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Entre les mains de la rebouteuse [PV Wyna]

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Message Mer 12 Juin 2013 - 22:42

« Vieillir n’est jamais agréable », le dicton était connu mais n’exprimait qu’une maigre part de la triste réalité. Ser Robb se targuait d’être un homme à la condition physique solide. Le chevalier avait traîné sa carcasse sur deux continents, enduré des conditions de vie qui auraient fait passé un séjour en cellule pour un dépaysement bienvenue, mais cela n’était pas sans laisser des traces. A demi-courbé sur sa monture il en faisait l’amère découverte. « Vieillir n’est jamais agréable », encore fallait-il que ser Robb Reyne daigne à reconnaître qu’il n’était effectivement plus de prime jeunesse, ce qui revenait à dire qu’il était sur le déclin, or cela le Lion Noir n’était pas près à l’admettre. Il n’avait pas passé à travers le feu et la mort pour se laisser affaiblir par des maux de bonne-femme. Il y avait quelque chose de noble à souffrir d’une blessure causé par une flèche, ou encore de l’entaille d’une épée, une noblesse tout à fait absent dans le cas d’accès de sciatique. Lorsqu’une douleur aiguë vous traversait le dos jusqu’au cul vous faisant souhaiter la mort chaque fois que votre douloureux postérieur touchait la rude selle de votre monture, la honte d’une telle condition pouvait tout aussi bien vous emporter. Une grimace de douleur échappa au chevalier de la Maison Reyne, qui étouffa un nouveau juron sacrilège sentant ses nerfs s’enflammer alors que son cheval égarait son sabot dans un nid de poule de la route défoncée. Des idées sanglantes prirent naissance immédiatement dans l’esprit de Robb, et la boucherie sembla soudain un choix de destin très tentant pour l’animal. Il raffermit cependant sa prise sur les rênes, se risquant à chercher une position un peu moins douloureuse. Tomber de sa monture serait le clou de cette embarrassante situation.
Dans l’embarras il l’était. Assurément la vue d’un chevalier plié en deux sur un canasson, le visage figé en un masque crispé qui n’était pas sans rappeler la plus mémorable des constipations, il devait être un véritable spectacle pour les gens du coin. Robb avait très à cœur son honneur, mais il devait avouer que les vagues brûlantes et douloureuses qui lui ravageait le dos éloignait quelque peu ses considérations secondaires quant à l’image qu’il pouvait présenter. Il préférait même ne pas tenir compte des quelques marauds qui riaient ouvertement de lui, cela ne faisait qu’ajouter à sa douleur, en touchant bien plus sensible que son cocyx : à savoir son amour-propre. De toute manière le chevalier n’était pas en état de défendre son honneur, il n’était pas vraiment en état de faire quoique ce soit en fait. Pour cela il maudissait avec violence sa propre stupidité et entêtement. Il se souvenait vaguement, comme dans un rêve, des recommandations de sa noble mère de ne « jamais laisser les choses traîner ». Mais à dire vrai, Robb avait tout au long de sa vie davantage eu confiance en la nature qu’en les mains hasardeuses de ces bonimenteurs qui s’appelaient eux-mêmes « soigneurs » pour régler ses petits tracas. Une position étrange si l’on considérait qu’il gagnait sa vie en s’exposant tous les jours à la mort ou des blessures. Cela devait remonter à une malheureuse expérience qu’il avait dû subir en Essos, au sortir d’un champ de bataille.
La fièvre qui avait failli l’emporter alors fut un bon avertissement de ne pas renouveler l’expérience. Mais par la Mère et le Père tout puissant, cette douleur tenace était sur le point de le pousser à passer outre ses réticences. Non, vraiment il n’aurait pas dû attendre si longtemps. Depuis les Jumeaux ser Robb se traînait ce « désagrément », et il avait son idée quand à son origine. Un coup traître lors de cette mêlée à laquelle il avait participé avait dû provoquer la chose, et le voyage à cheval tout en plaque d’armure vêtu qui avait suivi n’avait pas dû arranger les choses. L’honneur d’un chevalier commandait que celui-ci soit toujours prêt au combat, certes il était vêtu d’un vêtement moins lourd que le harnois complet qu’il s’imposait dans sa jeunesse, et qu’il avait fini par abandonner comme le bon sens lui avait enseigné lors de sa vie de mercenaire, mais ses os n’étaient vraisemblablement plus aussi solides qu’auparavant. Une disgrâce vraiment. Un craquement se fit soudain entendre et un fourmillement rampant monta dans ses lombaires pour les mettre à feu. Crissant des dents, ce fut le signal de trop pour le décider à demander de l’aide, aussi peu honorable que cela pouvait être. S’il devait mourir, il espérait le faire debout et non couché en deux.
Il héla un paysan au teint rougeaud, la faucille sur l’épaule, priant les dieux pour qu’il ne lui vienne pas à l’idée de s’en servir pour le débarrasser de sa douleur d’une façon plus expéditive.
-Mon brave ! Par la Mère, je viens vers vous quêter de l’aide avec à la clé une récompense pour vos services. Pouvez-vous me mener au mestre le plus proche ? Sa présence n’est sûrement pas étrangère, un château n’est pas très loin, n’est-ce pas ?
Le chevalier au Lion acheva sa phrase en se mordant la langue jusqu’au sang, se félicitant de n’avoir laissé échapper ni plainte ni gémissement. Le manant se gratta la tête d’un air stupide considérant l’étranger qu’il était et surtout l’incongru spectacle qu’il présentait. Que les Sept Enfers brûlent mes entrailles ! S’il continue à me fixer je vais devoir lui demander de verser une pièce pour l’attraction ! Pensa Robb amer et colérique.
-Eul’ Mestre m’sire ? Ct’à dire qu’on l’voit point tous l’jour nous aut’. Dois être aul’ château avec m’seigneur m’sire.
Malgré les étoiles qui dansaient devant les yeux du chevalier errant, il trouva la force de poursuivre pour essayer de convaincre ce pécore du sérieux de sa situation. Il l’aurait joyeusement aidé à grand renfort de gantelet de maille en visage mais il n’était pas exactement en l’était, c’était bien là le drame.
-Je suis sûr…qu’il réside quelque part quand il est…à l’extérieur du château. Il doit…vous rendre visite…J’ai besoin de soins…tout de suite. Il y aura…une récompense. Crut-il bon d’ajouter.
Bien lui en fut car le paysan, suffisamment malin pour reconnaître une bonne occasion quand elle se présentait à lui, hocha de la tête d’un air compréhensif, affichant un semblant de compassion. Robb ne sut pas exactement s’il devait s’estimer soulagé ou faire preuve de méfiance, toujours est-il qu’il le laissa mener sa monture, le mulet allant à sa suite. Conscient du danger qu’il courrait, et lucide quant à ce qui devait représenter une fortune et qu’il portait sur lui, il garda une main prudente sur sa dague Dothraki, priant pour que le paysan soit suffisamment idiot pour être honnête. Il se força donc à garder les yeux grands ouverts alors que sa monture remontait un chemin de terre jusqu’à une mansarde de pierre et de terre séchée comme il en existait en nombre dans le Conflans. C’était donc ici qu’il devait trouver le mestre ? Il se surprit presque à l’espérer. Il se mordit de nouveau la langue pour éviter de crier de douleur alors que de nouveaux ravages s’opéraient dans son dos, coup de poignard mordant dans sa chair. Au fait de son incapacité à se mouvoir, son nouvel et honnête ami entrepris de le décharger de sa monture. Une louable attention que Robb récompensa néanmoins d’un juron bien placé.
-Par les couilles de Baelor !
Les soins ne s’étaient jamais fait plus pressant et le paysan le comprit admirablement bien, offrant son épaule secourable, portant du mieux qu’il pouvait son poids imposant renforcé d’armure. Ce qu’il dit acheva néanmoins de glacer le sang du chevalier.
-On arrive chez la rebouteuse m’sire ! On y est presque !
Les lèvres tremblantes, trop faible et trop furieux pour sortir des mots intelligibles, Robb n’eut pas même la force de lutter. Une guérisseuse ! Une maegi ! Une de ses bonnes femmes charlatans qui vous frictionnait avec des herbes et de la merde de chèvre et appelait ça médecine !? Non merci il avait déjà donné ! Qui sait ce qu’il allait devoir affronter là-dedans, sans doute qu’elle pour le coup se chargerait de lui trancher la gorge. A son sens il y avait une raison si on confiant à des Sœurs le soin de se charger des morts, c’est parce qu’au moins elles ne pouvaient pas ici causer le moindre dommage. Cependant ses protestations muettes s’avèreraient bientôt de bien piètres obstacles.
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Message Jeu 13 Juin 2013 - 22:10


- Bourse molle! Maroufle !!! Lâche cette bête où je te coupe les parties ! Même tes ancêtres pleureront encore de te voir finir ta lignée putride ainsi!!!

Et la sienne... hein de lignée... Elle était foutue aussi. Il ne savait pas ce qu'il racontait cet idiot ridé. Crebon pétait son câble comme quatre à cinq fois dans la journée, où il faisait son délire paranoïaque d'invasion de Fer-Nés, alors qu'en l'occurence là , ce n'était que le forgeron du coin qui ramenait un cheval ferré à un paysan qui s'était saigné les veines pour pouvoir préparer un bon cheval à vendre. Et le vieux mestre déchue qui était tombé trop bas quelques mois plus tôt, ne trouvait rien de mieux que de s'en prendre, comme un roquet, à tous les pauvres bougres qui passaient à l'orée du bois. Pire qu'une chien de garde. On pouvait le voir humer l'air , avec ses petits noirs et sa barbe qui blanchissait avec le temps... Son crâne dégarni narguait le soleil avait ses reflets nets. Un jour, il allait se prendre un méchant coup de soleil et ça finirait de le rendre fol dingue.

- Houlier !!!

Et voila, on passe aux coups de pieds dans le vent qui lui font presque perdre l'équilibre. Wyna venait d'arriver en courant , les jupes en mains, et attrapa Crebon par un bras .

- Il est fou ce vieux , gueula le pauvre forgeron qu'elle connaissait en plus.
- Je suis vraiment confuse Gruam... Il n'est plus lui même depuis quelques lunes.
- Tu devrais lui donner un bon coup sur la tête. Lâchez cette bête, vous allez l'abimer! grogna-t-il en tenant fermement les rênes de la bête percheronne, qui elle aussi commençait à paniquer sous l'excitation de la crevette périmé qui atteignait plus facilement les pieds de la monture que les tibias du balèze.

- NAN ! Elle est à moi!
- Crébon, arrêtez, elle n'est pas à vous! Lâchez cet animal! On pourrait vous faire pendre pour un tel affront!
- J'm'en fous ! On touche pas à Chebron!! C'est mon percheron !
- Chebron???
Wyna tordit un oeil en le fixant. Il a fumé le choux le vieux , n'importe quoi. C'est quoi ça encore Chebron? Il fabule. Le forgeron lui frapper d'une tape forte la main et Crébon gueula comme une pucelle de 60 ans, puis lui balança un coup de bâton net dans la hanche.
- Aie!! Par les Sept , je vais lui arracher la tête!!!
- Non ! Ca va aller! Déjà qu'elle ne lui sert plus à grand chose! sourit bêtement Wyna.

Mince, mais c'est qu'il lui apportait un sérieux ennui là. Elle fit un semblant d'yeux doux au forgeron , qui leva les yeux au ciel en soupirant du genre " c'est bon, c'est bon , ça reste entre nous, j'dirai rien..." .
- Tu me dois un soin alors.
- Marché conclu!

Et le vieux qui levait à nouveau la cane. Wyna se retourna sous un léger signe du forgeron et lui arracha son bâton.

- C'est fini !!? Rentrez à la maison à présent ! Vous avez assez percuté les pauvres promeneurs comme ça!

Le vieux grimaça, et haussa les épaules en pétant un coup, arrachant une expression d'indignation à Wyna qui se passa la main sur la moitié du visage, complètement dépitée de le voir vieillir. Et puis l'odeur allait avec. Elle agita la main , se rapprochant du forgeron qui regarda le vieux s'en allait comme une bête blessé.

- Il va te faire chier longtemps encore celui là. Tu connais le proverbe... C'est les plus chiants qui crèvent en dernier. Il t'enterrera , moi j'te le dis.
- Dis pas de bêtise, rit-elle un peu, en passant sa main sur l'encolure de la belle bête.

Un jour, elle en aurait un comme ça. Mais pour le moment, elle appartenait au bas peuple c'était ainsi, et elle n'était pas du genre à voler ou à vouloir trop. Juste qu'elle aimait les animaux... Ils étaient qui plus est bien moins ingrats que les humains... Elle dit au revoir à Gruam qui lui fit un regard charmeur ALORS QU'IL A UNE FEMME!!! Et regarda partir Crebon , marchant pas loin derrière. Il avait l'air finaud avec sa main sur les reins, son dos tout courbé comme une souche qui travaille sous la chaleur, les bretelles de travers et les cheveux éparses qui filaient tous à gauche avec le vent. Heureusement qu'ils frisait un peu où il se les serait accrochait dans le tronc qu'il venait de dépasser. On pouvait l'entendre maugréer tout seul, avec des mots que seuls les vieux comprennent. C'eut pour effet de tirer un léger sourire moqueur à Wyna qui entra dans la maison, le laissant partir sur le coté de la petite bâtisse de pierre, pour aller encore faire je ne sais quoi avec les chèvres. Elle ne voulait pas savoir en fait, elle avait trop peur de découvrir des trucs bizarres. Elle s'assit à coté du feu après avoir refermer un peu la porte. Son tablier ôté, elle était de nouveau présentable. Sa main passa un léger tissu humide sur son visage pour se débarbouiller, et elle sourit de l'agréable sensation que cela lui procurait. Sa vie était faite de ces petites choses et...

TOC TOC. Mm? Tiens... Depuis quand Crébon tapait à la porte...? Wyna s'avança en s'essuyant les mains sur le linge froid et ouvrit la porte. Elle resta figée, les sourcils haussés. He bien, voilà un bien étrange spectacle. Un gueux et un ... chevalier? Sir? Peut être un petit seigneur, elle ne savait pas, mais une chose était sûr, il était aussi pété que le Crébon. Ca devait être la journée des rhumatismes. Il y avait peut être un festival des vieux en ville... Pourtant celui là n'avait pas l'air si vieux à coté de l'antiquité qui vaquait avec les caprins. Tout en armure qui plus était. Que diable les hommes avaient-ils à s'enfermer le corps dans ces choses là quand ils n'étaient pas à la guerre? Étaient-ils plus fragiles que des femmes pour penser qu'un trouilleux sortent du bois pour les pourfendre ? Confuse, elle fronça les sourcils et avant même de pouvoir demander quoi que ce soit , le paysan qui accompagnait l'homme en armure sortit net:

- L'messire s'est coincé les os. Y'cherchait un mestr' mais y'a que là qu'j'connais. J'vous l'laisse, j'ai du labeur mouè.

Wyna adorait les expressions qu'avaient parfois les paysans. Il est vrai qu'elle avait été élevé par un mestre, et qu'elle avait donc appris à parler avec un minimum de correction. Coincer les os. Assez drôle comme image, tout autant que celle qu'elle avait devant les yeux et il avait l'air de souffrir le pauvre. Elle ouvrit sa porte qui dégagea une odeur agréable de baumes odorants et de feu de cheminée et la douce chaleur qui allait avec. Au centre de la pièce principale se tenait un lit surelevé sur lequel elle allongait généralement les patients, avec paillasse et couverture. Quelques chaises et contre les murs en pierres nettoyées se tenait des étagères couvertes du plafond au sol. c'était assez chaleureux en soi , et douillé, rien à voir avec la sale tête que tirait la petite mansarde aux premiers abords.

- Entrez messire... Je vais voir ce que je peux faire. Faites attention à ne pas vous faire mal...

Elle prit les rênes de l'animal et l'attacha longuement à une arbre fin près d'un espace herbeux, puis entra à sa suite.

- Installez-vous sur les couvertures... Que vous arrive-t-il?
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Message Ven 14 Juin 2013 - 13:54

-Arrière la servante de l’Etranger ! Je ne veux pas que des mains plus occupés à débiter de la morue qu’à prodiguer des soins se posent sur moi !
 
C’était le genre de discours que le chevalier errant avait apprêté pour signaler avec force son mécontentement et son refus catégorique de cette situation qu’on lui avait imposé. Malheureusement sa bouche n’épancha qu’un flot de grognements maugréant qui ne plaidèrent pas pour sa cause. Encore une fois son corps venait à lui faillir au moment le moins opportun, et il ne parlait pas de certains épisodes honteux qui avaient pu lui arriver avec les dames. Rectification : qui ne lui était jamais arrivé avec les dames. A cette déficience physique s’ajoutait l’agréable surprise que représentait la jeune et fraîche jeune femme qui leur avait ouvert. Véritablement charmante dans sa simplicité franche et malicieuse, il réussit  à passer outre la douleur pour apprécier les traits doux et agréables de son visage, de même que l’éclat de son regard dans lequel il devinait une innocence feinte. Cet ensemble eu pour résultat qu’il ne résista pas plus que de rigueur lorsque la jeune femme tenta de se montrer conciliante quant à son état. Il tenta dans un premier temps de masquer sa souffrance, ce qui était la moindre des choses à faire quand on était chevalier et que l’on avait une belle femme en face de soit. Mais ce beau décolleté n’avait pas anéantit pour autant toute trace de méfiance chez le chevalier de la Maison Reyne.  
 
Robb ne faisait jamais confiance à ses premières expressions, et le cas présent ne faisait pas d’exception. A dire vrai lorsque sa santé étant en jeu il faisait rarement d’exceptions en quoique ce fut. C’est donc avec une méfiance renouvelé qu’il jeta un coup d’œil à l’intérieur de la masure, luttant pour conserver sa concentration. Plutôt propre pour une demeure de paysanne, aucune effluve malodorantes ou suspectes, et cela justement était foutrement suspect. L’endroit était trop propre pour ne pas être louche. Mais il avait vite pu comprendre que le temps des protestations était passé. Il était trop tard pour reculer, et de toute manière l’idée même de marcher à reculons lui arrachait un air douloureux. Il se laissa donc installer sur la paillasse raisonnablement garnie qui devait servir de lit, ne prêtant pas attention à la voix qui s’adressait à lui, se coucher étant devenu présentement son combat de l’instant. Le chevalier se laissa donc choir davantage qu’il ne se posa sur un matelas qui lui semble tout à coup horriblement dur. Son dos lui fit comprendre qu’un tel accueil n’était pas à sa convenance en lui envoyant un gigantesque coup de pied au cul brûlant qui lui coupa le souffle. Qu’est-ce-qu’elle avait dit déjà ? « Faites attention à ne pas vous faire mal », un conseil brillant vraiment, dire qu’il avait failli danser la gigue, pensa-t-il cyniquement.
 
Tel une vaillante tortue, écrasé par le poids de sa propre armure qui lui comprimait le thorax Robb tenta vaille que vaille de se mettre sur le dos. Une nouvelle aventure périlleuse et douloureuse à laquelle il renonça jurant une fois encore du mauvais sort l’ayant affligé d’un pareil maux. Il était bel et bien à la merci de la rebouteuse et malgré ses prévenantes attentions il soupçonnait une certaine stupidité de sa part. Ce qui lui arrivait ? Il failli s’emporter et lui lancer en plein visage qu’il venait juste faire la sieste. Son sens de la galanterie pris cependant le dessus et modéra, chose rare, ses propos. Il se contenta donc d’ânonner une série de mots aimables visant à sauvegarder son intégrité.
 
-Ce n’est qu’une…qu’une simple douleur de dos, une crise passagère...vraiment. -Je crains…ma dame…préférer les…les mains et…l’expérience d’un mestre. Peut être…pourriez-vous aller le quérir.
 
Et si possible rester le plus loin possible de moi et éviter de me faire absorber la moindre mixture étrange, faillit-il ajouter sans voulant pousser sa chance. Un deuxième sourire n’était pas à exclure de sa part. Dans cet instant périlleux un souvenir des plus inappropriés ressurgit quant à la façon dont plusieurs de ses camarades des Puînés avait succombés grâce au « soutient » actif des médecins, inévitables des cortèges que les armées traînaient à leur suite. Leurs morts avaient été des plus ignobles. Ces charlatans n’avaient pas même été capables de faire un poison convenable pour les emporter en une fois. Du poison…la pensée lui traversa l’esprit comme une flèche en plein cœur et il s’agita brutalement pour se lever…avant de retomber lourdement terrasser par la douleur. Le souffle plus rapide il tenta de s’enquérir des intentions de son hôte.
 
-Vous…vous êtes vraiment guérisseuse ? Vous n’y ressemblez pas tellement. Je vous prierais de…me laisser aussi entier que lorsque je suis arrivé. Dit-il d’un ton où perçait le sous-entendu.
 
Cela incluait également sa maigre bourse, ses provisions de route ainsi que ses armes, mais il préféra ne pas y faire mention de peur de provoquer la tentation de la jeune femme. Bon sang, et si le mestre s’avérait un ivrogne ? Après tout tous les décrépits de la Citadelle n’étaient pas des modèles de sagesse et de probité comme le vantaient leur tradition. Pire, avec un vieillard presque aveugle pour l’assister il risquait bien de sortir amputer d’une jambe, ou succomber sous les « expérimentations avant-gardistes » d’un vieux fou. En son for intérieur le chevalier avait conscience que ces hypothèses étaient déraisonnables, mais sa répulsion de ses « soigneurs » étaient nourris par une expérience et un vécu bien réel qui ne faisaient que concrétiser ses possibilités horribles. Or il n’avait aucune envie de rejoindre la longue litanie des victimes d’un accident de scalpel. Enfin il ne se sentait guère à l’aise assis sur ce lit étroit, engoncé dans un harnachement de métal, sans possibilité de faire le moindre mouvement, et la main trop éloigné à son goût d’une quelconque arme pour se faire. Robb se sentait presque tenté par la prière, mais ayant déjà prié les dieux pour trouver de l’aide, il imagina qu’il ne pouvait en l’instant que s’en prendre à lui-même.
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Message Ven 14 Juin 2013 - 18:36


Epique, légendaire. Ce chevalier était comme l'une de ces caricatures que faisait les fous des rois à leurs banquets trop arrosés. Et bien. Il était non seulement aussi cassé qu'une cruche piétinée par un canasson, mais aussi , infernalement aussi grincheux qu'un chien à qui on n'a piqué sa pitance. Et oui , très cher, vous êtes Vieux! Mieux valait ne pas lui sortir ça où il allait lui arracher les yeux , les oreilles et le nez pour en faire dieu sait quoi dans son état. Wyna était mitigée. Elle ferma la porte lentement, le chiffon toujours dans les mains, et s'avança , interdite, un sourire amusé aux lèvres et le regard plaisant. Un abruti aurait ri, elle, elle trouvait juste la situation exceptionnelle. Ce n'était même pas de la moquerie mais plutôt une fascination pour ce drôle d'oiseau comme elle en avait déjà vu mais un chevalier tout cassé et coincé, ça jamais. C'est dans ces moments qu'elle aimait son métier plus que quelconque autre moment. Etait-ce que la méfiance, de la colère, de la sénilité , ou bien de la crainte qu'elle voyait sur le visage ridé de cet homme? Peut être les quatre au final. Elle le regarda, qui tentait de s'agiter. Etait-il vraiment tout seul dans sa tête?Puis vint l'excuse bidon. Oh. Un chevalier mentir. Eh bien. N'avez-vous pas honte messire? Il rit un peu , c'était plus fort qu'elle. Pensait-il qu'elle allait le découper en morceau ? Le dépouiller? Elle était toute seule dans sa robe, elle! Cet homme devait avoir pris un petit coup de lune. Très léger.

- Oui oui... Je vois bien que ce n'est que passager. Si c'est le cas, alors pourquoi recherchiez-vous un mestre? Votre mal n'est plus si grand que ça ? Le premier est selon mes sources aux Jumeaux, à plus de 25 lieues d'ici. Vous n'êtes pas capable de lever votre armure de cette couche, et vous voulez faire 25 lieues en travers sur votre pauvre monture, qui soit dit en passant à les crins et le poil, pleins de mouches crabes. J'ai un onguent contre ça. C'est ça où votre pauvre destrier va finir percer de partout par les larves.

Elle le voyait se tortiller et essayer de faire des gestes dans son tas de bibelot rutilants qu'on appelait armure. Ça devait donner à la guerre de voir tous ces gugusses se pourfendre à coup d'épées. Elle se voyait bien assise en haut de la colline à croquer de la menthe sauvage, comptant les types et pariant avec l'écureuil du coin qui lui sortait dans un accés de féérie soudaine, oui oui un écureuil qui parle: " Regarde moi ça, lui là en rouge et gris..." et elle de répondre: " Ce chevalier n'a aucun style, une véritable enclume. " et l'écureuil: " Non, une enclume, tu l'as prends sur le pied, tu marches plus. Lui , il ne sait même pas se servir des siens. T'as vu... il est tombé. Et il roule maintenant...une enclume ça roule pas. " Wyna prenait dans son imaginaire les batailles de soldat en armure pour un véritable fiasco de types qui gueulent l'haleine pleine d'alcool , courant dans des cliquetis rouillés, se faisant un croche patte avec leur propre épée pour finir étaler dans un buisson d'aubépine à prier qu'on leur en sorte. Et ce qu'elle avait sous les yeux n'était pas pour lui prouver le contraire niveau grâce et puissance d'un "chevalier".

-  Mais qu'est-ce que vous faites. Cessez de gesticuler de la sorte, vous allez encore plus vous abimer.

Elle posa le torchon sur une étagère, jeta une buche dans le feu de la lourde cheminée au foyer large et grossièrement arrondi , pour revenir et poser un genou sur la paillasse derrière le Chevalier. De toute façon, on s'en fout, il est coincé, il ne peut pas se retourner, donc il va bien être obligé de se laisser faire. Sa main se referma sur le rebord de la dossière, ses doigts frais et doux frôlant la nuque de l'homme. Mais sa poigne en fut autre, ferme et strict, tel que -tu restes là mon gaillard-. A n'en point douter, elle avait pris la décision de lui ôter son armure.

- Écoutez, je sais que d'autres pseudo-mestres, ou encore des espèces de guérisseurs de pacotille vous ont peut être traumatisé dans votre passé si doux, mais arrêtez de faire un amalgame. Je ne suis ni une sorcière, ni une tueuse, ni une trafiquante d'organes, et je ne mange pas non plus les petits enfants. L'argent, j'en ai assez pour manger, je suis ni orgueilleuse, ni cupide, et je n'ai pas dans l'intention de vous jeter aux loups, bien qu'il y en est plein dans le coin. Cessez de faire l'enfant...

Et là, elle regarda comme était faite cette... chose toute brillante, quoi qu'un peu rayée. Il ne faisait aucun doute que cet homme devait avoir probablement guerroyé un jour mais là, il était surtout bloqué. Si une guerre éclatait la seule chose à laquelle il serait utile , ce serait à lui servir de bouclier humain. Plus qu'un heaume et Wyna était sur qu'il pouvait même se prendre une pierre de catapulte sans être trop tordu. Elle s'assit sur son talon, derrière lui, observant un peu comment cette chose était foutue. On a pas idée de s'enfermer là dedans... Repérant des sangles, elle commença à les défaire en tirant fortement dessus pour faire céder lentement le cuir. Mince, c'est que c'était dur... Bon bah tant pis. Elle s'assit derrière le chevalier, et posa son pied sur son dos, ses deux mains tirant sur une sangle, qui céda, alors qu'elle se concentra ses dents mordant sa lèvre inférieure. Elle recommença autant qu'il fallait pour débloquer tout un coté. Tant pis s'il râlait.  De tout façon, si une épée ne pouvait pas traverser ça, son pied ne le ferait pas non plus. Et puis à qui irait-il se plaindre? La confrérie des papys en armure? Allons bon. Elle se ferait donc attaquer à coup de canne et destrier boiteux. Ça aussi , elle avait l'habitude avec son mestre fou.

La jeune femme se pencha un peu sur le coté, faisant un peu attention, sur ses gardes, il était bien capable de lui mettre un coup le bougre s'il avait mal. Vu son caractère c'était gagné. Elle passa sa main sous la plaque de métal. Ses doigts étaient assez fin pour passer entre le flanc donc elle sentait les côtes, et l'objet. Elle ne défit pas l'autre coté, mais dut quand même reprendre sa manœuvre avec le pied pour séparer les autres parties de l'armure. Mais quel abruti bourrin avait serré ces sangles.??! Elle réussit finalement à décoincer tout ce bazard mais cela dura bien une demi heure... Bon, et on ote ça par où maintenant. Elle tira sur une pièce qui lui resta dans la main. Bon... Euh... Les deux sangles étaient intactes. Il n'y avait plus qu'à prier pour qu'elle n'ait rien casser.

- Euh ... excusez moi mais... c'est normal ça?

Elle lui montra ce qu'elle tenait dans la main.

- Et je vous arrête avant que vous ne brayiez comme un pourceau qu'on égorge. Ne grognez pas, je n'ai pas fait exprès...

Elle restait calme et agréable, mais avait quand même une appréhension quant à ce que pouvait bien lui envoyer cet ours. Elle resta sur ses gardes, prête à esquiver un projectile.

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Message Sam 15 Juin 2013 - 21:44

Jamais il n’aurait cru se retrouver dans une situation où ce serait à lui de mordre l’oreiller, et surtout pas dans ce genre de contexte. Décidément les Sept avaient un sens de l’humour qui échappait à sa compréhension, ou qui n’était décidément pas de son goût. Un manque de comptabilité qu’il évita de signaler de façon trop bruyante du mieux qu’il put, et pour son plus grand honneur il y arriva mieux qu’il n’aurait  cru. Il avait simplement dépassé le simple stade de la douleur, il était proprement paralysé et il imagina que c’était sans doute ce qu’il pouvait lui arriver de mieux. Cela lui empêchait de passer outre la galanterie et d’exprimer de façon plus physique tout le bien qu’il pensait des soins que la jeune femme avait entrepris de lui prodiguer. Il avait connu des bouchers plus délicats. Ses manières étaient…énergiques, et le mot était faible. Pesant de son poids sur son pauvre dos meurtri, elle s’acharnait, la formule était convenable ici, à le débarrasser de son armure. La subtilité ne faisait visiblement pas partit de son vocabulaire. Robb en eu plus d’une fois la preuve lorsqu’elle arracha les sangles et autres attaches complexes de la lourde protection d’acier qui enfermait son corps. Le chevalier regretta bientôt le soin avec lequel il avait mit à serrer aussi bien qu’il eut pu ces mêmes attaches. Malmené comme un vulgaire quartier de viande, le chevalier errant subissait de plein fouet les vigoureuses manœuvres. Il pensa furtivement, au milieu des explosions de douleur lui obscurcissant l’esprit, qu’un pauvre bougre piétiné par un cheval ne devait pas se sentir bien différent.
 
Il se souvenait bien que la rebouteuse lui avait glissé quelques paroles qui devaient être à même d’amener sa confiance, mais il devait avouer ne plus s’en rappeler le contenu exact au milieu de cette litanie de souffrance. Plus rien n’avait réellement d’importance à présent. Une partie de lui-même était comme livré aux flammes, et une gorge tranchée lui apparaissait presque comme le moindre de ses soucis. Il aurait pu l’appelé de ses vœux. Cela fut le cas jusqu’à ce que la jeune femme acheva de démonter une armure, et le débarrassa du poids considérable qui l’opprimait jusqu’à alors. Il se surprit alors à mieux respirer et à constater une moindre amélioration dans son état. Il s’apprêta à la remercie lorsqu’elle lui mit un objet sous le nez. Robb, récemment remis de son émotion, plissa les yeux pour reconnaître ce qui semblait être…rien moins que l’attache principal du plastron. Une pièce en bronze qui n’avait pas vocation à être séparé du reste de l’armure, pas davantage que de se retrouver sous le nez d’un chevalier immobilisé. Le Lion Noir songea brièvement à la dépense que cela allait engendrer, sa langue subi le feu roulant de son colère et il s’apprêta à sortir un bon mot bien placé avant de se retenir. Il n’était pas réellement en position de dire quelque chose d’inconvenant qui risquait de mettre de méchante humeur son hôte qui avait suffisamment démontré sa capacité à lui briser le dos.
 
-Ce…ce n’est rien…vraiment. Je vous remercie pour votre aide…vigoureuse mais bienvenue.
 
Il devait reconnaître malgré lui que la jeune femme lui avait rendu un fier service. Elle avait au moins le mérite d’être de bonne volonté, ses manières paysannes le lui avaient suffisamment montré. Il était de l’avis d’ailleurs de Robb qu’elle avait eu entre les mains davantage d’animaux à traiter que de patients humains. La suite des festivités néanmoins étaient encore à voir. S’il avait trouvé que se débarrasser de son armure avait été douloureux, quelque chose lui disait que ce qui allait suivre allait être bien pire encore. En homme pragmatique il se demanda qui avait bien pu enseigner à une femme du petit peuple l’art du soin. Il n’avait pas l’intention de laisser s’agiter sur lui des mains inexpérimentés. Cependant la confiance et le manque de retenue dont elle avait fait preuve en se chargeant de sa lourde armure d’écaille semblait être un indice suffisant quant à son expérience des patients rétifs. Robb s’attela donc à travailler son amabilité. La voix pâteuse il reprit.
 
-Qu’est-ce-que vous comptez faire pour la suite ? Je ne sais pas si ce genre de mal vous est familier…peut être votre maître pourrait-il venir vous assister, non pas que je doute de votre…volonté à vous occuper de moi.
 
A dire vrai il se sentirait plus tranquille si une tierce personne se trouvait à ses côtés. Pas pour lui tenir la main mais s’affairer à vérifier qu’on ne le transformait pas totalement en infirme. Il avait été véritablement idiot songea-t-il une fois encore en s’appesentant sur la suite des évènements qui l’avait conduit ici. Il tenta de se détendre en prévision de ce qui allait suivre, rajoutant d’une voix grave.
 
-Si dans votre attirail à pommade de bonne femme vous avez de quoi éviter le renouvellement de ce genre de désagréments je suis preneur.
 
Tout ce qui pouvait lui éviter d’avoir de nouveau recours à des gens de son espèce était en effet le bienvenue.


Dernière édition par Robb Reyne le Lun 17 Juin 2013 - 20:47, édité 2 fois
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Message Dim 16 Juin 2013 - 21:31

Pauvre homme. Wyna le voyait bien qu'il avait mal. Ce n'était pas de la pitié bien au contraire. Elle détestait avoir à faire mal à un patient mais là , cette fichue armure ne lui avait pas laissé le choix. Elle était même étonnée qu'il ne lui braille pas dessus. Il devait en fait avoir vraiment très mal... Combien de temps cela faisait-il qu'il trainait ça... Elle soupira. Elle aurait pu penser qu'il y aurait suffi d'un coup de genou appuyé dans les vertèbres pour remettre tout ça en plus, mais ses douleurs à lui n'était pas articulaires, tout du moins en grand partie. Elle passa sa main chaude sur sa nuque et appuya légèrement pour sentir la tension qui y règner... mouais. Pas terrible tout ça.

- Vous pouvez me décrire les douleurs que vous ressentez et où ? Et votre nom aussi si ce n'est pas indiscret, tout du moins un prénom, si vous préférez garder l'anonymat. J'aime bien savoir avec qui je converse.

Paysanne, pas si sûr. Wyna passa ses mains autour de son torse masculin , sans le toucher, et ota tout le haut de l'armure en changeant de comportement. Plus aucune rudesse, le visage sérieux et doux, les yeux qui épiaient le moindre détails pour combler à un possible problème. Elle posa le tout sur une table pas loin et expliqua calmement sans se retourner.

- Je suis le maitre. Personne ne m'assistera. S'il vous plait , ôtez votre haut. Et allongez vous sur le ventre. Je vais m'occuper de vous. Ne craignez rien , je ne vais pas vous marcher dessus. Votre armure était bloquée.. je m'excuse de ma rudesse.

Elle le laissa faire ce qu'il avait à faire , question de potentielle pudeur vis à vis de ses patients. Wyna poussa un grand drap sur un placard et fouilla lentement entre ses baumes, les gestes sûrs et lents. Elle en sortit deux baumes dans des pots noirs et rouges vernis. Puis tira des linges propres, les déchirant avec adresse. Ses gestes montraient l'assurance et la pratique. Elle prit un récipient versa de l'eau clair dedans et la mit à chauffer dans le feu. Elle revient ensuite vers l'homme allongé et l'observa . Son premier réflexe fut de le toucher. C'était une chose obligatoire de toute façon. Elle posa sa main tiède de la nuque , totalement aplanie et ferma les yeux .

- Détendez vous le plus possible... Et ne bougez pas...

Sa main parcourut les bosses légères de la colonne vertébrale, et les quelques muscles qui y étaient attachés . L'autre main était posé sur son épaule pour le plaquer si nécessaire s'il lui venait l'idée de faire un mauvais mouvement. Elle appuya ensuite à certains endroits du plat des doigts sans trop de violence. Les reins. Les flancs, l'arrière des cotes ... sur la colonne elle même. Notant toutes ses réactions en silence, elle remonta sur ses épaules et pressa lentement ses doigts sur les muscles au dessus des épaules.

- A quand remonte la dernière fois où vous avez demandé à un mestre de vous remettre en place tout ça ? Et de vous détendre ? Un homme est certes un guerrier mais un humain avant tout. A trop jouer le fier et le puissant, vous allez vous tuer tout seul. Cela se lit sur votre corps...

Sa voix était douce, et son regard était absorbé par ce qu'elle faisait. Elle quitta le corps de cet homme pour allait chercher le récipient d'eau chaude. Elle trempa sa main dedans pour s'assurer que la température était supportable et prit les bandes de linges blancs propres. Elle ne lui cachait rien, procédant à coté de lui sur une table à la chose. Elle sortit une bande de tissu fumante, et l'essora en grande partie. Puis elle vint la déposer sur ses reins nus, en douceur, l'étalant. Le premier effet était trés chaud, mais il pénétrait dans la peau et les tissus de sa chaleur et une grande sensation de soulagement se dégagerait ensuite. Dans l'eau avait été rajouté des feuilles de menthe poivrée et de lavande, qui était bénéfique à la peau et aux accalmies musculaires. L'odeur n'en était pas moins agréable. Elle recommença jusqu'à recouvrir tout son dos , puis passa des bandes en secondes couches dans la longueur.

- Ça va ? Cela vous fait mal ou bien ça vous soulage?

En fonction de la sensation, elle allait adapter. Sa main chaude prit une bouteille de taille moyenne. Elle en versa le contenu dans un verre de métal et le tendit poliment au brun.

- Buvez, c'est de la liqueur de sureau et de rose. C'est sucré mais un peu fort , ça va vous calmer un peu les nerfs...Si vous restez sur la défensive, ne serait-ce qu'un peu , je ne pourrais pas être efficace. Je laisse la bouteille. Buvez si le cœur vous en dit .

Elle posa la bouteille sur un petit gueridon sur devant le lit-socle ou était allongé Robb. Un lit un peu plus haut que la normal. Le mix entre le lit et la table, mais agréable au contact. Wyna y dormait parfois quand ils hébergeaient des gens et qu'elle devait prêter sa chambre. Elle n'avait jamais eu de courbatures à cause de ce dernier. Retournant vers le dos de l'homme, elle découvrit lentement la nuque et le haut des épaules de ce dernier, posant les bandes chaudes par dessus les autres et trempa ses doigts dans un petit pot de baume, pour en sortir une matière verte pâle. Elle s'en enduisit les mains lentement dans un léger bruit distinctif et posa ses mains lentement sur la nuque du chevalier. Ses doigts commencèrent alors un lent balai sur la nuque et les muscles entre le cou et les épaules. Les pressant fermement mais lentement dans ses doigts fins. Le baume avait un rôle réchauffant encore plus puissant , rentrant dans les muscles. Wyna avait fermé les yeux. Elle essayait de ressentir chaque muscle, chaque boules nerveuses, chaque tendon, comme lui avait appris son maitre. Et chez cet homme tout était en vrac. Ses mains aussi commencèrent à chauffer. Sa paume fila sur le long des épaules et elle pressa les muscles en symétrie, recommençant une danse des doigts différente , et plus appuyé.

- Un baume n'est rien sans une bonne application et un savoir faire. Je veux bien vous en donner, mais avez vous au moins quelqu'un pour tout vous ordonner aussi...?

Elle parlait calmement. Concentrée sur son ouvrage. Délaissant chaque nœud nerveux qu'elle sentait dans ses phalanges souples, appuyant à des endroits plus qu'à d'autres, mais sans jamais lui faire trop mal . La sensation globale finale devait être positive.

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Message Lun 17 Juin 2013 - 20:45

Cruauté que de faire ressentir à l’homme toute l’étendue de ce qu’il a perdu. C’est là une souffrance parfois provoqué par l’ignorance sincère d’un cœur généreux. Livré aux mains surprenamment douces et attentionnées, le chevalier errant ne goûtait que plus amèrement au destin sans femme ni descendance qui était le sien. L’attention aimante d’une femme ne serait jamais sien, pas davantage que de s’entendre recevoir le nom de « père » par un fils. Les mains expertes de la guérisseuse, transmettant une tiédeur délicieuse à ses vieux os, le plongeant dans une béatitude enivrante, oasis bienvenue dans le torrent de souffrance qu’il avait dû supporter. Sa nervosité et ses crispations des premiers instants se dissipèrent bien vite. Se retrouver presque nu devant une dame n’était pas une chose convenable pour un chevalier, même si Robb avait eu de nombreuses fois l’occasion de modifier ses critères quant à la pudeur. Certains séjours dans des bordels recommandables lui avaient fait pleinement prendre conscience de la faiblesse de la chair et que les mœurs n’étaient qu’affaire de point de vue. Non. C’était se dévoiler aussi complètement qui le faisait presque rougir comme un jouvenceau à son premier tournoi intime. Ser Robb même s’il ne se l’avouait pas complètement, avait pleinement conscience qu’il ne correspondait plus au modèle idéal du ferme et mince chevalier de geste héroïque. Il tenait davantage du grossier et brisé soldat de campagne. Avec son lot de cicatrices et sa stature forte et charpenté, il n’avait point envie de s’exposer aux yeux féminins dont le jugement pouvait être aussi acéré et sans appel qu’un coup d’épée en plein cœur. L’ego était souvent dépourvu de bouclier.
 
Les dents crissèrent lorsqu’un touché plus vigoureux ou mieux placé réveilla la douleur. Dieux ! Il avait l’impression d’être un bloc d’argile qu’un sculpteur consciencieux tentait de modeler à tâtons pour faire correspondre à un modèle connu de lui seul. Il se crispa, se tendit malgré lui, réactions musculaires et nerveuses involontaires face au traitement subi. L’envie de protester lui passa cependant bien vite quand il ne releva aucune utilisation d’aucune formule magique ou de pommades aux relents d’urines. Peut être savait-elle se qu’elle faisait finalement, se dit le chevalier dans un soupir de contentement, se laissant aller. Il frémit au contact de l’eau chaude et parfumé, il sentit un parfum de menthe et de fleur. Il doutait quelque chose d’aussi banal que des herbes puissent venir à bout d’une torture qui le minait depuis des jours déjà, mais étrangement il sentit comme une vague rafraîchissant calmer la brûlure déjà moins tenace au niveau de ses lombaires. Cette mince amélioration lui permit de se sentir suffisamment en confiance pour répondre aux questions de la guérisseuse, questions qui n’étaient pas dénués d’un certain intérêt maternel qu’il trouva amusant à défaut d’insultant. Le Père lui en soit témoin, on n’avait pas eu tant d’égard pour sa vieille carcasse depuis bien longtemps. Du moins sans avoir laissé au préalable un certain pesant d’or. C’est donc presque de bon cœur qu’il lui répondit.
 
-Robb…marmonna-t-il en se détendant. Ser Robb des Terres de l’Ouest, c’est mon nom et je m’enquerrai avec joie du votre. Quant à vos soucis concernant mon mode de vie sachez ma dame qu’un chevalier doit être capable de supporter les simples tourments de la route. C’est là le lot qu’ont offert les dieux aux hommes, même si, fichtre, il n’est pas facile à supporter !
 
Le mot était faible. Chaque jour passant Robb se découvrait un nouveau désagrément à ajouter à la longue litanie des faiblesses affligeant ses vieux os. Le plus triste étant de savoir que son état n’allait aller qu’en s’aggravant. Mais le chevalier trouvait lui-même qu’il se défendait plutôt bien contre les outrages du temps. « Un coriace salaud », était sans doute le meilleur compliment qu’on pouvait le faire. Même si présentement il ne souhaitait pas l’entendre sortir de la bouche délicate de sa guérisseuse. Cette dernière avait visiblement décidé de passer à la phase suivante de son traitement en lui offrant ostensiblement un breuvage qu’il n’était manifestement pas supposé refuser. Robb en revanche était d’accord pour émettre quelques réserves sur le sujet. Il daigna donc poliment consommer la boisson, la jeune femme faisant son possible pour le mettre à l’aise. Une attention bienvenue qui fit comprendre au chevalier que ce ne devait sûrement pas être la première fois que la guérisseuse était confronté à des réticents dans son genre. Il était au moins rassuré que son inconfort vis-à-vis des charlatans à cataplasmes n’était pas une excentricité de sa part.
 
Il sursauta lorsqu’il sentit une matière plus poisseuse recouvrir ses épaules et l’ensemble de son dos. Une nouvelle grimace apparue lorsqu’elle s’attarda sur la zone douloureuse. Il ressentait néanmoins un mieux certain dans sa condition. La douleur qui n’était pas loin de celle ressentit lors d’un coup de masse en pleine bataille s’éloignait en vague élancement. Il se garda bien de partager ses sensations de souffrance avec la jeune femme, il en allait de sa virilité de faire en sorte que tout allait pour le mieux. Il ne s’était d’ailleurs jamais sentit aussi courageux qu’en luttant pour contenir toute cette douleur intérieurement, peut être un peu idiot également.
 
-Je crains n’avoir ni les moyens ni la confiance pour confier ma santé à des mains étrangères ma dame. J’ai quelques souvenirs de guérisseurs moins soigneux que vos doigts délicats et à l’aspect moins…engageant dirons-nous. Néanmoins vous semblez vous-même vous en sortir fort bien, qui donc vous a appris les arts du soin ? Je suppose que les visites de mon style ne vous sont pas étrangères ?
 
Par là il entendait des chevaliers dans le besoin et non des hommes d’un âge…mature. Il réussi à se détendre à mesure que la douleur s’anesthésiait peu à peu, et que la fatigue des derniers jours s’en allait. Il se sentait presque le cœur d’offrir une récompense adéquate à ces mains secourables. Un état d’esprit qui reflétait chez Robb une reconnaissance proportionnelle à la souffrance qu’il avait dû endurer.

HRP: Si tu n'as pas assez pour écrire une relance, dis moi, je peux éditer x). Je voulais pas trop prendre les devants.
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Message Mar 18 Juin 2013 - 21:38

 
Elle rit doucement quand il se plaignit de sa condition d'homme des routes ou plutôt de chevalier errant. Il le dit d'une manière si naturelle et imagée, qu'elle se dit que ce bougon n'était pas si aigri que ça. Il avait juste mal. Et puis elle avait l'aisance pour pallier aux hommes de caractère. Masochiste? Pas vraiment. Elle acceptait juste sa condition de femme contrairement à d'autres, mais l'optimisait au maximum. Ce qui faisait qu'elle était arrivé à un stade où elle ne se voyait pas comme inférieure en bien des points. Elle pouvait être l'atout, la chance, la main douce, le réconfort, la gifle, l'envie, l'espoir, la force et tant de chose si on y creusait. Trop de femmes n'assumait pas le juste ordre de la nature mais il fallait comprendre une chose. Si la nature - ou les dieux - avaient ainsi conçu l'Homme, c'était pour que l'un complète l'autre et non n'envie ce que l'autre a , ou le dénigre. L'Homme et son péché insoutenable de la cupidité, de l'égoisme, de l'envie de ce qu'il n'a pas matériellement parlant, jusqu'à rendre l'autre "chose". Wyna ne serait jamais une "chose". Belle, droite, fière, fine et légère à la fois...Elle était la mère, l'enfant, la fille orpheline, la femme qui attendait de la vie, la guérisseuse, l'espoir des plus bas, et dans son souffle et ses mains, les Sept avaient laissé une once de puissance instinctive, une force de foi en le genre humain, et en même temps, elle vomissait cette même nature. Paradoxale, écorchée, marquée à vie... dissimulant son chagrin , ses larmes, ses balafres physiques et mentales, elle se tenait toujours face aux choses, et la mort ne l'effrayait pas . Elle avait accepté cette évidence comme un cycle naturel. Elle estimait devoir faire ce qu'il fallait tout en gardant dans le doute une erreur.

- Je m'appelle Wyna.

Calmement elle passait ses mains sur les épaules de cet homme attaqué par les années, le climat dru et les desseins de celui qui donnent sa vie pour les autres. Elle respectait ces hommes là. Elle pensait que Crébon  avait été ainsi. Elle aimait à croire que oui. Penser du mal de celui qui a tout fait pour vous, en croyant qu'il l'avait utiliser par peur de la mort, afin de laisser une trace dans ce monde, autre que la poussière ne lui allait guère. Son cœur s'en serait serré.

Il y avait peu de choses qui faisaient ses repères en ce moment. Elle n'avait aucune attache, aucune signification au matérialisme, aucun désir d'avoir l'audace d'être assez bien pour quelqu'un... Tout ce qu'elle avait se limitait à ses mains... son âme... et ses atouts quoi qu'ils n'avaient rien d'extraordinaire à son humble avis. Elle aurait pu être enlevé et recruté au service d'un peuple ... elle aurait fini par s'y accommoder. Elle aurait pu être sur le champ de bataille, à panser les hommes mourants sous le flot des flèches, au couvert d'un bouclier, ça aussi, elle s'en serait accommodée. Peut être même aurait-elle aimé. Les marques de la vie sur un corps n'étaient pas laideur pour elle, bien au contraire.

- Peut être devriez-vous songer à vous trouver un chez vous. Ne serait-ce que pour vous éviter de mourir comme un malpropre sur la route et que votre corps ne soit dévorés par les loups après avoir été pillés par les mômes du coin.

Elle était franche et vraie. Pourquoi mentir, de toute façon, il le savait. Et puis au fond, rien n'était plus facile que d'imaginer les évènements, de s'y préparer mentalement pour les affronter et ainsi les dépasser. Il n'y a que le son qui ne daignent pas entendre raison et voir ce qui pourrait lui arriver, par peur de se pisser dans les chausses. Et ceux là, Wyna n'en avait que faire. La nature faisait ses choix. S'ils devaient mourir, ces lâches là mourraient.En pensant, elle continuait son labeur, descendant toujours un peu plus sur son dos.Jusqu'aux reins où elle passa plus de temps. La monture et les mouvements qu'envoyait l'animal, accumulés durant des années dans l'assiette du cavalier, bouffaient peu à peu les muscles, les nerfs et les tendons, et la colonne en prenaient un sacré coup.

- Vous allez dormir ici ce soir. Avec un cataplasme de lierres et de lavande. Cela vous endormira les douleurs. Je vous indiquerai comment les faire sur vous avez des problèmes aux membres. La nature est généreuse mais peu de gens osent la comprendre. Et si par malheur vous avez si mal... Vous pourrez me trouver à nouveau ici , ou bien dans une ville du coin. En général, je ne passe pas inaperçu. On ne juste pas comment me définir vu que je suis caché. Je m'occuperai de vous. Mais par pitié n'allez pas crever dans un chemin.

Elle sentait son corps sous ses mains. Il était bien cassé. Elle ne le laisserait pas repartir ainsi. Elle allait le nourrir et en prendre soin. De toute façon , le vieux n'était pas là, elle se moquait bien de devoir se justifier d'une compagnie masculine en ces lieux. Et puis depuis qu'il était maboule, il sautait même sur ceux de dehors, alors qu'il aille se défouler ailleurs. Elle l'adorait mais pas dans ses délires possessifs. Ses doigts s'enfonçaient longuement dans la peau ferme et elle sentait une amélioration mais cela dut prendre plus de deux heures pour rétablir un semblant d'élasticité et d'ordres dans cet endroit.

- Vous aimez le ragout de chevreuil?

Elle se décolla de lui et posa un linge épais à même la peau , sans laver.

- Ne bougez pas. Il faut que ça chauffe pendant une bonne heure. Je vais préparer à manger en attendant. Racontez-moi. D'où venez-vous? Vous avez une famille?

Sa voix était douce. Ce qui faisait la différence avec la plupart des mestres ... c'était qu'elle était divinement humaine et naturelle. La côtoyer redorait un sourire, un espoir, une envie de simplicité. Un coté maternel, ou protecteur qui allait si bien au teint des femmes qui avaient compris leur force, leur rôle... Elle passe sa main chaude et propre sur la tête de Robb en caresse instinctive et s'assit dans le fauteuil sculpté en face de sa tête, devant le socle qui soutenait confortablement le corps de Robb.

- Pour répondre à votre question de tout à l'heure. Mon Maitre est un vieux mestre . Il m'a tout transmis.
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Message Mer 19 Juin 2013 - 18:37

Presque. Il en venait presque à se demander si cette secourable jeune femme, Wyna s’il croyait avoir convenablement saisi son nom, n’allait point tarder à lui donner la purée à même la cuillère. La guérisseuse avait un tempérament généreux et une compassion qui lui aurait attiré la ferveur de bien des soldats, ainsi que quantité de propositions graveleuses qui n’auraient point tardé à plisser son beau minois d’indignation. Bien évidemment elle aurait pu également compté sur des clients plus remuants. Les futurs amputés ont cette étrange volonté féroce de s’accrocher à leurs membres gangrenés. Il ne pouvait cependant qu’apprécier la touchante intention de la jeune femme quant à sa préservation, même s’il avait passé l’âge qu’on lui donne le sein. Il étouffa donc un grognement irrespectueux à son endroit lorsqu’elle évoqua d’une voix qui se voulait bienveillante, de façon  certes polie et fleurie, et il lui en savait gré pour cela, qu’un « vieux crouton dans son genre ça se couchait au chaud sous les draps avec une rombière qui se charge de vous empâter, et non pas à ferrailler sur les routes ». Dans son immense expérience de la vie, la jeune femme avait même cru nécessaire de lui rappeler les dangers de son existence et le sort qui l’attendait. Dans un sursaut de fierté une moue goguenarde plissa sa trogne marquée au burin. Il avait l’audace de penser qu’après une partie de sa vie passée sur les champs de bataille et l’autre sur la route, il était parfaitement au fait qu’une mort rapide était ce qu’il pouvait espérer de mieux. Comment aurait-elle pu deviner qu’au fond de lui-même c’était sûrement là ce qu’il recherchait.
 Une mort anonyme, pas de tombe, pas de glorieuses chansons en son honneur. Simplement périr avec la satisfaction de savoir que l’on a accomplit son devoir jusqu’au bout. Personne ne pouvait comprendre l’état d’esprit qui animait les véritables chevaliers, et notamment ceux qui avaient choisis l’errance, et sûrement pas une rebouteuse du Conflans vaguement herboriste. C’était un vœu de pureté qui le poussait sur les routes, en quête d’une noble cause à laquelle il dédierait son épée, et non pas une fantaisie de vieux fou n’ayant pas eu son content de gloire. Et de plus vers quel foyer pouvait-il s’en retourner à présent ? Ce bref rappel de sa situation lui fut suffisant pour miner tout à fait son humeur. Il en vint même à oublier son dos brisé sur lequel s’attardait les mains appliqués de la jeune femme…du moins pour un temps. Il grimaça de déplaisir tandis que le fatras qui avait été un dos bien droit et solide se remettait en place sous le pétrissage intensif de la jeune femme. Les effluves printanières du baume lui parvint aux narines : mélange d’odeur d’herbe coupée, de fleurs sauvages et autres fongus que cette douée ensorceleuse avait cru bon d’ajouter. Robb se demanda brièvement si la jeune femme n’allait pas tenter une greffe à présent, sûr que son dos devait être aussi fertile que le champ d’à côté. Le chevalier eu le bon goût de garder cette mauvaise plaisanterie pour lui et prêta attention. Il haussa un sourcil à sa proposition pour le moins inattendu. Jusqu’à présent on avait été plus pressé de le faire déguerpir que de le garder sous son toit. Ser Robb Reyne n’était pas exactement l’invité le plus présentable, il avait tendance à dépareiller avec l’harmonie du décor d’intérieur.
-Je vous sais for gré de m’accorder de si pressants soin ma dame. Sûr que vous n’auriez pas à rougir de la comparaison avec ma noble dame. Quant à votre proposition d’hospitalité, aussi noble et appréciable soit-elle, je vais devoir décliner votre offre. Ne vous inquiétez point il reste suffisamment de force dans ses vieux bras, dit-il en insistant sur ses derniers mots sur un ton ironique, pour égorger proprement tout malappris ayant l’outrecuidance de vouloir attenter à ma vie. J’en ai déjà laissé quelques uns derrière moi.
Ce n’était pas une fanfaronnade, ser Robb avait pu constater que le paysage habituel des brigands et autre hardi canaille des grands chemins était resté une constante de sa patrie. Il avait pu par la même façon vérifier que ces derniers faisaient montre d’une bravoure proportionnelle au nombre peuplant leurs sordides bandes. Un nombre qu’il s’était fait un devoir de faire rapidement décroître, ce qui n’avait pas été une tâche bien difficile. Voyez-vous le gredin de basse extraction à la malheureuse idée de croire qu’il peut compenser en ce qu’il lui manque en technique par des beuglements sonores ainsi que de larges et expressifs moulinets de ce qu’il tient à faire passer pour une épée. Le remède le plus efficace contre cette forme aigüe de bêtise brave, et que le chevalier avait perfectionné de longues années, était une lance à travers le cœur. Ca vous arrêtait net son gueulard. Le chevalier se dit trop tard que rappeler à cette douce personne ses talents de tueur n’était peut être pas la meilleure façon d’inspirer la confiance. Le guerrier était depuis si longtemps au contact de la boucherie quotidienne qu’il avait acquis un manque de sensiblerie que ne partageait peut être pas les gens du commun. Cependant une fille du Conflans dans son genre devait sans doute avoir vu son lot d’horreur, la région n’était pas exactement pacifique. Conscient de l’alourdissement de l’ambiance il se sentit obliger d’ajouter, d’un air faussement innocent.
-Mon estomac est à toute épreuve ma dame, je partagerais avec joie votre repas. Il se rattrapa, pour éclaircir toute mauvaise compréhension malheureuse. Je ne remets bien évidemment pas en cause vos talents de cuisinière ma dame, vos propositions ne font que vérifier le dicton: « si la maison est petite, le cœur est grand. »
Se remplir l’estomac d’autre chose que de viande séchée et de brouet d’auberge, voilà qui le mettait dans de meilleures dispositions, et il ne sentait ni l’envie ni le cœur de refuser. Un soldat doit saisir toutes les occasions pour se remplir l’estomac : manger c’est vivre. Une leçon qu’aucun maître d’arme ne vous enseignait, mais qu’on apprenait à la dure en compagnie de la racaille reître. Il s’efforça en revanche d’être le plus allusif possible quand il s’enquit de ses origines. Diantre ! Pourquoi toutes les femelles étaient si avides de faire en sorte que les hommes aient la langue aussi pendue que la leur ? S’il y avait bien une caractéristique que partageaient toutes les femmes, sur ce continent ou l’autre, c’était cette propension au bavardage. Or celui qui bavarde ne connaît pas la valeur de la parole.
-J’ai eu une famille autrefois…dans l’Ouest…je crains de n’être plus qu’une vague tâche honteuse dans leur esprit à présent. Le prix à payer pour avoir joué jusqu’au bout mon rôle de forte tête de la famille.
Il se releva sur ses coudes, heureux de constater que la douleur avait été reléguée en un vague élancement endormis. D’ici quelques heures il estimait qu’il pourrait reprendre la route. Une nuit supplémentaire sans le poids de son armure et les choses se remettraient en place d’elle-même. Il connaissait les limites et capacités de son corps aussi bien que les entailles de son écu. Relevant la tête vers la jeune femme qui avait pris grand soin de lui, il s’efforça de s’asseoir sur le bord de la paillasse, dissimulant une grimace. Il avait horreur de lever les yeux vers quelqu’un à qui il parlait, spécialement quand il s’agissait d’une dame.
-Un mestre ? Quoi donc un froc enchaîné de la Citadelle a pu faire pour traîner sa robe jusqu’ici et  où a-t-il trouvé le temps de vous enseigner ma dame, sans offense naturellement. La plupart des mestres que j’ai pu croiser étaient eux-mêmes des croulants plus avides de jouir des privilèges du confort de la vie de château que soucieux de diffuser leur jaloux savoir aux gens du petit peuple. Quoiqu’il en soit vos parents ont dû être fiers ! Je suis sûr que vous êtes plus utile à cette communauté que les pompeuses nobles dames aux cheveux fleuris qui s’engraissent sur le dos de la paysannerie. Peut être escomptez vous-même partager vos connaissances. La Mère sait que des gens de votre espèce sont nécessaires pour réparer les dégâts que des légions de charlatans bigots provoquent avec leur « sainte médecine ».
Robb avait lui-même vu l’œuvre de ces soigneurs-prêtres, laissant des plaies ouvert à l’air vif en invoquant la miséricorde des dieux et implorer pour des miracles. Lorsqu’une mort rapide emportait le malheureux, c’était généralement un signe que les dieux avaient répondu. Le chevalier savait que les temps appelaient un besoin plus que nécessaire de l’œuvre de gens de bien.
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Message Jeu 20 Juin 2013 - 22:07

Perir avec la satisfaction de savoir qu'on accomplit son devoir jusqu'au bout. Si Robb avait su à quel point elle aurait pu le comprendre. La ferveur et sa dévotion à l'autre était tel qu'elle vouait un culte à la vie, à ce qu'elle représentait. Elle savait au fond d'elle, dans son sang qui agitait ses veines chaque jour que même être sur un champ de bataille sous les flèches et les lances ne lui faisaient pas peur. Elle préférait mourir en ayant sauvé un homme, l'âme en paix que de rester terrée dans un trou pour mourir sans n'avoir trouver raison à sa vie. Et si elle était là pour le moment , c'était qu'elle devait sa vie à ce vieux Crébon, ni plus ni moins. Elle ne pouvait le trainer en village et route et ne pouvait pas le laisser. Dans les deux cas, il mourrait. Pour le moment, elle n'irait pas braver les dieux, bien que cela la démangeait de leurs ôter les morts de la bouche. Elle s'en riait presque parfois en s'adressant à eux avec un : Vous ne l'aurez pas celui là... il est sauf, allez vous nourir ailleurs. Si les dieux existaient , alors ils n'était à ses yeux que des rapaces sadiques qui se délectaient des malheurs des hommes, jouant avec eux comme des fourmis  destinés à être sacrifiés dans le feu divin des guerres, des enfers.

Elle n'aima pas le fait qu'il ne veuille pas rester la nuit, mais bon, il ne fallait pas forcer un homme quand il a déjà accepter d'être un temps soit peu soumis aux mains d'une femme et que sa fierté demande un peu de reconnaissance quant à son ostensible présence, une des choses uniques qui restaient en possession des plus démunis d'entre eux, quoi que pas moins valeureux. A croire que la richesse estompait les talents dans le faste et la graisse des mets riches. Wyna l'avait souvent vu , quoi que certains puissent s'en distinguaient mais ils étaient si rares. Elle n'alla donc pas contre sa décision mais sourit quand il essaya de se rattraper à propos du repas, même rit un peu , contre le dossier, épluchant sur ses cuisses couverte d'un épais torchon, quelques pommes de terre imposantes.

- Ne vous en faites pas, j'ai bien compris. Vous avez beau grogner, je sais que vous ne m'êtes pas mauvais.

Elle le regarda se redresser d'un oeil précautionneux, comme prête à le soutenir s'il penchait sans le vouloir mais il tint. Ces hommes étaient remarquable. Même les gueux et les nobles se plaignaient, pas de différence, mais eux... Ils semblaient être amoureux de l'endurance et de leur don de vie dans le silence. Rien ne les arrêtait. Elle sourit et reprenait sa tâche. Il parlait pas mal lui aussi mine de rien. D'une oreille attentive, elle écouta ce qu'il avait à dire puis vint le sujet... Le sujet... qui lui noircit les iris et l'âme... qui lui retracta les pupilles et qui lui serra la gorge. Elle ferma un peu les yeux et soupira doucement. Elle aurait du se douter que la question viendrait en retour. Sotte Wyna, ta curiosité te perdra.

- Il vit encore ici. Il est vieux et fou. Une chute. Il y a trois ans. Mais il m'a tout donné, tout appris... Je ne me sens pas de le laisser. J'ai conscience d'avoir une vie particulière, je n'ai même jamais touché d'homme de ma vie... je veux dire, autrement que pour le travail... Mais ... s'il n'avait pas été là , je serai morte. Je me dis que mon existence doit avoir un sens si j'ai survécu alors je l'emploie à choyer les vies... les aider. J'avais une famille. Ils n'ont jamais pu être fiers de moi... J'avais 6 ans quand nous nous sommes fait attaqué par des brigands de grand chemin. Ils ont tué ma famille, brûler la ferme. Mon chien, un brave bâtard , m'a sauvé la vie en me trainant dans les bois, après une grave blessure dans le dos. Et ce mestre m'a trouvé. Il m'a soigné et tout appris. C'était un grand homme... Mais il a eu le malheur de tomber amoureux et de commettre le péché de la chair... Je ne dois rien aux dieux... La nature a voulu que je vive... je m'en contente. J'ignore si je suis réellement utile, j'aime juste ce que je fais. Rien n'est plus beau que d'entendre un coeur battre ou un enfant rire de nouveau. Cela me suffit à me dire que j'ai un rôle.

Modeste? Juste réaliste. Elle n'avait jamais vu les choses sous un autre angle. C'était tout à fait naturellement de penser ainsi et quand même on avait voulu à maintes reprises trés cher, ou demander un prix à payer, elle n'avait pas donner de chiffres, estimant que la vie n'avait pas de prix. Bien qu'il faille vivre, elle savait que certains hommes étaient bons et paieraient sans qu'elle n'ait besoin de mettre un chiffre. Parfois moins, parfois plus, peu lui importait du moment qu'elle pouvait manger.

- Ne vous pensez pas remis Sir Reyne... Le lierre vous a endormi les muscles, mais il vous faut vous mouvoir avec prudence... Je ne fais pas de magie.

Elle avait au moins l'honneteté de dire qu'elle n'avait pas oté les maux mais juste appaisés, momentanément tus tout au plus. Il avançait en âge, il ne fallait pas trop rêver non plus. Elle ouvrit la petite marmite ou cuisait deja la viande et un fumet divin en sortit. Elle était bonne cuisinière ça c'était indéniable.

- Vous devriez rester allongé le temps que ca cuisse. Sur le dos si vous voulez, mettez vous comme il vous convient. Mais si vous ne restez pas, chaque minute de repos vous sera bénéfique. Ne m'obligez pas à employer les grands moyens , dit-elle en souriant , le faciés taquin , pour détendre l'atmosphère.



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Message Dim 23 Juin 2013 - 22:23

Elle capitula de mauvaise grâce mais capitula quand même. La guérisseuse était têtue mais pas autant que le bourru chevalier qui avait décidé qu’il s’était suffisamment laissé allé aux intentions féminines. Il craignit bientôt de se laisser tenter par ce confort si longtemps regretté et de prendre racine. Il s’obligea à enfourner rapidement le plat chaud que l’aimable maîtresse de maison avait préparé à son intention, goûtant avec plaisir à la viande riche et fondante dans sa bouche. Assurément la jeune guérisseuse aurait fait une parfaite épouse, il s’interrogea par la même sur la raison de l’absence de marmots entre ses jambes. La jeune femme l’éclaircit bientôt sur ce sujet lui apportant une bien amère réponse, lui dévoilant une part de son passé qui semblait faire écho aux centaines autres histoires que Robb avait été amené à prendre connaissance durant sa vie tumultueuse. Pour chaque bonne âme il y avait un monstre prêt à trucider son voisin pour ses maigres possessions. Alors le cercle continuait, infernal. Le chevalier avait eu plus d’une fois l’occasion de voir ce qu’il y avait de plus noir en ses semblables. Plus les choses changent et plus elles restent les mêmes. Le chevalier était amené à croire que personne n’était épargné d’une part de tragédie. Il n’y avait donc point de dieux qui n’étaient pas cruels ? La jeune Wyna avait au moins le réconfort, bien moindre, d’avoir trouvé une raison à son existence. Un bien noble but, Robb ne pouvait pas en dire autant, ces derniers temps avait vu son épée davantage prendre des vies qu’en protéger. Pourtant il gardait foi encore en cette occasion qui viendrait sauver le peu de noblesse d’âme qui pensait encore avoir. Il n’en demandait qu’une, rien qu’une : une occasion de faire le bien de nouveau.
En cela il pouvait comprendre la jeune guérisseuse. Il dédaigna pour autant ses conseils de repos et se souleva de la couche qui menaçait de devenir trop confortable pour lui. Les herbes avaient fait leur travail, il ne savait point comment. Sa bienfaitrice avait beau dire ne point pratiquer magie il en venait à en douter. Pour redresser le dos d’un homme en quelques heures il y avait quelque chose qui tenait au miracle suspect. Robb peinait lui-même à croire qu’un peu d’eau et de baume aux bonnes herbes était venu à bout d’un mal qui le tenaillait jusqu’au cul depuis dix bonnes lieues. Il considérerait les fleurs d’un œil moins méprisant à présent, pour sûr. Il négligerait néanmoins le port de la maille pendant un temps. Il avala avec précipitation le reste de son plat, se brûlant au passage et s’obligea à éviter de la complimenter sur ses talents de cuisinière sous menace de devenir définitivement un petit bourgeois grassouillet. Le vieux défroqué qui vivait en sa compagnie pouvait s’estimer chanceux le bougre jugea-t-il, alors qu’il éprouvait les limites de son dos tout juste remis. Aussi jolie qu’efficace jaugea-t-il en ne constatant plus qu’un vague élancement, un mieux considérable si l’on tenait compte de la souffrance terrible qui l’avait conduit ici. Et vierge avec ça, ne pu s’empêcher de penser Robb, non sans s’étonner, considérant que la jeune femme ferait assurément un bon partit pour quelconque bourgeois des environs. Peut être se bousculait-on déjà pour lui faire des propositions, et peut être que le vieux mestre qui vivait en sa compagnie se chargeait de faire les réponses.

Il aurait lui-même tenu à féliciter son vieux maître défroqué pour la valeur de son enseignement. Sans doute que celui-ci avait fait plus de bien destitué de sa chaîne qu’avec celle-ci autour du cou. Il ne le jugea point, l’amour pouvait emporter aussi bien les têtes que les cœurs, et de surcroît sa faiblesse avait contribué indirectement à lui apporter une main bien secourable.Il fit quelques mouvements d’épaules pour vérifier s’il était toujours apte à jouer de l’épée. Assurément il n’était point en état de concourir pour un tournoi mais suffisamment remis pour défendre sa vie. Il tenta de rassurer la jeune femme sur son état, et sortit un cerf d'argent de sa bourse, un maigre paiement pour l’aide apportée.
-Vous me voyez fort désolé d’apprendre  Votre dévouement vous honore ma dame, recevez mes plus profonds remerciements pour vos soins et votre aide inestimable.  Je suis votre débiteur et malgré le faible paiement que je puis vous offrir, soyez assuré du secours de mon épée si le besoin s’en fait un jour sentir. Mes remerciements également à votre maître je suppose. Je me risquerais à outrepasser vos conseils, même si je ne doute point de votre ardeur à me les imposer ma dame, ma place se trouve sur la route.
Il pouvait deviner la réplique cinglante qui allait survenir, le chevalier errant commençait à connaître la guérisseuse. Néanmoins il n’était point fait pour rester sur place, même s’il considérait d’un œil plutôt mécontent la nuit tombante. Ser Robb était un homme avant toute chose et la perspective de passer la nuit dehors ne l’enchantait guère. Mais il était chevalier également, et vivre sur le dos de l’habitant n’était point dans ses habitudes. Il avait juré de défendre les faibles et non de s’imposer en leur demeure. De plus il y avait une certaine gêne chez Robb à se voir imposer pareil générosité, quelque part il ne s’en sentait pas digne. C’était aussi bien s’il débarrassait les lieux au plus vite. Alors qu’il tendait sa main vers son baudrier, considérant d’un œil embarrassé les restes de son armure d’écaille traînant misérablement à même le sol, des cris lointains l’arrêtèrent dans sa démarche. L’oreille dressé il distingua trois voix au loin, celles-ci se rapprochaient de la demeure. Au ton vif de l’une d’entre elle le chevalier en parvint aisément à la conclusion que les personnes auxquelles appartenaient ces voix ne venaient point pour requérir des soins. Robb avait appris à deviner la colère dans les paroles et le ton d’un homme, or les malédictions et imprécations qui lui parvenaient aux oreilles étaient sans équivoque.
Le chevalier ceignit son baudrier, mû par son instinct. Un instinct qui ne lui avait jamais fait défaut. «  Toujours se confier à ses tripes » lui avait dit un jour le vieux Poissécaille des Puînés peu de temps avant qu’un arakh ne répande ces mêmes tripes sur le sable. Ses pressentiments ne tardèrent pas à se vérifier sous la forme d’un bruit de tonnerre lorsque la porte de la masure manqua de voler en éclat. Visiblement le massif et hirsute paysan qui se tenait dans l’embrasure avait cru plus judicieux de s’aider de son pied que de sa main pour ouvrir le battant. Une très grossière façon d’entrer chez les gens jugea plutôt ser Robb, la main sur le pommeau de son épée, nullement impressionné par l’air furibond du nouveau venu quoique plus intrigué par la carcasse de chèvre qu’il tenait entre ses bras massifs. Parmi les raisons de cette subite irruption, le chevalier errant élimina d’office une coutume locale, l’air furieux qui se dépeignait sur le visage de la brute ne semblait pas correspondre à une volonté de participer au développement du folklore. Pas davantage que ne l’était les traits noirs de ses deux suivants, qui se dévoilèrent une fois que le meneur fit son entrée dans les lieux. Une entrée qui se fit sans invitation et qui enjoignit Robb à faire un pas en avant, la main droite toujours sur le pommeau de son épée, et la gauche empoignant de façon plus discrète son poignard. Si affrontement il y avait le lourdaud ne verrait littéralement pas la mort venir à sa rencontre.
Un lourdaud qui possédait des bras à faire rougir de jalousie un forgeron. Le chevalier des Reyne considéra muet ses deux compagnons : de stature moindre, une prudence nouvelle se dépeignait sur leurs traits, n’ayant visiblement pas considéré la possibilité de la présence d’un homme en armes. Pas de chance. Peut être que Robb allait pouvoir rembourser sa dette plus tôt qu’il n’aurait cru, il ne tenait cependant pas à verser le sang dans la demeure même de la femme qui l’avait accueilli. Cependant il était tout autant disposé à défendre cette même femme contre leurs intentions peu pacifiques. Nul besoin était de faire preuve d’un grand sens de l’observation, pour deviner que la carcasse du bestiau devait  faire part du motif de discorde ayant conduit leurs gros sabots ici. Robb n’avait encore jamais tué pour une chèvre, mais il soupçonnait que pour le lourdaud c’était une raison amplement suffisante pour raser la maison.
-Où est l’vieux Crébon ! Par les Sept l’va d’voir payer pour l’animal ! C’est pas l’première fois ! Et c’est pas eul seigneur qui va m’rembourser !
Robb se plaça de façon à mettre la jeune femme derrière lui, adoptant un comportement protecteur, le ton de l’animal ne lui plaisait guère. La colère pouvait provoquer bien des gestes inconsidérés, et le gueulard ne manquait pas de fureur. Il identifia ses deux suivants comme ses fils probablement, sans doute que le vieux avait cru que le nombre donnerait plus de crédit pour plaider sa cause. Ou un surplus de motivation pour verser remboursement. La fureur du fermier faisait qu’il ne semblait pas prendre en compte la présence du chevalier devant lui, et comment pouvait-il le blâmer, il n’en avait point présentement l’apparence. Il se risqua cependant à désamorcer cette situation, il aurait été triste d’enfoncer du bon acier dans cette gorge si prompte à s’égosiller.
-Oh l’ami ! Je suis certain que votre requête est légitime mais peut être que davantage de calme et des explications plus précises pourraient nous éclairer quant à la raison exacte qui vous pousse à vous exclamer ainsi, et surtout à faire pareille irruption avec vos deux gaillards sur les talons en une demeure qui n’est point vôtre. Dit Robb, la menace et l’avertissement perçant dans ses paroles. De surcroît, la bienséance voudrait qu’on modère son ton lorsqu’on s’adresse à une femme, même si je ne doute pas que tu utilises bûche et taloche pour parler à la tienne, on usera d’un autre langage en ma présence.
Faire usage de moquerie n’était peut être pas très judicieux en pareille circonstance mais il fallait montrer à ce maraud mal dégrossi qu’il fallait davantage qu’une grosse voix et une biquette crever pour qu’un chevalier fasses dans ses chausses.
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Message Mar 25 Juin 2013 - 19:59


Wyan observa du coin de l'oeil l'homme manger. Elle avait pris l'habitude de voir un homme se remplir le ventre mais de garder des réserves quand aux compliments peur de paraitre trop coulant , alors qu'ils se devaient d'exposer une certaine image fière et solide. Elle se disait que cette homme avait déjà perdu assez d'amour propre comme ça , mais pour elle, à force de lire entre les lignes, elle avait appris qu'un homme qui mange bien et qui ne laisse rien est un homme heureux qui aime ce qu'il avale. Donc elle s'en moquait un peu des paroles du moment que les faits et actes étaient là. Elle sourit en mangeant aussi. C'était bon. Donc il devait aussi aimer. Il ne tarda pas non plus à lui faire comprendre qu'il se devait de repartir. Peut être pensait-il qu'elle ne comprendrait pas, mais il se trompait. Bien au contraire. Elle en avait vu reprendre la route même sous la neige ou avec une plaie presque béante. Les hommes étaient bornés, fiers et indéniablement masochistes, ce n'était plus à prouver. La plupart de ces adorables bastonneurs avaient en tête que la douleur était preuve de vie et que rester alités comme un abruti de cul de jatte ou une femme fainéante n'allais pas sauver la veuve et l'orphelin ou faire les affaires de leurs familles. Pourtant personne ne leur en aurait voulu d'avoir été un peu humain dans leur vie. C'était donc un problème à régler avec eux-même. Alors elle les laissait partir. De toute façon, elle savait pertinemment que s'ils étaient trop mal, ils feraient demi tour ou qu'elle les trouveraient éclatés dans un fossé le lendemain, pour ensuite les ramener. L'un comme l'autre, ils repartiraient à nouveau etc etc... La routine avec les hommes.
Elle regarda les quelques cerfs qu'il lui donnait et le remercia gentiment avant de les mettre dans le pot prés de la cheminée qui semblait ne rien abriter de bien important, en somme il n'était pas plein , mais n'avait pas besoin de l'être non plus.

- Un seul suffira. C'est déjà bien assez. Vous en aurez besoin par la suite de votre route. Je vous remercie pour cette offre généreuse mais je ne détrousse pas ceux que je soigne. Seigneurs ou gueux, je ne prends que ce qu'il me faut pour vivre correctement.


Les voix lui arrivèrent aussi et lui firent froncer les sourcils, alors qu'elle arrangeait la vaisselle sale dans une marmite à part. Elle se redressa s'essuyant les mains dans son tablier, et se décala pour voir vaguement par la fenêtre. C'était quoi encore ce brouhaha ? Elle n'aimait pas être dérangé de la sorte mais avec Crébon qui ne faisait que des conneries, pire qu'un gamin, ces derniers temps étaient assez catastrophiques. Wyna sursauta quand un abruti gros comme un boeuf défonça sa porte, le pied agité par une colère de bourrin alcoolique. Hey ! Ma porte bordel! Alors là. Ses yeux se noircirent. Elle lâcha son tablier et le fixa, dévisageant aussi les deux autres. Pauvres couillons, savez-vous au moins où vous avez mis les pieds...? Une.... chèvre? Wyna haussa un sourcil , mais sans réagir. Qu'est-ce qu'elle s'en foutait de la chèvre sérieusement. Ce ne fut qu'en entendant le nom de Crébon , qu'elle fit une mine dépitée en regardant sur le coté, la moue blasée et assez comique. Bah voyons, il avait buté une chèvre maintenant.
Puis Robb se plaça devant elle, et la petite brune regarda l'homme , main sur l'épée, près à le fendre en deux. Cela lui tira un sourire. Elle aimait sa vie oh que oui. Jamais elle ne s'ennuyait. Et cette situation était une des énièmes qu'elle avait déjà vue. Elle eut envie de rire à la gueule de la chèvre dont la tête pendait comme on vient de décapiter une marguerite sans que la fleur ne s'en soit détachée. Artistique. Elle pencha la tête sur le coté , le regard amusé.

Elle les connaissait en plus mais écouta tranquillement la bonne verve de Robb, admirative de tant de bienséance envers ces crétins finis, puis tapota sur l'épaule de Robb en se râclant la gorge.

- Puis-je?

Elle le dépassa lentement, et leur sourit , s'approchant tout près d'eux et saisit la tête de la chèvre pour la soulever et la chèvre qui tira une langue bleuie et des yeux exorbités.

- Un petit air de famille mm? Vous n'avez rien compris à ce qu'il vient de dire c'est ça ?

Elle tapota avec arrogance la grosse joue grasse du bougre et se l'essuya sur sa chemise d'ailleurs puis son visage changea directement.

- J'vais vous causer dans votre langage alors, Khirmech. Toi et tes gamins vous allez dégager d'chez moi derechef. Ta pauvre bestiole... elle vaut moins que la porte que tu viens de m'peter et moins que tous les soins que j'vous ai donné après que vous soyez tomber comme des couillons beurrés dans le puit du village. Alors tu m'dégages vite ton cul de ce plancher que tu dégueulasses de sang ou je jure par le dieu des Chasseurs que j'te colle le tison rouge dans le derrière. C'est clair ???!!!!

Le gros regard la môme pas franchement rassuré, réfléchissant quelques secondes. Elle fit demi tour en prenant ses jupes dans ses mains, choppant le tison chauffé à blanc , et revint , le pas rapide, le regard sombre , et lui crama le cul dans un geste vif. Il gueula en sautant comme un trouillard, et elle leva le tiso sous son nez.

- Tu veux peut être que le chevalier ici présent ne te fasse une coupe au bol et te taille un fond de pantalon de traviol'???

Les fils avaient déjà reculé dehors.

- TU DEGAGES J'AI DIT !!! Maintenant !!! T'as qu'à la bouffer ta chèvre, elle sera pas perdue!

Ca c'était dit au moins. Difficile de faire mieux. Il était hors de question que ce soit le chevalier qui la défende. Il était son invité et elle avait survécu jusque là , ce n'était pas ces abrutis qui allaient lui faire peur.
Le gros lourdaud se décala un peu en se tenant le cul d'une main et sortit en crabe. Wyna ne bougea pas jetant un oeil à Robb. Puis elle regarda la gueule de la porte . Les trois perturbateurs s'éloignèrent dans l'ombre et une tête hirsute apparut alors à la fenêtre sur le coté. Crébon... Elle choppa sa jupe sortit en trombe et on entendit un :

- Aie ! Aie !! Aie !

Puis un duo plutôt improbable qui rentra. Elle le poussa sans vergogne vers la table et les chaises et le menaça du tison.

- Depuis quand tu tue les chèvres!!
- C'est Ghurit!
- Quoi? Mais ça va pas? Ghurit est mort!
- Non , tu n'as pas compris !
Son visage déjà ridé sous ses cheveux tout en pétard et sa barbe fournie se contractèrent aplatissant un peu plus son visage comme si on avait pressé en haut et en bas de la tête. Ses yeux se firent petits et il sortit avec une voix goguenarde.
- Il était dans la chèvre... A se moquer de moi . Avec son béhéhéhé .. et son bouc là .

Wyna soupira et porta une main à son front.... Elle aimait moins cette partie de la vie.

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Message Dim 21 Juil 2013 - 15:34

Il y a deux sortes de personnes en ce bas monde : celles qui savent garder leur sang-froid et celles qui ne savent pas. D’expérience Robb savait que les premières avaient tendance à voir leur espérance de vie réduite de façon bien plus brutale que les secondes. L’impulsivité et la témérité se payaient souvent par le sang, et l’on versait bien plus aisément le sien que celui de l’adversaire. Le bouillonnant chevalier des Reyne en savait quelque chose, il lui avait fallu lui-même quelques cicatrices pour l’aider à discipliner sa langue et ses manières trop…directes. Néanmoins ce qu’il y avait de plus gênant dans le fait de s’adjoindre un compagnon doté d’un tel tempérament c’était que tôt ou tard ses emmerdes finissaient immanquablement par vous éclabousser. Or comme le disait si bien son sergent de compagnie durant son temps de mercenaire : « la merde a de commun avec le sang qu’elle vous tâche foutument bien ». Robb avait pu éprouver les sages paroles de son officier en accompagnant plusieurs de ses compagnons dans des tavernes, et subit les violentes répercussions d’une parole déplacée. Les gens avaient étrangement tendance à être à fleur de peau concernant leur génitrice, spécialement quand ils avaient un coup en trop dans le nez. Le chevalier errant s’était à présent cru à l’abri de ce genre de désagrément, ayant naïvement pensé avoir adopté un mode de vie plus sage. La guérisseuse avait remédié à ce manque d’anarchie dans sa vie en prenant les devants du petit tête à tête qui s’était imposé. Robb ne pu exactement dire que son intervention allégea l’atmosphère mais elle n’avait visiblement pas beaucoup d’efforts à faire pour paraître plus impressionnante que lui et son épée au côté.

Sans compter qu’elle frappait au bon endroit la gourgandine. Un bon coup de tisonnier dans le joufflu était un bon moyen de faire comprendre qu’on était prêt à frapper plus bas si nécessaire. Visiblement les inconvenants n’étaient pas furieux au point de risquer leurs fesses en compagnie d’une furie armée. Diantre ! Robb l’aurait cru capable de mettre en fuir un régiment d’Immaculés avec une telle fougue. La dame avait pris les choses bien en main et les paysans s’empressèrent, avec une mauvaise grâce affichée, à débarrasser les lieux. Le chevalier errant enleva sa main du pommeau de l’épée, secrètement heureux de ne pas avoir eu à s’embarrasser de la pénible tâche de creuser trois tombes. Il pouvait à présent orienter toute son attention sur le vieux crasseux bégayant qui était resté en retrait, visiblement peu au courant des tensions qui s’étaient joués devant lui. Sans lui laisser le temps de réagir, sa bienfaitrice étouffa un juron pour s’emparer vertement et sans égards pour l’âge du malheureux et le mettre à table bien malgré lui. Le chevalier haussa un sourcil et réprima un froncement de nez devant l’odeur du nouveau venu. Un mélange de sueur rance et de terre. Il s’abstint néanmoins de tout commentaire, lui-même ne devait sûrement pas sentir la rose.

Le vieil homme semblait assez égaré, ce qui n’attendrit pas outre mesure la guérisseuse qui menaça de son arme improvisé le vieillard. Apparemment il ne lui était pas étranger. Robb eu du mal à saisir ses propos incohérents qui n’étaient pas sans lui rappeler les discours que tenaient certains piliers de bar bien éméchés. La raison du pauvre homme semblait l’avoir fui depuis un bon moment déjà. Sans doute que la jeune femme dans sa générosité candide portait assistance à ce bougre. Robb, presque gêné par cet interlude, cru bon d’intervenir.

-Je crois que ceci a sonné le moment pour nous séparer ma dame. Je vous laisse en compagnie de votre…ami. Il a visiblement besoin plus d’attention que ma vieille carcasse qui est déjà en voie de rémission. Soyez assuré que vos nobles intentions ne seront points oubliés.

Il avait bénéficié de plus que de simples soins en cette demeure, on lui avait offert quelque chose dont il avait été privé depuis bien longtemps : une attention généreuse, le contact chaleureux des mains d’une femme et un don de soi désintéressé. Autant de choses qui lui faisaient un temps oublié qu’il était un chevalier déchu, chassé par sa famille et désigné comme un traître. Mais semblable à une ivresse passagère, cet oubli ne dura pas et dans l’air frais de la nuit il se souvint de nouveau. La route attendait.

[HRP: désolé post pourri xs, j'ai préféré conclure maintenant x) étant donné que tu es pas mal occupé ces derniers temps (et pour éviter de laisser ce Rp traîner plus longtemps)]
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