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Peu d'enfants sont pareils à leur père : la plupart sont pires.

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Lakdahr l'Edenteur
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- Mestre fêvre -
Bâfreur & Guerrier

♦ Missives : 1389
♦ Missives Aventure : 121
♦ Age : 25
♦ Date de Naissance : 06/12/1991
♦ Arrivée à Westeros : 08/05/2012
♦ Célébrité : Kevin Tod Smith
♦ Copyright : Luchadora
♦ Doublons : Alrik Mallery - Séraphine - Jeyne Estremont
♦ Age du Personnage : 26 ans
♦ Mariage : Serenei ( Femme-sel )
♦ Lieu : Les Iles de Fer
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Message Dim 7 Juil 2013 - 0:06

Le ciel s'était nippé de ses atours nocturnes, d'une obscure cape noire qui ne lèverait son textile de ténèbres qu'au prochain aurore. D'épaisses nues constellaient la voûte céleste et épandaient une pluie diluvienne sur les Iles-de-Fer, lapidant une mer qui en était devenue furibonde. Les bourrasques avaient pris part à l'algarade, elles soulevaient les flots qui, à leur tour, déversaient leur ire sur les étocs et les rives, menaçant presque d'engloutir les boutres qui, même amarrés, luttaient contre les éléments de la nature. L'orage hurlait à l'instar d'un quidam après chaque coup de fouet, qui ouvrait parfois des plaies de foudre que l'on voyait fugacement apparaître dans un incessant ballet de lumière. Il ne faisait guère bon de se trouver à l'extérieur par un tel temps, et encore moins de bourlinguer, en revanche, l'adage disait qu'à la tempête succédait toujours la quiétude, demain serait peut-être un jour idéal pour hisser les voiles. Quand bien même, les vicissitudes climatiques n'avaient nul intérêt pour un chenapan qui préférait se complaire en bêtises... Assis à même le sol, sous la table qui accueillait généralement les écuelles des repas, un petit démon tentait tout naturellement de scier l'une des jambes du meuble à l'aide d'un modeste coutelas émoussé. Malgré sa concentration à ce faire, il ne soubresauta point lorsqu'un nouveau rugissement sourd tonna à en réveiller les défunts, il se contenta de biaiser son regard en direction de la fenêtre par laquelle il aperçut un éclair vermiculer l'horizon. Ses sombres agates ne luisirent d'aucune frayeur, seulement jaspées d'un éclat monotone et détaché qui prouvait un ennui manifeste, auquel il essayait de pallier comme il le pouvait. Son crin de jais long et dépeigné encadrait un faciès encore poupon dans son tracé, mais irréfutablement marqué d'une malice à l'état brut et d'une certaine âpreté que l'on n'expliquait pas. Ses habits étaient humbles, simples, ravaudés à divers endroits, ils cachaient un corps en pleine croissance et qui aurait tout loisir de développer une musculature encore pusillanime. Pour autant, et du haut de ses dix années, l'enfant était déjà un véritable baroudeur et un cascadeur avéré, en témoignait entre autre la meurtrissure qui striait sa joue, vieille de la veille et qu'il s'était faite à la suite d'une cabriole qui s'était soldée par une culbute sur la rocaille. Un détail qui ne faisait qu'enjoliver une apparence déjà naïvement pugnace, et qui ne serait qu'une cicatrice de plus parmi d'autres.

« Lakdahr ! Non, non, cette table ne t'a rien fait, laisse-la tranquille ! » Un timbre cristallin s'était élevé dans le rachis du galapiat, qui sentit une douce poigne lui saisir le bras et l'encourager à sortir de sa cache. Avec une criante nonchalance, il s'exécuta et se releva tandis qu'on lui confisquait son arme pour s'assurer qu'il ne recommencerait pas dès que la surveillance faillirait. Avec une moue désinvolte, il observa distraitement l'âtre dans lequel dansaient les flammes qui préservaient la chaleur de cette pièce qui l'avait vu naître, et dans laquelle il vivait depuis. Une chambre entretenue dont il se plaisait à rudoyer l'ordre à la première opportunité, au plus grand dam de sa génitrice avec laquelle il partageait les lieux. « Sois gentil veux-tu. » La voix féminine lui fit lever les calots vers la physionomie de sa mère qui ne savait décidément pas comment le tancer. Une naïade au derme de cuivre, qui avait également transmis l'ébène de sa crinière et celui de ses élégantes mirettes à son coquin de fils. Enlevée à sa contrée australe plus d'une décennie auparavant, Isabel avait tout du physique de sa fière peuplade d'origine, tout d'une dornienne sculptée dans un bloc de vénusté et de suavité. Sa fragrance de siroco avait enjôlé les sens d'une seiche dorée qui l'avait arrachée à sa paisible vie, pour mieux l'assujettir et l'emmener le servir dans son palais d'argentite. Feu lord Balon Greyjoy n'était peut-être plus de ce monde désormais, mais il ne pouvait que se rappeler à sa souvenance dès lors qu'elle posait les yeux sur l'héritage de chair qu'il lui avait abandonné. Et si son fils lui ressemblait plus que fidèlement, il semblait cependant être imprégné des pires mœurs fer-nées, une encre noire plus que le sang animait ses veines, ce qui ne l'empêchait toutefois pas de l'aimer et de le chérir comme le plus beau joyau qu'elle ait jamais possédé. « Comment allons-nous manger si tu la scies, la table ? Par terre ? M'en branle. » L'intonation était patiente et délicate d'un côté, cinglante et irrespectueuse de l'autre, telles étaient les conséquences d'une éducation trop laxiste, lorsqu'une mère était inféodée à son enfant. La sylphide n'avait, de sa vie, jamais eu la moindre autorité sur quiconque, elle n'était qu'une gemme de douceur qui prouvait son amour en se soumettant – situation dont le garçonnet profitait outrageusement. Point de père, nulle personne pour lui dicter ses actes et libre de toute coercition, il agissait comme bon lui semblait et se sentait roi dans son univers. « Ne parle pas comme ça s'il te plait, tu n'as pas besoin d'être aussi incongru, à ton âge... » Vaine tentative que la donzelle acheva d'une caresse dans la chevelure du jeune garçon, qui lui renvoya sa tendresse en pleine figure en effectuant un mouvement pour l'esquiver. « Mais m'man, dégageuh ! M'touche pas les ch'veux ! J'déteste quand tu m'tripotes ! » Une risette chagrine étira les lippes de la jeune femme qui se résigna à tout élan affectif, et vit le garnement la fuir pour se diriger vers l'huis qu'il ouvrit. « Où vas-tu ? Ca t'regarde pas. Lakdahr... J'vais faire un tour à la frairie ! Là, t'es contente ? Sois prudent je t'en prie, ne t'attire aucun ennui... Ouais ouais. »

Se disant et sans plus un mot pour elle, il quitta la chambre et traversa le corridor au petit trot. Une scène de communication usuelle, le jeune homme était un parangon d'inconvenance nonobstant ses seulement dix ans, mimant simplement le modèle comportemental des adultes et forbans qui peuplaient l'archipel. Mais contrairement à ce que les apparences suggéraient, bien malgré son irrévérence envers sa mère, celle-ci demeurait la personne à laquelle il tenait le plus, et il préférait encore amplement être dans ses jupons qu'au service d'un quelconque capitaine. Par ailleurs, une pléthore d'entre eux avaient convergé vers le bastion qui abritait la famille suzeraine, venus des différents îlots à l'occasion des festivités organisées par l'actuel lord Ravage de Pyk, pour une raison que Lakdahr n'avait guère pris la peine de retenir. Un déploiement de pitance, boisson et jeux tous plus barbares les uns que les autres, voilà tout ce qui l'intéressait ! Avec un peu de chance, le banquet se bariolerait de quelques rixes auxquelles il était toujours amusant d'assister, voire d'une danse du doigt, affrontement presque tribal qui l'impressionnait et l'intriguait tout à la fois. Un monde de grands dans lequel il adorait musarder, tout en veillant à ne pas se faire trop remarquer, même s'il n'était, finalement, qu'une tête de plus dans la pléiade d'enfants engendrés par le non-regretté Balon.

Le chenapan parvint jusqu'à l'immense salle de laquelle s'échappaient cantiques impies, hilarité grasse et injures vociférées d'un quidam à l'autre. Une joyeuse cacophonie qui ne ferait qu'empirer au gré des litres de faro ingurgités, ainsi s'ébaudissaient les guerriers du Dieu Noyé. Dans un geste de prudence, comme s'il était une brebis sur le point de coudoyer une meute de loups, il pencha tout d'abord la tête pour prendre connaissance de la configuration de l'endroit et des individus qui s'y trouvaient. A la suite de quoi, il se faufila entre les galbes des pochards et fer-nés encore sobres, arpentant les lieux d'une encoignure à une autre avec curiosité et envie de se divertir, s'immobilisant tantôt pour observer des bougres en plein bras de fer, tantôt pour écouter les paroles d'un chant grivois égosillé en chœur. Il flâna longuement ainsi, fort de l'innocuité d'un enfant de son âge... Ou presque. Tandis que ses prunelles voguaient d'un endroit à l'autre, il s'arrêta à proximité de la grande tablée et aperçut une domestique venue servir la pinte d'un olibrius. Il n'eut guère honte à contempler ces mystérieuses courbes féminines, terrain de jeux encore inconnu mais qui plaisaient tant aux hommes, et qui le laissait pensif d'un sentiment indicible mais étrangement agréable. Il constata alors qu'un pan de sa robe traînait paresseusement derrière elle, et prit d'une impérieuse envie de facétie, il ne trouva rien de mieux que d'y mettre le pied sans qu'elle s'en aperçoive. Résultat : lorsque la jouvencelle voulut hâtivement repartir, elle fut prise de court et termina sa course en s'alitant sur le sol, la croupe à l'air devant les bélîtres qui se désopilèrent dans leur grande majorité à la vue de ce spectacle. Le galapiat, lui, eut un large sourire insolent et satisfait, conscient et pas plus embarrassé par sa méchanceté gratuite qui avait au moins le mérite de lui faire passer le temps. Ne point se faire remarquer ne signifiait pas être sage, l'important était de ne pas se faire prendre en flagrant délit. Soudain... Sa risette disparut instantanément lorsque, après avoir pivoté le visage, il se rendit compte qu'il se trouvait juste à côté du suzerain attablé. Dagon l'avait-il vu ? Leurs regards se croisèrent, quelques secondes s'écoulèrent, puis le garçonnet jugea plus qu'opportun de ne pas rôdailler plus longtemps dans les environs. S'il y avait bien une chose qu'il faisait assidûment, c'était se tenir le plus loin possible du parricide qu'il ne désirait pour rien au monde se mettre à dos, il ne cherchait pas plus sa sympathie, clairvoyance encouragée par Isabel elle-même.

Lakdahr prit ainsi le soin de s'éloigner de façon considérable, levant vaguement les calots lorsqu'un nouveau coup de tonnerre se fit entendre, simultanément au mugissement de sa panse qui cria famine. Il s'arma donc d'une gamelle et piocha des bribes de denrées dans différents plats, remplissant le récipient plus que nécessaire – c'est qu'il avait les yeux plus gros que le ventre ! La gourmandise n'était qu'un défaut supplémentaire dans la liste de ses vices, qui croîtrait à la kyrielle des années. Une fois sa quête culinaire achevée, il s'en alla s'isoler dans un coin de la salle, de là où il pourrait observer les réjouissances en toute quiétude – du moins le supputa t-il. Il se mit assis en tailleur par terre, l'épine dorsale logée contre le mur derrière lui, son assiette sur les jambes et il entama son repas à grandes bouchées qu'il ne mastiquait qu'à peine. Et comme souvent, s'il s'échinait à ignorer les problèmes, les problèmes, eux, se présentaient à sa porte. Arriva un jeune garçon, vieux d'un an de plus, qui s'immobilisa près de lui et le jaugea avec une mimique goguenarde.

« Tu bouffes comme un pourceau Lak, t'es un vrai crève-la-dalle. Ta gueule Ewald. » Ledit Ewald n'était autre que l'un de ses demi-frères, rejeton de l'une des femmes-sel de l'ancien suzerain, et tous deux ne s'entendaient guère. « Tu m'parleras pu comme ça l'jour où Dagon il aura fait d'moi son second, tu m'lécheras les chausses ! C'est ça, va voir ailleurs si j'y suis avant que j'te brise les reins. » Tel était le fantasme du premier : devenir le bras droit de leur aîné, une manière de clamer que le sang Greyjoy coulait également en lui, et il n'hésitait jamais à se faire encore plus encenseur qu'un sigisbée flirtant avec une lady. Une attitude ridicule aux yeux du basané qui préféra en revenir à son souper... Mais ce fut compter sans l'assaut vengeur du contrarié qui asséna un coup de pied dans l'écuelle, la renversant avec tout son contenu sur les vêtements de Lakdahr dont le sang ne fit qu'un tour. « T'as fait quoi là ?! » Prompt à se lancer dans un pugilat, ce dernier se leva d'un bond, maculé de sauce et les phalanges serrées. L'impudent ne daigna malgré tout pas reculer, pourtant au fait de l'irascibilité et de la violence de son vis-à-vis qu'il continua de provoquer. « Bouh j'ai trop peur ! T'vas me faire quoi ? Vas-y viens ! »

Les bagarres enfantines étaient des entrainements pour les combats qu'ils mènerait une fois grands, la brutalité était une notion intrinsèque au galapiat qui aimait à passer ses nerfs sur les autres bambins lorsque ceux-ci le méritaient – et même lorsqu'ils ne le méritaient pas, parfois. Le mutisme de glace dont il fit preuve était de fort mauvaise augure, un flegme fallacieux pour mieux frapper quand son adversaire s'y attendit le moins. Lakdahr se pencha sensiblement vers l'arrière, puis il abattit son front en pleine mâchoire d'Ewald qui se retrouva en croix sur le sol, sonné par le heurt. Son agresseur frotta la zone qui avait subi le choc et qui promettait d'être plus tard ornée d'une belle bosse, puis il se jeta sur le malheureux et fit choir ses poings sur lui, sans se douter que leur altercation ne passerait pas si inaperçue que cela.




" - On fait quoi ? - Valeurs sûres : on leur éclate la gueule. "
 " Barbare qui roule amasse coups de boule. "
" On dit que les fer-nés détestent toutes les races, c'est faux, on les aime toutes ! En ragoût, en civet, à la broche... "

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Dagon Greyjoy
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"Nous ne semons pas. "

Lord Ravage de Pyk,
et de ce qu'il en reste
Fils du Vent de la Mer
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♦ Date de Naissance : 13/05/1989
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Message Dim 7 Juil 2013 - 17:36

 «  Faîtes-moi le plaisir de foutre le camp d’ici vieille harpie ! »


Le vent était des plus violents, le ciel était sombre et les boutres à quai. Si les deux premiers réjouissaient l’humeur du suzerain, le fait de ne pouvoir prendre la mer le rendait irritable. Ne sachant jamais à quoi s’en tenir sur ces îles aussi changeantes que traîtresses, Lord Greyjoy avait demandé à son équipage de presque trente âmes de se tenir prêt à l’aube. D’ordinaire, les marins-guerriers de la Sirène Noire restaient au port en attendant le départ, mais vu le temps misérable, les établissements de Lordsport étaient débordés. Par soucis de simplicité, et pour avoir tout ce petit monde à l’œil, Dagon avait fait organiser en toute hâte, un festin dans sa propre demeure. Il avait beau être leur suzerain, en compagnie de l’équipage, il était avant tout leur Capitaine. Permettre aux hommes de se restaurer avant un voyage en mer n’avait rien d’étrange, encore moins avec un temps aussi clément. Si ses hommes arrivaient petit à petit dans la grande salle de la citadelle pour y prendre un copieux repas au chaud, Dagon était encore dans l’une des tours surplombant la mer. Ne souhaitant pas y repasser dans la nuit, il était retourné à ces appartements – pour ne pas dire lugubre chambre – pour y récupérer son gilet de cuire sombre et un lourd manteau qui le protégeraient du froid. La poignée de la porte lui était encore restée entre les mains et c’est à renforts de coups d’épaule qu’il fit s’ouvrir l’auvent en bois. C’est alors qu’il découvrit son sac d’os de mère, fouinant dans un vieux coffre en fer. Il la toisa du regard avant de lui balancer sans plus de cérémonie la phrase plus haut. Du haut de ses vingt-six années, il ne pouvait décidemment plus encadrer sa génitrice. Neuf ans qu’il avait fait sombrer son paternel et cette folle était toujours en vie. Egoïstement, il s’était dit qu’avec la chute de Balon Greyjoy, Lady Leona ne tiendrait pas plus d’une année dans Pyk mais cette drôlesse-là s’accrochait comme un vieux coquillage à son unique fils. Comme la gangrène.

« Je venais juste… » Il s’affairait à retrouver un fil de cuir dans les poches de son manteau et ne détourna pas un instant le regard. « Je cherche la vieille hache de ton père, elle doit être ici… ? » Un sourire amer tordit un instant le visage du Greyjoy qui s’obstinait à se désintéresser totalement de sa mère. Tremblotante et apeurée par ce fils jadis aimé, elle poussa sur un ton strident : « Je veux la récupérer ! » Les deux bras de Dagon lui tombèrent le long du corps. Lentement, il fit face à sa mère. Son visage était des plus neutres mais ses yeux étaient menaçants. Il s’avança tranquillement vers la vieille femme qui recula jusqu’à buter contre le mur de pierre grise. Avec une douceur inouïe, il enferma la main de sa mère dans la sienne et y déposa un baiser. Sa mère couina, d’amour ou de peur, la différence était moindre. « Il va vous falloir beaucoup de souffle, mère. Tout ce qui fut possession de Balon repose au fond des eaux quelque part entre Pyk et Grand Wyk. Faîtes-moi ce plaisir. Allez les chercher, et remontez pas à la surface. » Le ton était posé et intimement cassant. La mère tressaillit et voulut échapper à l’emprise de son fils. Il resserra ses doigts à en faire craquer les phalanges de la vielle. Il ne l’avait jamais frappée, jamais. Les mots suffisaient amplement. « Laissez-moi vous raccompagner à la porte. » En trois enjambées, elle fut balancée dehors. Elle n’alla pas se fracasser sur le sol comme de la vieille porcelaine mais partit à toutes jambes regagner sa propre chambre, déchirée et blessée. 
 
Manteau et gilet sur l’épaule, Dagon claqua la porte avec nonchalance et descendit les nombreuses marches de la tour pour regagner le pont de pierre qui lui permettrait de rejoindre la tour principale de Pyk. La soudaine violence du vent lui fit l’effet d’une lourde claque. Se rattrapant au parapet de pierre, il s’attarda un instant pour regarder en contre bas. Il avait pris l’habitude de voyager par ces ponts tout aussi fragiles et dangereux les uns que les autres mais jamais il n’avait eu peur de passer en bas, tête la première. Il s’étonnait de voir que sa mère n’y ait pas encore sauté. Etonnant également que personne ne soit jamais volontairement tombé de ces ponts suspendus à des mètres au-dessus de la mer et du vide. Idée à exploiter. Se redressant, il fixa son regard sur l’horizon sombre et tortueux. Une fois seulement, il avait vécu pareille tempête au bord d’un boutre. Ils n’avaient rien pu faire. Les rames avaient été solidement attachées au fond du bateau, la voile descendue et seule une toile tendue protégeait fébrilement les hommes des pluies torrentielles. La nuit avait été sans fin. Le ballottement incessant des vagues avait fini par rendre malade la moitié des marins alors que tous fréquentaient la mer depuis de longues années. Mais quel plaisir cela avait été, au matin, de découvrir une mer clémente. Houleuse et agrémentée d’un fort vent pour les ramener tous d’une traite jusqu’à Pyk.

« LA SEICHE ! »

Dagon se redressa. Par-dessus le vent, la voix de Brorn, marin depuis plus de neuf années sur la Sirène lui parvint. Le Greyjoy parcourut la distance qui les séparait, balloté par les vents, d’une démarche singulière bien qu’assurée.

« Aurais-tu eu peur que je saute ? »
« Peur ?! Crétin, tu peux pas savoir le bien que ça m’aurait fait ! Pis t’es pas aussi con que ça. T’aurais jamais sauté s’il y avait eu que moi pour te regarder t’exploser en bas ! »

Un sourire moqueur affirma les dire du marin. Dagon lui répondit un commentaire particulièrement désagréable. Les deux compères se mirent en route. Si le Greyjoy acceptait sans broncher les boutades de son voisin, c’était que les deux hommes se connaissaient depuis presque quinze longues années. Brorn avait connu le jeune homme que Dagon avait été, bien différent du Suzerain froid et distant.  Et le marin était bien l’un des seuls à pouvoir s’en vanter.

En peu de temps, les deux guerriers se retrouvèrent dans la salle, où les festivités avaient déjà commencé sans eux. Ce qui n’était pas plus mal. Balançant ses affaires dans un coin, Dagon s’empara d’une coupe pleine et la leva à l’adresse de son équipage qui répondit en beuglant. A cette table, ils étaient tous égaux, lord ou non. Les discussions allaient bon train et même si le suzerain faisait un effort pour les suivre, il s’enfonça rapidement dans son mutisme caractéristique. La table était aussi agitée que si elle s’était trouvée en pleine mer. La bouffe passait d’une main à l’autre, du pain volait dans la pièce et la boisson remplissait autant les vêtements que le sol. Si Dagon aimait la solitude, il savait apprécier – certes à sa manière – les soirées animées. Ses deux voisins s’étaient pris au jeu des blagues en tout genre sur les autres membres de l’équipage. L’un d’elle fit même rire le suzerain qui envoya les domestiques rechercher des boissons. La plaisanterie était toujours de bon augure avant un départ en mer. Tous y prirent pour leur grade, même la Seiche d’Or ne fut pas épargnée. Il était même le plus doué pour mettre sa propre personne en déroute.

Alors que la jeune domestique venait de déposer une nouvelle carafe sur la table, Dagon s’en empara. Il vit du coin de l’œil, la jeune femme s’affaler de tout son long sur le sol. Si ses compères s’éclaffèrent de rire à l’unisson, le suzerain se retourna pour dévisager la donzelle. Ses yeux dévièrent sur un gosse au sourire malveillant. En baissant les yeux, il comprit que c’était le jeune aux cheveux sombres qui avait provoqué la chute magistrale. Il le fixa pendant plusieurs secondes, d’un air volontairement neutre avant de se préoccuper à nouveau de ce qu’il mangeait. Brorn qui avait vu la scène depuis un peu plus loin fit un signe de la main en désignant le gamin qui s’éloignait. Dagon arqua un sourcil avant de se retourner à nouveau pour mieux observer le garnement. Mâchouillant un morceau de viande séchée et extrêmement salée, il suivit du regard le jeune qui s’éloignait. Un coup de coude dans les côtes le ramena à la table. Un nouvel éclat de rire. Le suzerain était pris à témoin pour une partie de bras de fer, qui se devait d’être équitable. Le regard en biais, il inclina la tête à l’adresse de Brorn sans savoir à quoi il aurait dû faire attention. Le tonnerre raisonna dans la pièce, déclenchant une olé des marins attablés. La bonne humeur était au rendez-vous. Il ne manquait probablement que les femmes pour réjouir encore plus cette soirée. Etrangement, les domestiques féminines étaient respectées et en dehors de quelques mains baladeuses, personne ne s’y attarda.  Du bruit s’élevait au coin de la salle. Des pintes s’étaient levées et l’un des marins apostropha le suzerain à la volée.

« Oh Cap’taine ! V’là qu’ n’tre astiqueur d’ancre il s’est pris une baigne dans l’tronche ! Pardi, il est ko l’gosse ! »

Un rire guttural ponctua sa phrase et la moitié de la tablée reparti de plus belle. Vidant sa chope d’un trait, Dagon se dégagea du banc pour se rapprocher de la scène de bataille. Chaque membre de l’équipage avait son importance, du barreur à celui qui astiquait le pont. Ewald, vaurien grande gueule toujours à lécher le cul du plus offrant, était insupportable à Dagon. Mais tout aussi chiant qu’il était, ce petit restait toujours perché sur l’arrière du boutre et avait pour mission de balancer l’ancre à l’eau juste avant les rivages pour que le bateau ralentisse avant de s’échouer dans les bancs de sables. Si le gamin devenait inefficace, un autre membre de l’équipage devrait s’en charger et le suzerain n’était pas prêt à mettre un bon guerrier à cette place. Arrivé au lieu de l’escarmouche, Dagon plissa le nez. Rien que ça ! On l’avait fait se lever pour qu’il sépare deux gamins d’une douzaine d’années. Merveilleux. La faute était sienne. Il était le Capitaine et si partage il devait y avoir, c’était à lui de le faire. Et revoilà notre petit noiraud. Enfin petit… l’endiablé allait finir par défigurer Ewald qui était de loin plus en état de se battre. Ne souhaitant pas s’être levé pour rien, Dagon s’approcha du forcené. Dans l’idée de les séparer, le suzerain empoigna le bras gauche du plus jeune. Devant la force déployée par ce dernier, il dut se résoudre à lui emprisonner les deux bras avant de lui balancer un violant coup de genoux dans les côtes pour l’immobiliser l’espace d’un instant. Juste le temps pour le plus vieux de l’envoyer valser plus loin.

« Aifric ! Ramasse Ewald, veux-tu. Une pinte devrait pas lui faire de mal. »

Le concerné, un blond à la peau grise, renifla bruyamment avant de se pencher sur le garçon au sol. Une chope en main, il déversa le contenu de cette dernière sur le visage déjà bien amoché du gamin qui revint à la vie avec un sursaut de frayeur. A peine remis de ses émotions que le gamin voxiféra à l’attention de son concurrent.

« Dagon ! C’c’connard de Lak qu’a foutu le bordel ! »

En entendant son nom prononcé, le Greyjoy arrêta ses pas qui le destinaient à retourner à sa place. Il était entendu que l’équipage pouvait l’appeler de tous les sobriquets qu’ils leur passaient par la tête, il ne s’en offusquait pas. Mais qu’un gamin, d’à peine dix ans, morveux de son vioc, se permette de l’apostropher avec autant de familiarités… La salle était devenue plus que silencieuse. Les regards, tournés sur Ewald et l’autre gamin qui était à nouveau debout et bien disposé à riposter. Dagon était de glace.

« Lakdahr ! » Le nom avait traversé la pièce. Le Lord n’avait pas haussé le ton, mais c’était sans appel. « T’emmerdes notre ancrier ? » La salle fut parcourue d’un rire sonore, en contraste total avec l’expression rigide du suzerain. « Faudrait pas lui faire des bleus, tout de même. » Dagon se rapprocha des deux jeunes alors qu’Ewald fusillait Lakdahr du regard. « Il a manqué de respect à ton équipage Dagon ! En effet.» Dagon n’était qu’à un mètre du plus âgé de ses cadets. « Mais toi, tu fais honte à mon équipage. » La baffe fut violente. La mâchoire d’Ewald déjà bien fragile, sortit de sa place originelle en un bruit sinistre vite comblée par des rires de buveurs. Le gamin se tortillait au sol. D’un regard, Dagon enjoignit Aifric à le mettre dehors. S’en retournant, Greyjoy fixa un instant son regard sévère sur Lakdahr. Il l’avait finalement reconnu. Un autre frère. Encore un. Mais celui-ci était différent.


"L'histoire morte est écrite à l'Encre, la variété vive s'écrit dans le sang."  

 
© frangin


Dernière édition par Dagon Greyjoy le Mer 10 Juil 2013 - 14:25, édité 1 fois
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Message Mer 10 Juil 2013 - 10:46

L'objurgation par les poings, il n'y avait que cela de vrai ! Il s'en allait lui refaire le portrait comme sculpteur le ferait avec la rocaille, même la plus hideuse des argentites pouvait être travaillée avec un sens artistique subjectivement développé – Lakdahr avait au moins l'art de frapper juste et fort. Mais s'il était assurément l'un des plus violents de la portée, il était rarement celui qui s'en venait chercher inutilement querelle bien qu'il était toujours le premier à y répondre. L'on ne le provoquait pas impunément, l'encre de la Seiche mêlée à l'ichor de Dorne avait édifié un petit métisse généreusement dosé en irascibilité – sa mère le lui avait toujours dit, qu'il ressemblait aux hommes de sa famille, à ces dorniens que l'on craignait pour leur légendaire pugnacité. Un compliment qui n'en était point vraiment un, car lorsque l'on naissait sur les Iles-de-Fer, l'on se sentait insulaire issu des roches et du sel, poupon des mers et de l'ignominie. L'on ne devenait pas fer-né, c'était une origine qui nous était accordée si, et seulement si, l'on voyait le jour sur le domaine du Dieu Noyé. Mais pour en garder le digne titre, encore fallait-il le mériter : et cela commençait pas ne jamais se laisser marcher sur les pieds par quiconque – sauf peut-être, le suzerain lui-même, question de survie. La cécité de l'ire empêchait cependant et désormais le garçonnet de se soucier des alentours, peu lui chalait que les autres forbans soient témoins de leur rixe, qu'ils en prennent même de la graine ! Voilà ce qui leur arriverait une fois qu'il serait à son tour adulte et apte à se faire respecter de tous. Douce candeur d'un enfant qui n'avait encore jamais rien eu à faire qui ne lui seyait guère, et persuadé qu'il en serait ainsi jusqu'à ce qu'il en est décidé autrement. Pour rien au monde n'aurait-il jalousé la place de cet inepte qu'il martelait en pugilat, il était même ardu à croire qu'ils avaient été engendrés par la même semence, un détail qu'ils étaient les premiers à occulter tant leur fratrie comptait d'individus, feu lord Balon eut été tout sauf un passif du stupre. Parfois, le jeune homme s'interrogeait : est-ce qu'un jour, emporté dans une impérieuse vésanie, l'actuel décapode doré ne choisirait-il pas de tous les occire – femmes-sel et marmots. - pour se débarrasser du chiendent qui l'importunait plus que visiblement ? Une solution de facilité, il était même surprenant qu'il ne soit pas déjà passé à l'acte, mais ce n'était après tout pas lui qui s'en lamenterait.

Harpé par sa furia, le galapiat continuait à cogner et ne réagit nullement lorsque l'un de ses bras fut immobilisé, se servant simplement du deuxième pour poursuivre son œuvre. Cependant, une douleur cinglante lui tarauda abruptement le flanc, il en étouffa une plainte avant d'être dégagé de sa victime et jeté plus loin comme s'il n'était rien ou si peu. A son tour, il s'alita de tout son long, se cognant d'ailleurs le menton qui lustra le sol et y laisserait de belles rougeurs ainsi que d'infimes plaies qui s'assécheraient rapidement. Il pouvait dès lors s'estimer heureux de ne pas s'être mordu et tranché la langue à coup de denture, il en fallait peu pour se meurtrir et, présentement, c'était davantage le mal qui lancinait en ses côtes qui le préoccupait. Y apposant une main tandis que les rires gutturaux des quidams résonnaient en écho, il se redressa en grimaçant et constata non sans stupeur que ce n'était nul autre que Dagon qui s'était dérangé pour les séparer. Son étonnement n'eut toutefois pas loisir de perdurer, puisque le mutisme le plus sépulcral qui soit se fit soudain lorsque Ewald eut l'impudence de prononcer le prénom de son capitaine. Le noiraud, de nouveau sur ses pieds, les observa alternativement sans savoir à quoi s'attendre, et lorsque le phonème de rogomme du seigneur l'interpella... Son échine se raidit. La sensation fut aussi innommable qu'étrange, c'était, il le pensait, la première fois qu'il l'entendait articuler son nom... Ce dont il se serait volontiers passé pour les décades à venir. Allait-il le tancer ? Le sanctionner ? Les dévots de l'Antique Voie n'étaient pas renommés pour leur grande mansuétude, et encore moins pour leur impartialité, alors, il y avait de quoi se ronger les sangs. Sans compter que son bougre d'ennemi était l'un de ses mousses... Fichtre, il allait le contraindre à lécher ses bottes pour les lui récurer, et encore, ce serait là un châtiment particulièrement suave en comparaison à ce qui pouvait être fait ! Son timbre tonna derechef pour exprimer une question qui lui sembla rhétorique, mais dont l'hypothèse était fausse – lui, emmerder l'encrier ? Ce dernier ne manqua évidemment pas de l'enfoncer, ce à quoi le sacripant répondit d'un beau doigt d'honneur vers l'intéressé, avant que toute la contrariété du lord ne se retourne contre celui-ci. Le basané mira avec effarement cette paluche s'écraser sur la joue d'Ewald avec une brutalité sans égale, sa mâchoire piaulant en un sinistre bruit. Mais ce fut un tout autre détail qui l'interloqua...

Il avait aperçu une bribe de matière opaline jaillir de la cavité buccale de son homologue, qu'Aifric traîna à l'extérieur de la salle de banquet, et se mit à la chercher du regard non sans curiosité. Il la repéra alors : une dent, là, par terre, à un mètre de lui. Sans doute son coup de tête avait-il abîmé la dentition de son martyr – et il y en avait certainement de quoi, le crâne lui en tournait encore ! - et la gifle administrée par l'auguste suzerain avait-elle achevé le travail. Lakdahr s'en rapprocha et la ramassa pour mieux l'examiner, féru de ces organes durs sans qu'il n'en sache la véritable raison – il gardait toutes les siennes et troquait déjà celles de ses compères lorsqu'il ne les leur extorqués pas. Une passion pour le moins truculente bien qu'encore pusillanime, et ce fut avec un air engourdi de contemplation qu'il releva ses onyx dans ceux de son demi-frère qui le fixait. Durant un instant, le temps s'arrêta... Ce fut comme si son corps et son esprit s'étaient ankylosés d'un commun accord, face au redouté et redoutable Kraken dont il avait presque l'impression de voir les dix appendices s'agiter avec menace. L'image en fut tellement terrorisante qu'elle ouvrit une brèche de lucidité et, sans crier gare, le diablotin prit ses jambes à son cou dans le dessein de quitter la frairie. Mais ce fut compter sans l'intervention d'un des membres de l'équipage attablé qui, voyant le petit passer près de lui, le retint brusquement par l'arrière de son col, quitte à l'étrangler au passage.

« T'vas où comme ça ? Lâche-moi !! C'est qu'il s'agite comme une vraie pucelle le morveux ! C'est ta mère la pucelle ! » Les écumeurs hurlèrent et se désopilèrent en choeur. « J'vais t'botter le cul p'tit con ! Allez vas-y, montre-moi comment tu t'tapes, on va s'marrer ! »

Le pirate bouscula le chenapan et se leva de son siège pour mieux se mettre en positon de combat à mains nues, toujours sous l'hilarité et l'attention générale. En face, le noiraud courba un sourcil dubitatif : il n'arrivait même pas au plexus de cet homme, comment pouvait-il espérer le vaincre ? Et puis, la situation commençait à sentir le roussi, mieux valait pour lui qu'il prenne la poudre d'escampette avant que les choses ne dégénèrent. Mais c'était bien plus facile à dire qu'à faire, car en guise de provocation, son antagoniste lui asséna une tape du plat de la main directement sur le faciès, lui écrasant le nez par la même occasion. Pris au dépourvu tant par la contingence du geste que par la fugace mais vive douleur, le garçonnet se tint l'arrête nasale en grognant, puis laissa la colère prendre le pas sur le reste. Il voulut naturellement se faire vengeance et, du haut de ses dix ans, tenta de frapper le bougre qui prenait un malin plaisir à le ridiculiser. Ce dernier l'évita sans aucun mal, une fois, deux fois, et à la troisième, il profita de son esquive pour mettre un grand coup de pied dans la croupe de ce pauvre Lakdahr qui en geignit. Il massa son fessier malmené puis décocha un regard noir au cuistre qui se gaussait, et sur lequel il lança un nouvel assaut. Mais il fut aisément arrêté, son adversaire n'avait eu qu'à tendre son bras et le tenir par le front pour que la distance entre eux soit suffisante à le protéger des petits poings du galapiat qui moulinait alors dans le vent. C'en était lamentable...

« Tu t'bats comme une donzelle ! Tu m'emmerdes. Coucouche panier ! » Se disant, le bélître appuya son pied sur le torse de l'enfant et le propulsa plus loin, aux abords du suzerain. Nul doute qu'il serait couvert d'hématomes dès demain ! Pour autant, le basané se releva, prêt à mener une attaque supplémentaire – c'est qu'il était opiniâtre, dans son genre ! - il sentit les mains d'un autre corsaire s'abattre sur ses épaules et le retenir. « T'es pas armé pour, petit, tiens, plante-le ! » Sans comprendre, il se retrouva subitement avec un long coutelas parfaitement aiguisé entre les phalanges, les prunelles écarquillées par la situation qui prenait un tournant inopiné et dangereux, ce qui fut pourtant loin d'effaroucher son concurrent. « Ouuuuh ! 'ttention les gars, il va tous nous la foutre dans l'cul celle-là ! Tu permets que j'me tortille pendant que tu m'l'enfonces ? » Les rires se substituèrent aux encouragements, certains tapèrent même en cadence sur le mobilier pour que le guerrier en herbe se décide à user de sa lame, lui qui n'avait encore jamais tué un homme. Il considéra l'assemblée d'un regard un peu perdu, sa réflexion s'emballant simultanément à son eurythmie – trop de pression, mais il lui fallait agir. Et finalement, ce fut dans le bois de la table qu'il planta l'arme, avant de déclarer d'une voix acerbe. « Va t'faire mettre par les continentaux si t'aimes tant ça, fot-en-cul ! Moi, j'risquerai pas que l'suzerain foute ma tête sur une pique juste pour ta gueule, j'ai que dix ans, mais j'suis pas si con ! » Voilà qui était parler en mâle. Non ? « Haut comme trois pintes et ça croit tout savoir ! » Le garçonnet plissa les yeux alors que son antagoniste se rapprocha. « Y a un avantage à avoir ma taille. Ouais, juste à bonne hauteur pour avaler les verges. Allez, dis "AAAH" ! C'presque ça, mais c'est toi qui va dire AAAH ! »

Et effectivement, la seconde suivante, le pirate hurla lorsque le poing du petit démon heurta ses parties génitales de plein fouet. L'olibrius tomba à genoux et Lakdahr en profita pour fuir, il passa sous la table pour mieux resurgir de l'autre côté et être à même de partir sans se faire à nouveau alpaguer. Ce fut du moins naïvement ce qu'il crut, mais à peine son crin d'ébène réapparu, un autre fer-né l'attrapa à son tour et le força à s'asseoir sur la place vacante auprès de lui... A seulement un mètre de Dagon – c'était décidément sa fête aujourd'hui ! Une décennie à éviter son aîné et voilà que ce soir, il se faisait pleinement remarquer sans même le vouloir. Loin d'être accoutumé à siéger ainsi à la table des membres de la Sirène Noire, l'angle de vue était nouveau et particulièrement angoissant, nul besoin d'être clairvoyant pour remarquer qu'il était mal à l'aise et ne rêvait que de s'en aller. Des bonnes grâces du lord, il n'en voulait pas, bien au contraire, il préférait encore être un paria paisible dans son coin qu'un quidam reconnu de tous avec une épée de Damoclès au-dessus de lui. Certains étaient faits pour porter des responsabilités, ce qui n'était point son cas, il en était intimement persuadé.

« Reste là ! Lakdahr, c'est ça ? T'es marrant ! En plus, avec ta bosse, on dirait que t'as une couille qui te pousse sur l'front ! » La lourde paluche du forban fourragea l'épaisse crinière du noiraud qui feula en se dégageant de sa prise, puis il tâtonna ladite protubérance avec une mimique mortifiée. « J'ai pas souvenir de t'avoir d'jà vu sur un boutre ? J'navigue pas. Tu quoi ?! J'navigue pas ! J'aime pas ça. » Plusieurs en tombèrent des nues, et il y avait de quoi. Un insulaire qui n'adorait pas les flots ? En réalité, le diablotin n'avait guère jamais posé chausse sur un bateau, mais n'y était pas plus tenté que cela, encore parfaitement à l'aise dans les jupons de sa génitrice. « T'aimes pas bourlinguer ?! Ca veut dire que t'es pas un vrai fer-né gamin ! Si, j'en suis un ! Un vrai fer-né est un mataf qui préfère la mer aux miches de sa femme ! T'as trop de sang venu d'ailleurs, t'es qu'un continental à en dev'nir. C'est pas vrai ! C'est juste que... J'ai d'comptes à rendre à personne ici ! » Cette fois, il aurait mieux valu s'abstenir de tout commentaire, mais il était trop tard. « Oooooh ! Z'entendez ça cap'taine ? Il doit rien à personne ! »

Le jeune garçon éleva ses obscures agates sur le suzerain et prit seulement conscience du poids de ses mots et de la mauvaise interprétation que l'on pouvait en faire. Qu'était-il, lui, à côté d'un Greyjoy de patronyme ? Qu'un demi-poulpe racorni. Et encore... De honte, il baissa immédiatement les yeux pour s'intéresser aux miettes devant lui, priant silencieusement pour qu'on ne l'estropie d'aucun membre.




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Dagon Greyjoy
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Message Mer 17 Juil 2013 - 11:58

La scène du ramassage de dents amusa intérieurement le Suzerain. Peut-être était-il le seul à y voir une précoce fougue meurtrière. Le jeune Lakdahr, même s’il venait de ravager avec entrain le mousse du navire, ne payait pas de mine. Il était certes plus grand que la moyenne de son âge, mais il n’avait pas encore une carrure de marin. Dagon savait pourtant très bien que cela ne voulait rien dire. Qu’était-il lui-même à dix ans ? Guère plus qu’un poulpe flasque et sans volonté, malmené par les gredins de son âge. S’il avait choisi de frapper sans retenue Ewald, en prenant parti pour Lakdahr, c’était que contrairement aux ragots, le Lord Greyjoy jugeait toujours un homme sur ses actes et non sur une quelconque première impression – même si sa première impression était souvent très proche de la réalité. Il connaissait bien Ewald, depuis plus d’une année qu’il faisait partie de l’équipage. Il avait un côté trop lisse qui le dérangeait. Tout était toujours exécuté à la perfection, à la limite du étrangement louche. Même si Dagon avait montré des prédispositions pour la navigation, il s’en était pris plein la tronche pendant toute sa première année d’entrainement. Que son jeune frère s’exécute avec autant de réussite avait quelque chose de dérangeant. Mais au combien le suzerain se sentait trompé, il ne pouvait réprimander un marin pour bonne conduite. Ce qui était le plus étonnant, c’était la puissance des gênes Greyjoy dans chacun des membres de la fratrie. Dagon en était d’ailleurs le plus éloigné. A croire que peu importait la mère, femme de sel ou de roc, toujours la puissance de la famille prenait le dessus. Rassurant.

Les yeux rivés sur Lakdahr, Dagon essayait de voir plus loin que le personnage agité. Son air, bien que totalement naturel, avait un effet menaçant. Bien pratique. Un rictus lui étira la bouche lorsqu’il vit Lakdahr décamper comme un lapin. Il était au moins plus aisé de se débarrasser de cet importun que de la plupart des autres de ses frères. Il ne prit pas la peine de le rappeler. Il savait que la réprimande d’Ewald avait été utile aux deux jeunes. Aifric arriva dans la pièce, l’avant-bras tâché de sang. Dagon haussa un sourcil amusé en voyant son confrère. Ce dernier répondit de but en blanc :

« C’pas croyable comme il pisse ! Pour sûre qu’sa mâchoire elle va po pouvoir lui servir un moment. Pis j’crois, qu’il a dû paumer quelques dents au passage ! »

Secouant son bras pour en faire tomber l’excédent de sang, Aifric retourna à sa place originale, forçant les deux marins encore assis à se pousser pour lui laisser de quoi s’assoir. Sur ce, Dagon fit le tour de la table pour rejoindre Brorn qui rongeait un os de poulet sans mot dire. Le barreur fit un geste vague de la tête pour indiquer à son suzerain de se retourner. A peine pensait-il s’être offert un moment de tranquillité que déjà, ses hommes prenaient un malin plaisir à provoquer Lakdahr. Se penchant par-dessus la table, le Lord empoigna sa chope de bière. Le spectacle allait être divertissant. Et il n’interviendrait pas une nouvelle fois. Avec plaisir, il remarqua que l’entier de la troupe prenait part au combat. Des paris se dessinaient d’un côté de la tablée tandis que de l’autre, on tapait des mains pour encourager les deux forbans. L’attention de Dagon était entièrement concentrée sur le plus jeune. Caché par son verre de boisson, il était cependant assez discret pour que le petit ne se sente pas visé. Si le combat était loin d’être équilibré, le galopin ne manquait pas de ressources. Il se laissait trop mener par la rage mais étonnement, contrairement à beaucoup autour de la table, il était encore assez lucide pour décider de ses actes. Il le vit alors voler non loin. D’un regard, il enjoignit le marin qui s’était retourné pour relever le jeune et lui tendre un couteau. La réaction du petit novice le prit de court. Il tournait sa chope dans sa main lorsque Brorn se pencha vers lui pour lui indiquer :

« T’as d’jà foutu une tête d’un de tes frangins sur une pique ?
Demande à Aifric. Pourquoi tu m’parles des bâtards ?
Parce que si je t’connaissais pas, j’dirai que c’est à ça qu’ressemble un Greyjoy. »

Du bout de son os rongé, Brorn indiquait le garçon qui venait de faire chanter l’un des marins les plus robustes de la Sirène. Brorn connaissait le feu Lord Greyjoy de ce qu’il en avait longtemps entendu de Tom, le Forgeron. Et il n’y avait pas à le reprendre là-dessus. Tous les fer-nés s’accordaient pour dire que l’ancien Suzerain n’avait que le nom de semblable à l’actuel. Bavard, toujours à hausser le ton et à distribuer des claques à qui voulait bien en recevoir, son éternelle supériorité avait eu raison de lui. Dagon déglutit le fond de sa bière avant de répliquer froidement.

« C’est pour cette raison qu’il n’y a plus de pique dans l’armurerie. » Son compère éclata d’un rire franc. Il savait à quel point Dagon haïssait son père. La marmaille de frères qu’il lui avait légués ne faisait que lui rappeler le passé. Passé qu’il voulait à tout prix oublier. « Tu vas faire quoi pour Ewald ? Parait qu’Aifric a un neveu du même âge, ça coûtera rien d’tester. »  Le barreur avait la fâcheuse tendance à devancer les réponses. Dagon se contenta d’enfoncer un bout de viande salée entre ses dents. Il en était toujours ainsi avec son voisin. Peu importait la discussion, chacun avait un argument, que Dagon finissait par trancher en sa faveur et en bon camarade, Brorn se contentait d’un "oui oui" le sourire aux lèvres. Après réflexion, il était souvent coutume que le barreur était le plus juste.

Toujours concentré sur son repas, maintenant que la rixe était terminée, il reconnut le timbre du jeune voyou non loin. S’il écoutait attentivement d’une oreille, son regard était toujours tourné su son marin qui argumentait désormais sur le mauvais temps qui leur ferait probablement suivre une autre route le lendemain. Les mains engluées dans les viscères d’un poisson qu’il décortiquait, Dagon s’en retourna lorsque son autre voisin l’apostropha. Vu comment il avait balancé sa phrase, s’était à se demander si le suzerain n’était pas complètement sourd. Ce dernier pivota la tête et baissa les yeux sur Lakdahr qui détourna le regard. Le nez du Greyjoy se retroussa. Il n’était pas friand de la fuite et de la soumission. En réponse, il détourna lui aussi le regard. Et se terra dans le silence. Avant de balancer tout en décortiquant violemment son poisson qui avait de la chance d’être mort.

« Ca s’invite au festin du boutre principal de la Maison Greyjoy, ça provoque un marin de première qualité, lui fracasse le visage sur le sol même de la grande salle, propriété du Suzerain, et comme ça ne suffisait pas,  ça en émascule un autre… » Le ton était cassant, accentué par les couinements du poisson. Le voisin de Lakdahr explosa de rire, comme plusieurs de la salle. Leur rire s’estompa devant le faciès de Dagon qui trahissait un mécontentement certain. « Y a pas à dire. » Et changeant de stratégie du tout au tout : «  Il y a de sacrées failles au sein de la maison mère… on croyait pourtant que Lord Balon en avait comblé tous les trous. » Les marins martelaient la table des points, ou des chopes, selon les préférences. L’attention reportée sur son poisson dont il fourra une grosse part dans la bouche, Dagon n’avait pas daigné regarder Lakdahr, comme si ce dernier était transparent. Néanmoins, il savait que ce moustique allait lui filer entre les doigts s’il lui laissait croire qu’il n’y aurait pas de représailles pour son geste envers Ewald.

Le voisin de Lakdahr le poussa du bassin pour que le petit se retrouve aux côtés du suzerain qui mangeait en silence. Un brouhaha indéchiffrable avait à nouveau envahit la salle et en dehors de Brorn et du voisin de Lakdahr, aucun marin n’écoutait la discussion entre les quatre protagonistes. «  Alors, que comptes-tu faire ? tu dis ne devoir des comptes à personne ici, et en cela je suis d’accord. Je connais suffisamment Ewald pour savoir qu’il est à l’origine de cette petite remise en place. Cependant… » Il s’autorisa une minute de silence, premièrement pour se rincer la bouche d’une longue coulée de boisson, et pour asseoir ses paroles. « Par ta faute, un marin manque à l’appel. » Dagon savait pertinemment que le petit n’était pas le seul responsable. Il avait été heureux de se débarrasser d’Ewald mais de là à prétendre qu’il le mettait officiellement hors course, il y avait de la marge. Le troisième marin répliqua alors : « Ouais mon p’tit gars. Tu dis qu’t’es un fer-né, alors t’dois en suivre les règles. Quand tu élimines un membre de la Sirène, volontairement ou po, bah t’dois prendre sa place. » Et à Brorn d’ajouter.  «  En réalité, tu dois proposer une personne mieux que lui pour le remplacer. Mais comme nous partons à l’aube… tu risques de devoir te proposer toi-même, à défaut de quelqu’un d’autre. » Dagon restait de marbre entre les deux. Il avait beau être Capitaine et Suzerain de la compagnie ici présente, il n’en faisait jamais étalage. Mais après un instant, il ne put s’empêcher d’ajouter, en se penchant aux côtés de Lakdahr. 

« Et va pas croire tout ce que raconte Ewald. J’en ai strictement rien à branler que ton père ait été le mien. Dérange encore une fois mes hommes et ta tête se retrouvera clouée sur la figure de proue de mon bâtiment. »

En se redressant, Dagon esquissa un sourire qui sur un autre visage, aurait été véritablement amical. Sauf que niveau amitié, le Suzerain ne se battait pas dans la même catégorie que les autres.


"L'histoire morte est écrite à l'Encre, la variété vive s'écrit dans le sang."  

 
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Message Lun 29 Juil 2013 - 10:33

Même s'il l'avait désiré, qu'aurait-il bien pu faire face au suzerain des Iles-de-Fer ? Certains galapiats de son age n'hésitaient point à faire bravade à leurs aînés, seigneurs ou non, par simple fierté de futur forban. Lakdahr n'était pas bien différent, preuve en était alors qu'il avait – même par contrainte. - mené une rixe contre l'un des matafs qui se remettait graduellement de la vile riposte orchestrée par son jeune adversaire. De façon somme toute générale, il ne craignait guère les adultes, sauf... Dagon. Sûrement car il était le seul à être en mesure à l'obliger à agir contre son gré, il était le premier héraut des Greyjoy, des gènes qui, disait-on, maculaient tout être en étant porteur d'une indicible et immuable tare, potentiellement latente au meilleur des cas. Le jeune homme tenait avant toute chose à sa vie – et plus tacitement, à celle de sa mère. - raison pour laquelle il ne voulait se placer sous l'aile ou le joug de personne en cet archipel. Son intuition, largement chaperonnée par celle maternelle, lui vociférait déjà de n'avoir confiance qu'en lui-même, et peut-être également en Gabriel quand bien même ce dernier lui était particulièrement incommodant. Ainsi entouré par des bélîtres qui auraient occis leur propre père pour avoir une meilleure place sur le boutre de leur suzerain, le garçonnet se sentait inconfortable, un fait d'autant plus véridique lorsque ce dernier s'intéressa d'un peu trop près à lui. Fichtre, lui qui était venu résolu à passer inaperçu avait plus que jamais échoué en cela, c'était même la première fois qu'il pouvait contempler son frère d'aussi près, ce dont il se serait volontiers passé. Ses sombres agates subitement éprises d'une passion sans lisières pour le bois rongé de la table, il ne souffla mot, et se contenta de s'enfoncer toujours plus dans son siège au gré des paroles lui remémorant toutes ses fautes de la soirée. Pis encore, il se fit même injurier de faille, et si chacun des rejetons de feu lord Balon devaient être taxés de cela, les failles étaient effectivement sacrées et nombreuses. Se sentir comme la cible immobile de toutes les railleries aurait presque faire grimper le pourpre aux pommettes du noiraud qui se terrait dans un mutisme honteux et offusqué, conscient que nonobstant ses utopies sur son libre arbitre, il n'aurait d'autre choix que prouver à ses pairs qu'il était digne de leur estime. Le fer-prix et l'Antique Voie, voilà par quoi il se devrait de vivre.

Le garçonnet grogna lorsqu'il se fit bousculer pour changer de place et atterrir aux abords du Greyjoy, qu'il guigna discrètement avant d'observer la salle où les activités reprenaient chacune de leur côté. Son air songeur disparut alors que le phonème guttural du fer-né en chef s'éleva à nouveau pour s'intéresser à son devenir, ce à quoi Lakdahr ne répondit qu'un haussement d'épaules puéril et distrait, incapable de savoir de quoi l'avenir serait fait. Son futur proche en revanche, menaçait de prendre des atours qui le laissèrent tout d'abord sceptique d'incompréhension, avant que l'essence de l'idée ne lui soit dépiautée par un marin, puis un second. La vision le glaça : lui, sur la Sirène Noire ? Improbable ! Cette perspective ne lui seyait pas le moins du monde et il s'apprêta à le faire savoir, hochant négativement et rapidement la tête, ses lippes entrouvertes pour prendre la parole... Qui fut abruptement saisie par une Seiche qui tenait à ce que les choses soient claires et concises. Son cadet eut une instinctive mouvance de recule lorsqu'il se pencha vers lui, puis il l'observa et sentit un frémissement d'effroi sillonner son épine dorsale à ce sourire tout droit sorti des limbes. Il ne doutait pas une seule seconde que les membres morcelés de son corps iraient ornementer le bateau seigneurial si son capitaine en décidait ainsi, et très loin de lui l'envie d'expérimenter ceci. Toutefois, il n'apprécia guère être tacitement qualifié de crédule qui prêtait fois à tout ce que l'on pouvait lui conter, ce qu'il fit savoir après avoir sourcillé.

« M'en branle de c'qu'il raconte l'autre connard, Ewald tout c'qu'il veut c'est être ton préféré, et c'est pas mon problème. C'est une commère pire qu'une donzelle et il s'croit tout permis juste parce qu'il est mousse sur la Sirène Noire... Avec des dents en moins il arrêtera p't'être de la ramener. » A ces mots, il posa son coude sur la table et s'amusa à triturer la dent qu'il avait précédemment ramassée. Il s'amusait irréfutablement du sort qu'avait été celui de l'encrier dont, il l'espérait, il n'entendrait plus parler au moins le temps de sa convalescence. Une excellente et une funeste nouvelle à la fois, car il n'était évidemment point même question que ce soit lui qui le remplace jusqu'à complet rétablissement ! Il considéra ses trois interlocuteurs d'un regard prudent, comme si l'un d'eux était susceptible de lui arracher les yeux à tout instant, puis reprit après avoir logé son trophée dans le creux de sa petite paume. « J'suis p't'être meilleur bagarreur que lui mais il astique beaucoup mieux que moi, j'lui arrive pas à la cheville pour ça, pis j'suis même pas sûr de tenir debout sur un pont ! J'ferai pas un bon marin, z'aurez tôt fait d'me jeter aux requins... » Tentative d'auto-persuasion, qui n'était pas si fausse qu'elle n'aurait pu semblé l'être de prime abord. Il ne serait qu'un élément inutile sur un boutre, une véritable perte de temps, c'était ce qu'il avait l'espoir d'insinuer dans l'esprit de son aîné qu'il ne désirait pas suivre dans sa prochaine pérégrination. Demeurait cependant le souci du mataf manquant, mais à chaque problème sa solution – du moins, en apparence. « J'ai l'temps d'faire trois fois l'tour de la forteresse avant que l'aube pointe, y a plein d'gosses qui tueraient pour une place sur ton boutre, j'suis sûr que j'en trouverai un ! » La plupart de leurs demi-frères encore jeunes seraient volontaires pour ce rôle, le noiraud était même paré à parier qu'ils remueraient la queue de concert à l'instar de braves limiers devant leur maître, et celui-ci n'aurait plus que l'embarras du choix. « T'façon moi j'peux pas, j'suis... Fatigué... Ouais, très fatigué ! Même, trop ! » Et pour appuyer la pire excuse du monde, il exposa sa glotte dans un énorme bâillement feint et s'étira pour faire craqueter son ossature. « J'vais... J'vais y aller... Par là... Hum... »

Avec une large risette forcée et un index pointé dans la direction de la sortie, le chenapan passa précautionneusement une gambette sur le côté, puis une seconde, et se hissa tel un serpent tout en évitant tout contact avec le décapode doré. A la suite de quoi et avant de se refaire harponner par un quelconque olibrius, il décampa à toute allure, fort de la vélocité de sa carrure d'enfant. Il louvoya entre les quidams et quitta finalement la salle, se hâtant de traverser les corridors pour se réfugier dans une aile bien moins fréquentée. Une fois sa course achevée, il eut le réflexe de vérifier ses arrières par la candide crainte d'avoir été suivi, ce qui n'était assurément point le cas – si Dagon voulait le retrouver, il y parviendrait sans mal. Un long soupir résonna dans le couloir, qui le vida de toute son anxiété et lui fit tirer un trait indélébile sur cet épisode. Naïf et inconscient qu'il était de penser que l'on aurait tôt fait de l'oublier, il prenait la règle exposée par les adultes avec frivolité, à ses risques et périls... Un nouveau mousse pour la Sirène Noire ? Il ne s'importunerait pas à en chercher, il jugeait avoir bien mieux à faire : aller quémander sa pitance à sa génitrice, par exemple. Sa dernière gamelle avait fini sur ses nippes, renversée par cet impudent d'Ewald qui devait amèrement regretter son geste désormais. Le diablotin admira par ailleurs les vestiges de leur algarade, son haut et ses braies étaient tous deux maculés de sauce et de gras, il les entendait d'ici, les remontrances de sa mère ! Incapable de se bâfrer proprement à son âge, lui dirait-elle, mais il lui ferait promptement comprendre qu'il avait eu son lot de contrariétés pour la soirée.

Encouragé par le grondement du tonnerre qui faisait toujours rage en extérieur, Lakdahr rallia la chambre maternelle où il fut accueilli avec autant de soulagement que de désespoir – les mouchetures sur ses frusques n'avaient pas manqué de faire leur effet. Mais tel un petit roi tout à fait ingrat, le jeune homme ne fit que chasser les caresses affectueuses d'Isabel pour mieux la sommer de lui faire son souper, ce à quoi elle se plia sans mauvaise volonté, prête à tout pour satisfaire la chair de sa chair. Mère et fils passèrent le reste du soir à converser et à se chicaner, jusqu'au moment où, épuisé par une journée chargée en rebondissements, les paupières du galapiat se firent lourdes, et il s'abandonna à l'inexorable sommeil tout contre le sein de la sylphide. Assoupis dans la même couche, dans les bras l'un de l'autre, la nuit fut quiète et propice aux beaux songes, si bien que nul ne vit le danger gravir les escaliers et s'immobiliser à leur huis. Le garçonnet dormait tel un loir, à demi installé sur la douce et plantureuse femme-sel qu'il sentit soudainement mouvoir dans les draps. Elle l'écarta et se leva, geste qui interpella bien fugacement son fils qui se contenta simplement de s'allonger dans toute la diagonal du lit. Du moins, jusqu'à ce que la voix pétrie d'épouvante de la dornienne ne fasse écho dans la pièce... « Monseigneur Greyjoy... ! » Le sang du sacripant ne fit qu'un tour et il eut alors l'automatisme le plus absurde qui put être : il s'enfouit sous les couvertures. Une cache de laquelle son frère ne le débusquerait jamais, à coup sûr ! Tremblotant comme un animal que l'en était venu égorger pour le repas, il fallut de longues secondes avant qu'il ne daigne sortir la tête de son antre, pour les voir là : Dagon au centre de la chambre et Isabel face à lui, qui camouflait son décolleté des deux mains et gardait humblement ses onyx fixés sur le sol en signe de respect et soumission. Le petit noiraud ne perdit pas de temps, il bondit de la couche et se réfugia derrière la croupe maternelle, comme si la belle avait été encline à le protéger du Kraken. Paluches posées sur les hanches de sa mère, il n'osa croiser les calots du suzerain plus que certainement venu pour lui. « Lakdahr... J'ai rien fait ! Mon trésor tu... J'veux pas y aller... ! » Se disant, il s'inclina sensiblement sur le côté pour exposer son crin et ses deux orbes de jais à la Seiche, qui ne se laisserait pas attendrir si aisément...




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Dagon Greyjoy
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Message Dim 25 Aoû 2013 - 20:58

Etrange tout de même, que de constater à quel point ce jeune bambin en avait dans la caboche. Ce n’était pas la peur qui surprit le plus le Suzerain mais la franchise sans borne dont faisait preuve le plus jeune. Nombre de ceux qui prétendaient suivre Dagon pour ce qu’il était et non ce qu’il représentait n’étaient pas capable d’avouer franchement ce qu’ils avaient en tête. Si l’honnêteté était manière d’enfant, le Capitaine ne pouvait croire que son voisin prononçait ses paroles sans en comprendre le sens. Plus étonnant encore, la lucidité incroyable de Lakdahr. Dagon n’avait aucune idée du nombre de fois que ses deux frères s’étaient croisés et pourtant, celui encore présent dans la pièce venait de dépeindre très efficacement son ainé. Ce cadet était donc franc, perspicace et bagarreur. De quoi présager un bel avenir ! Du moins, c’est ce que laissait présager l’attitude du petit édenteur. Un instant, Dagon laissa son regard traîner sur la table, pour remarquer que son voisin s’amusait avec l’une des dents d’Ewald. Le Suzerain, qui avait pourtant été le cogneur, ne s’était pas même rendu compte qu’il avait fait cracher de l’émail à son mousse. Il avouait s’être fait plaisir en frappant sans trop de retenue.
 
En même temps que Brorn, bien que plus discrètement, Dagon répondit en riant à la réplique du garçonnet qui tentait bien que mal de justifier un manque certain d’entrainement sur un boutre. En même temps, le gosse devait avoir dans les dix ans, autant que le suzerain puisse en juger. A son âge, ce dernier était… il valait mieux ne pas se souvenir de à quoi ressemblait le Lord à cet âge-là. Devant la détermination du pirate et herbe et son spectacle somnolant, Dagon décida de le laisser prendre la poudre d’escampette. Ses hommes l’avaient déjà oublié, tournés désormais vers un attroupement qui semblait présager une danse du doigt. De quoi faire oublier à tous l’incident précédent et laisser la joyeuse soirée continuer son train infernal jusqu’à ce que tous les hommes attablés là s’endorment comme après une rude bataille. Là seulement, le suzerain s’éclipserait tout en échafaudant un plan pour ne pas se retrouver nez à nez avec sa harpie de femme, Lady Cerrena Greyjoy.  
 
 
# # Le lendemain matin # #
 

Le boutre de la maison Greyjoy tanguait langoureusement dans la crique de Lordsport. Chargé de rations pour un peu plus d’une semaine, une trentaine d’hommes était déjà à bord. Assis, recourbés par-dessus bord, repliant l’unique voile triangulaire, tous étaient affairés. Des insultes ricochaient d’un bout à l’autre de l’embarcation de bois qui tangua de plus bel lorsqu’une caisse changea brusquement de bord. Des éclats de rire englués d’alcool rendaient l’atmosphère festive et agréable.
« Brorn ! Sans rire, Ewald, l’est toujours bouffi comme une grosse truie à ce que m’a dit Aifric. Parait qu’à peine y bouge, il se met à couiner et qu’il manque d’s’étouffer avec son propre sang… »
Le barreur se contenta d’un haussement d’épaule. Que pouvait-il bien y faire de toute manière ? Fort peu. De son point de vue, ne pas s’embarrasser d’un gamin aussi lécheur de bottes qu’Ewald l’arrangeait. Balançant plusieurs caissons par-dessus bord, il poussa un ordre énergique au vent pour que les quelques traine savates se remette au travail. Le vent allait être clément et il ne fallait en aucun cas perdre du temps. « Aifric ! J’croyais que ton neveu ferait l’remplacement ?! » lança Brorn en arrimant une caisse au fond du boutre. L’autre le regarda étonné avant de se mettre à râler. «  Roo faudrait savoir bordel ! La Seiche m’a dit qu’il s’en chargeait… » Brorn haussa les sourcils et dévia le regard sur la citadelle en contre haut. En y repensant, le Capitaine avait peut-être décidé de prendre au sérieux la loi fraichement inventée pendant le festin ? Le barreur éclata de rire. Non, pas possible.
 
 
Bam Bam Bam
Dagon venait de marteler la porte à coup de hache. Sa longue épée était enfoncée dans la sangle qu’il portait autour de l’épaule droite. Dans la main gauche, une hache courte et légère, de lancer, qui raisonnait encore du choc provoqué sur le bois de la porte. Il se contenta d’un bref signe de la tête à l’adresse de la jeune femme-sel. Il n’en voulait nullement à Isabel. Contrairement à bien d’autres, elle se faisait très discrète et ne tentait jamais d’obtenir les bons soins de l’héritier de la maison. Mais tous le savaient dans la citadelle, pour décrocher quelques mots au suzerain, il fallait qu’il soit ivre ou en compagnie de ses marins. Il entra dans la pièce à la suite de la mère. Il n’y avait pas besoin de chercher bien loin. Il venait pour Lakdahr. Il resta silencieux devant le manège de l’enfant. Apeuré comme un lapin, l’animal venait de sa camoufler derrière sa maman. Dagon arqua un sourcil réprobateur. Visiblement, du gène Greyjoy, ce demi-poulpe en avait pris la désagréable habitude à fuir l’ennemi. Du moins, c’était ainsi que Dagon voyait son père, toujours en deuxième ligne, caché derrière des guerriers robustes. Un gène qu’il faudrait éradiquer au plus vite. Le suzerain réajusta son épée avant de s’adresser directement à Isabel sur un ton poli bien que franc et sans douceur. « Ton…"trésor" a cru bon de faire le malin en la présence de mon équipage hier soir. » Sachant que la répartie de Lakdahr n’allait pas manquer, Dagon coupa l’herbe sous les pieds du petit. « Quoi qu’il en soit, il prend la mer avec nous. Il te reviendra dans un peu plus de deux semaines. »  Il n’y aurait pas plus d’explicatifs et Isabel, bien qu’inquiète pour son unique garçon, n’insista pas. Il n’était pas bon de mettre en rogne le suzerain de bon matin, qui plus est, si ce dernier s’empare de votre fils pour la quinzaine à venir. Dagon baissa le front en guise de salutation et sans plus de ménagement, dégagea Lakdahr de sa mère. Si l’attraper par le bras suffit à l’en extirper, Dagon ne manqua pas de le balancer joyeusement hors de la pièce, lui interdisant tout retour en arrière. Dans le couloir, le plus jeune se fit réceptionner par Harlon Harloi, dit le Rouge. Ce grand gaillard barbu et costaud était le prêtre principal du Dieu Noyé. S’il faisait respecter les coutumes du Dieu, il lui arrivait aussi fréquemment de prendre part directement aux batailles. Un sourire malicieux étira les traits de l’oncle du suzerain. De quatorze ans son aîné, Harlon était le seul à avoir un minimum de poids face au Greyjoy. Mais l’inverse était toute aussi vrai. Dagon prit les devant, descendant les marches jusqu’à la cour deux par deux. Retenu par le vêtement, Lakdahr était fait prisonnier de la poigne de fer du religieux qui se mettait à le gronder sauvagement en cas de tentative d’escapade.
 
Aifric fut le premier à remarquer le mystérieux trio qui arrivait au port. Il flanqua une magistrale claque dans le dos de Brorn qui manqua un pas, se rattrapant à la barre. Relevant la tête, il comprit ce qui avait étonné son confrère, et subitement réduit à néant les discussions à bord du navire. Le Capitaine sauta à bord, avec une agilité qui n’était rien de plus que de l’habitude. Harlon aida Lakdahr à monter – pour ne pas dire qu’il balança se dernier à bord – et monta à son tour, gagnant l’avant du navire pour marmonner des prières aux dieux fer-nés. Le plus jeune se retrouva à bord, et s’il tenta un instant de sauter à l’eau, sa course fut vite arrêtée par les rameurs qui s’étaient assis sur les banquettes pour dégager l’embarcation du bord.  « Harlon ? »  « Ce qui est mort ne saurait mourir ! » beugla l’intéressé depuis la proue. Les hommes reprirent en cœur. Le signal de départ était lancé. Les quatre boutres voisins firent de même. Un homme, le dos contre le mât, jouait du tambour, permettant de rythmer les rameurs des embarcations. En dehors de Dagon, le plat de la main sur la figure de poupe aux côtés de Brorn, tous s’étaient confortablement installés dans le fond du bateau qui tanguait quelque peu. Le suzerain avait le regard dardé sur l’horizon, tandis que son voisin ne pouvait enlever le sien de la petite chose visiblement mal à l’aise dans la barque fer-née. Et pourtant, La Sirène était l’un des plus grands et des plus stables. Après quelques minutes, le clapotis des vagues augmenta considérablement, au même titre que le mouvement de bascule du navire. Ils venaient de sortir du semblant de crique qui protégeait le port. La mer était désormais à eux.

 
# # Une flopée d'heures plus tard# #
 

« BORDEL ! » Un cri tout à fait agréable fit sortir Dagon de son état somnolant. L’épée resserrée contre sa poitrine, il s’était assis contre le rebord, laissant la fatigue le submerger. N’ayant rien ressentit d’alarmant, le cul sur le pont, il ne prit pas la peine d’ouvrir les yeux. Tryce, l’une des grandes gueules du navire, celui qui avait fait imposer la règle bidon à Lakdahr, venait de s’encoubler lamentablement sur le pont, à s’en fracasser la mâchoire. L’équipage ne manqua pas de l’insulter de toutes parts. « Morveux de mes deux, tu vas finir à la mer ! »  Se relevant sur ses pieds, il remonta avec lui Lakdahr par le col de son vêtement. Menaçant, il lui fallut de peu pour ne pas exécuter son geste. Le navire vira brusquement de bord, involontairement. En réalité, Brorn qui avait observé la scène depuis le départ, savait que la faute était toute entière à Tryce. Probablement seule âme juste sur ce navire, le fer-né avait pris position pour le petit. Tout confus, il fit semblant de ne pas comprendre ce qui venait de se passer. L’équipage retourna à ses affaires. Dagon souriait derrière son épée. Il connaissait par cœur son voisin. Réajustant sa position, le suzerain étendit ses jambes devant lui, toujours les yeux résolument fermés. Il manqua de peu de provoquer un autre incident. Brorn, après avoir réajusté la trajectoire du navire guidé par la force du vent, avait fait signe au garnement de s’approcher. Ce que ce dernier avait fait. Brorn, à l’instar de Harlon, était l’un des rares à posséder une totale liberté de mouvements sur le boutre. Le prêtre et le barreur étaient bien souvent les moteurs des décisions du capitaine.  «  Alors, l’arracheur de dents, c’tait pas des conneries, tu as véritablement deux pieds gauches ! » Le sourire amical du barreur n’était en rien moqueur. Il savait très bien que le premier séjour en mer n’était jamais agréable. « Viens-là veux-tu. Tiens ça, à deux mains ! C’est une barre du risque pas de la casser ! Oui, comme ça. Accroche-toi, ça risque de basculer… » Et se fut le cas. Brorn, assit, tenait la barre à une main, possédant suffisamment de force pour contrer le courant. Mais pour le jeune, c’était une autre paire de manche.


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Message Lun 2 Sep 2013 - 9:24

Ses chimères avaient été si belles à défaut d'être totalement innocentes, la journée, quant à elle, avait été harassante, bariolée de ces rixes dont il ne se lassait jamais et de cascades qui manquaient à chaque fois de briser des crânes. Un jour commun dans une vie ordinaire, dans ce quotidien sans coercitions, sans réelle autorité ni ton péremptoire apte à le lénifier dans sa fureur de vivre... Il n'aurait guère jamais pensé qu'une telle quiétude s'achèverait ainsi, aussi promptement et sans qu'il ne s'y soit attendu. Il avait fallu d'une fois, d'une malheureuse fois durant laquelle il se faisait un tant soit peu remarquer, pour que ses pairs décident de lui faire payer le droit d'être. Que dire, que faire ? S'il aimait d'ores et déjà à jouer l'Homme sans foi, lois, ni craintes, il était à l'instant violemment renvoyé à ce qu'il était véritablement : un enfant. Un louveteau de plus dans une meute conséquente et qui ne désirait plus qu'une chose, disparaître derrière le séant maternel et se faire oublier de toutes les Iles-de-Fer. Il voulait encore ronfler dans la moelle de cette couche si confortable, entouré par les bras du seul être qui l'aimait ici bas, la tempe logé sur son sein pour ouïr son cœur battre et s'en faire une berceuse. Il voulait tout atermoyer, s'activer au gré de ses caprices et non à ceux d'autrui. C'était toujours lorsque l'on se faisait spolier d'un bien que l'on prenait conscience de sa valeur, une question d'envergure traversa l'esprit encore juvénile mais évolutif du garçonnet : était-ce la saveur de la liberté, qui se transformait doucement en amertume sur ses papilles ? Cette âcreté gustative était terrorisante, il était encore trop tôt pour qu'il ait à boire son calice jusqu'à la lie, certitude qui résonnait également en la mère aimante qu'était Isabel. Celle-ci ne s'était pas plus doutée de la venue du suzerain en personne, un quidam dont elle savait avoir peur et que sa sapience défendait de provoquer sur quel que terrain que ce soit. Songer qu'il était de la même descendance que son propre fils lui semblait toujours improbable, mais elle ne pouvait nier la véracité des faits, de sa capture à sa liaison avec feu Balon Greyjoy. Sa plus grande peur était que la folie latente de ces gênes s'empare un jour de son unique trésor, incapable de constater que c'était déjà le cas en dépit de son jeune âge.

Son organe cardiaque martelait au revers de son opulente poitrine et elle baissa ses mirettes sur le lionceau qui tentait vainement de se dissimuler derrière elle, navrée et troublée d'apprendre que ce dernier n'avait pas su se tenir lors de la frairie de la veille. Il lui avait pourtant assuré que tout s'était comme d'habitude bien déroulé mais faisait à présent bien peu le fier. Tous deux furent désarçonnés et totalement interdits lorsque la sanction tomba tel un couperet, les éloignant durant deux semaines qui s'avéreraient des plus longues et esquintantes. Encore fallait-il que Dagon puisse le sortir de cette chambre, ce que le concerné refuserait farouchement !... Ce fut toutefois compter sans l'opiniâtreté du lord Ravage qui eut tôt fait de l'arracher de l'étreinte de la dornienne pour l'envoyer dans une autre bien moins appréciable ! Lakdahr rugit et essaya aussitôt de lutter contre le prêtre, faisant fi de l'hypothétique ire suzeraine que son attitude serait susceptible de provoquer. « NAN ! Lâche-moi ! M'maaan ! Maman ! » La scène aurait fait s'esclaffer n'importe quel fer-né digne de ce nom, une impulsion infantile qui prouvait et de loin que le petit roturier n'en était pas encore un. Son opposition tant verbale que physique n'y changea rien, et la sylphide n'eut d'autres choix que regarder la chair de sa chair se faire emmener, impuissante et profondément tourmentée. Vers quel destin l'emmenait-on ? Pourquoi lui, pourquoi maintenant ? Il n'avait pourtant rien fait de plus qu'à l'accoutumée – tout était de la faute d'Ewald, il le lui ferait payer en lui faisant cracher les dents qui lui restaient ! Ce fut avec cette ambition vindicative qu'il essuya les vitupérations du bougre d'Harlon , la morsure du froid matinal le fit frémir de tout son corps et en moins de temps qu'il n'en fallut pour le dire, il s'alita de tout son long sur le pont de l'auguste Sirène Noire. Tel un lapin entouré de limiers, il sauta aussitôt sur ses gambettes et voulut prendre la poudre d'escampette pour retourner dans son lit, mais les matafs se mirent en embûches et lui bloquèrent le passage. Toute possibilité de fuite réduite à néant, ce furent les prémisses d'un sombre cauchemar, entre les rires gras des marins prêts à prendre le large, les bourrasques glacées, le goût de l'embrun et la houle qui heurtait la coque du boutre. Son eurythmie était devenue folle, il mirait dans tous les coins à l'instar d'un animal amené en cuisines. La péroraison du religieux aux airs patibulaires lui glaça le sang, puis, ce fut le départ. Agriché à la bordure de bois, il observait avec désespoir l'archipel s'éloigner, presque prompt à prier pour que le Dieu Noyé ait pitié de lui.

Et le vent psalmodiait son alliance avec la mer, telle une incantation pernicieuse qui vous prend tout : l'esprit, le corps et l'âme...

Depuis combien de temps bourlinguaient-ils ? Il avait la sensation que cela faisait des jours, alors que seules quelques heures s'étaient écoulées. Et comme si les circonstances de pérégrination ne suffisaient point, le nouveau membre d'équipage était la cible toute désignée des goguenardises et contrariétés des autres insulaires. Ce faquin de Tryce, il l'avait vu lamentablement choir de tout son poids, sans soupçonner que la faute lui serait mise sur le dos. Sans comprendre, il fut subitement emporté et secoué, presque offert en pâture à la poiscaille, et il lui aurait fallu démontrer tous ses talents en natation sans l'intervention de Brorn. Son agresseur ayant perdu l'équilibre suite à la manœuvre, le noiraud en avait profité pour s'éloigner de lui et ne se fit point prier pour rejoindre les abords de son sauveur, non sans la mine d'un chiot que l'on aurait abandonné dans la nature. Il leva son minois désenchanté sur le pirate plus bienveillant qu'il n'en avait l'air, bloquant un instant sur le surnom par lequel il venait de l'appeler avant de détourner le regard, une mimique offusquée conglutinée sur le faciès. Puis, une fois encore, il fut surpris par la tournure de la situation et se retrouva à tenir la barre qui servait à diriger le navire – rien que cela ! Très loin de se sentir à l'aise dans ce rôle, il ne manqua pas d'être particulièrement gauche malgré l'aide du Second et eut bien du mal à maintenir le cap. « Gnnh... !! Mais... C'est trop... ! Aaah ! » Se plaignit-il avant que le peu de contrôle ne lui échappe, il vit les matelots brimbaler à gauche, puis à droite, à la cadence de l'embarcation, leur stabilité fut dangereusement menacer et une pléthore de plaintes et d'injures ne tarda pas à s'élever. Le courant était bien trop puissant pour la pauvre carcasse du jeunot, Brorn dut intervenir et reprendre pleinement son poste pour que la Sirène Noire retrouve un équilibre. Quant au diablotin, il avait... Etrangement changé de couleur de teint. « J'me... J'me sens pas...b... » Sa main claqua brutalement sur sa bouche pour en sceller l'accès, la bile venait de lui remonter le long de l'oesophage et le rendit plus blême que jamais. Il crut que c'était la fin.

D'un pas à la fois hâtif et malhabile, il parcourut une distance tout à fait hasardeuse en se retenant tant bien que mal de ne pas maculer le pont de son émoi. Puis une fois non loin du capitaine lui-même, il se jeta tel un furieux sur le bastingage, manquant de passer par-dessus bord pour vomir tripes et boyaux dans les flots. Le mal de mer... Quelle ironie pour un natif des Iles-de-Fer, mais son malaise eut au moins le mérite de faire rire aux éclats les matafs qui l'aperçurent presque séant en l'air. Les bras ballants, moribond sur la balustrade, le garçonnet se laissa lentement glisser vers l'intérieur, s'affaissant à genoux aux abords du seigneur auquel il s'adressa directement d'un timbre brisé par l'acidité biliaire. « R...ram...ramène-moi... ! J't'en supplie... ! » Le mal-être était tel qu'il se sentait sur le point de tourner de l'oeil, et qu'il n'hésitait alors plus à implorer son demi-frère dans le candide espoir que celui-ci prenne pitié de lui. Pourtant, même s'il l'avait voulu, c'était désormais chose impossible : ils avaient parcouru trop de distance pour se permettre de faire demi-tour. Il fut soudainement pris d'une violente quinte de toux, un filet de salive impropre goutta de sa lippe et il retenta avec toute la détresse des océans. « J'veux pas crever ic...burp... » Pas le temps de finir sa tirade, il fut contraint de se redresser et de se pencher vers l'extérieur du boutre pour à nouveau rendre gorge, premier pantois de constater quelle quantité de nourriture son petit estomac était capable de stocker. Il se le jurait, plus jamais il ne se lèverait au beau milieu de la nuit pour se bâfrer alors qu'il avait déjà eu un copieux souper, car il comprenait présentement sa douleur. De longues secondes furent nécessaires avant qu'il ne soit enclin à s'éloigner du garde-corps, mais à peine l'eut-il lâché qu'il se sentit partir sur le côté. Ni une, ni deux, il trébucha sur les jambes tendues de Dagon et chuta tel un misérable, tellement à bout de forces qu'il n'essaya ni de se rattraper ni de se relever après coup. Ses yeux chamarrés de vaisseaux sanguins avaient versé leurs larmes sur les pommettes exsangues du chenapan, il renvoyait l'impression d'avoir été drogué tant sa mine était affreuse, à l'orée de l'inconscience, il lui fut tout bonnement impossible de mouvoir. Même si les membres d'équipage l'avaient secoué un par un, cela aurait été infructueux. Dans son état, le malheureux était on ne peut plus inutile et il sombra d'ailleurs bien vite dans un sommeil qui n'en était pas vraiment un. Les lands oniriques qu'il visiterait se promettaient d'être cauchemardesques...

Lakdahr était recroquevillé sur lui-même, et doucement, l'ébène de ses prunelles se révéla au monde. Il se réveilla au même endroit où il s'était assoupi, mais de ce qu'il s'en souvenait, son repos avait été mouvementée. Son épaisse crinière en pagaille, il redressa timidement la tête et balaya le pont d'un regard discret... Combien de temps avait-il dormi ? Il n'en avait pas la moindre idée. Ses phalanges se crispèrent sur ce qui s'apparentait à une couverture que quelqu'un avait déposée sur sa carcasse tremblotante, un acte de bonté en soi, même s'il ne fallait pas omettre que précaire comme il l'était, c'était la mort qu'il risquait d'attraper s'il venait à tomber malade. Il n'avait pas la même résistance que tous ces adultes rodés à l'exercice, il allait lui falloir du temps avant de s'y faire. Il finit par se mettre assis, encore nauséeux et loin d'avoir pris le pied marin. Malgré tout, il fit l'effort de se lever, emmailloté dans le tissu abîmé et se dirigea intuitivement vers le seul quidam qui avait jusqu'alors témoigné de la sympathie à son égard : Brorn. Sans mot dire, il se mit à ses côtés, simplement en quête d'une certaine présence rassurante puisqu'Isabel n'était malheureusement pas là pour le réconforter. « Tiens t'es debout la dormeuse ? J'sais pas ce qui est l'plus marrant, la couille qui t'est poussée sur le front ou le fait que t'sois aussi blanc qu'un cul ! T'as vraiment une sale gueule ! Ta peau d'basané, elle est faite pour résister au soleil comme les gouges du continent, pas pour l'sel et l'embrun d'nos îles. T'as plus de chances dans les mines que sur un boutre p'tit con. » Une salutation pour le moins originale d'un rameur qui n'avait fait que passer à côté du garçonnet, et qui se désopila vulgairement avant de retourner à ses occupations. Le petit galapiat se contenta de l'assassiner d'un œil affaibli, offensé et encore en proie à ses maux, il se mura dans le mutisme le plus complet tout en veillant à rester auprès du Second, au moins le temps que ses troubles daignent passer. Quant à ladite couille sur son front, ce n'était autre qu'une belle bosse déjà présente avant leur départ, résultat de son magnifique coup de tête envoyé à Ewald. La protubérance avait cependant augmenté de volume, pour la simple et bonne raison qu'il était tout à l'heure tombé dessus et que la douleur tambourinait maintenant à son crâne. Il n'y avait pas à dire, les deux prochaines semaines seraient très, très longues.

Il resta un moment près du gouvernail à mirer l'horizon et à patienter pour se sentir un peux mieux. Une fois que ce fut le cas, son regard biaisa sur le suzerain qui ne semblait pas prêter attention à lui. Quels étaient donc ses desseins, en l'emmenant ainsi avec lui, à bord de son boutre personnel ? Tant de questions en suspend, et le lord qui devait désormais le prendre pour le dernier des incompétents. Le noiraud ne comprenait pas grand chose à ce qui se passait, il avait cette indicible sensation que tout ceci n'était pas réel, et pourtant... Après un instant d'incertitude, il osa se mettre en mouvement et il rallia les abords de son demi-frère, qu'il contempla silencieusement avant d'articuler. « Dagon... » Une seconde de flottement... Il se rendit compte de son impair – qui était-il pour l'interpeller de la sorte ? Il ne voulait pas subir le même sort qu'Ewald, aussi se rattrapa t-il avant toute réaction de l'intéressé. « Euh... M'seigneur ?... Cap'taine ?... » Il ignorait par quel substitut le désigner, même si, pour l'occasion, le dernier lui apparaissait comme le plus opportun. Après s'être assuré que la Seiche n'allait pas le jeter aux squales pour sa bévue, il se risqua à demander. « Où c'est qu'on va ? » Il cligna des yeux, puis les détourna avec un air étonnamment timoré – conséquence de sa fatigue et du fait d'être en terre inconnue, si l'on pouvait dire ainsi. Il resserra instinctivement la couverture présente autour de ses épaules et laissa ses boucles de jais partiellement cacher son visage. « J'ai jamais fait l'malin avec ton équipage... Tout ce que j'voulais, c'était avaler ma gamelle et observer la frairie depuis mon coin... C'est pour me punir de c'que j'ai fait à Ewald que t'es venu m'chercher ? » Lakdahr se sentait indûment châtié, lui qui faisait rarement voir jamais parler de sa personne, lui qui s'occupait avant tout de ses propres affaires avant de fureter dans celles de ses voisins. Lui faire faire quelque chose dont il n'avait pas envie écorchait tellement son orgueil d'enfant-roi qu'il ne réalisait pas qu'avoir une place même éphémère sur la Sirène Noire, ce n'était peut-être pas une punition, mais une faveur.




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Dagon Greyjoy
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Message Dim 29 Sep 2013 - 20:08

Incroyablement absorbé à ne rien faire, Dagon laissait son esprit vagabonder d’une discussion à l’autre. Il n’y portait pas réellement attention mais savait que le moral de l’équipage se reflétait souvent dans les potins du bord. Intrigué et surtout amusé par la réplique du barreur, il ouvrit les yeux et s’autorisa un regard en biais. A aucun moment il n’envisagea que Lakdahr soit assez fort pour retenir le courant. Pourquoi ? Parce que le petit et chétif Dagon en avait été tout bonnement incapable. D’un naturel absolument pas jaloux, le suzerain n’acceptait pourtant que rarement d’être surpassé par un cadet. Le coin de sa bouche dessina un sourire, content de constater qu’il avait vu juste. Il ne pouvait se moquer de la gaucherie du petit mousse sachant à quel point l’apprentissage était difficile. Il poussa un long soupir, repositionnant son arme qui commençait à lui forcer les chaires. Levant le nez sur l’immensité grisâtre qui le surplombait, il adressa une prière silencieuse à son Dieu. Il voulait que ce voyage soit long, infini, grandiose. Il voulait oublier la harpie ravageuse qui lui servait de femme, tout bonnement incapable de lui donner un enfant. Quelle taupe, cette Botley ! Il possédait certes désormais un meilleur contrôle sur le port mais dans les grandes lignes, c’était le seul avantage qu’il y voyait. Depuis le jour où, neuf ans plutôt, son crétin de père la lui avait présentée, il l’avait eu en horreur, ne songeant qu’à la fuir. Lui tordre le coup, lui faire avaler sa langue, lui… Lakdahr venait de déverser son déjeuner à seulement quelques centimètres. Dagon en haussa les épaules de répulsion, comme dans un sursaut de stupeur. Resserrant les bras autour de sa poitrine, il ne daigna pas tourner le visage vers le pauvre mousse qui était plus blanc que l’écume. Et resta de marbre face à ses suppliques plus puantes les unes que les autres. Nez froncé, le Lord espérait sans oser regarder, que son malade de frangin n’avait pas maculé les flancs du navire d’une substance nauséabonde. Sourcil arqué, il ne retira pas même les jambes que le nauséeux venait de percuter en reculant. Le petit, dont l’un des pieds traînait encore sur les chevilles de Dagon eut simplement le droit à un coup de pied énervé. Mais le petit crapaud s’était déjà effondré dans un sommeil salvateur. L’équipage riait à s’en décrocher la mâchoire, rendant le Capitaine encore plus silencieux. Ce dernier ce permit un regard de travers à sa droite et grimaça de plus belle. Il n’aurait su dire si la flaque visqueuse à quelque centimètre de son visage n’était que bave et sueur ou restes bileux. D’un claquement de langue particulièrement agacé, il fit signe au marin le plus proche d’y balancer un saut d’eau. Il en était certain, le pire était encore à venir.
 
D’un regard distrait, le Capitaine observait son cadet endormi. Même ainsi, le plus jeune semblait habité par une éternelle crispation. Ainsi tendu, il n’arriverait à rien de bon, même en admettant qu’il accepte faire quelque chose de bon cœur alors qu’il y était forcé. Forcé de constater son état lamentable, et responsable de son équipage, Dagon délogea la couverture flanquée à son côté et la lança sans délicatesse sur le petit qui eut tôt fait de s’y rouler alors même qu’il dormait profondément après les secousses ressues depuis le début de la journée. D’un long soupire, il tenta d’apaiser sa frustration. Il s’était attendu à un manche mais n’avait pas prévu d’avoir autant de peine à le supporter. N’ayant jamais formé de plus jeunes outre qu’avec des taloches particulièrement cinglantes, le suzerain n’avait aucunement l’âme fraternelle et encore moins paternelle. La clémence n’était pas souche familiale et pourtant, il allait devoir se montrer magnanime s’il voulait pouvoir éduquer ce morveux à sa sauce.
 

 Il baissa le front. Lakdahr venait de l’interpeler. Pertinent. La mâchoire résolument fermée, Dagon se contenta de rester silencieux, le regard rivé sur son voisin. Ce petit noiraud, on ne pouvait le nier, avait bel et bien un gène dornien. Il avait hérité plus d’un trait de sa mère et même s’il était désormais tout menu, Dagon soupçonnait de le voir prochainement égaler Qalen  en stature. Encore fallait-il réussir à le convaincre qu’il n’allait pas pouvoir passer sa vie dans les jupes de sa maman. Et l’affaire était loin d’être gagnée. Le Suzerain acceptait ce défi. Il rendrait le gamin meilleur ou l’enverrait lui-même par le fond. L’infime part de Greyjoy qui se lisait en lui devait être utilisée à bon escient ou éradiquée. La force de conviction du jeune était incroyable. Têtue, la mule. Une qualité indéniable à condition de la transformer en qualité. Au lieu de répondre directement aux diverses interrogations de son frère, Dagon replia les jambes jusqu’à lui portant pratiquement ses genoux à son menton. Il fixait toujours le plus jeune comme pour le dissuader d’entendre les réponses. Il attendit, jusqu’à ce que Lakdahr fasse mine de baisser les bras. Dès qu’il fuyait, Dagon le rattrapait. « Dorne. » Là n’était que provocation. « A quoi sert-il que je te donne la destination. Le voyage n’en sera pas moins pénible si je te site une côte du Nord au lieu du Sud. » Même si le suzerain avait décidé d’être du côté du jeune, il n’allait pas le prendre avec des baguettes. «  Il n’y a qu’une chose à savoir. Nous sommes en mer et c’est elle qui commande. Le vent nous mènera à terre, l’endroit importe peu. Ainsi, jamais nous ne touchons deux fois la même berge. » Brorn approuva silencieusement, lorgnant la scène d’un œil protecteur.  Un rire amusé secoua le Capitaine. Se laissant glisser le long de la lisse, il était désormais plus bas que son voisin. « Oh pour te punir… mon frère, tu n’as pas idée de ce que punition veut dire. » Si les mots étaient amicaux, le ton était tranchant. Il était fort probable que la chère femme-sel n’ait jamais élevé la voix contre le petit chérubin qui, vu son âge, n’avait jamais dû côtoyer bien longtemps l’ancien suzerain. Que pouvait-il dont connaître de la correction en dehors de celle infligée par les garnements de son âge ? D’un geste très lent, Dagon dégagea son bras et pointa de l’index l’un des rameurs désormais au repos. Dos aux deux frères, il était nonchalamment appuyé contre le mat. Ayant retiré sa chemise jaunasse pour éponger son front en sueur, on pouvait très clairement lire une ligne boursouflée qui lui tranchait les flans en deux. « Tu vois, Roult. Il y a quelques années, il s’est oublié et n’a pas remonté l’aviron assez vite. Le boutre a fait une embardée à cause du déséquilibre des rames. » Il s’arrêta un instant pour laisser le temps au petit d’imaginer toutes sortes de suites. «  Hé bien, son voisin s’est retourné et lui a enfoncé la rame dans le corps, jusqu’aux côtes. »  Le sourire qu’affichait le suzerain était sournois. Laissant partir sa tête en arrière jusqu’à butter contre le bord, il laissa son discours en suspens. De petite stature, il avait appris à user avant tout de sa malice à la place de sa force qui était bien inférieure à certains de membres de l’équipage. Comme pour réveiller son frère d’une transe, il abattit sa main droite sur l’épaule couverte du noiraud. « Peut-importe d’où tu viens et le nom de ton paternel à bord des boutres. Si un membre ne respecte pas les règles, il est automatiquement puni par ses semblables. » Il relâcha la pression qu’il exerçait sur le petit et détourna le regard pour fixer le vide devant lui. Brorn haussa les yeux au ciel. Roult ne s’était pas le moins du monde fait éventrer par son voisin, du moins pas lors d’une fausse manœuvre. Quand au reste, Dagon ne voulait pas s’abaisser à y répondre. Se refermant comme une huitre, il aurait bien foudroyé Brorn si ce dernier ne tenait pas le gouvernail. «  On l’appelle la Seiche. Tu peux dire Cap’taine, mais tu verras bien vite qu’il a pas b’soin d’lêtre à bord. Les seuls ordres qu’il donne c’est pour rythmer les attaques et descendre les nobles qu’on aurait à sacrifier. »  Dagon fit glisser  l’une de ses jambes, comme pour signifier son mécontentement. Le regard rivé sur son barreur qu’il n’impressionnait nullement, il retint à plusieurs fois sa langue pour ne pas demander le silence. « Nop, mon t’it gars. Si Dag il est venu te chercher, c’est parce que … Parce que tu devais me ramener un homme et qu’aucun n’est venu. » La belle excuse. Le regard échangé entre les deux plus vieux démontrait bien que la vérité était tout autre. Seulement même Dagon n’était pas conscient de ce qui l’avait véritablement poussé à venir récupérer son demi-frère au saut du lit.

[EDIT]

C’est alors que le marin le plus en avant du boutre accourut jusqu’au Capitaine, sautant par-dessus ses frères endormis pour ne pas perdre de temps.  Un sourire carnassier lui entaillait les lèvres. Dans sa précipitation, il manqua de peu de mettre à terre le jeune mousse. Et ne s’en excuse nullement. Il fit par contre attention à ne pas vulgairement écraser les pieds de son suzerain. « Terre en vue. » En réponse, Dagon baissa les yeux sur Lakdahr. « Aux rames. » Et comme soudain habité par son rôle de Capitaine, ce dernier se leva en empoignant Lakdahr qu’il força à le lui jusqu’à Brorn. « Va à l’avant et monte sur la figure de proue. Quand tu pourras dire si la berge est faire de roche ou de sable, lève un point au ciel et reviens là. » Lui retirant la couverture avec autant de gentillesse que le bourreau, il le poussa en avant.
 
Inutile de dire que la suite ne se passa pas avec autant de brio que Brorn l’avait parié. Si Lakdahr leva bien son bras pour indiquer qu’ils étaient assez proches du rivage pour engager les rames, il mit un temps incroyablement long à redescendre. Dagon fit alors confiance aux yeux de Harlon qui, du bout du boutre, lui indiquait le chiffre trois. Trois, pour le rythme. Un, des bas-fonds qui demandaient vigilance. Deux, des magnifiques bancs de sables. Trois, des roches sombres qui faisaient monter les vagues grossies d’écumes qu’il fallait devancer. Debout Dagon se tenait d’une main à la figure de poupe. Une sirène dont la queue se terminait en dix bras tentaculeux. Le rythme était lancé. Et c’est en cadence que Lakdahr reçu la paire de claques de la part de Harlon lorsque le jeune regagna enfin le pont. Si Dagon ne fit aucune remarque lors de l’accostage, ni même lorsque Tryce prit à sa charge le petit maladroit, il se rendit vite compte que son frère était une merveilleuse calamité. Jamais il n’avait rencontré pareil incapable et une aussi incroyable aptitude à toujours être lé où il ne fallait pas.
 
Le butin amassé était suffisamment gros pour mettre de bonne humeur les hommes pendant tout le trajet de retour. On dénombrait une demi-douzaine de blessés légers. Le temps était changeant, passant du bleu aveuglant aux sombres nuages. Le soleil était très bas et la nuit était proche. Mais l’ambiance électrique ne venait pas de là : pour le plus grand bonheur du prêtre et du Capitaine, des prisonniers avaient été faits. Tous plus ou moins nobles, ils se vantaient d’avoir richesses et pouvoir et qu’une rançon serait offerte aux pirates s’ils les relâchaient. La réputation des fer-nés était encore à faire et ne deviendrait source de malheurs que bien plus tard. Cependant, pour l’oncle et le neveu, la voie à suivre était claire. Dagon pouvait se vanter d’avoir sous son commandement des hommes aussi croyant que lui, exception faite de Lakdahr. Les Continentaux, de Westeros ou d’ailleurs, pensaient toujours avoir affaire à des pilleurs en manque d’or qu’une récompense dorée pouvait acheter. Ils étaient toujours si loin de la réalité que ça en devenait comique. Dagon fixait Lakdahr du regard sans oser le quitter des yeux, ayant l’impression que le moindre faux pas de son cadet déclencherait un ouragan. Le petit était toujours sous les ordres de Tryce et le suzerain se gardait bien d’intervenir. Son attention changea finalement de cible pour dédaigner du regard l’attroupement avachit sur son pont. Trois nobles. Parfait. Le prêtre trépignait d’impatience, sa hache fichée sur l’épaule. Dagon n’ouvrit pas la bouche. Mais l’inclinaison de tête qu’il adressa au Harloi pour désigner le petit trublion était plus que claire. Si devenir fer-né était possible par plusieurs chemins, il n’y en avait qu’un qui permettait aux insulaires de devenir des hommes : en tuer un autre.


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Message Mar 22 Oct 2013 - 23:34

La Seiche d'Or était impénétrable, insondable... Le garçonnet admirait presque avec quelle placidité son aîné dirigeait ses hommes, et plus que tout, les Iles-de-Fer. La caricature des fer-nés voulaient qu'ils soient tous des ostrogoths, à peine plus évolués que les sauvageons que l'on trouvait au Nord du Mur, et si les dermes de ces derniers étaient rongés par la gèle et la froidure, les leurs étaient excoriés par le sel et les bourrasques. On les disait tous porteurs des pires vices que ce monde ait portés, brameurs et incongrus, avides de chair fraîche et assoiffés d'un sang encore chaud. La miséricorde était une notion totalement inconnue, c'était en partie pour cela que tous les enfants ne dépassaient pas leur dixième année d'existence, seuls les plus aptes à la survie pouvaient résister aux écueils d'un tel quotidien. Jusqu'alors, Lakdahr avait été relativement gardé des réels troubles, logé et nourri à l'éponyme bastion de Pyk, couvé tel un petit prince par sa génitrice et remarqué par peu de monde, si ce n'était pour sa vilaine propension à refaire le portrait des autres garnements. Cette presque anonymat lui seyait parfaitement et il ne désirait pas plus que cela en sortir, surtout pas pour subir les goguenardises et autres méchancetés gratuites de la part des adultes – foutus adultes. Ils ne payaient rien pour attendre, attendre qu'il ait atteint l'âge de maturité ou ce qui s'y apparentait, qu'il ait façonné son physique et révisé ses techniques de guerre pour les noyer dans leur propre salive. Rien ne laissait encore présager qu'il deviendrait un guerrier de renom ou quoi que ce soit de respectable, et à dire vrai, s'il voulait être un jour considéré pour ce qu'il était, cela commencerait le jour où il quitterait vraiment les jupons de sa mère. Et à en voir comment se passer sa première pérégrination maritime, les choses étaient loin d'être gagnées ! En plus de ses lacunes légitimes de débutant, il ne mettait guère de bonne volonté dans les besognes qui lui incombaient, avec comme unique allégation le fait qu'il ne voulait pas être ici, sur ce pont froid, humide et sordidement peuplé. Son estomac était tellement noué qu'il n'avait rien avalé depuis des lustres, fait excessivement rare pour le bâfreur né qu'il était – c'est qu'il s'étonnait lui-même. Mais le tout était de surprendre plutôt le seigneur, ce qu'il n'était pas encore parvenu à accomplir, ou pas de la meilleure façon qui soit.

Alors, telle une baisse de garde, le noiraud avait tenté de s'intéresser au dessein de ce voyage comme pour ne pas se sentir totalement vain. Il prit son mal en patience, pour le peu qu'il en possédait, et s'échina à lutter contre l'obscur regard d'un Dagon parfaitement mutique. Aucun son, seule la cantilène du vent et les matafs qui s'esclaffaient en arrière plan, il courba un sourcil d'un air interrogatif, sans savoir que faire... Il finit par en conclure qu'il n'obtiendrait aucune réponse, dès lors, il était inutile et inopportun d'incommoder le lord, qu'il s'apprêta à quitter, jusqu'à ce que le phonème de celui-ci ne s'élève. Interloqué, le jeune garçon l'observa, curieux d'apprendre de ses paroles. Il fut incapable de savoir s'ils se rendaient effectivement à Dorne ou non, cette région n'avait d'écho dans son esprit que parce qu'elle était la mère patrie d'Isabel, et pour rien d'autre. Il se demandait seulement si tous les dorniens avaient ou non le même teint hâlé qu'il arborait, et le noir si sombre et épais de son crin comme celui de ses calots. Un archétype comme un autre, certainement. Au fil du discours, son regard se leva vers les cieux qu'un oiseau fendit en simultané, la mer était donc souveraine même pour un fer-né qui était roi sur son navire – une information bonne à savoir, pour l'avenir. Puis, il ne put réprimer un frémissement lorsque le suzerain usa d'un qualificatif fraternel pour le désigner, il se tourna ensuite en direction du fameux matelot balafré dont il écouta l'histoire. Une pléthore de conjectures flua à travers ses méninges quant à l'origine de cette imposante couture, mais contrairement à ce qu'aurait pu ressentir un bambin usuel, lui, tenta d'imaginer la scène avec ses détails les plus morbides. Il osa même se demander s'il y aurait droit aussi, à enfoncer une rame dans le corps d'un autre bougre jusqu'à ce qu'elle lui ressorte par la bouche. L'idée en elle-même le séduisait, mais soudain, une paluche s'écrasa sur son épaule et le fit violemment soubresauter, il ouvrit de grands yeux rondes sur son frère, avant de se tourner en direction d'un Brorn à la langue subitement déliée. Etrangement circonspect, le petit roturier enregistrait tout ce qui se disait sans mot dire, comme conscient qu'il lui fallait apprendre à écouter ce qui se passait autour de lui s'il voulait avoir une chance de survivre en ce bas monde.

Il s'apprêta néanmoins à poser une nouvelle question, mais il évita de toute justesse l'un de ses pairs qui manqua de le piétiner dans sa hâte. Il se retint de tout commentaire en resserrant son étreinte sur la couverture, puis tendit l'oreille pour comprendre que l'odyssée allait s'accélérer. Il observa donc tout ce beau monde en effervescence, prêt à se recroqueviller dans un coin pour qu'on daigne l'oublier un peu et ne pas avoir à activement participer à l'amarrage et tout ce qui s'en suivrait. Toutefois, ce fut compter sans la prévoyance du Greyjoy qui avait d'ores et déjà décidé d'un rôle le concernant. Pantois et pris de court, Lakdahr n'eut d'autres alternatives que le suivre et se retrouver, nigaud, à l'avant du boutre où il devait jouer les singes agiles sur la figure de proue. Le diablotin avait comme un mauvais pressentiment quant à cet exercice, mais à défaut de pouvoir faire autrement, il s'exécuta avec autant d'aisance qu'un pirate contraint de danser à une soirée mondaine – donc, avec autant de gaucherie qui puisse exister. Pour autant, il réussit tout de même à remplir la mission qui lui avait été assignée, même si son retour prit davantage de temps que le premier trajet – excuse idiote sur laquelle ce maudit prêtre rouge sauta pour lui baptiser les joues de baffes. Par le Dieu Noyé, qu'il abhorrait cet homme ! Il se vengea d'ailleurs d'un coup de pied en plein tibia avant d'aller se cacher derrière Brorn, le seul sur ce pont qu'il appréciait encore. Ses ennuis n'étaient cependant pas achevés pour autant, et ce fut ensuite aux côtés d'un certain Tryce qu'il dut résister à l'envie de sauter par-dessus bord pour faire cesser son calvaire.

Après moult tribulations et une rapine consciencieusement exécutée et loin d'avoir été infructueuse, ce fut – enfin – le trajet du retour, qui ne fut pas moins agité que l'aller. Le seul avantage que le noiraud daigna déceler fut que les insulaires étaient bien trop préoccupés par leur butin et cette énième victoire sur les continentaux pour penser à lui, il eut ainsi relativement la paix jusqu'à apercevoir les îles qu'il chérissait peut-être pour la première fois de sa vie. Impatient de poser pied à terre et de sauter dans les bras de son unique parent, il voulut descendre dès que le boutre eut accosté, mais il fut néanmoins rattrapé et retenu par ce maudit Tryce qui ne le lâchait plus d'une semelle. Quoi que pouvait être la suite des réjouissances, il n'avait aucune envie d'y assister et se renfrogna aussitôt, tenu par le faquin qui attendait les ordres. Quelle ne fut point sa surprise lorsque, dans un silence somme toute funèbre et religieux, il vit Harlon s'approcher de lui et le conduire au devant de la scène. Une hache qu'il était capable de soulever lui fut fourrée entre les mains, c'est alors qu'il comprit ce que l'on désirait de lui, désormais cible des encouragements malséants de ses homologues et des oeillades suppliantes de la trinité de nobles pour laquelle la dernière heure avait sonné. Il devait... occire l'un d'entre eux ? Un ineffable tournant dans son existence se profilait, il eut tant de mal à réaliser ce qui se produisait qu'il resta immobile, les prunelles grandes ouvertes et les bourrasques fouettant sa crinière juvénile. Il lorgna furtivement Dagon, avant de se faire bousculer par un fer-né impatient, qui se mit d'ailleurs à scander un chant mortifère pour le pousser à agir. La pression grimpait avec les voix qui s'élevaient en choeur et en une rythmique de plus en plus soutenue, si bien que dans un accès de folie, le garçonnet frappa de toutes ses forces pour planter l'arme directement dans la jugulaire de l'un des individus. Ce furent des cris de liesse, et du sang, qui se déversa en geyser sur sa frimousse. Un Lakdahr repeint en écarlate, qui rouvrit lentement les yeux une fois que la douche d'hémoglobine fut terminée, et qui humecta ses lèvres pour discrètement goûter à ce fluide... Puis il sourit. Tous ses membres tremblaient, mais il se sentait... plus galvanisé que jamais par l'adrénaline de la mise à mort. Ce fut comme si, subitement, toute la vésanie de ses gènes Greyjoy s'étaient éveillées en sursaut, car il venait de réaliser un lugubre fantasme qui n'aurait pas eu lieu d'être pour un enfant de son âge : celui de tuer. Tuer pour la première fois, mais certainement pas pour la dernière. Il avait peut-être été un piètre mousse, cependant, il laissait à présent entrevoir qu'il ne serait éventuellement pas un mauvais bourreau à en devenir...

Ses calots ne quittaient plus le macchabée qui blêmissait à vue d'oeil, puis son regard fou se posa sur un deuxième dignitaire qui susurrait quelle que prière aux Sept, ou il ignorait à qui. Théoriquement, son tour était fini, et pourtant... Il esquiva le prêtre rouge qui voulut lui reprendre la hache et se précipita d'un bond véloce sur le second noble, qu'il frappa non pas avec la lame, mais avec la base de son arme. Le hurlement de douleur déchira les tympans et, dans un écho sinistre, le malheureux recracha une bonne partie de ses dents sur le pont – un geste tout à fait calculé de la part du sacripant, auquel l'on confisqua son jouet et qu'on éloigna promptement. Il se pencha alors et fit la collecte de plusieurs de ces organes durs et opalins pour lesquels il développait une étrange fascination... Il les contempla alors comme des trophées, tels de somptueux trésors qui l'intriguaient. Après de longues secondes dans l'inertie, il rallia les abords du capitaine et darda ses noires agates dans les siennes... Puis il tendit sa main, pour déposer les dents dans celle de son frère, auquel il faisait une... offrande ? Il était délicat de l'affirmer, l'expression qu'il arborait alors était sibylline, et il se tut. Enfin, après avoir longuement miré le suzerain, il se dirigea vers la passerelle et courut pour rejoindre les quais, et prendre la direction de la forteresse, disparaissant parmi la populace.




" - On fait quoi ? - Valeurs sûres : on leur éclate la gueule. "
 " Barbare qui roule amasse coups de boule. "
" On dit que les fer-nés détestent toutes les races, c'est faux, on les aime toutes ! En ragoût, en civet, à la broche... "

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