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Un affaire de famille [PV Catelyn Royce]

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Message Jeu 25 Avr 2013 - 3:53

Mallory scella la dernière lettre de la journée. Elle la confia à Mestre Vaellyn, qui s'occupait de la transmission de missives. Elle lui indiqua la destination de cette lettre puis se retira à ses quartiers en espérant croiser Maël quelquepart par là.

Ladite lettre venait de Lady Catelyn Royce, une cousine du côté de son père. Cela faisait très longtemps que Mallory n'avait pas eu de nouvelles de sa famille éloignée et elle devait avouer que ça lui faisait du bien. Dans sa lettre, Lady Catelyn lui indiquait qu'elle était à Goëville, grande ville du Val et bon port de commerce de la région, pour affaire. Maël lui avait annoncé il y a quelques jours qu'il partait justement pour Goëville pour conclure quelqconque affaire au nom de Lord Vanbois. Lorsqu'elle avait reçu la lettre de sa cousine, l'idée d'aller la visiter germa instantnément dans son esprit. Pourquoi pas? Maël s'y rendait aussi alors elle serait escortée d'un cortège de garde personnel. Mallory serait aussi accompagnée d'Éloïse, sa dame de compagnie. Il n'y avait donc aucune raison se s'inquiéter de sa sécurité.

Maël fit son entrée dans le domaine et Mallory s'empressa de l'intercepter avant que quiconque ne s'entretienne avec lui et l'entraîne dans une salle ou elle n'aurait pas accès. Plutôt que d'attendre des heures pour une conversation qui ne durerait à peine quelques minutes, Mallory préférait s'éviter ce trouble et de s'entretenir avec son frère immédiatement.

― Maël! dit-elle, semblant essouflée. Enfin, je te trouve! Puis-je te parler un instant?

― J'espère que ce sera bref, Père m'attends. Il semblerait qu'il ait quelque chose d'important à régler, dit-il en rangeant son épée dans son fourreau. Marchons ensemble, tu pourras tout me raconter d'ici-là.

Le frère et la soeur commencèrent à marcher vers le bureau de leur paternel.

― Je te promet que ce sera bref. En faite, j'ai échangé quelques lettres avec Catelyn Royce et...

― Catelyn Royce... notre cousine? dit-il après un moment de réflexion.

― Oui. Elle est à Goëville pour affaire et elle allongerait son séjour si j'arriverais à être présente. Je sais que ça ne te dérenge pas que je t'accompagnes, mais je redoute la décison de Père...

Maël s'arrêta quelques secondes, le temps de regarder sa sœur dans les yeux pour quelle comprenne bien le message.

― Mallory… Cesse de broyer du noir comme ça. Tu verras, tu va vivre plus longtemps. Tes cheveux ne deviendront pas gris avant que tu n'atteigne trente ans.

La jeune femme ne put s'empêcher de rire, ce qui valut à son frère un sourire en coin. Ils continuèrent de marcher jusqu'au bureau du seigneur, leur père. Maël toqua à la porte. Ils furent accueillis par un simple « entrez »de la part de Lord Vanbois. Edouard fut tout de même surpris de voir que sa fille accompagnait Maël. Par politesse il demanda à sa fille ce qu'elle désirait. Mallory ne tourna pas alentour du pot et lui s'était mouillée.

― Je ne vois pas pourquoi tu ne pourrais pas accompagner ton frère, dit le Lord avec sincérité. Je dois avouer que tu passe beaucoup de temps à gérer cette maison et à résoudre tout les imprévus. Maintenant que tout semble rétabli et plus calme depuis quelque temps, tu as ma permission.

Le seigneur râcla sa gorge, prenant un air plus sérieux.

― Par contre, ma fille. Je veux que tu sois escorté en tout temps, comme le protocole le demande. Je sais que tu aimes te balader, mais hors de ma maison et de mon village, je ne prendrai pas de risque. Prends Éloïse avec toi, on ne sait jamais. Tu offriras aussi nos meilleurs vœux de bonheur et de prospérité aux Royce.

Un large sourire creusa les fossettes de Mallory. Elle était réellement contente d'avoir reçu la confiance de son père, encore une fois.

― Merci beaucoup, Père. Je vous ferai honneur.

Mallory disposa, tentant de contenir son excitation! C'était rare qu'elle quittait Chêne-en-Fer, mais quand elle sortait, la jeune femme faisait en sorte qu'elle en profitait. Mallory se dirigea vers sa chambre pour ramasser quelques effets pour le voyage. Maël passa à la fin de sa réunion pour lui dire qu'ils partiraient au soleil levant. Le voyage prenait quand même trois à quatre jours.

La route était bonne comparé à certains autre temps de l'année. Mallory savait habilement chevaucher mais la route la fatiguait toujours davantage que son frère et ses subordonnés (notamment deux soldat, lui-même, le capitaine, un conseiller en tactique militaire et un autre dont Mallory ignorait l'occupation). Ils s'arrêtèrent dans des petits villages pour demander le gîte. C'est à la moitié de la quatrième journée que Mallory et son faible contingent arrivèrent dans la fabuleuse Goëville.

C'était la plus belle ville du Val, nul pouvait nier ce fait. Mallory était époustouflée par sa localisation géographique et la vue sur la mer était tout à fait splendide. La jeune Vanbois avait entendu plein de belles choses au sujet de cet endroit et avait bien l'intension de vérifier certains faits.

Le conseiller de Maël leur indiqua qu'ils devaient se trouver une place ou dormir et pour, évidemment, déposer leurs effets. Il s'avéra que celui-ci connaissait une auberge humble mais très confortable près du port qui se nommait Le Blason et l'Épée. Ils s'installèrent chacun dans leur demeure pour leur séjour et déposèrent leurs effets.

Mallory en profita pour changer de robe. Éloïse, qui résidait avec sa maîtresse, s'affaira à trouver à la jeune Lady une robe convenable pour se présenter en public. La dame de compagnie l'aida ensuite à refaire ses cheveux puis elle étaient prête à faire la découverte de leur ville hôtesse.
Accompagnée de Maël et Éloïse, Mallory proposa de prendre une marche dans le port.

L'air marin était frais et ça sentait l'exotique. Plein de navires vidaient leur cales de produits venu des quatre coins de Westeros et des parfums subliment glissèrent jusqu'à l'odorat des jeunes gens. Mallory arborait un sourire franc et heureux alors qu'elle fermait les yeux pour savourer ce moment unique. Ça ne sentait pas aussi bon à Chêne-en-Fer! Le port sentait aussi le poisson et les fruits de mer, mais ça aussi, c'était inhabituel de par chez elle.

Les jeunes nobles trouvèrent une place ou s'assoir en regardant la mer. La vue était tout simplement éblouissante. ette eau d'un bleu de saphir, les rayons de soleil qui s'y reflétait… c'était le plus beau spectacle. La voix d'Éloïse ramena Mallory au moment présent.

― Milady… je crois que cette dame vous connais…

Mallory se retourna immédiatement et la femme qu'elle vit, elle la reconnut instantanément. Les années avaient passés mais sa cousine n'avait pas changé autant qu'elle le croyait. Comme Catelyn est magnifique…, pensa Mallory.
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Message Ven 3 Mai 2013 - 13:26

Les négociations avec Lord Randall Rougefort et sa suite étaient désormais terminées, mais cela n’avait pas marqué la fin de mon séjour à Goëville. J’avais en effet reçu une lettre d’une de mes cousines de Chênes-en-Fer, Lady Mallory Vanbois, avec laquelle je correspondais régulièrement et qui m’avait indiqué qu’elle aussi ferait le déplacement dans le fief des Grafton pour accompagner son frère aîné. Ce n’était pas rare pour les familles Valoises, tant le grand port était le cœur économique de la région par lequel transitaient presque toutes les marchandises, qui, pour la plupart, étaient acquises et marchandées dans la légalité. D’autres voies maritimes existaient, notamment celles qui aboutissaient dans les criques de Sortonne et permettaient à mon cher père de s’assurer la pérennité de la Maison Sunderland, mais elles ne pesaient guère face à l’incessant bal des navires qui entraient, déchargeaient leur cargaison, et repartaient, au milieu des embarcations plus réduites maniées par les pêcheurs du cru. J’avais souvent assisté au spectacle, en me demandant par quel miracle les collisions et les naufrages étaient aussi rares. Contrairement aux guerriers que je fréquentais quotidiennement, partageant même la couche de l’un d’entre eux, je n’avais aucun moyen de me familiariser avec les capitaines de vaisseaux, et leur habileté à manœuvrer au milieu d’un champ d’obstacles visibles ou invisibles m’apparaissait comme une forme de magie. Sans doute n’aurait-ce jamais été le cas si j’avais vieilli à Sortonne, et si la contrebande était devenue partie intégrante de ma vie.

J’avais rencontré Lady Mallory lors de mon premier passage à Chênes-en-Fer, lorsque j’avais accompagné ma mère après la première rébellion Feunoyr. Officiellement, il s’agissait simplement de me faire découvrir ma famille maternelle. Officieusement, c’était le seul moyen de fuir l’humeur affreuse de mon père, et ses crises de colère lors desquelles tout le monde sauf lui, hommes et dieux confondus, pouvait être tenu responsable du trouble dans lequel se trouvait la Maison Sunderland. Peu après ce séjour, Lord Royce avait organisé une réception afin de présenter son héritier Andar, alors âgé de treize ans, et de lui trouver une promise. La suite conjugue mes pires et mes meilleurs souvenirs, et m’avait finalement amenée là où j’étais, même si j’étais fidèle désormais aux mots de ma maison d’adoption, et que je pouvais dire au sujet du comportement de mon père : « Nous nous souvenons ».

Ma cousine Mallory n’avait que trois ans lorsque je la vis pour la toute première fois, et son frère aîné Maël n’en avait que six. J’étais une jeune adolescente plutôt timide, mais j’appris à les connaître tous les deux car j’étais traitée comme une jeune Lady de Chênes-en-Fer, et non comme une traîtresse héréditaire, même si les Vanbois avaient peu ou prou la même opinion des Sunderland que le reste du Val, Donniger exclus. Par la suite, je la revis brièvement en l’an 206 alors que je revenais des obsèques de ma mère à Sortonne – le dernier voyage que j’entrepris vers mon lieu de naissance, et la dernière fois que je vis un membre de ma famille – et que je souhaitais présenter mes condoléances à son frère. Je l’avais donc quittée adolescente, alors que j’étais déjà mère et mariée, mais j’étais certaine de parvenir à la reconnaître lorsque nos chemins se croiseraient de nouveau. Après tout, « Nous nous souvenons » est désormais ma devise. Et j’avais toujours été physionomiste, en grande partie parce que l’observation est une occupation inévitable lorsque l’on n’a personne à qui parler ou se confier, comme ce fut mon cas durant mes premières années à Roches-aux-Runes.

Je devais la retrouver sur les quais, et me préparai en conséquence, demandant cette fois à Aline de m’accompagner. Je n’avais pas requis sa présence lors de l’entrevue avec Lord Rougefort, car je voulais être vue comme la représentante de la Maison Royce, et non comme une femme ayant besoin du soutien de ses dames de compagnie pour accomplir quoi que ce soit. Pour rencontrer ma cousine, nul besoin de prendre de telles pincettes. D’autant qu’Aline avait eu tout le temps la veille de s’extasier sur les produits exotiques qui abondaient, et que je craignais qu’elle me force sournoisement à rentrer à la forteresse avec une bourse délestée de quelques dragons sur un coup de tête. Contrairement à Meala, que les Sept lui collent la chaude-pisse et une ribambelle de gamins insupportables, Aline ne me volait pas dès que j’avais le dos tourné, mais elle savait tout à fait arriver à ses fins honnêtement sans jamais se départir d’un air de parfaite innocence. J’avais appris à me méfier gentiment de son visage d’ange, mais je savais que je n’étais pas moi-même immunisée contre les caprices et les coups de tête, et que je pouvais devenir ma propre pire ennemie face à un beau collier ou de riches étoffes.

Je passai donc les premières heures de la journée à me préparer pour cette entrevue, revêtant pour l’occasion une robe jaune, pourpre et noire ornée de fleurs orange rappelant les couleurs des Royce. Je n’avais jamais été particulièrement attirée par les motifs végétaux sur les vêtements, mais la beauté des cadeaux reçus du grand argentier Clarence Hightower lors de la visite des membres de la Citadelle intéressés par les armures d’Andar m’avait quelque peu fait changer d’avis. Aline s’occupa de me coiffer avec son soin habituel, et je fus bientôt prête à arpenter les rues chargées de Goëville avec ma dame de compagnie et une petite escorte de quatre hommes portant eux bien plus clairement que moi la livrée de ma Maison. Nous nous mîmes en route vers les quais séance tenante, et je m’aperçus que mes visites régulières m’avaient donné une connaissance honorable de la géographie de la ville. Je me résolus à éviter les sections les plus animées du quai, où je doutais qu’une jeune Lady ne tienne bien longtemps au milieu de tous les marins aux bras chargés qui ne souhaitaient rien tant que voir la voie dégagée. Un peu à l’écart, plus loin des entrepôts et des étals, se trouvait une jetée sur laquelle flânaient les visiteurs fortunés entre deux achats, sans doute pour regagner un peu de sérénité tandis que leurs bourses s’allégeaient inexorablement. Là se trouvait un petit groupe que j’identifiai comme la délégation des Vanbois. Je reconnus instantanément Maël – ser Maël ? Il me semblait avoir ouï dire de son adoubement – et Mallory. Je m’approchai poliment, une une jeune femme que je ne connaissais point indiqua ma présence. Je remarquai que ma cousine était devenue une belle demoiselle, plus grande que moi d’ailleurs. Je souris sincèrement.


« Je suis enchantée de vous voir ici présents, Mallory et ser Maël. Vous avez bien grandi depuis notre dernière rencontre, alors que je crains n’avoir guère changé ! » Je désignai ma dame de compagnie. « Je vous présente Lady Aline Melcolm, ma très chère dame de compagnie. »

Consciente que les Vanbois étaient sans doute moins familiers que je ne l’étais avec Goëville, je résolus de m’enquérir de leurs premières impressions.
« Alors, comment trouvez-vous la ville ? J’espère que le voyage s’est bien déroulé et ne vous a pas laissés exténués. Il y'a tant de chose à y voir !»
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Message Dim 5 Mai 2013 - 17:39

Comme sa cousine n'avait changée. Elle était restée aussi belle et elle dégageait toujours cette honorable prestance. Mallory se souvenait que toute jeune, lorsqu'elle regardait Catelyn, qui était bien plus âgé qu'elle, la fillette voyait là une soeur plutôt qu'une cousine. Bien que la jeune Vanbois n'était âgé que de trois ans et Maël, Catelyn ne l'avait point négligé pour son âge, bien qu'elle pouvait davantage s'occuper avec Maël, qui courait déjà partout à cet âge là et qui cherchait toujours quelqu'un avec qui s'amuser à l'extérieur.

En grandissant, Mallory et Catelyn se voyaient très peu mais lorsqu'elles se voyait, c'était toujours très agréables. Les rencontre se faisaient de plus en plus rare et Mallory apprit à chérir ces instants. La dernière fois qu'elles s'étaient vues, Mallory était une très jaune adolescente. Elle gardait tout de même un beau souvenir de cette visite. Une fois Catelyn mariée à Lord Royce, Mallory lui faisait parvenir des lettres pour prendre de ses nouvelles de temps à autre. Quelle surprise ce fut lorsqu'elle apprit que sa cousine était déjà mère! Bien que Mallory était très consciente du devoir d'une lady, son jeune âge lui donnait une autre perspective sur la vie.

Maintenant que Mallory était femme, elle se rendait compte que sa cousine avait accompli tout les devoirs d'une lady. Mallory l'enviait en quelques sortes. Envier certes, mais dans le bon sens du terme. Elle était jolie, avait trouvé un mari convenable et avait maintenant des enfants. Bien que son mariage avec ser Rodrick Rougefort venait d'être arrangé par le fief Rougefort, elle savait que le mariage ne serait pas avant quelques lunes et les enfants, pour encore dans quelques courtes années.

« Je suis enchantée de vous voir ici présents, Mallory et ser Maël. Vous avez bien grandi depuis notre dernière rencontre, alors que je crains n’avoir guère changé ! »

― Tu es aussi ravissante que dans mes souvenirs, la complimenta Mallory.
― Je seconde, dit Maël. Vous semblez davantage femme, et je dois dire que cela vous va très bien. Notre Père souhaitait vous transmettre ses voeux de prospérités aux Royces.

« Je vous présente Lady Aline Melcolm, ma très chère dame de compagnie, » dit Catelyn en désignant la femme à ses côtés.

― Enchanté, dit Mallory en exécutant une courte révérence.
― Enchanté de même, jolie dame.

Mallory y reconnaissait là son frère. Lorsqu'il trouvait une femme de son goût, il ne se retenait pas de leur faire savoir. La jeune Vanbois ne put s'empêcher de réprimer un petit gloussement à l'égard de son frère.

― Permettez moi aussi de vous introduire à ma dame de compagnie, lady Éloïse Vertefeuille.

Éloïse fit un pas devant pour se mettre au niveau de sa maîtresse puis fit à son tour une révérence aux nouvelles connaissances. Une fois les formalité d'usages partagés, la conversation s'était axée davantage sur des sujets familiers, tel leur voyage.

« Alors, comment trouvez-vous la ville ? J’espère que le voyage s’est bien déroulé et ne vous a pas laissés exténués. Il y'a tant de chose à y voir !»

― Je la trouve magnifique! s'exclama Mallory. Les vastes étendues marines et l'espace à aire ouverte fait changement de la densité de Chêne-en-Fer. Je ne doutes point qu'il y ait immensément de choses à voir! Je tardes déjà à toutes les visiter.
― C'est effectivement sublime comme ville, seconda Maël. Par contre j'aime mieux la subtilité du village et se sentiment de rapprochement. Goëville est tout de même très attrayante aux yeux et la proximité de l'eau est à faire rêver. Malheureusement pour moi, je n'aurai point de temps pour m'émerveiller sur cette ville, le devoir m'apelle dès l'aube du prochain jour.

Comparé à son frère qui était venu à la grande ville pour commerce et affaires de milice, Mallory elle, y était en quelque sorte, en vacances. Bien qu'elle avait un second rendez-vous de prévu lors de son séjour, le reste de son temps lui était très libre. Elle entreprenait déjà de visiter le marché et de flâner sur l'esplanade du port. Mallory huma l'air. Sentir la fraîcheur de ce nouvel endroit circuler dans son être lui faisait le plus grand bien. Mallory sentait qu'elle allait en profiter, de ces petites vacances.
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Message Mar 7 Mai 2013 - 22:45

Mes souvenirs de Mallory n’auraient sans doute pas suffi à la retrouver aisément au milieu de la foule toujours mouvante qui allait ou vaquait sur les quais de Goëville. Entre ma mémoire dans laquelle s’inscrivait une jeune fille de douze ans, et la belle plante à laquelle je faisais face tant bien que mal faute d’avoir une taille suffisante, le contraste était saisissant, bien plus que pour Maël qui avait mûri mais était déjà presque un homme lors de mon passage à Chênes-en-Fer. Lors de cette escale, mon esprit était plus tourné vers le deuil de ma mère récemment disparue que vers le babillage, et j’avais de plus du promptement m’éclipser pour revenir à Roches-aux-Runes où Andar m’attendait.

Cependant, alors que je l’observais, la logique s’imposait : il s’agissait toujours de la même Mallory, et maintenant qu’elle était une femme je pouvais affirmer sans crainte que je n’aurais plus jamais de trouble à l’identifier dans une foule.

« Transmettez de même les amitiés de la Maison Royce à Lord Vanbois. Comment va d'ailleurs votre père ? » demandai-je. Je savais de source épistolaire que le décès de sa femme l’avait touché, et qu’à son âge, une baisse du moral pouvait avoir de désastreuse conséquences sur le corps. J’espérais que mes cousins le secondaient dans cette épreuve douloureuse, qui ne touchait malheureusement que ceux qui avaient éprouvé de l’affection pour leur conjoint. Il m’avait fallu tout mon calme et ma pondération pour me retenir de dire ses quatre vérités à mon père lors de mon passage à Sortonne, lui qui semblait uniquement regretter le lien ténu qu’il venait de perdre avec une des grandes maisons du Val. La pensée que ma mère n’aurait pas voulu cela fut la seule chose qui retint les mots en travers de ma gorge, où ils restèrent bloqués jusqu’au trajet retour en navire.

J’espérai que Lord Vanbois se remettait convenablement de cette perte, mais résolus également à ne pas laisser la conversation devenir morose. La venue de mes deux cousins à Goëville ne devait pas être placée sous le signe de la tristesse, mais de l’enthousiasme, cette même émotion dont j’aurais tant aimé pouvoir disposer à leur âge, dans ma précaire situation, mais dont la force des choses et la faiblesse de caractère m’avaient privée. Fi donc de tout cela. Nous devions en venir au chapitre des réjouissances et des projets. Je saluai d’un signe de tête la dénommée Eloïse Vertefeuille, tout en surveillant du coin de l’œil le comportement de Maël avec ma propre dame de compagnie, qui n’avait pas reçu pour consigne de trouver un époux à Goëville : je comptais bien profiter d’elle pour encore quelques temps, le souvenir de Meala l’horrible n’ayant toujours pas complètement disparu. A ce sujet…

« Et avez-vous, l’un et l’autre, des plans maritaux ? Vous êtes largement en âge de trouver un conjoint ou une conjointe… » J’avais quatre ans de moins que Mallory lors de mon mariage, après tout. « Je suis sûre que les corbeaux doivent affluer à Chênes-en-Fer », ajoutai-je avec un petit sourire à l’intention de ma cousine. Nul doute que plusieurs Lords considèreraient comme un excellent parti la fille cadette de Lord Vanbois, et à son âge, elle avait sans doute déjà reçu plusieurs propositions – restait à savoir si ces offres avaient été ou non acceptées. Il s’agissait de prendre son temps avec de telles décisions, car les erreurs pouvaient peser sur une existence toute entière. Mallory avait eu une tante pour le lui rappeler.

Je me tournai pour profiter de la vue sur les quais, depuis le relatif calme de notre retraite. Je n’avais guère pris de temps pour moi depuis mon arrivée, occupée que j’étais par les affaires avec la Maison Rougefort, les accords à formuler et à signer, ainsi que les partenaires à divertir, car j’étais bien plus chez moi à Goëville que ne l’était Lord Randall. Même sans la présence de Maeve, j’avais l’avantage de la proximité géographique.

« Qu’as-tu à faire ici, Maël ? » demandai-je curieuse. Je supposai que l’affaire n’avait rien de secrète, ou bien ne l’aurait-il pas mentionnée. La remarque sur la taille imposante, presque angoissante pour les extérieurs de la ville des Grafton était judicieuse, et l’avait été plus encore pour moi la première fois, car Chênes-en-Fer était une immense cité comparée à Sortonne. « Il y’a de nombreuses choses à voir, mais il faut prendre garde à sa bourse. Les tire-laine sont légion, et plus encore sont les tentations de la vider soi-même pour un trésor exotique ou un autre » prévins-je, ayant trop bien appris par moi-même combien Goëville était dangereuse pour les finances.

Je me tournai vers ma cousine. « Que dis-tu que nous allions sur le marché ? Je crains de ne pas pouvoir m’éterniser à Goëville, et de bientôt devoir rentrer pour Roches-aux-Runes, et j’aimerais autant que possible que nous puissions passer un peu de temps ensemble ? » Je n’avais pas parlé à Maël, car je doutais qu’il soit si passionné à l’idée de suivre deux femmes au milieu d’étals remplis d’articles plus ornementaux que fonctionnels.

J’avais en effet reçu le matin-même un corbeau des Eyrié, venant de mon cher époux Andar qui m’indiquait que ser Lyam, son frère, serait bientôt de retour à Roches-aux-Runes. La nouvelle m’avait réjouie, car cela signifiait que, sauf drame, je pourrais désormais m’absenter sur de longues durées de la forteresse sans mettre en danger sa gestion. Il restait à convaincre Lyam, bien sûr, mais ce ne serait pas l’étape la plus difficile, et j’avais déjà fourbi les arguments qui avaient pour objectif de le convaincre de tout le bien qui arriverait s’il acceptait de prendre ma relève le temps que j’effectue le périple que j’avais programmé. Car c’était bien d’un périple qu’il s’agissait, presque d’une aventure, voire d’une mission. J’avais décidé de cesser céans de subir, et de faire de la Maison Royce l’actrice de son propre destin, plutôt que de rester le jouet de la volonté de son suzerain va-t’en-guerre. Cela impliquait de me rendre là où les décisions étaient prises, bien sûr, et un tel voyage ne s’improvisait pas du jour au lendemain. Je souhaitais aller loin, et j’avais une monture à ménager.
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Message Ven 10 Mai 2013 - 2:18

Le temps à l'extérieur était simplement magnifique. Le soleil plombait au dessus de leur tête, l'eau qui caressait le rivage était calme et une légère brise venait faire danser les cheveux de Mallory. Il semblait à la jeune femme que cela faisait des lustres qu'elle n'avait vu une température estivale de la sorte. Et ça lui faisait du bien de changer d'air.

« Transmettez de même les amitiés de la Maison Royce à Lord Vanbois. Comment va d'ailleurs votre père ? »

― Beaucoup mieux depuis quelques semaines, répondit Mallory. Les choses ce sont davantages stabilisées. Après les obsèques de notre mère les choses ont pris une différente tournure que ce que qu'il avait prévue. Bien que la politique et l'économie ont souffert de l'humeur grise et de l'affaissement moral de leur seigneur, Maël et moi avons davantage assumer de responsabilité et au grand bonheur de nous deux ainsi que du fief, tout est rentré dans l'ordre.

Mallory n'avait point l'envie de se remémorer les longues journées de la beur dans le fief à aider son père à gérer l'horaire de ses entretients, à lui faire parvenir les corbeaux lorsque Mestre Vaellyn était occupé en compagnie de Maël ou même lorsqu'il était sortie durant quelques heures hors de la demeure familiale. Il y avait de nombreuses nuit que Mallory avait enfin regagné ses quartiers lorsque les premières heures de la prochaine journées s'entâmait car elle devait terminer de s'assurer que tout serait en place et organisé pour le lendemain.

Cela faisait exactement deux semaines que la situation était rétablie à Chêne-en-Fer et Mallory en était bien heureuse. Le fief connaissait une seconde vie, et avec l'annonce des futures fiançailles de Mallory, le village prospérerait sans l'ombre d'un doute. Les nouvelles alliances qui accompagnerait l'union de la jeune Vanbois allait redonner de l'éclat à Chêne-en-Fer.

« Et avez-vous, l’un et l’autre, des plans maritaux ? Vous êtes largement en âge de trouver un conjoint ou une conjointe… » demanda convivialement Catelyn. « Je suis sûre que les corbeaux doivent affluer à Chênes-en-Fer »

― Je peux dire fièrement que ma petite soeur a su intéresser nos voisins à Rougefort! s'exclama Maël.

Mallory sentit ses joues s'empourprer.

― Lord Rougefort souhaite que j'épouse son fils, ser Rodrick. J'ai d'ailleurs rendez-vous avec eux deux dans quelques jours.

La mention de la rencontre avait son prétendant éveillait sa curiosité, mais la rendait tout aussi nerveuse. Mais une bonne nervosité. Celle qui vous donne hâte de s'y rendre et de faire avancer le temps anormalement rapidement. Déjà qu'elle ne savait pas ce qu'elle allait porter ou comment elle devrait se préparer pour ce genre de rencontre... Mallory devait cesser d'y penser ou les papillons dans son estomac terminerait par la faire exploser spontanément. C,était bien la première fois qu'elle se sentait comme ça!

« Qu’as-tu à faire ici, Maël ? » voulait sa voir leur cousine, un brin de curiosité dans la voix.

― J'ai premièrement rencontre avec quelques lord pour parler milices, puis nous trouver quelques nouveaux alliés, partenaires en terme de commerce. Après le ralenti économique qui a suivit du trépas de notre mère, Chêne-en-Fer a volontier user de partenaires commerciaux. Et finalement, je suis l'escorte et le chaperon de Mallory pour sa rencontre avec les Rougefort. Trépidante horaire, n'est-ce pas? plaisanta Maël. Non, pour être totalement honnête, je suis très enchanté de représenter mon père et son fief pour des ententes aussi importantes que celles-ci.

« Il y’a de nombreuses choses à voir, mais il faut prendre garde à sa bourse. Les tire-laine sont légion, et plus encore sont les tentations de la vider soi-même pour un trésor exotique ou un autre »

― Il est vrai, ma chère Catelyn que la tentation d'acheter me prendra si, durant mon séjour je fais halte au marché! Je ne serai guère surprise de voir sur leurs étales des babioles étrangères qui sauront attirer mon oeil naïf et me soutirer quelqes cerfs d'or supplémentaire! Il faut dire que normalement c'est lady Éloïse qui sait repérer les attrappes-nigauds.

« Que dis-tu que nous allions sur le marché ? Je crains de ne pas pouvoir m’éterniser à Goëville, et de bientôt devoir rentrer pour Roches-aux-Runes, et j’aimerais autant que possible que nous puissions passer un peu de temps ensemble ? »

Mallory ne prit même pas quelques secondes de réflexion à ce sujet. De toute manière, sa réponse était l'affirmative. S'il y avait une occasion de se retrouver avec Catelyn durant quelques heures et papoter de tout et de rien, elle serait toute à fait entêtée de refuser!

― Bien sûr! Je me tarde de découvrir les merveilles de Goëville. D'ailleurs, si cela rime aussi avec pouvoir passer du temps avec toi, je ne saurais rater cette occasion

Mallory se retourna vers Maël pour lui demander s'il souhaitait les accompagner, mais avant qu'un seul mot puisse être prononcé de sa part, la jeune femme remarqua qu'un des conseillers de Maël avait trouvé le chemin jusqu'à lui et que les deux chevaliers discutait à voix basse. Mallory ne pouvait entendre ce quoi dont ils s'entretenait, mais la jeune femme devina qu'il s'agissait d'affaires ayant rapport à sa présence à Goëville.

― J'imagine que tu ne nous accompagneras pas, frérot? demanda Mallory une fois l'entretient entre Maël et son conseiller terminé.

― Hélas, non. Quand le devoir m'apelle, je dois filer. Bien le bonjour, chère cuosine. Je suis fort heureux de t'avoir revu. Au revoir.

― À bientôt Maël.

―Tâche de ne pas vider ta bourse en une seule visite! le taquina son frère, puis disparut vers le port en compagnie de son conseiller.

Mallory se retourna vers Catelyn. Il ne restait plus que quatre femmes aux bourses bien remplies qui s'apprêtait à aller faire quelques emplettes.

― Je te suis, Catelyn. Je crains ne pas s'avoir ou se trouve la plupart des endroit dans cette magnifique ville. Si tu pouvais me servir de guide jusqu'au marché, je t'en serait énormément reconnaissante. La dernière chose que je souhaite est bien de me perdre

La jeune Vanbois suivit donc Catelyn, qui décidement, savait ou elle s'en allait. Éloïse la suivait de près et semblait, tout comme Mallory, absorbée par la contemplation des lieux. Puis une question primordiale fit éruption dans l'esprit de la jeune jouvencelle. Bien qu'elle brûlat les lèvres de Mallory durant tout le trajet vers Goëville, c'était maintenant qu'elle refaisait surface. Sachant que Catelyn avait certains contact avec des fiefs particuliers du Val, Mallory jugea opportun de s'informer au sujet des Rougefort.

― Je me demandais, Catelyn, t'es-tu déjà entretenu avec Lord Rougefort? Je sais que cela peut paraître très...personnel ou même un peu impoli, mais je ne sais guère à quoi m'attendre à son sujet lorsque je le rencontrerai.

Catelyn était déjà mariée, et Mallory savait qu'elle pouvait s'appuyer sur sa cousine pour tout questionnement. Peut-être elle-même avait-elle déjà doutée avant d'épouser Andar Royce? Mallory ne pouvait le savoir, mais il était possible que sa cousine ait elle-même vécu la même chose. Même que Mallory pensa qu'au marché, elle pourrait dénicher certainement quelque chose de convenable pour la rencontre de plus tard. Mais ne laissons pas ce sujet impersonnel guider la journée sur ce seul sujet.
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Message Ven 10 Mai 2013 - 19:05

Les mots de Mallory sur l’état de son fief et le moral de son seigneur se voulaient rassurants, et j’étais absolument disposée à la croire sur parole quand elle disait que tout était désormais sous contrôle. Néanmoins, je ne pouvais m’empêcher d’éprouver une pointe de circonspection à l’idée de voir deux jeunes gens en charge d’un fief aussi important que celui des Vanbois, non sans une certaine hypocrisie qui ne m’échappait pas, car Andar avait l’âge de Maël lorsqu’il était devenu le nouveau Lord Royce. Il m’était simplement difficile de comparer quiconque à mon époux, car pour ses rares défauts qui pouvaient devenir problématiques sous des circonstances particulières, telles que son orgueil, son honnêteté, voire sa crédulité, il disposait depuis que je l’avais croisé pour la première fois alors qu’il n’était qu’un jeune homme d’un charisme et d’une aura peu communs, qui incitaient ses pairs à ne pas s’attarder sur son manque d’expérience. Cela s’était avéré essentiel lors du passage de témoin, car il était commun chez les conseillers ou les membres non héritiers des grandes maisons de profiter des deuils pour accroître leur influence au point que leur emprise devienne impossible à desserrer sans recourir à la manière forte ; un extrême qui pouvait se révéler bien fâcheux lorsqu’il arrivait aux oreilles des autres seigneurs. Andar avait conservé tous les hommes de son père, et aucun n’avait tenté de se rebeller, ou n’avait traité de haut le nouveau Lord en usant d’un prétexte fallacieux. Peut-être cela tenait-il également de la personnalité de l’ancien homme fort des lieux, en ce cas avais-je bien moins de raisons de m’inquiéter, car tant feu Lord Albar que Lord Edouard avaient dirigé leur Maison avec une autorité empreinte de respect.

L’autre information sous-entendue était la profondeur du deuil de leur père, qui ne se remettait donc pas complètement de la perte de sa femme. Etrange étaient ces caprices du destin, qui faisaient s’attacher des âmes qui n’avaient en rien décider du lien qui devait les unir, d’ailleurs, si une personne à Westeros était bien placée pour en parler, c’était bien moi. Encore aujourd’hui, je ne savais s’il s’agissait de l’amour tant conté dans les ballades des ménestrels que Redric aimait à conter lors de ses passages à Roches-aux-Runes, ou simplement d’une amitié profonde et sincère, qui atténuait la douleur de n’avoir pas vraiment eu le choix. Je comprenais Lord Edouard, et je redoutais de me retrouver dans sa position, car c’était un risque qu’il m’était impossible de chasser de mon esprit alors qu’Andar était à des lieues de son foyer, prêt à combattre des pirates sur des îles qu’il ne connaissait que de nom et de réputation. C’était pour cela même que j’étais furieuse des manigances de Lord Arryn et de son envie intrépide d’aller en découdre avec les Fer-nés, ou, si ce n’était pas le cas, de son incapacité à résister aux susurrations de sa sœur. Il ne pouvait s’agir que d’une de ces deux raisons, car je ne trouvais pas que le mariage entre Lord Tybolt Lannister et la défunte Lady Maura Arryn était un bénéfice suffisant pour compenser le déplacement de l’ensemble de l’ost Valois vers les îles de Fer. Je me souvins de Lady Tyana plaidant pour l’entraide entre seigneurs, et les faveurs accordées qui seraient un jour repayées, mais dans mon expérience les jeux de pouvoir et l’honneur ne faisaient pas bon ménage, et ceux qui s’en sortaient le mieux étaient ceux qui prenaient d’abord garde à nettoyer leur jardin avant d’aller arracher les ronces de celui des autres. Or le Val était tout sauf débarrassé des mauvaises herbes. Il me revenait la responsabilité de tenter de m’assurer que de telles entreprises absurdes ne se reproduisent pas, et que le prochain départ d’Andar de ses terres serait pour défendre ses propres intérêts, ou ceux de son suzerain, et non ceux de la belle-famille des Arryn.

« Je vous souhaite le meilleur à tous les deux, et bien du courage, car l’administration d’un fief est tout sauf une partie de plaisir », dis-je en exagérant un soupir. L’aspect pratique des choses rebutait. Les rendez-vous étaient ennuyeux, les litiges souvent ridicules ou insensés, mais ils n’étaient que les fondations de la véritable responsabilité. Plus ces petits troubles s’accumulaient, plus la résolution de l’un entrainait celle de l’autre, dans une mécanique implacable d’engrenages qui pouvaient tant aboutir à la déchéance qu’à la prospérité. Là était le véritable attrait du jeu, pas dans le fait de savoir que le bonhomme Keran et le bonhomme Loric avaient mis un terme à leur querelle de voisinage. Le fief était une balance, et la résolution d’un souci par la force, la manipulation ou le chantage la faisaient pencher d’un côté ou de l’autre, avec parfois la nécessité de rééquilibrer les choses pour éviter de passer pour un seigneur – ou en l’occurrence une Lady, dans mon cas – trop brutale, trop magnanime ou trop manipulatrice. Être respecté sans être craint. Être apprécié sans être vu comme faible. J’aimais ces calculs, bien plus que je n’osais l’avouer. Peut-être était-ce là ce qui me rapprochait de mon père, même si ses principes moraux étaient bien éloignés des miens. Lui aurait recouru à la tromperie par défaut, avant de ravaler son honneur une fois les conséquences de ses actes révélées au grand jour, faisant renfort de promesses de repentir pour mieux se remettre à ses combines une fois ses forces retrouvées. Et surtout, il n’aurait jamais agi avec le bonheur d’autrui en perspective, seul comptait son orgueil colossal, monumental, qui le faisait se voir pour plus que le petit seigneur d’îles isolées et largement ignorées dans la région même à laquelle elles étaient censées appartenir. Dans un sens, la rébellion Feunoyr avait permis de satisfaire son arrogance, puisqu’au lieu d’être méconnue, la Maison Sunderland était détestée. Et tant pis pour les conséquences sur sa femme et ses enfants, qu’il avait même pour certains réussi à convaincre du bien-fondé de ses actes.

Mes préoccupations changèrent du tout au tout lorsque j’entendis Mallory et Maël discuter du mariage de cette dernière, et j’écarquillai les yeux en entendant le nom du prétendant. « Ser Rodrik Rougefort ? » m’exclamai-je. « Mais j’ai fait sa connaissance hier ! » Je me souvenais de la petite délégation de la Maison avec laquelle j’avais établi un partenariat commercial au nom des Royce : Lord Randall, son frère Regenard, et son fils Rodrik. Plutôt joli garçon, même si je m’étais habituée auprès d’Andar à plus de virilité. Mais après tout, il ne m’était pas promis, inutile de lui reprocher ce qui me convenait pas chez lui. « Les Sept ne l’ont pas mal loti, je puis te le dire. Et comme seuls les gens superficiels ne jugent jamais par l’apparence, je suppose que tu peux t’en réjouir. » Les aléas des alliances arrangées pouvaient réserver de bien mauvaises surprises, parfois esthétiques, parfois morales.

Je me résolus cependant à expliquer à ma cousine les raisons de cette rencontre. « Nous avons établi un accord commercial entre les Maisons Royce et Rougefort afin de limiter les coûts de nos caravanes. » Je décidai de ne pas l’ensevelir sous les considérations économiques, auxquelles je n’avais plus non plus très envie de penser maintenant que l’alliance avait été actée, je restai donc dans les détails superficiels : « Nous voulions tous faire des économies, et pour Lord Randall, les affaires n’ont pas du tout marché ces derniers temps. Du moins, c’est ce qu’il m’a dit. » Peut-être le seigneur de Rougefort était-il un pingre invétéré, mais si ses lubies enrichissaient la Maison Royce, je ne voyais pas la moindre raison de le lui reprocher. Au contraire, célébrons l’avarice d’autrui ! Mallory risquait de ne pas tant l’apprécier si la cérémonie de son mariage était remarquable par son austérité, mais je n’allais pas lui mettre dans la tête de mauvaises pensées sur son futur époux sans la moindre preuve. Si Lord Randall n’avait été qu’un de ces Lords incapables de cacher son antipathie à mon égard, je ne me serais pas gênée, mais son bien-être était maintenant, indirectement, le mien. Mes lèvres demeurèrent scellées.

« Ne t’enthousiasme pas trop à l’avance, chère cousine » lui dis-je en lui montrant un chemin vers les marchés qui nous faisait éviter les foules sur les quais en serpentant parmi les habitations les plus proches du port. « Les marchands sont maîtres dans l’art de gonfler un prix lorsqu’ils te voient victime d’un coup de cœur. Mieux vaut feindre l’indifférence. Les plus doués peuvent nous percer à jour, mais si ce n’est pas le cas cela te sauvera quelques cerfs d’argent. » A notre suite, les deux dames de compagnie faisaient connaissance, et je réalisai que les Melcolm et les Vanbois étaient presque voisins, Vieux Havre n’étant pas très éloigné de Chênes-en-Fer. Elles auraient peut-être des choses en commun qui leur permettraient de trouver des sujets de discussion ?

Nous arrivâmes sur les marchés, qui étaient aisément identifiables aux coloris bigarrés des multiples échoppes, aux senteurs mêlées qui s’échappaient de tous les étals au point de donner des maux de tête à ceux et celles qui n’y étaient pas habitués, et à la présence de nombreux gardes portant les armes de la Maison Grafton, censés décourager les tire-laines et les faux mendiants, ce qui relevait du vœu pieux au vu des foules qui passaient sur les lieux. Les contrôler tous aurait relevé de la gageure, aussi les hommes d’armes se contentaient-ils de patrouiller en mettant à l’occasion la main sur un maladroit pris en flagrant délit, ou sur un individu à l’apparence suspecte. Je m’arrêtai en face d’un assortiment impressionnant d’épices que pour la plupart je n’avais jamais ni vues ni senties, et en profitai pour répondre à l’angoisse légitime de ma cousine vis à vis du père de son promis.

« Lord Randall est un homme honorable » dis-je pour commencer, « un vieux guerrier et un compagnon d’armes d’Andar. » Je tâchai de le décrire le plus honnêtement possible, sans que son ostensible méfiance teintée d’antipathie qu’il avait éprouvée envers ma personne du fait de mes origines n’influence mes mots. Une rude tâche. « Il est sérieux, et prend les mots des vassaux très à cœur. Je crois aussi qu’il n’a pas l’habitude de voir des responsabilités dans les mains des femmes » - qui plus est de celles nées Sunderland, mais heureusement pour Mallory elle n’avait pas à se soucier de ce problème, les Vanbois étant dignes des plus révérées maisons valoises – « …et je ne puis que souhaiter pour toi qu’il n’ait pas fait passer ces idées dans l’esprit de son fils. Même si c’est le cas, son caractère m’a paru moins affirmé. » Cela était moins une critique du jeune ser Rodrik Rougefort, qu’une indication à ma cousine qu’elle aurait l’opportunité de se faire sa place en faisant preuve de force de caractère. Ce n’était en rien une partie de plaisir. A part peut-être, à ce que j’avais entendu de la part de Redric, à Dorne, le pouvoir ne venait jamais naturellement aux femmes, elles étaient obligées de redoubler d’efforts à la fois pour pouvoir le goûter, puis pour mettre la main dessus, et enfin pour rester en place. Autant de préoccupations bien étrangères aux hommes qui naissaient en charge des opérations et le demeuraient jusqu’à leur mort.

« Je ne souhaite cependant pas t’angoisser, chère cousine. Je suis bien la preuve que les mariages peuvent être heureux. Ne te laisse pas impressionner par le père de Rodrik, tu seras autant une Rougefort que lui. Et s’il te pose des problèmes, il m’a fait comprendre que sa propre fille avait un certain tempérament. Elle pourrait faire une alliée de circonstance » conclus-je avec un sourire. J’espérais qu’elle n’ait pas à en venir à de telles extrémités, à savoir une guerre de tranchées au Rougefort où chacun cherchait à affirmer sa propre importance, mais mieux valait arriver préparée, n’est-ce pas ?

Mon regard fut alors attiré par un étal sur lequel reposaient de magnifiques étoffes, dont les tons variaient du rose très clair au pourpre en passant par toutes les teintes du rouge. Je m’en approchai en attirant Mallory. « Qu’en penses-tu ? Les couleurs de ta future maison, elles te permettraient de faire une belle impression, tu ne crois pas ? » La première opinion pesait dans toutes les relations, et si la Maison Rougefort avait un a priori positif sur ma chère cousine, sa vie ne pourrait en être que facilitée. « Et je suis sûre que le rouge t’ira comme un gant » ajoutai-je.
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Un affaire de famille [PV Catelyn Royce]

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