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[PV Jace Redwyne et Brynden Rivers] Rencontre au sommet

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Message Lun 25 Juil 2011 - 16:49

Il ne comprenait pas. Il avait beau avoir réfléchi sérieusement à la question depuis leur départ de Vivesaigues, lord Leslyn Tarly ne parvenait pas à comprendre exactement ce qui avait motivé son ami pour le mandater comme « porte-parole du seigneur de Hautjardin et suzerain du Bief Leo Tyrell auprès de la Main du Roi ». Les deux hommes se connaissaient suffisamment pour savoir que le lord de Corcolline n’était pas doté de la personnalité la plus adéquate pour traiter avec des sommités dirigeantes telles que la Main du Roi. Dépourvu du moindre tract, ignorant les règles les plus élémentaires de l’étiquette qu’il seyait de respecter à la Cour, doté d’une franchise frisant l’insolence, Leslyn promettait de faire un émissaire aussi crédible qu’un chevalier en ménestrel. Il soupçonnait néanmoins son ami-tout à fait conscient de son caractère-de l’avoir désigné à dessein. A en croire le contenu de la missive qu’il avait lue et relue à s’en abîmer les yeux, la situation n’avait jamais été aussi grave. Les Fers-Nés s’étaient surpassés dans leur audace en effectuant des razzias à l’intérieur même des terres, en remontant la Mander et l’Hydromel. La liste des massacres perpétrés par les pirates continuait de s’allonger, et la rumeur contre l’incapacité du seigneur de Hautjardin qui devait être partout à la fois à protéger ses vassaux ne cessait d’enfler. Pire que les dégâts et pertes causés par cette vermine des Îles de Fer, c’était la guerre civile qui menaçait de couver à présent.

En seigneur sagace son ami avait compris que même la toute puissance de l’armée du Bief ne pouvait faire face seule, l’appel au roi était à présent l’ultime recours envisagé et Leslyn devait faire partit de ceux qui relaierait cet appel à l’aide. Il était le poing ganté de maille du suzerain du Bief et il avait compris qu’on le chargeait de cogner un grand coup contre l’huis de la porte du Donjon Rouge, pour rappeler au bon souvenir du roi les réalités du monde extérieur. Aerys Targaryen, Premier du Nom, Roi des Andals, de Rhoynar et des Premiers Hommes, Seigneur des Sept Couronnes et Protecteur du Royaume, allait devoir gouverner et protéger comme son titre l’indiquait si joliment, à défaut de voir son Royaume sombrer dans les affres d’un nouveau Fléau de Printemps, celui de la guerre. Mais aussi peu concerné par la politique que pouvait être le seigneur de Corcolline, il était tout à fait conscient que le bon roi Aerys préférait s’enterrer dans les livres, laissant le soin de la gouvernance à un personnage beaucoup moins aisé à confronter : la Main du Roi Brynden Rivers, fils bâtard du Roi Indigne et de Mylessa Nerbosc. Lord Freuxsanglant. L’étrange devinette si populaire parmi les petites gens lui revint involontairement en mémoire : « Combien c'est-y que lord Freuxsanglant il en a, de zyeux ?-Mille, et rien qu'un ». L’allusion était autant faite à son visage étrangement marqué qu’à l’horrible stigmate qui l’avait rendu borgne, souvenir de son honni demi-frère Aigracier, ainsi qu’aux prétendus dons d’ubiquité qu’on lui attribuait.

Les souvenirs affluaient au fur et à mesure qu’il évoquait celui qu’il allait bientôt rencontrer. Le nom de Brynder Rivers était irrémédiablement marqué et lié au nom de Feunoyr et d’Herberouge. Le lord du Bief ferma les yeux alors que l’image du corps brisé de son défunt père s’imposait à lui. Le sang virant au brun, les esquilles d’os déchirant la chair et les cris…Cette bataille n’avait été qu’un immense gâchis, mais Freuxsanglant s’y était « distingué » à sa manière avec ses Dents de Freux. *Mille, et rien qu’un*, il gardait un souvenir vivace pour sa part du bâtard de sang royal. Guère différent des autres hommes mais avec des yeux qui vous mettait l’âme à nu. Il ne l’avait plus revu depuis la bataille et à vrai dire il n’était guère presser de le revoir. Tout seigneur Main qu’il était à présent, il restait un bâtard-légitimé ou non-aux yeux des Sept, marqué du sceau de l’infamie et de la souillure. Leslyn raffermit sa prise sur les rênes de sa monture, évitant un défoncement de la route. Ils avaient avalés les kilomètres depuis leur départ de Vivesaigues et bientôt il serait confronté à ce personnage. Etait-il tapis dans les ténèbres de la Tour de la Main à pratiquer quelques arts occultes pour manipuler les trames du destin, comme le pensait les habitants crédules de Westeros. Ou peut être préparait-il en secret quelques poisons pour raffermir son emprise sur le roi.

Il grogna pour lui-même, des sornettes que tout cela. Il avait vu l’homme de ses propres yeux et n’y avait vu que de la chair et du sang. Leslyn était bien décidé à se comporter de la même façon avec lui qu’avec tous les autres, tout Freuxsanglant qu’il était lui au moins devait bien comprendre ce qui se passait dans le Royaume. Sur ces bonnes pensées il intima un rythme plus soutenu à son destrier, tandis que le cheval de ser Kelbor Hunt gagnait en vitesse pour se maintenir à sa hauteur. Avec son visage couturé de cicatrices, le vassal du seigneur de Corcolline était une promesse de mort incarné. Une masse d’arme en acier forgé lui barrait le dos et un sourire canaille déformait sa figure ravagée. Il faisait partit de ce genre d’homme indispensable à une armée : l’exécuteur des basses œuvres, le fourrageur intrépide et dénué de toute pitié mais doté d’une loyauté inébranlable envers son seigneur. De son acabit, le lord vassal de Hautjardin avait cru bon de s’en entourer d’une vingtaine. Une vingtaine de soldats : aussi bon guerriers qu’homme d’honneur. Le reste de son armée avait été renvoyé dans le Bief avec à sa tête son fils encore vert. Il ne savait pas ce qui allait l’attendre à la capitale, sa dernière visite remontait à quelques temps déjà, mais il gageait rencontrer le lot habituel des cités affligés par la sécheresse et la maladie. Quiconque avait survécu au Fléau de Printemps avait entendu parler de l’hécatombe qui s’était produit dans la capitale.

*La sécheresse a prélevée son dû ici également* pensa Leslyn en notant les champs désertés et les cahuttes défoncées bordant la route. Parfois quelques carcasses crevées s’élevaient dans un fossé. Bientôt le triste spectacle céda à la vue de Port-Réal. Même de loin la cité l’écrasait par son gigantisme. Il lui semblait qu’elle pouvait rivaliser avec Villevieille. Les murailles épaisses et redoutables entouraient un amoncellement de bâtiments multiples et variés, faits de pierres, de bois ou de chaume. L’odeur pestilentielle caractéristique des immenses villes ne tarda pas à leur parvenir aux narines, portée par un vent chaud et sec qui accrût-si cela était possible-l’acidité des effluves. Ser Kelbor partit d’un rire rauque et bruyant en s’exclamant du haut de son destrier.

« J’ai jamais vu un tas de merde aussi grand ! »

Son rire ne repartit que de plus belle et fut bientôt repris par les hommes de la troupe. Le lord de Corcolline ne releva pas la remarque, elle était justifiée. Ce n’était pas seulement l’odeur rance de la merde et de la charogne en décomposition, mais également le parfum de la corruption et les exhalaisons de l’infection. A mesure qu’il s’approchait de la cité la puissance des effluves se firent plus soutenus et embaumantes, elles pénétraient la bouche pour tapisser l’arrière de la gorge et s’incrustait dans les habits. La porte des Dieux se dressa bientôt devant eux, les battants grands ouverts pour laisser passer le flot intarissable de charrettes, voitures, carrioles, montures et autres chargements de vins, légumes ou de foin. Il observa d’un œil méfiant les mendiants et autres gamins des rues qui serpentaient entre les hommes. *De la vermine* songea avec mépris le lord du Bief alors qu’il mettait sa main sur le pommeau de son épée. Les soldats du Guet, reconnaissable à leurs manteaux dorés, ne semblaient pas affectés par l’odeur, la main tenant nonchalamment la hampe d’une pique. Ils ne s’interposèrent pas à la vue de la bannière Tyrell et Tarly. Passé la porte la misère s’offrit d’une manière encore plus crue aux yeux des hommes du Bief.

Les marques du Fléau de Printemps étaient encore présentes. Des cadavres encore frais encombraient des charrettes à bras, des nuages de mouches s’amoncelaient en de noires nuées. De la poussière de chaux vive s’élevaient dans l’air, brûlant les yeux et la gorge. Les mines hagardes se succédaient aux visages lamentables de mères de famille en pleurs ou de processions funèbres se rendant à quelques buchers funéraires. L’épidémie était terminée mais la Cité devait à présent faire place propre et pleurer ses morts. Ils dépassèrent bientôt les bâtiments en ruines, dévastés par les incendies pour arriver dans des ruelles encombrées et plus vivantes. Les regards gourmands des hommes du Bief s’attardèrent sur les seins de quelques prostitués qui dévoilaient leur marchandise. Leslyn lui prêtait davantage attention aux spadassins aux allures sinistres et aux brutes ivres titubants sur le chemin de sa monture.

« Il parait qu’il y a des bordels fameux par ici mon seigneur. ‘Serait peut être l’occasion de pleurer l’absence de nos femmes en bonne compagnie. »

La voix goguenarde du chevalier de la Maison Hunt l’arracha à ses contemplations. Il répliqua sèchement.

« Ces femmes seraient aussi habiles à vous satisfaire qu’à vous égorger pour vous prendre vos bottes ser, j’espère que vous êtes homme à préférer mourir sur le champ de bataille que le cul dans la vinasse avec la gorge tranchée. »

Le chevalier sourit une nouvelle fois pour révéler une dentition en deuil.

« Je vous veux tous avec la main prête à tirer l’épée plutôt que sur votre queue. »

Ils n’avaient que trop traîner ici. L’ombre gigantesque du Donjon Rouge, monumentale édifice surmontant la Colline d’Aegon, les accablait par sa monstruosité. Leslyn devait reconnaître que si le reste de la capitale ne payait pas de mine, le château était une forteresse comme il en avait rarement vu. Il s’imagina un instant les silhouette de dragons, songes des temps passés, volant dans le ciel ou s’enroulant autour des piques des immenses tours parsemant le Donjon Rouge. C’était d’ici qu’Aegon avait réellement débuté sa conquête. Du fortin de bois s’était élevé une des plus grandes cités de tout Westeros. C’est avec ses pensées en tête que le lord du Bief aborda la brève montée jusqu’aux portes de la forteresse. Le pont levis avait été abaissé mais la place était toujours aussi solidement gardée. Le lord de Corcolline examina avec curiosité le grès rougeâtre des murs, elle lui rappelait la couleur du sang. Peut être y fallait-il y voir le résultat du sort des ouvriers exécutés par Maegor le Cruel. Les membres du Guet avaient été remplacés ici par les Dents de Freux. Vêtu de tuniques sombres, le visage dissimulé pour la plupart, équipés d’arcs et de longues épées battant leurs flancs, ils semblaient se fondre dans les murs, mais Leslyn pouvait toujours sentir leurs regards dans son dos. La présence d’un membre de la Garde Royale dissipa son mal aise. Les membres de la Blanche Garde étaient réputés pour leur intégrité.

« Lord Tarly, nous nous faisons un plaisir de vous accueillir en ces lieux. J’ai ordre de vous mener auprès de messire la Main du Roi. Vos hommes doivent mettre pied à terre et rester ici, aucun homme en armes n’est autorisé dans l’enceinte de la Citadelle. »

Le seigneur du Bief haussa un sourcil et resta à cheval, considérant son interlocuteur de haut. Le considérait-on comme un ennemi pour lui interdire toute protection ? Aussi désappointé qu’il pouvait être, Leslyn jugea comme mal approprié de se refuser à se soumettre à cette formalité, il s’imaginait les arcs des Dents de Freux se bandant dans l’ombre et pointant son dos. Gagnant le sol-et retenant au passage un gémissement de douleur en sentant ses jambes craquer après sa longue chevauchée-il acquiesça en silence et ordonna à ses hommes d’obéir.

« J’espère qu’au moins messire Main aura l’obligeance de me permettre de garder auprès de moi deux de mes « lieutenants » pour me conseiller. »

Le chevalier blanc hésita un instant avant de plier et de tourner le dos sans dire mot. Ser Hunt se joignit à son seigneur son habituelle grimace sur le visage, ainsi qu’un autre chevalier tout en plaques connu pour son habilité à l’épée et sa promptitude à dégainer. Le petit groupe suivit en silence le garde royal, tandis que lord Tarly se portait à hauteur de son guide. A force de détours et de croisements, défilant à travers des galeries, promenades ils parvinrent enfin devant les portes dissimulant rien moins que la salle du trône. Leslyn fut comme choqué de se retrouver devant les immenses portes, aussi justifié et légitime qu’était sa présence en ces lieux prestigieux intérieurement il se sentait un peu mal à l’aise. Il pensa que c’était sans doute là le but du bâtard Freuxsanglant. Jamais encore il ne s’était tenu devant le Trône de Fer. Trône sur lequel devait siéger la Main du Roi. *Un bâtard sur le trône d’Aegon le Conquérant*, la pensée lui traversa la tête comme une lame. Le royaume était tombé bien bas. Les Dents de Freux encadraient les portes massives, pique à la main. Le seigneur de Corcolline ne put se retenir plus longtemps et apostropha son guide.

« Voir ses reîtres dans l’enceinte même du Donjon Rouge ne heurte pas votre honneur ? »

Le blanc chevalier lui jeta un regard vide.

« Il ne m’appartient pas de juger messire. »

Il se retira en silence, l’abandonnant à la compagnie des Dents de Freux et à une troisième personne qu’il ne parvint pas à identifier. Brutalement le dernier paragraphe de la missive lui revint à l’esprit et il se maudit pour la légèreté dont il avait fait preuve. Le décor imposant du Donjon avait achevé de le plonger dans la confusion. L’homme dans la fleur de l’âge qui se tenait non loin de la porte ne pouvait qu’être le seigneur de la Treille, le seigneur Jace Redwyne. Il faisait partit des premiers victimes de la férocerie des Fers-Nés et Leslyn estima que si quelqu’un avait bien légitimité pour se plaindre c’était bien lui. Les cheveux aubrun tirant sur le roux, le port noble et l’air alerte, il le jugea comme quelqu’un de bonne allure. S’avançant vers lui il lui adressa un salut respectueux, d’égal à égal.

« Lord Redwyne, je pense que le seigneur Tyrell vous a fait mandater pour la même mission que moi. Croyez bien que je déplore les pertes qu’à subis la Treille. Je pense que nous ne serons pas trop de deux pour vérifier si cette Main a la poigne requise pour remplir ses obligations. »

Un bref sourire accompagna sa phrase tandis qu’il s’absorbait une fois encore dans la contemplation de la porte. « Combien c'est-y que lord Freuxsanglant il en a, de zyeux ?-Mille, et rien qu'un ». Milles, et rien qu’un.
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Message Mar 26 Juil 2011 - 22:37

Jace n'aurait su dire ce qu'il détestait le plus de la capitale, son insupportable moiteur ou sa nauséabonde pestilence. La Treille n'aurait jamais besoin d'un tel foisonnement d'urbanisme, et il s'estimait chanceux de ce constat car son île ainsi s'épargnait ces nuisances inévitables et propres aux grandes villes comme Port-Réal ou Villevieille. Qu'elles étaient laides, ces bâtisses de bois, de pierre et de brique, entassée les unes et les autres comme si un ivrogne avait lui-même dessiné les plans de ces quartiers insalubres où l'on distinguait à peine la rue de espaces où s'entassaient les ordures et les cadavres. Certains charretiers avaient même entassé les dépouilles de ces pauvres hères que la canicule, sinon le Fléau du printemps, avait fait basculer de vie à trépas. Jace n'avait que peu d'intérêt pour ces détails qui donnaient à la grande cité des allures de mouroir embrasé. Peu lui importaient pour l'instant les boutiques, les auberges, les tavernes, les bordels ou même les cimetières : un objectif très précis et très officiel l'avait conduit jusqu'à Port-Réal et il comptait bien s'y tenir. La sécheresse n'adoucissait guère les seiches de Dagon Greyjoy, qui sillonnaient la Mer Occidentale comme un vol de frelons en colères, pillant et razziant les côtés de l'Ouest et du Bief sans craindre d'aller très loin au sud du misérable rocher qu'ils nomment leur foyer. Les pillages et les agressions avaient touché les côtes de son île et de nombreuses bourgades côtières, comme Crique-Astéries ou Port-le-roux, subirent de plein fouet la voracité de ces bandits. Par chance, la flotte Redwyne avait préservé Port-Ryam d'une attaque et suffit à dissuader les pirates de demeurer plus longtemps au large du chenal Redwyne. Toutefois la menace persistait tant que les Greyjoy lanceraient leur seiche à l'assaut des côtes de l'Ouest et du Bief en toute impunité. Comme tant d'autres seigneurs vassaux de la couronne du Bief, Jace avait très tôt cherché des réponses auprès de Léo Tyrell, leur suzerain. La guerre n'était plus une ombre à l'horizon qui présageait d'un orage futur : elle était là, sur eux tous, et les seigneurs qu'ils étaient avaient dû rapidement opposer une réponse, car la rose jamais ne ploierait devant l'insolence de la seiche.

Malheureusement, et malgré l'insistance de Léo Tyrell, la réponse du Trône de fer n'avait que très peu satisfait et apaisé les craintes des vassaux victimes de la sauvagerie des fer-nés. La riposte était trop timide, trop lente, trop fade pour être efficace à museler la maison Greyjoy, dont le sang avait la couleur de l'impudence. La constitution d'une milice, telle était la décision du Trône de fer. Cela témoignait sans doute du peu d'intérêt de la Couronne pour le problème, et Jace n'avait pu s'empêcher d'être déçu quand il avait reçu ce corbeau très pessimiste en provenance de Hautjardin, qui lui annonçait la décision de la Main du roi et la déception partagée du seigneur Léo Tyrell. Jace n'avait toutefois guère été convaincu par cette parodie d'action en faveur de l'Ouest et du Bief. Très rapidement avait-il décidé de mettre les voiles en direction de la capitale, afin de s'y entretenir avec nul autre que Brynden Rivers, la Main du roi, pour obtenir la réponse la plus juste à la plus récurrente des questions de Léo Tyrell : quelle était la véritable position de la Couronne à l'égard de l'insoumission des Greyjoy ? En toute hâte mais sans précipitation le voyage avait-il été préparé et trois navires, dont la Licorne, avait quitté la Treille afin de conduire le seigneur Redwyne jusqu'à destination. Malgré la halte à Accalmie où Jace accueillit à son bord une partie de la fratrie Baratheon, menée par l'héritier des Terres de l'Orage en personne, le périple fut aisé, et même les vents semblaient favoriser le voyage en offrant aux trois bâtiments des conditions de navigation idéales. Quand la Licorne eut mouillé dans la rade du port de la capitale, Jace ne perdit que peu de temps dans le port et gagna rapidement la colline d'Aegon au sommet de laquelle se dressait le très fier Donjon rouge. À la porte de la Rivière, un contingent du Guet de Port-Réal mené par l'un de ses gradés le reconnut et proposa de le conduire depuis la place Poissarde par la rue Croche jusqu'à la forteresse des Targaryen. Le fortin de glaise et de bois avait bien changé depuis son édification par Aegon premier du nom. Il s'érigeait désormais en une formidable et puissante forteresse de grès rosâtre. D'impressionnantes murailles et sept tours immenses le protégeaient des agressions, et l'ensemble du palais, avec ses labyrinthes de couloirs, d'antichambres, de salles voûtées, de ponts couverts, d'appartements, d'offices, de geôles, de cellules, d'oubliettes, de magasins et de casernements, dissuadait les voleurs qui risquaient de s'y perdre et de n'en jamais sortir vivant. L'édifice était très impressionnant, bien qu'il n'eût sans doute rien de comparable avec ce qu'avaient pu être les antiques palais de l'ancienne Valyria, dont même le souvenir s'effaçait dans les mémoires. Aux portes de la citadelle, le Guet céda la place aux Dent de Freux, cette compagnie de soldats au service de Brynden Rivers et qui composaient la garde du Donjon rouge depuis l'entrée de ce dernier au Conseil restreint en tant que Main du roi. Jace ne fit pas de manière, il n'était pas venu pour repartir aussitôt arrivé pour une question de protocole. De toute façon, Jace avait pour toute escorte un chevalier de dix ans son aîné et tout puissant qu'il fût une épée à la main, il n'était pas de taille à affronter seul l'ensemble de la garde rapprochée de Brynden Rivers.

Rivers, c'est ainsi qu'on nommait les bâtards dans le Conflans. La Main du roi était bâtarde, et tandis qu'on le conduisait jusqu'à elle, Jace s'interrogeait sur cette réalité qu'il était peu sage de négliger. Par leur naissance, les bâtards étaient frappé d'un vice qui les éloignait de la dévolution successorale, ce qui devait être le cadet de leurs problèmes, étant donné que la bâtardise était une des souillures les plus infamantes de toute la culture de Westeros. Toutefois, et peut-être en raison de son propre parcours, Jace n'avait pas développé ce mépris commun à toutes les honnêtes gens pour les nés-bâtards. Très longtemps il avait vécu là où le rang et la naissance importent peu, là où il n'y a jamais que des marins et leur capitaine. Naturellement, partout dans le monde les bâtards souffrent d'un statut particulier, mais Jace ne succombait pas aux préjugés et aux préconceptions, même s'il ne pouvait nier la gêne qu'il éprouvait en présence de ces personnages parfois si intrigants. Sur le chemin de la salle du trône, car c'était là que les Dents de Freux les conduisaient, Jace songea à ce que sa sœur lui avait dit de Brynden Rivers. On le disait grand et albinos, tout enrobé de cette blancheur laiteuse que perce deux yeux rouges. Son surnom lui venait de la tache de vin qui décorait sa joue droite et qui figurait un corbeau dessiné dans le sang. Quant aux rumeurs qui couraient à son sujet, Jace y avait également prêté attention : il n'était pas spécialement superstitieux, mais il savait aussi qu'il n'y avait pas de fumée sans feu. Or Brynden Rivers était un bâtard du dragon Aegon l'Indigne, le brasier n'était pas né de n'importe quelle flamme. Comment traite-t-on avec un Targaryen ? Brynden était peut-être un bâtard, mais il n'en demeurait pas moins un membre de la famille royale. Jace n'avait jamais eu l'occasion de recevoir l'un de ses membres, ou d'être reçu par l'un d'eux. Comment allait-on s'occuper de lui ? Plus exactement, à quelle sauce le dragon allait-il le manger ? Très certainement, le lézard cracheur de feu allait-il s'enivrer de lui comme d'un vin de la Treille, il le boirait jusqu'à la lie. À cette pensée, il ne put réprimer un sourire. Jace n'avait jamais vu de dragon ivre. À bien y réfléchir, il n'avait jamais vu de dragon tout court, ceux-là avaient disparus, du moins c'est ce que la plupart des gens supposaient.

Les Dents de Freux s'arrêtèrent devant les hautes portes de la salle du trône où la Main du roi s'apprêtait à le recevoir sans doute. Il patienta quelques instants, puis quelques autres. Le temps lui semblait long et il s'étonna du peu de mouvement qui régnait dans cette partie de la citadelle. Avaient-ils tous déserté pour un ailleurs bien meilleur ? Fort heureusement, il fut rassuré de voir arriver plusieurs personnes, dont une qui ne lui était pas inconnu. Il se réjouit d'ailleurs de voir que le seigneur et protecteur de Corcolline était là et venait peut-être lui prêter main forte. Leslyn Tarly n'était plus tout à fait un jeune homme et n'étaient pas de ces jeunes chevaliers à peine adoubés qu'on voyait se pavaner dans leurs armures étincelantes. Cela suffisait peut-être aux jeunes filles attardées du Val d'Arryn, mais c'était insuffisant à séduire les vraies femmes, celles du Bief. Le contemplant avec attention comme il s'avançait vers lui, Jace constata sans mal que le visage même de l'homme de Corcolline semblait avoir été taillé dans le roc des montagnes délimitant les frontières du royaume de Dorne. Il se dégageait de lui une force telle qu'elle suffirait à le définir, au milieu d'un groupe, comme celui qui donne les ordres. Authentique jusque dans les pourtours de sa bouche encadré d'une barbe taillée comme avec négligence, Leslyn Tarly donnait l'air d'avoir voyagé très récemment par voie de terre et probablement venait-il tout juste d'arriver à Port-Réal. Lui aussi avait été envoyé par leur suzerain, Léo Tyrell. Bien que les terres de Corcolline ne soit pas directement concernées par la menace des fer-nées, Leslyn Tarly avait répondu présent à l'appel de son suzerain et, pour cela, il avait l'estime et la reconnaissance de Jace qui le gratifia d'un sourire amical.


 « Je m'honore de vous savoir à mes côtés, lord Tarly. Rencontrer la Main du roi promet d'être une sacrée expérience, et je crois bien que nous serons ici les premiers au combat. »

Jace appuya ses paroles d'un sourire. L'allusion à la devise de la maison Tarly n'était pas si anodine : un combat s'annonçait, et s'il n'aurait très certainement pas lieu dans la salle du Trône en ce jour, il aurait lieu bientôt contre les fer-nés, maudits soient-ils !

 « La Treille se porte bien, loués soient les Sept, car les seiches ne s'attendaient pas à ce que je riposte rapidement et puissamment. Combien de temps mes côtes seront-elles en sûreté, je l'ignore, et c'est pourquoi j'attends beaucoup de cet entretien avec la Main. Ses réponses à nos questions ne seront pas déterminantes pour l'avenir, mais au moins nous aurons un aperçu de la position de la Couronne dans ce conflit. »

Un nuage d'amertume obscurcit le regard de Jace, car il songeait avec une certaine tristesse aux scènes terribles qu'avait connu son île si précieuse depuis que les fer-nés avaient décidé de briser la paix du roi. Il avait vu ces bourgades côtières incendiées, ces épaves de navire calcinées, c'est traînées de cadavres alignés sur les plages paisibles de la Treille. Ses gens étaient des vignerons, ils tiraient le sang de la terre et l'offraient à boire à travers le monde. Jace avait le devoir de les protéger et jamais il ne s'y soustrairait. Aussi sûrement que le vin mûrit en cave et qu'on l'appelle jusque sur les rives de la mer de Jade le nectar des dieux, il s'efforcerait de mettre tout en œuvre pour qu'un terme rapide soit porté à cette rébellion fer-née contre l'autorité royale, dût-il agir à la place du roi lui-même. Un sourire chassa le nuage, tant Jace s'étonna de ses propres pensées. Il n'avait rien d'un héros, mais de temps à autres, il aimait se laisser aller à l'ivresse de l'héroïsme, pour mieux s'en prémunir. Un héros meurt toujours prématurément, et Jace espérait vivre vieux. Tant qu'il vivrait, cependant, personne ne s'en prendrait à ses terres et à ses gens sans en payer le prix. Que les fer-nés savourent leurs petites victoires insignifiantes pour le moment : les Redwyne boivent toujours après tout le monde.
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[PV Jace Redwyne et Brynden Rivers] Rencontre au sommet

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