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Aux petits maux les grands remèdes

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Vyrgil Vyrwel
Mestre

Général
Mestre destitué et noble déchu
Médecin des pauvres malgré lui

♦ Missives : 337
♦ Missives Aventure : 24
♦ Age : 38
♦ Date de Naissance : 25/09/1980
♦ Arrivée à Westeros : 10/05/2013
♦ Célébrité : James Callis dans 'Merlin & the book of beasts' © Front street pictures
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♦ Doublons : Alysanne Florent, Danelle Lothston, Lantheïa
♦ Age du Personnage : 38 ans
♦ Mariage : A priori, c'est cuit, mais sait-on jamais ?
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Message Sam 25 Mai 2013 - 19:04

La façade du dispensaire de la Main Tendue avait toujours été bancale, non, biscornue, se disait Vyrgil, à l'image des énergumènes qui le peuplaient. On y entrait par une porte de chêne presque toujours ouverte, surmontée d'un linteau de pierre pas vraiment d'aplomb, fissuré, où le lierre avait fait son nid. Des pigeons en rangs d'oignon s'ébattaient sur le toît et gloussaient en regardant les passants comme une bande de commères à l'heure des potins. Devant le palier traînait un chien à qui il manquait une oreille, un corniaud d'une couleur tirant sur le jaune paille, un peu pelé mais l'oeil encore vif, le museau couturé de cicatrices. Misère, l'appelait Vyrgil, mais jamais pour l'appeler - plutôt pour lui hurler de décamper. Combien de choses étaient tombées dans cette oreille unique toujours tendue aux portes du dispensaire, l'Aïeule seule le savait. On venait ici des rues de Culpucier toutes proches, ou des avenues mieux famées de Port-Réal pour un soin, un remède, une oraison funèbre parfois... jupons colorés et chausses passées, on voyait de tout dans cette allée. Même de la soie, quand Garlan était de passage, et c'était le cas ce jour-là.

« Des livres ? Je vais voir ce que je peux faire, mais Port-Réal n'est pas Villevieille, mon ami, il faudra t'y faire. »

Un éphèbe angélique. Voilà de quoi Garlan avait l'air. En l'observant, Vyrgil ne pouvait s'empêcher de penser à sa propre jeunesse qui s'enfuyait. Oh, certes, il n'avait jamais eu ce teint de pêche, ces longues boucles de miel, ces yeux à la fois sombres et doux que mettaient en valeur le rose corail de la chemise de soie, le brun ambré du pourpoint de cuir et le lustre crémeux d'un foulard fluide. Ses propres doigts étaient agiles et fins mais point aussi délicats et doux que ceux de Garlan, qui à trente ans semblait avoir trouvé le secret de l'éternelle jeunesse, peut-être parce qu'il était aussi rêveur et fantaisiste qu'un enfant. Le "patron", comme il aurait fallu l'appeler, et comme on ne l'appelait jamais, était une œuvre d'art en mouvement, un épargné de la banalité. Garlan, maître orfèvre et bijoutier, le "Cueilleur d'étoiles", que ses dons et son beau langage avaient fait homme aisé, aisance bien dépensée par la grâce de sa grande piété. Ce n'était pas lui qui avait fondé ce dispensaire, mais son père, riche marchand de pierres précieuses, et maintenant c'était lui qui en était le principal financeur, aidé par les dons de la population et des nombreux patients qui trouvaient ici de l'aide. Il ne se mêlait guère de la marche des choses, mais il venait de temps en temps, et il veillait au grain avec une chaleureuse bienveillance, à la mesure de sa gentillesse et de sa foi.

« Je sais, je sais, mais si tu pouvais mettre la main sur ces ouvrages, mon travail en serait considérablement facilité... un mestre, même déchu, a besoin de références. Nous nous tenons sur les épaules de géants, Garlan, et bien que je sois sans nul doute le plus grand expert en médecine que tu verras jamais ici, je reste éloigné des sommets de mon art tant que je ne puis m'appuyer sur le savoir de ceux qui m'ont précédé. » La voix du Vyrwel était onctueuse, un rien précieuse, complaisante avec soi-même sans le moindre doute. Comme il prenait plaisir à converser avec un homme éduqué ! Oh, bien sûr, Garlan n'était pas noble, mais il avait de belles manières et l'on ne pouvait le confondre avec un gueux. Parler avec lui, pour Vyrgil, c'était sentir le parfum du printemps dans la brise, en attendant l'été du retour en grâce, le temps où de nobles salons s'ouvriraient à nouveau à lui, où il retrouverait sa juste place dans la haute société.

« Je ne peux rien promettre, mais j'essaierai, mon ami... Je dois retourner à mon atelier maintenant, si tu veux bien m'excuser. Prenez soin de vous, Vyrgil, Egan... »

« Prends soin de toi, Garlan. » répondit Vyrgil en inclinant la tête avec courtoisie. Un « Humph ! » lui fit écho du côté de la fenêtre, devant laquelle était assis, ou plutôt avachi, Egan le prieur. Une gourde à la main, la mine longue comme un jour sans pain, le jeune homme évita leur regard et continua d'observer ce qui se passait dehors tandis que Garlan s'en allait. « Tiens, Misère a trouvé un os. Doit être un os de rats. » Vyrgil soupira et s'affaira à balayer l'entrée. Egan ne faisait jamais de commentaire heureux. Pas étonnant qu'il ait abandonné son apprentissage de septon. Certains prétendaient qu'il avait eu peur de faire voeu de chasteté, mais Vyrgil le connaissait assez pour imaginer des motifs différents. Egan savait réciter correctement les principales prières, et citer quelques saintes paroles en lien avec la mort ou la guérison - surtout la mort, en fait - mais c'était là son seul point commun avec un religieux digne de ce nom. La plupart du temps, c'était juste un jeune paumé qui vivotait de travaux ingrats et habitait chez ses parents. Vyrgil se disait toujours que les gens devaient avoir une sacrée foi pour se sentir réconfortés par sa présence. Ses prières monocordes et ses réflexions pessimistes n'avaient rien de très rassérénant. Ses jérémiades quotidiennes à propos de tout et de rien, de la pluie aux mouches en passant par l'odeur des patients, avaient fini par devenir une sorte de bruit de fond pour le Vyrwel qui ne l'entendait même plus les trois quarts du temps... comme quoi, on s'habitue à tout.

« La journée a été plutôt calme. Plus un chat à cette heure... je devrais peut-être en profiter pour passer chez l'herboriste. » Un grommellement de freluquet mal embouché lui répondit. Il regarda à nouveau Egan. On aurait un vieux croulant dans un corps trois fois trop jeune pour lui. Il lui rappelait ces maudits Archimestres à la longue face qui l'avaient destitué, avec leurs tristes mines, comme taillées dans les coulées de cire de leurs bougies - les innombrables bougies qui éclairaient leurs veillées solitaires. Ces cadavres vivants du Conclave qui l'avaient défroqué au prétexte qu'il ne se contentait pas de se tripoter le bilboquet dans l'obscurité de sa cellule. Ces faquins qui, faute de se rappeler l'usage dudit bilboquet, condamnaient quiconque refusait de suivre la même voie ! Quel vœu inepte ! Croyaient-ils donc pouvoir retenir les esprits les plus brillants de ce monde en exigeant d'eux le sacrifice de leur virilité ?

Vyrgil se rappelait avec aigreur de son jugement, durant lequel le désespoir et la panique lui avaient fait perdre contenance. Il avait supplié, puis invectivé les Archimestres de la manière la plus éloquente, superbe et ridicule dans sa lâcheté, théâtral dans sa déconfiture, un orateur fier, un prince défait sous les tomates pourries et les quolibets - métaphoriquement parlant. Aujourd'hui encore il ne pensait jamais sans acrimonie à cette première déconvenue magistrale, qui avait été le début d'une longue série d'avanies et de déceptions. Un jour, à nouveau, un noble le saluerait avec respect, et l'appellerait Vyrwel... mais pour l'heure, il devait supporter la compagnie d'un gamin décati avant l'heure qui ne daignait même pas l'appeler par son prénom, ou même lui répondre par une phrase articulée. Allons donc ! Cette journée n'avait-elle rien de plus à lui offrir ? Peut-être, songeait-il, pourrait-il aller en douce dans cette maison près de la boutique de l'herboriste, où vivait une beauté brune fort accommodante - nettement plus que son rustre d'époux, en tous les cas...


Thème musical : La Marche Turque ~ Mozart
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Corwin Rogers
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"Tel le vent, semer la graine aux quatre coins de Westeros"

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Message Dim 26 Mai 2013 - 23:38

Corwin n'avait pas passé beaucoup de temps à Amberly depuis son retour de la traque de la Bête, dans le Bois-du-Roi. Il avait bien des choses à voir dans la capitale, et il avait donc repris la route sans trop tarder avec une troupe d'hommes et son fils aîné, Alban. Depuis quelques temps, il était en tractations avec diverses familles afin de trouver une épouse à son fils. Il cherchait également à placer ses autres enfants. Certains avaient largement plus que l'âge, mais d'autres préoccupations étaient passées avant celles-ci. Son frère, lord Allan, lui laissait toute latitude pour marier ses enfants, se contentant de veiller à la dimension politique des alliances qui pouvaient se nouer. Le chevalier s'était donc rendu à Port-Réal, la bride sur le cou, afin d'y rencontrer un seigneur qui cherchait à marier sa fille. Une rencontre en personne serait toujours plus efficace qu'un échange de corbeaux...
La chose s'était plutôt bien passée, même si Corwin ne s'était pas avéré entièrement satisfait de la probabilité d'alliance. Il cherchait avant tout à lier sa famille de façon avantageuse à d'autres, et le seigneur en question s'était révélé être un homme plutôt mou et dénué d'ambition. Pas un mauvais bougre, mais pas non plus le type d'homme à apporter les intérêts que le chevalier recherchait. Sous un échange d'amabilités d'usages, l'entreprise en resta là. La troupe n'avait plus qu'à rentrer à Amberly, mais auparavant, il y avait encore quelques petites emplettes à faire. La capitale offrait une foultitude de marchands de tous poils, et cela valait la peine de jeter un œil aux nouveautés.

Malheureusement, ce fut à ce moment-là que les choses se gâtèrent. Alors qu'Alban montait en selle, une troupe de gamins des rues passa entre les jambes de son cheval, effarouchant l'animal par leurs cris, leurs gestes brusques et leur vivacité. L'animal jeta son cavalier à terre, cherchant à fuir ce qu'il prenait pour un danger. Le jeune Rogers se remit bien vite sur pieds, mais les rênes qui s'étaient entortillées à son poignet lui causèrent grand dommage alors que le destrier usait de toute sa force. Bien vite maîtrisé, il se calma, mais le mal était fait. Il ne fallu pas bien longtemps pour que le poignet d'Alban enfle, devenant d'une couleur oscillant entre le rouge et le bleu, avec une douleur lancinante. Une entorse ou quelque chose de ce genre, probablement, mais cela ne pouvait pas rester dans cet état, sans soins. Bien que ce ne soit pas la main d'épée du jeune homme qui soit concernée, il devait être capable de se servir de ses deux mains pour combattre. En tant que chevalier, c'était essentiel...
Connaissant bien la ville, Corwin mena sa troupe jusqu'au dispensaire le plus proche. Cela lui permettrait peut-être de dénicher quelques remèdes utiles, notamment certains pour les femmes enceintes. Son épouse lui avait fait la surprise de lui annoncer une nouvelle grossesse après bien des années sans enfant, et puisqu'elle n'était pas toute jeune pour supporter ce genre d'évènement, il allait chercher ce qu'il pouvait pour faciliter les choses. Bien que, il fallait l'avouer, après six accouchements réussis, les naissances se passaient généralement vite et sans trop de problème...

Il n'y avait pas foule qui se pressait dans le dispensaire, à cette heure. Un chien famélique semblait servir de sentinelle, encore qu'il n'avait pas l'air d'appartenir à qui que ce soit. Corwin n'était jamais venu en personne se faire soigner ici, il visait généralement des endroits plus... cossus. En revanche, certains de ses hommes y étaient déjà venus pour des choses bénignes, récoltées après quelque rixe de taverne ou altercation sans importance. Il mit pied à terre, entraînant Alban à sa suite, ses hommes restant devant l'échoppe pour garder les chevaux. Il n'y avait que deux personnes à l'intérieur : un homme barbu, visiblement pas beaucoup plus jeune que lui, et un adolescent à peine plus qu'un gamin. La salutation du chevalier fut de rigueur, sans exagération. Nul besoin de faire des courbettes, ici. A qui, de toute façon ? Avisant le barbu, qu'il savait être le guérisseur de par les récits de ses hommes, le chevalier lui fit part sans ambages de sa demande.


« Je me nomme Corwin Rogers. Je suis venu ici faire examiner et soigner mon fils. Nous venons d'Amberly, et la route jusqu'à notre fief sera encore longue, et potentiellement dangereuse. Une mésaventure avec un cheval lui a valu cette blessure au poignet, qui risque fort de l'handicaper.

D'un signe de la tête, il désigna Alban au barbu. Il s'était laissé dire que la rumeur le prétendait anciennement mestre de la Citadelle, une question qui serait à creuser. Pour cela, il ne fallait pas mettre le bonhomme dans de mauvaises dispositions, et mettre de côté sa propre contrariété. L'accident s'était quand même révélé d'une bêtise irréfutable ! Sans un mot, Alban s'approcha, tenant son poignet blessé contre lui avec précaution. Il ne montrait pas sa souffrance, mais elle se lisait dans ses yeux. Toujours silencieux, il se laissa examiner, les dents serrées.

- Son poignet est resté empêtré dans les rênes alors que la bête s'affolait. Des gamins des rues qui ont pensé amusant de se jeter dans ses jambes... Cela aurait pu bien plus mal tourner, sans doute, mais la situation est déjà bien fâcheuse... Pensez-vous qu'il gardera des séquelles, ou qu'il pourra se battre et agir comme auparavant ? Pour un chevalier, se retrouver handicapé d'une main est quelque peu embêtant... »

S'il s'agissait d'une entorse, il ne s'en faisait pas trop. Lui-même en avait déjà eues dans sa vie, et tout s'était bien passé. Bien sûr, il fallait prendre en compte le fait qu'il était un homme robuste... Peut-être un brin plus que son rejeton, qui était moins charpenté. Quelque chose qui lui venait de sa mère. Néanmoins, Corwin n'avait aucun moyen de savoir si c'était une simple entorse ou autre chose. Son domaine était d'infliger les blessures, et non pas de les guérir ! Laissant le barbu à son examen, il fit quelques pas dans le dispensaire, son regard céruléen et aiguisé se promenant un peu partout, à la recherche de tout et de rien. Il ferait ses demandes spécifiques de remèdes un peu plus loin des oreilles indiscrètes, celles de son fils comprises...


Nulles ténèbres pour le cœur valeureux.

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Vyrgil Vyrwel
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Message Mar 28 Mai 2013 - 18:23

Corwin Rogers. N’est-ce pas une chose délectable qu’un nom ? On se rend jamais mieux mieux compte de sa valeur, de sa saveur qu’à l’instant où l’on ne peut plus s’en targuer. Le nom de Vyrwel lui avait servi dans sa prime jeunesse de bouclier et d’étendard, avant d’être remplacé par un titre de mestre. Un échange en fausse monnaie, il se l’était souvent répété par la suite. Quel bien cela lui avait-il fait de troquer son nom de naissance, son nom de famille, son nom noble, contre une allégeance stupide à la Citadelle et sa clique de barbons vaticinants ? Aujourd’hui il ne pouvait plus se prévaloir de l’un comme de l’autre. Il n’était plus que Vyrgil, aux yeux de tous. L’envie de hurler ses origines était plus forte, plus insidieusement tentante que celle d’arborer ostentatoirement les maillons de sa chaîne brisée. Mais comme cette relique de son ancienne vie, son nom demeurait au fond d’un tiroir fermé à clé, interdit d’accès. Dans l’absolu, il aurait pu le proclamer. Mais à ses risques et périls : il savait que son frère ne l’avait pas oublié et il ne tenait pas à voir Bryce rappliquer à Port-Réal pour l’agonir de remontrances perfides sur ses manquements envers sa Maison, voire lui administrer une correction au prétexte qu’il aurait usé publiquement de ce nom, alors que la Maison de la Vouivre n’avait plus que mépris envers lui, le rebut de sa génération...

Courait-il un réel danger ? Cela n’avait guère d’importance : dès lors que l’éventualité existait, Vyrgil n’était pas homme à la négliger. Comme si sa prudence pouvait conjurer le mauvais sort ! Il s’accrochait toutefois à cet espoir. En s’enterrant ici, il tentait de se faire oublier, jusqu’au moment où le destin lui offrirait la chance d’évoluer à nouveau en pleine lumière, paré des attributs de son rang. Ce temps, il l’escomptait, viendrait quand Bryce serait assez occupé par ses machinations pour ne plus se soucier des secrets détenus par son frère, quand il aurait rangé dans un coin reculé et poussiéreux de sa mémoire le visage de ce mestre déchu qui avait jeté la honte sur leur blason. Bientôt, peut-être ? Bon sang ! Il en serait presque venu à rêver d’une bonne petite rébellion Feunoyr pour monopoliser l’attention de son aîné, mais c’était sans doute trop demander au destin, et d’ailleurs, qui sait si cela n’aurait pas ramené Lord Vyrwel à Port-Réal ? De vagues rumeurs couraient sur une soi-disant sédition brutalement réprimée, mais des rumeurs, il y en avait tant que Vyrgil préférait s’abstenir d’en croire une seule. Sans quoi, il aurait aussi bien pu soupçonner ce Corwin Rogers d’être Aigracier déguisé, complotant dans la capitale même pour renverser le roi ! Eliminer l’impossible, et s’en tenir aux faits, tel était son credo.

« Messire Rogers, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue dans ce modeste dispensaire dont j’ai la charge. En quoi puis-je vous être utile ? » Il ne se privait pas, à défaut de parader dans les couleurs de sa Maison, d’user et d’abuser du langage maniéré qui avait toujours été le sien. Il ne se comportait jamais en homme du peuple, mais habituellement personne ne l’imaginait noble pour autant, en dépit de ses efforts vestimentaires. Sa physionomie n’était plus aussi délicate qu’autrefois, et le décor dans lequel il évoluait, sans parler du tablier tâché, du balai et de ses mains usées par les tâches et corvées quotidiennes, suffisaient largement pour le ranger sans hésiter dans la catégorie des simples manants, tout au plus des roturiers bien lotis capables de se payer une tunique correcte une fois par an. Un esprit méfiant, observateur et perspicace aurait pu déceler les dissonances entre son comportement et son allure générale, mais Corwin avait-il un quelconque motif d’étudier en détail un simple guérisseur des pauvres ?

Frustré de ne pouvoir se révéler, comme toujours, Vyrgil fit contre mauvaise fortune bon cœur en se rappelant que l’homme qui lui faisait face n’était sans doute pas un haut personnage, et que lui-même n’avait jamais porté dans son cœur les chevaliers et autres armoires ambulantes porteuses de lames au tranchant effilé. Il y avait bien eu quelques exceptions comme ce Pryam qui l’avait secouru dans sa détresse sur les chemins, mais sa répulsion viscérale pour les combattants de métier n’avait pas disparu pour autant. Il y avait comme un fossé entre lui et eux. Un fossé rempli de piques. Vyvy ne sait pas tenir une épée… vous croyez qu’il sait mieux tenir sa queue ? Baissons-lui les chausses et voyons s’il arrive à pisser comme un homme ! Il arracha de ses pensées le souvenir décoché par sa mémoire envahissante, aux incursions aussi imprévisibles et indésirables que celles de la Flotte de la Seiche dans le Bief, ou de la main d’un septon sous la robe d’un novice, comme aurait dit Egan. Son patient était devant lui et Corwin avait annoncé sa requête, il avait du pain sur la planche et peu de temps à perdre en réminiscences douloureuses.

« Une blessure au poignet, dîtes-vous… » Il invita le fils du noble à s’asseoir sur un banc, retroussa sa manche et exposa son bras à la lumière qui tombait des fenêtres, le manipulant avec précaution. Egan s’était retiré en marmonnant quelque chose dans sa barbe, si tant est que les poils qui se battaient en duel sur ses joues puissent mériter ce nom, et observait telle une araignée leurs échanges. C’était une chance que tout soit aussi calme, songeait Vyrgil, de sorte qu’il pouvait se concentrer sur ce cas. Il espérait que la vieille Deirdre ne choisirait pas ce moment précis pour venir lui tanner les oreilles de ses maux imaginaires. Il n’avait jamais vu une grand-mère en si bonne santé, mais il fallait qu’elle s’ausculte à tout propos avec une méfiance qui était peut-être la seule chose maladive chez elle. Elle était passée la veille et repartie avec une prescription inoffensive contre les flatulences, peut-être jugerait-elle prématuré de revenir déjà aujourd’hui ? La patience de Vyrgil avait ses limites, même ou surtout avec les vieilles dames. Et il n'avait aucune envie à cet instant d'en faire la preuve. Tout en examinant le poignet du jeune homme, il interrogea celui-ci pour former son diagnostic.

« Quels symptômes avez-vous éprouvés au moment du traumatisme ? Avez-vous entendu un craquement au moment où votre poignet a été tordu ? Au bout de combien de temps le gonflement est-il apparu ? Avez-vous pu continuer à l'utiliser ou la douleur était-elle trop forte ? »

A mesure que le patient lui répondait, il hochait la tête d'un air pensif et poursuivait son examen. Finalement il décréta : « Une entorse bénigne, je dirais. N'utilisez pas votre poignet pendant un certain temps et portez une attelle. Je vais vous en confectionner une... mais d'abord, je vais appliquer un baume à base de menthe qui donnera un effet de froid et soulagera la douleur. » Ce qu'il fit après avoir farfouillé dans ses fournitures pour en sortir le matériel adéquat. L'application du baume fut délicate et la pose de l'attelle rapide, habile, par la force de l'habitude. « Repos absolu de l'articulation pendant trois semaines. Ensuite, si vous ne sentez plus de douleur, commencez immédiatement à faire travailler votre poignet, mais en douceur surtout, progressivement. elle sera raide au départ et affaiblie, mais vous retrouverez peu à peu sa flexibilité et ses pleines capacités si vous ne forcez pas. Il faudra être patient si vous ne voulez pas avoir à nouveau des problèmes, ne vous précipitez pas sur votre épée après avoir enlevé votre attelle. »

Ces conseils dispensés, il se tourna vers Corwin. « Il se rétablira s'il suit mes instructions, Messire. » Vyrgil s’adressait à lui avec un ton qui sans être servile couvait un respect inconditionnel. Même tombé en disgrâce, il gardait ancré en lui un profond respect des autres nobles et le sentiment de se trouver avec les siens en pareil voisinage. Pourtant, ces dernières lunes, ses relations avec la roture avaient pris une nouvelle tournure, l’incitant à réviser l’opinion selon laquelle la compagnie des gens de peu ne présentait aucun intérêt pour une personne de son éducation. Il avait même tissé avec certains membres de cette caste ingrate quelques relations prétendant au titre d’amitiés, ce qui ne laissait pas de l’ébaudir. Un danseur d’eau de Braavos et un réître – un réître, juste ciel ! – avaient conquis sa sympathie au point de le convaincre de partager avec eux des plaisirs, hum, tavernicoles. De là à considérer les communs comme sa nouvelle famille, il y avait un pas qu’il esquivait encore agilement…

« Si je puis encore vous être d'une aide quelconque, n’hésitez pas, Messire. Je serais ravi de pouvoir rendre service à une personne de qualité. »


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Corwin Rogers
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Message Sam 1 Juin 2013 - 17:01

Lorsque le barbu s'adressa à lui, Corwin nota une aisance de la parole qu'il n'avait encore jamais rencontrée chez les manants. Et c'est dire s'il en côtoyait couramment ! Entre les domestiques d'Amberly, les paysans qu'il visitait régulièrement pour l'entretien du fief, les gueux moins recommandables qui traînaient à Port-Réal, et les nombreuses catins qu'il avait rencontrées... Non décidément, celui-là ne parviendrait pas à lui faire croire qu'il était né dans quelque trou à rats de Culpucier. Cela lui fit légèrement froncer les sourcils, mais après tout, quelle importance ? Il avait beau avoir flairé quelque chose de caché sous la tenue modestes et les mains calleuses, pour l'heure, son esprit était affairé à toute autre chose. Il chassa donc les questions qui se pressaient dans son esprit, comme celle qui consistait à déterminer s'il venait d'un milieu roturier aisé, s'il était bâtard ou, folle idée, carrément issu de la noblesse.
De son côté, Alban se laissait examiner avec une moue contrariée. De temps à autres, lorsque la manipulation qu'il subissait lui faisait mal, il laissait échapper un léger rictus de douleur. Le guérisseur se mit alors à le questionner afin de déterminer ce qui lui était arrivé. Le chevalier adressa un regard lourd de sous-entendus à son rejeton, lui faisant nettement comprendre qu'il devrait ravaler sa fierté et répondre franchement, sans quoi il risquait fort de se retrouver handicapé d'une main... et de goûter au courroux paternel. Avec un soupir, le jeune homme répondit aux questions qui lui étaient posées.


« Il n'y a pas eu de craquement, non, juste une forte douleur et une torsion. Le gonflement est apparu assez vite, et j'ai évité de me servir de cette main car bouger le poignet est trop... douloureux.

Il semblait que le simple fait d'énoncer ces mots était déjà un supplice pour lui, comme une blessure à son orgueil. Il avait été fait chevalier, et normalement, un homme de cette stature devait savoir endurer bien pires douleurs que celles-là. La preuve en était par exemple lord Baratheon, qui semblait ne jamais souffrir d'aucun mal... Mais il suffisait de jeter un regard sur les yeux humides d'Alban pour se rendre compte qu'il souffrait, drapant tout cela sous un masque imperturbable et maussade.
Le barbu finit par énoncer son diagnostic. Une simple entorse, tout ce qu'il y avait de plus bénin. L'homme alla chercher de quoi confectionner un onguent qu'il appliqua sur le poignet gonflé et tuméfié de son patient. L'odeur fraîche qui s'en dégagea était plutôt agréable, totalement due à la menthe qui composait le baume. C'était plus agréable que les senteurs nauséabondes des rues mal famées, au dehors... Après cela, le guérisseur confectionna une attelle qu'il plaça sur le membre blessé, puis il donna ses recommandations. Ces dernières n'avaient rien d'agréable à entendre pour Alban, il suffisait de lire l'expression de son visage pour s'en rendre compte. Quand le barbu se tourna vers lui, Corwin hocha la tête d'un air détaché.


- Oh, il suivra ces conseils, ne vous en faites pas. J'y veillerai. Je suppose que cela signifie également que ce soir, il devra faire une croix sur les maisons de passe et plutôt s'intéresser à son lit.

Encore de quoi contrarier son rejeton, mais ce n'était pas plus mal. Comment pouvoir décemment le présenter sous un bon jour en tant qu'époux valable s'il avait déjà la réputation de courir les bordels sur tout le trajet d'Amberly à la capitale ? Un brin de chasteté lui ferait du bien, même si cela le rendrait d'une humeur massacrante... On aurait pu penser que son père était bien mal placé pour lui prescrire un tel comportement, mais aussi difficile que cela puisse être à croire, le chevalier savait faire preuve d'abstinence lorsqu'il le fallait. Encore une chose qu'il avait apprise avec l'âge, mais lorsqu'il était aussi âgé que son fils, la simple idée de brider ses désirs l'aurait fait hurler...
Le barbu lui demanda alors s'il pouvait encore quelque chose pour lui, ses paroles étant pleine d'une déférence bienvenue. Du respect, certes, mais pas celui, servile et aveugle, d'un vulgaire gueux, plutôt celui d'un... difficile à dire. Une chose était certaine, il ne se comportait pas en roturier, pas exactement. Encore une fois titillé par cette impression, Corwin écarta à nouveau ces questionnements pour lui répondre. Le fait été que, oui, il pouvait encore lui être d'une aide certaine.


- Je pense que vous pouvez encore m'aider, en effet. Mon épouse est enceinte, pour la septième fois au moins. Toutefois, elle n'est plus dans sa prime jeunesse, car elle a déjà trente-sept ans, et cette grossesse lui est pénible. Peut-être aurez-vous quelque chose pour la soulager ?

Et le soulager lui, par la même occasion. Si un quelconque traitement pouvait faire en sorte qu'Elen cesse de souffrir de son dos, ou de toute autre partie de son corps, et lui redonner un brin d'énergie, il serait un homme comblé de ne plus avoir à subir son abattement placide ou ses plaintes, même justifiées. Le pire dans l'affaire, c'était sans doute qu'elle était heureuse de son état malgré les désagréments qu'elle avait à supporter. C'était une brave femme, on ne pouvait le nier, peut-être même trop bonne pour le chevalier...
Mais il avait aussi quelques autres petites choses à chercher, qui concernaient cette fois une femme qui n'était pas son épouse. De fait, il allait demander quelques traitements pour lady Rebecca Staedmon, sa maîtresse, qui souffrait de ne pas pouvoir donner le jour à un nouvel enfant bien vivant. Se tournant vers son fils qui s'était relevé et examinait l'attelle qu'on lui avait posée, comme pour évaluer son efficacité, il le congédia sans attendre.


- Alban, va m'attendre dehors avec les hommes et les chevaux. J'ai des affaires personnelles à traiter ici, qui ne te concernent pas.

Le jeune homme ne chercha même pas à discuter, et il obtempéra sans attendre. Il ne se mêlait jamais des affaires de son père, une chose qu'il avait apprise. La paternité de son géniteur avait ses limites, dans le sens ou son seuil de tolérance une fois atteint, il était capable d'infliger de bonnes corrections. Alban en conservait encore le souvenir, lorsqu'il avait eu l'impudence de mal se comporter, dans son enfance, ce qui avait laissé dans son esprit le souvenir avisé de ne jamais trop s'opposer à son père.
Lorsqu'il fut sortir, Corwin se retourna vers le guérisseur, satisfait. Son regard accrocha un instant l'autre jeune homme à l'air maussade qui traînait dans les coins du dispensaire, et il tenta d'évaluer la menace qu'il pouvait représenter. Toutefois, puisqu'il ne donnerait ni noms ni justification pour ses achats, il considéra qu'il ne devait pas risquer grand-chose. Même s'il achetait une potion de fertilité, cela pouvait être pour un proche. Il en avait ramené un flacon, des années plus tôt, pour l'épouse de son frère, et les Sept savaient combien elle en avait eu besoin pour donner un héritier vivant à Amberly ! Il n'aurait pas été jusqu'à dire resplendissant de santé, ça non... Néanmoins, lorsqu'elle avait pris ce traitement, il s'était avéré que les efforts du couple avaient fini par payer.


- Avez-vous quelque chose pour soulager une femme enceinte, alors ? »


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Vyrgil Vyrwel
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Message Lun 3 Juin 2013 - 15:27

Une fois son fils soigné et les recommandations de Vyrgil dispensées, Corwin Rogers décréta que lesdites recommandations seraient suivies sous sa tutelle vigilante, et se fendit d’un commentaire désobligeant quant aux projets contrariés du blessé. Des maisons de passe, hé ? Vyrgil restait quelque peu déconfit du naturel avec lequel ce noble parlait de ce qui lui avait valu, à lui, la déchéance. N’était-ce pas dans le lit d’une courtisane qu’avait commencé son voyage jusqu’aux bas-quartiers de Port-Réal ? L’homme ne semblait pas approuver le comportement de son fils, mais il ne s’en émeuvait pas suffisamment pour bannir cette mention de ses propos en public. Ah ! Cet homme-là n’était pas un lécheur d’étoile à sept branches, assurément, ni un moralisateur farci de vertu. C’était aussi bien. Vyrgil avait suffisamment fui les regards contempteurs de Bieffois scandalisés par ses frasques. La Maison Rogers, de toute façon, n’était pas du Bief. Riveraine ou Orageuse, peut-être ? Il n’était plus bien sûr. Il jouissait d’une excellente mémoire mais n’avait jamais beaucoup approfondi sa connaissance des familles nobles des Sept Couronnes, hors des vertes contrées. C’était l’affaire de ses frères, le Lord et son conseiller, non d’un mestre.

Quoi qu’il en fût, ce noble n’en avait pas fini avec lui. Lorsqu’il évoqua sa femme enceinte, Vyrgil fronça les sourcils. N’était-il pas curieux que cette requête lui fût adressée à lui, un guérisseur des pauvres, quand ce Corwin devait disposer d’un mestre qualifié au château des Rogers ? Il était par ailleurs inimaginable que l’épouse en question ait suivi son époux en voyage dans l’état qui était le sien. Il y avait donc bien là quelque chose de suspect… Corwin était-il brouillé avec Lord Rogers au point que celui-ci lui défende de vivre sous son toît ? Ou bien cette demande n’était-elle qu’un prétexte pour amener une question plus subversive ? Cette dernière hypothèse s’imposa lorsque le noble intima à son fils de quitter les lieux. Néanmoins Vyrgil était bien en peine d’en deviner davantage, et ne voulait même pas s’y risquer. La dernière fois qu’il avait deviné les véritables motifs d’une commande venue d’un autre aristocrate, cela avait débouché sur la découverte d’un meurtre et sur sa propre débandade loin de Noirvallon. Il traînait toujours sa culpabilité comme un poids mort, littéralement comme si le cadavre de la victime était attaché à ses chevilles par une chaîne d’acier valyrien. Maudit Bryce… maudit soit son aîné qui l’avait embrigadé dans ses plans funestes ! N’aurait-il pas dû sentir que quelque chose clochait ? N’aurait-il pas dû poser des questions difficiles au lieu de se complaire dans un confortable silence ? Est-ce que cela aurait seulement changé quoi que ce soit ? Il aurait pu me forcer à lui obéir… il n’aurait peut-être pas hésité à me menacer de mort moi aussi, son propre cadet… Mais il ne le saurait jamais bien sûr… le courage de se confronter à la réalité, à son frère, lui avait fait défaut. Sa révolte tardive et son départ final n’avaient été que des sursauts d’honorabilité accentués par la crainte des retombées potentiellement dangereuses de cette affaire, et non un élan de bravoure vertueuse et justicière. Vyrgil n’était que Vyrgil. Il ne serait jamais un héros, pas même un héros de l’ombre. Et il acceptait sa propre couardise dans la mesure où elle lui permettait de rester en vie, amoureux comme il l’était des petites comme des grandes choses que l’existence avait à lui offrir.

En tout cas, il n'avait pas l'intention de cuisiner ce noble-ci sans une excellente raison. Il se contenta donc de traiter la demande formulée, sans chercher plus loin. « Le repos et les activités douces restent les meilleurs des soins pour une femme enceinte, encore qu’en certaines contrées exotiques on professe qu’il soit bon de les préparer à la délivrance par des exercices aussi intenses que la coupe du bois… pour ma part, si je considère que la vigueur est une chose saine chez une future mère, j’estime qu’elle doit s’acquérir avant la grossesse et s’entretenir avec modération durant la gestation, en restant attentif aux signes de fatigue. Naturellement cela ne résout pas les multiples inconforts de cet état, et de ce point de vue la médecine peut être de quelque secours, bien que l’usage de remèdes internes doive être limité compte tenu des effets secondaires potentiels de toute décoction à visée curative. » Après ce cours somme toute inutile – les vieilles habitudes ont la vie dure - il en arriva au sujet de la prescription. « Il m’a été signifié que pour apaiser les douleurs musculaires, ce baume à base de menthe que je confectionne est souverain, mais je devrais en adapter la composition pour une femme enceinte… la lavande et le poivre des Iles d’Eté devraient présenter moins de risques de toxicité. Quant aux désagréments d’ordre digestif, je dispose de diverses poudres à diluer qui peuvent être consommées sans risque pour les soulager. N’attendez nul miracle toutefois, le courage de votre femme sera mis à l’épreuve. Enfanter est toujours un défi et l’âge amoindrit la résistance physique, hélas. » Il inclina la tête avec compassion puis joignit les mains en clocher. « Tout ceci demandera quelque préparation et des ingrédients dont je ne dispose pas mais que je puis me procurer rapidement. Si vous êtes encore à Port-Réal demain, il me sera possible de vous concocter un éventail de remèdes adaptés. Il me faudra également connaître certains détails sur votre épouse pour évaluer le dosage dont elle aura besoin. Sa… taille, sa, hum, corpulence… » Il hocha la tête et d’un air désolé poursuivit : « Bien sûr, tout ceci a un coût. » Il annonça une somme qui se chiffrait en cerfs d’argent, rien de mirobolant mais une petite somme tout de même. « Nous accordons des soins d’urgence aux nécessiteux et nous ne pouvons entamer sans contrepartie nos réserves pour ceux qui peuvent bénéficier des services d’un mestre en titre, vous comprenez. » Il en était visiblement navré, mais c’était inévitable ; si les gens aisés commençaient à mendier les soins d’un dispensaire, où iraient les plus pauvres ? Non que cela aurait dû le préoccuper, et il se disait au fond de lui que c’était Garlan, au premier chef, qui y trouverait à redire, mais peut-être était-il lui-même plus sensible à cette cause qu’il ne l’imaginait… « Est-ce le seul… souci pour lequel vous souhaitiez me solliciter ? »


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Corwin Rogers
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Message Dim 9 Juin 2013 - 21:41

Lorsque le barbu commença par donner quelques petites instructions sur les activités idéales d'une femme enceinte, Corwin l'écouta avec la sensation grandissante d'avoir affaire à quelqu'un de trop cultivé pour le milieu dans lequel il évoluait, et pour l'apparence qu'il avait. D'un point de vue purement objectif, il se moquait un peu de la vie de son interlocuteur, mais il aurait été bon d'avoir un allié dans ces lieux. S'il se révélait capable de produire des mixtures efficaces destinées à Rebecca... Etre « proche » de lui pourrait s'avérer utile. Il avait entendu dire que l'homme était un mestre déchu, ce qui expliquait l'étendue de ses connaissances. Pour tout dire, le chevalier n'avait pas franchement pris la peine d'observer s'il y avait là une quelconque trace de maillons d'une chaîne brisée, mais cela pourrait expliquer cette diction si particulière, cet air plus noble sous la crasse.
Un léger sourire en coin vint étirer ses lèvres à la mention d'une femme enceinte coupant du bois. Il imaginait bien mal son épouse en pareille posture, et l'image qui s'imposait à son esprit était pour le moins cocasse ! Elen était une femme douce et agréable, avec une vigueur certaine puisqu'elle avait mis six enfants au monde et en attendait un septième, mais bien loin d'être taillée pour ces travaux hautement physiques... En tous les cas, son épouse pratiquait largement le repos et les activités douces que le barbu recommandait. Son temps était partagé entre la broderie, la lecture, le chant, et tant d'autres choses que son mari appréciait modérément. Certes, il ne boudait pas une lecture profitable et enrichissante de temps à autres, mais il n'était pas fait pour rester indéfiniment en place à ne rien faire.

L'homme poursuivit sa longue tirade, en venant à se montrer plus explicite sur les remèdes qu'il comptait préparer. Après quoi, il annonça qu'il n'avait pas tout ce qu'il lui fallait dans son dispensaire, mais qu'il pourrait lui apporter le remède le lendemain, s'il était toujours dans la capitale.


« Je devrais être toujours sur place demain, je pourrai passer ici pour chercher les remèdes. Sans doute cela aurait-il été plus simple si mon épouse avait été là pour que vous puissiez la voir de vous-même, mais je vais essayer de vous la décrire. Elle est légèrement plus petite que moi, sa tête m'arrive un peu au dessus de l'épaule. C'était une femme assez menue lorsque nous nous sommes mariés, mais avec des hanches larges. Elle n'a guère pris de poids depuis tout ce temps, mais ses grossesses l'ont légèrement élargi. On ne fait pas passer six enfants sans contrepartie, sans doute...

Par des gestes, Corwin aida l'ancien mestre à comprendre comment pouvait être Elen, physiquement. Ironie du sort, il aurait pu sans le moindre mal décrire les mensurations de Rebecca avec une fidélité impressionnante, mais les informations étaient plus vagues dans son esprit concernant son épouse. Probablement parce qu'il s'acquittait occasionnellement de son devoir conjugal de façon plus machinale qu'intéressée, et qu'il avait depuis des années le même regard sur sa femme, ce qui ne lui permettait guère de suivre son évolution corporelle dans les moindres détails. En somme, il connaissait mieux la femme d'un autre que la sienne !
L'air un peu gêné, le barbu annonça que la confection des remèdes ne serait pas gratuite. Le chevalier ne s'était pas attendu à moins, et la somme demandée était somme toute parfaitement raisonnable. Récemment enrichi par ce que lui avait rapporté la traque de la Bête, il n'avait pas vraiment de soucis d'argent. Par ailleurs, cela n'avait jamais réellement été un problème pour lui... Il était un homme plein de ressources.


- Ne vous en faites pas, vous aurez votre argent. J'espère que vos remèdes seront plus efficaces que ceux du mestre d'Amberly. Des années auparavant, ses décoctions et autres préparations fonctionnaient parfaitement sur mon épouse, mais elle semble y être devenue réfractaire pour cette grossesse-ci. D'où pour moi la nécessité de trouver quelque chose ailleurs. Des remèdes exotiques ou originaux venus des marchés et des dispensaires de Port-Réal ont parfois rencontré beaucoup de succès dans ma famille, et c'est pour cette raison que je me suis tourné vers vous.

Ou plutôt, pas exactement. Il aurait pu choisir quantité d'autres endroits pour cela, mais la blessure de son fils avait précipité son choix. Et le fait d'être déjà sur place, en ayant le sentiment d'avoir affaire à une personne compétente l'avait décidé à tenter sa chance ici. Il espérait très fortement ne pas être déçu... Généralement, lui faire défaut était une très mauvaise chose.
Lorsque Corwin mentionnait avec le barbu ces remèdes originaux, il pensait notamment à la potion qui avait permis à l'épouse de son frère de mener enfin une grossesse à terme. Certes, elle avait donné naissance à un enfant fragile et souffreteux, mais c'était un héritier tout de même. Cela valait toujours mieux que pas d'héritier du tout... Bien que celui-là ne serait probablement jamais un chevalier. Il laisserait sans doute le loisir de défendre Amberly à ses cousins, son oncle ayant pris le soin de mettre chacun de ses fils, bâtard compris, sur la voie de la chevalerie.


- J'ai effectivement encore besoin de vos services pour une autre préparation. Lorsque j'évoquais ces remèdes un instant plus tôt, je pensais notamment à une potion qu'un guérisseur m'avait préparé. Une potion de fécondité, pour les femmes ayant du mal à mener une grossesse à terme. L'épouse de mon seigneur en a bénéficié, et cela s'est révélé efficace puisqu'elle a fini par avoir un fils après avoir pris ce traitement. J'aimerai savoir s'il était dans vos cordes de préparer un sérum aux mêmes propriétés ? »

Le chevalier avait parlé sur un ton dégagé, pas sur celui d'un conspirateur. N'importe qui avec deux doigts de jugeote aurait remarqué que lâcher une information, même délicate, de l'air le plus naturel au monde éveillerait bien moins de soupçons qu'en faire une confidence en prenant mille précautions. Son regard de glace resta posé sur son interlocuteur. On pouvait y lire un vif désir de ne pas être déçu. Par les Sept, un homme ayant étudié à la Citadelle, selon toute vraisemblance, ne pouvait pas se montrer plus incompétent qu'un quelconque étranger débarqué des contrées exotiques, si ? En bon habitant de Westeros, fier d'appartenir à son royaume, Corwin ne pouvait croire une telle chose.


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Message Ven 14 Juin 2013 - 18:06