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L'air du large aide le sommeil... mais le vin encore plus - Jace

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Message Lun 1 Aoû 2011 - 11:57

L’orage grondait. Les éclairs zebraient le ciel, transformant le paysage et le navire en un dégradé de noir et de blanc. Plus rien n’existait hors du bruit de la mer et de la réponse que lui offrait le tonnerre. Grondement contre rugissement. Vagues contre pluie. Tout n’était qu’eau, vent et bruit. La pluie tombait si fort, et les vagues montaient si eau que Lothar ne savait plus lesquelles de deux le trempaient alors qu’il se tenait debout sur le pont. Il se demandait combien de temps le navire allait pouvoir supporter les assauts répétés des éléments, combien de temps il faudrait à une vague plus forte que les autres pour submerger le bastingage et emporter les personnes qui se trouvaient debout au milieu de la tempête. Combien de temps avant qu’un éclair ne frappe le mat et que celui-ci ne s’écrase sur le pont, perçant la coque et emportant le navire par le fond. Combien de temps avant que la force des vagues n’ait raison de la coque ou ne retourne le navire.
Toute réponse que quelqu’un aurait pu lui donner aurait de toutes façons été noyée par le bruit de la pluie qui frappait le bois, de la voile repliée qui malgré tout claquait au vent, du tonnerre de plus en plus proche qui marquait l’arrivée de la tempête et leur fin à tous, des vagues qui se heurtaient entre elles et s’attaquaient au navire.
Loras essaya de lui dire quelque chose, mais sa voix était noyée, comme tout le reste. Ses cheveux longs étaient collés le long de son visage, et il faisait de son mieux pour les éloigner de ses yeux. Un vain espoir, tant le vent et l’eau semblaient conspirer à les faire revenir en place. Ses yeux sombres étaient fixés sur leur père. Il hurla à nouveau quelque chose. Sa voix réussit à percer le nuage de bruit qui les entourait, mais les mots restaient indistincts.
Seul le bruit lui répondit. Le seul bruit qui pouvait briser la tempête.

AAAAAA-OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO !

C’était la deuxième fois. La deuxième fois que leur père Kevan, l’autoproclamé Seigneur des Krakens soufflait dans le Cor des Marées. Le cor à cause duquel ils se trouvaient au milieu de la tempête et risquaient leur vie à chaque instant.
Kevan avait baissé le cor, et scrutait l’eau devant lui. Lothar se demandait comme il aurait pu y voir quelque chose au milieu de cet orage insondable, mais Kevan semblait prêt à croire qu’il le pouvait. Alors son regard perçait la pluie comme les vagues, à la recherche du signe qui attendait tant. Ses lèvres bougeaient, mais Lothar ne l’entendait pas plus qu’il avait entendu Lothar quelques instants plus tôt.
Le jeune homme resserra sa cape contre lui. La pluie la ralourdissait, et la rendait inutile contre les assauts de l’eau, mais au moins son épaisseur le protégeait-il partiellement du froid. Toute protection était bonne à prendre, dans cette situation.
La cape de Loras, elle, claquait au vent. Il avait toujours été le plus brave des deux. Le plus prêt à oublier son propre confort pour quelque chose qui, selon lui, important plus. C’était toujours lui qui montrerait aux autres qu’il était un homme, un vrai, alors que Lothar préférait rester en retrait, dans l’ombre de son père et de son frère.
Le jeune héritier de Pince-Isle était en train de tirer de toutes ses forces sur une corde. C’était un navire de secours. Sa force dépassait largement celle qu’aurait pu avoir quelqu’un de son âge. A lui tout seul, il luttait seul contre la tempête, évitant que le frèle esquif ne vienne s’écraser sur le pont, rendant toute possibilité de fuite vaine.
Ils n’avaient pas de raison de croire qu’ils devraient fuir, ni que la fuite leur serait d’un quelconque secours, mais la puissance de la tempête les incitait à être prudent. Même si la réelle prudence aurait été de rentrer au port le plus proche avant que le gros de l’orage ne soit sur eux.

AAAAAA-OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO !

Le cor sonna pour la troisième fois. Et rien ne se produisit. Lothar lâcha les tonneaux qu’il retenait au sol, les laissant rouler comme bon leur semblait, et s’approcha de son père. Il hurla, pour se faire entendre malgré l’orage.

« La magie a disparu ! Ce n’est pas ça qui nous ramènera à notre gloire passée ! »

Il hésita quelques secondes. Défier son père n’était pas une excellente idée, il le savait très bien… Mais malgré tout, il rajouta :

« C’est d’un Lord dont nous avons besoin. D’un bon Lord, dédié à notre famille, pas d’un cor soi-disant magique ! »

Le regard de Kevan en dit long. Il n’appréciait pas ce point de vue. Il était même blessé que son fils pense ainsi… mais surtout, l’étincelle de folie ne l’avait pas quitté. Ses yeux brillaient de la même lueur que ceux de quelqu’un atteint par la fièvre. Ou par l’ambition. Il ouvrit la bouche pour répliquer…
Mais sa réponse fut noyée dans un bruit encore plus fort que les autres. Le navire fut secoué par un impact plus puissant qu’une vague n’aurait pu le provoquer. On entendit un craquement qui répondit au tonnerre. Du bois qui cédait à une force trop grande pour lui. Quelle était cette force, Lotharn n‘aurait pas pu le dire. Mais il savait que la coque cédait. Elle grinçait désormais, résistant comme elle le pouvait à la pression des océans. Mais elle ne tiendrait pas longtemps, n’importe qui aurait pu le deviner.
Kevan souriait. Il souriait. Il regardait son fils, et sautait de joie.

« Le kraken ! hurlait-il. Ca a marché ! Le kraken arrive ! »

Il en avait lâché son cor. La folie l’avait envahi entièrement, ne laissant de lui qu’une coquille vide de toute santé mentale. Le cor roulait sur le pont, secoué par les vagues et le vent, pendant que Kevan sautait en tous sens, semblant avoir oublié où il se trouvait, et ce qu’il y faisait. Lothar ne savait pas comme réagir. Il observait la scène, figé, Fend-les-Eaux à sa ceinture, se demandant quoi faire et où aller.

« LOTHAAAAAAAR ! »

Le hurlement perça la tempête. C’était Loras. Il lui faisait signe de sa main de fer, son regard noir et ses cheveux courts tournés vers lui, alors qu’il fixait Lothar avec détresse. Lothar fit demi-tour et s’accrocha aussi à la corde du navire de sauvetage. Loras lui signala de le descendre, d’un geste vif de la main. Lothar hésita. Il n’était pas aussi fort que lui, ni aussi talentueux. Il était fait pour aider, pour seconder, pas pour faire quelque chose qui nécessitait une quelconque responsabilité.
Et c’est là que le rêve différait de la réalité. Dans le rêve, Lothar refusait d’obéir, et c’était lui qui allait chercher Kevan. Il courait, et attrapait son père par le bras… et alors Kevan sortait Fend-les-Eaux de sa propre ceinture, et l’abaissait. Pas sur la main de Lothar. L’acier valyrien, reflettant les éclairs qui agitaient le ciel, s’abattit droit sur son visage.

Lothar se réveilla en sursaut, comme à chaque fois qu’il faisait ce rêve. Et comme à chaque fois, il tendit l’oreille en quête d’un son étrange, d’un craquement ou d’un orage. Les grincements du navire et le clapotis des vagues étaient ceux d’une belle nuit d’été, pendant laquelle la mer était à peine agitée par les vents et le flux et reflux. Pas d’orage, pas de naufrage et surtout, pas de cor.
Les draps étaient froids, gelés par la sueur de Lothar. Il les éloigna de son corps, et ouvrit l’écoutille qui se trouvait à côté de la tête de son lit. Il inspira une bouffée d’air frais, et resta ainsi pendant quelques minutes, à attendre que le calme lui revienne.
Il voyait encore le tranchant de l’arme lui tomber droit dessus, brillante et sombre à la fois, comme l’étaient le ciel et la mer en ce triste jour où son père était mort. Il entendait encore le son du cor résonner dans ses oreilles…
Il n’avait jamais soufflé dans ce cor, depuis cette sombre époque, et c’était la première fois même qu’il le sortait du coffre familial, où il trônait au milieu des bijoux et de l’or des Celtigar.
Mais cette fois il l’avait amené avec lui. Il était sur la table de sa cabine, son ivoire reflétant la lueur de la lune, ses runes de bronze illuminées par la lumière sélénite. Le regard de Lothar se perdit quelques minutes dans la contemplation de l’objet, avant qu’il ne le saisisse et ne l’emmène avec lui.
Sur le chemin, il enfila quelques vêtements, passant notamment un doublet aux armoiries du Bâteaurouge et une cape au cas où le froid se ferait trop mordant à l’extérieur. Il aurait presque eu l’air d’un vrai chevalier, arnaché ainsi.
Le cor en bandoulière, il monta les escaliers qui menaient à la porte de sa cabine et se trouva à l’extérieur. L’air était doux, et portait une légère saveur, délicate, que seuls savaient apprécier les hommes de la mer. Il s’agissait de l’embrun de la mer, ce mélange entre eau, sel, et vent, un parfum si unique et si reconnaissable…
A celui-ci se mêlait le parfum de Port-Réal. Le parfum des marchés, des gens qui l’habitaient… Chaque port avec un parfum unique, et Port-Réal se distinguait particulièrement. Lothar y avait passé tellement de temps qu’il aurait pu y guider son navire les yeux fermés, et se guider uniquement avec son odorat.
Une fois sur le pont, il laissa son esprit divaguer en observant les autres navires mouillés à côté du sien. Il aperçut la coque rayée d’un navire de Lys. Il ne pouvait en voir les couleurs, mais il les savait chatoyantes, presque au point d’en faire mal aux yeux. Il n’avait jamais compris cette habitude qu’avaient les habitants de la Cité Libre, de se concurrencer sur le point du mauvais goût au niveau des décorations de la coque.
Juste derrière se trouvait un petit navire de pêche, dans lequel on apercevait encore un filet à côté du mat. Lothar se demanda s’il ferait de bonnes prises, demain…
Et encore derrière, un vaisseau marchand dont il ne connaissait pas le nom. Le Fidèle. Un nom qui manquait clairement d’originalité. Sa voile arborait une haute tour enflammée, le blason des Hightower ou d’une de leurs branches secondaires. Le navire venait donc de Villevieille, selon toute logique…
Se perdre ainsi dans la contemplation des autres navires l’aidait à se calmer, à oublier ses cauchemars nocturnes. Lorsqu’il observait, il ne pensait plus. Et cela faisait du bien, de ne plus penser. Avec un peu de chance, cela l’aiderait surtout à oublier pendant quelques heures, et à laisser le sommeil l’emporter.
Il se dirigea vers l’autre côté du pont et s’apprêta à jouer au même petit jeu lorsqu’il vit un marin solitaire sur le pont du navire voisin. Il observa rapidement la voilure et le nom du navire. Un navire Redwyne, en provenance de la Treille. L’une des plus puissantes flottes des Sept Couronnes si l’on incluait celle des Fer-Nés. Et si la mémoire de Lothar ne lui faisait pas défaut… il s’agissait du navire amiral de la flotte en question.
Qu’est-ce qu’un marin pouvait y faire seul, on pouvait se poser la question. Mais Lothar avait envie d’être audacieux ce soir, aussi l’interpela-t-il :

« Ohé du bateau ! Auriez-vous par hasard une bonne bouteille à partager avec un confrère en cette belle nuit ? »

Une « bonne bouteille ». Pour un vin de la Treille, c’était un pléonasme. Pour un vin qui se trouverait sur le navire amiral de leur flotte… il n’y avait pas de mot pour exprimer la redondance du terme. Mais Lothar n’était pas à ça près.
Il n’avait pas hurlé trop fort, afin de ne pas réveiller les matelots qui dormaient, aussi bien sur son navire que sur celui de son peut-être interlocuteur. Et puis, les deux navires étaient assez proches pour qu’ils puissent se parler au-dessus du bastingage, voire même trinquer ensemble.
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Message Mer 24 Aoû 2011 - 15:31

La nuit était magnifique. Idéale pour un concert, et Jace ne faillait guère à sa réputation d'heureux festif. D'ici quelques jours, il rencontrerait la Main du Roi, et la veille, il avait rencontré un guerrier valeureux qu'il ajouterait très prochainement à sa suite. La voyage à Port-Réal n'avait certes pas été vain ! Il avait donc fêté sa joie de vivre ce soir-là, et alors que tous les autres membres de l'équipage avaient pris leurs quartiers pour la nuit, il était resté sur le gaillard arrière, sa flûte à la main, une chanson à la bouche, qu'il avait composé lui-même pour une circonstance qu'il avait oublié entre deux bouteilles, ou entre les deux seins de celle qui avait quitté sa couche un soir d'été... L'été s'allongeant, c'est dire si le souvenir se perdait dans sa mémoire. Pourtant les paroles demeuraient, comme les pointes escarpées d'une banquise engloutie sous la mer. Jace n'était pas un barde à la voix taillée pour le chant des épopées, mais il savait donnait du cœur et du ventre aux chansons à boire et à danser qu'il aimait interpréter parfois même sans raison aucune. Ainsi allaient les paroles, qu'il écorchait parfois, sans s'en rende compte. Il avait chanté tant de fois ces airs qu'ils n'éprouvaient nulle honte et nul remord à les arranger à son gré. N'était-il pas seigneur de la Treille, pourvoyeur d'alcool et de beaux rêves de tous les royaumes ?

Le port était calme, ce qui n'avait rien d'étonnant : la foule avait investi les tavernes, les brasseries et les auberges ; on dormait, on buvait, on riait, on chantait, on forniquait, on pissait, on vomissait, on crachait, on giflait, on frappait, on rotait, on pétait, sans cesse et sans ordre précis dans l'ensemble des bas-quartiers de la ville, toujours animé la soirée s'allongeant. Autrefois, Jace avait apprécié cette ambiance si particulière et si nauséabonde de l'intérieur, et il avait même donné de sa personne pour amuser la galerie dans quelque taverne insipide aux murs poisseux. Toutefois, aujourd'hui, il ne pouvait se permettre de céder à la tentation d'une visite dans ces trous à rats avinés qui font la fortune des voleurs et des catins. Son rôle, en tant que seigneur et maître de la maison Redwyne, le lui interdisait, d'autant plus qu'il n'était pas en villégiature à Port-Réal. Par les Sept, ce soir, il aurait bien troqué la meilleure des cuvées la Treille contre une heure dans la taverne la plus proche, à conter des histoires à qui saurait les entendre. Il ne pouvait se soustraire à son devoir, malheureusement, quand bien même la vie d'aventure lui manquait, et c'était là le stigmate d'une mauvaise foi qu'il connaissait bien : la politique était une aventure en soi, et Jace n'avait jamais regretté d'avoir repris la place qui était la sienne et que les Sept lui avaient donné par naissance. Rares étaient les personnes familières de ce secret, et pourtant, l'affaire aurait pu inspirer à plus d'un mestre une théorie fumeuse sur le pouvoir de droit divin, comme si les Sept eux-mêmes garantissaient les prérogatives et les compétences des fils de ceux et celles qu'ils investirent autrefois du pouvoir.

Ce soir-là, Jayne avait paru plus préoccupée qu'à l'ordinaire, ce qui n'avait en soi rien d'alarmant tant Jace connaissait le caractère prudent de sa jumelle, qui avait la fâcheuse tendance de s'inquiéter de tout. Il lui savait gré toutefois de compter parmi ses meilleurs conseillers une femme d'une telle envergure, et d'une telle loyauté, puisqu'il existait entre eux un lien plus fort qu'aucun autre lien de fraternité. La gémellité dissimulait des trésors d'étrangetés et d'incompréhensions. Sans doute sa sœur s'inquiétait-elle de voir qu'à son âge, elle n'avait pas encore trouvé sa place sur l'échiquier politique des Sept couronnes. Le mariage pressait, et Jace savait qu'elle se rendrait à l'évidence des décisions qu'il prendrait pour elle. Ce voyage jusqu'à Port-Réal leur avait permis d'en discuter avec une profondeur nouvelle, et la belle Jayne Redwyne avait confié à son frère bien-aimé qu'elle prendrait le premier mari qu'il lui proposerait. À la bonne heure, non ? Jace manqua de trébucher en quittant le gaillard arrière. La nuit était superbe et peu fraîche, mais Jace avait connu la froideur des eaux septentrionales et le givre de la mer Grelotte, aussi n'était-il pas surprenant de le voir déambuler sur le pont vêtu de ses seules braies attachées d'une ceinture à la vigne dorée, le buste couvert d'un maigre châle et les pieds bandés dans une parodie de chausses lysiennes. À la main, sa flûte, à l'autre, une bouteille, et au cœur une chanson !

Une voix l'interpella soudain, et Jace ne sut s'il s'agissait de son imagination ou d'un quelconque marin qui l'invitait à partager la bouteille qui l'accompagnait dans sa nuit solitaire. Tournant la tête de tous côtés et plissant les yeux pour mieux voir, plus par truculent réflexe que par réelle nécessité car la nuit était claire, il finit par remarquer, sur le pont d'un navire voisin et proche, la figure d'un chevalier arnaché comme pour la bataille et couvert d'une cape sombre. Jace s'approcha avec joie de ce compagnon de fortune et qu'il regarda à la hâte. De longs cheveux sombres, un regard assez clair pour autant qu'il pouvait en juger dans l'obscure pénombre qui tenait dans ses mains les alentours. Jace n'observa qu'avec difficulté les hautes voiles du navire voisin du sien et ne sut point reconnaître tout de suite le glyphe qu'elles arboraient. Tout ce qu'il pouvait deviner, c'est que le blason n'était ni dornien, ni de l'Ouest, ni du Bief. D'un geste vif, il jeta la bouteille par dessus bord en direction de l'inconnu qu'il espérait assez adroit pour la saisir au vol.


 « Tenez, et par les Sept, buvez d'un trait, c'est un vieux nectar aussi chaud qu'une putain de Lys. »

Effectivement, la boisson était bonne, mais pétillant d'une chaleur intense et d'un exotisme suave. Jace usa nonchalamment de sa flûte pour gratter l'arrière de son épaule droite.

 « Dîtes-moi donc, d'où venez-vous ? Je ne reconnais pas votre blason, et je dois avouer que la boisson ne m'aide pas vraiment... »

Pure folie, pure prétexte ! Jamais l'alcool n'aurait pu démonter Jace, qui avait grandi avec cette eau magique qui donne au ventre un air de bûcher funéraire. Il avait cependant pris l'habitude de feindre et d'affecter cette faiblesse commune de l'homme à la boisson qui, quand il a bu, perd ses moyens et sa contenance, et se désinhibe. C'est que l'alcool réalise la synthèse de l'eau et du feu, communion de la vie et de la flamme. Illuminé d'un soleil intérieur, l'alcool offre l'illusion d'une brûlante et nouvelle jeunesse puisée dans les tréfonds de l'être et du néant... Hélas ! Quelle terrible vérité qu'il faille redouter ses terribles voluptés, ses foudroyants enchantements qui subliment et énervent en même temps ! Pourtant, comme le dirait très certainement le plus éclairé des poètes Lysiens, qui aurait le courage de refuser de boire du génie ? Jace avait en mémoire, et il y songeait toujours avec plaisir, le brûlot des fêtes à bord du navire pirate où il apprit à devenir un homme, quand l'alcool faisait danser devant ses yeux des feux follets, des sirènes et des hydres marines... Mille expériences intimes convergeaient à chaque gorgées, à chaque bouteille, à chaque récit pour les accompagner.
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Message Ven 26 Aoû 2011 - 9:10

Lothar sourit en voyant la bouteille voler droit vers lui et, d’un geste vif, ses réflexes aiguisés par des années et des années de combat, il la saisit par le corps dans une main ferme. Cela avait été loin d’être une chose difficile, et le précieux nectar était autant en sécurité dans la main de Lothar que l’aurait été un nourrisson dans la main de sa mère.
Le chevalier obéit au conseil du marin qui se trouvait en face de lui, et force lui fut de reconnaître que l’homme savait de quoi il parlait. Le vin titillait le palais de Lothar, le provoquant avec quelque chose d’exotique, d’inconnu, qui lui parlait des fabuleuses Cités Libres, des déserts inexplorés, des villes et des pays où les dragons volaient encore et les éléphants étaient de simples bêtes de somme. Il lui rappelait la Route du Dragon, la Rhoyne et Meereen. L’Ancienne Valyria dans toute sa splendeur.
Oui, c’était un excellent cru. Et le garder ainsi pour lui n’aurait pas été digne d’un homme, qu’il fut de basse naissance ou de la plus haute. Même les rois auraient su qu’il fallait partager un tel hydromel avec tous, plus prolixe avait lui qu’ils ne le seraient jamais avec leur or ou leurs honneurs.
C’est ainsi qu’après avoir bu une bonne gorgée du liquide, il reboucha la bouteille et la renvoya d’où elle venait, confiant dans les réflexes et l’agilité de celui qui la lui avait envoyée. Son lancer avait été précis, nul doute que ses capacités de réception le seraient tout autant.
L’homme s’interrogeait sur l’identité de Lothar, et c’était une chose que le chevalier et capitaine ne pouvait que comprendre. Ce n’était pas tous les jours qu’un homme que l’on reconnaissait comme de haute stature montait sur le pont de son navire en pleine nuit, pour trinquer avec son voisin inconnu, et un simple marin à ce qu’il semblait, sans aucune raison apparente. Quant au blason de Lothar… il n’était connu que de ceux qui avaient combattu lors de la Rébellion de Feunoyr. Et encore là, il n’avait été qu’un blason parmi d’autres, une oriflamme perdue dans la masse de celles qui flottaient au vent sous les lignes du Dragon Rouge, aux côtés d’autres familles plus illustres, plus réputées. La moitié des nobles avait préféré l’oublier, si elle l’avait connu un jour, et parmi la moitié qui s’en souvenait, davantage étaient des rebelles que des loyalistes. Il était toujours plus facile de se souvenir d’une rancune que d’une dette, et c’était une tendance plus que répandue dans cette masse de souvenirs que formait l’humanité.
Ainsi Lothar répondit à l’homme qui se trouvait en face de lui et avec qui il partageait cette délicieuse boisson :

« Mon navire arrive de ma demeure de Pince-Isle. »

Ce nom dirait peut-être quelque chose au marin. Sans doute rien. Quoi que la légende de la forteresse des Celtigar, emplie de richesses, et de leur cor magique permettant d’appeler les krakens faisait souvent le tour de auberges et des navires. Après tout, quoi de plus alléchant qu’une demeure emplie d’or et de bijoux, et une relique qui permettrait de couler tous les navires qui s’opposeraient au sien ?
Il nota par contre que l’homme en face de lui s’exprimait particulièrement bien. Loin des déformations et de la simplicité qu’affichaient en temps normal les hommes de la mer, ceux d’une basse naissance qui peuplaient en temps normal les ponts et les cales des navires. Ils avaient plutôt tendance à raccourcir les mots, à tourner leurs phrases de la façon la plus simple possible, et la politesse était bien souvent un concept aussi étranger pour eux que les terres d’Asshai. Or ce marin là, malgré son allure à mille lieux de celle d’un noble de bonne famille, avec uniquement ses braies pour couvrir son corps, et un morceau de tissu pour son torse, ce marin là parlait comme quelqu’un que l’on avait bien éduqué, tournant ses phrases avec politesse, usant du vouvoiement comme un Lord le faisait, et non un paysan, ne se perdant ni en formules de politesses inutiles, ni en élans d’égo mal placés. Tout cela attisa bien entendu la curiosité de Lothar, qui décida donc de retourner la question à son interlocuteur :

« Aurais-je l’honneur de savoir qui je dois remercier pour cette bouteille à l’arome si exquis ? Je ne pense pas me tromper en affirmant que vous n’êtes pas n’importe quel marin… »

Lothar allait droit au but, comme à son habitude. Les frasques, les mensonges, les hommes qui tournaient autour du pot… toutes ces choses devaient être réservées à la Cour, là où les hommes se forgeaient des masques derrière lesquels se dissimuler en permanence.
Mais ici ils étaient sur leurs navires, d’homme à homme, deux marins noctambules unis sans aucun doute par leur amour de la mer et du bon vin. Dans des situations semblables à celles-ci, il n’y avait nul intérêt à préserver le moindre faux-semblant. Dans des situations comme celles-ci, le seul maître qu’avaient les hommes était la grande bleue qui se trouvait sous leurs pieds.
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Message Ven 26 Aoû 2011 - 16:28

Pince-Isle. Un semi de crabe rouge sur champ blanc. Jace savait deux ou trois choses au sujet de cette vieille et noble maison des terres de la Couronne, d'abord parce qu'une curiosité naturelle l'avait poussé à s'intéresser à tous les fiefs insulaires de Westeros, mais aussi parce qu'il avait, dans le temps, eu l'occasion de naviguer dans les eaux qui bordaient l'île des Celtigar. Cette famille demeurait dans un château de modeste apparence, bien loin du faste et de la splendeur architecturale de certaines demeures seigneuriales du Bief, mais dont l'intérieur était réputé luxueux et cossu. Un fait anecdotique alimentaient les discussions à la taverne comme à l'auberge partout au sud du Neck : les Celtigar proclament depuis toujours détenir des droits de suzeraineté sur toute la presqu'île de Claquepince sans pour autant que les habitants dudit lieu le la leur reconnaissent, prétextant n'être redevable qu'au Trône lui-même ; ainsi les percepteurs envoyés par les Celtigar ne reviennent que très rarement au château de Pince-Isle... S'il est vrai que les blasons en disent long sur les familles qui les portent, alors que dire des Celtigar ? Se déplacent-ils toujours de côté ? Ont-ils tendance à s'allonger sur les rivages, la peau battue par le ressac des vagues ? Aiment-ils se plonger dans les eaux originelles d'une source murmurante, des profondeurs, des abîmes, du puits, de la grotte, de la caverne, de la proche, de la vase ? Ces questions n'avaient pas d'importance, en vérité, car après tout, rien n'indiquait que l'homme qui partageait le vin avec Jace était un Celtigar, bien que tout semblait l'indiquer. Sans doute avait-il devant lui un membre de la maison Celtigar assez fortuné pour s'offrir un navire, mais il ne pouvait en être tout à fait sûr et à vrai dire, ce n'était pas ce qui lui importait le plus. Loin de ces considérations digne des leçons d'un mestre boursouflé à un fils de bonne famille, Jace fronça les sourcils sans raison apparente, pas tant en signe d'inquiétude qu'en signe d'amusement. Tout marin de ce côté-là du continent avait entendu parler au moins une fois de la légende entourant le célèbre cor des Celtigar, dont le chant était prétendu capable d'attirer les krakens. Une légende, des sottises, Jace avait navigué jusqu'aux rivages de la mer d'été et n'avait jamais croisé la roue d'une telle créature. Plus jeune, quand il officiait sur le navire marchand, ces histoires terribles l'effrayaient, mais une fois pirate, il avait digéré la crainte et la peur, devenu lui-même objet d'effroi.

Comme le faisait remarquer le chevalier, ou du moins l'homme qui ressemblait à un chevalier, Jace n'était pas n'importe quel marin. Il était seigneur de la Treille, quoiqu'habillé tel qu'il l'était, il eût davantage l'air d'un manant venu de la lointaine Meereen. Ah, les Cités de la baie des Serfs ! Ah, les Cités libres ! Ah, la mer de Jade ! Tant de lieux enchanteurs dont il avait foulé le sol de son pas léger et frénétique, tant de flots vagabonds où il avait conduit son précieux navire, sa précieuse Licorne. Il en retenait tant de merveilles à partager, tant de trésors à retrouver, tant d'aventures à raconter ! Qu'il en fût le héros n'importait point du tout pour qui reconnaît la valeur de ces histoires, de ces récits qu'on partage autour d'un feu, avec une bonne bouteille et de bons amis. Il se retenait d'ailleurs d'en commencer un pour l'illustre inconnu qui l'aurait sans doute alors pris pour un fou, quoique c'eût été une entrée en matière assez originale pour être digne de Jace !


 « Réjouissez-vous, car c'est Jace Redwyne qui vous offre le vin ce soir. »

Sans doute était-il quelque peu imprudent d'annoncer comme cela son identité à un parfait inconnu, mais la vérité dort dans le vin. Le vin est le sang de la terre, il est breuvage de vie, l'ivresse est un goût d'immortalité. L'allégresse est le fruit de ces vins parfumés qui mettent hors d'eux-mêmes ceux qui s'en saoûlent. L'on veut toujours partager le pain et le vin, changer l'eau en vin, et notons que personne, sauf un idiot, n'aura jamais l'idée du contraire ! Le vin sang de la vigne, dans lequel on croit emprisonner le feu, se prête à l'amitié comme le soleil à embellir le jour. Le vin ne s'embarrasse ni de serments, ni de fioritures, il se suffit à lui-même pour exprimer la joie de vivre et le bonheur d'être. Bien que l'époque ne prêtât guère aux réjouissances, l'heure était au plaisir de la boisson. Les Redwyne boivent après tout le monde.

 « Et comme le veut la coutume, nous devrions devenir bons amis. »

En effet, le vieux dicton contait qu'à partager le vin, deux hommes se témoignent leur respect et leur estime mutuels. Jace ne put s'empêcher d'éclater de rire. Il était si facile de céder aux lieux communs et aux traditions quand l'on pouvait parler sans craindre aucune conséquence. Que pouvait-il lui arriver, à partager l'alcool avec un inconnu dont les intentions n'étaient clairement pas hostiles ? Jace but encore, et renvoya la bouteille à l'attention du chevalier. Dans l'autre main, il faisait tournoyer sa flûte, machinalement et sans vraiment s'en rendre compte, comme chaque fois qu'en dépit de sa bonne humeur apparente, quelques sombres pensées l'accablaient. Il y a bien des années, il n'était encore qu'un aventurier, et cette nuit, il aurait voulu le redevenir, fût-ce une heure seulement. Bah ! Il n'avait pas à se plaindre. N'était-il pas assis sur une cave inépuisable ? Que pouvait-il espérer de plus ? Demain viendrait l'orage de la guerre. Jace espérait que ses éclairs sanglants ne zébreraient pas jusqu'aux nues enchanteresses de la Treille, la plus belle île du monde, où les coteaux couverts par les vignobles sont une caresse pour les yeux. S'il prenait l'envie aux seiches de venir souiller de leur venin les eaux calmes du chenal Redwyne, Jace ferait de ce détroit leur tombe aquatique, dût-il y perdre ses propres navires. Qu'ils viennent ! Ils se heurteront sur les flancs impénétrables d'une vraie marine de guerre, comme autant de poissons imbéciles pris dans les files d'un pêcheur de la Treille.
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Message Sam 3 Sep 2011 - 0:10

Lothar eut un léger mouvement de recul, provoqué par la surprise plus qu'autre chose. Jace Redwyne lui-même lui servir le vin? LE Jace Redwyne? Aux dernières nouvelles, la seule personne portant ce nom était le Lord Redwyne actuel, le maître de la Treille, et propriétaire d'une des plus puissantes flottes des Sept Couronnes mis à part la Flotte de Fer. Sa réputation était celle d'un bon vivant, d'un homme sympathique, mais aussi de quelqu'un de talentueux dans la politique. Mais Lothar ne savait pas ce qui était vrai ou non dans ces discours, pas plus qu'il n'avait plus d'informations. Après tout, il n'était qu'un chevalier errant, et apprenait uniquement les informations qui lui serait d'une grande utilité. Tout savoir sur les Lords de Westeros n'entrait pas dans cette catégorie.
Discrètement, il accorda un nouveau regard à cet homme qui devait à peine avoir la trentaine, et tenta d'accorder cette image à celle de l'un des plus puissants Lords de tous, et sans doute le deuxième homme du Bief. Il n'y arrivait pas. Comment aurait-il pu? Selon lui les Lords étaient à l'image de Loras, des hommes vêtus de beaux atours, ou d'armures de guerre, au regard froid et distant, voire même hautain parfois. Ils se montraient toujours sous leur meilleur jour, quel que soit leur interlocuteur. Et là devant lui... on aurait dit un simple marin, un homme du peuple, quelqu'un qui s'éloignait de toutes les préoccupations qu'accompagnaient habituellement la noblesse et les titres.
Jace lui fut immédiatement sympathique, pour cela et pour son comportement général. Après tout, il était rare qu'un homme de son statut daigne simplement parler à un chevalier, dusse-t-il être un marin ou un capitaine. Et encore plus qu'il partage le vin avec lui.

« C'est un honneur, Lord Redwyne. Permettez-moi de me présenter en retour. Ser Lothar Celtigar, fils de l'autoproclamé Seigneur des Krakens... Un nom bien mal choisi, en ces heures d'attaques Fer-Nées je me dois de le reconnaître. »

Disant cela, Lothar passa inconsciemment sa main sur le cor qui pendait à présent à côté de sa ceinture, celui à cause duquel son père avait pris ce surnom peu adapté à leur blason de crabes. Et surtout à cause du fait que le kraken était davantage associé aux Fer-Nés, voire aux Greyjoy même qu'aux familles loyales au Trône de Fer.
Par contre, se présenter avait été adapté. Cela découlait même de la plus élémentaire logique et politesse. Si même un Lord s'abaissait à répondre et à décliner son identité à un chevalier, il était plus que normal que le chevalier en fasse de même. Là n'était pas une question de respect des titres ou des usages. Il s'agissait avant tout de montrer un certain respect à son interlocuteur, qui semblait en mériter.
Lothar ne put que sourire à la remarque suivante, selon laquelle le marin... non, le Lord Redwyne, disait qu'ils ne pouvaient désormais que devenir de bons amis. Un vieil adage, qu'il avait entendu auprès d'hommes du peuple et de ses propres marins par le passé, mais jamais dans la bouche d'un noble.
Et Jace Redwyne éclata de rire. Lothar ne put s'empêcher de faire de même, submergé par une hilarité telle qu'il n'en avait pas connu depuis des années. Depuis la mort de son père lors de ce naufrage.
Malgré le rire, il n'eut aucun mal à rattraper la bouteille que le marin lui envoya. Car oui, qu'il soit un Lord ou non, cet homme était avant tout un marin. Quelqu'un qui, comme lui, appréciait l'appel de la mer à sa juste valeur, et connaissait le doux embrun de l'océan au matin. Quelqu'un qui devait lui aussi parfois regretter son nom, souhaiter pouvoir voyager librement parmi les hommes qui partageaient ce même amour de la grande bleue.
Lothar leva sa bouteille à l'adresse de son compagnon nocturne, notant avec quelle habilité celui-ci maniait sa flute. Nul doute qu'une dague lui serait tout aussi facilement manipulable, et qu'elle serait bien plus mortelle que l'épée de la plupart des nobles et des chevaliers que Lothar avait pu rencontrer par le passé.

« A notre amitié nouvelle, dans ce cas! »

Le chevalier but une nouvelle fois, se gorgeant de la saveur, de l'arôme de ce vin si délicieux, avant de le renvoyer à son propriétaire avec adresse. Il savait que Jace Redwyne n'aurait aucune difficulté à la prendre en main.
Pendant quelques instants, une idée effleura l'esprit de Lothar. Une idée folle, une idée qu'il n'aurait sans doute jamais eu bien des années plus tôt. Quelques heures plus tôt même. Mais elle attendrait plus tard. Elle attendrait qu'il connaisse mieux celui qui était en face de lui. Car il était facile de passer pour un sympathique à qui savait y faire. Mais tous finissaient par se trahir, même si l'instinct du chevalier lui disait que cet homme là n'était en rien en train de feindre un comportement plus détendu que celui qu'il aurait eu en temps normal. Après tout, comment aurait-il pu savoir qu'il allait rencontrer un autre marin à cette heure de la nuit, et qu'il se ferait ainsi interpeler?
Mais malgré tout, mieux valait laisser la prudence faire son oeuvre, et intervenir plus tard.
Pour le moment, c'est une autre question qui traversa les lèvres de Lothar. Une question presque aussi folle que celle qu'il allait peut-être poser lorsque la soirée irait plus loin.

« Je vous demander par avance de pardonner mon audace mais... oserais-je demander la permission de monter à bord de votre navire? Mon Islesang est bien petite comparée à votre vaisseau, et je me dois d'admettre que fouler le pont d'un bateau aussi imposant que le votre me plairait beaucoup. »

Après tout, l'Islesang était le plus gros navire dans lequel Lothar avait eu l'occasion de naviguer. Et pourtant il n'arrivait pas à la cheville de cet autre vaisseau, si imposant, si majestueux. Si puissant. Sa fierté de marin l'empêchait d'être aussi ouvertement flatteur envers le vaisseau d'un autre de ses camarades... mais son amour de la mer ne pourrait lui pardonner de manquer une telle occasion.
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Message Sam 3 Sep 2011 - 23:54

Lothar Celtigar. Ser Lothar, un chevalier, mais comment en aurait-il pu être autrement ? Jace avait grandi bien loin de la bombance des titres et des honneurs de la chevalerie. Son quotidien n'avait pas été la joute et la mêlée, mais la rapine et le pillage. Que savait-il des chevaliers, sinon ce qu'il en avait appris par la bouche des marins et des pirates qu'il avait rencontrés en naviguant dans le détroit ? Titre à résonance guerrière intimement lié à la foi des Sept et dont l'origine se perd dans les mémoires, il n'est pas une dignité héréditaire, bien qu'il offre le droit de s'attacher un patronyme et d'illustrer celui-ci d'un blason, privilèges qui, eux, sont transmissibles par le sang. Devenir chevalier est à la fois un honneur, une récompense venant honorer les actes de bravoure ou les services rendus, et un engagement militaire qui implique des responsabilités précises. Ser Lothar n'était-il qu'un simple chevalier, ou était-il errant, ou encore fieffé ? Et tout cela avait-il son importance ? Il n'y avait aucune raison, ce soir, pour que Jace s'intéressât à l'origine et à la situation de ce marin qui partageait le vin avec lui. Tant qu'il ne commettait aucun impair, cette soirée ne serait jamais qu'une soirée de plus passé en bonne compagnie.

Comme Lothar se présentait, Jace ne put s'empêcher de glisser les yeux sur le cor de la légende. Il ne put s'empêcher de sourire, car les derniers tentacules qu'il eût le loisir de voir lui furent servi en soupe la veille au soir. Jace n'avait d'ailleurs point félicité son maître-coq pour sa délicieuse soupe de seiches à l'ail et au herbes du Conflans, mais il se promit de remédier à l'injure faite au gastronome ! Ainsi le cor existait, mais qu'en était-il de la légende qui entourait cette corne fabuleuse ? S'il avait été moins tard, Jace aurait très certainement demandé à ser Lothar de faire vibrer l'instrument de son souffle, afin de voir apparaître ces pieuvres géantes qu'on ne rencontrait plus que dans les légendes. Jace reprit la bouteille qu'il saisit au vol comme il aurait cueilli un fruit. Portant la bouche de cette délicieuse amante à la sienne, il s'inonda le gosier des dernières gorgées de la boisson avant de laisser glisser la bouteille plus loin sur le pont.

Islesang, c'est ainsi que s'appelait le navire du chevalier. Un nom étranger aux oreilles de Jace, mais le fait est qu'il y avait tant de navires qui parcouraient le détroit que Jace avait abandonné l'espoir de retenir le nom de tous les bâtiments qu'il rencontrait lors de ses voyages.


 « Allons, les amis n'ont pas besoin d'être si formels, venez, il y a bien assez de place pour vous et, par les Sept, la Licorne n'est pas Griseffroy. »

Il se recula du bastingage, pour aller s'appuyer contre l'énorme mât central du navire. En attendant Lothar, Jace porta sa flûte à ses lèvres et de la gueule ouverte des deux poissons qui ornaient chaque bec, s'éleva un air plutôt démodé mais très populaire du temps du règne de Daeron le Bon. Il s'interrompit quand Lothar fut près de lui, sa longue cape flottant derrière lui comme une ombre.

 « Mais la bouteille est vide, c'est intolérable ! Faites donc comme chez vous et s'il est vrai que ce navire est pour moi comme mon foyer, même si j'ai tendance à le considérer comme mon frère, alors considérez que Jace Redwyne vous a offert ce soir le pain et le sel. »

L'offre était spontanée et peut-être imprudente, mais Jace n'ignorait rien des droits de l'hôte, anciennes traditions originaires des Premiers hommes protégeant autant celui qui donne l'hospitalité que celui qui la reçoit. En dépit de tous les bons sentiments qui gravitent autour de cette coutume vétuste, Jace n'y voyait qu'un paravent où l'on dissimule toutes les hypocrisies et toutes les trahisons. Il préférait de loin la loyauté manifeste des actes et des comportements et s'il donnait ce soir à son invité le droit de monter à bord de la Licorne, il ne chercherait pas à tirer profit de cette situation par quelque artificieux stratagème. L'heure n'était pas à l'intrigue, mais à la réjouissance. Et quoi de mieux qu'un verre de vin pour célébrer toute occasion?

 « Ma sœur a d'ailleurs conservé plusieurs bouteilles de l'excellente année 196... D'aucun racontent que c'est le sang des vainqueurs de la bataille du champ d'Herberouge qui fait toute la saveur de ce vin... Si vous voulez mon avis et bien que je loue les Sept d'avoir accordé la victoire aux loyalistes, je ne peux m'empêcher d'imaginer que l'événement ne fut rien d'autre qu'une formidable boucherie. »

Un massacre perpétué au nom des caprices d'un chef qui, et c'est là l’œuvre de la justice divine, périt par les armes, voilà ce qu'était cette bataille, et voilà ce qui donnait la nausée au seigneur de la Treille. Jace reconnaissait la nécessité de la guerre, et ne crachait pas sur l'honneur qui jaillit sur les vainqueurs d'un juste combat. Mais il enrageait de savoir que tant d'hommes eussent été sacrifiés sur l'autel de la folie des rois.

 « Je reviens très vite, ser Lothar, profitez-en donc pour contempler ce navire depuis le pont ou les gaillards. Vous comprendrez alors pourquoi je m’émeus toujours du souvenir du jour où son capitaine m'en confiât le commandement. Retrouvons-nous à l'arrière, là où la vue sur la rade est magnifique. Nous pourrons alors partager le vin, les souvenirs, et tout ce que les Sept daigneront nous offrir. »

Il s'éloigna d'un pas leste et aérien, tel un albatros qui se fraie un chemin entre les cimes d'une forêt qu'il connaît bien. Il disparut pour un temps dans l'ombre impénétrable d'un escalier. On pouvait s'étonner de ce qu'il avançât ainsi dans l'obscurité du ventre de la Licorne sans prendre aucune mesure pour s'assurer d'un éclairage raisonnable, mais c'était ignorer qu'il naviguait à bord de la Licorne depuis plus d'une décennie. Il en connaissait chaque recoin, chaque membrure. Dans le nuit du navire, il était tel un chat.
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L'air du large aide le sommeil... mais le vin encore plus - Jace

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