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Baladine et bardine à l'essai s'acoquinent

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Lantheïa
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♦ Missives : 793
♦ Missives Aventure : 42
♦ Age : 37
♦ Date de Naissance : 25/09/1980
♦ Arrivée à Westeros : 19/08/2012
♦ Célébrité : Joëlle Sevilla dans 'Kaamelott'
♦ Copyright : Avatar by me & signature by Sargon ♥
♦ Doublons : Alysanne Florent, Danelle Lothston, Vyrgil Vyrwel
♦ Age du Personnage : Pas loin de la cinquantaine.
♦ Mariage : Avec la scène.
♦ Lieu : Port-Lannis
♦ Liens Utiles : Ma vie de baladine
Mes rôles et partenaires
Mes marionnettes
Mes dons d'artiste
La rançon du succès

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Message Sam 7 Sep 2013 - 15:14

Port-Lannis n'était pas la plus grande ville des Sept Couronnes, aisément surclassée par ses rivales Villevieille et Port-Réal, et l'on y prospérait qu'au prix de durs efforts. La noblesse ouestrienne avait toujours su garder son emprise sur les richesses locales, essentiellement minières, et de ce fait, le succès ici passait par les faveurs des grandes Maisons, que l'on soit orfèvre, prostituée ou saltimbanque.

Or, Lantheïa n'avait jamais été femme à se contenter de vivoter. Après une trop longue période de vaches maigres, les affaires reprenaient enfin sérieusement, et la comédienne avait bien l'intention d'en profiter. Le Festival des arts de Villevieille lui avait permis d'aguerrir sa nouvelle troupe et de relancer sa carrière sous les meilleurs auspices. Il ne lui restait plus qu'à confirmer cet heureux retour de fortune en faisant fructifier ses acquis dans les terres qui l'avaient vue naître.

Un obstacle à cela, toutefois : on n'entrait pas dans les bonnes graces des nobles en claquant des doigts. Elle avait sa petite réputation, mais il y avait longtemps qu'elle n'avait pas mis les pieds ici, et les Brax ou les Ouestrelin n'étaient pas à proprement parler des mécènes dignes de ses ambitions. Le Roc se dressait au-dessus de la ville comme une tentation et un défi, et quand elle levait les yeux là-haut, c'était avec une assurance avide et ardente. Bien assez tôt, elle se hisserait à ce niveau. Les Lannister n'étaient pas réputés pour leur amour des beaux-arts, mais ils étaient humains, et c'était suffisant pour que la Futée dans son arrogance soit certaine de pouvoir séduire leur cœur cupide et divertir leur esprit retors. La guerre était finie, et à peine arrivée la petite troupe avait compris qu'il y avait là une opportunité à saisir. C'était le moment de conter de nouvelles histoires, des histoires nourries de faits et de rumeurs, imprégnées de messages réconfortants et exaltants pour une population qui se relevait difficilement de ses épreuves.

La prisonnière des îles. Tel était le titre. Il contenait déjà le germe de toute la pièce à venir, pas encore imaginée. Les récits de taverne et les chansons sur la Bataille des Iles de Fer en étaient le ferment. Il ne manquait plus qu'un ingrédient pour libérer le flot de l'inspiration de Lantheïa, et cet ingrédient était une femme. Car à sa troupe faisait défaut une jouvencelle, et ce n'est qu'en la voyant jouer que la saltimbanque saurait qui était son héroïne. On ne plaque pas n'importe quel rôle sur n'importe quel acteur, elle en était convaincue. Le minois, les manières, l'aura lui diraient quel genre de prisonnière l'on ferait monter sur les planches. Une aventure d'envergure, coûteuse en décors sans doute, mais c'était ce dont la plèbe avait besoin et envie, même si elle ne savait pas encore. Les yeux s'écarquilleraient, les mains se crisperaient, les cœurs palpiteraient sous le souffle puissant d'un conte qui n'en était pas un. Car il enjoliverait à peine la réalité. Des femmes avaient été enlevées pendant cette guerre, et sauvées au terme d'une lutte féroce. Il était temps de célébrer cet épilogue heureux afin d'effacer la tristesse et la peur, de réveiller la fierté des ouestriens bafoués, et tout en accomplissant cette œuvre sacrée, de promouvoir sa propre cause. Car si le peuple acclamait et réclamait une telle pièce, et si ses effets étaient ceux escomptés, l'écho de son succès résonnerait jusqu'au sommet du Roc, et peut-être alors ces lourdes portes, si menaçantes pour les quémandeurs, trop nombreux en ces temps difficiles, s'ouvriraient-elles d'elles-mêmes à Lan' la Futée.

Un joli plan, si tant est que le Ferrant le bénisse. Et pour l'instant, ça n'en prenait pas la direction. Trouver une actrice potable à Port-Lannis semblait être devenue une foutue gageure. La guerre, la disette, tout cela avait laissé la ville exsangue et les artistes avaient fui pour des horizons plus cléments, ou raccroché leur costume depuis des lunes pour une activité moins précaire. La nouvelle du retour de Lantheïa et l'annonce de son intention de recruter courait la ville depuis des jours, mais à ses auditions ne se pressaient que des postulantes incapables de donner ne serait-ce qu'un soupçon de sel à leur jeu. Navrant. La plupart d'entre elles étaient des gamines sentimentales affligées de la grâce d'un hareng et du charisme d'une huître. Leurs regards moites révélaient autant de personnalité que leurs sandales. Leurs déclamations éthérées étaient aussi enthousiasmantes que les avances d'un cul-de-jatte. Plus rarement, on voyait rappliquer une donzelle violée par les Fer-nés qui n'obtenait plus de travail nulle part et se retrouvait devant eux en dernier recours. Des filles de pêcheurs en général, à la diction imbuvable et au style rustique, qui vous écorchaient les mots les plus simples. Autant dire que la débâcle guettait et cela, Lantheïa ne le tolèrerait pas.

Pas loin de la crise de nerfs, elle avait entrepris la tournée des bordels dans l'espoir de dégoter une catin en mal de grandeur. Au moins, elles avaient un petit quelque chose, les filles de joie ! Mais elle avait constaté, comme elle s'y attendait, que l'esprit d'aventure leur faisait défaut. Aux incertitudes de la scène, elles préféraient leur petit confort quotidien. La vie était paisible à Port-Lannis et leur métier ne souffrait guère d'aléas. Comme l'avait dit un homme riche aux investissements malins, les navires peuvent couler, mais les putes ne sombrent pas.

En désespoir de cause, une nouvelle session d'auditions avait été programmée par une journée grise et morose sur une place animée de Port-Lannis, dans le quartier commerçant. Devant un parterre de curieux rigolards de tous âges formant cercle autour du trio d'acteurs assis sur des caisses, une fille maigrichonne était en train de massacrer les oreilles de Lantheïa, Jesse et Noam avec un filet de voix perçant sur lequel elle n'avait visiblement aucune maîtrise.

Le thème de l'exercice était simple. Après avoir demandé aux aspirantes pourquoi elles postulaient, Lan' leur intimait de le lui réexpliquer mais en inventant une toute autre raison, avec toute liberté pour mentir, susciter l'émotion, en recourant si nécessaire à ce ou ceux qui se trouvaient à leur portée. Une bonne mesure de leur imagination mais aussi de leur capacité de conviction et de naturel dans un rôle. Question inventivité, difficile de faire pire que cette maritorne. Elle n'avait utilisé que son discours et quelques gestes, elle n'avait rien fait naître, rien construit à partir du néant. Tout leur art reposait pourtant sur l'inventivité et l'improvisation. Ils n'avaient pas de texte, seulement des situations, des intrigues, des personnages à faire surgir de rien.

Lantheïa grinça des dents, assez fort pour interrompre la pénible créature dans son élan. "Mort de mes os ! Fais-toi Soeur du silence, ma fille, les Sept t'en seront reconnaissants." Mais la candidate éconduite ne l'entendait point de cette oreille. "Ha ! Comme vous êtes drôle, Maîtresse Lantheïa ! C'est un test, hein ? Mais rassurez-vous : jamais je n'abandonnerai mon rêve ! Ma ténacité sera à la hauteur de vos attentes !" Nouveau grincement de dents. Jesse et Noam reculèrent ostensiblement les caisses sur lesquels ils étaient assis. "Si ta ténacité est à la hauteur de ton talent, le simple respect du Ferrant demande que l'on t'achève. On ne peut pas laisser quelqu'un commettre un crime pareil contre l'art, non ? Il doit y avoir des lois contre ça ?" dit-elle en se tournant vers Noam qui secoua la tête d'un air apeuré pour lui faire signe que non. Elle soupira et se tourna à nouveau vers la fille qui battit des cils sous son regard noir et lâcha un rire nerveux. S'il y avait bien deux choses que Lantheïa détestait, c'était les chatons affublés de rubans et les petits rires nerveux. Son bâton claqua sur le sol pavé. "Ton rêve, tu dis ? Le théâtre est un métier, pas un rêve. Etre un baladin, c'est s'user les semelles et les os sur les routes, dormir sous la pluie, fuir les chiens des paysans, les lames des brigands et les malédictions des septons, avoir faim plus souvent qu'on ne rit, et chaque automne faire la course avec le temps, les pieds dans la boue, en espérant trouver un protecteur pour l'hiver, si on n'a pas de quoi se payer une saison au chaud. Etre un baladin c'est accepter de se faire jeter des immondices à la figure quand un spectateur a un pet de travers, se casser le dos à monter des décors, toucher des clopinettes pour des heures de travail, voire se faire violer par le fils d'un mécène pour avoir exposé à la lumière son joli minois. C'est ça, ton rêve ? Alors jette-toi dans le caniveau à moitié nue et tu en auras déjà réalisé la moitié." Le bâton claqua de nouveau. La fille s'enfuit en sanglotant, se frayant un chemin parmi les badauds qui hésitaient entre se marrer ou la boucler. A voir la tête de Lantheïa, ils choisirent de la boucler.

"Quelqu'un devrait lui dire de ne pas pleurnicher pour un rien si elle veut trouver un mari. C'est grotesque, un laideron qui pleurniche." commenta Lantheïa en haussant les épaules, visiblement dans l'incompréhension totale de la réaction de la fille. "Quelque chose vous dérange ?" aboya-t-elle à une matrone dans la foule qui fronçait les sourcils et qui se détendit tout soudain comme si de rien n'était. Méchante ? Méchante ? C'est ce que vous pensez hein ? Mais vous avez pas les tripes de le dire ? Ben ça vaut mieux pour vous. On avait toujours l'air de lui jeter ce mot-là à la figure, mais était-ce de sa faute si les gens n'avaient pas les tripes d'encaisser les plus simples réalités ?

Jesse et Noam rapprochèrent leurs caisses en soupirant. "A qui le tour ?" lança Jesse avec nonchalance.
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Message Mar 10 Sep 2013 - 19:15

Depuis huit jours qu'elle arpentait le pavé glissant et la terre battue de Port Lannis, la Bardine avait cru apprendre une chose, sur son métier : c'est que dans une ville si vaste et si opulente que Port Lannis, les spectacles de rue étaient monnaie courante, les badauds blasés et les quelques piécettes quotidiennes nécessaires à sa survie dures à gagner, contrairement à tous ses plans. Une quasi mendiante en robe élimée et son spectacle de chiens dépareillés semblaient trop fades aux yeux gourmets des spectateurs et, après trois jours à s'escrimer pour des clopinettes, la jeune femme avait laissé tomber et revu toute sa stratégie. De sa courte réflexion ressortit qu'il lui fallait avant toute chose rompre sa solitude et s'allier avec ses pareils artistes, l'union ayant tendance à faire la force.

Une autre évidente possibilité aurait été de revoir entièrement ses choix professionnels et de se tourner vers le plus vieux métier du monde, celui qui ne semblait demander aucune qualification, sinon un talent en retroussage de jupe, un don en écartement de cuisses, une expérience en vocalises enamourées et une solide dose de patience. Mais les tenanciers de bordeaux seraient rebutés par les chiens de la jeune femme, qui ne se sentait pas une vocation assez forte pour abandonner ses compagnons, et les catins indépendantes qu'elle croisait roulant dans les caniveaux ne lui semblaient pas mener des vies si enviables.

La dresseuse rôdait donc dans la ville, de cette errance sans but typique des voyageurs qui ne savent comment tuer le temps, s’arrêtant à chaque carrefour ou presque lorsqu'un spectacle y avait lieu. La plupart la rebutèrent bien qu'un spectacles de marionnettes tenu par une vieille et son gamin faillit, prise qu'elle était par leur exhibition, lui coûter ses dernières pièces, qui furent heureusement mieux dépensées cinq minutes plus tard, à l'étal d'un charcutier. S'étant assise sans façons sur un escalier à l'ombre d'une muraille ruisselante de lierres, Loryan partagea équitablement les quatre boulettes de viande presque faisandée en une seule part, déduction faite de quelques bouchées pour sa meute. La viande, maintenant asséchée et filandreuse, avait dû être hachée avec un mélange d'herbes quelconques et vaguement trempée dans du lait et ces raffinements n’empêchèrent pas la rouquine de manquer s'étouffer quand elle mordit en plein dans une gousse d'ail entière traitreusement cachée.

Son en-cas trop vite achevé, la Bardine s'était ensuite arrêtée devant les auditions de la troupe de Lanthéïa, d'abord pour passer le temps puis en soupesant l'intérêt de tenter sa chance, à mesure que les candidates défilaient. Son premier critère de choix était avant toute chose que la troupe qu'elle allait rejoindre devait être au moins dirigée par une femme, si ce n'est entièrement composée de femelles, la Bardine ayant peu envie d'être une nuit réveillée par l'un de ses comparses se tortillant comme un vers entre ses jambes. La troupe de Lan' la Futée comptait deux mâles, ce qui était un mauvais départ, mais la comédienne semblait de taille à se faire obéir et à faire régner l'ordre dans le groupe.

Quand Jesse enjoignit à la prochaine candidate de s'avancer, les joues de Loryan la brulèrent et, d'un claquement de doigts, elle ne put s’empêcher de se mettre debout d'un bond. Surpris, le gros Damnis eut un pas de recul qui l'envoya buter de l'arrière-train dans le dos d'un spectateur assis, dont la protestation mourut dans sa gorge quand il vit la grosse tête oursonne du chien à hauteur de son visage.

"A moi, l'homme, j'veux bien essayer." claironna-t-elle, une main en porte-voix.

Elle dépassa les quelques badauds qui la séparaient de l'espace où les trois acteurs étaient juchés sur leurs tonneaux et, parvenue à l'orée du cercle, se sentit rassérénée par les dizaines de regards pesant sur elle. C'était aussi plaisant que passer de l'ombre à la lumière.

"J'veux bien essayer."

Comme son petit roux sautait autour d'elle pour attirer son attention, elle le calma d'une taloche pas trop forte puis reprit :

"J'postule parce que rien n'existe si y a personne pour le regarder. Moi, j'veux exister. Dans la vie, y a ceux, assis sur leur cul, qui regardent, et ceux, debout, qui sont regardés. Moi, j'veux être debout."

Comme elle prononçait le mot 'assis', ses quatre chiens tournèrent vivement la tête vers elle puis s'assirent simultanément, comme mus par une mécanique unique. La jeune femme décroisa ses doigts.

Mal dégrossie comme elle l'était, Loryan n'aurait su mieux expliquer l'exaltation qu'elle ressentait lorsque, dressée devant un parterre de badauds, elle se sentait le seul centre de leur attention, la seule chose qui comptât et existât pour eux à cet instant précis. Leur dirait-elle de regarder en l'air ? Peu nombreux seraient ceux qui ne lèveraient pas le nez. Désirerait-elle leur silence ? Elle l'obtiendrait. Leur intérêt était un troupeau de moutons à conduire, qu'un rien, une hésitation, un bafouillement, un regard mal dirigé, disperserait.

Elle plongea dans une révérence théâtrale vers Lanthéïa et ses comparses, une main sur le cœur, l'autre bras déployé comme une aile vers le ciel, puis releva la tête et, avec un sourire et une grimace tragi-comique :

"J'postule aussi parce que ma bourse est vide."
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Message Mer 18 Sep 2013 - 15:24

Les auditions n’avaient pas vraiment bien commencé, et le premier imbécile venu se serait rendu compte que Lantheïa n’était pas de bonne humeur. Jesse et Noam eux-mêmes se tenaient à une légère distance de sécurité de la saltimbanque, juste au cas où son bâton aurait soudain sifflé pour s’abattre sur un orteil ou un crâne innocent.

Une jeune fille eut toutefois le cran – ou l’inconscience, c’est selon – de se présenter dans l’arène sans crainte d’être jetée aux fauves. A dire vrai, des fauves ne l’auraient sans doute guère impressionnée, à en juger par la ménagerie qui l’accompagnait. Une meute hétéroclite de chiens hirsutes lui collait aux basques. Lantheïa releva le menton. Elle n’avait jamais eu de faible particulier pour les animaux et elle était plutôt du genre à cravacher les chiens errants qui collaient leur truffe inquisitrice sur sa besace ou ses arrières. Les chiots eux-mêmes ne suscitaient chez elle aucune espèce d’attendrissement gâteux et elle n’aurait pas manqué de filer un coup de pied à un petit mordilleur de chaussures le cas échéant. Néanmoins, elle savait reconnaître une forme de talent aux chiens intelligents et dociles des bateleurs, et elle voyait bien l’intérêt d’avoir un compagnon fidèle et pourvu d’une mâchoire puissante lorsque l’on passe du temps sur les routes.  

La fille, une brunette tirant sur le roux, calma un de ses chiens surexcité, avant de prendre la parole. Elle avait l’œil vif et insolent du bateleur, l’allure impatiente et désordonnée de ceux qui vivent tels des enfants, sans se soucier réellement ni des autres ni du lendemain. Son phrasé était enlevé, bien envoyé. "J'postule parce que rien n'existe si y a personne pour le regarder. Moi, j'veux exister. Dans la vie, y a ceux, assis sur leur cul, qui regardent, et ceux, debout, qui sont regardés. Moi, j'veux être debout."

La vieille comédienne se pencha légèrement en avant, un mystérieux sourire en coin. Noam et Jesse échangèrent un regard appuyé. Les deux compères connaissaient leur maîtresse d’œuvre ; ils avaient appris à déceler dans ses moindres mimiques et mouvements ses changements d’humeur – une qualité fort utile, voire indispensable à la survie, lorsque l’on travaillait avec une femme au caractère aussi… bien trempé et imprévisible, pour ne pas dire exécrable et lunatique. A cet instant, ils pouvaient voir que la fille avait réveillé l’intérêt de Lantheïa, même si celle-ci ne disait mot. En son for intérieur, elle avait l’impression de retrouver quelque chose d’elle-même chez la jeune femme. Cette fibre égocentrique d’histrion prêt à en découdre avec la scène et à briller, jusqu’à en brûler, telle une comète dans le ciel morne des communs. Elle avait quelque chose. Sa diction laissait à désirer, mais ce n’était pas un problème insurmontable. Et son petit numéro avec les chiens était réussi – inattendu, comique, sans trop en faire, ni envahir sa présentation. Lantheïa n’avait jamais utilisé délibérément d’animaux sur scène mais elle savait que certains avaient du potentiel. Utilisés à bon escient et non par facilité, ils pouvaient susciter au moment opportun un rire, un sourire attendri ou de la peur. Bon, quatre, c’était beaucoup, mais si la fille se débrouillait pour les nourrir, c’était toujours une bonne escorte. Or, depuis que la route d’Aslak s’était séparée de la sienne à  Villevieille, Lantheïa n’avait plus de garde pour protéger sa troupe. Deux des quatre compagnons de la candidate étaient de belle stature, un autre, borgne, devait avoir connu son lot de bagarres. Le dernier était petit et ne payait pas de mine, mais les petits sont parfois les plus dangereux – n’élevait-on pas souvent les petits chiens pour en faire des ratiers agressifs ?

Ses pensées dérivèrent un instant vers Noam. Depuis qu’une souffleuse de feu dornienne, Kay, lui avait appris des bases de dressage, le gamin rêvait de travailler avec des animaux, et Lantheïa songeait depuis un moment à lui accorder cette chance. Il était doué avec les bêtes, et il savait s’en faire accepter. Peut-être que cette fille pourrait lui transmettre son savoir-faire. Mais encore fallait-il qu’elle se révèle assez bonne comédienne pour mériter sa place sur scène et en coulisse à leurs côtés. Lantheïa reporta donc son attention sur la donzelle qui crut bon de préciser, plongeant dans une révérence théâtrale  : "J'postule aussi parce que ma bourse est vide."

Cette franchise impertinente eut l’heur de plaire à la juge. Cela donnait un petit effet provocateur que la baladine affectionnait chez ses comparses. On ferait peut-être de cette gosse une belle des rues, gouailleuse, à la langue bien pendue, ou une sauvageonne dépenaillée selon les cas. Quel genre de damoiselle ferait-elle ? Une aristocrate hautaine aux moues délicieusement arrogantes ? Il faudrait lui dégrossir un peu le style, travailler la posture, le maintien et la coiffure... la coiffure, par les saintes cisailles du Ferrant ! Il y avait du pain sur la planche, enfin, sur le buisson, mais Lantheïa n’avait rien à lui envier de ce côté-là, du moins quand elle n’était pas d’humeur à faire des efforts. Quant à la physionomie, la fille n’avait pas le grain de peau d’une lady, mais aucune comédienne ne l’avait, et un peu de maquillage y rémédierait. Son visage promettait de belles expressions et du charme, pour peu qu’on lui apprenne à travailler les fards. Dans l’ensemble, ce que voyait Lantheïa lui convenait. Il restait donc à mettre la donzelle à l’épreuve.

« Eh bien, je vois qu’on a de l’ambition. » commenta-t-elle d’un ton piquant. C’était un compliment, même si tout le monde ne l’entendrait pas de cette oreille. « Je veux bien voir ce que tu penses pouvoir offrir, l’amie. Voyons, tu connais les règles du jeu ? On sait tous pourquoi tu veux nous rejoindre. Maintenant, persuade-moi que tu veux intégrer ma troupe pour une toute autre raison. Sois bonne menteuse, et lâche ton imagination. Tu es libre de raconter ton histoire à ta guise, et d’utiliser cet espace comme si c’était une scène. Tu as même le droit de te dégotter à la volée des comparses et des accessoires, mais ce n’est pas une obligation. Il faut juste… improviser. » Avec un petit brillement malicieux au fond des prunelles, elle se cala un peu plus en arrière, ses bras secs et vigoureux croisés sous sa poitrine plate. Curieuse de voir quel spectacle l’inconnue allait bien pouvoir lui servir, elle lui fit signe de s’y coller, sans même penser à lui demander son nom : il serait toujours temps de le découvrir par la suite, si elle se révélait digne d’intérêt.
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