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Pour se sentir respectable, il faut respecter les autres ▬ Lothar

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Message Mar 26 Juil 2011 - 14:38

     L'odeur des fleurs fanées, Mélissandre attrape le bouquet posé sur la table avant de se diriger vers le bac en bois qu'elle a posé au fond de son atelier, y lâche les fleurs avant de reposer l'espèce de couvercle pour masquer l'odeur. Un soupir sort de ses lèvres alors qu'elle regarde rapidement autour d'elle, puis passe une main sur son front en sueur. Cette canicule rend tout plus difficile, la native du Conflans a beaucoup de mal à s'y faire, habituellement la température se montre plus clémente, mais cette année elle étouffe littéralement dans sa robe de coton. Un rapide regard vers la fenêtre ouverte lui indique que le jour est bien levé, au vu de l'agitation qu'il y a dans la rue, la matinée doit être bien avancée, la jeune couturière a simplement rangé son atelier pour se débarrasser des derniers ouvrages terminés, avant de les apporter à ses clients elle a préféré tout remettre en état plutôt que de revenir pour travailler dans un tel bazar. Duncan la charrie souvent à ce propos, trop appliquée et trop perfectionniste qu'elle serait, mais sans cela aurait-elle autant de clients qu'à ce jour ? Certainement pas. La jeune femme s'approche de la bassine d'eau claire pour s'éponger le visage à l'aide d'un chiffon humide, puis elle repose le tout pour se diriger vers la porte d'entrée de sa demeure qui lui sert aussi d'atelier de couture. Un panier à la main, elle ferme la porte avant de prendre rapidement la direction de la tannerie où son meilleur ami travaille depuis le lever du soleil, il a toujours énormément de travail à cette époque de l'année et Mélissandre s'en réjouit pour lui. Quelques dizaines de mètres plus loin, elle arrive sur le palier de la porte de l'atelier, passe une tête dans la pièce et voit la silhouette familière de son ami qui est penché sur la cuve de tanin. Un sourire nait sur ses lèvres alors qu'elle entre en s'annonçant.

     « Encore en train de travailler ? Décidément, tu ne t'arrête jamais, je t'ai préparé quelque chose pour le repas comme je sais très bien que tu oublies toujours de manger. »
     L'intéressé tourne la tête vers la nouvelle arrivante et affiche un sourire amusé, dégoulinant de sueur qu'il est, il a surtout l'air d'un sauvageon sortit tout droit d'un bordel. Elle fronce le nez avant qu'il ne réponde.
     « Que ferais-je sans toi ? Heureusement que tu es là maman, sinon je ne m'en sortirais pas. »
     Elle secoue la tête, comprenant bien qu'il se moque d'elle.
     « Ne t'as-t-on jamais dit de ne pas te moquer des femmes Duncan ? Je te conseille aussi de prendre un bain dès que possible, bientôt on te confondra avec les cochons de ton voisin. »
     Elle se détourne de lui, pose le panier sur une table assez éloignée pour ne pas se prendre de jets de tanin, alors qu'il rigole derrière elle.
     « Mon cœur saigne devant tant de cruauté de ta part. »

     Elle esquisse un sourire, amusée, avant de prendre la direction de la porte tandis que Duncan se concentre une nouvelle fois sur son travail en bon artisan qu'il est. La jeune femme se retrouve alors dans la rue, regardant autour d'elle avant de manquer d'entrer en collision avec un homme qui marche sans vraiment regarder où il va. Mélissandre lâche un léger cri de surprise avant de poser ses yeux trop clairs et trop dérangeants sur le visage de l'inconnu. Une expression de surprise apparaît alors sur son minois tandis qu'elle hoche la tête en signe de salut, s'adressant à l'homme.

     « Messire, je ne m'attendais pas à vous voir, j'allais vous apporter votre commande dans la journée. »

     L'homme en question est un noble d'une maison mineure des Terres de l'Orage, en voyage à Port-Réal il a fait l'acquisition d'une belle fourrure que Duncan a rendu utilisation, puis sur les conseils du tanneur il s'est empressé de venir la confier aux mains expertes de la jeune femme. Il désirait une belle fourrure à offrir à son épouse un haut qu'elle puisse porte pendant l'hiver lorsque les températures se feraient trop basses. Mélissandre avait prévenu l'homme qu'il lui faudrait du temps et elle avait légèrement débordé que les délais, d'à peine un jour et s'en était d'ailleurs excusée. L'homme hoche la tête et répond qu'il était venu voir où en était la commande et qu'il peut donc la récupérer lui-même. Toujours de bonne humeur, la jeune femme invite son client à la suivre, ils parcourent en silence les quelques mètres qui les séparent de la demeure de la couturière, puis elle lui fait signe d'attendre ici qu'elle revienne, avant d'entrer dans sa maison pour se diriger vers le fond de la pièce. La commande est fin prête, lavée, prête à l'emploi. Mélissandre la saisit avant de rebrousser chemin pour s'approcher de l'homme et lui tendre la belle fourrure qui devait être sur le dos d'un loup il y a quelques semaines. Le noble retourne l'ouvrage dans tous les sens, vérifiant la qualité des coutures sous l'œil habitué de l'artisane. Ce n'est pas la première fois qu'on agit de la sorte devant elle, il lui en fait plus que cela pour la vexer. Finalement, le noble se montre satisfait et offre un regard quelque peu hautain à la jeune femme.

     « Beau travail, mais le délai est dépassé et je ne vois aucune raison de vous payer si vous n'avez pas respecté votre partie du marché. »
     Le visage pâle de la rousse de trouble un instant avant qu'elle n'ose protester, un peu faiblement il faut en convenir.
     « Allons, messire j'ai exécuté un travail normal, je vous avais bien dit qu'il serait difficile de tenir le délai, c'est une fourrure assez difficile à manipuler. »
     Le ton est ferme et poli, elle ne s'énerve pas, espérant que le bon sens de l'homme va revenir, mais cela ne semble pas être le cas à son grand dam.
     « Alors il ne fallait pas l'accepter ! Tant pis pour vous ! »

     Un geste arrogant de la main alors qu'il détourne les yeux du visage de la roturière puis commence à s'éloigner d'un pas, juste avant que Mélissandre ne le suive sans oser crier au vol, bien que la tentation soit là il faut en convenir.


Dernière édition par Mélissandre le Mer 10 Aoû 2011 - 18:10, édité 1 fois
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Message Mar 26 Juil 2011 - 16:04

Cela faisait près de cinq mois que Lothar ne s’était pas rendu à Port-Réal. Cinq mois passés dans sa demeure de Pince-Isle, aux côtés de son frère et de sa belle-sœur.
Tous deux faisaient de gracieux hôtes, il fallait le leur accorder. Chaque instant à leur côté rappelait à Lothar à quel point les liens de la famille était des plus importants. A quel point il fallait les entretenir.
Même si la relation fusionnelle qu’il avait autrefois entretenu avec son frère était aujourd’hui bien éteinte, Lothar restait malgré tout capable de faire ce dont peu de personnes pouvaient se vanter : faire sourire Pince-en-Fer. Et la réciproque était vraie.
Mais malgré tout, l’appel du large était le plus fort. Loras avait toujours dit qu’ils avaient chacun hérité d’une partie du caractère de leur père, le défunt Kevan Celtigar. Loras avait son ambition, son amour de la gloire familiale. Lothar avait son amour de la mer et de ceux qui y résidaient, que cela soit une demeure permanente, ou le temps d’une chevauchée sur un vaisseau de bois, de la barque au plus imposant des navires de guerre.
Lothar n’aurait pu le nier. Même la tragédie qui avait coûté la main de Lothar et la vie de leur peur n’avait pu le dégouter du sentiment de liberté et de plénitude qu’il ressentait lorsqu’il prenait la mer. Sa main était attirée par le cor qui pendait le long de sa cuisse. Un vieux réflexe, lorsqu’il repensait à cette époque.
Mais ce réflexe eut au moins le mérite de le ramener à l’instant présent.
Lothar avait débarqué quelques heures plus tôt, laissant son Islesang aux bons soins de son équipage. Il connaissait le moindre de ces hommes personnellement, ayant navigué à leurs côtés depuis près de dix-sept ans maintenant. Ils étaient resté à ses côtés lorsqu’il avait dissout le Cor de Bateaurouge, et il les respectait encore davantage pour ça.
Et encore une fois Lothar se trouva à repenser au passé, et à une époque révolue pour lui, même si certains de ses hommes la regrettaient encore. Le Cor n’était plus, et rien ne le ferait revenir. Pas même la raison qui l’avait amené à Port-Réal en ce jour ensoleillé et, selon Lothar, beaucoup trop chaud.
Il était sur Pince-Isle lorsque le corbeau parlant de la milice royale était arrivé. Son frère avait hésité à lui transmettre le message, soucieux de le voir rester avec lui et sa femme sur Pince-Isle. Car il savait comment Lothar réagirait. Le chevalier voyait encore le regard plein de tristesse de Lina lorsqu’il donna l’ordre à ses hommes d’affréter son navire. Et celui empli de compassion, mais aussi de compréhension que lui avait donné son frère. Ils s’étaient salués sur le quai, dans une embrassade fraternelle plus parlante que des mots. Lothar avait déposé un baiser sur la main de Lina, et il avait pris la mer. Vers Port-Réal, sa milice, ses trois cent dragons, et ses Fer-Nés, aussi loin furent-ils.
Un homme comme lui n’aurait jamais pu résister à cet appel. C’était une chance de protéger à nouveau les Terres de la Couronne. Un autre moyen de rester fidèle à ses vœux, et de rappeler au monde à quoi les chevaliers servaient vraiment.
Mais depuis qu’il était arrivé à Port-Réal, il avait compris que ses idéaux de noblesse et de droiture étaient aussi vains qu’ils l’avaient été la dernière fois, et qu’il aurait autant de chance de les partager que s’il les avait prêchés à des filles de joie. Et encore, il lui semblait que les filles en question seraient plus ouvertes à la discussion que les autres miliciens qu’il avait croisé.
Des paysans, des reitres sans scrupule, des hommes sans honneur ni sans gloire, au milieu desquels un ou deux chevaliers errants tentaient de se faire entendre et de se faire un nom. Il ne pouvait le leur reprocher. Trois cent dragons était une somme à en faire pâlir beaucoup, et même Lothar, malgré sa position avantageuse au sein de sa famille, n’aurait pu la refuser sans un pincement au cœur.
Et puis, le Cor avait été composé d’hommes de ce genre, avant qu’il n’en fasse ce qu’ils étaient devenus à leur dernière heure. Il fallait juste espérer que le capitaine de cette milice saurait autant inspirer les hommes que Lothar avait pu le faire à une époque.
Une fois que son nom fut inscrit sur la liste, son titre et son nom de famille jurant avec les reste autant qu’un nain au milieu d’une assemblée de Targaryen, il se dirigea vers d’autres quartiers de la ville. Il dormirait sur le pont de son navire, mais il ne pouvait s’empêcher de vouloir visiter les lieux. Rien n’aurait changé, il s’en doutait, mais jeter un coup d’œil ne pouvait pas faire de mal.
Ses pas le dirigèrent d’abord vers la Colline de Visenya, en haut de laquelle trainait le Grand Septuaire. Il lui semblât que la foule s’y amassait davantage que d’habitude. Cela ne l’étonnât pas. Lorsque les hommes ne peuvent plus rien, avait un jour dit Kevan à ses fils, ils se tournent vers les dieux, et espèrent que ceux-ci se montreront plus clément.
Ils ne l’avaient pas été avec les Celtigar, malgré la pitié des deux enfants et de leur mère. Ils n’auraient pas de raison de l’être davantage avec ces croyants-là. Jetant un dernier regard à la statue de Baelor le Bienheureux qui trônait devant le septuaire, Lothar reprit sa route. Il ne trouverait pas ce qu’il cherchait ici.
Il se retrouva ensuite devant Fossedragon. Les rumeurs prétendaient que la puanteur qui s’en dégageait rendait malade toute personne qui s’en approcherait, tant les cadavres accumulés à l’intérieur étaient nombreux. Il ne sentit rien. Encore une exagération, comme le peuple en était friand. Cela non plus, il ne pouvait le leur reprocher.
Puis il se dirigea vers d’autres quartiers, errant au hasard, ne sachant plus très bien où aller, comment occuper son temps jusqu’à la tombée de la nuit. Pour une fois, elle se faisait attendre. Après tout, on était en pleine matinée.
Et soudainement, la déchirure. Le son le projeta en arrière. Le craquement du bois. Le bruit du tonnerre. Les cris de Kevan. Sa silhouette enveloppée par les éclairs. Le sang qui coulait le long du pont…
Mais il n’était pas sur l’Infidèle. Son père était mort près de dix huit ans plus tôt, et le tuer ainsi lors de rêves éveillés ne le ramènerait pas ainsi.
Ce qui avait provoqué ce bruit était un jeune garçon, d’à peine huit ans. Il avait couru vers Lothar, et l’avait percuté de plein fouet. Les chausses du chevalier avaient craqué au moment de l’impact… et sa bourse avait disparu.
Lothar courut après le garnement. Malgré son avance, le gamin ne pouvait espérer distancer longuement un chevalier entraîné, et surtout quelqu’un dont les jambes faisaient presque sa hauteur à lui. Lothar le saisit par le col, puis par les épaules, amenant au niveau de son visage la face cadavérique et essoufflée du jeune garçon. Il tendit la main. Le garçon lui rendit la bourse.

« Comment t’appelles-tu, petit ? »

Le gamin hésita. Pourquoi un homme comme celui-ci lui demandait-il ça ? Qu’est-ce que cela pouvait lui faire ?
Mais lorsque l’on est enfant, on ne résiste pas longtemps aux adultes, et encore moins à un regard comme celui de Lothar. Car on y trouvait aucune haine, aucune colère. Juste de la bonté et de la mélancolie.

« Pat’, m’ser. Pat’ de Lapin. Pa’c’que j’cours vite ! »

Lothar le reposa au sol, mais lui garda l’épaule entenaillée dans une poigne de fer. Une poigne qui aurait rendu son frère fier. De son autre main, il défit les cordons de sa bourse, et en tira un cerf d’argent.

« Tiens, Pat’ de Lapin, dit-il à l’enfant. Avec ça, tu ne devrais plus avoir à courir pendant quelques jours. »

L’enfant approcha la main… et Lothar recula la sienne.

« Mais avant ça, je veux que tu me dises où je pourrais trouver un couturier pour faire réparer mes chausses. Et que tu jures que tu ne voleras que si c’est nécessaire. Voler est plus dangereux pour toi que pour ceux que tu attaques, je te le garantis. Tu as eu de la chance de tomber sur moi. »

Lothar eut un léger sourire, triste. Un sourire qui n’atteignit pas ses yeux.

« Oui m’ser. J’le jure m’ser. ‘rci b’coup m’ser. Mélissandre m’ser. ‘Travaille p’loin m’ser. ‘R’voir m’ser. »

Lothar appela l’enfant qui repartait déjà en courant.

« Tu n’oublies rien ? »

Pat se retourna, et vit qu’il avait laissé le cerf d’argent dans la main du chevalier. Il fit demi-tour, hocha la tête en remerciement, prit la pièce, et disparut dans les ruelles de Port-Réal. Ce qu’il ferait de cet argent, Lothar n’aurait pas pu le dire, mais cela importait peu. Au moins, cela éviterait à cet enfant de voler pour faire cette chose.
Il ne fallut que quelques minutes à Lothar pour trouver l’échoppe de la dénommée Mélissandre. Quelques questions posées à une dame qui étendait son linge. Une autre à un vendeur de fruits qui semblaient aussi décomposés que les cadavres de Fossedragon.
Lorsque Lothar entra dans l’échoppe, il reconnut l’accent caractéristique d’un noble mineur des Terres de l’Orage. « Noble mineur », car celui-ci avait dans sa voix une prétention que l’on acquérait que grâce à un titre sans puissance, une prétention que l’on essayait de faire gober aux autres autant qu’à soi-même.
L’homme ne semblait pas décidé à payer son dû, selon ce que Lothar pouvait entendre. Il profitait du fait que la jeune femme était une roturière pour glaner les avantages qu’il pouvait. C’en était ridicule. C’en était trop.
Lorsqu’il commença à s’éloigner, Lothar se plaça sur son chemin. Sa main était posée sur sa hanche, et l’autre posée nonchalamment près de la garde de son épée. Personne n’aurait pu être aveugle à la menace, mais personne n’aurait pu l’accuser d’agression non plus.

« Je crois que vous oubliez quelque chose, Lord. Cette couturière a travaillé pour vous, et elle mérite donc paiement. Gérez-vous si mal vos gens dans vos terres ? Si oui, je tiens à vous rappeler que l’escalavage est proscrit parmi les Sept Couronnes. Et passible de mort. »

Le Lord éclata de rire.

« Un chevalier bouseux à la rescousse d’une couturière sans nom. Comme c’est touchant. Laissez-moi passer, à présent. »

Lothar resta immobile. Dégainer son arme lui serait tout aussi mortel que la peine d’esclavage dont il venait de menacer le Lord. Et encore plus inutile. Si Lothar venait à menacer cet homme par la force, ou à récupérer le contenu de sa bourse sur un cadavre, il ne vaudrait pas mieux que lui. Il vaudrait même encore moins.La violence n’avait pas été physique, et toute intervention en ce sens lui causerait autant de mal qu’à la couturière. Son nom pourrait lui permettre d’échapper aux troubles. Pas celui de la jeune femme.
Il fit un pas de côté, et laissa l’homme passer. Le Lord s’éloigna, un sourire satisfait sur les lèvres.
Lothar se tourna vers la couturière. Elle semblait prête à lui courir après, à hurler, à faire quelque chose… mais elle savait que cela ne servirait à rien, Lothar en était sûr. Tout comme il se doutait qu’elle ne céderait pas à ces tentations trop simples.

« Navré pour ce qui vient de se passer. Je ne tenais pas à vous causer de problème en sortant mon arme de son fourreau. »

Il s’inclina poliment, et détacha sa bourse de sa ceinture. Il en défit les cordons, et commença à y fouiller à la recherche d’un nombre imprécis de pièces de cuivre et d’argent. Puis il braqua ses yeux d’argent vers ceux de la couturière. Ils avaient presque les mêmes, remarqua-t-il. Même si ceux de la jeune femme semblaient capables de rire comme Lothar ne le pouvait plus.

« Combien vous devait-il ? Il est normal que tout travail soit rémunéré à sa juste valeur. »


C’était le moins qu’il puisse faire, rembourser la jeune femme. Cela rappellerait peut-être à la jeune femme que tous les nobles n’étaient pas des outres vaniteuses, imbues de leur propre personne et promptes à jouer de leur influence.
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Message Mer 27 Juil 2011 - 12:18

     Mélissandre marche derrière l'homme avant de se hisser à sa hauteur juste au moment où une silhouette se place sur le chemin du noble. L'attention de la roturière est attirée par ce nouvel arrivant et elle porte ses yeux clairs sur un homme qui se trouve certainement être un chevalier au vu de sa tenue et de son port altier. La jeune couturière coule instinctivement son regard sur la garde de l'arme de l'inconnu qui adopte une attitude visiblement déterminée. Un ennemi de son client ? La jeune femme aurait pu être surprise quelques jours auparavant, mais en constatant que la politesse et le respect ne semblent pas être son fort, plus rien ne l'étonne. Un bref silence se fait alors que Mélissandre ressent l'étrange impression d'être dans une scène qui ne la regarde plus, puis la voix du prétendu chevalier s'élève alors qu'il prend sa défense, à la grande surprise de la rousse. Oh, elle est bien habituée à ce que l'on se montre agréable à son égard, mais elle n'attendait pas une réaction aussi prompt et altruiste, surtout de la part d'un inconnu. Faisant preuve d'une langue acérée, l'inconnu annonce au noble peu scrupuleux que l'esclavagisme est interdit à Westeros, ce qui ne provoque qu'un éclat de rire chez l'originaire des Terres de l'Orage. Mélissandre suit la scène sans vraiment y prendre part, oscillant du regard entre les deux hommes tandis que le noble repousse l'intervention de l'inconnu d'un simple ordre. Tout d'abord tentée d'intervenir pour demander au chevalier de laisser passer l'incident, elle est prise de court lorsqu'il prend lui-même cette décision en libérant le chemin pour que le noble puisse passer en arborant un sourire satisfait sur ses lèvres.

     Les yeux trop limpides de la jeune femme suivent un instant la silhouette du lord qui s'éloigne en direction du port, certainement pour prendre la mer quelques temps, puis son attention se reporte sur l'homme qui lui a apporté son secours quelques instants. Il s'excuse, provoquant une fois de plus la surprise de couturière qui ne peut retenir un sourire amusé. Quelle drôle d'idée de vouloir s'excuser d'avoir fait preuve d'une âme charitable et de ne pas avoir dépassé les limites. Elle hocha la tête avec approbation lorsque l'homme explique sa passivité en déclarant qu'il ne cherchait pas à lui attirer d'ennuis, puis après un rapide salut, décroche sa bourse avant de farfouiller dedans en lui demandant combien le lord lui devait. L'étonnement l'empêche de réagir aussitôt, puis elle se reprend et secoue légèrement la tête en arborant un sourire dont elle ne se départit que rarement. Perdre le sourire c'est perdre sa bonne humeur et risquer de ne plus jamais la retrouver.

     « Oh non messire, je vous en prie, vous en avez déjà fait bien assez en prenant ma défense, je peux déjà m'estimer heureuse qu'il n'ait pas jugé utile de me demander davantage pour mon retard. Bien mal acquit ne paye pas, j'ose espérer qu'il le regrettera tôt ou tard. »

     Il était déjà arrivé que l'on lui demande un autre ouvrage pour excuser le retard, là elle ne perdait que quelques jours de travail, certes ce n'était pas en faisait crédit à tous les clients qu'elle parviendrait à financer son atelier, mais cela arrivait heureusement plus rarement qu'on ne pouvait l'imaginer. Elle ne va pas souhaiter tout les maux du monde à ce « voleur » simplement parce qu'il a fait preuve d'égoïsme et d'irrespect. Il est bien plus amusant de réagir positivement. Mélissandre observe une dernière fois la ruelle empruntée par le lord peu aimable puis hausse légèrement les épaules avant de passer ses mains sur sa robe pour la lisser, un geste tout à fait inutile, mais qui lui occupe généralement l'esprit. Le regard céruléen de la jeune roturière se repose sur le visage du chevalier, il ne fait aucun doute dans son esprit qu'il en soit un, l'observe rapidement pour noter avec surprise qu'il semble arborer un air à la fois bienveillant et pourtant peu joyeux. Un mélange des plus surprenant, habituellement les bonnes âmes aimaient porter secours aux gens dans le besoin, les chevaliers se targuaient toujours de pouvoir sauver n'importe qui. En temps normal, Mélissandre n'était pas assez importante pour que les chevaliers de Port-Réal puissent daigner perdre quelques minutes de leur précieux temps pour elle, les roturières ne servent à rien, les belles dames de la cour sont bien plus intéressantes à sauver. Coupant court à ses pensées, la jeune native du Conflans s'adresse une fois de plus au chevalier, accompagnent le doux d'une légère révérence destinée à le remercier.

     « Je vous remercie de votre gentillesse en tous les cas, je ne vous cache pas ma surprise, habituellement les chevaliers ne traînent pas dans les rues aussi perdues que celle-ci. Et s'ils le font, ils ne perdent pas leur temps à régler les problèmes des roturiers. »
     Un mince sourire se dessine sur ses lèvres, elle ne reproche rien à personne, c'est une habitude ancrée dans son mode de vie, les chevaliers et le nobles vivent un cran au-dessus d'elle et ne peuvent que les piétiner sans les voir. Comme des humains avec des fourmis.
     « Je suis heureuse que vous ayez décider de faire preuve de calme dans votre défense messire, bien peut de chevaliers savent lorsqu'il faut garder l'arme au fourreau, cela m'aurait plus compliqué la vie qu'autre chose en effet, mais cela vous aurait aussi posé problème à vous. Je m'en serais voulu si j'avais été responsable de nouveaux ennuis. »

     Ce serait assez ironique et stupide qu'il se cause des ennuis en cherchant à lui porter secours, la rousse s'en voudrait pendant un bon moment. Bien heureusement elle semble être tombée sur le seul chevalier sensé de Port-Réal, un homme qui parle avant de frapper, une denrée rare par les temps qui courent. Une fois les paroles de remerciement passées, la demoiselle lui accorde un léger regard intrigué, comme elle l'a dit elle-même, il était plutôt étonnant de constater qu'un homme comme lui vient se promener dans les ruelles de Port-Réal. Certes, il y a énormément de marchands, d'artisans et de forgerons dans les environs, mais habituellement les chevaliers préfèrent envoyer leurs écuyers pour faire les basses besognes. D'un ton montrant clairement qu'elle ne cherche pas à se montrer offensante en lui posant de telles questions, la roturière s'adresse une fois de plus au chevalier mystérieux.

     « Cherchez-vous quelqu'un de particulier messire ? Je présume que vous devez être à la recherche d'un artisan pour venir flâner dans les environs. Un forgeron, un tanneur ? Je connais pratiquement tout le monde personnellement, je dois pouvoir vous aider en cas de besoin. »

     Ce n'est nullement parce qu'il a manifesté de la gentillesse à son égard, Mélissandre n'est pas rancunière, elle a toujours du mal à faire preuve de méchanceté envers quelqu'un, ce n'est tout simplement pas dans son caractère. Les Sept savent bien que sa mère, son père ou même Duncan, ont souvent fait preuve d'agacement devant ce trait si particulier de son caractère, tentant vainement de la rendre plus combattive. Il faut des personnes au fort caractère, mais aussi des personnes plus calmes et plus posées pour équilibrer, elle considère simplement que sa mentalité est là pour faire pencher la balance en leur faveur. Une roturière à la langue bien pendue finissait généralement au fond d'un cachot ou dans un caniveau. Constatant à ce moment qu'elle ne s'est pas encore présentée, Mélissandre ouvre les yeux sous le coup de la surprise, peut-être que cette rencontre assez surprenante lui a fait perdre son savoir-vivre. Bien décidée à rattraper sa faute, elle esquisse un nouveau salut accompagné de quelques mots d'excuse, avant de se présenter plus précisément.

     « Je m'excuse messier, j'en oublie les règles de politesse. Je m'appelle Mélissandre, si je puis vous être d'une quelconque aide, n'hésitez pas. »
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Message Ven 29 Juil 2011 - 8:26

La jeune femme mit quelques instants à réagir. Cela pouvait se comprendre. Lothar connaissait Port-Réal, et s’il existait un endroit où la générosité gratuite n’existait pas, c’était bien ici. Il avait toujours fait ce qu’il pouvait pour changer les choses, mais que pouvait un homme seul contre toute une ville ? Ce Lord en avait été le parfait exemple.
Il ne fut pas vraiment surpris que la couturière refuse que Lothar paie à la place du stormien. Elle semblait être une femme honnête, de principes, et surtout de bonne nature. Il était désolant de voir que c’était toujours les personnes comme elle que l’on attaquait. A croire que les hommes étaient tous devenus des lâches, à utiliser le peu d’influence qu’ils possédaient sur des cibles qui n’avaient aucune chance de répliquer, que cela soit par leur caractère ou leur statut.
Lothar se résolut de payer la couturière plus qu’elle ne lui demanderait lorsqu’il lui demanderait de recoudre sa tenue. Ou de lui commander quelque chose dont il n’avait pas forcément besoin. Il existait toujours une façon de payer, même si elle n’était pas directe. Et elle pourrait plus difficilement refuser.
Pour l’instant, il fit mine de se plier à sa volonté et remit sa bourse à sa ceinture.
Aux yeux de Lothar, la jeune femme était naïve. Les hommes mauvais ne payaient jamais. Seuls les justes trinquaient à un moment ou à un autre. Car le chemin qu’ils devaient suivre était plus difficile. Eux ne pouvaient se permettre de fermer les yeux et de passer à autre chose comme ils le désiraient.
Justice, honneur, droiture, telle était l’ancienne devise du Cor de Bâteaurouge. Il ne l’avait pas choisie pour rien.
Mais il se garda de faire part de ses pensées à la jeune femme. Quel en aurait été l’intérêt ? La connaissance et les souvenirs était un fardeau qu’il portait seul, et il ne trouverait jamais quelqu’un avec qui le partager.
Lorsqu’elle le remercia, il lui répondit d’une voix calme et posée :

« J’ai juré de protéger ceux qui en avaient besoin. Je n’aurais pas pu rester en arrière et le regarder faire sans intervenir, même si peu nombreux sont ceux qui auraient fait de même. »

La chevalerie se donne plus facilement qu’un morceau de pain, de nos jours, pensa Lothar. A une époque, voir un chevalier se mêler au peuple n’aurait étonné personne. Et le voir défendre le peuple, encore moins. Qu’est-il arrivé pour que nous tombions si bas ?

Elle sourit. C’était un beau sourire, le sourire de quelqu’un qui voyait la vie du bon côté, dans ce qu’elle avait de beau et de joyeux, quelle que soit la situation. Cela faisait longtemps que le chevalier n’avait pas vu un tel sourire. Et il ne put s’empêcher de sourire aussi. Légèrement, mais c’était un sourire malgré tout.

La couturière était réaliste, et intelligente. Quelqu’un de bien, comme on en croisait peu. Peut-être tirerait-il plus de cette rencontre qu’un morceau de tissu recousu, finalement. Elle ne lui en voulait pas de ne pas avoir tiré l’épée, à une époque où tous préféraient s’en remettre à leur lame qu’à leur bon sens pour régler leurs problèmes. Elle savait que cela aurait été inutile, et leur aurait coûté plus cher que ce que valait cette peau.
Mais il n’aurait pas voulu qu’elle se sente responsable.

« Chaque homme est responsable de ses propres actes. Si j’avais été assez stupide pour tirer mon épée, cela aurait été ma faute. Et celle de ce Lord, si l’on tenait à trouver un fautif ailleurs. Mais vous êtes la victime dans cette affaire, et que vous vous soyez sentie coupable de quoi que ce soit n’aurait pas été approprié, ma dame. »

« Ma dame » était un titre que l’on utilisait surtout lorsque l’on s’adressait à une héritière d’une maison noble, ou à une femme que l’on courtisait. Lothar l’utilisait pour montrer son respect. C’est pour la même raison qu’il s’inclina quelques instants plus tard : s’incliner était une pratique utilisée principalement à la cour, mais Lothar l’utilisait seulement lorsqu’il considérait son interlocuteur comme digne de respect, quel que soit son statut. Toute roturière qu’elle fut, Mélissandre méritait son respect.
Relevant la tête, et croisant les yeux de la jeune femme, il se présenta.

« Je suis Ser Lothar Celtigar, de Pince-Isle. A votre service, ma dame. »


Il rajouta :

« Mais les titres n’ont que peu d’importance à mes yeux, alors appelez-moi comme il vous plaira. »

Il n’avait pas donné son nom de Bâteaurouge. Sa réputation avait peut-être atteint Port-Réal, mais il n’aimait pas en jouer. D’autant que les rumeurs avaient toujours tendance à enjoliver le trait. Il voulait être jugé pour la personne qu’il était, non celle qu’on pensait qu’il pouvait être.

« Quant à ce que je suis venu chercher, je crois que vous vous trouvez devant moi. Un jeune garçon dénommé Pat’-de-Lapin m’a dit que je pourrais trouver une couturière talentueuse du nom de Mélissandre en me dirigeant par ici. »

Le garçon n’aurait sans doute jamais réussi à prononcer le mot « talentueuse », mais il avait au moins indiqué la bonne direction au chevalier. Il avait mérité sa récompense, là où d’autres enfants auraient envoyé Lothar droit dans une maison de joie ou dans une allée où il se serait fait agresser par leurs complices.
Il pointa du doigt en direction de sa ceinture, là où la déchirure dans ses chausses naissait :

« J’ai subi un petit incident en revisitant le quartier. Et j’ai découvert il y a bien longtemps qu’aussi tranchante une épée ou une hache puisse être, elle n’est d’aucun secours quand il s’agit de réparer du tissu. »

Il repensa à la fourure qu’il avait vu dans les mains du noble. Cela semblait être du bon travail. Peut-être allait-il en profiter pour commander quelque chose d’autre. Mais quoi ?
Il se rappela de sa tunique, qu’il avait laissé à Pince-Isle. La tunique qui portait ses armoiries. Peut-être devrait-il s’en faire faire une nouvelle. Cela pourrait donner du courage à certains miliciens, s’ils savaient que le Bâteaurouge combattait avec eux. Ou une nouvelle cape. La sienne était usée, même si elle servait encore bien.
Oui, une nouvelle cape. Cela lui paraissait une bonne idée.
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Message Sam 30 Juil 2011 - 13:50

     Les paroles du chevaliers confortent la jeune femme dans son idée première : seuls les bons chevaliers prennent la peine d'aider les gens dans le besoin, malheureusement bon nombre d'entre eux semblent croire que c'est surtout un bon moyen pour séduire les dames de la cour et trouver une épouse digne de ce nom. Mais Mélissandre ne se plains pas, elle a de quoi vivre et il existe bien moins lotis qu'elle, même si elle est née roturière, elle possède beaucoup plus que bon nombre de ses compatriotes et peut notamment sa targuer de ne devoir obéir à aucun homme qui la traiterait comme une simple poule pondeuse bonne à élever les enfants et s'occuper de la maison. Comme à l'accoutumée, elle ne quitte pas le sourire qui flotte sur ses lèvres, certains disent que c'est le signe d'une naïveté débordante, d'autres moins aimables racontent encore que c'est la manifestation d'un esprit trop simple et pour finir, certains y voient là un optimisme à toute épreuve. Mélissandre considère simplement que la vie lui a toujours joué de bons tours, même si son chemin est quelques fois jonché de petits débris comme cette rencontre plutôt hostile avec son client, elle n'a jamais eu à essuyer de pertes importantes, autant matérielles que familiale. À force de toujours se plaindre et de ne jamais sourire, l'on finissait par oublier comment être heureux. Il suffisait de voir sa mère, même si elle avait toujours été gâtée par la nature avec des enfants en bonne santé, une maison où vivre et de quoi se sustenter, elle avait perdu le sourire à force d'envier le voisin qui possédait plus. La fille n'est pas la mère et la couturière s'efforce donc de prendre la vie du bon côté.

     « Votre comportement vous honore messer, bon nombreux de chevaliers sont conscients de ce que vous dites, mais n'y changent rien et comptent sur leurs compagnons pour le faire à leur place. »

     Nul regret dans sa voix, c'est un fait qu'elle a assimilé depuis longtemps et elle ne va pas se plaindre éternellement du comportement plus que limite de certains possesseurs du titre « ser ». Toujours aussi bienveillant, son interlocuteur tente de la rassurer en déclarant que chaque homme est responsable de ce qui découle de ses actes, c'est une chose qui est bien vraie, mais souvent l'effet papillon déclenche des conséquences inattendues et Mélissandre n'aurait pu s'empêcher de s'en vouloir si elle avait été amenée à apprendre, plus tard, que son mystérieux sauveteur avait écopé de remontrances pour l'avoir défendue. Cela aurait été le meilleur moyen pour dissuader d'autres chevaliers d'agir comme leur rang le leur dictait. Mélissandre sursaute légèrement lorsqu'il s'adressa à elle en usant d'un titre auquel elle ne peut prétendre, la politesse du chevalier la touche, mais la gêne aussi, elle ferait une bien piètre dame avec ses mains abîmées par l'eau, les fils et les aiguilles. Elle imite son interlocuteur alors qu'il lui adresse un salut digne d'une vraie dame, ils doivent avoir l'air bien étranges tous les deux à agir de la sorte dans la rue, on dirait presque une représentation théâtrale avec des acteurs vu au rabais. Elle en dame à l'apparence plutôt passable, lui en chevalier servant aux bottes boueuses. Mais il en faut bien plus que cela pour salir l'honneur d'un homme comme lui visiblement. Il se présente alors avant de lui déclarer qu'elle peut l'appeler comme bon lui semble bien qu'elle ne peut sérieusement envisager d'opter pour autre chose que le titre qui lui sied. Lorsqu'on est élevé dans cette manière d'agir, il est difficile de changer tout à coup.

     Ser Lothar entre alors dans le vif du sujet, expliquant qu'un jeune garçon bien connu de la couturière puisqu'il a déjà eu quelques démêlés avec des victimes à lui, lui a déclaré qu'il pouvait trouver une couturière « talentueuse ». Cette idée accentue le sourire de la rousse qui a du mal à imaginer que l'on puisse parler de talent dans son cas, elle ne fait que piquer du fil, le tirer et le piquer une fois de plus, quelque chose à la portée du premier venu. L'attention de la jeune femme sa porte sur la déchirure qui est effectivement assez visible, aucun doute que c'est tout à fait à sa portée, quelque chose qui ne prendrait vraiment pas longtemps pour une artisane aussi habituée qu'elle. Un léger hochement de tête de sa part avant qu'elle ne réponde d'un ton toujours aussi avenant.

     « Je puis réparer cela sans aucune peine je pense, ce n'est pas trop grand et trop abîmé, le tissu a l'air de très bonne qualité et ne s'est certainement pas effiloché. Je dois certainement avoir du fil qui se rapproche de cette teinte, la réparation ne devrait même pas être visible si je dissimule un peu cela sous la couture. »

     Elle réfléchit à voix haute, une habitude prise avec le temps comme Duncan passait son temps à lui demander ce qu'elle faisait lorsqu'elle allait travailler à la tannerie de son père. Au moins son interlocuteur peut savoir ce qu'elle compte faire et constater par lui-même qu'elle n'avance pas à l'aveuglette. Avant de se lancer dans un ouvrage, la rousse sait toujours ce qu'elle va faire, un plan réglé comme du papier à musique dans son esprit organisé, il restait simplement à agir avec application et respecter le délai qu'elle estimait. Après une légère réflexion, la jeune femme hocha la tête d'un air léger.

     « Je peux effectuer cela rapidement si vous le souhaitez messer. Oh, et je vous en prie, appelez-moi Mélissandre, je ne mérite aucun autre titre et je n'en veux aucun, mon prénom me sied parfaitement. »

     Même si elle sait très bien que le chevalier lui a offert ce titre par gentillesse, elle ne peut s'empêcher de se dire que ce n'est pas le genre de choses que l'on peut donner à une femme aussi commune qu'elle. Mélissandre n'est guère adepte de l'auto-flagellation, elle ne souhaite nullement que l'on lui vante sa beauté ou que l'on désire lui montrer plus de respect qu'elle n'en a besoin, disons simplement qu'elle est parfaitement heureuse dans son rôle de roturière et de couturière et ne souhaite rien de plus. Affreusement heureuse de sa vie bien réglée et sans aucune originalité. Il y a bien assez de personnes qui cherchent à toucher les étoiles, la jeune femme ne peut s'empêcher de se dire qu'il faut aussi des gens capables de rester terre-à-terre et elle préfère donc garder ses rêves pour des choses qu'elle peut réaliser. Sortant de ses pensées, elle secoue légèrement la tête avant de reporter ses yeux trop clairs sur le visage du chevalier.

     « Je ne sais guère où vous séjournez, mais si vous souhaitez que je répare votre accroc tout de suite c'est tout à fait faisable. La fourrure qui vient de partir était ma dernière commande, je pourrais m'en occuper pendant que vous allez vous divertir dans les environs, et vous la ramener à votre auberge lorsque ce sera terminé, de manière à ce que vous ne patientiez pas pour rien ? »

     Ce n'est pas vraiment une première, elle agit souvent de la sorte, bien qu'en général les clients aiment venir récupérer leur commande sur place pour contrôler qu'il n'y a rien à redire et dans le cas éventuel où ça se présenterait, qu'elle puisse effectuer la modification immédiatement. La circulation est assez fluide dans la ruelle, mais discuter au milieu d'une foule n'est pas forcément le plus agréable. Elle avance donc une proposition sur un ton légèrement plus amusé comme si c'était la proposition la plus saugrenue qu'elle puisse faire, ce qui n'est pas vraiment loin du compte au final.

     « Sinon je pourrais toujours vous proposer de patienter ici, même si je ne suis pas d'une compagnie très bavarde, je pourrais régler cela une un petit quart d'heure. Et je vous assure que ce sera réellement un quart d'heure et sans retard. »

     Une référence au fait que l'ancien client avait réagi aussi promptement parce qu'elle avait eu du retard, une simplement plaisanterie pour avoir une raison de plus de sourire.
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Message Lun 1 Aoû 2011 - 10:35

Lothar était impressionné par la philosophie dont faisait preuve la jeune couturière. Il avait par le passé croisé nombre de roturiers, et avait même combattu à leurs côtés. Il avait traversé des villages et partagés des repas avec eux… et rares étaient ceux qui ne se plaignaient pas de l’inaction des chevaliers et des nobles. Tous avaient quelque chose à dire sur le fait que les « ser » et les « messer » n’étaient plus ce qu’ils avaient été, et qu’ils ne protégeaient plus ceux qui en avaient besoin comme ils l’auraient du. Cette couturière les rejoignait sur ce point.
Mais les autres le faisaient avec une certaine colère, une certaine bile dans leurs paroles. Ils étaient frustrés de cette situation, et pensaient que s’en plaindre allait y changer quelque chose, transformer les hommes égoïstes en d’héroïques héros de chansons pour jeune damoiselle. Mélissandre, elle, se contentait d’exprimer un fait comme elle aurait dit que le soleil se levait toujours du même côté, ou que les oiseaux savaient voler. Elle prenait un recul avec cette situation qui dépassait l’entendement, et le respect que le chevalier éprouvait pour elle ne fit qu’augmenter. Il était facile de se plaindre d’un comportement, et de se taire lorsque l’on y faisait face. Il était plus dur de l’accepter comme faisant partie de la vie et de continuer à vivre sans en tenir compte et sans être envahi par l’amertume.
Lothar regrettait de ne pouvoir partager le talent de la jeune femme à prendre du recul. Depuis ce bateau, dans la nuit. Depuis ce son de cor dans l’orage, et le sang qui coulait le long du pont. Depuis cette époque, jamais il n’avait pu prendre de recul sur les injustices de la vie, et la souffrance qui pouvait être provoquée. C’était pour cela qu’il avait pris la route et était devenu un chevalier errant comme il l’était à présent. Pour lutter contre ces injustices, et empêcher les innocents de souffrir pour les pêchés des autres.
Et cette fois, il avait presque l’impression de n’avoir servi à rien. Elle avait refusé les pièces, et le noble n’avait pas payé… et surtout, cela semblait davantage le gêner lui que cela ne lui déplaisait à elle. Cette jeune femme était particulière, mais plus qu’appréciable.
Elle détailla ce qu’elle comptait faire pour réparer le tissu déchiré. L’entendre parler ainsi était agréable : elle semblait perdue dans ses pensées, avoir oublié jusqu’à la présence du chevalier tant elle était perdue dans le travail qu’elle devait accomplir. Seuls les artisans qui aimaient leur métier pouvaient être ainsi pris par un travail aussi basique. Et ces artisans se faisaient aussi rares que les vrais chevaliers, au final. Il avait eu de la chance de tomber sur elle.
Ce qu’elle disait lui semblait tout à fait logique, et il n’aurait eu aucune raison de ne pas lui faire confiance. Il ne demanda d’ailleurs pas les tarifs. Elle ne semblait pas être le genre de personne à facturer un objet au-dessus de sa valeur, au contraire. Il l’aurait presque soupçonnée de ne faire payer que la matière première, avec un surplus à peine suffisant pour en vivre. Il avait déjà décidé de payer plus qu’elle ne lui demanderait, et cette décision ne fit qu’être renforcée par ces dernières pensées.

« Je vous fais une totale confiance quant au choix du fil et au travail accompli, ma dame. »

Elle répondit en l’appelant par son titre, lui disant qu’elle pouvait effecteur le travail rapidement. Il en aurait besoin. Il n’avait aucun moyen de savoir quand la milice partirait et, lorsqu’elle le ferait, il ne tenait pas à se retrouver sur un champ de bataille en braies, ou avec un trou gênant pour ses mouvements dans les chausses. Plus vite elle aurait terminé, mieux il se porterait.
Mais elle ne voulait pas qu’il utilise de titre de noblesse pour s’adresser à elle. Il aurait du le deviner. Elle était le genre de personne qui ne voulait pas rejoindre de position différente de la sienne, qui était satisfaite d’être une roturière sans nom de famille ni titre ou responsabilités. Cela allait bien avec son optimisme et son sourire à toute épreuve, lorsque l’on y réfléchissait. Aussi Lothar, peu désireux de la mettre mal à l’aise, répondit-il en faisant de son mieux pour ne pas la mettre dans cette situation :

« Le plus tôt serait le mieux ma d… Mélissandre. »

Il avait eu du mal. Beaucoup de mal. Les réflexes ne se perdent pas comme ça, après tout.

« Mais si vous aviez d’autres travaux qui vous attendaient, je comprendrais qu’une simple déchirure ne soit pas une priorité. Premier arrivé premier servi, comme on le dit dans la rue. »

Ce dicton était plus souvent utilisé pour parler de nourriture lorsqu’un vendeur passait ou qu’une distribution était faite. D’armes, dans le cas de milices armées : la plupart du temps, les miliciens seraient équipés d’armes et d’armures de seconde main, et il fallait presque se battre pour récupérer une épée sans rouille, ou une armure qui n’était pas déjà tâchée de sang.
Mais il pouvait s’appliquer à tout, lorsque l’on y réfléchissait. Et à cette conversation aussi.
Elle lui répondit qu’elle avait le temps de s’occuper de lui, puisqu’elle n’avait plus de commande en préparation, et lui proposa d’aller faire un tour dans les environs. La perspective ne lui plaisait pas vraiment. Il commençait à se faire tard, et la marche l’avait fatigué. Et puis…

« Me promener en braies dans le quartier me semblerait une idée peu brillante, répondit-il en souriant. Déjà que l’opinion que les gens ont des chevaliers n’est pas très haute, alors si l’un d’eux venait à défiler dans une tenue pareille… »

C’était une simple blague, dans le but de détendre l’atmosphère, et il espérait qu’elle ne le prenne pas mal. Après tout, c’était elle qui lui avait proposé de se promener dans le quartier…

Lorsqu’elle lui proposa de rester ici, il sut de suite qu’il préférerait cette solution. Il apprécia la pointe d’humour qui venait ponctuer la proposition. Malgré la douceur apparente, elle cachait un peu d’acide et de piques. C’était tant mieux.

« Eh bien si cela ne vous dérange pas, rester ici me conviendrait davantage. Et puis, je ne loge pas à l’auberge mais sur mon navire, assez loin d’ici. Je ne vais pas vous faire traverser tout Port-Réal simplement pour me ramener des chausses. »

Il hocha la tête, espérant que cela suffirait à clore l’affaire.

« Auriez-vous encore de la fourrure comme celle que vous avez vendu à cet homme plus à cheval sur les horaires que sur la politesse ? Il me faudrait une nouvelle cape, aux couleurs de mon blason, et j’ai toujours apprécié une bonne couche de fourrure lorsque le vent souffle. »

Il parlait encore affaire. Après tout, s’il restait sur place, parler d’autre chose viendrait peut-être naturellement… mais pour le moment il n’en voyait pas de raison.
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Message Mar 2 Aoû 2011 - 12:00

     Elle esquisse un sourire amusé alors que le chevalier lui répond que ce ne serait pas forcément la meilleure idée de se promener en braies dans un tel quartier, effectivement il marque un point. Les chevaliers ne sont guère appréciés dans un tel endroit, certains les jugent trop pompeux pour s'abaisser au niveau des roturiers et lorsqu'il arrive que certains d'entre eux osent s'approcher suffisamment près du bas peuple, c'est généralement pour épater la galerie ou se plaindre qu'un tel endroit puisse exister. La plupart des personnes qui appartenaient à ce dernier groupe avaient pour habitude de se montrer plus que déplaisants à l'égard des habitants des environs, ils leur rendaient la pareille juste après. C'est un cercle vicieux qui ne fait que renforcer l'aversion des chevaliers pour les petits délinquants des bas-quartiers et inversement. Mélissandre hoche la tête d'un air compréhensif, pour l'intérêt du chevalier - et ce même s'il fait preuve d'une grande gentillesse à l'égard de la couturière - il est préférable qu'il se contente de rester ici. Pour une femme comme elle, une telle rue n'est nullement dangereuse et encore, cela dépend des environs, mais pour quelqu'un issu d'une lignée de chevaliers ou de lords, c'est une autre affaire. Elle s'en voudrait d'être responsable de ses malheurs.

     « Je crois en effet préférable de ne pas trop vous éloigner dans ce cas, surtout avec la nuit qui tombe. J'en oublie des fois que cet endroit n'est pas aussi accueillant pour moi que pour tous mes clients ! »

     « Tu es trop naïve » c'est ce que ne cesse de lui répéter Duncan, Mélissandre ne voit pas le mal partout, mais ce n'est pas pour autant qu'elle ne le voit nulle part, ce serait plus de la stupidité que de la naïveté à cette échelle. La jeune femme hoche alors la tête d'un air approbateur lorsqu'il avance le fait que son navire lui sert de demeure le temps de son voyage à Port-Réal, trouvant très aimable de sa part qu'il ne lui fasse pas traverser la moitié de la ville pour des chausses. Le fait qu'il ne profite pas de quelque chose qu'elle avance comme « normal », lui en disant long, après tout combien de personnes acceptent quelque chose parce que vous le proposez, tout en sachant très bien que cela vous causera plus de problèmes que s'ils refusaient ? Beaucoup trop, mais n'étant pas médisante la couturière ne s'en plaint jamais. Elle lui fait signe de le suivre alors qu'il reprend la parole pour lui parler de la fourrure qu'elle avait utilisée pour la réalisation de la commande du lord, réfléchit un moment alors qu'elle pénètre dans sa demeure suivie par le chevalier. Le temps de traverser le petit couloir pour entrer dans la pièce qui lui sert d'atelier, la rousse se tourne vers le chevalier pour répondre à sa question.

     « L'ouvrage que j'ai réalisé pour ce client était tiré d'une fourrure qu'il avait apportée lui-même, une partie de chasse plutôt chanceuse visiblement. Mais cela dit ce n'est nullement une fourrure rare, mon ami tanneur en a beaucoup de ce genre, je peux sans soucis en trouver une qui vous conviendrait si vous le souhaitez. »

     C'est un très bon plan que d'avoir un ami tanneur lorsqu'on est couturière, surtout lorsque son atelier se trouve si près du sien. Duncan pourrait sans aucune peine lui apporter une bonne dizaine de fourrures qui pourraient être de la même qualité que celle utilisée pour le dernier client, il suffit ensuite de voir ce que le chevalier désire exactement pour qu'il puisse trouver son bonheur. Ils avaient la chance d'être à Port-Réal où les chasseurs étaient légion, Duncan étant un tanneur réputé, il avait énormément de ventes de divers chasseurs. Mélissandre reste persuadée de pouvoir trouver le bonheur du chevalier. Après une brève réflexion, elle inspire légèrement en portant son attention sur une espèce de petite pièce qui doit normalement être utilisée comme débarras, mais qu'elle a tout simplement transformé en une sorte de vestiaire. Cela permet aux clients qui désirent avoir des retouches sur leurs habits, de pouvoir enfiler quelque chose d'autre en attendant qu'elle s'en charge. Bien que n'étant pas riche, la roturière possède quelques chausses et robes - pas de haute qualité évidemment - qu'elle met bien aimablement à la disposition de ses clients. Désignant l'endroit d'un geste de la main, elle reporte son attention sur le chevalier toujours aussi aimable.

     « Si vous désirez pouvoir vous changer, j'ai quelques chausses qui sont là pour cela dans cette pièce, c'est comme vous préférez messer. »

     Elle le laisse prendre sa décision en portant son attention vers le petit établi fraichement rangé. Mélissandre a été fort bien inspirée en décidant de le ranger convenablement le matin même histoire de le rendre présentable. La jeune femme retourne quelques espèces de pelotes, fouillant les différents fils à la recherche de ce qui pourrait bien convenir. Finalement après quelques instants, elle trouve son bonheur, un fil teinté qui lui a pris plusieurs journées de travail. En effet, la couturière teint elle-même ses fils de manière à tenter d'obtenir une couleur unique, certains fils lui avaient laissé de grosses traces colorées sur les doigts pendant plusieurs jours, ce qui lui avait valu les moqueries de son ami par ailleurs. Alors qu'elle commence à préparer le tout, cherchant une aiguille en os qui convient parfaitement à ce genre de tâche, elle reprend la parole sans détourner son attention de son établi.

     « Vous savez, ce jeune garçon qui vous a abîmé votre tenue, il ne pensait certainement pas à mal, mais certains enfants sont battus par leurs parents s'ils ne ramènent pas assez d'argent. Je sais que je ne dois pas approuver leur comportement, mais je ne peux m'empêcher de me dire que ce n'est pas leur faute, mais celle de leurs parents. »

     Pour quelqu'un comme elle, il apparaît logique que des parents se doivent d'élever correctement leurs enfants, elle n'arrive pas à comprendre que certaines familles se déchirent de la sorte. Les parents doivent travailler pour subvenir aux besoins de leurs enfants, ce n'est nullement le contraire qui doit se passer. Combien de fois le cœur de la rousse s'était-t-il serré lorsqu'elle avait vu un enfant de faire brutaliser par un homme qui s'est finalement révélé être son père ? Après avoir préparé le fil et l'aiguille qui allait lui servir, Mélissandre s'interrompt avant de conclure.

     « Si vous le souhaitez, pour votre cape je pourrai vous conduire chez mon ami tanneur, il possède bon nombre de fourrures, vous pourriez faire directement votre choix comme cela. »
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Message Mar 9 Aoû 2011 - 13:13

Lothar hocha la tête, écoutant ce qu’avait à lui dire la couturière, autant sur la nuit qui tombait que sur l’existence de son ami tanneur. Il nota ce qu’elle venait de dire avec intérêt : ce quartier semblait avoir changé depuis la dernière fois qu’il était venu. Des années plus tôt, cet endroit aurait été aussi accueillant avec lui qu’avec n’importe lequel de ses habitants. Il aurait reçu autant de sourires que d’impolitesses, certes, mais de là à penser que le quartier s’était refermé sur lui-même au point de préférer une couturière à un noble qui pourrait peut-être lui donner argent et réputation s’il était bien traité…
Ce n’était pas plus mal, avec le recul. Si le quartier pouvait se débrouiller et vivre par lui-même, en éloigner les nobles et les chevaliers dans le genre de celui qui avait quitté la boutique de Mélissandre ne serait pas plus mal. Même si cela signifierait sans doute une baisse du commerce dans le quartier.
On ne pouvait rien avoir sans perdre quelque chose en retour. Et le quartier s’en rendrait compte par lui-même, s’adapterait, ou mourrait. C’était ainsi pour tout, y compris pour les êtres humains.
Il préféra penser à quelque chose de plus sympathique, réfléchissant plus en détails à la cape qu’il voulait se faire coudre. Une belle cape, qui rappellerait malgré tout au monde que les Celtigar étaient encore une famille riche et puissante, malgré le fait que leur demeure n’était pas aussi prestigieuse que Castral Roc. Et surtout, elle porterait son propre blason, et non celui de sa famille.
Il lui faudrait aussi aller faire sculpter de quoi fermer la cape, une fibule en forme de cor ou de bateau si possible. Cela faisait partie des petits détails que la plupart des gens considéraient comme superflus, mais à la guerre comme ailleurs ce sont les petits détails qui changeaient parfois toute une situation.
Mélissandre pointa vers une petite pièce située dans son atelier. Lothar n’eut pas besoin d’une grande réflexion pour comprendre de quoi il s’agissait, et Mélissandre le lui confirma en disant qu’il pouvait se changer s’il le voulait. Il n’allait pas refuser. Ce n’aurait pas été très décent de se promener en braies devant une jeune femme, le temps qu’elle ne répare sa tenue.
Il hocha la tête, et la remercia :

« Merci pour cette proposition. Je vais me changer de suite. »

Il entra dans la pièce et retira ses chausses après avoir fermé la porte derrière lui. Il observa quelques instants le trou fait par le jeune Pat. Quelques coutures qui ont craqué au moment de l’impact, mais rien de bien grave. Cela aurait pu être plus grave sur un champ de bataille, là où Lothar aurait pu confondre ce craquement avec quelque chose d’autre. Ou là où le craquement aurait pu montrer une faille dans son armure à un lancier doué. Mieux valait que cela soit arrivé maintenant que plus tard, lorsque l’on y réfléchissait.
Il laissa retomber ses chausses à côté de lui et se vêtit d’une autre paire, d’un vert sombre qu’il trouvait assez élégant, et qui ne jurait pas avec le reste de ses vêtements. Les jambes étaient un peu trop courtes pour lui, mais cela n’avait que peu d’importance : non seulement il portait des bottes, mais en plus il ne s’agissait que d’un vêtement de remplacement après tout.
Il referma sa ceinture, la serrant suffisamment pour que le pantalon ne tombe pas, mais la laissant malgré tout suffisamment lâche pour qu’il ne soit pas trop serré, et quitta la pièce. Il portait ses chausses sur le bras avec le même soin que s’il s’était agi d’un symbole de noblesse qui se transmettait de génération en génération dans sa famille.
Mélissandre semblait chercher quelque chose sur son établi lorsqu’elle reprit la parole. Elle prenait la défense de l’enfant qui avait voulu voler la bourse de Lothar. C’était noble de sa part, de voir au-delà des simples logiques de crime et de châtiment qui occupaient l’esprit de la plupart des gens des Sept Couronnes, et encore plus en ces périodes troublées.
Elle semblait presque désolée de prendre ce recul sur les choses. C’était dommage. Le recul était ce qui manquait à la plupart des nobles et des chevaliers, et encore davantage aux roturiers. Il s’agissait de quelque chose dont on pouvait être fier.
Elle considérait que les actions des jeunes étaient causées par leurs parents. Et cela était bien trop souvent vrai, malheureusement. A part lorsqu’ils étaient orphelins, mais là encore, la plupart du temps, un enfant plus vieux devenait un grand frère ou un père de substitution, et c’était sur lui que revenait le blâme des actions des plus jeunes. C’était ce qui manquait dans les quartiers pauvres : une figure d’autorité auprès de laquelle les gens pouvaient se tourner en cas de problème, plutôt qu’une brute qui n’obéissait qu’à la loi du plus fort.
A une époque, Lothar avait été cette figure d’autorité, le Cor de Bateaurouge le suivant et rassemblant autour de lui des hommes de tous les niveaux de la société. Il avait sorti des orphelins du vol, des bandits du massacre, des enfants de la famine…
Mais c’était une époque révolue. Le Cor de Bateaurouge n’était plus.
Il fallait se concentrer sur le présent. Aussi répondit-il à la couturière :

« Je sais que cet enfant ne vole pas par plaisir, n’ayez crainte. Et je lui ai donné de quoi faire plaisir à ses parents lorsqu’il rentrerait avec son butin. S’il a encore des parents. Je préfère savoir qu’il mangera avec de l’argent que je lui ai offert plutôt qu’avec du cuivre volé. Je sais que c’est idiot, mais je me dis que, comme ça, il finira peut-être par choisir un chemin plus honnête pour survivre. »

C’était un espoir naïf, Lothar le savait. Mais c’était une des dernières choses qui lui restaient, l’espoir, et il ne comptait pas l’abandonner comme cela. Ce n’était pas un cerf d’argent qui rendrait le jeune Pat honnête… mais peut-être qu’il pourrait le prendre à son service, lorsqu’il reviendrait. Il n’avait pas d’écuyer, après tout. Et ce petit semblait vif, et rapide. Il lui faudrait un peu de temps pour s’adapter, mais il aurait un travail honnête, l’espoir de devenir un jour un chevalier, et ses parents n’auraient pas à se plaindre, car Lothar leur verserait une pension, en guise de salaire pour leur enfant.
D’un autre côté, les Celtigar ne pouvaient se permettre de prendre n’importe qui comme écuyer. Ils étaient une famille influente, et seuls d’autres nobles pouvaient leur fournir des écuyers qui ne terniraient pas leur réputation.
Au mieux, le jeune Pat pourrait le servir sur Pince-Isle, là où personne ne viendrait le juger sur son nom. Ou plutôt sur son absence de nom.
Mélissandre lui parla à nouveau de sa cape, ce qui ramena Lothar à l’instant présent.

« C’est une excellente idée. Je présume qu’il habite près d’ici ? »
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Message Mar 9 Aoû 2011 - 18:42

Spoiler:
 

     Lorsqu'il revint pour lui tendre ses chausses abîmées, la jeune femme s'en saisit avec délicatesse, mais fermeté, puis elle s'assit derrière son petit établi et attrapa le fil préparé pour l'humidifier rapidement avec sa langue avant de le passer dans le chas de l'aiguille en os. Son attention était dirigée vers ser Lothar qui reprenait la parole en expliquant qu'il savait bien que ce n'était pas la faute du jeune garçon. Mélissandre était rassurée, même si cet homme semblait foncièrement bon, elle ne pouvait s'empêcher de se dire que malgré tout cela, il pouvait avoir une mauvaise opinion de ce quartier à cause de la petite mésaventure qui venait de lui arriver. Oh, un chevalier devait logiquement avoir assisté à bien pire et subit d'autres outrages beaucoup plus dangereux pour sa vie, mais la couturière ne pouvait s'empêcher de se sentir mal à l'idée qu'un homme en voyage ici puisse garder un mauvais souvenir de son passage à Port-Réal parce qu'un enfant avait tenté de lui dérober sa bourse. C'est à ce moment que la rousse se rendit compte qu'elle n'avait pas demandé à ser Lothar s'il avait réussi à sauver son argent, mais étant donné qu'il avait proposé de lui régler la note laissée par le noble des Terres de l'Orage, elle considérait qu'il devait très certainement y être parvenu. Peut-être que les nobles se promenaient avec plusieurs bourses tant ils possédaient d'argent allez savoir ?

     Lorsqu'on était pauvre depuis son enfance, il était plus qu'ardu de comprendre comment les autres vivaient et la rouquine ne pouvait donc pas vraiment savoir comment se comportait les nobles. De plus Mélissandre savait juste que son « sauveteur » providentiel était chevalier, peut-être qu'il était roturier et se trouvait simplement être issu d'une maison de chevaliers fieffés ? C'était peu probable, il devait certainement être d'ascendance noble. Quoi qu'il en soit, la jeune femme fut heureuse de l'entendre déclarer qu'il avait aidé le gamin à rentrer chez lui avec une bonne petite somme. La couturière hocha la tête d'un air approbateur alors que le chevalier déclarait espérer que le jeune garçon allait peut-être opter pour un chemin plus honnête.

     « Je l'espère aussi, malheureusement je crains que ce soit difficile, il n'y a que bien peu de travail pour le nombre d'enfants qui courent dans les rues. De plus, lorsqu'on constate que beaucoup de personnes ne payent pas convenablement les artisans qu'ils emploient, je dois avouer que je doute qu'ils souhaitent délaisser l'argent facile pour se fatiguer à la tâche. »

     Elle soupira légèrement, piquant son aiguille dans le tissu pour commencer son premier passage, puis la jeune femme bloqua le fil de manière à ce qu'il ne s'enlève pas lorsqu'elle tirerait dans l'autre sens. Il était assez ferme et solide pour ne pas effilocher avec le temps, l'eau ou d'autres traitements qu'un chevalier pourrait bien lui infliger. Si ses clients étaient satisfaits de son travail, ils reviendraient, c'était du moins ce que la jeune femme ne pouvait s'empêcher de penser. Il était vrai que beaucoup d'enfants refuseraient de quitter la rue pour devenir l'apprenti d'un tanneur ou d'une couturière alors qu'ils pouvaient gagner le double en volant quelques bourses dans une journée. La voie de la facilité était bien souvent privilégiée aux autres, Mélissandre avait été élevée dans l'idée de travailler dur pour gagner sa vie, mais les enfants de Port-Réal – en grande majorité du moins – semblaient avoir une autre vision des choses. Continuant à coudre, elle s'adressa à ser Lothar.

     « Je pense que s'ils avaient été habitués à travailler dès leur jeunesse, ils seraient peut-être plus enclins à quitter cette vie, mais lorsqu'ils ont passé la majeure partie de leur existence à voler pour vivre, je doute qu'ils puissent changer. Elle réfléchit un instant. Enfin, à moins qu'il ne trouve un maître ou un employeur qui soit capable de les payer ou de les intéresser suffisamment pour qu'ils puissent envisager d'avoir un avenir meilleur que de finir dans le caniveau avec un poignard dans le ventre. »

     Ce n'était guère une vision très agréable des choses, mais il fallait avouer que beaucoup trop d'enfants finissaient de la sorte, combien de fois Mélissandre avait-elle entendu parler d'un enfant qui avait été égorgé dans une ruelle pour avoir volé la mauvaise personne ? Elle secoua doucement la tête, pour elle-même, continuant de coudre rapidement et avec application. Ce n'était pas un travail très difficile, elle aurait aisément pu le faire les yeux fermés, mais pour une raison évidente elle restait concentrée, sans jamais se laisser troubler par un élément extérieur. Après quelques instants de silence, Mélissandre finalisa ses points et coupa le fil à l'aide d'un ciseau spécial puis contrôla les nœuds et les points. Tout était bon, la rousse testa la résistance avant de finalement hocher la tête d'un air satisfait, puis elle se redressa finalement et tendit les chausses réparées à leur propriétaire.

     « Vous pouvez contrôler si cela vous satisfait, ou si vous avez quelque chose à redire. Si ce n'est pas le cas, je vous laisse vous changer une nouvelle fois. »

     Elle se détourna pour commencer à ranger rapidement ses affaires, le temps que le chevalier puisse s'occuper de lui, puis une fois que ce fut fait et que les restes de fils furent placés dans un bol à part, Mélissandre se retourna pour constater que ser Lothar était à nouveau dans la même pièce. La jeune couturière reprit la parole une fois de plus.

     « Ce sont des fils que je tisse et que je colore moi-même, normalement ils devraient tenir à l'eau et aux autres traitements que vous pourrez leur infliger, enfin bien évidemment, sauf à nouveau voleur de bourse ! Elle rigola légèrement. Et pour vous répondre messer, en effet mon ami tanneur habite juste quelques maisons plus loin, je peux vous y mener directement si vous le souhaitez. »

     Comme il n'y avait plus de raisons de traîner ici, elle lui fit signe de la suivre, essuyant machinalement ses mains sur sa robe puis ils sortirent dans la rue et elle ferma rapidement la porte derrière eux avant de commencer à se diriger vers la tannerie de Duncan.

     « Aviez-vous une fourrure particulière en tête ? Un loup ? Quelque chose de plus exotique ? »


Dernière édition par Mélissandre le Lun 15 Aoû 2011 - 17:49, édité 1 fois
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Message Sam 13 Aoû 2011 - 19:25

Lothar hocha la tête lorsqu'elle lui répondit, parlant des enfants, du manque de travail et de l'exploitation que faisaient les plus riches des plus pauvres. Il s'agissait de choses dont il s'était bien rendu compte, des années plus tôt. Et chacun de ses séjours hors de Pince-Isle ne faisait que confirmer cette impression. Rien que ce petit voleur dans Port-Réal, le jeune Pat', et la jeune femme elle-même avec son client des Terres de l'Orage étaient des preuves bien suffisantes de cela.
Pendant quelques instants, le chevalier se demanda si elle faisait d'ailleurs référence à cette situation précise ou non. Après tout, elle en aurait bien le droit. Elle venait de se faire priver de plusieurs heures, voire journées de travail par un simple noble en manque de virilité.
Et il se demanda aussi si cela n'était pas une sorte de remarque préventive qui lui était adressée. Il avait beau être intervenu, cela ne l'empêchait pas de payer ce qu'il devait, aux dernières nouvelles. Peut-être tenait-elle à s'assurer qu'il n'échappe pas à son devoir en utilisant son « sauvetage » comme argument.
Mais il chassa ces deux idées de son esprit. Cela semblait trop fourbe, et pas assez... confiant, de la part de la jeune femme. Elle ne lui semblait pas être le genre de marchand qui se vantait trop de son talent, et qui rappelait subtilement que l'on devrait le payer à la fin malgré tout. Le type de marchand que l'on trouvait trop souvent. Elle avait sans doute dit cela car c'était un fait, un simple fait, et qu'elle tenait à l'exprimer.
C'était ce qu'elle faisait depuis le début, exprimer des faits. Sans les juger, sans les critiquer. Elle les exprimant simplement. C'était là sa différence avec Lothar. Lui les critiquait, tenait absolument à les faire changer, et ce par tous les moyens qu'il lui était possible d'utiliser. C'était pour cela que le Cor avait été créé, et qu'il continuait encore à errer dans les Sept Couronnes.
Elle parla ensuite du fait que les enfants n'étaient plus habitués à travailler depuis leur jeunesse, que voler était désormais quelque chose de normal pour eux, quelque chose qui ne pourrait plus changer. Il trouvait cette vision assez négative. Après tout, il avait croisé des braconniers devenus soldats, des voleurs devenus artisans... Il suffisait d'un bon déclic pour que tout arrive.
Et elle semblait penser la même chose, puisqu'elle parla ensuite d'employer ces enfants, de les payer, de les intéresser à autre chose. Là ils étaient d'accord. Un bon emploi, que ça soit en tant qu'artisan, homme d'armes, écuyer... changeait toujours un enfant. Tout dépendait de son maître, mais au moins il ne restait pas coincé dans la médiocrité et le vol pour survivre. Pour un certain temps.
Respectant la position de la jeune femme, il lui répondit avec honnêteté :

« Il existait à une époque un groupe de soldats qui regroupait tous les volontaires, sans distinction de classe ou de sexe, et les unissait sous la bannière de la justice et de la droiture. Ils prenaient aussi les enfants, si les parents acceptaient. Ils allaient de village en village, pour aider les habitants, mais pas uniquement de façon martiale. Parfois pour aider aux récoltes, à construire des bâtiments... Et sans demander quoi que ce soit en retour, à part un peu de nourriture le temps qu'ils fassent le travail et le temps qu'ils aillent au village suivant. C'étaient de braves hommes. S'ils existaient encore, ils pourraient peut-être aider des habitants du quartier, et de la ville entière, qui sait... Et puis, savoir qu'une milice pareille se promène peut forcer les clients à plus... d'honnêteté, dirons-nous. »

Il haussa les épaules :

« Certes la vie de soldat est plus risquée que celle d'artisan, mais mieux vaut être un honnête soldat qu'être obligé de voler pour vivre. C'est en tous cas mon point de vue. »

Certaines personnes ne pouvaient comprendre un point de vue pareil : il faisait passer l'honneur avant la survie. Cela faisait partie des codes personnels de Lothar. Mieux valait mourir honorablement que de vivre dans la disgrâce. C'était un code que tous les chevaliers appliquaient à une époque. Une époque qui semblait de plus en plus révolue.
Mais elle ne mourrait pas tant que des hommes comme Lothar existaient. Et il savait qu'il y en aurait toujours. Peut-être qu'ils seraient peu nombreux, mais à partir du moment où ils étaient là, que l'honneur était toujours présent, alors la chevalerie avait elle aussi encore un sens.
Il se perdit dans ses pensées, se rappelant de l'époque où lui-même avait été adoubé. Le ser qui lui avait posé la lame sur l'épaule était lui aussi un vrai chevalier. C'était en son honneur que Lothar ne s'était jamais écarté du bon chemin de conduite que le code de chevalerie lui imposait. Ou en tout cas qu'il avait fait de son mieux pour ça.
Jusqu'à la bataille des Champs d'Herberouge...

Le chevalier fut sorti de ses réminiscences par la voix de la couturière. Il n'avait pas compris le début de la phrase, perdu dans ses pensées comme il l'était, mais la fin de celle-ci et le fait que Mélissandre lui tende ses chausses l'avaient quelque peu aidé à comprendre. Il hocha la tête, et se saisit des chausses. Il les observa... et se rendit compte avec plaisir qu'il lui était impossible de savoir où la déchirure avait été faite. C'était du très bon travail. Il tira un peu, afin de tester la résistance du fil... Et cela tenait bien.. Il pourrait sans doute se battre avec. Ce qui était le but.
Alors qu'il était encore en train de l'examiner, Mélissandre reprit la parole. Elle lui expliqua comment était fait le fil, et qu'il résisterait à tout ce qu'il pourrait lui infliger.
Il sourit lorsqu'elle fit référence au voleur de bourse. Cela ne risquait sans doute plus d'arriver. Pas dans ce quartier en tous cas. Sa description devait déjà avoir fait le tour des gamins du coin, et ils savaient qu'il était l'ami de Pat. Peut-être viendraient-ils mendier, mais pas voler.

« C'est du très bon travail », répondit-il.

Elle parla de son confrère tanneur, qui habitait juste à côté. C'était parfait, il pourrait faire d'une pierre deux coups. Lothar lui répliqua qu'il allait se changer, et qu'il serait prêt à la suivre.
Ce qu'il fit.
Une fois de nouveau habillé de ses propres vêtements, il suivit Mélissandre dans la rue, lui offrant son bras, et écoutant ce qu'elle avait à dire sur les fourrures.

« Je n'y ai pas vraiment réfléchi. Il faudrait quelque chose de léger, qui ne me gênerait pas trop lorsque je me battrais. Car les soldats sur le champ de bataille risquent d'être les premiers à voir ma nouvelle tenue... »

Il réfléchit quelques instants, et relança rapidement la conversation, comme il l'aurait fait avec quelqu'un du même rang que lui-même, mais espérant que cela ne serait pas trop indiscret. Il le fit d'ailleurs savoir :

« Si ce n'est pas trop indiscret... qu'est-ce qui vous a mené à Port-Réal? Votre accent semble venir d'une autre région, même si je n'arrive pas à mettre la main sur laquelle précisément. Vous pouvez ne pas me répondre, bien entendu, je trouverais ça parfaitement normal. »

Cela le travaillait depuis qu'il avait entendu sa voix. C'était une jolie voix, mais elle prononçait certains mots d'une façon différente que les autres artisans de Port-Réal.
A une époque, il se vantait (et à juste titre) de pouvoir reconnaître la région de naissance d'un homme à son accent. Mais il n'avait plus autant pratiqué, et il avait beaucoup plus de mal à le faire maintenant... Encore quelque chose qu'il avait perdu lorsque le Cor de Bâteaurouge s'était dissout, et qu'il était retourné sur Pince-Isle.
Arriverait-il un jour où il ne regretterait pas sa décision?

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Message Lun 15 Aoû 2011 - 18:10

     Quelque chose de léger, la jeune femme songea un moment à ce qu'elle pourrait bien lui proposer, plusieurs styles de fourrures pouvaient convenir, en vérité c'était surtout la manière dont l'animal était tué puis dont la peau était traitée, qui donnait le résultat final. Comme la jeune femme connaissait bien le tanneur, elle savait que la marchandise qu'il proposait à ses clients était quelque chose de qualité, bien travaillé et bien traité, le tout dépendait donc du chasseur. Mais Duncan était comme elle, refusant tout simplement d'acquérir quelque chose qui n'était pas un minimum présentable, après tout c'était de sa réputation que dépendrait ses futures ventes, par conséquent il valait bien mieux y mettre le prix et ramener une fourrure digne de ce nom. En somme, Mélissandre ne savait pas vraiment ce qui pourrait l'intéresser, ils aviseraient une fois sur place ! Elle sélectionnerait la plus abordable des fourrures, mais qui resterait parfaite pour une cape digne de ce nom bien évidemment, elle n'était pas du genre à céder la qualité pour le prix.

     La demoiselle fut alors coupée dans ses pensées lorsque le chevalier - très aimable pour lui avoir offert son bras d'ailleurs - lui fit savoir qu'il ne tenait pas à être indiscret, puis posa une question tout à fait normale. Mélissandre n'était pas du genre à s'offusquer pour d'aussi minces détails, après tout elle n'était pas originaire de Port-Réal et ce n'était généralement un secret pour personne. La couturière ne s'en cachait pas, certaines personnes s'y intéressaient, d'autres non, tout dépendait du caractère de chacun. Contrairement aux nobles pour lesquels il n'était guère compliqué d'apprendre leur origine, il était vrai que pour les roturiers qui ne pouvaient pas s'offrir le luxe de posséder autre chose qu'un prénom, la tâche était autrement plus ardue. En somme, la jeune femme ne voyait aucune raison de ne pas répondre à la question de son accompagnateur, toute souriante comme à l'accoutumée, elle lui offrit quelques regards tout en se concentrant sur la rue, lui répondant d'un ton enjoué.

     « Loin d'être indiscrète, je trouve votre question plutôt pertinente. Au moins cela prouve que vous vous intéressez aux gens avec qui vous conversez messer. Cela dit vous avez tout à fait raison, je suis originaire du Conflans, Vivesaigues pour être exacte. Disons que je suis venue ici pour les affaires, mon ami tanneur s'est vu offrir l'opportunité de travailler ici pour un artisan qui désirait céder son affaire. Nous avons grandi ensemble et nous sommes très liés, je me voyais mal le laisser partir aussi simplement. Elle sourit légèrement. Il m'a proposé de l'accompagner de manière à ce que nous puissions partager nos clients, il m'envoie les personnes désireuses de rendre leur fourrure utilisable, quant à moins j'essaye de faire en sorte que mes clients achètent leurs fourrures chez lui. Elle rigola légèrement. Vous en êtes la preuve messer ! »

     Ils faisaient équipe en quelque sorte, bien que ce n'était pas toujours le cas puisque tous les clients de la jeune femme n'avaient pas besoin d'acheter leurs fourrures et inversement. Duncan était un gentil garçon, partageur, bien élevé, un homme comme on en faisait peu, surtout chez les roturiers. Même si ces derniers n'étaient pas des gens peu fréquentables dans tous les cas, la grande majorité des habitants des quartiers pauvres ou moyens de Port-Réal, n'étaient pas aussi galants et serviables que le tanneur. Souvent, pour le charrier, la native du Conflans s'amusait à lui dire qu'il devait avoir été chevalier dans une autre vie, ce qui était fort possible après tout ! Quoi qu'il en soit, Mélissandre savait qu'elle avait de la chance de le connaître et surtout qu'il soit aussi protecteur à son égard, cela lui avait évité pas mal d'ennuis jusqu'à ce jour, sans compter que les hommes de cette qualité se comptaient sur les doigts d'une main. Elle profitait d'être encore « la seule femme de sa vie », bien que leur relation se bornait à une pure amitié dans les deux sens. Une amitié améliorée en une sorte d'amour fraternel pour tout dire. Poussée par sa curiosité, la rousse se permit quelques questions.

     « J'ose me montrer curieuse puisque vous avez lancé les questions, est-ce que vous venez ici pour aider toutes les artisanes de Port-Réal, ou est-ce que c'est la fameuse soif de gloire et de batailles qui pousse les chevaliers à écumer le monde ? Elle ne parlait pas la gloire de manière péjorative, au contraire, Mélissandre avait toujours admiré les chevaliers comme toute jeune fille qui se respecte. Ce doit être formidable de voyager par la mer j'imagine ! »

     Puisqu'il avait parlé d'un bateau, c'était certainement qu'il devait avoir l'habitude de voyager par ce biais, la rousse ne l'avait fait que très peu, pour tout dire jamais, cela ne l'empêchait pas d'admirer les navires qui séjournaient de temps en temps dans les environs. Elle esquiva un jeune garçon qui manqua de lui rentrer dedans en courant, puis ils arrivèrent devant la porte ouverte d'où sortaient des effluves de tannin, cela n'empêchait pas le chevalier de lui répondre, mais le chemin séparant les deux ateliers était très court. Mélissandre pénétra la première et Duncan qui se trouvait là se retourna, laissant une expression de surprise se peindre sur son visage lorsqu'il vit le chevalier derrière elle, mais il se reprit et le salua très poliment avant de continuer son travail d'un air appliqué. Elle lui offrit un sourire puis se retourna vers ser Lothar comme si leur discussion n'avait pas été brièvement interrompue. La jeune femme sentait bien que Duncan jetait des coups d'œil de son côté, il avait la fâcheuse tendance à vouloir trop jouer les protecteurs et cela en devenait parfois ridicule. Elle opta donc pour la solution de l'ignorer en se concentrant sur son client.

     « Pour la fourrure, je dois dire que tout dépend de la matière de base, il y a quelques espèces qui ont effectivement plus de souplesse que d'autres, mais ici je dois dire qu'elles le sont toutes. Le choix dépendra principalement de ce que vous désirez comme résultat final, je pourrai toujours m'arranger pour en utiliser plusieurs si vous désirez plusieurs couleurs. »

     Cela faisait beaucoup de questions d'un coup, le malheureux chevalier allait avoir beaucoup à répondre d'un coup, mais lorsqu'elle était lancée la rousse avait du mal à s'interrompre ! Mélissandre commença à toucher plusieurs fourrures prêtes à l'emploi, déjà tannée, lavées et préparées, ne demandant plus qu'à trouver preneur. Pour le prix, il n'avait pas à s'inquiéter, Mélissandre ne faisait payer que la matière utilisée et par conséquent, s'il fallait acheter plusieurs fourrures pour obtenir un effet de couleur, l'ouvrage ne coûterait pas plus cher que s'il ne s'agissait que d'une seule et même bête. Attendant ses réponses, elle le regarda calmement, un sourire flottant sur ses lèvres fines.
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Message Mer 17 Aoû 2011 - 13:44

Lothar hocha la tête lorsqu’elle lui dit d’où elle venait. Le Conflans, bien entendu. Cet accent était reconnaissable, malgré les quelques traces d’accent des Terres de la Couronne qui venait s’y mêler. Près d’un tiers des hommes du Cor de Bâteaurouge était venu du Conflans. C’était un des accents qu’il connaissait le mieux. Et en y réfléchissant, c’était peut-être pour cela qu’il avait plus facilement fait confiance à la jeune femme. Peut-être qu’inconsciemment elle lui avait rappelé les hommes qui s’étaient battus à ses côtés, et qui étaient morts avec lui à cette époque désormais révolue.
Il sourit en écoutant l’histoire qui la liait au fameux tanneur, celui chez lequel elle le guidait en ce moment-même. Ils avaient en effet l’air proche, il suffisait de voir l’expression qu’elle prenait lorsqu’elle en parlait. Elle lui rappelait sa propre expression lorsque lui-même parlait de Loras, à une époque. Il devait encore en avoir des restes, d’ailleurs. Il avait senti un sourire se former rien qu’en repensant à leur jeunesse commune, aux tournois qu’ils avaient fait ensemble…
La vie de la couturière lui semblait être une vie classique d’artisan de leur époque. Quelqu’un qui voyageait, s’installait ailleurs dans le but d’avoir une meilleure vie, et reprenait ce qu’il avait à faire dans ce nouvel endroit. Changerait-elle encore si on le lui proposait ? Vivrait-elle sur Pince-Isle, avec son ami tanneur ?
C’était peu probable. Un tanneur ne vivrait pas sur une île, aussi grande et riche fût-elle. Il n’y aurait pas assez de matière première.
Il sourit à nouveau lorsqu’elle lui dit qu’il était la preuve vivante de cet arrangement. En effet, il s’était laissé prendre comme un poisson dans des filets, se laissant guider par la couturière chez son ami. D’un autre côté, ce n’était pas comme s’il s’était agi d’une arnaque. Mélissandre était talentueuse, et surtout très gentille. Il ne la voyait pas l’envoyer dans un guet-apens. Et puis, au pire, son épée et sa hache étaient toujours à sa ceinture. Il n’aurait aucune hésitation à s’en servir.

« En effet, je crois qu’on peut dire que votre arrangement fonctionne bien. »

Il affichait toujours un sourire sur son visage, même si celui n’atteignait pas ses yeux. C’était un sourire doux, empli de gentillesse. Un peu paternaliste, diraient certains. Mais nul ne pouvait douter de sa sincérité.
Lorsque cela fut au tour de Mélissandre de poser des questions, Lothar répondit avec autant de sincérité qu’elle l’avait fait. Qui était-il pour lui mentir, elle qui s’était ouverte à lui ?

« J’aide les personnes que je peux, Mélissandre. C’est ce que je dois faire en tant que chevalier. Quant à la soif de gloire et de bataille, je dois reconnaître qu’elle m’a quitté sur les Champs d’Herberouge. »

Ce jour-là, où tant de ses hommes étaient morts sous ses yeux. Où lui-même avait failli connaître la mort aux mains du rebelle Feunoyr. Ce jour-là il avait compris que la gloire n’était qu’éphémère et futile, et que ceux qui la recherchaient étaient voués à mourir jeunes.

« Je suis ce que l’on pourrait appeler un chevalier errant, même si je possède une demeure à moi sur Pince-Isle. Je vais là où l’on a besoin de mon bras pour défendre ceux qui ne peuvent le faire eux-mêmes. Aujourd’hui, je venais m’inscrire pour rejoindre la milice qui nous emmènera lutter contre les Fer-Nés. »

Ces satanés Fer-Nés qui passaient à feu et à sang les villages emplis de personnes innocentes qui ne pouvaient rien faire pour se défendre… Tous étaient aussi horribles les uns que les autres, mais quelques-uns sortaient du lot par leur réputation. Sargon Harloi, porteur de la lame en acier valyrien Crepuscule. Harald Trompe-la-Mort, aussi cruel avec ses hommes qu’avec ses victimes. Et enfin Dagon Greyjoy, le maître des seiches, celui à cause de qui Westeros saignait en ce jour.
Il serra son poing en y repensant, mais les chassa de son esprit pour répondre à la couturière :

« Voyager par la mer est des plus grisants. Je n’ai jamais connu une aussi formidable sensation. Pas plus que je n’ai vu d’aussi beaux paysages que le soleil qui se lève sur une étendue d’eau qui semble infinie… »

Et il avait en effet vu des choses grandioses. Surtout lors du voyage qui l’avait emmené près d’Asshai. Les Cités Libres, les régions proches de l’ancienne Valyria… Il se souviendrait longtemps de ce ciel rouge de sang qui se reflétait sur la mer, des immenses éléphants qui trainaient des chariots le long de l’eau, des tortues géantes qui flottaient le long du navire, se laissant porter par le courant… Tout cela resterait gravé à tout jamais dans sa mémoire. Comme les craquements du navire. Comme le rire de son père.
Il hésita quelques secondes puis rajouta :

« Si vous voulez faire un tour, je peux vous emmener. Que ça soit avant mon départ avec la milice, ou une fois que je serai revenu. »

L’invitation était sincère. Elle était bien gentille, et cela ne serait que la moindre des récompenses que de lui offrir un tour à bord de l’Islesang. Et Lothar aimait partager ce bonheur avec des gens. Avant qu’il soit écuyer, la Crevette venait souvent avec lui lorsqu’il partait en mer. Même Loras s’y adonnait lorsque son devoir lui laissait quelques instants. Sa femme les avait même suivis, une fois. Et malgré le fait qu'elle n'avait pas le pied marin, elle avait reconnu que l'expérience avait été plaisante.
Oui, faire un tour en mer était quelque chose que chaque homme se devait de faire au moins une fois dans sa vie.

« Quant aux couleurs pour ma cape… Un rouge assez sombre, ainsi que de l’argent et de l’ivoire. Les mêmes couleurs que me blason. Je doute qu’il soit possible de rendre ses teintes exactes, mais s’il est possible de faire quelque chose d’assez proche… »


Il savait que certaines fourrures rousses pouvaient tendre vers des couleurs sombres. Quant aux couleurs claires, il existait forcément des animaux qui les portaient, ne serait-ce qu’en hiver.
Mais, même si les Stark répétaient que l’hiver venait, Lothar lui n’en voyait pas la couleur. Et il en sentait encore moins le froid.

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Message Ven 19 Aoû 2011 - 12:18

     Ser Lothar parla d'une soif de gloire depuis longtemps révolue, il semblait effectivement que les chevaliers qui cherchaient à la saisir mouraient bien jeune. Mélissandre n'était pas particulièrement experte en la matière, elle n'avait jamais trop cherché à savoir quel chevalier ne voulait que voir son nom inscrit dans la mémoire des petites gens et des nobles, ou quel chevalier ne vivait que pour aider son prochain. Lorsque l'on naissait roturier, il y avait beaucoup de choses qui ne vous intéressaient pas particulièrement ou qui demandaient trop de temps, Mélissandre était concentrée sur son atelier et sa vie, elle n'avait pas le temps – ni le luxe – de se laisser aller à penser aux chevaliers. Pourtant, la rousse ne fut guère étonnée d'apprendre que cette personne était de la seconde catégorie, son père lui avait souvent dit que lorsque les chevaliers atteignaient un certain âge, c'est qu'ils n'allaient plus courir après des chimères pour se faire un nom. Ser Lothar avait l'air d'avoir les pieds sur terre et de ne pas se soucier de la quête de gloire qui pouvait habiter beaucoup de jeunes gens adoubés. Un sourire se dessina sur les lèvres de la jeune femme, légèrement troublée en apprenant qu'il avait visiblement combattu face aux rebelles, cela n'avait pas dû être une mince affaire et il avait dû beaucoup souffrir. Autant physiquement que mentalement, bien souvent la perte d'amis et d'êtres chers était bien plus rude que de perdre un bras ou une jambe. Enfin, c'était ce qu'on lui avait raconté, la couturière n'avait jamais perdu qui que ce soit de proche et était bien loin de s'en plaindre.

     La discussion continua alors qu'il expliquait être associable à un chevalier errant, ce qui n'était pas franchement glorifiant du point de vue de la grande majorité, mais qui du côté de Mélissandre n'était pas vraiment mauvais. Certes elle connaissait leur réputation, celle qu'ils traînaient depuis que certains d'entre eux s'étaient associés à des reîtres et passaient surtout pour des mercenaires. Ce n'était pas tous les jours que l'on croisait des errants et ce n'était pas sans raisons. Elle fut assez surprise de l'entendre parler des Fer-Nés, connaissant bien leur menace puisque sa région natale était souvent touchée par ces raids. Croisant les doigts mentalement, la rouquine espéra que rien de mal n'arriverait aux gens de sa contrée ainsi qu'aux chevaliers qui venaient la défendre, mais elle n'était pas sotte et se doutait bien que les pertes seraient lourdes des deux côtés.

     Lorsque le chevalier aborda le sujet de la navigation, la jeune femme fut forcée de constater qu'il était visiblement totalement passionné par ce qu'il vivait à bord des navires. Lorsqu'une personne faisait quelque chose qu'elle aimait, il y avait une chose, une aura particulièrement qui se dégageait d'elle, c'était le cas lorsque ser Lothar parlait du fait de naviguer. Même si la couturière était native du Conflans, une région très axée sur la mer, elle n'était pas vraiment passionnée par la navigation, bien que cela l'apaisait souvent d'observer les navires avancer paisiblement sur l'eau. Elle n'avait jamais trop eu le pied marin et les quelques coquilles de noix où elle avait posé les pieds ne lui avaient généralement laissé que d'assez mauvais souvenirs. Mélissandre fut toutefois agréablement surprise en entendant la proposition formulée par son interlocuteur, hésita un bref instant avant de le remercier d'un hochement de la tête.

     « C'est très aimable à vous de me proposer cela, je ne voudrais pas vous déranger, je ne sais même pas si j'ai le pied marin étant donné que les coquilles de noix où j'ai navigué étaient plutôt.... Inconfortables et me laissent de mauvais souvenirs. Elle rigola légèrement. Vous n'êtes pas obligés de vous proposer vous savez, je ne voudrais pas vous causer de désagréments, ne serait-ce même qu'à votre réputation. »

     Ce qu'elle voulait dire par là, c'est que les nobles – qu'ils soient lord ou tout simplement chevalier – ne traînaient généralement pas avec des roturiers, même si cela n'avait pas toujours d'importance pour les personnes qui venaient leur parler, comme par exemple ser Lothar. Disons simplement que Mélissandre savait que de se montrer aimable avec une simple artisane n'était pas toujours très conseillé pour un chevalier qui venait juste d'arriver en ville. Haussant légèrement les épaules, elle se concentra sur les fourrures devant elle alors qu'elle cherchait quelque chose qui pourrait lui permettre d'obtenir la teinte que désirait son client. Un rouge sombre, il existait des renards à la fourrure très rousse qui ressemblait assez à celle de la chevelure de la couturière, une fois teintée elle devenait beaucoup plus sombre. La jeune femme fouilla quelques instants dans le lot avant de finalement en extirper quelques exemplaires. Cela allait de la fourrure de renard à de la fourrure d'ours – plus couteuse mais plus solide d'ailleurs – dont les teintes s'approchaient assez de ce que ser Lothar pouvait désirer. Elle les posa sur la petite table devant elle avant de retourner les peaux pour pouvoir les observer sous toutes les coutures.

     « La fourrure de renard peut se rapprocher de la teinte que vous désirez. Bien évidemment, elle ne sera jamais tout à fait pareille, sans compter que je devrais me débrouiller pour que la couleur ne s'enlève pas avec le temps. Mais je pense que sur cette base, je pourrais obtenir quelque chose qui puisse vous satisfaire. Elle reporta ses yeux clairs sur le visage de son client. Il faudra que je prenne vos mesures pour savoir ce que je dois prendre comme quantité. Ce sera certainement pour porter au-dessus d'une armure j'imagine ? Il me faudra prévoir plus large, puisque de toute manière je doute que vous ne désireriez la porter en été. »

     L'idée – assez saugrenue il fallait l'avouer – l'amusait visiblement beaucoup car elle ne parvint pas à retenir une expression amusée. Bah, après tout une cape n'était jamais parfaitement ajustée, mais Mélissandre mettait un point d'honneur à ce qu'elle soit confortable et ne gêne évidemment pas son porteur. Après tout, s'il était satisfait de ses services peut-être reviendrait-il plus tard qui sait ? Après avoir désigné les fourrures à ser Lothar pour qu'il puisse en vérifier la qualité s'il le souhaitait, elle se renseigna sur un dernier point.

     « Est-ce que vous savez combien de temps est-ce que vous avez avant de devoir prendre à nouveau la mer ? »

     Elle ferait passer la commande du chevalier en priorité de toute manière étant donné qu'elle n'avait plus d'ouvrage urgent pour le moment. Mélissandre se réjouissait déjà à l'idée de pouvoir travailler sur quelque chose d'aussi conséquent, cela la changeait des reprisages et des réparations !


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Message Jeu 25 Aoû 2011 - 14:11

Lothar sourit à la remarque de la jeune femme sur le fait qu’elle n’avait pas le pied marin. Elle faisait allusion à des petits navires, sans aucun doute, ceux dans lequel la moindre vague manquait de vous inonder et de vous retourner. L’Islesang, lui, était un navire sur lequel l’eau n’avait que peu d’emprise, tant il filait à travers les embruns et les vagues tel une flèche du Freuxsanglant. Il était rare d’être malade dessus, à part en pleine tempête, lorsque les vents et les vagues battaient de toutes leurs forces contre le bois et la toile. Mais le chevalier n’insista pas. Cela aurait été malpoli, loin de ses habitudes personnelles. Puis elle répliqua qu’il ne fallait pas qu’il se sente obligé, que sa réputation pourrait subir le contrecoup de cette proposition… Cela ne l’étonna pas particulièrement. Depuis le début, elle semblait presque plus touchée par les problèmes qu’elle pourrait causer au chevalier qu’à ses propres désagréments. Etant donné que Lothar, lui, pensait toujours aux autres avant de penser à lui-même, il la comprenait. Mais cela le forçait donc à ne pas être d’accord avec le fait qu’elle pense à lui au lieu de penser à elle. Et de toutes façons, il n’avait pas grand-chose à perdre, à l’emmener sur son bateau. Rien du tout, en y réfléchissant.
Sa réputation ? Toutes les personnes qui connaissaient son nom et ses armes savaient qu’il s’entourait plus facilement de roturiers et de paysans que de nobles et de chevaliers fieffés, car il préférait leur compagnie et leur franchise aux frasques de la Cour. Ce n’était pas pour rien que le Cor avait été fondé, et qu’au final il n’avait compris que des chevaliers errants et des paysans décidés à s’élever contre les injustices du monde. Non, sa réputation n’avait rien à craindre du fait qu’il fasse venir une couturière à bord. Aucun bruit ne circulerait même sur le fait qu’ils puissent être amants. Le Bateaurouge n’était pas connu pour emmener des femmes avec lui, et certains prétendaient même qu’il évitait leur contact autant que son frère ne le faisait. Non, aucun risque pour sa réputation.
Il se devait donc de lui répondre :

« Cette proposition était sincère, et je ne l’ai nullement fait par obligation. Mais si vous craignez d’être malade, je ne vous forcerai pas. Sachez juste que l’invitation est ouverte, si un jour l’envie vous prend d’essayer… Et ne craignez rien pour ma réputation, ce n’est pas votre présence qui l’entachera. »

Il n’allait pas détailler son histoire à une inconnue. Il avait dit ce qui était nécessaire sur le sujet, et ne voyait pas quoi rajouter de plus, pour le moment en tous cas. Quel en aurait été l’intérêt, de toute façon ? Elle le croirait sans avoir besoin de détails en surenchère. C’était la nature qu’elle lui montrait depuis leur rencontre, et il ne voyait pas de raison de douter que c’était son vrai visage.

La conversation dériva ensuite vers le travail qu’il comptait lui commander. Elle lui parla donc des différents types de fourrure qu’il serait possible d’utiliser pour sa cape, et il écouta avec attention. Il ne s’y connaissait pas beaucoup, mais vivre auprès de chasseurs, de paysans… lui avait forcément donné quelques notions. Et ainsi il put voir le sens de ce que Mélissandre lui disait.
Elle avait de bonnes idées, il fallait le lui reconnaître. Elle connaissait son métier, même s’il n’en avait pas douté jusqu’à présent. Il regretta qu’elle ne soit pas plus connue… mais en un sens ce regret disparut. L’argent et la gloire pouvaient changer un homme, et il ne savait pas comment Mélissandre réagirait si on les lui offrait. Avec un peu de chance, elle ne changerait pas. Mais seuls les Sept pourraient répondre à cette interrogation.
Il répondit aux questions (sensées) qu’elle lui posa, sa voix calme et posée gardant toujours le même ton :

« Oui, je la porterai au-dessus d’un harnois ou, au minimum, d’une cotte de mailles. Mais il se peut que je la porte en été. Après tout, lorsque l’on est sur l’océan, avec le vent et l’eau qui nous battent au visage, le froid est plus mordant qu’il n’y paraitrait. »

Il avait bien connu le large et la mer, et il savait que même en été on pouvait trembler à cause du froid. Par contre, combattre en armure, avec une cape et sur son navire… Seuls peu d’hommes osaient en faire ainsi. S’il passait par-dessus bord, c’en serait fini de lui. Mais les Fer-Nés le faisaient. Et Lothar était le genre d’homme qui n’aimait pas laisser un avantage à ses ennemis s’il pouvait posséder le même. Il combattait donc en armure lourde sur les navires, et peu lui importait de tomber à l’eau. Après tout, les chances de se faire poignarder pendant un abordage était plus élevées que celle de se retrouver au fond de l’océan…
Alors qu’il était perdu dans ses pensées, elle lui montra les fourrures qui correspondaient à ce qu’il désirait. Le chevalier s’en saisit de quelques-unes, afin de tester leur solidité et leur souplesse. De la bonne qualité, sans aucune exception. Ce tanneur semblait être aussi doué dans son métier que la couturière.
Alors qu’il faisait ainsi, elle lui posa une question très pertinente. Quand reprendrait-il la mer ?
Pour être franc, lui-même s’était posé la question. Et personne n’avait pu lui répondre. Seules les rumeurs parlaient de la flotte de Peyredragon, qui devait venir chercher la milice… Mais rien de bien concret.
Il ne pouvait donc répondre clairement à la jeune femme :

« Je l’ignore. J’ignore même quand la milice partira d’ici pour aller défendre nos terres contre les Fer-Nés. Alors dire quand je reprendrais la mer… »

S’il survivait aux combats. Ce qui n’était pas encore sûr, bien au contraire. Les Fer-Nés étaient des adversaires formidables, il le savait, pour les avoir déjà croisés. Ils étaient forts, bien organisés, ne craignaient pas la mort, et la douleur ne les arrêtait pas. Mais il était prêt à prendre le risque. Et aussi à prendre une fourrure, pendant qu’il y était.

« Celle-ci me convient bien. » dit-il en souriant.

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Message Ven 26 Aoû 2011 - 14:57

HP:
 

     Lorsque ser Lothar expliqua qu'il n'y avait nul risque pour sa réputation, Mélissandre hocha la tête en accompagnant le tout d'un léger sourire. C'était une bonne chose, par déduction cela ne pouvait signifier qu'une chose, à savoir que le chevalier n'était pas du genre à ramener des femmes sans cesse sur son bateau. Il fallait avouer que si le contraire avait été vrai, la jeune femme aurait été franchement surprise. Il n'était pas réellement le type d'homme qui avait l'air de tenter de séduire toutes les femmes qui se présentaient à lui, non pas en raison de son physique - puisqu'il restait tout sauf repoussant - mais simplement à cause d'un caractère serviable qui exprimait le fait qu'il ne comptait pas traiter les femmes comme des moins que rien. Aux yeux de la couturière, les hommes capables de collectionner les conquêtes n'étaient rien de plus que des personnes qui ne connaissaient pas le respect. Comment pouvait-on envisager de voir les autres comme des proies à aligner ? La native du Conflans n'avait jamais compris l'intérêt de certains hommes, pour la gente féminine, la fidélité n'était pas une valeur bien à la mode chez les nobles et elle s'en désolait. Au moins cela lui faisait une bonne raison de se réjouir de son statut de roturière ?

     Elle hésita un bref moment, après tout lui-même avait dit ne pas le faire par obligation, sans compter qu'il ajoutait qu'elle ne courait aucun risque de ressentir le mal de mer, Mélissandre ne doutait pas une seule seconde du fait qu'elle pourrait lui faire pleinement confiance. Ser Lothar avait fait preuve de respect et de gentillesse à son égard depuis le début de leur entretien, elle n'avait donc aucune raison valable de douter des paroles qu'il venait de prononcer. Le doute n'était plus présent, si l'homme lui disait cela, sachant qu'il semblait connaître les bateaux comme elle la couture, pour quelle raison ne le croirait-elle pas ? Certainement que de poser le pied sur le pont d'un navire comme le sien n'était pas du tout comparable au fait de « naviguer » sur les coquilles de noix que l'on pouvait trouver pour les roturiers aux moyens aussi peu élevés que la jeune femme. Après cette rapide hésitation, la demoiselle reprit donc la parole d'un ton calme et confiant.

     « Dans ce cas je vous crois sur parle messer, lorsque je viendrai vous livrer votre commande et si vous êtes disponible, je pourrai constater cela. »

     Manière subtile de dire qu'elle acceptait donc avec joie son invitation, seulement elle ne désirait pas faire office de boulet et se plierait au choix qu'il ferait, à comprendre que s'il était occupé le jour où elle venait lui donner sa cape, ils pourraient remettre cela à plus tard. Voir même à jamais s'il devait se presser de s'en-aller après la livraison. Elle ne s'en vexerait nullement.

     Quoi qu'il en soit, le chevalier lui répondit alors, expliquant qu'il comptait principalement la porter au-dessus d'une sorte d'armure plutôt imposante ou d'une cotte de mailles. Elle hocha la tête en fronçant légèrement les sourcils sous le coup de la concentration qu'elle avait pour calculer rapidement le battement qu'elle devrait mettre. Comme il désirait pouvoir la porter aussi sans rien de plus qu'une tunique normale, la jeune femme devait se débrouiller pour ne pas rendre tout cela trop ample. Heureusement il ne s'agissait que d'une cape, la couturière n'aurait donc pas trop de difficultés, ce n'était pas la première fois qu'elle faisait un tel ouvrage après tout. Puis après quelques instants, il déclara ignorer la date de son départ, elle devait donc travailler sérieusement au cas où la date butoir était plus proche que prévu. Enfin, lorsqu'il sélectionna la fourrure qui lui plaisait, Mélissandre hocha une fois de plus la tête avant de répondre.

     « Je vois, je vais donc m'atteler directement à sa confection pour pouvoir vous la livrer dans les plus brefs délais. Je ne tiens pas particulièrement à vous voir partir sans avoir remplis ma part du contrat, sinon je ne serais vraiment pas sérieuse ! Elle faisait une fois de plus référence à son dernier client qui avait eu à essuyer un très léger retard. Je dois pouvoir m'arranger concernant la taille de la cape, heureusement c'est un habit assez facilement modifiable, je vais m'en sortir sans trop de peines. Il ne faut simplement prendre vos mesures rapidement. »

     Cela dit, elle recula légèrement pour le regarder d'un air songeur, passant sa main sous son menton avant de glisser son autre main dans la poche cousue sur son tablier de travail. La rousse en extirpa un long rouleau qu'elle avait fabriqué, il portait des traits destinés à lui signaler combien de longueur de pouce elle devrait découper. La jeune femme avait bien souvent réalisé ses instruments toute seule et il y avait fort à parier qu'un autre couturier aurait du mal à s'en servir ! La native du Conflans s'approcha de ser Lothar, s'excusant rapidement avant de lui demander d'effectuer quelques gestes pour qu'elle puisse obtenir toutes les données nécessaires. La longueur du bras, la largeur des épaules, tout un tas d'informations qui allaient lui servir pour la confection de la cape. Finalement, après quelques instants, la chevalier fut libéré des mains de la couturière qui avait noté toutes les dimensions dans un coin de son esprit. Au début elle avait éprouvé beaucoup de difficultés à trouver comment tout retenir, mais à force, il n'y avait même plus besoin de papier pour tout inscrire, ça venait seul ! Mélissandre rangea son instrument dans sa poche à sa place initiale, puis elle afficha un sourire à l'encontre du chevalier.

     « J'ai tout ce qu'il me faut désormais, je crois que je peux enfin vous libérer ! Je vais prendre les fourrures ce soir et me mettre au travail rapidement, vous devrez l'avoir sous peu normalement. »

     La jeune roturière remercia le chevalier de sa confiance et de sa commande, puis celui-ci s'éloigna alors, certainement pour regagner son bateau à moins qu'il ne décide soudain de porter assistance à quelqu'un d'autre. Mélissandre s'occupa de prendre les peaux, sans que Duncan ne cesse de lui demander où elle pouvait bien avoir déniché un client comme lui. Bien évidemment, elle se fit un plaisir de ne rien dire, ce qui ne fit qu'accentuer l'agacement du tanneur. Finalement, avec les peaux qu'il lui fallait, la couturière remercia son ami, puis après l'avoir payé, s'éloigna pour s'atteler à la tâche plus longue de confectionner cette cape.
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Pour se sentir respectable, il faut respecter les autres ▬ Lothar

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