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Petite partie de cache-cache au Donjon

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Ororya Gargalen
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Capitaine de la garde personnelle de la Main du Roi

♦ Missives : 1326
♦ Missives Aventure : 57
♦ Age : 30
♦ Date de Naissance : 03/09/1987
♦ Arrivée à Westeros : 06/01/2013
♦ Célébrité : Karen David
♦ Copyright : Dagon / Moi
♦ Doublons : Tyana Veneur, Lyessa Reed, Serenei
♦ Age du Personnage : 20 ans
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Message Lun 10 Juin 2013 - 21:00

Les paupières de la dornienne s’ouvrirent difficilement sur un rayon de soleil matinal qui lui caressait le visage. Port-Réal était un vrai plaisir en cette saison – il y régnait une chaleur bien moins tenace qu’à Dorne et le vent était rafraichissant. Se redressant sur son séant, dégageant l’étoffe qui la recouvrait, Ororya s’étira tel un félin baigné de soleil. Loin était l’époque où il fallait se claquemurer entre les murs de Lancehélion pour ne point souffrir de la chaleur. Ses responsabilités de Dent de Freux lui laissaient de rares occasions de trainasser dans le Donjon Rouge mais cette journée s’annonçait plutôt tranquille et elle comptait bien en profiter. La jeune femme posa les pieds sur le sol froid de pierre et glissa machinalement une main dans ses cheveux indisciplinés pour les ordonner. S’arrachant à son lit, elle attrapa un par-dessus de velours émeraude qu’elle noua par-dessus sa chemise de lin blanc. Elle se dirigea d’un pas tranquille vers la petite pièce à vivre et coula une œillade gourmande vers la table sur laquelle était disposé un plateau garni de fruits frais, d’œufs brouillés et de fromage au miel. La jeune femme se pencha dans une mimique exagérée, et recueillit une lichette de nectar sucré sur le bout de son doigt avant de le porter à sa bouche. Ororya regarda vaguement autour d’elle avant d’arrêter son regard sur une pomme à demi-croquée qui gisait au sol à quelques pas de là. En voilà de drôles de manières ! La servante qui s’occupait de son déjeuner n’avait jamais fait preuve d’un tel culot jusqu’à aujourd’hui. Ce n’était d’ailleurs pas du tout son genre. Tandis qu’elle ressassait cette provocation éventuelle, la rumeur de la ville en contrebas grimpait les murs de pierre rouge et s’immisçait entre les barreaux de sa fenêtre dans un bourdonnement familier.

Un soudain froissement de papier arracha un sursaut furibond à la dornienne qui fit volte-face tout en cherchant la provenance. L’idée que quelqu’un se soit glissé dans ses appartements pour l’attaquer cheminait déjà dans sa tête, et sa main hasarda sur la table à la recherche d’un petit couteau à peine affuté. Elle jeta quelques regards effarés autour d’elle, puis finit par percevoir une silhouette humanoïde, dissimulée dans l’obscurité d’un coin de pièce. L’individu avait la taille d’un bébé mais n’avait pas vraiment la physionomie qui s’y apparentait. Perplexe, elle scruta le coin, ne sachant pas comment interpeller son invité surprise. Finalement, la créature finit par s’avancer de quelques pas, révélant à la lueur du jour un pelage beige et sombre. Le petit animal était particulièrement connu au Donjon Rouge, depuis que son propriétaire y logeait, mais Ororya n’avait jamais eu l’occasion de le voir d’aussi prés. Bien sûr, elle était aussi curieuse que ses comparses à l’égard d’une telle créature empreinte d’exotisme, mais la dornienne était aussi extrêmement méfiante. Ces petits yeux chafouins là ne disaient rien de bon, et l’instinct appelait à la méfiance plutôt qu’à l’attendrissement commun aux donzelles du Donjon.

« Hé ! Qu’est ce que tu fiches là toi ? » – L’interpella-t-elle tout en attrapant un bout de son pardessus pour le faire voleter dans le coin, espérant en chasser le singe. Comment s’appelait-il déjà ? Il accompagnait ce prince des Iles d’Eté – un homme qu’elle avait souvent vu aux réceptions sans pour autant le connaître davantage. Les Dents de Freux, aussi professionnels qu’ils étaient, parlaient peu aux résidents exceptés lorsqu’ils n’étaient pas à leurs responsabilités. « Petit voleur. »

Les yeux de la dornienne se plissèrent d’un air venimeux alors que dans un petit cri singulier, le singe se carapata sous la table pour finalement grimper sur l’une des chaises. Il tenait quelque chose entre ses curieuses petites mains, et y porta les crocs dans le but de le goûter. Outre le fait qu’il avait allègrement entamé son déjeuner, l’animal avait dérobé l’anneau de bras ciselé à têtes de serpents que sa mère lui avait offert il y a quelques années de cela. Il faisait partie du peu de bijoux qu’elle portait, et elle y était assez attachée pour ressentir une aigreur à le voir ainsi maltraité.

« Touches pas à ça ! Ca t’appartient pas ! » – Lâcha-t-elle sur un ton autoritaire, ne sachant pas comment s’y prendre pour récupérer son bien. Ororya n’en menait clairement pas large face au spécimen qui lui faisait face. A la fois, il était si humain mais il restait un petit animal aussi fourbe qu’indiscipliné. Elle se mordit la lèvre avant de soupirer, exaspérée. Elle se saisit de quelques baies qu’elle tendit au singe, s’abaissant à son niveau. « Tu ne vas rien trouver à en faire de ce bijou. Rends le moi et tu pourras te goinfrer de ce que tu veux. D’accord ? »

Elle se sentit stupide, à lui adresser la parole comme s’il était un enfant. La mine renfrognée, la jeune femme haussa les épaules avec nonchalance, perdant finalement patience face au manque de coopération de la petite créature. Tandis qu’elle tenta de se saisir de l’objet qu’il manipulait entre ses mains, la petite bête bondit avec dextérité vers le pan entrouvert de la fenêtre et disparut en contrebas. Ororya se jeta vers la fenêtre, s’appuyant contre le rebord en laissant échapper un juron en voyant le singe disparaître à la terrasse inférieure. Sale petite bête ! Il allait payer !

« Reviens là satané… » – Elle ne finit même pas se phrase, tournant les talons pour s’élancer jusqu’au couloir et retrouver la trace du cleptomane.

Elle dévala les escaliers, manquant de s’étaler au détour de quelques marches, puis chercha d’un regard vif dans les couloirs pour retrouver la trace du voleur. Fulminant de plus belle, la jeune femme enfonça la tête dans les épaules – pourquoi fallait-il que cette journée si bien commencée prenne une telle tournure ?

« Kikikikiki… » – Appela-t-elle sur un ton plutôt bas pour ne pas se faire remarquer par autre que le concerné. La situation était particulièrement ridicule, et elle espérait ne croiser personne dans cette posture embarrassante. Resserrant les pans de son pardessus, la donzelle croisa les bras d’un air profondément résigné. « Oh très bien ! Ta nature primitive aurait pu t’éviter les geôles la première fois, mais vu que tu n’en fais qu’à ta tête, tu finiras comme les voleurs. Au trou ! »

Le dernier mot résonna quelque peu dans le couloir de pierres rouges du Donjon. Le petit singe avait du souci à se faire – Ororya ne comptait pas laisser passer ça.
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Message Mar 18 Juin 2013 - 9:15

Le prince Melexe Qo était l'heureux possesseur d'un spécimen de singe originaire des Iles d'Eté. Heureux n'était toutefois peut-être pas le mot juste. Dans son infinie mansuétude, dans sa patience inaltérable et sa bonté naturelle, le prince s'accommodait de Chaktika là où d'autres plus nerveux auraient depuis longtemps piqué une crise de rage et tenté d'étrangler ce petit animal qui n'avait de doux que sa fourrure. Chapardeur et vindicatif, Chaktika ne s'était pas fait beaucoup d'amis depuis son arrivée au Donjon Rouge. Bien au contraire... les chats, en particulier, ne rêvaient que de l'écharper. Il semblait avoir quelque grief ou secret amusement à ridiculiser ces félins si imbus de leur dignité. Ce jour-là, ce n'était pas un chat mais un genre de chien de garde à deux pattes qui le poursuivait. N'étant aucunement sensible aux charmes féminins, comme avaient pu s'en rendre compte les ladies ayant tenté de l'amadouer, il ne succomba pas plus à ceux de l'humaine qui par ailleurs lui montrait les crocs. Il avait mis la patte sur un objet brillant qui lui plaisait et n'entendait pas se le laisser ravir par cette géante bien trop pataude, comme tous ses congénères, pour le rattraper !

Pendant ce temps, Melexe avait pris un rafraichissement matinal d'eau citronnée pour adoucir son haleine et respiré l'air porteur de senteurs marines en provenance de la baie, sur sa terrasse agréablement exposée. Il lui plaisait de vivre près de la mer, même si ce n'était pas la mer turquoise de ses îles natales. Nyrti l'aida à se vêtir avec son habituelle élégance tapageuse, aujourd'hui orientée vers des teintes solaires de jaune et d'orange avec ici et là de discrètes pointes de bleu pour le contraste, et de magnifiques petites plumes crème, orange et tigrées sur les épaules. « Une servante est venue se plaindre de Chaktika » annonça Nyrti une fois son maître bien réveillé et prêt à attaquer sa journée. « Les dieux de Westeros manquent-ils à ce point d'imagination que chaque jour ici soit un éternel recommencement ? » soupira Melexe sans vraiment s'émouvoir de la chose. Il semblait plutôt prendre la nouvelle à la légère. Que ne prenait-il pas à la légère, d'ailleurs ?

« Ou les habitants de Westeros manquent-ils à ce point d'imagination qu'ils soient incapables de trouver une parade aux larcins d'un petit singe ? » suggéra Nyrti, un brin plus cassante que son maître - un brin seulement car elle ne voulait pas s'attirer ses reproches. « Dois-je m'en occuper, mon prince ? » Seule Nyrti semblait avoir l'habileté et la vivacité nécessaires pour capturer Chaktika et le ramener de ses vadrouilles incessantes. Melexe ne s'abaissait généralement pas,à cette tâche ingrate, mais cette fois, c'était un peu différent. « Tu as des invitations à porter pour la réception musicale de demain. C'est une mission autrement plus urgente. Je devrais pouvoir m'occuper de ce vaurien, pour une fois. Avec une provision de biscuits. Où a-t-il frappé, aujourd’hui ? »

Nyrti s’inclina respectueusement sans songer un instant à remettre en cause sa décision bien qu’il sut lire dans son regard qu’elle désapprouvait le fait qu’il assume cette corvée. Un prince doit tenir son rang, n’est-ce pas ? Melexe le savait, mais savait aussi faire des concessions au protocole pour agréer ses hôtes, et laisser Chaktika semer le chaos et la désolation au Donjon Rouge ne faisait pas partie de ses projets diplomatiques à court terme.

« A la Tour de la Main, mon prince. Il s’en est pris au petit déjeûner d’un officier des Dents de Freux. » Elle énonçait cela comme un délit à considérer avec grand sérieux. Nyrti n’avait guère de compassion pour les fauteurs de trouble, simiesques ou non. Elle était d’ailleurs l’une des rares personnes, peut-être la seule, que Chaktika redoutait quelque peu. Avec le reste du monde, il n’hésitait pas à découvrir les dents et pousser de petits cris provocateurs, voire tirer les cheveux et les vêtements sans tact aucun. Avec Nyrti… il s’éclipsait en hâte.

« Oh, parfait, voilà qui me changera des salons que je fréquente habituellement. » Le prince avait ses entrées un peu partout parmi la noblesse, mais il se tenait généralement à distance respectueuse de la Main. Un bon ambassadeur sait quand, ou de qui, se faire oublier, et quand, ou à qui, se montrer. Brynden Rivers appartenait plutôt à la catégorie des interlocuteurs dont il préférait ne pas attirer l’attention, tout en ayant soin de lui témoigner de temps en temps sa bonne volonté et sa cordialité. L’homme avait fort à faire en l’absence d’un monarque à poigne, sans venir en plus s’embarrasser des petits griefs et réclamations de la noblesse locale et des ambassadeurs étrangers. Melexe, de toute façon, avait rarement de quelconque griefs ou revendications à exprimer. Outre le fait que ses aspirations étaient restreintes et sa sérénité quasi inaltérable, il savait généralement se débrouiller seul, ou par le biais de ses nombreuses connaissances et relations, pour obtenir ce qu’il désirait sans faire de vagues. La Tour de la Main était donc l’un des lieux qu’il fréquentait le moins au Donjon Rouge.

Une fois apprêté et légèrement parfumé d’une eau de mandarine, il s’arma d’un panier dans lequel il déposa une provision de biscuits gardés dans un buffet du salon pour ses petites faims d’après-midi. C’était une partie de chasse insolite que celle qui se gagnait au croquant d’un biscuit plutôt qu’à la pointe d’une flèche, mais les Estiviens étaient de bons chasseurs et ne regardaient pas à la méthode pour peu qu’elle fût efficace.

Sorti de la Citadelle de Maegor par le pont-levis abaissé, avec un bonjour bienveillant mais digne aux gardes qui le connaissaient bien, il se dirigea vers la Tour de la Main en humant l’air du matin, un léger sourire aux lèvres. Les Dents de Freux à l’entrée avaient été prévenus par la servante courroucée qui était allée se plaindre à Nyrti, et on le laissa entrer avec des encouragements pour cette tâche délicate et désagréable. Peut-être savaient-ils déjà que c’était le petit déjeûner de leur capitaine qui avait été entamé, et craignaient-ils la réaction de la Dornienne au tempérament de feu ! Melexe entra donc et trouva la servante agitée au pied d’un escalier. « Prince, vous êtes venu en personne ! Grand merci à vous ! Vous allez nous sauver de ce petit démon, n’est-ce pas ? » Elle réussissait l’exploit de contenir sa colère contre Melexe pour s’exprimer avec le respect qu’elle lui devait en tant que prince et ambassadeur, mais il percevait néanmoins sa crainte de déplaire à la capitaine et sa fureur devant les exactions du singe, légitimement reportée sur le propriétaire dudit singe. « Tout ira bien, je te l’assure, digne servante de la Tour. Apaise ton cœur et vaque à tes missions sans te soucier plus avant de ce chenapan. Je vais m’assurer de son retour à la Citadelle et présenter mes excuses à l’officier des Dents de Freux. Nul ne doute de ton grand dévouement et de ta rigueur dans ton office. » Ce disant, il lui posa la main sur l’épaule tel un septon accordant sa bénédiction, puis passa majestueusement son chemin sous les yeux stupéfaits de la servante raide et rougissante.

Gravissant les marches, il finit par trouver dans les étages cette fleur épanouie que la Main avait choisi pour escorte : la Dornienne Ororya Gargalen. Son nom était bien sûr connu du prince qui se faisait un devoir de connaître toutes les personnes dotées d’une certaine importance au Donjon Rouge, et parfois même celles qui, moins importantes en apparence, avaient quelque chose d’utile pour ses menées diplomatiques. « Bien le bonjour, lady capitaine. Il semble que vous connaissiez quelque désagrément par ma faute… me voilà donc dans le rôle du chasseur de monstre, armé comme vous le voyez d’appâts dont je me délecterais volontiers en votre compagnie sitôt le vaurien capturé. Quels ravages mon irrécupérable protégé a-t-il commis, cette fois ? » Le ton était charmeur, chaleureux et léger, le langage courtois. L’Estivien semblait paré pour un bal, comme toujours, avec sa vêture recherchée, ses manières urbaines et ses mouvements déliés. Mais la suite des événements s'accorderait-elle à son humeur badine, ou Chaktika lui réservait-il quelque tour funeste sorti de son esprit supposément maléfique, comme le murmuraient à l'envi les valets et les servantes du château ?
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Ororya Gargalen
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Message Sam 22 Juin 2013 - 13:34

Le petit singe était diabolique et elle se sentait si stupide dans son entreprise de le rattraper ! Au lieu de profiter d’une belle matinée ensoleillée, Ororya était en train d’errer dans les couloirs obscurs de la Tour de la Main, à la recherche d’une boule de poils facétieuse. Même si la dornienne savait abdiquer, elle refusait de laisser le singe gagner. Il lui avait volé quelque chose, quelque chose qui lui tenait à cœur. Si elle ne lui remettait pas la main dessus, elle redoutait de voir son bijou perdu à jamais dans un endroit aussi sordide que les recoins inexplorés de la tour et de ses baraquements. Ororya était toujours dans les étages, en train de siffler et cracher son amertume comme l’aurait fait un félin capricieux, alors que des bruits de pas semblèrent indiquer que quelqu’un la rejoignait. Se redressant dans un semblant de dignité – histoire qu’on ne la voit pas ramper à la recherche de ce petit impudent, la dornienne guetta l’arrivée du prince avec un certain scepticisme. Elle l’avait croisé à certaines reprises mais n’avait pas eu l’occasion de lui adresser la parole. Lui aussi était fort intriguant, à l’image de son petit animal qui brisait la monotonie des rencontres au Donjon Rouge. Son nom était Melexe Qo, et c’était un natif des Iles d’Eté, venu se perdre il y a bien des années jusqu’au Westeros. Il était toujours apprêté et élégant. Possédé une grâce rare chez un homme, à tel point que la dornienne se sentait rude et arriérée à ses côtés. Ororya se redressa instinctivement lorsqu’il lui adressa la parole et elle prit soin de le saluer d’une révérence polie du chef.

« Prince Melexe, vous n’auriez pas du vous déranger. Même si je dois avouer que vous devriez savoir mieux que tout le monde comment mettre la main sur ce… Petit effronté. » – Devait-elle en parler ainsi ? Devait-elle vraiment en parler comme l’animal qu’il était ? Beaucoup de nobles étaient susceptibles lorsque l’on manquait de respect à leurs possessions – encore plus quand il s’agissait d’animaux de compagnie. La Gargalen estimait cependant que le petit singe avait causé assez de tords pour qu’elle puisse en faire franchement état à son propriétaire.

Elle guigna avec étonnement le panier de biscuits que Melexe tenait avant de plonger ses prunelles dans l’ébène de ses yeux. Elle noua fermement son par-dessus, arrangeant machinalement sa chevelure avant de poser les mains sur les hanches et de chercher du regard dans l’obscurité environnante.

« Oh, s’il s’était simplement contenté de voler mon déjeuner… Le singe a dérobé un bijou auquel je tiens et que j’aimerais récupérer. » « Le singe », sa manière de parler du protégé du prince sonnait peu amène, ce qui n’empêchait pas la donzelle de s’adresser avec courtoisie à son maître. « Sans vouloir vous manquer de respect, vous devriez soigner son impudence. Il semble à la fois si animal et si humain… C’est à me faire douter de la sanction à adopter. »

Ororya étira une moue entre agacement et réflexion. Peut-être que son emportement était un peu exagéré, mais la dornienne avait l’habitude d’être à cheval sur la justice et le règlement. Si Qo semblait aimable et mielleux, ça n’était pas le cas d’Ororya qui paraissait contrariée. Elle ne pouvait néanmoins pas nier que son interlocuteur était un appel à la légèreté et au calme – tentait-il de l’amadouer de par ce ton doucereux ? La dornienne inspira profondément, ses épaules s’abaissant d’un même geste.

« Bon… Ne pouvez-vous pas l’appeler sinon ? Après tout, vous êtes son maître... Assurément que la petite bête a plus confiance en vous qu’en moi. » – Elle jeta quelques coups d’œil autour d’elle avant de se saisir de la lampe à huile que lui avait fait mener la servante. « Et si il se montre récalcitrant à vous rendre mon bien, j’attendrai dans le coin, et le bougre sera bien obligé de s’y résoudre ! »

Ororya  balaya une mèche de cheveux de son visage avant de se mâchouiller la lèvre, éclairant de part et d’autre du couloir de cet étage.

« Je crois qu’il ne nous reste plus qu’à le chercher, en espérant qu’il n’ait pas filé de la tour, ou sinon il nous aura fait perdre notre journée à tous les deux. » – Marmonna-t-elle. Tout en causant, la jeune femme s’était mise à marcher, éclairant les recoins tout en furetant d’un œil étréci par l’attention. Le silence était consternant, et même si la jeune femme savait que leur voix risquait de faire fuir le singe, toute sa curiosité latente à l’égard du prince des Iles d’Eté refaisait surface. «  Puis-je me montrer curieuse prince Melexe ? Cela fait maintenant longtemps que vous êtes au Donjon m’a-t-on dit. Pourquoi avoir quitté les Iles d’Eté ? Ça ne vous manque point ? »

Ororya ne pouvait que percevoir une similitude entre leur situation. Après tout, elle se considérait loin de chez elle, et les exilés piquaient toujours sa curiosité au vif. La jeune femme surveillait son interlocuteur de biais, évoluant tout en guettant la moindre forme de vie inhumaine dans le coin. Il était fort atypique ce prince à la peau d’ébène, et ses traits exsudaient une sagacité qui avait de quoi renvoyer une piètre image d’elle-même à la farouche dornienne. Elle s’éclaircit la voix, comme si la colère bouillonnant en elle s’étiolait au fur et à mesure pour laisser place à de la gêne. Un bruissement un peu plus en avant la fit sursauter sur ses pieds et elle dressa instinctivement son bras pour éclairer dans cette direction. Elle fronça le nez de scepticisme, un index tendu vers son exotique interlocuteur pour lui indiquer son pressentiment.

« Le singe se joue de nous, mais j’espère qu’il est du genre à se lasser. » – En y pensant, la petite bête était la seule de son espèce sur les terres de Westeros. D’où la curiosité qu’il suscitait. « Ses congénères doivent lui manquer. Je serais « presque » tentée de ne pas lui en vouloir. »

Elle esquissa un petit sourire en coin. « Presque » - l’animal n’avait jamais rencontré de dornienne avant aujourd’hui, elle était prête à le parier. Elle comptait bien lui montrer qu’elle était aussi coriace que teigneuse.
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Message Sam 29 Juin 2013 - 14:00

L'officier des Dents de Freux ne cachait pas son mécontentement quant à la situation. Elle était assez belle en colère, nota distraitement le prince en opposant à ses griefs un sourire compréhensif, teinté de sympathie. Un bijou d'une valeur sentimentale ? Voilà qui aggravait le cas du petit singe. Le délit semblait causer à Lady Ororya un préjudice inattendu auquel Melexe entendait remédier aussi justement que possible. "Hélas, je crains que son effronterie ne soit irrécupérable. Il faut croire que son dresseur n'était pas si habile qu'il voulait bien le faire croire. A présent, il est trop tard pour l'assagir autrement que par des punitions brutales, et cela reviendrait à lui ôter tout caractère pour en faire une créature docile et apeurée. A moins qu'un très habile dresseur expert en singes estiviens ne vive à Port-Réal, je crains que nous ne devions subir encore longtemps ses caprices et facéties... si toutefois il dépassait les bornes de votre patience, ou de l'un des résidants du Donjon Rouge, faîtes-le moi savoir, et je le renverrai dans les Iles. Sa compagnie m'est divertissante mais je ne sacrifierais point la tranquillité d'esprit de mes aimables hôtes à mon amusement personnel." Son sourire demeurait chaleureux et accommodant. "Je pourrais l'offrir à l'une de mes tantes dont le caractère est au moins aussi épineux." ajouta-t-il avec une pointe d'espièglerie.

Kayané. Un instant il revit son allure impériale, sa silhouette élancée, son teint aussi noir que des grains de café. Elle était aussi douce et charmante qu'un sumac vénéneux. Mais quelle femme, et quelle préceptrice ès politique ! Elle jouait un rôle non négligeable à la cour des Iles d'Eté, et lui avait rentré dans le crâne un certain nombre de principes fort utiles à l'exercice de ses responsabilités. Il y avait peu de ladies comme elle à Westeros, hélas, les hommes ne leur laissant guère de place pour s'exprimer sur des sujets stratégiques. C'était déjà un miracle que lady Ororya ait accédé à ses hautes fonctions en dépit des coutumes locales.

La combattante lésée lui suggéra d'appeler Chaktika, avant de prendre les rênes de l'expédition de recherche, armée d'une lampe à huile. Melexe ne put retenir dans son dos un léger sourire à la voir si affairée et directive. La Dornienne avait l'habitude de l'action et du commandement, cela crevait les yeux. Il haussa les épaules et la suivit sans rechigner. Il s'apprêtait à siffler Chaktika quand lady Ororya lui demanda à brûle-pourpoint pourquoi il avait quitté ses îles natales. "Je suis l'ambassadeur et le serviteur de mon peuple"  répondit-il d'un ton humble, comme ci cela expliquait tout, mais peut-être était-ce le cas après tout ? Il avait eu l'occasion déjà d'expliquer à d'autres autochtones la philosophie des Estiviens quant à la notion particulière et sacrée de "servir", applicable aussi bien aux princes qu'à leurs sujets. Mais qui pouvait savoir si tout cela était exact, et s'il n'avait pas en sus quelques raison secrète de se trouver ici ? En vingt ans de commérages, les rumeurs à son encontre ne s'étaient pas étiolées. Elles avaient poussé, s'étaient ramifiées, et avaient semé aux quatre vents de nouvelles graines. Peut-être parce qu'il ne prenait la peine d'en démentir aucune, se contentant de sourire et plaisanter lorsqu'on les lui rapportait...

Laissant Ororya dévider le fil de ses idées, Melexe l'écouta avec attention puis tourna son visage vers elle, et lui demanda en la regardant dans les yeux : "Les vôtres vous manquent, n'est-ce pas ? " Le ton restait neutre, sans insistance particulière qui aurait pu être perçue comme intrusive. Pénétrant tout au plus. Et la question, à l'évidence, était purement rhétorique : il s'agissait plutôt d'une déduction logique et posée. Cela faisait deux fois déjà en peu de temps qu'elle évoquait la nostalgie supposée de leurs terres d'origine, sans raison apparente. Pour un diplomate habitué à décrypter l'attitude de ses semblables, c'était là le signe d'une question qui la préoccupait, elle, et non lui... encore moins le singe.

"La distance est parfois synonyme de mélancolie. Mais nous vivons tous sous le même ciel. Si loin soient nos parents et nos aimés, ils contemplent le même soleil, les mêmes étoiles. Ils sont tout près, mais nous ne le savons pas. Leur voix chante dans notre mémoire. Leur visage traverse nos songes. Et leur étreinte n'est qu'à portée de voyage." Il parlait à moitié pour lui-même, à moitié pour elle, sans trace de regret ni de peine, avec un optimisme radieux et un accent estivien ravivé.

Sans attendre sa réponse, car il n'oubliait pas l'enjeu de leur battue, il lui sourit ensuite avec malice. "Je doute que Chaktika soit si nostalgique, toutefois. Et plus encore que nous parvenions à l'attraper en discutant. Voyons donc si ce gredin répond à mon appel."

Sa main plongea dans le panier, et il sema trois biscuits sur le sol : un premier quelques pas devant eux, près d'un croisement de couloirs, un autre plus près et un dernier à ses pieds. Puis il émit entre ses dents un sifflement puissant et savamment modulé, le chant légèrement modifié d'un oiseau rare du Val-aux-Pivoines. C'était à ces notes que Chaktika avait été habitué, et comme l'espérait Melexe, le petit singe fit soudain son apparition au coin du couloir, un bracelet passé à son bras velu. Une sorte de "squiiik" méfiant lui échappa à la vue de la Dornienne. Flairant néanmoins les biscuits, il sautilla jusqu'au premier d'un air précautionneux et s'en empara prestement pour le croquer à belles dents. Alléché par cet en-cas, il avança avec mille hésitations jusqu'à la friandise suivante, sans cesser de darder un regard soupçonneux sur le prince et la lady capitaine. Cette femelle humaine était-elle aussi redoutable que Nyrti ? Mieux valait rester sur ses gardes avec cette étrangère...

Lorsque l'animal se dirigea vers le dernier biscuit, Melexe et Ororya tentèrent de l'attraper. Hélas, malgré leurs réflexes et leur adresse, ils ne pouvaient apparemment rivaliser avec ceux du singe que sa petite taille rendait par ailleurs bien difficile à saisir. Braillant quelques cris inarticulés qu'il n'était pas illogique d'interpréter comme une bordée d'insultes, le voleur prit la poudre d'escampette en quelques bonds remarquables qui l'amenèrent sur une torchère, puis une autre, puis dans un escalier où les deux humains s'engouffrèrent à sa suite. S'ensuivit une course haletante dans les méandres de la tour, jusqu'à une petite salle qui devait servir de réserve quelconque, et dont les murs étaient gravés de frises décoratives.

Chaktika semblait fait comme un rat, cette fois, car il n'y avait pas d'autre issue, et Melexe se hâta de fermer la porte derrière eux. Le singe crachant avec fureur et en panique se précipita sur une tenture à laquelle il s'agrippa et qu'il tenta d'escalader, mais qui céda sous son poids. C'était une pièce d'étoffe ancienne sans grande valeur apparemment, et le tissus chut dans un doux bruit de froissement. Le mur derrière avait un aspect curieux mais sa singularité était difficile à identifier précisément à la chiche lumière de la lampe à huile ; Melexe pouvait seulement dire que quelque chose ici était étrange. Il était toutefois plus intéressé par le singe, qui avait sauté sur un des nombreux motifs en relief gravés dans la pierre rosâtre des murs, et s'y accrochait avec ses griffes... mais avant que l'un d'entre eux ait pu se saisir de lui, un grincement et un craquement se firent entendre... "Que se passe-t-il ?"  s'interrogea tout haut le prince en s'arrêtant dans son mouvement, interdit.
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Ororya Gargalen
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Message Dim 7 Juil 2013 - 19:08

Le Prince des Iles d’Eté dégageait une telle tranquillité qu’Ororya ne pouvait que s’en vouloir d’être aussi remontée – si la donzelle avait un caractère farouche, elle tenait rigueur au respect et bienséances coutumières du Donjon Rouge. La dornienne lui jeta un regard entendu lorsqu’il lui fit part de son impuissance face à l’effronterie de son singe – pour sûr qu’une éducation loupée obligeait à tirer un trait sur bon nombre de choses, et Ororya avait conscience que sa réaction n’était pas forcément adéquate avec la nature animale de l’accusé. Le Prince sous entendit bien qu’il le renverrait sur son île si toutefois la Dent de Freux estimait cela nécessaire, une remarque qui la fit brièvement sourire de malice. La jeune femme ne désirait pas poser de souci à quiconque, surtout à un homme de l’envergure de Melexe Qo. Elle allait devoir prendre sur elle, quitte à s’échiner à corriger le petit singe elle-même.

« Oh… Non, Prince, disons juste que j’essaierai d’éclipser sa tendance aux mauvais tours. » – Lui glissa-t-elle sur un ton grinçant.

L’animal avait manifestement un aussi mauvais caractère que le sien, mais dans un désir tenace de tout vouloir contrôler, la jeune femme espérait pouvoir le faire marcher au pas. Le natif des Iles concéda à satisfaire la curiosité de la dornienne, et sa réponse n’était vraisemblablement pas bien surprenante. Il avait quitté ses Iles pour représenter son peuple auprès des autres contrées – on ne pouvait qu’assumer une telle initiative car c’était une chose courageuse de laisser les siens derrière soi pour cette noble cause. Ororya avait bel et bien quitté Dorne, mais plus par désir égoïste que dans un souci de représentation. Les Iles d’Eté devaient être si éloignées de Westeros que sa situation à elle était loin d’être comparable. Après tout, de quoi se plaignait-elle ? Elle se sentit stupide d’avoir eu cet éclair de mélancolie en lui posant la question. Elle tenta de se reprendre en se redressant instinctivement pour se donner plus de contenance mais voilà que Melexe formulait un constat, une question qui n’en était pas vraiment une. Elle se pinça les lèvres, croisant ses prunelles d’ébène avant d’esquisser un sourire voulu confiant.

« Dorne me manque en effet, ainsi que ma famille, mais je ne regrette pas d’être ici aujourd’hui. Enfin, Dorne est toujours plus prés que les Iles d’Eté. » – Elle plissa une œillade malicieuse. « J’imagine que ça doit être plus compliqué d’entreprendre un voyage pour chez vous. »

Elle s’était toujours demandée à quoi ressembler ces exotiques contrées, même si quelques bruits de couloir avaient souvent parcourus l’enceinte du Donjon Rouge à ce sujet. Pourquoi ne s’était-elle pas enquit de connaître le Prince plus tôt ? Elle comptait bien remédier à son manque de connaissances affolant. Le timbre de voix de son interlocuteur était grave et apaisant, un quelque chose de suave s’en dégageait et la dornienne eut honte que ceci la rende plus attentive qu’à l’accoutumée. L’homme était éloquent, comme chaque protagoniste habitué à la Cour. Cependant, si Ororya préférait se méfier des qualités de babillage visant à endormir la vigilance des moins savants, Melexe dégageait une sincérité bienveillante qu’elle se refusait à dédaigner. Elle lui rendit un sourire en écoutant ses chaudes paroles. Combien de fois avait-elle plongé son regard vers la voûte étoilée en songeant à sa famille ? A Rogho qui lui en avait tant voulu pour son départ précipité vers Port-Réal et qui avait été vexé par sa brusque prise d’indépendance. Deux années qu’elle avait quitté Salrivage et elle espérait déjà y retourner très bientôt pour revoir ses proches. Le Prince prit les devants pour attirer le petit singe qui répondait au nom de Chaktika. En y pensant, outre le fait qu’elle fulminait il y a peu de devoir courir après l’animal dans tout le Donjon, la situation se montrait dés à présent fort cocasse. Le maître était armé de biscuits pour attirer la petite canaille, et qui pouvait savoir où il se cachait en ce moment même ? La jeune femme n’était pas convaincue que l’approche soit la meilleure, mais Melexe méritait amplement sa confiance sur ce point là. Perplexe mais néanmoins sur ses gardes, la dornienne guetta le couloir d’un bout à l’autre tandis que le Prince charismatique sifflait pour attirer la créature. Une lueur d’étonnement victorieux anima les prunelles d’Ororya lorsqu’elle distingua le singe dans la pénombre. Il était gourmand, et appâté par le gain gustatif que lui présentait Melexe – une bonne chose pour le duo incongru qui s’était formé pour l’attraper. La dornienne se figea pour ne pas effrayer Chaktika de sa présence, même si le petit regard chafouin qu’il lui avait adressé en disait long sur leur inimitié réciproque. La donzelle laissa le soin à son compère de gérer la situation, surveillant tout de même d’un regard insistant son bien qui pendait mollement au poignet du singe. Au moins, devait-elle reconnaître qu’il avait du goût ! Le souffle suspendu au gré de la tentation de la créature, Ororya coula un regard entendu à Melexe. Ils œuvrèrent de concert pour tenter de l’attraper du moment où il eut en pogne le dernier biscuit, mais la tentative fut loin d’être fructueuse. Lorsque la bestiole glissa entre les doigts d’une Ororya téméraire, cette dernière laissa échapper un soupir de frustration. Comment pouvait-on contrôler créature si insaisissable ?! A peine eut-elle le temps de se permettre une pensée hostile que Chaktika s’était carapaté à bonne distance, offrant une démonstration remarquable de ses talents d’équilibriste.
 
« Vite ! Par l’escalier ! » – Laissa échapper Ororya dans un cri désespéré.

La Dent de Freux ne vérifia même pas si Melexe était sur ses talons. Elle descendit souplement les marches comme s’il s’agissait là de la vie de la Main du Roi qui était en jeu. La furtive silhouette du singe n’eut pas le temps de les distancer car la dornienne le suivait à grandes foulées, laissant même échapper un petit avertissement qui sonnait très sérieux malgré la nature du coupable.

« Arrête toi là et je t’épargnerai désobligeante sanction ! »

Ororya devait se rendre à l’évidence - le singe n’avait que faire de ses menaces. Mais la course effrénée ne pouvait durer indéfiniment, et quand il pénétra dans une pièce qui tenait lieu de réserve, la Dent de Freux entrevit une lueur d’espoir. Elle se précipita à l’intérieur et fut rassurée par la présence du Prince qui venait à fermer la porte derrière eux. La dornienne laissa échapper un ricanement jubilatoire, s’assurant par une brève œillade que l’endroit ne comportait aucune sortie pour le singe. La pièce était définitivement un cul de sac, et pour leur échapper, Chaktika devait passer par cette porte close. L’issue de la confrontation semblait scellée… Et pourtant.

Pris de panique, l’animal avait tenté de grimper le long d’une tenture poussiéreuse qui couvrait l’un des murs, et le tissu s’était dérobé sous son poid. Ororya fondit dans sa direction, phalanges pliées pour se saisir de lui et le faire regagner son calme, mais le singe réussit à lui échapper une fois de plus, bondissant contre les aspérités de la pierre pour grimper haut. La lumière offerte par la lampe à huile du Prince était légère, conférant au lieu une ambiance inquiétante. Alors quand le grincement sinistre retentit dans la réserve close, Ororya se figea entre stupéfaction et frayeur. Instinctivement, la donzelle porta une main à sa hanche, mais elle dut se rendre à l’évidence qu’elle n’avait aucune arme sur elle. Melexe sembla aussi étonné qu’elle mais brisa le silence pour questionner tout haut sur la provenance de ce bruit. Dans une gestuelle prévoyante, la donzelle se plaça juste devant le Prince des Iles, les sourcils froncés d’un air méfiant.

« On aurait dit... » – Chuchota-t-elle avant de s’interrompre pour saisir la lampe à huile avec l’accord de son comparse. Elle redressa son bras pour éclairer les alentours et découvrit le mur adjacent et un détail étonnant. « Hm… Il n’y était pas ce trou là avant, non ? »

Chaktika s’était arrêté de couiner, aussi surpris que les deux humains qui faisaient face à un trou béant qui menait certainement à un couloir dérobé. L’endroit était aussi froid que l’étaient les présumées forteresses du Nord, et Ororya redressa les épaules pour réfréner le long frisson qui lui secouait l’échine.

« On dirait un passage secret… » – Soudain, la donzelle posa ses yeux sur le singe suspendu aux motifs gravés du mur d’à côté. Il y eut un moment de flottement et la dornienne plissa les yeux, lampe tournée dans sa direction. « Oh, n’y pense même pas… »

La Dent de Freux fit un pas vers le sombre conduit, espérant s’interposer avant que le singe ne s’y jette, mais il était déjà trop tard. La jeune femme fut prise de quelques hésitations. Et s’il arrivait quelque chose au Prince des Iles d’Eté, on ne lui pardonnerait jamais. En plus, elle n’avait rien pour espérer le défendre, même s’il était peu probable qu’ils rencontrent un réel danger dans les passages secrets de la Tour de la Main du Roi. Elle se tourna vers l’homme à la peau d’ébène et éclaira son visage.

« Je ne veux pas vous attirer d’ennuis Prince Melexe. Je comprendrais si vous voulez rejoindre le confort de vos appartements. Je tâcherai de retrouver… Chaktika. » – Prononcer son nom avait demandé à la dornienne un effort considérable. Le petit malotru les avait involontairement menés dans une découverte peu commune, et la curiosité de la donzelle ne cessait d’être titillée par ce couloir où circulait une légère brise. D’ailleurs ses yeux qui se trouvaient dans ceux de son interlocuteur furent irrémédiablement attirés vers la cavité taillée à même la roche pourpre du donjon. « A moins que vous n’ayez l’envie de tromper l’ennui de vos journées protocolaires en supportant mon acariâtre compagnie et en bourlinguant dans de mystérieux couloirs ? »

Un petit sourire impertinent en vint à traverser son visage d’un éclair. Elle s’humecta les lèvres, consciente du désir coupable qui la poussait à découvrir où cela menait.

« Et puis… Nous n’allons décidément pas laisser Chaktika partir seul devant. »

Décidément, pour que le singe devienne un prétexte à sa curiosité, la témérité de la dornienne ne devait plus faire aucun doute.
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Message Dim 21 Juil 2013 - 11:45

Melexe s'était trouvé tout aussi surpris que Lady Ororya lorsque l'ouverture dans le mur s'était révélée, avant de se rappeler ce qui se racontait sur le Donjon Rouge. Depuis plus de vingt ans qu'il résidait ici, il n'avait pas manqué d'entendre parler des supposés passages secrets du château. Un incroyable réseau disait-on, n'épargnant que la Citadelle de Maegor où le roi, sa famille et ses hôtes de prestige pouvaient donc se sentir en sécurité, encore que ladite citadelle fût dotée, selon la rumeur, d'une issue cachée vers l'extérieur. Nyrti n'avait pas failli à s'en inquiéter à son arrivée à Port-Réal, mais n'avait apparemment jamais réussi à découvrir ce passage légendaire qui représentait à ses yeux une menace potentielle. Il restait toutefois peu probable qu'un ennemi du Prince - si tant est qu'il en eût, lui qui fraternisait avec toute la noblesse locale, et plus encore - eût connaissance d'un tel secret, et plus encore qu'il parvienne par ce biais à déjouer la vigilance des Dents de Freux et de Nyrti. Melexe avait donc pris le parti de sourire de ces histoires en tant que part du folklore local, sans préjuger de leur véracité.

Et voilà que l'inconnu s'ouvrait devant lui... sans doute n'était-ce rien d'autre qu'un couloir humide, obscur et poussiéreux, aux remugles déplaisants et à la faune rampante, menant on ne savait où. Usuellement, Melexe n'aurait pas même considéré la possibilité de s'y aventurer, mais les circonstances étaient quelque peu particulières. D'abord, il y avait Chaktika, bien sûr. Dans son bon coeur, le Prince n'envisageait point de laisser cette petite créature dont il avait la charge s'égarer dans de sinistres souterrains où elle finirait par mourir de faim ou de soif. Ensuite, il y avait Lady Ororya, cette délicieuse Dornienne qui risquait de perdre le bijou auquel son coeur était si fermement attaché. Sa compagnie était plaisante, par ailleurs, et ils tenaient là une occasion rare de se confronter à un mythe fait de pierre - au risque de le démythifier et d'en ressortir déçus, naturellement, mais tout de même, l'opportunité ne se présentait pas tous les jours.

"Les dieux nous lancent un gant, comme on dit chez vous. Pourquoi ne pas relever ? Je doute qu'un dragon ou que le fantôme haineux de quelque Targaryen hante ce couloir mais le visiter attise déjà en soi la curiosité. Et nous cherchons toujours votre précieux bracelet. De toute façon, je suis venu pour récupérer ce chenapan ; quel maître serais-je si je l'abandonnais maintenant à son sort dans ce probable dédale ? Mais si nous voulons en revenir, belle et intrépide Ororya, il nous faudra laisser une piste derrière nous et nous assurer que le mécanisme ne se refermera pas subitement dans notre dos."


Avisant une armure décorative, il retroussa ses manches et la déplaça pile sur le seuil du passage au prix de quelques efforts qui fort heureusement ne suffirent pas à le mettre en sueur - cela eut été fort déplaisant alors qu'il venait tout juste de procéder à ses ablutions et de se vêtir de frais. "Brave sentinelle d'acier ! Garde pour nous cette porte ouverte, et sois le témoin de notre incursion si d'autres venaient plus tard à nous chercher." Ses connaissances ne lui permettaient pas d'évaluer la puissance du mécanisme, peut-être capable de broyer une armure en se refermant, mais il préférait prendre cette simple précaution, quelle qu'en soit au final l'efficacité, plutôt que de s'en remettre à la chance. "Je suppose qu'un levier doit actionner le passage depuis l'intérieur du couloir, mais s'il est caché, mieux vaut s'assurer que le passage reste en l'état." commenta-t-il pour Ororya. Puis il leva son panier de biscuits : "Une piste croquante nous ramènera à bon port, ainsi que Chaktika. Son appétit, même conjugué à celui, peut-être, de quelques rats, ne devrait pas faire disparaître autant de friandises, surtout si nous prenons soin de les fragmenter. Et puis, qui sait, peut-être trouverons-nous quelques repères pour baliser notre chemin, nous permettant de garder en réserve ces douceurs pour un moment de détente ultérieur. " Il eut un sourire éclatant et s'exclama :"Quelle aventure, ma chère ! Il me rassure d'être à vos côtés en pareil lieu. Si d'aventure quelque péril imprévu nous surprenait dans ces ombres antiques, je serais honoré de l'affronter à vos côtés."

Le fait de se retrouver seul avec une belle femme dans la pénombre, de manière si insolite, le divertissait au plus haut point. Il esquissa un geste gracieux invitant Lady Ororya à le précéder ; en sa qualité de Prince il était naturel qu'il laisse à l'officier, qui portait la lampe, le soin d'ouvrir la voie. Il n'avait de toute façon pas le réflexe westerosien de vouloir protéger les femmes, uniquement celui de protéger les faibles, ce qu'elle n'était assurément pas. C'était donc un compliment de sa part, comparable à la confiance qu'il accordait à Nyrti pour surveiller ses arrières.

Ils s'engagèrent dans le couloir qui se révéla trop étroit pour marcher aisément à deux de front. Ils longèrent le passage à la lumière de la lampe à huile, leurs pas crissant sur le sol poussiéreux et usé, mettant en fuite diverses bestioles aux pattes trop nombreuses pour être honnêtes. Melexe porta à son nez un mouchoir parfumé de senteurs fraiches pour se prémunir contre les relents de renfermé. L'obscurité s'épaississait à mesure qu'ils s'éloignaient de l'ouverture, à peine brisée ici ou là par une rare meurtrière. L'escapade n'avait hélas rien de trépidant ou d'exotique et Melexe sentait déjà l'ennui le gagner ; était-ce là tout ce que les entrailles du Donjon Rouge avaient à leur offrir ? Il se rappelait avec nostalgie les mythes fantastiques enveloppant certaines grottes des côtes de l'île de Jhala. Baignées par les embruns, cinglées par les tempêtes, repaires de contrebandiers, de pirates et de mystiques, elles abritaient des trésors d'histoires, des croyances millénaires, en plus de coquillages chatoyants, de crustacés vieux comme le monde, de mollusques aux étonnants motifs mimétiques. Éclatantes de couleurs, elles abreuvaient l'imagination des enfants et des adultes de rumeurs et rêveries fantaisistes à partager au marché ou à la veillée. Il n'avait pas retrouvé une telle chose à Westeros : ici tout était gris, au mieux noir ou rouge sang. Les contes manquaient de soleil, de fraîcheur et de vie. L'imaginaire semblait gelé dans un hiver sans fin. Cela tenait peut-être aux dieux de ces gens, des dieux austères et sévères qui prohibaient bien des plaisirs innocents et bardaient les croyants de règles exigeantes, comme on met un animal sauvage en cage. Les Estiviens avaient des mœurs plus relâchées et exubérantes...

"Ces passages sont faits pour les espions de la couronne et non pour les épouses volages, je suppose." nota-t-il par association d'idées. La pratique de l'espionnage ne lui était guère familière encore qu'il eût par son éducation connaissance de telles choses. En tant que diplomate, il figurait au premier rang des suspects en la matière, et cela le faisait rire aux éclats : c'était bien mal le connaître, car le prince obtenait maintes informations de la bouche même de ceux qui les détenaient au premier chef, des confidences facilitées par une confiance souvent établie de longue date. Il avait tissée tant de relations cordiales et intimes avec tant de hauts personnages, qu'il recevait chez lui comme un ami ou un frère, qu'il distrayait de sa compagnie unique, et aux yeux desquels il apparaissait, à juste titre, comme un pion neutre dans le jeu des trônes westerosien... pourquoi aurait-il eu besoin de recourir à des subterfuges aussi vulgaires que d'épier ses agréables voisins ? Oh, bien sûr, il gardait tout de même cette possibilité comme une flèche inutilisée - ou quasi inutilisée ? lui seul le savait - dans son carquois. Nyrti, avec son don pour la discrétion, était tout indiquée pour de telles missions. Et il connaissait maintenant au moins un des passages secrets de la Tour de la Main...

"Bien des yeux ont dû voir bien des choses en scrutant les ouvertures secrètes de ces murs. Voyez ! Ici, une fente, trop régulière pour être le fruit d'un accident. Entendez-vous quelque chose ? On dirait... une voix... " Il approcha sa tête de la fente et ne vit rien mais entendit une voix étouffée...

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Ororya Gargalen
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Capitaine de la garde personnelle de la Main du Roi

♦ Missives : 1326
♦ Missives Aventure : 57
♦ Age : 30
♦ Date de Naissance : 03/09/1987
♦ Arrivée à Westeros : 06/01/2013
♦ Célébrité : Karen David
♦ Copyright : Dagon / Moi
♦ Doublons : Tyana Veneur, Lyessa Reed, Serenei
♦ Age du Personnage : 20 ans
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Message Mer 7 Aoû 2013 - 19:39

Ororya guettait avec curiosité les réactions de Melexe face à sa proposition qui frisait l’imprudence. Mais les secrets que renfermait le Donjon Rouge avaient eu don de mystifier l’endroit à travers diverses légendes et bruits de couloir qui ne manquaient pas d’émoustiller la dornienne. Quel soulagement ce fut pour elle lorsqu’elle constata que le prince était tout aussi intrigué par l’apparition du mystérieux passage secret. Ororya sentait son derme taquiné par la brise glaciale qui émergeait de ce sombre couloir – cul de sac ou cachette réservée aux oreilles indiscrètes ? La donzelle savait qu’elle irait, que ce soit avec ou sans son compagnon, mais ce genre d’exploration était toujours plus amusante à deux. Et Melexe dégageait une assurance qui ne faisait que la conforter dans cette idée. Se balançant imperceptiblement avec impatience, la jeune femme se pencha légèrement vers le couloir avant de tourner son visage en direction du Prince des Iles. Les paroles de ce dernier lui arrachèrent d’ailleurs un petit rire cristallin. Oh, l’idée de croiser un fantôme ou quelconque créature défrayant l’imaginaire était une crainte enfantine, mais Ororya était bien trop terre-à-terre pour y accorder crédit. Alors pourquoi la chair de poule lui couvrait-elle les bras ?

Melexe était enclin à retrouver son singe, et à restituer à Ororya le bien qu’il lui avait dérobé – et c’est d’un air songeur qu’elle scruta la pierre rouge qui façonnait le mur dans laquelle la porte dérobée avait coulissé. Elle trouvait ça tellement intriguant qu’elle ne pouvait se résoudre à rester de marbre. La voix de Melexe lui intima prudence, et la donzelle salua la présence d’esprit de ce dernier. Elle ne comptait pas croupir, coincée entre deux murs dans les dédales de la Tour de la Main. L’idée d’effrayer Brynden Rivers lui-même en soupirant tel un fantôme derrière ses murs avait néanmoins de quoi l’amuser. Elle chassa le sourire stupide qui s’était vissé sur ses lèvres pour reporter son attention sur l’homme à la peau d’ébène.

« J’ai plus tendance à craindre de me trouver coincée dans cet endroit que trembler devant les fantômes qui pourraient se cacher au détour de ces obscurs couloirs. » – Lui glissa-t-elle avec un sourire convenu. « Mais au moins, ce n’est pas la solitude qui me tuera et nous pourrons jouer à celui qui crie le plus fort. »

D’une petite risette amusée, la dornienne fit signe à son comparse. Elle comptait bien mettre la main sur ce rusé de singe. Après que Melexe eut placé une armure pour leur garder le passage ouvert, il s’exprima avec entrain et elle ouvrit la marche, lui décochant un sourire malicieux. Elle serait donc les « muscles » et lui le cerveau dans cette escapade somme toute surprenante. Lorsqu’il lui coula une remarque complaisante, Ororya crut qu’il la charriait, mais elle eut vite fait de croiser son regard noir d’encre pour s’assurer que non.

« Avouez que vous n’avez pas vu ça souvent Prince Melexe. Une femme, protéger vos arrières… Quoique, bien qu’on puisse croire que la jolie jeune femme qui vous suit n’est autre que votre servante, je suis à peu prés sûre qu’elle est bonne combattante. » – Ororya avait entraperçu la femme qui était proche du Prince à plusieurs reprises, et les hypothèses allaient bon train. N’était-elle que sa dévouée ? Ou peut-être bien plus ?

La donzelle cueillit d'une main la garde de son arme tandis que l’autre se portait au loin, tenant fermement la lampe à huile. Elle se glissa dans l’ouverture et s’assura que nul piège n’allait les surprendre avant de poursuivre sa route. Toiles d’araignées, amas de poussière qui avait de quoi vous boucher les bronches – le rêve et l’espoir de faire face à quelque chose d’incongru s’égrena à mesure que tout cela ne menait à rien. Le Prince des Iles d’Eté semblait lui-même déçu, et son commentaire arracha un sourire à la dornienne.

« C’est sûr que l’on raconte bien plus d’histoires au sujet des espions de la Main du Roi que de ses conquêtes. » – Lui glissa-t-elle sur le ton de l’humour. Non pas qu’elle sous entendait que Brynden n’était pas du genre à recevoir beaucoup de femmes, mais ça frisait tout de même l’incompréhension. Les mœurs de Dorne différaient bien de celles de l’intérieur des terres – un point qu’Ororya regrettait quelque peu. « Je suis à peu prés sûre que Dorne vous plairait Prince Melexe. »

Lorsque ce dernier lui désigna une fissure suspecte dans le mur et tendit l’oreille en mentionnant une voix, la donzelle sentit l’adrénaline lui parcourir les veines. Elle s’approcha tout de go, nullement gênée par la proximité avec le Prince et inclina son visage pour écouter à travers le mur. L’on peinait à distinguer ce que l’individu à la voix rauque disait – voilà assez de frustration qui en vint à pousser la donzelle à se tortiller pour mieux entendre. Elle ne craignait guère que Melexe trouve sa curiosité totalement déplacée. Elle s’écarta finalement du pan de mur pour en toucher les aspérités du bout des doigts, scrutant la moindre fissure.

« Je l’entends. Mais elle semble plutôt provenir de ce côté-là. » – Une expression espiègle éclaira le visage d’Ororya qui passa une paume de main contre la pierre froide et poussiéreuse pour révéler un interstice. « J’me demande bien qui traîne dans les sous-sols. »

Un éclat de voix brisa la monotonie de leur observation et la dornienne se mordit la lèvre pour ne pas rire, tellement elle eut craint d’être découverte. Alignant son œil avec le trou qui laissait filtrer une lumière évanescente, elle dut cligner des paupières à plusieurs reprises avant de discerner une silhouette dans l’obscurité de la pièce juxtaposée au passage. Cela semblait être une vieille réserve comme celle par laquelle ils étaient passés – qui diable pouvait bien venir errer ici si ce n’était pour s’entretenir dans le secret. L’accès au Donjon Rouge était étroitement surveillé – ainsi, les seules personnes qui bénéficiaient de cet accès ne devaient pas être inconnues à la jeune salée. Tout cela lui rappelait l’allégresse qu’elle avait ressentie étant jeune quant elle courrait dans les couloirs de Lancehélion et se cachait de son grand frère. Ce jeu là était pourtant indéniablement différent – du fait de la présence du Prince des Iles d’Eté à ses côtés. Alors qu’elle tentait de percer les secrets de cette voix étouffée, de lointains rires d’enfants vinrent ricocher contre les murs de l’obscur souterrain. Ororya fit volte face, levant la torche vers le tunnel inexploré. Elle croisa les sombres iris de son interlocuteur et tenta de se donner assez de contenance pour deux. Des rires d’enfants ? Ici ? Se pouvait-il que cet endroit fut le théâtre d’atrocités ? Depuis quand croyait-elle aux fantômes ? Elle tressaillit imperceptiblement à cette pensée, mais daigna s’avancer, faisant signe à Melexe de le suivre.

« Vous aussi, vous avez entendu ça ? » – Le questionna-t-elle sur un timbre ferme malgré la crainte latente. « Avançons. Votre singe, Cha-tchacha ne doit pas être bien loin. » – Pour sûr que ce n’était pas son nom, mais la bestiole aurait récolté trop d’honneur à ce qu’elle n’écorche pas son nom.

Tandis que seul le bruit de leurs pas résonnait dans le couloir glacial, Ororya en vint à briser le silence pour questionner son comparse.

« J’aimerais beaucoup voir à quoi ça peut ressembler de par chez vous. J’imagine que ça doit être bien différent d’ici. Vous avez quelques gravures ou représentations ? » – Ou comment chasser l’angoisse en abordant des sujets divers et variés.

Une main contre la garde de son arme, l’autre serrée autour de la hanse de sa lampe à huile, la jeune femme avançait, les yeux rivés vers l’obscurité nébuleuse qu’elle faisait reculer. Un vent froid en vint à la secouer, et elle s’assura d’une œillade que le Prince suivait bien avec son petit panier garni. N’avaient-ils pas l’air ridicule dans le fond, ainsi pétris d’anxiété ?

« Le passage doit mener à l’extérieur de la forteresse. En tout cas, c’est ce que la brise indique. » – Elle se mâchouilla la lèvre inférieure avant d’avancer plus encore, prenant gare à ne pas croiser la route de ces petites créatures aux couinements intempestifs. Des rats. Elle les détestait. Mais où diable pouvait bien être le petit singe ?

Après avoir tourné à plusieurs reprises, furetant à la recherche de la créature, Ororya entraperçut une fine silhouette se mouvoir dans l’obscurité. Cela semblait chouiner. En quelques pas rapides, la dornienne fut à son niveau et attrapa l’individu par le bras, redoutant que ce soit le fruit de sa propre démence. Tandis que ça se débattait de tout son saoul, Ororya porta la lampe au niveau du visage maculé de crasse qui cherchait à se dissimuler de la lumière. Un enfant. La dornienne était prête à parier que c’était un enfant qui se cachait sous toute cette boue nauséabonde. Perdu ? Ici ? Depuis combien de temps ? Etait-ce une fille ou un garçon ? Quel âge avait-t-il ? Impossible à dire tellement l’obscurité et la saleté empêchaient toute identification. Ororya n’eut pas le temps de dire quoi que ce soit car l’enfant lui mordait vigoureusement la main à lui faire lâcher prise.

« Ah ! Non !!! Reviens ! » – S’écria-t-elle, rejetée contre Melexe. Sous le coup de la surprise, la dornienne venait de lâcher la lampe à huile au sol et pressait sa main ensanglantée. « Par la Rivière Mère, cet enfant est un vrai sauvage. Est-ce possible qu’il se soit perdu ? Qu’il soit ici depuis… Longtemps ? »

La donzelle ne pouvait pas cacher son inquiétude. La journée était manifestement pleine de surprises – en plus d’être à la recherche d’un animal, il fallait qu’ils recherchent un enfant qui se comportait comme s’il en était un.
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Message Dim 25 Aoû 2013 - 14:32

Qui donc parlait de l'autre côté du mur, ils n'avaient pas eu le temps de le découvrir, happés précipitamment par ces sons étranges ruisselant dans les vents coulis. Des rires ? Melexe n'en était pas certain. Son rire à lui, un rire d'Estivien, était assez éclatant pour ensoleiller les jours les plus sombres. Ce n'était pas un tintement subtil glissé dans un souffle à peine perceptible. Il suivit Ororya dans la direction du bruit. La Dornienne s'essayait à faire la conversation en l'interrogeant sur les Iles d’Été, pour se rassurer peut-être, ou le rassurer, lui, mais il était surtout curieux à ce stade de leurs pérégrinations, et ne voyait nulle raison de s'en faire, si ce n'est pour l'état de ses précieux vêtements.

"Peut-on vraiment décrire la beauté ? Ou même la reproduire ? Je crois qu'il faut la ressentir. Je pourrais vous chanter les eaux turquoise des criques secrètes, les plages d'or blanc tranchant sur un ciel de saphir où des nuages légers comme de l'écume dérivent nonchalamment... je pourrais chanter les vallées luxuriantes où des fleurs grandes comme mes mains et des oiseaux plus petits que ma paume étalent des panaches de couleur enivrants, et les parfums puissants qui se mêlent sous les feuillages. Je pourrais chanter nos femmes élancées, vives coureuses à la peau d'ébène, aux doigts experts et aux lèvres chaudes comme le soleil de Jhala. Je pourrais chanter les chasseurs armés d'orcoeur, capables de toucher un paradisier en plein vol, les bateaux cygnes fendant l'onde avec une grâce muette, les jeux de lutte aux fêtes des esprits, la musique des temples et les palais ombreux et les villages de cases où gambadent des ribambelles d'enfants insouciants. Je pourrais vous chanter tout cela, et ce serait plus agréable qu'une fresque, mais ce serait encore un pâle reflet de cette beauté bariolée. Je pourrais chanter ses laideurs aussi, ses marécages trompeurs où dorment des serpents minuscules et mortels, ses tempêtes fracassantes et certains rites étranges qui s'accomplissent au plus noir de la nuit. Mais là encore, ce ne serait qu'un écho atténué. Je le ferai si vous voulez, un jour, si vous vous joignez à une collation musicale comme j'en donne de temps en temps avec mes bons amis. Mais si vous le pouvez, et si vous osez braver les périls de la traversée, mieux vaut visiter vous-même un jour les Iles d'Été."

Absorbé par cette évocation teintée de nostalgie, il avait oublié l'aspect déplaisant de leur situation. Du mouvement dans la pénombre, et bientôt des pleurs les amenèrent à un être vivant bien différent de celui qu'ils recherchaient et envers lequel Lady Ororya manifestait un certain ressentiment. Un enfant se révéla dans la lumière palpitante de la lampe à huile, pour s'éclipser aussitôt, non sans avoir marqué le capitaine d'un coup de dents féroce pour se libérer. Melexe empêcha celle-ci de tituber en arrière en posant ses mains sur ses épaules, puis ramassa la lampe dont la chute avait heureusement été amortie par une bonne couche de poussière et de détritus non identifiables. Parmi ces débris, un morceau d'étoffe attira son regard. Un lambeau de soie émeraude à broderies d'or, de style visiblement féminin. Il semblait être là depuis une éternité, et c'était comme un appel du passé, une énigme à lui posée depuis les profondeurs du temps. Sur une impulsion, attiré par la couleur vive et la préciosité de la chose, il le glissa dans sa poche avant de se tourner vers Ororya.
"Votre main..." dit-il avec une sincère préoccupation. Il tira de sa manche un mouchoir de linge blanc raffiné avec lequel il nettoya les perles de sang.

"Gardez-le au cas où cette égratignure continuerait à saigner. Un petit sauvage, en effet ! Si j'étais en mal de fantaisie je dirais qu'un sortilège a changé Chaktika en humain. Quoi qu'il en soit, nous ferions mieux de sortir ce garnement de là." Ce chenapan devait avoir quelque chose à se reprocher, puisqu'il fuyait au lieu de leur demander secours, et le prince était curieux de savoir quoi. Un petit espion ou voleur égaré ? La seule façon d'en savoir plus était de le retrouver.

Melexe ramassa son panier de biscuits déjà bien entamé, rendit la lampe à la jeune femme et l'entraîna avec lui un peu plus loin, l'oreille aux aguets, désormais coulé dans les attitudes et postures du chasseur qu'il restait même privé de son arc, et non plus celles du courtisan maniéré. Plus félin que délicat, l’œil vigilant et vif, silencieux comme il ne pouvait l'être en aucune autre circonstance, il arriva bientôt au pied d'une échelle vermoulue dont il inspecta les barreaux avec suspicion.

"Elle n'est pas très haute, mais sa solidité n'est pas assurée. Je vais monter en utilisant le moins possible les barreaux. J'avais l'habitude de grimper aux arbres étant jeune, je devrais m'en sortir." dit-il en souriant. Un singe ou un enfant pouvait passer l'obstacle sans risque, mais il en irait autrement sans doute de deux adultes, et il préférait être en haut pour aider sa comparse à se hisser si besoin. L'épreuve avait pour lui la saveur d'un jeu et il ne se rongeait pas les sangs, de toute évidence.

Les montants grincèrent lorsqu'il les empoigna, l'anse de son panier glissée et calée au creux du coude. Il y avait un mur derrière plein de fissures sur lesquelles il pouvait trouver des appuis et des prises quand l'échelle donnait des signes de faiblesse, progressant comme une araignée. Ce n'était rien de bien terrible, mais il fallait une certaine agilité que la danse, la chasse et la lutte lui avaient conférée. Au-dessus se profilait une ouverture comme une niche qui pouvait aussi bien donner sur un tunnel. Quel étrange endroit ! Il n'entendait que son souffle et le crépitement de la lampe, et peut-être de légers craquements là-haut, en plus du bois protestant et du grattement de ses doigts sur les prises. Une lueur ? Un reflet de la lampe dans l’œil d'un rat... ou d'un singe ? Il ramena les yeux sur l'échelle et poursuivit son ascension, songeant à part lui qu'il serait comique mais embarrassant de passer à travers une cloison en tombant et d'atterrir sur le lit de la Main... Lord Rivers n'apprécierait sans doute guère une entrée aussi peu protocolaire de la part d'un diplomate étranger...
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