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Celui qui attend que tout danger soit écarté pour mettre les voiles, ne prendra jamais la mer... [ PV Jace ]

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Message Lun 25 Juil 2011 - 21:53

Ses pas l'avait conduit de nouveau au port, à croire que c'était plus son cœur que son esprit qui commandait à la machine qu'était son corps. Jorah ne se rendit compte de où ses pieds l'avait mené que quand l'odeur de poisson frappa violemment ses narines, tel un coup de poing dans son visage il réalisa de l'endroit où il se trouvait. Le vent qui avait charrié l’infâme odeur souleva ses cheveux, causant un léger frisson, le premier depuis qu'il était arrivé dans cette cité trop chaude et trop odorante. Il se soupçonnait même d'avoir récupéré un peu de l'odeur de l'endroit tellement il en était habitué. Son nez se plissa et son visage prit une teinte amère alors qu'il avançait de nouveau, fendant la foule rassemblée devant les étals de bric et de broc. Alysane avait beau l'avoir rasé une seconde fois, le menton était encore orné d'une ombre noire mais il avait moins de coupures que la première fois, elle avait beau dire qu'elle l'avait fait de nombreuses fois à Jeor, son arrivée ici lui avait fait perdre quelques peu la main.

Il flânait, le nez au vent, enfin façon de parler, il se gardait bien de renifler quoi que ce soit. Il voulait revenir à l'endroit où il avait vu le bateau qui l'avait tant fasciné. Après quelques coudes de coudes, d'exclamations désapprobatrices et de refus à des vendeurs qui voulaient lui vendre la dernière tunique à la mode « que même les Lannister approuvaient », il finit par arriver devant la mer, le soleil brillait et aucune nuage ne venait entacher le bleu du ciel. C'était le bleu de la mer qui lui était constellé de nuages à sa manière. Un sourire naquit sur les lèvres de Jorah. Sa sœur avait beau penser tout ce qu'elle voulait, ces vaisseaux avaient quelque chose de... fascinant.

Des mouettes piaillaient au dessus de sa tête, volant toutes dans la même direction, un point derrière lui, plus au sud, se retournant il se décida à aller voir plus avant. Alysane l'avait laissé sortir seul, elle avait besoin d'aller faire réparer sa hache. Jorah lui avait emmené son armure de cuir chez le forgeron pour qu'il la refasse le matin même. C'était donc harnaché dans une armure refaite a neuf qu'il se dirigeait vers le port. Il contourna le Donjon Rouge, qu'il ne manqua pas de regarder une nouvelle fois, après tout ce n'était pas du tout un bâtiment qu'on ne voyait pas au Nord et qu'il n'était peut être pas prêt de revoir de sitôt si jamais il rentrait sur l'île aux Ours. Le bruit des oiseaux allait croissant alors qu'il approchait du port. Il voyait aussi que des bateaux étaient à quai, désireux de s'approcher plus, il accéléra malgré lui le pas, bousculant encore plus de badauds et causant de ce fait encore plus d'exclamations outrées et énervées.

« Mon poisson ! Qui veut acheter de mon poisson ! Pêché du matin dans la Nera ! »


« Menteur c'est le mien le meilleur ! J'ai aussi des crabes ! Et des... »

Jorah n'écouta pas plus, des conversations comme celles ci, il y en avait bien d'autres dans Port Réal, il se souvint d'une autre mais dans un domaine totalement différent dans le quartier des lanternes rouges, ce qui fit naître un sourire sur le visage de celui ci. Il avança alors que le bruit des mouettes se faisait de plus en plus oppressant, le soleil tapait sur son crâne et lui forçait à plisser les yeux. La chaleur avait toujours le même effet sur sa carcasse, déclenchant une vague de sudation assez forte alors qu'il passait la main dans ses cheveux.

Avançant de quelques pas, il mit sa main en visière afin de mieux voir où il en était, encore quelques mètres et il était près des quais, de nombreux bateaux de formes et de taille les plus diverses étaient amarrés. Il embrassa du regard tous les esquifs qui se trouvaient devant lui. Cela allait de la plus simple coquille de noix, mais qui était tout de même en meilleur état que celle qui faisait la navette entre l'île aux Ours et le continent. De par leurs formes, leurs volumes et leur esthétique extérieure, ils étaient tous différents. Certains avaient des dragons sur le proue, d'autre leur blason, Jorah ne vit nulle part le blason Lannister, à croire qu'ils n'avaient pas de flotte ou alors elle était rangée ailleurs. Il vit un espadon bleu sur fond blanc, reconnut quelques navires de Blancport et une myriade d'autres qu'il était incapable de nommer. Levant les yeux, sentant une douleur naître dans sa nuque, il continua à avancer les yeux plus rivés sur les bateaux que sur ses propres pieds. Les autres personnes l'évitait enfin semblaient l'éviter comme il n'entrait en contact avec aucune masse assez imposante et qui était prompte à la désapprobation. Jorah évita tout de même quelques caisses de poissons qui passaient devant lui portées par des portefaix. Les bateaux rivalisaient en beauté, certains couverts de dorures, d'autres arborant une ancre on ne peut plus ouvragée.

Jorah passa encore quelques minutes à regarder les bateaux, oubliant l'odeur et le bruit ambiant. Imaginant déjà les paysages que les marins a leur bord avaient vus, les périples qu'ils avaient traversés. La vie sur l'île aux Ours semblait si morne à côté de ce qu'il imaginait de la vie de ces hommes. Puis soudain, sans crier gare...

BLAM !


Il venait de heurter violemment une masse douée de vie. Le choc l'avait repoussé quelque peu et avait causé quelques douleurs supplémentaires à sa nuque qui émit un bruit de craquement sonore. Il émit un grognement de protestation doublé d'une injure venant tout droit de l'île aux Ours. Jorah se massa la crâne, relevant la tête et toisant la masse qu'il venait de heurter de plein fouet. La masse en question était un homme, brun, de corpulence égale à la sienne et de taille égale ou alors légèrement supérieure, mais pour le moment il ne pouvait pas savoir, la personne en question était encore repliée sur elle même, digérant le choc. Jorah marmonna quelques mots.

« Pardonnez moi Messire... Je ne vous avait pas vu et pour cause... »


Il se rendit compte du ridicule de sa situation, tout ça parce qu'il avait été emporté par ses propres divagations. Pour une fois que le Maître d'Armes pensait à autre chose que les armes, grand mal lui en avait pris. Son ton baissa encore alors qu'il avouait la cause de son inattention à la victime de cette rencontre impromptue.

« … Je regardais ailleurs. »

Il leva les yeux et toisa l'homme en question qui venait de se redresser et lui faisait maintenant face. Il dépassait en effet Jorah, avait les cheveux mi longs et des yeux qui semblaient être gris foncés, mais comme la couleur était changeante. Il portait une livrée de marin et ne sentait pas l'odeur commune à tous les habitants de Port Réal. Un nouvel arrivant sans doute, Jorah croisa les bras, pinçant les lèvres, attendant que celui ci s'apprête à le réprimander...
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Message Mar 23 Aoû 2011 - 17:46

Jace s'impatientait à l'idée d'être reçu par la Main du roi en personne. Peu se voyait nanti d'un tel honneur, et les événements qui couvraient les côtes occidentales du continent n'étaient certainement pas étrangers à cette faveur. Un séjour dans les alcôves du Donjon rouge n'était d'ailleurs pas de refus, tant le port était empuanti des odeurs du poisson, de l'alcool et de la sueur des catins qui s'y donnaient à un rythme effréné. Le seigneur de la Treille ne s'éloignait guère de son navire, cependant, il avait à cœur certaines petites affaires qui nécessitaient sa présence et sa supervision. La Licorne mouillait paisiblement derrière lui, et sur la planche qui liait le navire au quai, les ouvriers défilaient pour débarquer ou embarquer des marchandises très variées et en provenance des quatre coins de Westeros. Il laissait aux contremaîtres le soin de surveiller l'ensemble, préférant se concentrer sur ces marchandises précieuses qu'il emporterait avec lui jusqu'à la Treille. Il avait dépensé une somme considérable pour garnir ses cales d'un stock d'herbes, de plantes et autres végétaux aux propriétés utiles, tant pour la médecine que pour la cuisine. Il n'avait en la matière qu'une connaissance très relative, et se contentait de suivre les recommandations conjointes de son mestre et du maître cuisinier de sa suite. Aigremoine, salicorne, bourrache, colchique de printemps, millepertuis, jusquiame, cornouiller, callune, gentiane, passiflore, saladelle ou giroflée, Jace entendait bien laisser aux initiés le soin d'en faire l'usage le plus approprié. Il observait les va-et-vient des ouvriers avec une nonchalance qui n'était qu'apparente, faussement intéressé par la discussion graveleuse des deux hommes-en-armes qui l'accompagnaient et servaient le dessein d'assurer sa sécurité. Excès de zèle ou réelle implication, ils s'attachèrent à l'inspection d'une cargaison de marchandises qu'on avait oublié un peu plus loin. Ils demeuraient alertes de tout danger qui pût menacer leur seigneur. Du moins, ils le pensaient.

Malheureusement, tous leurs efforts n'empêchèrent pas cet inconnu à la conduite étonnamment désinvolte de heurter Jace par mégarde et sans qu'ils n'y pussent rien faire. Réagissant immédiatement, les deux hommes firent volte face et leur sang ne fit qu'un tour quand ils découvrirent leur seigneur à terre et face à lui un homme, son agresseur, qui croisait les bras. Ils se précipitèrent sur lui, et de leurs épées qu'ils avaient dégainées sans sommation, menacèrent la gorge pâle du jeune intrus. Jace ne daigna pas réagir, il s'était relevé et jetait un regard inquisiteur sur le personnage qu'il observait avec un intérêt muet.


 « Tout va bien, messire ? »

Jace ne répondit pas immédiatement, il étudiait la physionomie du jeune homme. Plutôt athlétique, d'allure moyenne, il avait l'envergure de ces hommes qui manient les armes quotidiennement, de ces hommes qui font de la guerre leur passe-temps. Il n'était sans doute pas plus âgé que Jace, et rien ne l'aurait distingué d'un autre sinon cet étrange blason que Jace ne reconnut pas tout de suite.

 « Je vais bien. »

Remis du choc, Jace joignit ses mains comme en une prière, les yeux comme perdus dans le vide, mais roulant de gauche et de droite en une expression de parfaite satisfaction. Ce maraud était trop bien habillé pour être l'un de ces va-nus-pieds qui pullulent à Port-Réal, trop propre aussi sans doute. Il était également trop peu habile, trop mauvais pour être un de ces voleurs professionnels dont les exploits creusent le terreau des récits qu'on entend de la bouche des bardes dans les tavernes et les auberges, et que certaines ladies se font conter au lit par leur amant ou un poète spécialement convié pour l'occasion. Jace en avait vu d'autres, et avait été lui-même un de ces vagabonds qui volent pour survivre. Ils connaissaient les techniques, les astuces, les « trucs ». Ce jeune homme regardait ailleurs, vraiment ? D'un regard, Jace intima l'ordre à ses hommes de maintenir en joue l'individu.

 « Tu regardais ailleurs, vraiment ? Piètre voleur, piètre excuse... Je suppose que ta médiocrité s'étend plus loin que ne le laisse supposer ce bel attirail que tu portes... Voyons, ce blason me dit quelque chose...

– Messire, c'est un blason du Nord...

Ah, oui ! Effectivement... Tu portes l'ours de la maison Mormont, n'est-ce pas ? Et cette brisure... Tu es un bâtard, je présume ? Un voleur, un menteur, et un bâtard... Je n'imaginais pas que ta médiocrité s'enracinait jusqu'à tes origines... »


Jace n'avait pas, comme il fut d'usage à travers les royaumes et à toutes les époques, de mépris ni de grief particulier contre les bâtards d'où qu'ils vinssent, étant donné son parcours propre. Toutefois, il espérait qu'à ces mots mouillés d'injures, le jeune homme réagirait de telle sorte qu'il pût en apprendre davantage sur lui. Il était un bâtard, c'était un fait indéniable – personne n'irait porter marque si infamante sans en être frappé réellement. Était-il toutefois un voleur, et un menteur ? Bien qu'il fût sans doute plus simple de conduire le bougre au prévôt le plus proche, ou de le mettre aux fers dans les cales de la Licorne, et plus simple encore de lui trancher la gorge sans plus attendre, Jace n'avait que peu de goût pour ces barbaries grotesques, et ne cherchait pour tout dire que le plaisir d'avoir l'ascendant sur ce pauvre ère qui avait eu la patte boiteuse. Une chance pour lui de s'expliquer, et s'il avérait être effectivement un mauvais voleur... Jace n'aurait que peu de compassion pour lui et fort tristement, une mise à mort tient plus le ventre qu'un emprisonnement.

 « Explique-toi, et sache que je me lasse assez promptement, alors sois convaincant. Et bien sûr, ne tente rien d'inutilement dangereux, tu serais mort avant d'avoir dégainé ton épée. »

Par les Sept, comme la cruauté est agréable quand elle n'est qu'un tissu d'illusions ! Que la menace est excitante quand elle n'est qu'un mensonge ! Au fond de lui, Jace n'avait que faire de savoir les intentions et les motivations de ce pauvre homme. Mais il y avait quelque chose d'amusant à se conduire en seigneur malveillant et légèrement porté sur la violence. Le nordien quitterait le port sain et sauf dans l'heure, assurément, mais Jace, qui souhaitait se divertir un peu, avait également à cœur de satisfaire sa curiosité : qu'est-ce qu'un bâtard de l'île aux Ours faisaient si loin dans le sud ? Quel bon vent l'amenait jusqu'à Port-Réal ?
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Message Mer 24 Aoû 2011 - 0:48

La réponse des hommes du pauvre hère qui venait d'être bousculé ne se fit pas attendre et déjà Jorah se retrouvait avec des lames sous la gorge, sa pomme d'Adam caressait le fil de la lame. L'homme en question, se relevait et Jorah nota qu'il le détaillait attentivement du regard alors que les hommes de celui ci l'interrogèrent sur son état, ce à quoi il répondit qu'il se portait bien. Les yeux de Jorah croisèrent ceux de l'homme alors qu'il le regardait, il soutint son regard pendant quelques secondes avant que celui ci reprenne son inspection. Il sentit son regard sur son blason, il comprit que l'homme cherchait à le reconnaître, en contrepartie, lui faisait de même, l'observant plus avant. Il avait noté qu'on l'avait appelé « Messire » il n'était pas donc un simple marin non, un Lord oui. Jorah craignait d'autant plus pour les remontrances qui allait venir.

Ses yeux se portèrent de nouveau sur sa livrée, sans nul doute un marin donc, mais pas un de ces marins qu'on pouvait croiser sur les quais, enfin, pas un de ceux qui déchargeait les caisses de marchandises, Jorah avait eu le temps d'observer les allées et venues des marins alors qu'il se promenait sur la jetée. Non, il devait sans aucun doute être capitaine d'un navire. Il en avait croisé quand il était venu ici avec Jyanna. Un battement de cils il chassa de son esprit la jeune femme qui demeurait introuvable depuis leur dernière rencontre qui s'était quelque peu éternisée. Puis soudainement, l'homme adopta une nouvelle attitude, ne le quittant pas des yeux toutefois. Il s'adressa à Jorah, le traitant de voleur, d'homme médiocre et se gaussant de son statut par le même coup. Tant et si bien du reste, que le regard de Jorah sur l'homme changea, sa pomme d'Adam s'agita plus rapidement alors que la lame était toujours là. Des étincelles d'un sentiment pouvant s'apparenter d'abord à de la colère allumèrent les deux prunelles sombres, mais quand celui ci s'attaqua à son statut alors ce fut une légère haine qui naquit dans ce même regard.

« Pourrais je au moins savoir quelle est la personne qui distribue aussi rapidement de tels jugements ? »


Il avait reconnu l'Ours, mais à quel point était il au courant de ce qui se passait sur l'île ? Quoiqu'il en soit, suite à cette phrase, l'homme qui tenait l'épée contre sa gorge réprima un grognement de désapprobation et avança un peu plus la lame. Jorah la sentit plus avant contre sa peau. Une lueur de défi s'alluma dans son regard alors qu'il croisait les yeux de l'homme qui venait de porter tant d'offenses à sa personne en si peu de temps. Celui ci continua lui sommant de s'expliquer et de façon rapide, car lui ne le serait pas tant au fait de lui trancher la gorge apparemment. Il ajouta que tenter de se défendre était une cause perdue d'avance, ce que Jorah dut reconnaître à son grand désarroi, le fil de la lame jouant dangereusement avec sa gorge.

Jorah posa le pour et le contre, devait il s'expliquer et risquer de toutes façons de déplaire à ce « seigneur » apparent en ne lui contant pas ce qu'il souhaitait entendre ? Devait il tirer les armes et tenter de se défendre un tant soit peu pour l'affront qui venait de lui être fait ? Après tout, au vu de sa situation actuelle, du dépit qui l'habitait suite au départ de la belle et qui, visiblement, ne pouvait être compensé par son envie d'évasion. Il fallait toutefois être raisonnable, Alysane n'aurait que très peu toléré le fait qu'il passe de vie à trépas aussi rapidement et ce pour avoir bousculé un Lord dans le port. Il choisit donc de se ranger du côté de la raison apparente et répondit malgré lui d'un ton teinté d'arrogance, ne bougeant pas de la position dans laquelle on l'avait mis.

« Je suis un Mormont en effet... Sachez toutefois que je ne suis pas un voleur, même si cela semblait vous plaire, quoique vous eusses raison, j'aurais sûrement été médiocre. »

Les lèvres pincées il continua sur le même ton.

« Quant à mon statut de menteur étant donné que je suis en train de vous donner la vérité, il est grandement remis en cause. Mais cela ne regarde que votre opinion bien entendu, vous ne savez toujours pas si je dis la vérité. »

Ses yeux ne lâchèrent pas ceux de l'homme.

« Si vous connaissez le nom de ma maison, alors n'êtes pas à même de connaître la composition de celle ci je présume... Je suis en effet un bâtard, ma brisure est là pour l'attester. Mais vous semblez observateur, vous avez déjà sans aucun doute quel est mon véritable métier et qui n'est aucunement celui dont vous m'affublez. »

L'homme semblait en effet plus à même des faits qu'il ne le laissait croire. Achevant son monologue de réponse, Jorah termina en ajoutant d'un ton peut être plus vague que les mots qu'il avait prononcé avant cela.

« Et, que cela vous plaise ou non, j'étais effectivement perdu dans mes pensées, aussi acceptez mes excuses pour ne pas avoir daigné m'écarter de votre chemin... »

Il se remémora le tourbillon de pensées qui lui avait traversé l'esprit avant qu'il entre en collision avec celui ci. Un tourbillon qui était à la fois blond et qui avait goût de sel, partagé entre son envie de prendre le large et de se mettre à la recherche de sa douce, Jorah n'avait pas eu l'esprit tranquille depuis le départ de celle ci. Il était venu ici pour se ressourcer quelques peu, mais maintenant, c'était les pieds devants qu'il risquait de quitter la ville. Sa sœur ne lui pardonnerait sûrement pas un tel affront, aussi, si il ne mourrait pas maintenant, c'était elle qui se chargerait de son cas. Jorah réfléchit à comment en quelques jours sa situation avait évoluée du tout au tout, Port Réal était traître et avait chamboulé la plupart de ses projets. Si il avait pensé une seule seconde qu'il se trouverait ici, en cet instant, traversé par de telles pensées et sous le joug d'un homme qui pensait à tord qu'il était un voleur, alors il était sûr qu'il en aurait ri.
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Message Ven 26 Aoû 2011 - 14:29

 « Quelqu'un qui tient peut-être entre ses mains les derniers instants de sa vie. »

Cela n'était certes pas assez pour identifier Jace Redwyne aux yeux du mécréant, mais cette indication capitale suffirait sans doute à le convaincre qu'il n'avait rien à gagner à tenter de jouer au plus malin. D'autres avaient autrefois manœuvré en ce sens, mais c'était peine perdue : si le seigneur de la Treille n'était pas l'intrigant de renom qu'on cite en exemple dans les manuels de stratégie politique, il n'avait pas son pareil pour conduire et dominer n'importe quelle conversation, fût-ce en donnant l'illusion de la faiblesse et du renoncement. Qu'il s'amuse encore à provoquer l'ancien pirate, et son cadavre aux plaies encore béantes ira nourrir les poissons de la rade du port de la capitale. Le jeune homme sembla hésiter un instant, et Jace s'en rassura. Il n'était pas aussi stupide qu'il avait pu le laisser supposer. C'était un bon point que le marin lui accordait de bon cœur et de bonne guerre. Il répondit avec ce qui semblait être une pointe très aiguisée d'arrogance, ce qui fit sourire Jace. Il prétendait ne pas être un voleur et ajoutait qu'il ferait un piètre larron. Jace devait bien le concéder, le bâtard Mormont n'avait rien d'un voleur, lui-même n'y avait jamais cru. Tout était dans l'accoutrement du jeune homme.

À mesure que le bougre s'expliquait, se justifiait et s'excusait, Jace reconnaissait un peu de cette fierté fougueuse propre aux hommes d'armes, et quand bien même celui que Jace appelerait bientôt par son prénom disposait d'un tout autre avis, bien des éléments le rapprochait de l'animal qui ornait son blason. Dans les Cités Libres comme ailleurs, l'ours est l'emblème ou le symbole de la classe guerrière, il est une figure de force brute et de violence. D'autres y voient l'image d'un animal dangereux, incontrôlable et dont la force primitive sublime la bête sauvage. Il vint à l'esprit de Jace que les Mormont étaient les insulaires du Nord, et il lui revint toutes les histoires qu'il avait entendues autrefois, quand il partageait avec les pirates du capitaine Freyarth les histoires et les rumeurs sur les grandes familles de Westeros que les marins savourent avant le prochain abordage. Les Mormont sont une maison de grande importance dans le Nord, et ce malgré la singularité de leur position géographique. Ils avaient la réputation d'être des personnes très indépendantes, qui ne comptent que sur elles-mêmes et ne s'appuient que rarement sur les autres. Bien qu'il fût un bâtard, Jorah avait peut-être hérité de ce que Jace estimait être des qualités.


 « Baissez vos armes. »

Les hommes en armes hésitèrent avant de finalement s'exécuter : la voix de leur maître ne laissait transparaître aucune hésitation ; d'autant qu'un outre le larron semblait de bonne foi. Ils rengainèrent leurs épées. Quelques instants plus tôt, Jace avait perçu dans les yeux de celui qui lui inspirait de plus en plus de sympathies ce que d'aucun appelleraient peut-être l'appel du large, ce qui ne pouvait qu'éveiller en lui un souvenir ému. Comment ne pouvait-il pas le comprendre ? La mer avait tant d'attraits pour l'homme aventureux qui n'a d'allégeance que pour la vie. Tout sort de la mer, tout y retourne. Elle est le sanctuaire des naissances, des transformations et des renaissances. Toujours en mouvement, jamais en repos, elle est le creuset où germent les possibles encore informels et les réalités futures. Elle est l'incertitude du calme et de la tempête, l'incertitude de la vie et de la mort. Chaque voyage en mer est une aventure dont l'issue n'est jamais déterminée à l'avance, et chaque voyage en mer est potentiellement le dernier... La mer couvre de son manteau bleu les monstres les plus terribles, hydres, krakens, léviathans et chimères, c'est de la mer que sont venus les Targaryens et leurs dragons maudits. C'est en mer qu'un homme renaît comme marin, et c'est en mer qu'il périt comme marin. « Ô mer amère, ô mer profonde, quelle est l'heure de tes marées, combien faut-il d'années-secondes à l'homme pour l'homme abjurer ? » Théâtre des victoires, des naufrages, des aventures et des romances que les siècles ont vomi dans l'océan, comment n'être point captivé par les vagues et l'écumes, par le flux et le reflux des eaux bleues qui plongent le cœur de l'homme au plus profond de lui-même ?

Les eaux du Détroit s'étendaient non loin d'eux, apparemment sans limites, et pourtant, elles n'étaient qu'un étroit bras de mer qui reliaient deux océans sans bord. Jace avait le souvenir précieux de la mer d'été, informelle et ténébreuse, bourgeonnante d'une écume salée et bruissante, d'où la terre émerge comme les pierres précieuses d'une ceinture lysienne. Insondable par nature, elle est le coffre infiniment creux de la création : les ruisseaux, les rivières, les fleuves courent des cimes jusqu'à la mer qui les avale et les recrache. Toutes les eaux y confluent sans la remplir, toutes les eaux en sortent sans la vider, voilà pourquoi tout homme un jour va à la mer ! D'un signe de la tête, Jace invita le jeune homme à le suivre, car là où ils se tenaient, ils gênaient la route de deux porteurs dont la cargaison semblait très lourde. Il dirigea ses pas vers le pont de la Licorne où s'affairaient les marins et les ouvriers mais s'interrompit près de la planche à marches qui menait au pont de son navire amiral.


 « Et à quoi pensiez-vous pour ne plus voir où vous marchiez ? »

Jace n'avait pas la réponse exacte, mais il la devinait. De là où ils étaient, ils pouvaient voir le profil de la figure de proue du vaisseau dans toute sa splendeur. La licorne, symbole de puissance, de faste et de pureté. Animal mythique et de bon augure, elle avait fière allure, bien qu'elle ne fut qu'une sculpture peinte sur bois. Il s'agissait d'une licorne blanche d'envergure assez grande. Sa crinière soyeuse volait sur son front et le mouvement semblait faire courir sur son pelage des frissons brillants et flotter sa queue épaisse. L'ensemble exhalait une lumière vibrante et des étincelles semblaient même jaillir des sabots qu'aucun forgeron n'aurait osé ferrer. Noble et majestueuse, elle portait haut la corne terrible où des nervures nacrées s'enroulaient en torsades régulières. L'animal, bien qu'il fût inanimé, était magnifique.


 « Mais je manque à tous mes devoirs. Je suis Jace Redwyne, seigneur de la Treille et capitaine de ce navire, la Licorne. N'est-il pas magnifique ? »

Jace préféra laisser l'inconnu libre de répondre à la question qu'il n'avait pas posé, à savoir : quel était son nom ? Qui était-il ? Il était certes un bâtard Mormont, mais Jace n'en savait pas davantage. Cela n'avait pas vraiment d'importance pour le moment, l'ancien pirate préférait savoir ce qui amenait le jeune homme à Port-Réal, et sur les quais, et connaître ces pensées qui l'avaient absorbé au point de l'arracher à la réalité. N'y avait-il que l'appel du large ? Songeait-il à sa terre natale ? Fuyait-il sa famille ? Courait-il après quelque belle courtisane?
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Message Ven 26 Aoû 2011 - 19:19

La remarque de l'homme fit son chemin dans le cerveau de Jorah. Ainsi donc il était prêt à le tuer là ? Sur le port ? Pour l'avoir bousculé ? Le Mormont déglutit bruyamment, sa gorge frottant de nouveau le fil de la lame sur sa gorge. Ses yeux n'avaient pas quitté ceux de Jace. Finalement, Jorah ne se sentait pas prêt à laisser la vie ici. Un sourire naquit sur les lèvres de l'inconnu alors qu'il était en train de lui répondre, était il en train de se gausser de lui ? Mais une chose était sûre, au fur et à mesure qu'il parlait, le regard de l'homme sur lui changeait, pas de façons énormément perceptible certes, mais qui pouvait être subtilement relevée. Changement qui semblait poindre en la faveur de Jorah quand l'homme demanda à ses gardes de baisser leurs armes.

Il nota toutefois l'hésitation de ceux ci avant de finalement libérer la gorge du Nordien. La main de Jorah passa sur sa gorge, comme pour constater qu'elle était encore là. Il exhala un peu plus fortement son dernier soupir, dû aussi bien à la chaleur ambiante qu'au soulagement d'être en un seul morceau pour le moment. Se rendant compte de son attitude, il se racla la gorge et reprit une position normale, son regard trouvant de nouveau les yeux de l'homme. Le regard de Jorah changea alors qu'il murmurait d'une voix dénuée d'arrogance à l'adresse de ce fameux inconnu. Il fallait parfois s'habiller d'humilité devant une situation.

« Merci... »

Se faisant, l'homme lui fit le signe de le suivre, et pour cause, ils empêchaient le déroulement des choses normales sur le port. Jorah replaça ses armes dans son dos, dans le feu de l'action elles avaient quelque peu glissé, et emboîta le pas qu'on lui demandait de suivre. Faisait il bien ? Seul l'avenir le dirait. Alors qu'ils marchaient dans un port grouillant de personnes, Jorah réussit à esquiver quelques personnes mais échangea également de forts coups d'épaule avec certains autres. L'homme lui demanda ce qui avait tant retenu son attention pour qu'il en oublie le monde extérieur. Jorah qui le suivait mais qui ne voyait que son dos, ne le lâchait pas des yeux alors qu'il songeait à ce qu'il allait lui répondre.

« Des choses et d'autre... Je ne suis pas aussi souvent plongé dans mes pensées vous savez. »

Il ne voulait pas lui donner l'impression d'avoir trop tourné et retourné sa réponse qui plus est, il voulait bien montrer qu'il n'était pas la plupart du temps comme ça, sinon il en serait fait de sa réputation au combat. Toutefois, repenser à cela lui remémora le départ de la belle, ce qui laissa une ombre fugace passer sur son visage. Il était temps pour lui de passer à autre chose, cet échec ne devait pas être réitéré. Sa mâchoire se contracta et il remercia l'homme en question de ne pas voir son faciès à ce moment présent. Jorah lorgna ses pieds un instant mais quand il leva les yeux.

« Par les dieux... »

Il venait de s'arrêter, en effet, un éclat doré avait brillé dans sa pupille, lui faisant plisser les yeux et chercher la cause de cet éclat. Et quand il la vit, force avait été pour lui de s'arrêter. Ses yeux qui étaient plissés l'instant d'avant étaient maintenant écarquillés devant ce qu'il voyait. Des hommes qui effectuaient leurs taches le bousculèrent dans des grognements énervés mais il n'en avait cure. Une seule phrase naquit de sa bouche, déjà figée dans un sourire d'enfant, presque émerveillé.

« … C'est magnifique. »

Il se demandait pourquoi il ne l'avait pas remarqué avant, et pourquoi, maintenant qu'elle était là, il ne voyait qu'elle. L'animal semblait si réel, la personne qui l'avait sculptée semblait posséder un réel talent et un souci du réalisme omniprésent, même si l'animal était issu de légendes. Si il fallait du doré pour remplacer la blondeur de la ménestrelle, alors il venait de la trouver. Ses yeux parcoururent tout de même le reste du navire, pour constater qu'il n'y avait pas que la proue qui avait été travaillée. Sa bouche demeurée ouverte se referma alors que l'homme était en train de lui annoncer qui il était.

Lord Redwyne... Seigneur de la Treille, une région pour le moins éloignée de celle de Jorah mais dont il avait entendu les échos par son passé. Lord Jeor avait mentionné qu'il avait traversé le Bief au cours de ses campagnes avec le roi. Il avait longtemps décrit à Jorah cette région, si différente du Nord, verte luxuriante et couverte de champs à perte de vue. Jeor avait mentionné La Treille, endroit d'où venait cet excellent vin qui lui faisait passer sa langue sur ses lèvres, mais fait important également, lors d'une chasse, Jeor avait mentionné que sa mère était une paysanne de cette région. De ce fait, Lord Redwyne avait tout pour éveiller l'intérêt de Jorah en cet instant.

L'intérêt alla croissant quand Jace désigna le bateau dont il était le capitaine, le fameux bateau, « la Licorne » qui avait happé son regard. Alors qu'il lui demandait son avis sur l'esthétique Jorah ne put s'empêcher d’acquiescer et de murmurer d'une voix sourde.

« Magnifique est un doux euphémisme Lord Redwyne. »


Maintenant qu'il venait de se présenter, Jorah, fort de ses cours de courtoisie imposés par Lady Jorelle -qui ne souhaitait pas qu'on reproche au bâtard de son mari d'être pour le moins mal élevé-, frappa du poing son torse alors qu'il inclinait la tête, signe de salutation à un plus haut gradé que soi dans le Nord.

« Je me nomme Jorah, Bâtard de Jeor Mormont et son Maître d'Armes. »

Après tout des trois informations qu'il venait de lui donner, Lord Redwyne en connaissait déjà sûrement deux ou plutôt il les avait déduites, Jorah n'en avait aucun doute. Ses yeux se portèrent de nouveau sur le bateau, il ne pouvait s'en détacher. Si le miel attirait les guêpes alors cet esquif semblait avoir une attraction sur Jorah. Pourquoi ? Il ne savait pas. Il y en avait tellement d'autres qui mouillaient dans ce port tous les jours. Décrochant ses yeux de la figure de proue, son regard vint de nouveau sur Lord Redwyne alors qu'il croisait les bras, faisant crisser armes et armure. Un sourire naquit sur ses lèvres.

« Vous devez être fier de posséder un tel navire Lord Redwyne. »
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Message Mar 30 Aoû 2011 - 2:50

 « Je suis surtout fier qu'on ait eu un jour assez d'estime à mon égard pour m'en confier le commandement. »

Ce disant, les images de Theeg et du capitaine Freyarth lui revinrent, plus émouvant encore, comme l'hirondelle triomphant de l'hiver de la mémoire pour annoncer le printemps du souvenir. Songeant avec une amertume heureuse à ces jeunes années passées à briquer le pont du navire de Freyarth, il lui prit l'envie de rebrousser chemin sur les sentiers du temps pour redevenir l'enfant qu'il était et qui devint un homme en répondant de tout son corps et de toute son âme à l'irrésistible appel du large.

 « Vous pouvez me suivre sur le pont principal, si vous voulez. Profitez-en, bientôt le navire aura quitté le port, et vous ne le verrez probablement plus dans les eaux de la baie de la Néra avant des lunes... »

Nul doute que Jorah le suivrait jusqu'à bord du navire. Sur le pont, une petite foule s'affairait autour des et des autres, autour des marchandises et des grééments. Jace s'approcha d'un petit groupe dont la discussion semblait très agitée. À son approche, une femme s'en détacha pour l’interpeller.

 « Jace, ta venue est l’œuvre des Sept, tu pourras peut-être rendre la raison à ces imbéciles. »

Une clameur protestataire s'éleva du petit groupe. Jayne avait encore frappé quelques membres de l'équipage des foudres de son caractère orageux. Ses cheveux clairs aux reflets mordorés glissaient sur ses épaules couvertes de l'étoffe de la robe magnifique qu'elle portait : mille nuances de vert s'en disputaient la couleur, et pour l’œil avisé, on pouvait distinguer, entrelacés dans les coutures, des rubans de brocart tressés d'or, constitués d'une suite de motifs à l'effigie du blason la Treille. Femme d'une beauté envoûtante, à l'image de son jumeau, elle était de ces créatures liées à l'âme du monde, aux premières forces élémentales et sans doute à travers elle l'homme communiquerait avec elle... Jayne n'était pas qu'une femme émancipée, ni même rendue mâle, elle était une figure de l'éternel féminin, l'avenir de l'homme. Jayne était de ces femmes capables d'éprouver et de transmettre des torrents d'émotions. Il n'y avait rien d'étonnant, dans le fond, à ce qu'à son âge, elle demeura encore célibataire. Il y avait en elle la trace la plus évidente de la résistence à la domination par l'exaltation de la libre expérience, mais aussi la source d'un grand potentiel affectif et une énergie éminemment apte à se cultiver, à s'enrichir d'innombrables nuances de plus en plus spiritualisées. Féminin authentique et pur, force lumineuse et chaste, porteuse d'un courage et d'un idéal de bonté, malgré le noir passé qu'elle traînait derrière elle, Jayne gardait cette face attractive et unitive de l'être, cette présence universelle et son inexorable sourire. Elle demeurait une Redwyne.

 « Ma lady, je vous en conjure, laissez-nous faire ce pourquoi votre frère paie nos gages... De grâce, messire, raisonnez votre sœur... »

Loin de la silhouette gracile de Jayne, l'apparence du vieillard qui avait pris la parole à sa suite le donnait comme proche de la tombe. Si la vieillesse est un signe de sagesse et de vertu, si les Cités libres honorent depuis toujours les anciens, c'est qu'elle est la préfiguration de la longévité, un long acquis d'expérience et de réflexion, laquelle n'est qu'une image imparfaite de l'immortalité. La légende raconte que les plus sages des patriciens de Myr naissent avec des cheveux blancs, sous l'aspect d'un vieillard. Renald, surintendant de la maison Redwyne, avait succédé, au service des seigneurs de la Treille, à Flemen Marryl, pour avoir été recommandé par les seuls des notables de la Treille à n'avoir jamais ployé le genoux sous le joug du complot de la désormais éteinte maison Marryl, ces marchands ambitieux qui avaient empoisonné durablement Garth Redwyne, le père des jumeaux Jace et Jayne. Renald était l'un des rares à connaître la véritable histoire, et l'un des rares à se permettre de donner ouvertement son avis au suzerain de l'île. Il avait acquis ce droit par l'honneur et le mérite, car il n'y avait pas meilleur financier que lui dans tout le Bief.

Renald n'avait d'affinités qu'avec les chiffres, jamais il n'avait pris ni une épouse, ni les armes. Jayne avait l'esprit pratique, mais Jace doutait qu'aucune personne sur son navire pût avoir un meilleur avis que le vieil homme sur une question de gestion ou d'organisation. Amicalement, et pour apaiser sa colère, Jace posa une main caline sur l'épaule de sa jumelle.


 « Du calme, ma sœur, nous avons un invité. Nous discuterons de votre problème plus tard. Saluez s'il vous plaît Jorah, qui nous arrive de l'île aux Ours.  »

Jace, sans considération pour les requêtes de ses proches, présenta tour à tour les membres du petit groupe. Jayne qu'il présenta comme sa jumelle, Renald, qu'il présenta comme son intendant, mais également Lorell, qu'il présenta comme le successeur potentiel du précédent, et ses deux frères, Axell, l'aîné, et Lancell, le cadet. Jace ajouta, s'adressant directement à Jorah.

 « Vois comme Lorell, l'entre-deux ou l'entrecôte comme je l'appelle, fait pâle figure à côté de ses frères, deux chevaliers qui donneraient leur vie pour nos coteaux et nos vignobles. Mais méfie-toi, s'il est gras comme l'était Aegon l'Indigne, il n'en demeure pas moins très fin dès qu'il s'agit de distinguer le bon grain de l'ivraie. On peut toutefois regretter son goût pour la femme d'autrui...

– Regarder n'est pas goûter, messire.

J'oublie de préciser qu'il se sert de sa langue comme de la plus dangereuse des lames. Toute le contraire de ses deux frères, que je m'honore de considérer comme deux chevaliers accomplis et dévoués à mon service,
ajouta Jace à l'attention des deux autres avec un sourire franc et convivial, comme s'il parlait d'un membre de sa famille.

– Sire, l'honneur est pour nous. C'est grande joie de nous battre au service de la Treille et de votre seigneurie.

Allons, Axell, inutile de verser dans un discours ronflant, il n'y a personne à impressionner. Voyez-vous, Jorah, en plus d'être un épéiste dangereux, l'aîné de cette fratrie est également un lettré et un poète. Tiens, Axell, pourquoi ne nous honores-tu pas d'une de tes dernières compositions ? Je n'ai pas ma flûte sur moi pour t'accompagner, mais la musique de tes vers suffira pour nos oreilles profanes. »


Axell, pourtant un homme d'âge avancé, rosit jusqu'aux oreilles à l'idée de réciter un poème de sa composition, mais ne versa pas dans une modestie pudibonde et mal placée. Cette discussion pouvait sembler peu formelle au visiteur, peu conventionnelle. Peut-être avait-il espéré ou s'attendait-il, de la part d'un seigneur aussi important que lord Redwyne dans le Bief, à une sorte de décorum très guindé, très officiel, à une visite en règle du navire dans une procession solennelle. Rien de tout cela n'était du goût de Jace qui, sur son navire, se considérait comme le chef d'une grande famille où chacun avait droit à la parole. Il avait importé ce mode de fonctionnement de son expérience chez les pirates, c'était évident et, curieusement, les marins sous ses ordres, ses gens et même sa sœur, qui pour la plupart ignoraient tout du passé de Jace, l'en remerciaient.

« La nuit couvre les cieux ! Quel funeste ravage ! Vaste empire des mers où triomphent l'horreur, vous êtes la terrible image du trouble de mon cœur. Des vents impétueux vous éprouvez la rage, d'un juste désespoir j'éprouve la fureur ! »

Un silence suivit l'interprétation d'Axell qui, d'un regard étrangement angoissé, guettait l'approbation de son suzerain. Du reste, tout le monde se taisait en ce sens.

« Je persiste à dire qu'il faudrait de la musique pour chacun de tes poèmes. Tu as un réel talent, Axell, et je ne suis pas juste flatteur, je suis aussi sincère.

– Merci messire
, répondit Axell dont le trouble était perceptible.

Allons, allons, remets toi, mon ami, je ne suis pas ton père et tu sais ta valeur. Voyez, Jorah, c'est bien ce qui caractérise le chevalier Axell. S'il est un guerrier valeureux, il n'en demeure pas moins un esprit sensible, et susceptible : le venin déroute, et le miel le chatouille. Tout le contraire du petit dernier de la famille, en vérité ! Lancell est une vraie bête, et meilleur à la masse qu'à l'épée. C'est un sanguin qui se presse autant à la bagarre qu'au bordel. Allons, ne me regarde pas ainsi, tu sais bien que c'est vrai et que c'est ce qui fait ton charme, que serait notre équipage sans son barbare hyperactif? »


Jace, content de lui, avait obtenu ce qu'il souhaitait. Observant Jorah, qui demeurait respectueusement silencieux, il s'imaginait que si le jeune homme avait effectivement éprouvé comme il le pressentait l'appel du large, il le découvrirait dans les instants qui suivraient, car le jeune homme ne pourrait dissimuler l'admiration enthousiaste et la fascination nouvelle qu'exercerait sur lui cette tranche de vie de marin que Jace, habile et de bonne foi, déroulait devant ses yeux. Sans le savoir, Jayne, Renald et les trois frères devenaient les pantins qu'il agitait devant le bâtard Mormont pour mieux le comprendre et le découvrir. Où bien n'était-ce que d'une intention charitable et bienveillante que Jace partageait ces moments avec le maître d'armes de l'île aux ours ? Qui aurait pu le dire, sinon lui ? S'adressant directement à Jorah, il lui dit avec légéreté.

 « Si vous voulez toujours visiter le navire, suivez-moi. Quant à vous cinq, venez, vous m'expliquerez votre problème en même temps. Considérons cela comme une inspection générale du navire ! »

Jace dirigea Jorah vers le gaillard arrière, dans le château de bois et de planches qui abritaient les quartiers du capitaine, suivi de près par Jayne et Renald qui lui exposèrent brièvement le sujet de leur discorde. Une vague histoire d'inventaire qui n'avait pas grand intérêt. L'arche voilée d'un épais rideau qui ouvrait sur l'intérieur du gaillard arrière était assez large pour trahir la grandeur de la première pièce de la visite. Il s'agissait d'une sorte de salle de travail. En son centre était installée une grande table ronde couverte de plumes, d'encrier, de cartes et d'instruments de cartographie en tout genre. Autour de la table, quelques fauteuils, quelques chaises, quelques tabourets. Contre les murs, des coffres, quelques bibliothèques, d'autres coffres, des caisses, d'autres caisses, des supports où l'on voyait des épées et des sabres, un mannequin portant une tenue complète de chevalier et, non loin, une tapisserie représentant la demeure ancestrale des Redwyne surplombant Port-Ryam, port principal de l'île de la Treille.

 « Voici plus ou moins mes quartiers, j'y passe le plus clair de mon temps. Ici, on décide de tout ce qui a trait à la navigation. Enfin, je décide, naturellement. Et quand la flotte Redwyne part à la guère et que la Licorne la mène, c'est ici que je dresse mon camp, si je puis dire. Si vous avez des questions, n'hésitez pas. Je pourrais parler de ce bateau pendant des heures, alors si j'ai eu raison de croire que ces choses-là vous intéressent, Jorah, n'hésitez pas.  »

C'était là toute la subtilité de Jace. Derrière cette façade généreuse et presque bonhomme, il y avait cette curiosité qui le poussait à tout mettre en œuvre pour en apprendre davantage sur Jorah, ce bâtard venu de si loin au nord. Tout de même, n'y avait-il pas quelque risque à lui donner accès au vaisseau amiral de la flotte Redwyne ? N'aurait-on pas dû, au moins, dissimuler les cartes et les document éparpillés sur la table ? Peut-être, et peut-être même que Jayne, Renald et les autres y songeaient, quoiqu'ils fussent à cinq pris dans les méandres d'une discussion pour déterminer quelle arme, de l'épée ou de la masse, était la meilleure. Mais leur confiance en Jace était telle qu'ils n'éprouvaient jamais aucun doute à propos de la justesse de ses décisions. Du reste leur intérêt était ailleurs, comme en témoigna cette question d'Axell qui, comme tous les autres, n'avait pas manqué de remarquer l'accoutrement très singulier du visiteur.

 « Et vous, qu'en pensez-vous ? Une bonne épée vaudra toujours mieux qu'une masse, n'est-ce pas ?

– Ne l'influence pas, Axell !
rétorqua Lancell, dont l'affinité pour les armes contondantes était presque organique. »
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Message Mar 30 Aoû 2011 - 7:46

Jace proposa à Jorah de monter sur le pont du navire pour qu'il puisse pleinement l'apprécier et souligna quelque chose d'important aux yeux du Mormont : il n'allait pas tarder à faire voile vers de nouveaux horizons. Alors qu'il montait sur la planche pour rejoindre le pont, il se sentait au moins aussi pataud qu'un ours à qui on tentait d'apprendre à danser, son armure qui était certes de cuir, mais qui ne permettait pas une grand liberté de mouvements ainsi que ses armes harnachées dans son dos qui le déséquilibrait quelque peu. La planche avait beau être large, il se déplaçait lentement et avec minutie, il n'avait pas envie de choir dans l'eau sous les yeux de Lord Redwyne, cela aurait été une bien piètre image du Nord qu'il aurait donné alors, prouvant une bonne fois pour toutes qu'ils n'avaient pas le pied marin. C'est donc avec une extrème concentration qu'il avançait pas à pas, Lord Redwyne l'ayant précédé et qui avait l'air de s'entretenir avec bruit à propos de quelque chose avec une personne de la gent féminine.

Alors qu'il arrivait au bout de ses peines, il put embrasser du regard le pont et voir ainsi ce qui se passait. L'échange entre les deux personnes n'avait pas faibli, Jorah remarqua qu'il étaient même tout un groupe maintenant, chose qu'il n'avait pas remarquée au premier abord. Il rejoint Jace qui avait pris par à la conversation, il semblait que la Lady était en conflit avec les hommes sur le bateau. Pendant qu'il débattaient, Jorah détaillait des yeux la jeune femme, il fut frappé de sa ressemblance avec Lord Redwyne, sa sœur certes, mais plus que cela à ne point douter. Toujours était il qu'elle était magnifique, les teintes de sa robe ne faisaient que rendre justice à sa beauté, la soulignant agréablement et mettant en valeur le moindre de ses atouts. Elle semblait également avoir un caractère bien trempé, cela s'entendait au son de sa voix. Les yeux de Jorah eurent du mal à s'arracher à sa contemplation mais il ne désirait pas que Lord Redwyne le remarque. Un homme valida l'information que Jorah avait caressée, elle était en effet sa sœur, mais il avait l'impression que leur lien était plus fort que cela, différent du sien et d'Alysane en somme, même si eux deux n'étaient pas ce qu'on pouvait appeler « frères et sœurs » dans le bon sens du terme, celui qui répondait à la logique et aux mœurs de Westeros.

Les yeux de Jorah, demeurant toujours silencieux, pour cause, il n'avait rien à faire dans leur conflit qui n'était pas le sien, se posèrent sur l'homme qui venait de parler. L'homme était âgé et donnait l'impression qu'il ne lui restait plus qu'un temps limité pour fouler cette terre, du moins Jorah, en tant qu'insulaire du Nord dont le froid est aiguisé, acéré et qui n'hésite pas à mordre comme le loup de l’emblème des Starks, le pensait. Un homme comme lui n'aurait eu que pour quelques mois à vivre. Mais celui ci, au dépit de son apparence et des suppositions de Jorah, semblait tout de même alerte et avait du répondant, le Nordien n'en doutait pas, si il avait réussi à tenir tête à la jeune femme. Se faisant, Jace posa sa main sur l'épaule de sa sœur et indiqua la venue de Jorah parmi eux. Ce fut de nombreuses paires d'yeux qui se tournèrent vers lui, du moins celles qui ne l'avait pas encore remarqué. Lord Redwyne se chargea donc des présentations.

Une jumelle... Jorah comprenait mieux maintenant, ils étaient liés par le lien le plus fort qu'on pouvait partager entre frères et sœurs, celui d'avoir partagé le même endroit durant les premiers mois de leur vie. S'en suivit le vieil homme qui était l'intendant du navire et son successeur en devenir suivit. Ainsi que les deux frères de celui ci. Jace ajouta un commentaire sur Lorell, le successeur de Reynald donc, lui soulignant que celui ci savait pertinemment faire un tri entre les hommes qui passaient devant ses yeux, malgré son défaut de courir le jupon apparemment. Jorah salua d'un signe de tête et d'un léger sourire tous ceux dont l'identité venait de lui être communiquée. Il ajouta que l'homme était doté d'une verve qui valait bien les épées de ses deux frères qui étaient au service de Lord Redwyne. Jorah constatait que l'équipage était pour le moins hétéroclite mais doté d'une certaine unité, quand ils n'étaient pas en conflit apparent.

Axell, l'aîné, s'avéra être un poète chevronné qui composait lui même ses vers. Le Nordien l'écouta d'une oreille attentive, on ne pouvait pas douter de son talent, même pour un néophyte tel que lui. Il était vrai qu'à part le maniement des armes, Jorah n'avait pas développé le moindre talent, sa seul œuvre se trouvant dans le creux des reins de sa sœur. Jace donna son avis sur la composition d'Axell, transcrivant avec des paroles ce que l'Homme d'Armes pensait. Alors qu'il continuait à parler, les yeux de Jorah allèrent de l'aîné au benjamin, qui apparemment lui ressemblait un peu plus au demeurant, même si il avait une préférence pour les armes lourdes alors que Jorah affectionnait plus le combat avec Fortefoy et Poinçon, une technique qui avait été dure à acquérir certes mais qui maintenant n'était plus à faire de preuve de son efficacité. Il croisa le regard de Lancell et lui sourit fugacement.

Maintenant que Jace avait terminé avec la présentation de l'équipage, Jorah les regarda un à un tous, il était vrai qu'il était on ne peut plus désireux d'en savoir plus sur eux et même si il se le cachait, il commençait à entrevoir les ficelles du plan de Lord Redwyne, ou alors c'était tout le contraire et dans quel cas c'était de la torture pure et simple dissimulée sous une aimable courtoisie. Son envie de connaître le monde et de vivre quelques aventures était là, sous-jacente dans son esprit et semblait maintenant affluer par vagues, comme le ressac qu'on entendait sur la côte. Il regarda Jace, que cherchait il a obtenir ? Alors qu'il était perdu dans ses pensées, celui ci sembla lui infliger le coup de grâce, lui proposant de participer à l'inspection du navire. Alors qu'ils se dirigeaient vers l'arrière du bateau, Jorah leur emboîta le pas, ses armes produisant un bruit d'acier dans son sillage. Il avait toujours été silencieux, n'osant prendre la parole et surtout considérant à regrets que ce qui se passait ici ne le concernait pas.

Ils entrèrent dans les quartiers du capitaine, Jace et ses hommes réglant le conflit qui les avait animés plus tôt, Jorah quand à lui était en train d'observer ce qui se trouvait autour de lui avec une curiosité mêlée à une certaine fascination. Tous ces objets, ces peintures, ces tentures étaient pour le moins intéressantes, il resta quelques minutes à observer l'armure qui se trouvait sur un mannequin dans un coin des quartiers. Il en nota sa finesse et qu'elle était frappée au blason des Redwyne sans nul doute, comme la plupart des armes qui se trouvaient ici. Jorah les regarda avec soin, elles étaient pour le moins dignes d'un intérêt certain. Jace s'adressa à lui, lui indiquant la nature des lieux, les décisions qui s'y prenaient et l'enjoigna à poser la moindre question si elle l'effleurait. Le Nordien avait l'impression de marcher dans un rêve, abasourdi par ce qu'il venait de voir, les gens qu'il venait de rencontrer, il était perdu dans les méandres de son imagination, les propos de Lord Redwyne à son égard le tirèrent de sa torpeur alors qu'il s'avançait vers lui parlant d'une voix qui tentait de cacher son émotion suite à ce qu'il avait vu jusqu'ici.

« Pardonnez mon trouble Lord Redwyne, je suis pour le moins admiratif de votre navire et de vos hommes, pour quelqu'un qui vient du Nord, c'est quelque chose qui n'existe pas chez nous. » Il eut un léger sourire « Et je suis sûr, non certain, que vous avez décelé mon intérêt certain pour un navire comme le votre, un peu comme un Ours est devant un pot de miel... » Ses yeux croisèrent les siens « Toutefois, à part vous demander si il sera de nouveau possible pour moi de revenir voir votre esquif pour m'enivrer d'une vie que je ne pourrais sans nul doute ne jamais connaître et vous abreuver de questions lorgnant d'un œil envieux vos hommes, je ne vois que faire de plus. »

Il s'était décidé à mettre les mots sur ce qu'il ressentait en ce moment même, cette fascination mélangée habilement à de la frustration. Avait il eu raison d'ouvrir ses pensées les plus intimes face à quelqu'un qu'il ne connaissait que depuis peu ? Celui ci l'ayant pour le moins torturé avec ses désirs les plus enfouis et dont il ne parlait jamais sur l'île, et pour cause, dès qu'ils étaient abordés, ils étaient tués dans l’œuf pour ainsi dire. Le Nordien chercha un quelconque soutien dans le regard du seigneur en face de lui. En effet, il avait peur que celui ci se formalise de ses propos. La remarque sur l'épée et la masse fusa et Jorah dut se retenir pour faire une remarque mais qui, en cet instant, eut été pour le moins déplacée, ses yeux allèrent juste un temps de Jace au groupe puis revinrent à ceux de celui ci. Il attendait avec une certaine résignation mêlée d'une crainte qui était là, se rappelant à lui, sa réponse. Qu'est ce que Lord Redwyne allait penser de lui en cet instant ? Lui qui lui avait accordé la bonté de venir sur son navire. Il ne s'en montrait même pas digne. Lady Jorelle avait elle raison ?
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Message Mer 31 Aoû 2011 - 21:48

La rhétorique est l'art de dire quelque chose à quelqu'un, l'art d'agir par la parole sur les opinions, les émotions, les décisions, du moins dans la limite des possibles et des personnes gouvernées par la raison. La rhétorique est aussi la discipline qui prépare méthodiquement à l'exercice de cet art, en apprenant à composer des discours appropriées à leurs fins. C'est enfin la réflexion philosophique sur l'éloquence, sur la puissance de la parole dans les sociétés humaines et sur la capacité d'ajuster nos représentations aux représentations d'autrui qui en est le principe. La rhétorique est l'art du discours persuasif, de la parole publique centrée sur la figure de l'orateur idéal, « quelqu'un de bien qui parle bien ». La rhétorique est l'art de faire un discours qui puisse persuader, c'est-à-dire éclairer l'esprit et attacher la volonté aux désirs de l'orateur. La rhétorique est à l'éloquence ce que la poétique est à la poésie. La rhétorique n'est pas la grandiloquence déclamatoire du discours malhabile ou l'habileté menaçante du discours manipulateur. La rhétorique vise l'éveil dans son auditoire potentiel la vigilance critique. Et manifestement, Jorah était sensible au discours de Jace, tout comme il semblait sensible aux choses de la navigation, aux voyages et aux aventures. Cela était-il une surprise ? Pas nécessairement. Le jeune homme avait l'air désorienté, or n'est-ce pas pour être désorienté qu'on va à l'étranger, ou qu'on écoute les histoires des conteurs ? Le caractère essentiel du récit de voyage devrait être sa diversité. Il est cependant possible de trouver des points communs à la multitude de récits qui racontent des pèlerinages, des épopées : quelqu'un s'adresse à un lecteur dont il se fait une idée particulière pour le mettre au courant de son aventure. Or, que recherche le voyageur qui se raconte ? Le voyageur recherche toujours ce qui est au-delà de ce qu'il avoue et raconte : le désir réel du voyageur est de trouver un jardin où il soit loisible de vivre avec une âme et un corps, un paradis en somme, à partager par le témoignage.

Le récit d'une aventure est toujours la narration d'une tranche de vie. Parfois même l'auteur, le narrateur et le voyageur sont la même personne, leur aventure ne commence pas par une naissance mais par une un départ et ne se dénoue pas arbitrairement mais doit s'achever par un retour. Qu'ils soient en prose ou en vers, ou même chantés, ils se focalisent sur les étapes du voyage et sur les hauts faits de l'aventure, bien plus que sur la personnalité de ses grands personnages. Ainsi Jorah, qui avait monté à bord de la Licorne, avait-il pénétré sa première histoire, son premier récit. Il était l'auditeur comblé d'un orateur passionné, le lecteur chanceux d'une aventure merveilleuse. Jace écouta la réponse de Jorah avec attention mais s'empressa de libre répondre distraitement.


 « Ne soyez pas si prompt à fermer les portes qui ne demandent qu'à s'ouvrir. Mais s'il vous plaît, poursuivons la visite et quant à vous deux, ajouta-t-il à l'attention des deux chevaliers, laissez-le tranquille. »

Le trouble de Jorah était manifeste et avouée, Jace ne pouvait feindre de ne pas l'avoir remarqué sans paraître stupide ou révéler quelque sombre artifice de sa pensée. Mais il précédait déjà le petit groupe dans l'escalier qui, du fond de la salle, menait à ce qui servait, à bord du navire, de chambre à son capitaine. Pour le coup, difficile d'imaginer que Jace Redwyne pût être originaire d'ailleurs que de la Treille. À voir le faste de la pièce, tout homme aurait pu oublier qu'il était à bord d'un navire.

 « C'est de loin la pièce que je préfère sur ce navire, car j'y puis dormir bercé du murmure des vagues et du chant des sirènes. Et je vous assure, ajouta-t-il avec un regard appuyé et taquin pour sa sœur qui le lui rendit de bonne grâce,, qu'il n'y a rien de comparable à la compagnie d'une belle femme pour oublier la fureur d'une tempête. »

Lorell partit d'un rire gras qui en disait long sur sa personnalité graveleuse et salace. Jayne afficha un faux air outragé. Renald se contenta de sourire. Jace invita tout le monde à le suivre au cœur de la pièce au sol couvert de tapis et aux parois tendues de teintures arborant la vigne d'or de Port-Ryam. Désignant tour à tour son lit, quelques malles, une console, des coffres et trois mannequins, ils détailla avec précision l'ensemble du mobilier, précisant chaque fois l'origine exotique de chaque objet. Telle tunique venait de Tyrosh, tel lentille venait de Myr, tel chandelier venait de l'Ouest... Puis, sans crier gare, il saisit fraternellement Jorah par l'épaule et s'adressa à son intendant.

 « Renald, rapproche-toi et regarde ce soldat. »

Le vieillard s'avança et posa un œil affable sur Jorah.

 « Tu es un érudit, alors dis moi ce que tu sais de l'île aux Ours.  »

On put voir dans les yeux de Renald un éclair de satisfaction, car il était de ces hommes qui aimassent partager leurs savoirs et leur grande culture.

 « L'île aux Ours est à ma connaissance l'un des territoires insulaires les plus au nord des Sept couronnes. C'est le fief séculaire de la maison Mormont qui compte parmi les plus illustres vassaux des seigneurs de Winterfell. L'île s'élève au cœur des la Baie des Glaces. C'est une terre difficile, faite de collines rocailleuses et abruptes, couverte par les forêts les plus denses et sillonnée par des torrents qu'on prétend toujours glacés. On y vit surtout de la pêche, l'agriculture n'y étant que très peu praticable. Les femmes y ont la réputation d'être aussi rude que la terre qu'elles ont souvent eu à défendre. »

Jace écoutait les paroles de Renald avec attention sans perdre des yeux la réaction de Jorah qu'il guettait à cet instant.

 « Et qu'en est-il de leurs guerriers ? Sont-ils aussi valeureux que semblent l'être leurs épouses, leurs sœurs et leurs filles ?

– Ils ont la réputation d'être vigoureux comme l'ours et tenace comme le bois de leur blason. Plus que pour la guerre, ils sont taillés pour la victoire et il ne faut pas s'étonner si chacune des victoires des lointaines contrées du Nord impliquent de très près un ou deux Mormont.

– Eh bien, on pourrait presque croire que les Mormont sont des héros dignes des aventures les plus merveilleuses ! »


Jace emboîta le pas de la troupe en descendant par un escalier en colimaçon qui menait à un pont inférieur. Par là, on accédait à un pont inférieur. Ni Jayne ni Lorell ne suivirent, l'une se lassait de l'inspection, l'autre devait revenir à des tâches plus utiles. Sous la chambre, ils découvrirent un grand espace emplis de caisses, de tonneaux, de sacs, de filets, de draperies enroulées...

 « C'est ici que sont entreposées nos marchandises et nos cargaisons. Voyez là-bas, ces marins déchargent des épices que nous avons acheté à Salrivage, dans le pays de Dorne. J'appelle cet endroit la caverne aux merveilles. Hélas, d'ici quelques jours, tout aura été vendu mais c'est l'impitoyable loi du commerce, aussi il vous faudra revenir souvent pour passer du temps sur ce navire. Mais prenez garde à ce que nous prenions la mer sans prévenir et que vous vous trouviez ainsi coincé parmi nous ! »

Avec franchise, Jace éclata de rire.
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Message Jeu 1 Sep 2011 - 6:39

Jorah s'enivrait de tout ce qu'il voyait, tentant de garder le moindre souvenir, la moindre image gravée dans son esprit. Il avait faim et Jace lui en donnait toujours plus, il semblait inapte à ne plus vouloir découvrir plus avant, et pour cause, il savait que cela prendrait fin plus tôt que ce qu'il souhaitait. Cette pensée amère faisait naître cette ombre fugace qui traversait son visage quand il était soucieux. Lord Redwyne lui reprocha par ses paroles d'aller trop vite en besogne, l'invitant à poursuivre la visite et s'adressant aux deux chevaliers qui étaient toujours dans ce débat évident de la masse contre l'épée. Se faisant, suivant Jace, il entra dans les quartiers personnels du capitaine. Une nouvelle fois il fut soufflé par le faste qui se trouvait dans la pièce, malgré sa taille. Une nouvelle fois ses yeux courraient de toute part, cherchant à remplir leur satisfaction de voir des choses nouvelles et remarquables. Il fit un commentaire sur la pièce, commentaire accompagné d'une phrase vantant les mérites d'une bonne « conversation » sur l'oreiller pour oublier la tempête. Remarque qui fit sonner aux oreilles de Jorah la pensée de sa belle perdue.

« Vous êtes un chanceux Lord Redwyne, je vendrais toutes mes demi sœurs pour une nuit ici. Quitte à passer les jupons pour tenter de venir les soirs de tempête. »

Il eut un léger rire, la remarque en fit rire certains autres et même si l'image de Jyanna venait de se rappeler à son esprit, que ses yeux qui auparavant étaient perdus dans l'opulence de la pièce et du bateau, retrouvèrent d'un coup leur froideur et leur dureté dans les prunelles sombres. Cela ne dura pas longtemps, mais assez pour être remarqué. Se faisant, Jorah déglutit bruyamment et sourit à Lord Redwyne, tentant maladroitement de lui cacher son trouble. Il était un homme on ne peut plus éveillé, Jorah doutait que sa mascarade ait trompé quiconque mais il faisait comme si. Ayant toujours l'espoir illusoire qu'il était insondable. Il posa ses yeux sur les tapisseries qui représentait la Treille, appréciant les nuances de verts qui avait été bordées dans les feuilles de vigne, Jace lui expliquait la venue de chaque objet. Il écoutait avec attention, jamais pendant aucun cours d'aucun Mestre il n'avait été plus attentif.

« Je ne vois aucun objet du Nord, est ce normal ? »

Malgré lui, la remarque avait passé ses lèvres, il pensait au moins trouver une peau d'ours ou quelque chose approchant. Peut être n'avait il pas encore tout vu, mais une chose était sûre, si Jace était venu sur l'île aux Ours, il serait au moins reparti avec une peau en présent. Jorah eut une pensée pour celle qui dormait dans ses paquetages, sur le sol de l'auberge où il était avec Alysane. Ses yeux virent trouver ceux de Lord Redwyne, non pas qu'il était désireux de sa réponse, mais il voulait savoir si l'homme était passé par le Nord ou non. Celui ci donna de façon détournée la réponse, frappant sur l'épaule de Jorah et commandant au nommé Renald d'exposer ce qu'il savait sur son lieu de vie. Celui ci exposa des faits généralistes, la remarque sur les femmes de l'île fit sourire Jorah, ainsi donc tout Westeros entier savait que l'endroit était plein de femmes comme sa sœur. Alors que Renald finissait il acquiesçait silencieusement ne se dépatissant pas de son sourire amusé, quand il raconterait cela à sa sœur, aucun doute qu'elle rirait.

Jace demanda ce qu'il en était de leurs guerriers, le dénommé Renald toisa Jorah de pied en cape, lui qui était sanglé dans son armure, les bras croisés sur son torse. Celui ci haussa un sourcil intéressé, désireux de savoir ce qui se disait des hommes comme lui dans le reste du monde, enfin à Westeros du moins. Une nouvelle fois ce qu'il apprit le fit sourire, on ne pouvait pas ne pas sourire sur de tels compliments. Il croisa le regard de l'érudit et s'inclina légèrement murmurant d'une voix grave.

« Vous me flattez, je saurais au moins que j'ai une réputation à tenir intacte désormais si je ne veux pas être couvert d’opprobre. »

Il avait dit cela sur un ton amusé, signe qu'il plaisantait, même si il n'en pensait pas moins. Jace descendit plus profond dans le ventre de la Licorne, entraînant à sa suite le reste de la troupe moins Jayne et Lorell que Jorah salua poliment avant qu'il ne les perde de vue. Il pensait avoir tout vu des fastes du navire mais Lord Redwyne semblait marcher par hyperboles, lui réservant toujours quelque chose d'encore plus intéressant et captivant pour suivre la précédente. Ils arrivèrent dans de grandes cales emplies de tonneaux, draps, soieries et autre. Une forte odeur saisit les narines de Jorah qui fronça le nez par réflexe, manquant d'éternuer. Sa main vint le trouver pour le frotter vivement. Un tel bouquet d'odeurs différentes et allant de la plus douce à la plus âcre, il n'en avait jamais senti de tel, même si il pensait avoir soupé des odeurs de moiteur et de rance de Port Réal. Jace lui apprit que c'était ici que les marchandises destinées à être vendues étaient entreposées, épices, tissus, armes et matériaux. Jorah regardait autour de lui, toujours dévoré par son avidité de savoirs. Lord Redwyne était donc un guerrier et un commerçant de surcroît, chose normale en somme, la guerre ne pouvait pas durer toute une vie. Une nouvelle fois le commentaire de celui ci rappela la dure réalité et trancha le fossé entre Jorah et lui lui rappelant qu'il était en sursis à Port Réal et risquait de prendre la mer dans les jours prochains. Cependant, il ajouta un commentaire qui fit naître un léger rire chez Jorah, même si ces yeux disaient le contraire. Il se maudit pour laisser transparaître autant ce qu'il pensait. Au moins quand il était en train de batailler, il ne pensait qu'à la victoire et si il était autant un livre ouvert, alors ses adversaires avaient de quoi se soucier quand ils croisaient le fer avec lui. Il répondit sur le même ton badin, prétextant la plaisanterie.

« Cela serait en effet dommage que vous me trouviez dans vos quartiers alors que le bateau est loin de Port Réal. Je serais condamné à vous servir pour payer ma dette Lord Redwyne. »

Une nouvelle fois il avait dit, mais il n'en pensait pas moins...
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Message Sam 3 Sep 2011 - 16:36

 « Et je ne pourrais que me réjouir d'une telle surprise ! Mais venez, observez les merveilles que le commerce dans le détroit peut révéler. Je suis certain que vous serez comme moi sensible à la richesse de cette cargaison. Bien sûr, le commerce est une activité indigne pour un lord, mais je ne suis que la main invisible qui en oriente les flux sans y toucher. »

Invitant Jorah d'un geste à le suivre parmi les marchandises amoncelées, il en fit l'inventaire descriptif avec la précision méticuleuse du mestre chirurgien qui s'attaque à la dissection précise d'un crâne humain. Il montra des sacs emplis de fleurs de mourons bleu et rouge, plantes très toxiques qui connurent pourtant pendant un temps des usages médicinaux dans les Cités libres. Plus loin, des bocaux de racines d'aconits du Bois-la-Pluie, plantes éminemment toxiques qui provoquent des troubles cardiaques et nerveux pouvant entraîner la mort et dont on se sert allègrement, dans les milieux peu concernés par l'honneur, pour empoisonner l'eau des ennemis ou les pointes des flèches. Plus loin encore, quelques sacs d'aigremoine, que Jace nommait avec affection la « panacée universelle » à raison des divers usages médicinaux que les mestres reconnaissent à ce végétal : elle soigne la cataracte et les ulcères, traite la peau et les muqueuses respiratoires contre les inflammations et les saignements. Au-dessus, dans de petits coffres non scellés, on trouvait l'or des glaneurs, des têtes d'asperges sauvages, mets de choix pour les paysans car elles entrent dans la composition du fameux « sirop des cinq racines », délicieuse boisson à base d'ache, de fenouil, de fragon et de persil, excellent apéritif aux vertus diurétiques. Les arômes multiples s'associaient en une éclatante symphonie olfactive, ce qui pouvait se révéler légèrement exacerbant pour l'odorat peut habitué à une telle diversité des senteurs.

 « Toutes ces plantes étaient l'un des buts de ce voyage, car certaines ont aussi un rôle à jouer dans nos vignobles. Je vous le dis comme un secret, alors sachez tenir votre langue. Nous sommes très attachés aux secrets de nos vins, un peu comme la fille d'un seigneur est attachée à sa virginité. Fort heureusement, il est plus facile de prendre celle-ci que de violer ceux-là. Nombreux sont les hommes qui ont péri en se risquant sur nos terres avec la malveillante intention de voler nos secrets de fabrications... Les sots ont toujours reçu le juste châtiment de leur folle hardiesse. »

Jace s'interrompit pour congédier les derniers membres du groupe afin de n'être plus que seul avec Jorah. Était-ce une imprudence ? Le bâtard était armé, mais s'il eût tenté quoi que ce fût contre le capitaine du navire, il eût scellé son destin par la plus horrible des fins. Plongeant ses yeux dans ceux de son interlocuteur, il poursuivit d'un ton ferme et clair, épuré de toute modulation suspecte. Il s'adressait directement à Jorah et souhaitait que celui-ci comprît combien ses paroles étaient sérieuses.

 « Je n'irai pas par quatre chemins. Laissons les tergiversations aux eunuques qui rampent dans les caves du Donjon rouge. J'ai pu sentir l'attrait que la mer exerce sur vous et je ne peux que le comprendre. Je n'étais qu'un enfant quand les flots de l'océan m'ont emporté. J'ai connu l'aventure et les voyages, j'ai vu les merveilles de ce monde. Connaissez-vous le colosse de Braavos ? La pyramide de Meereen ? Les oiseaux magnifiques des rives de la mer de Jade ? La fumée qui jamais ne se dissipe près des îles de l'ancienne Valyria ? Les scorpions d'or de Lancehélion ? Les jardins suspendus de Hautjardin ?  »

Tant de lieux, de trésors, de sites à connaître... Comment aurait-il pu être exhaustif sans parler des heures durant ? Comment aurait-il pu rendre grâce à la beauté du monde sans s'éterniser sur ces mille contrées à avoir vu pour connaître l'exaltation ? Une discussion si courte était déjà une insulte faite à ces merveilles.

 « Vous me plaisez. Je vais vous faire une proposition. Elle vous semblera improbable et l'est très certainement. Je crois cependant à la force de l'occasion, et je ne tiens pas à passer à côté de celle-ci. Souhaitez-vous entrer à mon service ? »

Jace s'interrompit un instant et, dans un souffle, reprit de plus belle.

 « Ne questionnez pas encore mes intentions. Prenez l'invitation comme elle se présente. Voici mes conditions. Vous entrez à mon service comme membre de ma garde et suppléant de mon maître d'armes. Vous êtes libre d'emporter avec vous vos possessions et votre équipement. La maison Redwyne ne lésine pas et paie bien ses gens, mais je doute que ce soir décisif vous concernant. De plus, étant donné que vous serez directement à mon service, vous devrez faire preuve d'une loyauté parfaite et, bien sûr, accepter de voyager souvent sur les mers. »

Jace invita Jorah à poursuivre la conversation tout en dirigeant leurs pas vers l'extérieur. Le temps passait bien vite en bonne compagnie, et déjà Jace devait congédier, à contrecœur, son compagnon. Déjà l'appelait d'autres affaires et, bien qu'il préférât de loin passer son temps sur son bateau, voire en mer à affronter quelque sombre tempête, il ne pouvait s'y soustraire sans manquer à ses devoirs de seigneur de la Treille.

 « Nous nous séparons à présent, mais j'espère vous revoir dans trois jours. D'ici là, réfléchissez, et considérez mon offre pour ce qu'elle est : une main tendue par l'enthousiasme, et non par la pitié. »

Jace accompagna Jorah jusque sur le quai où il lui serra la main avec franchise et amitié. Ils n'étaient encore que deux inconnus l'un pour l'autre une heure auparavant et pourtant, comme il le quittait, il avait l'impression de quitter un frère avec lequel il partageait sa passion de la mer. En le regardant sur le port, il songea avec bonheur que les Sept, divinités lointaines, avaient de drôles de façons de rapprocher les hommes. Reverrait-il jamais ce bâtard du nord ? Jorah reviendrait-il ? Lui seul avait la main désormais, et s'il décidait de refuser l'offre de Jace, la Licorne s'en irait sans lui vers le sud, vers le Bief, et vers de nouvelles aventures.
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Message Sam 3 Sep 2011 - 23:01

C'était un ballet d'odeurs, de formes, de couleurs et de matières qui défilaient sous les prunelles sombres de Jorah. Des plantes que parfois il reconnut et certaines autres dont il ignorait la provenance et la nature, des bocaux, des bouteilles aux liquides ambrés et transparents, des tas de sacs où on trouvait des plantes broyées et séchées. Toutes qu'on aurait pu trouver chez un Mestre versé dans l'art des soins, Jorah se souvenait en avoir déjà vues de telles quand il s'était rendu chez celui de l'île quand il était blessé, celui ci l'avait soigné avec des cataplasmes de plantes et de terre. Regardant tout autour de lui, le Mormont prit par réflexe une profonde inspiration qui trouva directement une réponse dans le bouquet de senteurs dont les effluves frappèrent son odorat. Clignant des yeux sous la force, il expira fortement, visiblement ahuri. Jace lui fit part de la raison de tous ces végétaux ici. Lui révélant que certaines des plantes entrait dans la fabrication des vins de la Treille, le regard de Lord Redwyne en disait long, ceci semblait être un secret important, lui indiquant qu'en signe de trahison, il saurait le remercier comme faire se doit. Jorah croisa le regard de celui ci, acquiesçant d'un hochement de tête. Si ceci était la première preuve de confiance qu'il lui accordait, alors il saurait s'en montrer digne.

Il remarqua également qu'il congédiait un à un les hommes qui les accompagnaient, se faisant, ils n'étaient bientôt plus que deux. La bulle de camaraderie qui s'était créée sembla disparaître d'un coup, les yeux de Lord Redwyne se plongèrent dans ceux de Jorah, mais cette fois il pouvait en sentir la teneur sérieuse, aussi il s'attendait à un quelconque commentaire qui, à son humble avis, allait lui déplaire. Son ton était formel, sans aucune fioriture. Le Nordien écouta attentivement chaque mot qu'il prononça, bien sûr qu'il ne connaissait aucun des lieux que celui ci mentionnait, il n'avait jamais quitté son île à part maintenant. Si Lord Redwyne les mentionnait c'était qu'ils valaient le détour et étaient remarquables. Bien sûr qu'il aurait voulu les voir mais jusqu'à maintenant, on ne lui avait pas tellement laissé le choix. Son regard croisa de nouveau celui de Jace alors qu'il entendait la proposition que celui ci était en train de faire, quand il l'eut entendue, assimilée et comprise, il ne put s'empêcher de ciller, brisant le lien sans taches qui s'était créé entre les deux hommes. Il lui demandait d'entrer à son service, de devenir son garde et suppléer son Maître d'Armes en poste. Lord Redwyne avait mentionné que le Nordien lui avait plu, chose qui le fit sourire légèrement. Jorah le laissa finir d'exposer ses conditions, souligna que les gens de la Treille n'était pas de ceux qui ne pouvaient pas payer, qu'il fallait faire preuve d'une loyauté sans taches envers sa personne et ne pas rechigner à être transporté par navire. Tant de conditions qui ne parurent ne pas en être pour Jorah. Encore surpris de ce qu'il venait d'entendre.

Il emboîta le pas de Lord Redwyne, qui se dirigeait vers l'extérieur, alors qu'ils arrivaient à l'air libre, que les miasmes d'odeurs de plantes avaient disparu de ses narines chassées par l'air marin, Jorah leva les yeux vers le ciel et se rendit compte en effet que la journée était déjà fort avancée. Le Capitaine devait avoir d'autres choses à voir plutôt que de s'occuper de cas comme le sien. Alors qu'ils allaient passer sur la planche, Jace lui tendit la main qu'il serra avant autant de force que celui ci, histoire qu'il ne croie pas, même si la fin de leur conversation qu'il était un mollasson. Il avait posé une dernière condition sine qua none, si Jorah était d'accord, alors il devait revenir ici dans trois jours, signe qu'il acceptait. Sinon et bien... Il n'en ferait rien. Le Nordien le salua chaleureusement.

« Nous ne savons déjà pas de quoi demain est fait Lord Redwyne, alors dans trois jours. »


Se faisant, il reprit la route de l'auberge, encore surpris de la proposition, flottant encore un peu dans les odeurs et les découvertes qu'il venait de faire. Les dieux avaient donc finalement décidé de mettre sur sa route un homme tel que ce Lord Redwyne ? Les longues années cloîtré sur l'île auraient elles un sens finalement ? Jorah était encore perdu dans ses pensées, tant et si bien qu'il se laissait bousculer de toute part, les paroles de Jace tournant et virant dans son cerveau. Entrer à son service... Quelque chose qu'il avait toujours désiré en somme. Ses pensées le portèrent vers les Mormont, vers l'île et vers Jeor qui était malgré tout malade et impotent. Pouvait il se permettre de se séparer de son Maître d'Armes ? Et Jyanna ? Si elle revenait ? Jorah doutait qu'elle eut encore envie de le voir après son départ on ne peut plus précipité et surprenant. Engoncé dans un carcan de pensées aussi bien négatives que positives, Jorah finit par arriver à l'auberge où il résidait avec Alysane. Celle ci n'était pas encore là, il monta dans ses chambre et entreprit d'entretenir ses armes, histoire de réfléchir correctement. Essuyer l'acier château était encore le meilleur moyen de réfléchir et mettre les idées au clair.

Alysane finit par rentrer et les deux jours furent d’âpres débats avec Alysane sur ce qu'il devait faire. Passant de la joie à la colère contre sa sœur pour la première fois de sa vie, il défendait son point de vue honorablement, cherchant un compromis qui après maints et maints jets fut enfin trouvé. Ce ne fut qu'au terme du second soir que Jorah et Alysane se mirent d'accord sur une marche à suivre et une attitude à adopter. Toujours était il que le matin du troisième jour, il était là, devant l'auberge, le sac à dos que sa sœur lui avait offert rempli de choses et d'autres, ses armes sur le dos, harnaché dans son armure qui avait été remise à neuf par un forgeron et un présent on ne peut plus encombrant dans les mains pour Jace : une peau d'ours blanc, une que Jeor et lui avait chassé et que Jorah avait préparée lui même, c'était à partir de ce jour qu'on lui avait donné la brisure qu'il portait sur son épaule, un ours blanc au lieu d'un noir, un Snow au lieu d'un Mormont.

Levant la tête, il appréhenda la Licorne et enfin son Capitaine, ses yeux rencontrèrent ceux de Jace et leur accord était scellé en cet instant même, les mots ne viendraient que le compléter ensuite. Jorah monta sur la planche, le rejoignant sur le pont, passant la peau d'ours sur son épaule, il tendit sa main gantée à Lord Redwyne, une attitude solennelle sur le visage et un ton de voix qui l'était tout autant alors qu'il le saluait.

« Lord Redwyne, merci de me permettre d'entrer à votre service. »


Les dés étaient jetés, l'avenir de Jorah avait donc un goût à la fois iodé où se mêlait les arômes du vin de la Treille.
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