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Le cerf et les raisins ~ Damian Baratheon, Jace Redwyne

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Message Ven 22 Juil 2011 - 19:48

Jace n'avait pas pris la mer depuis près d'un mois, et l'on pouvait voir à son sourire satisfait qu'il était heureux de voir s'éloigner sous le ciel qu'aucun nuage ne venait perturber les rivages paisibles de la Treille, l'île aux vins célèbres dans tout le monde connu. Un vent léger gonflait les voiles de la Licorne qui allait en direction de Port-Réal, sa figure de proue noblement dressée vers l'avant et battue par des vagues où l'on voyait parfois s'amuser les dauphins, plutôt rares dans les eaux méridionales. Le grand mât central de la galéasse arborait les couleurs de la maison Redwyne, car il avait à son bord le seigneur et maître de la Treille. Celui-ci était en déplacement officiel car des affaires importantes l'attendaient sur le continent, entre autres dans la gigantesque agglomération de Port-Réal. Par mesure de sécurité autant que par souci d'impressionner les navires qui croiseraient sa route et les marins qu'ils verraient dans les ports où le cortège ferait escale. En effet, la Licorne ne voyageait pas seule. Le contraste était d'ailleurs saisissant pour les yeux : le vaisseau amiral de la flotte de la Treille était d'une élégance majestueuse et taillé pour la vitesse ; de leur côté, les deux galères de guerre qui l'accompagnaient étaient moins manœuvrables, mais lourdement taillées pour le combat naval, semblables à deux forteresses navigant sur les eaux bordant ces côtes magnifiques du sud du continent. Voguant non loin des rives des bouches de la Torentine, ce fleuve dornien qui remontait jusqu'à Noirmont, la ville des seigneurs éponymes, maîtres des montagnes environnantes et qui combattirent durant si longtemps leurs voisins du Bief. Jace aimait se promener, comme il disait, sur les calmes flots de la mer d'Été toujours dociles à cette époque de l'année. Jace se sentait chez lui sur son navire, qu'il avait toujours autant de plaisir à commander bien que l'équipage ne fût plus les pirates qu'il conduisait sur les mers autrefois. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait plus joué au pirate, et bien que cet aspect-là de son histoire fût loin derrière lui, il n'avait rien perdu de son goût pour la navigation. Il en venait même à espérer que cette brise légère tout juste bonne à décoiffer les dames de compagnie de la reine laisserait la place à un vent fier et impérieux qui ferait naître pour lui un orage, une tempête, voire même un ouragan !

C'est qu'il songeait que s'il triomphait de la furie des éléments, pas un homme sur terre ne demeurerait pour lui un obstacle insurmontable. Il en avait essuyé dans sa jeunesse, du temps où il passait sa vie à sillonner les mers du monde. Il en avait vu périr de braves marins aspirés par les tréfonds obscurs de l'océan. Depuis qu'il était entré dans la peau de lord Redwyne, il avait vu s'élever contre lui des tempêtes d'un genre nouveau, les orages politiques. Étant donné sa position dans le Bief et sur le continent, il en demeura le témoin attentif, mais éloigné. Sa position géographique tout d'abord l'avait préservé. Mais son rang au sein de l'une des familles les plus puissantes du royaume de la Rose, assez puissante pour être à bien des égards un problème pour la maison régnante, les Tyrell. Toutefois, il en avait tant appris sur la nature humaine au cours de ses voyages qu'il ne lui fut pas difficile de prendre le coche et de rattraper son retard. C'est d'ailleurs la politique qui l'avait amené à prendre le large en direction de la cité royale et, pour ce voyage, Jace avait agi avec la plus grande minutie. Une bonne partie des cales de la Licorne et des deux galères qui l'accompagnaient avait été remplie de marchandises dont la vente, qu'on tiendrait à chaque escale dans les ports qui jouxtaient le trajet, servirait à rembourser les frais occasionnés par le voyage.

Il y avait là des poissons séchés ou fumés, péchés pour la plupart dans le chenal Redwyne et le Murmure, mais aussi du cidre à la robe sombre et corsé comme le caractère des gens du sud. On y trouvait encore des épices nombreuses et diverses, entre autres safran, poivre, ail, échalote, clous de girofle, câpre, estragon, menthe, balsamine, cerfeuil, fenouil, coriandre, piment... Plus loin dans des coffres étaient pliés des vêtements de lin, des pourpoint de cuir, des manteaux de fourrures et des robes de brocart, tous plus colorés les uns que les autres, tous faisant honneur à la tradition vestimentaire du royaume de la rose d'or. Pièces de viande exotique, bijoux somptueux, parfums de Lys et même de nombreux sacs de ces grains à moudre dont on faisait, à Qarth et à Meereen, une excellente boisson chaude, tout serait bientôt vendu, tout irait irriguer le commerce dans les ports de la côte est des Sept couronnes. Et bien sûr, plusieurs dizaines de tonneaux des meilleurs vins de la Treille. La Licorne mouilla à Salrivage, Boycitre, Lancehélion, chaque fois quelques jours afin de ne pas manquer les occasions de faire de bonnes affaires. Bien qu'il fût Lord, Jace prenait très au sérieux son commerce, car il savait que c'était sur lui que reposait la puissance de la Treille. Quand il alla se coucher, un soir qu'il avait passé plusieurs heures à jouer de sa flûte à deux becs sur le pont de la Licorne en observant l'immensité sombre étendue à ses pieds, il se demanda si là, dans l'invisible, les voiles du Prince n'allaient vers quelque aventure formidable dont il aurait pu être s'il n'avait pas retrouvé son rang de seigneur de la Treille.

Par chance, un ciel couvert honora leur départ de la cité des Martell, est c'est le vent en poupe qu'ils firent voile vers le Nord, puis vers l'Ouest après avoir longé les rivages du Bras cassé. Il aurait pu maintenir le cap au Nord, passer l'île morne de Vertepierre et poursuivre vers Kellington, ce qui eût été plus direct considérant sa destination finale, mais Jace, enthousiasmé par les bonnes affaires réalisées au pays des déserts rouges souhaitaient multiplier le nombre de ses escales. En Dorne, il mouilla encore au Tor, passa non loin de la prison de Griseffroy, pressa l'allure jusqu'à Wyl, mouilla dans le port près de Pierheaume et joignit enfin Vertepierre. Il n'y demeura toutefois que quelques heures, le temps de réaliser qu'il n'y avait ici personne d'assez fortuné pour commercer avec lui. Quelque peu frustré, il hésita à pousser jusqu'à Tyrosh, qui n'était pas si loin, mais il songea que c'était un détour trop important et qu'il devait se concentrer sur sa destination, Port-Réal.

Il se consola à Kellington, où il reçut l'accueil presque triomphal de marchands qui surent honorer son commerce. Il y fut reçu comme un hôte royal par la guilde marchande qui avait la mainmise sur le port, si bien qu'il y prolongea son séjour pendant une semaine. Le banneret local ne se déplaça guère pour le saluer, mais le seigneur de la Treille ne s'en formalisa point, trop occupé qu'il était à ses affaires. À Kellington débarquèrent quelques marchands qui avaient, monnayant un prix très élevé, pris part au voyage depuis différentes escales. La plupart, cependant, attendaient patiemment de pouvoir regagner la rive à Port-Réal. Jace les tenait à l'écart de l'équipage et de sa suite personnelle, dans la partie la plus reculée du gaillard arrière, généralement réservée aux invités inaptes à la navigation. Ces marchands avaient de l'or et certains possédaient bien des navires, mais aucun d'entre eux n'avaient été et ne seraient jamais de véritables marins. Inutiles, donc, de s'encombrer d'eux sur les ponts. Au départ de Kellington, Jace remarqua l'humeur maussade du capitaine de la Licorne, qui traînait les pieds et son cœur derrière lui comme le bout traîne au pied du bagnard. Ce chagrin contenu, car l'homme avait des ordres à donner à ses marins, suscita en lui une vague de compassion. Il savait que ce marin professionnel et expérimenté était issu d'une bonne famille de Port-Ryam et qu'il avait la réputation d'être aussi intègre que l'acier valyrien et aussi loyal à ses maîtres que le soleil l'est au ciel. Bien que la naissance ne l'eût pas doté d'un rang très élevé, c'était un gaillard à l'honneur solide et au cœur généreux. Songeant à lui avec bonheur, Jace gagna ses quartiers où sa sœur jumelle, belle femme aux cheveux roux, se reposait. Il se souvenait de la soirée de la veille : le capitaine avait été le parfait laquais de la belle, obéissant au moindre de ses désirs, au moindre de ses ordres et, quand Jayne avait compris le manège, elle l'avait renvoyé dans son coin avec ordre formel de ne plus lui adresser la parole de tout le voyage, sous peine de perdre son emploi. Jace n'aurait pas pris de gaieté de cœur l'initiative de se séparer d'un marin si expérimenté, mais s'il était une menace pour sa sœur, il devenait une menace pour lui-même, et il aurait très certainement pris toutes les dispositions pour que ce capitaine amoureux ne touchât plus jamais un cordage de sa vie. Il put lire à son air agacé qu'elle n'était pas dans la plus plaisante des humeurs.


« À ce que je vois, ma sœur, tu es responsable des tourments de notre capitaine. Pauvre homme.

– Parce que tu souhaiterais que je l'épouse ?

Bien sûr que non. Au contraire, je le trouve bien chanceux que tu aies choisi de le repousser.

– Et si je ne l'avais pas repoussé ?

Eh bien j'aurais dû agir et mettre un terme rapide à ces premiers émois.

– Je préfère ça.

Ma chère sœur, tu es si pénétrée de ton devoir en tant que femme de noble lignage, mais alors pourquoi avoir repoussé tous les partis qui se sont présentés à toi ?

– Tu sais très bien pourquoi. »

En effet, il ne savait que trop bien pourquoi sa jumelle avait plusieurs fois repoussés les avancent de ces jeunes mâles en quête d'une épouse docile et fertile. Jayne Redwyne avait au moins autant le sens politique que lui, et jamais elle n'aurait consenti qu'à une union qui fût véritablement bénéfique pour son frère et pour la Treille. Elle plaçait la barre très haut, ce qui expliquait pourquoi elle était encore une lady célibataire à son âge. Jace, quant à lui, avait eu le temps de se trouver une épouse, d'essayer d'enfanter, mais hélas le Fléau du printemps avait arraché à ses bras amoureux la malheureuse épouse. Le jeune homme préféra laisser sa sœur tranquille, préférant aller suppléer son capitaine infortuné qu'il consolerait d'une façon ou d'une autre. En musique par exemple, et Jace ne se fit pas prier pour honorer l'équipage d'un concert improvisé. Accalmie était en vue, cependant, et dès le lendemain, Jace savait qu'il aurait à son bord nul autre que Damian Baratheon, l'héritier d'Accalmie. Un hôte de marque, qui avait payé pour voyager avec lui par la mer jusqu'à Port-Réal. En se retirant dans ses quartiers ce soir là, Jace ordonna qu'on lui prépare, le lendemain, le nécessaire pour une toilette approfondie. Ce n'est pas qu'il était particulièrement coquet car un navire n'est pas le lieu où s'exprime le mieux l'hygiène. Toutefois, il voulait être à son avantage pour cette première rencontre avec l'invité de marque qui allait rejoindre son équipage. La nuit tomba si vite, et tout aussi rapidement l'emporta le sommeil. Au petit matin, il serait prêt.

Et Jayne ne manqua pas de l'éveiller peu avant l'aube, et elle fit bien : alors que le soleil était à son zénith, une chaloupe s'avançait vers la Licorne avec à son bord, l'hôte princier. Bien sûr, Damian Baratheon n'avait rien d'un prince, mais c'est ainsi que Jace avait prévu de l'accueillir. D'une certaine façon, il représentait le Bief, et il n'allait pas ternir la réputation de sa terre natale en ce jour fatidique!
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Message Sam 23 Juil 2011 - 20:24

Harlo avait sauté de joie lorsqu'il avait entendu son père lui annoncer leur départ prochain pour la majestueuse ville de Port-Réal. Saryn, quant à elle, n'avait pas accueillit cette nouvelle avec la même véhémence que son fils, avait d'abord froncé les sourcils, puis demandé pourquoi. D'un éternel scepticisme, la femme de Damian Baratheon, héritier d'Accalmie et futur suzerain des Terres de l'Orage, se montrait toujours âpre envers les décisions que prenait son mari sans la consulter. Ainsi, elle se sentait le devoir de toujours réprimer ses idées impulsives, de peser les pour et les contre, de les rationaliser jusqu'à leur faire perdre tout charme, puis enfin de donner son aval ou non... Ce qui, au final, n'avait aucune incidence sur Damian qui agissait à sa guise avec le plaisir évident de contre-dire son épouse. Ces querelles de couple étaient chose courante entre les murs du château, à un tel point qu'elles ne garnissaient plus les ragots des servantes comme elles le firent immanquablement auparavant. Il n'était pas rare d'entendre Saryn ou Damian lever le ton contre l'autre, mais les propos n'étaient jamais odieux. Seulement, mari et femme étaient tous deux aussi têtus l'un que l'autre et ne se complaisait qu'avec la certitude d'avoir eu raison...

Parmi les principaux impliqués dans le conflit du jour, le jeune Harlo soupirait, lassé de voir ses parents une fois de plus s'obstiner entre eux. L'enfant avait tout juste douze ans, il était, à ce jour, le seul résultat du mariage entre les Maisons Baratheon et Caron. Si à un moment il avait eu une sœur, le Fléau du Printemps l'avait emporté avant même qu'elle ne prononçât un mot. Évènement tragique qui avait secoué toute la fratrie pendant plusieurs semaines. Les funérailles avaient été longs, Harlo se rappelait le petit cercueil contenant le corps frêle du bambin, mis en terre lors du zénith solaire. Mère lui avait expliqué pourquoi la petite ne vivait plus, mais le jeune Harlo le concevait clairement et au final, il avait constaté que c'était plus elle qui cherchait à comprendre... Bien que ce décès prématuré fut malheureux, Harlo se sentait étranger à ce drame qui concernait sa famille. Certes il avait éprouvé de l'accablement et du chagrin, mais pas suffisamment pour pleurer, n'ayant qu'à peine connu le nouveau-né. On l'avait baptisé Elsa, mais un prénom n'était pas assez pour se représenter quelqu'un.

Harlo était petit pour son âge, mais ne démontrait pas moins d'impressionnantes qualités à l'escrime. Discipline que son grand-père encourageait fortement à ce qu'il pratique quotidiennement. Il avait l'habitude de s'entraîner avec Kevan Celtigar, l'écuyer de son père. Le garçon avait quatre ans de plus que lui, mais paraissait beaucoup plus tellement la différence de taille entre les deux était frappante. Autant Harlo avait-il un visage mutin et un corps mince, Kevan, quant à lui, avait presque une barbe aussi fournie que Père et des bras musclés, durement éprouvés à l'entraînement. Il agitait une épée d'homme, alors que le jeune fils de lord n'arrivait qu'à lever une courte-lame. La force d'Harlo se trouvait dans la vitesse d'attaque et l'agilité, il avait développé ces compétences-là afin de colmater sa puberté tardive qui s'obstinait à ne le faire que trop lentement grandir. L'enfant avait un jour confié sa peur de toujours resté petit à son père, et celui-ci avait éclaté de rire, affirmant qu'il était du sang Baratheon et qu'il le saurait bien assez tôt.

Les motifs qui guidaient Damian Baratheon vers Port-Réal étaient divers. D'abord, il était curieux de connaître la température de la cour vis-à-vis des récents heurts causés au Bief et aux Terres de l'Ouest par les Fer-Nés. Il avait eu ouï-dire que les razzias se faisaient de plus en plus importantes. Les Baratheon étant liés aux Lannister par le mariage de son frère Gowen et de Lady Tya, ceux-ci ne manqueraient pas de prendre en compte cette alliance si aide ils nécessitaient. Lyonel était d'ailleurs en ce moment-même en voyage à Castral Roc ou il échangeait quelques courtoisies avec le seigneur Tybolt. Toutefois, Damian était un homme d'action et il lui répugnait de resté passif alors que le seigneur son père s'offrait toute la latitude de se balader aux quatre coins des sept couronnes. Sans même s'enquérir de l'avis de son patriarche, il lui fit porter une missive à tire-d'aile l'informant de ses intentions. Peu importait s'il approuvait ou réprimait, cela ne changerait pas les plans de Damian. Toutefois, la raison majeure était qu'il avait gravement besoin de sortir de chez-lui. Entre Saryn d'une éternelle mauvaise humeur et son fils qui tournait en rond, la situation débouchait incontestablement sur un séjour à l'étranger. Que ne fut pas sa joie lorsque le prétexte attendu lui vint avec l'arrivée d'un corbeau et d'une missive toute droit venue de La Treille. L'expéditeur était Jace Redwyne, fier seigneur de sa Maison qui demandait les autorisations du suzerain d'Accalmie afin de mouiller à son port et de continuer sa route à travers ses eaux territoriales. Damian, en l'absence du seigneur son père se trouvait seul maître des Terres de l'Orage et il eut tôt fait de répondre par l'affirmative au quémandeur du droit de passage. C'est au moment de rédiger sa lettre de réponse qu'une idée traversa l'esprit de Damian. Pourquoi ne pas profiter du passage de ce navire en ses mers afin de faire route vers Port-Réal, destination finale indiquée dans la missive écrite? Cette possibilité lui avait tout de suite plu et c'est ainsi qu'il offrit quelques dragons d'or au Redwyne afin de faire partie du voyage jusqu'à la cité du Donjon Rouge. Demande qui fut acceptée sur le coup sans autres ambages.

Bien que la réponse sans ambiguïté de la part du seigneur des vins le réjouit, celle plus capricieuse de son épouse suffit à l'excéder. Ce n'était pas tant le voyage à Port-Réal le problème, mais le fait que le jeune Harlo y soit concerné. Damian était conscient du trouble que cela occasionnait à Saryn. Celle-ci se trouvait au plus mal depuis le décès de leur petite fille à la saison dernière et rechignait de laisser partir leur fils loin d'elle. Leur union s'était faite douze ans plus tôt et depuis la femme originaire de Séréna n'avait donné à son mari qu'un unique fils... Ce n'était pas faute d'essayer, mais celle-ci ne pouvait enfanter que difficilement depuis la naissance de son premier bébé. Un nombre certain de fausses couches s'en était suivit, puis il y avait eu Elsa, petit rayon de bonheur qui eut tôt fait de disparaître aussi vite qu'elle était venue. Tomber enceinte à nouveau était devenue une obsession pour Saryn qui se sentait coupable de ne pouvoir donner plus d'enfants à son mari. Damian était conscient de cette situation délicate et depuis quelques semaines maintenant, Saryn était littéralement à fleur de peau... Il avait beau lui parler, tenter de la consoler, de la raisonner, rien n'y faisait... et des vacances s'imposaient. Lorsqu'elle lui avait demandé pourquoi il ne l'emmenait pas avec elle, ce fut un non brusque et sec qu'elle reçut en réponse. Damian la servit du prétexte qu'il avait besoin de quelqu'un pour veiller sur Accalmie en son absence. De ses frères, entre Gowen qui avait la propension à vider les coffres du trésor au profit de festivités surabondantes et Alastair qui ne manquait pas de disparaître pour aller exhiber son armure dans quelque tournoi, aucun des deux n'était de confiance. Le faux-fuyant n'était donc pas si improbable. Seulement, Saryn n'avait paru se satisfaire qu'à demi de cette justification. De toute façon, Damian ne lui avait pas laissé le choix et clos la conversation en affirmant qu'il partirait demain à midi, avec Harlo, Kevan son écuyer ainsi que Florian, son plus fidèle homme-lige qui garantissait sa sécurité lors des ses excursions à l'extérieur. Sa femme l'avait boudé toute la journée puis la nuit venue avait même refusé ses étreintes habituelles.

Le lendemain, Damian accompagné de sa suite, naviguait en chaloupe vers l'impressionnant navire Redwyne nommé La Licorne. Harlo poussa une exclamation de surprise lorsqu'il vit le vaisseau. Il débitait des histoires de pirates lorsque son père lui intima de se taire, car ils arrivaient tout proche de la flotte. Ils s'agrippèrent au cordage afin de monter le long de la coque jusqu'au pont. Les deux seigneurs se donnèrent la main afin de se saluer.
    Bien le bonjour, lord Redwyne! J'espère que votre voyage s'est déroulé sans heurt jusqu'ici. Sachez que la Maison Baratheon vous est reconnaissante de votre hospitalité et comme prévu voici la monnaie d'échange.
Il lui tendit un petit coffre de bois sculpté, dans lequel reposait les dragons d'or promis.
    Laissez-moi vous présenter les gens de ma maisonnée. Voici ser Florian Connington, maître d'armes d'Accalmie, mon fils Harlo Baratheon ainsi que mon écuyer Kevan Celtigar.
Florian se tenait droit et salua lord Redwyne de façon protocolaire. Ses cheveux roux semblaient s'enflammer sous la lumière du soleil plombant. Il s'était rendu présentable en se rasant de près et en écourtant sa tignasse orange de quelques pouces, on aurait presque pu dire qu'il était beau si ce n'était de la balafre qui lui barrait la joue gauche de l’œil jusqu'au lobe d'oreille. À ses côtés, Kevan de la Maison Celtigar, dit le jeune crabe ou encore la crevette, se tenait droit et fier. Son perpétuel petit sourire condescendent avait tout pour agacer l’œil et excédait particulièrement son maître qui ne manquait pas de lui reprocher. Ses yeux gris clair et ses cheveux sombres ondulés portaient un certain charme et déstabilisaient le jeunes filles de son âge. Ce dont le jeune homme ne manquait pas de profiter... Puis finalement venait Harlo, plus petit que les trois hommes, il fallait baisser un peu les yeux pour le voir. Le garçon était tout souriant, heureux de se trouver sur le navire, pour lui cela était synonyme d'aventure comme dans les contes. Bien que le garçon fut vaillant et désireux de se montrer brave, il n'en demeurait pas moins ignorant du monde extérieur, n'ayant qu'à très faibles reprises voyagé en dehors d'Accalmie et encore moins au-delà de ses terres natales. Ainsi se tenait droite devant Jace Redwyne et ses moussaillons, la fratrie Baratheon, réunie qu'à demie, mais pas moins altière.
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Message Lun 25 Juil 2011 - 23:04

Jace se saisit du coffre avec un formalisme qui ne lui était pas coutumier, avant de le confier aux bons soins d'un domestique qui s'empressa de mettre le coffre et son précieux contenu à l'abri dans les quartiers privés de son seigneur. Bien que Jace ne doutât pas une seconde de la fiabilité d'un membre de la maison Baratheon, il se dit en lui-même qu'il procéderait à la vérification du contenu de cette boîte ouvragée lui-même, mais plus tard. Le moment était aux présentations. Il serra la main de son invité, qu'il jaugea d'un regard. Damian était un Baratheon, n'importe quel observateur averti aurait pu l'affirmer. Droit sur ses jambes et soutenu par une musculature imposante taillée en un puissant rectangle, son visage était couvert d'une chevelure brune comme il sied à tout cerf de l'Orage, et une barbe non moins colorée et fournie.

« Je dois bien reconnaître que nous avons bénéficié de la clémence des Sept depuis notre départ, et même sur les eaux pourtant tumultueuses de la Baie des Naufragés. Vous recevoir à mon bord est un honneur et un plaisir que je ne peux cacher. »

Effectivement, le visage de Jace était tranché de ce sourire franchement cordial qui lui était propre, de ce sourire qui témoigne à la fois de l'enthousiasme et du plaisir qu'on prend à recevoir chez soi un invité bienheureux et bienvenu. Il écouta avec attention les présentations, et prit soin de noter très exactement dans sa tête les noms et fonctions de ceux qui lui étaient présentés. Il y avait là un maître d'armes, ser Florian Connington, dont les cheveux roux lui valaient déjà l'affection de Jace. Une balafre impressionnante lui déchirait le visage, et Jace ne manqua pas de s'interroger : d'où lui venait cette cicatrice ? Il poserait la question avant la fin du voyage, il s'en fit la promesse. Comme tout homme dont l'âme est aventureuse, Jace souffrait d'une curiosité à nulle autre pareille. Venait ensuite un jeune garçon, à peine un homme, que Damian présenta comme son ecuyer. Il était plutôt séduisant, mais d'une fadeur due sans doute à son âge, et surtout, il avait cette vitrine d'incorrection qui ne manqua pas d'amuser Jace, qui se garda bien de rire de peur d'un incident fâcheux. Enfin, se tenait devant lui, près de son père, le petit Harlo Baratheon, manifestement impressionné par la situation.

 « Soyez les bienvenus à bord de la Licorne, et quant à vous autres, ajouta-t-il à l'adresse de ses hommes et de son équipage en haussant fortement la voix, habitude qu'il prenait chaque fois qu'il donnait des ordres à bord de son précieux navire, je vous demande d'accueillir comme il se doit Damian Baratheon, fils de l'Orage moqueur, et montrez-lui comment nous traitons nos invités dans le Bief! »

Un tonnerre d'acclamations couvert par un fracas d'applaudissements suivit le harangue du seigneur de la Treille, tant à bord de la Licorne qu'à bord des deux autres navires. Chaleureuse et puissante, faite de vivats, de cris et de bravos, l'ovation s'éleva dans les airs et les voiles endormies s'en émurent presque. Ce concert incroyable dura quelques minutes avant de s'essouffler, comme Jace en donnait l'ordre. Le vent était léger, mais en habitué de la navigation, Jace prévoyait qu'il s'éveillerait aux abords de la Vesprée. Le voyage serait paisible jusque là et ensuite, il aviserait.

 « Veuillez me suivre, messire. J'ai pris la liberté de dresser une table pour vous. Partageons le pain et le sel, comme le dit la phrase usuelle ! »

Jace invita les quatre invités à le suivre jusqu'au gaillard arrière, sous lequel avait était dressé un séjour destiné à la fratrie Baratheon.

 « Il faudra cependant pardonner la frugalité de ce banquet, messire, car un si long voyage ne permet pas de recevoir aussi avec autant de luxe et de confort qu'on peut se le permettre dans les grandes salles de nos châteaux... »

Mais le banquet n'avait rien de frugal. N'importe qui aurait été surpris de voir qu'on avait pu reconstituer, sous le pont arrière, ce qui ressemblait à une véritable salle à manger construite sur le modèle des grandes salles de réception de la forteresse florale de Hautjardin. La table était ronde et couverte de victuailles. Les murs de la cabine, faits des planches de la coque du navire, avaient été couverts des étendards de la Treille et de bannière décorées du blason des seigneurs de l'Orage : le cerf couronné s'associait le temps de ce voyage aux grappes généreuses du blason de l'île aux vins. L'assemblage pouvait surprendre, car le cerf est figure de vélocité et de force tandis que la vigne est symbole de prospérité festive et d'abondance. Trois buffets se partageaient l'espace autour de la table, et sur chacun d'eux les rondes bouteilles du précieux alcool de la Treille rivalisaient de charmes pour attraper l’œil gourmand de l'invité comme de l'hôte. Il y avait du vin vieux, du jeune, du coloré, du doux, du sec, du sucré, du fruité et du corsé. Sur la table, le banquet offrait à la vue un spectacle appétissant et jetait au nez ses effluves irrésistibles. Il y avait là des pains de ce blé noir qu'on cultive à l'ouest de Villevieille, garnis d'olives et tartinés parfois de beurre et parfois d'un pâté de sanglier d'une fraîcheur exquise ; des petits toasts dorés couverts d'une mélasse amère dont la recette se perdait dans la mémoire des plus vieux paysans du Trident ; des galettes et des brioches parfumées à la fraise et à la framboise ; des seiches à l'ail en lamelles persillées ; des gibiers endormis dans leur sauce au vin... Tout semblait tout droit jailli hors du rêve du dormeur que frappe la gourmandise, et l'on pouvait se demander par quel miracle le maître-coq avait été capable de produire un tel festin. C'était pourtant d'une simplicité monstrueuse, la plupart des éléments de ce banquet avaient été acquis sur la route, même si les ingrédients les plus facilement conservables avaient été embarqués à la Treille. Pourquoi s'être donné tant de mal, malgré tout ? La menace fer-née ne justifiait-elle pas d'une prudence générale, y compris dans les assiettes ? Jace Redwyne n'était pas un couard, et ce n'était certes pas l'insolence de ces pirates qui allaient le priver des bienfaits de la gastronomie !

Jayne apparut alors en haut de l'escalier qui, dans le fond de la cabine, donnait sur les ponts inférieurs. Elle s'empressa de rejoindre son frère et s'inclina en une profonde révérence devant Damian Baratheon qu'elle reconnut immédiatement.


« Messires...
Lord Baratheon, permettez-moi de vous présenter ma sœur, Jayne Redwyne, qui m'accompagne jusqu'à Port-Réal. Sans elle, jamais je n'aurais été présentable pour vous recevoir. »


Une faiblesse qu'il concédait bien volontiers, il aimait à se laisser aller quand sa sœur était dans les parages, car elle avait toujours l'art et la manière de le rappeler aux nécessités de son rang et de sa fonction. D'un geste de la main, Jace invita tout le monde à prendre place et donna l'exemple en prit place sur la chaise du maître des lieux, dont le dossier s'ornait d'une sculpture représentant un navire voguant sur les flots que délimitaient quatre pieds de vigne. Aussitôt la petite assemblée attablée autour du formidable banquet qui les attendait, deux échansons s'invitèrent dans la cabine et s'apprêtèrent autour des bouteilles, guettant un signe de leur maître pour emplir les coupes et satisfaire la soif des convives. Jace était seigneur de la Treille, il eût été un comble qu'on manquât de servir à sa table la précieuse boisson qui ferait sourire n'importe qui, y compris un Frey ou un Bolton ! Déjà le navire s'ébranlait, signe que le voyage débutait. La houle était ensommeillée, la traversée serait supportable y compris pour ceux qui n'avaient pas nécessairement le pied marin. La mer était la pire des maîtresses, parce qu'elle ne faisait aucune différence entre les rois et les gueux : tous ceux qui souffraient du mal de mer se retrouvaient la tête par dessus bord à vomir leur repas et leurs tripes comme un tribut rendu à l'océan. Les yeux du marin allait de l'un à l'autre de ses invités. Le jeune Harlo observait avec intérêt la table et la débauche de victuailles qui la garnissait, comme s'il n'attendait qu'un mot de son père pour lâcher sur la nourriture sa hâte et sa voracité. Jace ne put réprimer un sourire bon enfant, car il avait lui-même cet enthousiasme bonhomme à l'idée d'un bon repas.

Jace porta un biscuit au beurre nappé de miel à sa bouche et mangea de bon cœur, et sa sœur fit de même en garnissant son assiette de quelques légumes et d'une belle pièce de sanglier rôti. Fait notable, quoique très anodin, Jace avait bien précisé à son maître-coq que ni cerf, ni biche, ni chevreuil, ni renne, ni daim ni aucun autre cervidé existant ou disparu ne serait servi pour les repas de la fratrie Baratheon. Ce n'était pas le moment de risquer l'incident culinaire et diplomatique, après tout ! Il lui fallait tenir son rang et s'assurer que les seigneurs des Terres de l'Orage sussent qu'un vassal du Bief aussi éminent que l'était le seigneur de la Treille connaissaient leur devoir : l'hospitalité du Bief n'avait rien de légendaire, elle était une réalité que tout homme du royaume de la Rose se devait de respecter. Bien sûr, Jace n'avait rien d'un naïf, et il savait mieux qu'un autre que la cruauté la plus terrible l'emporte bien souvent sur les règles de l'hospitalité la plus élémentaire. Mais il n'accueillait ni un ennemi ni une menace sur son navire, ainsi tout irait selon sa règle à lui : le voyage de Damian Baratheon serait pour lui comme pour sa fratrie un plaisir et laisserait un agréable souvenir. L'ancien pirate s'y engageait personnellement. Il manquait d'ailleurs au festin qui s'annonçait un peu de musique, et Jace s'empressa de donner des ordres pour qu'un musicien vînt pallier à ce manque inopiné. Très vite un ménestrel s'installa près d'eux, discret comme une ombre, presque invisible. Sa musique elle-même était d'une douceur presque effacée, et si on l'entendait sans mal, elle ne gênait guère l'oreille ni la conversation. Quelques accords festifs s'élevèrent, et le musicien tira de son luth une mélodie très courante dans les Terres de l'Orage, un air populaire qu'on nommait parfois la Danse du cerf et de la biche, en mémoire d'un patriarche de la maison Baratheon très aimé de ses gens et de ses proches en son temps. Jace tendit sa coupe et l'échanson le plus proche y versa un peu de ce vieux nectar âpre de vieille vigne qu'il n'avait osé goûter avant ce jour. Sans porter la boisson à sa bouche, il s'adressa d'une voix assurée à son invité, qu'il regardait avec amitié.


« Nous ne sommes plus tout à fait des étrangers désormais, et je vous promets que vous n'aurez pas à vous plaindre de ce voyage. Vous serez libres d'aller et venir à votre guise durant tout le trajet, et bien entendu vous pourrez vous adresser directement à moi s'il vous faut quoi que ce soit. Tout pour vous être agréable ! »

À présent que ce petit détail était réglé, les conversations dignes d'un réel intérêt pouvaient enfin commencer. Jace n'appréciait guère les excès de formalisme et comme il était à table pour un bon repas, il hésitait presque à engager la conversation pour nantir ses invités d'un, deux, trois ou quatre récits d'aventures, tant il aimait à conter et raconter ces histoires qu'il appréciait. Toujours aussi bon vivant qu'autrefois, il ne lui fallait rien de plus qu'un peu de viande et du bon vin pour passer un agréable moment. Et quel meilleur moment pour un récit qu'un repas en présence d'amis ? S'il parvenait à mettre Damian Baratheon à l'aise, peut-être celui-ci s'intéresserait-il à la situation du Bief concernant les exactions fer-nées, et peut-être alors Jace pourrait-il à son tour intéresser l'héritier des Terres de l'Orage au conflit armé qui se profilait dans l'ombre du jeu des trônes.
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Le cerf et les raisins ~ Damian Baratheon, Jace Redwyne

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