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« Cette nuit, en secret, le monde fut changé. »

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Message Sam 10 Sep 2011 - 15:56

Spoiler:
 

Personne n'aurait pu douté qu'au dehors, la nuit avait recouvert la citadelle florale de Hautjardin de son noir manteau de ténèbres. Les couloirs du château n'étaient jamais tout à fait obscurs, cependant, car nombreux étaient les domestiques chargés d'entretenir l'éclairage des intérieurs de manière à dissuader les assassins et les espions. Gardant les portes et les arches qui séparaient les couloirs, les salles, les salons, les antichambres, les boudoirs, les appartements, les bureaux, les cuisines et autres lieux de la forteresse, les soldats de la maison Tyrell présents à toute heure dans le palais portaient haut les couleurs de la Rose d'or du Bief, bien que tout fût d'un calme insolent et qu'il n'y eût plus personne à impressionner à cette heure si tardive. Deux hommes, cependant, marchait d'un pas leste et digne à travers les longs couloirs du château en direction d'un lieu connu d'eux seuls. Le premier n'était autre que le maître incontesté des lieux, suzerain du Bief et gouverneur du sud. Le second venait du nord des terres de l'Ouest, et visitait Hautjardin en tant que mandataire de Tybolt Lannister et investi par celui-ci d'une mission particulière. Leo Tyrell n'était que peu chaudement vêtu, car l'été n'en finissait pas de baigner les régions australes d'une chaleur qui n'en démordait pas même la nuit venue. Edwyn Estren avait opté lui-même pour une tenue légère, car bien que ses propres terres n'eussent été épargnées par la très pénible canicule qui sévissait, il était bien connu dans l'Ouest que les montagnes de Wyndhall étaient souvent balayées par des vents dangereux pour la gorge et la poitrine.

Après avoir partagé un repas d'une sobriété agréable, les deux hommes avaient d'un commun accord décidé qu'ils conduiraient cette nuit les négociations tant attendues, à l'abri des regards indiscrets comme des oreilles malveillantes. Il était désormais plus que nécessaire d'être vigilant et à ce titre, Leo Tyrell avait fait preuve d'exemplarité en expurgeant sa demeure de tous ceux qui lui parurent suspects. Le choix d'une entrevue nocturne et secrète plutôt que diurne et officielle pour les tractations était l’œuvre d'Edwyn : les Sept couronnes n'avaient pas à connaître la teneur et le contenu de leur discussion, elles se contenteraient d'en découvrir le résultat lors de l'entrevue officielle. Leo Tyrell avait été sensible aux arguments de celui qu'il avait rencontré quelques années auparavant, et Edwyn avait eu une fois de plus la confirmation qu'il partageait avec le suzerain du Bief bien plus qu'une estime réciproque. Leur vision du monde était convergente, et c'était quelque chose qui tous deux les avantagerait. Leo les conduisit tous deux jusqu'à une ouverture secrète qui menait par un couloir aussi sinueux que peu éclairé, à une sorte d'antichambre qui donnait, par une autre porte secrète, dans les quartiers privés du suzerain du Bief. Ils s'y arrêtèrent et Edwyn eut, admiratif, tout le loisir de remarquer que le raffinement de la citadelle transpirait jusque dans l'ameublement de ses pièces cachées. Ils prirent place face à face, sur deux fauteuils très confortables. Entre eux, sur une table, on avait disposé un plateau de gobelet d'argent et d'or, ainsi qu'une carafe de vin dont l'arôme exquis susurrait la provenance : l'île de la Treille. Edwyn n'était pas homme à se ruer sur la boisson, quoiqu'il en appréciât les subtilités, et dans tous les cas, la tradition comme la courtoisie lui intimait d'attendre que son hôte et ami prit l'initiative de servir le vin.


 « J'insiste malgré tout, vous féliciterez vos cuisiniers. Le porc salé était délicieux. Il semble qu'il n'y a qu'à votre table qu'on sache encore profiter d'un bon repas. »

Bientôt viendrait l'heure des choses sérieuses, mais la conversation avait été sur le trajet et demeurait toujours entre eux légère et désintéressée, comme il fallait s'y attendre de deux amis que la pensée rapproche. Tout en discutant avec un plaisir qu'il ne pouvait dissimuler, car il avait enfin l'impression d'avoir à Hautjardin un interlocuteur à sa mesure, Edwyn observait autour de lui cette antichambre secrète qui avait dû, avant eux, accueillir bien des rois et des suzerains du Bief, et peut-être autant de dignitaires étrangers... Il y avait sur les murs des tapisseries représentant avec une fidélité toute relative quelques grands personnages du sud, qu'ils fussent de sang royal à l'instar de Garth Mainverte, dépeint avec la couronne de pampres et de fleurs caractéristique de la dynastie Jardinier, ou qu'ils fussent d'origine plus modeste, à l'égard d'un fameux chevalier des légendes dont le nom échappait à Edwyn. D'un œil distrait, il remarqua la fraîcheur neuve de toutes les chandelles qui éclairaient la pièce. Sans doute des valets les avaient-ils installées peu avant leur arrivée dans la pièce. Il était admiratif de la mécanique si bien huilée que semblait être le service domestique de la maison Tyrell, mais cela n'avait rien d'une surprise, considérant le goût si prononcé de ce clan pour les convenances...

 « Avant que nous ne discutions du mariage de votre fils et de la sœur de mon suzerain comme de l'alliance entre l'Ouest et le Sud, permettez moi cette question ouverte. Quel rapport vous a-t-on fait du voyage de lady Aliénor et de son escorte sur vos terres ?  »

Edwyn savait que sa question était délicate, mais elle n'en demeurait pas moins nécessaire et son interlocuteur le comprenait. Leo avoua savoir qu'un événement d'une nature particulière avait assombri le tableau pourtant donné comme idyllique, et concèda qu'il avait entendu l'implication de son propre fils et héritier. Edwyn perçut combien cette réponse arrachait de scrupules au noble suzerain du Bief, mais il admira la noblesse et la retenue dont il éclaira sa réponse. Leo Tyrell n'était pas l'un des personnages les plus connus et les plus aimés de son époque pour la beauté des roses de son blason.

 « Je regrette d'être le conteur d'un si pénible récit, mais l'amitié respectueuse que j'ai pour vous me contraint d'être le plus précis possible. Ser Tristan ne s'est pas présenté à Crakehall et, pour toute escorte, a envoyé un détachement de vos chevaliers sous la direction de ser Gaspar de Lockvire. Parmi ces chevaliers, votre fils se trouvait dissimulé sous une fausse identité. Nous n'avons découvert la supercherie qu'à notre arrivée à Hautjardin. Je me suis gardé d'en parler publiquement afin de ne pas ajouter au scandale qui ne manquerait pas d'éclater et de jeter l'opprobre sur votre héritier et sa famille. Comme vous le devinez, je n'ai pu omettre ce détail dans le dernier corbeau que j'envoyai vers Castral Roc. Cependant, je me suis gardé d'exprimer le moindre commentaire au sujet de ce que d'aucun présenteraient comme un écart de conduite.  »

Edwyn savait au fond de lui que Leo comprendrait que sa pudeur était à la fois motivé par son tempérament et par le respect qui lui inspirait le suzerain du Bief.
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Message Dim 11 Sep 2011 - 19:48

Depuis plusieurs jours, Leo avait un goût amer dans la bouche qu’il n’arrivait pas à dissiper. Cette amertume avait concordé avec l’arrivée de la délégation des Terres de l’Ouest à Hautjardin. Oh, non pas que d’accueillir des invités de marque en sa demeure ait déjà assombri l’humeur du seigneur du Bief par le passé, bien au contraire. Lady Aliénor s’était montrée charmante et discrète depuis son arrivée, une jeune femme agréable et désireuse de bien faire. Quant au seigneur chargé de l’accompagner, Lord Edwyn Estren, c’est avec grand plaisir qu’il accueillit ce visage familier entre ses murs. Il avait échangé quelque conversation courtoise avec la demoiselle destinée à devenir sa belle-fille mais c’est surtout par le biais de l’enthousiasme débordant de Jeanne qui semblait incapable de s’endormir avant d’avoir raconté par le menu tout le bien qu’elle pensait de la jeune Lionne que Leo put se faire une idée plus précise du caractère de la jeune femme. Cependant, ce goût nauséabond qui ne le quittait plus fut déclenché par une phrase prononcée par cette dernière trois jours plus tôt sur les marches conduisant à l’entrée du château.

«Ser Tristan... Ou devrais-je dire Ser Lowther ? »

Ainsi Aliénor venait alimenter les soupçons que Leo nourrissait depuis quelques temps. Il savait de source sûre que son fils n’avait jamais mis les pieds à Villevieille, la destination présumée de son absence. Désormais, il devinait où Tristan s’était trouvé pendant tout ce temps et ce, manifestement, sous une fausse identité. Une colère sourde émergea de ce qu’il venait de comprendre en quelques instants. Il n’en montra rien sur le moment ni durant ceux qui suivirent même s’il ne tarda guère à calculer dans son esprit l’impact qu’aurait cette erreur sur la suite des événements. Cette colère se réveilla et s’intensifia à chaque nouveau détail venant s’ajouter au récit de la folle épopée de Tristan. A ce titre, les réponses de ser Gaspar de Lockvire furent autant d’éclairages que de coups de fouet assénés à la patience de son seigneur. Lorsque les négociations seraient finies, il s’entretiendrait avec son fils pour discuter de ses motivations. En attendant, il devait faire taire cette rage intérieure et se montrer comme le suzerain calme et posé qu’il a toujours été. Il ne pouvait certainement pas se permettre d’exploser au mauvais moment et sur les mauvaises personnes. Bon an mal an, les jours se succédèrent avec leur lot de festivités et de rencontres officielles. Aliénor et Edwyn furent présentés à de nombreux vassaux de la maison du Bief venus par invitation et par curiosité.

Le troisième jour vint comme un soulagement car il signait la fin des mondanités et le début des négociations qui auraient lieu le soir même, en toute discrétion, alors même que le château s’assoupissait convaincu de voir les jeux diplomatiques débuter le lendemain. Leo n’avait prévenu personne – il n’y avait aucune nécessité à ce que quiconque sache – à l’exception d’Edwyn bien sûr. Il lui fit parvenir par un serviteur un message scellé pour convenir d’un point de rendez-vous facilement reconnaissable. Leo retrouva Edwyn devant la salle des fêtes avec une ponctualité d’horloger. Saluant ce dernier en ami, familiarité qu’il n’avait pu se permettre jusqu’alors en raison du protocole, ils se lancèrent dans le dédale des couloirs du château. Leo les dirigeait d’un pas assuré vers l’une de ces pièces fantômes dont le château de Hautjardin a le secret, si discrètes qu’on les croirait dissimulées entre deux armures décoratives. La pièce qu’il avait choisie, Leo la connaissait bien pour l’avoir utilisée à de nombreuses reprises à l’occasion de conciliabules particulièrement importants. Enfant, il lui arrivait de se cacher, là-bas, sous le secrétaire dans le coin de la pièce et d’être l’auditeur privilégié de réunions dont il ne comprenait pas grand chose que tenait son père Adamar du temps où il était lui-même seigneur. Par automatisme, Leo jeta un œil dans cette direction comme s’il s’attendait à y trouver un vilain garnement. Sortant de ses souvenirs, il prit place dans un des fauteuils et invita Edwyn à faire de même. Leo eut une pensée pour son vassal, Jace Redwyne, lorsqu’il saisit la carafe de vin disposée sur le plateau en face de lui. Cet homme était tout sauf avare, surtout quand il s’agissait de distribuer les délicieux vins qui faisaient au moins autant que sa flotte la renommée de la Treille. Bien qu’il fût d’humeur à partager la carafe entière, deux verres modérément remplis suffiraient pour l’instant. Le reste attendrait la fin des négociations, il fallait pour l’heure garder les idées claires. Il tendit un verre à son invité avant de prendre le sien propre et de répondre au compliment d’Edwyn sur le menu festin qu’ils avaient pris un peu plus tôt.

« Le secret est dans le bois. »

Leo lut dans les yeux d’Edwin qu’il lui fallait étayer un minimum sa pensée laconique.

« C’est la réponse que me donna le chef cuisinier quand je lui posai pour la première fois la question sur le secret du goût si particulier de ses charcuteries. Son secret tient dans le choix du bois utilisé pour le fumage mais il n’a pas voulu m’en révéler la variété. Et j’ai bien senti qu’il serait gêné si j’insistais pour connaître la réponse. Par contre, ça ne le gêne pas que je paie la facture. Quoi qu’il en soit, soyez assuré que je lui transmettrai vos félicitations. »

Leo se déridait pour la première fois depuis ces derniers jours. Il se sentait un peu mieux au moment d’aborder ce qu’il savait être un sujet qui fâche. Lorsqu’Edwyn entra dans le vif du sujet, Leo semblait perdu dans la contemplation du rouge de son verre. Cela dit, il ne manqua pas d’entendre les mots de son interlocuteur ainsi que sa question. S’il avait été autre, Leo aurait volontiers jeté son gobelet à travers la pièce mais il n’en fit rien. A cette pensée et contre toute attente, il sourit un court instant. Toutes ces années de discipline et de rigueur étaient parvenu à dompter le tempérament sanguin de Lord Tyrell. Finalement, il releva les yeux vers ceux d’Edwyn qui l’observaient avec un respect et une patience généreuse. Leo avait colligé suffisamment d’éléments pour dessiner les grandes lignes des événements qui eurent lieu entre Crakehall et Hautjardin. Mais les détails, Edwyn les connaissait mieux que lui. Aussi, Leo décida qu’il était préférable d’énoncer sans détour ce qu’il savait en substance et de laisser à son ami le soin d’éclaircir les zones d’ombre en tant que témoin de premier ordre.

« Ser Gaspar de Lockvire m’a délivré les détails d’un voyage paisible et sans encombre si on excepte l’attaque de bandits dont le convoi a souffert mais sans essuyer de pertes. Il m’a également rapporté que mon fils, Tristan, s’est joint à l’expédition à la dernière minute alors même qu’il était censé partir pour Villevieille. Il semblerait qu’il ait apporté des changements en mon nom au déroulement de l’opération sans que je ne sois mis au courant, il s’entend. »

Edwyn prit la parole à son tour et Leo eut le fin mot de l’histoire, voyant toutes ses déductions, toutes les rumeurs et toutes ses craintes se confirmer. L’amertume lui prit la gorge et aucune gorgée de vin ne parvint à effacer le dégoût qui s’emparait de lui. Comme s’il avait besoin de ça… La situation n’était-elle pas déjà suffisamment compliquée ? Il fallait qu’il soit trahi par les siens. Cette voix intérieure colérique ne trouvant pas d’aspérité où s’accrocher se tut rapidement et Leo avait une nouvelle fois su garder le contrôle de lui-même. Cette faute était inacceptable mais il aurait été malvenu de lui accorder plus d’importance qu’elle n’en avait et de la laisser envenimer ce qui avait été convenu à savoir le mariage et l’alliance entre l’Ouest et le Bief.

« Vous avez agi comme tout vassal fidèle à son suzerain, je ne peux qu’approuver votre loyauté et je vous sais gré d’être resté impartial dans votre récit. Je préfère que Lord Lannister apprenne les événements par votre plume que par le fruit des rumeurs. Les informations que vous me contez me désolent profondément et il va sans dire qu’au regard de ces détails, j’aurai d’autant plus à cœur d’interroger mon fils au sujet de ses actions pour les expliquer, les motiver et les punir en conséquence. »

Pour y avoir longuement réfléchi ces dernières nuits, Leo savait quelle conduite tenir pour délivrer une sanction exemplaire à son fils. Quant au contenu, il se dessinait de plus en plus précisément dans son esprit à chaque minute.


Dernière édition par Leo Tyrell le Lun 12 Sep 2011 - 15:22, édité 2 fois
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Message Lun 12 Sep 2011 - 0:50

Bien qu'il n'en révélât rien, faisant preuve à cet égard d'une grande réserve et d'une grande décence, Edwyn perçut combien la situation était désagréable pour Leo Tyrell. Rien de très surprenant pour le jeune homme de l'Ouest, qui avait grande connaissance de la place occupée par l'honneur dans le cœur des grands personnages du Bief, terre de la chevalerie. On y vénérait la loyauté comme une vertu suprême, car le chevalier se doit toujours d'être loyal envers ses compagnons et notamment ses compagnons d'armes. Quid alors de celui qui raille et se défie de son futur allié ? Le chevalier doit faire preuve de sagesse et de mesure, car la chevalerie n'est pas la sauvagerie, ni le désordre, ni la perfidie. Quid alors de celui qui trompe et se joue de son futur allié ? Le chevalier fait preuve d'une générosité franche et d'une courtoisie sincère. Quid alors de celui qui d'aventure sur le terrain glissant du mensonge et de la dissimulation ? Le chevalier doit toujours choisir le chemin de la justice sans s'avilir de l'influence d'intérêts personnels. Quid alors de celui qui refuse une rencontre honnête et juste à sa promise ? Le chevalier ne doit pas reculer devant la difficulté et doit accepter le principe du sacrifice, guidé par son courage et sa vertu. Quid alors de celui qui préfère se cacher plutôt que de se montrer au grand jour ? Le chevalier, enfin, ne doit pas voguer sur les vagues ténébreuses de la vanité et n'agir jamais qu'au soleil inexorable de l'humilité. Quid alors de celui dont l'orgueil est tel qu'il n'hésite pas à humilier ceux qui seront bientôt ses alliés ? Tristan Tyrell étant un chevalier, les mauvaises langues diraient que le jeune homme n'avait rien retenu de son initiation. Edwyn n'était pas de ceux-là qui n'auraient jamais pour l'héritier de Leo Tyrell que dédain et venin. L'attitude de Tristan lui était proprement indifférente, mais il saurait utiliser au mieux de ses intérêts. L'insulte était pour les Lannister et, pour tout dire, il ne s'en inquiétait guère.

« Je regrette qu'un tel nuage vienne assombrir votre front, et je ne doute pas de la difficulté qui doit être la vôtre. Cependant, j'ai à cœur de vous témoigner que mon suzerain apprécierait beaucoup de votre part une sanction exemplaire à l'égard de votre fils et héritier. Vous connaissez comme moi le tempérament des membres de la maison Lannister. Ils connaissent les bienfaits de la retenue de façade, mais leur colère et leur rancune n'en demeure pas moins grande sous la surface. Il sera certainement attentif à votre geste et aux excuses de votre héritier, et cela apaisera sans doute les tensions qui naîtraient par ailleurs entre l'Ouest et le Bief si nous laissions courir le bruit de l'impunité de Tristan. »

Il lui était pénible d'allonger ainsi ce qui était pour tout père un supplice, car il s'agissait bien de reconnaître l'erreur et la disgrâce de son propre et fils et sans doute Leo aurait-il préféré que le sujet ne vînt jamais sur la table des négociations. Toutefois, ce mal était nécessaire et le diplomate eut à cœur d'écouter avec attention la réponse de son hôte, saisissant d'une main très calme le second gobelet afin de vérifier que le parfum subtil de la boisson n'était pas un leurre et, quand le précieux alcool couvrit sa langue, son palais et sa gorge, il dut rendre grâce à l'île de la Treille pour l'excellence de ses vins. Il lui faudrait voyager jusqu'à la demeure des Redwyne, comme son père autrefois, quoiqu'Eldoth Estren n'eût jamais le privilège de rencontrer en personne les maîtres incontestés de l'île. La maladie touchait en effet à cette époque le très aimé Garth Redwyne et fort heureusement, les Sept avaient épargné, dans leur grande clémence, les enfants de ce dernier et son unique fils régnait depuis sur l'île.

Mais l'heure n'était pas plus à l’œnologie qu'elle n'était au souvenir. Le temps était venu d'entrer dans le vif du sujet et sans doute serait-ce plus agréable pour Leo que de s'éterniser sur la conduite de son fils et ses implications diplomatiques. Et quel sujet plus heureux qu'un mariage pour attendrir et apaiser les tensions nées peut-être d'une conversation délicate ?


« Je comprends tout à fait et avec votre permission, je vous propose de discuter des à présents de ce qui a motivé ma venue à Hautjardin, à savoir l'alliance des maisons Lannister et Tyrell et, bien sûr le mariage de votre fils à la sœur de mon suzerain. J'ai eu l'occasion de voir ser Tristan à l’œuvre et depuis notre arrivée au château, vous avez eu l'occasion de connaître un peu mieux la future épouse de votre fils. »

Edwyn s'interrompit, but discrètement une gorgée de vin, puis reprit d'un trait.

« Si je puis me permettre de vous donner mon avis, cette alliance m'inspire beaucoup d'enthousiasme et de satisfaction. Elle est la meilleure des réponses à la menace que l'attitude ouvertement belliqueuse de Dagon Greyjoy fait peser sur nos côtes. Une telle union, de plus, rappelle à nos esprits l'ancienne alliance des rois du Roc et du Bief, quand les osts conjugués de Loren Lannister et de Mern IX Jardinier luttèrent vaillamment contre l'envahisseur Targaryen. Souhaitons toutefois que notre alliance connaisse plutôt la gloire et la victoire que la honte et la défaite. Cela ne fait aucun doute, cependant, car aujourd'hui c'est un Tyrell, et non un jardinier, qui mènera les valeureux guerriers de la Rose aux côtés des soldats du Lion. »

Edwyn esquissa un sourire car il savait Leo assez gai pour apprécier l'allusion faite aux anciens rois du Bief détrônés par leurs intendants et trop humble pour se laisser aller aux caresses d'une flatterie si facile.

« De vous à moi, c'est l'occasion pour l'Ouest comme pour le Bief de se distinguer. Les fer-nés ne sont rien de plus que des pirates et des adorateurs hérétiques, et l'on peut s'interroger sur le succès de leurs premiers mouvements. C'est que leur force réside dans leur marine rapide et adaptée aux escarmouches et au harcèlement de nos côtes par de brèves escarmouches et de violentes razzias. Nous ne sommes cependant pas impuissants face à ces différences culturelles. À cette débauche chaotique de violence et de brutalité, il faut opposer ce qui fait la grandeur et la force de nos armées, à savoir la puissance, la discipline et l'inflexibilité. De ce point de vue, joindre les maisons Lannister et Tyrell sonnera le glas de l'insolence de la Seiche qui aura tout intérêt à revoir sa position relative au sud du continent. La vague de succès des boutres-fernés sur nos côtes vient d'une part de la surprise, mais également de ce que ces pirates nous croient divisés et entendent en profiter. Il est temps pour nous de les confronter à la surprise terrible de notre union pour mettre un terme à leurs prétentions agressives. »

Edwyn sentait en lui naître l'envie violente de saisir une carte du continent pour y décrire les plans ingénieux qu'il s'imaginait pour contraindre les fer-nés de demeurer à l'abri de leurs îles ingrates.

« Mon enthousiasme est tel que j'en oublie de vous demander ce que vous pensez vous-même de la situation et de l'alliance qui sera décidée dans les heures qui suivent... »
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Message Lun 19 Sep 2011 - 18:12

Leo désirait passer le plus rapidement possible sur l’incident impliquant Tristan. Apporter une réponse à celui-ci était une condition sine qua non à la bonne poursuite des négociations, Leo le savait bien. Il s’attendait à ce que cette question soit traitée en premier mais il n’exécrait pas moins de se retrouver dans cette pièce à discuter de ce sujet, fut-ce avec un ami. Mais plus que l’affront fait aux Lannister, ce sont les questions soulevées par les agissements de Tristan sur sa nature profonde qui chagrinaient le seigneur du Bief. Que comptait-il réaliser par ce biais ? Etait-ce de la pure effronterie ? Intolérable pour qui se prétend chevalier. De l’ignorance ? Pis. L’ignorance est un poison d’autant plus vénéneux qu’il s’abreuve de la bonne foi de ceux qui s’en gargarisent. Plus douloureux encore le constat pour Leo qu’il était incapable de donner une tendance. Il prit soudainement la mesure du fossé qui le séparait de ses enfants. Tout ce temps, il les avait fréquentés sans les connaître et l’instinct naturel que tout parent nourrit pour savoir lire dans l’esprit de ses enfants s’était flétri faute d’être entretenu. A quoi se raccrocher quand l’intuition nous fuit ? Il était de notoriété publique que Tristan aspirait à devenir le chevalier le plus renommé qui existât. Des paroles en l’air ? Un miroir aux alouettes ? Ou bien exprimait-il par là tout le contraste entre le jeune homme caressant un doux rêve et l’homme fait se montrant à la hauteur de ses espérances ? Leo ne pouvait nier l’évidence. Pour Tristan, défier ainsi un futur allié, sciemment ou non, à la veille d’une alliance dénotait un sérieux manque de prospective de sa part et une inconscience de ce qui était réellement en jeu pour le royaume et le peuple dont il était l’héritier. Mais l’heure n’était plus aux suppositions. Certes, c’est la somme de tous ces petits détails qu’il lui faudrait prendre en compte au moment de prendre sa décision mais cet instant n’était pas encore venu. D’abord, il lui faudrait parler avec son fils pour valider ou infirmer ses inquiétudes et prendre la mesure du chemin qu’il restait à Tristan pour se montrer digne de ce qui l’attendait. Plus inquiet que jamais, le seigneur du Bief prit conscience du vide qu’il laisserait derrière lui s’il venait à disparaitre à l’instant, laissant le royaume entre les mains de son fils qui n’était pas encore prêt. Leo connaissait l’intransigeance parfois cruelle des Lannister vis-à-vis de leurs sujets. Cependant, il était hors de question de s’en inspirer pour satisfaire Tybolt. La sanction serait certes exemplaire, mais Leo se refuserait à toutes représailles humiliantes et stériles. Elle serait radicale mais constructive et servirait de test pour Tristan dont il ressortirait grandi s’il parvenait à en remplir tous les objectifs.

Quand Edwyn prit la parole, Leo abonda dans son sens puisqu’il était arrivé aux mêmes conclusions. Cette proximité d’esprit l’enchantait et l’intriguait toujours autant. Quand ils se rencontrèrent pour la première, Edwyn n’était guère plus âgé que Tristan actuellement et déjà il faisait montre d’une grande finesse d’esprit et d’analyse doublée d’une politesse impeccable. Comme Leo regrettait en cet instant que ces qualités ne fussent pas aussi naturelles pour son fils aîné que pour le seigneur prometteur qui se tenait devant lui.


« Des excuses de Tristan seront adressées à Lord Lannister, à Lady Aliénor ainsi qu’à vous, mon ami. J’y veillerai et les exigerai le cas échéant. Quant à la sanction proprement dite, je ne suis pas certain qu’elle empruntera le mordant propre aux Lannister mais soyez assuré qu’elle sera chargée de toute la désapprobation que je ressens à l’égard des actions de mon fils. Un chevalier doit se montrer responsable de ses actes, qui plus est lorsqu’il est le fils héritier du Bief et je compte bien le lui rappeler. »

Leo s’était levé de son fauteuil sans réellement s’en rendre compte faisant quelques tours dans la pièce tandis qu’il écoutait son interlocuteur et qu’il avait parlé à son tour. Sa réponse suffirait pour le moment car il n’avait pas encore fixé tout à fait le contenu de la sanction même s’il en avait déjà dressé les limites hautes et basses. Quand celle-ci tomberait, Tybolt Lannister serait de toute façon le premier au courant de sa nature. Portant une nouvelle fois son gobelet à ses lèvres, il réalisa qu’il était déjà vide. Sans vouloir tirer sur la boisson, Leo profita de ce qu’il était debout pour se servir un autre verre se disant qu’il méritait bien un peu d’aide pour s’apaiser l’esprit et se détendre un peu dans ce fauteuil au demeurant très confortable. L’orage était passé, et le dialogue porterait désormais sur des choses réellement importantes.
Dans les paroles d’Edwyn, Leo ne fut pas sans remarquer l’omission volontaire de tout commentaire sur ce qu’il pensait de Tristan. Leo y vit une nouvelle marque de la délicatesse de son ami et loin de lui l’idée de le relancer sur cette question sensible dont il ne voudrait certainement pas entendre la réponse.


« Du peu que j’ai parlé avec elle, Lady Aliénor m’est apparue comme une Dame tout à fait charmante, une future grande Dame du Bief à n’en point douter. J’ai vu dans les yeux de Tristan s’allumer des étincelles insoupçonnées, je pense qu’il doit comprendre sa chance d’être promis à une femme aussi rayonnante. Je ne vous cacherai pas que mon épouse, Jeanne, est également très friande de sa future belle-fille. J’espère que nos deux jeunes gens apprendront à se connaître, à s’apprécier mais surtout de s’extraire de la pression qui pèse sur leurs épaules puisque leur union sera le ciment de l’alliance qui se dessine et qu’ainsi nous pourrons célébrer un mariage heureux. Par ailleurs, je me réjouis à l’idée de compter Tybolt Lannister parmi mes proches alliés. Votre suzerain a prouvé qu’il savait s’entourer des bonnes personnes et prendre des décisions judicieuses. La preuve : non seulement il a convenu de cette alliance mais de plus, c’est vous qu’il a choisi pour être ici devant moi. »

Il sourit à son tour, se retenant tout juste de rire de bon cœur. Leo s’imaginait dans la peau d’un tiers observateur contemplant le spectacle de ces deux gentlemen s’échangeant du miel. Mais pour le coup, le compliment était réellement sincère et la complicité des deux hommes assurait à Leo qu’Edwyn l’avait bien compris. Etait-ce le vin ou la bonne compagnie d’Edwyn ? Leo sentait son esprit rempli d’une agréable musique en écoutant son ami développer son point de vue.

« Je partage votre analyse jusqu’à un certain point, mon cher Edwyn. Nul doute que les forces de l’Ouest combinées à celles du Bief sauront mettre en déroute de façon systématique la flotte Fer-Nés. Nous ne serions pas là tous les deux si je n’avais pas une foi entière dans cette alliance. Ceci dit, je ne suis pas tout à fait sûr que notre alliance surprenne tant que cela nos adversaires. »

Leo s’interrompit un instant avant de reprendre d’une voix plus posée incitant à la confidence.

« Dagon Greyjoy est un homme redoutable et la dernière erreur serait de le sous-estimer lui et son peuple. Pour être franc, je n’ai pas l’idée précise des réelles motivations des Fer-Nés à s’attaquer à nos côtes de façon si impromptues, mais je ne peux m’empêcher d’imaginer que leur chef nourrit des desseins à plus long terme et que ces pillages ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Et qu’en est-il des intentions de Tybolt Lannister ? Se satisfera-t-il de mettre simplement en déroute les navires Fer-Nés et de s’arrêter là ? Je nourris de sérieux doutes à ce sujet. Je serais moi-même enclin à poursuivre nos adversaires jusque sur leurs terres pour leur faire une bonne leçon si je ne redoutais pas que ce ne soit exactement là où notre ennemi veut nous amener. Sans compter qu’une telle manœuvre nous conduirait vers un conflit de très longue haleine. Combattre ces sauvages sur nos terres est une chose, les assaillir sur les leurs en est une autre, et j’ai bien peur qu’il faille nous préparer à cette éventualité. Mais je m’emporte et nous éloigne du sujet. Ces questions ne sont pas à l’ordre du jour bien entendu, je les garde cependant dans le coin de ma tête pour continuer à y réfléchir jusqu’au moment venu. »
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Message Mar 20 Sep 2011 - 14:12

Edwyn devait bien reconnaître en Leo un suzerain sévère mais juste, comme le consacre l'expression commune. Fort heureusement, d'après ce qu'il entendait, lady Aliénor avait fait une excellente première impression à la famille Tyrell, et c'était une bonne chose. La lionne avait été acceptée parmi les roses et bientôt, elle appartiendrait à ce jardin magnifique et pourrait y évoluer à loisir et sans se soucier davantage des mille et unes épines guettant le moindre de ses faux pas pour lacérer sa peau si délicate. Edwyn reçut par ailleurs le compliment sans rougir, tant parce qu'il était malavisé de la part d'un diplomate d'être réceptif aux commentaires flatteurs que parce qu'il n'était pas homme à se laisser adoucir par le miel d'une conversation qui badine. Mais Leo n'était pas un flagorneur et en tant que son ami, Edwyn recevait le compliment avec pudeur honnête. Jouant avec ses doigts sur l'accoudoir débordant de son fauteuil, il entendit les remarques empreintes de prudence de Leo Tyrell dont l'analyse de la situation méritait certainement toute son attention.

 « Mon enthousiasme couvrait peut-être mon propos d'un voile particulier, mon seigneur, mais il va de soi que je partage votre analyse et votre point de vue. Quant à la position de mon suzerain, je crains de ne pouvoir l'exposer en détail, ni même l'exposer en général, car je ne suis ici qu'un diplomate. Il ne m'a pas fait part de sa vision stratégique à long terme. Tout ce que je puis vous dire, mais c'est un fait su de tous, c'est que le Lion arme une flotte dans la rade de Port-Lannis. Pour le reste, il vous faudra voir directement avec lui. Tybolt Lannister n'est pas homme à se confier, fût-ce à ses vassaux, fût-ce à ses émissaires. »

Le visage d'Edwyn s'assombrit comme il suivait du regard Leo qui randonnait dans la pièce, machinalement et sans vraiment prêter attention à cette ronde calme et silencieuse. Il regrettait de ne pouvoir en dire davantage au maître des lieux mais Tybolt ne lui en avait guère donné les moyens en agissant avec lui comme un maître commande à son valet. Dans le fond, il comprenait tout à fait l'attitude de son suzerain qui s'expliquait par la méfiance généralisée dont Tybolt gratifiait tous ceux qui croisaient sa route. Edwyn se souviendrait à tout jamais de cette première entrevue d'importance dans cette pièce secrète de Castral Roc. Tybolt lui avait alors donné l'impression d'un homme fier et déterminé à obtenir ce qu'il veut. Edwyn ne pouvait nier que ce dernier l'avait choisi lui parmi les autres, mais il ne pouvait non plus s'empêcher de croire que ce choix n'augurait rien de bon pour l'aigle bicéphale.

 « Mais passons au mariage, et discutons dès à présent de cette question fort pénible. Quel dot pour lady Aliénor ?  »

Edwyn ménagea volontairement un temps de silence afin de mesurer les réactions successives qui s'afficheraient peut-être sur le visage de Leo. Tybolt lui avait ainsi suggéré de laisser au suzerain du Bief l'initiative du montant de la dot qu'ils pourraient en suite négocier à la baisse. Edwyn n'eût pas agi différemment, mais comme il craignait qu'une telle passivité pût desservir la cause Lannister, il prit le parti de quitter cette position attentiste suggérée par son suzerain pour aller au devant de la proposition que ferait Leo Tyrell. La dot est généralement constituée dans l'intention de permettre à l'épouse de contribuer au train de son mariage. Elle représente le prix du lignage pour le père ou le tuteur de la mariée et c'était une question très importante à cette époque où le souci majeur du patriarche était de « bien marier » sa fille, sa sœur ou sa cousine parce que la bonne société de Westeros n'offrait pas aux femmes de haut rang de meilleur débouché que le mariage. Trivialement, la dot permet de caser la demoiselle en ce qu'elle compense, dans une certaine mesure, la charge de son entretien par le mari et l'impuissance où la société la maintient de subvenir à ses besoins et de participer au train de la famille. Cette conception très généraliste perdait toute sa pertinence pour le cas de Tristan Tyrell et d'Aliénor Lannister, ces deux futurs mariés appartenant chacun à l'une ou l'autre de deux familles parmi les plus riches et les plus puissantes de tout le continent.

 « Il me semble très important de parvenir à un accord honnête et sûr à ce sujet. Vous traitez avec les Lannister et nécessairement, les questions touchant à l'argent se teintent des couleurs de la difficulté. Naturellement vous pourriez demander une somme conséquente et l'obtenir facilement car après tout, si les Lannister paient toujours leurs dettes, c'est que leur trésorerie semble inépuisable. »

Edwyn joignit ses mains comme en signe de prière.

 « Toutefois, l'amitié dont vous m'honorez m'oblige à vous confier le fond de ma pensée. Il y a là pour vous une occasion en or de vous distinguer. Votre maison n'est pas démunie et n'a guère besoin d'aucune financière de la part de Castral Roc. Un geste généreux de votre part à l'attention du Lion aurait certainement les meilleurs effets pour l'alliance à venir, sans pour autant passer pour un aveu de faiblesse. Les Tyrell apparaîtraient ainsi aux yeux des Sept couronnes comme une maison honorable et cela vous élèverait plus haut, plus fort. »

Il s'interrompit dans un sourire, soucieux de ne pas aller plus loin. En dépit de toute la liberté de ton que lui autorisait le lien privilégié qu'il entretenait avec Leo Tyrell, il était ici comme émissaire de Tybolt Lannister et ne pouvait dire tout ce qu'il pensait de la maison suzeraine de l'Ouest. Le fait est que cette alliance était née de l'apparition d'un ennemi commun et d'une vision stratégique à long terme avantageuse pour les deux pays. Toutefois, si Dagon Greyjoy n'avait pas conduit ses pirates sur les sentiers de la guerre, cette alliance n'eût jamais vu le jour, ni même le mariage de Tristan Tyrell et d'Aliénor Lannister, puisque le Lion et la Rose n'avaient nullement besoin l'un de l'autre pour exister et prospérer sur la scène géopolitique des Sept couronnes. L'heure n'était pas cependant à ces questions inutiles, et Leo Tyrell devait désormais se prononcer sur le montant de la dot qui conviendrait d'après lui à l'union en question. Sans doute aurait-il à cœur d'entendre les arguments d'Edwyn et de les considérer à leur juste valeur, car Leo était de ces hommes sages qui, sans s'abreuver aveuglément des paroles d'autrui, les goûtent et les commentent. Tant d'autres, hélas, préféraient assourdir leurs oreilles des tambours de la vanité...
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Message Mar 20 Sep 2011 - 18:25

Leo était légèrement embarrassé en voyant la mine de son ami s’assombrir. Il ne cherchait pas à sonder ce qu’Edwyn savait ou ne savait pas au sujet des projets de son seigneur mais bel et bien de partager avec lui les fruits de ses propres réflexions pour les confronter à son opinion sur la situation. Il n’y avait pas le poids de l’allégeance entre eux, seulement l’insigne du respect, aussi Leo pouvait se fier à la sincérité d’Edwyn quand celui-ci délivrait son point de vue, au contraire de ces conseillers, dont tout dirigeant s’empiffre, trop prompts à vous passer de l’onguent sur l’échine étant donné que vous vous acquittez de leur solde.

« Connaissant Tybolt de réputation, je me doute qu’il ne sème pas ses idées aux quatre vents et qu’il ne confierait pas facilement ses projets à ses vassaux, fussent-ils la fine fleur de leur génération. Et même si c’était le cas, je ne vous demanderais jamais de vous compromettre jusqu’à me révéler quoi que ce soit de ses confidences. Si je vous parlais de cela, c’était pour solliciter votre opinion et elle seule. Mais je me rends bien compte que l’heure est aux négociations et que ce genre de discussion n’y a, pour l’heure, pas vraiment sa place. Ce n’est qu’une question de temps. »

Ayant regagné son siège, Leo sourit et fit un signe de la main en direction d’Edwyn, l’enjoignant à poursuivre. Plus tôt finissaient les négociations, plus tôt ils pourraient discuter à cœur ouvert de choses et d’autres, triviales ou sérieuses, mais libérés du carcan des tractations.

La dot, un sujet plus traître qu’il n’y paraissait à première vue et une foule d’éléments à considérer. Il fallait bien entendu prendre en compte l’importance du mariage, la richesse respective des deux Maisons tout en ne perdant jamais de vue que de la somme réclamée rejaillirait le rapport de force. Demander trop, et la Rose passerait pour vénale à essayer d’arracher des griffes du Lion une somme qu’elle n’obtiendrait jamais, jetant ainsi le discrédit sur son Royaume. Une bien piètre façon de poser la première pierre sur les fondations de l’édifice d’une alliance. Ne rien exiger et l’affront serait tout aussi manifeste. Autant cracher directement sur les chausses de Lord Lannister à ce compte-là. Suite à la déconvenue de Tristan, qu’il fallait nécessairement prendre en compte, Tybolt avait pris la main et quelques zéros étaient tombés de la somme que Leo pourrait décemment proposer. A charge de Leo de prendre la main à son tour. Un œil peu avisé pourrait penser qu’il ne s’agit là que de piocher un chiffre au hasard déterminant le montant d’un énième cadeau de mariage. Il n’en était rien, d’autant plus lorsque l’on traite avec le Roc où le moindre ondoiement d’or revêt tout un symbole. Il fallait donner un chiffre qui sonnait juste, montrant la bonne volonté de Leo à laisser s’exprimer la générosité du Roc tout en envoyant un message clair : le Bief ne réclame ni ne nécessite l’or de l’Ouest. Le Bief n’est certes pas assis sur des montagnes en or mais il demeure l’un des Royaumes les plus prospères avec une agriculture forte servie par son immensité de terres fertiles et solaires. Impossible de s’y tromper, l’alliance entre les deux Royaumes se voulait militaire et il n’était pas question pour la Rose de devenir le débiteur du Lion.

Leo s’étonna qu’Edwyn cherche à l’orienter vers la voie de la sobriété. Non pas qu’il mit en doute la bonne foi de ce conseil d’ami, mais Leo doutait fortement que Tybolt ait demandé à son émissaire de prodiguer pareille assistance. Au contraire, Leo voyait dans la manœuvre de Tybolt un test à peine voilé. Lui laisser le soin d’ouvrir les enchères n’était certainement pas un acte de courtoisie mais une façon d’évaluer son sens des négociations. Leo n’était pas né de la dernière pluie, il marchait tout juste, haut comme trois pommes, que son père, Adamar Tyrell, tentait déjà de lui insuffler la base de l’art des négociations. Edwyn devait s’être vu confier une somme à ne pas dépasser. Il fallait viser juste pour se trouver non seulement en-deçà de cette limite mais d’une façon qui souffrirait d’un minimum de marchandage.


« Je propose à votre suzerain la somme de vingt mille Dragons d’or en espérant qu’elle le satisfasse. »

D’une certaine façon, cet exercice lui rappelait la joute où un long travail d’observation de l’adversaire, de ses points forts, de ses faiblesses, précédait la ruée. Les instants qui suivirent allaient dévoiler au Long Dard s’il avait su bien lire les cartes du jeu qui se présentait à lui et s’il avait une nouvelle fois fait mouche.
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Message Sam 24 Sep 2011 - 16:00

Edwyn appréciait la retenue et la compréhension de son interlocuteur, qui avait parfaitement saisi toute la délicatesse de sa situation. Une trop longue distance à son goût séparait les Roches sombres de Hautjardin, mais à cet instant précis, il sut que Leo et lui partageait bien plus qu'une communauté de points de vue. Edwyn n'était pas très porté sur la pratique de la guerre, mais il se surprit à désirer monter au front avec le Long Dard, en l'honneur des inclinations mutuelles, amicales et respectueuses que l'un et l'autre partageaient. Edwyn n'aurait jamais le regret d'être né dans les cimes basses et dorées de ses venteuses montagnes, mais il enviait quelque peu la position ces vassaux du pays de la Rose d'avoir un suzerain qui pouvait donner des signes d'attention sans qu'ils fussent vus comme des signes de faiblesse. Une belle leçon pour l'ensemble des Sept couronnes, car si en comparaison les droits des Tyrell sur Hautjardin étaient bien plus récents que les droits d'autres éminentes maisons sur leurs places fortes, ceux-ci n'avaient et n'auraient probablement jamais à essuyer l'exaspération et la rancune de leurs grands féodaux. Toutefois la jalousie n'avait aucune prise sur le cœur du jeune diplomate, trop concentré qu'il était sur la réussite de sa mission qui s'annonçait sous les meilleurs auspices. Leo acheva de confirmer l'éclat du succès d'Edwyn à son retour à Castral Roc en proposant un montant pour la dot qui aurait toutes les raisons de réjouir le Lion, et qui serait même susceptible de l'adoucir un peu, fût-ce cela possible...

Quand Leo proposa le montant de la dot qu'il estimait juste pour la question du mariage de son fils et héritier à la sœur de Tybolt Lannister, Edwyn se sentir si léger qu'il crut qu'il allait s'envoler. Seule la retenue et la pudeur l'empêcher de rire aux éclats tant sa joie était grande à cet instant.


« Je vous assure que votre proposition sera pour lui l'objet d'une grande satisfaction. »

Cette phrase sonnait sa victoire, et il l'attendait avec autant d'impatience et d'espoir que les paysans attendent la pluie qui succède toujours à la canicule. Tybolt pouvait se réjouir de ce que son interlocuteur et son diplomate était sur la même longueur d'ondes, car s'il en avait été autrement, nul doute que la question de la dote eût posé bien plus de problèmes. Toutefois, d'autres questions méritaient l'attention et étaient encore à traiter. La tradition réglait bien entendu la question du douaire de la première dame du Bief, mais elle devait venir à la table des négociations. De même, bien que celles-là fussent dictées par le contexte et la personnalité et de la réputation de Tristan Tyrell, il était nécessaire d'aborder le sujet des éventuels enfants naturels de ce dernier nés avant-même le mariage. Selon toute vraisemblance, ceux-ci ne seraient aujourd'hui qu'à peine nourrissons, mais en grandissant ils deviendraient un problème. Il fallait présenter ceci avec intelligence car après tout, si Leo était bien conscient de ce que son fils n'agissait pas tout à fait selon les codes de la chevalerie et s'octroyait des plaisirs libertins que d'aucun diraient bien de son âge, le Long Dard n'en était pas moins son père et donc le premier éclaboussé par ces écarts scandaleux. Sans doute la question du douaire était-elle la moins polémique et devait-il venir en premier car la réponse n’appellerait aucune discussion : charbonnier étant maître chez soi, les Tyrell traiteraient leur première Dame comme ils le faisaient depuis toujours.

« Je suis curieux de connaître la situation de lady Aliénor quand Tristan vous aura succédé à la tête de Hautjardin, les Sept fassent ce jour le plus lointain possible... J'imagine que le douaire de l'épouse du Grand maréchal du Bief offrira à votre future belle-fille des moyens plus que suffisants de tenir son rang. »

En écoutant Leo Tyrell énoncer le contenu substantiel du douaire réservé à chacune des épouses des seigneurs suzerains du Bief, Edwyn comprit pourquoi celles-ci étaient les femmes les mieux habillées et les mieux parées de tout le continent. Nul doute qu'en dépit de son âge avancé qui la prive de la fraîcheur de la jouvence, Jeanne Tyrell soit l'une des femmes les plus élégantes qu'on pût trouver au sud du Neck. Quand Leo acheva son descriptif sommaire mais suffisant de toutes les richesses qui assureraient un jour ou l'autre le train de vie de lady Aliénor Tyrell, née Lannister, Edwyn eut ce sourire un peu gêné qui témoignait de ce qu'il allait reprendre l'initiative de la discussion sur un sujet fâcheux. Fâcheux, mais non sujet à discorde, car les demandes qu'Edwyn s'apprêtait à formuler relevaient de bon sens et quoique la plupart ne lui eussent point été dictées par le Lion, cela ne l'empêcherait de les soutenir en son nom propre, fût-ce par procuration secrète et silencieuse. Ce que Tybolt ne saura jamais ne lui fera jamais de mal, d'autant plus si le résultat est pour lui une surprise agréable.

« Je regrette de revenir aux questions relatives à votre fils, mais je me dois d'agir selon les directives données par mon suzerain. Vous comprendrez donc qu'en dépit de la peine que cela m'inflige, il m'est obligatoire d'assombrir vos pensées de nouvelles remarques à l'égard de votre héritier. »

Edwyn s'interrompit, inspira profondément, et déclara d'une traite et d'une voix la plus neutre possible

« Le bruit court jusqu'à Castral Roc que les mœurs de ser Tristan serait, et je ne fais que citer ce que l'on peut entendre y compris dans vos merveilleux jardins, légères comme celles des « courtisanes qu'on fait venir de Braavos pour le service et le plaisir de ceux qui ont les moyens de s'offrir cette fantaisie ». Ce ne sont peut-être que des racontars, mais le fait qu'il se dit de lui qu'il préfère partager le lit d'une femme plutôt que polir ses armures. Je ne suis pas homme à donner foi à des bruits de couloirs, tout juste bons à divertir les valets et les paysans, mais c'est un fait qu'il faut considérer avec circonspection. Vous conviendrez avec moi qu'il serait regrettable pour l'honneur et dangereux pour la sûreté de votre famille que des roses bâtardes semées par votre héritier fleurissent dans vos jardins avant même son mariage. Nous savons tous deux ce qu'est la jeunesse et la fougue, et je ne doute pas que ces insouciances ne soient que passagères. Du moins j'espère que l'union d'Aliénor et de Tristan devant les Sept assagira votre fils s'il est de ces hommes inconstants incapables de se tenir. Ces rumeurs ne vous auront guère échappé, j'en suis sûr, et l'heure n'est pas au procès de votre fils, bien entendu, mais s'il a déjà... essaimé, il me paraît nécessaire d'agir dès à présent pour préserver votre lignage de cette inopportune fragilité. »

Le temps avait passé depuis, mais sans doute Leo Tyrell avait-il plus qu'Edwyn le souvenir de cette année 196 de la terrible rébellion Feunoyr. Certes ce précédent historique était à considérer mutatis mutandis, mais il n'en demeurait pas moins l'illustration la plus parlante de la gangrène dangereuse que représente la bâtardise quand elle prolifère en l'absence de tout contrôle. N'importe quel jardinier vous le dira, une mauvaise herbe n'est détruite qu'à condition d'en détruire les racines.

« Je me permets également d'ajouter que peut-être des mesures devront être prises, au moins dans un premier temps, pour épargner à votre future belle-fille l'affront de côtoyer les maîtresses de son époux sous son propre toit... Pour le cas où Tristan serait de ce genre-là, je suppose que vous comprendrez qu'il y va tant de l'honneur de l'épouse que de l'honneur de votre famille. »
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Message Mar 4 Oct 2011 - 0:17

Les traits de Leo se détendirent à l’approbation du montant de la part d’Edwyn. Ainsi les longues heures de réflexion sur le sujet avaient porté leurs fruits. Leo s’était entouré des avis de ses meilleurs conseillers et notamment de Dame Amelia pour déterminer la juste somme à négocier. S’il avait pris la décision finale seul, il n’en demeurait pas moins que le concert des différentes opinions lui avait permis de mettre en exergue les contours du problème qui se présentait à lui et à ce titre, ces avis lui avaient bien éclairé la voie. Leo espérait avoir visé juste et l’assentiment d’Edwyn dépassait ses attentes. Plus surprenant encore était le sourire d’Edwyn qui semblait exprimer aussi bien du contentement… que du soulagement. Le jeune seigneur avait le lourd poids des négociations à porter sur ses épaules et Leo comprit à cet instant qu’en sus de cela, il portait à bout de bras l’exigence de plaire à son suzerain et les Sept savent qu’il n’est guère plus difficile tâche que de satisfaire un Lannister. Il n’était pas exagéré de penser que de se voir confier une mission de la plus haute importance de la part du Lion relevait autant d’un grand honneur que d’une terrible malédiction. En tant que jeune suzerain de l’Ouest, Tybolt Lannister n’avait guère encore eu le temps d’imposer sa marque à part entière et de se forger une réputation mais pour le moment, le spectre de ses aïeux suffisait largement à prédire dans quel état de détresse se trouvait n’importe quel vassal sur lequel le Lion portait son attention. Toute victoire était bonne à prendre pour le seigneur de Wyndhall et Leo espérait que sa bonne entente avec Edwyn suffirait à simplifier la suite des négociations. Leo compatissait avec la position de son interlocuteur qui engageait son propre destin dans le jeu des négociations, bien que ce dernier ne semblât rien trahir de l’enjeu que représentait pour lui le décours de cette soirée. Dût-il décevoir son suzerain et Edwyn courrait au devant de fâcheuses difficultés. Leo prendrait bien sûr cela en compte pour la suite des négociations qui s’avèreraient cependant encore compromettantes pour la réputation de sa famille, abordant le sujet délicat de la conduite et des mœurs de Tristan ou du moins de la notoriété qui gravitait autour de ses actions réelles et supposées. Mentionnant la question du douaire, Leo releva l’espoir d’Edwyn de le voir prospérer le plus longtemps possible en tant que seigneur du Bief, espérance qu’il partageait lui-même au vu de l’incapacité manifeste qu’aurait Tristan à prendre les rennes du royaume si Leo devait disparaitre à l’instant.

« Lady Aliénor recevra tous les égards dus à l’épouse du suzerain du Bief. A ce titre, elle héritera des mains de Jeanne du douaire prévu à l’effet de toute Rose du Bief. Il comprend des dividendes perçus depuis de larges domaines parmi les plus fertiles et les plus prospères de nos vertes contrées assurant, même en période de vache maigre, des revenus substantiels permettant à la première Lady d’avoir de quoi certifier un train de vie plus que confortable. Je pense qu’il suffit de jeter un œil à ma chère Jeanne pour vous convaincre et vous affermir dans l’idée que la jeune Lady Aliénor ne manquera de rien. »

Encore une fois, l’énoncé d’Edwyn fit la preuve qu’il était illusoire d’imaginer cloîtrer les petits secrets inavouables de sa propre famille entre les murs de son château. Si les mœurs de Tristan étaient une évidence pour bon nombre des personnes un tant soit peu éclairées de Hautjardin, il était toujours désagréable de se voir servir la vérité dans tout ce qu’elle a de plus cru par un habitant d’un royaume voisin. Leo n’avait jamais eu la joie d’expérimenter en personne le délice de surprendre son premier né en compagnie d’une jeune demoiselle, à la cuisse aussi légère qu’était lourde la poignée de pièces venue garnir sa bourse, dans le capharnaüm que Tristan considérait comme son domaine. Mais la rumeur et les bruits de couloir avaient suffi à porter aux oreilles de Leo la réputation de son fils en matière d’exercice physique et quand bien même ce n’eut pas été le cas, Dame Amélia se serait fait une joie de mettre au courant le père sur les occupations du fils. Cela dit, ça n’a pas empêché cette dernière d’exprimer le fond de sa pensée sur ce même sujet. Si Leo s’était montré assez indulgent pour faire l’autruche jusqu’à présent, le mariage nécessitait de reprendre les choses en main et vite. Nul doute que les professionnelles auxquelles Tristan s’adressait prenaient leurs précautions pour ne pas s’alourdir le bas ventre d’une engeance indésirable. Quant aux idiotes suffisamment impressionnables pour lever leurs jupons sur le simple prestige porté par le nom Tyrell, celles-là étaient bien assez peu discrètes pour que leur va-et-vient dans la chambre à coucher de Tristan soient passés inaperçus. Et puis ce n’est pas non plus comme si Tristan s’en cachait d’une quelconque manière… Il se disait qu’Amélia avait distribué les bonnes piécettes pour se constituer une liste des gourgandines impliquées sur la base du témoignage des femmes de chambre et du personnel de maison. Certaines servantes avaient déjà été approchées et surveillées quelques temps pour écarter tout éventuel signe de gestation avant d’être exclues de Hautjardin. Pour les autres, plus récentes, ce n’était qu’une question de temps avant qu’elles ne soient rejetées à leur tour, suffisamment loin pour ne plus constituer une tentation pour le jeune chevalier, suffisamment près pour observer si l’une d’entre elles deviendrait grosse. Par acquis de conscience, des hommes de main avaient également été dépêchés pour sillonner les maisons de joie et autres bordels à la recherche de ventres rebondis et de nourrissons.

« Je conviens avec vous que la situation ne saurait rester en l’état. Je tiens à vous informer que des mesures ont déjà été prises pour s’assurer l’absence de rejetons avant le mariage. La maison Tyrell ne saurait tolérer pareil affront. Au moment où nous parlons, des hommes sont sur le terrain pour rechercher et écarter d’éventuels bâtards. Concernant notre personnel de maison, et je pense notamment aux membres de la gent féminine, la consigne leur a été donné de bien prendre gare à resserrer les cuisses, et ce dans leur propre intérêt. Quant à mon fils, je ne désespère pas de le convaincre d’arborer une attitude un peu plus responsable, dussé-je lui apprendre moi-même à nouer un peu mieux le haut de ses chausses, de gré ou de force… Ses petites aventures pouvaient encore passer pour tolérable tant qu’il n’était promis à personne mais cela ne saurait continuer désormais. Je n’écarte pas l’idée, en dernier recours, de lui passer une ceinture de chasteté autour du ventre s’il le faut. »

Leo avait presque l’impression d’entendre les mots de Mère sortir de sa bouche. C’était bien sa voix à lui mais son discours à elle. Il goûtait la jouissance du sarcasme comme exutoire à la colère et comme moyen de marquer franchement sa désapprobation sans hausser le ton, lever la voix ou trahir quelque sentiment de rage. Il comprenait un peu mieux l’ivresse qui avait poussé sa mère à adopter cette façon de s’exprimer. Il n’approuvait pas forcément ce mode de communication à tout bout de champ mais pour l’heure, celui-ci avait l’avantage de calmer ses nerfs à vif sans offenser son interlocuteur. Avec n’importe qui d’autre, on aurait pu y voir le signe que Leo commençait à perdre pied dans ces négociations mais en compagnie d’Edwyn, il s’agissait ni plus ni moins d’une façon de détendre quelque peu l’atmosphère tout en montrant que si la conversation revêtait quelque chose de pénible pour Leo, il n’en tenait pas Edwyn pour responsable, lui qui ne faisait que tenir son rôle dans la négociation.

« Les maîtresses seront écartées dès qu’on se sera assuré que la graine n’a pas pris racine en elles. Nous avons pu identifier les demoiselles concernées. Dame Aliénor n’aura pas à souffrir de la présence, des œillades lourdes de sens et des bruits de couloir concernant ces jeunes femmes qui seront de l’histoire ancienne. J’y veillerai personnellement. »

Hélas, oui, hélas, je ne serai pas toujours là pour veiller qu’il en soit ainsi ad vitam aeternam…


Dernière édition par Leo Tyrell le Jeu 13 Oct 2011 - 20:54, édité 1 fois
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Message Jeu 13 Oct 2011 - 20:38

La question du comportement de Tristan était désormais derrière eux, et c'était bien suffisant pour alléger le cœur d'Edwyn. Il ne lui fut guère difficile, tout ce temps passé à Hautjardin, de cacher tout le dégoût que lui inspirait les rumeurs accablantes qui décrivaient le jeune Tristan Tyrell comme un débauché et un parvenu. Toutefois, en la charmante compagnie de son ami fidèle et sincère, il lui était difficile de modérer ses élans d'attention. Au fond de lui pourtant, jamais Edwyn n'aurait souhaité être celui qui pointerait du doigt la souche faible du sang de Leo Tyrell. Les Sept ont des façons curieuses de mettre les hommes au jour de leur contradiction, et cependant qu'il écoutait son interlocuteur avec attention, Edwyn songeait à en finir une fois pour toutes avec ce mariage qui posait moins de difficultés pratiques que d'obstacles éthiques à ses yeux. Mais qui était-il pour intervenir auprès de l'un et l'autre, auprès de Leo ou de Tybolt qui avait décidé de concert du bienfondé de cette union dans son principe et dans son application ? Lui-même en reconnaissait l'utilité et l'opportunité, la question ne se posait pas en ces termes. De même il n'était pas là pour questionner plus que de raison l'avenir d'Aliénor, qui ne l'intéressait finalement que très superficiellement.

 « Je suis heureux que nous parvenions à un accord. Je n'ai aucun pouvoir pour prendre une décision qui engagerait mon suzerain et les terres de l'Ouest, mais je peux d'ores et déjà vous assurer que la question du mariage d'Aliénor Lannister et de votre héritier est réglée. Nous pourrions à loisir discuter de l'organisation du mariage mais ce sont des détails que nous pouvons remettre à plus tard... J'imagine qu'il sera célébré dans la grande tradition du faste et du cérémonial de vos régions. »

Mais pour l'heure, Edwyn n'avait aucune envie de disserter autour des rubans et des chiffons, des mets et des entremets, des festivités et des concerts qu'on donnerait, le jour fatidique, en l'honneur des deux jeunes époux. Les négociations allaient bon train, il était temps d'évacuer la dernière question relative aux jeunes mariés avant de s'attarder longuement sur la question de l'alliance entre les maisons Tyrell et Lannister. La virginité d'Aliénor était le dernier point crucial qu'il leur serait nécessaire d'aborder cette nuit pour que la question du mariage fût véritablement mise derrière eux. Autant questionner directement sans plus attendre Leo qui ne s'éterniserait pas sur le sujet.

 « J'imagine que des dispositions ont été prises depuis notre arrivée pour que vous soyez assuré de la pureté de la promise ? »

Imaginer qu'une septa ou qu'un mestre usât de ses mains fébriles pour entrapercevoir l'hymen intact d'Aliénor suffisait à provoquer les nausées d'Edwyn, si bien qu'il s'évertua à ne pas trop visualiser la scène que sous-tendait sa question ouverte. La réponse de Leo, fort heureusement, arriva promptement et fut à la hauteur de ses attentes, mais était-il permis de douter de la sage réserve de lady Aliénor ? Certes, les jeunes filles d'aujourd'hui n'étaient plus ce qu'elles étaient autrefois et pas une seule n'était assez visiblement pure pour ne pas éveiller quelque soupçon même inconsistant, mais de là à imaginer que lady Aliénor fût une succube assoifée de la sève des plaisirs masculines... c'était un pas qu'Edwyn se refusait à franchir.

 « Naturellement l'honneur et la réputation de la maison Lannister étant en jeu, je ne suis guère étonné de ce qu'Aliénor n'est ni plus ni moins qu'une femme hautement respectable, très attachée à la dignité de son rang comme à la justesse de sa place. Ni vous ni moi n'ignorons la condition particulière de la future épouse, et toutes les difficultés que peut susciter un hymen imparfait... Mais n'en parlons plus et concentrons-nous sur ce dernier sujet qu'il nous faut aborder à présent, l'alliance de la Rose et du Lion. J'ai cru comprendre que vous aviez déjà une idée précise à me soumettre et je serai heureux de l'examiner à la lueur des dispositions favorables de mon suzerain. »

Naturellement, Edwyn préférait laisser à Leo l'initiative de cette discussion, tant à raison de son rang qu'à raison de la particularité de leur situation. De plus, il avait reçu des instructions précises de Tybolt Lannister concernant cette alliance projetée entre les deux suzerains, si bien qu'il souhaitait découvrir de Leo la marge de manœuvre dont il disposerait pour arranger un compromis qui serait satisfaisant pour les deux parties et qui seraient pour chacune un avantage. Il était hors de question pour lui de tirer la couverture aux Lannister pour que l'alliance ne profitât qu'au Roc : cette conception mercantiliste de la diplomatie n'était pas la sienne, et ne présentait aucune garantie suffisante d'inscrire cette alliance dans la durée. Les preuves de bonne foi devaient être réciproques pour assurer la pérennité de l'alliance de la Rose et du Lion et le mariage d'Aliénor et de Tristan serait à lui seul insuffisant pour porter les intérêts réciproques des deux maisons suzeraines. L'alliance serait militaire et politique, Edwyn mettrait tout en œuvre pour que cet ouvrage voit le jour.

Écoutant Leo avec un surcroît d'attention, Edwyn prit la liberté de s'étendre dans le fauteuil, conscient de ce que le confort ambiant n'était qu'un leurre qui ne devait pas lui faire perdre de vue la complexité de la question que les deux hommes traitaient à cet instant. Pour autant, Edwyn sentait au fond de lui qu'il était fait pour la diplomatie. Il ne se lassait guère d'en apprendre toujours davantage par l'expérience et songeait, depuis quelques temps déjà, à réclamer de Tybolt Lannister qu'il l'utilisât dans cette optique si le Lion se refusait toujours à reconnaître à son vassal quelques qualités en la matière militaire, attribut traditionnel du contrat vassalique. S'il était vain d'aspirer à plus de reconnaissance, était-il vain d'espérer pour autant ? Quand les affaires de l'Ouest seraient apaisées, peut-être Edwyn aurait-il tout intérêt à chercher ailleurs ce qu'il ne pourrait jamais trouver chez lui... mais l'herbe n'est pas toujours plus verte de l'autre côté de la Dent d'Or après tout...
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