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Seule la mer peut donner et reprendre

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Serenei
Artisan

Général
Tailleuse passionnée

♦ Missives : 134
♦ Missives Aventure : 20
♦ Arrivée à Westeros : 17/04/2013
♦ Célébrité : Freida Pinto
♦ Copyright : Insuline / Moi
♦ Doublons : Lyessa Reed, Ororya Gargalen, Tyana Veneur
♦ Age du Personnage : 22 ans
♦ Mariage : Femme-sel de Lakdahr L'Edenteur
♦ Lieu : Les Iles de Fer
♦ Liens Utiles : • Fiche de présentation
• Journal d'aventures
• Aptitudes

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Message Ven 14 Juin 2013 - 14:56

Serenei renversa la tête en arrière, paupières closes dans une expression fiévreuse. Elle était assise à même le sol, le dos reposant contre l’imposant baquet de bois qui trônait dans la salle d’eau. Entre ses mains, elle retenait de ses doigts crispés la bassine qui avait recueilli le déjeuner que son estomac n’avait guère supporté. Cela faisait plusieurs semaines que les signes ne trompaient pas – une certitude que la volantaine avait farouchement repoussé jusqu’à ce que les nausées l’accablent à longueur de journée. Voilà prés d’une semaine que Lakdahr était parti en mer, un certain soulagement pour Serenei qui voyait dans les symptômes d’une possible grossesse tout un lot de tracas à se faire.

Devait-elle se surprendre ? Cela faisait plus d’un an qu’elle vivait sur l’archipel de rocaille. Plus d’un an que la captive du réputé Edenteur partageait son quotidien lorsqu’il n’était pas en vadrouille avec ses comparses. La compréhension de la langue commune s’était améliorée au fil des mois, souvent au gré de l’amusement du colossal fer-né qui s’était réjoui à lui jouer quelques tours et à se gausser devant son scepticisme. Le valyrien avait légué à la jeune femme une prononciation plus exotique de certaines consonnes, mais elle faisait un grand effort à chaque parole pour se faire comprendre des insulaires des Iles. A force d’y vivre, elle avait fini par trouver de quoi apprécier son quotidien. Les premiers mois avaient été le théâtre de sa découverte. A tâtons, la donzelle avait daigné mettre le nez dehors et se glisser au milieu de la populace, s’accoutumant à leurs manies. Au final, s’eut été moins terrible qu’elle l’aurait cru. On ne se risqua guère à l’ennuyer, le pendentif improvisé de l’Edenteur flottant à son cou. Sûrement était-ce involontaire, mais Lakdahr lui avait donné confiance en elle et lui avait ôté toute crainte de se faire dépouiller par ces sauvages. Elle lui reconnaissait beaucoup de vices et de travers brutaux. Une évidence même lorsqu’on se faisait appeler Edenteur et qu’on violentait des femelles sans scrupule, s’arrogeant tout par la force. Mais la volantaine avait plutôt bien compris comment l’attendrir et le rendre plus souple de caractère. Le rendre plus enclin à lui accorder ses petites requêtes. La captive avait pris peu à peu son rôle de femme de maison plus à cœur – et elle était même parvenue à troquer quelques vêtements de sa facture par d’autres marchandises qu’elle estimait nécessaire. La vague notion de liberté n’avait pourtant jamais cessé de la turlupiner, elle qui s’adaptait sans pour autant se soumettre. Son petit commerce lui manquait, tout comme sa propension à marchander. Heureusement, Serenei puisait dans sa relation avec Cybeline un véritable réconfort qui lui rappelait ce qui existait en dehors de cet archipel de roches et de fer. L’arrivée de Séraphine, femme-sel de Gabriel qui était devenu son confident au fil des mois, avait rendu les visites à Dix-Tours d’autant plus plaisantes. Serenei appréciait suivre Lakdahr lors de ses déplacements – ça lui changeait de la morne île de Pyk.

« Et voilà que ça recommence… » – Gémit faiblement la jeune femme avant de pencher sa tête par-dessus la bassine, maintenant ses cheveux sur son épaule.

Si elle avait tenté de le dissimuler jusqu’ici, son état devenait plus que soupçonneux. Son ventre s’arrondissait, et qui mieux que Lakdahr le remarquerait une fois tous ses vêtements ôtés dans l’empressement des retrouvailles ? Elle avait beau réfléchir à la manière d’amener le sujet, elle s’était trouvée dans une impasse. Lakdahr était imprévisible – assez pour qu’elle doute encore du sentiment dont il pourrait se draper en apprenant la nouvelle. Imaginer le moindre élan paternel chez la montagne de muscles à qui elle essayait d’instiguer un peu de douceur lui semblait plus qu’improbable. Lui-même avait le caractère d’un gamin capricieux et taciturne – dans un corps colossal et inquiétant. A chaque fois qu’elle essayait de l’imaginer se dépatouiller avec un moutard dans les bras, cela donnait toujours de cocasses situations. Si le forgeron devait être plus qu’habile dans la violence des coups qu’il distribuait à ses adversaires comme au fer à discipliner, elle était certaine qu’il pourrait briser un bébé par excès de maladresse. Mais elle commençait à bien le connaître le bougre – il était peut-être taillé dans le roc et aussi tempétueux que le fracas des vagues, il n’en restait pas moins un homme. Et nul homme n’était entièrement dépouillé d’un besoin de s’attacher à sa chair et son sang, d’avoir une descendance dans l’espoir de laisser une trace dans ce bas monde. Oh, Lakdahr avait du en laisser, des petits bâtards dans les ventres de toutes ces femmes qui avaient eu la malchance de croiser son chemin durant les rapines. Fort ironique pour des gens qui clamaient ne rien semer. Pauvre petite chose qui grandissait dans son ventre – elle n’allait pas lui offrir le meilleur avenir qui soit. Si toutefois elle parvenait à l’en faire sortir. Ne valait-il pas mieux qu’elle mette fin au début de ce calvaire ? Avec un peu d’assiduité et de discrétion, peut-être parviendrait-elle à se procurer une décoction qui empoisonnerait ses entrailles. Prendre ce risque serait puéril, et jusqu’ici, elle avait toujours su affronter ses craintes avec ardeur. Alors pourquoi faiblissait-elle ? Elle était maternelle, ça ne faisait aucun doute, alors pourquoi n’arrivait-elle pas à se réjouir ? On l’avait arraché à sa liberté, et même si elle n’exultait pas son amertume, la certitude d’en être restée profondément affectée était présente au fond d’elle. La vie avait un sacré sens de l’humour ! Elle qui s’était évertuée à dissimuler ses pensées les plus intimes pour entretenir une image idéale et tirer le meilleur de ce coup du destin – voilà qu’elle se retrouvait trahi par une physionomie qu’elle ne pouvait résolument pas modeler selon ses désirs.

Serenei se remit difficilement sur pieds, s’empressant de remettre de l’ordre dans le chaos ambiant qu’elle-même avait provoqué. Chaque effort de cambrure affligeait son corps de nouvelles souffrances. Ses seins étaient douloureux et elle n’aurait supporté qu’on les effleure. Non, il fallait qu’elle le lui dise, avant qu’il s’en rende compte par lui-même – si toutefois il avait conscience des symptômes qu’une grossesse pouvait infliger au corps et à l’esprit d’une femme. Elle s’occupa à vider son seau et à frotter le sol pour ne pas avoir à trop penser. Avec Lakdahr, il était toujours bon d’improviser, et de s’adapter. A chaque fois que la donzelle s’était convaincue d’adopter un discours, toutes ses ambitions s’étaient trouvées anéanties par une réaction impromptue de son interlocuteur. La volantaine sentit un certain soulagement poindre en elle dés que les nausées se dissipèrent, lui permettant de s’atteler à ses corvées sans trop de difficultés. Elle occupa sa fin de journée à son ouvrage, brodant des motifs sur une étoffe brune récemment acquise. Elle avait passé son année à confectionner des vêtements bien plus chauds que ceux dans les Cités Libres. Le climat s’était fait de plus en plus intransigeant et quelques rides avaient creusé le faciès de la jeune femme durant ces lunes à se faire du mouron pour son barbare de fer-né, partis festoyer en mer. Elle ne savait rien de ses excursions – et la curiosité se mêlait sans cesse avec l’appréhension. Il tuait, il violait – choses auxquelles Serenei ne voulait pas porter d’importance pour mieux les enterrer au fin fond de son esprit.

Elle se sentait lasse, maintenant qu’elle avait dépensé toute son énergie à remettre de l’ordre. Constat indubitable. Sa vie serait toujours aussi chaotique, même si elle s’appliquait à la rendre plus « normale » par bien des manières. La jeune femme se laissa choir sur le lit, une pléthore d’étoiles venant à miroiter devant ses yeux. Elle ferma les paupières. Juste un court instant. qu’elle se disait, mais au lieu de ça, elle fut accueilli par un tumulte de songes agités qui ne daignèrent pas la libérer de leur étreinte fiévreuse.

Les ténèbres vont te le prendre. Non pas pour le tuer mais pour l’utiliser. Il sera l’instrument. L’instrument de l’Autre.

La volantaine se redressa vivement, repoussant instinctivement la silhouette sombre qui s’était penchée à son chevet. Tandis qu’elle voyait le malin de ses prunelles effarées, l’esprit encore embrumé par le cauchemar, ses ongles griffèrent la chair dans un geste rageur. Elle se rua dans le fond de la couche avant de se plaquer dos contre le mur, une œillade farouche à l’égard du pendant maléfique de R’hllor. Son esprit papillonna encore durant quelques secondes avant que sa vision se précise sur l’individu qui n’avait rien de fantasmagorique.

« Lakdahr ?! » – Lâcha-t-elle sur le ton de la panique. « Depuis quand tu es là ? »

Sa question avait un penchant autoritaire qu’elle se complut à faire disparaitre sous une mine désœuvrée. Elle se glissa hors du lit, gardant inconsciemment ses distances avec le forgeron. Qu’elle était sotte à s’être assoupie de la sorte ! Prise au dépourvu quant à ses réflexions et tout le reste, Serenei porta une main à son front, constatant les sillons sanglants qui marquaient la joue du fer-né.

« Je suis désolée, Lakdahr. Je me suis endormie et… Quant es-tu rentré ? » – Si son ton cherchait à se faire désinvolte, la jeune femme n’en demeurait pas moins bousculée. Elle récupéra un linge propre qu’elle vint mouiller dans une bassine d’eau claire avant de s’approcher de Lakdahr, hésitante. « Je ne voulais pas, te blesser. »

Ses yeux rivés dans ceux du guerrier de retour au bercail après une longue absence, la volantaine se sentit de nouveau prise de vertiges. Les odeurs étaient entêtantes – le fer-né sentait le sel et la sueur. Une fragrance musquée qui ne l’avait jamais autant alerté qu’aujourd’hui. Elle crispa une main contre son ventre, toute sa contenance s’effilochant à mesure que les yeux de Lakdahr la guigner. Oh, ça n’était pas vraiment le moment. Elle parvint à se soustraire à son étreinte et se glissa jusqu’au chambranle de la porte.

« Faut que j’y aille. M’en veux pas. » – Laissa-t-elle échapper, se saisissant de sa pelisse pour se couvrir les épaules.

Elle avait le cœur au bord des lèvres. Elle se sentait incapable de réfréner toute douleur comme appréhension. Elle se sentait incapable de jouer le jeu. Pas cette fois-ci. Autant dire que planter le forgeron là n’était pas la meilleure des idées qui avait effleuré son esprit. Serenei se glissa à l’extérieur sans même couler un regard à son interlocuteur qui avait de quoi être surpris. Il allait être furieux, à coup sûr. La volantaine se mordit la langue, prête à implorer n’importe quel dieu pour ne pas malmener son estomac une nouvelle fois. Elle bouscula les servantes qui passaient par là sans même prendre le temps de s’excuser, fuyant la forteresse de Pyk dans une vitesse fulgurante.

Elle ne s’était pas retournée une seule fois, dévalant la pente de graviers pour rejoindre la plage la plus proche. Plus elle s’en approchait, plus le vent la malmenait. Le soleil déclinait en embrasant le ciel de miroitements pourpres qui perçait les nuages dans une envolée de lumière. Elle inspira profondément, son regard fixé vers l’horizon, l’une de ses mains retenant le vêtement au niveau de sa poitrine. Par où se trouvait Volantis ? Nimbé de lumière et de chaleur. Sa ville natale lui manquait. Elle s’avança lentement jusqu’à sentir l’eau gelée l’immerger jusqu’aux mollets. Curieusement, la mer et son contact venait de calmer son agitation à elle – comme si cette force indomptable venait à écraser tous les remous désuets de la chair chétive et insignifiante.





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Lakdahr l'Edenteur
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♦ Missives : 1389
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♦ Date de Naissance : 06/12/1991
♦ Arrivée à Westeros : 08/05/2012
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Message Mer 19 Juin 2013 - 20:01

Les histoires s'écrivaient parfois en lettres d'absence, le fatum de chacun était fugace et fantasque, parfois saumâtre, à l'instar de cette mer qui régnait en souveraine sur certaines parcelles de monde et n'hésitait jamais à se jouer des hommes. Les lunes s'étaient graduellement écoulées, et le corollaire de la fatalité avait eu tout loisir de s'installer en quelques coeurs garrottés sous le joug d'autres palpitants taillés dans le granit, qui eux, ne souffraient d'aucun remord, d'aucune affliction à ne pulser que pour répandre le vice et les grands maux. Les plèbes changeaient, l'indigence des moeurs ne faisait que croître, mais la terre, elle, préservait son hideur ou sa beauté d'origine. Les Iles-de-Fer n'étaient toujours que d'infâmes saillies extirpées d'eaux troubles et viciées, où le sel érodait les peaux, où les volutes de brumasse flânaient sinistrement à l'orée de la houle, qui elle-même se transfigurait en déferlante enragée d'une écume spumeuse et des bris de l'océan pour mieux rudoyer les étocs et goulûment lécher la base des falaises et rivages. Les bicoques étaient toujours piteuses, presque masures, les roches d'un lugubre argentin, et les insulaires, archaïques au point que tout espoir de les voir un jour évoluer était devenu une utopie, si ce n'était pour empirer. Celui que l'on nommait dûment l'Edenteur se bâfrait des années qui fluaient comme il le faisait de ses agapes, sans même mastiquer, sans réellement profiter des diverses saveurs qui, ensemble, pouvaient former un tout harmonieux et délicieux. Il s'empiffrait du temps et des opportunités pour arriver à satiété et profiter de cette sensation même chimérique de plénitude, jusqu'à ce que son rumen et sa soif d'ignominies ne réclament derechef leur dû. Une vie d'outrance et de vilenie, qu'il avait imposée à une joliette Pensée Sauvage arrachée à sa ville lumière, une belle plante qu'il avait agenouillée à bonne hauteur salace et souillée de son encre de demi-seiche dorée. Même s'il n'en possédait pas dix, l'appendice était tout de même victorieux ! De ces dernières lunaisons, elle n'avait et de loin pas été la seule à être altérée de la semence d'un faquin de son apanage, mais sans doute avait-elle été l'une des rares à survivre à une copulation forcée et exécutée dans l'opprobre et la violence, ceci bien que son privilège de trophée de guerre l'ait gardée d'une forme de coït trop virulente. Un privilège... Celui de subir et servir, d'établir et de préserver un équilibre comportemental chez son geôlier, celui de survivre... Non, il s'agissait d'un fardeau du quotidien, d'un sempiternel chemin de croix – d'une malédiction qui n'aurait qu'une fin, inexorable, délétère.

A défaut d'une parfaite osmose, les relations s'étaient niellées dans une rocaille relativement solide et au tranchant moins affilé qu'il n'aurait été légitime de le croire. Le fruste profitait de la chaleur charnelle et de la simple compagnie de sa femme-sel, mais pour autant, il ne résistait ni aux incantations des forges, ni à celles des flots, et délaissait volontiers ce qui s'apparentait le plus à son foyer pour d'autres délassements bien plus substantiels. Cette fois, ce n'était guère à la création ou à la cure de jouvence d'une arme que l'artisan s'était attelé, il avait préféré une bonne pérégrination qui le retiendrait à l'étendue maritime durant une kyrielle de jours. Convié sur le pont du boutre d'une vieille connaissance de Pyk, le mataf sporadique n'avait point hésité à embarquer, lui qui se sentait en manque de continentaux et autres ribaudes de même acabit à châtier à coup de Dentesque. Que leurs assauts se concentrent sur d'infortunés polacres rencontrés au détour d'une vague ou quelque part sur le littoral, il n'en avait cure, mais le sang devait couler en effusion et le maculer de cette fragrance qu'il aimait tant, de celle qui tâchait ses nippes d'une tavelure aussi sordide que difficile à désincruster. Tenailles et hache lustrées, Lakdahr s'en était ainsi allé, sans un mot pour sa naïade prisonnière de son récif qui avait pris coutume à voir son maître disparaître sans explication – ni au départ, ni au retour ! Point de comptes à rendre même à la plus belle des captives qui aurait à se dégoter des divertissements en attendant qu'il daigne repointer le bout de sa barbe. Le corsaire la jugeait et la savait suffisamment autonome et féconde d'imagination pour s'occuper en toute innocuité, bien loin de songer que les circonstances étaient bien différentes de celles usuelles. Tandis que la volantaine rendait gorge et endurait les cahots de la gestation, son bougre d'époux se complaisait en traits d'esprit douteux, en turpitude et exactions, sans savoir qu'un événement plus qu'important se manifestait du côté de son archipel natal. Presque une entière semaine à égosiller des cantiques lubriques et à pocharder, la piraterie avait encore payé, le bateau fer-né avait été empli des prises de leurs abordages et rapines, ce fut donc bienheureux que les éhontés d'écumeurs amarrèrent à leur mère patrie, sur leurs inhospitalières et lugubres îles.

Son sac de toile jeté sur l'épaule, le forgeron quittait paisiblement les quais, non mécontent de retrouver la terre ferme et surtout, ce qui se promettait d'être une excellente ripaille – la pitance à bord d'un navire n'était jamais fameuse, et bien trop frugale pour un ogre tel que lui. Il salua les diverses accointances qu'il put croiser sur son sentier, puis traça sa route jusqu'à l'éponyme forteresse qui culminait sur l'îlot et qui l'avait vu grandir. L'air distrait et pas moins épuisé après avoir ainsi occis et bourlingué, il rejoignit intuitivement l'aile et l'étage qui abritait sa chambre qu'il n'espérait pas vide. L'huis piaula comme toujours lorsqu'il la poussa pour pénétrer la pièce coquettement entretenue par une désaxée de l'ordre et du sent bon, qu'il chercha d'ailleurs aussitôt du regard une fois la porte refermée. Il la découvrit alitée sur son lit – et non pas leur lit, cette couche était la sienne, il n'avait que la bonté de la partager avec elle. - et vraisemblablement assoupie, ce qui l'amena à se demander ce qu'elle avait bien pu faire pour s'épuiser au point d'en choir aussi tôt. Il haussa les épaules puis installa ses affaires dans la même encoignure qu'habituellement et dans lesquelles il se mit à fureter en quête d'un objet en particulier. Il extirpa de ses quelques trésors un tissu d'un fabuleux zinzolin élégamment ocellé, un textile d'une irréfutable facture et dont l'éclat était bien loin du terne que la plupart des fer-nés – lui y comprit. - préféraient naturellement porter. Un magot récupéré durant son voyage et qu'il avait l'intention de lui offrir, un geste qui était devenu une marotte au fil du temps, pour que la belle soit à même de continuer ses créations et qu'elle ait ainsi de quoi s'occuper – car même s'il ne disait mot à ce sujet, il s'en inquiétait, parfois... Lorsqu'il était d'humeur pour ce faire. Il tenta un instant de l'illustrer avec une robe confectionnée à partir de cette trouvaille, et ne put alors s'empêcher d'approche de l'endormie pour la contempler dans toute son innocence et sa vénusté. Son arôme et les enivrantes cambrures qu'il connaissait et devinait présentement sous ses atours l'encouragèrent à prendre place à ses côtés, assis sur le rebord, il s'inclina sur elle à l'instar d'un sombre prince à l'allure patibulaire, prêt à déposer un baiser même fugace sur la carne de ses lippes lorsque... Subitement, il sentit des serres bien plus acérées qu'il ne l'aurait jamais pensé lui dilacérer la joue, créant une chaleur qui ne trompait pas sur la profondeur des sillons qu'elles y laisseraient.

« Rah ! » Se plaignit le titan qui se redressa, laissant la sylphide lui échapper et se réfugier à l'antipode de la couche. « C'comme ça que tu m'dis bonjour toi maint'nant ? » Il la guigna de ses sombres agates et essuya l'hémoglobine qu'il sentait perler du dos de sa paluche, avant de renâcler sans plus de grâce qu'à l'accoutumée et d'afficher un sourire étonnamment obscène. « Ca m'déplait pas chérie... » La douleur qui palpitait était tout à fait insignifiante et davantage source d'érotisme, ce malencontreux geste, il n'avait fait que le traduire par une invitation somme toute originale au froissement des draps. Quelles meilleures retrouvailles que celles-ci ? Il en frétillait déjà ! Mais voilà que la sirène s'éloigna sans qu'il n'en comprenne la raison, il la regarda oeuvrer d'un oeil inquisiteur puis se releva de toute sa hauteur, avant de hausser les épaules. « J'viens d'arriver, et c'est pas tes ongles qui vont m'faire geindre comme un chiard, calme-toi un peu et arrête de tirer cette tronche femme, on pourrait presque croire que t'es pas contente de m'revoir. » De cela, il en était évidemment hors de question, mais ses tentatives d'humour rauque furent toutes vaines et la physionomie de la jouvencelle continua de se dénaturer. Le colosse courba un sourcil et s'inclina légèrement sur son côté senestre, puis sur le dextre, se dodelinant comme si adopter différents angles de vue lui permettrait de la percer à jour. Sa main s'approcha pour se poser sur la courbe de son épaule, mais n'eut-il le temps que d'en frôler l'habit qu'elle se déroba comme si sa vie en dépendait. « Euh... ?! Ser... Serenei ! Serenei !! Où tu vas ?! »

Sa voix de rogomme s'était indignée dans un éclat puissant et abasourdi, il la talonna jusqu'à la porte mais manqua de justesse d'embrasser le chambranle – quelle idée sa catin de génitrice avait-eu en le faisait si grand ! - et en fut ralenti. Lorsqu'il sortit la tête dans le corridor, elle n'était déjà plus là, loin quelque part dans le dédale du bastion, du moins le supputait-il. S'il aurait été opportun qu'il se lance tout de go à ses trousses, l'Edenteur resta statufié d'aberration, peut-être même d'ineptie tant la situation lui échappait. Qu'avait-il donc de plus terrifiant que la fois dernière ? Il ne lui était pourtant pas revenu défiguré, ni manchot ni cul-de-jatte ! Par hypothèse, il flaira l'une de ses aisselles pour vérifier qu'il n'empestait pas – ou pas plus que d'ordinaire, guère au point d'en tuer les mouches ! - puis observa niaisement la chambre comme s'il espérait y remarquer un semblant de réponse. Mais rien, aucune allégation à ce soudain raptus, qui le fit passer de la décontenance à la contrariété. Tout en maugréant dans sa barbe finement sculptée, Lakdahr se décida enfin à entamer les recherches non sans y donner de l'intonation. A chaque couloir et salle, il barytonait le prénom de la drôlesse qui venait de prendre la poudre d'escampette, faisant soubresauter les servantes et autres personnages qui le croisèrent et constatèrent que le forgeron était, en cet instant, d'une humeur massacrante. Il fureta ainsi dans nombre de recoins sans parvenir à mettre la main sur la volantaine, chaque foulée sans résultat ne faisait que contribuer à son ire qui devenait fort conséquente. Ce fut alors qu'une âme charitable vint à son secours et lui indiqua qu'il avait aperçu la femme-sel se diriger vers l'extérieur de la forteresse, ni une, ni deux, il s'y hasarda à son tour. Ses pas le menèrent instinctivement en direction de la plage – il doutait, à dire vrai, qu'elle ait préféré se réfugier dans une masse de fer-nés plutôt que dans un endroit isolé. - sur laquelle il distingua enfin un spectre de couleur qui ne pouvait être que le sien. Juché en hauteur, le géant contracta mâchoires et poings, prenant seulement conscience qu'il avait emporté le textile violacé dans sa précipitation. Qu'importait, il se mit à la rejoindre lorsque, facétie de la fatalité, sa chausse glissa sur les galets et, à peu de choses près, l'artisan se serait alité de tout son long sur le gravier. Un réflexe d'équilibre lui permit de se rattraper au dernier moment, une presque culbute qui s'ajouta au cumul de son courroux et le fit exploser.

« PUTAIN de caillasse !! SERENEI ! » Il grogna tel un animal achevant enfin une longue partie de chasse et paré à châtier le maudit gibier qui se trouvait non loin de là. Ses pas s'arrêtèrent à la lisière de la mer qui bavait sa spume sur les bribes de pierrailles et en profitait pour cracher quelques mauvaises algues. Il mira l'eau puis la nymphe immergée jusqu'aux mollets, et une fois le rapport entre ces deux éléments établi, il conclut que l'idée n'était pas des plus salutaires. « Sors de là, tu vas choper froid ! Et compte pas sur moi pour te torcher le nez ou le cul si c'est l'cas !... Viens j'te dis ! Bordel ! » En antinomie avec ses propos, ce fut le mestre fêvre lui-même qui s'aventura dans les flots pour rallier les abords de la dryade, dans l'échine de laquelle il s'immobilisa, ses onyx exaspérés tournés vers son joli minois. « T'es vraiment tarée quand tu t'y mets, tu l'sais ça ? »

Une bourrasque s'engouffra dans leurs crinières d'ébène, puis après elle, l'embrun les constella d'une fine ondée de gouttelettes qui aurait de quoi faire frémir les moins robustes. L'artisan opina négativement du chef pour appuyer ses dires, avant de passer ses bras sous les rotules et à la taille de sa Pensée Sauvage pour la porter et l'emporter avec lui. Peut-être remarquerait-elle l'effort fourni à ne point la promener comme un vulgaire sac de féculents, jetée sur son épaule, un ballottement qui aurait eu de quoi lui faire rendre gorge. Il la déplaça au creux de ses bras, tout contre son poitrail, et rejoignit la rive sur laquelle il la déposa avec précaution. Se faisant, il la contempla ensuite avec une certaine dureté et tout autant de curiosité, ne comprenant toujours pas ce qui l'avait encouragée à s'escamper de la sorte. Il lui sembla que ses traits physionomiques usuellement si quiets étaient aujourd'hui brodés l'aiguille du trouble, mais diantre, pourquoi donc ?

« Depuis quand tu te tires comme ça sans raison ?! Tu l'sais pourtant que j'veux que tu sois là quand moi je le suis, j'bourlingue et j'bute pendant que toi tu te prélasses ici à créer et ravauder tes foutus vêtements ! » Serenei était bien loin de se réjouir de cet immuable séjour sur les Iles-de-Fer, mais que valait donc sa besogne à elle face à la sienne ? Rien, à ses noires prunelles, elle n'avait que bien peu à faire, et contrairement à nombre de celles qui l'avaient précédée, il ne la battait pas. Et en parlant de sa garde robe, il se rendit compte qu'il secouait le tissu zinzolin sous leurs nez respectifs, et il en profita pour le plaquer contre la poitrine de la sylphide. « Tiens, ça, c'est pour toi... » Un rictus s'ébaucha à la commissure de ses lèvres, une brève incartade qui ne l'avait pas éloigné du principal sujet. « Tu devrais être là-haut en train d'me faire à bouffer, et j'aurais bien besoin que tu m'détendes les vertèbres, histoire que tu fasses quelque chose d'utile de tes mains pour une fois ! D'ailleurs... Tu m'allumes et tu t'sauves après, comment j'dois le prendre ? » Lakdahr n'était jamais que dans l'excès, mais même s'il pouvait être acerbe, il s'interrogeait sincèrement sur ce qui avait traversé l'esprit de sa concubine. « Bon c'est quoi ton problème ? Si t'as fini ton caprice on peut p't'être rentrer ? »




" - On fait quoi ? - Valeurs sûres : on leur éclate la gueule. "
 " Barbare qui roule amasse coups de boule. "
" On dit que les fer-nés détestent toutes les races, c'est faux, on les aime toutes ! En ragoût, en civet, à la broche... "

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Message Sam 29 Juin 2013 - 7:25

Lakdahr était ainsi – désespérément surprenant et contradictoire, une brute épaisse semant quelques attentions précaires, façonné par un tempérament de feu et de tonnerre. Il aurait pu la briser depuis belle lurette si ça avait été dans ses intentions – mais il ne désirait pas l’écraser, et malgré quelques menaces qu’il avait grognées dans l’espoir de lui faire encadrer le règlement de sa captivité, il n’avait jamais réellement porté la main sur elle et tenté de la soumettre dans un désir cruel et pervers. Il fallait dire qu’elle ne s’était pas montré trop impertinente, consciente que la provocation de front ne mènerait à rien avec le forgeron. Il gueulait fort et dans une variété de verbiage qui parvenait à la surprendre encore aujourd’hui ! Ce n’était pas de tout repos que de materner un homme de l’envergure de Lakdahr – surtout lorsque l’orgueil contenu de la donzelle de Volantis venait à éclater sous le regard médusé de son Edenteur. Oh, il arrivait que la légendaire patience de Serenei s’effiloche au gré d’un tempérament corrosif, où elle ne manquait pas d’exprimer son mécontentement par des reproches formulés dans sa langue maternelle. La donzelle finissait toujours par se fondre dans un coin de la pièce qu’elle s’évertuait à nettoyer tous les jours, et à faire taire sa colère pour mieux pouvoir désamorcer le conflit. Ce qui finissait par arriver, lorsque l’un comme l’autre avait vidé son sac pour mieux se retrouver dans un baquet d’eau brûlante. Ce couple était plutôt atypique, et Serenei avait souvent surpris des regards inquiets – emplis d’une pitié qu’elle rejetait toujours en bloc. Si la manipulation était l’un des apanages dont elle se drapait pour mieux obtenir ce qu’elle désirait, la jeune femme entretenait jalousement l’once de contrôle qu’elle avait su préserver. Mais diable que c’était frustrant de jeter un œil en arrière sur sa vie et se rendre compte qu’on s’était vu dépossédée de toutes ses ambitions – et surtout d’imaginer qu’un enfant naitrait peut-être ici pour le lui rappeler tous les jours. Ses cauchemars d’ombre s’étaient fait de plus en plus nombreux depuis qu’elle avait présenté les symptômes, chose qu’elle peinait à interpréter tant son trouble la trahissait.

Elle se sentait dorénavant bien incapable de jouer la comédie, quant à la graine qui fleurissait dans son ventre – Lakdahr était peut-être ignorant, il finirait tout de même par s’en apercevoir. Et pourquoi lui cacher, la venue d’un marmot qui serait sien, si ce n’était pour le mettre encore plus en colère ? En quittant ainsi la forteresse de Pyk, Serenei avait fait mouche en semant l’incompréhension dans l’esprit de son Edenteur. Il avait eu l’air de prendre comme un jeu l’accueil mémorable et marquant qu’elle lui avait réservé, mais Serenei n’avait pas le goût pour le jeu en ce moment même. Alors que ses prunelles dardaient les remous sombre d’une eau acariâtre et aussi froide que salée, la jeune femme soupira longuement, étouffant un sanglot qui remontait le long de sa gorge. Jamais elle n’avait ployé, jamais elle n’avait pleuré, même si les larmes s’étaient maintes fois bousculées aux frontières de son regard troublé dans ses moments les plus vulnérables. Elle baissa la tête sur son ventre, les vagues mettant parfois en doute son équilibre qu’elle se targuait de maintenir. Elle y porta une main hésitante, et ce geste lui arracha une contradiction de sentiments qu’elle ne put qu’exprimer par un visage désolé. La seule crainte qui l’avait animé au sujet d’enfanter était bien le fait de ne point donner vie mais mort – sa mère s’était confrontée à cette difficulté à plusieurs reprises, et ça avait fini par la tuer. Mais voilà, n’était-ce pas pire de donner vie à un enfant qui aurait pour père un Fer-né brutal qui ne penserait qu’à l’éduquer à son image ? Ce n’était pas ce dont elle avait rêvé, non… Mais c’était un fait, indubitable, et si elle n’y avait pas songé, elle se devait de prendre une décision, maintenant. Une clameur la sortit de sa torpeur et elle fit volte-face dans l’eau secouée pour jeter une œillade circonspecte à Lakdahr qui était parvenu à la retrouver. Il avait l’air hors-de-lui, ce qui n’était pas franchement étonnant vu la manière dont elle l’avait planté. La donzelle se couvrit la poitrine de ses bras, reculant instinctivement d’un pas de plus vers l’océan tandis qu’il lui ordonnait de sortir de là. Curieusement, à cet instant précis, la mer lui semblait bien plus accueillante que les bras du forgeron. Elle n’avait jamais été capable de s’y jeter pour mettre fin à ses jours, et elle se sentait pitoyable à caresser cette idée dés aujourd’hui. Le visage de la volantaine se durcit tandis que son corps tremblait sous les bourrasques d’un vent soulevant des myriades de gouttelettes à vous transir l’échine. « Tarée » ? Elle hésitait à se lancer dans une franche rigolade lorsqu’il remettait en question sa santé mentale. Ce qu’il pouvait l’agacer, le collectionneur de canines qui tuait froidement, sans état d’âme – lui qui la taxait de folie lorsqu’il ne comprenait guère ses réactions. Si être imprévisible signifiait être fou, alors Lakdahr l’était, assurément ! Elle s’était finalement tournée vers l’horizon, jetant un voile d’indifférence sur l’insistance verbale de son interlocuteur qui avait finalement décidé de la rejoindre dans l’ondée. Elle se pinça les lèvres, le fil de ses réflexions basculant vers ses mornes pensées conjuguées au bon sens qui ne cessait de vouloir émerger. L’emprise du forgeron sur son corps la fit tressauter un instant mais elle se résigna, reposant sa tête contre le poitrail de son maître tandis qu’il la ramenait sur la plage de galets. Son estomac qui semblait avoir retrouvé un brin de stabilité lui fit comprendre son point de vue sur la question et la jeune femme fut soulagée une fois pieds à terre. Lakdahr était furieux, mais il témoignait d’une attention particulière presque suspecte – pouvait-il sentir que la pente était glissante ? Alors que la voix caverneuse du forgeron lui faisait entendre ses reproches, Serenei inclina le minois vers le sol, préférant fixer ses pieds pour ne pas avoir à supporter les agates de son interlocuteur. Un an qu’elle était ici, et il en venait à lui rappeler les règles qui régissaient sa captivité. Ce qui bouillonnait en elle était loin d’être seulement la vie naissante. La volantaine était furieuse elle aussi, sans en connaitre la raison particulière, mis à part le fait qu’il sous entendait qu’elle ne faisait rien de ses journées. A cause de qui ? On se le demande ! Alors qu’elle s’apprêtait à ouvrir la bouche pour lui répliquer avec amertume, Lakdahr lui fourra l’étoffe qu’il agitait depuis leurs retrouvailles dans les bras. Légèrement surprise, la donzelle resta immobile avant de l’étendre et la replier. Les petits cadeaux qu’il ramenait de ses rapines avaient toujours don de l’étonner, et à son plus grand dam, cela lui faisait toujours oublier les réprimandes qu’elle ressassait à son égard. Serenei serra l’étoffe contre elle, songeuse, avant de lever les yeux vers son titan des Iles. Alors qu’il reprenait la parole avec sa désinvolture vexante et moqueuse, la jeune femme plissa les yeux d’un air venimeux.      

« Je me demande bien comment t’as pu survivre sans moi. T’as l’air de croire que tuer ces pauvres hères, ça c’est quelque chose d’utile. » – La volantaine chassa sa remarque d’un geste de la main. « C’est ce que tu t’dis quand les femmes dont tu veux abuser te griffent ? Qu’elles… T’allument ? »

Son ton était sec. Adieu l’air contrit pris un peu plus tôt tandis qu’elle l’avait accueilli avec une virulence involontaire. Elle fit quelques pas en arrière, reprenant de la distance, consciente que ça ne serait pas du goût de son interlocuteur. Et si elle mettait au monde un fils – imaginer qu’il prenne Lakdahr pour modèle et se fasse inculquer les mêmes vices lui faisait froid dans le dos. Elle ne le laisserait pas faire, oh ça non.

« C’est toi qui parle de caprice, Lakdahr ? » L’interrogea-t-elle. « On sait très bien lequel d’entre nous est le plus capricieux. » – Elle fronça les sourcils, manifestement lasse de cette situation. « Il n’était question que de nous. Maintenant, c’est plus le cas. »

Son impertinence pouvait bien apparaître comme un sentiment égoïste – comme si elle se dressait contre le Fer-né avec l’enfant hypothétiquement dans son ventre. Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer. Serenei fixait Lakdahr, guettant ses réactions pour mieux le cerner. Comprenait-il ce qu’elle voulait sous entendre ? Un éclat de lucidité lui fit secouer la tête, un sourire en coin aux lèvres. Non, il ne comprenait pas.

« Idiot. Je suis enceinte. » – Elle avait lâché ça de but en blanc, encline à semer torpeur dans l’esprit de son interlocuteur. Etrangement, ça lui faisait un bien fou de l’avoir formulé. Elle s’était délestée d’une charge, mais ignorait bel et bien comment son forgeron si atypique allait prendre la nouvelle.





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Lakdahr l'Edenteur
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Message Mer 3 Juil 2013 - 11:44

Peut-être étaient-ce les méphitiques exhalaisons des insulaires qui avaient eu raison du quant-à-soi de la donzelle – car ici bas, il ne fallait point avoir l'odorat trop sensible au risque de s'en voir définitivement privé. C'était du moins ce que les victimes olfactives devaient persifler dans l'échine des fer-nés qui, eux, ne trouvaient rien à redire sur leur fragrance naturelle. Certes, avec une pérégrination comme celle de laquelle il revenait, il avait eu le loisir d'exsuder sa sueur et de se parfumer des effluves de la mort – c'était un mâle, il sentait donc le mâle, aurait prôné l'intéressé ! Il n'était pas question de sentir la rose ou le jasmin comme ces ribaudes d'outre-mer, un fait auquel Serenei avait pourtant eu le temps de s'accommoder en un peu plus d'une année de captivité, alors, pourquoi diantre aujourd'hui ? Les femmes étaient imprévisibles – et particulièrement harassantes lorsqu'elles s'y mettaient. Il avait évidemment connu bien pire que la belle volantaine en matière de furie à dompter, il n'avait après tout et par miracle pas eu à user d'une quelconque violence pour la sainte obédience. Mais comme tout à chacun, elle avait également ses impulsions et la lubie qu'elle lui exposait aujourd'hui avait de quoi surprendre ! Les femmes-sel avaient l'émoi itératif, et le titan était pour l'heure bien trop préoccupé par sa propre plénitude pour remarquer plus qu'un malaise d'apparence chez sa concubine, qui devait certainement et seulement être dans sa mauvaise période menstruelle. « Le sang rend fou même les innocents. » Certains se galvanisaient de l'arôme de l'hémoglobine à l'instar de berserkers prêts à prendre un bain de viscères, et pour les petites damoiselles, elles subissaient les facéties hormonales dont la vie les avait affublées. Et dans son esprit phallocrate, la jeune femme se savait assurément en tort puisqu'elle ne prenait point la peine de confronter ses onyx aux siens, préférant mirer ses chausses comme si elle venait tout juste de découvrir l'existence de ses orteils. Elle était ainsi, la primauté de l'Edenteur : franche et fielleuse, souvent paradoxale, parfois insidieuse. L'ire succédait à la quiétude sans l'ombre d'un préambule, il alternait sans mal et sans opprobre les parcelles de tendresse aux éclats d'outrage, le tout constellé d'une démesure sans nom. Mais la démesure, n'était-ce pas là tout le résumé du personnage ? Le synopsis de sa vie se résumait en ce terme, et ce n'était vertement pas la sylphide qui plaiderait le contraire.

Le précieux textile ocellé avait été largement ignoré, tant par celle qui l'avait reçu en présent que celui qui le lui avait offert et qui en avait déjà omis l'existence. Il ne la gâtait pas pour qu'elle l'oigne de sa gratitude, s'il agissait ainsi, ce n'était que pour... Lui-même l'ignorait, mais c'était ainsi – plutôt périr que reconnaître qu'il pouvait de temps à autre être un compagnon attentionné. Cependant, ils étaient tous deux bien loin de tout déploiement d'affection, et l'oeillade qu'elle lui adressa fut l'analogie d'une flèche de rancune décochée en plein ciel nuageux. Le forgeron se redressa instinctivement lorsqu'elle prit la parole d'une intonation pernicieusement distincte, filant sa bienséance à la trappe pour mieux dresser une égide de mots devant son maître qui n'en revenait pas. Sourcilleux, il la contempla dans sa mortification sans en comprendre les tenants et encore moins les aboutissants. Il fit naturellement fi de son opinion sur ses propensions à l'abjection, il ne cachait jamais ses ignominies et n'en rougissait point pour un sou – chacun possédait ses vices, lui ne faisait que les exprimer en toute liberté et irrévérence. Certains vivaient par l'épée, d'autres par les bonnes mœurs, et quelques-uns dans la vilenie, les choses étaient ainsi, et il ne s'abaisserait pas à se justifier sur ses travers. Mais comme si son hardiesse n'était pas déjà suffisante, la naïade poursuivit sans relâche, proférant enfin tout haut ce qu'elle avait toujours pensé tout bas... Mais son imputation eut l'effet d'une larme de nue sur le colosse, qui prit un air las. Ses sombres agates roulèrent dans leurs caveaux oculaires et il ne daigna pas même écouter la tirade suivante avant d'entamer sa réplique.

« Ta gueule. Sérieux, tu m'fatigues. » Pas de simagrées avec Lakdahr, qui n'avait pas pour coutume d'encenser qui que c'eut été pour entrer dans de bonnes grâces ou rasséréner les conflits. Les dissonances se pacifiaient à coup de hache dans la nuque, et fort heureusement pour la vénus, il avait laissé Dentesque dans leur chambre – mais même s'il ne lui aurait pas fait tâter de son épouse de guerre, il gardait comme un impérieux désir de lui faire avaler tous les galets de cette plage, et peut-être pas par la bouche. « J'en ai strictement rien à branler de c'que tu penses de moi, ton avis compte même pas pour de la merde et c'est pas prêt d'changer. Tu remues ton cul quand j'te le demande et si me vient l'envie de te noyer dans ma pisse ou dans ma semence, j'le ferai. Tu t'exécutes et tu t'écrases ou c'est ma paluche qui le f'ra sur ta face ! » L'artisan avait toujours eu un goût très prononcé pour la rhétorique, un véritable parangon de diplomatie ! Avec un cuistre de son acabit sur le trône de Grès ou de Fer, nul doute que le royaume courrait à sa perte ! Mais pour l'heure, ses proses d'inélégance ne ciblaient que la donzelle qui se trouvait face à lui et qu'il gratifia d'un regard lourd de mépris, parce qu'il était le guerrier, et qu'elle était sa servante. L'on avait jamais vu un domestique s'élever contre son seigneur, et même si lui n'en avait pas le titre, la situation n'en demeurait pas moins similaire. D'une mouvance qui se voulut péremptoire, il pointa l'éponyme forteresse de Pyk de l'index et tonna. « On rentre maint'nant, et plus vite que ça ! »

Ereinté par ses récentes activités de pirate sanguinaire, le mestre fêvre n'avait qu'une idée en tête : regagner son logis, se bâfrer comme un pourceau et se rappeler au bon souvenir d'une certaine vulve, avant de ronfler jusqu'à l'aube du jour suivant. Un programme que la belle ne parviendrait pas à mettre en déroute, il en était intimement persuadé car aucune drôlesse de ce monde n'aurait le dernier mot avec lui. Ce fut du moins ce que sa superbe de misogyne lui fit légitimement conclure, prompt qu'il était à l'installer sur son épaule et à l'emmener rejoindre leurs quartiers si elle refusait de se mettre en marche. Toutefois, la réponse qu'il essuya apparut des limbes de l'impromptu et outrepassait tout ce à quoi il aurait alors pu s'attendre. Le coup de théâtre fut tel que le vent eut le loisir de bramer avant que le fer-né ne manifeste une quelconque réaction, tout bonnement hagard et incapable de réfléchir sur l'instant. Après de longues secondes d'inertie, les yeux de l'Edenteur s'écarquillèrent lentement et ses lippes s'entrouvrirent d'effarement, son bras tendu s'affaissa, il blêmit, et crut que son palpitant venait de s'arrêter.

« Tu que quoi ?? » Balbutia le gaillard qui avait perdu toute sa contenance, et voilà que son latin périclitait aussi. « Tu... enc... mais... de...?! » Rien à faire, il avait beau s'échiner à tenter de formuler une phrase intelligible, il n'y parvenait guère, si bien qu'il leva une phalange pour illustrer ses prochains mots. « Je...reviens... »

Se disant et tel un quidam qui venait de rencontrer un spectre de l'autre monde, il pivota et se dirigea vers la mer dans laquelle il pénétra. L'écume eut tôt fait de lécher ses genoux, puis sa taille, et il se laissa percuter par une vague qui l'engloutit sous son rouleau rugissant. L'eau était glaciale et agressa la musculeuse charpente du jeune homme qui se contracta tout entier et frémit de tout son corps – mieux qu'une gifle pour se réveiller ! Il ne cherchait nullement à se sortir du carcan d'un cauchemar, mais juste à vérifier qu'il était toujours dans la réalité et qu'il avait encore toute sa tête – ce dont il avait douté à l'annonce. La demi-seiche ne s'attarda point dans son habitat naturel et revint bientôt sur ses pas, plaquant son crin de jais vers l'arrière pour dégager sa physionomie et expectorer le sel qu'il avait sur les papilles. Cette seule sapidité atrocement saumâtre suffisait à lui prouver qu'il ne rêvait pas, ajoutée à cela l'expression avec laquelle la volantaine le contemplait après son accès de folie, et l'incertitude n'était plus une option. Une fois revenu aux abords de cette dernière, le forgeron l'observa dans l'ahurissement le plus total, toute nitescence de contrariété s'était dissipée, ne restait plus que l'aberration d'un homme qui deviendrait prochainement père.

« T'es... Enceinte ? » Répéta enfin le bélître, l'eau ruisselant le long de son galbe qui ignorait la morsure de la brise. Il avait recouvert ses facultés de langage, ceci bien qu'il apparaissait toujours autant désarçonné. « Mais... Comment tu l'sais ? J'veux dire... T'en es vraiment sûre ?... Si c'est une blague c'est foutrement pas drôle ! » Il la connaissait cependant bien, sa Pensée Sauvage, et elle n'aurait jamais été du genre à tenter quelque trait d'esprit que ce soit sur un tel sujet, qui bouleverserait inexorablement leurs vies. Néanmoins, nonobstant cette légère recrudescence d'irascibilité, ce fut un tout autre regard que le titan posait alors que Serenei. Ses calots se hasardèrent très furtivement sur son ventre qui camouflait désormais un petit trésor, mais il ne put encore soutenir cette vision et revint sur le visage de la sylphide. « Attends... C'est pour ça que t'as réagi comme ça et que tu t'es sauvée ? J'comprends pas... » Ou il craignait de comprendre. Deux astres d'un indicible trouble luisirent dans les obscures prunelles de Lakdahr, les premiers du genre que la jouvencelle ait jamais aperçus, en cet instant, son époux de sel semblait profondément... Humain. « Tu trouves ça mal ? »




" - On fait quoi ? - Valeurs sûres : on leur éclate la gueule. "
 " Barbare qui roule amasse coups de boule. "
" On dit que les fer-nés détestent toutes les races, c'est faux, on les aime toutes ! En ragoût, en civet, à la broche... "

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Serenei
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Message Mer 10 Juil 2013 - 18:50

Serenei n’avait pas souvent témoigné d’une telle irascibilité à l’égard de son colossal fer-né à la réputation déjà bien établie sur les Iles. Désirait-elle lui donner une raison de la noyer sans plus attendre, après toutes ses lunes passées à se côtoyer et à s’apprivoiser ? Tout ça s’était fait d’un accord tacite, la donzelle n’ayant de toute manière pas eu son mot à dire sur la question de sa captivité. La vie était ainsi faite sur l’archipel de rocaille – les hommes et femmes capturés pour servir avait le seul choix entre l’obéissance ou la mort. C’était d’autant plus vrai que si son propriétaire venait à mourir, Serenei n’y gagnerait rien, pas même l’espoir de caresser cette liberté qu’elle ressassait tant. Non, si Lakdahr venait à périr en mer, un autre prendrait sûrement sa place – ou la mort saurait la cueillir d’une manière ou d’une autre avant qu’il ne lui arrive bien pire. Même si Lakdahr pouvait se montrer réellement effrayant, la volantaine ne l’aurait échangé contre personne. Pour sûr, sa force colossale était à l’image de son vocable insultant, et mieux valait se méfier de l’impulsivité insatiable de l’Edenteur – cependant, la donzelle ne perdait pas espoir. Sa persuasion avait été plutôt efficace jusqu’à aujourd’hui, et si l’homme aimait avoir l’ascendant sur elle, il se laissait aussi distraire et convaincre  par les ruses féminines.

Foutues hormones. Il n’y avait plus aucun doute à avoir sur la nature de son malaise. Ça lui retournait les tripes et qu’il était âcre le venin qui ne demandait qu’à franchir ses lippes pour atteindre son interlocuteur. N’aurait-elle pas du lui en parler posément, toute vêtue de patience et délicate sensualité ? Serenei avait le don de pouvoir contrôler beaucoup de choses – que ce soit des signes de lassitude ou de faiblesses, mais jamais elle n’avait pu lutter contre cette intime conviction. Elle serait une mère aussi féroce qu’une louve, prête à en découdre avec le mâle pour préserver sa chair et son sang. Elle n’avait jamais ressenti un tel instinct de survie, déchirant sa poitrine et lui griffant la gorge – comme si elle était habitée par un mal qu’elle ne pouvait contenir. Comme si elle venait de se découvrir un caractère aussi taciturne et imprévisible que son incorrigible forgeron.

L’œillade sombre qu’il lui décocha en réponse à sa volée de reproches ne laissait rien de bon à présager. Lakdahr n’était pas genre d’homme à essuyer réprimandes sans grogner son mécontentement, ce qu’il fit d’ailleurs sans plus attendre. Serenei accueillit sa remarque par un minois fermé, ses prunelles toisant l’immense silhouette qui la jaugeait d’aussi haut. Pour sûr qu’il était intimidant, et que sa physionomie si expressive savait aisément dicter les lois de son barbarisme. Il se montrait si méprisant dés à présent qu’elle avait l’envie de tourner les talons et de le distancer sur la plage de galets. A quoi bon ? Sûrement allait-il la tirer jusqu’à la forteresse par la crinière, rendant impossible toute discussion et lui faire payer son imprudence de la plus violente des sanctions nuptiales. Elle émit un long soupir exaspéré – que croyait-il ? Qu’elle allait se liquéfier sous ses menaces furibondes ? Combien de fois lui avait-il fait le coup de lui vociférer ignominies dans l’espoir de la faire tenir tranquille ? Oh, elle était intimement convaincue de devoir faire confiance à son sens de la cruauté. Elle s’estimait heureuse d’y avoir échappé jusqu’à aujourd’hui et ne désirait pas franchement faire peser la balance du mauvais côté. Lorsqu’il lui gronda de retourner à la forteresse fissa, la volantaine n’en fit rien, préférant plutôt s’en résoudre à formuler son aveu. Ainsi fait, les yeux plantés sur l’homme puissant qui semblait être frappé d’une lame pernicieuse, Serenei put gouter à sa stupéfaction et décontenance, ce qui se révélait être d’une satisfaction plutôt cruelle. Elle était parvenue à lui en boucher un coin – maigre victoire dans cet échange non dénués de grossièretés.  La colère froide et l’impatience du bougre s’était envolée au gré d’un teint pâle et d’une tête effarée. Le fracas des vagues contre la plage et le vent s’immisçant dans le pli des étoffes qu’elle portait furent les seuls bruits qui ponctuaient leur échange durant ce moment de flottement. Serenei se passa la langue sur ses lèvres, prise d’une soudaine envie de rire à gorge déployée. Etait-elle devenue folle ? Interdit, Lakdahr ne trouvait qu’à bredouiller des interrogations que la donzelle chassa en fermant les paupières. « Je reviens. » - vraiment ? Serenei croisa les bras contre sa poitrine, suivant du regard la stature de son maître évoluant vers la mer. Ce fut à son tour d’hausser les sourcils en signe de circonspection. Que comptait-il faire ? S’échapper de l’Ile à la nage ? La volantaine passa une main sur son visage, puis se mordit les phalanges d’appréhension, parcourant les alentours d’un œil maussade. Un enfant ne pourrait que rendre son quotidien meilleur – une petite chose qu’il fallait nécessairement choyer, contrastant ainsi avec l’archipel de rocaille si hostile à toute forme de vie vulnérable. Confondue dans toutes ses réflexions, la jeune femme se détourna de la roche abrupte sur laquelle se dressait la forteresse de Pyk pour en revenir au futur père qui avait besoin d’y voir clair. Il lui revint tout dégoulinant d’une eau si fraiche qu’elle craigna fugacement qu’il attrape mal. Elle ne lisait aucune amertume dans ses onyx de prédateur – juste le malaise induit par cette annonce surprise. Serenei restait immobile, dénuée d’expression, trop occupée à guetter celles de son interlocuteur. Il semblait désireux d’avoir plus d’informations. Il voulait une certitude. Devait-elle le prendre pour un mauvais présage ? S’il n’en voulait pas d’elle et de son enfant ? Serenei se mordit la langue, plissant les yeux d’un air songeur – la question qu’il posait sonnait avec une candeur si déroutante. Serenei serrait toujours d’une main l’étoffe qui pendait mollement contre sa hanche. Elle baissa la tête un instant pour observer la facture du cadeau de son Edenteur.    

« Il est beau ce tissu. » – Murmura-t-elle. Lakdahr n’en avait sûrement fichtrement rien à faire, tant il semblait accaparé par le sujet qu’elle avait amené.

Il reprit la parole d’une gravité qui amena la donzelle à chercher ses iris tourmentés. Il semblait sincère dans son effarement, mais surtout, il paraissait comme déçu face à sa réaction.  Les lèvres de la volantaine s’entrouvrirent, mais aucun mot ne parvint à les franchir. C’était à son tour d’être décontenancée par la question. L’homme qui était d’ordinaire si bourru et désinvolte se montrait concerné par son point de vue, son doute, et leur avenir. Le cœur de Serenei se serra si fort dans sa poitrine qu’elle crut défaillir. La donzelle chassa quelques mèches de cheveux qui lui voletaient dans les yeux puis réduisit la distance qui la séparait du forgeron.

« Mal… ? » – Répéta-t-elle d’un air songeur. Non, l’enfant était la vie, l’amour, la chaleur et la douceur. Les Ténèbres qu’elle craignait étaient aussi proches que versatiles – et l’Edenteur avait un caractère propice à son influence.  Elle avança une main hésitante vers la musculature frissonnante d’un Lakdahr qui semblait s’en soucier comme d’une guigne. Elle fit courir le bout de ses doigts le long de son bras d’un air songeur avant de lever le nez vers lui. « Non, ce n’est pas mal. J’ai juste peur. »

Elle se fraya un chemin dans le creux de ses bras, se pressant contre lui malgré le fait qu’il soit trempé. Elle goûta au sel de sa peau par un fugace baiser sur son poitrail avant de reprendre la parole sur un ton inquiet. Elle se détestait à se comporter ainsi – à vouloir le rassurer, alors qu’il était parfois rustre et débile. Mais elle s’était attachée à lui, et croyait désespérément pouvoir le sauver de son égoïsme et de sa pochardise.

« Promets-moi que tu seras clément avec cet enfant. Qu’il sera notre enfant, et que tu ne me l’enlèveras pas pour aller le faire tuer à la guerre. Que tu ne me le laisseras pas marmot pour me l’arracher ensuite. Lakdahr. Promets-moi qu’en tant que mère, j’aurais mon mot à dire sur son éducation…  » – Ses inquiétudes étaient fondées. Elle savait aussi que le forgeron était fier et buté – elle estimait que leur relation était passée outre la notion d’esclave et de maître. Elle désirait croire qu’elle était sa femme, même si c’était obsolète de parler en ses termes sur la terre des fer-nés. A mesure que Serenei avait prononcé ces paroles, son ton s’était fait plus ferme et son visage plus grave. Elle attrapa l’une des paluches de Lakdahr pour la coller contre son ventre et reprendre d’une voix suave, appuyant le front contre son torse. « Jures moi que tu ne lui feras aucun mal. » – Articula-t-elle avant de relever un regard sévère vers lui.





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Message Ven 12 Juil 2013 - 9:07

Le tissu était beau, et cette femme était folle. Substituer le sujet de sa gestation à celui de la facture de l'étoffe qu'il lui avait offerte... Il n'y avait plus l'ombre d'un doute, elle était frappée par une houle de vésanie comme lui l'avait été des vagues maritimes, et avec des tels géniteurs... Le futur poupon avait de quoi se ronger les sangs. Avec de tels legs génétiques, il deviendrait assurément un ouragan à lui seul – la réincarnation du Dieu des Tornades ? Mieux valait que non ! Lui-même avait été une petite terreur dans son enfance, martelant tout ce qui osait l'importuner de près ou de loin, injuriant déjà comme le pire des incongrus et déjà curieux de la sapidité du sang ennemi. Et pourtant... Il avait eu une mère aimante, et besoin d'aucun père ou exemple masculin pour la rabaisser plus bas que terre, pour profiter sans opprobre de son amour maternel et du fait que sur cet archipel, elle n'ait jamais eu que lui. Il y avait tant à espérer d'un enfant, et tant à redouter tout à la fois. Et si... La volantaine mettait au monde une fille ? Diantre, le scénario arborerait de tout autres atours ! Mâle ou femelle, la question était prématurée mais pas moins légitime et substantielle, car la réponse serait déterminante sur une pléthore de choses pour l'avenir. Le futur... La belle venait de l'emmailloter dans un drap opaque et maculé de leur stupre, la sensation de cécité était angoissante, presque intolérable. De rejeton, il n'y en avait qu'un seul dans son entourage, qu'il coudoyait de façon sporadique mais non sans plaisir : il s'agissait de Zachery, l'aîné de son demi-frère de Seiche dorée. Il appréciait très sincèrement le garçonnet et brûlait d'impatience de le voir devenir un digne fer-né, toutefois, cette relation était le fruit d'une unicité. De manière générale, les mômes insupportaient le forgeron, qui abhorrait tant leur innocuité que leur hardiesse mal placée à vouloir déjà se prendre pour des hommes et d'illustres guerriers. A défaut de pouvoir les envoyer sur les roses – c'est qu'il y en avait bien peu... Voire pas du tout. - il les propulsait dans la première flaque qu'il rencontrait, et un rugissement suffisait communément à les effaroucher pour un temps. Contrairement à Gabriel, lui n'avait jamais aspiré à fonder une famille, ne s'intéressant aux donzelles que pour leur volupté, se bâfrant de créatures toutes plus sybarites les unes que les autres jusqu'à ne plus pouvoir marcher le lendemain... Il n'était qu'un pourceau de la pire espèce, véracité qu'il n'avait en plus jamais réfutée. Pauvre progéniture...

Oui, ainsi étaient les premiers fils de la réflexion qu'il tissait à l'instar d'une arachnide qui avait manqué de se noyer dans une pinte, et n'en était pas ressortie totalement sobre. Son arantèle, une fois achevée, ne ressemblerait certainement à rien, Serenei avait tout intérêt à faire preuve de psychologie pour ne point le perdre en chemin. Des deux, l'on pouvait alors se demander lequel était le plus en proie à l'émoi, l'Edenteur ne subissait peut-être pas les raids hormonaux qui tourmentaient l'organisme de la sylphide, mais le trouble l'assaillait tout autant. La réaction que sa concubine avait eue en s'escamotant ainsi le laissait irrésolu et... Etrangement anxieux. L'inepte, à quoi s'attendait-il donc ? Le truisme était devant lui et il s'échinait à tergiverser, l'évidence était criarde et fondée, bien sûr, qu'elle ne voudrait jamais de cette vermine qui croîtrait dans sa matrice, de ce chiendent que son ravisseur avait mis en terre pour mieux altérer son âme et laisser en elle toute la vilenie de sa souillure. Comment Isabel avait-elle fait pour l'aimer, lui ? Par dépit, probablement. Mais voilà que son interlocutrice approchait, ravalant cette distance qu'elle avait elle-même instaurée, et pour peu, c'est lui qui aurait presque eu l'envie de reculer. De cette délicate main qui s'éleva en sa direction, il se méfia, tel un animal blessé incertain des intentions du chasseur qui l'avait acculé – la vision était ubuesque, mais il avait véritablement l'impression qu'elle avait décoché et fiché une flèche dans son poitrail. Il laissa pourtant le contact s'établir, tandis qu'elle lui faisait sa confession... Peur ? De quoi donc ? Les femmes avaient été créées pour reproduire ce miracle de la nature qu'était insuffler la vie, la très large majorité de leur gente n'était bonne à rien si ce n'était à cela, et leurs corps étaient façonnés à cette fin... Celles qui étaient incapables de porter et mettre bas étaient inutiles à cet univers. Elles étaient faibles. Lakdahr était obtus et il ne changerait pas d'opinion à ce sujet... Ce qui ne l'empêcha pas de considérer avec une attention quasi religieuse les dires de sa femme-sel, qui se réfugia contre lui, et où avait-on vu qu'une servante assujettie par la force cherchait réconfort chez son bourreau ? Ils étaient un couple pour le moins truculent... Mais peut-être était-ce ce qui faisait toute la différence.

« Faut pas... » Répondit-il de son éternel timbre guttural, mais bien plus suave et trouble qu'à l'accoutumée. Malgré le fait qu'il se savait trempé et source d'un froid mordant et saumâtre, il glissa l'une de ses paluches à la cavité des reins de la dryade, l'autre prenant place à l'arrière de son crâne, dans sa soyeuse crinière de jais. « Une sirène n'a pas peur de la tempête. »

Pourquoi avait-il dit cela ? Il n'en avait pas la moindre idée, ses moments de poésie étaient si rares qu'il était possible de les compter sur les phalanges d'une seule main, et... C'était bien la première fois qu'il agissait ainsi envers une demoiselle. Il se stupéfiait lui-même à tenter de la rassurer, alors qu'il aurait tout simplement pu l'abandonner dans sa torpeur tout en la contraignant à endurer sa grossesse jusqu'à terme. Mais il n'en avait juste... Pas envie. Ses onyx se baissèrent vers elle lorsqu'il entendit tinter sa voix de cristal, et son discours eut le don de l'abasourdir. Beaucoup de mères avaient la ferveur et la véhémence d'un océan en ire, en cet instant, ce fut sa propre génitrice qu'il distingua à travers Serenei. C'était un chapelet de promesses qu'elle lui demandait, un peu de miséricorde pour ce bébé à en devenir qui lui, n'avait jamais fait le vœux d'être conçu, mais faisait peut-être déjà celui d'être aimé. La situation était délicate, le titan savait ce que représentait une enfance sur les Iles-de-Fer, en toute insécurité et abjection séculaire. L'éducation ici se faisait par la survie de chaque jour, un lieu de croissance périlleux pour les plus jeunes, un immense jeu duquel il fallait savoir et pouvoir tirer son épingle. Soudain, sa paluche n'eut qu'à peine le temps d'effleurer la pommette de la naïade qu'elle la saisit pour mieux la déposer sur son ventre encore timoré de tierce présence. D'indicibles fourmillements naquirent à la pulpe de ses doigts pour ascensionner son bras jusqu'à transir son épine dorsale, là... Se développait son enfant. Leur enfant. Le colosse en fut complètement désarçonné, ses prunelles luisirent comme si la voie lactée toute entière s'y était logée, et il prouvait, plus que jamais, qu'il n'était finalement et pas seulement ce faquin de meurtrier et forban que tous connaissaient.

« Serenei... » Il déglutit et sembla quêter pour ses mots, il n'avait jamais été particulièrement doué pour les associer à ses sentiments, un peu comme s'il découvrait à chaque que lui aussi, pouvait en avoir. « J'peux pas... J'peux pas t'faire de promesse. » Il plongea dans ses orbes de bistre. « On est pas à Volantis ici, c'est pas une question d'bataille, un bougre a plus de chances de s'faire buter sur ces rocailles que pendant un abordage. Regarde autour de toi, t'as eu l'temps de voir comment on vit. Un fer-né mène une guerre chaque jour qui passe pour être sûr de s'réveiller le lendemain, et c'est encore pire quand t'es un mioche pas capable de t'défendre tout seul. » Il en savait quelque chose. « Il aura pas b'soin de moi pour apprendre à trancher des membres par plaisir, et d'toute façon, tout l'monde sait que ceux qui ont du sang Greyjoy même juste un peu sont tous fous à lier. » Il se comptait bien évidemment dans le lot, il était même une preuve tangible de cette théorie reconnue comme universelle. L'on susurrait que les gènes de la Seiche d'Or étaient constellés de tares dont chaque progéniture héritait, une folie latente, mais une folie tout de même. « Et je... j'sais pas... comment on fait pour... être père... j'en ai pas eu... ma mère est morte quand j'avais dix ans alors... j'me suis élevé comme j'ai pu.. »

Les confidences étaient inopinées, mais sincères, sans même le vouloir, la jouvencelle avait excavé une grande faille dans la carapace d'argentite de l'Edenteur, qui se livrait pour la toute première fois. Jamais auparavant n'avait-il déjà fait référence à sa filiation avec la maison suzeraine, ô grand jamais n'avait-il déjà ne serait-ce qu'évoqué feu lord Balon Greyjoy, son défunt pater, qui avait péri des mains de l'autoproclamé parricide Dagon alors que Lakdahr n'avait qu'un an à peine, et s'il lui avait déjà laissé entendre que la chambre qu'ils partageaient avait initialement été celle de sa mère, il ne s'était guère jamais étendu sur le sujet. Pour autant... Loin de lui l'idée de faire naître de la commisération chez la volantaine, une pléthore d'individus grandissaient orphelins, il ne désirait pas se plaindre, quand bien même faisait-il ainsi comprendre qu'il n'avait jadis point eu de repère. Il avait évolué parmi ses pairs et avait joué de mimétisme, fort heureusement pour lui, Isabel lui avait enseigné ce que le mot « indépendance » signifiait avant que la maladie ne l'emporte. Des temps rudes auxquels il n'avait plus songé depuis fort longtemps, et qui lui tirèrent une grimace amère – ou peut-être était-ce le sel qui s'ébaudissait à ronger les griffures sur sa joue ? Qu'importait, l'artisan ignorait tout de comment devenir un parent, ni même s'il serait digne de ce rôle qui devait certainement être le plus ardu du monde. Toutefois, le fait qu'il s'en préoccupe signifiait beaucoup plus que les apparences ne le suggéraient, car il n'était pas là question d'une vulgaire livre de chair, mais d'un héritier.

« Tu pourras pas l'élever comme si t'étais sur le continent, sinon j'donne pas cher de sa peau. Il s'ra voué à devenir un barbare, quoi qu'il arrive, mataf ou artisan, c'pas la question. » Il ne cherchait nullement à l'enfoncer ou à la priver d'un bon-droit maternel, même si ce dernier était tout relatif. La main du forgeron se plaqua un peu plus fortement sur la panse de la belle, comme s'il désirait déjà sentir la présence du coquin qui s'y cachait. « Mais faudra m'passer sur le corps avant d'pouvoir l'atteindre, j'laisserai personne toucher à un seul de ses cheveux. Ca, j'peux te le jurer, j'enverrai Dentesque dans la gueule du premier qui s'y essaiera ! » Sans même s'en rendre compte, le jeune homme agissait déjà avec la dévotion d'un père, car il lui paraissait tout bonnement inconcevable d'ignorer celui ou celle qui serait la chair de sa chair, le bambin pour lequel il voulait être un pédagogue, un exemple. Subitement, il prit le tissu ocellé des bras de Serenei pour l'en entourer, déposant le somptueux textile sur ses graciles épaules pour la protéger du froid, et inconsciemment, c'était aussi là une façon de la draper de toute sa protection. « Notre enfant aura rien à craindre tant que j'serai là, et toi non plus. » Le réconfort de le savoir plus que déterminé à remplir son futur statut parental pouvait aisément se muer en angoisse, car Lakdahr pouvait être tant une égide qu'une menace, apte à forger en sa descendance le plus beau de ses ouvrages, ce qui ne siérait hypothétiquement pas à la nymphe qui lui faisait face. Celle-ci allait devoir confronter l'antinomie de ses ressentis et jouer un jeu bien subtil si elle espérait avec une réelle influence sur l'enfant en question. Dans les lunes à venir, tous deux seraient plongés dans le vortex de l'incertitude et de la conjecture.




" - On fait quoi ? - Valeurs sûres : on leur éclate la gueule. "
 " Barbare qui roule amasse coups de boule. "
" On dit que les fer-nés détestent toutes les races, c'est faux, on les aime toutes ! En ragoût, en civet, à la broche... "

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Serenei
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Message Dim 28 Juil 2013 - 12:51

La volantaine avait souvent du mal à réaliser quel tournant avait pris sa vie. Son départ de sa ville natale, son espoir de rejoindre les contrées riches et profitables à son commerce, sa captivité et son désespoir à se voir coincée sur une Ile et soumise à un maître forgeron brutal. Caresser l'espoir de s'en sortir autrement que les deux pieds devant était illusoire – il n'empêche que la donzelle s'était souvent demandée si une femme-sel un jour, était parvenue à s'échapper de cet archipel de rocaille. Elle n'était pas particulièrement de nature à vivre dans l'amertume et le regret, et la présence de ce petit être en son sein eut vite fait de la convaincre à mettre les choses à plat avec son Edenteur. Elle lui découvrait une facette déconcertante – lui qui se moquait de son comportement et donnait l'impression d'avoir perpétuellement l'ascendant dans leur couple – réagissait dorénavant comme un époux l'aurait fait avec sa femme. L'accueillant dans ses bras puissants, il se mit même à la réconforter de par quelques mots formulés de son timbre grave sans pour autant l'engueuler – ce à quoi elle aurait pu s'attendre étant donné les sautes d'humeur de son titan et la virulence dont elle avait elle-même fait preuve précédemment. En lui confiant ses angoisses, elle avait craint de se heurter à la circonspection et au mutisme du fer-né. Après tout, que pouvait-il connaître des incertitudes maternelles et de cette crainte viscérale à toute femme ? Avait-il déjà songé à être père ? Elle qui le savait immature en certaines circonstances lui découvrait finalement une lucidité de parent, qui ne le rendait que plus attirant malgré tous ses travers.

Le visage enfoui contre son torse, Serenei ferma les paupières un court instant, émue par l'étreinte que lui offrait Lakdahr en retour. La question lui traversa l'esprit – celle de savoir qui d'autre sur les Iles avait connaissance de cette douceur et de cette attention particulière dont il savait faire preuve dans ses moments d'égarement. Tout le monde le taxait de maître Edenteur, de guerrier accompli, virulent et brutal – qu'arriverait-il si on les surprenait à cet instant, blotti l'un contre l'autre ? Supporterait-il qu'on l'accuse de faiblesse envers sa femme-sel ? La paluche de son homme s'égara dans sa chevelure humide d'embruns marins. Tandis qu'il lui soufflait que tout comme une sirène qui ne craignait pas la tempête, la femme ne devait point redouter de donner la vie, la volantaine esquissa un sourire qui vint à illuminer son expression fatiguée. Malgré cette belle image visant à la réconforter, la future mère n'hésita pas à lui demander de promettre. De jurer de ne pas être cruel  avec l'enfant à naître, de ne pas faire de lui un monstre, ou de ne pas le jeter dans le danger et l'inconfort. Comme Serenei caressait toujours l'espoir de susciter en lui un regain d'humanité et d'émotion, elle donna plus d'impact à ses paroles en s'emparant de sa main pour la glisser contre son ventre. Ses noires prunelles étaient vissées dans les siennes, et elle ne fut pas déçue de ce qu'elle discerna dans les agates troublées de son interlocuteur. La volantaine se mordit la lèvre inférieure, appréhendant la réponse qu'il allait lui donner. Il aurait très bien pu la frapper, lui vociférer qu'elle n'avait pas à lui demander quoi que ce soit et que les promesses étaient chose de femelles – qu'elle restait son obligée car il l'avait contraint à vivre ainsi et qu'elle devait ployer l'échine pour espérer survivre. Le frisson de la mer qui s'agitait tout autour d'eux rendait l'atmosphère électrique. L'on ne pouvait dire à cet instant si Serenei était vulnérable ou contrairement d'une folle témérité. Insondable tumulte dans ses onyx qui surveillaient le forgeron contre lequel elle se pressait. Il   semblait hésiter et chercher ses mots, trouver de quoi lui composer une réponse sans la brusquer. Le faciès de la donzelle restait inexpressif, même si une vague lueur d'espérance persistait dans ses yeux tournés vers lui. Puis, il exprima son incapacité à lui faire de promesse, surtout de ce genre là. Elle réalisa dés lors ô combien elle était stupide, d'avoir imaginé qu'elle aurait pu vivre normalement dans un endroit pareil. Pourquoi espérait-elle pouvoir choyer son enfant ? Lakdahr disait vrai – cet endroit regorgeait de dangers les plus périlleux les uns que les autres. Combien d'imprudents s'étaient brisés le cou sur ces récifs ? Les fer-nés vivaient de sel et de fer – c'était donc naturel qu'ils aient à apprendre à survivre sur leurs îles natales. De quoi aurait l'air leur enfant s'il était élégant et courtois ? Aussi précieux que pouvait sembler l'être les natifs de Volantis ? Pour sûr que ce serait de le mettre en danger que de lui donner une telle éducation, loin d'être appropriée aux Iles de Fer. Serenei plissa les yeux, sentant poindre en elle une tristesse qu'elle n'aurait su dissimuler. Elle ne voulait pas voir son enfant se faire briser, que ce soit par l'hostilité même de ce lieu de vie, ou que ce soit par les autres gamins bien trop fiers de leurs origines barbares. Elle  ne pouvait le permettre. La femme-sel acquiesça doucement du chef, signe de sa compréhension quant à la survie et à l'indépendance certaine que devra prendre leur enfant pour tâcher de survivre sur Pyk. Mais lorsqu'il évoqua le fait que leur enfant n'aura nul besoin de son influence pour devenir sanguinaire et cruel, Serenei redressa le menton, révoltée. Lakdahr semblait penser que c'était inévitable, et que lui même n'avait pas le choix car il portait le nom de Greyjoy.  

 « Lakdahr. Tu as fait le choix d'être cruel. Je ne crois pas que tu sois fou. » – Lui souffla-t-elle, ses yeux dans les siens.  « Et je ne crois pas non plus que ce soit une fatalité. Tu peux changer. Comme cet enfant pourra être fier guerrier, intelligent et ne pas voir une faiblesse dans le fait d'être humain. »

Les lèvres charnues de la donzelle s'étirèrent dans une moue dubitative. Sa tête lui tournait et le bout des doigts lui picotait.

 « Je veux que notre enfant apprenne à se défendre, mais je veux aussi qu'il puisse estimer la clémence. La méchanceté et le sadisme ne suscitent que la crainte. Qui arrive à vivre satisfait en étant seulement craint ? Même pas toi Lakdahr. »

Elle en était la preuve même. Même s'il l'avait longtemps effrayé au début de son arrivée sur les Iles, il n'avait pas fait preuve de violence gratuite à son égard. Il ne l'avait pas détruite pour mieux la posséder. Le forgeron semblait tourmenté, lui aussi, doutant de son rôle de père, ce qui arracha à la volantaine une risette voulue rassurante.

 « Tu sauras être un bon père. Je t'y aiderai. » – Curieusement, tous les doutes de la belle semblaient s'être envolés.

D'une caresse à l'angle de la mâchoire carrée de son Endenteur, Serenei voulut chasser son expression désappointée. Comment cela pouvait-il être une vocation de devenir barbare ? De torturer pour son bon plaisir ? Si la religion de R'hllor lui aurait poussé à croire que les fer-nés avaient le sang vicié, elle possédait une intime conviction comme quoi il n'en était rien. Ne méritaient-ils tous pas d'être sauvés ? Et pas obligatoirement par le feu.

La paume de main de Lakdahr lui creusa un peu plus le ventre dans un élan bien plus franc que précédemment, et la volantaine laissa échapper un petit rire. Elle ne pouvait remettre en doute la sincérité de son interlocuteur. Lorsqu'il affirma que personne ne toucherait un seul cheveu de son enfant tant qu'il serait là, la jeune femme fut secouée par un frisson soulagé de la tête aux pieds. Était-ce un bien ou un mal ? Serenei connaissait le tempérament de son époux de sel, c'est pour cela qu'elle se méfiait souvent de ses réactions. Quand il assura qu'elle non plus n'avait rien à craindre, la donzelle lui coula un regard songeur. Je n'aurais personne à craindre, excepté toi. Lorsqu'il la drapa du tissu gracieusement offert, la volantaine s'y enroula, toute frémissante.    

 « Tu as l'air de penser que ce sera un garçon. As-tu songé à ce que notre enfant fera si c'est une fille ? » – Lui glissa-t-elle, ses longs cheveux voletant autour de son visage tout en venant caresser l'épiderme du titan. Serenei n'ignorait pas qu'il était dur pour une femme de s'imposer parmi les fer-nés. Les précieuses étaient sûrement considérées comme faibles – si fille il y avait, jamais elle ne pourrait la garder à ses côtés pour lui apprendre son artisanat. Chose qu'elle trouvait, regrettable. Était-elle vouée à rester toute seule ? Incapable de pouvoir s'intégrer à ce mode de vie atypique. Elle n'était qu'une esclave en fin de compte, ce que son enfant ne serait pas.





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Lakdahr l'Edenteur
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Message Mer 31 Juil 2013 - 14:47

Qu'est ce qu'une jouvencelle aussi précieuse que la Tailleuse pouvait bien connaître de la vésanie ? Chez son faquin de propriétaire, la folie était itérative, parfois simplement couvée par son incongruité intestine ou sa passion pour son métier d'artisanat, mais elle finissait toujours par resurgir tel un Kraken de son antre abyssal. La pauvrette n'avait pas même idée des sévices dont il avait été le bourreau, de cette créature d'abjection en laquelle il se transformait dès lors qu'il s'apprêtait à faire perler les larmes ou le sang. Et comment justifier cette attirance plus que fantasque pour la denture d'autrui ? Il lui semblait que même les attributs tout en formes d'une femme ne le faisait guère autant jouir que la perspective d'arranger une dent et une bribe de gencive. Lire et ouïr la douleur de son martyr, le voir tourner de l'oeil, puis expectorer son hémoglobine en flots aigres et émétiques... L'extraction d'un si petit organe pouvait causer un mal incommensurable et sournoisement durable, ce n'était généralement plus une joue que les suppliciés encore en vie présentaient ensuite, mais une véritable mamelle tant leur bouche était tuméfiée. Et s'il n'y avait encore que cela... Si ce n'était cette fois là, sur le pont de ce polacre sur lequel il l'avait fait sienne, Serenei ne l'avait jamais vu à l'oeuvre. Elle ignorait, au fond, quelles cimes son maître était capable d'atteindre, par simple plaisir morbide... Par cruauté... Cruel, oui... Avait-il choisi de l'être, ou se cherchait-il inconsciemment une excuse à travers ses gènes paternels ? A bien y réfléchir, il y avait de quoi se poser la question, mais aussi incroyable cela pouvait-il paraître, le titan n'en rougirait nullement. Il se savait être une créature des limbes qui préférait amplement répandre la gangrène que la bonne parole, chaque boutre naviguant était un pandémonium mobile, et peut-être même que les Iles-de-Fer étaient à considérer comme un enfer terrestre. Sans doute était-ce le syllogisme de tous les captifs qui y avaient été emmenés et assujettis, condamnés à offrir leur dernier souffle aux incubes qui leur avaient épargné une mort prompte, mais une longue agonie. Ne point faire à autrui ce que l'on ne désirait pas de se voir infligé... Un adage qui sonnait creux au tympan du forgeron, qui pensait avant tout à lui, et seulement ensuite aux autres. Exception faite pour Gabriel, pour lequel il s'était déjà inséré dans des situations alambiquées et infernales, comme ce fut récemment le cas avec Sargon. La belle n'était pas à plaindre en la matière non plus, car s'il consultait rarement – voire jamais. - son avis, elle ne bénéficiait pas moins de sa protection. Et désormais, une troisième personne qui pointerait progressivement le bout de son nez, entrait dans ses bonnes grâces...

« Commence pas avec ton charabia d'femelle pacifiste, j'ai ni l'intention d'épargner les prochains continentaux qui m'tomberont sous la main ni celle de m'immoler par le feu pour faire bander ton dieu flammèche ! Avoir d'la pitié c'est pas être faible, c'est être con. » Chasser le naturel et il revenait au triple galop, bien en dépit de son âme de futur parent encore commotionnée par l'annonce cette grossesse, l'Edenteur n'en omettait jamais sa charmante rhétorique. Aussi obtus et opiniâtre qu'une enclume, ses mœurs avaient été forgées dans la roche de l'Antique Voie, dogmes de barbarisme qui ne prônaient que violence et domination. « T'as p't'être du mal à y croire mais même Gabriel tranche des têtes, Astaroth a broyé plus de crânes que lui a versé d'larmes... Et pourtant c'est une sacrée chialeuse c'ui-là ! Son humanité lui a apporté quoi, à part les coups d'enfoiré d'son frère et une pute d'Ibben à qui il écarte même pas les cuisses ? Descend d'ton nuage Serenei, t'as pu l'âge de croire aux contes pour mioches ! »

Il y avait bien peu de place pour les bons sentiments en ce bas monde, il fallait en user avec parcimonie ou tout simplement ne pas en user du tout. Ce qui allait s'avérer difficile dans les lunes à venir... Un poupon, cela quémandait de la patience et de l'attention, même si sa Pensée Sauvage s'appliquait à le rassurer sur ses facultés paternelles, le géant n'en était pas convaincu. Etrangement, en cet instant, si son irascibilité menaçait toujours de poindre de façon casuelle, la douceur de la volantaine lui était salvatrice. L'exaspération avait commencé à luire à ergoter ainsi d'une cruauté volontaire ou congénitale, mais il s'empressa de la chasser à travers une longue inspiration qui mourut ensuite dans un soupir. Une mimique tout aussi songeuse ravaudée sur son faciès encore humide, il courba un sourcil, puis un second, lorsqu'une hypothèse fut dûment soulevée. « Une fille... ? » Il n'avait pu empêcher ses lippes de mouvoir pour reprendre ce terme qui, abruptement, avait une saveur bien différente que lorsqu'il le prononçait usuellement. Il n'était alors guère question d'une vulgaire livre de chair, d'une innocente qu'il s'en allait souiller de son encre, ce serait... Un joyau comme il n'en avait jamais eu sur ces îlots. Il se projeta brusquement, avec une somptueuse créature issue de leur union charnelle à défaut de sentimentale, femme et voluptueuse, lorgnée par tous les bougres alouvis de luxure de Pyk et des autres strates... Comme lui-même le faisait avec toutes les drôlesses qui croisaient son chemin... Et sans qu'il ne s'en soit rendu compte, sa physionomie s'était décomposée en une expression implexe, chamarrée de terreur, d'aberration, d'outrage et d'appréhension. Tant de visions encore sibyllines de l'avenir le désarçonnaient, lui qui avait déjà du mal à savoir de quoi serait faite l'aube de demain, lui qui vivait à la convenance de ses lubies sans jamais devoir de quelconques justifications à quiconque. Désormais, son regard chaviré dans les chatoyants onyx de sa compagne, il prenait irrémédiablement conscience que son existence allait changer, un quotidien infiniment égocentrique bon à mener au gibet, car il ne serait plus seulement question de lui.

« Euh bah c'est... » L'artisan rabattit ses paupières et contracta les mâchoires, avant de vivement secouer la tête pour chasser l'air abruti qu'il devinait s'être emparé de lui. « J'sais pas ce qu'elle fera mais j'sais ce qu'elle saura faire : mettre une branlée à tous les enculés qui lui reluqueront le cul ! » C'était une parole de guerrier et de père. Ses obscures agates résolues à ce que la merveille qui s'épanouissait sereinement se posèrent sur la panse de la nymphe, de laquelle sa paluche ne se retirait d'ailleurs plus. « Ce s'ra pas l'une de ces potiches qui attendent qu'on leur trouve un époux, elle sera une vraie fer-née, comme Helya Botley ou Arkha. Pour l'reste, ce sera à elle de voir, si elle préfère la mer ou l'artisanat. » Ce n'était assurément pas lui qui lui imposerait quoi que ce soit en la matière, lui qui avait la chance de faire ce qu'il aimait et surtout, d'oeuvrer comme bon lui semblait. A force d'imaginer son enfant, fille ou garçon, une braise de bonheur et d'impatience silencieuse se mit à rutiler dans ses calots, un sourire songeur et timoré s'ébaucha à ses lèvres masculines mais charnues, il se prêta à rêver... Jusqu'à recroiser les mirettes de la volantaine et de se sentir bien trop niais pour l'âpre forban qu'il était originellement. Pudibond sur ses élans de sensibilité, le fier îlien détourna les yeux, redressa son échine et se racla la gorge en se faisant excessivement nonchalant. « Ouais 'fin... J'espère qu'elle s'ra pas aussi chiante que sa mère. » Une critique gratuite, l'honneur du phallocrate était sauf ! Cela étant, le commentaire n'était que de circonstance et aucunement acrimonieux, bien plus frivole qu'il n'y paraissait malgré selon lui un irréfutable fond de vérité. Il guigna la damoiselle avec une moue qui se transfigura en une risette mutine, puis en ricanement guttural, avant qu'il n'effleure la cambrure de sa hanche. « Allez viens, on s'les gèle ici. »

L'embrun s'abattit derechef sur le couple qui n'avait sûrement, en plus d'un an de vie commune, jamais été aussi proches. Cette grossesse inopinée serait-elle pour eux un feu sacré, auprès duquel ils se réchaufferaient ensemble ? Le futur aurait inéluctablement son lot de vicissitudes, et cela en devenait... Effrayant. Lakdahr entraina la belle dans la marche d'une main dans son rachis, ce n'était diantrement pas le moment qu'une maladie pernicieuse ou non s'insinue en elle et ne lui ronge les entrailles. Par ailleurs, le titan préféra la porter pour gravir le sentier pentu et caillouteux sur lequel il avait antérieurement manqué de s'étaler de tout son long, et ne la redéposa sur ses petons qu'une fois la route plus sûre. L'on pourrait bien le gouailler pour cette attention, l'Edenteur n'en avait cure, l'opinion du monde à son égard ne l'avait jamais importé. Il cajolerait sa femme-sel devant foule si l'envie lui en prenait, celui qui se prêterait à rire perdrait quelques dents au passage. Le binôme lutta contre les bourrasques au froid incisif jusqu'à atteindre l'éponyme bastion des Greyjoy, où ils furent accueillis par l'immense tenture arborant l'horrifiante Seiche d'Or. Leur apparition attira les lorgnades circonspectes des individus qui musardaient là, puis ils arpentèrent les corridors et les étages pour retrouver le confort rudimentaire de leur chambre. Toute la pesanteur de l'épuisement tant physique que psychologique échoua sur les traits du forgeron sitôt le chambranle passé, lui qui n'avait aspiré qu'à un repos fort mérité après cette longue pérégrination dont il venait de rentrer avait été servi en coups de théâtre. Une montée sur les tréteaux pour une représentation qu'il espérait n'être le fruit d'aucune dramaturgie... Se faisant, il laissa sa muse du soir retourner à ses occupations pour que chacun s'octroie une accalmie et le retour sur soi qui s'y affilié. L'introspection était chose éminemment rare pour le colosse, qui n'était foutrement point homme à se remettre en cause, trop orgueilleux et persuadé de son bon droit. Son mutisme et son invraisemblable placidité faisaient foi de l'ébranlement qui tempêtait en son être, nimbé d'émoi et d'interrogations, il était absent, à mille lieues dans la contrée de ses pensées.

Un linge sur son crâne en guise de coiffe pour sécher l'épais crin qui lui servait de chevelure, le bélître s'était installé une fesse sur le rebord de la fenêtre, une pinte dont la mousse blanchâtre débordait en main. Son regard était fixe sur l'horizon et le tumulte maritime, qui miroitait au mieux ce qui se passait présentement en lui. Cela faisait déjà un long moment qu'ils étaient rentrés, durant lequel il n'avait soufflé mot. C'était toujours ainsi lorsque la nécessité de réfléchir se faisait sentir, si ce n'était qu'ordinairement, il préférait s'isoler dans son atelier au même titre qu'il se calfeutrait dans son mutisme. Cependant, ce soir, il n'avait pas envie de rejoindre la forge... Sa nuque le tiraillait, ses paupières étaient déjà lourdes, il s'appliquait même à ignorer les feulements de son ventre qui hurlait pourtant désespérément famine. Sur sa joue, les vestiges du cauchemar de Serenei, des stries où le sang avait séché, désinfectées par l'eau saumâtre de sa baignade. Ses phalanges massèrent évasivement le muscle de son trapèze endolori par les combats de ces derniers jours, il prit une grande rasade de son faro qui égara une larme sur son torse dénudé, puis se décida enfin à mouvoir. Il rejoignit les abords de la table sur laquelle il déposa sa chope, puis il y appuya ses deux poings fermés.

« Serenei... » Prononça t-il pour attirer l'attention de celle-ci, où qu'elle soit. « Faut que j'te dise un truc. » Il se débarrassa de son couvre-chef qu'il déposa sur le dossier de l'une des chaises. « J'veux que tu gardes cette grossesse pour toi... Secrète, autant que possible. Pour l'instant ça s'voit pas, mais après faudra cacher ton ventre, j'veux pas que la nouvelle s'ébruite et aille jusqu'aux oreilles d'certains. » Des mèches clairsemant son faciès, il releva ses prunelles sur sa concubine. « Faut pas que Dagon l'apprenne. » C'était une affaire de sécurité, pour lui, pour elle et pour l'enfant à naître. Les relations entre les demi-frères étaient saugrenues, ils n'étaient et de loin pas alliés, mais ne semblaient pas être ennemis non plus... Il était délicat de mettre des mots sur l'essence de leur rapport, eux-mêmes n'y parvenaient. « J'vais réfléchir à c'qui sera le mieux, j'vais... J'vais voir, p't'être que tu devrais pas rester sur Pyk... J'en sais rien... »




" - On fait quoi ? - Valeurs sûres : on leur éclate la gueule. "
 " Barbare qui roule amasse coups de boule. "
" On dit que les fer-nés détestent toutes les races, c'est faux, on les aime toutes ! En ragoût, en civet, à la broche... "

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Serenei
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Message Dim 8 Sep 2013 - 21:24

La volantaine avait bel et bien conscience que ses paroles n’avaient que peu de poids face au colossal fer-né, maître Edenteur, invétéré tortionnaire.  Si elle entrapercevait parfois l’espoir de le rendre meilleur, si elle se doutait que son influence n’était pas tant insignifiante dans la vie de cette brute - elle savait aussi que Lakdahr avait sa fierté et que sa misogynie n’était pas illusoire. Elle désirait tant que ses paroles le touchent, malgré cette carapace amère qu’il érigeait en permanence. La donzelle pouvait sembler bien bête, mais n’était-ce pas son rôle de s’inquiéter pour deux ?
Elle avait parfois du mal à faire la part des choses – et lorsqu’elle prenait du recul, il lui arrivait souvent de se demander comment elle avait tenu sur les Iles jusque maintenant. C’est que ça lui changeait terriblement de Volantis. Elle aurait tellement donné pour retrouver son commerce florissant, pour fouler le sable chaud de sa contrée. Rien ici ne pouvait la lui rappeler.

Serenei se renfrogna aussitôt lorsque son interlocuteur lui fit partager sa condescendance masculine. Ce qu’elle détestait lorsqu’il insultait le Dieu de Lumière – voilà de quoi lui ramener du pourpre aux joues. Comme à son habitude quand il se moquait d’elle, la jeune femme plissa les yeux d’un air féroce avant de se pincer les lèvres et de garder la mine basse. Qu’il se fasse foudroyer pour son inconstance et son mépris ! La volantaine resserra l’étoffe contre elle.

« Très franchement, parce que tu crois que le Dieu Noyé c’est mieux ? Mourir dans les flammes ou dans l’eau et le sel, c’est du pareil au même. » – Grommela-t-elle. Il pouvait bien la traiter de femelle, elle en était assurément une – mais les hommes étaient eux aussi hantés par les remords à leur en faire perler les larmes au coin des yeux. Même si les mâles se targuaient d’être puissants et forts, Serenei avait déjà vu des femmes se montraient bien plus téméraires et pugnaces – mais à quoi bon expliciter le fond de sa pensée là-dessus ? Lakdahr n’était pas du genre à le reconnaître. Le forgeron ne put s’empêcher de parler de Gabriel, le seul fer-né qu’elle avait rencontré jusqu’ici qui faisait preuve de « sentiments ». L’artisan croyait dur comme fer que faire preuve d’humanité n’amenait que des ennuis – une faiblesse qui n’en était pas une pour la tailleuse de Volantis. « Les  tyrans sont des hommes tristes. Les hommes craints sont seuls, méfiants et aigris. Car tout le monde veut leur peau. »

Une certaine amertume lui tordit les lèvres alors qu’elle dardait ses yeux dans ceux de l’Edenteur. Malgré ce lien profond et fraternel qui le liait à Gabriel, Lakdahr ne tarissait jamais de sarcasmes à son égard. Qu’il traite Séraphine de pute n’était pas surprenant mais ça avait don de faire grincer des dents la Volantaine.

« Oh arrête Lakdahr… » – Elle glissa une main sur son visage, ramenant une mèche de cheveux souple derrière son oreille alors que le vent lui jouait des mauvais tours. « Pour certains hommes, la femme a plus de valeur lorsqu’elle s’offre volontairement et qu’elle n’est pas forcée de manière abjecte. Gabriel ne considère pas que tout lui est du, lui – c’est quelque chose qui plait aux femmes ça. Mais qu’est ce que tu t’en fous de ce qui plait aux femmes hein ? »

Un petit reproche qu’elle se doutait inepte pour le forgeron qui avait eu pour habitude de prendre ce qu’il voulait avec un traitement identique - arracher par la force, dévisser des têtes, intimider pour mieux régner en maître. C’était parfois usant pour Serenei de se battre avec ses propres armes pour lui faire rentrer autre chose que la violence dans sa caboche de fer. Malgré le désaccord continuel qui animait ces deux là, la Volantaine en revenait toujours à son inquiétude latente. Son regard se coula dans le sable dans lequel des sillons se traçaient sur leur passage. Elle évoquait dorénavant le fait que le fruit de leur union soit une fille – ce qui ne cessait de la tracasser au plus haut point. Dans l’espoir de croiser une lueur rassurante dans les prunelles de son homme, la donzelle leva le menton vers lui, guettant la moindre de ses réactions qui puisse être signe de soulagement. Et pourtant, ce que le faciès brut de son interlocuteur lui renvoya ne fut guère encourageant – au premier abord. Il cherchait les mots pour lui répondre, elle le voyait. Et elle, ne le quittait pas du regard comme pour appuyer avec insistance sur ce réconfort qu’elle désirait. La remarque qu’il daigna finalement lâcher en réponse à sa question la secoua d’un rire franc qu’elle étouffa entre ses lèvres qu’elle mordit avec virulence. Car il parvenait à la faire rire, parfois ! L’avenir qu’il imaginait à leur fille était plus que réjouissant – Serenei ne lui désirait pas une condition de victime sur ces Iles, et assurément que leur enfant serait aussi violente qu’un océan déchaîné avec un paternel pareil. Que Lakdahr évoque la liberté et le libre-arbitre de leur éventuelle petite fille sur son avenir ne la réjouissait que davantage. A son petit commentaire critique, Serenei fronça le nez d’un air faussement courroucé.

« Et aussi têtue que son père… » – Lui lâcha-t-elle en grimaçant d’amusement.

Elle se laissa entraîner par le forgeron, se coulant contre lui pour se laisser guider et gravir la colline de sable gris et de roches qui les séparaient de la forteresse. Elle était lasse à présent, la nervosité s’étant dissipé après tant d’inquiétudes pour ne laisser qu’une fatigue harassante. La donzelle ne rechigna pas à se faire porter sur le reste du chemin, touchée par l’attention particulière du futur père à son égard. Qui aurait cru que l’Edenteur pouvait se montrer aussi prévoyant ? La tête reposant contre son torse, observant en silence l’angle de sa mâchoire carrée, Serenei songeait aux promesses formulées par son compagnon. Les tiendrait-il ? Et quand elle deviendra grosse et encombrante, la regarderait-il toujours ou en viendrait-il à la traiter avec indifférence ou à la haïr ? Elle ferma les paupières, bercées par le murmure des vagues qui s’éloignait à mesure qu’il la ramenait chez eux. Cela l’étonnait toujours de constater qu’il était doté d’un instinct de protection – le genre d’évidence même qui ne faisait que renforcer le côté imprévisible et contradictoire du forgeron.

Une fois reposée à terre, Serenei passa les mains sur les plis du tissu dont elle était drapée. Elle retrouva une distance respectable avec Lakdahr pour lui épargner les regards trop insistants des quidams qui passaient ci et là dans la forteresse Greyjoy. Elle se contrefichait bien de ceux qu’ils puissent penser à son égard, mais ne désirait pas gâcher cet échange par une quelconque bêtise.

Quel plaisir que celui de retrouver l’âtre pour réchauffer la chair malmenée par l’embrun et le froid. Serenei se coula dans leurs appartements sans plus attendre, venant à exhiber ses paumes ouvertes à la vague de chaleur qu’offraient les flammes. Sans un mot, humectant ses lèvres salées, la volantaine retira le tissu de ses frêles épaules pour le tendre devant elle et l’observer en silence. Elle songeait déjà à en faire un vêtement pour l’enfant qui naîtrait, quitte à faire râler l’Edenteur sur la possible signification de ce geste. La jeune femme quitta son contemplation, laissant soin à son fer-né de se retrouver seul face à ses pensées – qui devaient être profondes lorsqu’il y mettait du sien !

Tandis qu’elle s’affairait à faire réchauffer du ragoût, profitant par la même occasion pour mettre un peu d’ordre – signe qu’elle avait retrouvé une certaine tranquillité d’esprit, il lui arriva de jeter quelques coups d’œil de biais pour surveiller le forgeron qui semblait pensif. Après s’être penchée vers la marmite pour assaisonner le souper, le ton grave de son compagnon lui fit cesser toute gestuelle – suspendue aux lèvres de son interlocuteur chez qui dénotait une certaine inquiétude. Elle se tourna lentement, redoutant quelque peu la teneur de ses paroles à venir. Elle entremêla ses doigts contre son ventre d’un air presque confus avant de froncer les sourcils pour signifier ses interrogations.

« Qu’est ce qu’y a Lakdahr ? » – Parvint-elle à articuler. Serenei resta perplexe, jusqu’à ce que le forgeron daigne lui faire part de ses appréhensions. Ne rien dire de sa grossesse ? La dissimuler malgré les difficultés que ça lui poserait une fois son ventre arrondi par la présence de l’enfant en son sein ? Pourquoi lui demandait-il cela ? Avait-il honte ? Bon nombre de questions qui lui traversèrent avec fulgurance l’esprit mais Lakdahr y mit un terme en précisant sa pensée. « Qu’est ce que tu crains Lakdahr ? »

Dagon ? La volantaine n’avait entrevu la Seiche suzeraine que de loin, mais l’on disait beaucoup de choses à son sujet. Sa physionomie était bien différente de celle de son demi-frère et son caractère semblait l’être tout autant. Si Lakdahr était véhément, franc et brutal, Dagon Greyjoy semblait être calme et implacable. Peut-être plus sournois. Un frisson secoua l’échine de la volantaine qui adopta un faciès songeur.

« Pourquoi il ne devrait pas l’apprendre ? Tu sais comme il est dur de dissimuler ce genre de choses. Les femmes de la forteresse ont des yeux et savent voir ce genre de choses. Les femmes de la forteresse parlent. » – Elle pensait aux autres femmes sel et aux servantes qu’elle était amenée à côtoyer. Son ton se fit moins assuré, sa gorge se noua. « Tu crois qu’il nous voudrait du mal ? Pourquoi le voudrait-il ? A quoi bon ? Nous ne sommes pas une menace pour lui… Si ? »

Serenei n’avait jamais bien compris quel lien unissait les deux frères, mais comme l’avait dit Lakdahr, le sang Greyjoy était peut-être vicié. Ça ne ressemblait pas au forgeron d’être si inquiet – et le fait qu’il le soit était un bon indicateur sur le danger à pressentir. La donzelle se laissa glisser sur un siège, coulant un regard instinctif en contrebas, vers son ventre encore plat.

« Les gens pourraient se poser des questions si je pars soudainement, mais je pourrais aller à Dix Tours et rester avec Séraphine. Si tu estimes ça nécessaire pour notre sécurité, je te fais confiance. » – L’idée de quitter Pyk ne lui était pas si désagréable. La native d’Ibben était un vrai réconfort et Serenei s’était évertuée à améliorer le contact entre elle et Gabriel. L’idée de passer quelques temps en sa compagnie n’était pas si mauvaise – surtout qu’elle était l’une des femmes sur les Iles en qui elle avait le plus confiance. Et mieux valait s’entourer d’individus de confiance lors d’une telle situation. L’idée qu’on puisse vouloir leur faire du mal la rendait folle. Elle soupira longuement, paupières closes, avant de relever un regard espiègle sur son interlocuteur. « Cela dit, si c’est pour te débarrasser de moi et pouvoir tranquillement t’enticher des jeunes femmes dans la fleur de l’âge, tu aurais pu le faire bien avant. »

Elle avait dit cela sur le ton de la plaisanterie, mettant ses paumes de main à plat et dardant son regard dans celui de Lakdahr – comme si c’était un face à face lourd de sous entendus. Elle esquissa une risette avant de détailler du regard le fer-né, tentant de percer à jour toutes ses pensées les plus intimes et ses inquiétudes les plus virulentes à cet instant même.





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Lakdahr l'Edenteur
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Message Sam 14 Sep 2013 - 14:59

L'instinct de préservation du titan était tel qu'il avait appris à n'avoir cure de l'intégrité d'autrui, même de ses propres pairs avec lesquels il portait pourtant les armes. Si ce n'était Gabriel, nul autre ne lui avait jamais porté aucun intérêt pour ce qu'il était véritablement, et de ce fait, le quartzeux était l'unique sur lequel il veillait avec une dévotion latente mais bel et bien réelle. Que le suzerain des Iles-de-Fer périsse alors même qu'ils étaient affublés d'un lien de parenté lui était foncièrement égal, rien si ce n'étaient quelques gènes passés sous silence ne les unifiait. Quant à Serenei, elle était sa propriété, à l'instar de tous les butins qu'il rapportait de leurs rapines et de ce simple fait, il la préservait comme si elle n'avait été que l'une de ses oeuvres, en moins substantielle. Elle était sienne et, dans la mesure du plausible, il aimait à prendre soin de ses affaires pour qu'elles puissent lui être utiles autant que possible. Oui, jusqu'alors, tel était l'esprit avec lequel il l'avait considérée, jaloux à la perspective qu'un autre corsaire puisse être enjôlé par le précieux de sa vénusté. Jusqu'alors... Il n'avait jamais n'était-ce qu'effleuré la conjecture que les choses puissent changer dans un abysse moins obscur qu'il n'aurait dû l'être. Une ineffable sensation serrait un carcan autour de cette panse qu'il aurait d'ordinaire rempli jusqu'à complète réplétion, le spectre d'un... sentiment qui lui faisait présentement ravaler l'orgueil de son personnage et tout l'égotisme de son être. Au gré des lunes qui s'étaient écoulées, il avait appris à l'apprécier plus que pour sa chair, peut-être car elle avait l'amabilité de ne pas montrer l'aversion somme toute légitime qu'elle devait ressentir pour son ravisseur. Mais aujourd'hui marquait un tournant dans leur vie, un virage qu'il ne pouvait sciemment ignorer et qu'il prenait même beaucoup plus à coeur qu'il ne l'aurait jamais pensé. Ses homologues l'auraient sans doute raillé d'atteindre un tel seuil de tourments pour un poupon conçu avec une vulgaire femme-sel, cela n'était annonciateur que de problèmes à venir tant durant les neuf mois de gestation que pour les prochaines années, c'était là ce qu'on lui prônerait avec un humour tout aussi cinglant qu'inopportun. Cependant et contrairement à celui qui fut son géniteur, Lakdahr refusait de ne pas considérer ce qui serait issu de son sang, il préférait être damné dans un océan de lave plutôt que suivre le schéma paternel, une certitude qui prenait l'emprise de sa volonté.

S'il ne doutait pas aspirer à la préservation de la donzelle et du joyau qu'elle portait désormais en sa matrice, il ignorait en revanche par quelle façon s'y prendre. L'archipel était de trop étriqué pour espérer trouver une cache digne de ce nom, il leur était malheureusement improbable de simplement quitter les lieux pour s'installer dans d'autres strates propices à la quiétude. C'était la première fois qu'il en venait presque à regretter d'être un insulaire sur ces îles acariâtres qu'il servait pourtant tant à travers son artisanat que par les combats qu'il menait, car s'il avait été un citoyen du continent, ils n'auraient eu qu'à faire leurs paquetages et traîner leur barda avec eux vers une quelconque terre promise. Oui, il l'aurait fait, quitter patrie et attribution si cela signifiait avoir une existence meilleure. Toutefois, ils auraient à faire avec cette impossibilité et les tribulations qui se présenteraient à eux, comme la propension des femelles à cancaner les unes sur les autres. Il trancherait la langue de toutes ces gouges s'il le fallait, mais pour l'heure, nul ne devait apprendre la nouvelle. Le forgeron ne put s'empêcher de sourciller, maudissant intérieurement cette passion du ouï-dire et le corollaire qui pourrait en découler, mais toute son attention fut promptement harpée par la mimique et le timbre engourdi qu'avait emprunté la damoiselle. Il se sentait étonnamment navré de la faire chavirer dans l'inquiétude, elle qui serait d'ores et déjà suffisamment taraudée par ce qui croissait en elle, et il ne put s'empêcher de s'approcher d'elle comme si un quelconque proximité serait susceptible de la réconforter. Il la laissa poursuivre et opina positivement du chef lorsqu'il fut question de Dix-Tours, c'était en tout logique le premier endroit auquel il avait songé, auprès de la flavescente ibbénienne qui, même s'il ne l'estimait pas plus qu'une fille de petite vertu qui se refusait au stupre, n'en demeurait pas moins une alliée et amie de Serenei. Une personne qui ne rechignerait point à être aux petits soins pour la volantaine, donc, et il savait que le capitaine de la Jouvencelle n'hésiterait guère plus à protéger ce secret comme s'il s'agissait de sa propre survie. En revanche, demeurait une macule au tableau et pas des moindres : ce faquin de Harloi et ses visites itératives en la demeure de sa famille. S'il y avait bien un être qu'il devait tenir éloigné de leur conspiration, c'était ce quidam-ci. Les méninges assaillies par une myriade d'anticipations et de spéculations, il abattit sa paluche sur son faciès et se massa les yeux comme dans l'espoir d'en chasser l'éreintement, avant que sa voix de rogomme ne résonne dans la pièce où seul l'âtre chantait sa cantilène ignée.

« J'serais beaucoup plus rassuré de t'savoir tout le temps avec quelqu'un, Séraphine a pas mieux à faire d'toute façon. D'là à dire que c'est nécessaire, j'en sais rien, Dagon pourra nous trouver partout où on ira, et faudrait pas que tu tombes sur cet enculé de Sargon, j'fais tout sauf confiance à ce bougre. » Qui serait assez inepte pour ce faire ? C'était à même à se demander si les matafs de la Veuve Salée en étaient aptes, mais là n'était point la question. Ses agates égarées dans le néant, liserées de cernes significatives, semblaient en proie à la plus fervente des élaborations avant que la sylphide ne carillonne une boutade qui laissa son vis-à-vis pantois. Un certaine flottement le frappa avant qu'il n'exhibe une grimace de mécompréhension. « Quoi ? C'est quoi ces conneries ? J'te cause de ta sécurité et toi tu m'parles des putes que j'voudrais me faire ? T'es qu'une grosse perverse. » C'était le décapité qui se moquait du pendu ! « J'en baiserais une à côté d'toi si j'en avais envie, j'ai pas b'soin de faire ça dans ton dos. Puis j'm'entiche pas moi, d'abord ! J'fornique, nuance. »

Et à cette nuance, il y tenait ! Il n'était et de loin pas un gentilhomme pour perdre son temps en marivaudage et autres idioties de cet acabit, ses pulsions s'assumaient dans leur barbarisme pernicieux, il repérait et s'appropriait ce qui lui plaisait, le dogme s'arrêtait ainsi. Sa concubine devait en être la première consciente, car tel était le résumé de la parade nuptiale par laquelle il l'avait conquise, sans jamais l'interroger plus avant – ni même plus après. Si ses paroles apparaissaient comme acerbes, l'artisan ne l'était point, son regard n'était pas peint de ce voile péremptoire dont il se diaprait lorsqu'il désirait s'imposer. L'Edenteur ne faisait, selon lui, qu'évoquer une véracité tangible et qui avait déjà fourni ses preuves dans l'abjection et l'efficacité, sans remarquer que pour l'occasion, il était un piètre partenaire d'humour. Cette subtilité lui passant au-dessus du crâne, il tritura la toison à son menton et se remit à réfléchir d'un air absent, le prénom du plus illustre de ses demi-frères l'importunant à l'instar d'un nuisible venu vrombir à ses tympans. Quelles raisons ce dernier aurait-il de vouloir leur nuire ? Il n'en avait pas la moindre idée, mais depuis qu'il était en âge de comprendre certaines arguties, il s'était toujours grandement méfié de la Seiche. Plus que de l'irréfutable, il s'agissait d'appréhension, car il craignait que le contrôle de la situation ne lui échappe et que le lord Ravage ait de quoi jouer de chantage pour le soumettre. Pour autant, il n'aspirait pas à insuffler une psychose à sa compagne qui risquait de se ronger les sangs à n'en plus trouver le sommeil. Il soupira et se saisit de sa pinte qu'il soulagea d'un nouveau gorgeon, les yeux clos, à l'allure quasiment philosophe.

« J'vais quand même pas t'apprendre qu'ici t'as pas besoin de raison particulière pour emmerder les gens, et tu sais aussi que c'est pas la grande passion entre Dagon et moi. » Ce n'était guère non plus la pire inimitié, mais, et il ignorait pourquoi, il s'était toujours fait plus pessimiste que l'inverse concernant ses relations fraternelles. « Il aime me casser les couilles depuis qu'il sait que j'peux lui être utile, toutes les occasions sont bonnes et j'veux pas lui en servir une prête à être dégustée. S'il suit l'Antique Voie, ça devrait aller, mais on peut faire confiance à rien ni personne dans l'coin. » Il eut un hoquet de dédain suite à cette réalité, puis il reposa sa chope et, soudainement avide de contact, il s'inclina sur la frêle et gracieuse créature assise non loin. A l'orée de sa physionomie, ses phalanges écartèrent doucement quelques mèches de jais qui l'empêchaient de contempler l'entier visage de la nymphe, et après un furtif instant de mutisme partagé, il conclut d'un phonème qui ne souffrait d'aucune irrésolution. « J'lui ferai avaler ses dix tentacules s'il ose t'approcher, t'as ma parole d'Homme. »

La flamme du Cerbère qui garderait toutes les portes des enfers pour protéger la belle Perséphone, il n'était pas un sigisbée pour faire de tels serments, mais Lakdahr ne manquait jamais aux promesses qu'il faisait. Sans prendre la peine d'humecter ses lippes pour en congédier la sapidité de faro, il se pencha davantage jusqu'à ravir les lèvres charnues de la jeune femme qu'il dévora dans une lubie érotique. Sa main glissa de la joue de la volantaine à son épaule dont il épousa les pourtours sans violence aucune. Enfin, il se rehaussa de toute son gigantisme et la mira sans mot dire, avant que ses calots ne biaisent presque intuitivement sur un élément du décors qui réveilla en lui une flamme sacrée. Il contractura ses pommettes en une expression singulièrement pensive, puis il se dirigea vers une encoignure dans laquelle avait été abandonné un coffre d'apparence commune, mais au contenu qui l'était bien moins le concernant. Il débarrassa le fatras qu'étaient armes et rondaches posé au-dessus et, de nul part, il sortit une clé pour le déverrouiller. Il avait toujours formellement interdit à la donzelle de l'approcher ou de faire preuve d'une quelconque curiosité à son sujet, et pour cause : il renfermait tout ce qu'il restait de sa défunte mère, Isabel. Il se pencha vers l'intérieur, son imposant galbe empêchant Serenei de voir quoi que ce soit si ce ne fut le textile d'un flamboyant écarlate que le fer-né attrapa. Il referma négligemment le tout et prit un instant pour sentir le tissu de bonne facture caresser la pulpe de ses doigts, accablé d'une pléiade de souvenirs dont il tairait la nature. Après une étincelle d'hésitation, il revint malgré tout à sa place originelle, face à sa concubine.

« Je... euh... C'était l'une de ses robes préférées... à ma mère. Elle disait qu'elle lui portait chance et protection, des trucs du genre... Elle répétait sans cesse que cet habit avait l'odeur du sable chaud, que c'était comme une "caresse du siroco"... » Le titan sembla abêti par ses propres propos, comme s'il ne savait pas exactement quoi en penser. Cependant, rattrapé par sa fierté masculine, il se racla la gorge et referma une poigne un peu plus ferme sur le vêtement. « Des trucs de bonnes femmes quoi ! Mais c'est rouge, et t'aimes bien le rouge, parce que le rouge c'est... Tu l'aimes bien... » Il prit conscience de l'auréole de ridicule qui ceignait présentement sa tête alors qu'il se perdait dans une justification absurde, incapable de nommer les choses telles qu'elles étaient. Il râla donc, ne sachant que faire d'autre, tout en plaquant le bien dans les bras de son interlocutrice. « C'pour toi. » Une façon somme toute personnelle de lui faire un cadeau à la valeur autrement plus importante que les quelques tissus qu'il lui rapportait parfois de ses pérégrinations. La robe était subtilement conçue, étonnamment révélatrice sur des cambrures que les moeurs sociétaires auraient jugé bon de mieux camoufler. Et pour cause, l'oeil affûté de la Tailleuse n'aurait guère de mal à reconnaître une main d'oeuvre dornienne.




" - On fait quoi ? - Valeurs sûres : on leur éclate la gueule. "
 " Barbare qui roule amasse coups de boule. "
" On dit que les fer-nés détestent toutes les races, c'est faux, on les aime toutes ! En ragoût, en civet, à la broche... "

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Serenei
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Message Lun 30 Sep 2013 - 20:39

L’inquiétude latente de son viril fer-né avait de quoi la tourmenter. Que diable savait-il qu’elle ignorait au sujet de ce terrible suzerain à la tête de cette bande de barbares ? Se pouvait-il que par simple penchant de cruauté, il en vienne à tenter de lui faire du mal à elle ou à son enfant ? Peut-être bien que Lakdahr disait juste, et que le sang de la seiche d’or était vicié. Que les racines de cette famille étaient nouées dans la folie, le sang et la tyrannie. Même si elle tâchait de comprendre les préceptes de l’Antique Voix, Serenei avait toujours eu du mal à se mettre dans la peau de ces insulaires qu’elle croisait tous les jours. Tout ça était bien loin de ses propres croyances et dévotions, mais ce n’était pas pour autant qu’elle prenait ça avec condescendance et étroitesse d’esprit. Voilà plus d’une année qu’elle vivait sur les Iles-de-Fer, et la donzelle s’était accoutumée à ces terres saumâtres et à leurs habitants hors normes. Elle admirait avec quelle force les fer-nées s’imposaient dans ces jeux de guerre, et elle devait reconnaître que cette débordante passion pour la mer et la navigation leur conférait un certain charme. Ce peuple n’était peut-être pas tant exaspérant que ça au final – ou du moins, tous leurs idéaux n’étaient peut-être pas que bons à jeter. Au fur et à mesure de sa captivité, la volantaine s’était attachée au forgeron, et les chaînes spectrales de sa soumission s’étaient estompées, même si elle savait pertinemment être sous son joug d’une manière ou d’une autre. Elle n’était pas la plus à plaindre au final sur ces Iles, et peu de monde devait en avoir conscience tant l’Edenteur laissait torpeur et crainte sur son sillage.

Postée devant lui, les traits sereins malgré tout le tumulte d’inquiétude qu’il avait soulevé en elle en évoquant ses appréhensions, elle planta ses prunelles dans les siennes, sensiblement téméraire. Lakdahr semblait enclin à l’envoyer auprès de Séraphine malgré ce que Dix-Tours sous entendait. Sargon Harloi faisait parler de lui, et le forgeron ne le portait pas dans son cœur – c’était presque à se demander comment ces deux là avaient pu éviter la confrontation depuis le temps. Serenei n’avait pas eu l’occasion de rencontrer le capitaine de la Veuve Salée, mais son esprit retord n’était un mystère pour personne. Bravant l’Antique Voix, n’en faisant qu’à sa tête, il semblait se ficher des conséquences – tableau d’un égo sûrement gonflé par la condescendance. Mais il n’empêche qu’il l’intriguait. Elle se contenta toutefois de légèrement sourciller en réponse aux soupirs furieux de son interlocuteur.

Alors qu’elle tentait de détendre l’atmosphère et chasser le pli soucieux du front de l’Edenteur par une remarque légère teintée de provocation, celui-ci sembla frappé d’indignation.  Elle n’attendait pas ce genre de réaction de la part de celui qui ramenait toujours des sujets grivois dans le fil de la discussion. La donzelle sentit ses joues s’empourprer sous l’accusation subversive de Lakdahr et elle le fusilla d’un sombre regard. Oh c’est sûr qu’il ne se gênerait pas pour lui faire savoir qu’il troussait d’autres jupons. Elle n’imaginait pas le pervers qu’il était faire des cachoteries à ce sujet. Après tout, elle n’était qu’une femme-sel et n’était ce pas une manière de plus de le lui rappeler ?

« Ta poésie m’émeut toujours, Lakdahr. » – Lâcha-t-elle, roulant des yeux en signe d’exaspération.

L’Edenteur ne se gênait jamais pour évoquer les faits aussi crument que la véracité l’imposait. Elle croisa les bras contre sa poitrine tout en étirant une moue dubitative, fixant son interlocuteur plonger dans sa bière comme dans ses pensées. Elle inclina doucement le visage, se laissant absorber par la contemplation des flammes qui crépitaient dans l’âtre, puis revint vers la marmite qu’elle sortir du feu pour la laisser refroidir. Lakdahr parlait de nouveau de ce paradoxe fraternel dans lequel il était enfermé. Bien sûr, la relation tortueuse qu’entretenaient le suzerain et le forgeron était à l’image de ces deux là. Si différents, et pourtant du même sang. Elle pouvait devenir une proie de choix pour Dagon, car avec cet enfant en son sein, elle devenait finalement importante aux yeux de Lakdahr. Et il était tellement rare de pouvoir mener à la baguette le colosse des Iles-de-Fer, que certains pourraient y voir un grand intérêt soudain. Serenei avait toujours cru que les Fer-nés étaient un peuple soudé, mais la vérité, c’est que la moitié d’entre eux vivait pour leur bon plaisir, et ce en rentrant en conflit avec leurs pairs.

« Me voilà rassurée… » – Souffla-t-elle dans un murmure peu convaincu. Elle avait l’impression d’arborer la tenue d’une victime de choix. « Il n’y a qu’en Gabriel que tu as confiance – et seulement lui ne prendra pas le risque de te trahir. Dans la forteresse même de Pyk, pour sûr que je serais plus facile à atteindre. A Dix-Tours, c’est moins sûr. »

Elle haussa les épaules avant de reposer les paumes de ses mains contre son ventre. La virulence avec laquelle il assurait pouvoir protéger sa vie contre le suzerain même la fit sourire. Il s’approcha pour s’emparer de ses lèvres dans un baiser suave qui la fit frissonner de la tête aux pieds – franc moment d’égard et de passion. Les doigts de la donzelle eurent à peine le temps d’effleurer la barbe de son amant que celui-ci s’était déjà éloigné dans la pièce voisine pour y farfouiller bruyamment. La volantaine se redressa en silence, se glissant à quelques pas de l’embrasure de la porte, posant un regard interrogateur sur le forgeron qui farfouillait dans la malle qu’il lui avait toujours interdit d’approcher. Les lèvres entrouvertes et le souffle suspendu dans une perplexité intriguée, Serenei restait immobile. Cette malle, il ne l’avait jamais évoqué avant aujourd’hui, mais la volantaine restait persuadée que c’était quelque chose d’important, et qu’aujourd’hui, il lui ferait un don, une preuve de son attachement. Que ce soit pour l’enfant, ou pour elle, la jeune femme en restait résolument touchée.

Il lui revint, hésitant et penaud comme un enfant, et Serenei saisit son regard avant d’en venir au tissu qu’il tenait entre ses mains. Elle porta une main à sa poitrine, sous le coup de la surprise. Elle était habituée à ce qu’il lui ramène des tissus de ses rapines, mais jamais il n’avait encore pioché dans ce trésor pour lui en confiait la garde. C’était une robe, que la jeune femme saisit avec précaution pour la dévoiler sous ses yeux. Couleurs chaudes, et fil brodé – comme la pierre rouge mêlée aux ocres poussiéreuses des déserts de Dorne. Serenei resta d’abord sans voix, que ce soit vis-à-vis de l’ouvrage comme du geste. Puis, elle releva un regard empreint d’une sincère affection à l’égard de son Edenteur.

« C’est magnifique… Ta mère avait du goût. Je rêvais de voir Dorne depuis que l’on en vantait les mérites à Volantis. » – Il ne lui en avait jamais parlé, car c’était une plaie qu’elle devinait encore ouverte, mais qu’il dissimulait par fierté. La volantaine porta le tissu contre sa poitrine, la serrant contre elle, un mince sourire aux lèvres. Envolées pour le moment furent les inquiétudes de l’avenir, des ennemis potentiels et des épreuves qui les attendaient. « Je ferai mieux de l’essayer maintenant car je ne suis plus sûre d’y rentrer bientôt. »

La donzelle vint se serrer contre le forgeron, les bras serrés autour de son torse puissant, cueillant de ses lèvres celles de ce dernier en s’élevant sur la pointe des pieds. C’était bien la première fois qu’elle avait cette impression d’être unie à lui par quelque chose d’aussi pur, et d’aussi franc. Ni domination, ni soumission, rien qu’un partage. Cet enfant sera la lumière dans l’obscurité, elle en avait dorénavant la certitude.

Au final, la volantaine avait encore tout à découvrir du père en devenir et de l’époux protecteur qu’il pouvait être.


   
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