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Le commerce aide au rapprochement || Catelyn

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Message Mar 23 Avr 2013 - 10:52

S'il y avait bien une chose au monde dans laquelle Randall Rougefort, seigneur de la maison du même nom, n'était pas expert, c'était bien le commerce. Définitivement, il était plus doué avec une épée qu'avec des registres de comptes. Heureusement, mestre Ashton parait à cette éventualité avec de bons conseils, et il ne fallait pas non plus négliger Regenard, qui s'en sortait plutôt bien dans les calculs. Oh, il ne fallait pas s'y tromper, Randall comprenait ce qui se passait lorsqu'on lui parlait de transactions, de commerce, d'échange, de trafics. Il adhérait pleinement au fait que sa maison en avait besoin, au moins économiquement, mais par les Sept, était-il vraiment nécessaire de lui imposer ça ? Il martela la table du bout des doigts, de plus en plus rapidement, écoutant sans un mot mestre Ashton et son frère débattre de quelle voie emprunter pour le commerce. Rudolf aurait su. Lui, non. L'humeur de Randall s'assombrit d'un coup. Jamais il ne pouvait se souvenir de son frère en paix, ça le ramenait toujours à Herberouge. Et puis, même s'il ne se l'avouait pas, il prenait ça pour échec personnel.

Il aurait du en être capable. Mais il ne l'était pas. Rougefort était devenu lord avec l'éducation d'un chevalier, d'un commandant de garnison. Personne ne l'avait préparé à devenir lord, et pour cause, il ne devait pas le devenir. Mais rien ne s'était passé comme prévu. Chez Rudolf, tout cela, la politique, les affaires, c'était inné. Sur un champ de bataille, Randall était un bon épeiste, et mettre au point une expédition militaire, il savait faire aussi. Mais le métier de lord...Rudolf était mort d'un coup, et lui avait du apprendre sur le tard. Et même aujourd'hui, alors que ça faisait quinze ans qu'il dirigeait son fief, lord Randall Rougefort se surprenait lui même en songeant que certaines choses lui échappaient encore.

Enfin cela dit, parfois, c'était de la bonne et simple logique, et là, il n'en manquait pas vraiment. Lorsqu'on parlait de commerce, on cherchait le profit, cela Randall l'admettait volontiers. Donc, l'idée, ici, était d'obtenir des marchandises à prix plus rentable pour faire plus de bénéfices. Simple, jusqu'à là. Ashton et Regenard étaient partis dans une discussion des plus théoriques. Randall s'appropria la carte et la consulta en réfléchissant. Le grand port du Val d'Arryn, c'était Goëville , fief des Grafton, quatrième port des Sept Couronnes. Par conséquent, si les Rougefort voulaient acquérir des marchandises, ils devaient payer des convois depuis là-bas, ce qui faisait une longue distance.

« Pourquoi ne pas s'associer avec une famille plus proche ? »


Regenard et le mestre s'interrompirent. Ils n'avaient pas entendu Randall parler depuis un bon moment et étaient assez surpris. D'autant que le lord affichait un sourire passablement peu en accord avec le statut de lord âgé de quarante-cinq ans, comme un gamin fier de sa trouvaille. Regenard prit la parole :

« Et avec qui veux-tu qu'on s'associe ? »


Randall regarda la carte encore une fois. Bonne question s'il en était, mais l'idée lui vint encore, lumineuse et claire :

« Pourquoi pas avec les Royce ? »
Le mestre fit la moue et dit :
« L'idée d'un partenariat n'est pas mauvaise, lord Randall, mais il vaudrait peut-être mieux envisager le fait de s'allier avec une famille plus proche, comme celle de lady Margot... » Cette fois, ce fut au tour de Randall lui même de ne pas approuver :
« Non. Nous avons besoin de partenaires capable de financer aux même titre que nous les convois. Ce n'est pas la distance qui compte, ici, c'est le partage des coûts. »

Regenard regarda son frère, assez émerveillé. Randall le surprenait toujours. On croyait qu'il s'emmurait dans le silence, absent des conversations car peu intéressé, et d'un coup, il suggérait une bonne idée, comme elle lui venait, sans fard et sans prétention. Il sourit :

« Moi je trouve que c'est une bonne idée. » Randall lui flanqua une bourrade amicale :
« J'espère bien que tu approuves ce que dit ton frère, mon ami ! »

La séance fut levée, et assisté par mestre Ashton, Randall rédigea une lettre adressée à celui qui gérait la maison Royce en l'absence de lord Andar. Il aimait bien ce dernier, qui aurait pu être son frère cadet. Royce, participait à la protection des Terres de l'Ouest, comme Randall l'avait lui même fait, en vertu du contrat passé entre les Lannister et les Arryn. Randall le tenait pour un homme loyal et vertueux. En revanche, il se méfiait un peu de la réputation de sa femme, lady Catelyn. Bien que portant le même prénom que sa sœur, elle venait de la famille Sunderland, réputée pour avoir soutenu, et soutenir encore, comme ce fichu Dance-Vagues, la rebellion Feunoyr. Lady Royce jouissait d'une réputation exécrable, même si elle s'acharnait à le faire oublier, mais Randall n'échappait à la règle. Quasiment assez âgé pour être le père de celle ci, aigri par la bataille d'Herberouge, son esprit était empli de préjugé, et le faire changer d'avis sur ceux qu'autrefois il combattait était quasiment impossible. Têtu, Randall l'était, dire qu'il était carrément borné aurait presque été tout aussi vrai. Il ne démordrait jamais, sans doute, de ces idées là, et pour lui, la possibilité de s'amender n'existait quasiment pas. L'opprobre était grand, immense, il ne pouvait pas être résolu. Lui, en tout cas, ne pouvait pas oublier comme ça.

Quelques jours plus tard parvint la réponse de Roche-aux-Runes. Randall fut assez surpris de voir que lady Royce en personne répondait. Curieux, ça. Lui, s'il partait, nommait un intendant, d'ailleurs c'était le poste de Regenard en toute circonstance, à qui il laissait le commandement de son fief, et lady Margot, sa femme, n'était là que pour l'assister. Les femmes ne gouvernaient pas. C'était ainsi, c'était un principe immuable chez les Rougefort, elles étaient là pour enfanter et servir de mère. Point. Où allait on, si on les laissait gouverner, par les Sept ? Le lord maugréa dans sa barbe, lisant la lettre

« Début de la décadence... »
Voyant que Regenard le regardait, surpris, il chassa ses paroles d'un geste de la main : « Rien. »

Il passa provisoirement à autre chose. A savoir la préparation du voyage. Randall était un homme organisé, et il prévoyait que depuis Rougefort, le voyage jusqu'à Goeville durerait environ trois jours. Décidemment, ils étaient bien plus loin de Goëville que les Royce, ce n'était pas une illusion de la carte.

Le voyage en lui même fut assez calme. Randall avait, de fait, et sans demander son avis, emmener Reginard avec lui, et aussi Rodrik, son fils et l'écuyer de ce dernier, ainsi que cinq hommes d'armes, on ne savait jamais ce qui pouvait se passer. Il entra dans Goeville fatigué mais content d'arriver à destination. Ils y passeraient la journée, et le jour d'après également, envers de repartir le surlendemain. En attendant, mestre Ashton gérait les affaires de Rougefort. Le rendez-vous, lui aussi, serait le lendemain, histoire que chacun puisse s'installer et être en forme pour les négociations. Car il en faudrait, de la forme, Randall l'apprenait toujours, parce que les affaires étaient parfois aussi dures que la guerre. Pour l'instant, il n'aspirait qu'à dormir. Ils avaient pris leur quartier dans une auberge de la ville, le tenancier s'étant empressé de leur laisser la moitié des chambres, ce dont ils n'avaient absolument pas besoin, et ne les avaient reprises que lorsque « vot'seigneurie m'lord », comme il appelait Randall en regardant d'un air terrifié ce géant, pourtant assez débonnaire, lui avait assuré qu'il n'en avait pas besoin.

Le lendemain, il fallut aller au rendez-vous. Le lord espérait bien que cette fois, les Royce avaient eu la décence d'envoyer leur intendant, avec ou sans lady Catelyn. Qui avait proposé l'idée du septuaire ? Sans doute lui. C'était un endroit sur et calme, même si Randall ne passait pas pour être un incroyable croyant. De fait, il respectait bien plus les dieux qu'il ne le montrait. Il priait le Guerrier avant d'aller au combat, implorait le Père pour qu'il soit juste avec le sien, demandait à la Jouvencelle de préserver sa petite fille, et il craignait comme tout le monde l'étranger. Lorsqu'il avait été adoubé, Randall avait été très impressionné par le cérémonial et l'aspect religieux de la cérémonie. Mais aujourd'hui ? Sans doute était-il plus amer. Il croyait, oui, mais sans plus. Comme toujours, la honte de ne pouvoir faire mieux le prit un instant, mais il n'y pouvait rien et haussa les épaules.

Le Septuaire de Goeville était plus grand que celui de Rougefort, et pour cause, on vivait ici dans bien plus grand qu'une forteresse. Des septons passaient de temps en temps. Ils étaient en avance, semblait il, mais peu importait. Au moins ils verraient arriver de loin les Royce. Qui arrivaient déjà, apparemment.

Evidemment, c'était lady Catelyn qui conduisait tout cela. Randall faillit secouer la tête, montrer ouvertement sa désapprobation, mais il se ravisa. Il ne pouvait pas faire cela, les négociations risquaient ensuite de prendre une bien mauvaise tournure. Il salua cependant courtoisement son interlocutrice, comme il se devait à un lord bien né. Elle était une Sunderland et une femme, soit. Il était un Rougefort, lord et chevalier. Il ne s'en laisserait pas compter.

« Ma dame. J'avoue ma surprise. Je m'attendais à voir... » Randall s'arrêta un instant, imperceptiblement. Un membre de la famille d'Andar ? Oui, en quelque sorte, mais de fait, elle l'était. « Sans doute l'intendant qu'a du nommer votre mari. Mais qu'importe. Avez vous fait bon voyage ? »

Ce n'était qu'une question de politesse, et il continua sur cette lancée là, cette fois un peu moins formellement peut-être :

« Cela fait longtemps que je n'ai pas eu de nouvelles de votre mari. Comment se porte il ? Toujours dans l'Ouest ? »
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Message Mer 24 Avr 2013 - 21:28

Le calme de Roches-aux-Runes lors des dernières Lunes avait quelque chose de rassurant et de réconfortant, malgré l’absence toujours pesante de mon cher époux. La routine n’était pas synonyme d’ennui, mais de paix et de sécurité ; lorsque l’essentiel de la garnison était dans les Eyrié avec Andar, j’aimais autant ne pas voir mon quotidien bousculé par des évènements imprévisibles. Et les Sept avaient décidé d’être cléments, limitant les surprises à un début d’incendie dans une auberge et au décès malheureux d’un riche artisan, que l’ébriété avait conduit à rentrer dans la mauvaise masure, où un coup de bâton bien placé avait mis fin à ses jours. Difficile d’en vouloir au meurtrier d’avoir souhaité se défendre contre une intrusion à son domicile, d’autant que le pauvre ivrogne avait un physique imposant. Mais pour dramatique que fut cet épisode pour les familles concernées, il ne menaça pas le fief et ne m’empêcha pas de fermer l’œil la nuit.

Ce fut dans ce contexte paisible que je reçus un corbeau sortant de l’ordinaire. Pour son origine, déjà, le Rougefort ne faisant pas partie des territoires les plus proches de ceux de notre maison. Ainsi que pour son contenu, car la proposition de Lord Randall était pour ainsi dire intrigante. La proximité de Goëville nous avait tenus à l’écart des problèmes de rareté des marchandises, cependant, l’idée d’accords profitables aux deux parties méritait que l’on s’y penche avec intérêt. Je rédigeai donc une réponse courtoise au Seigneur, en tentant de me souvenir de ce qu’Andar m’avait dit de lui. Un homme plus âgé, un soldat, très Valois, ce qui avait autant de bons que de mauvais côtés. Un de ceux qui me considéraient certainement comme une traîtresse atavique. Je lui répondis néanmoins que j’étais honorée de sa proposition, et que la Maison Royce répondait favorablement à son invitation. Le délai laissé avant le rendez-vous me laissa le temps de réfléchir plus en profondeur à ce que pouvait impliquer une entente avec les Rougefort. Lord Randall n’avait pas la réputation d’être un seigneur marchand, ce qui limitait les chances qu’il tente de tirer profit de ma méconnaissance des rouages du commerce. Au contraire, c’était peut-être pour moi l’occasion de m’assurer de la santé de nos finances. Goëville était devenu par la force des choses une part importante de notre économie, et la perspective de réduire des coûts, ou même qui sait de faire quelques bénéfices, était alléchante.

Je préparai sereinement la rencontre, partant la veille et étant accueillie pour la nuit par Maeve Grafton, la jeune sœur d’Andar, en compagnie d’une petite escorte qui incluait deux gardes et un jeune page qui s’occuperait de mes affaires et de nos chevaux. Je passai quelques temps à me préparer pour faire impression, en espérant qu’elle soit bonne, choisissant une des belles robes qui m’avaient été offertes par le Grand Argentier Clarence Hightower pour remercier ma Maison d’avoir laissé quelques mestres étudier avec attention les armures runiques dont avait hérité Andar. Une fois mes cheveux brossés par une des domestiques de Maeve, je ceignis mon front d’un fin diadème argenté chargé de les maintenir.

Je me rendis à pied au septuaire, devançant les soldats et repérant les armes aisément reconnaissables de la Maison Rougefort. Lord Randall était au centre de la délégation, et me salua, alors qu’autour de nous les septons s’affairaient sans nous prêter guère d’attention – après tout, Goëville n’était pas un village reculé dans lequel la présence d’étrangers constituait un événement. Dès son salut, le Seigneur me fit clairement comprendre qu’il ne m’attendait pas, et je ne me privai pas de lui répondre avec un soupçon d’ironie.

« Mes hommages, Lord Randall. Nous avons un intendant, je vous rassure, mais ce n’est pas à lui que revient ce genre de responsabilités. » Malgré sa faible opinion de ma personne, je doute que le Seigneur eut trouvé la compagnie de Merwyn plus gratifiante, tant l’homme était dépourvu de qualités humaines. « Rassurez-vous, je suis parfaitement au fait des affaires de la Maison Royce » ajoutai-je, même si je doutais que cela suffise pour que notre relation se transforme en franche camaraderie. Je n’arrivais pas à savoir à travers les dires du Lord s’il m’était reproché d’être une Sunderland, ou d’être une femme. Mais il m’était impossible de cesser d’être l’un et l’autre, et j’espérais que le Lord l’accepte, afin de rendre notre discussion plus constructive.

« Lord Andar est en effet parti dans l’Ouest afin de punir les Fer-nés, et je prie quotidiennement les Sept pour qu’il me revienne en bonne santé. J’eusse préféré qu’il soit à mes côtés dans notre fief, pour tous nous avouer, mais personne n’est aussi dévoué que lui à Lord Arryn » répondis-je poliment, ne cherchant pas à cacher ma désapprobation pour ces lointaines guerres qui ne profitaient en rien à nos sujets. Lord Randall avait la réputation lui aussi d’être un fidèle suivant de Jasper Arryn, mais le fait qu’il n’ait pas pris part à l’ost le plus récent signifiait peut-être qu’il partageait mon point de vue, même si ce n’était qu’inconsciemment, et sans oser l’avouer de peur de passer pour un faux Valois.

« Et comment vont vos enfants, Lord Randall ? Andar m’a dit avoir rencontré votre fils Rodrik, mais il a également mentionné une fille il me semble. Avez-vous des projets pour elle ? » Si le Seigneur de Rougefort avait une basse opinion des femmes, alors trouver un bon parti à sa faille devait faire partie de ses priorités. Et dans son esprit, une Dame comme moi se devait sans doute d’être passionnée par le moindre des ragots maritaux. Ce qui était éloigné de la réalité, même si cela changerait certainement lorsque Rickard approcherait de l’âge adulte. J’étais à la fois bien placée pour savoir que ces arrangements entre Maison pouvaient être blessants, mais aussi qu’ils pouvaient être bénéfiques. Sans la connaître, je souhaitais à cette jeune Rougefort de rencontrer un homme comme Andar, mais aussi que son père ne la traite pas comme l’avait fait le mien.

« Votre message m’a intrigué, je vous l’avoue. Avez-vous déjà des idées sur la façon dont un accord pourrait profiter à nos deux Maisons ? » dis-je pour en venir rapidement au but. « Nous commerçons énormément à Goëville, mais je suis curieuse de savoir ce que vous avez en tête. » Trêve de politesses, désormais, nous avions des fiefs à enrichir.
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Message Jeu 25 Avr 2013 - 12:23

Tout rustre qu'il était, lord Randall Rougefort savait se tenir, enfin à peu près. Le fait de parler, comme s'ils étaient égaux, avec lady Catelyn Royce lui déplaisait souverainement, il l'admettait volontiers. Il fallait dire aussi, que du point de vue de Randall, elle n'avait pas grand chose pour elle qui lui aurait permis de la trouver sympathique. La politesse voulait cependant qu'il pallie à cela et qu'il se taise. L'essentiel était surtout d'y trouver son compte. Randall ne perdait pas de vue le fait que la raison de sa visite à Goëville était principalement le commerce, et l'établissement d'un partenariat. Mais tout de même, il avouait que parler avec lord Andar lui aurait mieux convenu que parler avec sa femme. Il aimait bien Andar, c'était un vrai Valois, honorable et droit jusqu'au bout des ongles. Randall n'était pas sur de pouvoir en dire autant de lady Catelyn. Sans doute, en l’occurrence, parlait il sans savoir. Les préjugés avaient la vie dure, mais par les Sept, il avait quelques raisons d'en avoir, non ? Car après tout, il n'inventait pas son appartenance à la famille Sunderland, non ?

Rougefort se méfiait toujours des gens qui venaient des familles partisanes du Dragon Noir. Il n'oubliait pas Herberouge, il n'oubliait pas la mort de son père, lâchement tué par Bryce Vyrwel. Rougefort était particulièrement rancunier là-dessus, et il avait une bonne mémoire. Il considérait qu'on ne pouvait pas faire confiance aux partisans des Feunoyr, car ils ne cessaient jamais de se révolter. Ils n'auraient de cesse de faire tomber la couronne, Randall en était persuadé. A quarante-cinq ans, on ne le changerait pas, et à moins que lady Catelyn soit vraiment très honnête, elle avait peu de chances de le convaincre vraiment. D'ailleurs, les événements récents donnaient assez raison au lord. Ce qui s'était passé à Murs-Blancs était proprement révoltant. Des partisans Feunoyr, encore, qui soutenaient leur chef, Daemon II, venu participer au tournoi sous le nom de John le Violoniste. Nul doute qu'ils préparaient un mauvais coup, encore une fois. Heureusement que la Main avait pu intervenir.

Le Royaume n'allait pas forcément bien en ce moment, et Randall s'en inquiétait un peu. Il n'était pas très féru de politique, mais les guerres, il comprenait. Entre les Feunoyr, même si l'ordre avait été rétabli par lord Rivers et qu'avec un otage, il y avait peu de risque de voir une troisième rébellion éclater de sitôt, l'hiver, et les Fer-Nés. Les Sept s'acharnaient à tourner le destin des Sept Couronnes en sinistre plaisanterie. Alors tout le monde faisait ce qu'il pouvait pour résoudre tout cela. En ce qui concernait les Fer-Nés, on pouvait commencer à espérer une résolution du conflit. L'ost du Val avait fait du bon travail. Lord Randall, lui, avait pris la décision de rentrer lorsque lord Tybolt lui en avait laissé la possibilité. Une décision honorable, par ailleurs.

On avait besoin de lui à Rougefort. Randall en avait conscience, et puis...bien qu'il ne veuille pas vraiment l'avouer, il vieillissait. A quarante-cinq ans, son armure commençait à lui peser sur les épaules, et les batailles l'épuisaient. Lord Royce avait vingt-huit ans, presque l'âge d'être son fils. Lui pouvait encore se battre, et le faire l'honorait. Le Val ne pouvait pas ne pas intervenir dans cette bataille pour rétablir la Paix du Roi. Il fallait bien que tout cela se fasse, que certains combattent. Mais à présent, il fallait aussi des gens pour s'occuper du pays et l'administrer. Il fallait une répartition des tâches, et des devoirs. Celui de lord Rougefort était de s'occuper de son fief. Alors il était rentré.

Là, sur le moment, il aurait beaucoup aimé que lord Andar Royce eut fait de même. Cela aurait éviter à Randall de deviser avec sa femme. Vrai que le quarantenaire était plein de préjugés. Il n'était pas un de ces Fer-Nés foux furieux, non. Il respectait les femmes, il n'avait jamais battu la sienne et n'avait violé personne dans sa vie. Mais pour Randall, le rôle des femmes se limitait à enfanter, gérer la décoration d'un manoir, s'occuper des enfants, parler de mariage et de travaux de coutures dans des cercles composées uniquement de lady, cercles qu'il s'amusait de ne pas comprendre. Margot faisait ça, et c'était une épouse exemplaire.

Mais au lieu de cela, il se trouvait à parlementer avec lady Royce. Vraiment, il aurait préféré parler avec l'intendant de sa maison, mais peu importait. Il n'appartenait pas à Randall, malgré sa forte désapprobation, d'apprendre à Andar comment gérer sa maison. S'il estimait que sa femme était compétente...eh bien, après tout, pourquoi ne pas lui laisser une chance ? Au final, Rougefort était un homme assez ouvert. Il s'habituait à tout, et faisait avec ce qu'on lui donnait. De toute façon, il n'avait pas spécialement le choix non plus. Il avait besoin de l'accord des Royce pour son projet, s'il fallait en passer par lady Catelyn, soit, il le ferait. Elle devait d'ailleurs avoir conscience des reproches qu'il formulait intérieurement, vu l'ironie qu'elle déployait. Randall sourit. Bien qu'il ne fut pas un maitre de l'éloquence, ni un beau parleur, il savait lui aussi quelque peu manier cette arme là.

« J'aurais cru que c'était précisément pour ce genre de choses qu'on nommait un intendant. »
En tout cas, c'était en principe à cela que servait le sien, à savoir ser Regenard, son frère. Randall ajouta en souriant, sans méchanceté et avec beaucoup plus de sincérité : « Mais je suis sur que lord Andarr savait ce qu'il faisait en vous confiant la gestion de ce genre d'affaire. » Contrairement à ce qu'on pouvait penser de lui de prime abord, Randall était capable d'évoluer. Pas facilement, le fait de parler ainsi de ce qu'il considérait comme une affaire d'hommes avec une femme ne serait pas rapidement oublié, mais il estimait Andar Royce comme un homme de bien, et se disait que peut-être il avait ses raisons de faire ainsi. Il décida donc de donner une chance à lady Catelyn et poursuivit la discussion.

Lord Andar était bien dans l'Ouest avec lord Arryn, Randall s'en doutait. « Ah, lady Catelyn, c'est la guerre. C'est toujours dur, et il faut bien la faire. Si j'étais plus jeune, je serais resté dans l'Ouest comme votre mari, mais il semble que pour moi, j'arrive à la fin de ma carrière de guerrier. » Il se mit à rire. Il admettait assez volontiers qu'il vieillissait. Puis il fronça de nouveau les sourcils : « Il faut bien rétablir la Paix. Personne n'aime ça, je crois, même pas les Fer-Nés. Ça plaît à personne les guerres, c'est pour ça qu'on les partage si généreusement. C'est un malheur comme un autre. Il n'y a plus qu'à espérer que nous arriverons bientôt à la victoire. » Randall était fermement convaincu qu'ils réussiraient. Après la bataille de Port-Lannis, il ne pouvait qu'en être ainsi.

Et maintenant, voilà qu'on se mettait à parler des enfants. Randall sourit. Les femmes restaient les femmes, il n'y avait pas à dire, quoiqu'il se passe. Selyse, mariée ? Il faudrait déjà trouver quelqu'un pour la supporter, et cela, ce n'était gagné. Il se mit encore une fois à rire, rire de sa voix de basse et tranquille : « Bien du courage à celui qui épousera ma fille, par les Sept ! Je dois avouer qu'elle a un sacré caractère, et qu'elle en profite un peu pour imposer sa loi à son propre père. Mais je ne désespère pas de lui trouver un mari. » A l'allusion à son autre fils, il se tourna vers sa propre délégation, souriant : « Mais je manque à tous mes devoirs. Pardonnez moi, lady Catelyn, cet oubli. Avance, Rodrik, et toi aussi, Regenard. Mon fils, ser Rodrik Rougefort. » Le jeune homme s'avança timidement, encore un peu adolescent du haut de ses vingt-deux ans. Il était assez beau, avec sa fine moustache noire et ses yeux clairs. Il salua lady Catelyn poliment, avant de se reculer. « Je cherche lui aussi à le marier, il est plus que temps que je devienne grand-père. Et mon frère, l'intendant de Rougefort, ser Regenard. »

Ledit ser Regenard, en bon charmeur qu'il était, même marié, sourit galamment à lady Catelyn avant de la saluer elle aussi. Puis vint le temps des négociations en elles-mêmes. Le but n'était plus d'échanger des politesses, cette partie là était expédiée. Randall reprit un visage plus sérieux. Le commerce n'était pas le domaine où il excellait le mieux. Mais il comptait aussi sur son frère pour l'aider, et pour aider la maison Rougefort à faire des bénéfices. Et puis il ne comptait pas non plus se laisser avoir. Il commença donc à expliquer, posément : « Les affaires n'ont pas du tout marché ces derniers temps... la succession de la canicule, puis de l'hiver, n'a pas aidé, ni l'agriculture, ni le commerce de notre maison. Maintenant que Goeville est redevenu un centre de commerce attractif, nous pouvons reprendre le commerce et les affaires. » L'idée était là, et Randall continua sur sa lancée. « Nos deux familles sont puissantes, et riches. Vous le savez comme moi, pour amener depuis Goeville les marchandises jusqu'à Roche-aux-Runes ou Rougefort, il nous faut payer des convois. Les coûts de transports sont hauts, et lorsque nous revendons les marchandises, nous y perdons. Je vous propose une association. Chacun d'entre nous achetera ses propres marchandises, cela ne changera pas. En revanche, nous pourrions envisager de partager la même caravane, et de diviser ainsi par deux les coûts de transports. » C'était un marché honnête. Chacun y gagnait, et les bénéfices des deux fiefs n'en seraient que grandis.
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Message Jeu 2 Mai 2013 - 16:11

L’indicible sensation que Lord Rougefort était mal à l’aise en ma présence m’aurait certainement gênée il y’a quelques années de cela, lorsque j’étais encore jeune, pleine d’insécurités et regardée de travers même par certains membres de ma suite. Afin d’y pallier, j’aurais baissé les yeux, ou parlé sur un ton obséquieux, tout en bref ce qui pouvait contribuer à donner l’image d’une faible femme qu’on ignore plus qu’on ne la méprise, et que l’on finit par oublier tout à fait. Je considérais l’absence de regards dirigés sur moi comme une bénédiction, car dès que je devenais pour une raison ou l’autre le centre de l’attention, je me retrouvais entourée d’yeux chargés de reproches silencieux, allant du dédain à la haine. Entre deux maux que l’on ne peut tout à fait éviter, il est de bon ton de choisir le moindre. Certains ou certaines naissaient sans doute avec un aplomb, une fierté ou un orgueil qui leur permettaient de supporter ou même de surmonter les préjugés de leurs semblables, mais ce n’était pas mon cas. Ma résolution s’était lentement mais sûrement effritée sous les non-dits permanents et les échos des bruits de couloir qui faisaient siffler mes oreilles.

Cependant, l’âge, les responsabilités, et une confiance en moi-même allant croissant avaient fini par me permettre d’ignorer progressivement les qualificatifs peu flatteurs qu’on aimait accoler à mon nom. Car je n’étais plus seulement la frêle femme de Lord Andar, j’étais la mère de ses enfants, des héritiers de la Maison Royce, et j’exerçais peu ou prou le rôle de régente lors de ses trop nombreuses absences. Je n’avais plus le droit d’être faible et effacée, car j’étais le visage d’une glorieuse Maison, sa représentante dans les affaires courantes. Que cela plaise ou non aux autres seigneurs valois, c’est avec moi qu’ils devaient traiter. Et je prenais même un brin de plaisir à voir les rôles inversés : désormais, c’était mon regard qui gênait. Je n’en abusais pas, car si les Royce étaient orgueilleux ils n’étaient pas censés être prétentieux comme des Targaryen, mais il m’était impossible de nier cette pointe de satisfaction.


« Il aurait été malséant de vous faire rencontrer un roturier alors que vous vous êtes déplacé en personne, Lord Randall » répondis-je avec malice à sa supposition sur le rôle d’un intendant. « L’intendant de Roches-aux-Runes n’est pas un noble, et mes fils sont bien trop jeunes pour assumer cette responsabilité. Mais je ne doute pas que mon époux soit satisfait de mon administration. »

Si cela n’était pas le cas, Andar m’aurait faite suppléer par quelque lointain cousin, ou un membre de sa famille maternelle. Malgré toute l’affection qu’il éprouvait pour moi, il ne pouvait se permettre de mettre en danger les affaires de son fief pour ne pas froisser son épouse. Il ne me semblait pas être une virago insupportable menant son existence à la baguette. Si c’était le cas, Lord Arryn attendrait encore que les forces des Royce le rejoignent dans ses dispensables expéditions dans l’Ouest.

« …et que les Sept nous protègeront des malheurs alors que nos troupes sont si loin de nos fiefs. » poursuivis-je. « Savez-vous que Danse-Vagues a accosté non loin de notre forteresse il y’a quelques lunes de cela ? » Le fameux pirate renégat de la maison Donniger, qui n’avait pas accepté la défaite des Feunoyr lors de leur rébellion, m'avait donné des sueurs froides. « Une telle intrusion n’aurait rien d’alarmant si nos hommes était en garnison, mais en l’état actuel des choses nous sommes à la merci des coups du sort. » Heureusement, Lady Tyana Veneur et sa suite s’étaient trouvés être en visite et avaient pu renforcer les forces exsangues de la forteresse, mais cet événement était un avertissement sans frais. D’autant que nous avions la chance à Roches-aux-Runes de ne pas avoir à craindre les raids des clans des montagnes, ce qui n’était sans doute pas le cas des Rougefort. Mais je n’étais pas venue pour plaider la cause du repli stratégique auprès de Lord Randall, qui du reste faisait partie de ces gens que j’aurais eu le plus grand mal à convaincre de quoi que ce soit.

Je saluai d’un signe de tête son frère ainsi que son fils, héritier du fief familial.
« Enchantée, ser Rodrik, ser Regenard », dis-je en ignorant le charme du second. Un jour viendrait où Rickard devrait lui aussi nous accompagner, Andar et moi, dans toutes nos tâches quotidiennes, militaires ou d’intendances. Je commençais doucement à l’habituer aux réalités du pouvoir, mais il n’aurait décemment rien retiré d’une discussion à bâtons rompus portant sur des accords commerciaux. Mieux valait qu’il reste à la forteresse pour apprendre les chiffres en compagnie de Mestre Agger, même si le vieil homme avait parfois du mal à garder sa concentration pendant bien longtemps. Rickard était un élève attentif et facile à vivre. Par contre, il faudrait convaincre notre vieil archiviste de prendre un assistant avant que Randall soit à son tour en âge d’étudier, mon cadet étant autrement plus turbulent et difficile à tenir.

Lord Rougefort mentionna la nécessité de marier sa fille et son fils, et je ne pus qu’acquiescer et lui souhaiter bonne chance dans cette tâche difficile. Les opportunités pour la Maison Royce s’étaient grandement réduites depuis que Maeve avait été mariée à un Grafton. Ne restait désormais que Lyam, qui avait peu ou prou le même âge que ser Rodrik. Le frère d’Andar avait du mal à trouver un but dans son existence, mais j’avais en tête un plan censé l’occuper, et pourquoi pas lui trouver une vocation. En tous cas, cela lui permettrait de tuer le temps de façon constructive. J’attendais la réponse de mon époux à ce sujet avant de lancer le projet. La remarque sur le caractère de Selyse Rougefort me fit sourire, même si je ne pouvais que souhaiter à la demoiselle que l’homme à laquelle elle s’unirait n’userait pas des méthodes les plus viles pour affirmer son autorité sur un caractère fier et indépendant. Ces êtres étaient plutôt rares chez les seigneurs du Val, mais pas complètement absents, et un mariage malencontreux pouvait ruiner l’existence d’une jeune femme.

Finalement, nous en vînmes au point qui était la raison de notre présence dans ce septuaire. Il était question de partager les coûts, de diminuer les frais liés à l’enrôlement de caravaniers et d’hommes d’armes censés protéger le convoi. Une idée intéressante, car si les attaques entre Goëville et Roches-aux-Runes n’étaient pas monnaie courante, il fallait malgré tout s’occuper des bêtes et de leurs conducteurs, et ajouter au prix des marchandises celui de la main d’œuvre. La Maison Royce était aisée, mais ne possédait pas de chariots de marchandises ni les hommes pour les diriger. Ce n’était apparemment pas le cas non plus de la Maison Rougefort. Nous engagions donc tous deux des marchands indépendants avec tous les surcoûts que cela pouvait engendrer.

Or en mettant en commun les biens de nos deux Maisons, l’entretien d’une caravane commune deviendrait bien plus abordable. De plus, il nous reviendrait de former les hommes responsables des achats au port de Goëville, et nous pourrions nous prémunir contre certaines escroqueries auxquelles ne rechignaient pas les capitaines de navires les moins scrupuleux. Je n’avais nulle raison de m’opposer au principe de la proposition de Lord Randall. Par contre, nous étions dans une négociation, et il était de mon devoir de questionner ses mathématiques.


« L’idée me plaît, Lord Randall. Nous pourrions même, au lieu de diviser le coût de la location du convoi, acheter conjointement les services de caravaniers et de leurs engins. Leur entretien est celui des bêtes peut être coûteux, mais s’il est divisé, il nous permettra rapidement d’économiser sur les marges qu’aiment à pratiquer certains marchands. Ces caravanes porteraient à la fois les armes des Rougefort et des Royce, et cela dissuaderait doublement des brigands malintentionnés de tenter quoi que ce soit. » Même s’ils n’étaient pas des références en héraldique, les hors-la-loi comprenaient généralement très bien le principe selon lequel deux Maisons étaient plus puissantes qu’une Maison. Et qu’il valait mieux avoir une prime sur son nom dans un fief que dans plusieurs.

« Toutefois, » continuai-je, « je crains que couper simplement la poire en deux soit préjudiciable aux affaires de ma Maison. Roches-aux-Runes est bien plus proche de Goëville que le Rougefort, et cela sans compter l’absence de clans des Montagnes sur le chemin. » La négociation avait commencé, et je tâchai de suivre les conseils que j’avais glanés ici et là sur la meilleure manière de les mener. En particulier, il était primordial d’être ferme sans être fermée, et je proposai donc une alternative à mes interlocuteurs. « Je vous propose le partage suivant : la Maison Rougefort se charge du financement et de l’entretien des bêtes et des caravanes, et la Maison Royce fournit le contingent armé chargé d’escorter les convois, avec la possibilité pour vous, si vous craignez pour sa sécurité, de le renforcer. » Le prix des hommes d’armes était déjà inclus dans la gestion de la forteresse, mais il faudrait s’adapter pour ne pas vider la garnison, ce qui me donnait un argument supplémentaire pour pousser Andar à ramener ses troupes chez nous. « Si cela vous sied, alors nous pourrons discuter de la possibilité pour les convois de desservir Rougefort en priorité, ce qui simplifiera la gestion de vos stocks. » Le compromis était là : au prix de la nécessité d’une surveillance plus rigoureuse des marchandises par les artisans et les vendeurs de Roches-aux-Runes, nous pourrions diminuer nettement nos coûts. Et les Rougefort serait livrés rapidement, sans avoir à s'occuper de la protection des marchandises, à moins qu'ils n'aient point confiance dans les soldats de notre Maison.

« Cependant, si vous n’appréciez pas cette possibilité, nous pouvons continuer à louer les caravanes. Mais en ce cas, je crains qu’il me soit difficile d’accepter autre chose qu’un partage des coûts à quatre pour un. » Quatre cinquièmes contre un cinquième était un peu excessif, mais s’il fallait discuter, mieux valait partir plus haut que ses objectifs. Je joignis les mains devant moi en observant les trois hommes. J’espérais avoir clairement établi que je maîtrisais mon sujet, et qu’il leur faudrait revoir leurs objectifs s’ils étaient venus pour me duper, même si je doutais que cela soit dans les intentions d’un honorable seigneur Valois.


Dernière édition par Catelyn Royce le Mar 7 Mai 2013 - 15:51, édité 1 fois
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Message Dim 5 Mai 2013 - 15:18

On n'avait pas elevé Randall Rougefort dans la perspective de devenir lord. On l'avait elevé pour la guerre. La sacro-sainte guerre des chevaliers et des rois, la guerre qui ravageait et détruisait le monde. C'était ainsi, c'était voulu, la répartition chez les nobles se faisait comme ça. Le lord construisait, ses chevaliers détruisaient. Au mieux, on avait éduqué Randall Rougefort pour devenir chevalier. Un bon chevalier, certes. Son cousin, ser Robarr, le chevalier qu'il avait servi, lui avait dignement appris à se battre, à être honorable. Honorable, honnête, droit, et couvert de sang. Randall se souvenait avec un brin de terreur d'Herberouge. Il y avait tué tant de gens...tout ça au nom du droit. Au nom du Roi. Au nom du Val. Et les autres, en face ? Il pouvait dire ce qu'il voulait, les partisan de Daemon Feunoyr croyaient aussi fort que lui en la victoire et en la légitimité de leur chef. On ne pouvait pas les accuser de manque de loyauté, mais pourtant ils étaient des traitres. Cela perturbait toujours Randall. Il voulait des certitudes, des faits. Une sureté que ce débat idéologique ne lui permettait pas, il fallait bien l'avouer.

Rudolf Rougefort, son frère résolvait ce genre de question avec facilité. Rudolf était fait pour être lord. Randall ne l'avait jamais envié de son vivant. Pour lui, ce fait était inscrit dans le marbre. Il serait ser Randall Rougefort, commandant de la garnison de son frère le lord, et Regenard serait l'intendant de ce dernier. Rudolf n'aurait pas été grossier avec lady Catelyn Royce, il lui aurait parlé simplement, d'égal à égal, avec courtoisie, tout en étant à l'aise. Randall ne l'était pas. Chevalier plus que lord, soldat plus qu'homme de paix, il venait d'un milieu d'hommes, ou les hommes commandaient, et avait appliqué cela à sa maison. Il laissait volontiers les domaines traditionnels féminins à sa femme, cela lui faisait presque peur de s'aventurer dans les réceptions et les banquets. Randall Rougefort avait quarante-cinq ans, mais il lui semblait toujours, malgré le fait qu'il fasse de son mieux pour tenir son rôle, être, dans certaines situations, curieusement déplacé. Parfois le sentiment passait vite, parfois il se maintenait.

Là, il n'aurait pas su dire. Catelyn Royce lui paraissait être une femme intelligente, le problème restait cependant qu'elle était une femme. Et son nom de jeune fille n'arrangeait guère les choses. Sunderland. Tout comme les Donninger. Les Vyrwel. Toute la sale engeance des Dragons Noirs. Il n'aimait guère en parler. N'aimait guère se rappeler qu'il parlait avec une descendante de l'un d'entre eux. Mais il n'avait pas le choix.

Il sourit cependant lorsqu'elle parla de ses fils. « Randall et Rickard, si ma mémoire est bonne, n'est-ce pas ? » Randall avait une bonne mémoire sur les membres des familles nobles. Surtout lorsqu'un d'entre eux portait le même nom que lui. «Andar disait qu'il était très fier d'eux. » Tous les pères du monde disaient cela, et Randall lui même n'échappait pas à la règle. Il avait toujours protégé ses enfants, il les élevait dans la perspective de devenir bons et honnêtes, de servir leur maison, le Val et le Roi. A juste titre, Randall trouvait que son fils ferait un bon lord. Rodrik avait toutes les qualités pour ça, bien plus que lui.

Et la guerre continuait. On ne sentait pas en lady Catelyn une partisante de celle ci, mais avait-on le choix ? Il fallait bien contenir les Fer-Nés, fous qu'ils étaient. Randall n'aimait pas la mer. Il n'aimait pas ce qui en venait : jamais que du mauvais, sauf le poisson, et le poisson était souvent cher. Lorsque Catelyn lui parla de Brise-Vagues, il maugréa : « Radcliff Donninger...Un individu au passé très court et à l'avenir encore plus court. Tôt ou tard, la justice du Roi lui tombera dessus. Daeron n'avait pas volé son surnom, mais je crains qu'il n'ait été trop clément cette fois là. Il eut fallu les tuer. Au lieu de là il a pardonné. Sans doute pour instaurer la paix plus vite...Morte la bête, mort le venin, c'est que mon père disait. La confiance est l'apanage des fous... et des morts. On ne peut pas faire confiance à ces gens. Ni hier ni aujourd'hui. » L'avis de Randall était tranché et dur sur tout cela, peu lui importait que Catelyn Royce soit issu d'une famille que justement il dénigrait. Au contraire. Cela dit, si elle avait été attaqué, elle au moins était peut-être restée loyale. « Cela dit, avec le fils Feunoyr en otage, ils vont peut-être se calmer, à présent... » Quoique les pirates des Trois sœurs n'aient jamais été réputés pour se calmer, quoi que l'on fasse. Randall était d'avis de tous les tuer. Fer-Nés, Dragon Noir, même combat, et la mort seule permettrait de le résoudre.

Vint ensuite, présentations et politesses terminées, le temps de négocier. Là où Randall était le moins fort. Il était là pour assurer l'avenir de sa maison, et il se méfiait. Il n'avait jamais été un seigneur marchand. Il s'y entendait mieux en guerre qu'en commerce, cela ne faisait aucun doute. Les chiffres lui faisaient mal au crane, mais il ne comptait pas se rendre si facilement. Catelyn Royce parla beaucoup. Lui étudiait le tout, réfléchissant simplement et tranquillement. Il n'était pas question de se laisser avoir. Si Randall n'était pas contre laisser un bénéfice aux Royce, il comptait bien également en obtenir un pour sa propre famille.

Aussi écoutait-il. Sur ce point là, il ne pouvait que l'avouer, Catelyn était plus intelligente que lui. Il n'était pas mestre, pas intendant. La comptabilité lui donnait le vertige, et les mathématiques n'étaient pas le fort de Randall. Enfant, déjà, il préférait l'action, et même la lecture, à cette discipline barbare que s'obstinait à vouloir lui enseigner mestre Ashton. Celui ci était alors jeune mais le temps avait passé. Et les chiffres ne plaisaient toujours pas beaucoup à lord Rougefort.

La première partie du discours était plus que compréhensible. Armés et frappés d'un blason, protégés, les caravanes attiraient moins l'envie et les vols. Cela, c'était clair, c'était de la simple stratégie, presque militaire. Mais évidemment, cela aurait été trop simple d'en rester là. Il y avait toujours un mais. Ce qui épuisait Randall. Les négociations n'étaient vraiment pas son fort. Honnête, simple, il avait toujours la vague impression qu'on allait essayer de le flouer. Ce qui était fort désagréable.

Etudier les faits. Voilà ce qu'il fallait faire. Fait numéro un, Rougefort était plus loin de Goeville que Roche-aux-Runes. Certes, il l'admettait volontiers. Fait numéro deux, dans ces conditions, un partage égalitaire des simples coûts n'était pas très juste. En effet, c'était peut-être vrai. Fait numéro trois, lady Royce proposait une alternative. Bon, c'était à méditer. Encore fallait-il en comprendre le détail. En gros, il prenait à sa charge le transport, et elle fournissait l'escorte. Oui, mais...elle ne depensait rien en plus, elle. Cela dit...s'il acceptait, l'escorte était fournie. Il faudrait encore savoir si les hommes de la maison Royce étaient fiables, mais cela, Randall n'en doutait pas vraiment. Il les avait vu dans l'Ouest. Ils se comportaient bien. Donc cela pouvait être avantageux. Il écouta jusqu'au bout les deux propositions, puis médita encore un instant. La première proposition ne lui semblait pas trop désavantageuses. Jusqu'à là, il fallait payer les gardes, et la caravane. Il supprimait le cout des gardes, certes, pour le remplacer par celui d'une plus grande caravane. Si on acceptait la possibilité, raisonnable, que celle ci coutait moins cher que des gardes, il était légèrement gagnant sur le plan financier, et purement gagnant sur la sécurité des biens. « Mettons que j'accepte la première proposition. L'achat des marchandises de nos maisons restera à la charge de notre fortune respective. Et l’éventualité que Rougefort soit desservi en premier serait selon moi une nécessité. »
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Message Mar 7 Mai 2013 - 17:25

Lord Randall n’était clairement pas un homme de cour, rompu aux flatteries et aux compliments galants, il était un guerrier, un Valois, et considérait, sans doute à raison, que l’honnêteté était la plus grande des vertus et qu’une personne normalement constituée préférerait la brutale vérité à un demi-mensonge enrobé de sucre et de miel. Tout le contraire de Dandelion, l’envoyé de Clarence Hightower, dont les manières bieffoises avaient paru aussi exotiques dans la rugosité de Roches-aux-Runes que ne l’auraient été une Dornienne ou un habitant des Îles d’Été. Je respectais cette franchise, et j’avais même appris à l’apprécier auprès de mon cher époux, malgré le fait que je n’avais pas moi-même l’habitude de dire tout haut ce que je pensais tout bas. Il était écrit que les opposés pouvaient s’attirer, et entre Andar et moi, ainsi était la dynamique, et je n’aurais souhaité la changer pour rien au monde.

Mais la remarque sur la fierté qu’éprouvait Lord Royce – et que j’éprouvais tout autant – vis à vis de nos deux adorables rejetons me fit sourire. Oh, c’était de la vanité, peu de doutes là-dessus, mais j’avais enfanté deux beaux garçons, qui deviendraient de grands hommes, et j’avais amplement le droit d’apprécier ce fait maintenant que les étapes les plus difficiles, l’enfantement et la première année, étaient passées. Surtout que Rickard avait été la bouée qui m’avait secourue de l’opprobre général, et m’avait réconciliée avec la maisonnée Royce, et le douloureux sourire de feu Lord Albar lorsque je lui avais présenté son petit fils était gravé dans ma mémoire. Pour la première fois, j’avais senti de la reconnaissance dans son regard, et même une pointe de tendresse, lui le vieux combattant qui savait que son heure approchait.

Malgré la distance importante entre le Rougefort et les côtes, Lord Randall savait parfaitement quel était le problème posé par Danse-Vagues. Peut-être même cet éloignement était-il bénéfique, lui offrant un recul appréciable que n’avaient pas les pêcheurs abreuvés depuis des années des légendes sur le mystérieux pirate renégat. Ceux-ci étaient prêts à croire n’importe quoi pour peu que ce fût extravagant, inquiétant et menaçant. Il fallait entendre les rumeurs qui avaient couru après le départ de la galère de Roches-aux-Runes : des monstres géants tentaculaires, des créatures mi-homme, mi-poisson, et bien sûr de nombreuses variations de l’incident dans lesquels des combats sanglant avaient lieu, certains prétendant même que les pirates avaient attaqué le bourg à l’aide d’une baliste. La réalité était bien moins excitante, et, si l’on pouvait le dire ainsi, plutôt terre-à-terre. Radcliff Donniger avait abandonné un corps emmitouflé dans une étoffe aux couleurs du Feunoyr au large de notre ville. Peut-être était-ce un message qui m’était destiné, je n’en savais rien, mais j’étais désormais certaine qu’il s’agissait d’un événement notable et qu’il fallait que je réagisse en conséquence. Il me suffisait d’attendre qu’Andar me renvoie Lyam, et je pourrais à mon tour préparer mon voyage.

Mais nul besoin de partager les détails en compagnie d’un homme dont la méfiance à mon égard devait être liée, au moins en partie, à ma naissance sous le nom de Catelyn Sunderland. Nul besoin qu’il l’interprète comme une tentation insurrectionnelle auxquels mes penchants naturels pour la trahison m’interdiraient de résister, et que se mette à courir le bruit que Lady Royce conspirait pour que le Feunoyr prenne le contrôle du Val. Je me contentai donc d’une réponse diplomatique à sa suggestion de couper le mal à la racine.
« Vous avez raison, même si l’éradication complète de tous ceux qui furent liés de près ou de loin à la rébellion aurait pu avoir de fâcheuses conséquences pour moi. J’espère simplement que Danse-Vagues choisira à l’avenir d’aller mouiller ailleurs qu’à Roches-aux-Runes. Nous ne sommes pour ainsi dire pas des marins, et nous ne disposons d’aucun navire capable de neutraliser sa galère. » Un fait que je n’avais pas l’intention de pousser à changer, tant je pressentais que toute initiative de ma part vers une ouverture sur la mer de la Maison Royce passerait aux yeux de mes semblables pour un retour à mes sources Sunderland. Du reste, je n’avais pas hérité du pied marin que possédait mon père, et je ne m’en portais pas plus mal.

Aux affaires donc. Je vis Lord Randall peser mentalement le pour et le contre de mes propositions, cherchant sans doute à y déceler une tromperie ou une duplicité qui pourrait le forcer à devoir choisir entre préserver son honneur et voir ses caisses se vider, ou se parjurer pour se sortir d’un accord par trop désavantageux. C’était de bonne guerre, et j’en aurais fait de même à sa place, et ce quel que soit mon interlocuteur. Le meilleur moyen d’éviter la rouerie et l’escroquerie demeurait de traiter tous les intervenants d’un problème commercial comme de potentiels voleurs, ce que nombre d’entre eux étaient à n’en pas douter. J’eus un petit sourire lorsqu’il rappela la nécessité pour chacune des Maisons de payer ses marchandises.
« Cela va sans dire, je ne comptais pas considérer comme miens les coffres du Rougefort. Seuls les frais de logistique seront partagés si cet accord se met en place. Quant au passage prioritaire par votre fief, il ne posera aucun problème. » A part des maux de tête pour Merwyn, mais c’était après tout la raison pour laquelle il était employé par notre Maison. « Nous n’avons pas l’habitude d’acheter des marchandises périssables à Goëville, aussi la durée du trajet avant leur livraison n’a-t-elle que peu d’importance. »

Le plus difficile était fait – l’accord de principe. Il fallait maintenant passer à l’officialisation, mais elle n’aurait pas lieu ici, dans le septuaire. Il faudrait voir avec un mestre, pour que le contrat soit rédigé proprement, avant d’être signé par Lord Randall et moi-même. Cela pourrait être fait dès demain si le seigneur de Rougefort était pressé de rentrer chez lui, ce qui était compréhensible. J’appréciais Goëville lors de petits séjours, mais jamais de m’y éterniser. Je trouvais que cette ville ramollissait l’esprit, le rendait vulnérable à la tentation au détriment de la concentration et de la détermination. Tôt ou tard je ressentais le besoin de retrouver les murs austères et rassurants de Roches-aux-Runes.

Il n’en était pour le moment pas question : mon voyage était encore récent, et j’avais un autre rendez-vous une fois l’accord avec Lord Randall passé. En attendant de passer à la rédaction, une visite sur les quais pourrait nous permettre d’envisager des aspects du partenariat qui ne nous seraient point encore venus à l’esprit dans l’isolement du septuaire.


« M’accompagnerez-vous près des navires ? Peut-être sera-ce également l’occasion de rencontrer quelques capitaines en personne, et de leur expliquer l’intérêt qu’ils auraient à nous réserver leurs meilleurs biens. Deux Maisons Valoises, c’est peu de risques de mauvais payeurs. Nous ne sommes pas réputés pour être riches comme dans l’Ouest ou le Bief, mais au moins nous sommes honnêtes, n’est-ce pas ? » Oui, il y’avait une fois de plus un fond d’ironie, mais le plus dur de la négociation étant passé, je pouvais m’autoriser à être taquine avec le soldat.

D’autant que rencontrer les capitaines n’avait rien d’anodin. Les hommes étaient des marchands, et accorder leur confiance n’était pas dans leur nature. J’étais une femme, et tout en Lord Randall disait « vieux guerrier honorable », si à nous deux nous n’étions pas capables de convaincre un homme de l’honnêteté de notre proposition, c’est que la cause était quoi qu’il arrive perdue. Nous pourrions nous assurer de la qualité des cargaisons, et de la compétence de l’équipage, afin d’avoir une idée de ceux les mieux à même de convoyer dans de bonnes conditions les biens que nous aurons commandés.

Rien d’aussi excitant que de flâner entre les étals des marchands, mais ainsi en allait-il des responsabilités des nobles, et je n’étais peut-être pas celle qui serait le moins dans mon élément à slalomer entre les débardeurs et les marins.
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Message Dim 12 Mai 2013 - 15:31

Randall n'avait jamais considéré qu'on pouvait faire confiance aux gens malhonnêtes. Même lorsqu'ils étaient pardonnés. La preuve en était avec les Feunoyr et leurs partisans. On était honnête ou on ne l'était, et les gens ne changeaient pour ainsi dire jamais. Pour Rougefort, les partisans du Dragon Noir étaient définitivement sournois et irrécupérable, d'où l'idée qu'il avait de les détruire une bonne fois pour toute. On ne pouvait pas dire que l'ouverture d'esprit était la principale qualité du vieux lord, même s'il essayait de ne pas juger les gens au premier coup d'oeil et de leur laisser une chance. Ce n'était pas un méchant homme, il ne fallait pas s'y tromper. Mais personne n'avait jamais appris à Randall que le mensonge valait mieux que la vérité. Il n'était pas un homme de cours, n'avait pas le vernis, ni la parole pour ça. La société, les fanfreluches, il ne supportait pas.

A force, il en devenait un peu obtus, peut-être trop sur de lui même, mais il ne pouvait rien y faire. Il était comme ça, on le prenait comme il était, point. Changer n'était pas dans les cordes de Randall. Sa simple éducation lui donnait ce caractère là. Honnête, il l'était. On pouvait avec surêté dire que lord Randall Rougefort n'était pas du genre à trahir. Trop droit pour s'inscrire dans le jeu politique, il s'en tenait volontairement à l'écart. On pouvait le retrouver dans les conseils de guerre, stratège, il l'était pour cela. Mais la manipulation, les coups bas, dans le dos, ce n'était pas son genre.

Aussi lady Catelyn Royce n'avait elle guère à s'inquiéter de cela. Randall avait de l'honneur, on ne pouvait pas le nier. Même si cette n'était pas vraiment, voir pas du tout, l'interlocuteur qu'il aurait souhaité avoir, il ne pouvait pas faire autrement. Pragmatique, il écoutait. Et concluait que si Radcliff Donninger avait attaqué le fief des Royce, c'est qu'il y avait peu de chances pour que ce soit des partisans des Feunoyr. Le Val aurait eu besoin d'une flotte plus conséquente, songeait-il. Mais lord Arryn était au diable vauvert, loin, à combattre les Fer-Nés. D'où qu'ils viennent, les problèmes avaient toujours pour origine la mer. Pirate du Val ou pirate de l'Ouest, les îles étaient dangereuses. La mer, Randall s'en était toujours méfié.

Cela dit, l'offre paraissait plutôt honnête. En tout cas, Randall interprétait comme cela le silence de son frère, ser Regenard. Les questions de commerce étaient son fort. Un véritable démon de la comptabilité qu'il était, franchement, le Reggy. C'était, après Rudolf, le plus doué des frères Rougefort, mais il n'avait jamais été un guerrier. Chevalier, il l'était un peu malgré lui, parce qu'il fallait bien l'être, parce que c'était une question d'honneur. Mais il n'était pas militaire, vraiment pas. C'était le rôle de Randall, ça l'avait toujours été. A Rudolf les facilités en tout, à Randall la guerre, a Regenard le commerce. La répartition des tâches se seraient bien faites dans la fratrie si Rudolf n'était pas mort. Randall héritait de tout cela sans formation. Le commerce n'était pas son fort, les relations, et le protocole complexe de la cour digne d'un lord, il ne le maitrisait que peu. De là venait peut-être sa réputation, véridique au reste, d'homme discret. Il apparaissait peu en public, déléguant cela à sa femme et de plus en plus à son fils. Rodrik était plus sociable que son père. Même dans le commerce, lord Rougefort semblait toujours se poser la question de savoir si on allait ou non le flouer.

Enfin ici, l'offre était honnête. Il faudrait un mestre pour définir tout cela ; il devait bien y en avoir un chez les Grafton. Randall n'était pas inquiet pour cela, et les termes du contrat lui convenait. Il ne voulait pas payer pour quelqu'un d'autre : les propos de lady Catelyn le rassurait. « Aussi pouvons nous dire que l'accord est conclu. » En effet, à présent, il faudrait aller voir les capitaines.

Randall n'aimait guère Goeville. Trop de bruit, trop de monde pour lui, à vrai dire : il ne pouvait pas apprécier cette ville. Casanier comme il était, il n'était en tout et pour tout sorti que deux fois du Val d'Arryn : une fois pour la bataille d'Herberouge, une autre fois pour aller dans l'Ouest. Se trouver loin de chez lui était un fait qui lui pesait. Rougefort lui manquait très vite.

Mais il fallait ce qu'il fallait. L'humour de lady Catelyn, si Randall le remarqua, ne trouva guère de réponse. Le vieux soldat n'était guère du genre à en faire, même s'il aimait rire, mais siennes étaient plutôt les plaisanteries de casernes, pas les taquineries des femmes. « Ma foi, l'honnêté est ce qu'elle est, madame. Voulez vous que nous commencions par les capitaines que nos deux maisons emploient déjà ? »
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Message Jeu 16 Mai 2013 - 10:21

Je ne doutais plus vraiment de la réussite des négociations, après les dernières questions de Lord Randall. Je le prenais pour un homme pratique et direct, franc, non comme un manipulateur, et j’avais donc supposé que toutes ses remarques et interrogations avaient été présentées en un bloc brut, raccourcissant d’autant les méandres et les esquives que l’on ne pouvait que redouter venant de ceux rompus aux joutes verbales. Je n’avais moi-même guère d’expérience en matière de commerce à proprement parler, mais les règles de l’éloquence ne changeaient guère lorsque l’on passait de l’économie, à, disons, la diplomatie, ou encore aux petites manipulations conjugales. Même si, que la Mère m’en soit témoin, je n’avais guère besoin de puiser dans mes ressources de rouerie en présence de mon bon Andar. D’abord parce que je n’appréciais guère de me jouer de lui, ensuite parce que je n’avais que peu de bonnes raisons de le faire, et enfin parce que, lorsque j’en étais réduite à cette nécessité, il se montrait une proie incroyablement aisée. C’était cette incapacité à voir à travers tromperie et duplicité qui me charmait autant qu’elle m’inquiétait. Elle en faisait une proie terriblement tentante pour ceux et celles qui souhaitaient abuser de sa bonté.

Ces règles reposaient sur un principe très simple : il fallait abaisser la garde de son adversaire, car c’est bien d’un adversaire qu’il s’agissait, y compris lorsque l’objectif final consistait à conclure une alliance ou un accord. Au début de l’affrontement, l’adversaire est toujours d’un naturel suspicieux, parfois même revêche. Instinctivement, votre honnêteté est mise en doute, la moindre de vos paroles vise à le flouer, à profiter de lui, il est sur la défensive. Il faut que cet état d’esprit change, et pour ce faire – à moins que vous soyez en position d’immense force, bien sûr – il faut faire quelques concessions. Sur la forme plus que sur le fond ; énoncez vos objectifs initiaux, mais abaissez-en immédiatement quelques uns, pour faire croire que vous avez pris conscience de l’énormité de vos demandes, et que vous êtes désormais sur la voie de la rédemption et de l’honnêteté. Surtout, ne touchez pas aux éléments les plus essentiels, au contraire, camouflez ces éléments essentiels, aux yeux de votre adversaire, ils doivent paraître secondaires, négligeables. Mettez le à son aise, et acceptez de bon cœur une baisse des objectifs que vous acceptez de voir baissés.

A ce moment, seulement, portez votre attaque, passez au dossier qui vous tient réellement à cœur. Soyez intransigeant, mais en usant d’un gant de velours. Usez de la flatterie plus que de la menace, rappelez les énormes concessions auxquelles vous venez de convenir, dramatisez leurs conséquences. A ce moment, les chances que l’adversaire se range à vos termes sont doublées, triplées, décuplées si on les compare à son humeur et à sa position d’origine. Cependant, n’abusez pas de cet avantage, ne haussez pas le ton – celui qui hausse le ton dans une négociation, a déjà perdu. Appelez à la bonté de votre adversaire, cette même bonté qui vous a convaincu de ne pas camper sur vos positions.

Bien sûr, il m’est impossible de garantir un résultat favorable. De nombreux facteurs entrent en jeu, parmi lesquels l’habileté de l’opposant et les objectifs en vue. Il faut parfois savoir faussement insister sur des éléments que vous souhaitez abandonner, afin de donner à l’autre l’illusion de la victoire. Il faut savoir définir sa position initiale pour qu’elle ne paraisse ni trop faible, ni trop intransigeante. C’est un art, en réalité, un art bien utile lorsque comme moi on ne sait guère jongler avec les chiffres. Mais un art qui, face à Lord Rougefort, s’avère aussi utile que ne le serait un ost entier lancé dans une chasse à l’homme. A savoir, un gaspillage d’énergie.

« L’accord est conclu, et je m’en réjouis » répondis-je donc avec une ombre de sourire. J’avais supposé que les discussions seraient brèves, mais pas à ce point. Si seulement tous mes problèmes pouvaient se résoudre aussi aisément, et par de simples mots ! Ma vie s’en trouverait grandement facilitée, à coup sûr. Mais ne deviendrait-elle pas banale et ennuyeuse ? La stabilité et l’absence d’imprévus étaient importants, je ne pouvais le nier, rien que pour la sécurité de mes chers enfants. Mais au fond de moi, je savais que je ne m’accommoderais plus d’une vie sans histoires après avoir passé tant de temps à lutter contre une destinée que je trouvais, peut-être à tort, injuste et impitoyable. Les grands enjeux, les luttes de pouvoir, procuraient une forme d’excitation qu’il était impossible d’oublier. J’y avais goûté, petit à petit, d’abord dans mon cercle de proches, puis dans toute la forteresse, et enfin dans le fief des Royce. Maintenant s’offrait à moi la possibilité d’étendre le jeu à d’autres contrées, dont j’ignorais presque tout. Impossible d’y résister, ces perspectives ressemblaient à une tartelette parfaitement dorée exposée à la vue d’un affamé.

Le passage de Danse-Vagues près de Roches-aux-Runes me revint en mémoire, brièvement. Non pas à cause du danger qui avait pesé sur nos terres, non, mais à cause de ma réaction. Je me rappelle avoir calmement pris en main la défense, puis avoir attendu, longtemps, que des nouvelles me parviennent dans la salle du conseil. D’avoir vu le corps sans vie, les armes du Feunoyr. Tout cela ne m’avait pas horrifiée, non, au contraire, cela m’avait mise en appétit, littéralement. Etait-ce une forme de perversité de l’esprit ? Je chassai ces pensées pour un jour futur : pour le moment, j’avais une visite des quais à effectuer en compagnie d’un tout nouvel allié.

« Avec plaisir, Lord Rougefort, mais je crois qu’un seul de nos partenaires réguliers mouille actuellement dans le port. » Je m’étais renseignée avant de venir – ce genre d’information ne me venait pas spontanément à l’esprit. La Maison Royce faisait partie des bons clients pour les marchands s’arrêtant à Goëville, la proximité des lieux poussant nombre de nos artisans à venir régulièrement se ravitailler, quand ce n’étaient pas le forgeron ou le maçon de la forteresse qui demandaient des matières premières. Nous avions donc pris nos habitudes avec un certain nombre de marins, selon un cycle complexe dont seul Merwyn saisissait les rouages. Mais comme tous les hommes des mers, la majorité de leur temps était passé au large ou dans des cités bien éloignées des côtes du Val, aussi fallait-il être là au bon moment pour pouvoir les rencontrer en personne.

J’ouvris donc la voie vers les quais, quittant la quiétude rassurante du septuaire pour l’agitation des rues de la ville, qui se faisait de plus en plus intense alors que nos pas nous rapprochaient du point nevralgique de Goëville, de ce qui faisait sa force, sa richesse et sa célébrité. J’entrepris d’entamer la conversation, car à dire vrai il n’y avait guère autre chose à faire le temps d’arriver sur place.

« Avez-vous déjà rencontré Tybolt Lannister, Lord Rougefort ? » demandais-je. « L’on dit que c’est un grand chevalier, mais que lui est notre Lord Arryn ont eu des désaccords récemment. » Tout cela, je le savais comme tous ceux qui s’intéressaient aux échanges entre les grandes maisons. Lady Arryn mariée au seigneur de Castral Roc, qui décède malheureusement en couche, et des échos imprécis de conflits entre les Lords de l’Est et de l’Ouest. Peut-être serait-ce l’occasion d’en apprendre un peu plus sur Lord Lannister, qui semblait jouer un rôle majeur – bien trop majeur à mon goût, soit dit en passant – dans les affaires du Val ces derniers temps. J’ignorais si Lord Rougefort l’avait rencontré en personne. « Je suis curieuse des différences entre les grands seigneurs des différentes régions » expliquai-je. « J’ai toujours entendu dire que les chevaliers les plus honorables étaient Valois, mais je suis certaine que les autres Lords ont également des qualités qui leur sont propres, qu’ils viennent du Bief, de l’Ouest ou du Nord. Je n’ai jamais eu la chance de guère m’éloigner du Val pour ma part, mon plus grand voyage fut de me rendre au tournoi de Cendregué. » Cela changerait bientôt. Mon voyage pour Port-Réal était déjà prévu, même si je gardais cette information, et en particulier les raisons et circonstances de ce voyage, pour les personnes de confiance. « Quelles régions des Sept Couronnes avez-vous visité ? » Les vieux guerriers aimaient souvent raconter leurs aventures passées. A moins que Lord Rougefort ne cache un passé honteux ou secret, il n’avait guère de raison de craindre le pire du fait que je puisse apprendre quoi que ce soit sur son histoire. Qu’il m’apprécie ou non.

Nous arrivâmes finalement près des quais, les mats des navires commençant à apparaître au-dessus des toits, et l’odeur de la mer se faisant de plus en plus prononcée. N’ayant pas la moindre idée de l’apparence de la caraque que je recherchais, j’obtins l’information d’un gamin qui trainait dans les rues et qui avait commencé à reluquer avec un peu trop d’insistance les ceintures de nos deux suites, un comportement qui ne m’était pas étranger. Contre quelques sous, il m’indiqua vers où me diriger, et à qui m’adresser, et en retour je lui conseillai de dire à ses inévitables camarades tire-laines d’éviter de s’approcher de nos bourses. J’avais moi-même quelque expérience dans l’art de la fauche, et j’étais donc une proie difficile. Je n’avais pas le cœur à livrer qui que ce soit au guet de Goëville pour une bête affaire de cible mal choisie. Hors de question que je fasse le travail de la Maison Grafton.

Les informations me menèrent jusqu’à l’entrée d’une taverne à l’apparence mal famée, et dans laquelle je n’aurais pas osé entrer même avec des gardes. Mais on m’avait dit de m’adresser à l’homme qui surveillait l’entrée, et lorsque je lui glissai le nom du capitaine et de son navire, ainsi que le mien – et quelques pièces de cuivre, car tout se monnayait – il acquiesça silencieusement, et disparut pendant quelques instants, avant de revenir en compagnie d’un homme passablement laid, auquel manquaient plusieurs dents et bien des cheveux, mais solidement bâti et au regard franc à défaut d’être parfaitement honnête. A côté de lui se trouvait une femme plus jeune à la peau mate, dont je supposai qu’elle était Dornienne. Je n’avais pas la moindre idée de ce qu’elle faisait ici, mais le capitaine me renseigna de lui-même.

« On m’a dit que vous vouliez me voir, M’Lady. Je vous présente Jana, c’est mon nouveau second, depuis qu’elle a découvert que le précédent se servait dans nos caisses sans rien demander à personne » dit-il en désignant la Dornienne qui eut un imperceptible signe de tête. Je me tournai vers Lord Rougefort. « Je vous présente Marek, capitaine de la Folle Gueuse, avec lequel la Maison Royce aime à faire affaire. »
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Message Jeu 30 Mai 2013 - 11:24

Drôle de temps, lorsqu'ils sortirent. Un temps d'automne, encore, et Randall n'aimait pas vraiment ça. L'hiver venait, disaient les Stark, et lui n'aimait pas l'hiver. Certes, l'été amenait son lot de problèmes, mais lord Rougefort parvenait à s'en débrouiller. L'été était toujours moins sournois que l'hiver. Sécheresse et fièvre. Toujours la même chose. Mais l'hiver pouvait amener tout et n'importe quoi, des maladies jusqu'aux tempêtes,jusqu'aux neiges collantes et au froid des plus glacial, car le Val d'Arryn restait froid. Le froid, oui, le froid terrible, voilà ce que Randall Rougefort redoutait le plus. Le vieux lord regardait la guerre, et il se disait que ceux de l'Ouest n'aimeraient pas l'hiver, vraiment pas, car rien, absolument rien, n'était pire que la guerre l'hiver. Lui le savait, car après tout, l'hiver, et la guerre, il les connaissait bien, car Herberouge, quoi qu'on en pense, était une guerre l'hiver.

Non, définitivement, Randall préférait l'été, c'était moins lourd de conséquence. L'hiver apportait le froid, le froid apportait la misère, la misère engendrait les loups, à deux pattes, qui ne craignaient pas de s'attaquer à tout ce qui pouvait manger, son fief par exemple, et il ne tenait pas à voir Rougefort assailli de toute part. Voilà pourquoi, outre des raisons purement commerciales, Randall tenait à s'allier avec une autre maison puissante du Val.

C'était un bon calcul, car deux sont toujours plus forts qu'un seul, comme l'avait vu lady Catelyn, un bon point pour elle. Randall n'appréciait que peu de parler avec une femme, mais causer avec quelqu'un d'intelligent et perspicace, voilà qui lui plaisait plus, tout de même. En stratégie, il était le plus doué, enfin, du moins, du coté militaire. Ellaborer un plan d'action, préparer une charge, assurer un transport, voilà qui était le fort de Randall Rougefort. Ce dont il n'était pas peu fier, car au fond, Regenard lui, ne s'y intéressait pas plus qu'il ne s'y entendait. Rudolf savait faire les deux, mais désormais c'était Randall le lord.

Il avait ses défauts, oui. Lui même s'en rendait bien compte, mais qui pouvait-il ? Pas grand chose. Cependant, il ne voulait pas laisser son fief couler. Il voulait ce qu'il y avait de mieux pour Rougefort, aussi ne laissait-il jamais ses lacunes le diriger. Là où il n'arrivait pas au meilleur résultat, il se faisait aider par sa famille. Un bon chef devait savoir utiliser les compétences de tout le monde. Chacun faisait de son mieux pour le territoire, et Randall assignait à chacun des tâches précises. A Regenard et à mestre Ashford revenaient l'intendance, la comptabilité et le commerce. A sa femme Margot il confiait les projets matrimoniaux, basés sur son sujet de prédilection, les ragots. Lui étudiait de loin la politique et s'assurait de la gestion globale de Rougefort. Randall s'assurait de suivre lord Arryn et le roi, d'aider comme il pouvait le royaume. Peu porté sur la manipulation, il suivait simplement son suzerain, faisant ce qui devait être fait.

C'est entre autre pour cela qu'il appréciait lord Andar Royce. Il retrouvait en lui cette volonté loyale et ce courage à toute épreuve, qui faisait tellement défaut à l'Ouest. Là-bas prévalait l'argent et les intérêts personnels. Randall suivit lady Catelyn, méditant sur sa question à propos de lord Tybolt Lannister. Une bonne, excellente question. Randall était mitigé sur le suzerain des Terres de l'Ouest. Très certainement un homme attaché à ses terres et fidèle à sa propre maison, un peu trop d'ailleurs. Le contrat de mariage qu'il avait négocié avec lady Maura fut honnête. Le fait de vouloir repousser les Fer-Nés, et de ramener la seiche Greyjoy à sa qualité de vassale du roi méritait selon lord Rougefort l'entière approbation du royaume.

Mais niveau honneur et autre, il restait partagé. Il ne digérait pas l'affront qu'on murmurait que Tybolt avait fait à lord Jasper. Le Val restait un terre d'honneur, droite et austère, et Randall peinait à croire que Jasper eut fait quoique ce soit pour offenser Tybolt Lannister. Insulter lord Tyrell, insulter lord Arryn, revenait à insulter l'armée la plus importante de Westeros, et celle qui était selon Rougefort la mieux formée. Une folie faite au nom d'intérêts personnels, mais la mort de lady Maura, le Père puisse la juger équitablement, changeait quelque peu le point de vue de Randall.

« Ma foi, un homme étrange, je dirais. Un grand chevalier, mouais. Bon jouteur, ça oui, mais... Ce n'est pas un homme d'honneur, mais je le crois bien moins pire que la réputation de sa famille nous le font imaginer. Je crois que la mort de lady Maura l'a profondément affecté. » Il haussa les épaules, méditant sur ce fait là, et ajouta : « Il s'en sent peut-être responsable, et peut-être a-t-il la volonté de s'amender, d'être plus droit, ou que sais-je. Ce que je peux affirmer, c'est que l'homme que j'ai quitté en partant des terres de l'Ouest m'a semblé bien différent de celui que j'ai rencontré la première fois que j'ai posé le pied à Castral Roc. » Il aimait à croire que les gens pouvaient changer. La mort ne laissait jamais indifférent, surtout lorsqu'il s'agissait d'un être cher, et de cela au moins Randall était sur : Tybolt Lannister aimait sincèrement Maura Arryn.

Dans un sens, il se sentait proche de lord Tybolt. Il lui rappelait le gamin qu'il était à Herberouge, le gamin qui y avait laissé un père et un frère, se sentant coupable, dans un coin sombre de son esprit, d'être vivant alors qu'eux étaient mort. L'avant-garde de lord Jon s'était faite décimée, se souvint Randall. Beaucoup de gens bien y laissèrent la vie. Le petit Logan Grafton, alors écuyer de son père, et lui, Randall, à la réflexion, avaient eu de la chance, mais c'était dur. Dur de survivre alors que tellement de gens qui méritaient de vivre gisaient là, morts. Randall, si pressé de voir la guerre, et la mort, en face, détesta cela. Voilà pourquoi il ne sortait guère de chez lui. La mort n'entrait pas, ou presque pas, et jamais de manière aussi dramatique, à Rougefort.

Voyager signifiait toujours guerre. Pour les dames, comme lady Royce, cela signifiait plutôt tournois et joutes, voyages à Port-Réal, et autres fêtes. Pas pour Randall Rougefort, qui n'avait même jamais vu la capitale des Sept-Couronnes. Il sourit : « Vous seriez bien déçue par le récit de mes voyages, lady Catelyn. En tout et pour tout, je ne suis jamais parti du Val que pour aller écraser les Feunoyr à Herberouge... » Et pour y perdre un père et un frère, mais cela il ne voulait guère en parler. « Et également pour aller dans l'Ouest combattre les Fer-Nés dans l'Ost de lord Jasper. C'est toujours la guerre qui me pousse hors de chez moi, je dois l'avouer. Mais je n'ai jamais trouvé mieux que le Val. C'est le coin le plus calme des Sept-Couronnes, si vous voulez mon avis, et je prie les Sept que ça le reste toujours. Notre situation est privilégiée, il faut l'avouer aussi, nous n'avons jamais été très touchés par les guerres... »

Vrai qu'ils étaient peinards, ici, dans le Val. Randall n'enviait pas les gens du Bief ou de l'Ouest. Riches, ils l'étaient peut-être plus, mais ils étaient aussi plus près des Fer-Nés. Dans le Val, il n'y avait guère de grand port, guère de pirates, et Goëville était une ville sure en comparaison de Port-Lannis. Ils passèrent dans le bruit des quais, plein de vie, plein de joie, de ragots, et d'odeur de mer. Randall ne s'offusqua guère de voir une dornienne en second du capitaine, que Catelyn un certain Marek. Dorne était Dorne, de ce qu'il se rapellait de ses lectures avec mestre Ashton, c'est à dire une contrée particulière. Bizarre, oui, et pas approprié, oui aussi, mais il soupçonnait cette donzelle là de pouvoir l'écorcher d'un geste aussi souple et gracieux que les pas d'un chat. Et très honnêtement, ça ne tentait que très moyennement Randall. Le capitaine sembla le jauger d'un regard, se demandant probablement s'il était bon ou mauvais payeur, mais du point de vue financier, il n'avait guère de souci à se faire. Les Rougefort avaient les moyens de payer. « Vous êtes aussi un Royce, vous ?

Randall sourit avec bonhomie : « Non. En fait, capitaine, je suis lord Randall Rougefort. » L'autre le regarda sans paraître vraiment impressionné. Un vassal important du Val, au nom connu, mais pas le plus fameux non plus des Sept-Couronnes.
« Et ? » Il semblait prudent, le capitaine, preneur d'un nouveau client, mais bien décidé à ne pas se faire embobiner. Le noble reprit posément.
« Lady Royce et moi même avons décidé d'un contrat commercial entre nos deux maisons. Ce partenariat, hm...concernera l'acheminement des marchandises à travers le Val. L'achat des marchandises restera à la charge de chacun, puis l'acheminement sera pris en charge par ma maison, et les Royce assureront la sécurité du convoi. » Il se tourna vers Catelyn : « C'est bien cela, lady Royce ? » Puis il reprit : « En conséquence, il serait assurement plus simple de transporter, en tout cas par voie de mer, les marchandises sur le même navire. C'est pour cela que nous venons à vous aujourd'hui. »
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