas quitté son siège et, attendant que tous les autres soient sortis, les deux frères reprirent leur place à la table. L’usage des titres ne disait rien qui vaille.

« Leo, tu te souviens de la somme dont nous avions convenu lorsqu’il s’agira de négocier la dot du mariage avec Lord Estren ? »

Leo se souvenait des moindres détails de cette longue conversation qu’il avait eue avec Mère quelques jours plus tôt, avant même l’arrivée de la Lionne à Hautjardin. Dame Amélia avait tant et si bien insisté sur chaque détail qu’à moins d’une commotion cérébrale, il eut été impossible pour Leo d’oublier ses conseils. Pourquoi revenir là-dessus ? Leo avait le mauvais pressentiment que cette question était l’arbre qui cachait la forêt…

« Bien entendu, Mère. »

« Très bien, eh bien divise-la par deux. »

« Plait-il ? »

« La rumeur court comme quoi le Lion rumine déjà sa colère sur son Roc au sujet d’une offense perpétrée par ton fils Tristan… Si c’est bien le cas, tu peux enterrer la somme que nous avions décidé, il faudra te montrer moins gourmand. »


Leo avait déjà fait ce calcul dans sa tête mais il comprit enfin où tout cela les menait et la raison de la présence de Darion. A l’aspect que prenait la veine de son front, Leo savait que sa mère était sur le point d’exploser dans l’une de ces diatribes dont elle avait le secret.

« Est-ce que l’un de vous pourrait m’expliquer comment un chevalier a-t-il pu être adoubé alors qu’il n’a manifestement pas assez de plomb dans le crâne et comment un père peut-il être aussi ignorant du caractère de son fils pour anticiper ses bêtises ? » Sa voix était calme et trahissait une onctuosité pleine de délectation.

C’était l’une de ces questions qu’elle laissait en suspens le temps que l’un des interlocuteurs daigne prendre la parole pour formuler une réponse pour le couper aussitôt et prendre derechef la parole. Leo s’impatienta et suivit le protocole de ce schéma convenu.

« Mère, je… »

« Silence ! » Désormais, sa voix était aussi onctueuse qu’un coup de fouet. Elle fustigeait Darion du regard. « Fils, explique-moi précisément comment en dix années passées à ton contact, Tristan est-il devenu un bon à rien ? Etait-ce délibéré de ta part ou bien est-ce la preuve qu’un incapable ne peut engendrer que d’autres incapables ? Par quel miracle est-il devenu un chevalier dans ces conditions ? Pardonnez-moi, mais j’ai entendu dire que le Bief était réputé pour accoucher des chevaliers les plus admirés des Sept Couronnes et là j’ai du mal à comprendre où se situe le prestige du coup fourré que nous a concocté ton jeune fils. »

A présent, elle fixait son aîné. Pour une raison inexpliquée, Leo se surprit à défendre son fils avec des arguments qui n’auraient aucune chance de l’émouvoir lui-même. Peut-être pour se déculpabiliser de sa propre part d’échec ? Darion quant à lui préférait observer un silence contenu, le temps que l’orage passe.

« Mère, Tristan est encore jeune. Il n’a pas encore l’expérience de ces choses-là »

«Bien des seigneurs ont pris la tête de leur maison au même âge que lui en tant qu’homme fait. Dût-il te succéder demain et je prédis la ruine de notre famille dans l’année. Ho, je m’inquièterais moins pour le Bief, il y a bien assez de vassaux affamés de saisir la moindre opportunité pour prendre notre place. Il n’a pas l’expérience, mais à qui la faute ? Combien de fois t’ai-je dit de le prendre sous ton aile ? De ne pas le laisser entre les griffes de ta mièvre épouse qui ne savait rien faire d’autre que de le cocoler trop près du mur, comme une fillette ou un fils de jardinier, et de le prendre avec toi comme ton père l’a fait pour lui montrer un peu ce que c’était que d’être un suzerain. Ne t’y trompe pas, mon fils, tu es un excellent seigneur pour ton peuple, beaucoup le disent et je n’irais pas les contredire mais pour ce qui est d’être un père, permets-moi de te dire que c’est une toute autre histoire. »

Leo ne savait que dire, sa mère avait le don pour retourner tous les arguments avec un aplomb d’enfer. Dans ces cas-là, il n’y avait qu’à reconnaître l’évidence et l’évidence était que Leo devait admettre ses torts et promettre de faire mieux.

« Mère, je vous présente mes excuses. Vous avez raison, j’ai été tantôt trop tendre ou pas assez impliqué avec Tristan. Je me rends compte de cette erreur et promets d’en tirer les conséquences. Il n’est pas trop tard pour Tristan et j’entends bien l’amener à rectifier ses travers, dut-il me détester pour ça. »

« Ne te flagelle pas trop, Fils. Et ne présente pas ainsi des excuses à ta vieille mère comme un vulgaire chenapan. Ce n'est pas d'excuses dont ton peuple a besoin. Tu es le seigneur du Bief, que diable ! Et puis, tu n’es pas entièrement responsable après tout. La nature des hommes est imprévisible et je dois admettre que même gamin, il n’était déjà pas net, ce Tristan. Après tout, quand on voit la mère… Pas étonnant qu’il ait les idées hautes perchées, le sang vicié des Hightower coule dans ses veines… »

« Mère ! » Il n’avait pas haussé la voix, mais au ton de Leo, Amélia comprit qu’elle s’aventurait sur un chemin de pensée qu’il était inutile d’espérer voir approuvé par l’assistance.

Leo dissipa le nuage de ses pensées et le soleil déclinant du souvenir fut remplacé à nouveau par le feu des chandelles. Le regard appuyé de Jeanne, tandis qu’elle trempait ses lèvres dans sa coupe, lui indiquait qu’il devait s’être perdu dans ses idées bien plus longtemps qu’il ne l’aurait cru.


« Je suis content que vous vous entendiez avec votre bru. Et je suis bien d’accord, Aliénor est radieuse et me rappelle Emilia à bien des égards. Quant à ma journée, elle ressemble à toutes ces journées de réunion, productive et céphalalgique au possible. »

Il sourit en racontant quelques anecdotes de la réunion.

« Et à ce moment-là, Souad répliqua à Mère qu’il valait mieux vendre nos surplus de récolte plutôt que d’en faire des colliers de perles ou de les laisser moisir dans un silo. Vous connaissez Mère, elle avait forcément un avis sur tout et elle s’exaspérait d’entendre qu’on passait un énième contrat marchand avec Dorne alors que l’on ferait mieux, selon ses dires, de préparer l’Hiver en remplissant les greniers à grain. Là-dessus, elles ont commencé à débattre sur l’approche de l’hiver, Souad arguant qu’il n’y avait aucun signe de Villevieille que l’hiver approchait, Mère de dire que le temps que ces vieillards perchés dans leur tour se rendent compte que le froid arrivait, il serait déjà trop tard pour commencer à faire nos stocks. Heureusement que Mestre Eolas les séparait, elles en seraient venues aux mains… Après cela, on a enfin pu terminer notre conseil. »

Il s’interrompit, réalisant qu’il arrivait à un point de son récit un peu moins glorieux. Selon toute évidence, Leo tairait les commentaires assassins d’Amélia au sujet de sa belle-fille mais il lui fallait néanmoins aborder le sujet de la déconvenue de Tristan.

« Ma Douce, que vous a-t-on dit concernant l’absence de Tristan et son arrivée précipitée juste avant nos hôtes ? Je suppose que vous n’avez pas été sans entendre certaines rumeurs et j’aimerais connaître ce que vous avez entendu avant d’aller plus avant. »


Dernière édition par Leo Tyrell le Mer 5 Oct 2011 - 21:17, édité 1 fois
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Message Dim 2 Oct 2011 - 20:14

Comme elle avait envie de l’enlacer, les mots doux de son époux lui arrivèrent droit au cœur, autant que la beauté du décor, la saveur du vin et l’odeur du foie gras, il savait à quel point elle aimait ça. Il la connaissait, il l’aimait, que n’était-elle chanceuse, elle avait épousé l’homme le plus séduisant des sept couronnes, et avec ça, galant, un chevalier émérite qui honorait son nom avec le surnom de Long Dard, et qui honorait sa femme avec tendresse. Jeanne était consciente de son bonheur, elle savait que certains mariages n’étaient pas aussi doux, le leur était fondé sur l’amour, et grâce aux Dieux, il avait plut à leurs parents d’officialiser cet amour, cela aurait pu très mal finir, elle aurait pu être bannie, reniée, finir fille mère sans ressource, qui sait ce qui serait advenu d’elle si Lord Tyrell n’avait consentit à cette union, qu’en avait-il couté à son père, elle l’ignorait, elle espérait peu. Et depuis elle vivait un bonheur parfait, un ravissement de chaque instant, une joie entière et absolue. Sa vie ressemblait à un conte de fée, de ceux que sa Septa lui racontait quand elle était petite, qui avait perdu la vie à cause de son erreur, seul ombre au tableau. Chaque jour, elle se disait qu’elle ne remerciait pas assez les Dieux, qu’elle n’en faisait pas assez pour son époux, elle faisait tout son possible pour être à la hauteur et espérait qu’un jour elle pourrait le rendre encore plus heureux, elle savait qu’il l’était, mais elle devait faire en sorte qu’il le soit encore d’avantage, qu’il comprenne combien elle lui était reconnaissante de ce rêve éveillé qu’elle vivait à ses côtés.

« J’espère vous montrer assez qu’il en est de même pour moi. Mon tendre Léo, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour vous servir et vous honorer jusqu’à ma mort. »

Les jugements de la marâtre sur Jeanne étaient tout à fait injustes, elle n’avait pas eut le loisir de s’occuper de Tristan comme elle aurait voulut, et si effectivement elle était tendre et aimant, gentille et peu autoritaire, elle n’aurait certainement pas laissé l’héritier du Bief se complaire dans la bêtise, dusse-t-elle resserrer les vis. Mais tout petit, Léo, probablement sur les indications de sa mère l’avait confié aux bons soins des mestres, et Jeanne était reléguée au second plan de son éducation, obligée d’attendre le soir pour l’embrasser sur le front avant que le sommeil ne le gagne, et ensuite il était parti avec son oncle pour devenir écuyer et suivre son destin. Tout le monde, y compris Lady Tyrell Senior, même si elle pensait tout savoir mieux que les autres, ignorait ce que Tristan serait devenu si on avait laissé ne serait-ce qu’une petite marge de manœuvre, mais non, elle avait à peine le droit de l’approcher, et encore moins le droit de lui dire autre chose que bonne nuit. Quoi qu’il en soit, personne ne pouvait porter la faute sur Lady Tyrell Junior, elle n’avait bercé son fils que la première année de sa vie, lui donnant tout l’amour possible, ensuite on l’avait mis entre les mains d’une Septa, puis dès ses trois ans entre les mains des Mestres, et les Dieux seuls savent ce qu’ils lui avaient inculquer, ah pour l’histoire et les arts, oui ils sont doués, mais pour la bienséance hein ? Qui de mieux placé que Lady Tyrell elle-même ? Peu importe ça avait été un peu moins sévère pour Emilia, et elle était plus sage, quand au petit dernier, il était espiègle, mais il faisait parfaitement la différence entre les petites bêtises qu’il faisait chaque jour et les interdits à ne pas transgresser devant les hôtes de marque par exemple. Et lui, Mathias, on le lui avait laissé, elle en avait supplié Léo, lui disant qu’il était son dernier né, qu’il ne serait pas amené à avoir les responsabilités de Tristan, qu’elle en mourrait si elle ne pouvait s’en occuper plus longtemps que ses deux ainés…

Quand au sang des Hightower, il avait donné de nombreux chevaliers de qualité, et des femmes toutes plus belles les unes que les autres, si Jeanne n’avait su que la moitié de ce que sa belle mère avait osé dire sur sa famille elle l’aurait étranglé, enfin si elle n’avait pas été l’épouse de son fils, car en tant que tel, encore une fois, elle ne pouvait que ravaler sa colère et sa fierté et faire ce que tout femme doit faire, montrer du respect à sa belle famille, encaisser les coups, ne jamais mettre son cher et tendre en milieu d’un conflit dans lequel il ne pourrait prendre partie sans renier une part de lui-même, et surtout ne pas le gêner avec ses chicanes inutiles alors qu’il a d’autres chats à fouetter et un royaume à gouverner. La première Dame du Bief n’ignorait pas combien l’autre haïssait les Hightower, combien elle la méprisait tant pour son sang que pour ce qu’elle était, elle le lui avait déjà dit, et la brune de répliquer que l’insulter revenait à insulter son propre fils et ses héritier et qu’elle ferait mieux de se taire plutôt que d’envenimer les choses, alors que son époux avait d’autres choses à faire que d’empêcher les crêpages de chignons, mais ces considérations n’empêchaient pas la marâtre de continuer à l’insulter elle et sa famille, au contraire, et à force, Jeanne s’était habituée à ses frasques et n’y faisait plus vraiment attention, mais devant témoins ! Léo et son frère ! Qu’elle crève cette vieille sorcière, le plus vite sera le mieux !

Jeanne avait tout fait pour se faire apprécier de sa belle mère, mais dès le début, il semblait que la marâtre avait décidé que ce mariage n’était pas le mieux pour son fils, ou était-ce sa tête qui ne lui revenait pas, ou, mais ça elle ne pouvait se l’imaginer d’elle-même, Lady Tyrell senior la trouvait trop niaise et trop naïve pour être la femme du suzerain du Bief. Peut-être tout simplement que la mère de Léo était jalouse de l’amour qu’il y avait entre lui et sa belle fille, jalouse de se voir voler sa place de Première Dame du Bief autant dans le cœur de son fils que dans celui du peuple ou des autres Seigneurs, qui peut savoir. Elle seule pourrait dire ce qu’elle aurait voulut comme bru, avec quelle famille elle aurait aimé associer son héritier, mais son époux et son fils en avaient décidé autrement, et malgré tout le pouvoir qu’elle avait sur Léo, malgré toute l’importance qu’elle se donnait, elle n’avait pas son mot à dire dans ce genre de négociation, en tout cas pas le dernier mot, au grand bonheur de Jeanne qui y voyait une petite victoire dans cette guerre intestine qu’elles se menaient depuis tant d’années.

Quand aux disputes, elles étaient rares au début, la jeune femme était beaucoup trop timide et trop sage, mais après la mort de son mari, la belle mère continua les humiliations et la belle fille cessa d’accepter de courber l’échine et de ne rien répondre. En effet au début, elle souffrait, elle pleurait parfois le soir en secret, mais devant son époux elle ne laissait rien paraître et accueillait les remarques de sa plus proche ennemie avec un doux sourire bienveillant espérant qu’elle se lasserait et comprendrait à quel point elle aimait son époux et comptait le servir au mieux, ainsi durant toute sa grossesse aucune dispute, elle essayait tant bien que mal de ne pas montrer à son jeune époux combien la Dame lui faisait peur, combien ses méchancetés lui faisaient mal. Mais lorsque Léo devint suzerain du Bief, Jeanne cessa de se laisser faire, après tout, elle était désormais la nouvelle Première Dame du Bief, et la mère de l’héritier qui plus est, la douceur laissa place à la sécheresse, elle avait comprit que Lady Tyrell ne changerait pas, ne s’adoucirait pas, et après quelques mois, le temps de digérer le veuvage, les mots se firent plus forts, et lorsqu’elles étaient seules, Jeanne ne se gênait pas pour remettre sa belle mère a sa place, mais elle évitait toujours d’ennuyer son époux avec ces problèmes, elle avait cependant demandé pourquoi elle participait au conseil, et s’il savait pourquoi elle la haïssait tant, aussi savait-il que ça n’allait pas fort entre les deux femmes. Mais les disputes n’avaient rien arrangé, alors Jeanne avait finit par abandonner le combat, elle n’était pas faite pour ça, de plus, la désormais grand-mère se faisait vieille, pourquoi être méchante avec une vieille veuve ? Et puis elle restait la mère de Léo, et Jeanne savait lui devoir le respect, oh bien sûr elle aurait préféré en faire une amie, mais c’était trop tard à présent, elle ignorait où elle avait fauté pour s’en attirer les foudres, mais c’était comme ça, elle n’y pouvait rien à part éviter d’envenimer les choses et d’en faire payer le prix à son époux ou à ses enfants. Mais, elle ne serait jamais une marâtre pour Aliénor, ça c’était certain !

« C’est encore un peu tôt pour dire que je m’entends avec elle, moi je la trouve charmante, mais j’ignore si elle m’apprécie, oh elle est très polie, évidement, toutefois les Ladies savent sourire même quand elles n’en ont pas envie… Quoique… Je lui ai montré les jardins… Vous savez la vue de la colline des blés, celle où vous m’avez emmené pour notre première balade… Lors de ma première visite à Hautjardin… Elle a apprécié je crois, elle m’a dit que les jardins étaient magnifique. »

Elle avait treize ans à l’époque, l’émotion transparaissait dans sa voix et dans ses silences, le bonheur de ses souvenirs avec Léo, les premières rencontres, les premiers mots échangés, mais aussi, les remarques de Lady Tyrell, le calvaire qu’elle avait dut traverser, seule, la manière dont elle lui parlait avant, polie bien que pas très avenante, et ensuite, dès le jour des noces, la méchanceté, le manque de respect. Mais elle s’efforçait de ne pas y penser et de sourire tout en espérant que la politesse de la jeune femme ne soit pas qu’une façade et qu’elle se rende compte qu’elle pouvait compter sur Jeanne, se confier, oh évidement, la mère de son époux, elle ne pourrait peut-être pas tout lui dire, mais lorsqu’on a perdu sa propre mère si jeune et qu’on a que les servantes pour se confier, il est bon d’avoir une belle famille accueillante, ne serait-ce que pour se sentir bien, en confiance, pour parler des petits problèmes de femme avec de vraies Ladies, avoir un exemple à suivre pour devenir une Rose du Bief, et une amie de son âge en la personne d’Emilia.

Malgré tous ses efforts, à chaque fois que Léo disait « Mère », elle avait un frisson de crainte et de dégout mêlés qui lui remontait le long du dos. Néanmoins souriait elle au récit de son cher et tendre et l’écoutait-elle parlait avec délectation tout en savourant son entrée. D’abord, elle adorait sa voix, elle adorait l’entendre parler, les moments où ils étaient seuls tous les deux, où ils pouvaient discuter librement était rares, hélas, une rareté due à ses grandes responsabilités, aussi ne pouvait-elle pas lui en vouloir, mais une rareté qui faisait qu’elle dégustait chaque instant passé en tête à tête. Et puis, elle aimait qu’il partage avec elle ses conseils, ses décisions, ses soucis, qu’il la tienne au courant et, si elle ne donnait son avis que lorsqu’elle était d’accord avec lui, elle se sentait importante quand il le lui demandait, et encore plus quand elle pouvait l’aider ou simplement le soutenir et l’aider à surmonter les problèmes. Jeanne rit doucement à la plaisanterie, mais elle répliqua :

« Une fois n’est pas coutume, je suis assez d’accord avec Madame Votre Mère, je pense que l’hiver viendra vite après cette canicule, et si je ne saurais manquer de respect aux mestres de ma ville natale, je sais qu’ils prennent leur temps pour émettre un avis souvent sentit par tous bien avant que les corbeaux blancs ne prennent leur envol. Les Dorniens doivent souffrir de la chaleur encore plus que nous, mais ne dit-on pas à été chaud, hiver plus rude encore ? S’il n’est pas envisageable de remettre en question nos accords commerciaux avec Dorne, il est plus prudent d’en garder une partie pour préparer cet hiver, car, pardonnez moi, mais lorsqu’il viendra, qu’auront à nous offrir les hommes du sud pour subsister ? Du sable… »

Elle n’aimait pas ça, prendre part aux débats, elle ne se sentait pas les épaules pour y assister, ni l’intelligence pour donner un avis utile, elle n’y avait jamais été préparé, son père l’ayant toujours mise de côté et jamais autorisé à assister à quelque réunion que se soit, pour autant, les Mestres et les Septa avaient fais leur travail, elle n’était ni idiote, ni inculte, et on le disait partout, la canicule ne présageait rien de bon sur l’hiver à venir, et puis, elle n’aimait pas les Dorniens, le temps des razzias était encore trop proche dans son esprit, elle restait méfiante et ne les chassaient pas que par respect envers la couronne, son époux, et la paix du royaume. Quoi qu’il en soit, elle se serait bien passé d’agréer l’opinion de la marâtre autant que de s’exprimer sur le sujet, mais parfois il fallait avoir le courage de dire ce qu’elle pensait pour le salut de sa maison et du Bief, elle n’aimait pas ça, mais c’était son devoir, elle ne pouvait pas se taire.

L’entrée était succulente, et avec toute la délicatesse et la grâce possibles, Jeanne eut bientôt terminé, elle raffolait littéralement du foie gras, et elle savourait se met succulent avec la lenteur nécessaire pour faire durer le plaisir, se retenant de n’en faire qu’une bouchée, mangeant toutes les crudités et la salade avant, finissant avec le meilleur. Mais sa délectation prit fin lorsqu’on en vint au point important, à la bêtise de Tristan, Jeanne n’était toujours pas au courant et évidement tout le monde avait gardé le silence, quand aux ragots, elle ne les écoutait pas, mais le regard lancé à Tristan lors de l’arrivée de la lionne était bel et bien celui d’une mère en colère, déçue par l’attitude de son fils, qui avait été à deux doigts d’arriver en retard pour accueillir sa promise.

« Il était à Villevieille… Non ? »

La suspicion étaient née, elle ouvrit de grand yeux comme pour mieux entendre, mais elle craignait ce que Léo allait lui avouer à présent, elle pensait que son fils avait fait preuve d’un peu trop de détente sur le chemin du retour de Villevieille, rien de plus, et si on était passé à deux doigts de la catastrophe, on l’avait pour autant évité, l’honneur était sauf… Mais d’après le ton de Leo, ce mystère, c’était autre chose, mais quoi… Non de Dieu ! Avaient-ils fauté ? Impossible ils étaient sous haute surveillance, ça n’était donc pas ça, Jeanne fut soulagée, mais qu’était-ce alors ?

« Comment, des rumeurs ? Non aucune… De quoi s’agit-il ? »
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La Rose et le Frelon. [Jeanne Tyrell]

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