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« A l'aube d'une nouvelle vie » ft. Harald

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Message Jeu 25 Aoû 2011 - 12:09

Combien de temps exactement ? Une heure ? Trois ? Six ? Une journée ? Repliée sur elle-même dans un coin de la cale, les mains couvertes du sang de son frère, sa jolie robe verte n’avait pas été épargnée. Écorchée au genou, déchirée sur le bas, salie par la boue, du rouge bien trop voyant sur les genoux, quand elle s’était jetée près du cadavre frais en pleurant toutes les larmes de son corps. Puis la main de l’assassin l’avait attrapée par l’épaule, et tirée derrière lui. De ces instants, guère de souvenir, le regard hanté par l’image qu’elle n’oublierait jamais et qui habitera ses cauchemars pour longtemps, peut-être pour toute la vie. Elle sent qu’elle bouge, c’est le vent qui le lui indique, le vent qui picote son genou ouvert par la faute de sa chute provoquée, le vent qui fait tourbillonner ses cheveux bruns détachés, qui viennent se coller devant ses yeux gris, sans qu’elle n’esquisse un geste pour les enlever. Il l’avait emmenée sur le bateau, un grand bateau, d’ailleurs au sens de Alyce, tout était démesurément grand lorsque cela touchait les Fer-nés. Son agresseur avait l’air d’un géant, pour elle qui était si petite encore, et les autres ne valaient pas mieux. Des montagnes, dont la vue l’intimidait, alors qu’elle tentait de rester digne dans la souffrance lui tailladant le cœur. Elle aurait tellement préféré que l’assassin blond lève son épée sur elle, pour la tuer, plutôt que de la laisser vivre avec ce fardeau, cette culpabilité, ces cauchemars. C’est ma faute songea-t-elle, dépitée, au bord de la nausée tant elle se sentait mal. Si elle n’avait pas insistée pour qu’ils aillent se promener, si elle n’avait pas été présente, Harren vivrait toujours, il aurait pu passer, galoper jusqu’à la forteresse. Si elle n’avait pas été la, il ne se serait pas retourné, s’il ne l’avait pas aimée comme une sœur jumelle, il n’aurait pas dégainé contre ce monstre, ce guerrier accomplit, en lui ordonnant de fuir. Et si elle avait obéit, le sacrifice de son frère n’aurait pas été vain. Savait-il seulement ce qu’on allait faire d’elle ? Quelque chose lui soufflait que oui, et c’était précisément pour cela qu’il avait fais demi-tour, pour lui éviter le viol, l’humiliation d’une existence qui n’aurait jamais du être la sienne. Les Fléaufort ne sont peut-être pas aussi prestigieux que les Lannister, mais quelle femme mérite cette destinée, contre sa volonté ? Qu’avait-elle fait aux Dieux pour qu’ils abandonnent leur protection à son encontre, qu’avait fait Harren, pour qu’ils le laissent mourir, sans même lui laisser une chance ? C’était son choix, oui, le sien, mais il y avait été confronté par la faute d’Alyce. La curiosité d’Alyce, le besoin de liberté d’Alyce, Alyce et son joli sourire, Alyce, le charme, comme disait son père, joli charme, oui…A cause de qui la maison Fléaufort venait de perdre son héritier, et une alliance profitable puisque plus de fille à marier, juste deux fils, dont un de sept ans, et l’autre, à peine un bébé…
Elle avait vraiment envie de vomir.

Prisonnière sur ce navire, elle ne se souvenait pas des instants passés, juste qu’une voix lui disait d’attendre la. Il y avait d’autres femmes, deux roturières qu’elle connaissait, l’une était la fille du vendeur de tissu, l’autre, celle d’un pécheur, et c’étaient bien les seules sur qui elle pouvait mettre une identité. Elle dévisageait chacune d’elles, certaines pleuraient, d’autres semblaient vide à l’intérieur, et leurs yeux sans âme effrayèrent celle qui deviendra bientôt une femme. Puis il y en avait d’autres, qui semblaient se sentir comme chez elle dans ce navire, c’était celles-là que fixaient Alyce. Des Fer-Nées ? Non, pas toutes, du moins, cela se voyait sur leur physionomie. Ou alors étais-ce seulement l’imagination d’Alyce ? « Pousse toi de la petite tu m’empêches de passer ! » s’exclama l’une d’elle à l’intention de Alyce, sans s’émouvoir du sang sur sa robe, ni du petit médaillon qu’elle avait passé autour de son cou et qu’elle serrait avec force au point d’imprimer les gravures du cœur en or sur ses paumes. La noble releva la tête, puis se releva tout court, sans un mot. « Va la haut, au lieu de resté plantée la. » Avait-elle le droit de bouger ? Elle essayait de se souvenir des indications de l’assassin…Attendre la. Oui, mais la où ? Précisément à cet endroit ? Elle ne savait plus qui croire, mais n’avait pas envie de se faire remarquer. Non, elle aurait préféré qu’on l’oublie, dans un coin sombre, qu’on la laisse mourir, jusqu’à ce qu’on retrouve son cadavre putréfié et que l’on se demande à qui il pouvait bien appartenir. Ces pensées macabres ne ressemblaient pas à la jeune fille heureuse et souriante qu’elle était il y a encore quelques heures. Tout changeait en elle, si vite, un tel bouleversement…Elle n’avait pas pour habitude de s’apitoyer sur elle même. Elle se souvient d’une fois, où, lors d’un spectacle, des gradins construit pour l’occasion s’était effondré. Deux de ses tantes y avaient trouvé la mort, et l’un de ses cousin avait été estropié, sans qu’elle ne verse une larme. En apparence, elle semblait froide et distante, mais la peur avait fait saigner son cœur, elle avait craint pour Père et pour Mère, pour ses frères également, s’était recueillit pour les morts, mais pas de pleurs, pas de cris, non, de la distinction, celle d’une Dame…Ce que sa septa lui avait appris valait-il toujours, dans cette situation ? Les hommes qui l’avaient enlevée étaient des barbares, ils se fichaient pas mal de son éducation, on la mélangeait avec n’importe quelle femme du peuple…C’était la beauté qui comptait, semblait-il. Ils vont me violer, me prendre ma virginité, plus aucuns hommes ne voudra de moi sur le continent. Elle se demandait si l’assassin blond la prendrait en premier. Sans doute avait-il gagné ce droit en l’arrachant à son frère. Qui viendrait ensuite ? Et combien ? Combien, jusqu’à ce qu’on la considère comme une catin ? Elle ne connaissait pas la culture de ces Îles, juste les rumeurs et les légendes terrifiantes que pouvait raconter septa Morana lorsqu’elle refusait de faire quelque chose.

Elle se décida à avancer, grimpant une sorte d’escalier en bois, jusqu’au pont. C’est la qu’elle se rendit compte que la nuit était tombée, depuis longtemps, tant elle était noire encre. Peut-être y aura-t-il moins d’hommes sur le pont… Debout, elle se dirigea le plus près possible de l’eau, appuyée des deux bras sur le bastingage. Son regard gris océan rivé sur la mer rendue noire par l’obscurité, elle ressentait un malaise irrépressible, comme si un millier d’yeux s’étaient fixés sur elle. Chaque fois que le vent l’effleurait, elle sursautait, pensant que la main d’un homme essayait de la toucher. Angoissée, elle se sentait nue et offerte, rien ne protégeait son dos, et la seule issue serait de se jeter à l’eau…Ce qu’elle n’arrivait pas à faire. Quelque chose l’en empêchait, peut-être le fait qu’elle mourrait en chemin. Il se serait sacrifié pour rien, si je meurs…Ou peut-être qu’il préférerait ça à me voir souillée ? Qu’est ce que tu voudrais, hein, mon frère ? Donne moi un signe, quelque chose, je suis perdue… Les mains crispées sur le bois, les muscles bandés, le cœur battant à tout rompre, elle essayait d’être attentive, mais avait perpétuellement l’impression qu’on s’approchait d’elle, d’un côté ou de l’autre, pour l’attaquer, se jeter sur elle, essayer de la prendre…Se laisserait-elle faire ? Elle n’avait pas le choix. Simple femme, si faible, sa force lui venait de son esprit, de son intelligence, mais ici, à quoi bon ? On l’avait élevée pour survivre aux intrigues des Sept Couronnes, on l’avait élevée pour qu’elle soit une bonne épouse, une femme charmante et cultivée, avec qui un mari aurait aimé converser, tout en lui faisant des enfants. On l’avait élevée pour cela, être une femme, une mère, pas une esclave…On ne lui avait rien appris sur la façon de survivre, réellement, on l’avait laissée dans une bulle, qui venait d’éclater, les morceaux de son univers…Il ne lui restait plus que ses yeux pour pleurer, et même ceux-ci restaient secs, invariablement, parce qu’elle se refusait cette libération, refusait de s’apitoyer, refusait de se comporter comme les femmes faites prisonnières en même temps qu’elle. Elle refusait de pleurer, elle s’en empêchait, férocement, se montrant d’une dureté implacable avec elle-même, mais sa peur, elle ne pouvait la contrôler. Trop de choses tournaient autour d’elle, des ombres, elle avait envie de hurler « Sortez, sortez tous, faites ce que vous avez à faire mais ne me torturez plus ! » Plus ainsi…Elle le voulait tant, mais en était incapable. Incapable même d’honorer ma famille, je leurs ai enlevé leur fils aîné. Perdue, seule, triste, nauséeuse et persuadée qu’on l’observait, qu’on allait la prendre d’une seconde à l’autre, l’eau sombre devenait réellement tentante.
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Message Jeu 25 Aoû 2011 - 20:38

Une simple lueur, vacillante, flottant dans les ténèbres. Le moindre mouvement du navire, le moindre souffle de vent la faisait trembler. Elle brillait autant qu'un soleil, et pourtant sa vie était plus éphémère que celle d'un papillon de nuit attiré par une torche.
Cette lueur se reflétait dans les yeux d'argent du Trompe-la-Mort, leur donnant une apparence presque blanche, aussi pale qu'un cadavre. Ses cheveux, eux, avaient pris la couleur du bronze, variant parfois pour prendre celle du sang. Ses mains pâles passaient lentement sur la lame qu'il tenait sur ses genoux, amenant avec elles le tissu huilé qui servait à la nettoyer du sang de la dernière bataille. Le tissu devenait de plus en plus rouge à chaque passage. Il semblait qu'il n'en finirait jamais. Pluie Pourpre paraissait parfois se gorger du sang de ceux qu'elle tuait, finissant par en prendre la teinte, pour ensuite le pleurer chaque nuit, se repentant des morts qu'elle avait causé auparavant, pleurant comme Harald lui-même avait pleuré cette fameuse nuit.
Il continua à passer le tissu sur la lame, nettoyant le métal sombre, le lissant avec soin, passant parfois sa main sur son plat. Il la caressait comme un homme caresse une amante, comme quelqu'un caressait un trésor plus important que sa vie même.
Et c'était le cas. La vie de Harald ne lui appartenait plus depuis onze ans. Il était mort et rené. Il avait vu les profondeurs des halls du Dieu Noyé et en étant revenu car son dieu l'avait choisi. Il aurait pu en devenir le prêtre, clamer haut et fort sa puissance et sa gloire, sa miséricorde et sa beauté.
Mais ce n'était pas pour cela qu'il avait été choisi. Sa prière était sa lame. Sa litanie les hurlements de ses victimes. Sa messe le massacre et le pillage. Et quelle messe cela avait été, à peine quelques heures plus tôt sur les côtes des Terres de l'Ouest.
Harald avait, comme à son habitude, envoyé ses hommes charger en premier, récupérer leur part de gloire et de bataille, laissant se gorger leurs lames du sang des ennemis, laissant la frénésie du combat s'emparer d'eux, et la terreur de leurs ennemis.
Lui-même avait attendu qu'un champion se présente, un homme digne de ce nom. Quelqu'un pour relever le défi de Pluie Pourpre. D'aucuns prétendaient que les batailles étaient l'affaire de dizaines, de centaines, de milliers d'hommes. Tous se trompaient. Les batailles ne dépendaient que de deux choses : un général, et l'autre. Si le général mourait, ses troupes fuyaient. S'il gagnait, elles redoubleraient d'effort. Et bien entendu, les champions et généraux attendaient tous le moment opportun pour se joindre à l'assaut. Comme celui de cette famille, les Fléaufort.
Sauf qu'il n'avait pas eu le temps de relever le défi du Trompe-la-mort. C'était un autre homme qui s'était dressé sur sa route. Un marin fidèle, qui était là depuis bien des années, alors même que le navire s'appelait encore l'Immortel. Il s'était levé, avait frappé, avait tué. Il avait combattu comme un Fer-Né, alors que l'autre croyait encore que tous les hommes étaient des chevaliers.
Harald avait assisté au combat depuis la plage, les mains sur la ceinture, et n'avait pas changé d'expression lorsque l'homme des contrées vertes s'était écroulé. Pas plus qu'il n'avait changé d'expression lorsque la jeune fille était venue le prendre dans ses bras, s'accrocher à lui.
Et elle ne changea pas non plus lorsque la jeune fille fut emportée par Godrik et ramenée à bord du Cruel. Il avait payé le Fer-Prix pour elle, et rien ne l'empêchait de l'emmener avec lui.
Au final, quelques hommes s'étaient dressés pour rattraper la jeune fille. Harald avait enfin réagi et s'était approché d'eux, nonchalamment, épée en main. Ils s'étaient jeté sur lui. Tous étaient morts quelques instants plus tard. D'autres hommes avaient avancé. Ils avaient rejoint les précédents.
Harald avait bien entendu fouillé les cadavres après le combat. Un collier, une chevalière, deux anneaux, une dague ornée et un bouclier de bonne qualité. Voilà ce qu'avaient été les bijoux récoltés en ce jour, qui avaient rejoint le coffre sur lequel il était assis en ce moment même.
Avant de reprendre le large, il avait fait empaler les cadavres sur des poutres récupérées sur les maisons brûlées, et avait laissé une de ses bannières plantée sur la plage, la main d'os qui l'ornait baignée dans le sang des victimes.
Plusieurs femmes avaient été emmenées, ainsi que des jeunes garçons et des jeunes filles. De futures femmes-sel et de nouveaux serfs pour l'équipage et le Vieux Wyk, comme le voulait l'Antique Voie.
Harald lui-même avait dédaigné le choix, n'y voyant aucun intérêt. Il avait déjà plusieurs femmes-sel, et les gamins de cette région semblaient trop chétifs pour faire des serfs qui se rendraient vraiment utiles. Ce qu'il attendait d'un homme était qu'il soit aussi efficace à servir un plat qu'à combattre sur un pont. Aussi à l'aise sur terre que sur les planches d'un navire. Et aucun de ces jeunes garçons ne semblait correspondre à cette définition.
Il passa une nouvelle fois le tissu sur la lame, et la brandit devant son visage. Les flammes se reflétaient sur son tranchant sombre, qui contrastait tant avec le visage, les yeux et les cheveux de son porteur. Le jour et la nuit. L'océan et le ciel. La mort et la vie. Quoi de plus approprié?
Harald se leva, et rangea Pluie Pourpre dans le sobre fourreau qu'il portait à la ceinture. Plus une goutte de sang n'en coulait.
Il souffla la bougie qui brûlait, seule lumière de la cabine, et ouvrit la porte qui menait à l'extérieur. Il inspira à plein poumons, laissant entrer en lui les embruns du large, l'air si pur, empli de sel qu'il affectionnait tant. Il prit plusieurs respirations, avant d'aller plus loin sur le pont.
A peine avait-il mis le pied dehors que sa démarche avait changé. Détendue et calme, elle était devenue celle d'un prédateur en marche. D'un roi barbare au milieu de sa cour. D'un loup alpha au milieu de sa meute. Ses yeux partaient dans toutes les directions, guettant le moindre mouvement suspect. Ses oreilles étaient fixées sur le plus léger bruit qui serait autre que le claquement des voiles, et le clapotis des vagues. Ses mains étaient prêts à se saisir des armes qui se trouvaient à sa ceinture, comme un prédateur montre les crocs.
Mais tout était calme. Au delà du bastingage, il commençait à apercevoir la forme des Iles de Fer, au loin. Ce paysage lui était si familier. Il le connaissait comme le dos de sa main, pour l'avoir tant de fois approché. De nuit, de jour, dans l'aube ou le crépuscule. Et toujours il l'avait fait victorieux, ses coffres remplis et sa cale pleine, ses hommes repus de nourriture, de vin, de femme et de victoire. Lui-même heureux d'avoir apporté encore une fois la preuve aux contrées vertes qu'il était l'élu, celui qui les réduirait à la poussière. Celui qu'ils ne pourraient pas vaincre. Il était revenu d'entre les morts, et ne mourrait plus jamais. Personne ne le vaincrait, que cela soit en combat singulier ou sur un champ de bataille. Il s'en était fait le serment.
Une légère brume flottait à l'horizon, entourant le lieu de naissance de Harald. Il la voyait, blanche au milieu des ténèbres de la nuit. Autour de lui, elle semblait s'être levée, ne pas exister.
Derrière Harald, au-dessus de sa cabine, le timonier se préparait à dresser la bannière du Trompe-la-mort pour annoncer son retour victorieux, pendant que le manœuvrier guidait le boutre à travers la mer calme. Il n'y avait pas de rameurs, le seul vent suffisant largement à amener le navire à sa vitesse de croisière. Il semblait les guider droit vers leur destination, comme si un dieu bénéfique les aidait à profiter de leur victoire par le repos, laissant les braves guerriers profiter de quelques instants de sommeil avant que le combat ne soit de nouveau sur eux. Sous ses pieds, la cale était bruyante. Les prisonniers et prisonnières. Il ne les entendait que par craquements, mais il savait qu'ils s'agitaient, comme à leur habitude. Ils ne comprenaient pas ce qui allait se passer. Ils n'en avaient pas la moindre idée... et surtout, la plupart d'entre eux ignoraient que, sur le Cruel, tout homme et toute femme pouvait se déplacer librement sur le pont, sans crainte d'être à nouveau enchainé ou maltraité.
Un prisonnier se traitait avec respect, car il servait désormais le Dieu Noyé. Seule sa rébellion était un motif suffisant pour lui faire du mal. Et jamais ils n'osaient se rebeller contre ceux qui les avaient capturé la première fois.
Il continua d'avancer sur le pont, s'approchant de la proue du navire. La figure qui l'ornait était une main squelettique serrant une main qui semblait presque appartenir à un poisson auquel on aurait donné forme humaine, recouverte d'écailles sculptées pour sembler brillantes. Les deux mains étaient refermées, liées sur la lame d'une dague à double-tranchant braquée vers l'horizon. Harald passa sa main sur cette de la créature mi homme mi poisson, et resta quelques instants à contempler les Iles de Fer. Puis il fit demi-tour, contemplant le pont de son navire dans la lumière du soleil levant.
Et c'est là qu'il l'aperçut. Une forme penchée au-dessus du bastingage, contemplant la mer, semblant être prête à se plonger dedans. Elle portait encore la robe dans laquelle elle avait été emmenée. On ne l'avait pas lavée du sang de son frère, qui avait lentement séché sur elle comme une seconde peau. Harald secoua la tête, et se dirigea vers la jeune fille, lentement, chacun de ses pas un mouvement calculé, comme celui d'un animal en chasse. Il s'approcha au fur et à mesure, jusqu'à ce que ses pas ne l'aient mené juste derrière elle.
Avec douceur, il posa la main sur son épaule et, lorsqu'elle se retourna il lui tendit une gourde :

« Bois. »

Elle devait avoir soif. Il ne s'agissait que d'eau, dans laquelle quelques pincées de fleur de pavot avaient été glissées, de façon à détendre celui qui en boirait. Lui-même en buvait parfois quelques gorgées, pour se vider l'esprit des souvenirs de son passage dans les abysses.
Voyant qu'elle hésitait, il en prit une gorgée avant de la lui tendre à nouveau.

« Je sais que tu as soif. Alors bois. Cela te fera du bien. »

Elle prit la gourde, mais ne but pas tout de suite. Harald hocha la tête, l'intimant d'un léger geste de la main de se laisser aller et d'en avaler une gorgée.

« Tu n'as rien à craindre, parmi nous. »

Sa voix était calme, sans intonation. Certains disaient qu'elle faisait penser à la mer elle-même. Puissante et dangereuse même lorsqu'elle était calme. Douce et apaisante pour ceux qui la connaissait. Et il souriait, ayant en cet instant ôté toute ironie de ce sourire qu'il arborait en permanence. Ses yeux clairs rencontrèrent ceux de la jeune fille quelques instants, et il sourit davantage.

« Tant que tu es à bord de mon navire, tu es sous ma protection. Les hommes le savent, et ils ne te feront rien. Tu as ma parole. »

Et sa parole était faite du même acier que la lame qu'il portait à la ceinture. Incassable, infaillible. Mortelle. Même si elle ne le savait pas encore. Comment aurait-elle pu le savoir, elle qui ne devait pas différencier Harald des autres barbares brutaux qui avaient attaqué ses côtes? Qui devait croire que tous les hommes des Iles de Fer n'étaient que des décérébrés agités par le massacre et le pillage, sans noblesse aucune ni principe ou valeurs.
Il savait à quel point elle devait être effrayée, désorientée... et à quel point elle devait les haïr, lui et ses hommes pour ce qu'ils avaient fait. Il la comprenait. Lui aussi avait connu les pertes, la douleur de perdre un être qui lui était cher, lui dont la famille avait presque entièrement été décimée par les affres du destin, comme pour payer le fait que Harald lui-même avait défié les entrailles de la mort et en était revenu.
Plusieurs femmes auraient déjà sauté par-dessus bord. D'autres auraient tenté de l'attaquer. Il restait encore à décider ce que celle-là ferait.
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Message Ven 26 Aoû 2011 - 9:02

L’eau noire clapotait contre la coque du navire dont elle ignorait le nom. Y aurait-il eu une différence, d’ailleurs, à le connaître ? Peut-être…Ce qu’on ignore paraît terrifiant. Elle n’avait jamais vu de Fer-Nés avant qu’ils attaquent la ville côtière sous tutelle de son père, et quand elle avait aperçut l’Assassin…Les ombres de ce qu’elle croyait savoir, de ce que son imagination avaient inventé à leur sujet, l’avaient possédées, et l’avaient terrifiées. Plus calme, désormais, quoi que l’exactitude de cette affirmation soit soumise à caution, et se remémorant la scène, Alyce devait admettre que, bien que cet assassin ai été gigantesque à son sens, il ne mesurait pas la taille d’une montagne. Et que s’il avait été dépourvu de toute loyauté, à ses yeux, de toute conscience, et fait preuve d’une cruauté sans limite, et bien…Il restait un homme, capable de mourir. Les Fer-Nés n’étaient pas des monstres immortels qui avalaient leurs enfants morts-nés, qui marchaient sur l’eau et dont l’épée ne souffrait nulle pareille. Si Harren était mort, il avait tué un autre de ces hommes, et ser Andrik également, et les deux autres chevaliers…Ils sont humains, ils peuvent mourir. Comme moi ? Oui, oui comme moi, je peux mourir, et eux aussi… Si elle avait été un homme, peut-être aurait-elle été rassurée, mais elle n’était qu’une femme, une petite femme, si fragile qu’il lui semblait que, si l’un de ces hommes/barbares la touchaient, elle se briserait entre leurs mains de tueurs. Elle était sur un navire inconnu, entourée de ces hommes inconnus, qui n’auraient sûrement pas d’égard pour son rang de jeune noble, qui n’en auraient cure, qu’elle soit Fléaufort ou fille de boucher. Ici, elle était juste une femme, une femme mortelle, et encore plus mortelle que ces hommes. Oui…Elle avait peur. Mais ne pouvait pas se résoudre à sauter dans cette eau noire. Pas par crainte de mourir, elle pensait qu’elle y arriverait bientôt, à ce stade, qu’on la prendrait, la souillerait, puis qu’on la planterait, et qu’on exhiberait sa tête sur une pique –bien qu’elle ignore pourquoi on agirait ainsi mais elle en était persuadée, son imagination se montrait bien cruelle, pas par crainte de mourir, donc, mais par respect pour la mémoire de son frère, tant qu’elle ne serait pas sure de ses désirs, tant qu’elle n’aurait pas eu un seul signe, et bien…Elle resterait sur ce navire infernal, et si d’aventure elle mourrait…. Ses parents n’auraient même pas de corps sur lequel pleurer, et de toute façon, qui pleurerait-on ? La fille indigne à cause de qui tout a basculé, ou le fils aîné qui est mort l’épée à la main ?

La tête baissée, perdue dans ses pensées, elle n’entendit personne approcher et ce sûrement à cause de la sensation perpétuelle d’être observée. Son dos lui picotait si férocement qu’elle en venait à espérer une dague perdue, dans le cœur, et elle rejoindrait Harren encore forte de sa vertu.
Lorsque la main se posa sur son épaule, elle sursauta violemment, mais ne cria pas. « Bois. » ordonna cet homme étrange, un Fer-Né à n’en pas douter. Il avait les cheveux très clair, comme s’il était resté longtemps au soleil et s’il était marin, on pouvait le concevoir. Il avait aussi une imposante stature, et une épée invisible dans son simple fourreau lui cinglait la jambe. Sûrement un acier quelconque, mais un acier tout de même…Pas besoin d’une lame valyrienne pour tuer songea-t-elle avec douleur, et l’image du meurtre de son frère se remit à danser devant ses yeux, qu’elle ferma un instant, dans l’espoir de chasser cette scène atroce. Hantée, elle le serait longtemps…Mais ce n’était pas le moment opportun. Elle voulait se débarrasser de cet homme, parce que, la peur au ventre, elle craignait qu’il ne tente de l’amadouer pour qu’elle laisse ses cuisses gentiment s’écarter. Au moins essayait-il d’être gentil, et au moins n’avait-il tué personne de cher à son cœur…Mais combien d’autres frères, pères, oncles, cousins, avait-il pu prendre aux femmes en pleurs là en bas, ou à celles qui semblaient chez elle, sur ce navire ? Combien de gorge cette épée avait-elle tranchée, combien de poitrine transpercée, combien de membre coupé ?

Elle ne fit pas un seul geste pour tendre la gourde Soupçonneuse de nature, et peut-être paranoïaque depuis quelques heures, elle craignait que cette boisson ne renferme une substance la rendant docile, ou la faisant sombrer dans un sommeil dont elle émergerait aux milieux de corps en sueur alors qu’elle se ferait labourer par un homme, et combien d’autres avant ? Et combien d’autres après ? Il remarqua sans peine sa méfiance, et bu une gorgée du breuvage, ce qui eu le mérite de surprendre la jeune fille. Qu’essayait-il de faire ? Elle ne comprenait pas pourquoi un Fer-Né se montrait aimable avec elle, qui n’était plus rien. « Je sais que tu as soif. Alors bois. Cela te fera du bien. » Il lui donna la gourde, et cette fois, elle la prit, sans pour autant la porter à ses lèvres. Il lui fit un geste, pour l’inciter à boire, mais le regard méfiant de la fille Fléaufort ne quittait pas l’objet entre ses mains. Boire ? Et si sa méfiance était justifiée ? Elle essaya de trouver un enseignement de septa Morana qui aurait pu l’aider à prendre une décision, mais décidément, la septa ne lui avait rien enseigné d’utiles concernant les Fer-Nés. Pas un seul commentaire sur ce qu’elle devait faire si un homme, frère de celui qui avait tué Haren, lui offrait une gourde pour boire, en prétextant qu’elle semblait assoiffée. D’ailleurs, maintenant qu’il le disait, elle se rendait compte que sa gorge était sèche, sa bouche pâteuse, des larmes silencieuses qu’elle avait versé en mémoire de son frère. « Tu n’as rien à craindre, parmi nous. » lui dit-il, et le regard presque condescendant que darda la noble sur lui du lui faire comprendre qu’elle n’en croyait pas un seul mot. Ils avaient tué son frère, ils l’avaient enlevée à sa famille, à son mariage prochain, ils allaient abuser d’elle, la réduire à l’état de putain, et elle n’avait rien à craindre ? Considérant la gourde, elle espérait qu’elle était pleine de poison, qu’elle tomberait inconsciente et ne se réveillerait qu’une fois tout l’équipage passé sur son corps, qu’elle ne se souviendrait pas, qu’on la laisserait tranquille et qu’on l’oublierait dans un coin. Elle se savait injuste de tenir tous les Fer-Nés pour responsable, alors que seul l’Assassin Blond l’était. Elle savait qu’elle ne devait pas les haïr tous au motif qu’ils étaient ses frères, septa Morana le lui avait dis. La leçon précise, tenait en ces quelques mots : La haine est un sentiment dangereux, pareil à un tourbillon en pleine mer. Il engloutit sans distinction les bons comme les mauvais, et il faut absolument l’éviter. Toutefois, il arrive que la haine soit plus forte et dans ce cas, il faut la brider, la diriger contre l’unique responsable, et non tous les autres. Elle avait toujours trouvé cette leçon très belle et très juste, elle la lui avait donné après l’incident avec leurs voisins, et la jeune fille l’avait retenue, fidèle à son habitude. Mais ici, on ne parlait pas d’une querelle de territoire…On parlait de mort, de massacres. Cet homme étrange n’avait peut-être pas tué Harren, mais il ne l’avait pas non plus empêché. Et toi, tu empêcherais le meurtre d’un inconnu ? Tu risquerais ta vie pour une personne dont tu ne sais rien ? Idiote. « Tant que tu es à bord de mon navire, tu es sous ma protection. Les hommes le savent, et ils ne te feront rien. Tu as ma parole. » Son navire ? Elle prit soin de ne rien laisser paraître, mais n’en restait pas moins perplexe. Il semblait…Si jeune ! Plus jeune que l’Assassin, plus jeune que beaucoup des Fer-Nés qu’elle avait pu voir ici. Son navire ? Elle ne pouvait se résoudre à penser que cet homme était le capitaine d’un tel bâtiment, qu’il pouvait tenir tête à tous ces guerriers, plus âgés que lui. Il lui mentait, forcément, mais peut-être que chez les Fer-Nés, le propriétaire du navire n’était pas forcément le capitaine ? Peut-être était-il un riche…Quoi ? Un riche héritier ? Un Greyjoy, éventuellement, et qu’il accompagnait les Fer-Nés en quête d’aventure ? Peut-être était-il encore plus jeune qu’elle ne le pensait, et peut-être…
Peut-être qu’elle réfléchissait trop.

Toujours muette, la gourde en main, elle n’était pas certaine de devoir laisser passer les répliques qui lui brûlaient les lèvres et pourtant c’était plus fort qu’elle, la pauvre Alyce n’avait jamais eu sa langue enfoncée assez profond dans sa poche : « Comment pouvez-vous affirmer que je n’ai rien à craindre ? Comment pouvez vous me le dire, en me regardant dans les yeux, alors qu’un des vôtres a… » Les mots s’étranglèrent dans sa gorge, et elle du faire un effort considérable sur elle-même en inspirant profondément. Sa voix était rauque, sèche, elle avait vraiment besoin de boire. Elle baissa d’un ton, transformant le son rauque en murmure, avec sa bonne voix, douce et emplie de douleur, désormais. « J’ai vu mon frère mourir, de la main d’un de vos compagnons. On m’a enlevée à ma terre, à ma famille, on m’a laissée croupir dans une cale avec ces vêtements souillés…Et vous me demandez de ne pas craindre ce qui va m’arriver ? Je ne suis pas un chevalier, je ne suis pas un guerrier, je ne suis qu’une femme, incapable de me défendre contre vous, même contre le plus misérable matelot. Je ne puis que craindre, hélas, et attendre dans l’inconnu. » Le dire tout haut faisait prendre aux mots une dimension nouvelle et effrayante, les pensées formulées prennent vie, alors que dans l’esprit elles ne sont que chimères. Alyce prit la gourde déjà ouverte, et la porta à ses lèvres, désireuse de reprendre un minimum de contenance. Harren, que veux-tu que je fasse ? Veux-tu que je meures ? Veux-tu que je vive ainsi ? Pourquoi as-tu donné ta vie ? Pour sauver la mienne, ou pour sauver mon cœur ? Un signe, donne moi simplement un signe, que je sache…Je ne puis prendre cette décision. Elle but une gorgée, doucement, et toussa, se rendant compte de la sécheresse de sa bouche et de sa gorge, puis en bu une autre, et enfin une troisième, ce fut tout. Elle s’astreignit à simplement cela, le minimum, elle se devait de garder une certaine contenance, une certaine maîtrise d’elle, une certaine noblesse, pour faire honneur à ce qui restait de son nom, pour faire honneur à la mémoire de son frère jusqu’à ce qu’elle connaisse ses désirs, et pour elle-même. Elle ne supporterait pas de fondre en larmes, de déverser des sanglots si peu gracieux, de ne pas être digne des enseignements de sa septa, de ne pas faire honneur à son nom. Lorsque la Mort viendra la prendre, Alyce pourra se dire : Au moins, j’aurais été digne. Et si on peut trouver cette réaction puérile dans la situation, qu’on pourrait lui reprocher de ne pas s’être battue, de ne pas avoir provoqué la mort, au moins, elle pourrait, elle, mourir en paix, enrobée d’un manteau d’honneur et de dignité, malgré tout ce que ces barbares feront pour le lui arracher.
Joli rêve, petite fils, elle ne se doute pas que la route sera dure et que peut-être elle cèdera. Mais pour l’instant, elle n’avait plus que ça, et le collier de son frère.
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Message Lun 29 Aoû 2011 - 22:19

Harald observa la jeune fille hésiter. Ses lèvres tremblaient. Ces lèvres si sèches, asséchées par le vent marin, par la soif, par la peur. Par toutes ces émotions qu'elle avait pu ressentir, elle qu'on avait ainsi arrachée à ses racines, dont on avait tué le protecteur, sans doute un frère, un mari ou un père, sous les yeux, avant de la jeter dans un milieu auquel elle ne connaissait rien.
Les hommes comme le Trompe-la-Mort, ceux qui peuplaient les Iles de Fer, fonctionnaient différemment des hommes des contrées vertes, et jamais Harald n'aurait voulu échanger son mode de vie contre le leur. Mais il savait comment eux réagissaient face à l'inconnu. Face à ce qui leur était étranger, et menaçait. Ils le peignaient de la façon la plus sombre possible, pour effrayer leurs enfants, faire monter en eux une haine et une crainte naturelles. Afin d'en faire des armes contre les Fer-Nés si un jour l'attaque venait. Mais cette arme était à double tranchant. Elle ne faisait pas que renforcer la volonté. Elle les brisait. Car connaître la défaite des mains de ces monstres ne pouvait qu'être la pire chose que l'on pouvait connaître, vu le destin qu'ils réservaient à leurs adversaires. La pire chose, à part être une jeune fille que les Fer-Nés auraient capturé. Là, le destin était mille fois plus cruel qu'il ne l'était avec les braves guerriers qui mourraient en se battant.
Et cette jeune fille là avait bien entendu était bercée par ces contes, sans doute éduquée par un mestre ou une septa, quelqu'un qui était encore plus biaisé que n'importe qui pour ce qui était des Fer-Nés. Quelqu'un qui ne comprenait pas l'Antique Voie, ni les croyances du Dieu Noyé et, ne les comprenant pas, les rangeait dans une case, comme « hérétique » ou « païen », et le rabaissait à un niveau inférieur, celui de croyances barbares d'un peuple primitif. Les Fer-Nés n'étaient que des bêtes pour les gens des contrées vertes. Mais ces bêtes avaient des crocs, des cerveaux... et de l'honneur. Ce que l'on ne pouvait pas forcément dire des gens qui vivaient hors des Iles. Après tout, jamais un Fer-Né ne vendait d'homme ou de femme. Il ne le prenait qu'en risquant sa vie. N'était-ce pas plus glorieux, plus honorable, plus chevaleresque même que ces esclaves vendus dans les Cités Libres, ou ces femmes vendues à d'autres familles, sous le couvert de mariages et de dots aux montants incroyables. Et ces tournois... qu'étaient-ils sinon insultes aux vrais combattants, qui saignaient et mouraient pour défendre leurs peuples, pour nourrir leurs familles, pour se faire un nom dans l'histoire et dans les sagas? Ces hommes ne risquaient rien de plus qu'une jambe cassée ou une côte fêlée, et pourtant leurs noms étaient chantés dans tous les royaumes, et étaient sur les lèvres de toutes les jouvencelles. Alors que le nom de Harald ne devait sans doute être connu que de quelques soldats hauts gradés, bien informés, chargés de la défense du royaume contre les ennemis Fer-Nés. Harald qui, lui, aurait tué des dizaines de ces chevaliers de tournois avec les yeux bandés et une main attachée dans son dos.
L'honneur d'un Fer-Né valait dix fois celui d'un homme des Sept Couronnes, Harald lui-même en était la preuve vivante. Le code par lequel il vivait était aussi inflexible que son arme, et il périrait en l'ayant suivi à la lettre. Et ses hommes feraient de même, ou partiraient nourrir les créatures du Dieu Noyé.
Mais la jeune fille ne le savait pas encore. Et comment l'aurait-elle su, elle qui n'avait jamais rencontré de Fer-Né avant le jour tragique (pour elle en tous cas) où elle avait été arrachée à sa famille?
Elle commença à parler, à vider ce qu'elle avait sur le coeur. Elle exprimait ses craintes, ses tristesses. Le début prenait presque la forme d'un reproche. C'en était un en réalité, et le respect de Harald pour cette jeune fille augmenta encore. Oser parler ainsi à l'un de ceux qu'elle craignait tant montrait que, contrairement à d'autres, elle ne succombait pas au désespoir. Elle luttait contre lui. Elle tentait d'en faire une arme. Quelque chose qui la maintiendrait en vie, appuierait sa volonté déjà existante...
Mais cette volonté s'écroula aussi facilement qu'un château de sable en plein ouragan. Elle s'étouffa sur ses mots, s'étrangla presque. Les sanglots, la tristesse. Il était déjà étonnant qu'elle ait réussit à parler aussi longtemps sans que ne coule la moindre larme.
La main de Harald se serra davantage sur l'épaule de la jeune fille lorsqu'elle reprit son discours. Pas violemment, comme les serres d'un rapace se fermeraient sur une proie. Il le fit comme il l'avait autrefois fait avec sa soeur Kyra, au cours de cet accident. Et comme il l'avait fait bien des années plus tard, lorsque la joie avec quitté le Vieux Wyk. Une poigne qui lui permettait de faire signaler sa présence. D'apporter un semblant de soutien, un roc, quelque chose à quoi se raccrocher. Qu'elle le saisisse ou non, là serait la question. Il le verrait bien assez tôt. Mais au moins, il se montrait à sa manière, rude, brute de décoffrage. Après tout, c'était un capitaine Fer-Né, pas un chevalier servant des contrées vertes, qui baignait dans la soie et les bijoux.
La jeune fille se ressaisit. Ce n'était qu'un murmure, et Harald aurait eu du mal à saisir tout ce qu'elle disait si même un simple souffle de vent avait soufflé dans les voiles en cet instant. Mais le manque de force de ces paroles n'ôtait rien à la puissance des mots qu'elles portaient. Elle récitait devant lui le chant de ce qui lui était arrivé. Tout ce qu'elle avait subi, connu, tout ce qu'elle ressentait. Elle mettait à nu ses craintes et ses souffrances... et tout cela devant l'être qui en était la source, même si elle l'ignorait peut-être encore. Il était étrange comme l'esprit humain éprouvait parfois ce besoin, celui d'exprimer les choses qu'il savait, de les dire à haute voix pour s'assurer qu'elles étaient réelles. Cela ferait encore davantage de mal à la jeune fille. Il ne lui serait plus possible de se raccrocher à un futile espoir que tout ceci n'était qu'un rêve et qu'elle s'en éveillerait un jour, que son ancienne vie serait toujours là, que son frère lui sourirait et qu'elle pourrait s'endormir sans crainte.
Harald avait connu ça lui aussi. Il lui avait fallu une nuit pour tout réaliser. Une nuit pour changer. Une nuit... et une mort. Cela serait plus long pour elle, mais sans doute moins radical. A part si elle mourrait elle aussi, comme Harald était mort. Pas une mort physique, mais une mort morale. Si elle osait abandonner son ancienne vie, faire le pas qui la ferait entrer dans le monde des Fer-Nés et de l'Antique Voie. Le monde qu'elle fréquenterait chaque jour à partir de cet instant, et ce jusqu'à sa mort à présent.
Le Trompe-la-Mort sentit le changement s'opérer dans la jeune fille. Elle gardait une certaine contenance. Une certaine fierté. Elle voulait vivre. Elle lui dit craindre le lendemain, craindre l'inconnu. Qui ne craignait pas l'inconnu, à part Harald lui-même? Lui avait déjà connu la mort, que pouvait-il craindre désormais?
Tout ce qu'il pouvait faire était lui rendre cet inconnu moins effrayant. C'était ce qu'il avait fait en lui promettant qu'elle serait en sécurité, mais elle avait raison. Pouvait-elle croire en la parole d'un meurtrier? D'un des frères d'armes de l'homme qui avait tué son frère? Elle n'aurait jamais pu savoir à quel point Harald était différent d'une bête sauvage, et que le moindre des mots qu'il prononçait était toujours la vérité sous sa forme la plus pure, car les mensonges sont l'apanage du faible, du lâche et du politicien des contrées vertes (qui réunissait les deux précédents défauts en plus d'autres dont la gravité excédait encore la leur).
Il observa la jeune fille alors qu'elle buvait goulument à la gourde. Elle avait dit vrai : ses vêtements étaient en mauvais état. Ils étaient encore souillés par le sang de son frère, en plus de la crasse que Godrik avait du mettre sur eux en la portant et en la ramenant sur le navire. Sans compter le fait qu'elle avait du être enfermée dans la cave avec les autres, dont certaines étaient là depuis des semaines sans avoir été lavées ou changées. Certaines n'avaient même pas vu la lumière du jour depuis qu'elles avaient été capturées. La plupart d'entre elles en fait.
Elle but une deuxième gorgée, et cela fit plaisir au capitaine. Elle reprenait du poil de la bête, même si elle ne s'en rendait pas compte. Elle avait arrêté de se laisser mourir. Il faudrait qu'il pense à lui faire amener à manger, aussi. Quelque chose de suffisamment nourrissant, pas un simple ragout comme ce que l'on servait aux autres prisonniers.
Harald se demanda pendant quelques instants pourquoi il se sentait si proche de cette jeune fille. Pourquoi elle le touchait autant, et pourquoi il tenait tant à la protéger. Et la réponse lui vint immédiatement. Elle était sous sa protection, c'était tout. Et il lui avait fait un serment.
Mais quelque chose en lui avait été touché, plus profondément. Plus proche des sentiments viscéraux qu'il pensait avoir enterré depuis des années. Enterrés dans les halls du Dieu Noyé, avec son ancien lui. Mais lorsqu'il la vit boire la troisième gorgée, le visage de la jeune fille se superposa l'espace d'un battement de coeur à celui de Kyra. Et Harald comprit pourquoi il agissait ainsi. Elle ne lui ressemblait pas, pas le moins du monde, à part peut-être au niveau des yeux... mais elle avait perdu son frère, comme Kyra avait cru que Harald était perdu.
Toutes les femmes de ce navire étaient des Kyra, des femmes perdues, auxquelles on avait arraché leur protecteur, leur amour, leur famille. Et Harald se sentait le besoin de remplacer cette personne. Du moins tant que leur nouveau mari ne s'occupait pas d'elle, chose qu'il ne pouvait jamais faire tant qu'il était à bord du navire.
Il se mentait à lui même en pensant cela. Cette jeune fille là avait quelque chose de spécial, il fallait qu'il le reconnaisse. Car il n'y avait pire mensonge que de se mentir à soi-même. Seul quelqu'un qui savait être honnête avec lui-même pouvait être honnête avec les autres.
Et Harald voulait être honnête avec tous.
Lorsqu'elle eut fini, il récupéra la gourde avec douceur et un sourire, et but une gorgée à son tour. Le bord était encore salé, à cause du sel qui recouvrait les lèvres de la jeune fille. Que cela fut celui de l'air ou de larmes, Harald n'aurait pu le dire, et il n'en avait cure. Il reboucha la gourde et la garda en main, signalant d'un geste de la tête qu'elle pourrait en redemander si elle le désirait.
Et il répondit à ses craintes, tentant de les rassurer avec son honnêteté habituelle. Aussi froide et directe que sa lame, et aussi tranchante.

« La mort fait partie du cycle. Ton frère a combattu, et il est mort de la main d'un des meilleurs hommes qui soient. C'est tout ce que l'on peut espérer, lorsque l'on vit par l'épée. Je ne regretterais pas sa mort, pas plus que je regretterais celle des hommes qui sont tombés sur les plages de Westeros. Leurs noms seront commémorés lors de nos repas et dans nos chants, leurs enfants iront à la bataille avec les noms de leurs glorieux aïeux sur les lèvres. Ainsi que le veut l'Antique Voie. »

Les doigts de Harald commencèrent à caresser l'épaule d'Alyce avec une tendresse toute fraternelle, une douceur que l'on aurait cru impossible venant d'un homme comme lui.

« Je sais que mes mots ne te sont d'aucun réconfort. Lorsque mon frère est mort, aucun mot ne m'a aidé à m'en sortir. J'ai du avancer seul. Ou plutôt, trouver ceux qui m'aideraient à m'en sortir, et trouver la force en moi de continuer ma route comme il l'aurait voulu. Et c'est ce que j'ai fait. »

Il hocha la tête, un sourire mélancolique aux lèvres.

« Mais nous ne parlons pas de moi, jeune fille... D'ailleurs, je ne connais même pas ton prénom. »

Il connaissait par contre son nom de famille. Le blason des Fléaufort ne lui était pas inconnu, et il l'avait vu sur les armoiries de l'homme qui était mort pour la défendre.
Il lui lâcha l'épaule et lui tendit la main, dans un geste qui n'aurait pas été déplacé chez un chevalier du Bief :

« Accepterais-tu de me suivre? Je pense pouvoir t'offrir quelque chose qui te plaira. »

Elle viendrait, il le savait. Que cela soit par crainte, confiance, ou simplement curiosité. Mais il ne voulait pas lui forcer la main. Il ne savait pas s'il avait réussi à gagner un minimum sa confiance, et il ne tenait pas à briser cette chance immédiatement.
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Message Mar 30 Aoû 2011 - 13:21

Sa main ne quitte pas mon épaule nota-t-elle, et elle remarqua qu’elle n’était pas effrayée, qu’elle ne se rebiffait pas, parce que dans ce geste, elle reconnaissait celui d’un autre…Mais lequel ? Elle balaya ses souvenirs, ce n’était pas la douce caresse de sa mère, ni celle de son cadet qui sautait vers le ciel pour essayer de grandir, et qui l’aimait tellement, son petit frère…Il voulait grandir pour la protéger des monstres, lui avait-il dit un jour, et quand elle lui avait demandé lesquels, il avait pointé du doigt le large, vers les Îles de Fer, et elle lui avait ébouriffé les cheveux en répondant : Dans ce cas tu dois devenir plus grand qu’une montagne, plus fort qu’une armée et plus courageux qu’un dragon. Quel âge avait-elle ? Quinze ans, à ce moment là, quinze ans…Seulement deux années, jour pour jour en réalité puisque l’aube ne tarderait plus à se lever. J’ai dix sept ans songea-t-elle, avec une certaine amertume. Elle avait imaginé énormément de scénarii possibles, pour cette journée, et elle devait avouer que celui-là n’en avait pas été un, pas même de loin. Enlevée, brisée, détruite, il lui semblait que son cœur était un ramassis de petits morceaux qu’il faudrait recoller, avec soin et patience, et elle n’en avait pas…De la patience. Non, elle avait de la colère, de la rancœur, de la tristesse, ce qui ne l’aidait pas outre mesure. Alors elle prenait sur elle, se composait un masque de belle jeune femme, un masque neutre, un masque sous lequel elle pleurait mais au dehors, semblait froide et rodée, comme si le deuil n’avait duré qu’une seule nuit, voir moins, comme si son âme s’était changée en pierre, comme si un monstre avait arraché son cœur pour le sucer jusqu’à la dernière goutte avant de jeter le restant, desséché. Cette main sur son épaule aurait du la terrifier, l’excéder, elle aurait du lui donner une gifle, lui ordonner d’ôter sa main de barbare d’une noble dame, ou jeune fille plutôt car dame elle ne le serait jamais, puisque jamais mariée…Sauf peut-être à l’un de ces fous. Celui qui avait tué Harren ? Elle priait les Sept pour que cette ignominie ne voit pas le jour, mais les Sept avait-il un quelconque pouvoir au sein de ces hommes ? Elle ignorait tout d’eux, jusqu’à leurs croyances, et cette main ne lui apprenait rien, hormis peut-être qu’ils étaient capable de compassion…Ou étaient d’habiles manipulateurs. Méfiante, à n’en pas douter, et qui ne le serait pas dans sa situation ? Méfiante, donc, elle ne se déroba pas à cette troublante marque d’affection, quelle qu’elle soit, mais ne s’abaissa pas à en profiter outre mesure, malgré le fait que tout son corps criait, appelait à l’aide, désirait des bras fort pour l’enlacer et la protéger. Pas n’importe quels bras, ceux de Harren. Oui, elle voulait son frère, elle se faisait l’effet d’une enfant dans le noire, perdue sans la lueur de la bougie, qui hurle, hurle de terreur face aux ombres. C’avait été le cas, au début de sa vie, jusqu’à peut-être ses quatre ans, et son frère était toujours venu. Ensuite, on lui avait appris que les ombres n’étaient que des ombres, et malgré son esprit ingénieux et créatif, elle était parvenue à relativiser.
Le pourrait-elle, dans cette situation ?

« La mort fait partie du cycle. Ton frère a combattu, et il est mort de la main d'un des meilleurs hommes qui soient. C'est tout ce que l'on peut espérer, lorsque l'on vit par l'épée. Je ne regretterais pas sa mort, pas plus que je regretterais celle des hommes qui sont tombés sur les plages de Westeros. Leurs noms seront commémorés lors de nos repas et dans nos chants, leurs enfants iront à la bataille avec les noms de leurs glorieux aïeux sur les lèvres. Ainsi que le veut l'Antique Voie. » C’est vrai qu’il voulait se battre, il l’a toujours voulu, et peut-être serait-il devenu chevalier si Père avait consentit à le laisser, et à préférer son autre fils… Elle n’avait jamais réfléchit aussi loin, jamais réfléchit à ce qu’être chevalier impliquait vraiment. Elle se souvenait des balades, celles de grands hommes qui avaient combattus tantôt des armées entières à un contre cent et étaient ressortit victorieux, en épousant une belle jeune femme qui lui offrit beaucoup de descendants, elle avait entendit mille histoires de ce genre, et, lorsque la septa les racontait, elle omettait de préciser à quel point le sang avait du couler…Confrontée à la mort, Alyce l’avait observée dans les yeux, et avait alors compris que le monde n’avait rien à envier à celui qu’on lui avait décris pour ne pas l’effrayer, pour la laisser dans sa petite coquille qui se briserait bien assez tôt. Ces histoires-là, on les avait contée à une enfant de huit ou neuf ans, et, si ç’avait été à un petit garçon, sans doute y aurait-il eu du sang, des cadavres, le crissement des sabots qui s’enfoncent dans les entrailles ouvertes d’un blessé en train de rendre son dernier soupir. Sans doute les rivières se seraient-elles teintées d’un rouge à la fois si beau et si tragique, sans doute…Oui. Comme le sang de Harren sur les pierres de cette rue marchande. Et comme il jurait, sur le gris ! Si écarlate, les teintes n’étaient pas faites pour aller ensemble. Que donnerait le sang sur de l’herbe ? Sur de véritables roches ? Sur une plage ? Dans de l’eau douce ? Dans de l’eau salée ? Sans doute jamais la même chose, et elle se surprit à y penser, avec douleur, en se remémorant les histoires, et à chaque fois que le « Preux Chevalier » gagnait la bataille, elle voyait le champs rouge, rouge comme une étendue de coquelicots, s’étendre à perte de vue…Et c’est les doigts, toujours serrés sur son épaule, qui la ramenèrent à la réalité en commençant à la caresser. Elle aurait du se raidir, d’instinct, mais ce n’était pas une caresse outrancière, ce n’était pas celle qu’un homme offre à une femme qu’il désire engrosser –elle devait dorénavant réfléchir avec des termes très cru- non, c’était celle…
Celle de Harren.
Celle de son frère.
Voilà pourquoi cela lui semblait familier, cet homme étrange, ce propriétaire de vaisseaux, qui portait une épée invisible dans un fourreau usé, et qui était tellement gentil –du moins essayait-il et ce malgré la méfiance et les mots peut-être dur de Alyce- se comportait comme son frère, et non comme son ennemi. Troublée, elle aurait voulu pouvoir reculer, et lui dire vous n’êtes pas Harren, ne me touchez pas ! Parce qu’elle n’avait pas le droit de se sentir rassurée par un ennemi, par un de ceux qui l’avait tué, qui avait endeuillé la famille Fléaufort plus que de raisons, et celles des trois chevaliers, et celle de tous les habitants de la petite citée portuaire. Et pourtant, elle avait juste envie de se laisser aller. Prise entre haine et douleur, elle voulait qu’on la console, comme une enfant, sans pour autant se l’autoriser. Parce qu’elle est une dame, et que les dames ne pleurent pas en public. « Je sais que mes mots ne te sont d'aucun réconfort. Lorsque mon frère est mort, aucun mot ne m'a aidé à m'en sortir. J'ai du avancer seul. Ou plutôt, trouver ceux qui m'aideraient à m'en sortir, et trouver la force en moi de continuer ma route comme il l'aurait voulu. Et c'est ce que j'ai fait. » Mais vous êtes un homme ! eut-elle envie de crier. Vous savez vous défendre, vous avez pu venger votre frère, et moi ? Moi ?! Pourtant elle ne dit rien, non, elle se sentait comme…Coincée. Il ne se montrait pas injuste envers elle, manifestement, il cherchait juste à la réconforter. Ou à t’amadouer, prend garde. Oui, elle prenait garde, mais quand bien même, s’il avait décidé de la violer, elle n’y pourrait rien. Il était grand, très grand, musclé aussi, sûrement d’une force incroyable, même si elle ne l’imaginait pas en barbare comme l’Assassin, il avait sans nuls doutes fait couler du sang. Et c’était peut-être le plus perturbant pour elle, le fait qu’elle ne parvienne pas à l’imaginer… Il devait être cet assassin, l’Assassin, avec un grand A, d’une autre jeune femme, ou de plusieurs même. Mais pas pour elle, non…Et elle se maudit de sa naïveté, de sa faiblesse de cœur, qui lui faisait être touchée non seulement par leur malheur commun, mais qui tentait de la convaincre qu’elle pouvait avoir confiance.
Non, n’ai confiance en personne, sur ces Îles maudites.

« Mais nous ne parlons pas de moi, jeune fille... D'ailleurs, je ne connais même pas ton prénom. » Un prénom, en avait-elle encore un ? Etait-elle autorisée à en porter, ou allait-on lui changer le sien pour un autre qui siérait mieux à celui de l’Assassin qui viendrait la prendre, d’une seconde à l’autre, d’une minute à l’autre ? Il lui semblait entendre le tic tac d’une horloge, qui approchait, de façon inexorable, vers l’heure…Où le pire allait lui arriver. « Accepterais-tu de me suivre? Je pense pouvoir t'offrir quelque chose qui te plaira. » Le suivre ? Le tic tac s’accéléra soudain, comme un pressentiment, mauvais, mais elle n’y pouvait rien, elle devrait y passer, à un moment ou à un autre, alors…Alors autant que ce soit avec cette montagne. Sans doute la briserait-il en deux, et la tuerait sous ses assauts, et c’en serait fini. Si on lui avait expliqué plus ou moins la façon dont se passe l’acte prétendument amoureux, elle avait toujours imaginé un partenaire très doux qui prendrait soin d’elle, et tenterait de ne pas la faire souffrir au mieux de ses capacités. Lui…Ou l’Assassin…Ou n’importe quel autre homme sur ce navire maudit et sans nom, pour elle, aucuns n’auraient cet égard, elle en était persuadée.
Et pourtant, ce n’est pas vraiment comme si elle avait le choix, il était le propriétaire, ici –oui elle s’y tiendrait elle ne le voyait décidément pas commander toutes ces brutes épaisses il était bien trop jeune. « Si cela vous sied… » répondit-elle et au moins eut-elle l’intelligence de retenir la révérence, qui arrivait presque instantanément, par habitude. Son langage, peut-être devrait-elle le perdre ? Parler comme ces filles de la ville, ôter des syllabes, user d’un charabia moins compréhensible ? Elle ne s’en sentait pas capable, accepter la vérité lui demandait toute l’énergie qui lui restait. D’ailleurs, quelle était cette vérité ? Il faudrait qu’elle lui pose la question…La question, ah, oui, elle ne lui avait pas répondu. « Je me prénomme Alyce, Alyce Fléaufort…Mais je doute que mon nom de famille ai une quelconque importance, n’est-ce pas ? » cru-t-elle bon d’ajouter, tout en emboîtant le pas à cet homme, redevenu montagne alors qu’ils s’enfonçaient dans une obscurité assez terrifiante…Du moins aurait-elle été terrifiée, s’il lui restait encore de la terreur disponible. Mais elle ne pouvait plus, pas entre les yeux invisibles qui semblaient la dévorer du regard, ce sentiment qui lui dictait de ne faire confiance à personne et de s’enfuir, puis son imagination, qui se mettait au travail…Elle se voyait dans le noir, l’Assassin la jette sur son lit, il lui arrache ce qui reste de sa robe et commence à la besogner. Peut-être la touchera-t-il avant, ou lui indiquera des choses à faire, la forcera à apprendre l’art des putains jusqu’à le maîtriser, et ne la laissera pas s’en aller avant que cela soit le cas. Puis elle voyait d’autres hommes arriver, qui l’aiderait à la dresser, et elle finirait par sombrer, son corps ne serait plus qu’un réservoir, un réceptacle…
Un frisson lui parcourut l’échine, et elle enfonça ses ongles dans sa paume, jusqu’au sang, pour ne pas se laisser aller. Décider de garder la tête froide est une chose, y parvenir en est une autre, bien plus complexe à son sens…
Une porte s’ouvrit, se referma, sans qu’elle ne s’en rendit vraiment compte. Elle sentit juste la quitter cette sensation qui lui donnait l’impression d’être observée, son dos avait cessé de la démanger, mais les gouttelettes de sang coulait encore, avec discrétion, de son poing serré. Elle n’avait même pas remarqué qu’elle ne l’avait pas ôté…Elle avait perdu plus de sang ces dernières heures que durant toute sa vie et, même si son genoux s’était refermé, elle garderait une cicatrice. Comme sur sa paume, peut-être…Pour ne jamais oublier ? « Je…Il faut que je vous demande une chose, je ne comprends pas pourquoi je vous pose cette question, parce que vous allez sans doute être celui qui abusera de moi le premier, mais…Avant, dites moi au moins ce qui va m’arriver. Véritablement m’arriver. » Là où les autres fuyaient la vérité en s’enfermant dans un rêve, Alyce l’affrontait la tête haute –ou du moins le plus haut possible- et si elle avait peur, ce qui n’était pas un secret, et bien elle préférait pouvoir se préparer au pire, et mettre un terme une fois pour toute aux divagations de son esprit tordu.
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Message Jeu 1 Sep 2011 - 23:19

Lorsque la jeune fille prit la main de Harald, il n'eut aucun doute sur la réticence qu'elle devait éprouver à ce fait. Et il ne se faisait aucune illusion quand à la raison de son geste. Malgré la politesse qu'elle tentait d'afficher, le fait que ses mots étaient sortis comme on le lui avait appris, comme si elle parlait à un chevalier ou à un Lord quelconque, il était possible de lire en elle comme dans un livre ouvert. Elle savait qu'elle n'aurait pas le choix. Et c'était tout. Elle se doutait n'avoir aucune chance de refuser la demande du capitaine, quelle que soit la volonté qu'elle y mette. Simplement car il était ce qu'il était : un Fer-Né. Un homme. Un soldat. Elle était une jeune fille, à peine une femme faite, que l'on venait de plonger au milieu d'un terrain inconnu. Et Harald était sans doute la personne la moins menaçante qu'elle ait vu sur ce navire depuis qu'elle y avait posé les pieds. Alors mieux valait le suivre, lui obéir, et voir ce qui allait lui arriver. Le capitaine ne pouvait savoir si elle le faisait par résignation, ou par dignité. Peut-être une partie d'elle refusait-elle encore de se faire trainer de force. De supplier. De demander qu'il la laisse en paix. Elle voudrait faire face tête haute, comme Harald lui-même le ferait si un jour une armée venait à se montrer à lui pour l'abattre. Il n'aurait aucune chance de s'en tirer, mais jamais il ne donnerait à ses adversaires le plaisir de leur demander pitié. Il se battrait, et affronterait la mort le regard rivé droit sur elle.
Comme elle le faisait. Après tout, y avait-il pour elle une représentation de la mort pire que le Fer-Né qui se trouvait devant elle? A part Godrik lui-même, bien entendu. Il était là, lui ordonnait de le suivre, son épée et sa dague à la ceinture, encore crasseux des combats, ses vêtements déchirés par les lames ennemies. Peut-être l'avait-elle même aperçu sur le champ de bataille, peut-être l'avait-elle vu abattre les hommes qui étaient venus avec son frère sans même subir une blessure en retour.
Oui, Harald était la mort pour elle en ce jour, comme l'avait été la mer pour lui bien des années plus tôt. Et comme la mer, Harald serait aussi sa renaissance, la personne qui l'amènerait à voir ce que l'avenir l'attendrait, et lui permettrait de l'affronter avec dignité et bravoure.
Il commença à l'emmener avec lui, en silence. Si elle préférait ne pas parler avant qu'ils ne soient dans sa cabine, pourquoi devrait-il la forcer? Il lui devait ce minimum de respect, lui à cause de qui cette jeune fille avait tout perdu. Lui à cause de qui cette jeune fille pleurait un frère. Mais malgré tout, sa voix s'éleva. Et elle répondit à une question que Harald ne se rappelait même pas avoir posé. Non pas qu'il n'y accorde pas d'importance, au contraire, mais le silence lui avait semblé pendant quelques instants être impénétrable, presque religieux. Comme si le Dieu Noyé lui-même avait préféré l'imposer sur les deux personnes qu'ils étaient. Comme si le Dieu Noyé ne voulait pas qu'il la nomme, afin de l'oublier plus facilement, et de se rappeler que, comme toute femme des Terres de l'Ouest, elle était avant tout une ennemie, une proie, une prise de choix qui n'était bonne qu'à devenir une femme-sel et à être oubliée ensuite. Mais pas celle-ci. Celle-ci était si différente des autres. Elle avait quelque chose en elle qui ne pouvait laisser Harald penser à elle comme à une fille parmi les autres. Après tout, il n'était pas allé voir dans la cale comment allaient les femmes qui s'y trouvaient, ni voir si elles étaient bien traitées, si elles se remettaient du fait d'avoir été arrachées à leur famille. Mais la détresse de cette Alyce l'avait touché. Elle avait réveillé en lui cette sorte d'instinct fraternel qui n'avait plus eu lieu d'être depuis le jour où Kyra s'était noyée, cruelle farce que lui avait joué leur Dieu après lui avoir rendu la vie. Et ce qu'il lui avait dit... n'était-ce pas après tout la règle qu'il s'imposait? Jamais personne ne devait maltraiter de femme ou d'enfant sur son navire, pas plus qu'un membre de son équipage ne pouvait en prendre une qu'il n'ait choisi pour femme-sel. Il avait vu trop de femmes et d'enfants souffrir autour de lui pour être la source de souffrances supplémentaires. S'il pouvait leur éviter de vivre ce que lui-même avait vécu, alors il le ferait. C'était ainsi qu'allait la vie.
Mais Alyce était la première personne à qui il l'expliquait. La première personne pour qui il descendait de son piédestal quasiment divin, cet endroit qui faisait de lui une source de terreur et de craintes autant auprès de ses proies que de ses alliés. Après tout, que les hommes craignent-ils plus que l'inconnu et les légendes? Rien. Et si Harald Trompe-la-Mort ne restait pour ses victimes qu'un inconnu, l'homme qui dirigeait d'une main de fer les guerriers qui les avaient attaqués et capturés, leur crainte n'en serait que renforcée, et son nom résonnerait dans leurs esprits et leurs chansons des décennies après que Harald lui-même ait rejoint le fond des océans. Il ne serait qu'un spectre aux cheveux d'or et aux yeux de glace, armé d'une épée qui semblait pleurer le sang de ses victimes à chaque instant.
Sauf pour Alyce. Pour elle, il serait le jeune Fer-Né qui avait tenté de la rassurer, qui lui aurait parlé, qui se serait occupé d'elle et lui aurait donné à boire. Et bien d'autres choses encore avant la fin de la nuit, même si l'idée qu'elle avait sur le sujet était pour le moment erronée, il s'en doutait.
Elle lui demanda si son nom de famille avait une importance. Le ton qu'elle avait utilisé impliquait clairement qu'elle croyait que non. Si elle savait à quel point elle se trompait. Le nom et le visage de chaque homme qu'il avait tué se trouvait encore dans l'esprit de Harald, lié à chacun des bijoux qu'il avait pris sur eux après leur mort. A chaque visage il associait le trophée, le nom, et le coup qui l'avait tué. Bien entendu, il avait tué un grand nombre de soldats dont il n'avait pu mémoriser le nom, simplement car il n'avait aucun moyen de les connaître. Et dans ce cas, il apprenait leur blason et le nom de celui qu'ils servaient. Les hommes qu'il avait tué ce jour servaient les Fléaufort, et les avaient servi avec honneur jusque dans la mort. Il se rappellerait d'eux jusqu'à ce que ses yeux se ferment et qu'il plonge dans son dernier sommeil.

« Le nom est important, jeune fille. Car le nom est la façon dont la mémoire est transmise, et dont l'honneur est commémoré. Après tout, vous avez vos chansons, dans les contrées vertes... et parlent-elles de héros anonymes, qu'elles nomment « le chevalier » ou « le guerrier »? Non, elles parlent d'Aegon, du Chevalier-Miroir et de bien d'autres. Jamais un nom ne doit être oublié. Et encore moins son propre nom. Toute personne qui te dira le contraire est un imbécile. Rappelle-t-en. »

Lorsqu'il eut fini de parler, ils étaient face à sa cabine. La porte était simple, et la seule chose qui l'ornait était la main des Timbal, brochée d'une lame rouge, censée représenter Pluie Pourpre. Cela suffisait. Tout le monde savait où se trouvait la cabine du capitaine, et personne n'oserait y entrer sans autorisation.
Lorsque Harald y pénétra, il vit que la bougie avait été éteinte. Le vent faisait parfois son oeuvre, mais cela ne ferait qu'augmenter la crainte de la jeune fille. Il savait ce à quoi elle s'attendait, et les ténèbres devaient jouer encore davantage sur son esprit qu'elle ne pouvait l'imaginer et le comprendre. La première chose qu'il fit après avoir fermé la porte fut donc de raviver cette légère flamme, comme il voulait raviver l'espoir dans le coeur d'Alyce.
Et lorsqu'il avait le dos tourné, il l'entendit encore prendre la parole. Il s'arrêta dans ses gestes, ne faisant plus le moindre pas, retenant presque son souffle. Elle ne devait pas se sentir encore plus menacée qu'elle ne l'était déjà.
Lorsqu'elle eut fini, il se retourna vers elle en hochant la tête. Elle avait encore beaucoup à apprendre des Fer-Nés et de leurs pratiques et, malgré tout ce qu'il avait pu dire, elle ne s'était pas encore détachée de la crainte viscérale que son enseignement avait semé en elle comme dans un champ de blé. Il ne pouvait lui en vouloir, bien au contraire. Il trouvait presque cela touchant.
La voix de Harald s'éleva à nouveau, calme, sereine, pleine d'une douceur qu'il pensait avoir oublié depuis les années si lointaine où il l'avait pratiquée la dernière fois. Il ne pouvait se voir, mais il savait qu'un sourire s'était glissé sur ses lèvres, que ses traits devaient être plus chauds éclairés par la flamme qu'ils ne l'avaient été alors que seules la lune et les étoiles étaient témoins de leur tête à tête.

« Assieds-toi, lui dit-il en montrant son propre lit dans un coin de la pièce. Assieds-toi, te dis-je. Je ne compte pas te laisser ainsi debout alors que tu pourrais être plus confortablement installée. »

Lui-même n'hésita pas un instant et s'assit sur l'un des deux coffres qui se trouvaient dans sa cabine. Celui qui contenait ses bijoux. Le souvenir des morts. Puis il la regarda à nouveau, et il vit à quel point le regard d'Alyce lui rappelait celui de quelqu'un d'autre, bien des années plus tôt.
Son propre regard dans les reflets de l'océan. Celui de Kyra pendant cette nuit d'orage...
Il saisit un fruit dans le panier qui se trouvait sur sa table, et en envoya un autre vers la jeune fille.

« Et mange. Tu dois avoir aussi faim que soif, depuis le temps que tu es enfermée en bas. Et ensuite, je t'expliquerai tout. »

Il hocha à nouveau la tête, et croqua à pleines dents dans la poire qu'il s'était choisi.

« Tout d'abord, ôte-toi de l'idée que je compte te prendre pour moi. Non pas que tu ne sois pas pleine de charmes, bien au contraire... Mais malgré tout, ce n'est pas moi qui ait payé le Fer-Prix pour toi. L'homme qui t'épousera sera celui qui a tué ton frère, et pas un autre. »

Il s'arrêta quelques secondes, pensif, avant de reprendre.

« A part si lui venait à abuser de toi, ou à être violent. Dans ce cas, je me verrais obligé de le tuer, et de m'occuper de toi. Je te trouverais une place dans ma maisonnée, sans doute comme femme de compagnie de ma soeur ou de ma mère. Une place qui te permettrait de vivre en compagnie de nobles dames et de ne pas avoir à subir les outrages d'un homme que tu ne désirerais pas. »

Il expira profondément, prenant une nouvelle bouchée de poire.

« Mais ce cas de figure-là ne se présentera pas. Mes hommes savent ce qui lui attend s'ils venaient à trahir les règles que j'ai instauré. Et ton futur époux a toujours été un de mes plus fidèles marins. Il a été de mon côté lors des mutineries, et m'a servi aussi fidèlement qu'il a servi mon frère avant que celui-ci ne soit tombé à la mer. Il s'occupera bien de toi. Te traitera avec douceur, peut-être même mieux que certains de vos chevaliers des contrées vertes ne l'aurait fait. Voilà ce qui t'attend. Devenir la femme d'un de mes hommes, et le servir comme tu aurais servi un mari que ton père t'aurais choisi. »

Il pensait avoir fait le tour de la question, répondu aux interrogations qu'elle se posait. Sans doute était-ce pire, en soi. Elle allait devoir épouser l'homme à cause de qui elle était là. L'homme qui avait tué son frère, et l'avait arrachée à sa vie si simple dans le château familial.
Harald était un homme honnête. Pourquoi lui aurait-il caché la vérité? Et puis, il avait un certain respect, une certaine confiance envers cette jeune fille. Il savait que quelles qu'auraient pu être les horreurs proférées par le capitaine, elle aurait encore fait face.
Et c'est alors qu'il vit quelque chose de rouge par terre. Des gouttes de sang. De petites tâches, presque insignifiantes. Pendant quelques instants il pensa que Pluie Pourpre dégorgeait à nouveau son breuvage, mais c'était impossible. Elle était encore au fourreau. Mais lorsqu'il remonta les yeux, il vit d'où cela provenait. La main de la jeune fille. Dans sa terreur, dans sa colère peut-être, elle s'était blessée.
Son ton toujours aussi calme, Harald lui dit d'un ton qui ne laissait planer aucun doute sur le fait qu'il s'agissait d'un ordre davantage que d'une demande, malgré la douceur qu'il aurait pu y mettre :

« Montre-moi ta main. »

Son regard était toujours plongé dans celui de la jeune fille. Gris contre bleu. Ciel contre mer.
Vie contre mort.
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Message Sam 3 Sep 2011 - 10:21

Alyce n’y entendait rien, aux histoires de Fer-Prix ou tout ce qui en déroutait, à son sens, les Fer-nés étaient censés être des bêtes sans foi ni loi, des monstres, qui se contentent de prendre et de jeter à loisir sans se poser de questions. Hors, celui-ci était un spécimen bien étrange, qui tentait d’être aimable, de la réconforter, qui lui donnait à boire, et avait également proposé de la nourrir. Gentil ? Oui…Il lui donnait l’impression d’être un chevalier parmi le peuple grinçant, déchu, peut-être, mais quelqu’un de bien emplit de principes, ce qu’elle appréciait…Malgré une petite réticence, car sa paranoïa l’empêchait de se laisser totalement aller. Et s’il se moque de moi et désire m’amadouer ? Elle ne le pensait pas, mais un instinct étrange lui interdisait de se relâcher, sans doute alimenté par la peur de l’inconnu. C’était pour cette raison qu’elle voulait à tout prix savoir ce qui allait lui arriver, pour s’y préparer et rester digne le moment venu. Sans doute étais-ce aussi stupide que de tergiverser sur un nom, quoi que…Il avait raison. Les chevaliers des histoires ont des noms, des titres, et leurs femmes également. Mais les chansons ne parlent pas toujours d’hommes bien… songea-t-elle, pour avoir entendu quelques fois des hommes d’armes en chanter d’assez terrifiantes, qu’à l’époque elle n’avait pas réellement compris. Puis aucune chanson ne parlera de moi, ni d’Harren, il n’en aura pas eu le temps… Cette perspective la rendit triste. Son frère voulait tellement devenir un grand chevalier, servir le royaume et la maison Fléaufort, s’élever dans les hautes sphères pour que dans trois siècles et bien au-delà, on parle encore d’Harren le chevalier brave, qui tua tel ennemi surpuissant, qui épousa telle beauté céleste, qui engendra des fils aussi brave pour perpétuer une lignée superbe de grands héros…Alyce avait imaginé beaucoup, Harren, lui, visait la chevalerie et l’honneur du devoir. Désormais, il ne pourrait plus viser qu’une tombe et un torrent de larmes, puisse-t-il reposer en paix…
Il y aurait pua voir des chansons, sur Harren Fléaufort, mais quid de Alyce ? Femme sans grands atouts, enlevée, peut-être parlerait-on d’elle pour prévenir les filles des côtes, de s’éloigner à tout prix, de se cacher lorsque les boutres Fer-nés apparaissent dans le brouillard matinal, oui, elle servirait d’exemple, on dirait : Regardez, elle n’a pas été assez intelligente pour se cacher, et quatre braves sont morts par sa faute, ah ! Prenez garde, ne soyez pas comme Alyce…
Navrant.
Elle passa la porte de la cabine, et resta debout, les mains entortillées, quelque peu mal à l’aise après avoir osé poser cette question, à laquelle il ne répondit pas immédiatement. Il lui enjoignit de s’asseoir, et, comme elle hésitait en regardant le coffre, comme s’il allait s’ouvrir et qu’elle en resterait prisonnière pour l’éternité, il lui répéta l’invitation. S’asseyant ainsi sur le bord du bois, elle regarda la poire juteuse qu’il lui tendit, et son ventre se mit à grogner, de façon peut discrète. Depuis combien de temps n’avait-elle rien avalé ? Elle n’y avait, en réalité, même pas pensé tant elle pleurait encore en silence, tant elle aurait souhaité que rien de tout cela ne soit arrivé, c’était sa faute sa faute.Si elle n’avait pas insisté pour accompagné Harren, il n’aurait pas fais demi-tour pour venir la secourir, il ne serait pas à l’état de corps sans vie, sa mère ne verserait pas de larmes, son père et ses frères non plus, et personne ne la maudirait. Ils doivent me haïr… Elle ne songea pas une seule seconde que personne en dehors d’elle ne connaissait la vérité au sujet de ce qui était arrivé, qu’il avait fait demi-tour pour elle, non, la culpabilité l’empêchait de réfléchir si loin, et se molester ainsi avait beau rendre le poids plus dur à porter, elle se disait que ce n’était que justice. Croquant un morceau de poire, un peu de jus coula sur son menton, et elle se l’essuya avec autant de délicatesse qu’elle pu, bien qu’elle n’ai plus de mouchoirs. Elle passa sa langue sur ses lèvres pour ôter le surplus sucré, avant d’avaler encore un autre morceau. Content, semblait-il, l’homme étrange se mit à parler.

Il lui apprit beaucoup, et déjà, la rassura sur un point : il ne la prendrait pas. Non, pas lui…Mais l’Assassin de son frère, et elle resta bloqué sur cette affirmation terrible. Elle avait beau s’en douter, un grand froid lui envahit la poitrine et le ventre, un froid que nul feu ne pourrait réchauffer. Sa main se mit à trembler légèrement autour de la poire, et elle affecta de rien, en mordant un nouveau coup dans le fruit. C’est lui, il va m’épouser selon leurs lois, je lui appartiendrais, je devrais faire tout ce qu’il me demande…Oh Dieux pourquoi êtes-vous si cruels ? Elle aurait bien pleuré, si elle avait eu des larmes, s’il lui en restait ne fus-ce qu’une, et au diable ses beaux serments. Elle devrait servir non pas comme une esclave, mais comme une épouse le meurtrier d’Harren, et cela, elle avait du mal à l’accepter. Jamais elle ne pourrait aimer cet homme, être heureuse de porter ses enfants, de lui offrir tout ce qu’il désirait…Elle le ferait, oui, elle n’avait pas le choix, mais combien de temps avant qu’il ne la tue parce qu’elle ne souriait pas, parce qu’elle jouait mal la comédie ? Ou peut-être était-il cruel et prendrait du plaisir à la voir souffrir, à sentir ses haut-le-cœur chaque fois qu’il tenterait de la toucher. Son imagination tournait à plein régime, et elle dévorait la poire à chaque idée déplaisante, si bien qu’elle faillit même avaler le trognon complet. Sans oser jeter le déchet sur le sol, elle le garda entre ses mains, les poissant de sucre et de jus de fruits. Le regard fuyant, elle scrutait n’importe quoi dans cette cabine, s’imprégnant de détails qu’elle revisiterait pendant qu’elle jouerait à l’épouse. « Mais ce cas de figure-là ne se présentera pas. Mes hommes savent ce qui lui attend s'ils venaient à trahir les règles que j'ai instaurées. Et ton futur époux a toujours été un de mes plus fidèles marins. Il a été de mon côté lors des mutineries, et m'a servi aussi fidèlement qu'il a servi mon frère avant que celui-ci ne soit tombé à la mer. Il s'occupera bien de toi. Te traitera avec douceur, peut-être même mieux que certains de vos chevaliers des contrées vertes ne l’auraient fait. Voilà ce qui t'attend. Devenir la femme d'un de mes hommes, et le servir comme tu aurais servi un mari que ton père t’aurait choisi. » Sauf que mon père n’aurait jamais choisi l’assassin de ma chair. corrigea-t-elle, sans le dire tout haut. Elle ne pouvait nier que la perspective l’effrayait au plus haut point, quoi de plus normal ? L’homme avait beau tenter de la réconforter, en vantant les mérites de ce marin – simple marin qui plus est- sa fidélité, son courage, et sans doute une grande maîtrise du combat puisqu’il avait survécu jusqu’ici, elle ne voulait pas de lui. Elle aurait presque préféré servir de putain à toutes les Îles de Fer, plus que de l’épouser, et pourtant, elle n’avait pas le choix. Cette sombre histoire de Fer-Prix l’enchaînait à l’Assassin dont elle ne voulait même pas connaître le nom. Il a l’air plus agréable, plus gentil, lui… dit-elle en considérant celui qui se présentait comme le chef de ce navire bien qu’elle ne pouvait se résoudre à le croire. Oui, mais s’il avait payé ce fameux Fer-Prix, il aurait été l’assassin de ton frère, et tu l’aurais tout autant haït. Ce qui était vrai, si sa capacité de discernement lui permettait de ne pas détester les autres fer-nés tant qu’elle n’y aurait pas affaire, elle n’aurait pu, malgré la gentillesse du capitaine sans-nom, passer outre le sang. Qui le pourrait ? « Mais une femme doit aimer son époux, moi, jamais je ne pourrais…Je haïrais chaque geste, chaque parole, et si un jour je parvenais à passer outre, alors c’est moi que je haïrais plus que déjà…Je refuse même de connaître son nom, je sais d’avance qu’il va m’écoeurer. Ne me le dites pas. » demanda-t-elle, pria-t-elle presque sans desserrer le poing, sans se rendre même compte de la douleur qui irradiait dans tout son bras. «Montre-moi ta main. » Un ordre, une demande ? Elle soutint son regard, pourtant, en ôtant ses ongles de sa chair pour lui tendre la main à plat, bien que tirer ainsi sur les tissus de sa peau la fit grimacer. « Ce n’est rien, je ne fais pas attention, parfois… » Jamais en réalité, elle ne s’était blessée, mais elle se sentait si mal…Au moins la douleur physique détournait-elle quelque peu celle du cœur. Un peu, pas grand-chose, mais juste assez au sens d’Alyce pour lui permettre de réfléchir de façon correcte et cohérente. Il lui faudrait encore quelques jours pour se remettre, si au moins elle avait pu les passer à dormir dans son propre lit…Quoi que, ne se serait-elle pas laissée mourir ? Son frère était plus que son frère, il était son ami le plus cher, le meilleur d’entre tous les hommes. Elle avait perdu une partie d’elle-même, et une bonne partie de ses illusions sur le monde. Certes, elle savait que tout n’était pas totalement blancs et heureux, elle connaissait le terme de guerre, mais elle avait découvert qu’une guerre c’est aussi verser le sang d’innocents, et que tous les chevaliers des chansons avaient du passer par là, et qu’ainsi ils étaient des meurtriers eux-mêmes. Des chevaliers, des noms, tient, au fait…« Ce qui me fait penser que…Je ne connais pas votre nom, alors que vous connaissez le mien. » Mettre un nom sur ce visage ? Oui, elle voulait se souvenir de lui comme d’une personne à part entière. Elle regrettait presque qu’il soit né sur cette île, il paraissait…Appartenir à ce qu’il nommait « contrées vertes » et qu’elle appelait maison, sans doute aurait-il été chevalier…Elle se demandait ce qu’il valait à l’épée, sans se souvenir de l’avoir vu se battre…Rien d’étonnant cela dit, son regard avait été captivé par la bataille entre l’Assassin et son frère, elle n’avait rien vu d’autre, hormis ser Andrik mourir, puisqu’elle avait soutenu son regard jusqu’à la fin, dans l’espoir de lui offrir des derniers instants de compagnie. Mourir seul…Quelle perspective effrayante, pour Alyce. Ce chevalier était un grand homme, il ne le méritait sans conteste pas…Personne en réalité dans leur escorte ne le méritait, et ces Fer-Nés, et bien…Eux, peut-être. Combien en avaient-ils tué, assassiné, en prétendant qu’il s’agissait de la guerre ? Et s’ils disaient vrai ?
Trop de mots, trop de pensées, dans sa pauvre tête. Elle voulait dormir, ou peut-être boire encore…Du vin ? Se saouler, comme un homme triste ? Indigne d’une dame…
« Puis…Rien n’est comme je le pensais, vous n’êtes pas des animaux comme on me l’avait dis, en tout cas, pas vous…Alors je ne sais pas ce que je dois croire. Et…Je crois que j’ai peur, vraiment peur, même si…J’aimerais juste ne rien ressentir, plus jamais. » avoua-t-elle, et cette fois elle détourna le regard des prunelles enchanteresses de l’homme, honteuse d’avouer sa faiblesse, mais ressentant ce besoin quasi vital de le faire tout de même, car depuis qu’elle parlait avec lui, elle s’était apaisée, un peu. Peut-être étais-ce sa conversation, ou peut-être avait-il mit quelque chose dans l’eau, elle ne voulait pas véritablement le savoir. Sans doute aussi étais-ce sa condition de femme, elle se sentait perdue, elle avait besoin d’une épaule à laquelle se raccrocher, d’un roc, d’un mât immortel parmi la tempête et comme il avait été le premier à lui parler, à essayer d’être gentil, elle se laissait facilement embobiner, malgré sa paranoïa et sa méfiance, il était en train de la dompter sans le moindre problème. Cela aussi, aurait du l’effrayer, mais elle n’y parvenait pas. Elle avait juste envie de bras forts dans lesquels elle pourrait pleurer, juste pleurer, et ce désir d’une telle faiblesse la fit rougir de honte.
Quelle dame exécrable faisait-elle.
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Message Dim 4 Sep 2011 - 2:12

Harald était toujours aussi calme qu'auparavant lorsqu'elle lui expliqua ce qui était, selon elle, l'image du mariage, de la relation qui liait un homme et son épouse. Malgré la force de caractère qu'elle affichait, et le destin qui venait de s'écrouler sur elle... elle restait une petite fille, la tête pleine de contes et des récits qu'on lui avait débité alors qu'elle était jeune. Encore une pratique que l'on ne retrouvait que dans les contrées vertes, mais pas dans les Iles de Fer.
Ces hommes et ces femmes si faibles avaient pour tendance de tout idéaliser et de cacher la vérité des choses à leurs enfants, en espérant sans doute les préserver. Harald se doutait qu'ils ne pensaient pas à mal en agissant ainsi, que c'était leur façon à eux de protéger leurs enfants. Après tout, ils devraient faire face à la réalité bien assez tôt, alors pourquoi les priver de leur innocence alors qu'ils pouvaient encore en profiter? Mais c'était une philosophie qu'il ne pouvait approuver. Cela avait tendance à rendre les enfants faibles, fragile, et à les rendre encore moins prompts à faire face à la réalité lorsqu'ils la rencontreraient. Lui-même avait compris dès sa jeunesse ce qui l'attendait à l'avenir. Au moins autant qu'il pouvait l'appréhender à l'époque. La mort, la tristesse, le désespoir, le combat. Tout cela avait fait partie de sa jeunesse, autant que l'éducation d'un jeune homme, autant que l'air marin avait empli ses poumons. C'était partiellement ce qui avait fait de lui l'homme qu'il était, et lui avait permis de faire face avec dignité aux morts qui avaient parsemé sa famille alors qu'il était à peine plus jeune que la jeune fille qui se trouvait en face de lui.
Elle parlait de la haine qu'elle ressentirait pour cet homme, la haine qui l'animerait à chaque pas que Godrik ferait... Elle ne se rendait pas compte de la chance qu'elle avait, en un sens. Elle avait une cible à donner à sa haine. Quelqu'un qui la maintiendrait en vie, malgré le fait qu'elle puisse être triste et désorientée. Car tant que Godrik vivrait, elle ne voudrait pas mourir avant lui. Elle n'était pas faite comme cela. La haine était une arme puissante, lorsque l'on savait l'utiliser. Si on l'affutait et la pointait dans une direction, elle nous y portait plus sûrement que la plus puissante des rafales poussait un navire, sans faillir, jusqu'à ce que la mort nous prenne, ou ne prenne notre cible.
Qui Harald aurait-il pu haïr? Son oncle s'était laissé dépérir après la mort de sa femme, disparaissant lentement mais sûrement, ne devenant que l'ombre de lui-même avant de ne plus jamais s'éveiller. Qui avait été l'assassin en ce cas? Qui avait frappé de son arme pour l'abattre? Nul autre que Gelmar lui-même, qui s'était laissé mourir. Et le frère de Harald, Andrik, était mort noyé, passé par-dessus bord au cours d'une tempête, et son corps n'avait été retrouvé que trois jours plus tard. Qui l'avait tué? Envers qui se venger, à part le cruel destin qui avait voulu qu'il soit arraché au pont de son navire par un océan plein de rage? Et le pire coup que l'on aurait pu frapper avait été la mort de Kyra. Morte noyée car elle croyait son deuxième frère était décédé, son plus proche frère, le jeune garçon qu'elle aimait plus qu'elle-même, et qui lui rendait cette affection. Elle avait cru que Harald avait rejoint Andrik au fond de l'océan, et qu'il ne reviendrait plus jamais. Et ce jour-là, qui Harald aurait-il pu mettre en cause? Lui-même. Celui qui avait été trop négligent, s'était fait frapper par cette femme du Bief, s'était laissé tomber au fond de l'eau. Ne s'était réveillé que trop tard pour empêcher ce drame d'arriver. Il avait pensé retourner sa haine contre lui-même. Il l'avait fait. Au cours de cette terrible nuit, qu'il avait passé seul dans la chambre de Kyra, serrant contre lui le mot qu'elle avait laissé derrière elle, le recouvrant de ses larmes... Plusieurs fois il avait sorti sa dague de son fourreau. Cette magnifique dague, qu'Orell lui avait prêté en attendant qu'il ne récupère celle qu'on lui avait offerte à sa naissance. Il avait observé son reflet dans le métal clair, la folie de ses yeux, la marque de sa plaie à peine refermée... la tristesse et les larmes. Plusieurs fois, la lame avait touché ses avant-bras, manquant d'y percer la peau, et les veines qui se trouvaient en-dessous. C'était ainsi que la haine s'était exprimée, le forçant à s'approcher des limites de son esprit, de sa volonté, le forçant à abandonner la précieuse chose que le Dieu Noyé lui avait rendu : sa vie. Mais ce n'était pas sa foi dans le Dieu des Fer-Nés qui l'avaient motivé à reprendre la vie, et avaient fait de lui ce qu'il était. C'était quelque chose de bien plus simple : il ne voulait pas que Kyra soit morte pour rien. Sa mort avait été provoquée par celle de Harald. Car elle l'aimait. Comment pouvait-il mieux lui rendre cette preuve d'amour qu'en continuant à vivre, brillant parmi les étoiles, gardant son souvenir au fond de son coeur et de son être, plus endurant et plus beau que l'acier valyrien.
Et il espérait que la jeune fille qui se trouvait en face de lui se rendrait compte de cela. Que vivre pour son frère était la seule chose qu'elle pouvait faire, même si elle ne trouvait pas en elle la force de supporter la vie aux côtés de celui qui l'avait tué. Elle semblait avoir le potentiel pour cela, mais pouvait-il en jurer? Non, même s'il en aurait donné sa main à couper.
Lorsqu'elle lui tendit la main, il la prit dans la sienne avec douceur, la rapprochant de lui alors que lui-même avançait. Elle était sale, très sale, sans doute à cause du temps passé dans la cale et sur le pont du navire. Mais le sang lui, était frais. Il venait de couler... et Harald n'eut pas à réfléchir bien longtemps pour comprendre ce qui s'était passé. Il passa un de ses doigts légèrement au-dessus de la paume d'Alyce, effleurant à peine sa peau, voyant comment elle réagissait à la douleur. Par rapport à sa réaction, il saurait s'il pourrait nettoyer la plaie au maximum, ou s'il devrait attendre un peu avant de pouvoir faire cela de façon parfaitement hygiénique.
Si une chose était importante pour Harald, c'était la façon dont une plaie était soignée. Il n'avait pas passé plus d'un an auprès d'Orell, mais c'était la première chose que le prêtre lui avait appris : comment soigner des blessures. Comment sauver des vies.
La jeune fille insista sur le fait qu'elle n'avait pas fait attention. Que cela lui arrivait, parfois... Mais Harald avait quelques doutes. Et puis, même s'il ne la connaissait pas depuis longtemps, il avait déjà commencé à apprendre à lire en elle. Cela était sans doute facilité par son état nerveux. Mais elle cachait quelque chose. Sans doute quelque chose qu'elle considérait comme une faiblesse.
Le capitaine garda la main de la jeune fille dans la sienne alors qu'il se baissait ramasser la bassine d'eau qui se trouvait au pied de la table. Une bassine qu'il avait normalement prévu pour se laver le visage, mais elle en avait davantage besoin que lui. Il la posa sur la table, à côté de la main de la jeune fille, et chercha un morceau de tissu. Il n'allait pas arracher une partie de ses vêtements. Ils seraient imprégnés de sel, et lui ferait davantage mal qu'ils ne la soigneraient. Qu'avait-il d'autre?
Il jeta un regard en coin à la table où se trouvaient les armes qu'il utilisait, et ses pierres à aiguiser. Oui, il y avait quelque chose qui l'intéresserait. Il récupéra un coffre en bois, faisant au passage tomber un couteau de combat qu'il avait récupéré sur un cadavre lors d'un pillage une semaine plus tôt, et posa aussi ce coffre sur la table. Il l'ouvrit d'une main, retenant toujours avec douceur celle d'Alyce, et en sortit un chiffon. Un des rares chiffons propres qu'il possédait dans cette cabine. Un de ceux qui servaient habituellement à nettoyer la lame de Pluie Pourpre après les combats. Il referma la boîte. Il ne fallait pas que l'air salé vienne imprégner le tissu.
Il plongea le chiffon dans l'eau, et l'en ressortit avant de l'essorer un peu. Puis il le passa sur la main d'Alyce, tamponnant légèrement, retirant crasse et sang en même temps. Et alors il vit les blessures. Quatre marques. Quatre petites marques, et il comprit ce qui s'était passé. Un regard à la taille des doigts de la jeune fille lui permit de s'en assurer. De peur, ou de colère, elle avait tellement fermé ses poings qu'elle s'en était blessée jusqu'au sang.
Il entendit à peine la question qu'elle lui posa, tant il était occupé à la soigner. Il ne faudrait pas que ses plaines s'infectent, même si c'était peu probable. Alors qu'il passait le chiffon avec douceur pour éloigner encore le sang et la poussière qui pouvaient s'être insérés dans la plaie, il répondit :

« On me connait sous bien des noms, Alyce... Certains, qui pensent que les titres ont une valeur pour moi, me nomment le « jeune Lord ». D'autres, plus effrayés par ma réputation que mes titres me nomment le Trompe-la-Mort. Les hommes de ce navire, eux, ont compris quel homme j'étais vraiment, et préfèrent me gratifier d'un simple « capitaine ». Tu vois ce que je te disais, sur l'importance que possède un nom? Je pense en être un des exemples les plus flagrants. »

Il hocha la tête. Ses hommes savaient que le respect qui lui était du n'était pas créé à partir du néant, contrairement aux titres de noblesse. Ils l'appelaient capitaine car il avait vu la mort et en était revenu. Car jusqu'à présent, il avait survécu alors que ses adversaires étaient morts.

« Mais pour toi, Harald suffira. »

Il lui sourit à nouveau, quittant son travail sur sa main quelques instants. Le temps d'un fugitif regard qu'il voulait rassurant, même s'il ignorait l'effet que cela produirait sur la jeune fille. Avant de retourner s'atteler à sa tâche.
Harald se demanda si elle portait d'autres blessures sur elle. Théoriquement, aucun de ses hommes n'aurait osé la blesser. Ils en connaissaient le prix. Mais bien des choses pouvaient arriver, au cours d'une bataille. Elle pouvait avoir chuté. Avoir subi un coup qui ne lui était pas destiné. Et même dans la cale... peut-être un autre prisonnier aurait-il décidé de la frapper, ou elle-même se serait-elle écorchée d'une façon ou d'une autre. Il lui faudrait vérifier.
Puis elle s'ouvrit à nouveau à lui, parlant de la sorte de surprise qu'elle ressentait... Harald l'avait troublée. Peut-être se serait-elle mieux sentie si elle s'était trouvée face à des guerriers sans remords, qu'elle aurait pu haïr sans problème... Mais elle commençait à l'apprécier lui, si ce n'étaient les autres. Elle l'appréciait, pendant qu'une partie d'elle le haïssait. Et que devait-elle faire? Se laisser aller à l'amitié envers cet homme qu'on lui avait décrit comme un tueur presque animal, ou continuer à le haïr envers et contre tout?
Et que pouvait-il répondre à une telle déclaration? Il n'était pas un beau parleur. Les seuls discours qui lui venaient naturellement étaient ceux qui menaient des hommes à la mort, à la gloire, et à la victoire, pas des discours faits pour aider les gens à se remettre des troubles que la vie leur imposait. Il préféra donc rester silencieux, la regardant dans les yeux avec sympathie.
Elle détourna le visage. Il lui lâcha la main et, délicatement, saisit le visage de la jeune fille de sa main, ses doigts touchant presque sa gorge, et son pouce posé sur sa joue. Il la caressa ainsi quelques instants... avant de se rapprocher d'elle, et de poser son front contre le sien.
L'instant suivant, il la pris dans ses bras, guidé par l'instinct plus que par un geste conscient. Il la serra contre lui, comme il avait autrefois serré Kyra pendant cette longue nuit.
Pendant quelques instants, il regretta l'Antique Voie et ses règles. Il regretta son honneur et sa parole. Il ressentait cette envie de protéger Alyce, de l'emmener avec lui, de la garder à ses côtés... Il ne la prendrait pas comme femme-sel. Cela ne serait pas approprié. Mais au moins elle serait avec lui et il pourrait veiller sur elle. Il pourrait faire avec elle ce qu'il n'avait jamais pu faire avec Kyra : l'empêcher de souffrir.
Il avait fermé les yeux, posant la tête de la jeune fille sur son épaule, continuant à lui caresser les cheveux avec douceur. Et il ne parla pas.
Le silence était parfois trop beau pour être brisé.
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Message Dim 4 Sep 2011 - 11:06

Alyce tendit la main, docile, à cet homme dont elle ne connaissait pas encore le nom. Les yeux baissés sur le plancher en bois, elle le laissa scruter sa plaie, sans mot dire, avant de le regarder se lever, s’emparer d’un coffre, d’un chiffon, d’un seau d’eau, il avait tout à porté de main, ce qui fit penser à Alyce que, peut-être, l’eau était destinée à cet homme mais qu’il avait choisit de la lui offrir, de peur que sa blessure ne soit grave, ou ne s’infecte. Elle se laissa aller sous la caresse du linge blanc, qui se teinta d’abord de poussière, puis d’une traînée rouge, avant que sa main ne retrouve enfin sa digne blancheur et n’expose quatre demi lunes écarlates. Les traces de ses ongles…Quand s’était-elle enfoncé ses lames terribles dans la peau ? A quelle mauvaise nouvelle ? L’épousailles future du meurtrier ? La pensée du sang sur la pierre grise, ce contraste effrayant ? L’image de la mort d’Harren ? Le fait qu’il ne soit plus alors que le meurtrier, lui, vivait toujours ? Tant de raisons, pour se mutiler de la sorte, tant de bonnes raisons…Qui pourtant ne lui convenaient pas. Trop faible, trop facile, trop de choses qui ne la correspondaient pas. A n’en pas douter, son frère l’aurait grondée s’il l’avait vue ainsi. Ou simplement câlinée.
Alors qu’il terminait de nettoyer pour emballer sa main fragile, il lui livra son nom, ou plutôt ses noms. Capitaine pour certains, Jeune Lord pour d’autres, et elle devait avouer que ce nom la perturbait. Ainsi, il était de la noblesse…Comme elle ? Noblesse des Îles de Fer, certes, mais on lui donnait déjà du Lord…Que devait-il valoir ! Elle n’en avait sûrement pas la moindre petite idée. Et cette épée, qu’elle prenait pour quelconque, dans ce fourreau rapiécé, que devait-elle valoir en réalité ? Lord…Etrange, que de trouver ce genre d’hommes sur un bateau, bien qu’elle comprenait, désormais, pourquoi ils lui obéissaient tous. Il était leur suzerain, et sans doute avait-il d’autres habiletés inconnues d’Alyce. Pour commander, un homme doit être aguerrit, doit être formé aux arts du combat. Avaient-ils des maîtres d’armes, sur les îles ? Avaient-ils, comme sur le continent, des mestre et des septa, sous une autre appellation ? Etaient-ils les mêmes qu’eux tout en étant différent ? S’était-elle égarée à ce point… ? Se mordillant la lèvre, elle enregistra les autres appellations, et celle de Trompe-La-Mort eu le mérite de l’intriguer. Oserait-elle demander pourquoi on l’avait attifé d’un pareil surnom, malgré son jeune âge ? Un vieux chevalier, qui aurait connu bien des batailles en ayant toujours survécu, elle aurait compris, mais lui ? Il n’avait pas trente ans, mais il en avait sans doute plus que vingt, et où avait-il eu l’occasion de faire ses armes ? De défier véritablement la mort ? Face à quels chevaliers ou grands Lord s’était-il battu ? En avait-il tué certains de sa connaissance ? Avait-il des chansons dédiées à son unique gloire ? Elle avait envie de demander tout cela, mais elle n’osait pas. Elle avait distingué, derrière son amabilité, un fardeau à l’image du sien, et sans doute cela le rendait-il plus sympathique aux yeux d’Alyce, plus digne de confiance. L’unique Fer-Né, à n’en pas douter, à qui elle accorderait ce cadeau précieux, bien qu’elle aurait voulu ne jamais oser. « Ce sera Harald, dans ce cas, messire. » Il m’a donné de l’eau fraîche, il m’a offert une poire et désormais il soigne ma blessure. Il n’était pas obligé de le faire, et pourtant, il l’a fait…Il se conduit comme un ami, ou…Non…
Comme un frère.

Il relâcha sa prise sur sa main, et elle cru qu’il allait la congédier, quand ses doigts vinrent effleurer le bord de son visage. Elle releva les yeux, pour le regarder, alors qu’il caressait sa peau rendue quelque peu rugueuse sous l’effet du vent marin, du sel, et de la poussière accumulés sur ses traits jadis blancs. Et c’est la…Comme si l’un des Sept avait entendu sa prière et soufflé un mot au capitaine, c’est la, qu’il la prit contre lui. Il s’était mis à sa hauteur, et la tête de la Fléaufort reposait sur son épaule. Quelque chose se serra en elle, douloureusement, et les larmes se mirent à lui piquer les yeux. La gorge nouée, ses mains contre sa poitrine, elle serra la droite grâce à la gauche, enrobant ce pansement de fortune, alors que l’eau salée de ses yeux se mettait à nettoyer son visage, déchargeant toute l’horreur, toute la peur et toute la souffrance qu’elle ressentait et pensait pourtant envolée. Elle pleurait à cette décision idiote qu’elle avait eue, elle pleurait d’avoir demandé à Harren de l’emmener, bien que Père ai été d’accord, elle pleurait de n’avoir pu faire galoper son cheval assez vite, elle pleurait d’avoir laissé le Fer-Né attraper sa jambe, bien qu’elle n’y fut pour rien. Elle pleurait ser Andrik, dont elle avait soutenu son regard jusqu’à la fin. Elle pleurait que sa bonté d’âme l’ai ainsi empêché d’entendre Harren lui sommant de fuir, bien qu’elle n’aurait jamais laissé son frère en arrière et ce malgré la terreur qu’elle ressentait face aux Fer-Nés. Chaque fois que l’un des chevalier en tuait un, elle gagnait un peu d’espoir, qui s’envolait presque aussi vite lorsque l’un d’eux tombait. Elle avait l’impression de ne plus savoir respirer, et, lorsqu’elle s’était tournée vers le combat décisif, ce fut pour voir le moment où l’Assassin avait enfoncé sa lame dans la poitrine de son frère, trouvant une faille dans son cuir. Mort avant de toucher le sol, il ne s’en était sûrement même pas rendu compte, et elle…Elle, elle avait tout vu, elle avait hurlé et s’était mise à pleurer. Ces mêmes larmes coulaient maintenant, encore, parce qu’elle était en deuil, et que chaque perle salée rendait hommage aux morts, ces morts, par sa faute, pour elle…Sans moi il vivrait encore. Et, à n’en pas douter, la culpabilité était le pire des tourments. C’était elle, désormais, qui faisait couler ses larmes cruelles, brûlantes, terribles, et elle avait si mal, dans tout le corps…Elle revoyait la scène, dans les moindres détails, encore ce maudit contraste rouge sur gris, puis cet homme qui l’approche, qui essaie de la faire se relever, et elle…Elle qui refuse, accrochée qu’elle est au manteau de son frère, si fort qu’en la relevant, un morceau s’arrache, une poche intérieure, et elle serre un écrin sans s’en rendre compte. L’Assassin est obligé de la mettre sur son épaule pour la transporter, et elle se souvient des bribes de visages qui défilent, de sang, encore, de cris, des pleurs, elle voit des cadavres, des tas de cadavres, et elle sait qu’elle devrait avoir pitié, qu’elle devrait vomir et pleurer, seulement, elle n’y arrive plus, elle a fini par devenir inerte, par être une étrangère dans son propre corps alors qu’il l’embarque sur le boutre et la descend dans la cale. Il lui dit de ne pas bouger, elle l’a entendu, et a obéis. Elle a pleuré toute la nuit en silence, puis s’est rendue compte qu’elle tenait quelque chose dans sa main. Elle l’a ouvert, et a découvert le collier en or, simple, comme les aimait Alyce, et à l’intérieur, un portrait peint. Elle avait sourit à travers ses larmes, en se rappelant leur discussion datant de plusieurs jours désormais : Un jour, je partirais loin, pour faire mes preuves, devenir chevalier. Alyce lui avait demandé si cela durerait, elle n’avait pas su répondre. Quand tu reviendras, je ne te reconnaîtrais pas ! Avait-elle alors plaisanté, bien qu’une pointe de tristesse dans sa voix. Il lui avait répondu : Je te laisserais un souvenir qui t’empêchera de m’oublier, d’oublier jusqu’à mon visage.
Il avait tenu parole.
Sa poitrine était secouée par des sanglots terribles, elle se laissait aller comme elle n’avait osé jusqu’ici, et le silence n’était rompu que par ces petits bruits, hoquets et respiration rapide. Combien de temps se laissa-t-elle aller ainsi ? Elle était incapable de le dire. Peut-être quelques minutes, peut-être une heure entière, elle n’était sure de rien mais, une fois qu’elle se sentit totalement vide, les yeux gonflés et rougis, le teint pâle et la bouche sèche, une fois que ses pleurs eurent cessé, bien que sa conscience restait tourmentée, elle s’éloigna quelque peu du Trompe-La-Mort, désireuse de retrouver un semblant de dignité. « Merci… » murmura-t-elle de sa voix enrouée, alors qu’elle levait la main droite pour essuyer ses yeux, avant de se raviser. Ca va salir le pansement qu’il m’a fait… Elle ne le voulait pas, alors elle prit la gauche qui était encore pleine de poussière, et s’essuya les joues avec ses doigts, jusqu’à ce qu’elles soient sèches. Elle aurait sûrement tout le temps de prendre un bain, plus tard, de se changer, ou…Oui. Elle aurait du temps, tout le temps, une vie entière, car pendant que coulaient les larmes, son cerveau embrumé de chagrin était aussi actif qu’une cavalerie en pleine charge, et elle avait réfléchi, longtemps…Aboutit à la conclusion qu’elle devait vivre, car on donne une vie pour une autre, mais si l’autre s’arrête, alors le sacrifice est vain et ainsi elle entacherait la mémoire d’Harren plus qu’elle ne lui rendrait hommage. Désormais, tous les jours, décida-t-elle, elle prierait pour que l’on veille sur lui, elle prierait la Mère pour que la sienne puisse trouver la force de surmonter, peut-être en lui donnant un nouvel enfant, elle qui en avait perdu deux ? Elle prierait le Père pour que le sien puisse reporter son amour sur son désormais fils aîné, elle prierait la Jouvencelle de lui offrir ce dont elle aurait besoin pour continuer cette nouvelle vie, du courage, surtout, elle prierait le Guerrier pour qu’un jour on venge la mort d’Harren, qu’un jour son meurtrier paie, et qu’importe que ça soit les affres de la guerre ou non. Elle prierait, oui, même l’Aïeul, de lui accorder une sagesse capable de passer au dessus de tout obstacle. Quand à l’Etranger, qui avait pris pour elle l’apparence d’un Fer-Né, désormais, elle le prierait de justement ne plus être étranger et d’ôter d’elle la peur de l’inconnu. Elle demanderait tout cela aux Dieux, bien qu’elle sache que tout devait venir d’elle. Demander lui donnerait déjà de l’espoir, et sans doute l’énergie qu’il lui manquait.

Toujours assise, et pour n’avoir bougé pendant un moment, ses jambes s’étaient ankylosée, et, en faisant bouger la gauche, une douleur l’irradia, ce qui la fit grimacer. « C’est vrai que je suis tombée de cheval… » Elle se demandait à quoi ressemblait la plaie, et même si quelque os n’était pas cassé. Sans doute pas, et par quel miracle te serais-tu mise debout, idiote ? Oui, idiote, qu’est ce qu’elle était idiote ! La culpabilité ne tarissait pas d’éloges à son sujet, et elle aurait voulu faire taire cette satanée voix, sauf qu’elle ignorait comment s’y prendre exactement. Comment ne plus se sentir coupable d’une chose dont on est coupable, quand personne ne peut nous donner l’absolution ? Son acte avait entraîné la mort de Harren, de trois autres hommes, et elle les portait sur sa conscience, sans pouvoir se dire « c’était un accident » ou « c’était l’œuvre de la guerre » non, parce qu’elle savait que c’était faux. Pour les chevaliers, peut-être, puisqu’ils seraient restés en arrière pour protéger la fuite de leur jeune maître, mais pour Harren…Elle revoyait son cheval s’arrêter, il tirait sur les rennes pour faire demi-tour, le grand étalon baie obtempérait, bien dressé qu’il avait été, il fonçait vers l’agresseur sans une once de peur dans le regard…C’était cette vision la, et celle de l’épée brandie, qui hanterait toutes ses nuits. « C’est pour ça que Harren a fait demi-tour…Sinon il vivrait encore. Je me sens tellement coupable…Mais je crois que je dois faire comme vous, pour rendre honneur à sa mémoire, je dois continuer de vivre. Il n’aurait sans doute pas voulu…Voir mon sang couler. » Elle toussa, la gorge à nouveau sèche de part les larmes. Tout l’asséchait, dans cette nouvelle vie, que ce soit le vent ou la douleur. « J’aimerais tellement avoir le pouvoir de vous remercier correctement… » murmura-t-elle, sans savoir ce que cela voulait véritablement signifier. Il avait été bon pour elle, alors qu’elle ne lui appartenait même pas, il n’avait pas non plus essayé de se l’approprier en nature, ou de lui faire du mal, que du contraire, il avait…Tout fais pour qu’elle puisse passer une étape dans sa souffrance, qu’elle puisse redevenir la femme forte qu’elle était jadis, qu’elle puisse garder au moins de la dignité. Il s’était ouvert, lui aussi, s’était comporté…Comme le frère perdu, et elle avait honte de s’être sentie si bien, sans pour autant se molester longtemps. Elle n’avait plus de place pour une culpabilité de plus.
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Message Lun 5 Sep 2011 - 2:20

La tête d'Alyce contre son épaule, Harald sentit les sanglots s'emparer d'elle peu à peu, la faire trembler de tous ses membres... Elle restait silencieuse malgré tout, ses larmes coulant d'elle avec toute la dignité qu'elle pouvait rassembler. Les mains du capitaine rapprochaient encore la jeune fille de lui, serrant leurs deux corps l'un contre l'autre avec tendresse. Il lui caressait le dos avec douceur, se voulant rassurant, se retenant même de déposer un léger baiser sur les cheveux salis de la jeune fille.
Il fallait qu'il s'en rappelle : elle n'était pas sa soeur. Elle n'était pas Kyra. Elle était une prisonnière comme les autres, une jeune fille capturée par un de ses hommes et ramenée ici pour servir comme femme-sel. Pourquoi s'attacher à elle? Bientôt, elle n'existerait plus pour lui. Elle vivrait avec Godrik, dans sa maison sur l'ile du Vieux Wyk, et Harald ne la reverrait plus jamais. Il ne visitait jamais ses hommes lorsqu'ils étaient chez eux. Il tenait à faire cette distinction, entre le capitaine, les marins, et les hommes qu'ils étaient tous. Tant qu'ils étaient sur le pont du Cruel, ils lui devaient obéissance... mais à terre, chacun était libre de vivre sa vie. Et pour préserver cette indépendance, il ne pouvait se permettre de venir les voir dans leur demeure. En contrepartie, dès qu'il sonnait le ban et qu'il faisait partir ses messagers pour rassembler son équipage, tous répondaient aussi vite que la distance le leur permettait, et ils partaient bien souvent au plus tard alors que l'aube se levait le lendemain du jour de la convocation. C'était les arrangements de ce genre qui faisaient du Trompe-la-Mort un des capitaines les plus respectés des Iles de Fer. Le fait qu'il respectait ses marins, et les traitait avec justesse et sévérité, pas comme les autres capitaines qui les traitaient comme des inférieurs. Harald n'était pas stupide au point de croire qu'il pourrait faire naviguer le Cruel seul. Il avait besoin des connaissances et des bras de tous ses hommes, autant sur la mer que sur un champ de bataille, et c'était pour cela qu'il les respectait. Chaque homme était un coup de marteau frappé sur la lame de la victoire, un souffle apporté sur le métal brûlant de la réussite. Et ce n'était qu'en utilisant les bons outils de la bonne façon que l'on pouvait obtenir une lame digne de ce nom.
Et pendant qu'il pensait, la jeune fille était toujours en train de déverser les larmes qu'elle avait retenu toutes ces heures, depuis la mort de son frère... Elle avait compris que ce n'était pas en fuyant que l'on arrivait à quoi que ce soit. Que les larmes étaient aussi nécessaires que la haine, que la volonté...
Ce n'était qu'après avoir pleuré toutes les larmes de son corps que Harald était devenu l'homme qu'il était. Les larmes avaient trempé l'acier de son âme, pour en faire l'alliage indestructible qui le guidait à présent.
Parfois elle laissait s'échapper un hoquet, un sanglot plus fort que les autres... Harald ne lui en tint pas rigueur. Il savait ce que c'était. Il était passé par là. Et lui n'avait pas eu d'épaule sur laquelle se pencher, sur laquelle se vider, sur laquelle simplement s'appuyer.
Guidé toujours par son instinct, il caressa les cheveux de la jeune fille alors qu'elle pleurait, avec délicatesse. Encore un geste qui n'avait d'autre but que de lui rappeler qu'elle n'était pas seule avec sa douleur, que sa tristesse trouvait un écho chez lui. Qu'il ne l'abandonnerait pas.
Il ignorait combien de temps ils restèrent ainsi. Même la bougie s'éteignit, encore guidée par un coup de vent qu'il n'avait lui-même pas senti. Et elle finit par se dégager de son étreinte, se composant un masque de dignité.
Mais malgré tout, elle prononça un mot. Un seul mot, un simple mot, que chaque homme prononce plusieurs fois dans la journée sans s'en rendre même compte. Mais un mot qui portait en cette instant une valeur toute particulière. Un mot qu'elle n'aurait sans doute jamais pensé prononcer en s'adressant à l'un de ses ravisseurs. Ou au moins, pas avec cette sincérité.
Elle l'avait remercié.
Encore une fois, il ne répondit rien, se contentant de hocher la tête. Il la gratifia d'une dernière pression de ses mains, toujours avec tendresse, avant d'aller rallumer la bougie avec sa pierre à feu. Il ne la vit donc pas hésiter lorsqu'elle s'essuya les yeux, ne pas vouloir tâcher le pansement qu'il lui avait fait plus tôt. Nul doute qu'il aurait été touché. Nul doute alors qu'il avait mieux fait de ne pas le voir.
Lorsqu'il se retourna, elle avait le visage barbouillé de poussière humide, comme si elle avait tartiné les larmes sur ses joues poussiéreuses, et qu'elle ne s'était pas rendu compte de l'étrange maquillage que cela lui faisait. Il ne put s'empêcher de sourire.
Et son sourire disparut, laissant place quelques instants à de l'inquiétude lorsqu'elle grimaça de douleur. Qu'avait-elle? Que s'était-il passé?
Elle répondit à ses interrogations silencieuses. La douleur provenait d'une blessure qu'elle s'était faite lors de l'attaque. Une blessure à la jambe, sans aucun doute, vu que ses membres supérieurs n'avaient pas bougé. Il allait la soigner de cette blessure-ci aussi.
Mais avant qu'il ne puisse lui proposer de nettoyer la plaie, elle reprit la parole. Elle lui fit part de la décision qu'elle avait enfin prise. Une décision que le Trompe-la-Mort ne pouvait qu'approuver. Continuer à vivre, et rendre hommage à la mémoire de son frère en continuant à aller de l'avant. La même décision que lui même avait pris bien des années plus tôt, aidé par son Dieu et par sa force intérieure. Il avait fait le bon choix en aidant cette jeune fille, il n'y avait plus à en douter.
Elle ressentait encore de la culpabilité. Elle ne s'en départirait jamais. La culpabilité l'accompagnerait toujours, mais elle finirait par s'en accommoder, comme on s'accommode d'un ami parfois trop insistant. Elle viendrait peut-être même à savoir s'en servir comme d'une arme, pour aiguiser sa volonté et continuer à vivre. Mais cela, elle seule pourrait le dire. Chacun réagissait différemment, lorsqu'on le mettait devant ses propres faiblesses.
Elle toussa, avant de dire à Harald qu'elle aurait voulu pouvoir le remercier. Qu'avait-elle à lui offrir? Rien. Rien qu'il ne puisse prendre conformément à l'Antique Voie, en tous cas. Et même cette chose... il n'aurait pas désiré l'avoir. Pas après avoir parlé ainsi avec elle. Pas après s'être ouvert comme cela. Elle lui rappelait trop Kyra pour qu'il puisse se permettre de penser à elle en d'autres termes qu'en ceux-ci : une petite soeur. Une jeune petite soeur que l'on avait besoin de protéger.

« Il a fait demi-tour car son honneur le lui a demandé. Car c'était un homme bon. Un homme égoïste t'aurais laissé derrière et se serait enfui en sachant quel était le destin qui le menaçait lui. »

Il hésita quelques instants avant d'annoncer quelque chose de sincère, même si c'était étrange :

« Si nous avions été du même côté de la mer, je suis sûr que nous aurions pu être amis, ton frère et toi. Un guerrier digne de l'Antique Voie. »

Il le pensait sincèrement. Il ne pouvait avoir que du respect pour un homme qui n'avait pas tourné le dos aux combats, et s'était jeté dans la mêlée face à des hommes supérieurs en nombre dans le seul but de défendre une personne qu'il aimait et qu'il voulait protéger. Harald aurait fait de même.
Pour être franc, Harald aurait fait de même sans personne à protéger, mais Harald était Harald. Il n'existait pas un homme dans les contrées vertes ou dans les Iles de Fer qui partageaient sa soif du combat, et la confiance avec laquelle il s'y jetait.

« Mais tu as pris la bonne décision. La vie paie pour la vie. Il a acheté ta vie avec la sienne, alors fais-en bon usage. »

Il hocha à nouveau la tête, avant de la regarder dans les yeux. Il était heureux de voir qu'une certaine lueur y brillait désormais. Une envie de vivre. Une envie de lutter.

« Et voilà comment tu pourras me remercier. En n'abandonnant jamais la vie. »

Il reprit, d'une voix plus faible, mais malgré tout audible, comme le vent qui souffle sur les rochers du Vieux Wyk :

« Ne fais pas la même erreur qu'elle... »

Il s'agissait davantage d'une prière qu'il s'adressait qu'à une directive qu'il aurait pu donner à Alyce. Elle ne savait même pas de qui il pouvait parler, et lui-même se demandait comment il avait pu s'ouvrir autant à une jeune fille qu'il connaissait à peine.
Aussi préféra-t-il changer de sujet rapidement, avant qu'elle ne pose trop de questions, ou que lui-même n'en dévoile trop. Elle entendrait parler de la vie du Trompe-la-Mort bien assez tôt, mais il ne tenait pas à la lui raconter en cet instant. Même si, au contraire, cela ne pourrait que la rassurer. Après tout, elle verrait que Harald n'était qu'un homme. Un homme comme les autres, qui avait connu autant de pertes qu'elle. Peut-être même plus, en un sens. Lui qui était né le jour d'un décès. Lui dont la vie avait été payée avec la vie...
Mais lorsque le récit lui serait fait, penserait-elle encore de lui comme elle le faisait en cet instant? Lorsqu'il lui serait raconté comme Harald avait été perdu à la mer, avant d'en revenir plus fort que jamais, soigné par un prêtre du Dieu Noyé... et sauvé par les êtres qui lui étaient chers. Ceux qui avaient disparu et trônaient désormais dans les halls au fond de l'océan.
Non, elle ne pourrait pas. Elle le considérerait comme un être étrange. Comme un fou peut-être. Comme un monstre sans doute. Et lorsque les autres récits viendraient... sur les mutineries, sur la discipline qu'il instaurait à ses hommes, sur la façon dont il répandait la terreur sur les côtes... Le verrait-elle encore comme un homme qu'elle remercierait lorsqu'il s'occupait d'elle? C'était peu probable.
Alors autant préserver cette image autant que possible, cette image de grand frère souriant et attentionné. Autant pour elle que pour lui, il le reconnaissait aisément.
Lorsque sa voix s'éleva, il dériva donc sur un sujet plus fraternel encore une fois. Il montra à nouveau son côté attentionné et sympathique. Ce côté que peu de monde lui connaissait, et encore moins à bord de ce navire.
Il fit signe à Alyce de se rapprocher de lui, toujours souriant :

« Cette blessure que tu t'es faite en tombant de cheval... montre-la moi. Il ne faudrait pas qu'elle s'infecte. »

Sans doute s'était-elle écorché le genou ou le tibia sur quelque pierre en chutant, et bien entendu elle n'avait pas eu les moyens de s'en occuper. Ni la volonté. Peut-être n'en avait-elle même pas eu conscience, après tout... Elle avait eu bien des choses à penser jusqu'à présent.
Il lui tendit la bassine, avec quelques morceaux de tissus sortis de son coffre personnel.

« Et décrasse-toi un peu. Tu me ferais presque peur, comme ça. »

Il ne put s'empêcher de laisser passer ses lèvres un léger rire, presque cristallin. Qu'elle trouve cela drôle ou non, il n'aurait pu le dire... mais après tout, depuis le temps qu'il n'avait tenté de faire de l'humour, il était normal qu'il soit un peu rouillé.
La dernière personne qui l'avait vu plaisanter était désormais au fond de l'océan. Mais l'était-elle vraiment? Personne n'avait jamais retrouvé son cadavre. Personne ne l'avait vu s'enfoncer dans les vagues. Personne ne pouvait dire avec certitude si Kyra avait bel et bien décidé de se sacrifier aux océans, et de mourir au nom de ses frères tant aimés. De son frère tant aimé.
Mais le vide béant dans la poitrine de Harald lui disait que oui.
Il passa à nouveau sa main dans les cheveux de Alyce, comme il le faisait souvent avec sa soeur. Non, il ne fallait pas qu'elle fasse la même erreur. Il ne le lui permettrait pas.
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Message Lun 5 Sep 2011 - 7:50

Éloignée, désormais, de la chaleur et du confort de ses bras, Alyce se rendit compte qu’elle y serait bien resté encore longtemps, mais sentait que le besoin n’était plus aussi vital qu’avant qu’il ne la serre contre lui, ainsi, il lui avait rendu le pouvoir de respirer correctement, d’évacuer la pression dans son crâne, derrière ses yeux, qui lui piquaient atrocement ceci dit. Il l’avait aidé à sa façon, sans même essayer d’en profiter, et c’était sans doute cela aussi, qui avait convaincu la jeune fille de lui faire confiance, du moins…Assez pour se laisser aller. Etait-il ainsi avec toutes les prisonnières ? Elle songea aux filles en larmes dans la cale, aux filles tremblantes de terreur à chaque ombre, à chaque bruit de pas, ces filles qui cauchemardaient éveillées sans pouvoir se reprendre, ne fus-ce qu’une seconde. Ces filles qui n’étaient pas aussi digne qu’elle, aussi forte, à qui l’éducation faisait défaut, assez du moins pour qu’elles perdent la raison face à la peur, face à l’inconnu, au lieu de chercher à ce que tout s’éclaire dans leur esprit. Combien avaient-elles fait la démarche, au lieu de se laisser enliser ? Combien avaient osé sortir sur le pont ? Combien avaient rencontré le Trompe-La-Mort, et avait-il été aimable avec elles ? Incapable de répondre à la question, elle se mordit la lèvre. Si elle se sentait comme avec un frère, avec lui, peut-être la réciproque était-elle vraie ? Il avait perdu un frère, du moins le lui avait-il dis tout à l’heure, sur le pont. Remplaçait-elle ce frère, à ses yeux ? C’était stupide de la part d’Alyce de se gorger ainsi, elle n’avait rien d’un homme, elle n’avait pas leur force, leur caractère, ni leurs attributs. Elle n’avait rien du tout de comparable au sexe dominant du navire, non…Elle était une petite sœur, fragile. Ne lui avait-il pas tout dit ?
Mais de nouvelles paroles au sujet de Harren l’empêchait de se poser d’avantage de questions. Des compliments, encore, sur son honneur, son courage, sa bravoure, oui…Oui, à quoi cela avait-il servi, au final, hormis priver Lord Fléaufort de son fils aîné ? Il aurait pu se contenter de perdre une fille, mais non, on lui avait ravi ses deux enfants les plus âgés, l’un qui allait devenir chevalier d’ici trois ou quatre ans, l’autre qui allait se marier d’ici quelques mois bien que le nom de son époux ne lui soit pas encore connu, et, au final, ne le serait jamais. Désormais, elle allait épouser un assassin, être souillée par un assassin et si un jour elle remettait un pied sur le continent, au mieux on la regarderait avec de tristes airs et on murmurerait : La pauvre petite…Au pire ? On ne lui laisserait même pas passer le seuil du château. Mais si Harren avait été réduit en esclavage puis revenu, ç’aurait été différent…Sauf qu’ils ne prennent que les enfants dociles. Et Harren n’était ni enfant, ni docile, loin de la. Non, sa mort était imminente, elle se tenait en la personne de ce Fer-Né blond, bien droite avec son énorme épée, et si elle n’avait pas crié en tombant de cheval, peut-être Harren ne se serait-il rendu compte de rien avant d’être trop loin pour la sauver, peut-être…Et si. Voilà les mots favoris de ses phrases, désormais, de perpétuelles interrogations. Elle avait envie d’hurler et de les rayer de son vocabulaire. Elle ne pouvait pas construire son nouvel univers sur des interrogations, ce genre de base n’est jamais solide. Il suffit que la réponse ne soit pas celle à laquelle on s’attend, et tout vole en éclat comme l’histoire des sept fort d’Acalmie.
Il lui dit ensuite que, pour le remercier, elle devait vivre, et Alyce décida que c’était un bon élément pour qu’elle continue dans cette nouvelle voie. Non seulement elle ne désirait pas entacher la mémoire de son frère, mais en prime, elle voulait absolument remercier cet homme bon. Cet homme qui aurait fait un tel chevalier…L’enfant naïve et pleine d’étoiles dans les yeux reprenait le dessus, sur ce genre de pensée, mais comment s’y méprendre ? Il avait le caractère, il devait être d’une habileté sans bornes au combat, et d’une telle poigne pour commander tous ces hommes effrayants…
Mais malgré tout cela, il cachait un secret, un poids encore plus terrible que celui de la mort de son frère –qu’il ai été son aîné ou son cadet il ne l’avait pas précisé. Elle tiqua, sur la prière murmurée, sur le désir, dont elle ne saisit pas toute la teneur puisqu’elle ne voyait pas qui était « elle ». Il parlait de quelqu’un qu’elle ne devait immiter, une femme, selon toute logique, sans pour autant donner de nom et malgré le fait qu’elle désirait en savoir plus, au moment où elle allait ouvrir la bouche pour le questionner, elle croisa son regard et y vu une certaine douleur, qui la rendit très triste. Ainsi, elle se tut simplement et lui décrocha un léger sourire. Elle voulait savoir, mais demander serait de la dernière des impolitesse, et telle n’était pas une digne fille Fléaufort.

Le sujet changea, devint plus léger. Elle avait parlé de sa blessure, et désormais, il voulait la soigner, ce qui eu pour effet de faire rougir Alyce plus qu’elle ne l’aurait du. « C’est que, pour cela je… » Bien que sa robe ne soit trouée à cet endroit, elle n’allait pas plaquer les bords crasseux du tissu contre la plaie. Il craignait un risque d’infection, quant à Alyce et bien…Elle n’avait pas réfléchit si loin. Pour elle, ça n’était qu’une sale égratignure malgré le fait qu’elle soit tombée d’une jument plutôt haute. Une jument…Sa jument. Avec un pincement au cœur, Alyce se dit qu’elle ne monterait sans doute plus jamais à cheval de tout le restant de son existence. Puis elle imaginait sa jument trotter, voir galoper, les yeux fous de terreur de par l’odeur du sang, suivant l’étalon de Harren, jusqu’à l’entrée du fort, et le monde s’écrouler pour leur Père, qui aura ordonné à ce qu’on les recherche, à ce qu’on les trouve, et ceux qui avaient les premiers posés leur regard sur les quatre cadavres, forcés de les compter, en se rendant compte qu’il en manquait une…Elle les imaginait tourner leur regard vers la mer, alors que les Fer-Nés disparaissaient à l’horizon, et se demander comment ils allaient l’annoncer au Lord…
Oui, d’ailleurs, comment le leurs avaient-ils annoncé ? Avaient-ils emmenés les quatre corps directement pour les confier aux sœurs du Silence, et ensuite avaient-ils été, un genou à terre, annoncer la triste –quoi que triste était l’euphémisme pour un homme qui perdait coup sur coup son aîné et sa fille à marier- nouvelle ? Ou avaient-ils ramené directement les corps, pour que Quellon Fléaufort puisse regarder les yeux morts de son fils, et s’imprimer cette terrible image dans l’esprit ? Quels hurlements leur douce mère avait-elle du pousser…Et ses frères ? Le plus petit n’y aurait rien entendu, mais Ronel…Elle le revoyait encore, tellement adorable avec son épée de bois ; Je deviendrais chevalier pour te protéger des monstres ! C’était son rire, qu’elle entendait raisonner dans sa tête, et c’était encore plus dur de savoir qu’il était la, de l’autre côté de la mer, à un jour et une nuit peut-être de bateau, tout seul, propulsé au rang d’héritier légitime par le sang et les larmes…Et Symon, lui parlerait-on d’Harren et Alyce ? Peut-être pour lui insuffler la peur des Fer-Nés, on les lui décrirait comme des monstres assoiffés de sang, ce qui était une erreur. Il s’apprêterait à affronter de vraies horreurs, pour se retrouver face à des hommes. Au mieux, on le ferait tuer, lui aussi, eux tous…Elle se surprit à adresser une prière aux Sept pour qu’ils soient toujours éloignés de la côte, dans cette maudite guerre.

Elle secoua la tête, et fixa le baquet d’eau qu’on lui désignait, pour se rafraîchir. Soi-disant faisait-elle peur…Elle lui afficha une moue boudeuse, et ses yeux la piquèrent à nouveau. Une moue maudite, c’est pour elle que Harren m’a emmenée. Elle ne laissa pourtant rien paraître et se pencha sur l’eau claire pour saisir l’un des chiffon propre, qu’elle trempa consciencieusement en essayant de ne pas trop salir l’eau, avant de le plier en quatre, un joli carré, et de le porter à son visage qu’elle entreprit d’essuyer. Le contour des yeux d’abord, et la où les larmes avaient creusés leurs sillons, puis son front, et un peu son cou. Il serait sale bien assez tôt et elle ne voulait pas abuser d’avantage de l’eau. Se servant de sa main gauche, quoi qu’elle perde en dextérité, elle refusait de mouiller son bandage, toujours très soigneuse. Elle en profita pour se rincer l’autre main, avant de l’essuyer sur l’un des chiffons secs, ignorant, durant toute cette entreprise, le fait qu’elle allait devoir lever sa robe jusqu’au genou et que cela la gênait affreusement. Non pas qu’elle se cru irrésistible au point qu’il la violerait à la simple vue de sa jambe nue, mais ça n’était pas décent que de s’exhiber. Elle le devrait, pourtant, puisque son genou lui lançait et que c’était sa dernière blessure. Elle relevait, en plus, d’un simple accident, enfin…Pas vraiment. Un écart de son cheval n’aurait pu la faire tomber, elle était bien trop bonne cavalière. Mais la main de l’Assassin sur sa cheville, si, et c’était précisément ce qui avait scellé le destin des deux Fléaufort.
Raison de plus pour haïr cet homme.
« Effraierais-je moins le Trompe-La-Mort ainsi propre ? » Ce qui lui fit se demander si, par le plus grand des hasards, la Mort prenait des bains, si elle ressemblait vraiment à une grande ombre…Question stupide, elle en convenait, mais c’était le propre d’Alyce que de s’interroger sans cesse. Et souvent pour des idioties. A nouveau assise bien droite sur le coffre, elle fixait son genou, toujours hésitante. Elle avait essayé elle-même de faire de l’humour mais semblait avoir perdu son talent depuis qu’elle avait vu et enlacé son premier cadavre. Ainsi, elle se dit qu’il valait peut-être mieux éviter de recommencer pareille idiotie. Raide, elle se pencha pour prendre sa robe par le bas, et fit remonter le tissu, les yeux détournés de sa peau nue en train d’être dévoilée. Elle portait certes des bas, et des bottes, mais le tout ne montait pas bien haut, dessous le genou, et plus haut…Et bien sa cuisse était nue, même si elle prit soin de remonter assez pour libérer le passage au genou, mais pas trop, sa pudeur et son éducation en prenaient déjà un sacré coup, au point qu’elle n’osa pas baisser les yeux, jusqu’à ce qu’elle se demande pourquoi il ne disait rien et la, son regard s’abaissa sur la blessure, et ses yeux s’écarquillèrent.
La plaie était assez importante et, maintenant qu’elle la regardait en face, la lançait bien plus fort. Elle avait des morceaux de pierres coincés dedans, et le sang s’était mêlé à la poussière, à la boue peut-être aussi. Elle se fit violence pour ne pas trembler, non pas sous la douleur, mais la vue du sang l’insupportait bien trop…« C’est tout moi, que de tomber sur une pierre…Maladroite… » dit-elle, d’une petite voix, et elle savait que son visage perdait de sa couleur retrouvée. Elle détourna le regard, et s’imagina…Une jolie fleur. Rouge. Non ! Non, jaune, bleue, orange, violette, rose, une fleur arc-en-ciel sans une once de rouge. Plus de rouge, jamais plus, il devait disparaître de la terre, et le sang…Le sang devait rester dans les corps et ne plus couler. « Pardonnez moi, je pense que je vais assez mal supporter le sang pendant un moment. » Trempée par celui de son frère, puis ce contraste, pierre grise sur sang écarlate, il lui donnait la nausée. Une nouveauté, cela dit, puisqu’elle n’avait jamais eu de problèmes jadis et qu’elle était la première à assister le mestre –enfin à regarder- lorsqu’il soignait Harren, fourbu de l’entraînement, dont une lame ou l’autre lui avait égratigné un carré de peau malheureusement mit à nu. Rien d’aussi grave que celle à sa poitrine…Un geyser de sang, ç’avait été. Ne puis-je pas pensé à autre chose qu’à ce rouge maudit ?! s’énerva-t-elle, consciente qu’il était idiot de sa part d’être ainsi traumatisée, sans pour autant y faire quoi que ce soit. Et si c’était le sang de l’Assassin, tournerait-elle de l’œil ?
Non, avait-elle envie de répondre.
Mais probablement était plus correct.
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Message Lun 5 Sep 2011 - 13:49

Harald ne put que sourire lorsqu'il vit la jeune fille rougir. Malgré le fait qu'elle se trouvait dans cette situation, seule au milieu d'un navire emplis de Fer-Nés, et tout en sachant que l'un d'eux allait la prendre pour femme... et la prendre tout court, soyons honnêtes, elle gardait cette part de pudeur en elle, cette pudeur que seule une lady, ou une lady en devenir pouvait rassembler. Ce qui montrait à quel point elle estimait le capitaine, en un sens. Aurait-elle fait de telles manières avec celui qu'elle nommait l'Assassin? S'énerver, lui dire qu'il n'en était pas question, ou faire face avec dignité, se laisser faire en silence... mais jamais elle n'aurait ainsi rougi face à Godrik, ni détourné les yeux.
Mais malgré tout, si elle refusait, il faudrait qu'il envoie sa pudeur par dessus bord et qu'il prenne les choses en main. Une chute de cheval ne laissait que rarement peu de séquelles, surtout vu l'endroit où elle avait du tomber. Le sol là-bas était rocailleux, pas comme les plages du Vieux Wyk où la roche avait laissé place à un sable fin à force d'être travaillée par les eaux. Si elle avait eu la malchance de tomber sur une pierre un peu pointue, son genou serait dans un sale état. Quelque chose dont il faudrait s'occuper vite, avant que la blessure n'empire.
Il jeta un regard rapide au genou de la jeune fille, et il eut la confirmation que la plaie s'y trouvait. Mais la robe y était trop accrochée, salie, souillée, pour qu'il soit possible d'y voir quoi que ce soit. Elle n'aurait vraiment d'autre choix que de soulever sa robe. Ou d'en arracher le bas, ce qui serait largement pire reconnaissons-le.
Et lorsqu'elle changea d'expression, il comprit que le lien qui s'était tissé entre eux était bel et bien sincère. Elle avait réagi à sa plaisanterie avec une moue digne des plus grandes jeunes Ladys du monde connu, une moue si boudeuse qu'il du se retenir d'éclater de rire. Il n'avait plus l'habitude que les gens agissent ainsi avec lui. Et c'était rafraichissant. Enfin quelqu'un qui ne lui donnait pas du « capitaine », ni du « Lord », quelqu'un qui ne s'éloignait pas de lui ou ne le regardait pas de haut. Elle était quelqu'un qui le traitait comme un égal ou, au moins, comme... un ami? Un frère?
Même si c'était étrange de penser qu'ils puissent entretenir une telle relation, Harald ne vit pas d'autre mot qui aurait pu définir ce lien, si puissant, mais à la fois si instantané, si naturel. C'était le genre de lien qui se créait sans même que l'on y pense. Un lien qui venait de l'intérieur, qui était... nécessaire. Il n'aurait jamais pu ne pas être, et il semblait qu'il avait toujours été là, malgré les différences qui pouvaient exister entre ces deux personnes.
Même Elyn n'était plus aussi proche de lui, depuis la mort d'Andrik. Et encore moins depuis celle de Kyra. L'âge les avait séparés. La souffrance les avait séparés. Alors que pour Alyce et lui... les épreuves communes qu'ils avaient souffert les avaient rapprochés plus que des liens du sang n'auraient pu le faire. Et ce en juste une nuit. Une simple nuit, qui aurait pu être comme les autres. Une nuit qui avait commencé comme la précédente, ou celle d'encore avant pour Harald. Alors que c'était une nuit extraordinaire pour la jeune fille. La première nuit de sa nouvelle vie.
Le capitaine observa la jeune fille se laver d'un oeil distrait, se demandant si lui aussi devrait faire de même. Mais il avait besoin de l'eau pour s'occuper de la blessure. Sa propre apparence pourrait attendre qu'il soit rentré à Vieux Wyk. Après tout, tous avaient l'habitude de le voir revenir victorieux, le visage encrassé, arborant fièrement ses peintures de guerre, et les traces de sang de ses victimes, voire même de légère blessures pour se rajouter à celles qui existaient déjà.
Mais ce jour, il n'avait pas subi la moindre blessure, et ses vêtements étaient propres. Pas une trace de sang n'y était visible, et c'était un fort heureux hasard. Nul doute que s'il avait été ensanglanté en allant voir la jeune fille, la confiance qu'elle lui aurait accordé aurait été bien moindre...
Malgré tout, il put voir le visage de la jeune fille changer. Ou plutôt son regard. Une certaine flamme commençait à y briller. Une flamme qu'il avait abandonné depuis des années. Celle de la colère. C'était la colère qui l'avait perdu une fois. Il ne la laisserait plus le consumer. La rage froide et maitrisée était tellement plus efficace, lorsque l'on savait l'utiliser, que la haine dans sa forme la plus primordiale, la plus simple. Même la vengeance devait être servie avec recul, et être utilisée comme on l'entendait. On devait être maître de sa colère. Ne pas la laisser nous maîtriser.
S'il avait eu plus de temps avec Alyce, le Trompe-la-Mort aurait sans doute essayer de lui apprendre ces subtilités, de l'aider à mieux contrôler ses émotions pour qu'elle puisse s'en servir comme elle le voudrait. Mais il n'avait pas de temps devant lui. Dès le lendemain, ils toucheraient terre, et elle passerait entre les mains de Godrik pour aller vivre avec lui. Cette nuit était le seul moment qu'ils auraient ensemble de toute leur existence.
Et Harald le regrettait déjà. Dès le lendemain matin il redeviendrait simplement le Trompe-la-Mort, un homme craint et respecté... mais jamais aimé ni apprécié autrement qu'en tant que capitaine.
Il chasse ces idées de son esprit... ou plutôt elle les chasse en plaisantant à nouveau et, même si elle avait utilisé son surnom plutôt que son vrai nom, il savait que c'était davantage pour un effet de style. Pour donner à sa phrase un léger aspect comique, sympathique. Il sourit.
Et pour accompagner la récompense qu'il lui donnerait, il mit sa main dans l'eau... et éclaboussa un peu le visage de la jeune fille.

« Il y a encore du travail à faire, mais avec un peu de chance cela suffira à m'éviter la crise cardiaque. »

Il se rendit compte de la façon dont il parlait à cette jeune fille... Il lui parlait comme il aurait du parler avec tout le monde. Comme un jeune homme. Comme un garçon de vingt-six ans, ce qu'il était. Il avait vieilli trop vite. Il était devenu un capitaine trop vite.
Où était passé le temps des plaisanteries et des blagues? Où était passé le temps des célébrations et de l'humour? Noyé, avec Kyra et Andrik. Après tout, comme tout Fer-Né, il savait se réjouir d'une victoire, et boire jusqu'à ce qu'il en tombe par terre, rire avec les hommes, chanter avec eux... Mais il ne participait jamais bien longtemps. Et son humeur redevenait bien vite maussade. Non, il n'était plus un jeune homme. Il était l'élu de son Dieu, le Trompe-la-Mort, un capitaine, un soldat. Mais plus un homme, plus du tout...

Puis elle souleva sa robe, lentement, hésitante... Elle avait détourné les yeux, chose que Harald ne se permettrait pas. Pas par plaisir pervers d'observer la chair nue être dévoilée. S'il voulait voir une jeune jambe, il pouvait aller dans la cale ou dans sa demeure, il y trouverait tout ce qu'il fallait. Là, il était à l'affut de la moindre blessure qu'elle aurait ignoré, d'une coupure qu'elle n'aurait senti ou vu... Et lorsqu'il vit la blessure qu'elle s'était faite au genou, il fut heureux d'avoir insisté pour voir cette blessure. Si on ne la soignait pas vite, cela tournerait mal. La plaie était sale, emplie de rochers, de poussière... et elle n'était pas encore vraiment refermée. Le moindre mouvement trop brusque déchirerait le léger film qui s'était créé au-dessus d'elle, et le sang coulerait à nouveau à flots.
Il resta ainsi à l'observer, se demandant s'il n'allait pas simplement cautériser la plaie comme il l'avait appris, lorsque la voix d'Alyce se fit à nouveau entendre. Elle critiquait sa propre maladresse, et le fait qu'elle ne supporterait sans doute plus la vue du sang pendant quelques temps. Compréhensible. Elle avait baigné dans celui de son frère. Lorsque Kyra s'était faite attaquer par les chiens, que son visage avait été déformé par les blessures, il n'avait pu non plus voir de sang pendant quelques temps sans devenir pâle et menacer de tourner de l'oeil. Heureusement, Orell l'avait bien formé, et cette phobie avait disparu rapidement.
En espérant qu'elle en ferait de même pour la jeune fille.

« Il est inutile de s'accorder le blâme de quelque chose pour lequel on ne peut rien. Tu n'aurais eu aucun moyen d'éviter cette pierre, alors je t'interdis de considérer que c'est de ta faute si tu es blessée. »

Et bien entendu, ses mots avaient une deuxième écoute. Une deuxième écoute à laquelle la jeune fille ne serait pas sourde. Il aurait pu tout aussi bien le dire clairement : « Il ne sert à rien de te torturer pour la mort de ton frère. C'était sa décision, et tu n'aurais pas pu l'empêcher de la prendre, alors cesse d'être envahie par la culpabilité ». Mais il ne pouvait le dire à haute voix. Il fallait qu'elle fasse ce cheminement seule, plutôt que de simplement lui dire « Je le ferais ». C'était ainsi que l'esprit humain fonctionnait toujours.

« Quant au sang... tu ne devrais plus avoir à en voir pendant quelques temps. Le Vieux Wyk est un lieu calme, sur lequel le sang n'est jamais versé. Tu y seras bien. Et tu y seras seule, la plupart du temps... Lorsque je prends la mer, tous mes marins me suivent. Et je prends souvent la mer. Si la solitude te pèse, je pourrais peut-être t'envoyer quelques gens... si ton mari l'accepte bien entendu. Il faudra juste le lui demander. Je ne fais rien dans le dos de mes hommes, je les respecte trop pour ça. »

Il ignorait pourquoi il disait tout cela. Encore cette envie de la rassurer? D'être bon avec elle? C'était fort possible. Restait à savoir comment elle le prendrait.
L'instant suivant, il s'était penché sur la jambe d'Alyce, la prenant délicatement de sa main gauche, l'allongeant au maximum sans que cela lui fasse trop mal. Elle avait un peau digne des contrées vertes... une peau blanche, douce, malgré le temps passé dans la cale de ce navire. Alors que la sienne était usée par le sel et le vent, usée par le travail et le combat. Rien que son contact devait lui paraître étrange...
De son autre main, il se saisit d'un chiffon propre qu'il trempa dans l'eau, et s'attaqua à la blessure. Elle fut plus difficile à nettoyer que l'autre, le retrait des cailloux s'avérant une opération complexe s'il la voulait sans douleur. Et il la voulait sans douleur. Quant au nettoyage en lui-même... il dut finir d'arracher quelques morceaux de peau en trop mauvais état, qui auraient ralenti la cicatrisation, verser quelques gouttes d'eau alcoolisée sur la blessure afin de la rincer en profondeur, avant de tendre la gourde à Alyce, au cas où la soif lui serait revenue. Ce qui était fort probable, il le savait.
Mais finalement, la plaie fut entièrement nettoyée, et il décida de ne pas la cautériser. Elle se refermerait seule, avec le temps. Et elle aurait beaucoup de temps devant elle, à partir du lendemain.
Il se saisit donc d'un autre chiffon et lui enserra le genou avec, un pansement fait avec l'expertise d'un homme qui soignait lui même chacune de ses blessures depuis qu'il était ressorti de l'océan. Après tout, personne d'autre que lui (sur ce navire en tous cas) n'avait été formé par un prêtre du Dieu Noyé à cet art, alors pourquoi confierait-il le soin de ses propres blessures à quelqu'un d'autre?
Il versa à nouveau du liquide alcoolisé sur le bandage, pour l'en imprégner et faciliter la fermeture de la plaie.

« D'autres blessures dont tu aurais conscience? Dans tous les cas, il faudrait que je vérifie. Des fois, la douleur d'une plaie en fait ignorer une autre, comme me l'a si bien appris Orell. »

Si elle savait lire entre les lignes, elle savait ce que cela signifiait. Et Harald n'apprécierait pas cela plus qu'elle. Mais c'était nécessaire.
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Message Mar 6 Sep 2011 - 13:17

Du sang, toujours du sang, sa vision en était pleine…Et sans Harald, sans doute le serait-elle restée. Il lui donnait matière à ne plus penser, il l’aidait à sourire, se voulait encourageant, comme une mauvaise enfant, qui apprend mal à devenir ce qu’on veut d’elle, comme une fille trop farouche pour devenir une dame, comme…Elle. Oui, elle tentait d’être appliquée dans cette vie nouvelle, mais elle reprenait ses mauvaises habitudes de temps à autre, elle se comportait comme une femme du continent, et non une fille des Îles. Elle se demandait comment étaient les femmes, là-bas…Toutes des hommes ? Toutes à devoir servir sur les navires ? Savaient-elles se battre ? Manier une épée ? Ou étaient-elles encore plus soumise et aimable que celles qu’avait pu rencontrer Alyce ? Bon nombre de questions affluaient, et plus le temps passait, plus il y en avait, et elle n’y pouvait rien. Elle avait envie de les poser, envie d’avoir des réponses tout de suite, comme une enfant trop gâtée, mais elle savait que trop de questions n’est jamais bon. Apprendre par soi-même, et la chose sera mieux retenue. Elle avait toujours agis comme cela, bien que la peur la tiraille, que l’inconnu la travaille. Elle pensait à ses questions, les trouvant pertinente, mais, au moment d’ouvrir la bouche, rien ne valait vraiment qu’elle bavasse, elle pouvait économiser sa salive, cesser d’être aussi curieuse, car nuls doutes, elle en aurait de graves problèmes.
Mais qu’importait, la, tout de suite.
Elle se mit donc à soulever sa robe, doucement, et les joues rougies comme jamais, presque autant qu’un coquelicot. Il n’était pas correct de s’exhiber de la sorte, même si c’était un besoin vital, même si sa blessure menaçait d’être grave, même si cet homme ne la désirait pas, ne la prendrait pas, ne l’enlèverait pas non plus au destin funeste, il le lui avait bien dis. Sans doute serais-ce contraire à la fameuse « Antique Voie » qu’il citait sans arrêt sans prendre le temps de lui expliquer en quoi elle pouvait bien consister. Un secret Fer-Né, accessible aux seuls Fer-Nés, du moins c’est ce que pensait Alyce. Peut-être étais-ce des lois, des coutumes, peut-être cela avait-il rapport avec leur dieu unique, comme un livre où l’on expliquait ses préceptes, comment le prier…Ou peut-être n’étais-ce qu’un mot pour désigner la guerre et ses règles, communes à tous les peuples, mais qu’ils avaient choisi de nommer d’une façon différente. Elle aurait bien voulu savoir, elle aurait, si elle avait pu, posé cette unique question, mais quelque chose lui disait que ce n’était pas correct, que c’était sans doute trop personnel, et que si elle devait le savoir à un moment donné, et bien…Ce serait de sa propre initiative. Elle l’avait déjà bien trop embêté avec ses nombres questions.
Trop nombreuses.
Et ses plaintes, sa culpabilité, ah !

Il lui fit comprendre, de façon claire, et ce par une métaphore plutôt habile, que rien n’était de sa faute dans tout ce qui était arrivé. Ce qu’il ne comprenait pas, c’était que Alyce avait un besoin désespéré d’haïr quelqu’un pour sa douleur, pour ses pleurs, pour tout ce qu’elle endurait. Il lui fallait un visage, un nom, un acte, et si elle haïssait l’Assassin, ce n’était pas suffisant car certes, l’épée avait été brandie par lui, le coup fatal avait été porté par lui, mais jamais il n’en aurait eu l’occasion si Harren n’avait pas fais demi-tour quand elle avait crié, en tombant. Un cri…Le destin de la maison Fléaufort s’était joué sur un cri. C’était comme croire que le battement d’aile de papillon pouvait déclencher une tempête, à son sens, c’était impossible, et pourtant…Pourtant son simple cri, un son, sortit de sa gorge, avait condamné son frère à la mort, sa famille à la tristesse et au désespoir. Leur mère pourrait sans doute engendrer encore un enfant, peut-être deux, pour remplacer ceux qui étaient perdu, ou alors se laisserait-elle mourir de chagrin ? Elle qui aimait tant son fils aîné, qui était si fière de sa fille…Comme elle devait la haïr, aujourd’hui. Et c’était peut-être par respect envers cette haine méritée, que Alyce refusait de se départir de cette culpabilité. Elle la reliait encore à sa maison…Et si quelqu’un avait assisté à la scène, si quelqu’un avait été tout rapporté, alors oui, ils la haïssaient, mais au moins ils pensaient à elle.
Ah, si peu de choses, si petite fille, femme, que ne faut-il pas faire pour trouver un peu de réconfort.
Du réconfort, d’ailleurs, le capitaine du boutre se chargea de lui en donner à nouveau. Elle ne verrait sûrement plus de sang avant un moment, affirmait-il, et l’Assassin serait rarement avec elle. Ainsi, elle quittait une vie pleine d’amis, de frères, et une sœur aussi, une sœur par le cœur avec qui elle avait grandis. Elle quittait cette vie agréable pour une condamnation à la solitude. Que ferait-elle, à tourner en rond dans une demeure qu’elle voyait tantôt énorme, tantôt minuscule, avec de hauts murs gris en pierre austère, dont l’intérieur serait humide et glacé, que même le feu ne réchaufferait pas. Dans son autre vie, elle aimait lire. L’Assassin avait-il des livres ? Si ç’avait été Harald, elle aurait pu dire que oui, noble qu’il était lui-même, mais l’autre…L’autre n’était qu’un marin sans doute illettré et débile. Elle aimait aussi dessiner, son imagination d’enfant adorait représenter des dragons selon les descriptions des livres, ou selon les dessins qu’elle pouvait y voir. Elle adorait aussi dessiner sa maison, et faire des portraits. Elle en avait terminé un de son cadet justement, une semaine avant le drame. Non, elle ne pouvait dire drame, désormais elle dirait : événement. Une semaine avant l’événement, donc, elle dessinait encore, et le croquis devait traîner dans sa chambre. Pourrait-elle dessiner ? Avaient-ils seulement de quoi faire ? Une plume, de l’encre, de la feuille en suffisance ? Il lui proposait de lui envoyer des gens, pour lui tenir compagnie, et elle en aurait été heureuse…Bien que refroidie, soudainement, lorsqu’il lui rappela que désormais tout devrait passer par le consentement de son mari, infâme mari, qu’elle voudrait voir mort, et qu’elle étoufferait elle-même si elle était certaine de le surpasser physiquement, hors…Il était beaucoup plus grand qu’elle, beaucoup plus musclé, beaucoup plus fort, et avait du en affronter de plus coriace. Peut-être allait-il la battre, si elle essayait, ou…Ou peut-être pas. Harald lui avait dis, qu’il ne la maltraiterait pas, mais pouvait-elle le croire ? Avait-il déjà d’autres femmes, comme elle ? Et si c’était le cas, comment serait-elle accueillie parmi ces autres, dont elle ne connaissait absolument rien, et qui venaient peut-être du continent, peut-être de plus loin, ou peut-être simplement des Îles. Nouvelle perspective d’inconnu et elle avait peur, oui, elle ne pouvait le nier. Mais moins qu’avant, grâce à lui.
Elle devait vraiment trouver un moyen plus convainquant de le remercier qu’un simple mot et la promesse de vivre.
Il se pencha sur son genou, et l’observa avec attention, comme pour déterminer s’il valait mieux lui couper la jambe ou la laisser pourrir la. A la réflexion, elle se dit qu’il ne songeait sûrement pas à cela, mais à nouveau son imagination lui jouait de mauvais tours. Il prit l’un des chiffons, et commença à nettoyer autour. Cela piquait, et il n’y pouvait rien, et elle ne montra d’ailleurs rien hormis en se mordant la lèvre –pas trop fort elle avait déjà assez de plaies à soigner. Le pire fut sans doute lorsqu’il entreprit de retirer ces maudits cailloux, petits éclats gris sur le sang et les bords à la couleur terre de la plaie. Il était très doux, et elle lui en était gré, mais pas assez, hélas, il aurait fallu l’endormir pour qu’elle ne sente rien, ou lui donner une potion de mestre, mais enfin, elle savait tout de même résister à une douleur si quelconque, banale, malgré la plaie terrible. Il appliqua le linge humide sur son genou, et acheva de le rincer, avant d’emballer aussi proprement que sa main la plaie qui cicatriserait toute seule. Enfin terminé songea-t-elle en laissant sa robe retomber jusqu’à plus bas que ses chevilles, se sentant tout de suite mieux, décente, se sentant être une meilleure femme. Les putains s’exhibent, pas les Ladies, et même si elle n’était plus véritablement une future lady…

« D'autres blessures dont tu aurais conscience? Dans tous les cas, il faudrait que je vérifie. Des fois, la douleur d'une plaie en fait ignorer une autre, comme me l'a si bien appris Orell. »
La phrase la coupa nette dans ses réflexions.
Si elle l’avait voulu, elle se serait arrêté au sens premier. Elle aurait souris, et lui aurait dis : Tout va bien désormais, merci beaucoup. Et ils auraient parlé d’autre chose, ou alors il aurait pris congé, ou elle aurait demandé à prendre congé, consciente d’avoir abusé du temps précieux du capitaine si aimable. Hélas, mille fois hélas, elle était trop maligne, trop attentive, et avait lu dans ses yeux qu’il ne parlait pas uniquement des blessures physiques. Tenait-il réellement à ce qu’elle se laisse aller ? Qu’elle se remette à pleurer, mais cette fois en parlant ? Qu’elle lui demande de la prendre, de l’enlever à cet assassin, qu’elle mentirait, qu’elle affirmerait qu’il la frappait, la violait, qu’elle ne voulait pas, qu’il avait été cruel, et qu’ainsi le châtiment serait juste au regard de leurs coutumes ? Elle ne pouvait nier y avoir pensé, car sans doutes la captivité serait-elle plus agréable dans une forteresse avec d’autres véritables dames, où elle pourrait s’endormir sans redouter d’être souillée, d’où elle pourrait peut-être même envoyé un corbeau à sa famille…
Pour dire quoi ?
« Je suis en vie, Mère, mais prisonnière sur les Îles de Fer. Harren est mort par ma faute, l’un d’eux m’a fait tomber de cheval, il a fait demi-tour pour me sauver mais l’a payé de sa vie. Pourquoi ne suis-je pas encore morte moi-même ? Sans doute parce que l’un d’eux me trouve à son goût. Bientôt je ne serais plus vierge, je ne serais plus rien, car c’est l’assassin de mon Frère qui m’a prise, de force, et le capitaine l’a châtié pour m’avoir violée, puis prise sous son aile. Cela dit je suis toujours prisonnière et je ne reviendrais sans doute jamais. »
Il y avait lettre plus joyeuse à envoyer.
Et pensées plus heureuses. Alyce savait pertinemment qu’elle ne pourrait échapper à ce qui l’attendait, que l’homme en face d’elle était droit, honnête, et respectueux des codes qui étaient les siens, et le sont d’ailleurs toujours. Elle était certaine que même à genou et en larmes, elle n’obtiendrait rien, et d’ailleurs, elle n’allait strictement rien demander. Elle pourrait survivre, elle pourrait passer outre les assauts du nouveau mari, elle pourrait supporter les douleurs de la naissance si jamais les Dieux étaient assez cruels pour la rendre fertile dans ces moments, elle pourrait prendre sur elle, oui. La vie serait bien moins rose, elle aurait souvent envie de se jeter dans la tempête, de s’enfoncer une épée tranchante dans la poitrine, comme pour Harren et d’attendre la mort. Elle pourrait, oui, et ainsi l’Assassin aurait tué pour rien…
Tué pour rien. C’était sur ce terme qu’elle tiquait. Harren n’était PAS mort pour rien, n’était PAS mort pour qu’elle gâche l’opportunité de cette nouvelle vie, PAS mort pour qu’elle l’insulte en se tuant elle-même. Le chagrin n’excuserait pas son acte, et elle décevrait non seulement son frère, mais également l’homme en face d’elle. Un homme bien, un homme…Bon, malgré sa naissance. « Vous ne parlez pas de douleur physique, n’est-ce pas ? » demanda-t-elle, bien que la question n’en soit pas vraiment une, simplement une déduction, juste, elle espérait, au risque d’avoir l’air idiote, au risque de paraître faible et en réel manque de soutien. « Je sais que j’ai mal…Vraiment mal, mon cœur me torture, ma mémoire ne veut pas oublier la scène à laquelle j’ai assisté, elle refuse d’effacer les yeux de ser Andrik, que j’ai regardé mourir droit dans les yeux afin qu’il ne soit pas seul. Elle refuse d’effacer mon cri alors que je tombe de cheval, elle refuse d’effacer Harren qui fait demi-tour, ni cette épée…Qui transperce sans poitrine, avec une telle violence qu’il… » Elle secoue la tête. Non, elle ne veut pas, elle ne peut pas, pas continuer à parler ainsi, paraître si fragile… « Et je crois que ça ne s’effacera jamais réellement, que j’aurais mal longtemps, comme ces vieux soldats avec leur blessure de guerre. Mais quand ça deviendra trop insupportable, quand j’aurais envie de me jeter dans l’océan…Je penserais à vous, à tout ce que vous m’avez dis, à la façon dont vous avez été bon avec moi, malgré le fait que vous ayez conduit cette expédition. Et je me souviendrais de ma promesse…Alors…Si vous craignez que les blessures de mon cœur entraîne ma mort… » Elle releva la tête, un pâle sourire d’une tristesse à fendre le cœur figé sur ses lèvres : « Disons que vous faites un bon bandage. »
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Message Mer 7 Sep 2011 - 3:18

Il resta silencieux quelques secondes après avoir posé sa question, observant les changements dans l'expression d'Alyce. Il savait qu'elle aurait pu passer à autre chose, changer de sujet, lui assurer que tout allait bien. Beaucoup de jeunes filles l'auraient fait. Elles auraient simulé d'aller mieux, simplement pour repartir, s'éloigner du Fer-Né, du capitaine du navire qui les avait emmenées. Ou elles auraient fait semblant de ne pas comprendre la question, détourné la conversation... Voilà ce qu'aurait été un comportement typique de jeune noble des contrées vertes.
Mais Alyce, elle, n'était pas le genre de personne qui allait jouer à aller bien quand tout allait mal, elle lui avait bien prouvé. Pas plus qu'elle ne ferait mine de ne pas être assez intelligente pour avoir compris ce que Harald voulait dire. Elle était au-dessus de cela. Et elle était plus fine qu'elle n'aurait pu le laisser croire lorsqu'il l'avait vue ce qui semblait être une éternité plus tôt sur le pont du navire, presque prête à se jeter à l'eau. Il aurait presque cru se trouver face à une autre personne, entre cet instant, et l'instant présent. Elle avait changé. Elle se tenait plus droit, son regard ne fuyait plus. Elle s'accrochait à la vie de toutes ses forces, se servant de sa colère et de sa tristesse comme un infirme se servirait d'une cane. Elle avait repris sa noblesse, sa dignité. Et Harald priait silencieusement pour qu'elle n'ait jamais à la perdre à nouveau. Elle avait trop perdu pour qu'on lui ôte le peu qui lui restait de la personne qu'elle avait été jusqu'à cet instant. Personne ne devrait avoir à perdre ce qu'il était vraiment au fond de lui.
Harald savait que Godrik la traiterait bien... mais la laisserait-il rester ainsi, telle qu'elle se trouvait face au capitaine? Il était un bon marin, et un homme droit, certes... mais ferait-il un bon mari, compréhensif, aimant, précautionneux, tendre? Aux dernières nouvelles, il était loin de briller par ses compétences dans les relations sociales. L'un de ses surnoms n'était pas « le muet » pour rien. Et comme tous les surnoms Fer-Nés, il était mérité...
Et même si de nombreuses femmes avaient connu sa couche, Alyce serait sa première femme-sel. La première avec qui il s'engageait d'une façon vraiment durable, selon les préceptes de l'Antique Voie. La première dont il devrait s'occuper en retour. Saurait-il gérer la situation et tout ce qu'elle impliquait? C'était une question à laquelle Harald, malgré toutes ses années de service aux côtés de Godrik, malgré la prescience avec laquelle il était capable de lire en ses hommes, ne pouvait pas répondre. Seul l'avenir pourrait le faire. Et il espérait que l'avenir réservait à Alyce et Godrik de bonnes surprises. Qu'il saurait les préserver.
Le souvenir d'un cri dans un château, celui d'un messager sur la mer, celui d'une flamme dans les ténèbres... Ces souvenirs et bien d'autres... Tous lui répondirent que l'avenir ne réservait jamais de bonnes surprises. L'avenir frappait lorsque l'on s'y attendait le moins. Et il frappait fort.
Il s'arracha à ses pensées lorsqu'elle lui répondit. Elle avait compris qu'il ne parlait pas uniquement de blessures physiques, mais de blessures plus profondes. De ces blessures qui ne guériraient sans doute jamais, mais qu'il fallait malgré tout expier d'une façon ou d'une autre, laisser sortir, laisser respirer. Des blessures qu'Orell lui-même aurait eu du mal à soigner, même s'il avait tenté de le faire à chaque fois que les Timbal en avaient eu le besoin, et qu'il avait tenté d'enseigner cet art à Harald, au même titre que les autres.
Le capitaine l'incita à continuer d'un hochement de tête, posant doucement sa main sur l'épaule de la jeune fille. Un geste qui était devenu inconscient, et Harald se maudit quelques instants pour cela. Non pas pour la douceur et la compassion qu'il exprimait, mais pour le fait que cela dépasse ses pensées. Il était un soldat, un guerrier, un combattant, maître de son corps et de son esprit... et lorsqu'il était avec elle, il perdait le contrôle des deux. Être gentil, compatissant... il avait oublié ce que cela faisait, mais cela ne le dérangeait pas de l'apprendre à nouveau. Par contre, le faire sans s'en rendre compte... Ce n'était pas digne de l'homme qu'il était. De l'élu du Dieu Noyé. Si une autre Alyce se levait face à lui, mais que celle-ci avait décidé de reporter sa haine sur lui plutôt que sur l'Assassin, comme elle le nommait? Si elle profitait de sa faiblesse inconsciente pour l'abattre, faire ce que cette femme du Bief avait fait bien des années plus tôt? Rien que d'y penser, il sentit un picotement au flanc, et une douleur à la gorge, là où la dague l'avait frappé. Peut-être que cette fois, il n'aurait pas autant de chance. Peut-être que le Dieu Noyé se retournerait contre le lieu, le maudissant pour sa faiblesse et pour son humanité.
Consciemment cette fois, il passa son doigt sur cette deuxième blessure, qui lui semblait aussi vivace qu'au premier jour, tout en écoutant Alyce reprendre la parole.
Il l'écouta... et sa main se crispa sur l'épaule de la jeune fille lorsqu'il entendit un nom. Un nom bien précis, que personne n'osait plus prononcer en sa présence depuis qu'il avait pris le contrôle de ce navire... « Andrik ». Il l'avait relâchée immédiatement, mais il était probable qu'il lui avait fait mal.
Une coïncidence, rien de plus. Mais l'était-ce vraiment? Ou était-ce un signe du Dieu Noyé, ou d'une quelconque puissance supérieure? Elle avait vu mourir un dénommé Ser Andrik... comme lui avait découvert sur la plage de sa naissance le cadavre de son propre frère : Andrik Timbal. Andrik le Rusé. Andrik le Bien-aimé. Tous l'appréciaient, tous l'aimaient... et il était mort, laissant son rôle au sein de la maison à Harald. Il était mort pour que Harald devienne l'homme qu'il était à ce jour.
Et dans ce cas, Alyce et lui n'avaient-ils pas suivi le même parcours? Quelqu'un était mort sous leurs yeux pour les faire devenir qui ils étaient. Ils avaient perdu la personne qui comptait le plus pour eux. Et ils avaient aussi perdu un Andrik.
Oui, ils étaient similaires, en bien plus de points que les septas ou mestres des contrées vertes n'auraient pu l'imaginer. En bien plus de points que Harald lui-même n'aurait pu l'imaginer. Il la gratifia d'un regard plein d'excuse alors qu'elle continuait son récit.
Elle lui parla de ce que sa mémoire ne voulait effacer, ne voulait lui permettre d'oublier... Comment aurait-elle pu? La douleur était trop fraiche, trop récente...
Et qu'est-ce que Harald aurait pu dire pour la rassurer? Il ne savait que trop bien les tours que la mémoire jouait lorsqu'il s'agissait de souffrance. A chaque fois qu'il fermait les yeux, il revoyait chacun de ces instants, il entendait chacun de ces bruits... Il revoyait ce chien et ces lances plantées dans son corps. Ce jeune corps étendu par terre dans son propre sang. Il revoyait ce cadavre boursouflé par les océans, dévoré par les poissons. Il entendait ces hurlements et ces suppliques. Il entendait les voix qui l'appelaient alors qu'il plongeait vers les abysses. Il revoyait ces ténèbres insondables. Il revoyait les visages de ceux qui étaient partis avant lui. Et il entendait la voix. Celle qui l'appelait. Celle qui lui disait...
Non, la mémoire n'abandonnait jamais. Elle ne laisserait jamais l'âme d'Alyce en paix, pas plus qu'elle n'avait laissé celle de Harald. Mais c'était ainsi qu'allait la vie. Et, de toutes façons, pourquoi oublier? Il ne fallait jamais oublier. Il fallait vivre avec. S'en servir. Et continuer à avancer, comme toujours.
Et Alyce semblait s'en rendre compte. Elle savait que cela ne partirait jamais. Sa comparaison avec les blessures des soldats était juste. Et meilleure que n'importe laquelle de celles que Harald aurait pu essayer de faire. Il passa encore la main sur la blessure qui ornait sa gorge. Une blessure, un souvenir... tout ceci était mêlé en lui. Ne faisait plus qu'un avec son être.
Il sourit. A vingt-six ans, il pensait déjà comme un vétéran... Ce n'était pas bon signe pour l'homme qu'il serait lorsqu'il aurait l'âge de son père. Même s'il savait qu'il n'atteindrait jamais cet âge là. Un homme comme lui aurait une vie remplie, une vie qui ferait écho à travers les âges, une vie que l'on célébrerait pendant des générations et des générations... Mais plus une flamme brille vivement, plus elle est éphémère. Celle de Harald viendrait bientôt à sa fin. Quelques années, tout au plus. Avec un peu de chance, le temps de donner un héritier à sa maison...
Alyce secoua la tête, se redressant sans doute inconsciemment, sous les yeux de Harald, qui la voyait sans la voir. Sur le visage de la jeune fille ne cessait de se superposer celui d'une autre jeune fille, blonde, elle, au visage déformé par les morsures d'un chien, mais dont le sourire et la gentillesse n'auraient jamais pu être altérés... Même l'océan n'avait pas pu les effacer, il en était sûr. L'océan les avait préservés éternellement... et elle siégeait aujourd'hui avec Andrik, dans les halls du Dieu Noyé. Et il les rejoindrait tous deux bien assez tôt...
Il fut sortit de ses macabres pensées par la suite de la déclaration d'Alyce. Il n'aurait jamais cru que quelqu'un pourrait parler ainsi de lui. Qu'une jeune fille qu'il avait arraché à sa vie, à sa famille, à tout ce qu'elle connaissait puisse penser à lui pour se protéger, pour continuer à avancer...
C'était ce qu'il avait voulu en intervenant mais, avait-il cru que cela allait fonctionner? Jamais. Et pourtant...
Lorsqu'elle releva son visage, il crut voir en elle toute la souffrance du monde. Même si sa tristesse s'était déversée autant qu'elle le pouvait, Alyce restait seule au monde, si fragile, perdue... Une jeune fille en détresse. Une jeune fille qui avait besoin qu'on l'aide, qu'on la protège.
Et malgré tout elle souriait. Un sourire si mélancolique, si triste, mais un sourire malgré tout.
Et alors, sans même comprendre ce qui lui arrivait, Harald sentit son visage se rapprocher de celui de la jeune fille, lentement... Etait-il en train de faire ce qu'il pensait être en train de faire? Comment pouvait-il... comment pouvait-il laisser ainsi son corps et ses émotions régir son être, lui, le Trompe-la-Mort?
Mais ce n'était pas comme s'il avait un quelconque choix. Pas comme s'il avait le temps de réagir à ses actes, aux conséquences qu'ils entraineraient... Etait-ce une trahison de l'Antique Voie? Un simple baiser, rien de plus. Un geste de tendresse, encore une fois, plus que de désir charnel.
Et à l'instant où leurs visages auraient pu se toucher, où il aurait pu faire preuve de cette tendresse si étrange venant de lui, quelque chose le retint, comme une main invisible. L'honneur? L'Antique Voie? Un reste quelconque du capitaine, du Trompe-la-Mort, qui dominait l'être humain qu'il était au fond de lui?
Toujours était-il qu'il détourna le visage, regardant vers le sol. Peut-être rougissait-il. Il n'en savait rien. Il avait le souffle court. Effrayé par ce qu'il avait failli faire. Effrayé par le fait qu'il perde le contrôle ainsi.
Effrayé de ne pas être allé jusqu'au bout. Le regrettant, même. Quel mal cela aurait-il pu causer? Un simple geste tendre au milieu de ce chaos, de ces carnages, de ce sang et de ces guerres...
Jamais plus il n'avait connu la tendresse. Les femmes qu'il avait pris? De quoi assouvir des désirs charnels, des désirs naturels. Même s'il les respectait, jamais il ne serait tendre avec elles. Jamais il ne pourrait les aimer. Alors que cette jeune fille, qui ne lui appartenait pas...
Il entendit juste sa propre voix s'élever, n'osant toujours pas la regarder dans les yeux :

« Désolé. »

Que pouvait-il dire d'autre? Quel autre mot aurait-il pu prononcer qui aurait eu plus de sens, plus d'importance en cet instant? Ce simple mot valait toutes les explications du monde. Tous les longs discours.
Et il était plus sincère qu'il n'aurait pu l'imaginer.
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Message Mer 7 Sep 2011 - 15:44

Il l’écoutait parler, et elle sentait sa main se serrer sur son épaule, lorsqu’elle prononça un nom : Andrik. Le chevalier avait été courageux, il avait crié à ses jeunes maîtres de galoper sans se retourner jusqu’à la forteresse où ils seraient en sécurité, il s’était jeté dans un combat perdu d’avance pour leurs sauver la vie, sans même reculer une seule fois, non…Et dans la mort, pas de larmes, juste une acceptation de sa part. Elle l’avait fixé dans ses grandes prunelles foncés jusqu’à la fin, jusqu’à ce que la vie disparaisse, laissant deux yeux juste bon à nourrir les corbeaux. Cela non plus, Alyce ne l’oubliera pas, bien que l’Assassin n’en soit pas responsable. Elle n’oubliera pas non plus qu’il valait mieux ne pas prononcer son nom devant Harald, puisqu’il lui rappelait peut-être de mauvais souvenirs. Son épaule la lançait, nuls doutes qu’elle aurait un bleu, petite chose fragile, pire qu’une fleur sous le joug de la tempête. Elle ne montra pourtant rien, n’alla pas frotter son épaule, non, elle le regardait, juste comme si rien n’était arrivé, et continuait de parler, jusqu’à terminer son discours sur les fantômes qui la hantaient, bien plus douloureux que les misérables blessures physiques dont elle avait hérité. Un genou…Un genou, là où il y avait eu une vie. Un genou…Un misérable genou. C’était à pleurer.
Il ne disait rien, sans doute n’écoutait-il plus. Elle baissa ses yeux vers le plancher de bois, perdue dans les relents amères du passé. Elle se laissait flotter, entre les souvenirs, et si elle en esquivait certains, elle continuait d’être hantée par d’autres. Que de cauchemars, en moins de quelques minutes, de quoi hanter une vie entière, même deux ou trois, une petite éternité, puisqu’au fond qui pouvait dire ce qu’était une éternité, à part un temps très long ? Elle se demandait où se trouvait son frère, s’il n’avait plus mal à sa blessure, s’il n’était pas trop triste d’être mort aussi vite, s’il ne la haïssait pas. Elle avait envie de savoir, besoin de savoir, de poser des questions à quelqu’un qui en aurait les réponses, et pourtant…Elle était sure que le silence la poussait à s’occuper l’esprit, le silence…Le cœur serré, elle craignait d’avoir dis un mot de trop, elle craignait que le charme soit rompu, qu’elle ne se rende compte qu’elle était tombée endormie par les larmes, les émotions l’ayant vannées. Elle avait peur d’ouvrir les yeux sur un monde bien moins clair, un monde où tous les Fer-Nés étaient comme septa Morana avait pu le lui enseigner, où elle avait juste voulu imaginer autre chose. Il ne parlait plus, il la regardait, fixement, et elle allait ouvrir la bouche pour s’excuser, au cas où elle aurait dis quelque chose de mal, quand elle croisa son regard, véritablement. Un œil étrange, qui lui semblait hanté, aussi hanté que devaient l’être ses propres pupilles. Un œil sombre, autant que la tempête nocturne qui surprend les marins au large des côtes pour faire sombrer boutres miséreux ou beaux navires, sans distinction. Elle cligne des yeux, un instant et celui d’après, leurs visages sont tout proche, et son cœur bat vite, tellement vite…Il se serre, elle ne sait pas ce que c’est, juste que ça n’est pas de la peur. Une faiblesse…Une faiblesse atroce, comme si on prenait l’air en elle pour l’assécher, pour la tuer, afin de mieux la reconstruire. Son premier véritable baiser irait-il à l’homme à qui elle accordait sa confiance ? Et quand il serait passé, que voudrait-il d’autre, que personne n’avait jamais eu ? Remonter sa robe un peu plus haut que son genou ? La lui ôter complètement, et l’exposer, elle et sa pudeur stupide ? S’était-elle trompée sur son compte ? Sur ses intentions ?
Non
.
Non, il se recula, la distance était revenue et ses battements de cœur étaient calmés. Ses lèvres la piquaient, pas à cause du sel, mais comme s’il leurs manquait quelque chose. Elle se mordit l’inférieure, et elle avait beau se sentir étrange, elle était également heureuse qu’il n’ai pas franchi la ligne, qu’il ne soit pas devenu autre chose qu’un frère, ou un pilier, car elle savait d’avance ne pas bien le supporter.
Et il s’excusa.
Elle secoua la tête, se demandant pourquoi il lui présentait ses excuses. Il aurait pu tout prendre, sans devoir jamais se justifier, puisqu’il lui avait presque tout rendu. Il l’avait éduquée à la base de leurs coutumes, éclairant ainsi l’inconnu d’une lumière apaisante. Il l’avait tirée des ténèbres, aidée à faire un choix, à faire le bon choix, à avancer, à faire une promesse qui l’engageait par l’honneur…Il lui avait donné beaucoup, cette nuit. Sans lui, sans doute serait-elle restée une petite enfant, qui oscille entre maturité et facilité, qui souffre sans pouvoir surmonter, qui vit dans le passé, et qui aurait fini par déshonorer la mémoire de son frère. L’eau, la pierre, le sang, le contraste…Elle sait que les méthodes pour en finir sont nombreuses, elle y a réfléchis. Elle sait que sans lui, elle y réfléchirait encore, et que sans doute, cette longue conversation étrange, ponctuée de quelques sourires, d’attention, de larmes, riche, ainsi, non seulement en émotions mais en informations, elle y repensera le lendemain, et le jour suivant. Elle ouvrira les yeux en y repensant, et cela lui donnera du courage si jamais il lui en manque. Il ne doit pas s’excuser, non, pas à elle…Elle se relève alors, en se tenant sur son bon genou, et ils sont tout proche, sans pour autant qu’elle le remette dans la même position que quelques secondes –minutes ? Combien avait duré le silence ?- auparavant. « Pas ce mot, pas de vous… » dit-elle très bas, et elle releva sa tête, puis se suréleva quelque peu, avant d’effleurer sa joue, fort près de ses lèvres cela dit, d’un baiser, comme une caresse, comme si c’était un cadeau du vent lui-même. Le même baiser qu’elle donnait à Harren, sauf que la peau de son frère ne goûtait pas le sel et que ce même frère ne cherchait jamais à l’embrasser sur les lèvres. Un jour, quand elle était plus jeune, peut-être douze ou treize ans, l’un des pupille de son père l’avait embrassée pour essayer, et son frère l’avait défendue en faisant couler son sang, quoi qu’il ne le tua bien entendu pas. Il avait été un chevalier, plus qu’un frère, et peut-être la…Après tout, ne peut-on pas remercier avec un baiser ? Une faveur douce, délicate et fragile, une faveur inédite, une faveur personnelle et peut-être un peu honteuse, de quoi faire rougir les esprits trop bien éduqués. Mais pour dire merci…
Elle remonta la tête, quelque peu, et caressa les lèvres masculines le temps d’un battement de cœur. « Pas alors que vous pourriez prendre bien plus, si vous en aviez l’envie, et sans que je ne puisse rien dire. Alors de grâce… » ajouta-t-elle, avant de s’asseoir à nouveau, comme si rien n’était arrivé, et aussi parce qu’elle avait eu la mauvaise idée de s’appuyer sur son mauvais genou. Non pas qu’elle souffre un véritable martyr, mais la sensation de tiraillement la dérangeait, comme lorsqu’elle était tombée dans cet étrange buisson étant enfant et était ressortie pleine de petits boutons rouges, qui grattaient tellement…De quoi la rendre folle, de quoi lui donner envie de s’arracher plus que les cheveux.
Un souvenir d’avant.
Combien en a-t-elle, de souvenirs dans son ancienne vie ? Devra-t-elle tous les remplacés ? Et par quoi ? Des moments heureux ? Des douleurs ? Des larmes ? Au fond, songea-t-elle, tout commence dans la douleur et les larmes, lorsqu’une mère accouche. Alyce avait entendu sa mère le faire deux fois, et la dernière…Comme elle avait crié fort, si fort, qu’on l’entendait dans tout le château. Du sang partout, et pourtant, une vie qui commence…Et si c’était la façon qu’avait le Destin de faire recommencer les vies ? Quel destin l’attendait, chez elle ? Le même qu’ici, sauf que…Harren était en vie. Mais désormais il était mort, elle l’avait bien compris et ne pouvait rien y faire. Il était parti, pour elle, pour une nouvelle vie, et elle n’était plus Alyce Fléaufort, fille de Quellon Fléaufort, non, cette Alyce devait être morte aux yeux du monde. Elle était Alyce Fléaufort, une autre Alyce, construite en quelques heures, dont le pilier de sa vie, désormais, tenait à la promesse faite à un Fer-Né, un tueur, qui était aussi tueur en réalité que tout autre homme. En quelques heures, tout bascule, en quelques heures, on vit ou on meurt…En quelques heures, on se reconstruit, en quelques heures, on prend des décisions et on tente de les tenir. Et en quelques heures…Un monde nouveau peut s’éclairer. Et la lumière ne vient pas toujours d’où on pourrait le croire. « Peut-être souhaitez-vous que je me retire.. ? » Elle n’en avait pas envie, mais elle le devrait pourtant à un moment ou à un autre, partir, fermer la porte, et aller s’asseoir dans cette maudite cale, où elle ne mangerait rien, ne boirait rien, et où elle attendrait que, peut-être, l’Assassin vienne se présenter à elle, vienne lui annoncer ce qu’il attendait. Mais si elle pouvait gagner encore ne fus-ce que quelques minutes…Juste de quoi abreuver sa nouvelle existence d’une autre phrase, d’un autre sourire, d’un autre détail qui rendrait le tout plus beau…Beau, non, c’est un mot qu’on utilise lorsque l’on essaie de parler d’amour. Ca n’était pas de l’amour, pas au sens où Alyce l’entendait. C’était autre chose, c’était…Comme un cadeau, on lui rendait un frère, un protecteur, sous une autre forme, comme un petit geste du destin pour se faire pardonner d’avoir été si cruel…
Naïve enfant.
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« A l'aube d'une nouvelle vie » ft. Harald

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