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Une dernière visite - Eva

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Message Ven 29 Juil 2011 - 9:48

Port-Réal… Port-Réal… Qu’est-ce qui avait pris à Edarra de déclarer vouloir aller à Port-Réal ? Dorne n’était plus suffisamment vaste pour elle ? Il fallait qu’elle se rende au milieu des ennuis et des combats.
Car Olyvar se doutait qu’elle ne s’arrêterait pas là. Elle voulait rejoindre son jeune Oberyn à Salvemer. Ce qui signifiait qu’ils allaient devoir passer au milieu des terres attaquées par les Fer-Nés et ravagées par les bandits poussés à la violence par la canicule.
Edarra était quelqu’un de brillant, mais il fallait reconnaître que cette idée-là n’était pas la meilleure qu’elle ait eu jusqu’à présent. Et que restait-il à Olyvar ? L’attacher pour l’empêcher d’y aller ? Tenter de la convaincre ? La force physique était hors de question : il était là pour la protéger, pas la blesser. Et la convaincre… elle n’était pas la fille de Shyra pour rien. Depuis leur dernier voyage, il le savait plus que jamais. Alors combiner cela à la volonté de fer d’une femme amoureuse…
Il aurait eu plus de chance de convaincre une statue de Vaes Dothrak de se mettre à marcher et traverser la mer à la nage.
Il n’avait donc pour seul choix que de suivre Edarra, et s’assurer qu’il ne lui arrive aucun mal.
Le départ aurait lieu bientôt. Olyvar devait donc faire revérifier ses armes, acheter des provisions et… se détendre une dernière fois. Boire, jouer, manger un repas dans une auberge sans se poser de question. Peut-être même se battre un peu avec un client alcoolisé, et chanter des chansons qui ne se prêtaient pas à des oreilles nobles comme celles d’Edarra. Il n’en aurait plus l’occasion, une fois sur les routes.
Aussi avait-il quitté la forteresse pour visiter la ville et ses marchands. Il avait préparé une liste de denrées à faire livrer au château, et avait amené avec lui son épée longue et sa dague.
Le forgeron fut son premier arrêt. C’était un vieil homme, mais qui arborait une barbe aussi noire que les cheveux d’Olyvar. Ce qui lui restait de cheveux était paradoxalement plus blanc que les neiges du Nord. Il avait des yeux laiteux, et le garde savait que l’homme était presque aveugle.
Mais il n’avait plus besoin d’yeux pour forger une épée. C’était sa seconde nature. Il sentait la chaleur plus qu’il ne la voyait, sentait les faiblesses, les fragilités. Aucun besoin d’yeux lorsque l’on avait son expérience.

« Maître Lamark. C’est Olyvar.
- Je te vois encore espèce de grand bœuf ! Ne m’enterre pas trop vite, va. Ce n’est pas moi qui court après les dangers l’épée à la main !
- La seule personne après laquelle je cours est une femme.
- C’est ce que je disais. »

Olyvar éclata de rire, et le forgeron fit de même. Le rire d’un vieillard qui possédait encore toute sa chaleur et toute sa force.

Il nous enterrera tous, se dit Olyvar.

« Trève de bavardage, reprit Lamark, tu as besoin d’une nouvelle épée ? »

Olyvar dégaina la sienne, et la tendit au vieil homme.

« J’ai peur que la mienne se soit fragilisée lors de mon dernier entraînement. Je n’aimerai pas qu’elle se brise au moment où j’en ai le plus besoin. Cela m’obligerait à en acheter une autre chez un forgeron étranger, en plus. »

Un espèce de « Hmmm » fut la seule réponse que donna Lamark, alors qu’il passait sa main sur le plat de la lame, qu’il la faisait se mouvoir délicatement dans l’air, à l’affut du moindre son suspect.
Il se saisit d’une épée qu’il venait de finir de refroidir, et frappa celle du colosse avec. Celle-ci se brisa avec un bruit sec, la lame tranchée droit en son milieu.

« En effet, elle était fragile. »

Olyvar fut heureux d’avoir pris la précaution de venir voir Lamark avant de faire son voyage. S’il avait du se battre avec ça…

« Il va donc m’en falloir une autre. »

Rapidement, le forgeron lui tendit l’arme qu’il avait dans la main.

« Mon meilleur acier. Tu ne trouveras pas mieux, que ça soit dans cet étalage ou chez un autre. »

Olyvar fit quelques passes avec l’arme, l’écoutant chanter et siffler alors qu’elle tranchait l’air.

« Combien je vous dois ?
- L’épée brisée était à moi, et je vais la faire refondre. Considère que nous sommes quittes. »

Olyvar serra la main du vieillard, y glissant quelques pièces, et reprit la route. Un jour, il faudrait qu’il trouve le moyen de faire venir Lamark à la forteresse. D’en faire le forgeron « officiel » des Ferboys. Il méritait un meilleur statut que celui qu’il avait à ce jour, autant pour son talent que pour sa personne.
Le passage chez le marchand de vivres fut beaucoup plus rapide. Cet homme prenait Olyvar pour un illettré incapable de placer plus de trois mots dans un ordre cohérent, et encore moins de lire ou de compter. Aussi gardait-il ses plaintes pour lui-même et ses serviteurs, tout en obéissant parfaitement aux ordres écrits sur la lettre qu’Olyvar avait écrit à son intention.
Il lui faudrait livrer de l’eau, de la nourriture sèche, du bois, de quoi nourrir des chevaux… Il avait toujours été le marchand privilégié des Ferboys, par sa vitesse et ses tariffs, aussi savait-il très bien qu’il n’avait d’autre choix qu’obéir, et qu’il serait payé à la livraison.
Le garde se dirigea à présent vers un quartier de la ville où la population était moins sympathique qu’ailleurs. Il avait choisi sa tenue pour ça : une tunique de lin sombre dont les manches avaient été arrachées, laissant visible sa musculature, et une armure de cuir légère qui protégeait son torse. A sa ceinture pendait sa nouvelle épée, et sa dague se trouvait dans sa botte. Personne ne s’attaquerait à lui tant qu’il était habillé ainsi.
Il entra dans une taverne qu’il connaissait bien, Le Cheval des Boys, nommée ainsi, la rumeur le voulait, en hommage à un ancien Lord Ferboys qui y auraient demandé une chambre pour son cheval, tout en dormant dans l’étable. Olyvar ne croyait pas à cette histoire, mais il fallait reconnaître qu’il la trouvait distrayante.
L’un des serveurs, Vieux Dick, la racontait encore à un groupe de voyageur lorsqu’Olyvar passa la porte. Vieux Dick devait avoir moins de trente ans, mais avait gagné son nom à force de raconter des histoires qui dataient d’avant sa naissance, et avant même celle de l’aubergiste.
Celui-ci, voyant le colosse arriver, le gratifia d’un sourire et d’un signe de tête. Olyvar resta debout devant le comptoir, en face de lui, et attendit que sa boisson arrive.
Une jeune serveuse, dornienne rocheuse sans aucun doute, et recrutée depuis peu, lui apporta une choppe de sa bière favorite. Il ne la connaissait pas. Mais il savait très bien pourquoi Donvan l’avait embauchée : elle possédait des atouts qui ne laisserait aucun homme indifférent.
C’est d’ailleurs alors qu’il observait les atouts en question qu’Olyvar fut interpelé par Donvan :

« Tu pars demain, je présume ?
- Tu présumes bien.
- Tu viens toujours ici la veille de tes départs. Mais on te voit pas le reste du temps.
- C’est normal. Le reste du temps, je suis sur les routes. »

Donvan haussa les épaules et s’attaqua au nettoyage de son comptoir.

« Juste une boisson ce soir ? Je pourrais te présenter Lia sinon… »

Il indiqua d’un geste de la tête la jeune serveuse. Olyvar se retourna, et aperçut une table libre.

« Tu sais très bien que ce n’est pas mon genre. »

Le garde s’assit à la table qu’il avait repéré. Il tournait le dos à la porte, mais avait laissé une table entre elle et lui. Le meilleur moyen d’éviter des problèmes : si quelqu’un déclenchait une bagarre dans la taverne, il le verrait venir. Et s’il venait de l’extérieur, il devrait renverser l’autre table pour s’attaquer à lui. C’était un tour qu’il avait appris aux côtés d’Allen, à leurs propres frais…
Olyvar repensa à cette époque. Des années plus tôt, les tavernes, les quartiers sombres, les prostituées, tout cela l’avait attiré, et il en avait eu une quantité plus que convenable. Mais aujourd’hui, cela lui semblait un produit de luxe certains jours, dénué de saveur les autres.
Comment avait-il pu changer ici ? Qu’est-ce qui avait fait de lui cet homme, si différent de celui qui avait servi comme mercenaire dans les Cités Libres ?
Alors qu’il se posait ces questions, une voix le sortit de ses rêveries et de ses souvenirs.
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Message Ven 29 Juil 2011 - 19:25

Pourquoi était elle arrivée ici ? Dorne lui manquait, malgré le fait qu’elle aimait le bief et les Terres de l’Ouest ou encore Port-Réal pour ce qu’elle y avait gagné et ceux qu’elle y avait rencontré, sa terre lui manquait, Lancehélion bien sûr, mais elle voulait rester en vie, elle se contenterait donc de Ferboys, assez éloigné du fief de ce maudit Maron, mais dans la chaleur des sables du sud, sables qui l’avaient vu naitre, qui avait accueillit ses premières joies et ses nombreuses peines, sa souffrance, qui, avec le soleil paraissait toujours plus douce qu’ailleurs. Ferboys donc, elle y était passé en fuyant Lancehélion, elle connaissait déjà un peu la ville, mais beaucoup de choses avaient changé depuis près de neuf ans qu’elle n’y avait pas remis les pieds. Les rues restaient les mêmes si ce n’est que la ville c’était étendue, les boutiques, les gens même, tout avait changé, les natifs des sables étaient encore majoritaires, mais on voyait ici et là des étrangers la plupart de passage et aussi certains qui s’y installaient. L’effervescence semblait même encore plus importante qu’avant, le rattachement de Dorne aux Sept Couronnes avait changé la vie de ses habitants, et le commerce semblait marcher bon train.

Et dire qu’elle aurait pu être la cause de l’annulation du mariage de Lord Martell et de Daenerys Targaryen et donc de l’unification définitive des sept couronnes, séparation qui aurait probablement couté la vie de beaucoup de Dorniens, mais ce genre de considérations lui passaient très loin au dessus de la tête, surtout à ce moment là, alors qu’elle était amoureuse de son suzerain et détestait sa femme plus que tout autre chose. Elle n’avait alors aucune idée de l’impact que ça aurait pu avoir sur Dorne et tout le royaume, il s’en serait trouvé bien différent, c’est certain. Même si maintenant elle comprenait tout ça bien mieux, et avec, le choix de Maron, elle lui en voulait toujours autant et elle détestait cette pute riche aux cheveux d’or qui lui avait finalement donné des enfants, mais elle se disait aussi qu’un Prince avait le droit d’avoir des maitresses et que le fait d’officialiser leur relation n’aurait pas eut tant de conséquences que ça, et puis merde, si elle ne faisait pas son boulot, il fallait bien que quelqu’un le fasse, un homme tel que lui avait besoin qu’on le satisfasse avec talent ! Elle avait donc prit la place de Daenerys, fait ce qu’elle aurait du faire dès son mariage, et ensuite c’était cette maudite Targaryenne qui en retirait tous les honneurs ! La haine était tenace…

Elle arriva donc dans cette ville qu’elle reconnaissait sans mal mais dont les transformations lui sautaient aux yeux. Le soleil était à son zénith lorsqu’elle y fit ses premiers pas avec un sourire radieux sur le visage. Elle était enfin chez elle, de retour parmi les siens, même si elle n’avait pas de famille, elle se sentait ici comme chez elle, humant l’air chargé d’épice des marchés, regardant avec une joie enfantine et un léger serrement de cœur les couleurs vives des étoffes, ce que ce pays lui avait manqué. Elle en avait les larmes aux yeux, et le nez qui piquait ; et des tas de souvenirs qui remontait de ses jeunes années. La différence, c’est qu’elle avait maintenant les poches pleines d’argent et de bien beaux souvenirs d’ailleurs ainsi que de nobles clients dans tout le royaume. Elle parcourut les rues à la recherche d’une auberge, mais absorbée par ce sentiment de bien être qui la parcourait, elle ne faisait pas vraiment attention au reste et chevauchait son coursier des sables isabelle avec un port de tête et une allure digne d’une reine, tellement heureuse et fière de ce qu’elle avait vécue et de ce qu’elle pourrai vivre ici. Elle fit grande impression auprès de quelques badauds, et se fit appeler Lady par les marchandes, pourtant elle portait sa tenue de voyage, une longue robe beige de coton fin pour les chaleurs de l’été et un voile blanc sur la tête, peut-être était-ce son cheval, un présent, digne des plus belles dames de Port-Réal, ou peut-être cette posture qu’elle avait acquis au fil des années, à force de voir les nobles femmes, de les observer, de chercher à atteindre le grâce et à la dépasser.

Quand elle se rendit compte que trop de personnes se retournaient sur son passage, elle baissa la tête et se remit plus sérieusement en quête d’une chambre pour la nuit. Elle voyageait sans escorte et trop se faire remarquer n’était pas de bon ton pour être en paix et pouvoir s’installer sans encombre, d’autant plus qu’elle avait quelques bien précieux dont elle ne voulait pas se faire détroussé sous peine de devoir recommencer tout à zéro. Elle tomba alors sur une auberge : Le Cheval des Boys. Elle entra par un porche sur le côté de la porte menant à la taverne. Il y avait là de petites écuries qui ne payaient pas de mine et quelques chambres à l’étage. Un homme qui semblait débordé lui demanda sans beaucoup de politesse ce qu’elle voulait.

« Une chambre et un box pour quelques nuits s’il vous plait. »

Elle enleva alors le voile qui recouvrait ses cheveux et une partie de son visage. L’homme d’un certain âge leva les yeux vers elle et parut soudainement bien moins occupé, il s’inclina légèrement et répondit en bredouillant légèrement :

- Je… Je suis honoré, mais je ne sais pas si nos chambres vous conviendront Ma Lady
- Si si, ça ira très bien j’en suis sûr, et appelez moi Eva, je vous en prie…

Elle aimait se faire passer pour une Dame, mais pas auprès des commerçants qui pourraient en profiter pour lui faire payer plus cher leurs services, elle était loin d’avoir les moyens d’une femme de noble lignée ! Elle descendit de cheval sans plus de simagrées et fit une révérence à celui qui serait donc son hôte et qui commença à crier sur une jeune femme à qui Eva sourit comme pour s’excuser, car si elle se fichait pas mal que son patron l’engueule, il faut éviter de vexer le petit personnel quand on compte passer un peu de temps et exercer un métier comme le sien dans un tel endroit, ils peuvent être des alliés précieux et des ennemis redoutables.

« Lia ! Dépêches toi, prépares lui une chambre ! »

La jolie Lia s’exécuta après avoir rendu son sourire à Eva.

- Ne vous pressez pas pour moi, je vous en prie, je vais prendre un repas avant de m’installer, si vous voulez bien, ainsi vous aurez le temps de préparer ma chambre.
- Bien, très bien… Au fait, je m’appelle Dick, si vous avez besoin de quoi que se soit n’hésitez pas à faire appelle à moi.

Eva sourit et le remercia.

- Où puis-je mettre mon cheval en attendant ?
- Quoi vous aussi vous voulez une chambre pour lui ?

Elle le regarda d’un air interrogatif.

- Ah vous ne connaissez donc pas la légende… Je vais vous la conter.

Il fit un signe autoritaire à un jeune garçon qui était sortit de l’écurie entre temps, il vint prendre le cheval et l’emmena dans le bâtiment, remercié par Eva un peu distraite par cette fameuse légende. Dick l’emmena dans la taverne en lui racontant l’histoire de cet aïeul des Ferboys qui avait demandé une chambre pour son cheval et dormi lui-même dans l’étable à laquelle la belle brune rit à gorge déployé et à grand renfort de « Ah » et de « Oh » d’étonnement.

« Quelle drôle d’idée tout de même… Pour moi ce sera une chambre pour ma personne et l’écurie pour mon cheval. »

Conclua-t-elle en souriant alors qu’il l’installait à table et lui demandait ce qu’elle voulait manger. La pièce était presque vide, quelques autres voyageurs se restauraient, bien trop occupés à se nourrir et à boire le bon vin de Dorne pour la remarquer, et cela l’arrangeait, elle n’avait aucune envie de se faire remarquer par n’importe qui, par de pauvres rustres, elle visait bien plut haut, même si il faudrait qu’elle travaille au plus vite, et qu’elle trouve un endroit où se fixer. Elle savait que ça n’allait pas être simple, elle avait prit l’habitude de ne plus donner les deux tiers de ce qu’elle gagnait à un patron et de choisir ses clients, elle y était parvenu ses neuf dernières années en se faisant passer pour la fille d’un riche marchand en pèlerinage, elle était alors hébergée dans les plus belles demeures et en échange elle offrait ses services aux nobles hommes de la maison, et quand elle se lassait , ils la présentait à un autre riche propriétaire terrien gardant de très bons rapports avec elle dans l’espoir de la revoir, elle était devenue une véritable courtisane et passait de châteaux en forteresses sans encombre, et lorsque ça n’était pas le cas, elle faisait halte dans des auberges le temps de rencontrer un riche combattant qui pourrait se payer ses services et avec un peu de chance, l’héberger dans de meilleurs conditions, mais cela impliquait de quitter les lieux avant que le client ne se lasse ou que la maitresse de maison ne comprenne son petit jeu, et elle avait décidé de rester ici un peu plus longtemps. Faudrait-il qu’elle trouve une maison close ? Elle n’en avait aucune envie, sachant que malgré sa beauté, elle n’était plus de prime jeunesse et qu’on risquait fort de lui préférer des femmes plus jeunes. Elle gardait toute sa fraicheur pourtant, mais elle devait surtout sa réputation à son expérience et à son talent, aucune jeune fille ne pouvait se prévaloir de ce qu’elle avait apprit, mais pouvait-elle pour autant prendre le risque de se faire évincer ? Si non elle pouvait exercer dans sa propre maison, mais c’était risqué, sans protection…

Après le long voyage qu’elle venait d’effectuer, elle apprécia un repas léger de légumes marinés et de viande fraiche, enfin quelque chose d’autre que les rations de voyage faites de viande séché et de pain non levé. Cela faisait hui jours qu’elle chevauchait seule par la passe du prince sans prendre plus de repos que de courtes nuit, Lord Tyrell l’avait accompagné jusqu’aux Marches, mais pas au de la de la frontière et elle ne lui avait pas demandé, mais si elle avait la chance de partager ses repas jusque là, elle avait du se contenter des quelques provisions qu’elle avait pour la suite, ainsi, s’assoir à une table, manger et boire à volonté, c’était un véritable plaisir et elle le savoura longuement. Après quoi elle monta dans sa chambre accompagnée par le maitre des lieux, Dick qu’elle remercia avant de refermer la porte. On lui avait monté ses affaires, elle vérifia que tout était là, il faudrait qu’elle remercie le jeune palefrenier. Elle avait demandé à Lia un bain durant son repas, et la jeune femme vint la chercher quelques minutes plus tard pour l’emmener dans une pièce sombre derrière la cuisine, où l’attendait une grande bassine d’eau tiède. La serveuse prit congé, elle avait prit soin de couvrir l’unique fenêtre avec un drap de lui laisser la clé de la pièce et de lui laisser un savon sur une tablette non loin du bain, une gentille attention. Eva sourit et ferma la porte avant d’enlever ses vêtements et de se plonger dans l’eau.
Elle sentait mauvais, enfin en tout cas pour elle, bien que ça soit toujours moins que la plupart des gens. Elle n’avait pas eut beaucoup l’occasion de se laver depuis qu’elle avait passé les Marches et ce bain lui fit le plus grand bien. Elle se lava le corps et les cheveux avec un savon qu’elle avait elle-même descendu, un bien précieux, aux vertus adoucissantes, acheté sur un marché de Villevieille. Elle sortit bientôt de l’eau et enfila une robe légère de lin blanc un peu transparente et une cape de coton épais orange avec laquelle elle remonta dans sa chambre où elle dormit quelques heures.

Lorsqu’Eva se réveilla, c’était le soir, et elle entendait à l’étage du dessous les rires des clients nettement plus nombreux maintenant que lorsqu’elle était arrivée et les verres qui s’entrechoquaient. Elle se changea, enfilant une robe blanche en coton accrochée uniquement sur une épaule et bordée d’un liseré rouge, elle avait de plus belles robes, mais dans une telle taverne, elle ferait tâche avec de plus riches atours. Elle relava ses cheveux, les ramenant derrière sa tête et laissant ses longues boucles brunes retomber sur son dos et ses épaules. Elle se parfuma légèrement et évita les bijoux pour ne pas se faire détrousser puis elle descendit l’escalier jusqu’à la grande salle ou l’ambiance battait son plein. Mais alors qu’elle se dirigeait vers le bar sans prêter attention à ce qui l’entourait, un jeune homme lui attrapa fermement le poignet en lui parlant sur un ton qui en disait long sur ses intentions :

- Salut ma belle
- Je vous prie de bien vouloir ME LACHER ! Cracha-t-elle au visage de son assaillant. Le ton calme et hautain employé pour le début de la phrase tranchait avec le mépris et l’énervement sans retenue avec lequel elle avait terminé.

Il était armé, jeune et fort, tout ce qu’elle aimait, mais son manque de déférence était inadmissible et elle lui fit savoir en essayant de se dégager. Il devait être un homme de la garde à en croire son épée courbe et son armure légère, un combattant qui venait ici pour se changer les idées, et il ne avait le droit, mais s’il n’avait pas fait l’erreur de vouloir prendre Eva de force, il aurait peut-être pu se payer ses services et une nuit en charmante compagnie, mais là, c’était hors de question, c’était exactement le genre de clients auquel selle n’avait aucune envie d’avoir affaire, ces clients qui ne payaient pas, qui pensait que le fait qu’elle soit une prostituée lui enlevait le droit à la fierté et faisait d’elle un chiffon dont on pouvait se servir et se débarrasser sans demander la permission, le genre de personne que la belle évitait avec habileté, car sans la protection d’une maison close, elle n’aurait aucun moyen de se faire payer, et en plus son beau visage risquait fort d’y passer. Elle n’aimait pas du tout tomber sur ces hommes qui sous prétexte qu’elle vendait son corps s’imaginait qu’il pouvait être à eux sans rétribution, c’était justement tout l’art d’être une catin, et encore plus de sa stature, se faire payer, en sein d’une maison close cela ne posait pas de problème, mais quand on essayait de se défaire du joug d’un patron, ça devenait nettement plus compliqué et parfois dangereux, heureusement elle avait surtout eut affaire à des gentilshommes jusqu’ici, qui avait largement les moyens de la payer et ne lui manquait pas de respect en essayant de faire la petit économie de ses talents. C’était en partie pour ça, qu’elle aimait les riches, même si certains n’étaient pas aussi avenants que ça…
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Message Ven 29 Juil 2011 - 22:48

Un garde. Il fallait que cela soit encore un garde. Il avait du boire un coup de trop, se changer les idées ou célébrer quelque chose. Et quoi de mieux pour célébrer que de s'approprier l'une des plus belles femmes du coin? Après tout, c'était un principe courant, et alcool et sexe allaient souvent ensemble, selon la majorité des gens. Mais il existait un problème. Pour appliquer cela, encore fallait-il que les deux partis soient d'accord. Et, quoi que l'on en dise, la femme n'avait pas l'air de l'être, loin de là.
Un jour, il faudrait que quelqu'un apprenne aux gamins comme ce garde qu'ils n'étaient pas chez les dothraki, à prendre qui ils voulaient quand ils voulaient. Dans un monde civilisé, lorsque l'on voulait une dame, on la courtisait. Et lorsque l'on voulait une prostituée, on la payait. C'était aussi simple que ça.
Et il semblerait que ce jour-là, c'était justement le quasi-dothraki qui allait devoir faire la leçon. Que l'homme qui, de toute la taverne, avait sans doute l'apparence la moins civilisée et la plus brutale soit celui qui inculque la galanterie a des gardes de la ville avait vraiment quelque chose de paradoxal, avec le recul.
Mais Olyvar était un homme d'honneur, qui aimait apprendre aux autres à vivre selon les bons principes. D'un autre côté, il n'avait jamais aimé les élèves idiots ou bornés. Et il soupçonnait que ce garde appartienne aux deux catégories. Et l'un des avantages qu'il avait, c'était qu'il n'était ni mestre ni septon. Certaines... limites ne poseraient pas de problème s'il les franchissait.

La femme essayait de se défendre, tant bien que mal. Elle avait gardé son calme quelques instants, mais cela n'avait pas duré. Comment rester calme face à une situation pareille? Mais d'un autre côté, que pouvait-elle faire face à ce genre de gars? Absolument rien. Il était plus musclé, il était armé, et il possédait un statut de garde qui le protégerait si elle venait à clamer quoi que ce soit. Car Olyvar était prêt à le parier, malgré ses allures et ses tenues riches, elle n'était pas une Lady.
Le seul noble à avoir posé les pieds dans cette auberge était celui du cheval. Et il n'était probablement qu'une histoire que le Vieux Dick racontait pour passer le temps.
Olyvar, loin d'être un homme prompt à l'inaction lorsque quelqu'un se trouvait en danger, et encore moins lorsqu'un combat se présentait à lui, décida d'intervenir. Cela faisait des années qu'il n'avait pas eu le droit à un vrai combat. Non pas que cet homme lui en présenterait un, mais après tout... Et puis il allait bientôt voyager, autant prendre une petite liberté de rien du tout. Cela le détendrait. Il en avait bien besoin, avec l'idée d'Edarra de partir à l'autre bout du monde simplement sur un caprice amoureux. Elle était encore une enfant...
Olyvar se leva lentement, reposant sa choppe de bière sur la table et espérant qu'il la trouverait à son retour. Il n'avait que peu d'espoirs, vu la population du Cheval des Boys. Avec un peu de chance, la femme lui paierait un coup pour le remercier. Et au pire il lui restait sa solde. Il n'était pas à ça près.
Il avança vers le garde, se trouvant derrière lui. Il mesurait bien une tête et demi de plus que l'autre homme, et faisait au moins une demi largeur de plus. Pour changer. Ce n'était pas comme si les hommes de la stature d'Olyvar étaient très courants...
Peu désireux d'ouvrir les hostilités de façon peu subtile, Olyvar tapota l'épaule du garde dans le but d'attirer son attention. Celui-ci se retourna. Son haleine empestait l'alcool, Olyvar s'en rendait bien compte. Et lorsqu'il prit la parole, il n'y avait plus aucun doute. Il avait du engloutir sa solde du mois dans de la bière bon marché, pour sentir la pisse d'âne à ce point.

« Fais gaffe, j'suis un garde, et elle est à moi. »

Olyvar lui jeta un regard plein de mépris en haussant les épaules. Depuis le temps que les menaces comme celles-ci avaient arrêté de faire de l'effet sur lui... Un garde, un Lord, un Roi... une épée en plein coeur les abattait tous de façon aussi radicale que s'ils avaient été des paysans sans nom.
Mais Olyvar allait éviter de dégainer son épée, pour cette fois. Ses muscles lui suffiraient largement pour traiter avec de la racaille de bas étage comme celui-là.

« Pas de chance, j'en suis un aussi, et mieux gradé que toi. »

Sa main immense engouffra l'arrière de la tête de l'homme. Il avait retiré son casque. Un réflexe idiot, et qui allait lui coûter cher. Il tenta d'ôter sa tête de l'emprise de la main d'Olyvar, mais il n'y arriva pas. Le guerrier était trop fort pour lui.
D'un ton presque pédagogue, Olyvar reprit la parole, sa main libre pointant vers la table vide la plus proche :

« Ceci est une table. Ceci est ta tête. On va voir comment les deux peuvent interagir. »

D'un coup sec, il entraina la tête de l'homme vers le bas, et elle frappa de plein fouet la table en question. L'homme poussa un hurlement et relâcha son emprise sur la femme. Il tenta de se débattre, de bouger, mais Olyvar frappa à nouveau sans lui laisser le temps ni l'occasion de se libérer. Cette fois l'homme fut sonné, et se débattit moins violemment. Il commençait à lutter pour rester conscient plus que pour se libérer du colosse. C'était un mauvais signe pour lui.
Olyvar donna un troisième coup, le plus fort de tous, histoire d'être sûr. Lorsque le garde ne bougea plus, il décida de le relâcher, le laissant s'écrouler sur la table. Du sang avait coulé de son visage. Son nez avait sans doute été cassé lors de l'un des impacts.
D'une table plus au fond de l'auberge, deux gardes en tenue complète se levèrent. Ils avaient dégainé leurs armes. Des épées de bonne facture, si le regard d'Olyvar était un quelconque juge en la matière...

« Ça ne va pas se passer comme ça... dit le premier garde. »

Celui-là semblait aussi alcoolisé que celui dont Olyvar venait de régler le compte. Ils n'allaient pas en rester là.

« On va pendre tes burnes sur la porte, cria le deuxième. »

Cela aurait été de mauvais goût. Même Vieux Dick en aurait convenu. Mais Olyvar n'eut pas le temps de répliquer qu'ils étaient déjà en train de se jeter sur lui. L'inconscience de la jeunesse... et de l'alcool. Olyvar évita le premier facilement. Il était beaucoup trop lent pour causer un réel danger.
Puis, lorsque le deuxième arriva à portée, il se pencha et l'agrippa à la taille, avant de le soulever du sol. Dans un même mouvement, il le passa par dessus son épaule, l'envoyant voler droit sur la table qui se trouvait derrière lui. Avant que le garde ne puisse esquisser le moindre mouvement pour se relever, Olyvar l'avait déjà frappé à nouveau. Un coup de pied dans le dos, y mettant tout son poids. Il entendit quelque chose craquer, mais de là à dire si c'étaient des os ou du bois... Et pour être franc, il s'en souciait peu, voire pas du tout.
Celui qu'Olyvar n'avait fait qu'éviter revint rapidement à la charge. Mais il n'était plus seul. Lorsqu'il vit les trois hommes habillés en garde près de la porte, Olyvar comprit qu'une patrouille venait d'entrer. Toute la garnison de la ville venait boire sa paie au Cheval de Boys, ou le colosse n'avait-il simplement pas de chance du tout aujourd'hui?
Voyant que le nombre tournait en sa large défaveur, alors que jusqu'à présent il avait été en supériorité numérique (car un Olyvar est plus nombreux que trois gardes, tout le monde le sait) le colosse hésita à dégainer son arme... mais cela ne lui serait pas vraiment bénéfique. Pour le moment il pouvait encore à moitié passer pour une victime, ou pour le gentil de l'histoire : il n'avait pas tiré l'acier au clair. S'il le faisait... plus rien ne les retiendrait.

Tout ça pour une femme que je ne connais même pas... un jour j'apprendrai à me mêler de ce qui me regarde.

Et le premier garde s'était relevé. Il titubait toujours, mais il avait dégainé son arme. Un coup d'oeil confirma à Olyvar ce qu'il pensait : son nez avait été brisé dans sa rencontre avec la table. Dans un sens, cela semblait améliorer son visage de poupon mal dégrossi.
La femme quant à elle était derrière Olyvar. Il ne s'était pas rendu compte qu'elle s'était mise ainsi derrière lui, en quête de sa protection. Dans un sens, il la comprenait. Elle avait un garde tout trouvé, prêt à se battre pour elle, et son autre possibilité était de tenter de s'excuser auprès des gardes ? Même un âne aurait choisi de rester derrière Olyvar comme elle l'avait fait et elle semblait marcher sur deux jambes, ce qui excluait qu'elle en était un. Il lui pris le bras avec douceur. Il n'allait pas se montrer aussi violent que l'homme dont il la protégeait, ç'aurait été stupide. Il lui fit ensuite signe de se cacher derrière le comptoir. Elle serait à l'abri des gardes, et elle ne gênerait pas le colosse dans ses mouvements. Il ne prit pas le temps de voir si elle lui avait obéi. Il avait des menaces plus urgents à gérer.
Un garde s'avançait, l'épée levée. Olyvar recula le haut de son corps la première fois, évitant la lame de peu. La seconde attaque fut plus violente, et il fut obligé de reculer davantage, mais ses jambes restaient presque immobiles. Pour la troisième attaque, il se baissa, passant sous la lame, et se retrouvant dans le dos du garde qui l'avait attaqué.
L'élan avait emmené le garde en question plus loin, et les deux adversaires se tournaient le dos. Un autre garde se trouvait devant lui, l'un des deux autres qui avaient composé la patrouille. Avant même que le garde ne puisse faire mine de réagir, l'ancien dothraki lui mit un coup de tête. Le nez du soldat craqua aussi fort qu'un coup de tonnerre, et il perdit le peu de conscience qu'il avait. Une menace de moins dont Olyvar devrait s'occuper.
Mais il n'eut aucun répit. Celui qui se trouvait derrière lui revint à la charge. Olyvar fit un demi-tour et l'accueillit d'un poing en pleine figure dans le même mouvement. Le garde fut propulsé au sol sans demander son reste. Deux de moins. Plus que trois. « Que ». Et il en suffirait d'un seul pour passer sa lame où il le faudrait.
Lorsque son adversaire suivant attaqua, Olyvar donna un coup de pied dans une chaise, qui percuta les jambes de son agresseur. Celui-ci s'étala au sol, ses jambes s'emmêlant dans les pieds du siège. Le colosse n'eut pas un instant de repos. Les deux derniers hommes se jetèrent sur lui en même temps, comprenant enfin que le un contre un n'était pas la solution.
Mais le deux contre un n'était pas la solution non plus, et ça ils semblaient ne pas l'avoir réalisé. Olyvar les esquiva, se glissant entre les deux comme ils auraient sans doute pensé cela impossible pour un homme de sa stature. Tout semblait pour lui arriver au ralenti. Les adversaires, leurs mouvements... Et soudainement, il était derrière eux. Ils n'avaient pas eu le temps de se rendre compte de la menace que cela représentait que le colosse s'était déjà saisi de leurs têtes. Rassemblant ses forces, il le heurta l'une contre l'autre jusqu'à ce qu'ils perdent connaissance. Seulement deux coups furent nécessaires. Il n'avait pas frappé au maximum de sa force. Leurs crânes auraient sans aucun doute éclaté au moment de l'impact.
Après cette démonstration de force plus qu'explicite, les seuls gardes encore en état de combattre décidèrent que, finalement, ce n'était pas vraiment la peine de tenter leur chance contre le colosse. Ils s'enfuirent sans demander leur reste, laissant leurs compagnons au sol, armes, armures et nez cassés.
Olyvar les regarda s'enfuir, ne se donnant même pas la peine de les poursuivre. Qu'espéraient-ils faire, de toutes façons? Rameuter l'intégralité de la garde pour s'occuper d'un seul homme?
Ils allaient sans doute plutôt aller voir leur supérieur et leur raconter comment une bande d'au moins une vingtaine de brigands les avait pris en embuscade, et à quel point ce combat fut âpre et difficile.
Le colosse haussa les épaules se tourna vers Donvan. Le propriétaire de l'auberge n'avait pas bougé d'un pouce durant le combat. C'était exactement comme cela qu'Olyvar préférait qu'il agisse. Son intervention aurait causé plus d'ennuis qu'autre chose.

« Explique ce qui s'est passé aux Ferboys, quand tu leur diras que tu viens de ma part, ils te dédommageront. »

Donvan hocha la tête. Lui, contrairement aux gardes, savait qui était l'homme qui venait de se battre, et connaissait son statut. Le garde d'Edarra Ferboys avait forcément plus d'influence qu'un garde de la ville dont le nom était inconnu, et sa parole serait plus facilement prise en compte. Cela aurait de l'importance, lorsqu'il s'agirait de réparer les dégâts, et de trouver qui devrait payer pour ça. Selon toute logique, la plus grande partie serait prélevée de la solde des gardes impliqués.
Olyvar jeta un regard autour de lui. Une table détruite, le plancher recouvert de sang à certains endroits... mais à part ça rien de bien grave.
En regardant, son regard croisa celui de la femme pour qui tout cela avait été provoqué. En la regardant, il comprit pourquoi un tel combat avait éclaté. Elle était belle et, reconnaissons-le, bien formée. Ses vêtements n'avaient beau pas être provocateurs, ils ne faisaient rien pour dissimuler ses charmes. Rien de bien étonnant, à Dorne, mais malgré tout, Olyvar notait que cette femme avait quelque chose de... différent.
Rien que son regard, par exemple. Des hommes auraient tué rien que pour son regard... et ce garde avait sans doute espéré un peu plus que ça. Heureusement, il n'avait été qu'un faiblard alcoolisé. S'il s'était agi d'un soldat expérimenté, ou d'un reitre un peu motivé, Olyvar n'aurait sans doute pas réussi à lui régler son compte aussi facilement. Et encore moins s'il avait eu des amis, comme ce garde en avait eu.
Olyvar s'approcha d'elle, et la première chose qu'il fit fut de s'assurer qu'elle n'avait rien. Il ne se rendit même pas compte que lui-même saignait de l'épaule. Il ne se rappelait même pas avoir été touché, dans la frénésie des combats.

« J'espère qu'il ne vous a pas fait trop mal... Est-ce que ça va aller? Cela me désole de voir que dans une ville comme celle-ci, ce sont les gardes qui s'en prennent à d'honnêtes gens. »

Qui gardera les gardes? C'était une phrase qu'Olyvar avait entendu dans les Cités Libres, alors qu'un marchand tentait de faire baisser ses tarifs, prétextant que des gardes qu'il ne connaissait pas seraient tout aussi prompts à lui couper la gorge pendant son sommeil qu'à l'abandonner si le risque était trop grand.
Le contexte était différent, mais le résultat le même. Jamais il n'aurait entendu quelque chose d'aussi adapté.

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Message Sam 30 Juil 2011 - 4:01

Eva était calme, d’un calme olympien, elle n’avait qu’une envie : cracher au visage de ce malotru qui lui serait le poignet juste assez pour que ça lui fasse mal, mais pas assez pour l’empêcher de bouger et d’essayer de le faire lâcher prise. Elle n’avait pas peur, pas encore en tout cas, il y avait ici beaucoup trop de monde pour que personne ne vienne l’aider, même si c’était un garde, le viol n’en était pas moins un crime. Son cri était plus un cri de mépris qu’autre chose, et aussi pour alerter tout le bar, elle avait crié assez fort pour ça, et ça avait fonctionné, tout le monde s’était tourné vers eux. Elle essayait de desserrer les doigts du jeune homme enserrant toujours son poignet, rien ne servait de tirer comme une forcenée, elle n’arriverait à rien, il était bien trop fort, quand à le tuer avec la dague qu’elle cachait le long de sa cuisse, c’était un grade et le meurtre était un crime bien plus grave que le viole, elle ne pouvait donc qu’attendre que quelqu’un réagisse. A croire que vivre trop longtemps comme une Lady lui avait fait oublier toute règle de prudence et de bienséance, pensait-elle valoir la vie d’un garde ? Avait-elle perdu la tête ? Elle avait eut l’habitude d’être escortée par des gardes aux ordres ou par certains seigneurs eux même comme l’héritier de Hautjardin par exemple, peut-être que tout cela lui était monté à la tête, car quelques années plus tôt elle n’aurait jamais prit le risque d’insulter un garde devant tout le monde, alors qu’elle n’avait aucune garantie que quelqu’un l’aide, et même plutôt l’assurance que personne ne l’aiderait, dans la mesure où effectivement il était un garde de la cité.

Un grand, que dis-je, immense, homme brun avec des cheveux longs, et une musculature digne d’un géant de pierre venait de débarquer derrière lui et ne semblait pas prompt à le laisser faire. La légère crainte qui était apparut en elle quand elle s’était rendue compte qu’il y avait finalement peu de chance qu’on lui vienne en aide s’évanouit en voyant ce grand brun, beau comme un Dieu et fort comme un étalon prendre sa défense. Elle se dit qu’avec lui elle ne risquait plus rien. Et alors que le héros de la soirée jouait l’intimidation à l’autre qui ne la lâchait toujours pas, la conversation s’envenima…
A lui ? Nan mais je rêve ! Pensa-t-elle, et elle se sentait forte avec lui de son côté, alors elle lui rétorqua fièrement :

« A toi ?! Je ne suis à personne ! »

Elle eut une envie folle de lui dire qu’il n’aurait jamais les moyens de se payer ses services, mais elle ne voulait pas être totalement grillée, pas encore, pas ici, dans cet endroit malfamé, elle ne comptait pas redescendre dans les bas fonds, recommencer à coucher avec les péquenauds du coin, il faudrait vraiment qu’elle ne tarde pas à trouver une auberge plus luxueuse pour travailler, même si, hélas, elle n’avait pas les moyens de se payer une telle demeure, à moins qu’on ne l’y accueille pour ses charmes et ses services, mais la question de la rétribution se poserait de nouveau. Bref, elle retint ses paroles et le mordit pour qu’il la lâche, ce qu’il fit, mais peut-être pas à cause de ses quenottes. En effet, le géant ténébreux venait de prendre sa tête dans une de ses mains et de la lui frapper sur une table avec au passage une réplique des plus comiques qui aurait probablement beaucoup amusé la belle si seulement elle n’avait pas été bouche bée de voir que le grand brun pouvait maitriser un homme de stature moyenne d’une seule main. Eva ne comprenait pas comment cela était possible, s’il pouvait prendre sa tête à lui dans une seule main, il pourrait broyer la sienne sans difficulté, car la tête du garde idiot n’était pas si petite que ça, pour elle qui aimait les hommes puissants encore plus que les hommes riches, c’était la preuve, s’il en fallait une que ce beau jeune homme méritait vraiment de la sauver et ainsi de gagner ses faveurs. Quoi qu’il en soit, le fait que son sauveur soit lui-même un garde et plus gradé que l’autre ne tomba pas dans l’oreille d’une sourde. Son entrée au palais était toute trouvée, et en plus elle n’était pas dénuée de charme, tout bénef !

Mais tout ne se passa pas exactement comme prévu, alors que le puissant étalon frappait la tête du mécréant sur la table, deux autres vinrent en renfort, et Eva qui jusqu’ici regardait la scène avec un petit sourire narquois effaça cet air satisfait de son doux visage et commença à sentir la peur l’envahir. Elle n’était plus sûre du tout de s’en sortir à si bon compte finalement, d’autant qu’elle conclut de par leur attitudes et leurs mots, qu’ils étaient vraiment furieux, mais elle les vit rapidement voler, le premier esquivé sans mal et l’autre balancé en l’air. Qui était ce noble chevalier qui pouvait avec tant de grâce apprendre à voler à des soldats ? Mais avec l’arrivée de trois nouveaux gardes, ça commençait à vraiment sentir le roussi et malgré son égocentrisme, elle n’avait pas envie que quelqu’un qui avait voulut l’aider soit blessé à cause d’elle, pas avant qu’elle ait eut l’occasion de lui parler un peu et de lui montrer que ça valait le coup ! Elle s’était rapprochée du comptoir, mais lorsqu’elle vit la garnison entrer, elle s’accrocha à la ceinture du beau brun ténébreux, prête à prendre la fuite avec lui, mais à priori, il n’avait pas envie de s’enfuir. Il lui prit le bras avec une douceur dont elle ne l’aurait pas cru capable, surtout en plein combat et lui fit signe de se mettre derrière le bar. Espèce de fou ! Ne vois tu pas que tu vas y passer et moi avec si tu t’obstines ! Nous pourrions nous esquiver par la porte de derrière, mais non, il faut que vous prouviez je ne sais pas, vous avec déjà tout prouvé si ce n’est votre intelligence alors courage, fuyons ! Nous avons encore une chance de nous en sortir ! Pensa-t-elle en le lâchant et en se dirigeant vers le comptoir.

Eva qui cette fois-ci était vraiment paniquée s’était réfugié avec Dick et Lia, comme le lui avait si justement suggéré le grand brun. Elle trouva un peu bizarre que Donvan, le maitre des lieux qu’elle n’avait pas encore croisé une seule fois la laisse passer, puis elle comprit que celui qui se battait pour défendre sa vertu - et bien qu’elle n’en ait plus depuis longtemps déjà - ne lui était pas inconnu, car lui il semblait calme et confiant malgré le fait que son bar était en train d’être détruit par cette bagarre idiote, et qu’un garde seul se battait contre de nombreux autres. Si elle avait su que le simple fait de descendre pour partager un peu la fête aurait causé tant de dégâts elle serait resté en haut, c’était la première fois que son arrivé provoquait autant de bordel, et elle regrettait amèrement son choix, peut-être aurait-elle du mettre ce voile blanc qui allait avec sa robe, se couvrir la tête, éviter les problèmes, mais c’était trop tard. Lia, sa nouvelle amie la tira derrière le comptoir alors qu’elle restait plantée devant Donvan regardant les gardes mener les premiers assauts. Morte de peur, elle s’accroupit derrière le bar et prit sa tête entre ses mains, jamais encore une telle chose n’avait eut lieu à cause d’elle, ni même devant ses yeux, elle avait déjà eut peur, mais à ce point, surement pas, et elle s’en voulait de s’être fait remarqué, elle aurait dû essayer de calmer le jeu avec le jeune homme plutôt que de crier pour qu’on lui vienne en aide, quitte à le laisser faire, mais là un homme bon allait mourir à cause d’elle et elle ne pouvait se faire à l’idée. Sans compter que s’il y passait, elle serait surement le nouveau jouet de tous ses gardes pour la nuit et que le jour venu elle serait tenue responsable de la mort du grand brun et des dégâts dans l’auberge. Qu’allait-il advenir d’elle.

« Je suis désolée, je suis désolée… »

Répéta-t-elle plusieurs fois, dans un murmure, comme une prière, toujours la tête dans les mains. Et pour la première fois de sa vie, elle eut tellement peur qu’elle se mit à prier les Dieux implorant leur clémence et leur bonté, leur disant qu’il ne méritait pas de mourir et elle non plus, mais que si son heure était venue et que telle était leur volonté, qu’ils lui accordent une mort rapide, si possible avant le viole collectif, et que s’ils ne daignait pas la tuer, avant ou après, qu’ils lui laissent au moins ce beau jeune homme en vie pour la consoler après, et que si elle survivait à ça sans dommage, elle leur ferait des offrandes et qu’elle prierait plus souvent… bon d’accord tous les jours ! Bref elle négociait avec les Dieux comme elle négociait avec les hommes, implorer sans arrière pensée n’était pas dans ses cordes, et elle n’était pas en position de le faire, d’ailleurs, elle ne les sollicitait jamais et n’y croyait que quand ça l’arrangeait c'est-à-dire assez rarement. Elle faisait peur à tout le monde avec ses murmures et les frissons qui la parcouraient, Lia était terrorisée à son tour et Dick finit par lui dire de se calmer, il ajouté qu’Olyvar était largement capable de se sortir de là, mais les bruits de chute et de bois cassé continuèrent encore quelques temps et bien qu’elle ait arrêté de faire appel aux Dieux, elle n’avait pas le courage de se lever pour voir ce qui se passait.

Lorsqu’enfin le fracas se calma, elle sortit la tête d’entre ses mains, plus personne ne parlait dans la taverne, un silence pesant régnait en dehors des quelques couinements qu’elle put entendre. C’est alors qu’elle entendit sa voix, elle se releva d’un coup et le vit là, debout, au milieu des quelques gardes qui n’étaient pas parvenus à se relever et à s’enfuir, il n’avait rien, il était vivant, et ne semblait même pas blessé. Elle croisa alors son regard, le sien devait refléter la peur et les désarrois, mais celui du jeune homme était tout autre, il était sûr de lui, mais était-il conscient de l’exploit qu’il venait d’accomplir, certes il avait une bonne tête de plus que tous ses hommes, mais tout de même, il en avait terrassé six, et pourquoi ? Pour elle, pour la défendre ! Du plus loin qu’elle se souvienne personne n’avait montré autant d’attention envers elle, et elle en était flattée bien qu’un peu gênée pour le propriétaire des lieux par les dégâts causés par cette bagarre. Elle ne soutint pas son regard, elle était encore sous le choc, mais ses yeux dans les siens, un frisson la parcourut, et elle ignorait si c’était de la peur, de la confusion ou ce quelque chose qu’il dégageait, car son corps en nage, ses muscles saillant encore échauffés du combat, et encore une fois ce regard qui reflétait autant le courage que la puissance de cet homme.

Elle essaya de se ressaisir elle lissa sa robe le temps de reprendre contenance et sortit de derrière le comptoir. Elle avait bel et bien eut la peur de sa vie, jamais elle ne s’était faite agressée de la sorte et jamais cela n’avait eut de telles conséquences, lorsque la situation s’emballait, elle avait jusqu’ici toujours su s’en sortir à moindre frais, la plupart du temps elle usait de ses charmes pour désamorcer le conflit et proposait une remise sur ses services, ce qui malgré l’ironie de la chose – dans la mesure où la plupart du temps l’homme n’aurait eut aucun mal à la prendre de force et donc gratuitement - passait souvent très bien. Mais là, elle ne savait pas pourquoi, elle devait avoir décidé qu’elle ne travaillerait pas ce soir là, ou qu’il n’était pas temps de solder ses services alors qu’elle venait d’arriver, qu’avait-il bien pu lui passer par la tête pour croire qu’un garde méritait autant de mépris, et qu’un homme viendrait à son secours, elle avait vraiment de la chance d’être tombée sur quelqu’un comme lui, et sur lui encore plus, elle le savait maintenant. Il devait être le seul homme des Sept Couronnes à pouvoir venir à bout de six gardes sans sortir son épée et alors qu’il lui demandait si elle allait bien elle lui sourit enfin. Elle l’avait vu approcher avec une certaine appréhension, mais il s’adressa à elle avait beaucoup de déférence. Elle leva les yeux vers lui et inclina la tête sur le côté un instant en signe de remerciement avant de lui répondre sur un ton qui se voulait sûr, mais qui reflétait quelque peu sa peur pourtant disparue.

« Non, ce n’est rien. »

Répondit-elle en se frottant légèrement le poignet endoloris. Un bleu était apparut sur le poignet par lequel le garde l’avait attrapée, mais elle ne s’en était pas rendu compte, elle n’avait pas vraiment mal, en tout cas elle avait déjà eut bien plus mal, elle supportait bien mieux la douleur que l’affront.

« Je ne saurais jamais assez vous remercier pour ce que vous avez fait... Olyvar… »

Ce prénom était resté gravé dans son esprit malgré la confusion et il était de bon ton qu’elle se présente à son tour puisqu’elle connaissait son prénom. Elle le fit, et ajouta ce surnom qu’on lui avait donné lorsqu’elle commençait à se faire un nom à Lancehélion, et qui lui faisait office de nom de famille quand elle en avait besoin. D’ailleurs peut-être avait-il un nom lui, un vrai, si c’était le cas, ça risquait de changer légèrement ses plans, car de moyen, il pourrait bien devenir objectif…

« Eva Heaven »

Dit-elle avec une révérence avant de reprendre sur un ton un peu plus assuré qu’auparavant, elle se calmait petit à petit, oubliant sa peur et appréciant les yeux, le visage et le corps de son sauveur.

« Je suis votre servante, si un jour j’ai l’occasion d’éponger ma dette, faites le moi savoir, je vous suis redevable jusqu’à la mort. »

Et pour une fois, elle pensait vraiment ce qu’elle disait, car non seulement il lui avait sauvé la vie, mais en plus elle devait avouer en le voyant de plus près, ou même de loin, qu’elle le servirait avec plaisir. C’est à ce moment là qu’elle se rendit compte que du sang coulait le long de son bras, il était blessé à l’épaule.

« Par les Dieux, vous êtes blessé ! »

Elle approcha ses mains de la blessure et se rendit compte qu’elle tremblait toujours de la frayeur qu’elle avait eut, l’adrénaline n’était pas encore retombée. Rapidement, elle baissa ses mains et les posa sur sa robe au niveau de ses cuisses pour qu’il ne s’aperçoive de rien. Lui il n’avait pas eut peur d’affronter une garnison entière pour lui éviter de passer à la casserole avec quelqu’un dont elle ne voulait pas alors même que c’était son métier, et elle, elle tremblait comme une feuille ! Elle trouvait ça ridicule et ça l’énervait d’avoir eut si peur, la colère lui fit reprendre peu à peu ses airs de grande dame. Petit à petit les conversations reprirent et lorsque plus personne ne fit attention à elle, elle cessa définitivement de trembler.

« Serait-il possible d’avoir de l’eau fraiche et un linge propre ? »

Elle s’approcha du bar et demanda à Lia une bière et un verre de vin de Dorne et précisa à Donvan qu’elle paierait pour les dégâts, après tout c’était de sa faute. Elle s’approcha de nouveau du brave combattant et le prit délicatement par le bras l’invitant à s’assoir à une table pour qu’elle puisse le soigner et on lui apporta ce qu’elle avait demandé.

« Ça n’est pas trop profond, néanmoins, il faudrait désinfecter »

Dit elle en observant la blessure, elle n’avait aucune connaissance en médecine si ce n’est ce que tout le monde savait à savoir qu’une telle plaie pouvait s’infecter et que l’alcool constituait un bon remède et par chance, ils étaient dans une taverne ! Ça n’était pas très grave, mais elle était heureuse de pouvoir faire quelque chose pour le remercier, et encore plus pour rester avec lui.

« Ne bougez pas… »

Elle lui fit un léger sourire avant de repartir vers le bar, elle demanda à Lia son alcool le plus fort ainsi que les boissons qu’elle avait commandées un peu avant et repartit la bouteille sous le bras et les verres dans les mains vers la table où elle avait installé son courageux garde du corps qui ne tarderait pas à garder son corps d’un peu plus près s’il le voulait. Après ce qu’il avait fait, elle pouvait bien lui offrir les portes du paradis gratuitement. Elle posa le tout sur la table, d’abord les verres puis la bouteille en précisant que la bière était pour lui et que la bouteille aussi s’il le souhaitait. Elle se rassit et déchira le linge avec les dents pour en mouiller une partie avec l’eau fraiche, elle nettoya la plaie avec la plus grande attention et beaucoup de douceur puis, lorsque le sang qui avait coulé fut sur le linge blanc, elle imbiba un autre morceau avec l’alcool.

« Ça va peut-être faire mal. »

Elle l’appliqua sur la plaie et appuya, la partie la plus brutale et la moins agréable de l’opération, pour le grand brun comme pour elle qui n’avait aucune envie de lui faire mal. Lorsqu’elle retira le linge, elle souffla doucement sur la plaie pour atténuer la douleur et entreprit de lui faire un bandage. Elle déchira dans le drap quelques bandes qu’elle noua ensembles et lui pansa l’épaule comme elle put pour que sa tienne, toujours avec la plus grande douceur et une pointe de tendresse dans les sourires qu’elle lui lançait.

« Voila ça devrait tenir, mais je vous conseille de changer de pansement chaque jours, ou mieux de laisser la plaie à l’air libre aussi souvent que possible. »

Elle faisait preuve de toute la retenue dont elle était capable, elle n’était pas femme à se pâmer devant les charmes, tout aussi irrésistibles soient-ils d’un homme, tout aussi héroïque soit-il. Elle n’avait pas de rang, pas de titre, mais elle avait tout de même un peu de classe et trop de fierté pour lui montrer à quel point il l’attirait, en tout cas tant qu’ils ne seraient pas seuls, et puis elle aimait par-dessus tout qu’on la prenne pour une Lady…
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Message Lun 1 Aoû 2011 - 9:49

La dame, peu importe son identité, avait le port et la contenance d’une noble, il fallait au moins lui reconnaître ça. Et elle en avait les réflexes. Lorsqu’elle s’était adressée à Olyvar, elle l’avait fait de manière régalienne, comme si rien de ce qui venait de se passer n’avait eu lieu.
Et pourtant, son corps lui ne mentait pas. Le regard d’Olyvar se dirigea inconsciemment vers le poignet qu’elle était en train de frotter. La prise du garde avait été douloureuse, et il avait peut-être serré davantage lorsque sa tête avait frappé la table. Olyvar ne le saurait sans aucun doute jamais. Il n’allait pas poser la question, après tout.
Mais elle s’en était tiré à bon compte. Il ne connaissait personne d’autre dans la taverne qui aurait levé le petit doigt pour l’aider, la preuve en étant qu’Olyvar avait du faire face seul et désarmé et que personne n’était intervenu en sa faveur. Et si quelqu’un avait décidé de broncher, la présence de trois à six gardes armés lui aurait vite fait comprendre qu’il ferait mieux de rester assis et de faire comme s’il n’avait rien vu. Cela marchait toujours comme ça dans ce genre de situation, et c’était pour cela que les gardes se permettaient souvent de f aire ce qu’ils voulaient.
Lorsque la femme se présenta, Olyvar nota le nom qu’elle donnait. Un nom de famille… mais qui ne correspondait à aucune famille dont il avait entendu parler dans sa vie. Et pourtant il avait eu l’occasion de les apprendre. Déjà lorsqu’il était jeune, ses parents avaient tenu à ce qu’il connaisse aussi bien que le dos de sa main les blasons et noms des familles des Sept Couronnes. C’était ce que tout Lord se devait de savoir, après tout. Il s’y était attelé avec joie, creusant dans les livres et les parchemins, écoutant les récits du mestre qui lui donnait des cours… Il était même allé jusqu’à se renseigner sur des familles aujourd’hui éteintes, dans le but de compléter ses connaissances généalogiques sur le sujet.
Et lorsqu’il était devenu mercenaire, il avait repris ses études à ce propos. Il tenait à savoir quelles ou quelles familles pourraient un jour avoir besoin de lui, lesquelles soutiendraient ou attaqueraient les Ferboys si la tête de leur maison venait à être abattue, dans quelle famille l’héritier Noirmont en exil pourrait trouver refuge… Et pourtant, dans tous ces noms, celui de Heaven n’apparaissait pas.
Un surnom donc. Et pour posséder un surnom pareil, il n’existait pas beaucoup de professions que la roturière pouvait exercer. C’était grandement confirmé par son comportement et sa tenue. Pour des hommes de Dorne normaux, une prostituée aurait eu une tenue plus légère, et un comportement plus aguicheur sans aucun doute. Et elle n’aurait pas tenté de se libérer de l’étreinte du garde, juste de le faire payer. Mais Olyvar avait voyagé plus que ces hommes, et connaissait les courtisanes des Cités Libres, ces femmes dont la tenue et la présence feraient pâlir d’envie les nobles de toutes les cours de Westeros, et pour lesquelles les bravos s’entretuaient au clair de lune. On leur dédiait des sérénades, et on les courtisait avec plus d’or qu’une dot royale, et plus d’attention que ce que l’on donnerait à une princesse.
C’était à ces courtisanes qu’Eva lui faisait penser, avec ses riches atours et ses airs de noble. Elle avait du faire tourner beaucoup de têtes, et délester encore plus de bourses qu’il n’avait pris de femme depuis sa naissance. Ce dernier nombre n’étant pas très élevé, il fallait le reconnaître.
Elle lui avait fait une révérence, à laquelle Olyvar répondit bien entendu. Il aurait été malpoli de sa part de laisser un salut sans lui donner de réponse. Contraire à ses principes. Et comme elle s’était présentée, il fit de même. Elle avait un surnom pour lui, et lui avait aussi un surnom, en un sens. Mais alors que celui de la femme était lié à son statut, et un titre de prestige en soi, Olyvar portait le sien comme un symbole de mépris et d’oubli. Et surtout comme un bouclier envers les questions que l’on pourrait lui poser. Un bouclier derrière lequel se cachait sa vengeance, et la lance de son vrai nom, qui percerait l’âme de Shyra lorsque l’arakh d’acier, lui bien réel, lui ôterait la vie.

« Olyvar Sand. Garde personnel d’Edarra Ferboys, fille de Lady Shyra Ferboys. »

Il tenait à détailler son statut, comme pour prouver que, malgré tout, il n’était pas un moins que rien. Il aurait pu détailler sa vraie identité aussi. Ronan Noirmont, premier fils et héritier du Lord Karyl Noirmont. Mais il n’était pas stupide à ce point. Gâcher des années de patience et de préparatif pour se faire bien voir aux yeux d’une courtisane…
A des yeux magnifiques par contre, il fallait le reconnaître. Ils étaient enchanteurs, et promettaient plus de joie qu’ils n’auraient du. Il perdaient de la peur qu’ils affichaient, montrant peu à peu l’assurance revenir. Qu’elle ait été feinte ou non, Olyvar n’aurait pu en juger. Mais elle était présente, et c’était déjà plus que ce que la plupart des gens auraient pu afficher après une scène pareille.
Elle lui dit qu’elle lui serait éternellement redevable. Les mots n’étaient que du vent, Olyvar l’avait bien souvent appris, et parfois à ses dépens. Et puis, qu’aurait-elle à lui offrir ? Il était un guerrier, un combattant… Et elle ne l’aiderait pas à accomplir sa vengeance. Il n’avait besoin de personne pour cela, si ce n’était de deux personnes : arakh, et épée. Ses muscles feraient le reste.
Après tout, s’il avait vu juste quant à la profession de la dénommée Eva, il aurait pu lui proposer d’éponger sa dette en lui offrant une nuit de plaisir, une dernière nuit avant son départ pour les contrées du Nord… mais ce n’était pas le genre d’Olyvar. Courtisane ou non, il avait toujours trouvé plus de plaisir dans le jeu de séduction qui venait avant l’acte, ce jeu du chat et de la souris, pendant lequel tout se jouait dans les sous-entendus et les petits gestes bien utilisés. C’était pour cela qu’il avait refusé Lia lorsque Donvan le lui avait proposé, comme il avait refusé toutes les autres jeunes filles que les maisons de plaisir pouvaient lui offrir. Tant qu’il payait, il avait l’impression qu’elles jouaient un rôle. Et il savait que ce n’était pas une impression. Il aurait parfois eu plus de plaisir avec une jeune fille qui aurait eu peur de lui et de sa taille qu’avec une damoiselle qui aurait simulé d’apprécier son corps et ses caresses.
Si la soirée devait les amener plus loin que là, il ne dirait pas non. Mais il n’irait pas lui demander directement.

Lorsqu’elle s’exclama qu’il avait été blessé, Olyvar sentit pour la première fois le sang sur son épaule, et la brûlure de la plaie. C’était léger, presque insignifiant. Il cherchait lequel des gardes avait bien pu le toucher à un moment, sans qu’il ne s’en rende compte, et il pencha pour l’un des deux derniers. Passer entre les deux n’avait pas été sans risque, et l’un d’eux avait pu réussir à donner un coup par chance.
Il s’apprêtait à dire qu’il avait déjà connu pire, ce qui était vrai. Qu’elle n’avait pas à s’en soucier et qu’il soignerait lui-même la blessure lorsque l’occasion viendrait, comme par exemple lorsqu’il rentrerait au château… mais lorsqu’elle approcha sa main de lui tous les mots se turent dans sa gorge. Une certaine envie montait en lui. Une envie stupide, il fallait le reconnaître, mais il avait envie que l’on s’occupe de lui. Pas un mestre qui s’assurerait que sa blessure était fermée parce que c’était son travail, ou Edarra qui le soignerait car elle voulait prendre soin de son garde. Il avait envie de connaître l’attention de quelqu’un qu’il ne connaissait pas, quelqu’un qu’il pourrait peut-être séduire, ou avec qui il pourrait au moins entretenir une relation quelconque. Pour une nuit, ou pour une vie. De l’amitié, ou une fréquentation qui ne dépasserait pas l’espace d’un lit. Il ne pouvait pas le savoir, mais l’avenir le lui dirait.
Et il s’avérait que la fréquentation en question était une femme séduisante, alors pouvait-il vraiment se plaindre de quoi que ce soit ? Il y avait des moments où il valait mieux faire taire la partie un peu trop virile qui existait en soi, au profit d’une partie plus fragile. Même si elle était feinte.
Elle s’éloigna vers le comptoir, sans doute pour y demander de quoi panser la plaie. C’était le plus logique, dans la situation actuelle. Elle y resta quelques instants, parlant tour à tour avec Donvan et Lia. Pendant ces quelques instants, Olyvar se demanda ce que Dick allait faire de ce combat. Allait-il le raconter aux futurs clients, y ajoutant quelques frasques épiques, comme un nombre plus élevé de gardes ? Allait-il transformer Eva en princesse Daenerys, et Olyvar en Maron Martell ? En ferait-il un conte de fée pour les enfants ? Olyvar en entendrait sans doute parler la prochaine fois qu’il viendrait ici. La seule chose qu’il espérait était qu’il ne serait pas nommé directement dans ce récit. Cela lui poserait vite problème… Il ne tenait pas à ce que le nom d’Olyvar Sand n’atteigne d’autres villes. Et encore moins Noirmont.
Lorsqu’Eva revint, elle prit Olyvar par le bras. Son toucher était ferme, mais délicat. Elle n’allait pas le laisser partir dans l’autre sens, mais elle ne voulait pas lui donner l’impression de le forcer à faire quoi que ce soit. Olyvar appréciait ce contact, et se surprit à en vouloir plus, plus qu’une main sur un bras, plus que simplement être attiré vers une table pour s’y asseoir.
Il se laissa faire docilement. Que pouvait-il faire d’autre, de toutes façons ? La repousser violemment, comme il l’avait fait avec les gardes ? Se dégager d’elle ? Il aurait été stupide de choisir une solution comme celle-ci.
Lia arriva vers leur table avec un plateau en main. Sur ce plateau se trouvait une bouteille d’eau et un morceau de tissu propre. De quoi nettoyer une plaie, mais pas vraiment de quoi se détendre ni profiter de la soirée après. Olyvar avait presque espéré qu’Eva aurait acheté du vin ou une bière, pour qu’ils puissent discuter ou faire connaissance. Presque.
Elle observa sa blessure, et déclara qu’elle n’était pas profonde. Que, par contre, il faudrait désinfecter. Une fois encore, Olyvar se retint de dire qu’il avait déjà survécu à des blessures plus graves sans les désinfecter. La blessure sur son flanc droit en était un exemple. Comme les marques de fouet qui se trouvaient dans son dos. Elle tenait à s’occuper de lui, et il n’allait pas lui refuser ce droit.
Il se contenta donc de hocher la tête, la laissant faire ce qu’elle pensait juste et utile. Elle lui demanda de ne pas bouger. Comme s’il s’était laisser amené jusqu’ici pour repartir tranquillement par la porte dès qu’elle aurait le dos tourné, fuyant des soins et une charmante compagnie pour le simple principe de montrer qu’il n’avait pas besoin d’être soigné par une femme pour aller mieux. Des fois, les réflexes que l’on avait étaient stupides. Dire « ne bougez pas » à un homme qui se laissait faire depuis tout à l’heure était aussi logique que de demander à un muet de ne pas hurler trop fort.
Et donc, il ne bougea pas, attendant qu’elle se dirige vers le bar et en revienne. Il observa le corps de la femme, et s’aperçut encore une fois qu’elle était très plaisante à regarder, autant pour ses traits que pour sa plastique. Il ne dirait vraiment pas non si le jeu de séduction venait à aller plus loin que leur échange actuel. Surtout qu’il ne savait pas quand il croiserait à nouveau une femme pour laquelle il pourrait exprimer un quelconque intérêt sans que l’intérêt que elle lui porterait soit davantage fixé sur ses cerfs et ses dragons que sur son corps et sa personne.
Lorsqu’elle revint, il lui sourit. Elle portait avec elle une bouteille d’un alcool qu’Olyvar aurait qualifié de « tue-cheval » tant il était fort. Il en avait bu une gorgée, pour essayer, et il lui semblait encore parfois que sa gorge le brûlait encore depuis cette expérience. Elle allait désinfecter sa plaie avec ça… Ce qui ne serait pas pire, en soi, que les cautérisations par acier chauffé qu’ils appliquaient chez les mercenaires et les dothraki. Il choisirait d’ailleurs peut-être cette solution, si la plaie mettait un peu de temps à se refermer. Il ne fallait pas que la plaie reste ouverte ou fragile trop longtemps, sous peine que cela ne le gêne lors de ses combats.
La vision de la bouteille de vin et de la choppe de bière lui fut par contre davantage plaisant. Il avait l’impression qu’elle avait lu dans ses pensées. Lorsqu’elle lui expliqua que la bière lui était offerte, et le vin aussi s’il le voulait, il la remercia avec le sourire et, le temps qu’elle prépare le pansement, il but une gorgée de la mousse blonde. Donvan lui avait encore une fois servi celle qu’il préférait. Il pouvait toujours compter sur ce bon vieux tavernier pour lui faire une bonne surprise comme celle-là.
Il fut surpris qu’elle utilise ses dents pour déchirer le tissu. C’était… comment dire… peu amène, pour une Lady. Et même si elle n’en était pas une, il n’y avait aucun doute sur le fait qu’elle tenait à agir comme l’une d’entre elles.
La situation fit sourire Olyvar. Lui était un Lord qui jouait au garde bâtard, reniant son rang, son statut et ses privilèges simplement dans l’espoir un jour de vouloir accomplir une vengeance qui ne viendrait jamais. Elle était une courtisane, une rotuière, qui jouait à la lady, se donnant un rang et un statut comme elle n’en aurait jamais pour une raison qu’Olyvar ne pouvait même pas essayer de deviner. Ils formaient un beau couple, dans un sens…
Elle commença par nettoyer sa plaie, passant le linge imbibé d’eau autour de celle-ci. Le lin blanc devint progressivement rouge, un rouge clair, qui attirait l’œil presque autant que la personne qui le maniait. L’eau ne lui faisait rien, pas plus que la légère pression qu’elle devait appliquer pour pouvoir nettoyer la plaie au maximum avant d’y mettre l’alcool.
Et l’alcool, lui, fut plus difficile à supporter. Les muscles d’Olyvar se contractèrent, et il frissona lorsque le tissu entra pour la première fois en contact avec la plaie. Mais il ne fit pas un bruit. Il ne bougea pas d’un milimètre. Il ne se plaignit pas. A quoi lui aurait servi une plainte ? Ce qui devait être fait devait être fait, et cette méthode en valait largement une autre.
Puis elle souffla sur la plaie, et ce souffle envoya lui aussi des frissons dans le corps du colosse, mais si c’était pour une autre raison. Il fut à nouveau pris de l’envie de la charmer, de faire de lui sa compagne pour un soir, et de l’emmener dans une des chambres qui se trouvaient au-dessus d’eux. Mais seulement si elle, en tant que femme, le voulait. Pas en tant que courtisane.
Elle passa ensuite au pansement, déchirant des morceaux du tissu pour pouvoir les attacher autour de l’épaule d’Olyvar. Ses mains savaient ce qu’elles faisaient, et leur contact était plaisant. Comme des caresses, presque. Il voulait en saisir une et l’embrasser, ou la mettre ailleurs, plutôt que sur son épaule douloureuse et inutile, mais il n’en fit rien. Ce n’était ni l’endroit ni le moment. Elle s’arrêtait de temps en temps dans son ouvrage pour lui sourire. Des sourires charmeurs, certes, mais pas uniquement. Il s’y trouvait aussi une pointe de tendresse qu’Olyvar ne manqua pas de remarquer, et de rendre dans ses propres sourires.
Il semblait qu’il avait ses chances en tant qu’homme, après tout. Et il ferait de son mieux pour exploiter cette possibilité, il fallait lui faire confiance à ce sujet.
Lorsqu’elle eut terminé, elle lui donna quelques conseils quant à l’entretien de sa blessure. Il savait ce qu’il fallait faire. Il avait peut-être été blessé plus de fois qu’elle n’avait connu d’hommes, et avait soigné ses camarades mercenaires ou dothraki autant de fois que lui-même l’avait été. Il cautériserait la plaie d’ici deux jours si la croute n’était pas assez solide. Pendant le voyage. Il n’aurait normalement pas besoin de se recoudre, vu que les chairs n’avaient pas l’air touchée en profondeur, mais il vérifierait cela lorsqu’il serait rentrer en la demeure des Ferboys. Il avait autre chose en tête, pour le moment.
Il se saisit de la choppe de bière, et il posa son autre main sur celle d’Eva. Un geste peu subtil, il fallait le reconnaître, mais devait-il encore prouver que la subtilité était loin d’être son maître mot ? Plusieurs tables et gardes auraient pu témoigner que ce geste là était sans doute le plus subtil dont il puisse être capable.
Mais malgré tout, il savait faire cela avec douceur, et il se contenta de froler le bout des doigts de la dame avec plus de délicatesse que l’on aurait pu l’en croire capable. Il lui restait un peu de son éducation de noble, au final.

« Merci à vous, dame Eva. »

Il n’avait volontairement pas utilisé le nom de « Heaven ». Il fallait qu’elle se rende compte qu’il n’était pas dupe non plus, qu’il ne la traitait comme une Lady que parce qu’il l’appréciait et la respectait, pas parce qu’il croyait qu’elle en était une.
Et aussi pour montrer qu’il tenait à ce qu’il existe une certaine proximité entre eux.

« J’aurais été prêt à subir une bien plus grave blessure que celle-ci, si cela pouvait me permettre d’attirer l’attention d’une femme comme vous, soyez-en sûre. Je devrais être heureux que celle-là ait suffit. »

Il souriait en disant cela, un léger sourire, montrant autant de charme que de tendresse. Et ses yeux clairs devaient pétiller d’un certain plaisir. Toujours aucune subtilité, mais il n’était pas le genre d’homme à tourner autour du pot. Lorsqu’il voulait dire quelque chose, il le faisait. Et il ferait ainsi un Lord des plus déplorables, il en avait conscience.
Toujours aussi souriant, il but une gorgée de sa bière et attendit la réaction de la jeune femme. Le jeu de charme avait commencé. Il avait fait le premier pas. Allait-elle faire le second, ou allait-il finalement devoir la faire craquer en étant encore moins subtil qu’il ne l’était à présent ?
S’il devait en arriver à ces extrêmités, il n’était pas sûr qu’une salle commune dans un bar serait l’endroit idéal pour ça…
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Message Dim 7 Aoû 2011 - 23:55

Eva avait trop l’habitude des faux semblant et des visages radieux de façade pour ne pas avoir un peu de talent à ce petit jeu, combien de fois avait-elle dû cacher son identité, la nature de ses activités, se faisant passer pour ce qu’elle n’était pas, de la septa à la riche fille de marchand en pèlerinage, pour passer inaperçu devant l’épouse du maitre des lieux alors même que ce dernier ne se gênait pas pour la rejoindre dans sa chambre dès que l’occasion se présentait. Au fil des années elle était devenue une menteuse aguerrie, et si aujourd’hui elle paressait calme et digne, elle ne l’était absolument pas, et hélas, malgré ses dons pour cacher ses émotions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, la peur n’était pas une chose qu’elle avait l’habitude de dissimuler, ni de feindre, et là, elle avait vraiment cru que son heure avait sonné, jusqu’à sentir la lame des gardes sur son cou, et leurs mains sur son corps, une violente nausée l’avait prise, mais maintenant, c’était passé, seule restait dans son sang l’adrénaline qui la faisait frémir malgré le fait que la peur, la douleur et tout le reste se soit envolé, l’héroïsme et la force d’Olyvar l’avait entièrement rassurée. Elle ne pouvait qu’être confiante tant qu’il était là, et s’il était le garde de la fille des suzerains d la ville, il ne faisait aucun doute qu’il serait toujours là, ou pas loin, et qu’il pourrait la protéger si le cœur lui en disait, ce dont Eva ne doutait pas, elle ferait en sorte qu’il ne regrette ni cette fois là ni les suivantes. Et les autres, ceux qui n’avaient pas bronchés, elle avait envie de leur en vouloir, mais elle savait très bien qu’ils n’auraient rien pu faire de plus sans risquer eux aussi leur vie voir plus, un grade, quelle idée avait-elle eut de ne pas lui octroyer ce qu’il voulait, peut-être même que son prix l’aurait dissuadé, qui sait, elle avait déjà été plus fine pour se défiler, peut-être était-ce de retourner chez elle, de se sentir en sécurité dans sa Dorne natale, bien qu’encore très loin de Lancehélion.

Quand aux marques que le garde avait laissé, ça n’était rien, elle avait connu pire, mais elle marquait facilement, sa peau aussi fine que de la soie et d’une blancheur d’albâtre était le témoin de la rudesse du jeune homme, rien de plus, rien de moins, ce salaud était hors d’état de nuire dorénavant, grâce au géant brun qui avait risqué sa vie pour elle. Eva « Heaven », prostituée, quelqu’un s’était élevé contre les gardes pour elle, elle qui n’était rien, rien qu’une fille de joie, même si elle avait semblé l’oublier à l’instant où elle avait commencé à se débattre et à insulter son agresseur, elle ne l’oubliait pas entièrement. Sous ses airs de grande dame, elle savait ce qu’elle faisait pour gagner sa vie, et même si elle avait maintenant l’habitude de servir les plus riches, elle était passée par bien des gouffres de misère et de souffrance pour en arriver là. Elle avait donné son corps à de répugnants édentés, des marins, des soldats, parfois de timides puceaux, mais le plus souvent des hommes violents, écœurants, qui aimaient lui faire mal en la possédant, pour en avoir pour leur argent, si peu pourtant. Cependant, elle avait de la chance, aucun n’avait osé abimer ce joli visage qui lui servait à présent de passe partout, même son corps présentait peu de cicatrices, et celles-ci étaient recouvertes de tatouages, douce souffrance après la véritable douleur d’être l’objet des plaisirs vicieux et pervers des hommes les plus viles qu’ait connu cette terre. Parfois, ses souvenirs remontaient et la faisaient trembler de rage, de peur, de dégout, mais au même moment, elle se disait que s’était terminé, qu’elle n’aurait plus jamais à se laisser maltraiter pour une pièce de bronze, et que pour cinquante pièces d’argent cela pouvait valoir la peine, et puis elle gagnait assez bien sa vie désormais pour ne plus retourner chez ceux qui manquait de douceur ou de générosité à son égard, même si elle aimait faire ce que leurs épouses ne leur feraient jamais, évidement.

Eva appréciait particulièrement qu’on la considère digne d’une protection et pas n’importe laquelle puisqu’elle ne pouvait nier qu’il était très séduisant et que définitivement Garde d’Edarra Ferboys n’était pas rien, et à quoi pouvait-elle s’attendre de mieux dans cette taverne ? Certainement pas un noble, malgré ce que pouvait raconter Dick, aucun seigneur ne saurait passer une nuit ici, à moins d’y être invité par une femme prête à lui offrir son corps. Mais elle n’était pas sous le charme seulement à cause de ses muscles, de ses yeux et de ce charisme qui semblait capable de venir à bout de n’importe quel ennemi et de tenir la plupart des gens à distance, non, elle appréciait vraiment ce qu’il venait de faire pour elle, qu’on se batte pour elle, c’était bien la première fois, et au fond, ça l’excitait un peu, beaucoup… Et encore plus maintenant qu’elle n’avait plus peur du tout et qu’elle pouvait apprécier le dessin du corps de son sauveur et la lumière qui se reflétait sur sa peau humide et dorée, son visage à la fois terriblement masculin et si harmonieux et ses yeux d’ambre. Si au cours de sa vie elle avait petit à petit perdu toutes ses illusions, elle ne pouvait s’empêcher d’avoir encore une part de romantisme en elle, et un chevalier servant prêt à faire couleur le sang pour la défendre, un homme protecteur doublé d’un vrai mâle, physiquement parlant, elle en avait rêvé bien des fois, et elle l’avait à présent devant ses yeux, il la troublait, mais elle ça, elle savait le dissimuler, même si elle cherchait doucement, avec ses regards et ses soins à lui faire savoir qu’il avait gagné certains droits sur elle à l’instant même où il s’était levé, ou plutôt lorsqu’il avait fait fuir les gardes, ou peut-être les deux…

Hélas, la dette qu’elle avait envers lui ne saurait être payée en bière et en victuailles, ni même par le don de son corps, ainsi devrait-elle attendre la bonne occasion pour remettre les compteurs à zéro. Et bien soit, elle serait ravie de partager plus de temps avec lui pour peut-être un jour lui rendre un précieux service, bien qu’elle ignore en quoi elle pourrait lui être utile, elle qui ne possédait de talent que pour la luxure et le chant, qui était elle donc pour prétendre l’aider en quoi que se soit. Mais si elle avait tendance à oublier le sens du mot loyauté dans ce monde d’ingratitude et de souffrance, elle n’oublierait pas qu’elle lui devait le peu d’intégrité physique qu’il lui restait et très probablement la vie, et s’il doutait de sa parole, c’est qu’il n’avait pas compris à quel point elle y tenait, c’était la seule chose qui lui restait, la seule chose qui soit vraiment à elle, ne jamais avoir été prise de force, violentée sans consentement ou sans rétribution. Car si elle avait accepté son rôle de catin, elle avait encore un peu d’amour propre, et ce peu de fierté résidait dans le fait qu’elle avait digéré les pires moments de sa vie en se disant qu’on avait payé pour la posséder, de plus en plus cher qui plus est, et qu’elle pouvait se targuer maintenant d’être mieux placée et plus riche que la plupart des hommes qui avaient si peu payer à l’époque. Tout ce qui lui était arrivé jusqu’ici était dans l’ordre des choses, elle n’avait pas eut le choix, ni de cette vie, ni de ce métier, mais c’était un bon choix, le seul qui pouvait se révéler être un ascenseur social, elle était parfois triste, parfois dégoutée, mais elle ne regrettait rien, fière d’en être arrivé là grâce à sa beauté et à ses talents.

Elle ne venait pas des citées libres, ni de Bravos ni d’ailleurs, elle ne les connaissaient pas, ne les avaient jamais visité, n’en avait qu’entendu quelques récits et légendes, personne ne lui avait offert de dot royale, personne ne s’était battue pour elle jusqu’à aujourd’hui, mais elle avait effectivement reçu plus d’or et de présents que bien des femmes de sa classe, des sérénades et des attentions dignes d’une véritable Dame, et oui, elle avait une présence et une beauté enviée des femmes de noble et de basse extraction et désirée par beaucoup d’hommes dont ceux qui étaient dorénavant ses clients. Elle venait de Lancehélion, elle venait de partout et de nulle part, elle n’avait pas de père et sa mère avait disparut de son existence il y a bien longtemps déjà. Elle n’était rien si ce n’est la vie incarnée, les désirs les plus humains, d’un peu de confort à la vengeance la plus improbable, une seule chose l’animait, elle voulait vivre, survivre, quoi qu’il arrive, elle voulait prouver que le bonheur était possible même après des années de souffrance, même lorsqu’on n’est rien, rien de plus qu’une catin. Elle avait déjà acquis beaucoup, l’envie des riches et des puissants de l’avoir, ça n’était pas rien, eux qui pouvaient avoir ce qu’ils voulaient, ils l’avaient choisi elle, elle ne prenait pas ça pour un honneur, après tout elle avait été la maitresse du Prince de Dorne, et elle aurait pu être bien plus s’il n’y avait eut cette maudite Daenerys !

Elle aspirait à plus de sécurité, à plus d’amour, à plus de passion, à plus de douceur, elle s’imaginait parfois encore ce qu’aurait été la vie avec Maron, profitant de la beauté du palais et de la franchise des sentiments, ne feignant pas d’apprécier ou d’aimer l’homme auquel elle donnait son corps, se laissant submerger par les frissons du désir et s’abandonnant, enfin, entre les bras de son prince. Elle aurait aimé parfois pouvoir vivre l’instant, ne plus se concentrer sur le plaisir qu’elle pouvait donner, mais sur le partage d’un moment qui pourrait être magique s’il n’avait été indispensable pour gagner sa vie. Mais pour être payée aux tarifs qu’elle exerçait, elle se devait d’être la meilleure, d’emmener les hommes au plus haut du plaisir, de faire ce que nulle autre ne savait faire, elle n’avait pas le temps de simplement s’offrir, plus le courage d’aimer par peur de souffrir à nouveau. Et si l’approche et l’acte dépendait des hommes, certains aimaient aller droit au but, d’autres aimait qu’on leur parle, qu’on leur raconte des histoires, qu’on les séduise, ou qu’on leur montre qu’on pouvait faire preuve d’un peu d’esprit même si l’on n’avait pas reçut la même éducation qu’eux, le but était toujours le même, l’argent. L’histoire d’une vie qui avait pris un virage inattendu ce soir là.

Olyvar était l’homme par excellence, il l’impressionnait autant qu’il lui plaisait, et le fait qu’il ait mis en déroute six gardes à lui tout seul et sans sortir son arme n’y était pas étranger. C’était éventuellement pour ça qu’elle avait voulut qu’on la protège, pour voir qui aurait le courage de l’aider gagnant par la même occasion l’honneur de la posséder, possiblement, tout était calculé, mais pas par elle, elle n’aurait pas prit autant de risque consciemment, si quelqu’un avait prévu ça, c’était soi les Dieux, soi son subconscient qui pour arriver à la conclusion qu’elle s’en sortirait indemne devait avoir vu le jeune homme, sans même qu’elle s’en rende compte. Mais qui sait, le destin existait peut-être finalement, la bienveillance des Dieux était elle sur elle à présent ? Si c’était dans leur plan, il faudrait un jour qu’elle pense à les remercier, car cette rencontre ne pouvait être que bénéfique, en tout cas, c’était très agréable de s’occuper de lui, très plaisant de lui montrer sa reconnaissance et de découvrir cet homme, peu bavard, mais elle s’en fichait, ça ne faisait que confirmer qui il était, un guerrier fort, digne et qui n’avait nul besoin de discutailler pour lui donner envie d’en savoir plus. Le fait qu’il serre les dents sous la douleur, mais sans broncher, était une preuve de plus qu’il était un homme valeureux s’il en fallait. Et plus Eva le touchait, le elle le regardait, plus il lui plaisait. Il était bien tôt pour parler d’amour, mais le désir charnel s’emparait d’elle, et le plus jouissif était de laisser durer ce moment, de laisser monter l’envie sans rien chercher à prouver, sans rien vouloir d’autre que ce qu’il était. Et si elle agissait toujours avec la plus grande douceur, elle voulait lui montrer qu’elle pouvait être autre chose qu’une faible femme, déchirant le tissu avec ses dents, oh pour sûr ça ne prouvait pas grand-chose, juste qu’elle n’était plus dans le faux semblant…

Mais bientôt elle eut terminé, il semblait avoir apprécié la bière et les caresses bienveillantes de la brune, mais avait-il envie de rester ? Eva avait remarqué ses sourires et ses regards, mais elle n’était pas certaine qu’ils soient dus à son charme ravageur, elle craignait qu’ils soient dus à la facilité ou à l’attention qu’elle lui portait, des regards de remerciement et non de fascination. Or, il lui plaisait beaucoup trop pour qu’elle se contente de si peu, elle devrait se servir de toutes les ficelles qu’elle connaissait et dont elle usait sur les Lords pour le retenir et l’accrocher, et pourtant, elle n’avait pas envie de jouer avec lui, elle hésitait sur la stratégie à adopter, elle ignorait si elle seule, suffirait à lui donner envie de devenir son protecteur et amant, peut-être, pour un peu plus que pour une nuit. Il lui donna la preuve qu’elle attendait en posant sa main puissante sur la sienne, elle sursauta presque, un frisson la parcourut, elle se laissa faire, ne retirant pas sa main, mais essayant de se focaliser sur autre chose pour ne pas être complètement déconcentrée, il fallait qu’elle tienne un minimum son rang imaginaire, même s’il devait se douter de qui elle était, il l’appelait par son prénom, c’était assez clair. Elle se reprit un peu et lui sourit en lui répondant sur un ton assuré :

« De rien, c’est bien normal après ce que vous avez fait pour moi Ser Sand… Je ne peux vous laisser souffrir d’une blessure que vous avez subie pour me défendre. »

Eva baissa les yeux, le souvenir de ce qui s’était passé la fit frissonner de peur, elle n’avait pas voulut ça, dans sa folie, elle avait voulut qu’on se batte pour elle, mais pas à un contre six ! Ça avait été très risqué, et heureusement qu’il s’agissait de lui car n’importe qui d’autre aurait renoncé ou connu une mort certaine et douloureuse, elle le savait, elle savait qu’elle avait eut de la chance cette fois-ci, et qu’il ne faudrait pas qu’elle se joue du destin une fois de plus, la bonne fortune ne lui souriait jamais deux fois, pas à elle, aux autres peut-être aux Dames, aux Seigneurs, mais à elle, une orpheline, une courtisane, elle ne pouvait prétendre à plus de réussite que ce qu’elle avait connu ce soir.

« Je suis désolée, je ne mérite pas de tels égards de la part du garde personnel de Lady Ferboys… »

Elle était réellement désolée, et pensait ce qu’elle disait, mais elle n’en était pas moins contente, peut-être que si elle l’avait rencontré dans d’autres circonstances elle ne lui aurait pas prêté l’attention qu’il méritait, et là au moins, elle était certaine qu’il était à la hauteur de ce qu’elle voulait, même si elle n’avait jamais vraiment cherché à trouvé un tel homme, elle l’avait trouvé, et elle ignorait encore tout de lui et de ce que leur relation donnerait, mais elle avait envie de se lancer.
Elle releva la tête et lui sourit timidement avant d’ajouter en le regardant dans les yeux :

« Je suis néanmoins flattée par vos paroles et surtout par vos actes, et heureuse que vous vous en soyez sorti presque sans dommage. »

Elle pencha légèrement la tête sur le côté, et laissa divaguer son regard jusqu’à sa bouche, puis le long de son cou et de son torse tout en posant délicatement la main sur son pansement.

« Je suis honorée de faire votre rencontre, même si j’aurais préféré que se soit dans des circonstances plus agréables pour vous, et j’espère me rattraper par la suite. Car si la blessure est petite, le courage de l’homme qui la porte est immense et sans limite de classe ou de fortune, j’apprécie votre sollicitude… Olyvar. »

Elle replongea son regard dans le sien…

« Si vous me permettez de vous appeler ainsi et que vous me faites l’amitié de m’appeler Eva. J’aimerais faire plus pour vous, plus que de simplement vous soigner et vous offrir à boire, si un jour je peux vous être utile, je vous supplie de me le faire savoir… »

Elle retira sa main de sous celle du grand brun et mit son autre main par-dessus, le temps de se servir un verre de vin et de le porter à ses lèvres après en avoir fait tinté le pied sur la choppe de bière et jeté un regard à son garde préféré. Elle secoua alors là tête en soupirant.

« J’aurais dû me taire, ou descendre dans une autre auberge… Mais dites-moi, qu’est qu’un homme comme vous fait ici ? J’espère que vous ne venez pas noyer un chagrin d’amour ! »

Elle le regarda dans les yeux avec un grand sourire rayonnant, elle caressait la main et l’avant bras d’Olyvar, très lentement, presque imperceptiblement, elle n’avait pas du tout envie que tout le monde voit ce qui se tramait, elle préférait le secret des alcôves que le bruit d’une taverne, elle n’avait plus tellement l’habitude de montrer ses charmes en publique, et même ça, ça lui semblait manquer totalement de pudeur, mais elle ne pouvait pas s’en empêcher, elle avait trop envie de le toucher, il lui était impossible de ne pas lui rendre un peu de la tendresse dont il faisait maladroitement preuve, elle aimait bien le fait qu’il ne soit pas un séducteur né, pas trop timide, mais pas non plus trop sûr de ses gestes, sûr de lui, elle avait espéré ne pas avoir affaire à un charmeur incapable de s’intéresser plus d’une soirée à une femme aussi belle soit-elle, et il ne semblait pas fait de cette étoffe là. Même si quand il parlait n’importe quelle femme aurait mouillé sa culotte rien que d’entendre une voix aussi grave et que le simple fait qu’il puisse lui briser les côtes en la serrant dans ses bras faisait monter en elle un désir brulant, la folie d’une passion dangereuse, potentiellement mortelle, mais finalement sans grand risque avec un tel homme.
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Message Mer 10 Aoû 2011 - 9:49

Il existait des gens qui prétendaient que la voix était une arme, au même titre que les épées ou les lances. Et d’autres qui disaient que la voix était plus dangereuse que n’importe quelle lame.
Olyvar voulait bien les croire, en cet instant. Il avait déjà vu des gens utiliser leur voix pour convaincre les autres de quelques choses, pour les manipuler, pour assurer leur autorité. Après tout il avait passé des années auprès de marchands qu’il protégeait, des experts du discours et de la manipulation orale. Et ensuite il avait servi chez les Ferboys, où politique et intrigues étaient servies sur le même plateau que le petit déjeuner tous les matins.
Parmi les gens qui utilisaient ainsi leur voix, nobles et marchands confondus, nombreux étaient ceux qui ne faisaient que s’y essayer, répéter ce qu’ils pensaient maitriser, utiliser des mots qu’ils ne pensaient pas en essayant de faire croire que c’était ce qu’ils avaient vraiment en tête. Et cela sonnait au final comme un barde qui venait d’apprendre une nouvelle chanson, et profitait de l’air de son instrument pour cacher le fait qu’il ne maitrisait pas les paroles. Dissimuler quelque chose sous des mots qui n’ont aucun sens. Dissimuler des paroles sous un ton ou une tournure particulière.
Mais là où ces nobles étaient des bardes médiocres, Eva était une ménestrelle experte, qui maniait instrument et voix de concert, avec une perfection admirable. L’assurance et la confiance lui venaient naturellement alors qu’elle parlait, un naturel qui ne vient que comme la maitrise du combat : avec l’expérience, les échecs et les réussites. Et Olyvar savait par expérience que cette expertise là ne venait pas plus simplement que venait celle de la lame, et que les échecs n’étaient pas forcément moins douloureux.
Eva lui parlait avec une voix mélodieuse, lui souriant et mêlant douceur et assurance dans sa voix. Elle avait vraiment l’habitude d’utiliser sa voix comme un atout, c’était aussi clair que le ciel des Osseux un jour d’été.
Mais Olyvar se laissait prendre au jeu. Qu’aurait-il pu faire d’autre de toutes façons ? Il n’allait pas de relever et partir, lui disant quelque chose d’insultant et qu’il ne pensait pas. Et puis, pourquoi l’aurait-il fait ? Elle ne faisait qu’être agréable avec lui, le respect qu’elle éprouvait pour lui étant une façon de le récompenser, en un sens. Ce n’était pas un respect dû à un statut quelconque, un respect uniquement dû à sa force et à ses talents martiaux. C’était un respect dû à la personne qu’il était, et à ce qu’il avait fait pour la protéger.
Cela lui faisait du bien, surtout en ce moment. Il ne savait pas ce que pensait vraiment Edarra depuis leur discussion dans le désert, et cela le perturbait au plus haut point. Si elle n’avait plus confiance en lui, elle penserait peut-être à le remplacer, même si elle ne lui en avait pas parlé. Et que deviendrait-il s’il n’avait plus personne à protéger ?
Et Oberyn, de son côté, avait accordé un certain respect à Olyvar… mais au garde d’Edarra, à celui qui avait protégée la jeune Lady pendant des années, pas à l’humain qui se cachait derrière la montagne de muscles.
Seule Eva semblait capable d’éprouver un minimum de respect, et peut-être même d’affection pour le colosse. Mais il ne savait pas si l’affection le dérangerait ou non. Il ne s’était pas permis d’apprécier une femme depuis que la vengeance était devenu sa principale raison d’être. Après tout, qu’étaient les émotions si ce n’étaient des attaches ? Edarra était au départ un moyen pour Olyvar d’atteindre son but. Elle était aujourd’hui devenue le seul rempart qui empêchait le colosse de finir le travail. Que se passerait-il s’il devait protéger quelqu’un d’autre ? Serait-ce une nouvelle motivation, un moyen de se détacher d’Edarra et ainsi d’accomplir sa vengeance ? Ou au contraire, une raison de plus pour rester un gentil petit chien bien dressé qui n’arriverait pas à mordre la main qui lui donnait à manger ?
Olyvar ne tenait pas à mettre ses nouvelles résolutions à l’épreuve trop vite. Vengeance et devoir. Voilà ce qui devait l’animer. Mais sa défense de la jeune femme avait-elle été une vengeance ? Le presque massacre des gardes avait-il été son devoir ?
Non. Ses émotions avaient encore une fois pris le dessus sur lui. Et c’était mauvais, il le savait. Il le savait mais il ne pouvait l’empêcher.
Seul l’avenir lui dirait ce qui se passerait. Tenter de le prédire revenait à tenter de saisir une épée d’acier valyrien à main nue : on y perdait forcément quelques doigts, et le résultat n’était jamais plaisant.
Il releva qu’Eva s’adressait à lui comme à un chevalier, et qu’elle utilisait son nom de bâtard comme d’autres utilisaient un nom de famille, un titre de noblesse. Elle voulait sans doute cela flatteur, il n’en avait aucun doute. Elle n’avait pas l’air le genre de personne qui blesserait Olyvar à l’aide de piques pour le simple plaisir de le blesser. D’autant plus qu’il n’y avait aucun doute à entretenir sur le fait qu’elle était reconnaissante au garde de l’avoir sauvée. Mais Olyvar n’aimait pas qu’on lui donne un titre auquel il n’avait pas droit. Il avait l’impression d’être un usurpateur, un menteur… Ironique, pour quelqu’un qui avait passé la moitié de sa vie à prétendre qu’il était quelqu’un d’autre que celui qu’il était vraiment. Mais malgré tout, ce qui lui restait d’honneur l’empêchait de prétendre être un chevalier sans avoir auparavant été adoubé.
Après tout, il avait choisi un nom sans prestige, au contraire. Un nom qui attirait en temps normal le mépris et le désintérêt, dans le but de se dissimuler, mais aussi pour mettre un terme à toute possibilité qu’il pourrait exister d’obtenir un jour un titre. Le seul titre qui l’intéressait était celui de Lord Noirmont. Et encore, il ne lui arrivait de le convoiter que lors des soirs solitaires, où il regrettait son départ comme sa rébellion. Et ces nuits se faisaient de plus en plus rares, tout comme les interrogations qui les accompagnaient à chaque fois : Avait-il été plus honorable de fuir la mort et de revenir ici, près de chez lui, afin d’assouvir sa revanche, ou aurait-il du mourir la tête haute sur l’échaffaud, pardonnant à son père mais ne regrettant pas ses actes ?
La vie ne lui accorderait jamais ces réponses. Pas plus qu’elle ne lui accorderait la paix. Seule la mort le délivrerait de ses doutes et de ses tourments. La vengeance et la haine avaient creusé trop loin en lui pour qu’il puisse un jour en être défait et connaître le repos. Il le savait. Mais si la vie ne lui accorderait jamais ce repos, elle pouvait par contre lui offrir des instants d’oubli, pendant lesquels il était juste un homme désireux de vivre tranquillement sa vie. Et il se pouvait que cet instant soit l’un de ceux-là.
Pendant quelques instants, il se demanda s’il oserait vraiment aller plus loin avec Eva. C’était une femme magnifique, douce, mais qui possédait autant de classe et de présence qu’une noble. Une vraie noble, ceux dont on entendait parler dans les récits des bardes et des ménestrels, pas les nobles corrompus et imbus d’eux-même qui se faisaient de plus en plus nombreux. Et malgré ces qualités et cette noblesse, elle gardait une part de gentillesse et de douceur. Peut-être était-elle trop bien pour lui, un simple guerrier sans nom, qui ne pourrait rien lui apporter de plus que l’étreinte de sa personne.
Et surtout revenait une fois encore le problème des attaches. S’il devait la protéger elle aussi, que deviendrait son devoir envers Edarra ? Que ferait-il de sa vengeance ?
Et l’espace d’une soirée, il voulait les oublier. Il aurait tout le temps de penser au devoir et à la vengeance lors du trajet qu’Edarra voulait leur faire parcourir, il pouvait se permettre de passer quelques heures sans s’en occuper, après tout.

« Je ne suis pas un chevalier, dame Eva. Et même s’il est flatteur que vous m’appeliez ainsi, je ne puis usurper ce titre sans que cela ne me mette mal à l’aise. »

Il espérait qu’il n’avait pas été trop brusque dans sa façon de faire. Même s’il se savait parfois peu subtil, il pouvait arriver que les gens n’apprécient pas ce comportement et se sentent insultés. La franchise avait toujours été une qualité que le garde appréciait. Il n’aimait pas les intrigues politiques, les mensonges, les flatteries sans sincérité. Chez les dothraki, il n’existait pas de pudeur, il fallait le reconnaître… mais il n’existait pas non plus de mensonge ou de faiblesse. Chacun disait ce qu’il avait à dire, franchement et honnêtement, et chacun réagissait comme il l’entendait. Mais au moins on ne craignait pas de se faire poignarder dans le dos par quelqu’un qui, deux minutes avant, nous souriait de toutes ses dents.

Elle s’excusa de l’attention que lui portait Olyvar. Comme si elle en avait besoin. Il était un homme fait depuis bien des années, et il était reponsable de ses actes, non ? S’il avait choisi d’intervenir, c’était en connaissance de cause. Il aurait pu rester en arrière et la regarder se faire amener dans une chambre sans réagir et nul ne l’en aurait blâmé. Mais il avait choisi de se lever et de se battre. Et nul ne se jetait dans un combat sans se douter qu’il peut en ressortir blessé. Seul les fous et les imbéciles se croient insensibles aux coups de leurs adversaires, et Olyvar ne faisait partie d’aucune des deux catégories. Lorsqu’il allait au combat, il savait qu’il serait sans doutes blessés, et il en assumait les conséquences. Ce n’était pas à elle d’être désolée d’un choix qu’il avait lui-même, et il tenait à le lui expliquer :

« Vous méritez tous les égards possibles. Je n’allais pas laisser un homme s’attaquer à vous sans réagir… pas plus que je ne vous laisserai porter le blâme de ce qui est arrivé. Vous étiez une victime avant tout. »

Mais il aimait moins quelque chose qu’il avait saisi dans le discours de la belle. Elle avait insisté sur le fait qu’il était le garde personnel d’Edarra. Qu’elle le sache ne posait en soi pas de problème. Qu’elle y accorde de l’importance était plus problématique, et le doute naquit à nouveau en Olyvar.
S’intéressait-elle à lui au final uniquement à cause de son statut ? Lui apportait-elle de l’attention uniquement parce qu’elle voulait se faire bien voir du garde de la fille de la maîtresse des lieux ? Ou au contraire, parce qu’elle avait déjà peur d’avoir fait mauvaise impression jusqu’à présent et tenait à prouver qu’elle ne poserait plus de problèmes ?
Olyvar espérait que non. Il n’apprécierait pas d’avoir éprouvé un minimum d’affection pour quelqu’un, et de voir cette affection utilisée à des fins personnelles, et encore moins de voir cette affection balayée une fois le but accompli.
Mais était-ce si différent de ce qu’il prévoyait de faire avec Edarra ? Utiliser la confiance qu’elle et sa mère avaient en lui pour obtenir sa vengeance, et disparaître avant de pouvoir subir le châtiment qui lui ôterait la vie ? Et pouvait-il reprocher à quelqu’un de faire exactement ce que lui-même comptait faire et, pour ce qu’il en savait, pour les mêmes raisons ? Cela ne lui aurait pas ressemblé. Aussi devrait-il se contenter de subir ce qui viendrait.
Ou, mieux, de ne pas s’en préoccuper. Si on lui offrait un peu d’affection, quelle qu’en soit la raison, pourquoi la refuser ? Au pire il ne verrait plus jamais cette Eva, et au mieux l’affection qu’elle semblait lui porter était sincère, et ils continueraient à se voir à l’avenir. Qu’avait-il à y perdre ?
Lorsqu’elle lui sourit, Olyvar oublia tout doute qu’il aurait pu nourrir jusqu’à présent. Son masque d’assurance avait fondu comme on souffle une bougie, et elle semblait presque… timide. Une timidité naturelle. On ne pouvait pas feindre une expression comme celle-là. Il lui sourit en retour, presque aussi timidement. Il était malgré tout confiant, et cela devait se voir. Après tout, ses doutes avaient été relégués au fond de son esprit, alors pourquoi s’inquiéterait-il de quelque chose ?
Elle était flattée. Par ses actes ? Elle avait été flattée par le fait qu’il ait écrasé six hommes juste pour elle ? Lui trouvait ça normal. Il aurait peut-être même pu trouver ça insultant : des hommes qui se battent pour une femme comme des chiens se battraient pour un os.
Mais après tout, lui ne s’était pas battu pour la conquérir. Il s’était battu pour la protéger. Et là était la nuance. Là se trouvait la chose que le différenciait des animaux qui se battaient pour choisir qui aurait le droit de s’accoupler avec la femelle.
Il sourit aussi lorsqu’elle lui dit être heureuse qu’il n’ait presque rien. Pour elle la blessure avait du être plus impressionnante que pour Olyvar. Il avait subi des blessures beaucoup plus graves et plus violentes alors qu’il était mercenaire. Il avait même failli perdre un de ses membres à cause de la gangrène, si un mestre n’était pas intervenu à temps pour retirer la chair nécrosée. Une autre fois, une lance avait manqué de percer son poumon de quelques centimètres, et il avait saigné comme un porc que l’on égorge jusqu’à ce que l’un des cavaliers de son khalasar ne le trouve allongé au sol et ne l’emmène se faire soigner.
A côté de blessures comme celles-ci, celle qu’il venait de subir représentait autant pour lui qu’une piqure de guèpe représentait pour un homme normal. Il avait fallu qu’il sente le sang en couler pour se rendre compte que la peau avait été ouverte à un moment du moment.
Mais il aurait été mal venu et prétentieux de le signaler, il le savait. Aussi se garda-t-il de le dire, et se contenta de répliquer humblement :

« J’ai fait ce que tout homme possédant un cerveau entre ses deux oreilles aurait du faire. Se battre pour quelqu’un comme vous est le moindre des honneurs que l’on peut vous accorder… »

Il passa une main sur son pansement, mais ne parla pas de sa blessure. Que pourrait-il en dire qu’elle n’avait déjà dit elle-même ? La blessure n'était rien, elle avait eu besoin d'être soignée, et Eva s'en était occupée. Point, à la ligne.
Puis il la sentit l'observer. Comme lui l'avait observée plus tôt dans leur discussion. Elle semblait à peine se rendre compte de ce qu'elle faisait. Presque aussi inconsciemment, elle plaça délicatement sa main sur le pansement. Que devait-il faire de cela? Qu'essayait-elle de faire par là? Un simple geste délicat, d'affection, comme lui lorsqu'il avait mis sa main sur la sienne?
Mais cela importait peu. Rien que ce contact lui envoya un léger frisson dans l'échine, et il sentit sa peau réagir rapidement. Aurait-il voulu la retirer que son corps lui aurait désobéi, et l'aurait laissée là. Le contact avait beau être simple, il était plaisant. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas ressenti quelque chose qui puisse... le calmer ainsi.
Elle reprit la parole. Elle continuait à le flatter, mais il pouvait malgré tout sentir la sincérité qui l’animait.
Elle regrettait que les circonstances n’aient pas été des plus agréables. Cela fit sourire Olyvar. Au départ, il était venu pour se détendre, pour profiter d’une dernière soirée de liberté avant de devoir reprendre la route aux côtés d’Edarra. Et, après tout, quasiment rien ne détendait plus qu’un bon combat. Ses montées d’adrénaline, ses frayeurs, la fatigue physique qu’il provoquait, la douce douleur qui se ressentait dans les muscles poussés à leur maximum après l’effort… Avec le recul, presque rien n’aurait pu être plus agréable pour lui comme rencontre.
Et elle espérait « se rattraper par la suite ». Y avait-il là des promesses charnelles, une matérialisation physique de leur attirance mutuelle, ou l’esprit d’Olyvar détournait-il une simple proposition faite en toute innocence pour entendre ce qu’il désirait entendre ?
Encore une fois, seul l’avenir pourrait lui confirmer ou infirmer cela. Et l’avenir allait se jouer bientôt, il n’avait aucun doute à ce sujet.
Le fait qu’elle l’appelle par son prénom lui plut tout autant. Plus de titre, mais plus de bâtardise. Il était déjà difficile de devoir jouer les bâtards lorsque l’on en était pas un, de subir les railleries et le mépris de ceux qu’Olyvar aurait normalement pu fouler du pied sans y accorder la moindre attention, mais si en plus sa bâtardise venait à se mêler à une relation avec une femme… Olyvar était un nom qui lui convenait. Davantage qu’Olyvar Sand. Dans ce contexte en tous cas.
Car lorsque reviendrait l’heure d’accomplir son devoir, être bâtard lui servirait à nouveau, comme ce fait l’avait servi depuis des années et le servirait encore pendant bien longtemps.
Il voulut répondre quelque chose, lui répliquer qu’il était heureux qu’elle se décide à l’appeler par son prénom plutôt que par un titre vide ou un nom prouvant sa bâtardise, mais leurs yeux se croisèrent, et le colosse fut réduit au silence.
Elle insita à nouveau sur le fait qu’elle voulait se rendre utile, pouvoir aider le garde à faire quelque chose. Payer sa dette. Mais comment pourrait-elle le faire ? Elle était une femme qu’il connaissait à peine, au statut incertain, et qui venait d’arriver en ville, à en juger par l’état de ses vêtements. Elle ne pourrait pas lui permettre d’accéder à Shyra plus qu’il ne le pouvait lui-même, et de toutes façons il tenait à accomplir sa vengeance seul. Moins il y aurait de mondei mpliqué, mieux cela serait pour tous. Et quant à son devoir, pouvait-elle l’y aider ? Elle ne pouvait pas l’appuyer dans sa protection d’Edarra, contrairement à Oberyn ou Allen s’il avait été encore en vie.
Un homme sans honneur aurait peut-être pu proposer qu’elle le remercie en utilisant de ses charmes. Mais ce n’était pas la mentalité d’Olyvar. S’il venait à prendre une femme dans son lit, elle viendrait pour lui, pas pour rembourser une dette quelconque, ou parce qu’il l’aurait payée. Même chez les dothraki, alors que les autres cavaliers prenaient toutes les femmes qu’ils pouvaient sans même y penser, Olyvar se contentait de rester derrière et d’entretenir ses armes et sa monture, refusant de partager un moment d’étreinte avec une femme qui ne voudrait de lui spontanément. Oh bien sûr, il y en avait eu quelques-unes qui avaient été désireuses de partager sa couche, mais même avec celles-ci il avait eu du mal : n’étaient-elles attirées par lui que pour éviter d’être choisie par un autre cavalier ? Ou simplement parce que, contrairement au dothraki, il semblait être civilisé ?
Mais par politesse, il répondit malgré tout :

« Eh bien… Eva… Je saurai vers qui me tourner si besoin est. Mais, ce n’était rien vous savez… »

Aucune fausse modestie. Olyvar avait à peine sué une goutte pendant ce combat. Les gardes de la taverne avaient été ivres, et les autres pris par surprise lorsqu’ils avaient vu qui il était, ou au moins en voyant sa carrure. Cela avait été loin d’une embuscade comme il en subissait parfois lorsqu’il accompagnait Edarra, ou loin d’un combat rangé, où les adversaires sont organisés et prêts à se battre jusqu’à la mort. Des moutons dans une bergerie auraient été des adversaires au final plus combattifs que ces gardes là.
Puis il la sentit retirer sa main de sous la sienne. Olyvar avait presque oublié que sa main s’était trouvée là, tant c’était devenu naturel. Il prit cela pour un signe qu’elle voulait oublier ce contact. Cette affection. Peut-être avait-il fait une erreur sans s’en rendre compte. C’était possible, après tout. Il n’était pas quelqu’un de subtil, pas plus qu’il n’était vraiment expérimenté au jeu de la séduction. Contrairement à son interlocutrice, il en était sûr.
Mais si elle cherchait quelqu’un qui pourrait la séduire avec des jolis mots et des belles sérénades, elle ferait mieux de chercher ailleurs. Ronan aurait peut-être pu citer un poème ou une chanson d’un artiste célèbre. Il aurait pu tourner une jolie phrase qui aurait comparé sa beauté à tel ou tel astre, ou à une magnifique statue…
Mais Ronan était mort. Et Olyvar ne ferait rien de tel.
Mais elle changea juste de main, se saisissant de son verre et trinqua avec le colosse. Souriant de soulagement, il but une gorgée de bière. Elle avait vraiment bon goût ce soir. Le goût de l’effort, et du repos mérité. Tout était meilleur lorsqu’on l’avait gagné d’une façon ou d’une autre. Et encore meilleur lorsque cela venait après un combat. Alors que dire lorsque toutes ces conditions étaient réunies, et qu’en plus la boisson avait été offerte par une superbe femme ? Olyvar était un homme comblé, il fallait le reconnaître.
Eva secoua la tête, et soupira. Ses pensées l’avaient rattrapée. Elle regrettait d’avoir parlé, ou d’être descendue ici. Un raisonnement que le colosse ne comprenait pas : si elle n’avait pas crié, elle se serait faite emmener dans une chambre, et le garde aurait pris tout le plaisir qu’il voulait avec elle. Quelque chose qui n’aurait sans doute pas plu à la jeune femme, Olyvar en aurait mis sa main à couper. Et dans une autre auberge… la même chose aurait sans doute pu se produire, mais personne ne se serait levé. Et le résultat pour elle aurait été le même que si elle n’avait attiré l’attention d’Olyvar sur elle. Rien de bien plaisant, au final.
Mais sans doute regrettait-elle d’avoir impliqué quelqu’un qu’elle ne connaissait pas dans ses affaires. Olyvar connaissait bien cela. C’était la raison pour laquelle il n’avait jamais voulu de l’aide de qui que ce soit dans la plupart des situations. La seule personne dont il avait pu accepter l’aide était Allen, et ce n’était que lorsque l’aide impliquait des armes et des armures.
Elle semblait presque regretter d’avoir dit cela, puisqu’elle changea de sujet tout aussi rapidement, demandant à Olyvar la raison de sa venue dans cet auberge.
Qu’allait-il répondre ? Qu’il était venu dans l’espoir d’un combat contre un client alcoolisé, et qu’il avait été bien servi ? Que c’était pour se détendre avant son départ ?
Edarra ne lui avait pas dit de ne pas parler de son voyage, mais il n’était pas le genre de personne à en parler à une inconnue. Cela faisait partie du secret professionnel, en quelques sortes.

« Aucun chagrin d’amour, non. Ma seule épouse est mon devoir. »

Et mon enfant la vengeance, se retint-il d’annoncer. Aussi continua-t-il son discours :

« Je suis ici simplement parce qu’il s’agit de mon auberge préférée. J’y viens de temps en temps, lorsque dame Edarra est bien à l’abri dans les murs de la forteresse. »

Il sourit, et jeta un regard à la bière qu’il tenait dans la main.

« La bière y est bonne, la nourriture aussi. Le patron comme les serveurs sont sympathiques. Et on y fait parfois d’excellentes rencontres. Que demander de plus ? »

Alors qu’il parlait, il sentait la main d’Eva caresser son avant-bras. Discrètement, comme si elle ne voulait pas que cela se sache, mais malgré tout elle le faisait. Il appréciait cela. Elle rendait son affection brute de décoffrage par une affection plus délicate, plus féminine en un sens.
Rien que ce contact lui envoya à nouveau quelques frissons dans le corps, et ses doutes sur ce qu’il voulait d’elle disparurent immédiatement. Il la désirait, il le reconnaissait. Quel homme aurait pu ne pas désirer une femme comme elle, à part un eunuque ou un aveugle ? Et encore, même un aveugle n’aurait pu résister à ses caresses et à sa voix.
Mais elle le charmait au-delà du simple désir charnel. C’était quelque chose de plus vivace, de plus enfoui. Etait-ce le complexe du prince charmant, celui dont on entend parler pour les contes pour enfants ? Il savait juste qu’il voulait la protéger, que rien ne lui arrive à l’avenir…
Il fallait qu’il s’ôte ces idées de l’esprit.

Vengeance et devoir.

Jamais il ne pourrait donner à une femme quelque chose d’autre qu’une protection. Jamais il ne donnerait de l’amour, et encore moins un mariage. Car hors de la vengeance et du devoir, il n’était qu’une coquille vide. Une coquille musclée, certes, mais vide malgré tout.
Sortant ces idées de son esprit, il changea le sujet de la conversation, la retournant sur la dame qui se trouvait en face de lui :

« Et vous, qu’est-ce qui vous amène ici ? Autant cette auberge que Ferboys, j’entends… Si ce n’est pas trop indiscret. »

Olyvar fréquentait bien assez cette auberge pour connaître tous les habitants de Ferboys qui s’y rendaient, et Eva n’en faisait pas partie. Elle venait donc d’ailleurs, et faisait une escale sur son trajet, quel qu’il soit. Cela attirait sa curiosité en tant qu’homme avant tout, mais aussi en tant que soldat : en tant que garde d’Edarra, et accessoirement de la maison Ferboys, connaître les allers et venues des voyageurs ne pouvait que lui servir.
Alors qu’Eva répondait, l’attention d’Olyvar fut reportée sur quelque chose d’autre. Derrière lui, il entendit un gémissement. Il jeta un rapide regard en arrière. Un des gardes commençait à reprendre conscience. Il souffrait toujours, mais malgré tout…
Olyvar attrapa l’épaule d’Eva avec douceur, et fit un signe de tête en direction du garde.

« Peut-être devrions-nous continuer cette conversation ailleurs. Je ne tiens pas à devoir les assomer à nouveau pour être tranquille. »

Il hocha la tête et se leva, prenant la bouteille de vin et sa choppe de bière avec lui. Quitte à aller ailleurs, autant rester malgré tout à proximité. Et continuer à boire ne leur ferait pas de mal.

« Préférez-vous une chambre, ou un salon privé ? »

Il ne pensait pas à mal, mais le devinerait-elle ? Les chambres étaient plus sûres, car personne d’autre ne s’y trouvait, et les gardes n’iraient pas les chercher là-bas. Mais les salons privés coûteraient moins chers, et serait un peu peuplés. Si elle préférait malgré tout ne pas rester seule avec le colosse, elle ferait mieux de choisir la deuxième solution.
Et puis, qui savait ce qui pourrait se passer s’ils se retrouvaient seuls ?
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Message Jeu 18 Aoû 2011 - 1:31

Si la voix et les paroles étaient une épée, Eva serait morte, transpercée par la lame aiguisée du pouvoir qu’il possédait, car si Olyvar maniait les mots avec moins de brio qu’elle, et encore on ne pouvait pas dire qu’il s’exprimait mal, il y mettait simplement moins d’emphase, moins de style, il parlait comme il était, simplement, sans en faire trop, mais avec justesse, autant dans la forme que dans le fond, et si la brune avait l’habitude d’entendre de beaux discours, bien construits, mais souvent pleins de faux semblants, pleins de mensonges et de flatteries inutiles. Mais sa voix, cette voix sortie du fond de ses entrailles, profonde, grave, qui résonnait en elle et faisait vibrer chacune de ces cellules, elle l’aurait certainement blessée bien plus que des coups si les paroles qui l’accompagnaient n’avaient pas été douces, mais en l’occurrence, il était agréable de discuter avec lui, et il était même plus loquace que ce à quoi elle aurait pu s’attendre. Elle doutait qu’il aime parler des livres qu’elle avait pu lire, mais elle ignorait encore de quel bois il était fait, elle aimait l’écorce qu’elle voyait, mais elle avait l’impression que cet homme recelait plus de mystère que la plupart des personnes qu’elle avait eut l’occasion de croiser auparavant, et pourtant elle en avait croisé beaucoup. Il avait cet air grave, ce regard qui vous appelle autant qu’il vous glace le sang, que seuls ceux qui ont connu l’enfer peuvent revêtir.

Certains plient sous les coups, d’autres ne font que serrer les dents, mais devant le pouvoir des mots et de la voix, il n’existe aucune parade, aucune force qui puisse contrer l’adversaire à coup sur, cependant, il n’y avait pas de duel ici, pas de combat, juste un face à face où tous les gestes et toutes les paroles étaient dirigées vers l’autre, sans complexe, sans plus de mensonge que quelques petites omissions de part et d’autre, mais tellement compréhensible, ils ne se connaissaient pas et dans ce bas monde toute personne normalement constituée a des secrets inavouables, et Eva n’était pas la dernière et comprenait parfaitement qu’on ne lui confie pas tout au premier regard, elle aurait parfois aimé posséder ce pouvoir, mais voulait elle vraiment tout savoir de lui ? Rien de moins sûr, car cette part d’inconnu était tout aussi excitante que son corps parfait ou que ses gestes pas si maladroits que ça finalement. Elle aimait en savoir un maximum sur ses clients avant même de les rencontrer, leurs fantasmes bien sur, mais aussi leurs petits secrets, leurs habitudes, leurs lectures favorites, leurs activités, elle se renseignait, menait son enquête, quand cela était possible, pour les satisfaire, pour les charmer, pour les envouter, mais lui n’était pas un client, alors elle voulait découvrir ce qu’il y avait à savoir sur lui au fur et à mesure, elle voulait qu’il se raconte, qu’il révèle ce qu’il pouvait sans craindre qu’elle l’utilise contre lui, car il n’en serait rien, elle avait simplement envie de le découvrir.
Etrange, en générale, elle cherchait à connaître les gens pour son profit, elle savait tirer profit de toutes les informations qu’elle avait, n’y voyez là aucune perversité, elle ne faisait chanter personne, c’était mauvais pour le business, mais elle était très douée pour savoir comment exploiter la moindre faille, sexuellement ou pas, elle ne jouait pas, c’était devenu une seconde nature d’apprendre à faire plaisir à tout le monde pour se servir d’eux d’une manière ou d’une autre, il était toujours plus simple de demander toute sorte de service lorsqu’on était apprécié. Mais Olyvar avait tendance à lui faire oublier comment elle gagnait sa vie, elle l’écoutait sans pour autant chercher un moyen de se servir de ce qu’il lui disait, elle lui répondait comme s’il avait été un ami de longue date, comme si elle n’avait rien à lui cacher et rien de plus à attendre de lui que l’amitié et la franchise. Mais Eva n’avait pas d’amis, pas réellement, elle ne savait pas ce que s’était, Pearl avait été la personne la plus proche d’une amie, mais elle avait plutôt été une mère pour elle, et les autres filles de joie de Lancehélion, la concurrence était rude et derrières les sourires se cachait souvent la jalousie.

Ainsi, Eva ne cherchait pas vraiment à manipuler le jeune homme, elle cherchait un peu, il est vrai, à le charmer, seconde nature, comme déjà évoqué, mais aussi réelle envie de… Envie de quoi ? Envie qu’il reste ? Envie qu’il la protège ? Envie qu’il revienne ? Envie qu’il l’aime ? Envie de lui ? Probablement un peu de tout ça, elle ne savait pas encore, elle savait seulement, plus que certainement qu’elle désirait le voir nu, sentir ses lèvres sur les siennes, sa peau contre sa peau, ses mains sur son corps, mais si ça avait été si simple, elle l’aurait emmené en haut, dans sa chambre, sans plus de cérémonie, elle ne faisait pas souvent ça cependant, en tout cas pas sans faire payer, et pas ce genre d’homme. Mais ils étaient toujours assis là à cette table sirotant l’un la bière et l’autre le vin, ça n’était donc pas seulement ça, car elle prenait plaisir à discuter avec lui, à apprendre à le connaître, à se rendre compte que s’il n’était pas très doué pour séduire une femme, et n’en était que plus attirant, un charmant mélange de brute et de gentleman.

« Je sais… Mais vous êtes mon chevalier ce soir. » Répondit elle en insistant sur le mon et en esquissant un mouvement vers lui. Elle avait eut dans l’idée de lui caresser la joue, mais elle avait retiré sa main avant d’arriver au bout de son geste. Elle avait pourtant très envie de le faire, de le toucher, mais s’ils en étaient encore aux Dame Eva et aux Ser Sand, il devait être un peu trop tôt, et elle n’avait aucune envie que toute la salle voit ce geste qu’elle trouvait assez intime. Une catin certes, mais elle n’avait pas l’habitude d’être épiée, elle n’aimait pas ça, et particulièrement avec quelqu’un avec qui elle désirait partager plus qu’un service sexuel contre quelques pièces. Elle pensa : et je suis votre reine d'amour et de beauté puisque vous vous êtes battu pour moi, mais trouva cela un peu trop prétentieux pour être prononcé, d’autant plus que le combat en question aurait pu très mal se terminer. « Si j’en avais le pouvoir, je vous adouberais sur le champ ! » ajouta-t-elle en souriant. « Je ne doute pas un seul instant que vous en ayez la noblesse d’âme et la stature, sans compter que si vous manier aussi bien les têtes de garde, je n’ose imaginer ce que vous pouvez faire avec une lame. » Elle lui lança un regard cabotin. « J’ai connu bien des Lords qui avaient de beaux atours mais ne possédait pas votre sens de l’honneur et je dois dire qu’un nom et une fortune acquis de naissance m’impressionnent moins que le fait d’être capable de protéger une inconnue sans rien demander en retour. » Elle était plus sérieuse en prononçant ses mots, elle pensait réellement que la bonté d’âme méritait plus d égard que les attributs d’une noble naissance, d’autant que celui-ci n’était pas dénué d’atout génétiques. Elle avait connu sur sa route si peu de personnes prêtes à l’aider, prêtes à risquer le moindre grain de sable pour un autre. Elle-même n’était pas un exemple sur ce point, la vie l’avait rendue quelque peu amère et égoïste.

« Je vous remercie. » Dit-elle en souriant avant d’ajouter avec un haussement d’épaule. « Mais… vous êtes bien le seule à penser qu’une femme telle que moi puisse être une victime et que je mérite qu’on se batte pour sa défense. La preuve vous êtes le seul à vous être levé ! Et je ne peux en vouloir à personne de ne pas avoir eut le courage de s’opposer à un garde. » Elle baissa les yeux avant de reprendre sur un ton à peine audible : « C’était pure folie que de protester, j’ai manqué de jugement, mais je n’ai plus l’habitude de me laisser faire. »

Eva hésitait encore entre jouer franc jeu et se taire sur son métier. Elle pensait qu’Olyvar se doutait de ce qu’elle faisait pour gagner sa vie, une femme aussi belle dans une auberge aussi bon marché, quelque soit ce qu’elle dégageait, la façon dont elle s’habillait ou s’exprimait, le doute était permis voir obligatoire, elle n’était pas noble et il le savait, il devait se douter de ce qu’elle était, une femme voyageant seule, c’était très rare, pas mariée à son âge, tout autant… Mais elle voulait savoir s’il savait, savoir si ça le dérangeait autant qu’elle désirait qu’il l’oublie pour être avec elle non comme avec une catin mais comme avec une femme. Cela faisait une éternité qu’elle n’avait pas ressentit ça, l’envie d’oublier qu’elle donnait son corps contre de l’argent et de le donner pour autre chose, un peu d’affection, une place dans la société, pouvoir s’offrir à un seul homme, pouvoir aimer, pouvoir enfin être maitre de sa vie, refuser les autres, ne plus être l’objet accessible de leurs désirs pour quelques sous, être une honnête femme, un rêve d’enfance qui s’était évanoui dans les méandres de la vie, elle y avait tellement cru avec Maron, pouvait elle seulement s’imaginer qu’elle pourrait aimer une deuxième fois ? Qu’elle pouvait réaliser ce rêve ?
A croire qu’elle aimait les défis ou les peines de cœur, car abandonner son métier pour Olyvar n’était en rien un chemin facile, elle pouvait déjà le prédire, cet homme n’était pas enclin à se poser dans un endroit et à exercer un métier où chaque soir il rentrerait la retrouver, elle aimait ça en lui autant qu’elle pourrait le craindre. Mais malgré ce sentiment qui était mort en elle depuis neuf ans, ce sentiment qui rappelait à elle certains souvenirs, les bons comme les mauvais, malgré son cœur qui battait la chamade, elle freinait des quatre fers, ne voulant pas commencer si tôt à s’attacher à lui dont elle ne connaissait rien. Elle se concentra sur l’instant présent, tout en étant consciente que le beau brun n’était pas Lord Martell, et que même si cette soirée aboutissait à quelque chose de plus fort, elle n’aurait pas la vie dont elle avait rêvé entre les bras du Prince de Dorne. Pas certain que cela suffise, et pourtant l’attraction y était, mais de toute façon, Olyvar serait probablement parti au matin, et pour toujours, et si ça n’était pas le lendemain se serait un jour ou l’autre…
Que s’imaginait-elle ? Aucun homme ne pouvait vouloir d’elle à ses côtés pour plus de quelques nuits de plaisir sans contrainte, elle était une prostituée et resterait toujours une prostituée car personne ne pouvait aimer une femme qui vendait ses charmes, c’est ce qu’elle pensait, ce qu’elle se répétait couper court à ses rêves. Le mieux qu’elle pouvait espérer était de devenir la courtisane favorite d’un riche seigneur qui la comblerait et la couvrirait de cadeaux et subviendrait avec générosité à ses besoins, c’était tout ce qu’elle pouvait attendre de la vie, tout ce pour quoi elle pouvait se battre, l’amour, le mariage, les enfants, ça n’était pas pour elle, elle était avant tout, avant d’être une femme, un objet sexuel, très joli, très talentueux, mais un objet tout de même pas une compagne avec qui on veut partager plus que du sexe, sa vie, ses espoirs, l’amour lui avait filé entre les doigts non neuf ans auparavant lorsque Maron l’avait jetée dehors, mais il y a vingt ans et même peut-être le jour de sa naissance, lorsqu’elle n’avait pour seul avenir que celui d’une catin, aussi belle soit elle, aussi douée, aussi appréciée, aussi bien payée qu’elle puisse être, elle ne que savait trop bien comment les hommes la considéraient.

« Peu importe, je suis une femme comblée à présent, et je suis soulagée de savoir qu’il existe encore sur cette terre de vrais hommes prêts à défendre une faible femme. Je suis heureuse que vous ne m’en vouliez pas pour cette blessure, cela m’aurait attristé que vous ne vouliez pas rester en ma compagnie après ce que vous avez fait pour moi. »

Pourquoi les femmes telles qu’Eva aiment que les hommes se battent pour elle ? Je suis belle ô Mortels, disait Baudelaire, la pouvoir d’une beauté à faire tourner les têtes, et serrer les cœurs, être assez irrésistible pour qu’on sorte les armes (ou pas) pour la conquérir, pour la défendre, pour protéger son honneur, les féministes trouveraient ça avilissant, mais les féministes sont des mal baisées qui se posent en victime du pouvoir des hommes sans comprendre qu’elle possède le plus grand pouvoir, celui de l’amour, de l’attraction, du désir, de la tendresse et de la douceur choses qu’aucun homme ne peut se dispenser lui-même ou avec les autres hommes, excepté certains, mais ceci est une autre histoire. Se battre pour une femme, la séduire, évidement nous ne sommes plus au temps de cavernes et le vainqueur ne part pas avec la femelle gagnée en la trainant par les cheveux, enfin pas souvent, donc au final c’est la femme qui choisi, le vainqueur ou le vaincu, chacun son truc après tout ! Eva ne trouvait pas ça vile ou animal, qu’est l’homme si ce n’est une animal sociale, et dans une société qu’est qui importe le plus ? Le pouvoir, la puissance, qu’il soit intellectuel ou physique, et qui mieux que le mâle qui aurait remporté le combat pourrait défendre la belle pour laquelle il s’est battu, la protéger contre les dangers, lui apporter de quoi manger et de quoi nourrir ses enfants, et la combler, s’il en est.
Or oui, la femme ne peut se défendre seule, certaines peut-être mais elles sont rares, et Eva n’en fait absolument pas partie, ainsi, l’homme est celui qui doit prendre les armes pour défendre la famille, et elle espère que les fils hériteront de la force du père. Ainsi socialement et génétiquement le vainqueur fait un excellent géniteur et gagne ainsi sa place auprès de la femme qui est seule à décider avec qui elle veut partager sa vie, et tout ça pour la survie et l’évolution de l’espèce. Et cela est encore plus vrai lorsque l’homme se bat pour protéger la femme et non la faire sienne de gré ou de force, et ce sans rien lui demander en retour. C’est encore plus romantique, si c’est juste une question d’honneur, si c’est fait avec respect, et le fait que le vainqueur soit beau comme un Dieu ne gâche rien. Donc oui, Eva était honorée et d’autant plus attisée par ce geste, un seul garde bourré aurait suffit, mais six, c’était plus que quiconque pouvait espérer, mais évidement tout cela était inconscient, elle, elle se souvenait surtout de la peur qu’elle avait eut, mais son corps tout entier criait que le vainqueur impossible de ce combat inégale méritait amplement de connaître ses charmes. Cette envie d’être avec lui, de le découvrir, ce désire ardent de le toucher et de le faire tomber amoureux, tout était plus fort grâce à ça, même si le charme du grand brun aurait probablement joué le même rôle un autre jour.

Elle sourit, heureuse et soulagée qu’il ne soit pas marié et qu’il n’ait en tête aucune autre femme, puis elle répondit : « Dans ce cas, j’ai beaucoup de chance, je suis bien tombée, et je crois que je vais rester ici, j’aurais l’occasion de vous recroiser. Je dois dire que le serveur est drôle et la serveuse adorable, je comprends. »

Elle souleva un sourcil, avait-il déjà usé des services de Lia, qui, Eva n’en doutait pas, devait parfois offrir un peu plus que des bières à certains clients. Que se soit un oui ou un non, c’était un bien et un mal, si oui, cela veut dire qu’il était client de ce genre de plaisirs, bon pour Dame Heaven, mais mauvais pour Eva, car elle, au fond, était jalouse et aimait l’exclusivité, en tout cas à son niveau, celui des courtisanes, n’acceptant que difficilement la concurrence et n’aimant pas du tout partager ses hommes avec d’autres prostituées. Et évidement, avec un tel homme sa jalousie ne pouvait que ressortir, à mesure que le envie gonflait, à mesure qu’elle apprenait à le comprendre et que son intérêt pour lui grandissait, elle se prenait à fantasmer une exclusivité sur son corps et sur son cœur à envisager de ne se donner qu’à lui, à songer à un amour partagé, aspirant à une toute nouvelle vie, une vie à laquelle elle n’avait jamais pensé, une vie à laquelle elle ne s’attendait, pas, une vie simple remplie simplement d’amour et de passion, mais c’était totalement idiot, elle le savait, au fond, le rêve était beau, mais ça n’était qu’un rêve, elle avait juste envie de se laisser porter par son désir, par cette belle chimère d’un autre destin. Peut-etre qu’elle saurait bientôt à quel point c’était une folie, une vue de son esprit, mais elle savait qu’elle pouvait encaisser ça, ça ne serait pas la premier fois, bien qu’elle espère que se serait la dernière, car elle n’était pas encore totalement insensible, elle voulait juste que cela se fasse vite, car avec le temps, les barrières tombes et les illusions devinent trop présentes, on les touche du doigt, elle sont presque réelles et quand elle s’évanouissent on ne s’y attend plus, tellement que le mirage éphémère devient un carcan duquel on ne peut se défaire, et la souffrance, la tristesse, une cape dont on se couvre pour toujours, rien ne passe, on s’y habitue, rien de plus.

« On y mange très bien, j’ai pu le constater lors de mon arrivée un peu plus tôt dans la journée, et le vin y est excellent. » Dit-elle en levant son verre et en regardant le liquide rouge sombre qu’il contenait avec un petit sourire.

Mais elle allait maintenant devoir passer aux choses sérieuses, raconter sa vie, en prenant soins d’omettre les pourquoi, les comment et les quoi, elle n’avait aucune envie d’étaler ses conquêtes devant Olyvar, elle ne le faisait jamais, et là, elle avait plutôt honte, rien de glorieux à raconter ses services aux Lords de toutes les contrées, prestigieux pour une catin, mais si peu pour une femme, tellement indigne de ce qu’il venait de faire, tellement indigne de lui, heureusement qu’elle savait donner du plaisir aux homme plus que n’importe qui, mieux que n’importe qui, mais un bel homme, fort, et si doux, ne méritait-il pas une jeune vierge ? Probablement que si, il méritait mieux qu’une prostituée en tout cas, mais elle n’avait que ça à lui offrir, et malgré le fait qu’elle doute qu’il ait vraiment envie de la posséder, malgré le fait qu’elle doute encore plus qu’il ait envie de plus, elle ferait tout pour que cela dure plus d’une nuit, pour qu’il apprécie la courtisane ou qu’il l’oublie et ne voit en elle que la jeune femme à la recherche de son prince charmant, si seulement cela était possible.

« Je suis née ici… Pas à Ferboys, à Lancehélion… Mais je suis une Dornienne, même si mon teint ne semble pas trahir les origines. J’ai parcourut les sept couronnes et je reviens sur mes terres, tout simplement, le soleil et le sable me manquaient. Quand à l’auberge, il y avait des écuries pour mon cheval et une chambre pour moi, pour un prix raisonnable, je ne me suis pas posé plus de questions que cela… »

Evidement elle n’avait aucune intention de révéler les raisons de son départ de Lancehélion, s’il voulait plus de détails il faudrait qu’il se contente de silence où de mensonge, elle espérait qu’il n’en demande pas plus, elle n’avait pas envie de lui mentir. C’était déjà assez difficile de ne pas pouvoir totalement jouer franc jeu, lui annoncer de but en blanc ce qu’elle faisait pour gagner sa vie, elle n’avait pas envie de le faire, mais elle n’aimait pas contourner la vérité, pourtant d’habitude ça ne lui posait aucun problème mais là c’était différent, elle avait envie de lui révéler qui elle était vraiment…
Eva oubliait donc ses objectifs au contact d’Olyvar, richesse et vengeance. Posséder ce avec quoi elle n’était pas née, devenir aussi riche qu’une noble avec ou sans le nom qui va avec ! Et obtenir rétribution pour ce que Maron lui avait fait. Tout ce qu’elle ignorait, c’était comment arriver assez près de Maron ou de sa femme pour les tuer, ou au moins un des deux. Daenerys était sa principale cible, mais elle savait que si elle la tuait, elle n’aurait plus aucune chance avec le prince de Dorne, et de grandes chances de se faire tuer par lui, et puis l’aimait-elle encore ? Rien de moins sûr. Si cette envie de vengeance lui occupait parfois l’esprit, les années avait fait renaitre en elle d’autres aspirations, elle se contenterait de la fortune pour oublier le gout du sang, mais si elle ne trouvait pas l’une, elle demanderait l’autre, et elle l’obtiendrait usant de tous ses talents pour arriver à ses fins.
Et dire qu’au début elle avait vu en lui un moyen d’accéder au palais, évidement elle n’oubliait pas, mais elle n’était plus si sûre de vouloir y entrer pour travailler, mais tôt ou tard elle devrait y retourner, au turbin, recommencer à vendre son corps, elle ne savait rien faire d’autre pour gagner sa vie, et elle devait comme tout le monde manger et se loger. Ainsi, quand la nécessité se ferait ressentir, elle serait obligée d’entrer dans la citadelle et d’y trouver des clients, plus ils seraient riches, moins ils seraient nombreux, aussi espérait-elle toucher au plus vite les nobles les plus aisés, mais elle ne savait pas encore ce que lui réservait cette ville, seul l’avenir le lui dirait, et la seule chose qui était sûr, c’est que, rien que pour rencontrer le colosse, rien que pour une nuit avec lui, elle avait eut raison de revenir à Dorne, de s’arrêter à Ferboys et de s’installer dans cette auberge.

Lorsqu’Olyvar saisit son épaule, elle sursauta, le geste avait été rapide et malgré le contact doux et plaisant de sa grande main couvrant sa frêle épaule, presque excitant, elle ne s’y attendait pas et la surprise lui avait fait dévoiler une de ses faiblesses : elle craignait autant qu’elle désirait le colosse, si puissant qu’il pourrait l’assommer d’un revers de la main et la tuer s’il la serrait un peu trop fort. La tendresse dont il faisait preuve envers elle était en totale opposition avec sa force, elle aimait le fait qu’il puisse en faire sa chose mais qu’il n’en fasse rien, et l’idée d’être prisonnière de ses bras sans autre moyen de se dégager que de lui demander l’obsédait. Elle se reprit rapidement et acquiesça tout en se levant avec un plaisir à peine dissimulé et une pointe d’empressement. Elle non plus n’avait aucune envie de gâcher l’instant par un nouveau combat, et elle se dit à cet instant que la proposition n’avait que du bon, seul à seul, et ça venait de lui, pas plus mal…

« J’ai une chambre à l’étage, si vous ne voyez pas trop d’indélicatesse de ma part de vous y inviter. »

Indélicatesse, pour ne pas dire indécence, car si elle n’était pas totalement certaine qu’il veuille la même chose qu’elle, elle était sûr de ce qu’elle voulait, et s’il la suivait sur ce chemin, ce qui allait se passer serait totalement indécent. Elle souriait à sa petite plaisanterie et au fait que les gestes du jeune homme semblaient confirmer qu’ils étaient sur la même longueur d’onde. Choisir la seconde option, quelle idée, payer plus alors qu’elle avait déjà un endroit tranquille où ils pourraient discuter, quoi qu’il pense elle était d’accord et elle n’avait aucune peur si ce n’est celle qu’il ne la désire pas, presque impossible, ou qu’il ne la désire plus après l’avoir possédé, ce qui l’ennuierait un peu, mais elle n’avait pas la patience de le faire tomber amoureux d’elle avant de s’offrir à lui. A cette simple idée, elle frissonna.

« Désirez-vous une autre bière ? »

Évidement elle n’utilisait jamais ce mot à la légère, mais il s’agissait de doucement faire monter la pression autant que de lui offrir ce qu’il préférait, ne sachant pas s’il aimait le vin, mais se doutant qu’il préférait la fraicheur d’une bonne bière après son effort. Et puis comme la nuit promettait d’être longue, elle devait gérer la boisson, car la bouteille ne ferait pas long feu si elle en croyait les gorgées à la mesure de l’homme qu’Olyvar avalait, et elle n’aurait bientôt plus aucune envie de redescendre chercher à boire et elle n’était pas certaine de vouloir le laisser descendre seul, elle craignait toujours qu’il parte et la laisse en plan. Enfin elle avait envie d’être tranquille, elle ne voulait pas que Dick ou n’importe qui monte pour les servir. Mais après quelques minutes au bar le temps de faire le plein, ils se mirent en route pour l’étage…

Alors qu’elle montait l’escalier en se déhanchant ni plus ni moins qu’à l’accoutumée, nombre de petits frissons lui remontèrent le long du dos, le simple fait qu’il soit là derrière elle, qu’elle entende ses pas, qu’elle sente presque son souffle sur sa robe, et avec la perspective de se retrouver seule avec lui, dans une chambre, le désir déjà bien présent se faisait plus ardent à chaque pas, à chaque marche du petit escalier de bois grinçant. Cela aurait pu avoir quelque chose de malsain, si Olyvar avait été un parmi tant d’autre, s’il avait été un de ses hommes qui payait pour avoir ce qu’il avait gagné par son courage et sa gentillesse, mais pour la première fois de sa vie ou presque, elle montait ses marches avec enthousiasme, elle ne pensait ni au profit qu’elle ferait de son argent ou de sa position sociale ni au rôle qu’elle allait devoir jouer, mais seulement à l’étreinte de ses bras et au contact de sa bouche.
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Message Jeu 18 Aoû 2011 - 14:04

Olyvar haussa les épaules lorsqu’elle lui dit qu’il était un chevalier pour elle, en ce soir. Si elle tenait à jouer sur les mots, que grand bien lui en fasse. Le colosse n’était pas homme à s’attribuer un titre qu’il ne possédait pas, mais si elle insistait, que lui restait-il à faire ? Il n’allait pas la soulever et la secouer jusqu’à ce qu’elle arrête de lui donner du « ser » à tout va. Il était peut-être une montagne sur pattes, mais il savait se tenir. Et il ne vaudrait pas mieux que les gardes s’il venait à la violenter.
Son éducation noble lui avait de toutes façons appris à prendre sur lui, à écouter les compliments que les gens faisaient, même si on savait qu’ils n’étaient faits que pour flatter, et même si on pouvait les trouver insultants. Certains vantaient parfois la carrure de Ronan. Le jeune garçon n’était pas idiot au point de ne pas se rendre compte qu’il n’avait pas de muscles développés, et ces flagorneurs avaient vite fait de le blesser en tentant de le flatter. Les mots tranchaient plus que les vents du désert, et leur marque était plus profonde. Tu n’es plus mon fils… Olyvar avait appris à se forger une carapace contre ceux-ci, une carapace que presque personne n’avait réussi à briser depuis des années, et que personne ne briserait plus jamais.
Alors il prenait sur lui ce compliment qui aurait pu le blesser sans ses années d’expérience. Après tout, il savait qu’elle ne voulait pas à mal en parlant ainsi. Elle ne faisait que le complimenter de la façon qu’elle considérait comme la plus approprié. Une légère forme de remerciement. Autant la lui accorder, même s’il n’en voulait pas.
Elle enchaîna rapidement, parlant de l’adouber sur le champ, parlant de sa noblesse d’âme et de son talent à l’épée. Etait-il particulièrement étonnant que personne n’ait atteint ces qualités jusqu’au même point que lui ? Combien d’hommes pouvaient prétendre avoir vécu la même vie que la sienne, être passé par les mêmes expériences, les mêmes souffrances, mais aussi les mêmes actions et les mêmes choses positives qui avaient pavé son chemin ? D’aucuns prétendaient avoir vu l’enfer. Avoir tout perdu. Être passé à deux doigts de la mort. Olyvar avait vécu tout ça et bien plus encore. Il avait perdu tout ce qui faisait de lui l’être qu’il était à la naissance. Il avait frôlé la mort en se rendant dans les Cités Libres. Là-bas il était né à nouveau, devenu un mercenaire et, à peine s’était-il habitué à cette vie qu’il avait tout perdu à nouveau, ami, liberté, métier. Il était devenu un esclave, et là encore la mort avait failli le clamer à plus de reprises qu’il n’osait les compter. Et que s’était-il passé ensuite ? Quand il avait enfin goûté à la liberté, tout avait été réduit en cendre, comme les innombrables villages que son khalasar avait rasés. Et encore une fois on l’avait vendu, gardé prisonnier, rabaissé au rang d’objet… Jusqu’à ce que seuls lui reste la vie et sa vengeance.
Et même cela aurait pu lui être ôté, vu sa stupidité dans le désert, avec Edarra. Il avait été sur le point de tout lui révéler. De lui raconter le moindre des détails de sa vengeance et de sa vie… Cela lui aurait coûté la tête, à n’en pas douter. A part s’il avait réussi à fuir à temps. Mais un homme comme lui… on le reconnaît de loin. Il n’aurait pas pu se cacher bien longtemps.
Elle parla aussi du sens de l’honneur inexistant des nobles, à l’opposé de leurs beaux atours. Elle insistait beaucoup sur les nobles. Sur la naissance. Elle savait très bien qu’Olyvar était un soi-disant bâtard. Et heureusement pour elle, il n’en était pas un. Un vrai bâtard aurait pu se sentir insulté, à force d’être comparé aux nobles et aux gens de haut statut, chose qu’il ne posséderait jamais. Le colosse avait déjà rencontré un homme qui avait manqué de l’agresser lorsqu’il l’avait appelé « Ser Sand ». La seule chose qui l’avait retenu était d’entendre qu’Olyvar portait le même patronyme. Et sa musculature, sans doute.
Il se demanda comment elle réagirait s’il lui disait qu’en réalité elle était noble. Les mots qu’elle avait prononcés s’évaporeraient-ils comme de l’eau en plein désert ? Jouerait-elle une autre carte pour le séduire, lui disant à quel point ses actions étaient au niveau de sa noblesse personnelle et de sa noblesse d’âme ? Comment pourrait-il le savoir ? Il n’avait révélé son identité qu’à deux personnes. Une était morte. L’autre pas encore. Personne d’autre ne devait savoir. Et encore moins une femme qu’il venait de rencontrer par hasard dans une taverne.
Après, il fallait reconnaître qu’elle avait raison. Ce n’était pas des gens de basse naissance qui avaient acheté et vendu Olyvar Sand pour sauver leur peau lorsque le khalasar avait attaqué, et lorsque l’autre avait amené ses esclaves. Ce n’était pas des gens de basse naissance qui avaient manipulé Ronan pour qu’il s’attaque aux Martell aux côtés d’une armée dépareillée.
Les nobles avaient tendance à oublier qu’ils devaient protéger le peuple. Que sans le peuple, ils n’étaient rien. Et plus ils étaient puissants, moins ils s’en rappelaient. Un noble qui n’avait que quelques hommes à gérer était plus prompt à se soucier de leurs besoins qu’un qui possédait des villes et des villes. Alors que dire du Roi lui-même, qui contrôlait Sept Royaumes à lui seul ? De ce que disaient les rumeurs, le Roi n’était qu’une marionnette, qui restait enfermé avec ses livres et ses légendes, laissant le sorcier bâtard Bryden Rivers gérer à sa place. Ce fameux Brynden qui ne faisait rien pour contrer les Fer-Nés, et rien pour lutter contre la canicule qui sévissait. Non, les nobles n’étaient pas le genre de personnes vers qui on se tournait en cas de problème, loin de là.
Mais il se garda de le dire. Après tout, elle se donnait les apparences d’une grande dame, et avait du fréquenter plus de nobles que Ronan lui-même ne l’avait fait à l’époque où on l’entrainait à être un héritier parfait pour les Noirmont.

Lorsqu’elle le remercia, il haussa à nouveau les épaules. Il nota qu’elle commençait à perdre ses atours de dame, à se rabaisser même. Toujours sans préciser quel était son vrai statut, mais le fait qu’elle parle d’elle-même en ses termes ne laissait pas penser à quelque chose des très élogieux. Cela ne faisait qu’étayer l’opinion qu’avait eue Olyvar plus tôt dans leur conversation.
Mais encore une fois, elle avait raison. Il avait été le seul à se déplacer, à agir. Et encore plus le seul à se battre. Mais là encore, il avait été au moins protégé par son statut. Personne ne lèverait sa main contre le garde de la Princesse des Sables. Même d’autres gardes ne pourraient essayer de lui poser le moindre reproche ou de lui faire payer un prix. Et la parole d’Olyvar valait autant que de l’acier valyrien, tous le savaient en ville. Même si tous se trompaient en croyant à l’histoire qu’il donnait à qui voulait bien l’entendre sur son enfance en tant que fils bâtard d’une cuisinière de Noirmont. S’ils avaient su ça, il se serait sans doute fait jeter hors de la ville par tous ses habitants. Et s’ils avaient su qu’il voulait tuer Shyra Ferboys… Là par contre, difficile de savoir ce qu’ils en auraient pensé. La plupart s’en seraient fichu, selon Olyvar. Les petites-gens ne s’occupaient que rarement de savoir qui siégeait sur le trône. Ils voulaient de quoi boire. De quoi manger. Peu leur importait que la personne qui les dirige se nomme Shyra ou Edarra, pour le coup.
Elle prétendit qu’elle n’aurait jamais du protester. Que c’était de la pure folie. Olyvar ne voyait pas pourquoi. Aurait-elle du supporter un viol sans même essayer de se défendre ? Sans réagir ?
Il posa sa bière, et sa main trouva son propre bras, là où les chaînes l’avaient marqué, les traces que les années n’avait jamais pu faire disparaître. Il avait pensé brûler ses poignets, s’arracher la peau sur une plus grande surface… histoire que personne ne puisse voir d’où provenaient les marques. Mais il ne s’y était jamais résolu. Comme si effacer ces marques était effacer son passé. Effacer sa colère et sa raison d’être. Oublier.
Il comprenait qu’elle ne veuille pas se laisser faire. Quel qu’en soit le prix. Lui-même ne s’était jamais laissé faire. Son dos en montrait l’exemple. Jamais on ne lui avait brisé d’os ou coupé un membre comme cela se faisait parfois. Son corps était ce qui le vendait le mieux. Son visage aussi. Après tout, ses derniers acheteurs voulaient faire de lui un gladiateur dans les fosses de Meereen. Un favori du public. Avec son corps bien sculpté, son teint sombre, ses yeux clairs et son visage que la plupart des femmes trouvaient charmant, malgré son aspect brutal, il aurait eu plus de succès que n’importe quel autre homme qu’on lui aurait fait affronter.
Avoir quelques doigts ou une main en moins aurait d’une certaine façon brisé le charme. C’aurait été dommage, au final. Et pour cela, ses châtiments avaient toujours été servis par le fouet.
Penser à l’esclavage lui rappela cette jeune femme de Lys. Cette femme qu’il avait trouvé dans les décombres d’une maison, une esclave comme lui l’avait été et le redeviendrait assez tôt. Cette femme avait sans doute été la plus belle femme qu’il ait connu. Il regrettait qu’elle n’ait pas vécu longtemps. De ne pas avoir pu la sauver.
Mais c’était un regret idiot. Il était membre du khalasar à l’époque. S’il l’avait sauvée, elle aurait servi de monture à tous les hommes. Elle aurait été brisée. Ne pas l’achever aurait été la pire chose qu’il aurait pu lui faire.
Il était étrange de voir l’empathie qu’il avait ressentie pour cette femme. La compassion. En quelques instants, elle avait davantage compris ce qui était en lui que n’importe qui ne l’avait fait et ne le ferait jamais. Cet échange l’avait changé. Et pourtant lui-même n’avait pas dit un mot. Pendant quelques instants, il avait aimé. Aimerait-il ainsi à nouveau ? C’était peu probable.
Et ainsi, la seule chose qu’Olyvar trouva à répondre lorsqu’Eva lui dit qu’elle n’aurait pas du protester était la phrase qu’il avait entendu ce matin-là, dans les ruines d’un village de la mer dothrak, de la bouche d’une esclave de Lys :

« Aucun homme ne devrait vivre enchaîné. »

Ce n’était qu’un murmure. Il n’était même pas sûr qu’Eva l’ait entendu. Mais cette phrase avait une importance toute particulière pour lui. C’était ce qui l’avait arraché à la servitude qu’il s’était lui-même infligé, en oubliant l’humain qu’il était. En ne devenant qu’un cavalier parmi d’autres. En devenant celui que les dothraki voulaient qu’il soit. C’était ce qu’il s’était répété dans la cale du navire qui aurait du l’emmener à Meereen, ce qu’il s’était répété alors qu’il tuait ses gardes et fuyait vers un autre navire. C’était ce qui l’avait empêché de devenir fou et de n’être qu’un numéro alors qu’on l’avait à nouveau capturé et enchaîné. C’était tout ce qui l’avait séparé d’un dernier voyage en enfer.
Aujourd’hui cette litanie avait été remplacée par une autre. Vengeance et devoir. En y réfléchissant, c’était stupide. Cela reniait tout ce pourquoi il s’était battu. Car les chaines qui avaient lié Olyvar à l’époque n’étaient pas physiques. Pas plus que celles qui le liaient à présent. Mais Vengeance et Devoir n’étaient-elles pas des chaines aussi ? Des choses qui l’empêchaient d’être celui qu’il voulait, ou qu’il devait être ?
D’un autre côté, sans sa vengeance ni son devoir, que deviendrait-il ? Repartirait-il sur les routes, vendant ses services aux plus offrants ? Si l’occasion se présentait, peut-être se dirigerait-il par lui-même vers Meereen pour y devenir gladiateur. Un homme libre qui combattait là-bas avait plus de droits et d’honneurs que certains nobles des Sept Couronnes.
Ou peut-être déciderait-il simplement de retourner à Noirmont, de faire face à son père et de lui demander à reprendre sa place. Et si les Martell exigeaient sa tête, il clamerait son innocence, raconterait la vérité des faits, et demanderait un duel judiciaire pour appuyer ses dires. Il n’existait aucun champion dans tout Dorne qui pourrait rivaliser contre son talent à l’épée et sa force brute.
Et peut être n’aurait-il même pas besoin d’en arriver là. Le peu d’amour qu’il existait entre Ferboys et Martell était bien connu, et le Prince Maron serait peut-être convaincu uniquement par la bonne foi d’Olyvar. Si la situation en arrivait là, bien entendu. Et ce n’était pas dit qu’Olyvar arriverait à se défaire de ces chaînes aussi rapidement.
Il demanda aux dieux de lui envoyer un signe un jour, s’il devait changer de voie. Pas tout de suite, pas en cet instant. A moins qu’Eva elle-même ait été un signe. Mais il voulait que, s’ils existent, ils puissent le juger. Le faire changer de chemin si celui-ci n’était pas le bon.
Il sourit intérieurement. Depuis quand écoutait-il les dieux ? Depuis quand croyait-il en eux ? Jamais ils n’avaient existé, et jamais ils n’existeraient. Ou bien ils avaient intérêt à avoir une bonne excuse pour que le monde soit comme il l’était.
Il se forgerait sa voie lui-même comme il l’avait toujours fait. Il tracerait son chemin en fonction de ce que lui dirait son instinct et de ce que son âme lui ferait faire. S’il devait quitter le service d’Edarra, eh bien il le ferait. S’il devait abandonner sa vengeance… soit. Cela arriverait peut-être. Mais cela serait sa décision. Pas celles des dieux. Pas celle de quelqu’un d’autre. Olyvar Sand était un homme libre, et il traçait son chemin de son propre chef.

Elle dit être une femme comblée. Pourquoi ? Parce que du sang avait coulé pour elle ? Parce qu’un homme s’était levé défendre son honneur ? Il n’y avait pas vraiment de quoi être comblé, avec le recul. Des hommes avaient été blessés pour elle. Le gagne-pain d’un honnête homme abimé. Des clients avaient fui. Pour préserver l’honneur d’une seule personne, voilà ce qui avait été provoqué.
Mais n’était-ce pas toujours ainsi pour les guerres et les combats ? N’étaient-ce pas des rapports de force stupides entre nobles, pour des honneurs et un peu de pouvoir qui provoquaient toujours morts et catastrophes ? Même la rébellion Feunoyr n’était qu’une absurde histoire d’honneur, l’honneur de celui qui avait obtenu une épée, et l’autre les terres. Si l’épée était allé à l’un et les terres à l’autre, ou les deux honneurs au même, peut-être que rien de tout cela ne se serrait passé. De nombreux hommes vivraient encore, des familles ne pleureraient pas leurs enfants décédés. Des hommes et des femmes vivraient encore dans leur demeure, sans en avoir été dépossédés parce qu’ils avaient choisi le mauvais camp.
La vengeance même d’Olyvar était une question d’honneur après tout. Il avait souffert, il avait été bafoué, mais l’homme qu’il était aujourd’hui était bien meilleur que celui qu’il avait été à l’époque. Que voulait-il faire payer à Shyra si ce n’était le fait de s’être fait manipuler ? Après tout, s’il regrettait sa vie de fils de Lord, il pourrait la reprendre quand il voulait. Il en avait le droit. C’était juste une histoire d’honneur et de vengeance, alors que sa vengeance pourrait venir de bien des autres façons.
L’honneur était au centre de tout, dans ce monde, et n’importe quel homme quel que soit sa naissance en possédait une certaine forme.
Et bien entendu, les femmes aimaient que leur honneur soit protégé par des soldats beaux et musclés comme ceux dont on entendait parler dans les histoires et les chansons. Il fallait croire qu’elles ne grandissaient jamais, au final.
Elle lui dit ensuite être heureux qu’il ne l’ait pas fuie après avoir vu sa blessure. Il aurait donc du lui en vouloir d’avoir été blessé par sa propre inadvertance ? Un soldat comme lui aurait du savoir que rentrer dans la zone personnelle d’un garde, aussi mauvais combattant soit-il, était risqué. Et d’y rester aussi longtemps que lui encore plus. Il n’avait pas eu le choix puisqu’il avait préféré laisser sa lame au fourreau, mais il aurait pu se battre prudemment, comme lorsqu’il considérait que sa vie en dépendait. Sa blessure avait été causée par un trop-plein de confiance en lui, et non par la faute d’Eva. Il se rappellerait de cette leçon, et il ne referait plus la même erreur. C’était en souffrant que l’on apprenait. La souffrance était le meilleur professeur. Chacune de ses cicatrices lui avait appris quelque chose, que cela soit simplement la beauté de la liberté, ou de façon plus terre-à-terre que telle ou telle esquive n’était pas la solution idéale pour éviter telle ou telle coupe.
Il porterait cette cicatrice comme un badge d’honneur, comme symbole de ce nouvel apprentissage de la modestie qu’il avait fait en ce jour. Car c’était ainsi qu’il fonctionnait.

« Vous en vouloir pour cette égratignure ? La seule personne qui ait quelque chose à se reprocher là-dedans c’est moi. J’aurais du sortir mon arme et lui régler son compte avant qu’il ne me touche. »

Elle eut l’air soulagée d’entendre qu’il n’était pas là pour… noyer un chagrin d’amour. L’aurait-elle autant été s’il lui avait dit que se battre un peu était aussi quelque chose qu’il était venu faire ? Son image de vaillant chevalier servant en aurait-elle pris un coup ? Il y avait fort à parier que oui, et Olyvar hésita presque à le lui dire, juste pour voir sa réaction.
Mais il était trop vieux pour ce genre de jeux enfantins, aussi se contenta-t-il d’écouter ce qu’elle avait à lui dire.
Elle estimait avoir eu de la chance d’être venue là, sous-entendant que le fait de l’avoir rencontré était un facteur important dans le choix de l’établissement. Et si elle avait été dans une autre taverne, peut-être qu’aucun garde ne l’aurait attaquée, et qu’elle serait tranquillement en train de dîner sans avoir eu à subir un choc pareil. Et sans qu’Olyvar ne soit blessé, et quelques tables détruites. La relativité était une chose bien étrange parfois.
Elle voulait le recroiser. Cela allait se révéler difficile, il le savait. Il parait demain pour Salvemer, sans aucune date de prévue pour son retour. Sans même savoir s’il allait revenir. Et il lui fallait le lui dire.

« Me revoir ici ? C’est peu probable. Pas avant longtemps. Je pars demain pour le Conflans, et j’ignore quand je reviendrai. »

Elle parla aussi de la serveuse et du serveur. Il ne répondit pas, cela aurait été trop redondant. Après toi c’était lui qui en avait vanté les mérites quelques instants plus tôt, non ? Même s’il fallait reconnaître que Dick valait le détour à lui seul, avec ses histoires fabuleuses et ses récits imaginés complètement capilotractés.
Puis elle vint à commenter la nourriture et la boisson, deux choses qu’il avait lui-même complimenté auparavant. Elle était arrivée plus tôt dans la journée ? Cela ne l’étonnait que peu. Après tout, il faisait presque nuit et rares étaient les gens qui appréciaient de voyager lorsque le soleil tombait. Même si c’était ce qu’Olyvar préférait, du fait de la température plus appréciable de la nuit.
Mais il fallait que cela soit sur des chemins qu’il connaissait. Un voyage nocturne réservait quelques pièges aux voyageurs imprudents : bandits en embuscade, meutes d’animaux affamés, racines et pierres dissimulées. Il était facile de se casser quelque chose, ou pire… qu’un animal se blesse. Mais la température était tellement plus agréable qu’Olyvar prenait souvent le risque de voyager ainsi.
Puis elle lui expliqua qu’elle venait de Lancehélion, qu’elle avait voyagé avant de revenir vers ses terres d’origine. Cela fit sourire Olyvar. Lui-même avait voyagé avant de revenir dans des terres proches de celles qui l’avaient vu naître.
Mais il doutait que les raisons de son exil soient proches des siennes. Après tout, peut-être avait-elle simplement décidé de visiter le monde. De se faire connaître d’autres personnes que des Dorniens, et de rencontrer d’autres cultures. Et qu’un jour, épuisée par les voyages, elle avait décidé de revenir dans ces terres de sable et de chaleur, l’appel de la maison plus fort que tout.
Si Olyvar l’avait pu, il aurait quitté Dorne. Même si Edarra voyageait beaucoup, jamais il n’avait revu des décors qui égalaient ceux des Cités Libres et de l’ancienne Valyria. Ces cités immenses, ces déserts sans fin, la Route du Dragon… Peut-être proposerait-il ce voyage à Edarra, si leurs rapports redevenaient ce qu’ils avaient été après la nuit dans le désert. Elle serait enchantée de suivre la Rhoyne, il le savait. Et elle adorerait les villes et les villages qui la bordaient. Voir de nouveaux gens, de nouveaux animaux…
Lui-même repartirait là-bas à la première occasion. Depuis huit ans qu’il travaillait, il avait servi sans relâche ni repos. Elle accepterait bien de le laisser voyager seul, pour une fois. Surtout s’il promettait de revenir vite.
Encore fallait-il qu’elle croit encore à sa parole.

Elle sursauta lorsqu’il la toucha. Avait-elle peur de lui ? Ou était-ce complètement autre chose… Une chose était sûre : elle avait les nerfs à vifs. Et Olyvar avait du mal à penser que c’était uniquement parce qu’elle le craignait. Elle n’agissait pas comme quelqu’un qui avait peur. Et pourtant il connaissait l’odeur de la peur, pour l’avoir rencontrée plus de fois qu’il n’avait connu de femmes. C'est-à-dire beaucoup.
Alors était-ce simplement… une sorte d’excitation ? Etait-elle tant que ça affectée par sa présence ? Si oui… la suite allait se révéler prometteuse.
Mais il devait se tromper. Sans doute était-ce simplement la surprise qui l’avait faite réagir ainsi. Personne n’était aussi sensible que ça. Personne à sa connaissance en tous cas.
A peine avait-elle répliqué qu’elle possédait une chambre qu’elle était déjà debout.
Il n’y avait plus de place pour le doute. Toute sa gentillesse, sa délicatesse… Toute la douceur et l’affection qu’elle avait montré à Olyvar n’était là que pour atteindre ce but simple : l’emmener là-haut, qu’ils partagent une nuit ensemble, une nuit de plaisir sans aucun doute… Peut-être plus qu’une nuit. Peut-être voulait-elle aller au-delà.
Mais Olyvar lui-même voulait-il simplement franchir ce cap ? Faire ce premier pas ?
L’affection était une chaine encore plus vicieuse et sournoise que l’étaient la haine ou le devoir. Car l’affection nous obligeait à dépendre de quelqu’un que l’on appréciait, à ne pouvoir vivre sans rapport à elle, et à souffrir quand elle souffrait. Alors que la haine elle-même ne prêtait qu’à un seul sentiment, celui de la colère. Il était facile de détester. Et simple de mettre fin à un cycle de haine. Mais un cycle basé sur l’amour et l’affection était sans fin.
Aucun homme ne devrait vivre enchaîné.
Il avait peu de temps pour se décider, faire ce pas en avant ou au contraire faire demi-tour, passer cette porte et ne jamais la revoir. Il pouvait se passer tant de choses à partir de demain. Il pourrait mourir à chaque instant, ne jamais revenir à Ferboys, finalement décider de quitter toutes ses attaches ici… Et même s’il revenait, l’attendrait-elle ? Bien sûr que non. S’il partait maintenant, cette femme arrêterait d’exister, et il pourrait reprendre sa vie comme il l’entendait.
La voix d’Eva s’éleva à nouveau. Elle lui proposait une nouvelle bière. Il pouvait encore courir. Faire demi-tour. Disparaître.
Il la suivit.

« Non merci. »

Il ne répondit rien d’autre. Qu’aurait-il pu dire ? De toute façon, il n’avait même pas terminé la précédente. Et il ne comptait pas emmener à boire dans la chambre à coucher. C’était un concept qui ne lui plaisait pas. Trop de risque d’abîmer le mobilier, peut-être. Ou d’être distrait. De façon générale il ne buvait pas beaucoup. Un vrai guerrier devait savoir toujours garder les idées claires, et l’alcool n’aidait pas vraiment à être au maximum de ses réflexes ni de sa réflexion, loin de là. Il ne comptait pas se battre ce soir, mais avoir toute sa perception lui serait utile, il en avait l’intuition.
Alors qu’ils montaient l’escalier, lentement mais sûrement, il sentit monter en lui quelque chose qui ne l’avait pas habité depuis quelques temps. Un désir charnel, l’envie de se rapprocher de cette femme, de la prendre dans ses bras, de serrer son corps contre le sien… l’envie de la prendre tout court, en réalité. Il avait eu cette envie plus tôt, bien entendu, mais c’était maintenant qu’elle se ressentait le plus, à son maximum. Quelque chose se raidit entre ses jambes, alors qu’il observait Eva monter.
Sa robe ondulait légèrement sous les yeux du colosse, qui ne pouvait s’en détacher les yeux. Ses cheveux, son dos, la forme de son corps…
Puis ils arrivèrent dans la chambre, qu’elle ouvrit avec un peu de fébrilité il fallait le reconnaître. Elle était toujours aussi nerveuse qu’elle l’avait été lorsqu’ils étaient tous les deux en bas. Ou aussi excitée, il ne pouvait pas le dire. Mais il commençait à avoir quelques certitudes quant à la bonne solution.
Olyvar attendit qu’elle fut entrée dans la pièce, puis, avant qu’elle n’ait le temps de dire quoi que ce soit, il referma la porte et se jeta sur elle pour l’embrasser, la plaquant contre le mur avec une force contrôlée. Adieu la subtilité. Adieu les échanges verbaux inutiles et superflus. Ils n’étaient que deux corps collés l’un à l’autre. Deux personnes qui se désiraient et s’offraient.
Elle allait peut-être se débattre, résister. Après tout, peut-être avait-il mal interprété ce qu’elle voulait. Peut-être était-il pire que le garde qu’il avait mis hors de service.
Mais pour l’instant il ne pensait pas à cela. Il ne pensait qu’au fait qu’elle était entre ses bras et que leurs visages étaient collés l’un à l’autre.
Cette étreinte était superbe. Il ressentait le désir monter en lui à chaque instant. La fragilité de celle qu’il tenait dans ses bras. S’il la serrait trop fort, elle se briserait. Cette faiblesse ajoutait encore à la beauté de cette étreinte. Il ne voulait pas la lâcher, pas la laisser repartir.
Mais il le ferait au premier instant. S’il sentait la moindre hésitation de la part d’Eva, la moindre résistance. Si d’une façon ou d’une autre elle lui faisait comprendre qu’elle ne voulait pas de lui, alors il mettrait fin à cela et disparaitrait aussi soudainement qu’un serpent au milieu du désert.
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Message Lun 5 Sep 2011 - 0:51

Elle couvrait Olyvar de compliments, qu’elle pensait mais qui ne semblaient pas le toucher, il ne répondait pas, à croire qu’il n’était pas sensible aux éloges. Pourtant elle ne voulait ni le flatter ni, bien sûr, le blesser, elle voulait simplement lui montrer sa reconnaissance, et elle avait plus l’habitude des hommes qui aimaient les flatteries que ceux, bien mystérieux, qui préféraient qu’on ne leur en fasse point. Si Eva avait su ce qu’il pensait à l’instant, elle aurait arrêté sur le champ, elle n’avait pas du tout envie que le jeune homme la secoue, ni d’ailleurs qu’il cesse d’apprécier sa compagnie. Elle ne voulait qu’une chose, lui être agréable, qu’il ait envie de rester avec elle, encore quelques instants, quelques heures, un peu plus longtemps si la chance lui souriait, mais procédons à pas mesurés, il s’agissait pour le moment de lui donner envie de rester juste assez longtemps pour qu’il veuille revenir. Mais la belle savait comprendre le moindre geste, elle interprétait les expressions avec brio, après tout c’était son travail de savoir si elle était sur la bonne voie pour charmer quelqu’un, elle avait apprit au fil des années à déceler tout malaise, toute fausse note, et à rectifier le tire, mais aussi bien sûr à lire le désir sur le visage d’un homme et la jalousie sur celui des femmes. Mais là il n’en était rien, ce haussement d’épaule signifiait qu’il n’aimait pas qu’elle plaisante sur ce titre de chevalier, elle baissa la tête un tout petit instant, le temps de faire le point et d’enregistrer cette information, pourtant, elle jugeait qu’un homme prêt à risquer sa vie pour sauver une femme méritait bien ce titre. Mais elle tairait cette réflexion puisqu’il préférait qu’on passe à autre chose. Autre chose, oui… mais quoi ?

Elle n’avait pourtant pas comprit tout les tenants et les aboutissants de cette réaction, elle ne connaissait pas son histoire et cela ne faisait qu’exciter un peu plus sa curiosité. Olyvar Sand, un bâtard donc, tout comme elle à la différence que ce genre de surnom était réservé la plupart du temps aux fils illégitimes de seigneurs, mais elle ne pouvait en rien spéculer la dessus, et lui poser la question serait déplacé, d’autant qu’elle s’en fichait assez, s’il était garde d’Edarra, c’est que son père ne voulait pas de lui, à moins que son père ne soit Lord Ferboys… Possible, mais elle le saurait en temps voulut, et pour le moment, elle essayait de percer une autre énigme. Pourquoi n’aimait-il pas qu’on le nomme Ser, n’était-ce pas le but de tout soldat que de devenir chevalier ? Et si tel était le cas, se faire appeler ainsi par une belle femme n’était il pas jouissif ? Pour lui non, à croire qu’elle avait perdu la main avec les hommes de basse extraction, à moins qu’il ne soit vraiment spécial, il l’était déjà, par sa carrure son courage et bien d’autres choses.
Elle se serait attendue à moins de politesse, il restait très correct, il l’appelait Dame Eva, quelle hypocrisie, mais elle appréciait, d’autant que c’est ainsi qu’on la nommait la plupart du temps. Il était bien éduqué, cela se ressentait dans sa façon de parler et dans ses gestes, même dans la façon qu’il avait de la regarder. Elle se demanda d’où lui venait autant de retenue. Oh après tout, il était le garde personnelle d’Edarra, il ne pouvait pas se permettre de parler comme un paysan, cela devait probablement venir de là, soit il avait apprit avec elle à bien s’exprimer, soit il savait le faire avant, mais, il paressait évidement qu’il avait apprit ça au cours de sa vie de soldat. Peu importait, en tout cas c’était agréable d’être en pareil compagnie, bien que le lieu et l’habit la change de ce dont elle avait l’habitude, son attitude ne la dépaysait pas trop, excepté, cette aversion pour les titres et les compliments. Peut-être ne savait il que trop bien combien ils étaient vide de sens, peut-être qu’il pensait qu’il ne les méritait pas, et pourtant, rien de ce qu’elle lui avait dit depuis le début de cette conversation n’était vide de sens, et il méritait largement ses égards. Mais s’il refusait de l’apprécier, elle n’insisterait pas, aucune envie de le mettre en rogne ou de lui déplaire. Mais il ne semblait pas manquer de confiance en lui pourtant.
Était-ce seulement de l’humilité ? Si tel était le cas, il était encore plus spécial qu’elle ne l’aurait imaginé, c’était une qualité rare dont elle était d’ailleurs dénuée. Mais c’était aussi une qualité qu’elle trouvait inutile, enfin la plupart du temps en tout cas, néanmoins, ça faisait partie de ce qu’elle voyait quand elle le regardait dans les yeux, l’impression qu’il y a beaucoup d’histoires sous cette carapace, ce quelque chose qui la faisait frémir. Cette humilité pouvait venir de ça, de sa vie, de son passé, si l’existence lui avait apprit à ne pas se pavaner, c’était qu’elle ne s’était pas entièrement trompée sur lui, il y avait bel et bien de nombreux mystères dans ce regard, des mystères et une certains noirceur, elle savait reconnaître ceux qui, comme elle, avaient souffert, et il en faisait partie, elle en était désormais certaine, mais si elle avait envie qu’il lui raconte sa vie, elle se doutait qu’il refuserait, ils ne se connaissaient pas, s’il lui relatait quelques anecdotes, il tairait probablement la plupart des parties susceptibles de l’intéresser. Ainsi cette conversation serait pour une autre fois, une bonne raison de vouloir le revoir et de tout faire pour qu’il le veuille aussi.

Quand à la noblesse, elle aurait aimé naitre dans un château, ne pas avoir à se soucier de la façon dont elle allait manger le soir, ne pas avoir été esclave, ne pas devoir vendre son corps à tout ceux qui en avaient les moyens, mais elle savait aussi qu’on mariait les jeunes filles sans leur demander leur avis, et ça, elle n’aurait pas beaucoup aimé, elle s’y serait faite, pour sûr, et sa beauté aurait permis un beau mariage sans aucun doute, mais elle aimait beaucoup sa liberté, elle faisait ce qu’elle voulait, elle avait acquis assez d’argent et de biens pour travailler quand elle voulait, enfin souvent quand même, mais en tout cas avec qui elle voulait. Et au moins elle n’était pas l’épouse trompée, elle était de l’autre côté de la barrière et ça lui semblait une bonne chose. Elle avait profité de beaucoup de bons côtés de la vie de château sans ses contraintes, et si elle oubliait ses débuts dans cette maison close sordide et sa rupture avec Maron, elle avait eut de très bons moments, mais elle devait s’avouer qu’elle aspirait à autre chose, le véritable amour, ne plus coucher avec tout les nobles des sept couronnes qu’elle en ait réellement envie ou non, qu’ils lui plaisent ou non, et puis cette belle carrière finirait par prendre fin, son corps finirait pas se flétrir, son visage par se rider, et elle devrait renoncer à ses riches clients, et il était hors de question qu’elle redescende dans les bas fonds et connaisse à nouveau la misère et les soldats rustres, les marins édentés, bref ceux qui avaient souillés son corps quand elle n’était encore qu’une enfant.
Depuis qu’elle couchait avec les seigneurs des sept couronnes, elle avait eut quelques mauvaises surprises, certains était très étranges, d’autres moches, d’autres encore avaient des fantasmes assez écœurants, mais beaucoup, la plupart même étaient très gentils avec elle, et ceux qui n’étaient pas spécialement généreux étaient au moins correctes, et ils payaient un supplément pour qu’elle fasse ce qu’ils voulaient, et ils respectaient les règles : pas de trace sur son visage, pas de cicatrice, rien qui ne puisse partir assez vite pour qu’elle puisse travailler de nouveau. Mais si elle savait tout des mariages ratés du royaume, des époux infidèles, des fantasmes des puissants, de leur générosité ou de leur avarice, de leur tendresse ou de leur brutalité, elle pouvait aussi dire très exactement en qui elle pouvait avoir confiance, qui avait le sens de l’honneur, qui était gentil, qui était fou, qui était dangereux, et beaucoup étaient finalement des hommes bons, elle ne pouvait le nier. Même s’ils vivaient trop loin de la réalité du peuple pour réellement s’en soucier, et que certains aimaient trop le pouvoir et aimait trop en abuser pour aider leurs sujets.

Mais le secret faisait aussi partie de son métier, elle n’avait personne avec qui partager ça, elle était seule, elle n’avait aucun ami, que de bons clients, aucune confidente, personne avec qui passé les soirées où elle ne travaillait pas, personne à qui confier ses angoisses et ses joies. Parfois cela lui pesait, et c’est aussi pour cette raison qu’elle appréciait de passer la soirée en si bonne compagnie. Ça n’était pas tout les jours qu’elle pouvait discuter avec quelqu’un qu’elle ne considérait pas comme un client, même si elle n’en avait pas moins envie de réussir à le charmer. Et elle comptait bien le garder à ses côtés, il était très efficace comme protecteur, mais s’il n’avait pas été là, elle aurait finie violée ET embrochée à force d’essayer de se dégager, alors que si elle s’était laissé faire, avec un peu de chance elle n’aurait été violée que par lui, il fallait qu’elle se fasse à l’idée qu’elle était seule maintenant elle n’avait plus de garde, plus de protection, plus de Tristan Tyrell pour la défendre contre les malotrus. Bref, il fallait qu’elle abandonne ses airs de grande dame et l’orgueil de vouloir garder ce qu’il restait de sa pudeur, ce soir, elle avait eut de la chance, mais il n’en serait pas toujours de même, et mieux vaut être violée que de mourir après avoir été violée par plusieurs hommes.
Elle suivit ses mains du regard jusqu’à apercevoir les marques sur ses poignets, elle se tut, mais passa à son tour ses doigts fins sur les cicatrices qu’il portait. Elle aussi en avait quelques unes, de bien mauvais souvenirs, recouverts par ses tatouages, pour mieux les camoufler, mieux les oublier, mais elle y repensait souvent, et voir ses traces indélébiles sur ses poignets lui rappela celles qu’elle portait, ces marques lui rappelèrent les bleus qu’elle avait longtemps eut sur les poignets à cause des cordes avec lesquelles on l’avait attaché à différentes reprises, dans la maison où elle avait grandit, au début, jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’elle ne comptait pas s’enfuir, dans la première maison close, dans les geôles de Lancehélion, dans certains château pour quelques jeux sexuels. Pour garder ses marques il avait du être lui-même attaché très longtemps, un esclave ? Un prisonnier ? Elle n’osa pas lui demander, comme tout ce qu’elle percevait d’énigmatique en lui, elle savait que leur relation était bien trop jeune pour qu’il lui confie ses secrets. Mais ce qu’il dit surprit Eva, elle resta silencieuse quelques secondes, le temps de se répéter les derniers mots d’Olyvar, pour être sûre car elle avait à peine entendu, et pourtant elle l’écoutait attentivement, même si ses réponses se faisaient rares. Elle aurait pu être d’accord, mais elle n’y croyait plus, aucun homme ne devrait vivre enchainer, mais la vie était tout autre, et pas seulement pour les esclaves, la brune l’avait apprit plus souvent qu’à son habitude, car elle considérait les mariages arrangés des nobles comme des chaines, moins douloureuses à porter que celles des esclaves peut-être, mais des chaines malgré tout. Elle finit par répondre sur un ton grave :

« Mais tous le sont, riches ou pauvres. »

Elle soupira en pensant aux sentiments qu’elle avait eut pour Maron, des chaines elle aussi, et son bannissements, d’autres chaines qui la tenait loin de Lancehélion, et son désir de vengeance, d’autres chaines qui l’empêchaient de se lier à quiconque.

« Les chaines sont parfois invisibles… »

Mais non, elle n’était pas comblée parce que du sang avait été versé pour elle, elle était comblée parce que son sang à elle n’avait pas coulé, et parce que celui qui avait permis cela était très séduisant et que plus le temps passait, plus elle l’appréciait, et plus elle avait envie que ça aille plus loin. Mais effectivement le complexe du prince charmant était bien présent, le beau jeune homme qui sauve la jeune fille, mais sans le mariage et les nombreux marmots, car elle n’était pas une princesse et lui, pas même un chevalier. D’un côté elle s’en voulait, pour la blessure d’Olyvar et pour les dégâts, par contre elle se fichait pas mal que des hommes aient été blessés, après tout ils avaient fait l’erreur de s’attaquer au grand brun et dans un premier temps à elle, elle se rendait compte qu’elle avait eut de la chance qu’il soit là, mais elle ne pouvait pas les plaindre, elle ne savait que trop bien ce qu’ils lui auraient fait si le colosse n’avait pas été là. Mais d’un autre côté elle ne pouvait rêver meilleure rencontre, passé la peur, elle avait ressentit une certaine excitation qui ne cessait de croitre. Elle l’aimait comme une enfant aimait le prince charmant, le sexe en plus, elle ne pouvait que l’admirer, et une petite fille aime ce qu’elle admire, et la femme qu’elle était appréciait ce qu’elle voyait, ce qu’elle entendait, ce qu’elle découvrait, même ses marques d’asservissement, il ne la comprendrait que mieux. Bien sûr l’amour est un bien grand mot à n’utiliser qu’en cas d’urgence, mais il y avait cette admiration, ce désir qui l’envahissait doucement, comme un sentiment amoureux, et comme Eva se laissait souvent guider par ses émotions, en tout cas quand elles n’étaient pas contraires à ses intérêts, elle avait envie de se laisser enivrer par ce sentiment, s’abandonner à ses envies et se laisser porter par cette rencontre.

Et puis, la sentence tomba, comme la lame d’une hache sur sa nuque, le Conflans, lointaine contrée, et pas de date de retour. Elle le regarda les yeux pleins d’un mélange de peur de tristesse et d’interrogation, un instant, puis elle baissa les yeux en se disant que le destin était parfois bien ironique, lui offrir cette rencontre et lui retirer l’homme dès le lendemain et peut-être pour toujours, ou au moins pour plusieurs mois… Elle retira sa main du bras d’Olyvar, elle ne savait pas quoi faire, elle ne savait plus ce qu’elle voulait, elle avait toujours envie de lui, toujours envie de le revoir après une folle nuit d’amour, mais dans de nombreuses semaines, s’il revenait entier, reviendrait-il seulement la voir ? Elle avait arrêté de respirer, elle prit une grande inspiration lorsqu’elle se rendit compte qu’elle manquait d’air. Elle pouvait le laisser en plan et monter se coucher, mais elle le regretterait, ne pas avoir consommé cette exaltante rencontre, elle ne pouvait s’y résoudre, et elle préférait avoir au moins le souvenir de sa peau contre la sienne pour les futures nuits de solitude, car de toute façon, elle ne l’oublierait pas, elle aurait envie de le revoir, l’attendrait-elle ? Peut-être, peut-être pas, elle ignorait où sa vie la mènerait, mais elle était absolument certaine d’une chose, si elle n’allait pas jusqu’au bout de cette soirée avec lui, elle n’aurait que le sentiment d’un grand vide et le regret de ne pas lui avoir offert la seule chose qui pourrait lui donner envie de revenir. Elle ferma les yeux quelques secondes pour se donner le temps de faire abstraction de cette information puis elle releva la tête et lui sourit timidement avant de reprendre le cours de la conversation.

Elle aurait aimé partir avec lui, pouvoir lui demander cette faveur mais ils ne se connaissaient pas, et elle n’avait pas les moyens de faire ce long voyage sans travailler, or avec Dame Edarra dans la caravane, se serait vraiment déplacé, et puis pas certain que la jeune fille accepte sa présence. Elle ne pouvait pas lui demander ça, pourquoi accepterait-il une charge supplémentaire ? Pour le plaisir de lui faire l’amour sur les routes qui menaient au nord ? Il ne savait pas encore ce que c’était que de posséder le corps d’Eva, et de toute façon, elle n’allait pas le supplier de l’emmener, s’ils se connaissaient depuis un peu plus longtemps, elle aurait pu, mais là, ça frôlait le ridicule, elle ne savait même pas exactement pourquoi elle voulait partir avec lui, c’était ridicule, elle était une femme libre et indépendante, pourquoi s’accrocher à cet homme ? Ah oui parce qu’il la faisait vibrer, parce qu’il la rassurait, parce qu’il l’excitait, mais était-ce suffisant ? Plus elle y réfléchissait plus elle se disait que non, et plus elle trouvait grotesque de vouloir le suivre dans une aventure dont elle ne savait rien. Elle ne voulait surtout pas essayer un refus, alors elle se passerait de lui, elle aurait certainement envie de le revoir, mais elle attendrait et au pire, elle l’oublierait, on finit toujours par oublier, et quand on n’oublie pas, l’attachement se transforme en haine, et c’est très bien ainsi. Elle n’allait tout de même pas s’abaisser à lui montrer qu’elle avait peur qu’il ne revienne pas alors qu’ils se connaissaient depuis à peine une heure ! Merde ! C’était lui qui devait être charmé, lui qui devait tomber amoureux, pas elle ! Mission totalement foiré s’il en est, elle avait merdé, lui partirait le lendemain et elle, elle ruminerait son imbécillité patente, et il lui manquerait, le monde à l’envers ! Elle était énervée contre elle-même, perdue dans ses pensées.

Ainsi elle sursauta, peut-être parce qu’elle était surprise, peut-être parce qu’elle avait un peu peur de lui, juste assez pour qu’il l’excite. Probablement un peu des deux, car la seule présence du colosse suffisait à réveiller tout ses sens, à les exalter, à les élever à leur paroxysme, et particulièrement le toucher. Enfin ! Si elle n’avait pas obtenu ce qu’elle voulait, à savoir son attachement, elle aurait au moins ça. Mais il semblait hésiter, elle n’avait pas hésité, lui proposer sa chambre, l’emmener là haut, continuer à discuter et à n’en pas douter laisser s’exprimer le désir qui l’envahissait, mais… Ne la désirait-il pas ? Se serait bien la première fois qu’on refuserait une nuit de plaisir avec elle, qui plus est gratuite ! Son empressement l’avait peut-être refroidi, MERDE et RE MERDE ! Évidement qu’elle savait que cela allait finir par arriver, évidement qu’elle essayait de le charmer, même si la bière et les compliments n’avait pas été là que pour ça, évidement qu’elle avait tout fait pour que ça finisse comme ça, elle ne savait faire que ça, et plus la soirée avançait, plus elle en était certaine, elle voulait qu’il finisse dans son lit, elle voulait le remercier de la meilleure des manières et vivre avec lui ce qu’elle n’avait jamais vécu avec personne, malgré le fait que cette relation soit vouée à l’échec puisqu’il devait partir, et que son hésitation démontrait encore une fois qu’il n’était pas du tout attaché à elle, il n’avait même pas encore assez envie d’elle pour sauter sur l’occasion ?! Mais qui était ce foutu Olyvar Sand ! Un homme hermétique à son charme en plus d’être hermétique aux flatteries ?! Non d’un chien, s’il partait maintenant alors qu’elle avait hésité à poursuivre cette soirée plus avant, elle s’en voudrait tellement ! Elle essaya de le faire réagir, elle debout et lui toujours assis. Elle était au bord de la syncope, mais ne laissait rien paraître, elle était douée pour ça, mais lorsqu’il se décida enfin à la suivre, elle retint un soupir de soulagement. Mais elle n’était plus du tout certaine que sa beauté opérait un quelconque pouvoir sur lui, elle se demanda même si il voudrait finalement coucher avec elle.

Au départ, elle comptait continuer à discuter dans sa chambre, d’où la proposition d’une autre bière et le fait qu’elle voulait prendre la bouteille de vin, mais devant le refus du jeune homme, dont elle fut un peu surprise, elle laissa la bouteille à Lia et partit en direction du couloir à l’arrière de la salle qui menait à l’escalier. A mesure qu’elle montait les marches, le désir montait en elle, et elle sut qu’il avait eut raison de laisser l’alcool en bas, car même si elle avait envie d’en savoir plus sur lui, elle ne pourrait pas résister bien longtemps à cette puissante attraction qu’il exerçait sur elle. Elle espérait simplement que l’intimité d’une chambre réveillerait ses désirs. Elle traversa les quelques mètres qui les séparaient de la porte de sa chambre et elle ouvrit la porte, glissant la clé dans la serrure avec une fébrilité grandissante, fébrilité due à la tentation de luxure qui s’était faite ressentir dès le premier regard et n’avait cessé de grandir à mesure qu’ils faisaient brièvement connaissance, elle était désormais toute acquise à cette cause, mais il y avait autre chose, personne n’avait jamais eut ce pouvoir sur elle, pas même Maron, on ne pouvait pas appeler ça de l’amour, mais une passion ardente qui la dévorait de l’intérieure, qui faisait tomber toutes ses barrières et qui lui donnait envie de lui sur le champ et pour les milliers de fois qui pourrait suivre, elle l’espérait. Mais pouvait-elle seulement espérer ça ? Pouvait-elle encore attendre quelque chose d’aussi beau de la vie ? Et de lui qui partait le lendemain pour ne peut-être jamais revenir ? Ainsi sa fébrilité était aussi due à ce grand inconnu qui s’étendait devant elle, que ferait-elle après ça, pourrait-elle reprendre sa vie d’avant comme si de rien n’était, aurait-elle le choix, et encore, même si le fait qu’il la suive dans sa chambre en disait long sur ce qu’il voulait, elle ne pouvait pas encore certifier qu’il soit sur la même longueur d’onde qu’elle, et puis peut-être ne voudrait-il pas la revoir après cette nuit, même s’il revenait…

Elle aurait aimé dire non, le laisser partir, le pousser même à quitter cette chambre, mais elle en était incapable, comme si elle ne maitrisait plus vraiment son corps et ses paroles, seules ses pensées divaguaient un peu entre concupiscence et crainte. Car il lui serait peut-être encore possible de l’oublier, de faire comme si cette soirée n’avait jamais eut lieue et de partir ailleurs, loin de lui et loin de ce lieu, l’oublier, effacer cette dernière heure, taire tout ce qu’elle pouvait ressentir et laisser sa vie reprendre son cours. Mais elle n’en avait aucune envie, pas le courage de le quitter avant même d’y avoir goûté, pas la volonté d’abandonner cette petite étincelle de bonheur et de ce qui se rapprochait le plus de l’amour dans les méandres des histoires qu’elle avait vécues, dans une vie si triste et pleine de rancœur. Si elle n’avait plus jamais l’occasion de le revoir, elle en souffrirait, mais elle regretterait probablement bien plus de l’avoir repoussé, se demandant à chaque instant ce qu’il aurait pu se passer si elle n’avait pas fui avant même d’être arrivée, la vie ne lui offrirait certainement pas une seconde chance, et si c’était une mauvaise plaisanterie du sort, elle ne ferait que croire encore moins à la paix et un peu plus à la haine, une déchirure de plus dans le livre de sa vie, une nouvelle cicatrice invisible, cela ne changerait rien au cours de sa vie, mais cela pourrait pourtant tout changer, alors pourquoi ne pas ce laisser griser par ce sentiment, se laisser emporter par cette tempête indomptable, par la vie tout simplement, profiter de ce qu’elle lui donnait ici et maintenant sans penser au mal qui pourrait advenir, mais seulement au bien, au plaisir de l’instant et à la joie d’une suite possible.

Ainsi lorsque la porte fut ouverte, la brune entrée et que le colosse la plaqua, fermement, mais sans violence contre le mur l’embrassant et la serrant contre lui, elle était bien décidée à oublier tout et à vivre cette expérience sans penser au passé, à l’avenir ou à quoi que se soit d’autre qu’eux. Et c’est ce qu’elle fit, se laissant faire et lui rendant son baiser avec une sensualité incontrôlée. Elle ouvrit la bouche le laissant posséder ses lèvres et sa langue avec un sonore soupir de soulagement mêlé au désir qu’elle retenait depuis trop longtemps. Sa respiration, qui s’était déjà un peu accélérée alors qu’ils se dirigeaient vers la chambre, devenait de plus en plus forte et elle sentait son entre jambe se faire plus accueillant, plus chaud, plus moite. La tête en arrière, car malgré sa taille importante, il était largement plus grand qu’elle, elle ouvrait et refermait sa bouche sur les siennes, et fit bientôt de même avec ses dents tout en douceur glissées sur ses lèvres alors que ses mains caressant d’abord ses bras, puis ses épaules s’étaient arrêtées entre son visage et son cou. Frémissante de toute part, elle s’abandonnait doucement entre ses bras, lui laissant les commandes, ce qu’elle ne faisait que lorsque le client le lui demandait, et en générale, elle n’aimait pas ça avec eux, elle appréciait de garder le contrôle, d’autant plus qu’elle tenait sa réputation de ce qu’elle savait faire quand elle guidait la danse. Mais là c’était différent, elle n’était pas là pour lui montrer ses talents, elle n’était pas là pour gagner sa vie, mais juste pour partager ce ravissement avec lui, pour se donner à lui, rien de plus, et ça n’était pas rien, car elle ne l’avait encore jamais fait gratuitement, sans autre raison qu’une sorte de coup de foudre charnel et l’impression qu’il était le meilleur homme qu’elle ait jamais croisé, à la fois fort et doux, silencieux et intéressant, mystérieux et franc…

Elle ne portait aucun sous vêtements, cela pouvait se deviner sous sa robe au tissu fin et soyeux. Alors que la folie de cette douce étreinte se prolongeait, ses mains descendirent sur son torse les bras repliés blottie entre les siens et tout contre lui. Et alors qu’elle sentait contre son bas ventre à quel point il avait envie d’elle, elle eut un nouveau frisson, plus fort encore que les précédents, et crispa ses doigts sur sa chemise, s’y accrochant pour ne pas perdre pied, et pour mieux sentir son corps, son cœur, sa respiration. Elle passa une jambe à l’extérieure de la sienne et après un tendre aller retour la laissa là, légèrement repliée, posée sur la pointe de son pied, elle avait fermé les yeux, mais les ouvrait parfois pour le regarder dans les yeux, les refermant aussitôt car la proximité de leurs visages lui donnait le tournis, elle avait envie de sentir sa peau contre la sienne, cette chaleur qu’elle percevait à travers ses vêtements, elle entreprit de lui retirer son haut, en tirant dessus de manière un peu anarchique, dans un empressement passionnel toujours les ongles plantés dedans au niveau de la poitrine d’Olyvar. Une seule question subsistait, pourquoi avait-il hésité à la suivre pour lui sauter dessus ? Ça n’était pas seulement la vue de ses fesses ondulant sous ses yeux durant l’ascension de l’escalier qui l’avait mis dans cet état, si tel était le cas tout le reste avait dû y contribuer… Au moins s’il n’était pas sous le charme, il la désirait, preuve que sa beauté n’avait pas encore totalement fané, et si c’était insuffisant pour qu’il revienne, au moins elle aurait le souvenir de cette étreinte charnelle pour réchauffer ses nuits de solitude.
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