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[TERMINE] Je ne sais que t'aimer - Eleanor

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Seigneur Suzerain du Conflans
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Edwyn Tully
Seigneur Suzerain du Conflans

Général

La Truite Frétillante

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Message Mar 23 Avr 2013 - 23:43

         Un vague air de déjà vu étreignait son cœur d'enfant. Sa sœur et lui avaient, souvent, fait ce genre de promenade à cheval aux alentours du château, à la faveur d'une éclaircie au crépuscule. Ils n'étaient pas seuls ce soir, cependant, malgré les réticences d'Edwyn, qui appréciait grandement d'ainsi se retrouver dans l'intimité d'un duo, avec sa sœur Eleanor. Mais les événements de Murs-Blancs changèrent bien des choses, et jamais lady Charissa, leur mère, n'aurait accepté qu'ils aillent à l'aventure, fût-ce pour une simple balade, sans la moindre escorte. Deux chevaliers les accompagnaient, et bien que leur présence fût la ruine de leur intimité, les deux hommes avaient à cœur de se tenir à une certaine distance du petit lord et de sa grande sœur, par souci de les ménager autant que par respect pour les liens de tendresse et d'affection qui les unissaient. Ces liens d'ailleurs étaient la préoccupation du petit homme ces derniers temps, ils le serraient aux poignées, aux oreilles, aux orteils, à la gorge et menaçaient de l'étrangler. Depuis qu'il avait l'âge d'avoir un peu de mémoire, il se souvenait des discussions de son père et de sa mère qui évoquaient toujours l'avenir d'Eleanor et celui d'Arianne loin de Vivesaigues, dans un autre château, sur d'autres domaines, aux seins d'autres familles qu'elles iraient fonder auprès d'un mari qui leur ferait de nombreux enfants et les chérirait jusqu'à la mort.

         Edwyn l'avait entendu assez souvent pour l'avoir intégré comme une fatalité qu'il ne pourrait briser... mais il lui était difficile encore de comprendre. Pourquoi ses sœurs ne pouvaient-elles rester à Vivesaigues ? Pourquoi leurs futurs époux ne viendraient pas loger au château et vivre avec eux plus longtemps ? Lady Eleanor serait bientôt partie, et lady Arianne aussi, et cela le terrifiait, et cela le dévorait. La famille était la chose la plus importante à ses yeux, et avant même qu'il eût l'âge d'homme, il devait voir partir ses deux sœurs aînées. Le Fléau de printemps lui prit son père et à présent, la nécessita se rappelait à lui, lui prenait ses deux sœurs. Qu'il pesait d'être lord ! Qu'il pesait d'être noble ! La peste soit des traditions et de tout le reste ! Il aurait voulu n'être qu'un fils de paysan et vivre au sein d'une famille que la fatalité laissait de côté et tranquille. Comme il aurait été plus heureux, s'il avait su ses sœurs pour toujours proches de lui ! Comme il aurait été plus heureux s'il était plus tôt, s'il était né d'abord... Il aurait eu le temps de se faire à la terrible idée du départ d'Arianne et d'Eleanor.

         Edwyn chevauchait aux côtés de sa sœur qui, tout comme lui, était silencieuse. Pensait-elle à la même chose que lui ? Il ne le savait pas et n'avait aucune idée de ce qui traversait l'esprit de son aînée à cet instant précis. Sans doute repensait-elle à ce qui fut dans les jours qui précédèrent cette occasion l'objet d'une longue discussion du frère et de la sœur : la demande en mariage formulée par lord Beron Stark. Auprès de lui, Edwyn ne fut guère à l'aise, et si lady Eleanor n'avait pas convaincu son petit frère d'accepter l'offre, sans doute le petit garçon aurait-il décliné la proposition, au mépris de toute raison d'ailleurs, car en dépit de son jeune âge, il avait compris toute la générosité du geste du seigneur suzerain du Nord. Sa sœur l'y accompagnerait après la guerre, pour y être la dame de Winterfell, personnalité la plus proche du seigneur de ces contrées lointaines. Où était-ce, Winterfell, d'ailleurs ? Loin au Nord, mais où, exactement ? À la pensée qu'il ignorait tout de la future location exacte de sa grande sœur sur la carte du royaume, le cœur d'Edwyn se serra, au point qu'il dut fermer les deux yeux pour réprimer ses larmes. Tout ce qu'il savait, c'était que Winterfell serait trop loin pour qu'il pût visiter sa sœur à loisir. Edwyn devait donc accepter qu'il vivait là les derniers instants de son enfance à proximité de celle qui fut comme une mère pour lui. Cela ne durerait pas... dès que la guerre contre les Fer-nés aurait pris fin, lord Beron viendrait à Vivesaigues chercher sa promise, et l'emporterait avec lui sans se retourner jamais. Il longerait la route, franchirait le pont des Jumeaux, et irait tout droit jusqu'à sa demeure ancestrale.

          « Ce ne sera plus la même chose ici, sans toi... Tu vas nous manquer. Tu vas me manquer. » Ces mots lui arrachèrent des sanglots invisibles, des larmes imaginaires qui déferlèrent de ses yeux immobiles. Il ne put s'empêcher d'ajouter, alors même qu'il savait d'avance la remarque stupide : « Tu emporteras avec toi toutes les couvertures et toutes les fourrures de Vivesaigues... dans le Nord, les hivers sont plus rudes... et je veux que lord Beron et toi soyez toujours en bonne santé ... » La banalité affligeante de la réplique aurait blanchi les feuilles d'un barral, mais il n'y en avait aucun à proximité. Le plus proche était à l'intérieur du château de Vivesaigues, dans le Bois sacré. Edwyn se souvint sans peine des nombreuses fois où sa sœur et lui s'y cachèrent, s'y perdirent, s'y retrouvèrent. L'arbre-coeur fut malgré lui le témoin des nombreux chagrins d'enfant du petit garçon qu'une tendresse d'Eleanor sut toujours consoler. Ces réminiscences furtives l'attendrirent et l'apaisèrent, assez pour qu'il se souvînt d'une question qu'il avait souhaité poser à sa sœur, car elle le turlupinait depuis le départ de lord Beron Stark. Ce dernier, comme ses pères avant lui, vénérait les anciens dieux... devrait-elle se soumettre à cette foi-là et renier la béatitude des Sept pour devenir l'épouse de lord Stark ? La conversion serait-elle nécessaire ? En soi, il se souciait bien peu de l'obédience religieuse de sa sœur, bien plus concerné qu'il était par la douloureuse séparation qui l'attendait... mais il ne pouvait s'empêcher d'y penser. Car cette réflexion précédait une autre encore plus pénible pour lui : si lord Beron emportait lady Eleanor pour l'épouser à Winterfell, Edwyn ne serait pas du voyage, car celui-ci serait long, périlleux, et inadapté à son âge et à sa condition... D'autant plus que l'automne laissait peu à peu sa place à l'hiver... Il ne pouvait supporter l'idée de ne pas assister au mariage de sa propre sœur, pourtant, et sans doute était-ce pour cela qu'il avait été si taciturne et si chagrin ces derniers jours.

         Comme il ne savait rien cacher à son aînée, il lui demanda inopinément et sans considération pour ce qu'elle aurait pu répondre à ses phrases précédentes : « Crois-tu... crois-tu... crois-tu que le mariage pourrait se faire à Vivesaigues ? Cela me soulagerait beaucoup... et puis, il y a un bois sacré... » Il n'osa pas aller plus loin. Il savait que sa sœur tenait à ce mariage. Quelque chose avait eu lieu entre lord Beron et lady Eleanor que le petit Edwyn ne saisissait point, car il était trop jeune et trop naïf encore. Edwyn avait confiance en sa sœur, et la savait gré du sacrifice qu'elle consentait à faire pour le bien de sa famille. Il n'aurait toutefois pas été honnête et digne de lui-même s'il n'avait pas exprimé ce désir qu'il avait de pouvoir poser le manteau des Tully sur les épaules de sa sœur, comme l'aurait fait son père à sa place. L'opiniâtreté de ses pères parlait pour lui. Il se fierait bien sûr à l'opinion d'Eleanor, sans doute plus juste que la sienne, mais il espérait secrètement qu'elle serait de son avis, qu'elle considérait que le mariage devait avoir lieu à Vivesaigues. Edwyn ne pouvait prétendre connaître les intentions de lord Stark, mais il s'imaginait cette solution comme la meilleure. Pour cette raison, il avait envie de la soutenir jusqu'au bout. Il avait envie d'être présent aux côtés de sa sœur pour son mariage. Il le fallait.




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Dernière édition par Edwyn Tully le Dim 26 Mai 2013 - 20:03, édité 1 fois
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Message Mer 24 Avr 2013 - 16:27

Eleanor regardait silencieusement autour d'elle, admirant le paysage à mesure que leurs chevaux avançaient au pas aux alentours de Vivesaigues. Elle connaissait l'endroit par cœur, ayant fait cette promenade si souvent qu'elle n'en tenait plus le compte depuis longtemps mais une part d'elle essayait de graver chaque arbre, chaque image, comme pour porter ces souvenirs en elle une fois loin d'ici. Contrairement à leurs habitudes, les deux enfants Tully étaient silencieux, chacun d'entre eux visiblement plongé dans des pensées peut-être peu joyeuses.

La jeune femme sentait le regard des deux chevaliers non loin. Elle leur était gré de leur discrétion mais avait finit depuis le temps à s'habituer à la présence constante de quelqu'un auprès d'elle. D'ailleurs, à bien y réfléchir, elle n'arrivait même plus à se souvenir de la dernière fois où elle avait été réellement seule. Cela datait d'avant sa mésaventure, c'était certain, mais déjà là, Eleanor était toujours accompagnée, quel que soit l'endroit où elle se rendait.

Mais ce soir, leur escorte faisait preuve d'une sollicitude encore plus exacerbée que de coutume, les deux hommes, ayant probablement mieux saisi que ceux qui n'étaient encore que des enfants, laissant tout loisir aux héritiers Tully la possibilité de discuter sans être dérangés.

Eleanor jetait souvent des regards en coin à Edwyn, l'observant avec une tendresse tempérée par la tristesse qu'elle éprouvait. Par tous les Sept, comme il grandissait vite ! Et bientôt, elle ne serait plus là pour voir ça. Elle ne le verrait pas devenir un homme, oh bien sûr ils s'entretiendraient longuement et les corbeaux voleraient souvent entre Winterfell et Vivesaigues, quelle que soit la distance faramineuse qu'ils auraient à parcourir, mais la jeune femme savait bien qu'il était peu probable qu'elle ait l'occasion de le revoir avant qu'il ne soit un homme fait, espérant tout de même qu'elle le reverrait bien un jour. Ce genre de certitudes n'était malheureusement plus à l'ordre du jour, tant de choses ayant changé en si peu de temps.

Elle avait toujours su qu'un jour, elle devrait partir pour se marier et que sa position de dame de Vivesaigues impliquerait surement que ce départ serait pour une région lointaine. Mais tout cela avait toujours été flou, peu concret et l'incapacité d'Eleanor à lier vraiment connaissance avec ce qui pouvait être un parti potentiel l'avait, d'une certaine façon grandement arrangé. Et sa route avait croisé celle de lord Stark, d'une façon aussi incongrue qu'agréable, tout du moins, selon ses propres critères. D'autres dames auraient probablement, surement même, trouvé le suzerain du Nord froid, peu aimable et auraient certainement tout fait pour ne pas l'épouser si elles avaient eu le choix, mais il n'en était pour la Tully. Elle aurait bien incapable de dire pourquoi mais, une fois que le lord avait fait sa demande, Eleanor s'était décidée. Elle deviendrait la dame de Winterfell et trouverait les arguments pour convaincre sa famille qui, de toute façon devait se rendre à l'évidence qu'une telle alliance ne pouvait qu'être bénéfique pour eux. Mais, si elle avait tenu à mettre ce point en avant, il n'avait pas été le seul, loin de là, et lady Charissa avait pu, une fois de plus, voir sans la moindre difficulté l'entêtement Tully dans toute sa splendeur se dessiner sur les traits d'Eleanor tandis qu'elle avait argumenté en faveur de cette union.

C'est ainsi que la décision avait été prise, la joie d'Eleanor peu à peu tempérée par tout ce qui lui revenait à l'esprit et qui allait cruellement lui manquer. Bien entendu, cela n'affaiblissait en rien sa volonté, mais la pensée d'avoir à bientôt quitter Edwyn et Arianne lui serrait le cœur bien plus qu'elle ne voulait le montrer. Il fallait qu'elle soit forte pour son frère et sa sœur, qu'ils la sachent heureuse, même loin de ceux qui avaient fait battre son cœur toutes ces années durant.

Mais c'était bien évidemment plus facile à dire qu'à faire et, lorsque la petite voix d'Edwyn déchira le voile de silence qui les entourait depuis de longues minutes maintenant, le souffle d'Eleanor se fit plus court tandis qu'elle refoulait les sanglots qui lui étreignaient la gorge.


"Je n'arrive pas à me faire à l'idée de ne plus voir cet endroit tous les jours. Cela me semble tellement irréel. J'ai beau me le répéter tous les matins, impossible d'y croire."

Laissant échapper un soupir, elle continua, d'une voix douce.


"Tu n'imagines même pas à quel point vous allez tous me manquer. Mais nous savions tous les deux que cela finirait par arriver n'est-ce pas ?"

Son regard captant celui d'Edwyn, elle se bricola tant bien que mal un sourire qu'elle essaya de rendre convaincant sans grand succès. Le mot manquer n'arrivait pas à définir réellement ce qu'elle éprouvait et Eleanor avait juste la sensation qu'un vide grandissait dans son cœur, creusant cette absence des êtres qu'elle aimait et que rien ne pourrait combler, tout du moins, en était-elle persuadée en cet instant, quelle que soit l'affection qu'elle pouvait porter au suzerain du Nord. Le reste des propos de son frère fit monter les larmes aux yeux de son ainée qui le fixa longuement sans rien dire, le couvant du regard avec cette fierté toute maternelle qu'elle avait éprouvée pour lui dès le premier jour de sa petite existence, lorsque Mère lui avait mis l'enfant dans les bras en lui faisant promettre de veiller sur leur petit lord. Il lui fallut quelques secondes pour arriver à reprendre une contenance et à pouvoir parler sans avoir l'impression qu'elle allait fondre en larmes.

"Oh Edwyn, c'est vraiment prévenant de ta part. Mais il ne faut pas dépouiller Vivesaigues, l'hiver arrive ici aussi et je ne veux surtout pas que vous ayez à souffrir du froid. Je suppose que Lord Beron aura de quoi nous tenir chaud là-bas, je l'espère en tout cas. Et tu sais, je me suis renseignée un peu sur Winterfell, tu sais quoi ? Il y a un système très particulier qui fait qu'il fait chaud au sein du château, même en plein cœur de l'hiver."

Il n'était pas difficile de voir que, outre la tristesse à l'idée d'être prochainement séparé de sa grande sœur, Edwyn était travaillé par quelque chose, inquiet même. Eleanor le connaissait depuis toujours et savait interpréter chaque inflexion de voix, chaque hésitation de son cher petit lord. Elle savait qu'il lui suffisait d'être un peu patience et il lâcherait de lui-même ce qui le préoccupait. Il ne fallut d'ailleurs pas attendre longtemps et, quand il l'interrogea sur le lieu où pourrait se tenir le mariage, son visage se fit plus songeur l'espace d'un instant.

Autant qu'elle soit franche avec elle-même, Eleanor préférait de loin épouser lord Beron à Vivesaigues, entourée de visages connus, de sa famille, que de partir à Winterfell et de le faire parmi des inconnus, avec pour seul présence familière sa chère Emilia. Depuis la mort de leur père, elle s'était toujours imaginé Edwyn déposant le manteau familial sur ses épaules, souriant à l'idée de devoir s'abaisser pour qu'elle soit à sa hauteur. A chaque fois, le visage du marié avait toujours été flou et n'avait pas la moindre importance, elle n'avait d'ailleurs pas envisagé de partir ailleurs une fois la cérémonie célébrée.

Mais, maintenant que le visage de celui qu'elle allait épouser avait pris forme, elle n'avait aucune idée de la façon dont les choses allaient se passer. Laissant échapper un petit soupir, elle répondit, d'une voix hésitante.

"J'aimerais beaucoup t'avoir à mes cotés et que le mariage se fasse ici. Je n'en ai pas parlé avec lord Beron, je ne sais pas ce qu'il aimerait. Peut-être que lui aussi aimerait avoir sa famille auprès de lui pour ce moment. J'essaierais d'en parler avec lui lorsqu'il reviendra. J'aimerais beaucoup que vous discutiez tous les deux et que… tu l'apprécies."

Eleanor n'aimait pas penser au fait que lord Stark était probablement en train de se battre en cet instant et savait qu'elle n'aurait aucune nouvelle avant la fin de cette guerre. Cillant brusquement, elle fixa Edwyn avec curiosité, comme si elle réalisait soudain quelque chose, ses sourcils se fronçant imperceptiblement.

"Oh, j'avais oublié pour l'histoire du Bois Sacré… et le reste."

Les questions de religion ne l'avaient encore pas effleurée et en cet instant, c'était encore une information de plus à digérer parmi le flot de choses à accepter dans cet avenir qui lui semblait si flou.
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Edwyn Tully
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Message Dim 28 Avr 2013 - 16:55

         Cela devait arriver. Edwyn n'aimait pas cette phrase. Il n'en aimait ni l'odeur ni le bruit. Elle avait le parfum d'une friandise amère, qu'un arrière-goût douteux faisait presque regretter. Edwyn aurait souhaité la recracher. Il entendait les paroles de sa sœur, mais il aurait voulu fermer ses oreilles à ces mots qui martelaient la vérité sur l'enclume de décisions prises et engageant la maison Tully pour l'avenir. Ce mariage avec Beron Stark était une opportunité que lady Charissa et lord Edwyn avait su saisir sous l'impulsion de lady Eleanor. À l'abri des songes de l'imagination, la raison avait fait son office, et l'affaire était faite. Edwyn l'avait compris, c'est pourquoi il lui était si facile de s'abandonner à la mélancolie. Cette posture épousait la nostalgie de ses réminiscences. Qu'il aurait aimé revenir en arrière, quelques années auparavant, quand leur père était encore là ! Tout était bien plus simple. Tout était à sa place, et il n'avait pas sur ses épaules ces responsabilités si lourdes. Mais comme le disait lady Eleanor sa sœur, bientôt elle ne verrait plus Vivesaigues, elle serait loin et chaque jour s'endormirait sous d'autres cieux, sous d'autres étoiles, sous d'autres lunes. Il savait que cela devait arriver. Il lui était pourtant difficile de s'y résigner et de savoir qu'un système particulier à Winterfell préservait de la rigueur froide des hivers du Nord ne le rassurait pas vraiment. Edwyn se dit qu'il s'arrangerait pour qu'une suite composée de personnes dévouées, loyales et sûres accompagnent lady Eleanor jusqu'à Winterfell et y demeure à son service. Il faudrait peut-être y ajouter un cuisinier car après tout, qui pouvait prétendre savoir ce qui se mange à Winterfell et surtout, est-ce bien bon ? Les nordiens ont un climat rigoureux, n'ont-ils pas aussi des habitudes alimentaires différentes de celles des gens du sud ? Des goûts bizarres, voire douteux ? Il avait demandé autrefois à septa Melara si les Nordiens mangeaient du ragoût d'Autre et de la soupe de glaçons comme l'avait raconté quelqu'un dans la cour du château. Elle lui avait dit que c'était des balivernes. Edwyn n'avait pas été tout à fait convaincu. Il ne verrait jamais le Nord mais restait curieux de savoir quelle vie attendait sa sœur. « Je ne sais pas... je ne crois pas qu'il soit possible qu'il m'apprécie... Je suis un enfant à ses yeux, rien qu'un enfant... je suis un enfant aux yeux de tout le monde, alors... c'est normal, il me voit ainsi, et il ne peut pas me voir autrement... Toi, c'est différent, tu es adulte maintenant... ma sœur est une adulte... c'est si... étrange... »

         Il ne put s'empêcher de rire. Ses nerfs exigeaient de lui l'hilarité libératrice, afin d'évacuer les pensées hautement négatives qui s'insinuaient en lui. Elles demeuraient là, pourtant, sous la surface cristalline et rieuse. Lord Beron Stark, comme tous les autres, ne voyaient en lui qu'un misérable petit garçon sans cervelle, sans avenir, aussi inoffensif qu'inutile à son rang de seigneur suzerain. Sans doute regardaient-ils tous du côté de Vivesaigues en considérant le château comme ensommeillé, comme dans la léthargie d'une situation qui ne prendrait fin qu'une fois le petit lord devenu adulte. Souvent Edwyn se laissait atteindre au plus profond par cette pensée, souvent il pleurait dans le noir en se résignant à n'être rien de plus qu'un petit garçon qui subit le temps plus qu'il ne le fait. Pourtant sa mère le berçait parfois en lui racontant l'histoire de Daeron Ier, qui n'avait que treize ans quand il devint roi, et cette aventure épique lui réchauffait le cœur... mais au fond, Edwyn ne se sentait pas fait de l'étoffe dont on fit ce roi-là. Il comprenait alors pourquoi il n'inspirait guère plus que de la pitié à travers le Conflans et le royaume. « Je... quand lord Beron reviendra, j'essaierai d'être... enfin, de grandir... je veux dire d'être plus ce qu'il attend, de... Mais... en même temps moi je ne sais pas ce qu'il attend ou ce qu'il veut... ma rencontre avec lui s'est mal passée... je ne peux pas dire que j'y suis pour rien... mais voilà, c'est comme ça... J'ai fait un choix ! Je dois l'assumer, c'est ce qu'on veut de moi, non ? C'est ce que je dois faire, non ? Assumer mon choix jusqu'au bout. » Il peinait à s'exprimer. Certains mots lui échappaient. Il ne savait pas comment dire ce qu'il avait en tête. Il ferait l'effort nécessaire toutefois pour montrer à lord Stark qu'il était son égal, et qu'il n'avait pas à rougir ni de son âge ni de sa petite taille. Comme le lui avait dit sa mère, elle pouvait être un atout fort utile, un véritable avantage dont il avait intérêt à user tant qu'il le pouvait encore. Mais plus encore le petit garçon commençait à en avoir assez d'avoir à toujours justifier sa légitimité ! La vie l'avait privé d'un père et du temps nécessaire pour grandir, n'était-ce pas suffisant ? N'était-ce pas déjà assez terrible, fallait-il encore que chacun apporte sa pierre à l'édifice de sa culpabilité ? Parfois Edwyn avait comme ça des moments d'intense résolution, comme s'il se redécouvrait des qualités enfouies depuis longtemps, l'opiniâtre détermination des Tully par exemple. Il le devait bien à sa sœur d'obtenir pour elle que le mariage ait lieu à Vivesaigues. Nul doute qu'elle saurait elle-même l'aider à convaincre lord Beron. Ne l'avait-elle pas convaincu de bien d'autres choses ? Pris en défaut lors de leur première rencontre, Edwyn se promit de ne plus jamais perdre ainsi la face. Cela lui servirait de leçon et pour longtemps. « Il voudra peut-être que sa famille soit présente, c'est vrai... mais voilà les choses sont ainsi que la demande a été faite ici, non ? Je crois qu'il est préférable de célébrer ton mariage ici tant que nous le pouvons, car le voyage après jusqu'à Winterfell sera long... tu n'es pas d'accord ? Et puis pour parler comme maman, je cède à lord Stark ma sœur adorée, il peut bien m'accorder cette faveur... »


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Message Dim 5 Mai 2013 - 20:15

D'aussi loin qu'elle s'en souvenait, jamais le silence ne s'était aussi longtemps instauré entre le frère et la sœur. L'un comme l'autre avait toujours trouvé quelque chose à dire, une histoire à conter, une anecdote lue dans un livre ou une légende que l'un des deux tenait absolument à partager. Mais, une fois de plus, les choses avaient changé et, en cet instant, le silence les entourait et s'insinuait parfois entre eux, serrant le cœur d'Eleanor un peu plus chaque seconde. Difficile de le rompre sans mettre en exergue ce qui les tracassait tous les deux et, après réflexion, la Tully réalisait qu'elle ne devait plus traiter Edwyn comme un enfant et tenter de le protéger contre tout ce qui pourrait arriver de mal et ce, pour plusieurs raisons. Elle ne serait déjà bientôt plus là pour le faire et il avait besoin d'être fort, de tenir bon face à tous les détracteurs qu'il croiserait sur sa route. Et, malgré le peu de choses qu'elle savait du monde et de ce qui se tramait hors de Vivesaigues, Eleanor commençait à comprendre que ces personnes seraient nombreuses, beaucoup trop pour un enfant aussi jeune avec tant de choses à faire.

Jetant de nouveau des regards autour d'elle et essayant d'imaginer Winterfell et le Nord après ce que lui avait raconté lord Beron à ce propos, elle se mordilla la lèvre, pensive tandis qu'elle écoutait Edwyn parler de celui qui serait le futur époux de sa sœur. Il lui fallait choisir ses mots avec soin si elle voulait que les personnes les plus chères à son cœur s'entendent avec celui qui partagerait le reste de son existence et qui ne manquerait pas lui aussi de prendre une place importante, tout du moins c'était l'impression qu'elle avait depuis leur rencontre sans réellement arriver à saisir pourquoi. Mais les paroles de lord Lannister résonnèrent également dans son esprit et ses sourcils se froncèrent imperceptiblement alors qu'elle réalisait qu'elle n'avait pas la moindre envie de prononcer les mots qui allaient sortir de sa bouche.


"Tu n'es plus un enfant Edwyn. Tu es lord Tully avec tout ce que ça comporte. Ca ne tiendrait qu'à nous, à Mère, à Arianne ou moi, nous ferions tout pour te garder loin de tous les tourments que cela peut impliquer. Mais voilà, je ne serais bientôt plus, Arianne non plus et tu réaliseras vite que Mère a autant besoin de soutien que toi."

Sa voix était aussi douce qu'à l'ordinaire, plus encore même et elle couvait Edwyn d'un regard brillant, mêlé de tristesse et de fierté.

"Je ne peux pas te garantir que lord Beron t'aimera, ce serait préjuger de ce qu'il pense et de sa façon d'appréhender les choses et je ne le connais pas assez pour faire cela."

A dire vrai, Eleanor ne le connaissait pas du tout et elle avait parfois du mal à saisir pourquoi il lui avait été si facile de répondre à l'affirmative à sa demande. Pourtant voir son frère aussi fragile et vulnérable ne faisait que la conforter dans sa décision. Le Nord serait un réel soutien pour ce jeune lord à l'avenir si incertain mais, même l'union de sa sœur avec le suzerain serait insuffisante si tous les deux n'arrivaient pas à dialoguer. L'image du bref entrainement avec la dague lui revint brusquement à l'esprit et elle laissa échapper un sourire qui se voulait encourageant.

"Mais je suis sure d'une chose. Il sait apprécier les gens décidés, qui s'échinent à la tache et qui ne s'avouent pas vaincus. Nous sommes des Tully, ces valeurs coulent dans notre sang tout autant que l'importance de la famille. Montre-lui qui tu es réellement, au-delà du simple enfant qu'il voit chez toi et il ne pourra que t'apprécier. Bon ce ne sera pas autant que moi, mais il te sera difficile de trouver quelqu'un qui t'aime plus que ta grande sœur."

Au rire nerveux de son frère elle se contenta de sourire un peu plus largement. Eleanor était une adulte, elle ne l'avait compris que récemment, lorsqu'elle avait été confrontée au monde extérieur d'une façon aussi peu agréable qu'inattendue. Mais Edwyn avait raison, c'était quelque chose de vraiment étrange, tant pour lui que pour ses deux sœurs ainées. Ils avaient tous les trois tellement partagé, avaient passé tellement de temps ensemble qu'il leur était difficile d'imaginer cette rupture qui s'était amorcée lorsqu'Eleanor s'était considérée comme adulte. Pourtant elle avait toujours su que cela arriverait mais, une fois encore, cela n'avait été qu'une idée floue parmi des centaines d'autres.

Tendant le bras pour effleurer la joue de son frère du bout des doigts, elle laissa le silence filer volontairement cette fois-ci, comme pour se laisser le temps de s'adapter au nouveau rôle qu'elle s'était elle-même octroyé. A ses propos, elle laissa échapper un léger soupir à peine audible et le fixa de nouveau avec un sourire un peu triste.

"Ne sois pas ce que lord Beron voudrait que tu sois. C'est ce que toi tu veux devenir qui importe réellement. Tu n'arriveras jamais à satisfaire tout le monde, ce serait comme essayer de manger tous les biscuits sans qu'Emilia puisse en attraper ne serait-ce qu'un seul."

Le reste de ses propos était plus délicat. Eleanor n'avait appris ce qui s'était passé durant cet entretien que par bribes, tant par lord Lannister que par lord Beron et elle savait pertinemment que ce n'était pas à elle de demander des éclaircissements. Ce n'était pas son rôle et elle ne voulait pas sortir de son rang plus qu'elle n'avait déjà pu le faire avec les deux suzerains. Se demandant l'espace d'un instant si Ewyn avait eu vent de sa propre discussion avec lord Lannister, elle réprima une petite moue avant de lui répondre.


"Je ne suis pas la mieux placée pour te dire ce qui a fait que votre entretien s'est mal placé. Mais tu as raison, tu as fait un choix et tu dois t'y tenir, quelle que soit la façon dont les gens le prendront en face. Toute ta vie tu seras confronté à ce genre de choses, c'est un peu tôt pour l'apprendre, je le sais bien, mais au moins tu sauras ce qu'il en est et, la prochaine fois, tu seras plus assuré… et ainsi de suite. J'ai confiance en toi et en ce que tu décideras pour le Conflans même si la décision est difficile."

Lorsqu'Edwyn évoqua le futur mariage entre la Tully et Nordien, Eleanor fronça les sourcils, son esprit brusquement troublé par cette religion dont elle ne connaissait pas grand-chose. Lord Beron s'attendrait-il à ce qu'elle sache ce qu'il en était ? Aurait-elle la possibilité de prier les Sept ou devrait-elle se convertir ? Et si c'était le cas, que se passerait-il exactement ? Elle n'était pas spécialement dévote, prier les Sept était une habitude qu'elle avait apprise, rien de plus mais elle ne savait absolument pas quelle était le point de vue de son futur époux à ce propos. Il fallait dire que ce n'était ni la première ni la dernière chose qu'elle ignorait à son sujet et cette pensée la fit tiquer. Réalisant soudainement qu'elle n'avait pas répondu à Edwyn depuis de longues secondes, elle secoua la tête et haussa légèrement les épaules.

"La demande pouvait difficilement se faire ailleurs non ? Je ne sais pas réellement ce qui est préférable, je sais qu'effectivement j'aimerais beaucoup mieux vous avoir tous autour de moi en cette journée si importante. Le voyage sera long, tu as raison. Mais je n'ai aucune idée du temps que cela prendra. Tu le sais toi ?"

A ses derniers mots, elle esquissa un sourire.


"C'est vrai, on dirait que tu parles comme elle. C'est égoïste, mais je suis heureuse de savoir que vous pensez ça. Ca ne rendra la séparation que plus difficile mais vous êtes tellement chers à mon cœur que…"

Baissant les yeux et incapable d'ajouter quoi que ce soit, Eleanor soupira longuement, les mâchoires brusquement contractées de peur de laisser transparaitre le tremblement de sa voix ou son regard embué. Elle avait beau essayer, il était difficile pour elle de se montrer aussi forte qu'elle l'aurait souhaité.
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Edwyn Tully
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Message Mar 7 Mai 2013 - 0:25

         Comme il aurait aimé croire aux paroles de sa sœur adorée. Comme il aurait aimé qu'elle fût dans le vrai ! Comme il aurait aimé ne plus être un enfant, mais un lord ! Il l'était, mais quelle importance ? Dans les yeux des autres, il n'était qu'un petit garçon, et tant que cette image projetée dans le regard d'autrui ne muerait pas, il demeurerait toujours un petit garçon, en dépit des efforts qu'il consentait chaque jour à faire et qui l'épuisait, lui causait des douleurs parfois insoutenables, et le plongeait dans des humeurs du corps qui l'obligeait à garder le lit jusque tard après la nuit. Les mots d'Eleanor résonnaient dans ses oreilles comme autant de pièces d'or dans une marmite de cuivre, et l'écho sans cesse répété du mensonge lui était insupportable. Heureusement la discussion dévia, Edwyn n'aurait pas pu survivre à une confrontation cinglante avec l'aînée de ses deux sœurs encore en vie. Lady Eleanor lui confia ne pas connaître assez lord Beron Stark, et l'enfant dut se rendre à l'évidence, lui-même ne connaissait pas le seigneur de Winterfell. Mais à dire vrai dans le royaume, qui pouvait prétendre cela ? Les Stark ne se déplaçaient guère souvent, voire jamais, et les quelques mots échangés entre lord Stark et lord Tully n'avaient guère permis au petit garçon de se faire une opinion éclairée et complète au sujet du futur époux de sa sœur. Dire qu'il s'apprêtait à accorder la main d'Eleanor, à sa demande, à un parfait inconnu... par les Sept ! La confiance d'Edwyn en sa grande sœur était bien forte, pour qu'il approuve si rapidement ce qui n'était peut-être qu'un caprice ou une lubie comme les filles en ont parfois ! Et là encore, n'était-ce pas démonstratif de sa faiblesse d'esprit ? De son manque de volonté propre ? De son défaut de détermination ? D'un autre côté, il aurait été stupide d'attendre encore huit ans pour marier Eleanor ou Arianne, qui auraient alors eu un âge trop avancé pour cela et qui auraient dû alors se contenter du rebut. Tout ramenait le pauvre Edwyn à son insignifiance, et cela commençait à l'agacer. Il prit quelque peu la mouche en dépit des mots tendres de sa sœur, et il regretta presque aussitôt son emportement. « Et pourquoi devrais-je lui montrer quoi que ce soit ? C'est lui qui t'a demandé en mariage ! C'est lui qui m'a oublié pour t'en parler et te convaincre toi ! Je ne lui dois rien, à Beron Stark ! Je suis un petit garçon, tout le monde le sait ! Tout le monde le voit et me regarde ainsi ! Et tout le monde me traite comme si j'allais dire oui à tout ! Et à tel point qu'on oublie parfois que j'existe ! Et je devrais applaudir et faire des efforts ? » Edwyn haletait, et ses yeux bleus s'électrisaient de l’opiniâtreté caractéristique des membres de sa famille. Lady Eleanor n'était pas responsable, il s'en voulait d'exprimer auprès d'elle une colère qu'il ne savait pas trop contre qui diriger. Elle couvait en lui depuis quelques temps, vipère sournoise tapie sous le rocher de ses pensées, prête à frapper quiconque y regarderait d'un peu trop près. « Je suis désolé, Eleanor, je ne voulais pas m'énerver contre toi. Tu n'es pas responsable de ce qui m'arrive, et tu as raison, je dois me contrôler, être adulte avant l'âge adulte. Ce n'est pas un jeu ! » Il disait cela davantage pour se convaincre lui-même que pour convaincre sa sœur, car il voyait bien qu'elle était impuissante à le faire vieillir avant l'heure. Il nia du chef quand sa sœur le questionna au sujet du voyage jusqu'à Winterfell. Il n'avait pas envie de s’appesantir sur le sujet plus longtemps, car il le chagrinait tout autant qu'il peinait sa sœur, et si des larmes avaient coulé sur les joues d'Eleanor, nul doute qu'un sanglot aurait saisi la gorge du petit garçon.

         Le ton de sa voix se fit sec. Il n'osait regarder sa sœur. « La séparation... je ne veux même pas y penser. La distance non plus. C'est comme ça, c'est comme ça, c'est comme ça ! Tout le monde ne cesse de me répéter ça depuis plusieurs années, pour tout ! Tu ne peux pas aller chasser, tu es trop jeune, c'est dangereux... pourquoi ? C'est comme ça ! Tu dois apprendre la géographie du Conflans, pourquoi ? C'est comme ça ! On prétend me traiter en adulte et on me parle encore comme à un enfant, comment puis-je oublier que j'ai neuf ans ? C'est comme ça ! Je suis un enfant, c'est comme ça ! Tu vas épouser Beron Stark, c'est comme ça ! Arianne s'en ira aussi bientôt, c'est comme ça ! Je dois attendre pour épouser lady Maeve, c'est comme ça ! » En dépit de tous ses efforts, la colère qu'il dirigeait contre le monde entier avait pris le dessus, et des flots de larmes coulaient sur ses joues comme l'eau sous le pont des Jumeaux. Mais les terres de la maison Frey étaient loin, et il n'y avait autour d'eux que le pays calme et tranquille de Vivesaigues. « Tu seras loin, Eleanor, c'est comme ça... c'est comme ça ? Non ! Non, non et non ! Cela ne changera rien ! Tu seras peut-être une Stark, mais ça ne changera rien ! Tes cheveux, tes yeux et tes pommettes seront toujours celles des Tully, Eleanor ! La Jouvencelle mettra peut-être les enfants de Beron dans ton ventre, mais je m'en fiche pas mal ! Tu seras toujours ma sœur, tu seras toujours une Tully, et si lord Beron laisse le Nord te changer, te faire du mal... » Sa respiration l'empêcha de continuer. Derrière eux, les gardes s'inquiétèrent et se rapprochèrent, car ils craignaient que les humeurs pleines de colère et d'amertume de leur suzerain ne lui jouent de vilains tours. Edwyn porta sa main à sa poitrine, comme pour convaincre son cœur d'arrêter de battre si fort. Il n'y parvint pas. « S'il t'arrive malheur à Winterfell, ma sœur... il n'y aura pas d'endroit où lord Stark pourra se cacher, je le poursuivrai, je le traquerai, je chasserai jusqu'à le retrouver et il verra ce qu'un enfant peut faire quand il est énervé... Comme cet homme qui t'a enlevé... s'il n'était pas mort... je... je … je lui aurais arraché moi-même les yeux avant de le noyer dans la Ruffurque. »


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Message Lun 13 Mai 2013 - 19:12

Eleanor laissa filer les secondes, laissant à Edwyn le temps de reprendre son souffle et, levant une main en direction des gardes qui s’approchaient, elle leur jeta un regard qu’ils n’avaient encore jamais vu chez la jeune femme. Ils stoppèrent net en la voyant secouer imperceptiblement la tête pour bien leur faire comprendre qu’elle ne voulait pas qu’ils fassent quoi que soit. Fronçant les sourcils mais s’exécutant tout de même sans rien dire, passablement surpris de voir la jeune lady aussi calme malgré l’état de son jeune lord de frère, les hommes restèrent à distance, échangeant entre eux des interrogations muettes dont ils n'auraient probablement jamais la réponse.

Ce calme si surprenant de la part de l'ainée des Tully aurait pu sembler feint, forcé et il l’avait probablement été durant les premières secondes où elle avait vu les larmes couler sur les joues d’Edwyn. Mais, à mesure que les secondes étaient passées, Eleanor avait réussi à puiser en elle, dans cet amour sans limites qu’elle ressentait pour les siens, suffisamment de patience pour laisser le flot couler sans chercher à l’interrompre. La jeune femme connaissait suffisamment bien le caractère de son frère, si semblable au sien et à celui d’Arianne pour ne pas se risquer à dire ou à faire quoi que ce soit. Et, au vu des paroles qu’il avait prononcées, c’était la plus sage des décisions. Rien n’était plus insupportable pour quelqu’un qui reprochait au monde entier de ne pas le laisser parler, exprimer ce qu’il ressentait ou ce qu’il voulait, que d’être coupé dans son élan, surtout en de telles circonstances.


« Oui, il va te falloir faire des efforts et je ne parle pas de lord Beron, parce que, comme tu le dis si bien, c’est comme ça. Comme lorsque l’on doit sourire et faire bonne figure alors que l’on a qu’une envie, c’est de fondre en larmes ou qu’une colère nous étreint jusqu’à nous donner l’impression de suffoquer.
Tout ça…
»

Elle désigna les alentours et soupira un instant avant de reprendre, d’une voix dont la douceur contrastait violemment avec les propos de son frère et ce qu’elle s’apprêtait à prononcer.

« … c’est injuste. C’est injuste que tu aies à porter un poids aussi lourd sur tes épaules alors que personne ne semble réellement enclin à vouloir te prendre au sérieux et que tu serais tellement plus heureux à profiter de la vie comme un enfant de ton âge doit le faire. C’est injuste qu’Arianne et moi devions partir à l’autre bout de Westeros pour faire honneur aux nôtres et nous retrouver ainsi au milieu d’étrangers avec qui on ne s’entendra peut-être même pas. Tu as raison, ce n'est pas un jeu malheureusement. Tout ce que l'on dit ou ce que l'on fait a des incidences et les gens ont parfois du mal à les entendre de la bouche d'un enfant. »

Si sa voix gardait le même ton aussi calme, sa main elle, serrait à toute force les rênes de son cheval et on pouvait la voir trembler à mesure qu’elle parlait.


« Et tu sais ce qui est pire encore ? C’est qu’après, il y aura toujours des choses qu’on ne pourra pas faire ou que l’on sera obligés de faire, parce que… c’est comme ça. Plus tard tu devras peut-être faire des sacrifices plus grands encore et pas parce que tu seras un enfant, mais parce que tu auras le sort de toute une région entre tes mains. Tu te plains qu'on oublie ton existence, mais il est possible que, dans quelques années, la situation soit totalement inversée. Les choses ne sont jamais totalement comme on le souhaiterait, mais il ne nous reste qu'à nous en accommoder si l'on veut réussir à aller enfin de l'avant. »

Eleanor avait toujours été fataliste. Depuis son enfance, elle avait été éduquée avec cette idée qu'elle quitterait les siens, sa chère demeure, pour aller dans un lieu inconnu. Si tout cela avait été flou durant de longues années, l'idée était toujours restée ancrée en elle. Elle devait d'ailleurs être bien plus prête qu'Edwyn, la jeune femme s'en rendait brusquement compte et il était difficile pour elle de lui expliquer tout cela sans lui donner encore cette impression qu'il n'était qu'un enfant à éduquer.

Une fois de plus, elle laissa le silence filer entre eux, laissant à son frère le temps de reprendre totalement son calme mais aussi pour elle de réfléchir à tout ce qu'il avait dit. Esquissant brusquement un léger sourire, elle finit tout de même par reprendre la parole, d’une voix plus légère, tandis qu’elle se rappelait les premières paroles enflammées de son jeune frère.


« Rien ne t’oblige à faire des efforts face à lord Beron, c’est vrai. Vous avez le même statut après tout, il ne t’est supérieur en rien, contrairement à ce que certains pourraient affirmer. Mais, tu sais, c’est probablement l’une des premières fois où je ne me suis pas sentie obligée d'accepter sa demande et de passer ma vie auprès de lui parce que c’est comme ça… mais parce que c'est ce que je veux. »

Ses sourcils s’étaient imperceptiblement froncés tandis qu’elle parlait, comme si elle essayait de trouver ses mots avec un peu plus de difficulté que d’ordinaire. Il n’était pas simple pour la jeune femme de dire tout haut ce qu’elle pensait de cette situation, encore moins auprès d’Edwyn qui ne semblait guère enclin à accepter sans broncher le fait que lord Beron ait passé outre son approbation avant de lui demander sa main, ce qu’elle pouvait tout à fait comprendre. C’était un camouflet de plus pour le jeune garçon qui devait accepter de perdre sa sœur sans avoir l’impression d’avoir son mot à dire. Pourtant, les choses n’étaient pas les mêmes pour Eleanor et elle ne savait guère comment le lui expliquer sans le vexer davantage.


« Tu sais, d’une certaine façon, je suis heureuse que les choses se soient déroulées de la sorte. Entendons-nous bien, je n’approuve pas le fait qu’il ne t’ait pas demandé directement ma main, mais plutôt qu’il soit venu me voir. Il tenait à avoir mon accord avant tous les autres et, pour moi c’est… important. C'est même probablement ce qui m'a fait dire oui aussi vite. Tu comprends ? »

La jeune femme n'avait pas besoin qu'il approuve mais réellement qu'il saisisse en quoi tout cela avait de l'importance pour elle. Son visage se ferma brusquement alors qu'elle repensait à ses derniers mots. Elle lâcha alors, d'une petite voix, à peine audible.

« Je suis contente qu'il soit mort. »

C'était la première fois qu'elle le disait à haute voix mais, rien que l'idée d'imaginer son frère risquer sa vie à cause de celui qui avait déjà causé tant de chagrin lui était insupportable.
Secouant la tête, comme pour chasser cette pensée de son esprit, elle reprit, son sourire réapparaissant à mesure qu'elle parlait.

« Tu sais, ce que tu as dit, sur le fait que je sois une Tully et que, quoi qu'il arrive, ça ne changera jamais. Tu as raison. Notre sang est le même et la distance n'y changera rien, le Nord non plus. Rien ni personne ne m'empêchera de t'aimer et d'être ta sœur. »

Elle n'ajouta rien sur les idées de vengeance du jeune garçon s'il venait à lui arriver malheur dans le Nord. Eleanor ne serait plus là pour faire quoi que ce soit et il était inutile de le sermonner à se propos, d'autant plus que, même si les paroles étaient vives, elle lui réchauffaient le cœur sans qu'elle cherche à l'empêcher. En son for intérieur, elle était persuadée qu'Edwyn finirait par s'assagir, par se montrer plus raisonnable mais cela devrait venir de lui-même, quand bien même il était difficile pour lui d'essayer de se conduire en adulte, comme on l'attendait de lui, tout en étant traité comme un enfant.
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Edwyn Tully
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Message Mar 14 Mai 2013 - 22:13

         De l'avis d'Edwyn, sa sœur avait mille fois raison, mais il commençait à croire que le monde entier ne tournait pas rond et qu'au fond, le sort qui lui était réservé n'était qu'un exemple parmi d'autres. Tout en écoutant sa sœur Eleanor, les pensées d'Edwyn alimentait cette théorie : les dieux parfois faisaient d'énormes bêtises. Ils se trompaient, cafouillaient, bégayaient, et nous pauvres humains en payions le prix fort ! De la naissance jusqu'à la mort, les Sept se trompaient pour nous et durant le temps imparti pour vivre, nous cherchions constamment à réparer l'erreur originelle... Personne n'a sa place ici. Les fermiers veulent devenir marchands. Les marchands rêvent d'être nobles, et les nobles deviennent guerriers. Personne n'est content d'être ce qu'il est. Et Edwyn le premier ! Il n'était qu'un petit garçon et s'imaginait déjà grand seigneur. Pire ! Le monde entier l'obligeait à être ainsi, à agir et à se conduire de la sorte, en lord suzerain du Conflans, sans questionner auparavant ses capacités ou son endurance à l’œuvre. Et pourtant comme le disait sa sœur, ce n'était pas un jeu. Ce n'était qu'une vie injuste et maudite. Il n'y avait rien d'amusant à tout cela. Rien de joyeux. Rien que du malheur, du chagrin et de la tristesse. Edwyn vieillirait trop vite, serait-il jamais heureux ? Son bonheur lui semblait fuir à chaque instant entre ses doigts maigres et juvéniles. Les paroles de septa Melara n'y changeaient rien. Le bonheur est fragile. Rien qui dure ne peut être construit dessus. Seul le devoir perdure. Dans la suite de la discussion, Eleanor le lui confirma, et éclaira les réflexions d'Edwyn sous un jour nouveau... quand il ne serait plus un enfant, il serait sollicité de tous les côtés, parce qu'il serait lord, et parce qu'il n'aurait plus l'excuse de l'enfance pour se détacher des problèmes importants. Mais quelle était cette injustice furibonde ? Il n'avait que neuf ans, et on lui refusait l'importance et le crédit lié à son rang. Quand il en aurait vingt de plus, on se presserait à ses côtés pour réclamer de lui des conseils et des décisions, alors même qu'il occuperait toujours les mêmes fonctions ? Le monde était fou. « Oui, oui, tu as raison, mais... mais comment veux-tu qu'après je ne sois pas désespéré, hein ? » Il riait à moitié, nerveusement, comme s'il voulait, par le rire, s'empêcher de pleurer. « Au fond c'est même pas la peine d'y penser... c'est comme le dit septa Melara parfois... elle dit que le désespoir, ça fait écrire des chansons et des poèmes. Le désespoir, c'est ce qui fait les héros. Mais je ne veux pas être un héros... » Edwyn aurait voulu n'être rien du tout, pour qu'on le laisse tranquille, pour qu'il puisse couler des jours heureux dans sa famille. Tout aurait été tellement plus simple ! Il n'aurait pas eu à subir les avanies de ces derniers temps, son ventre lui ferait moins mal, et il n'aurait pas été comme à cet instant au bord de l'évanouissement.

         Ces quelques mots d'Eleanor le bouleversèrent. C'était ce qu'elle voulait. En acceptant la demande en mariage de lord Beron, elle n'avait pas seulement accompli un devoir, elle avait également embrassé son destin et s'était offert le luxe de choisir ce que serait sa vie dans cinquante ans, quand elle serait vieille, assagie par les ans, et entourée d'enfants et de petits-enfants. Ils seraient des dizaines, auraient le visage long et solennel des Stark, les yeux gris sombres. Lady Eleanor aurait-elle changé, elle aussi ? Perdrait-elle ces hautes joues et ces yeux bleus qui distinguent les Tully du reste du monde ? Bientôt elle partirait à Winterfell, et ce serait comme deux étoiles d'azur qui s'en vont pour adoucir la nuit du grand nord... et elle ne reviendrait jamais, car c'était ce qu'elle voulait. Mais de prime abord, le petit garçon n'avait jeté l'opprobre sur personne. Il avait cherché à comprendre au contraire, il avait trouvé des raisons à lord Beron d'avoir agi ainsi, et des raisons à Eleanor d'avoir accepté sans attendre. Mais là, à la faveur de cette douce promenade, entendre sa sœur lui dire que ce qui arrivait, loin d'être un énième coup du sort, était ce qu'elle voulait et qu'elle était même heureuse que les choses tournassent de la sorte... Le petit garçon entendait mal, et interprétait les propos d'Eleanor dans le mauvais sens. Il n'en dit rien, serra les dents et se mordit la langue. Un peu de sang macula ses lèvres, qu'il dissimula en y portant la main. La voix de la raison murmurait des mots de vérité à ses oreilles, et lui donnait à comprendre le vrai sens des paroles de sa sœur. Il y demeurait sourd. Les hurlements de l'incompréhension avaient en lui capté toute son attention. Il n'entendit point d'ailleurs les derniers mots d'Eleanor, ni même ce qu'elle ajouta à demi-voix. De vieux démons en lui s'éveillaient. Sa vision s'obscurcissait et pourtant, le temps demeurait clair. La colère, en lui, remontait la rivière de son apaisement, truite sauvage et meurtrière. « Je crois que tu as raison... et puis, maintenant, c'est fait, c'est comme ça... » Ce furent les mots de trop. Il les avait prononcé malgré lui, et l'éclat de ses yeux bleus noircit jusqu'à devenir plus sombre que la nuit éternelle des légendes. Sa sœur lui avait dit ne pas approuver l'écart de conduite de lord Stark qui avait oublié l'intermédiaire nécessaire de lord Tully pour la main d'Eleanor... et pourtant, qu'avait-elle fait ? Avait-elle seulement élevé la voix pour rappeler le suzerain du Nord à ses devoirs ? Avait-elle seulement considéré l'insulte faite à son honneur, à sa maison, à sa famille ? Le cœur d'Edwyn s'emporta. Il était de mauvaise foi. Il n'était pas là aux côtés de Beron et d'Eleanor quand la chose arriva, alors il ne pouvait savoir ce qu'avait dit lord Stark et répondu sa sœur. Mais d'avoir été ainsi mis de côté... Un peu de sang s'égara au bas de sa joue tandis qu'il reprenait la parole. « J'aimerais... j'aimerais savoir comment c'est arrivé, ce qu'il t'a dit et ce que tu as répliqué... Je ne veux pas m'interposer, ce mariage aura lieu, je suis content, pour toi, pour lui, pour Vivesaigues et pour Winterfell s'il le faut je me déguiserai en petit loup le jour de tes noces... Je veux juste savoir comment ça s'est passé... » Car dans le fond, ce qui terrifiait le plus Edwyn, c'est qu'en l'écartant ainsi, en ne lui disant rien de précis de cette entrevue, alors qu'il y a peu encore les deux enfants partageaient tout, sa sœur avait donné l'impression qu'elle souhaitait se détacher de lui. La séparation aurait lieu dans la géographie, mais avait-elle déjà opéré dans le cœur ? Quelques gouttes de pluie tombaient sur eux désormais.


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Message Sam 18 Mai 2013 - 18:16

Il avait été difficile pour Eleanor de dire tout cela à son jeune frère. Si elle en avait eu la possibilité, elle l'aurait gardé loin de tous les tracas qui étaient devenus les siens depuis le jour où leur Père avait rendu l'âme. Son sens exacerbé de la famille dépassait tout le reste et la Tully aurait été prête à tout pour Edwyn et Arianne, cela passait par ce mariage qui lui avait semblé inévitable et un vrai déchirement avant qu'elle ne croise la route de lord Stark.

Mais, puisqu'elle ne pouvait pas le protéger des malheurs et des soucis qui l'attendaient, elle se devait de le soutenir, de le prévenir et de lui rappeler qu'elle serait toujours à ses cotés, quelle que soit la distance qui pourrait les séparer. Cette décision n'avait pas été facile à prendre et elle se demandait encore si le choix de lui parler aussi franchement était judicieux, malheureusement il était trop tard pour faire marche arrière. Bientôt, elle prendrait la route pour Winterfell et Eleanor tenait à ce qu'il réalise certaines choses, tout comme elle l'avait compris il y a peu.


"Je sais que les choses te paraissent insurmontables, que tu as l'impression que jamais tu ne seras à la hauteur de ce que tous attendent de toi. Tu sais, il n'y a pas une journée sans que je n'ai peur de faillir à mes devoirs et de ne pas pouvoir répondre aux attentes que les gens ont de moi. Et pour toi les choses seront encore plus difficiles malheureusement."

Le rire nerveux de son jeune frère ne pouvait que lui serrer un peu plus le cœur si la chose était encore possible. Elle le connaissait suffisamment bien pour savoir ce que cachait cette attitude, si tant soit peu il essayait de lui cacher quoi que ce soit.

"Je ne sais pas si ça vaut la peine d'y songer ou non. Parfois, essayer d'occulter les choses les rend encore plus difficiles lorsque l'on y est confronté. Tout ça… rien ne disparaitra, même si tu fermes les yeux suffisamment fort et le plus longtemps possible. A toi de les rouvrir quand tu te sentiras capable de les affronter. Car il le faudra, un jour ou l'autre."

Le temps d'un silence pensif et elle continua, d'une voix toujours aussi calme et tranquille.

"J'ai lu quelque part que les vrais héros étaient ceux qui ne voulaient pas le devenir. Mais personne n'attend de toi que tu le deviennes. Tant que tu respectes la devise de notre Maison, tout se passera bien. Je sais que tu es capable de grandes choses, même si pour l'heure, tu n'as pas la moindre envie d'entendre tout ça."

Il fallait qu'elle se résigne elle aussi à considérer son jeune frère comme un adulte et le lord qu'il était si elle souhaitait l'aider réellement et non plus se contenter de vouloir le protéger du monde extérieur. Ce fut peut-être pour ça qu'elle lui parla aussi franchement de ce qu'elle pensait de la façon dont lord Stark avait fait sa demande, se confiant à lui comme s'il était un adulte à part entière et non plus uniquement son cher petit frère qu'elle avait connu quelques minutes à peine après qu'il ait ouvert les yeux sur le monde.

A mesure qu'elle parlait, Eleanor avait l'impression de se heurter à un mur, sans bien arriver à saisir pourquoi. Elle se montrait d'une totale franchise, sans chercher à lui cacher quoi que ce soit et il ne lui était pas venu à l'idée que ses propos puissent être mal interprétés. Les quelques mots qu'il se décida enfin à prononcer confirmèrent cette impression et elle se mordilla la lèvre, laissant échapper un soupir un peu triste. Ne sachant pas quoi répondre sur le coup, la jeune femme garda le silence quelques instants avant de se décider enfin et de lâcher, d'une voix d'où perçait cette tristesse qu'elle ne pouvait s'empêcher de ressentir en cet instant.


"C'est comme ça oui. Nous savions que cela arriverait et que je partirais un jour. Tu n'es pas heureux de savoir qu'en plus de remplir mon devoir je vais le faire avec quelqu'un auprès de qui je me sens bien ?"

Lorsqu'Edwyn se décida enfin à la questionner et au souvenir de ce qui s'était passé, les joues d'Eleanor prirent une teinte carmine sans qu'elle ne puisse s'en empêcher.

"Je… tu sais à quel point je tiens à toi Edwyn. Mais il y a certaines choses que je ne peux pas te raconter en détails. Celle-là en fait partie malheureusement. C'est quelque chose de très intime, un peu comme ces moments que tu partages avec lady Maeve."

Le fixant un instant, espérant qu'il ne prenne pas la mouche à ses propos, elle continua tout de même, d'une voix toujours aussi hésitante mais sans lui laisser le temps de répondre tout de suite.

"En revanche, je peux te raconter qu'il s'est montré très respectueux et courtois lors de sa demande. C'est mon caractère et ma façon d'être qui l'ont apparemment séduit, tout comme j'apprécie sa sincérité et le fait qu'il ne s'encombre pas en discours inutiles. Je sais qu'il parait froid et distant, mais, je ne sais pas comment dire, il y a quelque chose d'autre derrière tout ça. Je n'ai fait que l'entrevoir mais je suis heureuse d'avoir l'occasion de le découvrir."

Eleanor n'avait pas la moindre envie de mettre son frère à l'écart et, malgré la difficulté qu'elle avait à exprimer à haute voix tout ce qu'elle pouvait ressentir vis-à-vis du suzerain, elle s'efforçait de lui expliquer les choses au mieux. Fronçant les sourcils, elle reprit, d'une voix songeuse.

"C'est étrange. Je sais que je vais quitter Vivesaigues et il n'y pas une journée sans que j'ai envie de pleurer à l'idée d'être séparée de vous. Et pourtant, il y a cette petite part de moi, celle qui n'avait cessé de me répéter toutes ces années que mon mariage servirait au mieux notre famille, qui me souffle que de bonnes choses en découleront. Et ce mélange de sentiments est un peu difficile à gérer je t'avoue. C'est une chose à laquelle je ne suis pas du tout habituée."

A l'idée de voir Edwyn déguisé en loup, un mince sourire se dessina sur son visage et sa mine se fit un peu plus réjouie tandis qu'elle continuait.


"Non. Tu es une truite de la Maison Tully, tout comme moi. Pas besoin de te déguiser ou de cacher ta nature. C'est ce que nous sommes après tout non ? Et c'est ce que je serais toujours."

De ça, elle en était persuadée, quoi qu'on lui dise. Elle était Tully jusqu'au bout des ongles, tant par son physique que par son caractère et elle ne pensait pas que quoi que ce soit puisse un jour changer cet état de faits.
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Message Dim 19 Mai 2013 - 13:49

         Si le petit garçon n'avait pas été trop tourmenté par le cours des événements qui s'acharnaient à lui rendre la nage pénible et dure, il aurait très certainement lancé un regard noir à l'endroit de sa sœur. Croyait-elle vraiment qu'il s'efforçait de garder les yeux clos sur la réalité, quand il était peut-être le Tully le plus embourbé dans le marécage puant des derniers événements ? Il se mordit une fois de plus la langue. Lady Eleanor avait beau jeu de lui dire d'ouvrir les yeux, alors qu'elle serait bientôt loin des tracas de Vivesaigues, confortablement à l'abri des ennuis, protégée par les remparts de Winterfell et les longues lieues séparant la cité des Stark du marasme polluant les rivières du Trident. Il se garda toutefois d'interrompre sa sœur aînée. Il était trop mal, en lui-même, pour espérer avoir le dernier mot, en dépit de l’opiniâtreté congénitale des gens de sa famille. Eleanor voyait juste, dans tous les cas : il n'avait pas envie d'entendre tout cela. Il n'avait pas besoin de s'entendre dire que de grandes choses l'attendaient. Il n'en voulait pas, des grandes choses. Il laissait ça aux autres, à ceux qu'une bannière sanglante excite, à ceux qu'un tas d'or enchante, à ceux qu'un siège de ferraille exalte. Edwyn ne voulait rien des oripeaux du Guerrier ou du Père, il préférait cent fois les douces grâces de la Mère : tranquillité, calme, sérénité. Pour vivre heureux, vivons caché ! « Les grandes choses, c'est pour les grands. Les grands châteaux, c'est pour les grands. Les grands domaines, c'est pour les grands. Je suis petit, j'ai un petit château, et une petite région et j'en suis bien content. » Edwyn ne le comprendrait que bien des années plus tard, mais son sort n'était pas si différent de ceux d'un Tybolt Lannister ou d'un Beron Stark. Le loup était à la tête d'un trop grand domaine pour représenter une figure de poids dans les Sept couronnes. Quant au Lion, sa tanière était la plus petite de toutes les régions, et avait, par ambition, ruiné ses chances d'un jour compter dans la balance. Finalement, être un petit garçon à la tête d'une région vermoulue par les germes de la dissidence n'était pas la pire des situations. Bien sûr, il était trop jeune et trop inexpérimenté pour jeter si loin l'ombre de ses raisonnements. Le sang d'Edwyn ne fit qu'un tour, cependant, quand sa sœur lui rétorqua à mots couverts qu'il devrait être content et qu'au fond, ses bilieuses hésitations n'étaient en définitive qu'un ramassis de pensées capricieuses et indignes de lui. Mais une fois de plus, il ne dit rien. Il la laissa poursuivre, même si la gifle imaginaire lui rougissait le front comme une vraie main lui aurait rougi la joue. Il ne put toutefois réprimer un soupirs d'agacement qui se mua bien vite en quelque chose de plus grave et de plus indescriptible quand sa sœur lui refusa la vérité sur le déroulement de son « entretien » avec lord Beron Stark, au motif que celui-ci avait été trop intime pour être partagé. La comparaison avec les moments passés en compagnie de lady Maeve Arryn étonna et ulcéré davantage le petit garçon. Il n'y avait rien « d'intime » dans ces moments-là et jamais Edwyn n'aurait cru que ces bons moments passés avec son amie du Val d'Arryn auraient été trop « intimes » pour ne pas être partagés avec ses sœurs ou sa mère... La coupe était pleine.

          « Très intime... très intime ?! Très intime comme quand j'ai demandé à Septa Melara comment naissent les enfants et qu'elle m'a répondu que je suis trop jeune, et que c'est une chose d'intime entre un homme et une femme ? Je ne suis pas un crétin, je sais comment on fait les enfants ! Et comme Melara, tu me parles encore comme à un enfant, alors qu'il y a pas plus de trois phrases tu voulais me parler comme à un adulte ! Tu voulais m'ouvrir les yeux, non ? Et là tu me les fermes, tu claques la porte ! » Sa voix n'avait plus rien de ce qu'on avait déjà entendu de lui. Elle mêlait le fracas des rivières à la foudre des torrents. Ses yeux brillaient avec l'intensité du soleil qui couvre la Culbute de ses blancs rayons par temps clair. Mais sous le front d'Edwyn, l'orage grondait, terrible et magnifique, depuis les nuages de ses sourcils jusqu'à l'ouragan de ses lèvres qui s'agitèrent encore et encore. « Je comprends. Je comprends mieux, en fait, c'est pour ça qu'il t'a demandé en mariage, et c'est pour ça que tu as accepté. En fait j'aurais dû le savoir, j'aurais dû le sentir, j'ai été bien bête ! C'est pour se venger, c'est ça ? Comme il n'a pas obtenu ce qu'il voulait avec moi, il s'est vengé sur toi, c'est ça ? Je le savais. » Edwyn descendit de son cheval en trombe, il manqua de tomber par terre et, pour se rattraper, dut tendre les mains sur le sol. Les gardes accoururent pour saisir le cheval et s'assurer de la sûreté de leur suzerain. C'est là qu'ils virent le sang sur ses lèvres. Edwyn chassa leurs questions encore informulées d'un geste de la main qu'on ne l'avait jamais vu faire. Il se tourna vers Eleanor et la regarda avec colère, amertume, rancœur, chagrin. Il pleurait des larmes d'effroi, de rage et de tristesse. « Pour répondre à ta question, non, je ne suis pas heureux ! Je ne suis pas heureux que tu t'en ailles ! Et je ne suis pas heureux de découvrir que pour toi, Vivesaigues et notre famille sont devenues insupportables ! Si j'avais su, je t'aurais accordé le mari de ton choix dès que tu aurais voulu ton... comment on dit, déjà ? Ah oui, ton indépendance ! Car au fond, c'est ça que tu veux, hein ? Tu te moques bien de nous. » Les gardes posaient sur lui des regards inquiets. Ils avaient déjà vu ce que trop de colère pouvait causer sur lui. Ils ne voulaient pas qu'il s'énerve davantage et risque une autre crise. « Mais c'est comme ça, hein ? Eh bien tu te marieras ici avec lord Stark, à Vivesaigues, ou il n'y aura pas de mariage du tout ! Et je mettrai moi-même le manteau sur tes épaules, et j'ouvrirai les portes de la chambre pour la cérima... pour la céromé... pour le truc du choucher ! Et après tu iras faire tes choses intimes avec lui où bon te semble, ça m'est égal, et moi je resterai à la maison et je prierai pour que les Sept te pardonnent ta faiblesse et pour que les anciens dieux pardonnent à lord Stark d'avoir abusé des droits de l'hôte ! » Edwyn se détourna ensuite d'Eleanor et quitta le chemin pour s'approcher des rives de la rivière. Les soldats comprirent qu'il était vain d'espérer le raisonner et le détourner du cours ensommeillé de la ruffurque, fleuve docile mais traître. Le petit garçon se garda bien d'y aller franchement, car la température n'assurait guère la meilleure des baignades. Et pourtant, une douche froide aurait pu certainement le calmer.


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Message Dim 19 Mai 2013 - 16:14

Eleanor laissa échapper un soupir à peine audible à la répartie d'Edwyn. Si elle se doutait qu'il ne pensait pas vraiment ce qu'il disait ou que, plutôt, s'il le pensait aujourd'hui, les choses seraient bien différentes dans quelques années, la jeune femme comprenait ce qu'il voulait dire et elle réalisa qu'il serait inutile d'insister, l'opiniâtreté Tully faisant encore une fois parfaitement son office en cet instant.

Mais la suite la laissa complètement abasourdie. Il lui fallut quelques instants pour comprendre ce qu'il sous-entendait alors qu'elle essayait tout bonnement de lui expliquer en quoi elle ne souhaitait pas partager ces instants car ils lui appartenaient à elle, à lord Beron et à personne d'autre. Déglutissant pour essayer vainement de trouver des mots pour répondre à ces accusations, Eleanor se rendit compte que rien ne sortait, tout ce qu'il venait de dire la laissait sans voix tandis qu'elle le fixait, les yeux écarquillés et ses mains serrant les rênes de sa monture avec de plus en plus de force, jusqu'à en avoir les jointures totalement blanchies.

Gardant le silence tandis qu'elle sentait en elle monter une masse de sentiments aussi contradictoires qu'inattendus, la jeune femme resta un instant interdite avant de faire de même, tendant les rênes à l'un des gardes qui les avait imité et, avant qu'il n'ait eu le temps de dire quoi que ce soit, elle leva un index dans sa direction.


"Surtout, ne bougez pas de là."

Si les gardes n'avaient jamais vu Edwyn agir de la sorte, ils n'avaient pas non plus entendu ce ton de voix de la part de l'ainée des enfants Tully. Se contentant de hocher la tête, le garde jeta un œil à son comparse qui se contenta de hausser les épaules, visiblement aussi perdu que lui. Eleanor ne leur prêta pas la moindre attention et s'engagea à la suite de son frère, les narines frémissantes de colère tandis que tout ce qu'il lui avait dit résonnait dans son esprit en boucle. Il ne lui fallut pas longtemps pour arriver à sa hauteur et lâcher d'une voix forte et ferme qu'il ne lui connaissait pas.

"Edwyn Tully !"

Elle s'approcha de lui, relâchant ses jupes qu'elle tenait entre ses deux mains pour ne pas qu'elles soient par trop maculées de boue, sa colère grandissant à mesure qu'elle s'était approchée du jeune garçon. Peu lui importait de gâcher irrémédiablement sa tenue, la jeune femme ne se souciait de rien d'autre que des propos que venait de prononcer son frère, à la fois blessants et insultants pour la lady qu'elle était et qui faisait tout pour sa famille.

S'arrêtant face à lui, elle le saisit par les épaules pour qu'il la regarde. Ses yeux brillaient d'un éclat que personne ne lui avait encore jamais vu et, à bien y réfléchir, elle n'avait encore jamais été dans un tel état de colère. Si elle était réputée pour avoir le même caractère têtu et borné que le reste de la fratrie, l'ainée des enfants Tully avait également toujours été connue pour son calme et sa douceur à toute épreuve. Mais là, il avait dépassé les bornes, tout suzerain du Conflans qu'il était.


"Comment ?! Comment oses-tu penser cela de ta sœur ? Comment oses-tu croire un seul instant que j'ai pu céder à ce genre de choses et que j'ai pu le laisser faire ça, sous notre propre toit qui plus est ! Me crois-tu dotée de si peu d'honneur et de si peu de vertu que je sois capable de faire ça ?"

Son souffle s'était fait plus rapide et ses joues étaient écarlates, des larmes de rage commençant à affluer tandis qu'elle continuait de parler sans relâcher le garçon.

"Et me donnes-tu si peu de valeur que pour toi, la seule raison qu'il aurait de vouloir m'épouser serait de se venger de toi ? Tu dis m'aimer ? Je t'ai confié plus de choses que je n'en ai confié à n'importe qui d'autre dans notre famille. Mais c'est quelque chose de nouveau, j'éprouve des sentiments que je n'avais encore jamais éprouvés et toi, tu viens de salir tout cela en une fraction de secondes parce que tu n'entends que ce que tu veux entendre !"

Déglutissant et relâchant l'une des épaules de son frère pour s'essuyer brièvement les yeux, les larmes lui brouillant trop la vue pour qu'elle puisse continuer ainsi, elle reprit de plus belle, sa voix se mettant à trembler à mesure qu'elle parlait.

"Vivesaigues est ma maison, elle est dans mon cœur avec tout ce qui s'y trouve mais que veux-tu que je fasse ? Que je me rend malade à force de pleurer parce que je ne veux pas vous quitter ? A quoi cela pourrait-il bien servir ? Je serais obligée de partir de toute façon, parce que, oui c'est comme ça ! Alors, dis-moi, comment désire-tu que je me comporte pour te faire plaisir et ne pas déshonorer ma famille !"

Son ton avait fini par monter et par se perdre dans des aigus qui rendaient sa phrase presque inaudible. Eleanor n'arrivait pas à croire qu'il puisse penser tout ça d'elle. Un part d'elle, celle qui raisonnait encore correctement, essayait de lui rappeler qu'il s'agissait d'une colère d'enfant, qu'il était malheureux et qu'il ne faisait que ressortir toute cette tristesse et cette colère qui l'habitaient. Mais la jeune femme, en cet instant, ne se sentait guère plus âgée que lui. Elle avait tenté tant bien que mal d'arrondir les angles, de présenter la situation sous son meilleur jour en vain. Quelque chose avait dérapé sans qu'elle ne comprenne bien pourquoi et, brusquement, elle relâcha complètement Edwyn pour se laisser tomber au sol, laissant libre cours à ses larmes et se détournant de lui.

Fixant la rivière et essayant tant bien que mal de reprendre son souffle, Eleanor finit par lâcher, d'une voix à peine audible.


"Et tu entends ce que tu dis ? Ca ne te plait pas alors si on ne fait pas comme tu l'entends on ne fera rien du tout ? J'épouserais lord Beron, parce que mon suzerain me l'a accordé, qu'il sait que c'est la meilleure chose qui pouvait arriver et même si cela peut contrarier mon frère."

Un temps, puis toujours sur le même ton.

"Et puissent les Dieux, les anciens comme les nouveaux, te pardonner de douter ainsi de ton propre sang."

Finissant enfin par reporter ses yeux sur Edwyn, elle le fixa longuement, sans rien dire. Son regard à lui seul voulait tout dire. Jamais elle ne s'était sentie aussi désemparée, même pas le jour où elle avait enfin compris qu'il lui faudrait forcément quitter la demeure qui l'avait vue naître pour se marier et partir au loin.
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Edwyn Tully
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Message Dim 26 Mai 2013 - 16:46

          « Si je doute, c'est parce que tu n'es pas claire ! » Edwyn hurlait. Il entendait sa sœur, mais ne l'écoutait plus. Tout ce qu'elle disait abondait en son sens, car à aucun moment elle n'avait démenti ni cherché à le détromper clairement. Eleanor était sans doute en colère, car la franchise du petit garçon n'arrangeait rien. Mais pouvait-il parler avec calme, tempérance et recul d'un sujet qui lui tombait sur le coin du nez avec violence, tout chimérique qu'il fût ? « Ton frère et ton suzerain t'ont accordé le mariage avec Beron, mais les dieux n'ont jamais autorisé lord Stark a changé l'ordre naturel des choses ! Que je sache, faire des bébés, ça vient après le mariage, pas avant ! Alors ne trouve pas des excuses à ces fornications honteuses ! » Le mot, dans sa bouche, parut trop grand. Il le regretta presque aussitôt, et les gardes, qui attendaient, inquiets, plus loin, ne purent retenir l'esquisse d'un sourire, comme on le fait toujours quand les mauvaises paroles jaillissent des mauvaises bouches. Mais Edwyn se moquait bien d'amuser les soldats de Vivesaigues, il se moquait bien de leur opinion, il se moquait bien d'ailleurs d'entendre davantage des mots d'Eleanor auxquels ils n'entendaient rien. Il se détourna d'elle lui jeta ces propos sans même la regarder : « Je le crois, parce que je ne vois pas ce qu'il y aurait de plus intime qui explique ton silence au sujet d'une entrevue que j'aurais dû interdire, en fait... » Edwyn avait retrouvé un semblant de calme, ce qui n'augurait rien de bon, sinon quelque accalmie pour sa santé fragile d'enfant trop vieux. Il revint vers les chevaux et réclama qu'on l'aide à monter le sien. Il regarda alors sa sœur, la rivière, le paysage, le rivage, la rivière, le paysage et à nouveau sa sœur. Son regard semblait inévitablement vouloir éviter celui de son aînée car, tout opiniâtre qu'il fût, Edwyn préférait ne pas s'énerver davantage. Il n'était pas honteux à l'idée de se donner en spectacle, mais il était soucieux de ne pas laisser croire à sa sœur qu'il abdiquerait si facilement et, d'expérience, Edwyn savait qu'il serait le premier des deux à flancher si la dispute se poursuivait à gorge déployée. Il ordonna à certains soldats de le suivre, à certains autres d'escorter Eleanor. « Conduisez-là où elle vous l'ordonnera, mais je veux qu'elle soit revenue à Vivesaigues afin le coucher du soleil. Je rentre à la forteresse. Il y a du lait de prune à préparer. » En disant ces derniers mots, il avait fixé sur sa sœur un regard plein d'une tristesse confuse et colérique. Il voulait tant la croire et pourtant, les derniers bastions de son entêtement tenaient fermement en lui leur position. Dans l'instant, ils seraient difficiles à déloger et prendre, mais plus tard, ils abandonneraient volontiers la lutte. Au fond, ce qu'il fit put paraître brutal, mais c'était sans doute la meilleure chose à faire pour l'un et l'autre.

         Une fois rentré à Vivesaigues, Edwyn ne fut pas étonné d'arriver le premier, devant sa mère qui s'inquiéta de le voir sans Eleanor. Mais pas plus à sa mère qu'à son autre sœur qu'à tout autre d'ailleurs il ne dit rien de ce qui était arrivé. Les gardes, quant à eux, gardèrent le silence, car le petit garçon le leur avait fait promettre avant d'entrer dans le château. Il fila droit dans sa chambre et plongea dans le lit trop grand pour lui comme une proie affaiblie s'échappe et s'abîme dans l'obscurité d'un trou à rat. On lui porta du bouillon, Melara le questionna, d'autres vinrent. Il les renvoya tous, mais garda le bouillon. Il demanda à ce que le retour de lady Eleanor lui fût notifié. Il s'endormit, rêva peu ou mal, et s'éveilla quand à la porte on frappa par six fois. Qui était-ce ? Le mestre entra. Il portait une petite marmite fumante, quelques linges blancs et propres. Derrière lui suivait lady Eleanor. Edwyn refusa les médications du mestre qui accepta qu'elles soient repoussées à plus tard, mais pas déclinées. Edwyn hocha la tête, après tout l'homme à la chaîne savait de quoi il parlait. Le petit frère s'assit sur son lit, il s'était endormi habillé. Ses cheveux se battaient sur son front, comme toujours. « Es-tu décidée à me dire ce qui est arrivé ? » Sa voix était plate, on aurait pu croire à un mauvais acteur récitant le mauvais rôle d'une mauvaise pièce de théâtre. Elle s'échauffa un peu quand il reprit : « Je ne peux pas retirer ce que j'ai dit tant que j'ai des raisons de croire que j'ai été trahi. Papa ne me le pardonnerait pas. » Des larmes s'échappèrent de ses yeux. Dans le fond, sous la colère, sous le désespoir, sous le chagrin et sous la bile, le cœur du petit garçon s'écharpait contre les récifs tranchants de l'impression qu'il avait d'avoir subi la plus indigne des trahisons. Eleanor pouvait bien lui reprocher d'ainsi douter d'elle, mais qu'avait-elle fait sinon, par ses reproches successifs, mis de l'eau au moulin de cette distance que la venue de lord Stark à Vivesaigues avait creusé entre eux depuis qu'il avait demandé et obtenu la main de celle qu'il convoitait peut-être au-delà des questions relatives aux Fer-nés ? Edwyn se sentait le dindon d'une farce amère et culotté. S'il avait eu la taille, il aurait volontiers préféré sauter dans la marmite du mestre pour y cuire et y mourir, plutôt que de subir l'humiliation qu'Eleanor n'avait pas détrompée. Il désigna du bout des doigts l'épée au pommeau figurant une truite d'argent et ajouta, d'une voix désespérée. « La prochaine fois qu'il vient, lord Stark prendra cette épée et me la plantera dans le cœur, ce sera plus loyal qu'un rendez-vous secret avec ma propre sœur... alors, dis-moi, dis-moi clairement ce qui est arrivé... La vérité, je veux la vérité... mais... enfin... ou en tout cas, jure-moi, jure sur ton honneur de Tully que rien de ce que je redoute n'est arrivé... »


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Message Dim 26 Mai 2013 - 18:28

Si le caractère borné et têtu des Tully était encore à démontrer, le frère comme la sœur donnaient tous les deux en cet instant une excellente preuve de ce que cela pouvait donner. Aussi borné l'un que l'autre, Edwyn n'écoutant que ce qui ne faisait que le conforter dans ce qu'il redoutait le plus et Eleanor comprenant de moins en moins comment il pouvait parler de la sorte, la discussion ne pouvait que tourner court, tous les deux étant trop pris par les sentiments contrastés qui les gagnaient pour garder un tant soit peu de sang-froid.

Le mot fornication, s'il avait pu faire sourire les gardes, ne fit que choquer davantage la jeune femme qui resta sans voix devant de tels propos. Si elle avait été plus colérique, Eleanor l'aurait probablement giflé sans même y réfléchir, quelles qu'en soient les conséquences. Mais ce n'était pas son genre et elle se contenta de garder les mâchoires serrées, tentant tant bien que mal de retrouver son calme et un souffle plus régulier.

Elle ne prit même pas la peine de répondre à ses énièmes accusations, son cœur se serrant un peu plus à chacune des paroles qu'il pouvait prononcer, comme s'il lui enfonçait un couteau en pleine poitrine. Lorsqu'Edwyn se releva et retourna vers les chevaux, elle en fit de même, sans lui jeter le moindre regard et occultant également celui des gardes. Lorsqu'il prononça quelques mots, elle se décida tout de même à le fixer. Si le regard de son frère trahissait sa tristesse et sa colère, le sien était comme éteint. La Tully n'arrivait pas à comprendre comment ils avaient pu en arriver là, comment il avait pu croire tout cela d'elle et lui lancer au visage de cette façon.

Laissant à son frère une large avance, elle rentra au pas, gardant un silence buté et fixant le vide durant tout le trajet. Une fois à Vivesaigues, elle se dirigea, suivie de ses gardes en direction du Bois Sacré, sans même prendre la peine d'avertir qui que ce soit de son retour.

Et elle resta ainsi longtemps, son regard se perdant sur les différents arbres et s'arrêtant sur le barral, ses pensées s'éclaircissant peu à peu sans que la colère ne retombe réellement.
Ce fut le froid qui la décida à rentrer et, lorsqu'on vint lui annoncer qu'elle était attendue dans la chambre d'Edwyn, Eleanor se contenta d'un hochement de tête et se dirigea sans hésiter dans cette direction, ignorant sa propre mine défaite.

Suivant le Mestre, elle garda le silence quelques instants, fixant son frère et déchirée un instant entre la tristesse et cette colère qui s'installait dans son cœur. A l'évocation de leur père, elle souffla fortement, cherchant visiblement à garder son calme.


"Oui, je suis décidée à parler. Mais ne dis pas ce que Père pardonnerait ou pas car je ne suis pas sûre qu'il aurait toléré la façon dont tu m'as parlé il y a quelques heures."

Sa voix était froide, presque mécanique et elle fixait le jeune garçon sans ciller.

"Lord Beron est venu au Bois Sacré alors que j'étais en compagnie de deux gardes qui ne me quittent jamais depuis mon retour à Vivesaigues et d'Emilia. Ils ont tous les trois assisté à la discussion, tu pourras leur demander leur version des faits puisque ce que je peux dire semble avoir si peu de poids pour toi. Peut-être seras-tu plus enclin à les croire eux plutôt que moi."

Laissant filer un silence, elle continua, toujours sur le même ton.

"Il m'a demandé ma main en m'expliquant pourquoi je ne pouvais qu'être la parfaite lady Stark à ses yeux, tant par les enseignements que j'ai suivi que par mon caractère qui s'accorde admirablement bien avec le sien. Le détail exact de la discussion en elle-même ne te regarde pas, les mots qu'il a prononcé m'ont touchés en plein cœur et c'est quelque chose que je me refuse de partager avec quelqu'un qui m'a insultée comme tu l'as fait."

Elle ferma alors les yeux quelques secondes avant de les rouvrir après avoir poussé un profond soupir. Jamais elle ne l'avait regardé de cette façon et elle pinçait ses lèvres si fortement qu'elle en était presque blanches.

"Et puisque tu tiens autant à l'entendre… Je te jure sur mon honneur de Tully qu'il ne s'est rien passé de ce que tu redoutes et qu'il ne se passera rien de la sorte avant que nous ne soyons unis devant les Dieux. Il n'y a eu nul rendez-vous secret ni quoi que ce soit d'aussi honteux que tu aies pu le croire."

Ses poings étaient serrés et pas une seconde elle ne les avait rouvert. Si elle continuait de la sorte, elle savait pertinemment qu'elle allait bientôt éclater en sanglots. Mais il fallait qu'elle tienne encore quelques instants, refusant de lui montrer une nouvelle fois ne serait-ce qu'une once de faiblesse. Edwyn l'avait blessée bien plus profondément qu'il ne pouvait le deviner et elle voulait qu'il le sache avant qu'elle ne quitte la pièce.

"Jamais je n'aurais cru qu'une personne de mon sang puisse me faire autant de mal et se montrer aussi blessante. Je pensais que tu avais suffisamment confiance en moi pour que ces idées avilissantes ne t'effleurent même pas me concernant, mais visiblement, j'avais tort. Je ne sais même plus quoi penser de toi ni quoi te dire et c'est la première fois de ma vie que cela m'arrive."

Sa voix s'était mise à trembler et il lui fallut quelques secondes pour se reprendre avant de continuer, son regard ayant quitté celui de son frère pour fixer le sol.

"J'espère que la distance qui nous séparera et l'hiver qui arrive te laisseront le temps de réfléchir à tout ce que tu m'as dit. Il est inutile de songer à retirer quoi que ce soit. Ce qui est fait est fait, ça ne changera rien au mal que tout cela a pu occasionner. En revanche, le jour où tu ressentiras vraiment le besoin de t'excuser, sincèrement et non pas parce que c'est ce qui serait le mieux à faire, tu sauras où me trouver. Je n'ai quant à moi pas la moindre intention de m'excuser du fait que tu aies mal interprété mes propos, sache-le."

Lui tournant le dos, elle commença à marcher en direction de la porte et alors qu'elle s'apprêtait à partir, elle ajouta, retrouvant un instant ce ton maternel qui avait toujours été le sien quand elle s'adressait à lui.


"Tu devrais manger ta soupe avant qu'elle ne soit froide et te reposer, tu en as besoin."

Sans rien ajouter de plus, elle quitta la pièce, les larmes commençant à couler au moment-même où elle passait la porte. Eleanor ne voulait maintenant qu'une chose, se cloitrer dans sa chambre et tout raconter à Emilia qui serait une fois de plus l'oreille attentive dont elle avait tant besoin.
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Message Dim 26 Mai 2013 - 20:02

         La honte n'était pas tant dans le propos d'Edwyn que dans les insinuations d'Eleanor, mais le petit garçon aurait été bien incapable d'exprimer en ces termes le tumulte de ses pensées. Il avait obtenu ce qu'il voulait, et la mauvaise foi de sa sœur acheva de le convaincre qu'elle lui mentait encore et toujours, qu'elle était moins Tully qu'inféodée aux désirs secrets de sa conscience, qui la poussait à fuir Vivesaigues pour quelque tanière au loin dans le Nord. Elle était habile avec des mots, mais par chance l'entêtement du petit garçon, qui avait muselé sa colère pour mieux ouvrir les yeux de sa lucidité, le préservait des stratagèmes perfides d'une personne plus ingénieuse que lui dans l'expression des idées et des choses. « Papa n'aurait jamais toléré qu'un homme me traite comme lord Stark m'a traité en m'ignorant comme il l'a fait pour obtenir ta main. Il n'aurait jamais cru aussi qu'un jour son nom serait une punition pour moi dans ta bouche.» L'attitude d'Eleanor, qui semblait faire fi de l'impact du geste et de ses propres mots sur son petit frère, atterra Edwyn, qui aurait souhaité qu'après ces quelques heures de distance et de silence, l'un et l'autre pussent enfin discuter dans le calme et la sérénité, pour revenir à des positions plus raisonnables, moins absolues. Lui-même avait été prêt à bien des concessions pourvu qu'on lui fasse recracher la couleuvre imaginaire qu'elle avait glissé dans sa gorge, mais de toute évidence, le petit garçon, dans son exaltation furieuse, avait posé le pied sur des terrains interdits. Cette transgression, qu'il n'imaginait guère un seul instant, lui coûta cher manifestement et pourtant, lui, que réclamait-il contre l'injure d'une impression, sinon la vérité ? Il l'avait obtenu, mais la réplique d'Eleanor, pleine de remontrances, transpirait le mépris et la condescendance. Une gifle aurait été moins violente. « Je n'ai pas besoin de réfléchir à ce que j'ai dit, je sais pourquoi je l'ai dit, quand je l'ai dit, à qui je l'ai dit et comment je l'ai dit. » Et je sais aussi tout ce que tu ne m'as pas dit, voulut-il ajouter, mais il préféra s'abstenir, et manger sa soupe, comme d'ailleurs sa sœur aînée s'empressa de lui faire la recommandation. Les dernières phrases d'Eleanor lui parurent d'ailleurs bien absurdes. Elle n'avait pas à s'excuser. Lui-même l'aurait fait de bon cœur et de bon gré si l'aînée de la fratrie avait eu la décence et la bonté de comprendre que la très délicate situation de Vivesaigues, dans le contexte général du Conflans, pesait lourd sur les épaules du petit garçon, que la paranoïa parfois guettait. Mais que sont quelques instants d'égoïsme après dix-sept ans de perfection dont neuf comme bienveillante sœur ? Lady Eleanor souhaitait que la distance géographique entre eux permettraient au petit garçon de bien réfléchir aux événements de cette journée. Elle semblait néanmoins ne pas comprendre que la distance affective qu'elle imposait elle-même entre eux, en refusant la main tendue des explications curatives qui s'imposaient, était plus grave encore. Eleanor pourrait bien se trouver à Qarth que cela ne changerait rien : Edwyn l'aurait toujours dans son cœur, jusqu'à son dernier souffle. Quand il mourrait, le petit garçon serait très vieux, il sentirait l’Étranger proche, l'accueillerait comme un ami, et irait lui-même se coucher dans la barque qui l'emporterait sur le lit de la rivière. Alors, en attendant la flèche de feu, ils rendraient les derniers soupirs, en scandant chaque fois les prénoms des Tully qu'il connut, et Eleanor serait le troisième d'entre eux.

         Les mots et le venin de sa sœur n'y changerait rien. Mais il n'avait pas la force, ce soir-là, de la suivre jusqu'à sa chambre, d'engager à nouveau la discussion. Il aurait voulu se jeter à ses pieds et lui hurler des excuses, mais à quoi bon ? La porte se referma sur lady Eleanor, et le mestre s'attendit à voir son suzerain fondre en larme. Mais il n'en fut rien. Il ne pleura pas. Il était trop effrayé, trop pétri d'inquiétudes par ce qui venait d'arriver. Il ne savait pas comment interpréter les propos de sa sœur, passées les premières salves qui lui dictaient la réplique ou l'indifférence. Mais que répliquer, que dire à ces attaques mâtinées d'incompréhension et de rancune ? Eleanor lui en voulait toujours, et cette vindicte amère la suivrait peut-être longtemps. Jusque dans le Nord ? Cela semblait à craindre mais, curieusement, le petit garçon, que cette pensée aurait dû désespérer, savait avoir tendu la main et ouvert son cœur, quand sa sœur était celle qui l'avait refusé et fermé. Il lui appartenait d'inverser le cours de la rivière de ses humeurs. Pour lui-même, le petit lord estimait avoir fait sa part. Il ne comprenait pas l'entêtement d'Eleanor qui lui tenait rigueur de ses doutes qu'elle-même avait pourtant alimenté. Sans doute la hargne de l'instant et l'azur du moment furent-ils les artisans de cette sévère prise en grippe ? L'avenir le dirait. Edwyn but le bouillon avec plaisir, et s'endormit. Il ne rêva pas, ni ne trouva d'ailleurs tout de suite le sommeil. Au contraire, il réfléchit longtemps, et parla même avec le mestre qui demeura près de lui un peu moins d'une heure. Soigneusement, ils évitèrent de parler d'Eleanor, de Beron Stark, du Nord. Mais par la force des choses, le sujet revint et, curieusement, le mestre n'essuya aucune réplique cinglante de la part d'Edwyn, qui, au contraire, sut en parler avec beaucoup de calme. La nuit lui porterait conseil, et avant de congédier le mestre, il lui dit ceci : « Dès demain nous commencerons les préparatifs du mariage. Il faudra faire un beau manteau pour Eleanor, avec des loups, du gris, du noir et du blanc. » Edwyn tenait à ce qu'aucun retard ne soit permis. Le mariage aurait bientôt lieu et cela lui redonnerait certainement sa bonne humeur, et quelques couleurs au château ne feraient de mal à personne. Avec un peu de chance, Eleanor profiterait de la bonne ambiance pour revenir à des sentiments plus raisonnables et moins emportés contre son frère.


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[TERMINE] Je ne sais que t'aimer - Eleanor

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