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Les serres d'un rossignol n'en restent pas moins des serres pour la vermine

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Noble
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Blayne Caron
Noble

Général
"No Song So Sweet"
Sire des Marches

♦ Missives : 183
♦ Missives Aventure : 29
♦ Age : 29
♦ Date de Naissance : 22/06/1988
♦ Arrivée à Westeros : 28/11/2012
♦ Célébrité : Craig Parker
♦ Copyright : Floob
♦ Doublons : -
♦ Age du Personnage : 31
♦ Mariage : veuf
♦ Lieu : Séréna
♦ Liens Utiles : Le Ménestrel de Séréna
De son habileté à l'épée et à la harpe
Les sérénades du Rossignol
Les Rossignols et leur cage

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
566/1000  (566/1000)


Message Dim 12 Mai 2013 - 14:53

« Peuh ! »

Ser Lagan cracha bruyamment sur le sol en pestant contre la bruine qui avait accompagné leur périple, et détrempé leurs vêtements. La petite troupe avait maintenant quitté Séréna deux jours plus tôt, rassemblant les bannerets les plus proches du castel en leur demandant de réunir leurs hommes. Et bien évidemment, Ser Lagan s’était empressé de répondre à l’appel, avide de partir régler leur compte à une bande de bandits qui sévissait depuis quelques temps déjà à la frontière des terres de son suzerain. D’après les renseignements qu’avaient pu rassembler les informateurs de Lord Caron au cours des dernières semaines, les malandrins devaient être une douzaine, peut-être deux, mais guère plus. Ils s’étaient au départ contentés de peu, délestant quelques paysans d’une partie de leurs réserves, quelques marchands ambulants de leur camelote… Les rumeurs auraient aussi bien pu concerner quelques individus isolés, ou des maraudeurs de passage, pour ce qu’en savait le noble.

Mais récemment ils avaient commencé à s’enhardir, et s’en étaient pris il y a peu à un petit bourg sous la protection de Séréna, effectuant une descente sur leurs réserves, pillant leurs greniers, et tuant les quelques braves qui avaient osé s’opposer à eux en s’emparant de leurs fourches, hachettes, et autres armes de fortune. Et ceci n’était pas acceptable. Ils avaient franchi la limite de tolérance de Lord Blayne, aussi ténue soit-elle, et devraient en payer les conséquences. Aussi, au plus grand plaisir du chevalier, son seigneur avait-il décidé de nettoyer la région de cette racaille avant que d’autres affamés n’eussent l’idée de suivre le mouvement, et venir grossir leurs rangs. L’idée de pouvoir décrocher son espadon de son dos et s’en servir plaisait furieusement à Lagan, tant les occasions semblaient se faire rare depuis l’union de Dorne à la couronne, mais encore fallait-il trouver le campement des hors-la-loi…


***

Darryl se faufila doucement entre les arbres, se coulant dans les ombres alors que la nuit tombait, restant à distance de l’orée de la clairière, d’où émanaient les lumières d’un feu de camp accompagnées de rires bien gras. Manifestement, les individus qui avaient investi les lieux étaient loin de chercher à se faire discrets, sans doute rassurés par la relative sécurité que leur fournissait le couvert des bois. Cependant, un feu, quand bien même camouflé par la dense végétation, pouvait se voir à bonne distance dès lors que l’obscurité gagnait du terrain. Le chasseur aguerri qu’il était connaissait bien son métier, et n’aurait pas laissé passer un détail aussi important, mais la bande de manants ne devait manifestement être composée que d’anciens paysans, lassés de crever de faim alors que s’achevait un long été de disette, avec de pauvres récoltes.

Darryl devait le reconnaître, les temps avaient été rudes, même pour lui, pourtant officiellement autorisé par les Caron à garder une partie du petit gibier qu’il capturait, tant qu’il s’acquittait de ses taxes, et ne s’adonnait pas au braconnage sur leurs terres. Mais le gibier s’était fait rare, se terrant dans son trou pour tenter d’échapper à la sécheresse, et commençait tout juste à poindre le bout de son museau à nouveau. Aussi lorsqu’on lui avait offert six liards pour s’offrir ses talents de pisteurs pour sans doute une semaine, l’homme n’avait-il pas hésité. Il avait une famille à nourrir, et cette coquette somme lui permettrait de subvenir à leurs besoins pour un bon moment. Restait cependant à revenir entier de cette expédition, et s’il comptait bien faire preuve d’efficacité pour mériter son salaire, il n’irait sûrement pas faire du zèle. Aussi rebroussa-t-il rapidement chemin, gardant son arc fermement attaché dans son dos, après avoir inspecté quelques instants encore le groupe qui avait percé un fût de vin. Au vu de leur équipement hétéroclite, il ne faisait aucun doute que Darryl venait de tomber sur la proie qu’il pistait depuis plusieurs jours déjà. Ne restait plus maintenant qu’à revenir faire son rapport à Lord Caron…


***

Les hommes commençaient à montrer des signes de lassitude, nota le Sire des Marches alors qu’il ordonnait une halte bienvenue après une journée de marche morose de plus, ponctuée une fois de plus par une série d’averses. S’il n’y avait ici tout au plus qu’une cinquantaine d’hommes, Blayne ayant préféré ne pas affaiblir plus que nécessaire la garde de Séréna, tous étaient d’aguerris et solides fils des Terres de l’Orage, formés depuis des années au métier des armes, dont une demi-douzaine de chevaliers, dont quelques simples errants ayant monnayé leurs services. Certes, il aurait pu laisser une telle escouade à la charge de son cousin, Ser Adan, mais il avait décidé pour une fois de s’occuper personnellement de cet épineux problème, dans le simple but de montrer à ses sujets qu’il prenait lui-même leur défense lorsque la situation l’exigeait. Evidemment, cela expliquait également la raison pour laquelle une cinquantaine de combattants allaient se charger de ce qui ne semblait être finalement qu’une bande de malfrats assez peu nombreuse et désorganisée, Lord Caron voulant s’assurer de faire le ménage aussi rapidement et efficacement que possible sur ses terres. La consigne avait dès le départ été clairement établie dans l’esprit de tous ces hommes : pas un brigand ne devrait en réchapper. Il était hors de question de laisser le chaos s’emparer de ses terres, et la rapinerie devenir monnaie courante, la sécheresse avait été rude pour tous, et ne serait jamais une excuse valable pour en venir au brigandage selon le seigneur de Séréna.

Alors que les hommes commençaient à monter le campement pour la nuit, un des éclaireurs revint au galop, leur signalant une auberge un peu plus loin sur la route. Blayne avait en effet décidé d’allier l’utilisation d’éclaireurs montés, partant en reconnaissance sur les routes, et d’autres à pied, qui se chargeraient de sonder les bois environnants, dans l’espoir d’arriver plus rapidement à un résultat. Le noble de l’Orage trouva la nouvelle d’un établissement proche bonne, et décida donc de s’y rendre sur le champ, dans l’optique d’en faire rapporter un fût d’ale qui contribuerait sans aucun doute à remonter le moral des troupes. A quelque distance de là, il aperçut l’imposant ser Lagan, tout occupé qu’il était à aiguiser son imposante épée, afin de la préparer pour le combat à venir. A peine avait-il pris le temps de s’installer correctement avant, se posant à l’abri d’un grand chêne avant de prendre soin de sa lame. Laissant le chevalier à ses occupations, le Rossignol fit signe à Declan et Tymeo, respectivement capitaine et membre de sa garde, de le suivre, et recruta deux hommes d’armes pour les accompagner, afin de transporter le baril convoité. Ser Adan suivit naturellement le mouvement, se portant aux côtés de son cousin alors qu’ils continuaient à suivre la route dans la direction indiquée par l’éclaireur.


***

Le chasseur fit halte un instant devant la porte de l’auberge, afin de reprendre son souffle, désormais trempé par la bruine, et ses chausses maculées de boue. Il ne payait pas de mine, dans de si pitoyables atours, mais n’en avait cure : si on l’avait payé pour se montrer présentable devant son seigneur, il aurait fait un effort, or ce n’était pas le cas. Revenu aussi rapidement que possible pour faire part de sa découverte à Lord Caron, il avait rebroussé chemin depuis le camp des hors-la-loi pour retrouver la piste des hommes de Séréna, et les rejoindre à nouveau. L’ensemble lui avait pris une bonne partie de la nuit et de la journée suivante, Darryl ayant tout juste pris le temps de se reposer quelques heures, calé entre deux branches d’un massif ferrugier, dont le sombre feuillage dense lui offrait un bon couvert, le dissimulant aux yeux d’un éventuel poursuivant tout en le protégeant de la pluie.

Rattrapant finalement la troupe, qui avait dressé un camp à quelque distance de la route, passablement fatigué et désireux de profiter de la chaleur d’un bon feu et d’un repas chaud, il avait appris à son grand déplaisir que le seigneur n’était pas sur les lieux, et qu’il devrait continuer encore sa route quelques lieues avant d’atteindre sa destination. Maugréant, il avait donc repris sa marche, ne cherchant plus désormais à agir avec discrétion plutôt qu’à remplir sa tâche le plus diligemment possible. Darryl s’était pris à rêver d’un simple bol de gruau d’avoine, doucement réchauffé par la chaleur d’un âtre, commençant à laisser son esprit dériver vers son foyer, avant de se reprendre. Chaque chose en son temps, s’il voulait rentrer avec une paie bien méritée, il n’était pas question qu’il se laissât détourner de sa tâche. Tout juste avait-il pris le temps d’adresser une prière aux Sept afin qu’ils prissent soin de sa femme et ses enfants.

Et voici maintenant qu’il pénétrait dans la salle commune de l’établissement, rabaissant sa capuche afin de scruter l’ensemble des clients. Il repéra bientôt le petit groupe du Sire des Marches, attablé près de la cheminée, où brûlait un ardent feu de bois, qui dévorait des bûches de beau diamètre. Quatre hommes étaient assis, semblant en vive discussion avec l’aubergiste. Deux autres hommes en armes se tenaient debout non loin d’eux, les armes des Caron frappées sur leurs tuniques.

Ne désirant pas interrompre le seigneur et son hôte, le chasseur attendit à quelque distance de là, ébouriffant sa longue tignasse brune et filasse, qui avait commencé à boucler aux pointes à cause de l’humidité ambiante. Il s’apprêtait à avancer, et occuper la place que venait tout juste de déserter le tavernier, auquel les deux hommes d’armes emboîtaient le pas, lorsqu’il vit un bref mouvement à la périphérie de son champ de vision. Habitué à réagir promptement, Darryl s’élança dans l’instant, courant en direction du maître de Séréna, afin de lui lancer un avertissement.


« M’Lord, Vot’bourse ! »

Avant même qu’il n’eut atteint la table, les deux membres de la garde personnelle de Lord Caron avaient déjà réagi au quart de tour, le plus jeune se redressant promptement pour dégainer son épée, alors que le plus aguerri se contenta de se retourner rapidement et saisir la main qui se tendait subrepticement en direction de la réserve d’or de Blayne. Un silence s’établit brusquement dans la salle, alors que tous les clients se tournaient d’un seul homme vers la source soudaine de ce remue-ménage. C’est donc sous les yeux interrogateurs de la foule que Lord Blayne Caron s’adressa à la salle, afin de ramener rapidement la situation à la normale :

« Mes chers amis, bonne gens, rassurez-vous, tout va bien. Il s’agit manifestement d’un simple tire-laine, dont mes hommes vont disposer sur le champ, vous pouvez reprendre vos occupations sans plus tarder, il n’y a rien à craindre. »

Plusieurs clients passablement éméchés se rassirent bruyamment en râlant, vraisemblablement déçu à l’idée qu’il n’eût pas s’agit d’une bagarre générale, ou tout du moins d’un événement qui aurait pu y conduire rapidement. D’un geste, Lord Blayne fit signe au plus jeune membre de sa garde, Tymeo, de remettre son arme dans son fourreau, avant de croiser le regard du chasseur qui l’avait prévenu, et lui indiquer de la main d’approcher, ce que s’empressa de faire l’homme.

« Je ne crois pas avoir le plaisir de vous connaître, mon brave, mais votre visage me dit quelque chose. Vous êtes ?

-Darryl, M’seigneur, j’sommes chasseur dans la forêt au Nord-Est de vot’domaine, vot’intendant m’a engagé pour la chasse à l’homme, m’lord, et j’étions parti tantôt pister l’groupe, avec d’autres.

-Bien, Sois remercié de ton intervention, en ce cas, Darryl. Prends dont ceci en récompense de ta vivacité de réaction. » Blayne piocha un cerf d’argent dans sa réserve et l’envoya d’une pichenette en direction de son interlocuteur, qui s’en saisit prestement et l’enfourna dans quelque obscure poche de son vêtement. « Et j’imagine que si tu t’en viens jusqu’ici, ce n’était pas dans la simple intention de t’abriter de la pluie, n’est-ce pas ?

-Non m’seigneur, j’venions vous dire avoir remonté la piste jusqu’à un camp d’fortune hier au soir, à que’que dizaine de lieues d’ici. Et y z’étaient là, m’lord, pour sûr ! Tous autant qu’y z’étaient, au moins une dizaine à s’marrer dans les bois, y z’avaient même perçu un fût d’chais pas trop quoi ! Pour sûr qu’c’étaient pas d’simples voyageurs, alors j’pensions qu’fallait v’nir vous préviendre, m’lord. »

Observant de pied en cap le pauvre hère qui venait de s’enfiler plusieurs journées de course harassantes dans les bois, Lord Caron lui répondit après quelques instants de réfléxion.

« Bien, nous avançons enfin. C’est une grande nouvelle que tu nous portes là, sois-en assuré. Tu en seras récompensé comme il se doit en temps utile. Maintenant, va donc te chercher une bonne ale pour te réchauffer, ou tout ce qui te semblera opportun, et prends le temps de reposer tes jambes avant de regagner le camp. »

Se désintéressant sans plus attendre du prénommé Darryl, Blayne Caron se tourna finalement vers Declan, capitaine de ses hommes, pour inspecter la surprenante prise qu’il avait effectuée.

« Bien, bien, alors, qu’avons-nous donc là ? Hum ? Une petite souris chapardeuse, sans doute ? »

Il s’agissait effectivement d’une jeune femme, à n’en point douter, qui n’avait manifestement pas été épargnée par la famine, tant elle semblait efflanquée. Declan s’était emparé du second poignet de la chapardeuse, et les lui avait joints dans le dos, afin de l’immobiliser. Déjà Tymeo revenait avec une courte corde de chanvre, acquise auprès de l’aubergiste, afin d’en lier les mains, avant de la forcer à s’asseoir sur un siège libre, et l’y maintenir d’une pression sur les épaules, tandis que Blayne finissait tranquillement son verre de vin.

« Alors, j’imagine que tu ne dois pas bien connaître la région, n’est-ce pas ? Un peu trop éloignée de ton terrain de jeu habituel, non ? Sinon tu aurais su quelles bourses délester, et lesquelles il eût mieux valu laisser tranquille pour ton intégrité physique, non ? »

Un léger sourire en coin vint s’épanouir sur le visage du noble, alors qu’il reposait sa coupe sur la table. Ce léger imprévu promettait d’être fort divertissant, mais il lui faudrait en profiter au compte-goutte, tant il aurait exécré échouer dans la chasse qu’il avait entamée. Se levant, il fit signe à ses hommes de lui emboîter le pas, son cousin Adan toujours à ses côtés, et tapa en passant sur l’épaule du chasseur, qui s’était surprenamment contenté d’un bol de gruau chaud.

« Avales-en vite les dernières cuillerées, Darryl, et rejoins nous au camp. Nous allons avoir besoin de tes services sous peu. »

Sur ce, le Sire des Marches sortit du bâtiment, et attendit que Tymeo s’en revint des écuries avec son hongre, Lahire, et les autres chevaux du groupe. Declan jeta sans ménagement l’inconnue en travers de son cheval avant de grimper à son tour en selle, et lancer sa monture au pas en direction du camp. Se portant à leur hauteur, Blayne s’adressa à nouveau à la prisonnière, lui posant une question, sur un ton qu’on aurait presque pu qualifier de goguenard :

« As-tu seulement la moindre idée de qui je suis ? »



Nul chant n'est si doux...
Mais bientôt vous danserez entre mes mains


N'hésitez pas à me MP si un rôle dans la famille Caron ou son entourage vous intéresserait, je suis ouvert à toute proposition.
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Message Mer 15 Mai 2013 - 11:49

Idiote, maudite idiote ! Elle s’était bêtement laissé tenter, attirée par l’or comme un papillon par la lumière mais elle s’était bien évidemment brûlé les ailes. Elle savait pourtant pertinemment que plus la bourse était lourde et plus elle était protégée… A l’instant où la poigne se referma sur elle, un flux d’angoisse se déversa dans ses veines, submergeant l’habituel flot d’adrénaline. Son estomac se vrilla douloureusement au point de lui déclencher une nausée. D’instinct, elle couvrit d’un regard paniqué son environnement pour constater qu’elle n’avait aucune échappatoire. Le bouge n’avait rien des tavernes des grandes villes où elle opérait d’ordinaire, les murs étaient aussi aveugles que le vieux Albrey.
Pas de fenêtre, pas de porte arrière, elle était prise au piège comme une vulgaire souris aux prises avec un chat. Une erreur de débutante que ses quelques phalanges en moins lui avaient appris à ne pas réitérer mais grisée par ses récents succès, elle en avait perdu toute prudence.

Non, non ! Ce n’était pas sa faute ! C’était celle de ce fichu pouilleux, là, qui se pavanait avec son arc et sa mine de conspirateur. Elle aurait bien laissé son esprit divaguer sur comment lui faire entrer son arme dans le postérieur si elle n’avait pas été aussi terrifiée.
Une lancinante douleur la ramena à ses préoccupations premières tandis qu’elle sentait une corde rêche enserrer ses poignets. Un spasme incontrôlé lui traversa le corps qu’une pression obligea à plier. Assise sur un banc, elle osa enfin porter ses pupilles noires sur les prédateurs qui l’entouraient. A sa grande surprise, ce n’était pas un groupe de félins aux griffes acérées qui la menaçaient mais… Malgré ses craintes, la jeune fille releva un sourcil. Des rossignols. Une nuée de rossignols. Des piafs ! Elle s’était fait serrer par des piafs ! Un dragon, un lion ou un loup… Même une sèche passait encore. Mais une horde de moineaux… Fichtre ! Depuis quand ces volatiles avaient les serres aussi vigoureuses ? Du coin de l’œil, elle détailla le cuir du gant couvrant l’une des mains qui pressait son épaule. La vérité qu’elle s’entendit alors asséner lui arracha une moue mauvaise. Mais elle ne pipa mot. Quelque chose clochait dans la scène. Avec les poignets liés dans le dos, ses bourreaux n’avaient aucun moyen de la soulager d’une main…
Le rictus de l’homme en face d’elle mit fin à ses interrogations pour en soulever de nouvelles. De toute évidence, il n’était pas pressé de la châtier. Cette constatation n’était pas pour la rassurer mais cela lui laissait néanmoins un certain répit qu’elle ne manquerait pas d’exploiter.

Soudain, Alban se fraya un chemin à travers le désordre qu’était en cet instant son esprit. Par les sept ! le gredin l’attendait à quelques toises de là. Raconterait-il sa capture à Audric ? Aethel se mâchouilla nerveusement la lèvre. Il fallait qu’elle se tirât de là avant que son échec ne vint jusqu’aux oreilles de son protecteur. Autrement, elle serait bonne pour servir de bouillotte à sa couche. Jamais plus il ne prendrait le risque de la laisser fureter derrière le postérieur des chalands. Il n’était pas sans savoir qu’elle avait ses propres limites en matière de loyauté et qu’une main en échange d’un poisson plus gros qu’elle ne manquerait pas de la tenter.
L’autre solution qui se proposerait à elle serait de fuir mais elle ne s’en sentait pas le courage. Aussi méprisable qu’étaient ses compagnons, ils l’étaient tout autant qu’elle et au moins ne risquait-elle pas sa vie à les fréquenter.

Le groupe d’hommes dont elle était maintenant prisonnière se mit en branle et quitta l’auberge non sans emporter un baril de vin ou de bière, Aethel l’ignorait. Un nouveau frisson parcourut la jeune crapule alors que l’humidité du dehors remplaçait la réconfortante chaleur du dedans. Elle constata que le crépuscule avait déployé ses nuances de gris sur le ciel, l’assombrissant plus encore qu’il ne l’avait été au cours de la journée.
La jeune fille ne récriminait pas contre la maussaderie du temps. Elle était pour elle le compagnon idéal pour ses excursions. Au moindre crachin, bourgeois et nobles se réfugiaient à l’abri des tavernes, se bousculant pour une chope de vin chaud, lui offrant tout le loisir de leur faire les poches. L’affluence, l’épaisseur et la lourdeur des vêtements la rendaient plus discrète encore que les blattes entre les lattes d’un parquet. Encore fallait-il qu’un gueux ayant vendu sa loyauté à un noblaillon ne jouât pas les gardes du corps… Tandis que ses bottines au cuir usé s’enlisaient dans la fange de la cour de l’auberge, Aethel crucifia d‘un œil noir l’homme qui l’avait dénoncée. Lui-même lui renvoya un regard perplexe dans laquelle il lui sembla déceler une once de pitié. Il pouvait bien se la garder ! Que lui aurait coûté de la laisser filer avec la bourse ?! Agacée, la maraude remua ses orteils qui déjà baignaient dans l’eau saumâtre qu’absorbaient ses souliers défoncés.
Une main dans son dos la poussa en avant. D’instinct, elle esquissa un mouvement vif d’esquive qu’elle laissa mourir alors que se rappelait à elle sa posture.

***

A aucun moment, elle ne lutta. Mieux valait ne pas attirer l’attention sur elle et risquer le mauvais coup d’un soldat un peu trop zélé. Endormir la vigilance de tout ce beau monde était une stratégie frustrante mais probablement plus concluante que de s’agiter en vain. Avec un peu de chance, on se désintéresserait suffisamment d’elle pour qu’elle pût prendre la poudre d’escampette à l’occasion d’un défaut de surveillance. Bougeant sa cheville, elle chercha le contact de sa petite lame.
« Puteborgne ! » cracha-t-elle vivement entre ses dents. Des mains plus larges que des battoirs venaient de la soulever de terre pour la déposer sans douceur aucune sur le garrot d’une monture. Furieuse, elle prit la peine de dévisager le brutal soudard jusqu’à ce que ce dernier posât sur elle deux petits yeux aussi tranchants que l’acier. Elle détourna la tête pour ronger son frein mais la curiosité la poussa à couler à nouveau un œil, discret cette fois-ci, sur l’homme qui montait en selle. Il avait un visage poupin et un menton franc mais rien d’autre au visage du soldat n’ajoutait à cette prétendue bonhomie. Son nez épaté lui donnait un air bourru qu’intensifiaient la barre de ses sourcils droits et le pli qui traversait son front. Ses lèvres fines dessinaient une ligne tout aussi droite. Pour sûr, le blason frappant sa poitrine ne lui correspondait en rien. Mais il semblait le porter avec fierté et loyauté.

Lorsque le palefroi dessina une volte pour s’engager sur le chemin, la maraude distingua la silhouette d’Alban. Il s’était installé avec nonchalance contre la palissade d’un bâtiment accolé à l’auberge. Dans un sursaut, il se redressa sitôt qu’il reconnût sa partenaire. Il l’avisa d’un regard d’abord alarmé puis sévère. Aethel le savait inquiet mais tout comme pour Audric s’il apprenait son fiasco, sa propre sécurité se révélait prioritaire. Il disparut à sa vue quand l’essaim de rossignols s’éloigna.

Aethel poussa un grognement. A chaque foulée que faisait le maudit canasson sur lequel on l’avait jetée comme un sac à patates, le pommeau de la selle lui meurtrissait le flanc gauche. Il s’enfonçait sous ses côtes, coupant sa respiration qu’elle peinait déjà à maitriser dans son inconfortable position. Elle se fichait bien de la situation humiliante qu’elle subissait et aurait baisé les pieds du Rossignol pourvu que le voyage prît fin.
Ne parvenant pas à décontracter ses muscles pour se laisser porter, elle se concentra sur le sol qui défilait sous ses yeux. Les sabots des chevaux s’embourbaient dans une boue spongieuse d’où se dégageait des relents de terre humide. Des bruits de succion accompagnaient le pas régulier des montures, cadençant leur marche tranquille. Pour un peu, ses membres s’engourdissant, Aethel en aurait trouvé le sommeil.
L’apparition de deux antérieurs dont la bourbe gluante avait teinté de tons brunâtres le poil ordinairement gris, la tira de sa torpeur. Elle se contorsionna légèrement, durcissant ses abdominaux pour redresser un tant soit peu son buste. Un reniflement fit élégamment remonter la goutte qui au bout de son nez s’obstinait à s’accrocher depuis que sa tête dodelinait au rythme du déplacement. Elle détailla les traits de son interlocuteur, lui trouvant à l’instar de son homme d’armes, une affabilité toute aussi dangereuse, voire plus encore. Les lignes de sa figure étaient douces, plutôt arrondies mais il avait les lèvres parfaitement dessinées et une courbe de sourcils bien moins sévère. L’oblong de son visage lui offrait en outre une noblesse que ne possédait pas l’autre guerrier. A moins que ce ne fussent les iris clairs et flegmes qu’il dardait sur elle. La friponne esquissa une lippe en coin comme un soutien pour ne pas le laisser la déstabiliser.

« J’aurais dit un lord mais si vous posez la question c’est p’t’être qu’y a un piège, répondit-elle à la question. Normal’ment les rossignols c’est dans les arbres, pas à cheval… Quant aux bourses à délester, comme vous dites, m’sire, j’vise en général les pleines. La vôtre l’était drôlement, en tout cas suffisamment pour gaspiller des cerfs d’argent. ‘M’excusez d’pas m’incliner, m’lord… » ajouta-t-elle avec espièglerie.

Elle eût voulu se taire pour respecter sa volonté de faire profil bas mais la machine était lancée, c’était plus fort qu’elle, tant qu’elle parlait, elle occultait ses inquiétudes. Déblatérer pour occuper son esprit, pour taire ses craintes et les noyer dans un flot de paroles. Elle regretterait.

« J’le ferais assurément si j’avais mes deux pieds au sol, j’vois bien qu’vous avez de bonnes manières, pas comme les Fer-nés ou les Nordiens, non, toute façon, l’climat est trop rude là-bas pour les oiselets de votre espèce. Ça doit tomber comme des mouches au moindre frimas.

- C’est ta langue qui va tomber si tu ne la tiens pas, drôlesse », l’interrompit le soldat qui avait hâtivement dégainé son épée dans la taverne. Il ne paraissait pas beaucoup plus vieux qu’elle.
Aethel posa négligemment sa joue sur la cuisse de son cavalier pour reposer sa nuque à présent endolorie.


« Parait qu’le rossignol apprend à gringotter en écoutant ses ainés, ‘devriez en faire d’même ! Puis méfiez-vous, la nuit tombe, à triller comme ça, on va croire qu’vous voulez lutiner…

- Il parait également que son chant adoucit la mort », proféra calmement une voix dont Aethel ne pouvait voir le possesseur.
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Blayne Caron
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Message Jeu 16 Mai 2013 - 21:21

« Fichtre, ce qu’elle est bavarde, la petiote, vous ne trouvez pas ? Point de souris semblerait-il, plutôt une pie qui n’a de cesse de jacasser. Et bravache, avec ça, vous avez vu ? Une répartie assurée, bien qu’un peu grossière, peut-être dictée par la peur, allez savoir. Un bon esprit en tout cas, bien que l’agilité dans ses propos soit tristement compensée par un ton proportionnellement offensant. »

Esquissant un sourire face à la vitesse à laquelle les mots s’échappaient de la gorge de la prisonnière, Lord Caron ne manqua pas relever l’emportement du plus jeune des membres de sa garde, toujours prompt à réagir, parfois au détriment d’un peu plus de réflexion. Mais le noble espérait bien qu’il l’acquît avec l’âge et l’expérience, tant il faisait partie des éléments prometteurs de sa troupe.

« Allons, allons, Tymeo, ne soit pas si cassant envers ceste-là, un tel châtiment pour avoir simplement fait preuve d’un manque de retenue ? Je gage que les hommes y trouveraient un manque certain, si l’on s’en décidait de la lui ôter, quelque usage qu’ils lui destinent. » Là, le ton venait clairement de tomber dans la raillerie, mais surtout, Blayne y avait à dessein instillé quelque menace sourde, si tant est que la jeune femme y prêtât l’oreille. Dans le cas contraire, la suite des événements avec l’arrivée au camp ne manquerait pas de donner un nouveau sens à ses propos, cela il en était d’ores et déjà certain.

La nouvelle pique de la tire-laine ne manqua pas faire réagir un autre membre de la petite troupe, mais cette fois-ci il s’agissait du placide Ser Adan, dont l’absence de prise de parole jusqu’à présent avait été tout aussi parlante pour son cousin que s’il avait discouru depuis l’incident. Sa remarque ne manquait comme à l’accoutumée pas de bon sens, sans doute un peu plus voilée en sens que ce qu’il avait l’usage de faire, cependant l’intention du chevalier ne faisait aucun doute. Pour sa part, Declan se contenta d’accueillir la nouvelle réplique de la voleuse d’une taloche sur l’arrière du crâne de sa main gantée, sans un mot d’accompagnement. Chemin faisant, le Sire des Marches entreprit donc d’entretenir la conversation, fort amusé qu’il était par la direction qu’elle prenait.


« Ma foi, cher cousin, d’aucuns disent que certains condamnés souriaient béatement à l’occasion alors que la lame du bourreau faisait son office en s’abattant sur leur col, tant ils appréciaient l’une de mes mélodies, effectivement. Après tout, quoi qu’on en dise, Nul chant n’est si doux. »

Le seigneur s’amusa à accompagner ses propos de quelques trilles sifflées, entonnant l’air bien connu du « Jour qu’on pendit Robin le Noir », avant de reprendre de plus belle.

« Et oui, j’en ai bien conscience, cousin, tu préfèrerais que la sentence fut appliquée prestement et qu’on n’en parlât plus par la suite, mais avoue que la gueuse est loin d’être ennuyeuse, pour quelqu’un de son statut, aussi m’en voudrais-je de lui couper le sifflet par l’horreur que pourrait lui inspirer une telle mutilation. La route n’est point encore longue, aussi permets-moi d’en profiter avant l’affluence du commun. Qu’il faudra tenir, je gage, pour éviter de les voir se comporter comme les fameux Fer-Nés qu’elle a cités tantôt. »

Distiller ainsi quelques informations afin de faire présager à la jeune femme de la suite des événements était un jeu terriblement amusant pour Lord Blayne Caron, qui n’espérait rien d’autre que de la voir saisir ne serait-ce que de la moitié de ce qu’il sous-entendait lourdement à dessein, afin de jauger sa réaction. Nul doute qu’elle saurait l’amuser le temps du trajet. Par la suite, quant au sort qu’il lui réservait, il en avait déjà sa petite idée, mais attendait de voir comment la situation évoluait, curieux d’en observer la suite, et y prendre part.

« La décision finale en toute chose est l’apanage des bien nés. Je trouve cette phrase pleine de sagesse, pas vous ? Elle a quelque chose d’inéluctable qui me semble fort approprié : quel que soit le cheminement emprunté, quelques péripéties qui se déroulent, le mot de la fin reste entre leurs mains. Du bon sens pur et simple, que le commun du peuple ne saurait saisir, sans doute, assuré qu’il est d’avoir toujours le choix sur sa destinée. A moins qu’il ne s’en remît aux Sept, auquel cas il abandonne toute velléité de choisir, et donne raison à ce dicton.

-Tu tournes autour du pot, tu digresses au lieu de poser ton verdict, soit. Mais évitons donc de la leur donner en pâture juste avant la chasse, qu’il ne s’en trouve pas de trop exténués pour tenir leur rôle au moment crucial. »

Le seigneur aux Rossignols partit d’un grand éclat de rire suite aux propos de son cousin, rire franc et enjoué qui dura bien une dizaine de secondes avant de se tarir, tant cette déclaration de la part de Ser Adan l’avait surpris. Il se reprit néanmoins, et répondit dans la foulée :

« Allons, te serais-tu déjà pris d’affection pour elle ? » Se tournant en direction de Declan et sa détenue « Tu devrais t’en sentir flattée petite fée aux doigts agiles, l’intérêt de Ser Parangon n’est ces derniers temps que rarement éveillé à ce point. Quant à savoir si c’est en mal ou en bien, cependant… »

Laissant à dessein sa phrase en suspens, Blayne sonda la moindre réaction de son interlocutrice, bien décidé à déterminer sur quels points il aurait pu insister, et lesquels laisser tomber. Non, décidément, il n’allait pas se contenter de lui faire couper une main et la laisser repartir gambader dans la nature, ç’eut été bien trop ennuyeux, presque trop clément face à tant d’impudence. Non, il était important que la leçon fut imprimée au fer rouge dans l’esprit de la roublarde, et c’est ce qu’il ferait.

Les montures parcouraient la distance qui séparait le groupe du camp à un pas raisonnable, qui commença cependant à agacer le Sire des Marches par sa monotonie. La fine bruine continuait de tomber et humidifier la moindre parcelle de leurs vêtements, gagnant maintenant en volume alors que quelques coups de tonnerre se faisaient entendre, et les chevaux montraient des signes de nervosité à l’approche de l’orage. Désireux d’arriver avant la nuit tombée au camp, et surtout avant que la pluie ne perdit toute mesure et se déchaînât sur leurs têtes, Lord Caron fit accélérer la mesure, ordonnant au groupe de passer au trot, et aux deux hommes portant le fût de presser le pas également, non sans avoir auparavant informé malicieusement de la situation la jeune femme inconfortablement installée.


« Bon, nous ne devrions plus tarder à arriver à destination, cependant le temps semble se gâter, aussi allons-nous accélérer le mouvement, ce qui m’amène à ce petit conseil sans contrepartie aucune : mieux vaut fermer la bouche sur le reste du trajet si tu ne goûtes guère la boue et ses arômes terreux. »

De fait, une petite dizaine de minutes suffit donc pour finalement rejoindre le reste de la troupe, qui s’était donc établie à quelque distance de la route, dans les sous-bois, et s’était répartie les tâches pour agir avec diligence, et établir rapidement le campement, afin de se sustenter à l’abri des intempéries, ou presque, et profiter de quelques heures de sommeil, tronquées par un nécessaire tour de garde. Et alors que le petit groupe approchait maintenant des hommes en train de s’affairer, ces derniers arrêtaient au fur et à mesure leur corvée pour les saluer, certains jetant un regard en biais à la jeune femme, tantôt intrigué, tantôt moqueur, parfois même concupiscent. Si presque tous étaient des soldats entraînés, la différence d’âge allait du simple au double entre les quelques jeunes tout juste formés et les vieux briscards aguerris par des années d’entraînement martial et d’échauffourées dans les Marches. C’est à cet instant que Lord Caron décida de lever partiellement le voile sur son statut exact, sans pour autant entrer dans les détails, mais suffisamment pour faire comprendre à sa prisonnière l’ampleur du pétrin dans lequel elle s’était fourrée.

« Voici mes hommes. Ou tout du moins la poignée que j’ai décidé d’emmener dans cette petite excursion. Rien de bien méchant, juste quelques maraudeurs qui sévissaient dans le coin et que j’ai décidé de prendre en chasse afin de soulager les environs, et ce de mon plein droit. Et leur avenir n'est guère enviable, je puis te l'assurer. Car ces sales pouilleux ingrats à l’esprit aussi creux que limité ont eu l’idée mal avisée -pour une part guidée par la faim, je n’en doute pas, mais pour le reste par l’avidité et l’égoïsme- de s’en prendre à MES terres… »



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Message Lun 20 Mai 2013 - 17:08

Une pie ! Ah, il voulait qu’elle soit une pie ! Eh bien, elle serait une pie ! Elle en avait déjà vues s’attaquer à des pigeons, alors à des rossignols… Elle n’en ferait qu’une bouchée ! L’espace d’une seconde, la jeune fille s’autorisa le luxe de fantasmer sur le gros volatile blanc et noir fondant (autant qu’il le pouvait évidemment) sur son minuscule adversaire. Un rictus se dessina alors sur ses lèvres mais elle le perdit aussitôt que son esprit eût proposé une autre issue à son délire, Aethel plissa les paupières, que pouvait bien pouvoir faire une pie submergée par une nuée de rossignols ?
Les propos du lord au sujet de sa langue ne firent qu’accroitre son inquiétude. Elle n’était pas dupe quant au sort qui lui serait probablement réservé mais puisque rien n’était énoncé clairement, son instinct de survie n’avait d’autre choix que de s’accorder un peu d’espoir. Pourtant, elle le savait, nul n’était plus dangereux que celui qui se laissait aller à la perversité de jouer avec la vie d’autrui.
Aethel se souvenait parfaitement du jour où un soldat avait emporté avec lui le souvenir de ses quelques phalanges. Il lui avait clairement énoncé la sentence et l’avait exécutée sur le champ, avant qu’elle n’eût le temps de se compisser dessus. Il n’y avait pas pris plaisir, du moins s’était-il abstenu de l’exprimer. En somme, il n’avait pas tergiversé comme le faisait à présent ce maudit piailleur…


« Méfiez-vous, m’sire, de c’que vous voudriez faire d’ma langue, pour c’que vaut les conseils d’une gueuse, le bec d’une pie ça peut crever un œil… Qu’ils viennent me fourrager la bouche, vos soudards, je leur mang’rai la glotte ! Vous pouvez bien vous moquer d’la Jouvencelle, vous aut’ guerriers ! Mais son con aime à mordre tout c’qui dépasse ! »

La maraude grogna. Son visage se tourna impulsivement vers le cavalier à la main leste mais comme la première fois, elle ravala son orgueil et baissa son regard noir avant d’avoir pu l’en crucifier. Il ne perdait rien pour attendre avec sa tronche de bourreau, celui-là, grommela-t-elle en silence. Et pour tenter d’occulter la brise glaciale qui la transperçait dès qu’il posait son regard sur elle, elle chercha des yeux le fameux cousin auquel s’adressait maintenant le roi des rossignols. Mais ce dernier le lui cachait et sa condition de sac à patates ne lui permettait pas de l’apercevoir.
De toute façon, elle reporta son attention sur lui sitôt qu’il laissa filer d’entre ses lèvres cet air qui revenait si souvent lors des veillées qu’elle partageait avec ses camarades d’infortunes. Force était de constater que même sans mentionner les paroles, le noble rendait bien mieux hommage qu’eux à l’œuvre. Un sourire en coin creusa une fossette d’Aethel.


« Gaussez-vous, m’lord. Au moins Robin le Noir a une chanson à son nom et sauf si vous écrivez vous-même la vôtre, j’doute qu’on miaule à vot’gloire quand vous s’rez trépassé. Quoiqu’j’veux bien m’y essayer ! »

La jeune fille fit jouer sa mâchoire comme pour mieux trouver l’inspiration puis prenant un air sérieux et solennel, elle versa d’une voix grave :

« Alors qu’les pluies noyaient Westeros,
L’dragon crachait ses flammes
L’loup chassait les âmes
L’lion rongeait un os
Et l’rossignol dans tout ça ?
Pas qui chaumait, croyez-moi,
De ses petites serres acérées
Il besognait, besognait
Et s’en revenait fièrement
Un terrible vermisseau entre ses dents. »

Oubliant ses mésaventures pendant une courte seconde, un vrai sourire illumina le visage de la gredine. Elle n’était pas peu fière de sa trouvaille et en oublia presque les dangers que prophétisait le volatile qu’elle astiquait. Mais ils se rappelèrent à elle alors que son interlocuteur mentionnait les Fer-Nés. Comme nombre de ses paires, coincés entre deux ruelles de Port-Réal, elle n’avait jamais vu les hommes de la Sèche à l’œuvre mais les histoires à leur sujet étaient amplement suffisantes pour alimenter ses mauvais rêves. Et pour le coup, elle n’avait aucune envie que ses rêves deviennent réalité. Elle pouvait bien être roturière et miséreuse, capable de vendre son corps contre sa vie, elle n’avait pas encore renoncé à son désir d’offrir sa virginité à autre chose qu’un soudard. Elle attendrait d’être au pied du mur pour se faire une raison. Pour l’heure, elle se serait bien calé un peu de pavot entre la joue et la gencive pour apaiser ses craintes. Elle en avait bien encore un peu au fond de sa poche mais son inaccessibilité le rendait encore plus tentante.
Elle se contorsionna à nouveau pour sonder le lord sur son hongre gris et chercha une trace de cruauté sur ses traits animés par le divertissement qu’il s’offrait à son insu. Elle s’inquiéta presque de ne pas en trouver. Elle papillonna des yeux pour reprendre une contenance, prétextant être gênée par les mèches de ses cheveux qui s’agrippaient à ses cils.


« Eh bien, tenez vos hommes, m’sire, car j’suis bien certaine qu’ils vous obéissent à la plume et à l’œil » , tenta-t-elle de l’amadouer. Néanmoins, son cœur piqua soudain une accélération.
« Blasphémez pas, m’lord, le gronda-t-elle comme on le faisait d’un enfant insolent, les yeux emplis d’effroi. Si l’Etranger vous entend, il viendra vous chercher et vous verrez alors qui décide ! Mais ça s’ra trop tard pour regretter… Et pour peu qu’la Mère ait aussi l’ouïe fine, sûrement qu’elle appréciera pas. Et j’me passe bien d’l’affection vot’cousin ! L’a qu’à la donner à vos hommes puisqu’apparemment ils en manquent… »

Quoique à choisir, si un troupeau de briscards devait de lui passer sur le corps, elle préférait elle aussi que ce soit après la bataille qu’ils eussent à mener, quelle qu’elle fût. Des fois qu’ils n’en revinssent pas tous ou qu’ils fussent dans un état déplorable, elle aurait moins d’assauts à subir.
Un petit cri s’échappa de sa gorge. Le cheval sous son ventre venait d’esquisser un écart. Il ronfla, oreilles en arrière, alors que son cavalier le reprenait sévèrement entre ses mollets.
L’annonce qui suivit sur l’allure qu’allait prendre le groupe eût raison de sa verve. Sa monture se mit au trot sans qu’elle n’eût pu s’en indigner. La pression sur son estomac fût telle qu’elle manquât de rendre ses tripes. Se tortillant, elle parvint cependant à déplacer légèrement son corps pour aller le caler plus confortablement contre celui du soldat dont elle était sous la responsabilité.
Comme préconisé, elle ferma son clapet mais les yeux également. Le vent, la pluie et la boue lui fouettaient le visage, si bien qu’elle l’enfouît dans le cuir et la laine dont était revêtu l’homme à cheval. Elle ne l’en sortit que lorsque le pas fût repris. Alors, à la manière d’un lièvre quittant son terrier, elle huma l’air et avisa son environnement. Si elle avait pu, elle serait retournée dare-dare dans son abri.
Ses sourcils tremblaient alors que son regard courait sur le campement de soldats. La voix du rossignol s’éleva à nouveau et elle s’y accrocha en mesurant à quel point son sort en dépendait. Elle ordonnait, condamnait et graciait. Elle était la branche à laquelle il fallait qu’elle se cramponnât en priant pour qu’elle ne cédât pas. Son craquement ressemblerait à coup sûr à un rire mesquin, mieux ne valait pas l’entendre.
Ses terres. Elle avait œuvré sur ses terres. Quelle avait été la chance pour qu’elle posât la main sur la bourse du seigneur de ce domaine ? Elle croisait chaque jour la route de dizaines de nobles mais d’entre tous, elle avait jeté son dévolu sur celui qu’il eût mieux valu éviter. Mais comment Diable pouvait-elle s’imaginer qu’il était seigneur à arpenter ses terres à cheval plutôt qu’à dorloter son popotin près d’un âtre ?! Ne pouvait-il être gras et cupide, occupé à compter son trésor dans son château ?!
Si son geste était répréhensible aux yeux de tous nobliaux, il l’était plus encore pour celui qui était chez lui, qui représentait la loi. D’autant qu’à l’entendre, voilà une chose qui lui tenait particulièrement à cœur. En quoi était-elle différente des ‘sales pouilleux ingrats’ qu’il mentionnait ?!
Elle devait se tirer de là.

Sitôt remise sur ses pieds, les cheveux dégoulinants d’eau et de boue plaqués à ses joues, l’esprit d’Aethel s’éveilla et la jeune fille se mit à cogiter. Bien qu’elle fût immobile, raidie par la peur, ses deux pupilles oscillaient nerveusement à la recherche d’une échappatoire. Inconsciemment, elle fit un pas de côté alors que le cavalier avec lequel elle avait partagé la monture la bousculait pour ouvrir l’une de ses sacoches. De l’autre côté, ce furent les dents du cheval qui la rabrouèrent. La bête lui pinça la hanche, ce qui termina de lui éveiller les sens. N’ayant personne dans son dos mis à part l’équidé, elle se mit au travail. Ses doigts agiles se mirent à tricoter. Tirant, se glissant entre deux cordes, triturant le chanvre jusqu’à l’user, l’assouplir, le détendre.


J’avais donc la bonne réponse ! s’efforça-t-elle de sourire pour détourner l’attention. Y avait rien à gagner ?! La liberté ?! Non ? C’est bien dommage car le jeu était excitant et j’trouve que j’m’en suis pas trop mal sortie ! Mais j’avoue j’pensais pas qu’les lords étaient du genre à s’promener sous la pluie pour une bande de vauriens… J’les voyais plutôt, j’sais pas, avachis dans des coussins, les doigts gras d’jus d’viande, à s’les essuyer sur les cuisses des putains… Ou alors, plutôt vot’genre, à conter fleurette à leur épouse, blablabla blabla blablabla… D’ailleurs, m’est d’avis qu’vous devriez faire ça au lieu trainer vos grôles dans la boue. Y a pas d’rossignols dans la forêt là, sont pas fous, savent qu’c’est pas l’moment de jouer des plumes, vous allez plus pouvoir voler si vous êtes trempés ! F’rez mieux d’aller r’trouver votre dame et d’lui faire tout plein d’oisillons à couver.
Moi, vous en faites pas, j’ai compris la leçon ! J’r’commencerai pas, promis ! J’s’rai bien toute sage, les mains dans les poches… dans les miennes, j’entends ! Et j’oublierai pas d’partager mes miettes de r’pas avec les piafs en pensant à vous. En hommage à votre belle justice ! Promis, juré, craché.


Elle cracha. Ses doigts ensanglantés laissèrent tomber la cordelette dans son dos. Aussitôt, elle se baissa souplement, fit volte-face et se faufila entre les quatre pattes du cheval. De l’autre côté, elle se releva prestement, manqua s’étaler dans la boue glissante mais se récupéra d’un bond en avant. Alors, elle s’élança dans la forêt, laissant derrière elle le Rossignol et son armée.
Elle n’osait pas jeter un regard en arrière mais les bruits qui s’élevaient du campement tandis qu’elle courait, suffisaient à révéler ce qu’il s’y passait. Elle tenta de faire abstraction et détala dans le sous-bois.
Si l’adrénaline avait suffi à lui faire prendre un peu de distance sur les premiers mètres, le terrain accidenté que représentait la forêt lui rappela qu’elle n’était pas dans son milieu. Elle pouvait s’enorgueillir de savoir grimper sur des toits, courir sur des murs, égarer un poursuivant dans des ruelles mais il allait lui falloir accepter que la nature lui était aussi hostile que la ville lui était acquise.
Pourtant, elle s’obstina encore, poussant d’un bras les ramures obstruant son chemin, se pliant sous les branches basses, sautant par-dessus les troncs abattus. Elle dévala une pente couverte d’un humus fuyant sous ses pas, dérapa dans une flaque d’eau mais elle avait pour elle son agilité et chaque fois que la forêt ouvrait un piège, elle le déjouait. Toutefois, elle s’épuisait. Son attention faiblissait face à la multitude d’informations qui lui fallait traiter et ses poumons brûlaient dans sa poitrine. La flèche qui vint se ficher dans un arbre non loin d’elle termina de lui indiquer qu’elle ne réussirait pas. Peut-être souffrirait-elle moins à mourir en luttant plutôt qu’en servant de jouer aux soudards du lord Rossignol…

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Blayne Caron
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♦ Missives Aventure : 29
♦ Age : 29
♦ Date de Naissance : 22/06/1988
♦ Arrivée à Westeros : 28/11/2012
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♦ Age du Personnage : 31
♦ Mariage : veuf
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♦ Liens Utiles : Le Ménestrel de Séréna
De son habileté à l'épée et à la harpe
Les sérénades du Rossignol
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Message Jeu 23 Mai 2013 - 23:17

La réaction de la chapardeuse fit une fois de plus sourire Lord Caron, qui trouvait tout ceci fort rafraîchissant, bien éloigné des maussades conversations qu’il avait pu avoir avec certains de ses hommes depuis leur départ de Séréna. Même Ser Adan Caron, son fidèle cousin, s’était montré plus maussade qu’à l’accoutumée ces derniers temps, sans doute tournait-il quelque sombre pensée en boucle dans sa tête, et la ressassait-il jusqu’à l’indigestion, ne régalant plus Lord Blayne de ses commentaires parfois incisifs, comme il en avait l’habitude. C’est donc avec un certain amusement que le noble soutenait cette joute verbale avec cette femme du commun, qui ne manquait pas d’aplomb ni de répartie. Il trouvait cependant nécessaire de la remettre à sa place lorsqu’elle allait trop loin, ne manquant pas de lui rappeler sa condition de détenue en attente de verdict.

« Si la Jouvencelle savait se défendre ainsi, nul besoin ne serait au Guerrier d’exister, et les contes de damoiselles et chevaliers servants se finiraient atrocement vite, sans une once d’héroïsme. Quant à blesser mes hommes, je m’en garderais bien à ta place, si tu veux garder toutes tes dents. Car ne doute pas qu’il en serait un pour trouver une belle pince et t’ôter tout ça. Ce qui ne serait que justice, n’en doute pas.»

La petite ritournelle inventée sur le vif par la voleuse avait quelque chose de clairement insultant, et avait évidemment été improvisée dans ce but. Cependant, le Sire des Marches s’attendait à quelque chose du genre au vu de ses précédents propos, et décida de purement et simplement l’ignorer, sans néanmoins se départir de l’idée d’une petite vengeance en temps voulu. La prisonnière reprit la conversation, réagissant aux précédents propos du noble. Ce dernier tiqua cette fois-ci, son visage sembla se fermer complètement, et il répondit sèchement :

« Je conchie l’Etranger, qu’il y vienne si cela le tente, je le laisserai embrasser avec joie l’acier de ma lame. La pauvre Mère ferait pour sa part mieux de s’occuper correctement de ses enfants plutôt que de tenir compte de mes propos, mais ce serait sans doute trop lui demander que de vouloir qu’elle préserve les innocents d’un funeste destin. »

Blayne décida de suspendre là la conversation. De toute façon, le passage au trot entraîna un silence bienvenu de sa part, tant elle peinait à respirer dans la situation inconfortable qui était la sienne. Cette accalmie fut favorablement accueillie par le seigneur, qui ressassa de sombres pensées durant la fin du trajet. L’absence manifeste de piété dont faisait preuve Lord Caron était lié aux ravages causés par le Fléau du Printemps quelques années plus tôt, qui avaient emporté plusieurs membres de sa famille, tout particulièrement sa femme et son frère aîné. Cette perte l’avait durement affecté, et il n’avait pour l’instant toujours pas tourné la page.

Sitôt la chevauchée terminée, le campement en vue, les montures reprirent un pas plus lent, pour finir par s’immobiliser au milieu des tentes alors que des soldats s’approchaient pour se saisir de leurs brides, et permettre aux cavaliers de descendre de selle. Declan déchargea lui-même rudement la jeune femme du col de son destrier et la bascula à terre sans ménagement, sans manifester une once de douceur, manquant de la faire trébucher en la relâchant. La pauvre fille était trempée et maculée de boue après ce trajet, ce qui lui donnait un air vraiment pitoyable. Elle ne se laissa cependant pas démonter par la situation et se remit presque aussitôt à déblatérer un flot incessant de paroles, semblant continuer à insulter le Lord, mais également tenter de plaider sa cause et l’amadouer, ce qui était assez contradictoire. La fin de sa tirade fut toutefois suivie d’une conclusion particulièrement surprenante, la voleuse se défaisant de ses liens pour prendre la fuite à travers les bois, avant même que son auditoire n’ait eu le temps de réagir.

Aussitôt, le chasseur qui accompagnait le groupe s’élança à sa poursuite, habitué à prendre en chasse sa proie en forêt, esquivant les racines comme les branches qui auraient pu s’opposer à sa progression, courant légèrement voûté pour éviter les plus hautes, foulant à toute allure les fougères de ses bottes. Il se saisit dans le même temps de son arc, et prit une flèche dans son carquois, l’encochant sans tendre complètement la corde de l’arc.


« Arrête-toi ! Je tire sinon ! »

Bien qu’il s’apprêtât à viser les jambes de la jeune femme, Darryl répugnait à s’en prendre directement à un être humain, lui qui n’avait jamais chassé autre chose que du gibier refusait de prendre une vie humaine, ne s’en sentant pas le droit. Il espérait que sa menace suffirait à faire hésiter la chapardeuse et la ferait trébucher, lui permettant de couvrir rapidement la distance qui les séparait encore. Finalement, la solution fut tout autre, une gigantesque flamberge s’abattant au sol juste devant les pieds de la jeune femme en pleine course, ne manquant pas de lui faire un croc-en-jambe magnifique et lui faire embrasser allègrement l’humus spongieux imbibé d’eau de pluie et de boue. De derrière l’ombre d’un tronc massif sortit un homme imposant, qui n’était autre que Ser Lagan. Ce dernier cracha au sol avant de s’adresser aux deux coureurs.

« Peuh ! Alors comme ça on peut même plus faire un bout de sieste tranquille dans le coin avant le repas ? Et moi qui venait tout juste de finir d’astiquer ma Gladys, v’là qu’il faudra que j’recommence avant la nuit, quel gâchis. » Il toisa la fugitive d’un regard méchant, ses deux petits yeux porcins la détaillant de pied en cap. « J’sais pas c’que t’as bien pu faire, mais l’autre gueux est au service de mon Lord, donc s’il te course c’est qu’le Sire Trois Pommes veut t’garder, et pas t’voir battre la campagne. Alors tu vas v’nir avec moi sans rechigner, et vite fait, ou par les Sept risque de te manquer un bout avant d’arriver ! »

Ceci dit, il attrapa la gueuse par la tignasse et la remit debout, avant de la saisir à nouveau par la ceinture et la caler sur son épaule gauche. De l’autre main, il tendit son espadon au chasseur en lui demandant sèchement de la transporter jusqu’à sa tente, et d’y faire attention comme à la prunelle de ses yeux, sinon il le retrouverait et les lui crèverait. Puis il se mit en marche, non sans lancer un dernier avertissement à sa prise :

« J’te préviens, si tu te débats, j’t’assomme. Si tu jactes, j’t’assomme. Et si tu m’fais un coup foireux, j’te fais manger Gladys par le bas, comme un porc à rôtir. »

Et tandis qu’ils gagnaient l’orée de la clairière, les trois marcheurs furent accueillis par une mélodie enjouée, chantée d’une voix grave, avec pour simple accompagnement les mains du chanteur battant la cadence :

« Margaux la pie, vile flatteuse,
Tu les séduis pour mieux les détrousser.
Mais garde à l’esprit que dans l’allée boueuse,
Tu finiras si tu n’sais t’arrêter.

Car à force de tenter les choses toujours plus grandes,
Tu fais dans la démesure et devient gourmande,
Aussi prends garde à tes plumes, Margaux la pie,
Sinon Maître Coucou viendra dérober ton nid. »


S’ensuivit un concert de rires gras, le plus bruyant d’entre tous se révélant être celui du chevalier porteur d’un paquet, qu’il déposa brutalement aux pieds de son seigneur avant de s’adresser à lui :

« Belle ritournelle, m’Lord. J’vous rapporte cette drôlesse qu’vous semblez avoir une affaire avec, Lord Caron. Pour le reste, j’espère qu’il faudra pas la rattraper trop souvent, sinon autant dire adieu à notre descente sur la bande, avec le retard qu’elle risque de nous causer.

-Merci Ser Lagan, peut-être voudrez vous faire plus ample connaissance avec elle plus tard, elle est d’une conversation aussi fleurie que rafraîchissante, je suis certain que vous sauriez l’apprécier à sa juste valeur. Merci à toi aussi, Darryl, pour la rapidité de ta réaction. Je gage que te confier sa garde ne serait pas une mauvaise chose si tu y consens, pour éviter une nouvelle escapade de la sorte. En attendant que je suppose qu’il faudrait aller quérir quelques fers pour entraver la bougresse plus efficacement. Tymeo, charge-t-en, veux-tu ? Quand à toi, petite insolente, tu m’as beaucoup déçu. Où est passé tout cet aplomb dont tu faisais preuve jusqu’alors ? Ne servait-il que de décorum pour gagner du temps ? » Le garde revint avec les chaînes requises. « Ah, bien, voilà qui sera mieux. Et ôtez-lui donc ses gants de cuir, puisqu’on lui en propose de nouveaux, nul besoin n’est de doublon. » Declan se chargea de l’affaire, une fois de plus sans ménager la jeune femme, tout prêt à lui flanquer une peignée si d’aventure elle faisait mine de résister. La vue des mains ainsi mises à nues fit lâcher un sifflement à Lord Blayne, qui reprit aussitôt la parole.

« Ainsi donc, tu n’en étais pas à ton coup d’essai ? Ou plutôt devrais-je dire, tu n’en étais pas à ton premier échec ? Voilà qui est fort intéressant, même si je doute que ce fait ait la même signification pour nous deux. En tout cas, ces nouveaux bracelets sont de saillants atours, ainsi portés à tes poignets et chevilles. Mais en attendant d’y avoir mieux réfléchit, je pense que nous allons nous sustenter, car la journée a été longue, et déjà les lunes sont bien visibles dans le ciel. J’imagine que tu n’auras guère d’appétit, cependant, avec toute la fange que tu as déjà pu avaler en si peu de temps. A ta place, je tenterais de dormir comme je peux, peut-être auras-tu même le privilège d’assister à un véritable spectacle demain matin. Mettons que pour cette nuit mes gardes veilleront à ta sécurité, il serait dommage de te voir connaître une fin prématurée aux mains de quelques soldats un peu trop entreprenants et ne sachant pas bien se contrôler après avoir bu un ou deux godets. »



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Dernière édition par Blayne Caron le Dim 26 Mai 2013 - 17:28, édité 1 fois
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Message Sam 25 Mai 2013 - 19:11

Aethel s’écroula au sol. L’épais humus limoneux amortit sa chute mais aussitôt l’eau dont il était gorgé fut absorbée par ses vêtements. Sur son minois déjà couvert d’éclats de boue s’ajoutèrent des particules de feuilles mortes en décomposition. Toujours au sol, déboussolée par son vol plané, elle cracha ce qui encombrait sa bouche et ses lèvres et passa une manche crottée sur son visage pour y voir plus clair. Le mastodonte qui apparut devant ses yeux l’aida à repousser ses cheveux en arrière en l’attrapant par le gros de la masse.
Au moment de se redresser, avant même de mesurer l’ampleur de sa condition, tout ce qui importa à la maraude fut le flux lancinant qui lui traversa la cheville, celle-là même dont le déplacement avait été si vivement obstrué. Elle reporta immédiatement le poids de son corps sur sa jambe intacte et découvrit, les yeux exorbités, l’homme qui la détenait. C’était un bœuf. Mais un bœuf que les cheveux coupés ras et la barbe grisonnante lui dévorant les joues rendaient bien moins sympathique que pouvait l’être un bovidé paissant tranquillement dans un pré. A l’instar de l’animal dont il se rapprochait le plus, il n’avait pas de cou et portait sa tête en avant, prêt à défoncer tout obstacle le gênant. Mais à la place d’avoir de grands yeux humides et doux, il avait pour observer sa proie, deux fentes enfoncées sous des sourcils broussailleux. Les commissures tombantes de sa bouche pourtant joliment dessinée terminaient le portrait peu amène de la brute.
Son physique et ses menaces n’encouragèrent en rien la gredine à tenter quoi que ce soit et elle se laissa transporter sur l’épaule du soudard sans un geste ni un mot, presque soulagée de toute façon de ne pas avoir à éprouver davantage sa cheville.
Le temps du trajet retour, elle put découvrir la fameuse Gladys, responsable de sa pathétique cabriole et décida qu’elle n’avait aucune envie de voir la longue lame ondulée la traverser de bas en haut.
La marche ne fut pas longue, bien moins que l’aller qui lui avait semblé interminable malgré sa vitesse de course, mais Aethel eût néanmoins tout le loisir de gamberger sur ce qui l’attendait à présent. A mesure qu’elle envisageait les châtiments qui lui étaient sûrement réservés, la peur reprenait le temps de lui grignoter les entrailles. Pour tâcher de l’occulter, elle porta son attention sur son homologue de rang qui suivait le soldat de son maitre avec obéissance. Elle lui offrit le regard le plus noir et le plus méprisant dont elle était capable.
En d’autres temps, elle n’aurait aucunement jugé le comportement du dénommé Darryl. Jamais elle ne se serait autorisée à critiquer la manière dont chacun de ses semblables tentaient de survivre. Aucune ne lui paraissait moins valable qu’une autre et elle-même n’aurait pas craché sur la possibilité de se mettre au service et donc sous la protection d’un noble si l’occasion s’était présentée. Néanmoins, son état d’angoisse était tel qu’il ne lui restait que la colère pour ne pas défaillir. Et comme, elle ne désirait pas vraiment faire plus intimement la connaissance de Gladys, elle reporta son ire sur le chasseur.
Darryl ne parut ni intimidé ni affecté par l’animosité dont il était l’objet, ce qui accrut plus encore le ressentiment de la brunette.

Elle avait cru que son irascibilité avait atteint son maximum mais ce fut sans compter sur l’humiliation publique que lui fit subir ce foutu Rossignol.


« J’m’appelle pas Margaux ! » s’écria-t-elle outrée en atterrissant à ses pieds. Elle voulut se remettre debout pour faire face à son geôlier mais d’une pression du mastodonte, elle resta à terre. ‘Ser Lagan ‘… qu’il s’appelait le bœuf… Un chevalier… Une bête oui !

« Et j’suis ni fleurie ni rafraîchissante ! J’suis pas une plante ! Et j’me fiche bien d’vous déc’voir ! Si vous pensez qu’j’suis là pour vous combler, vous vous fichez l’doigt dans l’œil ! Jusqu’à l’os ! Et si vous poussez encore, l’ressortira par vot’cul ! »

Mortifiée et vexée, Aethel s’agita à la vue des chaines et plus encore quand on lui retira ses gants. De piètre qualité, il ne servait qu’à masquer ses deux derniers doigts raccourcis à la main droite. Leurs retraits révélèrent en outre le pourtour rougi de ses ongles que le chanvre avait brûlé quand elle s’était battue contre ses liens.
Une frappe derrière la tête l’invita à se calmer et l’instant d’après, alors que le lord continuait de persifler sur son compte, la jeune fille se retrouva pieds et poings liés par une maille épaisse et à l’évidence solide. Au contact du fer, sa cheville la lança à nouveau et confirma ses craintes. L’immobilité forcée ne pouvait que lui faire du bien, songea-t-elle avec amertume.

En revanche, elle agita ses doigts et esquissa un rictus.


« Mes aut’doigts sont autant d’témoignage d’mes succès, m’lord ! déclara-t-elle avec défi. Et d’ailleurs, mon échec j’le dois certain’ment pas à vos talents… C’est vot’Darryl là qu'a tout l’mérite ! Et sûr’ment pas vot’cousin chéri ou l’mouflet là, qu’on presse son nez y’a encore du lait qui sort, ou Tire-la-gueule ! »

Elle désigna Tymeo du menton puis Declan.

« Trop occupés qu’vous étiez à arroser vot’jabot d’piaf ! Sans l’chasseur, s’rez bien plus léger pour voler… Même pour vous torcher, faut vous aider ?! »

Comme annoncé par le seigneur des Rossignols, la troupe se mit en branle pour organiser le repas. Aethel fut adossée à un tronc d’arbre en compagnie de son garde attitré, Darryl et put contempler loisiblement le diner des soldats. Très vite, des lapins et des volatiles dont elle ignorait le nom, furent embrochés et mis à rôtir. Ser Lagan ne manqua pas d’adresser une œillade narquoise à la prisonnière alors que lui-même enfonçait une branche dans le troufion d’un des cadavres pour le poser ensuite au-dessus d’un feu.
Un fin crachin tombait toujours par intermittence mais il ne semblait plus gêner les hommes, trop occupés qu’ils étaient à dévorer les chairs brûlantes et à déglutir le tout avec l’aide de la bière ramenée de l’auberge. La lumière des flammes et des braises se réfléchissait dans le gras dont se paraient les aliments et bientôt les barbes et mentons.
Les conversations allaient bon train mais de sa place, la maraude n’en distinguait pas le contenu. De temps en temps, un regard glissait dans sa direction et elle-même portait le sien sur le lord Rossignol qu’elle craignait de voir hocher la tête pour approuver la demande muette d’un homme. Mais il n’en faisait rien.
Le Rossignol détonnait au milieu de sa milice. Malgré les intempéries, il gardait l’allure d’un noble et se comportait comme tel. Au contraire de ses hommes, sa mâchoire ne ruisselait pas du jus des viandes.
En le détaillant, Aethel se demanda ce qu’il comptait faire d’elle. Cela ne paraissait pas aussi clair que ça aurait dû. Il ne l’avait pas encore punie ni offerte à ses soldats et avait parlé de la garder vivante au moins jusqu’au lendemain pour assister à ce qu’elle supposait être l’attaque qu’ils allaient mener contre les pillards. A quoi bon lui imposer ça ? N’avait-il pas mentionné sa fin dans tous les cas ? Des regrets, elle en avait, il était inutile qu’elle fût témoin de la mort de gueux pour en éprouver davantage.
Songer à sa mort lui vrilla son estomac déjà douloureux par la faim qui le taraudait. Elle se tourna vers Darryl qui terminait, en bon chien, de ronger un os et lui susurra :


« J’ai dans ma poche gauche un peu d’pavot, aide-moi à l’attraper, tu m’dois bien ça… »

Le chasseur lui coula un regard, avala une longue gorgée de bière et essuya la mousse sur ses lèvres du dos de sa main. Il sonda sa voisine sans un mot.

« Allez, tu crains quoi ?! J’peux rien faire ! T’imagines bien qu’j’ai faim, ça m’comblera un peu et ça m’aid’ra à dormir… Qu’est-c’que ça t’coûte ? »

Toujours hésitant, Darryl jeta un œil à la troupe qui mangeait puis hocha doucement la tête. Il enfouit une main dans la poche désignée et en sortit une pelote de plantes entremêlées. Aethel ouvrit la bouche et il l’y déposa. Aussitôt, la jeune fille se mit à mastiquer nerveusement.

« Va aussi falloir que j’lansquine… grommela-t-elle. T’iras l’dire à ton lord quand t’auras fini d’te goinfrer… »
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Blayne Caron
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De son habileté à l'épée et à la harpe
Les sérénades du Rossignol
Les Rossignols et leur cage

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Message Jeu 20 Juin 2013 - 22:31

La petite escapade de la gueuse se termina bien vite par un amusant retour sur l’épaule de Ser Lagan, au grand dam de celle-ci, dont l’énervement fut palpable dans sa diatribe suivante, prenant un ton bien plus sec et cassant. Finis les faux semblants, écroulé le voile d’engouement apparent, finalement la colère transperçait le tout, sans doute sous tendue d’une angoisse sourde. Ce qui était somme toute on ne peut plus normal, au vu de la situation. Mais le changement était suffisamment marqué pour que Blayne eût envie d’en faire la remarque, histoire de titiller un peu plus encore sa prisonnière.
 
« Certes non, tu n’es point une plante, à courir à tout va ainsi j’en conviens aisément. Mais chercher à nous fausser ainsi compagnie était fort peu convenable de ta part, et qui sait ce qui aurait pu t’arriver dans la pénombre des bois à cette heure tardive ? Je m’en serais horriblement voulu si tu avais fait quelque mauvaise rencontre.»
 
Le ton doucereux qui accompagnait la fin de ces propos était entièrement désiré, exagéré presque, afin de bien marquer leur ironie flagrante. Ceci étant, il était véridique que Lord Caron aurait regretté de se voir dérober ce nouveau jouet ou outil, il n’avait pas encore décidé ce qu’il en serait. La détenue dénigra clairement ses compétences, attribuant non sans véracité le mérite au chasseur. Loin de le vexer, ceci eut le don d’amuser le seigneur de Séréna, qui décida d’abonder dans son sens.
 
« Et bien ma foi, s’il est bien un talent que j’admettrai aisément posséder, c’est celui de m’entourer d’hommes compétents, sachant se rendre utiles lorsque leur tour vient. Une fois encore la preuve en est-elle faite. Ne t’inquiète pas cependant, je sais reconnaître leurs mérites, et leur solde sera revue en conséquence. » S’approchant brièvement de la jeune femme, il lui chuchota quelques mots à l’oreille « Savoir diriger, c’est savoir déléguer chaque tâche au plus apte de ses suivants, et savoir les garder à ses côtés. »
 
Sur ces brèves confessions, le Sire des Marches se releva, et mit fin à leur discussion, non sans avoir donné à une triplette de gardes quelques directives :
 
« Assurez-vous que notre charmante convive ne nous fausse pas compagnie pendant la nuit, j’en serais fort marri. Egalement, veillez à éloigner vos éventuels camarades trop entreprenants. Nulle raison n’est de la tuer à la tâche alors qu’une belle marche l’attend demain, et je doute que les fautifs apprécieraient de devoir porter les provisions à la place du cheval de somme qui se révélerait nécessaire pour la transporter. Assurez-leur également que je ne m’en tiendrais aucunement à une aussi simple punition. »
 
Finalement, il quitta le petit groupe, notant mentalement que le chasseur avait décidé de rester dans les parages après avoir reçu sa ration plutôt que de s’installer autour d’un feu de camp et profiter de sa chaleur bienvenue après une journée maussade. Sans doute une quelconque culpabilité, s’amusa-t-il. Il faudrait cependant voir à lui rappeler de ne pas trop s’apitoyer sur le sort de la bougresse, qui avait amplement mérité ce qui lui arrivait. Enfin, il serait toujours temps de s’inquiéter de cette empathie en temps voulu. Pour le moment, il envisageait sereinement la soirée, à dîner en compagnie de certains de ses hommes et deviser avec eux, tout particulièrement son cousin, qui était toujours d’intéressante conversation, ne serait-ce qu’en le titillant un peu.
 

***

 
Un des gardes chargés de veiller sur la prisonnière nota les actes de Darryl, mais n’y vit aucun mal sur le moment, et se contenta de continuer à observer à quelque distance, un peu en retrait. Ses deux compères étaient tout occupés à se remplir la panse, et étaient donc moins attentifs, mais le dénommé Ron se targuait d’assurer ses tâches avec le plus grand sérieux. Sa compétence n’était malheureusement pas aussi importante que sa rigueur, mais la dernière compensait généralement pour l’autre. Ceci explique pourquoi il se dressa sur son séant lorsqu’il vit que la conversation entre les deux s’éternisait, il apostropha donc le chasseur :

 
«  Hé, gars, qu’est-ce vous fricotez là ? T’veux pas lui fourrailler encore aut’chose dans l’gosier ? Faudrait voir à s’arrêter hein ! » Ce à quoi Darryl lui répondit brièvement, bien que semblant un peu gêné d’évoquer un tel sujet, rougissant un peu par la même occasion, déclenchant un rire gras de la part du garde. « Et alors, elle peut pas s’faire dans ses chausses ? S’il pleut, ça s’ra vite rincé ! »
 
L’homme d’armes sembla particulièrement fier de sa propre boutade, déclenchant par la même occasion les rires de ses deux acolytes. Pour tout dire il trouva l’idée tellement drôle qu’il décida de l’appliquer, n’ayant reçu aucune directive à ce sujet. Il s’adressa cependant au chasseur, le gibier rôti se rappelant soudainement à lui.
 
« Oh, gars, tu pourrais pas aller m’en chercher un bout, s’il en reste encore ? Et tant qu’à faire, tu pourras bien lui ram’ner que’que chose à becq’ter aussi, et si t’as envie d’lui jouer les nourrices tu pourras même lui d'ner la becquée comme ça. Au moins elle crèvera pas d’faim c’soir. »
 
Sans un mot, Darryl s’exécuta, en partie par compassion, en partie par culpabilité, qu’il ne pouvait s’empêcher d’éprouver, mais bien conscient de devoir garder un minimum ses distances dorénavant pour ne pas éveiller des soupçons. Il tenait à rentrer en un seul morceau chez lui, avec une solde complète, et se contenterait donc du strict minimum dans ses rapports avec la jeune femme.
 

***

 
La plupart des troupiers était maintenant couchés, les sentinelles ayant pris leur quart. Déjà les flammes des feux de camp n’étaient plus, remplacées par le rougeoiement des braises, une fumée âcre s’en élevant. Des trois gardes affectés à sa surveillance, deux restaient éveillés tandis que le dernier se reposait, et prendrait son tour un peu plus tard dans la nuit.
 
Les conversations s’étaient maintenant tues, laissant place au silence de la forêt, simplement perturbé par les cris d’animaux nocturnes et le ululement des chouettes. Un seul bruit régulier s’ajoutait à ce tableau, celui du crissement du métal contre la pierre, provenant de quelque distance de là. Assis sur une souche, le massif Ser Lagan finissait d’aiguiser sa Gladys, jetant de temps à autre un regard en direction de la détenue et ses gardes, esquissant parfois un sourire que d’aucuns auraient pu qualifier d’inquiétant…
 

***

 
« Allez, debout la gueuse ! Fini d’rêver à Sire Parangon et son fier destrier ! C’est l’heure de rev’nir parmi nous !» La lune était encore bien haute dans le ciel, et l’astre diurne ne se lèverait pas avant plusieurs heures encore. Un coup de pied botté dans la cuisse accueillit l’éveil de la jeune femme, décoché par le si bourru chevalier au physique imposant. L’agrippant par le col, il la remit promptement sur pieds, puis la poussa en avant pour la faire rejoindre ses trois anges gardiens, à quelques mètres de là, qui avaient détourné le regard, comme pour ne pas s’impliquer quoi qu’ait fait le chevalier.
 
« C’est bien, braves toutous, vous voyez que j’vous l’ai pas abîmée. Vous allez pouvoir reprendre vot’garde comme on vous l’a ordonné. Et toi, j’aurais bien joué les nounous, vu la marche qui t’attends ç’aurait pu être drôle, mais j’vais avoir des choses bien plus intéressantes à faire, et j’voudrais louper ça pour rien au monde. Mais j’t’oublie pas, p’tiote, j’t’oublie pas. »
 
Et sur ces mots Ser Lagan s’en fut, non sans lui avoir décoché un clin d’œil salace en souriant de tous ses chicots. Les gardes pressèrent alors la prisonnière de se mettre en marche, Darryl pour gagner la tête de la colonne, non loin des cavaliers, dont faisait évidemment partie Lord Caron. Deux bonnes heures de marche soutenue allaient se révéler nécessaires pour que la petite troupe atteigne la base temporaire de la bande de brigands, et il était important de les surprendre avant qu’ils ne lèvent le camp. En ceci, cette marche allait s’avérer longue et monotone pour tous, presque interminable malgré sa courte durée par rapport aux journées précédentes. Mais la tension à l’approche de l’échauffourée se faisait palpable, et chacun n’avait qu’une hâte : se débarrasser de ces importuns pour rentrer chez soi avec une solde bien méritée.



Nul chant n'est si doux...
Mais bientôt vous danserez entre mes mains


N'hésitez pas à me MP si un rôle dans la famille Caron ou son entourage vous intéresserait, je suis ouvert à toute proposition.


Dernière édition par Blayne Caron le Mer 14 Aoû 2013 - 10:05, édité 1 fois
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Message Mer 14 Aoû 2013 - 0:56

Le crâne posé contre le tronc rugueux d'un arbre, Aethel laissa la douce drogue apaiser ses craintes. Il n'en fallait pas moins pour l'aider à occulter le regard que posait régulièrement sur elle ser Lagan. Détournant une énième fois les yeux, la jeune fille pria pour qu'il se coupât la main à sa chère et tendre lame, que son sang s'empoisonnât et que la fièvre l'emportât. Mais il n'en était rien, tout rustaud qu'il était, il n'en était pas moins habile à nettoyer son acier. Et Dieu qu'il paraissait l'aimer... Aethel se demanda s'il n'avait jamais caressé une femme avec autant de tendresse. Elle en doutait.

La conversation entreprise entre le chasseur et les trois hommes occupés à la surveiller la détourna de ses interrogations. Elle eût voulu répondre aux rires graveleux qui s'étaient élevés mais le pavot faisait son office et ralentissait son esprit et ses réflexes. Là se trouvait le prix à payer pour profiter de ces quelques instants durant lesquels le nœud de ses entrailles cessait de la tourmenter. Il était toujours là, certes, si serré qu'il semblait impossible à défaire, mais le calvaire qui en résultait était comme annihilé. D'ailleurs, il avait tant martyrisé Aethel aujourd'hui, que malgré son état présent, elle appréhendait le moment où elle serait à nouveau soumise à ses angoisses.

Ainsi se tut-elle et le silence imposé lui permît de réaliser qu'en dépit de ses manières, le soldat ne paraissait guère lui souhaiter malheur. Tout comme le roi des rossignols songea-t-elle, perplexe. Le regard de la voleuse fouilla l'obscurité maintenant bien installée mais ses pupilles pers ne trouvèrent pas à se poser sur la silhouette du seigneur de Séréna. D'où elle était, elle ne distinguait plus grand-chose du campement et la lueur des feux de camp semblait accentuer les ténèbres alentours. Mais dans les ruelles sombres de Port-Réal, Aethel avait appris à voir autrement qu'avec ses yeux. Elle avait appris à sentir et à entendre. L'agitation du repas valait bien celle du banquet d'une grande maison bourgeoise. Excepté qu'elle n'attendait pas patiemment la sortie d'un invité trop ivre pour percevoir les mains chapardeuses. Pour l'heure, les mains en question ne risquaient pas de faire quelques méfaits. Aethel fit cliqueter ses chaines alors que ses narines lui apprenaient que l'odeur de la graille se faisait déjà rance. Le diner n'était pas pour s'éterniser et probablement que le maitre des lieux avait déjà rejoint ses quartiers.

Une fois de plus, elle fut détournée de ses cogitations et dès que lui fut présenté son repas, sa bouche sèche s'emplît de salive. L'espace d'une seconde, elle se redressa, avisa le mastodonte qui ne cessait de polir son arme et se crut capable de refuser le présent par simple orgueil. Dans ses élucubrations, cette conduite lui avait parue hardie et audacieuse mais il ne lui fallut pas longtemps pour remettre la situation dans son contexte. Elle n'était ni une noble dame enlevée par des bandits, ni une fière guerrière aux mains de l'adversaire. Elle était une misérable imbécile dont la faim était la principale ennemie. Ridicule. Mais le ridicule ne tuait pas, lui. Elle se mit à mastiquer avidement le morceau de porc offert par Daryll, laissant à ser Lagan sa lippe moqueuse. La viande n'avait pas encore glissé dans son gosier que déjà elle quémandait un nouveau lambeau à son voisin. Comme elle s'étouffait, la bouche pleine, l'homme lui colla le goulot de sa gourde entre les lèvres.
Fichtre, de la bière et du porc, voilà un repas qui méritait bien qu'elle s'assît sur les débris de sa fierté. Aethel aurait presque ri de l'ironie de son cas si le sifflement chuintant de la pierre contre l'acier ne lui hérissait pas chaque fois le poil de l'échine.

Sa pitance terminée, elle remercia du bout des lèvres le chasseur, soucieuse de s'en faire un allié, mais ce dernier, s'il l'entendît, se contenta de s'installer pour la nuit. Les hommes du campement semblaient en faire autant car il y avait cette courte effervescence qui annonçait un changement et précédait souvent le coucher.


« T'sais c'qu'ils vont faire, demain ? » demanda la jeune fille. Elle connaissait en partie la réponse à la question. Les hommes autour d'elle en parlaient suffisamment pour qu'elle eût pu comprendre que rien de bien réjouissant attendait les brigands pourchassés, cependant, elle n'avait rien trouvé de mieux pour engager une conversation avec un étranger. Pourtant, il lui fallut se creuser la cervelle pour trouver un sujet plus excitant car seul un grognement lui certifia qu'elle avait été entendue.

« T'es d'où? » tenta-t-elle, courageusement. Cette fois-ci, le grommellement fut couvert par le pet sonore d'un des gardes. Aethel soupira bruyamment. Elle sentait bien que le silence ne tarderait pas à prendre ses quartiers pour la nuit mais comme elle n'avait ni envie de dormir ni encore moins de se retrouver en tête à tête avec elle-même, elle s'obstina.

« Ton arc, là, c'toi qui l'a fabriqué ? » questionna-t-elle avec espoir. L'homme aurait peut-être suffisamment de vanité pour sortir de son mutisme et déblatérer sur son œuvre. Mais ce fut peine perdue. Daryll n'était pas homme à se vanter.

« J'peux te faire des choses, s'tu veux... » Un dérisoire désespoir souffla ces quelques mots que le silence en retour ne rendit que plus pathétiques encore. Honteuse, Aethel fixa la boue à ses chaussures et grattant la terre avec ses talons pour se donner un semblant de contenance, elle se sentit obligée de conclure : « J'l'aurais pas fait, toute façon... »

***

Aethel luttait naïvement contre le sommeil. Ses paupières s'étaient alourdies dès l'instant où d'un accord tacite, les hommes s'étaient mis au repos. Les sentinelles surveillaient évidemment les lieux mais leur présence ne troublaient en rien la quiétude du campement. La maraude avait étouffé les premiers bâillements mais ils la harcelaient à présent, lui décrochant la mâchoire. Le souffle de Daryll non loin d'elle s'était fait régulier et l'attirait sournoisement dans la petite mort. Elle ne voulait pas lui céder tout simplement parce qu'elle craignait le réveil qui suivrait cette léthargie. Puérilement, elle s'accrochait à l'espoir qu'en repoussant le moment de dormir, elle repousserait le moment de se lever. Outre le massacre qui avait été prédit, sa propre condition changerait avant la fin du jour et elle n'était pas certaine d'avoir envie d'y assister.
Pour tenir bon, elle s'était d'abord répété que le roi des rossignols ne l'avait ni tuée, ni donnée à ses hommes. C'était bien qu'il ne lui voulait pas de mal... Mais la nuit lui laissant le temps de philosopher, elle perdait toute confiance en cette théorie. Peut-être attendait-il seulement d'avoir un moment pour la torturer... Peut-être estimait-il que Gladys n'était pas encore opérationnelle... Peut-être ne voulait-il véritablement pas épuiser ses hommes avant que leur tâche ne soit accomplie...
Dans son champs de vision, deux des trois gardes qui étaient chargés de la surveiller s'entretenaient à voix basse pour ne pas sombrer. Aethel eut presque envie de les rassurer. Leur attention était inutile, en cet instant, elle n'avait aucun désir de se carapater. Elle était incapable de s'orienter dans la forêt et elle était certaine que ser Lagan n'attendait d'elle qu'une nouvelle tentative pour se donner une occasion de nettoyer son épée. Cependant, elle ne s'avouait certainement pas vaincue et patientait jusqu'à une occasion plus propice.

Un frisson lui parcourut le dos, du bas des reins jusqu'au sommet de sa tête. Sous le couvert des arbres, le crachin ne l'atteignait pas mais l'humidité avait de toute façon percé jusqu'à ses os. Elle lui faisait office de couverture, l'enveloppant de la tête au pied. En l'absence d'une quelconque activité, elle était devenue glaciale, lui arrachant de vifs frémissements. Bientôt, ses membres se mirent à trembler de manière incontrôlée et il lui fallut tous les efforts du monde pour empêcher ses dents de claquer. La fatigue, le froid et la peur, voilà un ensemble qui devenait difficile à surmonter. La jeune fille se sentit faiblir davantage si tant est que ce fût encore possible quand sa vessie se rappela à elle pour lui envoyer des signaux d'urgence. Elle eût beau se contorsionner pour serrer ses cuisses, gagner un peu de temps sur le temps, elle ne put que rendre les armes. « Non, non, non, non, non... » martela-t-elle en silence au comble du désespoir. Ses muscles se relâchèrent et le liquide chaud se répandit. Aethel en aurait pleuré si elle n'avait pas déjà été au comble de l'embarras. Il ne lui restait que ça pour ne pas être parfaitement humiliée. Pourtant, elle aurait tout donné pour trouver des bras dans lesquels se réfugier. Mais elle était toute seule, avec pour couronner le tout, le sentiment inavouable d'être soulagée et réchauffée.
Puisqu'elle avait échoué face à sa vessie, la gueuse abdiqua définitivement pour la nuit et accepta de se perdre dans les méandres du sommeil.

***

Il déploya fébrilement ses ailes, les fit vibrer dans l'air frais de la nuit et décolla. Au contraire de bien des êtres qu'il côtoyait, le papillon de nuit qui s'éleva dans l'obscurité, se mit à voleter de manière bien indécise. Il virevoltait avec hésitation, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre côté, comme s'il décidait à chaque fois d'une nouvelle destination. Pourtant, après quelques tentatives pour se diriger, il s'accrocha au tronc d'un arbre. Là, il attendit que la chouette fût passée et se félicita de porter une telle parure. Il resta un moment immobile puis de ses pattes avant, il entreprit de nettoyer les deux plumes qu'il portait en guise d'antenne. Inlassablement, il répéta plusieurs fois ses gestes jusqu'à ce que satisfait, il reprît son envol. Ce deuxième voyage se termina ce coup-ci sur le sol. De l'humus en décomposition provenaient d'attirantes effluves et bientôt la trompe du papillon s'enfonça dans les sécrétions végétales. Il n'eut ni le temps d'en apprécier la saveur, ni celui d'esquiver la semelle qui l'unifia éternellement à la terre.

Cette même semelle qui tapa dans la cuisse de notre crasseuse au bois dormant. Aethel ouvrit douloureusement un œil, puis un second. Son esprit n'eut pas le temps de profiter de cet instant nébuleux qui suit le réveil, quand tout n'est encore que songe. Une poigne le projeta immédiatement dans la réalité. Forcée de se remettre brusquement sur ses jambes, la maraude sentit sa cheville la supplicier et elle reporta instinctivement son poids sur l'autre. Ce soulagement ne fut que de courte durée. Sans qu'elle n'eût pu dire ouf, Aethel, en compagnie de ses trois gardes et du chasseur, se retrouva bientôt au sein de la colonne de soldats. Les sourcils froncés, elle constata que le ciel était toujours noir et nuageux et que nul soleil n'avait remplacé la lune.  Hagarde, elle se mit à avancer au rythme imposé.

Devant sa mine décontenancée, l'un de ses gardes l'interrogea, narquois :
« Ben quoi, princesse, t't'es jamais levée aux aurores ?! »

La jeune fille cligna des yeux et ferma la bouche. La remarque lui raviva l'esprit et elle se reprit vivement.


« Non, c'est plutôt l'moment où j'me couche après avoir délesté les soudards d'ton genre ! » renvoya-t-elle, ragaillardie. Elle chercha aussitôt ser Lagan des yeux et le trouva juché non loin sur un destrier. « Et j'ai pas b'soin nounou, l'interpella-t-elle, mais si vous avez b'soin d'materner, j'connais bien un ou deux endroits pour vous faire saillir ! S'ront pas regardant ! »

Elle avisa ensuite Lord Caron et attaqua avant de l'être.
« Tiens, l'roi des piafs est sorti d'son nid aussi... nota-t-elle, presque poliment. Z'avez bien couvé ? »
Malgré le ton calme, une œillade noire accompagna le propos suintant la rancune. Elle en eut également pour Declan qui chevauchait tout près de son maître. « Si faut qu'j'trouve une bourse pour être à ch'val, j'dois pouvoir faire ça... »

A la vérité, son état l'empêchait de tout exploit. Enchainée, blessée et crasseuse jusqu'aux ongles, elle aurait été bien en peine d'exposer ses talents.  
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Blayne Caron
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♦ Age : 29
♦ Date de Naissance : 22/06/1988
♦ Arrivée à Westeros : 28/11/2012
♦ Célébrité : Craig Parker
♦ Copyright : Floob
♦ Doublons : -
♦ Age du Personnage : 31
♦ Mariage : veuf
♦ Lieu : Séréna
♦ Liens Utiles : Le Ménestrel de Séréna
De son habileté à l'épée et à la harpe
Les sérénades du Rossignol
Les Rossignols et leur cage

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
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Message Mer 14 Aoû 2013 - 17:48

La tête de colonne connut un brusque sursaut d'agitation, qui coïncida curieusement avec l'arrivée de la prisonnière en son sein. De là à y voir un lien de cause à effet, il n'y avait qu'un pas, que la plupart des spectateurs présents franchirent allègrement. Lord Caron pour sa part se contenta d'un regard condescendant en direction de  la jeune femme, sans même deigner répondre. Il avait affaires plus urgentes à organiser en sa tête en cet instant, tout particulièrement une tactique à finir de mettre au point. S'il rechignait à se séparer de l'assistance et de la protection de Ser Adan à ses côtés au cours de l'assaut, il avait bien conscience qu'une telle manoeuvre  allait se révéler nécessaire pour le bon déroulement d'une prise en tenaille. Et tant qu'à faire, autant détacher Declan aux côtés de son cousin, qui saurait relayer promptement ses ordres. Lui resterait donc à ses côtés Tymeo, le jeune et impétueux combattant, et Leopolt, un bon gaillard rouquin  plutôt débonnaire, et dont le faciès rougeaud n'était pas tant dû à un excès de tâches de rousseur qu'à un penchant immodéré pour la boisson lorsque l'occasion s'en présentait. Mais l'homme avait toujours mis un point d'honneur à rester sobre en service, aussi Blayne n'avait il jamais eu à en redire.

A l'approche de l'échauffourée, le Sire des Marches avait revêtu une broigne dont les lamelles métalliques ceintent entre deux épaisseurs de tissu matelassé assuraient une excellente protection contre la plupart des coups, sans pour autant restreindre autant la mobilité qu'une encombrante armure de tournoi. Et sans refléter l'éclat des torches allumées par certains des gardes, ce qui était pour l'instant nécessaire, et pourrait se révéler utile lors de l'assaut. Les torches, elles, seraient éteintes quelques temps avant d'arriver près des lieux du campement, évidemment, afin d'éviter de capter le regard de possibles sentinelles postées. La loquacité retrouvée de la détenue, malgré l'heure peu avancée et un lever plutôt brutal, fit sourire le seigneur de Séréna, qui se permit de relancer la joute verbale à cet instant:


"Et tu t'y prendrais comment pour la dérober? Avec les dents? Essaie donc d'économiser ton souffle, si tant est que tu en sois capable, le trajet qui s'en vient promet d'être rapide, et je ne suis pas sûr que tu y sois habituée."

Sur ces mots la colonne pressa le pas, les chasseurs ayant repris leur rôle d'éclaireur, suivant les indications fournies par Daryll la veille. Une certaine agitation se faisait sentir dans les rangs, les hommes semblant avides de tomber sur les bandits menaçant ces terres.


***


A l'approche de la clairière désignée par le chasseur, une bonne lieue avant de l'atteindre, le groupe se scinda en deux, et éteignit ses torches à l'exception d'une qui fut gardée à l'arrière de la colonne, pour aller se positionner de part et d'autre des brigands sur lesquels il s'apprêtait à fondre. Une poignée d'hommes resta cependant en arrière afin de garder un oeil sur les montures, qu'il était inconcevable d'employer s'ils voulaient rester discrets. Blayne préféra conserver la voleuse à ses côtés, mais en souhaitait pas prendre de risques inutiles, comme il le lui expliqua alors qu'un de ses hommes chargés de la garder s'approchait, les mains chargées de tissus:


"Tu comprendras bien que je ne peux me permettre de te voir pousser la chansonnette, ou imiter quelque animal au cri perçant, alors que nous approchons des mécréants qui pillent mes terres. Aussi suis-je au regret de devoir me passer de ta charmante et ô combien pertinente conversation pour les temps à venir. Mais je te garderai néanmoins à mes côtés afin que tu ne manque rien du spectacle. Je m'en voudrais dans le cas contraire, tu comprends. Yolan, tu peux y aller."

Le soldat se saisit alors sans ménagement de la jeune femme et lui fourra de force un tissu roulé en boule dans la gorge, sans tenir compte des protestations de cette dernière, puis y adjoignit un baillon qu'il noua fermement derrière son crâne.

La fin du trajet se fit alors dans un silence de mort, les bottes de cuir glissant sans un bruit sur l'humus humide qui composait le sol du bois environnant la clairière, armes sorties de leurs fourreaux et apprêtées, sentinelles neutralisées par les éclaireurs. Tous les hommes en place, à l'orée du camp, l'un des archers de Blayne encocha une flèche et visa calmement, un torchon imbibé et poisseux enroulé autour de cette dernière, put fit un signe de tête. A ce moment l'homme ayant conservé la torche à l'arrière se rapprocha, prenant garde à la garder dissimulée de la clairière, et enflamma la flèche, avant de moucher la dernière source de lumière. La flèche fila en direction du camp, pour finir sa course dans un barril de bière, vraisemblablement dérobé à une auberge quelques temps auparavant. Le chuintement émit par le projectile fut étouffé par le bruit ambiant de la forêt, et la légère lueur ne sembla pas déranger plus que ça les soudards endormis, jusqu'à ce que le feu ne se propageât sur les lattes du tonneau, quelques hommes commencèrent alors à émerger du sommeil. Mais trop tard, avant qu'aucun ne puisse esquisser un geste, l'alcool encore présent dans le baril s'enflamma à son tour, chauffant les vapeurs éthanolées, et il en résultat une belle explosion, qui dispersa le contenu enflammé un peu partout sur le camp, désorientant les brigands. Alors, l'assaut commença. Et c'est seulement quelques instants plus tard que sur un ordre du Lord, le soldat retira son bâillon à la prisonnière, désormais accessoire. Qui sait, les commentaires à venir pourrait se révéler divertissants, et le Sire des Marches ne souhaitait pas risquer de se priver de ce divertissement.

L'expression d'effroi que vit passer Blayne dans les yeux de la jeune femme alors qu'elle assistait impuissante au massacre en règle des brigands mal préparés pour faire face à un assaut fit émerger un sourire satisfait sur ses lèvres, son objectif était donc rempli: la voleuse aurait en ce jour appris à craindre son courroux. Se retournant vers la miséreuse et ses geôliers, le seigneur et maître de Séréna et ses environs se permit d'en rajouter une couche:


"Vois donc ce qui arrive aux malandrins qui détroussent mon peuple sans vergogne. En ces temps difficiles, où l'on se doit d'être économe en vivres en prévision de l'hiver qui arrive, il est proprement inadmissible que mes sujets aient à souffrir ainsi de brigandage. Aussi nul pardon ne sera accordé aux membres de cette bande, ainsi que tu peux le voir. Sache que je pourrais t'accorder un destin similaire, si l'envie m'en prenait. Mais j'ai des projets bien plus intéressants pour toi, aussi te faudra-t-il souffrir le trajet du retour jusqu'à ma demeure, où nous pourrons converser plus à nos aises."

Et sur ces mots Lord Caron s'avança à son tour pour prendre part à l'échauffourée, n'ayant qu'une hâte, s'acquitter de cette tâche au plus vite pour pouvoir mettre à exécution le plan qui se peaufinait en cet instant dans son esprit. La jeune femme lui serait bien plus utile vive que morte, il en était certain. Et la suite des événements ne pourrait que lui donner raison.



Nul chant n'est si doux...
Mais bientôt vous danserez entre mes mains


N'hésitez pas à me MP si un rôle dans la famille Caron ou son entourage vous intéresserait, je suis ouvert à toute proposition.
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Les serres d'un rossignol n'en restent pas moins des serres pour la vermine

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