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Vous ne savez pas comment servir les hommes. Comment sauriez-vous servir les dieux ? [Harald]

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Message Mer 24 Aoû 2011 - 13:05

« D'accord, je te laisse prendre ma place pour ce soir, mais c'est bien parce que tu m'as rendu un service dernièrement Pyke ! Je n'en reviens pas que je vais te laisser aller voir le fameux Harald ! »

« Certes mais maintenant c'est fait, tu ne vas pas manquer à ta parole... »

Voilà comment j'avais gagné le droit de servir au repas du soir, repas où se trouvait le « fameux Harald » dont tous les murs du château de Shatterstone semblaient bruisser même la venue. Ce guerrier était il si exceptionnel ? Je demandais à voir. Dans le courant de l'après midi, je retrouvais ma mère qui était en train de repriser certaines tentures dans la salle à manger pour la venue des invités. J'eus à peine le temps de lui annoncer que j'allais faire le service ce soir que déjà on m'appelait pour un énième tâche aux abords du château. Un dernier regard pour ma mère, un dernier sourire à peine ébauché qu'on me conduisait dehors. C'était encore une fois pour arracher le peu de plantes qui poussaient dans la cour du château, histoire de bien écraser le moindre semblant de vie, aussi informe soit elle, entre les cailloux. Malgré le vent marin qui frappait l'île sans cesse, il faisait chaud pour ceux qui travaillaient et qui étaient habitués à ce climat. Au bout d'une bonne heure d'arrachage de pousses retords, je fus contraint de me débarrasser de ma tunique en coton noir, qui avait des trous par endroits comme je le remarquais, et de poursuivre torse nu. Même si je ne faisais rien pour m'entraîner, les années de servitude avait fini par modeler un corps qui n'avait pas le luxe de s'accommoder de graisse.

Bientôt ce fut la peau qui se couvrit d'un voile de moiteur, aucun nuages dans le ciel et un soleil de plomb par dessus le marché. J'étais en train de faire un sort à une pousse particulièrement retord qui me fit sortir un juron d'entre mes dents, juron qui fut tout de suite réprimé par un garde qui se tenait là, mais qui n'eut pas le temps d'affirmer son geste pour bien me faire sentir que je ne devais pas jurer, en effet il venait d'être distrait par quelque chose. Quelque chose ou quelqu'un plutôt... Il frappa de son poing son torse et baissa la tête pour saluer la personne derrière moi, je me retournais et je me trouvais face à un homme.

Assez musclé, plus grand que moi, les cheveux longs et clairs sous la crasse, un regard acéré et, pour finir, une forte odeur de marée qui émanait de lui. Je n'avais même pas vu son bateau à quai, mais je doutais fortement qu'il était venu à la nage. Le garde à côté de moi, me frappa la nuque violemment en me marmonnant d'un air on ne peut plus menaçant, ton habituel que tous les gens prenaient pour me parler.

« Salue notre invité vermine... et proprement. »

Je m'exécutais, silencieux, croisant les deux bras sur mon torse et m'inclinant légèrement, ainsi donc c'était lui le fameux Harald ? Peut être, quoiqu'il en soit il entra dans le château sans rien de plus qu'un regard pour ma personne. Quand j'eus terminé, on m'intima d'aller me laver pour ne pas gâcher la nourriture que j'allais servir. On me donna un broc d'eau, une brosse, qui, je la reconnaissais, avait servi à laver les marches le matin même alors qu'elle était dans les mains d'une servante. Au bout d'une dizaine de minutes je reparaissais dans la cuisine la couche de crasse en moins. Là on me dit d'attendre et on me donna les instructions.

« Tu fais ce que tu as faire et tu débarrasses le plancher, tu ne t'adresses pas aux convives, il n'en ont rien à faire de toi Pyke, d'accord ? »

J'hochais la tête pour exprimer mon accord, bien sûr que je savais que je n'étais rien ici, leur chiens recevaient plus de gratitude que moi. La mâchoire contractée, j'articulais lentement, le gratifiant d'un regard hautain.

« Ça ça ne change pas voyons... »

Ce ne fut pas tant pour les mots qu'on m'asséna un soufflet rageur, mais plutôt pour le regard dont je venais de le gratifier. Mère disait souvent que c'était mes yeux qui allaient me conduire à ma perte. Je ne bougeais que peu, encaissant le coup quand soudain, toute la cuisine sembla s'ébranler, les invités étaient arrivés. Mon tortionnaire du moment n'eus pas le temps de continuer à me « parler », bientôt j'allais me placer avec les autres serviteurs qui étaient de corvée d'aller porter les plats dans la salle. On me mit une oie rôtie dans les mains, le fumet m'arriva aux narines, une odeur que je n'avais jamais encore rencontrée, et pour cause, des racines, des baies, un peu de viande et du poisson c'était ce qu'on nous donnait. On me poussa vers la salle, le bruit et l'ambiance mirent quelques secondes à venir à mes oreilles, un bourdonnement sourd de paroles, des bruits de couverts et de boissons se firent entendre.

Je posais l'oie sur la table, devant Lord Bonfrère qui ne m'accorda même pas un regard. A côté de lui se trouvait l'homme de ce matin, aucun doute possible, c'était Harald, personne ne pouvait avoir une place si proche de Lord Bonfrère sans être important. Mon regard croisa le sien pendant quelques secondes et je dus détourner les yeux, ma tâche ne me permettant pas de m'appesantir plus avant dans un petit jeu de provocation. Le reste du repas se déroula sans que je ne croise une autre fois son regard, j'étais trop occupé à servir la bière ou les plats. Bientôt le repas se termina, on me fit sortir par une porte dérobée, me disant de rejoindre mes quartiers sans plus tarder.

J'arrivais dans l'arrière cour, m'asseyant un instant sur les marches, mine de rien, le service était une chose on ne peut plus physique et j'étais poisseux jusqu'à la moelle, poisseux et assoiffé d'avoir servi tant de chopes. Les odeurs de cuisine courraient sur ma peau et je finissais par me demander si me manger n'aurait pas été la bonne décision au vu de mon excellente odeur. J'étais en plein dans des réflexions aussi désespérées que ridicules quand soudain un bruit se fit entendre derrière moi. Quelqu'un marchait, comme piqué par la marche qui me supportait je me soulevais promptement malgré la fatigue, prêt à saluer tout garde ou seigneur qui passerait par là...
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Message Lun 29 Aoû 2011 - 20:57

La lame descendait, descendait, et descendait encore. Sa vitesse était celle d'un éclair. Son tranchant celui des crocs d'un requin : peu aiguisé, mais mortel. Et la force qui l'animait était telle celle des marées, puissante, invincible. Et elle descendait droit vers le visage de Harald.
Pendant l'espace d'un battement de coeur, le Fer-né put s'apercevoir dans cette lame, y voir le reflet de ses yeux clairs, de ses peintures de guerre, de son visage de prédateur en chasse... Jusqu'à ce que Pluie Pourpre ne s'interpose.
L'éclair cessa. Le requin périt. La vague subit alors le reflux. L'instant suivant, la lame était brisée, un morceau de métal encore accroché à sa poignée, l'autre tombant lentement au sol. Son porteur n'avait toujours pas compris ce qui s'était passé lorsque l'acier valyrien qui dansait dans la main de Harald remonta et lui coupa le visage en deux. Quelques gouttes de sang giclèrent jusqu'à la main du combattant, et couvrirent une partie du blason de sa chevalière. La même chevalière que Harald tenait entre ses mains à cet instant précis.
Le capitaine du Cruel avait toujours mis un point d'honneur à se souvenir de chaque combat, de chaque adversaire vaincu. Chaque homme qui avait abreuvé Pluie Pourpre était un homme de valeur, qui avait permis à Harald de s'améliorer, et au tranchant de son esprit de s'aiguiser encore davantage. Chaque homme qui était entré dans la danse méritait qu'on se souvienne de lui, car il avait appris au capitaine de nouveaux pas, et une nouvelle façon de tuer.
Il rangea la chevalière dans le coffre, avec tous les autres trésors qu'il avait accumulé jusque là au cours de ses pillages, et il se retourna pour se rendre sur le pont.
Le soleil de l'après-midi brillait dans le ciel, et aucun nuage de montrait le bout de son nez. Le vent gonflait les voiles avec ardeur, et ils auraient pu rejoindre Vieux Wyk en moins d'une heure. Harald en apercevait même les contours familiers, au loin. Le moindre rocher, le moindre détail de cette forteresse...
Mais malheureusement, il leur était impossible de s'y rendre. Pour le moment en tous cas. Trois-Yeux, le timonier, était venu voir Harald moins d'une heure plus tôt et lui avait expliqué que le gouvernail avait heurté quelque chose. Ce n'était pas un récif, il le jurait, mais sans doute un animal marin suffisamment stupide pour s'approcher du bateau. Et le problème était qu'avec un gouvernail dans cet état, faire la moindre lieue était risqué. Ils pourraient perdre le contrôle du navire, et commencer à dériver. Et si leur dérive venait à les amener jusqu'à des rochers, c'en serait fini d'eux.
Harald avait hoché la tête avec compréhension, et il avait donné l'ordre de se diriger vers la plage la plus proche pour y faire des réparations, à vitesse réduite pour ne pas trop forcer sur le gouvernail. Par chance, la plage en question était celle qui bordait le domaine des Bonfrère de Shatterstone. Des vassaux des Timbal, sur l'ile du Vieux Wyk. Harald y serait donc accueilli en héros.
Le capitaine avait envoyé Godrik et un autre marin à bord d'une barque pour annoncer la venue du Trompe-la-Mort et de son navire, afin qu'un banquet soit organisé en son honneur. Il n'appréciait pas particulièrement cette idée, mais il préférait faire passer ceci comme une visite surprise pendant un retour triomphal qu'une pause imprévue pour cause de problème technique. Toujours paraître puissant, même dans la faiblesse.
Il ne leur resterait plus qu'une demi-heure de trajet jusqu'à ce qu'ils puissent débarquer. Harald les passerait sur le pont, habillé dans sa tenue de combat, à observer la plage se rapprocher, et ses hommes travailler. Il aperçut rapidement la jeune Alyce, qui semblait avoir passé une partie de l'après-midi sur le pont... mais juste à côté de l'entrée de sa cabine. Elle n'était toujours pas rassurée. C'était compréhensible. Elle était en terrain inconnu, et Harald était la personne la moins inquiétante qu'elle ait rencontrée sur le navire jusqu'à présent. Ce qui était paradoxal, quand on savait que tous ses marins et la plupart des capitaines des Iles de Fer le considéraient comme étant l'homme le plus cruel de tous, ainsi que l'un de leurs meilleurs guerriers et meilleurs capitaines.
Lorsque le navire atteignit enfin la plage, Harald hocha la tête, apercevant la barque de Godrik. Il avait du apporter le message, et sans doute se trouvait-il encore à l'intérieur pour aider Rolf à gérer les derniers détails avec les maîtres des lieux.
Le Cruel fut stabilisé. Harald attendit que l'on descende la planche, et fut le premier à mettre pied à terre. Il fit signe à Alyce de l'accompagner. Il la confierait à Godrik, ou la garderait près de lui pendant le banquet. Il n'allait pas la laisser seule sur le navire avec un équipage entier de marins laissé sans surveillance. Il avait confiance en ses hommes, mais s'ils étaient laissés à eux-mêmes, et qu'ils savaient que d'une façon ou d'une autre ils pourraient s'assurer d'échapper à la sanction... comme en dissimulant le corps, ou en empêchant la jeune fille de parler, ils se laisseraient peut-être aller. Un risque que Harald ne prendrait pas. Il donna ainsi quelques ordres, prenant par la même occasion le bras d'Alyce dans le sien.
Les autres femmes seraient cloitrées dans le cale, et lui seul possédait la clé. Il avait demandé à Gundar de se poster devant la porte. C'était un homme de confiance, et un des plus fidèles serviteurs du Dieu Noyé que Harald ait eu l'occasion de rencontrer. Il ne trahirait pas la confiance de son capitaine. Et les hommes ne s'attaqueraient pas à l'un d'entre eux pour assouvir leurs besoins virils.
Une fois qu'il fut assuré que trésors et prisonniers étaient en sécurité, Harald descendit la planche, guidant Alyce et s'assurant qu'elle ne tomberait pas. Ses pas étaient encore mal assurés. Elle avait du mal à retrouver un sol vraiment stable. Pour Harald, le changement était aussi naturel que de changer de chemise.
Le capitaine remonta la route qui le séparait du château, passant sur le chemin devant quelques serviteurs affairés à leurs tâches. Il ne leur accorda même pas un regard. Des hommes qui choisissaient la servitude ne valaient rien. Un homme était né pour se battre et naviguer, capturer des serfs pour qu'ils fassent le travail à sa place. Pas pour servir ceux qui devraient être ses égaux, voire ses inférieurs. Harald savait qu'à la place de ces hommes, il se serait déjà relevé, et aurait abattu ses maîtres lors d'un combat singulier pour gagner sa liberté en payant le fer-prix. Jamais il n'aurait courbé l'échine face à d'autres Fer-Nés.
Alyce toujours à ses côtés, il entra dans la demeure de Shatterstone. Une vraie haie d'honneur lui avait été faite. Des capitaines, des marins, quelques serviteurs... Tous étaient prêts à s'incliner et à le féliciter. Il accepta les accolades et les salutations avec le sourire, cherchant du regard où se trouvaient ses propres hommes. Une fois les politesses de rigueur effectuées, il demanda qu'on lui montre une chambre où il pourrait se changer et se restaurer, et il ordonna qu'on lui amène de nouveaux vêtements depuis son navire.
Une fois dans la chambre, toujours avec Alyce, il se déshabilla entièrement (après avoir demandé à la jeune fille de se retourner, malgré tout), et commença à se laver, tout en prodiguant quelques paroles rassurantes à la fille des Terres de l'Ouest. L'eau salée dans laquelle il était baigné lui permit de faire disparaître toute la crasse qu'il avait accumulé, ainsi que ses peintures de guerre. Au bout d'un peu moins d'une heure, il sortit enfin de la bassine, enfila des chausses propres, et demanda à Alyce de l'aide pour nettoyer et brosser ses cheveux. Chez lui, il aurait donné cet ordre à sa femme-sel. Ici, il le demandait comme un service à une jeune fille qui était promise à un autre de ses hommes.
Une fois ses cheveux propres, il termina de se vêtir et rejoignit le hall principal, où le banquait l'avait attendu pour commencer. Il fit encore bonne figure pendant tout le repas, faisant le récit de ses pillages et ses attaques lorsque l'on lui demandait, promettant le retour à la gloire des Fer-Nés, et toute autre chose qu'on lui demandait. Sauf lorsqu'on lui parlait de sa résurrection. Là il changeait froidement de sujet, gratifiant la personne qui aurait introduit la question d'un regard à en glacer le sang d'un Dornien.
Et enfin, le moment était venu où disparaître n'était pas malpoli. Le moment où l'on pouvait être excusé de quitter la table, prétextant de vouloir prendre l'air ou d'être fatigué. Harald choisit la première excuse, et se dirigea vers la porte la plus proche, intimant à Godrik qui se trouvait près de lui de voir où en étaient les travaux sur le navire. Plus vite ils repartiraient, mieux il se porterait.
On lui indiqua le chemin de l'arrière-cour. Harald s'y rendit donc, bras croisés, une main nonchalamment posée sur la garde de son arme, l'autre prête à saisir la poignée de sa dague si besoin était. Il n'était pas le genre d'homme à se sentir menacé au milieu de ses vassaux. Mais il n'était pas le genre d'homme qui prenait des risques inutiles. De toutes façons, cette posture était devenue instinctive lorsqu'il marchait hors de son navire. Certains trouvaient que cela lui donnait l'air hautain. Cela importait peu. Il pourrait dégainer en quelques instants s'il se trouvait menacé. C'était ce qui importait.
A l'extérieur, il prit une grande bouffée d'air, emplissant ses poumons de l'air marin qui venait jusqu'ici sur les terres. Après tout, l'air marin recouvrait toutes les Iles de Fer. Et il était aussi naturel pour Harald que l'était le ciel au-dessus de sa tête, et l'eau autour des iles. Chaque bouffée lui rappelait sa terre d'origine, mais aussi le pont du cruel. Les goélands qui volaient au-dessus de lui à chaque instant, les poissons qui peuplaient le royaume du Dieu Noyé... et le sang salé qui coulait dans ses veines. Les algues qui avaient un jour servi à le sauver. Et la voix qu'il entendait encore chaque nuit dans ses rêves, lorsque le sommeil s'accordait enfin à lui.
Ce qui était moins naturel, par contre, était le jeune homme qui venait de se relever en entendant Harald arriver. Il semblait que c'était un réflexe qu'on avait forcé en lui. Celui de toujours se redresser devant un supérieur. Se redresser lorsque l'on était assis, et s'incliner lorsque l'on était debout. Les deux principes de la servitude. Deux principes que Harald détestait. Forçait-on un navire à aller d'un côté lorsque sa voile l'emmenait de l'autre? Forçait-on des rameurs à virer à bâbord lorsque seul aller à tribord empêcherait les rames de rompre. Aller contre l'ordre de la nature, l'ordre même du Dieu Noyé, était quelque chose que Harald ne pouvait comprendre, et ne comprendrait sans doute jamais.
Il resta debout là quelques secondes, à observer le ciel. Chacune de ces étoiles l'avait sauvé, un jour. Elles avaient toutes été un phare dans la nuit. Un point grâce auquel se repérer lorsque son navire se perdait. Elles se reflétaient dans ses yeux, brillant du même bleu argenté qu'eux, ce bleu si clair qu'il en était presque blanc. Ou plutôt non. Leur reflet dans les vagues, était de la même teinte. Cette comparaison plut encore davantage au Trompe-la-Mort. Les étoiles et la mer unies en son être. Quoi de plus logique? Il était l'union entre le Dieu des Tempêtes et celui des océans. Celui qui avait survécu au premier pour être ramené par le deuxième. Il était l'homme qui avait trompé la mort et en était revenu.
Il s'arrêta dans la contemplation des astres, ses cheveux blonds pâles, désormais propres, tombant en cascade sur ses épaules, et il braqua ses yeux clairs sur ceux du serviteur. Le jeune homme était musclé, même s'il ne l'était pas autant qu'un marin. Mais il pourrait grandir. Devenir quelque chose. S'il en avait l'étoffe.

« Il y a quelque chose que je ne comprendrais jamais, commença Harald... Comment un homme peut-il être assez stupide pour choisir de servir ses semblables? »

Tout ceci avait été dit sur un ton calme et froid, qui semblait dénué de tout jugement. Harald ne faisait qu'exposer des faits, et il ne le faisait pas pour rabaisser le jeune homme. Pas en surface en tous cas. Mais il savait que ses mots piqueraient sa fierté. Et c'était ce qu'il voulait. Il voulait voir l'acier que ce serviteur cachait en lui.
Ou voir s'il ne s'agissait en fait que de l'étain le plus fragile.
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Message Mar 30 Aoû 2011 - 8:53

Harald... Le « fameux Harald » se trouvait là, devant moi, moi qui l'avait tant reluqué durant le repas, il était devant moi. La lueur de la lune lui donnait une allure fantomatique avec ses cheveux clairs, toujours était il qu'il était là, devant moi, moi qui m'apparentait plus à un mélange entre l'oie rôtie, le poisson braisé et le sanglier, au vu des odeurs qui courraient sur ma peau. Alors que je cherchais son regard, il me toisa de pied et cape et prit la parole soudainement, sur un ton froid et catégorique. Il posait en effet la grande question de ce monde, de mon monde en fait, pourquoi étais je là dans la boue et lui et les autres dans la salle à manger, à se baffrer bruyamment. Il incriminait cela à un choix que j'avais pu faire, une décision que j'aurais prise et la qualifiait de stupide.

Comme si je n'avais pas eu assez de moutarde répandue sur mes vêtements, sa remarque finit par me la faire monter au nez. J'inspirais fortement, le jaugeant du regard, je savais que j'étais en train et que j'allais commettre sans aucun doute quelque chose qui allait me valoir les fers pur et simples, voire même la mort si Lord Bonfrère était peu enclin à la conversation, mais cette remarque était la goutte d'eau qui faisait lamentablement choir le vase de mon amertume sur les pieds de cet Harald. Mon regard se durcit, ma mâchoire se contracta alors que je débitais sur un ton que je voulais aussi glacial que le sien.

« Ne m'imputez pas plus de stupidité que je puis en contenir, Milord, ce choix n'est pas de mon ressort. »

Je pensais à ma mère, elle non plus n'avait pas pu faire d'autre choix que celui ci, on ne lui avait pas fait miroiter d'autres en même temps. Ou alors si, mais ceux ci la desservaient plutôt que l'avantager. Mes yeux ne quittèrent pas ceux de Harald, je savais que j'étais en train de tenir tête à l'invité d'honneur de cette soirée. Que c'était là l'outrecuidance suprême, mais il n'avait pas à me dénigrer ainsi. Une nouvelle remarque acide passa mes lèvres sans que je puis la contenir.

« Aussi parlez de ce que vous connaissez avant de mentionner quelque chose dont vous ignorez les tenants et les aboutissants. »

Un bruit se fit entendre, mes yeux quittèrent ceux de l'homme un instant, j'étais toujours aux aguets, à l'affût du moindre garde ou noble qui passait près de moi et qui avait généralement la main leste. Des pas se firent entendre, des voix qui semblaient suivre un débat animé. C'étaient deux invités qui tergiversaient sur leur dernières femmes sel, vantant chacun leurs mérites, ils passèrent près de nous sans trop faire attention à notre discussion, déjà ils étaient loin alors que mes yeux allèrent de nouveau sur cet homme qui avait défié tant de fois la mort apparemment. Si c'était le cas, qu'en avait il à faire d'un pauvre serviteur qu'il considérait comme stupide au demeurant. Cette provocation allait forcément me coûter cher, un bras ou quelque chose approchant. Qui plus est ma mère attendait mon retour, elle qui était toujours dans l'inquiétude, j'étais en train de lui en causer une de plus. Il était temps pour moi de me ramasser, de faire profil bas, rentrer dans l'ordre des choses et ne pas aggraver mon cas. C'est donc sur un ton contrit que les mots sortirent de ma gorge, mon regard ne lâchant pas le sien et conservant cette teinte dure.

« Maintenant, je vais retourner là où sont rassemblés tous les gens que vous voyez comme stupides mais qui ne sont pas maîtres de leur destin alors que vous allez retourner dans la lumières, les fastes et la ripaille. Vous verrez que vous m'oublierez, je sais me fondre dans le gris du paysage. »

Un sourire mesquin naquit sur cette dernière remarque, bien sûr qu'il m'oublierait, un homme comme lui partirait et moi je serais là. Je détournais le regard et commençait à rebrousser chemin quand soudain quelques bruits se firent de nouveau entendre, mais des bruits rapides cette fois, des pas et un crissement d'acier qui me fit frissonner malgré moi. Ce bruit... Dès l'enfance je l'avais associé à la douleur et au travail manqué. Ils m'avaient bien éduqué et engoncé l'esprit. Deux gardes firent leur entrée dans l'arrière cour baignée par la lune dans laquelle nous nous trouvions. Cette fois ils ne passèrent pas à côté de nous mais allèrent directement nous voir, leur regard allèrent de ma personne à celle d'Harald, alors que celui qui semblait être leur chef prit la parole sur un ton visiblement agacé de ce qu'il venait de découvrir.

« Messire, vous êtes là. Cette vermine vous importune ? »

Ses yeux allèrent rapidement vers ma personne alors que je sentais la colère dans ses paroles. Si ses yeux avaient pu me faire disparaître en cet instant, aucun doute qu'ils l'auraient fait.

« Et toi le gâte-sauce, décampe, tu n'as rien à faire ici ! Sinon je te garantis que tu vas te souvenir de cette soirée, et ça ne sera pas à cause de notre invité d'honneur. »

Mon regard se fit assassin pour le garde alors que je m'inclinais, courbant presque l'échine de force et par réflexe, mon cerveau m'intimant un ordre différent. Si lui avait de la colère dans les yeux, alors j'avais de la haine dans les miens, ce soir n'était pas le soir où il fallait pas me contrarier, toute vermine que j'étais.
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Message Sam 3 Sep 2011 - 1:31

Harald, le Trompe-la-Mort. L'homme qui avait rencontré le Dieu Noyé et en était revenu pour répandre sa parole sur les terres, et le faisait toujours le sourire aux lèvres sourit davantage en cet instant. Sur le Cruel, certains connaissaient ce sourire, et n'aimaient jamais être sa cible. Pour la simple raison que ce qu'il signifiait n'était jamais plaisant. Parfois, c'était lorsqu'il annonçait une punition à un homme qui pensait avoir réussi à dissimuler sa faute. Parfois, c'était pour prévenir d'une tempête qui approchait, un défi de plus pour leurs compétences et pour sa propre immortalité. Et d'autres fois encore, c'était lorsqu'une proie s'était jetée entre ses bras, ayant refermé sur sa propre jambes le piège à loup que le capitaine avait posé, parfois subtilement, parfois non. Et cette proie n'avait plus qu'à être cueillie par le Trompe-la-Mort, qu'il referme ses crocs autour de sa gorge, n'ayant rien vu venir jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Une fois cela terminé, elle ne pouvait plus se débattre. Elle était comme prise dans les tentacules d'un kraken, approché lentement vers sa bouche, prête à être dévorée. A être sacrifiée sur l'autel du Dieu Noyé, à devenir un de ces âmes perdues que l'on offrait pour calmer les dieux.
C'était dans ce cas de figure-ci qu'il se trouvait en cet instant, la proie et son prédateur. Le dieu et son sacrifice. Ce jeune serviteur avait fait marcher sa fierté mal placée, comme l'avait prévu le Trompe-la-Mort. Son regard ne trompait pas. Et bien entendu, c'était exactement ce que Harald avait voulu. Le gamin s'était lancé dans un discours qui ne peut être motivé que par la fougue de la jeunesse, et la stupidité de la vanité et, fuyant la vérité, avait confié à des quelconques puissances supérieures la raison de sa servitude. Que ces puissances soient des dieux païens, ou de simples hommes et femmes, là n'était pas la question. C'était toujours vers les puissances supérieurs que l'on se tournait lorsque l'on se voilait la face. Lorsque l'on confrontait une situation dont on ne savait se tirer. Lorsqu'un homme avait du mal à s'améliorer quelque part, les dieux le mettaient à l'épreuve. Lorsque la femme-sel d'un marin le trompait avec un autre, c'était le Dieu des Tempêtes qui avait guidé cette femme. Lorsque les paysans mourraient, c'était la faute de leurs seigneurs qui ne les protégeaient pas. L'histoire entière était remplie d'hommes et de femmes qui s'en remettaient aux puissances supérieurs pour justifier leurs échecs.
Tout rejeter sur les autres était un comportement digne des plus grands lâches, d'hommes incapables de faire face à la réalité, à leurs erreurs, et qui ne pouvaient ainsi jamais progresser et s'élever au-dessus de leur station.
Et comme si cela ne suffisait pas, comme si la lâcheté seule n'était pas un crime suffisamment grave, pour lequel il aurait du être abattu sur le champ par la lame glacée qui se trouvait à la ceinture de Harald, cet insolent serviteur avait décidé de faire au Trompe-la-Mort une leçon sur la servitude et l'impossibilité de contrôler son destin. Il tentait d'inverser les rôles. De se faire passer pour le maître quelques instants. Apprendre à quelqu'un qui combattait et gérait des hommes depuis plus de la moitié de sa vie, qui avait vu la mort et en était revenu, qui avait obtenu l'obéissance de centaines de marins au fil des ans, comment l'humanité fonctionnait. Un acte de stupidité presque aussi ridicule que le premier. Savait-il vraiment à qui il parlait, qui était l'homme qui se trouvait en face de lui? Harald connaissait tout des positions que l'on croyait définies, et à quel point une chose, un geste, une parole pouvait tout changer et inverser la donne en un instant. A quel point le destin pouvait être fourbe, cruel, mais aussi facile à prendre en main une fois que l'on en détenait les clés. Le Trompe-la-Mort lui-même n'était-il pas passé du rôle de second fils d'un second fils à celui de fils de Lord? N'était-il pas passé de simple marin, méprisé jusqu'à son équipage même, au rôle d'un des capitaines les plus craints et les plus respectés de toutes les Îles de Fer? N'était-il pas devenu d'un soldat médiocre un combattant dont les louanges étaient chantées sur tous les boutres, invaincu à ce jour?
Un serviteur comme ce gamin aurait tenu une journée sur le Cruel, au grand maximum. A l'aube nouvelle, deux possibilités se seraient offertes à lui, qu'il en soit conscient ou non : soit il aurait compris quelle était sa place, et aurait appris à respecter ses supérieurs non parce que le destin l'avait mis ici, mais parce qu'ils avaient encore des choses à lui apprendre sur sa vie, et qu'ils savaient mieux que lui gérer les affaires de la guerre et du combat. Soit il serait mort en tentant de défendre la place qu'il se pensait due, une arme à la main et la liberté sur ses lèvres. Une mort digne de tout Fer-Né. Harald avait sa petite idée sur la façon dont les choses auraient tournées si la situation s'étaient présentée : il se doutait que le gamin aurait préféré de servir stupidement sans même réfléchir, sans même comprendre pourquoi il servait. Un destin qu'il estimait préférable à la mort, comme toute personne qui n'a jamais compris ce qu'était vraiment la vie : la quête de l'immortalité dans la gloire.
Les hommes comme cellui-ci étaient méprisables, la pire engeance que pouvait créer l'humanité. Une insulte même à la face du Dieu Noyé... mais ils avaient malgré tout un certain potentiel, et c'était cela que Harald tenait à réveiller. Après tout, si quelqu'un ou quelque chose arrivait à leur ouvrir les yeux, à leur faire comprendre qu'ils pouvaient choisir leur propre destin, et non pas suivre stupidement la place qui leur était donnée par la naissance, les forces armées des Iles de Fer augmenteraient grandement. Peut-être serait-elle même multipliée par deux ou par trois. Et tous ces serviteurs stupides seraient remplacés par de nouveaux serfs capturés dans les contrées vertes par les nouveaux affranchis devenus marins. Et ces nouveaux serfs, faits prisonniers, donneraient un jour des enfants libres aux Iles de Fer... et augmenteraient ainsi encore le nombre des Fer-Nés prêts à asservir les terres des Sept Couronnes. Quel jour glorieux cela serait. Harald pouvait presque sentir le parfum de la gloire et de la joie qui s'en dégagerait.
Mais il n'espérait pas le voir de son vivant. Il n'était pas assez naïf pour cela. Il était invincible, inégalé lame en main, mais l'âge, l'ennemi invisible de tout homme et de toute femme le tuerait avant qu'il n'ait l'occasion de voir ce jour arriver. Ou peut-être le Dieu Noyé se lasserait-il de lui et l'enverrait-il mourir dans un dernier coup d'éclat, un combat qui serait chanté et raconté dans les sagas pendant les générations et les générations à venir, qui inspirerait les futurs capitaines qui espéreraient à leur tour obtenir autant de gloire que le Trompe-la-Mort ne l'avait fait. Dans tous les cas, un jour la mort le prendrait une bonne fois pour toute, et avant que ses rêves de gloire pour l'Antique Voie et son Dieu ne soient achevés.
C'était pour cela qu'il cherchait à créer la relève, des hommes et des femmes qui suivraient son idéal et seraient capables de le transmettre à la génération suivante. Et pour mettre en marche un idéal, autant prouver son efficacité par l'exemple.
Ce serviteur serait le premier de ces exemples, le premier d'une longue série.
Harald nota le sourire qui naquit sur les lèvres du garçon, et se retint de dégainer Pluie Pourpre pour lui en asséner un coup bien placé qui le ferait taire à jamais. Il avait la langue beaucoup trop pendue pour son propre bien, et un visage beaucoup trop expressif. Cela lui couterait cher.
Au moment où le Trompe-la-Mort voulut répondre, des gardes se décidèrent à intervenir. Harald ne les vit pas venir, mais il entendit leurs pas. Il aurait reconnu ceux de ses hommes, et il entendait des lames dans des fourreaux heurter des côtes de mailles. Il ne pouvait s'agir que de soldats des Bonfrère.
Et cela fut confirmé lorsqu'ils lui demandèrent s'il avait besoin d'aide pour gérer cette vermine. Le croyaient-ils si impotent pour qu'ils pensent nécessaire de l'aider à se débarrasser d'un serviteur? S'il l'avait voulu, la tête de cet insolent trônerait déjà parmi les rochers, et on l'aurait sans doute félicité pour cela. Non, un serviteur ne lui faisait pas peur. Aussi leva-t-il la main en direction des hommes.

« Laissez-nous. Je ne suis pas une Lady des contrées vertes, qui a besoin de gardes pour parler au moindre des manants. Je sais me débrouiller seul. »

Il se retourna, et plongea son regard de glace dans celui du soldat le plus proche.

« Et si vous en doutez, je serais heureux de vous prouver à quel point vous avez tort. »

Les soldats bafouillèrent quelques excuses, et repartirent avec le peu de dignité qui leur restait. Se faire réprimander pour vouloir aider un invité... cela ne devait pas leur arriver souvent, au contraire. Mais il y avait une première fois à tout.

« Par contre, toi, je ne t'ai pas autorisé à partir. »

Il dégaina Pluie Pourpre et la braqua droit vers le jeune homme, sa pointe entre ses yeux. Dans la lumière des torches, elle méritait encore davantage son nom que d'habitude, le métal sombre prenant les reflets du sang pendant que les étoiles s'y reflétaient, telle une constellation d'argent.
Il commença à lui tourner autour, l'observant sous tous les angles comme un prédateur observe une proie sur laquelle il va bondir. De bons muscles de travailleur, même s'ils n'étaient pas aussi développés que ceux d'un marin ou d'un guerrier. Une taille correcte mais sans plus. Un dos légèrement courbé à force de se pencher pour accomplir les tâches ménagères. Seul son regard, toujours aussi méprisant, montrait qu'il avait quelque potentiel pour ce que Harald lui réservait.
La voix du Trompe-la-Mort reprit, calme, se mêlant au vent qui commençait à souffler autour d'eux, apportant avec lui les embruns du large.

« Je vois que tu as deux bras. Deux jambes. Et même deux yeux. Des yeux d'insolent, des yeux d'imbéciles. Mais deux yeux quand même. Plus que certains membres de mon équipage. Et pourtant eux gagnent de la gloire, prennent femmes-sel et serfs, naviguent par monts et par vaux... pendant que toi tu astiques les sols, et tu fais le travail qu'un homme libre ne devrait jamais avoir à faire. Et tu oses me dire que ce n'est pas par ton propre choix? Que c'est la décision de quelqu'un d'autre? »

Harald passa sa lame le long de la joue du garçon, l'effleurant à peine. Cela fut suffisant pour en tirer du sang.

« Ton sang est aussi rouge que celui des hommes qui sont morts sous mes ordres. Et pourtant, le tien est celui d'un lâche. Oui, tu m'as bien entendu, un lâche. Qu'est-ce qui t'as empêché de te lever un jour, de récupérer une arme et de tuer ton maître pour gagner ta liberté? Ou même de fuir alors qu'ils avaient le dos tourné. Tu le dis toi-même, tu peux te fondre dans le paysage. Pourquoi ne pas en avoir profité? Car tu avais peur. Peur du châtiment. Peur d'être pris. Peur de la mort. Peur de l'inconnu. »

Le Trompe-la-Mort recula son arme de la joue du garçon... et le frappa au niveau du torse, un simple estafilade. Un filet de sang coula.

« Tout comme maintenant tu as peur que je te tue dans un accès de folie. Après tout, je suis le Trompe-la-Mort. Connu pour tuer sans distinction alliés et ennemis... Et ne me mens pas en cherchant une excuse. En me disant que ne n'y connais rien. Je vois en toi comme dans un livre ouvert. Je sais ce que tu veux. Tu veux ce que j'ai. Ce que ces gardes ont. Ce que ces nobliaux possèdent et que toi, tu n'as pas eu le cran de saisir. »

Harald rengaina sa lame, et sourit à nouveau, les flammes des torches provoquant d'étranges reflets dans ses yeux métalliques.

« Tu veux ta liberté, comme je l'ai toujours voulue. »

Il détacha la dague qui était à sa ceinture, et la jeta aux pieds du garçon.

« Viens. Et prends la. Si tu l'oses. »
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Message Sam 3 Sep 2011 - 16:21

Harald fit taire les gardes d'un ton glacial, je n'en attendais pas moins. Après tout il était l'invité d'honneur ici et qui plus est je ne doutais pas qu'il était le plus dangereux de ce château. « Le moindre des manants » ainsi donc il me voyait comme ça, normal en même temps, je n'étais rien de plus. Alors que les soldats ne demandaient pas leur reste, je pensais faire de même esquissant les gestes de quelqu'un qui partait mais le Trompe la mort me retint. Et il avait même un très bon argument pour cela : sa lame qu'il avait dirigée entre mes deux yeux. Une lame rouge, presque de couleur de sang sous la lune, constellée d'argent. Je prenais quelques secondes pour admirer la lame, de belle facture sans aucun doute, même si je ne pouvais pas prétendre aux savoirs dans ce domaine.

Mes yeux le suivirent sans jamais le lâcher alors qu'il commençait à tourner autour de moi, on aurait dit un oiseau de proie cherchant le meilleur angle pour attaquer un cadavre fumant qu'il venait de trouver. Mon visage était toujours neutre, avec une certaine tendance à l'arrogance, si il avait décidé de chercher un quelconque moyen de passer une fin de soirée qui l'amusait au plus haut point, alors il semblait qu'il l'avait trouvée. Ma mère allait finir par s'inquiéter, mais elle n'était pas ma préoccupation première pour le moment, plutôt de savoir ce que le Trompe la Mort allait me faire dans les prochaines minutes. Puis il se mit à parler...

Il me reprochait ce que je venais de dire, que ce que je faisais n'était pas de mon fait, martelant quelques vérités sur la condition des serviteurs et d'homme libre. Sans crier gare, je sentis sa lame sur ma joue, générant un filet de sang alors qu'il continuait, je ne pouvais que serrer les dents. Il me traitait de lâche, lâche pour ne pas avoir osé tuer mon Maître ou d'avoir fui. Il trouvait que la fuite n'était pas une chose lâche ? De quoi se moquait il ? Il disait que j'avais peur, peur de tout, peur de mon passé, mon présent et même de mon futur qui avait pris la forme de sa personne en cet instant présent. Se faisant, il s'attaqua à ma tunique en lin, qui trancha aussi facilement qu'on coupait de l'herbe, laissant bailler une estafilade sanguinolente sur mon torse. Une nouvelle fois je ne cillais pas. Il prétendait savoir mieux que moi ce que je désirais ? Ce n'était pas non plus le désir le plus alambiqué du monde que celui d'un homme réduit dans la servitude. Un livre... Je n'étais qu'un parchemin à côté de lui, il devait y avoir tellement plus à trouver et décortiquer dans sa personne que dans la mienne. Un reniflement hautain passa mes narines, je puais toujours le graillon des volailles et les fumets des plats.

Alors que je commençais à attendre, avide de savoir ce qu'il me voulait, il rengaina son épée et détacha la dague qu'il portait à sa ceinture, la jetant à mes pieds. Celle ci émit un son cristallin quand elle toucha le sol. Mes yeux le quittèrent une seconde le temps de me rendre compte de l'objet puis retrouvèrent les siens. Était ce là une invitation qu'il me faisait ? Invitation doublée d'un défi. Il me demandait si j'allais la prendre ou pas. Pour toute réponse en cet instant il eut un haussement de sourcil interrogateur. La prendre ? Bien sûr que j'osais et, joignant le geste à la pensée, je m'exécutais.

« Est ce une invitation à tuer Lord Bonfrère que vous me donnez là ? »

Une nouvelle lueur de défi dans mon regard. Je n'avais pas accès à lui et ses quartiers, je ne le voyais pour ainsi dire jamais et quand je le voyais, il n'était pas proche de moi, du moins pas assez pour que je décide de tenter de le tuer. J'empoignais la dague dans mes mains poisseuses et moites, sans aucun doute une bonne arme. Une nouvelle fois je baissais les yeux pour la regarder, admirant les reflets de la lune dans sa lame. Une fossette plissa malgré elle ma joue. Que me voulait il ? Pourquoi me donner cela ?

« Ou est ce une invitation à fuir ? »

J'assurais ma prise sur la garde, même si l'état de mes doigts faisait glisser la lame. Il n'y avait pas à dire, c'était tentant. La pensée du Trompe la Mort me dénonçant à mes Maîtres me traversa l'esprit mais disparut tout aussitôt. Il m'avait donné une arme, il n'en avait cure de ce qui allait advenir entre moi et la maison Bonfrère. Ma mère... Qu'en aurait elle pensé de tout cela ? Elle ne me disait jamais rien sur notre condition et notre futur, semblant préférer taire cette question et l'éluder quand je la posais. Mais maintenant que des idées de fuite me prenaient, comment les accueillerait elle ? Mes yeux se baissèrent de nouveau sur la dague, alors que je marmonnais en aparté.

« Mère... »

Je n'allais pas la laisser ici, dans ce château et prendre la fuite alors qu'elle était là. Une idée prit forme dans ma tête, folle pour moi certes, mais au point où j'en étais, cette soirée même ne tenait elle pas de la pure folie ? Alors qu'elle cheminait dans mon esprit, mes yeux rencontrèrent ceux d'Harald, ils étaient gris et avaient la froideur du métal. Une première ébauche de cette idée passa mes lèvres, me disant que je n'avais plus rien à perdre désormais, même si je me doutais de la réponse qu'il allait me donner. Mon ton perdit de sa teinte arrogante et suffisante alors que je m'adressais à lui, d'homme à homme en somme, rien de plus, rien de moins. Ma main serrant la dague qu'il venait de me donner, mon esprit réfléchissant à toute vitesse, ma voix se fit neutre, quasiment atone alors que mes yeux tentaient de sonder cette homme qui apparemment m'avait si bien cerné et qui semblait pour le moins insondable. Le sang coulait toujours par moments des plaies qu'il m'avait fait, le vent marin entra par le trou qu'il avait généré dans ma tunique en lin, laissant un frisson courir sur ma peau, moi qui était pourtant habitué à ce climat.

« Sur votre bateau... vous ne cherchez pas d'hommes en plus je présume ? »
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Vous ne savez pas comment servir les hommes. Comment sauriez-vous servir les dieux ? [Harald]

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