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La famille est un archipel

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Message Mer 10 Avr 2013 - 13:04

Le pouvoir est désirable et intoxicant, dit-on. Il corrompt les esprits, faisant miroiter des rêves de grandeur et d’opulence que rien ne saurait égaler. Il évoque conquêtes, batailles, glorieux butins et retours triomphants sur ses terres, ou bien machinations, trahisons, coups de poignard et victoires silencieuses, suivant qui est le rêveur. On le poursuit, on l’obtient, mais il n’est jamais assez, il y’a toujours un voisin dont il faut être jaloux, ou un vassal dont il convient de se méfier, il ne laisse jamais l’âme en répit, il pousse à toujours aller de l’avant, à se poser de nouveaux défis et plus que tout à craindre la perte de ce qui est acquis. Certains naissent avec le pouvoir, d’autres se battent toute leur vie pour l’acquérir.

Pourtant, on oublie trop souvent à quel point certains aspects du pouvoir apportent peu de joie et de satisfaction. Comme les querelles entre propriétaires terriens. Pour éviter de les résoudre en personne, les puissants créent des postes subalternes, chargés des tâches administratives les plus ingrates. La Maison Royce dispose ainsi d’un intendant, un petit homme rondouillard mais pas le moins du monde jovial répondant au nom de Merwyn, qui était déjà en place lors de mon arrivée à Roches-aux-Runes, et qui donne l’impression de toujours avoir le même âge depuis. Lorsqu’un conflit naît sur le territoire des Royce et dépasse la compétence des vassaux locaux, c’est à lui que revient la charge de son analyse, ainsi, le plus souvent, que de sa résolution. Il existe deux raisons qui peuvent pousser Merwyn à se référer à son supérieur : la querelle est importante, assez en tous cas pour susciter son intérêt, ou bien la querelle se poursuit tant et si bien que seul l’avis définitif du Seigneur permet de trancher, souvent dans le vif, et parfois au sens littéral.

C’est pour une affaire de ce second genre que j’étais retenue dans la grande salle de réception de la forteresse de Roches-aux-Runes. Assise dans mon fauteuil, le dos droit, j’écoutais deux paysans qui menaçaient d’en venir aux mains, car les bêtes de l’un paissaient dans le champ de l’autre, disait le premier, ou parce que l’un s’était approprié quelques acres appartenant à l’autre, selon le second. Des années d’exercice me permettaient de conserver un visage de marbre, quant bien même tout mon être souhaitait couper court à leur conversation qui m’ennuyait au plus haut point, et leur infliger à tous les deux une amende pour leur apprendre à me déranger pour de pareilles futilités. Mais en agissant ainsi, non seulement la querelle perdurerait, mais en plus tous deux colporteraient la nouvelle de l’injustice de la Dame de Roches-aux-Runes. Après avoir eu tant de mal à ne plus être appelée « l’Empoisonneuse », je ne souhaitais absolument pas leur donner envie de me trouver d’autres surnoms. Inutile également de les réduire tous deux au silence, comme certains plus sanguinaires seraient tentés de le faire à ma place : la Maison Royce est réputée pour être juste, et je ne me pardonnerai jamais d’attenter à sa renommée.

Je profitai d’un moment de silence très agréable pour me pencher vers l’intendant qui était à mes côtés. Même assise, je n’étais pas loin de pouvoir lui parler à l’oreille tant il n’était pas grand. Il n’était pas non plus très sympathique, mais son poste était de ceux qui demandaient uniquement de l’efficacité et aucun charisme, faisant de Merwyn un candidat idéal. Du reste, il n’était pas non plus désagréable, simplement inexpressif, pareil à un bloc de marbre. Un petit bloc de marbre bien en chair.

« Combien de conflits ont auparavant été résolus entre ces deux personnes, Merwyn ? » demandai-je. Il ne m’avait pas donné tous les détails avant l’audience, précisant simplement avec son flegme habituel qu’ils étaient « récurrents ». Pour qu’ils soient remontés jusqu’à moi, ils devaient en effet l’être.

« Cinq, Lady Catelyn. Deux accusations de vandalisme, une de vol, et deux d’exploitation illégale. C’est la première fois cependant que l’accusation est réciproque » précisa-t-il. « Les sieurs Gethin et Roban ont tous deux été reconnus deux fois coupables et taxés en conséquence, la cinquième affaire ayant été irrésolue. » Je n’étais donc pas face à une brute et sa victime, mais face à deux paysans rancuniers qui n’aimaient rien tant que faire du tort à l’autre. Tous deux étaient cependant plutôt aisés, ayant profité du calme du Val d’Arryn dans les régions éloignées des Montagnes de la Lune pour faire fructifier leurs affaires respectives, déjà enrichies par les mariages de leurs aïeuls. Si la Maison Royce possédait leurs terres, ils en avaient l’usufruit et les jeter dehors poserait des problèmes de succession et de remplacement encore plus complexes, m’avait expliqué Merwyn. D’où la nécessité de faire intervenir la parole seigneuriale afin de mettre un terme à leurs simagrées. Je me levai pour présenter ma décision.

« Dès demain, l’intendant Merwyn ici présent procèdera à un découpage impartial et définitif des terres que vous exploitez. Puis il procèdera à l’érection d’une clôture que vous paierez afin que ce nouveau bornage soit clairement établi. Tout dommage qui lui serait ultérieurement infligé vous serait également facturé à tous deux. Et si l’un de vous est par la suite surpris sur les possessions de son voisin, il sera chassé des terres de la Maison Royce. Est-ce bien clair ? » Deux hochements de tête me répondirent, suffisamment penauds pour que je juge que la leçon était passée. Du reste, les Royce avaient la réputation d’être justes, mais pas d’avoir une patience infinie. S’ils sollicitaient une fois de plus une audience, ils découvriraient tous deux les joies des cachots de la forteresse de Roches-aux-Runes, casse-tête géométrique ou pas. Et n’en sortiraient que pour aller mendier sur un territoire voisin.

L’audience prit fin avec le départ des deux rivaux, qui devraient désormais apprendre à se haïr sans passer à l’acte. Elle s’était éternisée au-delà des limites du convenable, et allait à coup sûr me donner une réputation d’hôte déplorable à Grand-Arc. Lady Tyana avait en effet prévenu de sa visite par corbeau, et un garde m’avait indiqué son arrivée alors que j’écoutais l’interminable complainte du représentant de la guilde des tanneurs critiquant la concurrence des marchandises venant de Goëville. Heureusement qu’elle avait en Aline une personne avec laquelle patienter autant que nécessaire. Je traversai à grands pas la cour intérieure dans laquelle s’affairait un détachement de soldats récupérant leurs chevaux : ils devaient partir en patrouille afin de mettre un terme à un autre des différends qui m’avaient été présentés un peu plus tôt. Les hommes s’inclinèrent à mon passage, et je leur répondis d’un petit mouvement de tête sincère. Je savais qu’ils avaient cessé de persifler à mon égard dès que j’avais le dos tourné.

L’aile seigneuriale qui donnait sur les jardins était située à l’autre bout de la cour. Je fis une pause à l’entrée, profitant d’être de nouveau à l’intérieur d’un bâtiment pour vérifier que le passage sur la terre meuble n’avait pas tâché ma robe. Celle-ci faisait partie de mes préférées, avec son bel orange pâle et ses manches cramoisies. Elle était simple, mais distinguée, et je trouvais sa coupe parfaite. Une ceinture brune brodée de fils d’argent et un collier d’or complétaient ma tenue. La porte des jardins dans lesquelles se trouvaient sans doute Lady Tyana et ma dame de compagnie, qui était aussi sa sœur, me faisait face, mais je décidai de faire un détour afin de demander à Rickard de m’accompagner. A huit ans, il était un peu jeune pour être contraint aux formalités du protocole, mais je préférais que mon fils soit trop poli plutôt que pas assez. Du reste, cela pourrait l’aider à s’affirmer, lui qui était souvent si discret et silencieux. Le futur Lord Royce n’avait pas le droit de passer inaperçu.

Je le trouvai calmement assis dans sa chambre, en train de tailler un bout de bois. Depuis qu’il m’avait accompagnée dans l’atelier d’un ébéniste, il essayait de reproduire son travail, et avait été je suppose piocher dans la réserve de bûches prévues pour l’hiver afin d’avoir de quoi travailler. De peur qu’il se fasse mal avec un couteau, j’avais demandé au forgeron du château de lui trouver une lime bien moins tranchante. La légèreté de mon pas me permit d’approcher de lui sans qu’il s’aperçoive de ma présence. Je me penchai pour apprécier son travail.


« Que sculptes-tu, Rickard ? » Il se retourna vers moi et me montra son œuvre. Même avec ses contours très grossiers, je reconnus la forme d’une tête de cheval fixée au bois encore brut. « Oh, c'est superbe ! Est-ce que c’est Zerab ? »
« Non, c’est Azur ! » me répondit-il avec de la vexation dans le regard. Zerab était mon hongre, et sans doute la monture la plus molle des Sept Couronnes – ce qui me convenait parfaitement – tandis qu’Azur était le palefroi d’Andar. « Zerab est moins beau » ajouta-t-il comme une évidence.

Je feignis l’indignation, posant les mains sur mes hanches.
« Hé bien ! Est-ce digne d’une jeune Lord que de dénigrer le cheval de sa mère ? » Puis je l’enlaçai et l’embrassai, ce qui le fit éclater de rire. Je vins ensuite au sujet qui expliquait ma présence.

« Lady Tyana Veneur de Grand-Arc est arrivée. Viens la saluer avec moi. Non ! Pas de « mais », c’est une Dame du Val, et la sœur d’Aline » dis-je en anticipant sa protestation. Rickard se releva, et j’époussetai la sciure qui s’était collée sur ses habits. Il avait une fine constitution, tenant plus là aussi des Sunderland que des Royce, qui eux semblaient tout autant bâtis en largeur qu’en hauteur. Seuls ses yeux bleus lui avaient été transmis par son père. Ensemble, nous descendîmes les escaliers et nous dirigeâmes vers les jardins.

Le ciel était aujourd’hui plutôt clément, quelques rares nuages se contentant simplement de voiler par intermittences la lumière du soleil. C’est sous cet éclairage que j’aimais le plus passer du temps au milieu des arbres et des massifs de fleurs. Lorsque j’étais arrivée à Roches-aux-Runes, les jardins étaient aussi stricts et rigoureux que les Royce, et il m’avait fallu longtemps insister pour que les domestiques chargés de son entretien acceptent d’y ajouter ici et là de petites touches de fantaisie. J’avais ainsi fait planter des arbustes touffus au milieu des étendues de pelouse afin de couper la vue et de rendre le tout un peu moins artificiel, et proposé de mélanger les couleurs des fleurs, qui auparavant étaient strictement triées par couleurs. Aucun des Royce n’étant véritablement attaché aux marches dans ce petit espace naturel, les jardins avaient été mon premier moyen de me lier à la forteresse de Roches-aux-Runes, alors même que mes oreilles sifflaient toujours des accusations mensongères à mon égard. Je m’étais d’ailleurs depuis toujours promis de me plonger dans l’apprentissage des noms et des propriétés des plantes, mais jusque là n’avait jamais trouvé ni le temps ni la motivation pour mettre ce projet à exécution.

Un des légers défauts qui découlaient cependant de la végétation plus touffue que j’avais imposée était l’impossibilité désormais de repérer du premier coup d’œil les autres personnes présentes sur les lieux. Les jardins n’étaient pas particulièrement vastes, mesurant environ cent coudées de long sur soixante de large, mais les vues y étaient maintenant coupées. Ce qui n’était pas un problème lorsque l’on cherchait l’isolement ou la tranquillité, mais faisait perdre du temps aux impatients qui souhaitaient rencontrer quelqu’un. Rickard toujours à mes côtés, je rejoignis la grande allée en saluant au passage un des plus vieux jardiniers de la forteresse, occupé à tailler un magnifique rosier rouge qui m’avait été offert par un Seigneur en visite il y’a de cela plusieurs années. Finalement, j’aperçus les deux Dames installées sur un des bancs à l’ombre du grand chêne qui trônait au centre du jardin. Qu’Aline ait choisi cet endroit n’avait rien de surprenant, tant j’avais pris l’habitude d’y passer du temps en sa compagnie lorsque les beaux jours revenaient. Quelle que soit mon humeur, un bon moment passé ici à disserter de tout et de rien avait de formidables vertus apaisantes.

Je remarquai un jeune garçon en leur compagnie, qui était certainement Eron, le fils de Lady Tyana. Arborant un sourire poli, je m’approchai du petit groupe.


« Lady Tyana, soyez la bienvenue à Roches-aux-Runes. Veuillez pardonner mon retard, mais les affaires du fief se sont avérées plus difficiles à régler que prévu. Je gage toutefois que vous avez passé un bon moment en compagnie d’Aline. Avez-vous fait bonne route depuis Grand-Arc ? » « Bienvenue, Lady Tyana » ajouta Rickard en baissant les yeux avec timidité. Je ne connaissais pas le caractère d’Eron, et espérais qu’il s’accorderait bien à celui de mon fils aîné. Qu’il l’aide à s’épanouir plus qu’il ne le pousse à se renfermer un peu plus.
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Tyana Veneur
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Dame de Grand-Arc

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♦ Célébrité : Imogen Poots
♦ Copyright : Seamus
♦ Doublons : Lyessa Reed, Ororya Gargalen, Serenei
♦ Age du Personnage : 28 ans
♦ Mariage : Le défunt lord Veneur
♦ Lieu : Grand-Arc dans le Val d'Arryn
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Message Jeu 11 Avr 2013 - 16:59

HJ:
 

Cela faisait bien longtemps que Tyana n’avait pas entrepris un voyage à l’intérieur des terres du Val – elle était régente de Grand-Arc, et ne pouvait guère se permettre de s’éloigner de son fief durant de longues semaines. Non pas qu’elle ne faisait pas confiance à son beau-frère, ser Sven, mais elle voulait lui épargner des prises de décisions qu’elle pourrait désapprouver. Tout le monde à Grand-Arc était au fait du caractère autoritaire et impitoyable de Sven Veneur, et l’on pouvait dire que lady Tyana était plus souple, sans être pusillanime pour autant. La jeune femme n’était pas sans savoir que son beau-frère la taxait de faiblesse de par son sexe, et si elle lui avait fait comprendre son mécontentement à plusieurs reprises, ce dernier restait fièrement campé sur ses positions. Jeric ne s’était jamais montré aussi discourtois à son égard même s’il ne l’invitait pas à prendre part aux décisions majeures. Cela ne l’avait guère empêché d’en discuter avec elle et de lui demander son avis sur beaucoup de sujets épineux. Elle avait été sa confidente, et bien que Sven Veneur soit dorénavant son conseiller, elle ne parvenait pas à entretenir une relation qui soit profondément bénéfique.

Cela faisait plusieurs semaines maintenant que le sommeil de la lady de Grand-Arc était perturbé par des cauchemars entêtants. La jeune femme avait finalement décidé de laisser Sven veiller sur la demeure tandis qu’elle et Eron voyageraient vers Roches-aux-Runes, fief de la famille Royce chez qui sa plus jeune sœur œuvrait en tant que dame de compagnie. Elle s’était sentie envahir par une sorte d’envie coupable de partager quelques moments avec sa jeune sœur qu’elle n’avait que très rarement vue depuis qu’elle était mariée. Elle redoutait un peu les retrouvailles – qu’Aline ait trouvée en lady Catelyn comme une sœur, ce qui la priverait de irrémédiablement de son amour.

Le convoi de Grand-Arc dut longer la côte pour faire halte à Vieux Havre et Chênes-en-fer. Le père de Tyana put ainsi profiter de leur courte visite pour partager quelques moments avec son petit fils qu’il ne voyait que très peu. Tyana en profita de son passage à Chênes-en-fer pour présenter son fils, lord Veneur qui viendrait à côtoyer les seigneurs voisins bien assez tôt. C’était difficile pour elle d’imaginer que son enfant aurait à gérer les responsabilités seigneuriales comme le faisait Jeric. Si elle le voyait encore comme un enfant frêle à protéger, lui, ne cessait de lui rappeler qu’il était assez grand et mature pour commencer à prendre les choses en main. La lady de Grand-Arc peinait de plus en plus à cerner ce que son fils avait en tête. Il avait tout juste onze ans et sa volonté de bien faire et de se montrer adulte était déjà bien pressante. Heureusement, elle l’aiguillait et tâchait de ne pas le laisser livrer à lui-même – après tout, elle était encore la régente de Grand-Arc, même si Sven s’évertuait à l’oublier et à ne pas la traiter comme telle. Le temps fut clément lors de la traversée du Val, ce qui permit à Tyana de profiter de la nature qu’elle n’avait que trop fui depuis son altercation avec les hommes du clan des Montagnes de la Lune. Elle avait nourri une certaine angoisse à voyager avec son fils dans de telles conditions mais l’escorte de chevaliers eut vite fait de décourager les impudents.

Lorsqu’ils arrivèrent enfin à Roches-aux-Runes, ce fut un vrai soulagement de poser pied à terre et de profiter du cadre qu’offrait le fief Royce. Beaucoup de gens se pressèrent pour les débarrasser de leurs affaires, précisant que lady Catelyn était en pleine séance de doléances. Tyana ne pouvait que comprendre les responsabilités que la dame de Roche-aux-Runes devait satisfaire avant de pouvoir la rencontrer. Lady Veneur prit soin de se changer pour vêtir une robe gris anthracite aux motifs de fil sombre et d’une pèlerine bordée de fourrure blanche. Elle alla retrouver Eron, qui lui aussi, avait troqué sa tenue de voyage contre une bien plus seyante et ils entreprirent de rejoindre les jardins. L’héritier de Grand-Arc n’avait jamais rencontré Aline mais pour sûr qu’il appréhendait cette rencontre beaucoup moins que sa mère. En arpentant les jardins, Tyana dut reconnaitre le bon goût de la végétation qui y poussait. C’était raffiné et particulièrement reposant – un lieu de vie qui ne put que ravir la dame de Grand-Arc. Ils mirent un peu de temps à trouver Aline, assise sur un banc dans un coin ombragé. La jeune femme était loin d’être la gamine dont elle se rappelait. Elle sentit son cœur se serrer à lui offrir une myriade d’étoiles dans les yeux puis tâcha de ravaler ses émotions fortes, arborant un sourire aussi doux que sincère. Tyana s’approcha, écartant les bras pour accueillir la jeune brune dans une accolade retenue.

« Aline… Cela fait si longtemps. Que tu es resplendissante ! Cela m’étonne que père ne se soit pas empressé de te marier. » – Plaisanta-t-elle, plongeant ses prunelles claires dans celles de sa sœur. Ses mains glissèrent pour lui saisir les mains avec douceur alors qu’elle reprenait. « Je suis heureuse de pouvoir te voir, et de sortir un peu de Grand-Arc par la même occasion. Permets-moi de te présenter Eron, mon fils. »

Tyana rompit le contact avec sa sœur pour glisser une main dans le dos de son fils et l’encourager d’un regard approbateur. Eron sembla piquer un fard mais daigna tout de même incliner poliment la tête.

« Bonjour Aline. Mère m’a beaucoup parlé de vous. »

Aline était tout sourire. Elle fut une enfant réservée mais eut vite fait de trouver sa place auprès de femmes de bonne compagnie. Elle semblait enthousiaste et particulièrement épanouie.

« Tyana… Je suis navrée de ne pas être venue te voir à Grand-Arc, mais tu sais comme père aime nous garder près de lui lorsque les choses ne vont pas dans le Val. » – Glissa Aline, arrangeant sa chevelure avant d’observer Eron en souriant. Elle s’abaissa devant Eron en faisant une petite courbette altière puis reprit la parole. « Eron, je suis heureuse de te rencontrer ! J’ai tellement entendu parler de toi par missive. »

Aline les invita à s’asseoir à ses côtés puis évoqua les divers sujets dont les deux jeunes femmes avaient pu parler par correspondance. La famille, sa vie à Roche-aux-Runes et la gentillesse de Catelyn Royce. D’ailleurs, la jeune femme ne savait pas trop à quoi s’attendre de la lady mais Aline n’en contait que du bien. Son fils n’avait clairement pas l’air bien intéressé par la discussion des deux sœurs qui se résumait sûrement pour lui à des jacasseries de femmes. Heureusement pour lui, son propre ennui fut rapidement rompu par l’arrivée lady Royce et de son jeune fils, sûrement âgé de quelques années de moins. Il resta en retrait à observer tandis que les présentations se déroulaient. Tyana et Aline se redressèrent d’un même mouvement – un œil attentif aurait d’ailleurs perçu la particularité de famille qui creusait leurs fossettes lorsqu’elles souriaient.

« Lady Catelyn, je vous en prie, ne vous excusez pas. Le protocole est certes ennuyeux mais nécessaire pour des femmes comme nous. » – Commença-t-elle, inclinant le visage dans sa direction. « Aline n’a cessé de me parler de vous et j’étais fort impatiente de faire votre connaissance. »

Attrapant les pans de sa robe, Tyana salua le garçon qui se révélait être le fils héritier de la jeune dame. Elle se redressa et coula un regard à Eron pour qu’il daigne s’avancer.

« Je vous présente Eron, mon fils. Je suis certaine qu’il s’entendra à merveille avec le vôtre. » – Le jeune blond afficha un sourire courtois et s’inclina devant ses hôtes. « Nous avons fait bonne route, je vous remercie. Surtout que nous avons eu l’occasion de nous arrêter à Vieux Havre et Chêne-en-fer. Eron n’a pas beaucoup d’occasions de voir son grand-père, lord Melcolm. Mais j’espère ne pas vous déranger dans quelconques tâches lady Catelyn. Vous avez sûrement beaucoup à faire depuis que votre époux est parti. »

La guerre qui se préparait contre les Fer-nés n’était un mystère pour personne. Tyana savait parfaitement à quel point Sven aurait voulu y mener les hommes de Grand-Arc mais la présence fortuite de ces barbares des Montagnes dans le Val n’avait guère arrangé leurs affaires. Lady Royce était plus jeune qu’elle et sa beauté n’était pas un mystère. Elle était élégante et possédait un visage fin, encadré par une chevelure brune qui faisait ressortir ses yeux noisette et son teint de lait. Tyana réalisa que si elle avait conscience de souffrir de sa solitude dans le Val, elle n’avait pas pour autant tenter d’engager une correspondance avec lady Catelyn Royce. C’était donc une opportunité à saisir pour la Valoise que d’apprendre à faire connaissance avec la belle dame. Lady Veneur glissa un regard à sa sœur et elle décela dans le sien une certaine fierté et un enthousiasme indéniable.

« Alors, dites moi ! Aline parle de Roche-aux-Runes comme d’un havre de paix, et c’est vraiment l’impression que cet endroit me donne. Si d’aventure vous désirez visiter Grand-Arc, vous êtes les bienvenus ! » – Un mince sourire illumina son faciès à nouveau.

Eron daigna finalement s’approcher du jeune Rickard et tenta maladroitement de l’interpeller.

« Tu as des frères et sœurs ? » – Le garçon connaissait pourtant bien la réponse à cette question. Il était dans le devoir de tout seigneur de connaître ses voisins et Eron était du genre à savoir ses leçons par cœur. Mais Tyana ne put que saluer l’initiative de son fils. Tant qu’ils trouvaient tout deux à discuter et échanger, elle n’avait pas à s’inquiéter pour lui.
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Message Mar 16 Avr 2013 - 20:02

Je ne me rappelais pas avoir jamais croisé Lady Veneur depuis mon arrivée à Roches-aux-Runes. Grand-Arc était situé bien plus près des Montagnes de la Lune, dans le prolongement de la chaîne montagneuse au sommet de laquelle trônaient les Eyrié. La distance à vol d’oiseau n’était pas très importante, mais la baie sur laquelle s’ouvrait Roches-aux-Runes forçait un très long détour par Chênes-en-Fer, Vieux-Havre et Moore, car il fallait toujours longer la côte afin d’éviter le territoire des Clans. Ces mêmes Clans qui rendaient nécessaire la présence d’une solide escorte armée lors des déplacements dans le Val. Lord Arryn ou d’autres Maisons valoises avaient à plusieurs reprises sollicité Andar pour les assister dans des expéditions punitives visant à calmer les ardeurs de ces encombrantes et sauvages tribus, et si ni l’éradication ni l’apaisement n’avaient été atteints, au moins appréciais-je ces missions qui bénéficiaient à tous les habitants de nos terres et de celles de nos voisins. Alors qu’une guerre contre les Fer-nés, même de défense ? Les Royce n’étaient pas des marins, ni des marchands, et encore moins concernés par les pirates des îles de Fer, pas plus que les Grafton, les Melcolm ou même les Sunderland. A moins qu’un capitaine ambitieux ne décide de gâcher un nombre incalculable de Lunes à contourner Dorne, ce qui n’était pas arrivé durant les douze années que j’avais passées ici. J’étais de celles qui pensaient que les forces de la Maison n’avaient pas grand chose à faire dans l’Ouest, car les Arryn étaient sans doute les seuls qui en retireraient quelque chose de positif, même s’il s’agissait d’un bien aussi évanescent que le prestige. Andar serait le loyal général dont personne ne se souviendrait, sauf les veuves qui demanderaient pourquoi leur homme était mort si loin de leur maison.

Lady Tyana était une très belle femme, qui avait en plus l’élégance d’avoir une taille raisonnable m’évitant d’avoir à lever la tête en permanence - nous pouvions d’autant plus parler d’égale à égale entre nous si l’une ne toisait pas l’autre. Elle avait les yeux bleus et les cheveux blonds, et je ne doutai pas un seul instant que de nombreux jeunes hommes aient dû en leur temps chercher à la conquérir. Mais c’était aussi la régente de la Maison Veneur, et avait en tant que telle un port noble et altier. Aucun de ces éléments ne me surprit, car j’avais à plusieurs reprises entendu Aline me dire tout le bien qu’elle pensait de son aînée. Peut-être avait-elle été en son temps la même jeune femme fragile que moi, mais la réalité du pouvoir mettait face à ses responsabilités. Je m’attardai un instant pour apprécier le goût de sa robe, avant de pousser mon fils rougissant à répondre à Eron, d’un gentil geste de la main.


« Oui, un petit frère, Randall. » dit-il finalement. « Mais il est trop petit pour venir. » Après un regard dans ma direction, il demanda : « Tu veux venir t’amuser ? », sa timidité étant tout de même moins forte que l’envie de fuir une ennuyeuse discussion entre sa mère, Aline et leur invitée. Et tous deux seraient un jour seigneurs de leurs fiefs respectés, qu'ils passent du bon temps ensemble pouvait être plus important qu'il n'y paraissait.

« Aline m’avait fait les mêmes éloges de vous », répondis-je ma part avec le sourire poli que j’arborais dans les circonstances officielles. Il n’était pas systématique, mais Lady Tyana appartenait à la famille de ma dame de compagnie, et n’était donc pas une parfaite inconnue. Je pouvais me permettre de partir avec un a priori positif sur sa personne. « Je suis heureuse de savoir que la route a été sûre. On ne peut jamais juger de rien lorsque l’on voyage près des Montagnes. J’avais visité Chênes-en-Fer avec ma mère, il y’a quinze ans, avant de me rendre au dîner où j’ai rencontré mon époux pour la première fois. Vous entendre en parler me rappelle comme le temps passe vite, comme si voir mes fils grandir ne suffisait pas. » En ces temps paraissant une éternité, j’étais toujours une Sunderland, mais on ne m’avait pas encore vendue. C’était une autre vie, presque celle d’une autre personne quand j’y repensais. A l’époque, la ville m’avait impressionnée, car tout paraissait gigantesque – et propre, et avec une odeur tolérable – à côté de Sortonne.

« Je suppose que vous pouvez deviner quel genre de problèmes je me dois de régler » ajoutai-je. « Ce doivent être les mêmes doléances qu’à Grand-Arc. Des artisans mécontents, des cultivateurs inquiets, des querelles et des disputes, ou de vieilles rancoeurs qui resurgissent. La première fois que j’ai dû m’en charger en l’absence d’Andar, j’ai trouvé ces tâches les plus assommantes du monde, mais il nous revient la responsabilité de veiller à ce que tout se passe au mieux dans notre fief, d’autant que nous avons la chance de voir la guerre nous épargner, pour le moment. »

C’était un sujet de conversation que je brûlais d’aborder, mais je ne voulais pas passer pour une personne bornée qui forçait les sujets de conversation à une invitée. Il fallait que je veille à ce que tout cela vienne aussi naturellement que les nouvelles de la famille ou les perspectives de mariage de nos fils.

« Il est vrai que tu ne m’as jamais fait le déplacement à Vieux-Havre ou à Grand-Arc, Aline », remarquai-je. Ma dame de compagnie n’était là que depuis trois ans, mais aller de Roches-aux-Runes à la demeure familiale des Melcolm n’était pas un voyage aussi long que de venir des Trois-Sœurs. Et Aline semblait en prime avoir une très bonne relation avec sa famille, ce qui n’était pas exactement mon cas. « Est-ce un projet qui te tenterait ? Tu pourrais repartir avec Lady Tyana. »

« Je vous remercie, Lady Catelyn, mais je souhaiterais attendre le retour de Lord Andar. Je suis votre dame de compagnie, ce serait une faute de vous laisser seule » répondit-elle, et je la remerciai d’un sincère signe de tête. Elle était vraiment parfaite.

« Les Sept sont vraiment intervenus en ma faveur lorsque votre sœur est entrée à mon service » ajoutai-je d'ailleurs à l’intention de mon invitée. « Je vous rassure toutefois, vous ne me dérangez en aucun cas. Roches-aux-Runes est bel et bien paisible, et d’autant plus calme que mon époux a emmené une partie des troupes avec lui chez les Arryn. Les soldats en temps de paix sont une des premières causes de troubles dans le fief, ils ne trouvent jamais comment s’occuper calmement, et surtout sobrement. Ceux de Grand-Arc sont-ils pareils ? » Je tentai de me souvenir du fief des Veneur, que j’avais traversé à trois reprises sans jamais y faire plus qu’une brève escale. Sans succès. « Après tout, votre vin est si réputé qu’il doit être d’autant plus difficile d’empêcher les hommes de trop en boire. Nous avons nous-mêmes quelques bouteilles venant de vos terres dans nos caves, comme toute maison Valoise digne de ce nom. » Je m’abstins d’ajouter que les caves de la maison Sunderland en étaient également remplies, car ces bouteilles-ci avaient été obtenues bien moins légalement, et je ne souhaitais pas que la question de mes origines devienne le centre des attentions. J’étais prête, et même habituée à répondre aux questions, mais je ne faisais jamais le premier pas pour les suggérer.

« J’apprécierais grandement de pouvoir vous rendre visite, mais je me dois hélas d’attendre qu’Andar revienne. Nos terres ont beau être paisibles, il est préférable que l’un de nous s’y trouve en permanence. On ne sait jamais ce que le destin nous réserve » précisai-je. « Mais je vais cesser là les sombres pensées. M’accompagnerez-vous jusqu’à notre salle à manger ? Mon ventre crime famine après tout ce temps passé assise à parler, et peut-être souhaiteriez-vous aussi une collation après ce long voyage ? » Plus que d’un bon repas, j’avais envie de sucreries. Je savais qu’Hector s’assurait en permanence que ma réserve personnelle ne soit jamais vide. « Nous pourrons alors aviser du programme de votre visite. » J’indiquai du bras la direction de l’aile seigneuriale, dont la salle de manger était très proche, au cas où mon invitée réponde favorablement à cette proposition dictée par mon estomac.
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Tyana Veneur
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♦ Lieu : Grand-Arc dans le Val d'Arryn
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Message Jeu 18 Avr 2013 - 17:04

Tyana ne pouvait que s’attendrir devant l’échange de leur fils respectif. Rickard semblait être un enfant réservé, encore trop jeune pour daigner faire preuve d’orgueil. Eron avait grandi seul, avec comme seul modèle son paternel et son désir de lui ressembler au plus haut point. Lady Tyana ne pouvait que le regretter – après tout, chaque enfant se devait d’avoir une jeunesse. Elle espérait simplement que son fils accepterait de laisser derrière lui ses quelques responsabilités pour retrouver un brin d’enfance en compagnie du jeune Rickard. Après quelques hésitations, Eron acquiesça du chef. Il n’avait même pas regardé sa mère pour attendre une éventuelle approbation. Tyana avait l’impression que plus son fils assistait Sven Veneur, plus il se détachait d’elle et lui donnait cette impression qu’elle n’était rien qu’une femme idiote et sans autorité. Elle se pinça très légèrement les lèvres, les suivant du regard alors que les deux garçons s’éloignaient dans les jardins. Lady Veneur plongea de nouveau ses yeux dans ceux de la dame de Roches-au-Runes, chassant ainsi tout désarroi qui aurait pu se peindre sur son visage par inadvertance. Lorsqu’elle lui confia qu’Aline ne s’était pas tarie d’éloges à son égard, un sourire charmé vint étirer les lèvres de la dame de Grand-Arc.

« Je suis ravie de savoir ma sœur en votre compagnie dame Catelyn. » – Lui assura-t-elle en échangeant un regard complice avec la jeune Aline. Lady Royce exprima ses inquiétudes vis-à-vis des voyages dans le Val et des dangers que cela représentait. Tyana ne pouvait que consentir – la présence de quelques individus des Clans des Montagnes au cœur de son fief l’avait fort inquiété. Sven avait organisé des battues pour les chasser de Grand-Arc mais la jeune Valoise n’en était pas pour autant rassurée à l’heure d’aujourd’hui. L’évocation par Catelyn du temps qui s’égrenait et de ses garçons qui grandissaient ne put qu’arracher un sourire triste à Tyana. « Oh, je me souviens de mon mariage comme si c’était hier. Le temps passe vite, et nos enfants sont là pour nous le rappeler. »

En l’occurrence, Tyana ne pouvait point se targuer d’avoir fait bon nombre d’enfants à son défunt époux. Sa perte fut tragique, comme si elle ne s’imaginait pas reformer une famille après ça. Bien que ce mariage avait été un arrangement, elle avait aimé Jeric de tout son cœur. Elle avait appris à le faire. Tyana retira lentement ses gants d’un gris sombre et inclina son visage en direction du soleil qui baignait les jardins d’une agréable lumière de printemps. Quand Catelyn lui parla de sa séance de doléances, qui était la première donnée en l’absence de son époux, Tyana compatit d’un geste de tête.

« Ce fut pénible pour moi aussi d’y goûter la première fois. Prendre parti ou modérez les colères pour arriver à un entendement n’est pas ce qu’il y a de plus simple ! » – Lui glissa-t-elle sur le ton de la confidence. « Mais avec un bon conseiller à nos côtés, la tâche se révèle moins ardue, je me dois de l’avouer ! »

Sven n’avait pas que des mauvais côtés – elle tentait toujours de se convaincre malgré tous leurs désaccords. Lorsque la dame Royce permit à Aline de repartir pour Grand-Arc en compagnie de sa sœur, cette dernière refusa poliment. Même si ça avait de quoi décevoir Tyana, elle pouvait comprendre les responsabilités qui la retenaient auprès de lady Catelyn.

« Nous aurons bien d’autres occasions. Il serait en effet malvenu de vous laisser seule en ce moment lady Catelyn. Pour tout vous dire, j’aimerais beaucoup vous accueillir toutes les deux, lorsque le temps vous le permettra. » – Elle glissa un regard à sa jeune sœur avant d’en revenir à lady Royce. Les compliments que cette dernière offraient à Aline n’avaient rien de surprenant. La jeune femme était dévouée, chaleureuse, et pleine de bon sens – Tyana était ravie de la situation actuelle à dire vrai. Catelyn évoqua l’agitation habituellement instaurée par les soldats qui ne savent pas s’occuper sans boire à outrance. Tyana avait toujours tenté d’instaurer une rigueur respectueuse à ce niveau là, et elle savait que Sven en faisait de même. Lady Royce glissa un petit compliment au sujet des vins provenant des caves de Grand-Arc et Tyana ne put que lui reconnaitre une sagacité bienveillante. « En effet, mon époux aimait à boire ce vin qui remplit nos caves. » – Un éclair de tristesse vrilla son regard avant qu’elle ne se reprenne. « Nous tentons de restreindre nos soldats – le vin échauffe les esprits, et je n’ai nulle envie que notre maison soit représenter par des éméchés qui en oublient le respect. »

Tyana pouvait paraitre sévère mais elle avait du à régler bien trop d’affaires déplaisantes qui mettaient en scène un homme saoul et des violences malvenues. Elle ne supportait pas les violences gratuites, comme les abus de pouvoir – et lorsque les victimes étaient des femmes, alors la lady de Grand-Arc était d’autant plus stricte et vindicative. Après tout, n’était-elle pas à la tête de la maison Veneur pour l’instant ? Elle tentait d’instaurer un respect et une considération plus juste envers les femmes – ce qui posait véritablement quelques soucis à certains. Catelyn évoquait l’éventualité de venir lui rendre visite lorsque seigneur son époux serait rentré. Westeros était à la guerre en ce moment, et les petits tracas que cela suscitait chez les dames étaient non négligeables. Tyana offrit un regard réconfortant à son interlocutrice.

« Je prierai les Sept de préserver votre époux durant la bataille et j’espère pouvoir festoyer en votre présence lorsque les Fer-nés seront cloîtrés sur leur île. » – Lui confia-t-elle. « J’ai la chance d’avoir le frère de Jeric à la tête de Grand-Arc durant mon absence. Il est un homme de guerre, mais nous avons quelques affaires préoccupantes à régler qui requièrent sa plus grande attention. »

Lady Tyana ne comptait pas inquiéter son hôte et il était vrai que les sombres confidences n’étaient pas une priorité dans ce havre de paix où elle pouvait enfin prendre le temps de respirer. Ainsi, lorsqu’elle lui proposa de l’accompagner pour grignoter, la jeune femme posa une main sur son ventre avant d’hocher la tête.

« Je vous avoue que j’ai un petit creux sur l’estomac. Avec grand plaisir lady Catelyn. »

La jeune Valoise interpella son fils qui se trouvait un peu plus loin en compagnie du jeune Rickard et le petit groupe se mit en marche vers l’aile seigneuriale. Tyana suivit son hôte, ne manquant pas de darder ses prunelles sur l’environnement. C’était décoré avec soin et avec goût – une certaine chaleur se dégageait irrémédiablement de l’endroit. Elle se porta prés de son interlocutrice et reprit la parole, gardant un œil sur son fils qui échangeait quelques mots avec Rickard.

« Comment se porte votre famille ? Avez-vous souvent l’occasion de les voir ? » – Une question qu’elle s’était toujours posée au sujet des ladies voisines. Catelyn était une Sunderland, et avait de ce fait une relation un peu houleuse avec la couronne depuis la Rébellion Feunoyr. Tyana n’allait nullement les juger – elle ne s’estimait pas être en droit de le faire. « Si vous saviez comme j’ai hâte que la guerre se finisse. Ces barbares ne veulent manifestement pas entendre raison et c’est regrettable pour eux. »

Tyana n’avait pas grande estime pour les Fer-nés, comme toutes les dames éduquées de Westeros qui ne comprenaient guère leurs us-et-coutumes.
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Message Dim 21 Avr 2013 - 5:43

Les discussions régies par la simple règle de la politesse, dans lesquelles les questions étaient rhétoriques et les réponses prémâchées, pouvaient après tout s’avérer elles aussi riches en enseignements. La rencontre avec une dame noble de haut rang obéissait à des traditions, et avant que les paroles ne prennent un tour plus intime ou personnel, il fallait obéir à un certain nombre de lois jamais écrites, mais toujours respectées. Demander des nouvelles de la famille, de l’état du fief, des petits malheurs sur lesquels il était bon de ne pas s’étendre pour montrer son attachement à la charge seigneuriale, tout cela formait une partition que je connaissais par cœur. Mais me voir mentionner les vertus de la présence d’un conseiller efficace emmena mon esprit vagabonder sur le cas de ma propre gestion. J’étais bloquée à Roches-aux-Runes, avais-je dit, faute d’avoir quiconque pour exercer correctement mes fonctions en mon absence. Merwyn, bien sûr, était un infatigable travailleur dont la compétence n’avait jamais été prise en défaut, mais il n’était guère de ceux qu’un seigneur de passage ou qu’un chevalier errant apprécieraient de rencontrer. Du reste, s’il se montrait parfaitement dévoué, ses tâches consistaient essentiellement à suivre des ordres, et non à prendre des décisions.

Quant à la famille d’Andar, elle se résumait de fait à Lyam, son frère cadet, depuis que Maeve avait rejoint son époux à Goëville. Non que son absence pose problème, car je n’osais imaginer ce qui se passerait si d’aventure elle venait à se retrouver à la tête d’un fief. Elle avait des qualités, mais ni la concentration, ni le pragmatisme n’en faisaient partie, or sans ça même les Seigneurs des plus riches régions du Bief ou de l’Ouest couraient à la ruine. Restait donc Lyam, ser Lyam plutôt, qui avait passé son existence dans l’ombre de son aîné. Il l’avait d’ailleurs accompagné chez les Arryn, ce que j’avais pris pour une preuve de la confiance que m’accordait Andar, mais qui de fait me privait de la seule personne capable de me suppléer. Car Lyam était intelligent, sans doute plus roué que son frère d’ailleurs, et parfaitement apte à gérer à son tour les affaires de la Maison Royce. Il préférait simplement les champs de bataille aux salles de conseil, sans doute dans l’espoir inconscient d’enfin se distinguer.

Je n’avais aucune autorité sur Lyam, mais celui-ci adorait sans réserves son frère. Un début de plan se dessina dans mon esprit : il me faudrait transmettre un corbeau à Andar, lui demandant de renvoyer son cadet à Roches-aux-Runes pour me remplacer lors de mes déplacements personnels. Puis, une fois celui-ci de retour, j’insisterais sur la dignité qui se dégageait de la charge qui l’attendait, et sur l’honneur et le respect qui accompagnaient les gestionnaires les plus efficaces, avec par exemple une plaisanterie sur les racines du prestige des Bieffois. Le projet me paraissait peu risqué, et bénéfique pour les trois parties : Andar gagnerait un frère dont le caractère s’affirmerait, Lyam pourrait se faire un nom autre que « le cadet des Royce », et j’aurais la possibilité de me déplacer librement hors de la cité. Je laissai cette succession de pensées secrète, mais eut un petit sourire pour Lady Tyana qui avait involontairement lancé ma réflexion.


« Je vous remercie du fond du cœur de cette invitation. Je tâcherai d’y répondre favorablement quand le temps le permettra. Cela pourra être l’occasion pour Rickard, et même Randall s’il est assez grand, de découvrir le Val » dis-je en inclinant la tête. Je notai qu’à deux reprises déjà, la Dame de Grand-Arc avait mentionné son mariage ou feu son époux, ce qui devait dénoter un véritable attachement, sans doute encore plus fort que celui que j’éprouvais pour Andar. Je me promis de l’interroger sur ce sujet lorsque je jugerai le moment opportun.

« Je ne sais des Fer-nés que ce qu’en disent les rumeurs, dois-je avouer. Pour moi, ils représentent un danger à peine plus concrèt que les êtres de légende qui attendraient au-delà du Mur. Je n’ai encore jamais vu une de leurs boutres menacer nos côtes, que ce soit ici ou à Sortonne » précisai-je sans cacher le doute que j’éprouvais sur la clairvoyance de cette expédition pour les maisons Valoises. « Je comprends que certains problèmes paraissent vous concerner plus directement. La Maison Veneur a-t-elle répondu à l’appel de Lord Arryn ? » J’avais sans entendu la réponse dans la bouche d’Andar, mais cela avait certainement été noyé par les considérations stratégiques et les tailles des délégations des différentes maisons. Je savais pourtant que la force militaire était essentielle, et qu’il me faudrait un jour me pencher sur les forces en présence dans le Val afin de savoir jauger la puissance de chaque seigneur.

Nous migrâmes ensuite tous les cinq vers la salle à manger, et si Rickard était aussi silencieux qu’à son habitude, il semblait d’humeur enjouée, ce que je pris pour un bon signe. Je remarquai l’attention de Lady Tyana pour les détails de la décoration, et me permis quelques remarques sur les pièces qui méritaient explication, puisque contrairement à la stratégie, il s’agissait d’un domaine que je maîtrisais, et même qu’ici je dirigeais.
« Cette tapisserie représente la forge des armures de bronze de la Maison Royce par les Premiers Hommes » commençai-je en montrant une immense fresque murale de près de dix pieds de long qui m’avait ébahie lors de ma première visite. On y voyait une myriade d’artisans s’atteler à toutes les étapes de leur création, depuis l’excavation du minerai jusqu’à la trempe et à l’ornementation. « Il s’agit d’un de nos biens les plus précieux. Ici, une de mes œuvres, bien moins impressionnante je l’avoue. Il s’agit de la vue des côtes au Nord depuis le haut du donjon de la forteresse, au passage d’un navire de marchandises. Je me souviens avoir grandement perturbé la garde des archers qui s’y trouvaient lorsque je commençai à y passer du temps. » Je m’interrompis pour ne pas passer pour prétentieuse prête à gloser des heures durant sur ses propres travaux, d’autant que nous arrivâmes dans la salle à manger où je fis mander une collation par un des serviteurs qui nous accueillit. Nous pûmes ainsi rapidement nous asseoir autour d’une table où trônaient deux corbeilles de fruits frais, du pain, du fromage, ainsi qu’un assortiment de sucreries spécialement à mon intention contenant du pain d’épices, des tartelettes, des pêches au miel ainsi que des cornes de sucre filé. « J’ai un faible pour les mets les plus doux depuis ma première grossesse », avouais-je pour justifier leur nombre et leur variété, ainsi que le fait que de tels plats soient prêts à une heure bien différente de la fin d’un dîner. « N’hésitez pas à y goûter, notre cuisinier Hector est extrêmement doué. »

Je décidai être finalement prête à répondre aux questions sur ma Maison d’origine. Il s’agissait d’un sujet que j’avais bien du mal à aborder, du fait d’un mélange de regrets, de ressentiment, de honte et de volonté d’oublier dont je ne m’étais jamais tout à fait départie. Lady Tyana n’était bien sûr par la première à me questionner, et j’avais avec les années élaboré un grand nombre de réponses toutes plus diplomatiques les unes que les autres. Mais certains de mes proches, dont Aline, savaient quelle était mon opinion réelle sur la question, et compte tenu des liens entre ma dame de compagnie et mon invitée, je jugeai superflu d’emprunter une fois de plus le langage de la diplomatie, aussi poli et correct que faux que pauvre en réelles informations.

« Je n’ai pas rencontré de membres de la Maison Sunderland… » - dans mon esprit, ils n’étaient même plus « ma famille » - « …depuis six ans, lorsque je dus me rendre sur l’île de Dolcesoeur pour assister aux funérailles de ma mère. Et j’ai des relations exécrables avec mon père et ses deux fils aînés. Le seul qui me soit sympathique est Artus, mon plus jeune frère, mais il a pris le Noir il y’a de cela trois ans. Il est le seul avec lequel je corresponde, même si les corbeaux prennent un temps infini à aller sur le Mur et à en revenir, et que ses charges l’empêchent parfois de me répondre pendant de nombreuses Lunes. » Je soupçonnais d’ailleurs que les bonnes dispositions d’Artus à mon égard, et son tempérament franc et honnête, aient fini par le pousser à cette décision pour le moins radicale. Il m’avait plusieurs fois répété dans ses lettres que « le Mur ne mentait pas », sous-entendu : « contrairement à Lord Podrick Sunderland ». « Je ne puis donc vous dire comment ils vont actuellement. Mon père est sans doute bien pris par ses activités de contrebande et ses manigances politiques. Je ne regrette pas que les Trois Sœurs soient si loin de Roches-aux-Runes, avec les années, j’en viens à me demander si la seule bonne chose qu’il n’ait jamais faite soit de me marier à Andar. » Marier était un bien grand mot pour ce qui s’était avéré plus proche de la vente, voir du don intéressé. Je décidai de changer de sujet, car mon humeur s’assombrissait toujours lorsqu’il me fallait évoquer toutes ces questions. Au moins Lady Tyana saurait-elle à quoi s’en tenir si elle se retrouvait un jour confrontée à des rumeurs m’accusant de comploter avec les Sunderland. « Mais vous avez raison. Il faut que la guerre cesse, pour que les Valois reviennent s’occuper des affaires du Val. J’aurais pourtant pensé que le Bief, l’Ouest et le Nord combinés auraient assez d’hommes pour repousser cette menace », glissais-je d’ailleurs innocemment. « Savez-vous pourquoi Lord Arryn a décidé de prendre les armes ? »

Aline m’avait à plusieurs reprises dit que la dame de Grand-Arc connaissait plutôt bien Lord Jasper, et il s’agissait donc d’une occasion en or pour obtenir des informations de première main sur le suzerain du Val, et améliorer, ou détériorer encore plus, mon opinion de lui. En effet, il m’apparaissait plus comme un va-t-en-guerre que comme un seigneur responsable, et le connaître mieux pouvait, à défaut de les apprécier, permettre de comprendre et pourquoi pas de prévoir ses décisions dans le futur.

Pour honorer ma promesse antérieure, je décidai aussi, après avoir saisi une tartelette aux mûres et avidement croqué une bouchée, de questionner mon invitée sur feu Lord Veneur, dont elle semblait conserver un souvenir très ému.
« Comment était votre époux, Lady Tyana ? Andar ne le connaissait point assez pour m’en parler longuement, je le crains, mais si j’en crois ses dires il s’agissait d’un de ces hommes qui faisaient du Val la plus digne des régions des Sept Couronnes. »
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Tyana Veneur
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Message Lun 22 Avr 2013 - 13:07

Sa dernière rencontre avec une dame du Val semblait dater d’une éternité pour lady Tyana. Bien que beaucoup trouvent ça assommant de révérences et de sujets de discussions récurrents, la jeune Valoise ne pouvait qu’apprécier le peu d’occasions qui la rapprochaient de ses homologues. Sa solitude lui pesait parfois - un sacrifice que lui incombait le poids de ses responsabilités actuelles. Son père la serinait de trouver un nouvel époux rapidement pour gérer les affaires de Grand-Arc, mais Tyana était loin d’être prête à déléguer le pouvoir à n’importe qui. Elle n’était pas parvenue à faire entièrement le deuil de Jeric, et tant que ça ne serait pas fait, la donzelle ne pouvait se résoudre à épouser un autre homme. Beaucoup d’appréhensions qu’elle ressassait sans pouvoir les formuler à quiconque – après tout, à quoi bon évoquer ce genre de sujets à Sven qui ne cessait de lui rappeler qu’elle n’était que sexe faible ? Pour sûr qu’elle aurait pu en parler à ses sœurs si elle avait eu un contact plus régulier. Elle avait pensé à en parler à Aline dans ses missives, mais ne voulait pas donner cette image d’elle à sa jeune sœur. Elle était une femme forte et responsable – la preuve que les femmes à la tête d’une maison savaient tout aussi bien se débrouiller seules. L’invitation de lady Veneur était tout à fait franche – elle n’avait jamais été réticente à inviter quiconque, surtout lorsqu’il s’agissait de femmes avec qui elle pouvait nouer des liens. Lorsque Catelyn lui assura qu’elle songerait à sa proposition et l’acceptera dés que les temps seront plus cléments, Tyana inclina la tête dans un signe de révérence.

« Je sais comme il est difficile pour une dame de voyager. Je rêve parfois moi-même de découvrir ses contrées fort nombreuses qui me sont inconnues. » – Partagea-t-elle, arborant un regard vague et rêveur. Tyana savait pertinemment que pour certaines dames, l’idée de voyager manquait de charme, mais elle espérait secrètement que son interlocutrice partage un certain enjouement à cet égard.

Lady Catelyn avait l’air sceptique concernant les Fer-nés – elle semblait faire partie de ceux qui ne se sentaient guère concernés, tant la distance séparait le Val de leurs méfaits. Il était vrai que l’on ne pouvait qu’ouïr les rumeurs circulant à leur sujet, mais Tyana ne s’estimait pas à l’abri, et surtout, elle était bien trop empathique pour ne point se soucier du reste du Westeros. L’évocation des légendes d’au-delà du Mur fit sourire la dame de Grand-Arc – elle était passionnée par toutes ces mythes, et crut bon de remarquer que son interlocutrice était plus pragmatique et terre à terre qu’elle. Plissant malicieusement les yeux, la jeune femme reprit la parole avec un certain amusement.

« Vous êtes donc de ceux qui veulent voir pour croire lady Catelyn. Moi, je suis de ceux qui vivent dans la prévention – je redoute et même si je ne suis pas moi-même frappée par les maux, je tente désespérément de les combattre. Nous avons de la chance d’être épargnés par les Fer-nés, mais pour combien de temps ? Si leurs Iles s’étaient trouvés de notre côté, j’aurais prié pour que d’autres contrées plus isolées nous viennent en aide. »

Sûrement était-ce un peu niais ou utopique ? Elle n’en ressentait pourtant aucune gêne. Cela faisait partie de son caractère, et acceptait que leur point de vue diverge sur le sujet. Quant à la question que lady Royce lui posa, Tyana laissa planer un petit silence avant de reprendre, un sourire sur les lèvres.

« Nous avons envoyé quelques gens avec ceux de lord Melcolm. Ser Sven aurait voulu diriger les troupes, mais nous avons quelques individus des Clans à chasser hors de nos terres et cela nécessite toute notre attention dans l’immédiat. » – L’informa-t-elle. Catelyn avait raison de préciser que le Val avait son lot de problèmes à régler – et il se révélait parfois difficile d’être disponible pour son suzerain tout en assumant ses responsabilités seigneuriales.

Roche-aux-Runes était un endroit bien agréable, et il s’en dégageait une certaine chaleur que Tyana trouvait absente à Grand-Arc. N’était-ce pas du à toutes ces fresques et tapisseries qui piquaient la curiosité de lady Veneur ? Alors qu’elle y attardait son regard tout en suivant son hôte, cette dernière lui toucha quelques mots sur le sujet. Observant l’ouvrage représentant la forge de la Maison Royce d’un œil impressionné, la jeune Valoise ne put s’empêcher de pousser un soupir d’admiration lorsque Catelyn précisa qu’elle les avait réalisés. Tyana avait toujours préféré les balades à cheval plutôt que le dur labeur de l’aiguille ou des arts.

« Je trouve ça merveilleux que de pouvoir illustrer le patrimoine de sa propre Maison. Permettez-moi de vous dire que vous êtes très douée lady Catelyn. » – Elle jeta un œil vers son fils qui marchait à quelques pas et le sollicita. « Tu as vu comme c’est beau Eron ? »

Le jeune garçon semblait vaguement intimidé et admiratif. Il hocha vigoureusement la tête, se gardant toutefois de dire quelques mots. Ils vinrent tous s’asseoir autour d’une grande table où l’on vint déposer de quoi remplir leur ventre vide. En percevant les mets sucrés, Tyana glissa un regard complice à son fils. Il adorait ça, et elle ne douta point de son enthousiasme quant à la suite des évènements.

« Tout a l’air appétissant ! Je ne saurai refuser d’y goûter. » – Répondit Tyana à son hôte tout en hésitant sur le choix à faire. Elle opta finalement pour les pêches au miel et savoura chacune de ses bouchées tout en offrant un regard approbateur à lady Catelyn. « Lors de ma grossesse, j’eus l’impression de manger pour quatre. »

Si ce n’était pour deux étant donné qu’Eron avait beaucoup d’appétit étant nourrisson. Tyana fut plutôt contente que son interlocutrice embraye sur un autre sujet. Elle n’aimait guère s’appesantir sur les enfants, car ça lui rappelait que trop bien ses nombreuses difficultés. En se montrant curieuse sur la famille Sunderland, Tyana craignit de mettre la concernée mal à l’aise, mais elle voulait montrer qu’elle était une oreille attentive, bien loin de juger et de jaser comme certaines ladies appréciaient de le faire. D’ailleurs, lady Catelyn daigna répondre sous le ton de la confidence et avec une franchise qui ne semblait pas feinte. La dame de Grand-Arc, continuait de savourer ses bouchées tout en se gardant d’offrir un regard trop insistant à la jeune femme. Bien que tout le monde aime à vanter les bonnes relations préservées entre familles, il était aussi courant que des griefs séparent les membres d’une même Maison. Tyana fut sincèrement peinée d’apprendre que Catelyn n’entretenait plus aucun contact avec les Sunderland. Elle pouvait comprendre à quel point c’était pénible de préserver de bonnes relations avec des hommes tandis que le seul exemple d’autorité féminin n’était plus de ce monde. Après tout, elle aussi avait perdu sa mère relativement jeune.

« Je suis vraiment désolée de l’apprendre. Quoiqu’on en dise, il est difficile d’être une femme dans une famille essentiellement masculine. J’ai moi-même perdu ma mère étant jeune, mais heureusement, mes sœurs sont nombreuses et mon père nous a toujours respectées sans nous taxer d’une certaine débilité du sexe faible. » – Lui confia-t-elle. Un regard en direction d’Aline vint accompagner ses paroles et cette dernière ne put qu’approuver d’un signe de tête. Catelyn n’avait pas l’air de porter son paternel dans son cœur. Elle le décrivait manipulateur et détestable, et la manière dont elle évoqua Andar Royce comme s’il l’avait sauvé de cette famille avait quelque chose de touchant. « Il m’est d’avis que derrière chaque homme de bien se cache une femme. »

C’était peut-être un peu présomptueux de dire une telle chose, mais les humeurs souvent égoïstes et violentes des hommes étaient souvent bridées par la présence d’une femme qui faisait preuve de sagacité et de calme. Elle adressa un sourire voulu réconfortant à son hôte avant que celle-ci n’embraye sur le sujet de la guerre. Tyana ne connaissait pas tellement les raisons personnelles de son suzerain pour y prendre part, mais elle pouvait vaguement se douter de l’enjeu.

« Je pense qu’un ennemi commun ne peut que renforcer les alliances. Il est important de prendre part à certaines grandes causes pour se faire des alliés de poids. Peut-être bien que lord Arryn, se sent, tout comme moi, aussi concerné que les Terres de l’Ouest par cette menace barbare. » – Elle ne pouvait que présumer. Cela fait bien longtemps qu’elle n’avait pas rendu visite au jeune suzerain. Elle l’admirait, lui et sa bravoure.

Tandis que Tyana se permit de goûter une tartelette sucrée, son hôte l’interrogea sur son défunt époux. Elle fut quelque peu surprise par la question, mais termina son geste qu’elle eut arrêté durant quelques secondes. Si parler de son époux était encore pénible, elle aimait en parler pour se rappeler de lui – comme si elle avait peur de l’oublier. Un petit sourire triste vint étirer les lèvres rosées de la jeune femme.

« Il était un homme parfaitement calme et pragmatique. » – Commença-t-elle, ses yeux posés dans le vide, comme dans un vague souvenir. « Il était très réfléchi, et tâchait de me parler de chacune de ses responsabilités. Mon avis lui importait – et l’estime qu’il avait pour moi et ses enfants parvenait à m’émouvoir même après tant d’années. »

Tyana émit un soupir puis offrit un regard à son fils qui se tortillait sur sa chaise. Après avoir dévoré quelques sucreries, celui-ci semblait embêté d’assister à cette discussion.

« Je pense que lady Catelyn ne verra pas d’inconvénient à ce que tu retournes t’amuser avec Rickard si tu en as l’envie. » – Lady Veneur interrogea la concernée en attendant son approbation puis reprit sur un ton plus jovial. « J’ignore comment les hommes le voyaient, mais c’était un époux formidable. Lord Royce semble vous avoir en quelque sorte sauvé de cette situation familiale difficile. Je crois que nous pouvons nous estimer toutes deux chanceuses d’être tombées sur de tels époux ! »

Un franc sourire étira les lèvres de lady Tyana qui entremêla ses doigts avec tendresse. Aline fit promener son regard de sa sœur à la Roche-aux-Runes. Elle semblait ravie de voir que les deux femmes s’entendaient autant.
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Message Lun 22 Avr 2013 - 16:30

Aux yeux de Lubin, la journée avait été plutôt belle. Venteuse, certes, avec un ciel un peu gris mais le climat sur les côtes du Val D’Arryn ne pouvait en rien se comparer à celui du littoral Bieffois. Par ici l’on se méfiait tant de la marée que des récifs, aussi le temps vivifiant était resté plutôt appréciable pour l’homme d’armes. Fort d’une petite trentaine d’années –si l’on en croyait sa mère qui avait toujours eu tendance à mentir comme un camelot- le soldat avait rejoint la garnison de Roches-aux-Runes il y avait cinq ans déjà après une carrière plus ou moins piteuse de tanneur. Habile à la confection le roturier ne l’avait jamais été, mais avec une épée on l’avait considéré comme suffisamment apte pour rejoindre la garnison permanente du château.

Seule une partie des forces locales n’avait pas quitté le domaine, aussi les protecteurs des terres appartenant aux Royce avaient-ils plus ou moins bénéficié d’une relâche dans l’exercice de leurs fonctions. La guerre contre les Fer-nés n’avait jamais représenté une grande menace dans les environs, le butin qu’il y aurait eu à piller ici n’aurait jamais valu la peine d’entreprendre si long voyage, surtout lorsque des proies bien plus alléchantes se trouvaient sur le trajet. Perché sur son fidèle cheval surnommé trois-Pommes en raison de sa petite taille, Lubin avait passé le gros de la matinée à tranquillement patrouiller au hasard des sentiers et des bourgs environnants, guère pressé puisque loin du regard inquisiteur de son sergent et surtout allant seul afin de couvrir plus de territoire après les réductions d’effectifs.

Ses pérégrinations l’avaient finalement amené dans la partie Nord du fief entourant la forteresse, sur le bord de mer où les vagues venaient s’écraser avec un fracas tonitruant qui illustrait toute la force de l’océan. Bien loin de posséder une quelconque fibre poétique, l’homme d’armes avait profité de l’occasion pour soulager sa vessie derrière un rocher loin des regards indiscrets, il avait un rien forcé sur la bière au petit-déjeuner et la chose n’avait pas pu attendre plus longtemps de peur de souiller ses mailles, sa selle, et sa monture à la fois.

Alors que le roturier avait écouté d’une oreille distraite le chant des mouettes il avait aperçu à l’horizon ce qui ne n’avait d’abord été qu’un minuscule point indistinct, pour finalement se muer en une forme rappelant quelque navire. La chose ne l’avait pas affolé outre mesure, probablement un marchand qui n’avait pas réussi à écouler toute sa marchandise à Goëville comme cela arrivait souvent ou même un bâtiment d’une autre Maison noble venant faire escale. Chose étonnante ce navire ci, une galère à en juger sa taille et son mouillage, s’était contenté de stationner au milieu de la baie plutôt que de pousser jusqu’au port. Rajustant ses chausses pour avancer de quelques pas et protéger ses yeux de la chiche lumière du soleil, Lubin avait finalement remarqué la grande voile et son symbole sur le mat du bateau encore à quelque distance de la terre ferme et se serait certainement félicité de s’être déjà soulagé au préalable si son esprit n’avait pas été en proie à une frousse bleue.

Un soleil orange couchant sur fond bleu, ce blason-là beaucoup le connaissaient pour la simple et bonne raison que depuis la fin de la rébellion Feunoyr il incarnait une menace aussi bien qu’un conte populaire parmi la population côtière. Il s’agissait de celui de Danse-Vagues, un renégat de la Maison Donniger qui après la défaite s’était disait-on séparé de sa lignée pour nouer quelque pacte avec d’obscurs démons de la mer et se lancer dans la piraterie. Les enfants de pêcheurs avaient depuis eu le droit à cette sombre fable les menaçant contre la venue de l’infâme exilé et pillard s’ils n’étaient pas sages, un homme devenu monstre et dont le sinistre repaire mobile se trouvait désormais tout proche. Que faire ? S’éloigner dans un premier temps !

Lubin enfourcha Trois-Pommes avec une telle vivacité que le cheval manqua de ruer sous la surprise et tourna bride pour filer au triple galop vers Roches-aux-Runes, si le forban avait bel et bien décidé d’apporter mort et désolation aux paisibles Vallois il fallait prévenir les autres au plus vite pour organiser la riposte. L’homme d’armes terrorisé ne marqua pas un seul arrêt, presque persuadé d’avoir la mort aux trousses même si la tristement célèbre galère n’avait pour l’heure pas donné signe de vouloir déverser son horrible équipage sur la terre ferme.

Une fois arrivé dans la cour du château il sauta de selle sans même marquer d’arrêt, essoufflé comme s’il avait couru lui-même tout le long du trajet, et fila droit à l’intérieur sans laisser le temps à ses camarades de faction le temps de l’arrêter ou de le questionner. Ordinairement d’un tempérament timide, il n’avait jamais adressé la parole aux nobles propriétaires des lieux et pourtant cette fois-ci il débaroula avec perte et fracas dans la salle à manger, bonhomme hors d’haleine à la face rougie amenant avec lui le bruit de ferraille de l’attirail sur son dos. Sous les regards perplexes de beaucoup il mit genou à terre devant Dame Royce, prenant à peine la mesure de son audace tandis qu’il parvenait à articuler entre deux profondes expirations.

« M’Lady… un bateau pirate… au large… »

Il déglutit difficilement en relevant à peine les yeux.

« Danse-vagues… renégat Feunoyr, M’lady… »

N’en sachant guère plus l’homme d’armes répondrait du mieux à toutes les questions qui lui seraient adressées, non sans clairement laisser paraitre son malaise en présence de nobles personnes après avoir fait une telle irruption.
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Message Mer 24 Avr 2013 - 12:19

Je notai que mon invitée avait une position très sensiblement différente de la mienne quant à la problématique des Fer-nés, et de l’investissement à mon sens excessif des Valois sous l’égide de Lord Arryn dans les combats contre ces pirates. Son avis se tenait, si l’on considérait le principe d’entraide mutuelle qui voulait que l’on prête main forte à son prochain en détresse en prévision de possibles troubles futurs qui pourraient nous toucher. Mais en tant que Dame du Val, dont le fief était dangereusement proche des montagnes de la Lune, elle n’aurait pas manqué de remarquer que les assauts sur les clans se limitaient bien souvent aux Seigneurs des environs, et que jamais un Lannister ou un Tyrell n’avait jugé bon de venir aider à défendre les territoires des Rougefort ou des Hersy. Pourtant, si les forces alliées parvenaient à mettre un terme aux raids des hommes des îles de Fer, il ne faisait aucun doute qu’elles pourraient sans problème faire disparaître la menace permanente qui pesait sur les habitants du Val. Je ne pouvais que supposer que les Arryn ne disposaient pas des mêmes arguments sonnants et trébuchants qui permettraient de convaincre les étrangers de l’importance de leur secours – car si Lord Jasper emmenait par simple bonté d’âme ses hommes à l’autre bout du royaume, il était encore bien plus naïf que je ne l’imaginais.

Lady Tyana confirma d’ailleurs sa participation à l’ost de Lord Arryn, même si elle avait eu la sagesse de garder une partie de ses forces pour parer aux menaces bien plus concrètes. Je doutais que les survivants d’un village de forestiers attaqué par les Freux ou les Sélénites trouveraient un grand réconfort à savoir que les soldats de leur fief avaient capturé un bastion des Greyjoy. Roches-aux-Runes était plus éloigné des clans, et la garde avait été massivement débroussaillée sur l’ordre du suzerain du Val, d’autant qu’Andar aimait rappeler la puissance des Royce aux autres seigneurs, l’orgueil martial faisant clairement partie de ses quelques défauts. Nous craignions peu de choses à l’intérieur de la forteresse, mais les habitants des campagnes n’étaient pas à l’abri d’une bande téméraire ou audacieuse. Mon visage accueillit ces informations sans communiquer la moindre émotion, soutien ou condamnation, par un art qui était devenu naturel au cours des premières années passées ici. L’absence expression était la meilleure méthode pour se prémunir des remarques et des provocations, après tout : la colère poussait le mesquin à poursuivre, et le sourire vous faisait passer pour faible. Mais quel sens cela avait-il d’accabler celle qui ne disait ou ne ressentait rien, en apparence ? On finissait par chercher une nouvelle cible, et les critiques se faisaient moins virulentes. Bien sûr, Lady Tyana ne m’avait pas offensée par sa vision du conflit avec les Fer-nés, mais les habitudes avaient la vie dure, et sur les sujets sensibles il fallait parfois savoir ne pas avoir d’avis en apparence.

Je ne pus par contre m’empêcher d’arborer un sourire satisfait lorsque je fus complimentée sur mes talents de brodeuse, car l’orgueil d’Andar avait été quelque peu contagieux. Même s’il s’agissait peut-être de politesse, les mots résonnaient avec douceur à mes oreilles. Et mon invitée ne me donnait pas l’air d’être une personne fausse, au contraire d’autres de mes rencontres, comme ce fort déplaisant Seigneur de Noirvallon que j’avais croisé à Cendregué. J’avais pris l’habitude de me méfier des jugements hâtifs fondés sur de brèves impressions, cependant, mon esprit n’était pas devenu cynique au point d’être incapable d’apprécier le moindre mot aimable d’une Dame que je connaissais peu. Echanger avec Lord Vyrwel avait au moins eu le mérite de me démontrer les ravages que la rancœur pouvait exercer sur une personne, même s’il n’avait sans doute jamais été le plus doux des interlocuteurs, y compris avant la première rébellion Feunoyr. Je n’aurais de toute façon pas été capable de conserver indéfiniment une façade maussade en sachant que des tartelettes allaient se glisser dans la conversation. Les friandises semblaient d’ailleurs elles aussi au goût de mon invitée, et je me pris à espérer que dans un des fiefs du Val, on ne parlerait pas uniquement de moi sous le sobriquet de « la Sunderland ».


« Je ne pense pas que les hommes soient le problème, car mon plus jeune frère est un être foncièrement bon. Tout dépend de celui qui a la charge de la maison, et chez les Sunderland, il s’agit malheureusement de Lord Podrick » répondis-je avec un peu de regret dans la voix. Nous étions quatre enfants, deux qui tenions de notre mère, et deux qui avaient hérité des « qualités » de notre père. Et encore…je ne savais pas si j’étais digne de l’héritage de Lady Deana. Malgré les épreuves elle n’avait jamais abandonné sa douceur, et je doute qu’elle ait jamais dû recourir à des actes proches de la comédie permanente, tel que je le fis. D’un autre côté, elle n’eut pas à expérimenter le rejet de tout un entourage. Et tout était préférable à l’idée que je ressemblais à mon géniteur. « Et je doute qu’Andar ait eu besoin de moi pour faire le bien. Au contraire, si je le pouvais, j’essaierais de lui faire prendre conscience qu’il a de l’honneur en excès » conclus-je dans un petit rire. « Je ne doute pas avoir plus de malice en réserve que lui. » C’était dit sur le ton de la plaisanterie, mais c’était absolument, irrémédiablement vrai. Du reste, comme c’était peu ou prou l’opinion du Val à notre sujet, je ne voyais pas l’intérêt de nier avec fermeté. Au contraire, mieux valait tourner le sujet en dérision.

« Je crains que ces alliances soient à sens unique, pour tout vous avouer. Je n’ai encore jamais vu des Seigneurs du Bief ou de l’Ouest venir proposer leur aide pour lutter contre les clans des Montagnes de la Lune. » Je croquai avec gourmandise une autre bouchée de ma pâtisserie avant de poursuivre. « Les Valois ont la réputation d’être de grands et honorables chevaliers, et cette réputation n’est pas imméritée, mais je trouve que cela nous dessert quant il est question d’alliances. Peut-être est-ce aussi lié notre orgueil, je ne le sais, mais je reste persuadée que Lord Arryn est trop prompt à proposer son aide à des hommes qui ne le paieront pas nécessairement en retour. » Je terminai après une petite pause. « Je pense que les Sept sont tout autant honorés par la protection de nos vassaux contre la menace des Clans qu’ils ne le sont par ces expéditions contre les Fer-nés. Et que nos devoirs de Seigneurs sont avant tout dirigés vers nos terres. »

Lady Tyana avait une position très différente de la mienne en effet. Peut-être idéaliste. J’aurais aimé pouvoir encore éprouver cette naïveté qui pousse à croire que tout acte de bonté est récompensé. Mon père et la moitié du fort de Roches-aux-Runes s’étaient appliqués à rendre cela impossible.

« Je suis sincèrement navrée qu’il vous ait été enlevé trop tôt, et de ne jamais avoir eu l’occasion de le connaître » dis-je simplement. Certes, les mots paraissaient formels, mais il était bien difficile de trouver les bons lorsque l’on évoquait un deuil ou une grande tristesse. Du reste, le portrait que dressait Lady Tyana de feu Lord Veneur me conduisait à l’imaginer comme un de ces hommes que je ne redoutais point. Je ne tenais en effet nulle rigueur aux autres Seigneurs de leur excès d’honneur, du moins quand, contrairement à celui de Lord Arryn, ils n’étaient pas préjudiciables à ma Maison. Je craignais bien plus les truqueurs, les comploteurs, les manipulateurs, et tous ceux qui abusaient en connaissance de cause de la bonté de leurs confrères. Un rôle qui me semblait parfait pour décrire le Lord Lannister qui allait se voir aidé par des milliers d’épées valoises ayant pour seul but de protéger ses mines et ses récoltes.

J’acquiesçai à l’autorisation de mon invitée donnée aux deux enfants de se retirer, le ventre désormais suffisamment rempli pour pouvoir sérieusement songer à s’amuser. Rickard n’était quoi qu’il arrive pas un garçon turbulent, et je n’avais pas besoin de compter sur un excès d’énergie dépensée pour espérer le calme à l’heure du coucher. Randall était une autre paire de manches, et je songeai d’ailleurs que l’expérience acquise avec mon aînée serait bientôt la bienvenue.

La disparition des têtes blondes nous laissait entre adultes, et nous autorisait de fait à parler plus librement, sans avoir à se soucier de l’influence délétère de mots ou d’idées sur de jeunes esprits malléables. Mais avant même d’avoir pu profiter de cette nouvelle liberté, nous fûmes interrompues par l’arrivée inopinée d’un homme d’armes de la forteresse. Mon regard se durcit devant son outrecuidance, et je crus d’abord avoir affaire à un aviné dépassant les bornes de la bienséance, et pour lequel il me faudrait trouver un châtiment adéquat. Il me détrompa rapidement, en balbutiant quelques mots pour le moins inquiétants. Je me levai d’un bond.


« Danse-vagues ? En êtes-vous certain ? » En prononçant ces mots, je jugeai qu’il ne pouvait s’agir d’une hallucination. Même s’il était possible de questionner la sobriété du soldat, son esprit n’était nullement assez embrumé par les vapeurs alcoolisées pour qu’il soit incapable de faire la différence entre un rêve d’ivrogne et la réalité. Du reste, les armes du renégat de la maison Donniger n’avaient absolument aucune place dans une vision imaginaire. Je poursuivis : « Quelle taille faisait ce navire ? Combien d’hommes peut-il porter, à votre avis ? A quelle distance était-il des côtes ? » Notre garnison était dramatiquement dégarnie avec le départ d’Andar pour les Eyrié, et il fallait rapidement évaluer l’urgence de la situation. Pour ne pas accabler le pauvre homme et qu’il se mette à paniquer, j’ajoutai sur un ton plus conciliant : « Prenez votre temps, tâchez de ne rien oublier. Une fois que vous aurez répondu, allez vite mander le capitaine de la garde, dites-lui de me rejoindre de toute urgence dans la salle du conseil. »

Ces précisions faites, je me tournai vers Lady Tyana. « J’espère ne pas avoir joué les oiseaux de mauvais augure, mais voyez comme ces expéditions dans l’Ouest sont dangereuses. Que dirai-je aux habitants de Roches-aux-Runes si je ne puis les protéger de ces pirates ? » Puis, me rappelant de son statut de Dame de Grand-Arc, je lui demandai : « Avez-vous déjà eu affaire aux hommes de Danse-Vagues ? Les Donniger ne résident pas loin de vos terres. Peut-être pouvez-vous me conseiller à leur sujet ? »

Je ne savais de Danse-Vagues que ce qu’en disait la rumeur, aussi toute information fraîche était-elle particulièrement bonne à prendre. Pour un instant, je me maudis de ne jamais m’être intéressée de plus près aux manigances de mon père, car à coup sûr il devait avoir croisé la route du pirate à de maintes reprises, ne serait-ce que pour quelque affaire de contrebande.
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Tyana Veneur
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Message Lun 29 Avr 2013 - 9:22

Tyana entretenait une vision peut-être un brin féministe du pouvoir. Les hommes avaient toujours eu l'ascendant mais les femmes tâchaient de prendre de plus en plus de place dans la prise de décisions. Ça ne se révélait point facile de vouloir changer l'opinion d'un mâle – elle se confrontait bien assez à cela en étant conseillée par Sven. Ils avaient toujours été le sexe fort, et les femmes étaient de nature bien plus maternelle et avaient tendance à s'émouvoir plus facilement. Lady Catelyn semblait ressentir un profond attachement pour son plus jeune frère – c'était bien le seul de sa famille qui semblait lui manquer. Tyana ne doutait pas qu'Andar soit un homme aussi sincère et respectueux que le fut Jeric – il était aussi vrai que certaine femme était devenue experte en ruse et manipulation pour obtenir ce qu'elles désiraient. C'était un moyen pour une femme de s'affirmer, même si les outils pour y parvenir étaient préjudiciables. Tyana n'avait jamais été une grande manipulatrice. Elle préférait la fermeté, et peut-être un semblant d'orgueil lorsqu'il s'agissait de prouver qu'elle n'était pas d'une faiblesse alarmante. Bien sûr, elle avait le statut de régente pour se le permettre. Les hommes d'honneur étaient souvent la cible de malversations. On avait tendance à les croire crédules et pétris de bienveillance. Le chantage sur l'honneur était bien la pire des choses qui pouvait leur arriver, et elle avait maintes fois redouté que Jeric ne soit pas assez intransigeant pour y échapper. La sympathie n'attire pas la crainte, et souvent, la crainte permet de maintenir ses ennemis à l'écart.

Lady Catelyn semblait hautement perplexe au sujet de l'alliance du suzerain du Val aux contrées voisines pour luter contre les Fer-nés. Elle semblait craindre que ce ne soit là que peine perdue – des risques pris sans rien en contrepartie. Tyana entretenait quelques chimères à ce sujet, préférant espérer que l'aide procurée par Jasper Arryn ne serait pas sans espoir d'une compensation. Les Clans des Montagnes étaient un problème inhérent à la communauté Valoise, tandis que les Fer-nés frappaient la côte ouest de Westeros – du Nord jusqu'au Bief. Lady Royce exprimait le fond de sa pensée au sujet de la réputation qui les précédait – un quelque chose qui jouait en leur défaveur. L'honneur, l'orgueil des chevaliers du Val assurément.

« J'entends bien votre avis lady Catelyn, et il est vrai que je ne peux que partager votre crainte d'une alliance vaine. C'est un risque pour nous de prendre part à cette guerre. L'on peut y perdre beaucoup mais je comprends aussi que lord Arryn veuille tenter de porter le Val dans les bonnes grâces des autres contrées. Comme vous dites, sûrement semblons-nous trop fiers et orgueilleux ? C'est l'occasion de montrer que nos voisins nous importent, un geste qui j'espère, sera remarqué et gratifiant pour le Val d'Arryn. » – Tyana esquissa un doux sourire, espérant que Catelyn ne s’offense point d’entendre son avis. Leur opinion était différente, mais ce n’était pas pour autant que lady Veneur ne désirait pas comprendre les arguments de son interlocutrice.

Lorsque la discussion s’aiguilla sur son défunt époux, la dame de Grand-Arc tenta de ne point paraître trop émue. Catelyn lui fit partager ses condoléances et Tyana ne put que la gratifier d’un signe de tête. Elle n’avait pas envie d’être de mauvaise compagnie ou de se révéler trop enhardie dans ses souvenirs douloureux. Se reposant contre le dossier de son siège, la jeune femme suivit des yeux les deux enfants qui s’éloignèrent pour retourner jouer. Il était bon de voir Eron en la compagnie d’un enfant d’à peu prés son âge et Tyana ne pouvait dissimuler le sourire attendrissant qui lui venait aux lèvres. Aline était restée à leurs côtés, écoutant attentivement leur discussion sans pour autant s’immiscer. Elle était encore jeune, et pourtant, elle n’échapperait pas au mariage et aux responsabilités que cela lui incombait.

Tandis qu’elle s’apprêtait à lui adresser quelques mots, un bruit de pas précipités claqua le sol jusqu’à ce qu’un homme à l’allure dégingandée émerge pour s’agenouiller devant lady Catelyn. Stupéfaite, Tyana suivit l’échange sans ciller, se demandant de quoi il était question. Le pauvre hère venait annoncer l’arrivée d’un bateau pirate et cette mention suffit pour faire frémir la dame de Grand-Arc. Danse-vagues… Tout Valois connaissait le nom de cette galère, car tous craignaient de la voir appareiller leur côte. La rébellion des Feunoyr continuait manifestement à faire parler d’elle – Tyana n’était pas sans savoir que Radcliff Donniger avait refusé l’échec de sa tentative de rébellion. Il s’était mis dans l’idée d’être un renégat, refusant ainsi l’autorité de la Couronne actuelle. Tandis que Tyana échangeait un regard inquiet avec sa jeune sœur, lady Catelyn semblait en pleine possession de ses moyens, demandant quelques précisions à l’homme d’armes qui lui faisait face. Quand lady Royce s’enquit auprès de la dame de Grand-Arc de savoir si elle avait déjà eu à faire face à ce problème, Tyana se mordit la lèvre inférieure en signe de perplexité.

« Radcliff Donniger évite au mieux le fief familial depuis qu’il s’est improvisé pirate. J’ai entendu dire qu’il passe le plus clair de son temps dans les Cités Libres quand il n’est pas en train de sillonner les côtes pour piller. » – Quelle ironie du sort tandis que les deux jeunes femmes échangeaient sur le problème Fer-né qui ne les touchait guère. « Nous n’avons jamais eu d’antécédents avec ce maudit pirate. J’espère sincèrement qu’il ne se risquera point à venir embêter vos gens. »

Cela devait être une source d’angoisse pour la jeune femme qui se devait de régir le fief Royce pendant que son mari était absent. Tyana comptait lui apporter toute l’aide nécessaire et n’hésita pas à en faire part à son hôte pour la réconforter.

« Notre escorte pourra vous aider à les chasser de vos terres s’ils ont l’impudence d’y poser le pied lady Catelyn. Ils sont une trentaine de chevaliers compétents. Il est vrai que les pirates doivent bien profiter de l’ost dirigé vers la côte ouest pour s’attaquer aux fiefs vulnérables. » – Une ridule d’inquiétude en vint à plisser le front de lady Tyana. Elle s’inquiétait dorénavant pour Grand-Arc, même si elle connaissait l’efficacité de Sven Veneur lorsqu’il s’agissait de repousser des envahisseurs.

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Message Dim 5 Mai 2013 - 22:26

Lubin ne s’était jamais senti dans un état aussi piteux depuis cette mauvaise fièvre qui lui avait duré près d’une quinzaine durant l’un des hivers de son enfance, à vrai dire son angoisse actuelle rappelait par bien des aspects les symptômes d’un quelconque mal. Ses jambes tremblaient, il avait tant chaud que froid sous le regard d’abord sévère que Lady Catelyn lui avait adressé, et pour ne rien arranger cette position à genoux le forçait à se plier en avant et du coup à dangereusement appuyer sur un estomac encore empli de mauvaise bière et d’une peur tenace, dissimuler les haut-le-cœur devenait douloureux. Mais sa Dame le pressait déjà de questions et l’homme d’armes un rien relâché en temps normal ne voulait en aucun cas lui faillir, sans doute à cause des conséquences que cela pourrait aussi avoir sur sa propre personne si par un hypothétique manque de vigilance de sa part la moitié de la population environnante finissait massacrée par des pirates. Commençant tout juste à retrouver son souffle et s’escrimant à éviter les yeux de la noble dame, le roturier creusa à toute vitesse dans ses souvenirs pour lui formuler une réponse utile dans les plus brefs délais. Tout était si confus désormais, il avait déguerpi rapidement pour les prévenir et se maudissait désormais de ne pas avoir observé l’ennemi plus attentivement… Après une déglutition pénible Lubin dit enfin :

« Sûr de sûr, M’Lady ! J’ai reconnu le soleil et tout et tout ! »

Les interrogations suivantes le firent franchement hésiter, risquait-il la corde s’il se trompait et sous-estimait la dangerosité de l’ennemi ? La risquait-il si au contraire il faisait une montagne d’un rien ? Butant sur les premières syllabes, il parvint cependant à formuler :

« J-J’crois que c’est une galère, M’Lady, mais elle était très loin v’savez ! Doit pas avoir plus d’une centaine à bord j’pense, M’Lady ! Quand j’suis parti vous prévenir y restaient à mouiller dans la baie, z’avaient pas l’air d’vouloir débarquer ! »

Ce fut avec soulagement que Lubin se vit congédier par la noble Dame, ce fardeau de responsabilités allait désormais reposer sur des épaules bien plus compétentes que les siennes et avec de la chance il n’y aurait aucun drame aujourd’hui. S’inclinant frénétiquement une bonne demi-douzaine de fois avant de se retirer pour de bon, l’homme d’armes alla immédiatement mander son supérieur.

***

Plus d’une heure après l’arrivée du concerné et probablement après que diverses stratégies adéquates aient été envisagées, la nouvelle arriva au château que le tristement célèbre navire avait fait demi-tour pour s’en retourner au large sans s’être approché plus près des côtes. Bien entendu plusieurs rumeurs contradictoires arrivèrent de la part de divers guetteurs et messagers, ou même de membres de la populace s’étant instinctivement rendus aux portes de la forteresse pour profiter de sa protection rassurante. L’on avait un temps parlé d’hommes recouverts d’algues jaillissant de l’écume, voire de tirs de balistes ou même dans le cas d’un vieillard sénile d’une gigantesque créature tentaculaire poussant la galère de Danse-vagues jusqu’au port.

Puis arriva la véritable version corroborée tant par divers témoignages que par d’étranges preuves matérielles, le renégat Donniger et ses pirates s’étaient contentés de faire passer un objet par-dessus bord avant de disparaitre, quelque chose qui avait été laissé à flotter jusqu’à être récupéré par une barque de pêcheurs plus audacieux que les autres. Cet étrange « offrande » avait été convoyée jusqu’au château et Lady Royce sous les regards de bien des curieux, quelque chose ne présageant rien de bon.

En effet, il s’agissait là du corps d’un homme mort de toute évidence depuis quelques temps déjà, la panse gonflée et la peau blafarde. La dépouille nue comme un ver avait l’air d’appartenir à un individu fait, au crépuscule de son existence, une profonde plaie nettoyée par l’eau de mer lui barrait la gorge, et il ne se trouva personne pour reconnaitre son identité. Autre détail troublant on avait emmitouflé le défunt de la tête aux pieds dans un imposant morceau d’étoffe rouge vif qui une fois déroulé afficha en son centre un dragon tricéphale noir comme le fond des océans.
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Message Mar 7 Mai 2013 - 3:03

La situation de crise dans laquelle je me retrouvais était d’un genre tout nouveau. J’avais déjà du gérer moult moments difficiles dans mon existence, mais il s’agissait généralement de problèmes dont la solution résidait dans le long-terme, dans un travail lent et minutieux pour changer les mentalités, effacer les doutes et réparer les réputations. Des crises, donc, qui perduraient durant des lunes et des lunes, parfois pendant plusieurs années même, mais qui ne risquaient pas de détruire mon existence d’un instant à l’autre. Elles ressemblaient à ce qu’on m’avait raconté des verdoyantes et fertiles collines du Bief : lorsqu’on se retrouvait au sommet, on pouvait lentement glisser du bon ou du mauvais côté, mais de nombreuses opportunités pour inverser la direction apparaîtraient avant de poser le pied au bas de la pente. Ces problèmes-ci, je savais les gérer, j’avais appris à le faire, et cela m’avait en retour instruit sur les vertus de la patience et les risques qui découlaient d’un excès de précipitation et d’un manque de réflexion.

Mais cette arrivée de pirates, cette menace directe et tangible sur mon fief, ce n’était pas une charmante colline. C’était une muraille. Il existait deux moyens de descendre, la bonne par les escaliers, et la mauvaise par-dessus les créneaux, et aucun moyen de se rattraper si l’on avait par malheur fait le mauvais choix. Cette nécessité de décider vite, maintenant, dans un domaine qui plus est dont je n’étais pas une experte, m’angoissait terriblement. Comme à mon habitude, je le cachais. Malgré la divergence de nos points de vue sur la manière de gérer nos fiefs et de nous impliquer dans les conflits extérieurs au Val, j’appréciais la présence de Lady Tyana, et je ne voulais pas qu’elle se souvienne de moi comme d’une Dame qui craquerait à la première alerte, et incapable de faire face à une menace bien réelle. D’ailleurs, si j’appréciai la proposition d’employer les hommes de sa suite, je sentis que ce cadeau était quelque peu empoisonné. Andar aurait le plus grand mal à accepter que la Maison Royce ait dû recourir à l’aide des Veneur pour se défendre, son orgueil ne le supporterait pas, et il se mettait suffisamment en danger auprès de Lord Arryn pour que j’évite de lui donner des raisons supplémentaires de vouloir montrer sa valeur. S’il n’y avait nul autre recours, je savais que j’avais à ma disponibilité un petit contingent d’hommes que je supposais de qualité, car on ne se risquait pas à un voyage de Grand-Arc à Roches-aux-Runes en compagnie d’une bande de traîne-savates tout juste bons à jouer aux dés et à se saouler à chaque étape. Les clans des montagnes ne pardonnaient pas un tel laisser-aller. Mais avant de quémander des secours, la garnison exsangue de la forteresse avait son mot à dire.


« Etrange décision de mettre venir jeter l’ancre ici » commentai-je. « Même s’il a su d’une manière ou d’une autre pour le départ de l’ost vers l’Ouest, il existe des dizaines de proies plus vulnérables que Roches-aux-Runes. » Mais la logique et le pragmatisme n’étaient sans doute pas les qualités les plus importantes chez un homme qui, seize ans après, n’avait toujours pas compris que le Feunoyr avait été vaincu. Mieux valait le considérer comme un fou capable de tout que tenter de trouver de la modération et de la suite dans ses idées. « Je vous remercie de votre proposition, Lady Tyana. Je vous propose de dire à vos hommes de se regrouper dans la cour, au cas où le fort serait mis en danger. J’espère toutefois que nous n’aurons pas à requérir leur support, et que la garnison peut régler ce problème seule. »

J’écoutai les vagues mais bienvenues indications de la sentinelle improvisée, qui donnait l’impression de vouloir se liquéfier sur place. Etais-je donc si terrifiante, ou était-il si impressionnable ? Sans doute un peu des deux. Tant qu’il survivait notre entrevue, tout se passerait bien. Il avait parfaitement rempli sa fonction, et été plus utile pour Roches-aux-Runes que nombre de ses congénères sans doute bien plus doués avec une épée ne le seraient jamais. L’arme la plus dangereuse de pirates – une des rares leçons qui me venait de mon enfance dans les Sœurs – était la surprise. Un navire était rapide, silencieux, mais ne transportait pas des milliers d’hommes, et celui qui dirigeait les troupes ne pouvait guère compter sur un assaut frontal. Il devait frapper un ennemi qui ne s’y attendait pas, et en ce sens, les précieux instants gagnés par le soldat vacillant qui me faisait face étaient inestimables.

« Je vous remercie pour vos très précieuses informations. Lorsque la menace sera écartée, faites trouver Merwyn, il vous remettra quelques cerfs d’argent pour votre peine. Mais avant cela, obéissez à tout ordre que le capitaine des gardes vous donnera » conclus-je, pour que mon homme ne s’imagine pas être relevé de ses ordres à un instant aussi crucial. Avec un peu de chance, j’aurais un gagné un combattant enthousiaste, si d’aventure il fallait en venir aux armes face aux pirates. L’on se battait toujours mieux avec la perspective d’un enrichissement personnel, cela au moins je le savais, et mes connaissances dans l’art du combat s’arrêtaient à peu près à ce niveau.

Le messager tourna les talons et décampa. Je me tournai vers Aline et Lady Tyana.
« Je dois me rendre dans la salle du conseil. Je ne peux que vous conseiller d’aller demander à quelques uns de vos hommes de faire office de garde personnelle, Lady Tyana. Je n’ai pas souvenir de quiconque parvenant à s’infiltrer à notre insu dans la forteresse de Roches-aux-Runes, mais il est inutile de tenter l’Etranger. Prenez Aline avec vous, sa sécurité sera également assurée » ajoutai-je, voyant que ma dame de compagnie semblait bien moins rassurée que sa sœur, faute d’être habituée aux menaces concrètes et aux grandes responsabilités. « J’espère pouvoir bientôt vous retrouver porteuse de bonnes nouvelles. » Sur ces mots, je me dirigeai à pas rapides, manquant de trébucher au milieu de la cour sur un des chats de la forteresse que le tumulte ambiant avait sans doute réveillé. Les hommes s’affairaient, la nouvelle de la proximité des pirates s’étant rapidement répandue, et il me fallait vite prendre les choses en main pour que la rumeur n’enfle point trop et ne se transforme pas en panique générale. Lorsque je dus ouvrir les portes, un courant d’air fit voler pour quelques instants les manches de ma robe, et je regrettais de ne pas avoir eu une audience plus fournie pour admirer le spectacle, qui devait être à même de faire sa petite impression.

Le capitaine de la garde m’attendait là, un homme d’âge mûr au front ridé et porteur d’une impressionnante balafre qui lui coupait pratiquement le nez en deux. Je n’échangeais que rarement avec lui, faute de véritables raisons de le faire, et nos rares conversations portaient généralement sur le comportement déplacé de l’un ou l’autre de ses hommes. La rareté de ces situations semblait indiquer qu’il était un meneur capable, et c’était exactement ce qu’il me fallait.


« Danse-Vagues a été aperçu au large de nos côtes, capitaine. D’après l’homme qui les a aperçus, la galère pourrait accueillir une centaine d’hommes. Quel est l’état de nos forces ? » demandai-je finalement, puisque là était le cœur du problème qui déciderait de la marche à suivre. Le fait qu’aucune de mes déclarations ne sembla surprendre mon interlocuteur indiquait qu’il avait lui-même cuisiné le témoin. Un point de plus en faveur de sa compétence. « A l’intérieur du fort, nous avons cent cinquante hommes, milady » répondit-il d’une voix grave et éraillée, « mais ce ne sont pas les meilleures troupes de la Maison, celles-ci sont parties avec Lord Andar pour les Eyrié et doivent être stationnées près des Portes de la Lune. »

Rien de bien surprenant. Pour de longues marches, d’abord vers les montagnes, puis vers l’Ouest, les soldats les plus âgés devenaient un fardeau plus qu’un atout. Il fallait être capable de suivre le rythme de l’ost, et ne pas compliquer encore un peu plus la logistique de l’opération. « Conseillez-vous une sortie ? » poursuivis-je. « Avec de tels nombres, nous sommes certains de tenir le fort, mais il nous faut également défendre ceux qui habitent hors des murs. » Le capitaine mit quelques temps à répondre. Je ne faisais que mettre des mots sur des pensées que son expérience avait déjà dû amener naturellement. Le dilemme n’avait rien de complexe à appréhender : tout risquer pour une sortie, ou s’assurer d’une limitation des dommages, mais sans pouvoir les prévenir. Naturellement, la seconde solution me semblait la meilleure. J’étais d’un naturel pragmatique. Mais Andar m’avait laissé la charge de la forteresse, et son honneur de Valois l’aurait poussé à défendre ses terres bec et ongles, chose que je ne pouvais totalement ignorer même si mes méthodes de gestion étaient différentes des siennes. Le décevoir, c’était le risque de le voir trouver un suppléant chargé officiellement de m’assister, officieusement de remplir mes fonctions pendant que je retournerais à la vaine existence des Dames d’ornement. Ce qui était rigoureusement exclu.

« Un petit détachement, cinquante hommes, peut aller au devant du navire, milady. Si les forces débarquent en trop grand nombre, nous nous replierons, et tâcherons de faire en sorte que nos archers réduisent leurs effectifs. Peut-être même les effraierons-nous, et rebrousseront-ils chemin en voyant que l’effet de surprise est perdu. » Je hochai simplement la tête. « Faites, capitaine », et l’homme m’adressa un bref salut militaire avant de sortir de la pièce. Depuis mon siège, je l’entendis crier ses ordres aux hommes, qui pour la plupart devaient déjà attendre avec anxiété dans la cour.

Je m’appuyai avec fort peu de grâce sur l’accoudoir, posant la joue sur mon poing fermé, n’osant pas bouger et rejoindre Lady Tyana et Aline avant d’avoir de bonnes ou de mauvaises nouvelles à leur annoncer. Je réalisai l’ironie de la situation : mes craintes les plus profondes, celles que j’avais longuement exposées à une invitée qui ne partageait pas mon avis, étaient immédiatement illustrées par un exemple pratique. Que j’étais à la fois une des rares Valoises qui ne trouvait pas « beau, honorable et chevaleresque » d’aller protéger les mines d’or de Lord Tybolt, et la première à voir son domicile pillé par des pirates. J’appréciais avoir raison, nul besoin de le nier, mais à choisir j’aurais aimé que ce soit le cas sans avoir des ruines fumantes et des corps sans vie pour me le prouver. Car quel réconfort y avait-il dans les mots « je vous avais prévenus » ? Aucun, d’autant plus qu’ils sous-entendaient « …et je n’ai rien pu faire ».

L’impuissance avait été la force contre laquelle j’avais lutté depuis l’annonce de mon mariage. Cet incident qui n’avait rien de l’ampleur d’un raid fer-né était en quelque sorte mon baptême du feu, l’instant qui pourrait déterminer ma crédibilité dans les années qui viendraient. Peut-être n’était-il pas suffisant pour me détruire, ou me porter aux nues, mais si je pouvais m’épargner cinq ou six longues années de pénible labeur pour revenir à ma position actuelle après un pathétique échec, je me porterais bien mieux. Les minutes passèrent lentement, trop lentement, rythmées par l’écho des mouvements des troupes, des ordres des quelques officiers encore présents, et du pianotage de mes doigts sur le bois du trône. Pour accélérer le temps, j’essayai de m’imaginer les riantes contrées du Conflans que les osts portant le blason des Royce allaient inévitablement traverser, ainsi que les montagnes des Terres de l’Ouest, mais mon esprit revenait inlassablement sur mon destin immédiat, qui ressemblait fortement à un jet de dé encore caché par son godet. Soudain, je me mis à penser à Rickard, et je bondis de mon siège avant de héler la première servante que je croisai, lui intimant de trouver mon cher fils et Eron Veneur et de s’assurer qu’ils étaient sains et saufs. Sans doute lui parlai-je un peu brusquement, mais l’inquiétude de ne pas savoir où se trouvait Rickard alors que le danger pointait le bout de son nez me pressait le cœur. Je retournai m’asseoir, faute de mieux, et espérant que l’héritier de Grand-Arc n’ait pas embarqué mon fils dans une turbulente aventure qui me rongerait les sangs.

J’en étais presque venue à décider de retourner aux cuisines trouver quelque chose à me mettre sous la dent lorsque le capitaine entra de nouveau. Son visage était par trop marqué pour exprimer clairement désespoir ou allégresse, aussi attendis-je fébrilement ses premiers mots pour me faire une idée de la situation.

Ceux-ci me rassurèrent, et je ne pus réprimer un long soupir de soulagement suivi d’un nerveux sourire que j’effaçai en reprenant contenance. Les pirates avaient fait demi-tour. Plusieurs histoires plus ou moins fabuleuses couraient – l’alcool et la volonté d’impressionner son prochain étaient les meilleurs colporteurs et déformeurs de ragots qui existaient – mais la plus vraisemblable était qu’un objet avait été jeté par-dessus bord, et que la galère avait ensuite mis les voiles avant de s’éloigner de la côte. Le capitaine ajouta que des pêcheurs avaient été voir de quoi il en retournait, et qu’une poignée de ses hommes devrait bientôt faire son rapport. Je songeai que Radcliffe Donniger devait escompter que cette chose mystérieuse soit découverte, pour faire un tel détour avant de s’en débarrasser. S’il ne le souhaitait pas, il l’aurait abandonnée exactement à mi-chemin entre Essos et Westeros. Rassérénée, je retournai vers mon invitée afin de lui porter la bonne nouvelle.


« Lady Tyana, je suis heureuse de vous annoncer que Danse-Vagues est reparti sans débarquer autre chose qu’une mystérieuse cargaison, et que nulle victime n’est à déplorer. » Même si je souhaitais parler sur un ton neutre, je sentis le soulagement de savoir le fief en sécurité poindre dans ma voix. Au temps pour la Dame qui en avait vu d’autres. « Aline, peux-tu aller t’assurer que Rickard et Eron vont bien ? J’ai envoyé une servante les quérir, elle doit être avec eux. » Je n’étais désormais plus inquiète pour leur sécurité, mais autant que possible j’aimerais pouvoir rapidement expliquer à mon cher petit ce qui s’était réellement passé. Il avait une imagination fertile et était facilement impressionnable, je ne tenais pas à ce qu’un conte extravagant entendu au détour d’un couloir lors d’une conversation entre deux garçons d’écurie l’empêche de fermer l’œil pendant la nuit.

Ceci fait, je me tournai de nouveau vers mon invitée.
« Plus de peur que de mal donc. Vous pouvez mettre vos hommes au repos, si vous le souhaitez, nous n’aurons pas à requérir leurs services. Je vous propose d’attendre ici en ma compagnie, les soldats ne devraient point tarder à revenir avec l’objet incriminé. Je suppose que vous souhaitez tout autant que moi savoir ce qui a pu pousser Radcliff Donniger à venir mouiller si près de Roches-aux-Runes. » Danse-Vagues n’était en rien un mythe, il était bien réel, mais même les histoires de taverne les plus extravagantes pouvaient finir par déteindre sur les esprits rationnels, et les pousser à la curiosité. Moi-même étais intriguée par cette cargaison. Je n’avais pas la moindre idée de ce qui pouvait mener Donniger dans mon fief, qui n’implique ni incendie, ni viols, ni pillages. Je remerciai intérieurement les Sept pour avoir épargné les terres des Royce d’un pareil fléau, et me sentis presque gagnante sur toute la ligne : j’avais désormais des arguments plus concrets que des « craintes de bonnes femmes » pour appuyer mon argumentation, lorsque je souhaitais convaincre les autres Seigneurs et Dames du bien-fondé du protectionnisme aux dépens de l’interventionnisme. Et l’avantage d’être presque attaqués par un être quasi-mythique tel que Danse-Vagues, était que j’étais certaine que l’histoire ne disparaîtrait pas de sitôt. Oh, bien sûr, elle serait déformée à l’envi, et il est certain que plus d’un bravache cherchant à séduire une donzelle raconterait comment il avait été le premier à lancer l’attaque contre les pirates, et avait lui-même planté son épée dans le ventre d’un des hommes du renégat. Mais les faits resteraient : tandis que Lord Andar attendait honorablement d’accompagner le grand Jasper Arryn dans ses chimères de l’Ouest, le fief avait été en danger. Impossible de le nier ou de le balayer d’un revers de la main. Et j’avais même une grande Dame qui pouvait me servir de témoin, ainsi peut-être qu’un trésor lié à l’événement.

Nous n’eûmes pas à attendre bien longtemps pour voir notre curiosité assouvie. Les cinq hommes revinrent, et leur démarche peu dynamique me disait qu’ils n’avaient pas récupéré un coffre rempli d’or ou un lot de pichets de vin de Lys. Je m’approchai lorsqu’ils laissèrent tomber la chose sur le sol, et leur dégoût manifeste conjugué à l’immanquable odeur pestilentielle me laissa peu de doutes quand à ce à quoi j’avais à faire. Je me couvris le nez de ma manche, et ordonnai d’une voix nasillarde aux soldats de déballer le paquet, qui était emballé dans une étoffe rouge et noire qui me rappelait vaguement des souvenirs d’enfance sans que je puisse immédiatement en discerner la raison. Un cadavre, forcément, se trouvait à l’intérieur, celui d’un homme âgé, que je n’avais jamais vu, et qu’on avait manifestement égorgé. Personne ne semblant en mesure de l’identifier, j’ordonnai rapidement d’aller trouver septon Varth afin qu’il puisse trouver une sépulture décente à l’inconnu, car je ne souhaitais pas qu’il continue à pourrir éternellement dans la cour.

Un autre des soldats avait pris soin de dérouler intégralement l’étoffe ayant servi de linceul, et la relative satisfaction de voir les pirates partir, déjà écornée par le mort auquel je faisais face, s’évapora complètement. Bien sûr que je reconnaissais cette étoffe. Cela faisait seize ans désormais que je ne l’avais pas vue, mais certaines choses étaient impossibles à oublier. Le Feunoyr, le traître, celui qui avait plongé Westeros dans le chaos et la Maison Sunderland dans l’infamie, celui qui avait indirectement causé nombre des malheurs de mon existence. Le temps efface certains souvenirs, mais certains restent gravés dans le marbre, et si je n’avais sans doute vu cette image qu’à quelques reprises lorsque mon père avait pris part à l’insurrection, elle était imprimée à jamais dans ma mémoire. Il faut dire que, même sans la rancœur qui s’était associée petit à petit à cette image, il était difficile pour une jeune fille de ne pas être marquée par un dragon tricéphale lorsque le blason le plus impressionnant du Val était l’aigle des Arryn.

Les questions avaient jailli dans mon esprit. Qui était cet homme ? Pourquoi faire tout ce chemin maritime pour abandonner son corps près de nos côtes ? Etait-ce un message qui m’était destiné personnellement, à moi, celle qui avait tourné le dos aux renégats ? Ce Radcliffe Donniger était-il pareil à Lord Bryce Vyrwel, qui au tournoi de Cendregué avait semblé dégoûté à l’idée que je n’embrasse pas une idéologie qui avait mis les Sept Couronnes à feu et à sang ? Etais-je en danger ? Souhaitait-on m’envoyer un message ? Ou celui-ci s’adressait-il au Val dans son ensemble ? Les partisans du Feunoyr préparaient-ils quelque chose ?

Tant d’interrogations, et bien sûr aucune réponse fiable. Je secouai la tête, réalisant que Lady Tyana avait dû remarquer ma gêne face à cette étoffe que j'avais fixement contemplée pendant un long instant.
« Faites disparaître cela. Brûlez cette étoffe... Attendez ! » Le soldat avait déjà fait volte-face pour obéir à mes instructions. « Non, je me fourvoie. Faites-la porter à une servante, qu’elle la nettoie consciencieusement, et dites-lui de l’apporter pliée dans mes quartiers. Je vous remercie. » Une idée venait de germer dans mon esprit. Une idée qui impliquait de chambouler mon existence, mais pour la rendre bien plus excitante et intéressante, aucun doute à ce sujet. Encore vague et ténue, mais dont je sentais qu’elle était aussi solide que le roc des Montagnes de la Lune.

Je me tournai une fois de plus vers mon invitée.
« Qu’en pensez-vous, Lady Tyana ? Je ne doute pas que vous ayez reconnu les armes du Feunoyr. Avez-vous la moindre idée des intentions de Danse-Vagues ? Oh, ne dites rien… » Je lui désignai la salle du conseil dont les portes étaient toujours ouvertes. « Il s’agit d’une conversation que je préfèrerais avoir en privé. » Je fis mander rapidement une servante et lui demandai d’apporter les douceurs de la salle à manger jusqu’à notre nouvelle destination, car ces péripéties m’avaient ouvert l’appétit, et qu’un mélange de crainte et d’excitation semblait avoir de bien pervers effets sur mes entrailles. Rien que quelques sucreries et de calme ne sauraient apaiser.

Lorsque nous nous éloignâmes, le septon arrivait, et je jetai un dernier coup d’œil au visage boursouflé sans plus parvenir à l’identifier. Cette journée était fertile en mystères.
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Tyana Veneur
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Une poigne de fer dans un gant de velours.
Dame de Grand-Arc

♦ Missives : 314
♦ Missives Aventure : 38
♦ Age : 31
♦ Date de Naissance : 03/09/1987
♦ Arrivée à Westeros : 13/09/2012
♦ Célébrité : Imogen Poots
♦ Copyright : Seamus
♦ Doublons : Lyessa Reed, Ororya Gargalen, Serenei
♦ Age du Personnage : 28 ans
♦ Mariage : Le défunt lord Veneur
♦ Lieu : Grand-Arc dans le Val d'Arryn
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Message Ven 10 Mai 2013 - 13:02

Tyana était réellement inquiète vis-à-vis de la menace qui pesait sur le fief de lady Catelyn. Elle ne pouvait qu’essayer de se mettre à sa place, imaginer ce qu’elle aurait fait si le navire de Danse-vagues s’était rapproché des Doigts avec la farouche intention de semer la pagaille à Grand-Arc. Leur situation n’était pas vraiment comparable. Catelyn Royce régissait Roches-aux-Runes durant l’absence de son époux, parti rejoindre l’ost Arryn dans les terres de l’Ouest. Cela faisait maintenant trois ans que Tyana avait pleine responsabilité du fief Veneur, et même si elle éprouvait certains désaccords avec le frère de son défunt époux, il lui était d’une grande aide lorsqu’il s’agissait de débattre sur la défense de Grand-Arc. En tant que femme, Tyana savait reconnaître ses lacunes en tactique et entraînement martial mais elle prêtait toujours une oreille attentive à qui voulait lui en apprendre plus sur le sujet. Si Sven se montrait la plupart du temps fort condescendant, il restait de bons conseils concernant les problèmes réclamant gestion des troupes. La dame de Grand-Arc saluait le calme dont faisait preuve Catelyn face aux sombres nouvelles rapportées par l’homme d’armes affolé. La Valoise de Grand-Arc avait proposé l’aide de son escorte si cela pouvait aider son hôte – après tout, la plupart des soldats avaient quitté le fief pour les terres de l’Ouest. C’était donc tout naturel pour Tyana de mettre à disposition ses hommes pour soutenir sa comparse. A présent, elle ne pouvait qu’espérer que le navire de Danse-vagues fasse demi-tour, libérant ainsi les deux jeunes dames de toute inquiétude.

Catelyn souleva un point intéressant. Roches-aux-Runes n’était pas bien vulnérable, malgré le départ des troupes pour l’Ouest. Un navire, même pirate, ne pouvait se targuer de venir à bout du fief Royce. Dans l’esprit de Tyana, l’idée que l’intention de Donniger ait un rapport avec Catelyn anciennement Sunderland, ne cessait de prendre place pour mener à la réflexion. Danse-vagues vivait dans le passé, nourrissant sa haine virulente des Targaryen, malgré le fait que Feunoyr ne soit plus. Lady Veneur entrecroisa ses mains sur la table en bois de chêne puis offrit un regard attentif à son interlocutrice lorsque celle-ci lui fit part de ses instructions. Même si cela semblait l’embêter d’avoir recours à son escorte, elle ne refusa point l’offre de la dame de Grand-Arc, et lui recommanda de réunir ses hommes dans la cour pour protéger le fort.

« Bien sûr dame Catelyn. J’espère que nous n’en viendrons pas au pire, mais il vaut mieux s’y préparer. » – Lui glissa-t-elle, inclinant la tête en signe de respect.

Lady Royce gratifia son homme d’armes, fort fébrile d’avoir à faire à elle – il se confondit en remerciement avant de quitter la salle derechef, laissant les trois jeunes femmes livrées à elles-mêmes. Tyana glissa un regard à Aline, lisant l’inquiétude se réfugier dans ses prunelles cristallines. Elle posa une main réconfortante sur la sienne, pour lui intimer que tout allait bien se passer. Lorsque Catelyn reprit la parole, Tyana se redressa, accueillant ses paroles d’un hochement de tête. La dame de Roches-aux-Runes devait référer de l’évènement à sa garde, et Tyana allait en profiter pour donner quelques instructions à ses hommes. Cela n’avait rien de gratifiant de se terrer en attendant que l’orage passe – mais c’était essentiellement ce qui était réservé aux ladies confrontées à une menace. Les hommes se battaient, tandis que les femmes se cachaient.

« Je vais aller informer mes hommes de la marche à suivre. » – Lui confia Tyana sur un ton calme. Elle inclina son visage en direction d’Aline pour s’assurer qu’elle comptait appliquer ses instructions. « Nous prierons les Sept de distiller la crainte dans l’esprit de l’ennemi, en espérant qu’il ne s’en prenne pas à vos côtes. »

Tyana se fendit d’un léger sourire avant d’observer Catelyn quitter la salle pour s’occuper de ses responsabilités. Sa jeune sœur semblait aussi vulnérable qu’une feuille tombée bien loin de son arbre. Elle s’approcha d’elle pour lui saisir les deux mains dans une pression réconfortante avant de dégager une mèche de cheveux de son front dans un geste tendre.

« Ne t’en fais pas ma sœur. Jeric m’a toujours dit que les attaques victorieuses étaient souvent élaborées par la surprise et la discrétion. La galère pirate est encore loin, et nous l’avons remarqué bien à temps pour se préparer à une riposte. » – Elle glissa une main dans son dos pour l’encourager à la suivre dans les dédales du château.

Un brin inquiète de ne pas voir Eron et Rickard, Tyana entreprit de les chercher du regard avant d’être rattrapée par ses obligations. Elle se hâta de rejoindre la cour, Aline sur ses talons, puis trouva le chevalier le plus influent de sa cohorte pour regrouper les autres et leur faire part du problème. Tyana devait-elle entrevoir dans ces faits son fourvoiement quant à l’aide apportée par le Val contre les Fer-nés ? Elle se refusait à se voir dépouiller de tout espoir. Catelyn semblait préférer ne rien devoir à personne mais Tyana aimait à croire que les alliances pouvaient se faire en toute sincérité et bienveillance. Si la donzelle ne manquait pas d’espérance, elle n’en était pas pour autant crédule – elle savait reconnaître mensonges et manipulation, elle savait se méfier. Car, si elle nourrissait un désir de franchise la plus totale, elle savait aussi que Westeros n’était qu’un plateau de jeu où les pions prenaient place, nourris par des décisions plus ou moins justes. Tyana chargea deux de ses hommes de les suivre, elle et sa sœur, jusqu’à ce que la situation s’améliore. Retournant la salle à dîner, Tyana finit par reprendre place sur le siège, mûrement inquiète sans le montrer à sa jeune sœur qui nécessitait tout son réconfort. S’appuyant contre l’accoudoir de son siège, ses yeux clairs rivés dans les siens, elle se décida à reprendre la parole après quelques secondes de silence.

« Aline, ma douce. Je suis si contente de te voir après tout ce temps. Ne sois pas inquiète – tout se passera bien. Ton sourire est bien trop précieux pour te le voir ainsi ôté d’appréhension. »

Elle parvint à lui arracher un sourire – Tyana crut reconnaître la gamine timide qu’elle était. Sa famille lui manquait terriblement, et elle ne s’en rendait compte qu’aujourd’hui, après tant d’années passées loin des êtres chers à son cœur.

Les petites retrouvailles menacées par l’angoisse furent interrompues par le retour de lady Catelyn. Même si cette dernière n’était pas du genre à démontrer physiquement appréhension comme réconfort, la dame de Grand-Arc crut déceler une onde positive de la manière de se mouvoir. Lorsque lady Royce affirma qu’elles pouvaient se réjouir car la galère de Danse-vagues avait faite demi-tour, Tyana émit un petit soupir de soulagement. La dame de Roches-aux-Runes envoya Aline chercher les enfants – lady Veneur se demandait si la nouvelle du danger proche leur était parvenu aux oreilles tandis qu’ils jouaient tout deux. Sûrement devrait-elle en toucher deux mots à Eron, qui serait sûrement assez curieux pour savoir de quoi il en retournait.

« J’ai mis mes hommes sous le commandement des vôtres. J’imagine qu’ils sont tout autant rassurés que nous de savoir que le danger est dés à présent hors de portée. » – Tyana fronça brièvement les sourcils en songeant à la mystérieuse cargaison qui avait été repêchée. Tout cela piquait sa curiosité au vif, et elle était reconnaissante envers Catelyn de lui laisser le loisir de partager ça avec elle. « Voilà un détour bien incongru. Je serai bien curieuse de savoir ce que Donniger a en tête. »

Tyana se mordit brièvement la lèvre inférieure, hésitante.

« La situation aurait pu se montrer bien moins encourageante. Peut-être que par cet incident, les Sept ont voulu me montrer que nous avons notre lot de problèmes à ne point négliger. » – Lui concéda-t-elle sur un ton soucieux.

Mais déjà, les hommes d’armes de lady Catelyn revenaient avec en mains une étoffe rouge écarlate, dégoulinante d’eau de mer et contenant quelque chose de lourd. Tyana se redressa de son siège dans une lenteur anormal, ses iris rivés sur le petit groupe d’homme qui, la mine grave, s’apprêtait à dérouler l’étoffe pour en révéler le contenu. L’odeur qui s’en dégageait était âcre, pestilentielle. Un mélange de sel et d’eau croupie de fange – l’odeur de putréfaction. Le cadavre était entièrement nu, sa peau pâle arborant une teinte violacée à la lumière du jour filtrée par les fenêtres. Tyana se garda de se couvrir le nez mais elle retint instinctivement son souffle, dressée à quelques mètres de son hôte et du sombre paquet. A mesure que les hommes déroulèrent l’étoffe rouge, les yeux de la dame de Grand-Arc s’arrondirent de stupéfaction. L’étoffe était brodée du dragon noir tricéphale sur fond écarlate – l’emblème de la maison Feunoyr. Décidément, Radcliff Donniger s’accrochait désespérément au passé, pourchassant ceux qui avaient été impliqués d’une manière ou d’une autre. Le message s’adressait à Catelyn – chose qui devait l’amener à ressasser bien de douloureux souvenirs vis-à-vis de sa famille. Tyana coula un regard en direction de lady Royce, pour guetter sa réaction. Elle semblait surprise, un brin décontenancé, puis après avoir chargé de faire brûler l’étoffe à l’emblème du traître, elle se ravisa, proposant plutôt de la nettoyer pour la garder. Circonspecte, Tyana ne dit rien, jusqu’à ce que son hôte s’adresse à elle pour lui demander son avis sur ce cadeau empoisonné.

La dame de Grand-Arc suivit d’un pas résolu son hôte jusqu’à la salle du conseil, une pièce où elles seraient plus au calme pour discuter. Tyana ne pouvait qu’être reconnaissante à l’égard de son interlocutrice de vouloir la mettre au secret et de lui demander son avis là-dessus. Les intentions fort mystérieuses de Donniger étaient loin d’être rassurantes, mais les réponses manquaient terriblement à tout ça, rendant le tout fort intriguant. Catelyn ne semblait pas inquiète, plutôt curieuse. Se laissant couler dans un siège en bois finement cisaillé, Tyana se mit à observer lady Royce, s’étonnant de voir que ce petit intermède lui avait ouvert l’appétit.

« Comprendre les intentions d’un fou, ce n’est pas évident. Pourquoi s’évertuer à ranimer un conflit ? Pourquoi s’évertuer à faire parler un mort ? » – Glissa Tyana sur un ton pensif, évoquant ainsi le défunt Feunoyr. « En tout cas, je crois bien que ce colis vous était destiné lady Catelyn – ça ne fait pas de doute. J’ignore si Radcliff Donniger a le sens de l’humour noir, ou si c’est une menace. Qui est cet homme assassiné ? Ca peut être un inconnu, pris au hasard pour servir son sombre dessein, ou peut-être qu’il est le motif même de la menace. Quelqu’un que vous auriez pu connaître ? »

L’homme avait été ravagé par l’eau salé, assez pour le rendre méconnaissable.

« Les partisans de Feunoyr sont désormais rares, mais pas non plus éteints. S’ils se servent encore de l’emblème du défunt Daemon, ce n’est pas pour autant qu’ils parviendront à le relever d’entre les morts. Peut-être y a-t-il une nouvelle figure qu’ils ont entrepris de soutenir ? » – Le dragon tricéphale noir sur fond écarlate était un symbole de la lutte contre les Targaryen – les gens s’accrochaient éperdument à des symboles, et les symboles survivaient grâce aux individus qui les entretenaient. Le serpent se mordait la queue, inlassablement. Catelyn Royce pourra-t-elle faire une croix sur le passé qui lui avait été imposé ? Tyana l’espérait. « J’imagine que vous devez être lasse. Lasse de voir à quel point ces sombres souvenirs vous poursuivent. »

Lady Veneur cueillit son menton, coude planté sur l’accoudoir de sa chaise. Elle tentait de percevoir sur le faciès de son interlocutrice la moindre inquiétude ou anxiété au sujet des faits récents. Elle semblait avoir appris à n’y attacher guère trop d’attention – et mieux valait pour ne pas se ronger les sangs durant toute une vie.

« Avez-vous une idée de qui puisse avoir l’envie de vous faire payer ? Excepté ce fou de Donniger. » – Une question franche, pas vraiment dénuée de cohérence. Les partisans de Feunoyr avaient comme ennemi presque toutes les Couronnes du Westeros. Tyana trouvait cela injuste que Catelyn ait à payer le prix des décisions prises par sa famille il y a bien longtemps.



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Message Sam 11 Mai 2013 - 19:23

Je m’étais installée face à Lady Tyana, dans un siège identique au sien, délaissant pour l’occasion l’imposant trône qui, et bien, trônait au milieu de la salle à côté de celui, encore plus impressionnant, dans lequel s’asseyait Andar lorsqu’il était présent. Par principe, je ne prenais jamais la place de mon époux, d’abord par respect pour lui, ensuite parce que mon petit derrière était bien plus adapté aux dimensions féminines du plus menu des deux, et enfin parce que des esprits étroits auraient aisément pu crier à l’abus de pouvoir, et se mettre à chuchoter que j’escomptais évincer mon homme de la tête de la Maison. J’avais fait taire la plupart des rumeurs concernant mes supposées manigances, mais tous ces on-dits étaient pareils à de l’herbe sèche : inoffensifs, mais capables de provoquer un incendie à la première étincelle. Du reste, je n’avais nullement besoin de rappeler symboliquement la supériorité de mon statut en mettant ma prestance en valeur, puisque j’étais en compagnie d’une de mes consoeurs, et que je souhaitais échanger avec elle d’égale à égale. Si j’avais eu quelque reproche à formuler, ou une volonté à imposer, la majesté du siège eût pu jouer un rôle important.

Je joignis les paumes de mes mains et y appuyai l’arête de mon nez, pensive, pendant que la Dame de Grand-Arc livrait ses impressions. Pour elle, le fait qu’il s’agisse d’un message à mon intention personnelle ne faisait pas de doute, et j’étais tentée de la croire. La coïncidence était par trop importante : les villages et forteresses sur la côte du Val ne manquaient pas, mais j’étais à ma connaissance la seule membre d’une famille de traîtres à résider dans le Sud. Si le but du pirate était d’annoncer une nouvelle attaque des rebelles, cela aurait pu faire bien plus de fracas chez de purs loyalistes, tels que les Veneur, les Melcolm, ou les Vanbois. Non seulement il destinait ce macabre présent à Roches-aux-Runes, mais il le faisait en prime au moment où Andar était aux Eyrié, et où j’étais la seule représentante adulte de la Maison Royce. Le hasard était par trop heureux, je ne pouvais qu’en convenir.

Je relevai la tête.
« Avant toute chose, Lady Tyana, pouvez-vous me jurer de garder le secret sur ces évènements ? Ils n’ont malheureusement pas eu lieu de manière privée, mais j’aimerais autant qu’ils ne s’ébruitent pas dans d’autres fiefs. » Ce serait du pain bénit pour les plus honorables et les plus intransigeants des Valois, qui s’empareraient de ce sujet et feraient de la diplomatie de la Maison Royce un enfer, sans compter les conséquences pour Andar au milieu de tous ces chevaliers pétris de rêves de gloire et incapables de regarder plus loin que le bout de leur épée. Ils remettraient son honnêteté en doute, m’accuseraient à mots à peine couverts, et je ne voyais que peu de Lords ayant suffisamment de bon sens dans notre région pour soutenir mon époux dans un tel débat. Peut-être même en viendraient-ils aux mains, ou à sortir les armes de leur fourreau. Certes, je dramatisais, mais c’était en se prémunissant contre le pire que l’on se protégeait du négligeable.

De ceux qui avaient assisté à la scène, je doutais que beaucoup aient déjà vu les armes du Feunoyr dans leur existence, même s’il n’y avait nul besoin d’avoir étudié intensivement auprès des mestres de la Citadelle pour deviner la signification d’un dragon noir sur fond rouge. La rumeur se propagerait sans doute dans Roches-aux-Runes, mais serait étouffée par celle, bien plus sensationnelle et divertissante, du passage de Danse-Vagues près de nos côtes, je n’avais donc guère de raisons de me formaliser de ce qui se passerait dans mon fief. Mais il pouvait en être tout autrement si les racontars se propageaient depuis un lieu qui n’avait pas connu l’excitation du passage du navire : si l’on se remémorait sans a priori l’ensemble de la scène, la découverte du corps et de son étrange linceul étaient bien les évènements les plus dignes d’intérêt.


« Je pense que vous avez raison. A qui cette macabre découverte pouvait-elle être destinée, sinon à moi ? Andar est absent, et corrigez-moi si je me trompe, je pense être la seule noble sur la côte Sud du Val dont la famille a pris position en faveur du Feunoyr lors de sa rébellion » ajoutai-je sur un ton égal et froid, plus occupée à estimer les conséquences que tout cela aurait sur mon avenir qu’à mettre une émotion sincère dans mes propos. L’interruption provoquée par l’arrivée de la servante que j’avais mandée, qui apporta avec empressement les restes de notre collation dans la salle à manger, fut bienvenue, me permettant de continuer à suivre le fil de mes pensées en croquant dans un morceau de pain d’épices. D’un signe de la main, j’invitai Lady Tyana à en faire de même, malgré le possible manque d’appétit pouvant résulter de l’exposition à un cadavre ayant passé trop de temps immergé. Ce n’était pas la putréfaction qui avait ranimé ma gourmandise, mais la perspective de changement et de nouveauté dans mon existence, l’inconnu qui s’offrait devant moi. Il s’agissait presque d’un voyage dont j’ignorais la destination, or l’on disait toujours que celui qui voulait voyager loin, ménageait sa monture. Partir le ventre vide n’était jamais recommandé.

« Je ne connaissais pas cet homme. Ou du moins, je n’avais aucun souvenir de lui. » Il aurait pu être un visage vaguement familier de mes années à Sortonne, après tout, mais le seul que je pouvais imaginer avoir la moindre raison de rencontrer Radcliff Donniger était mon père, et j’étais certaine que le mauvais nageur qui avait été repêché n’était pas Podrick Sunderland. L’âge pouvait à peu près correspondre, mais ses traits étaient suffisamment ancrés dans ma mémoire pour que je le reconnaisse, même gonflé, même à moitié pourri. Ce n’était pas lui. Et je n’avais donc aucune idée de l’identité du mort. « Je ne suis pas certaine que dans son nom réside le véritable message » poursuivis-je. « J’imagine qu’un équipage de pirates doit fréquemment régler ses conflits en jouant de la lame, et que les cadavres ne doivent pas manquer. Vous l’avez dit vous-même, c’était vraisemblablement un signe à mon encontre. Si le noyé était porteur d’informations, Danse-Vagues se serait assuré que ce soit un visage familier. » Ce qui aurait été plus facile à dire qu’à faire, à moins d’aller piller les Trois-Sœurs et d’attaquer la demeure des Sunderland. Or, quelque chose me disait que mon père n’était pas le pire ennemi des partisans du Feunoyr.

Une idée me vint soudain, sans fondement, si ce n’est le penchant de ma famille de naissance pour les intrigues et les mauvais termes sur lesquels nous nous étions quittés il y’a de cela six ans. Se pourrait-il que Danse-Vagues ait agi sur ordre de la Maison Sunderland ? Qu’il ait eu pour but de m’intimider, de me faire craindre leur retour, duquel ne pourrait résulter qu’une trahison de ma part pour les rejoindre, ou l’écrasement de nos forces et ma mort ? Je n’avais nulle preuve, juste une intuition. Peut-être était-elle totalement à côté de la réalité, mais elle était malheureusement tout à fait plausible. Ce ne serait pas la dernière bassesse à laquelle s’abaisseraient les hommes de mon sang.


« Je penche donc pour un inconnu, un pauvre bougre, quoique ce soit peut-être un bien grand mot s’il était membre de l’équipage de Radcliff Donniger. » Lady Tyana me supposa lasse, ce qui, il y’a quelques années de cela, aurait sans doute été ma seule et unique réaction. Je n’étais plus une victime des préjugés, j’exerçais le pouvoir à Roches-aux-Runes, mes enfants feraient de formidables seigneurs, et la Maison Royce ne se découragerait pas face aux menaces, mêmes les plus insidieuses, ou les plus ignobles. « Au contraire, je suis déterminée à faire disparaître ces souvenirs, quel qu’en soit le prix » répondis-je avec un regard dur. « Mes enfants ne souffriront pas de mon ascendance, je le refuse. Je ne sais encore comment, mais je trouverai une explication à cette insulte envers les Royce. » J’aurais volontiers doublé, triplé, quintuplé la prime mise sur la tête de Radcliff Donniger, mais nos fonds n’étaient pas suffisants pour permettre de telles folies. Une chose était sûre, il me faudrait des alliés, des hommes et des femmes de confiance, partageant ma très basse opinion des rebelles Feunoyr. Je n’avais nulle dévotion pour la Couronne, car après tout les mœurs bien particulières des Targaryen avaient plus que leur part de responsabilités dans l’insurrection qui empoisonnait mon existence depuis de longues années, mais dans une situation telle que celle-ci, les ennemis de mon père devenaient mes amis.

Je restait immobile durant quelques instants, observant la Dame de Grand-Arc. Les Veneur étaient une famille aisée, mais ils étaient des Valois, et ce n’étaient pas leurs coffres qui étaient les plus remplis dans les Sept Couronnes. Leurs terres donnant sur le Detroit, il pouvait s’avérer judicieux d’être en très bons termes, au cas où Danse-Vagues refasse parler de lui dans les Lunes à venir. Malgré nos divergences de points de vue, Lady Tyana ne donnait pas l’impression de regretter sa visite à Roches-aux-Runes, et je devais m’assurer qu’elle en reparte sans changer d’opinion.


« Les seuls hommes qui puissent nourrir une quelconque rancœur à mon égard sont ceux de la Maison Sunderland » expliquai-je sans pour autant entrer dans les détails de mon raisonnement. « Mon dernier voyage à Sortonne, pour rendre hommage à ma mère décédée, ne s’était pas déroulé dans les meilleures conditions, et je crois que mon père espérait inconsciemment que je le remercie de m’avoir placée dans une position depuis laquelle j’aurais eu la possibilité d’aider ses manigances. » J’écartai les bras pour signifier mon incompréhension non feinte vis à vis de telles associations d’idées. Nos esprits ne fonctionnaient décidément pas de la même manière. « Je vous ai déjà dit que mon plus jeune frère a rejoint la Garde de Nuit…et bien je soupçonne qu’on lui ait donné le choix entre les intrigues ou le Noir. Peut-être même ne lui a-t-on même pas proposé, et a-t-on décidé que ceux qui n’adhéraient pas aux idéaux de la Maison Sunderland n’étaient pas dignes de demeurer dans les Trois-Sœurs », conclus-je dans un petit rire ironique. Comme si quiconque pouvait être trop bien pour vivre sur ces îles misérables. Ma famille ne méritait pas Artus, pas l’inverse.

« J’en sais autant que vous Lady Tyana. Mais j’aurai mes réponses, cela je puis l’assurer. Je vous demande simplement de me faire confiance quand je vous dis que les Royce n’ont rien à faire avec le Feunoyr. » La discussion était enrichissante, mais il nous faudrait de nouveaux éléments pour pouvoir avancer. L’identité du mort trottait toujours dans mon esprit, et j’hésitait à aller demander à ce que sa tête soit embaumée pour que son visage soit toujours reconnaissable, mais je décidai finalement de le laisser reposer en paix, quelle qu’ait été sa vie sur cette terre. Inutile que le courroux des Sept me poursuive pour avoir profané une dépouille.

« Parlons d’autre chose. Quels sont vos plans après votre passage à Roches-aux-Runes ? Envisagez-vous de pousser votre voyage jusqu’à Goëville, ou bien rentrerez-vous céans pour Grand-Arc ? Oh ! Je m’aperçois que j’ai complètement omis de m’enquérir de l’état de votre fief, je fais une bien piètre hôtesse…j’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur » m’excusai-je devant ce manquement à la politesse la plus élémentaire. J’avais laissé les évènements me porter, et cela s’était accompagné sur un véritable repli de la conversation sur mes problèmes. J’avais déjà pris conscience de cet égoïsme inconscient, et il me fallait le combattre pour ne pas paraître vaniteuse aux yeux des visiteurs. « Je sais en tous cas que la famille Grafton est nombreuse, et que la plus riche ville du Val fait partie de leur fief. Peut-être l’une de leurs filles ferait-elle un bon parti pour Eron ? Je vous fais confiance pour vous assurer que la prochaine Lady Veneur fasse honneur à votre Maison. »

Changer de sujet me ferait le plus grand bien. Je savais que le passage de Danse-Vagues occuperait mon esprit pendant les jours à venir, et que de nombreuses théories plus ou moins farfelues me viendraient en tête. Autant profiter de la présence de l’estimée Lady tant que j’en avais la possibilité. Elles n’étaient pas si nombreuses, celles qui daignaient rendre une visite à Roches-aux-Runes.
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Tyana Veneur
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Une poigne de fer dans un gant de velours.
Dame de Grand-Arc

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Message Mar 14 Mai 2013 - 10:10

L’on pouvait dire que l’entretien entre les deux Valoises avait fait fi des incontournables sujets soporifiques, leur offrant un point épineux duquel discuter. Ce qu’il venait de se passer avait de quoi chambouler une paisible réflexion, et Tyana se voyait contrainte de chercher des réponses à des questions fort mystérieuses. C’était intriguant et lady Veneur n’était pas franchement frileuse, elle qui appréciait les mythes et légendes. Pour ce qui était des intrigues politiques, elle était bien contente de ne pas s’y trouver au cœur, mais aimait à réfléchir aux intentions de chacun. Lady Catelyn avait beau prendre tout ça avec un calme désarmant, elle n’en restait pas moins songeuse. Et il y avait de quoi…

Suite aux quelques impressions confiées par Tyana, son interlocutrice lui demanda de garder ce dont elle venait d’être témoin pour elle seule. Il était clair que ce genre d’évènements importuns avaient de quoi tenir le crachoir de bien des gens – plus précisément celui des seigneurs et ladies des fiefs voisins. Combien avaient déjà craché sur les Sunderland, combien aimaient à dire que lady Catelyn était une tourne casaque malgré le fait qu’elle ait rejeté l’affiliation à Feunoyr ? Les rumeurs étaient des brasiers intarissables – il suffisait de sujets sensibles, de quelques étincelles, et voilà de quoi faire parler, de quoi soulever de la polémique à s’en faire alliés ou ennemis. Cette affaire ne concernait guère Tyana, et elle ne comptait pas s’en mêler, excepté si la concernée le désirait d’une manière ou d’une autre. Elle ne pouvait pas faire grand-chose pour l’aider – seulement lui livrer son point de vue et mettre à disposition son écoute et sa réflexion. A savoir si ça allait se révéler utile pour son hôte.

« Ne craignez rien, lady Catelyn. Disons que ce sera notre secret. Je ne prête jamais attention aux ragots, et je les alimente encore moins. » – Elle se fendit d’un sourire avant de reposer ses avant-bras contre les accoudoirs, se redressant légèrement dans un port de tête élégant. « Vous avez déjà assez à vous préoccuper sans pour autant devoir supporter les suspicions curieuses et mesquines des fauteurs de troubles. »

Tyana ne désirait en rien voir Catelyn prise à parti, dépossédée de toute légitimité pour alimenter l’eau d’un moulin qui n’avait que trop coulé. Entremêlant ses doigts sous son menton, la jeune femme coula un regard à son interlocutrice lorsque celle-ci lui confia qu’elle partageait son avis au sujet de la menace personnelle que constituait le cadavre enroulé dans son linceul écarlate. Tyana ne put qu’acquiescer aux paroles de lady Royce qui avançait que la famille Sunderland avait été la seule à rejoindre les Feunoyr durant la rébellion. Du moins, dans le Val. Il était clair que cette exclusivité leur avait porté préjudice sur la suite. Et si Feunoyr avait réussi à s’emparer de la Couronne ? Tyana s’était souvent demandée quelle serait la situation dans le Val et partout ailleurs, si Daemon avait bel et bien réussi à renverser le pouvoir établi. Une servante fit son entrée dans la salle de réunion pour déposer un plateau de pain d’épices. Tyana refusa poliment l’invitation à y gouter malgré que ça eut l’air appétissant – l’odeur du cadavre en putréfaction lui avait laissé une saveur âpre en bouche, et la seule chose qu’elle aurait pu avaler fusse un verre d’eau. Tyana s’humecta les lèvres, pensive, avant que la voix de lady Catelyn ne l’amène à lever le nez vers elle. Elle ne semblait pas reconnaître l’homme qui avait été égorgé avant de lui être livré. C’était certainement un inconnu, la victime nécessaire pour faire passer un message, pour appuyer la menace pesant sur lady Royce. Catelym semblait croire que le malheureux était un pirate. Un cadavre qui eut été disponible pour le sombre dessein de Donniger.

« Je ne peux que me réjouir du fait qu’il vous soit inconnu. Les pirates vivent en marge de nos préceptes – même si le crime leur est coutume, mieux vaut qu’ils s’entretuent plutôt qu’ils ne s’attaquent à des innocents. »

Lady Veneur fut surprise d’apprendre que Catelyn ne vivait pas cette situation avec lassitude. Elle dégageait une détermination à tout rompre, lorsqu’elle affirmait vouloir rayer ces mauvais souvenirs, lever le doute qui pesait sur la maison Royce. La Valoise de Grand-Arc fut émue par la force et la fermeté avec lesquelles Catelyn se défendait.

« Je vous le souhaite de tout cœur. S’il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour vous aider à établir la vérité, lady Catelyn, je le ferai. » – Cette promesse n’était pas faite en l’air. Tyana connaissait à peine Catelyn, mais elle se refusait à imaginer que cette dernière puisse être manipulatrice ou malavisée. Après tout, Aline vivait à ses côtés, et leur rapport semblait être empreint d’une profonde sincérité. Tyana était encline à ce que sa maison se serre les coudes avec ses comparses Valois – tout dépendait de là où elle mettait les pieds et du danger que cela pouvait représenter. Catelyn émit une hypothèse intéressante, bien que révoltante – elle caressait l’éventualité que le message eut été en réalité envoyé par sa famille, plus particulièrement son paternel, attaché aux intrigues de pouvoir. Catelyn expliqua que peut-être son jeune frère envoyé sur le Mur n’avait pas eu d’autres choix mis en marge des sombres desseins des Sunderland pour ne pas leur causer du tord. Tyana fronça les sourcils, les lèvres jointes dans une moue dubitative. Tout ça se tenait, si on imaginait que Podrick Sunderland n’avait aucun attachement véritable pour ses enfants. « Votre père évincerait-il ceux qui risqueraient de lui faire du tort dans ses opinions ? C’est révoltant, mais néanmoins probable. »

Elle était bien heureuse de ne pas être à la place de son hôte – lutter contre sa propre famille n’était jamais facile. Tyana se pinça les lèvres, songeant à ce que venait de lui confier son interlocutrice.

« Si votre père a eu contact avec Radcliff Donniger pour préparer cette petite blague de mauvais goût, sûrement quelqu’un de sa maisonnée est-il au courant ? Ne vous reste-il aucun « allié », au cœur de Sortonne ? Quelqu’un qui continue à servir fidèlement votre père sans pour autant se laisser porter par ses idéaux. Quelqu’un qui puisse… Vous informer de ses faits et gestes ? » – Avoir des yeux partout était essentiel pour bien régir son fief. Tyana l’avait plutôt bien compris.

Catelyn changea de sujet de discussion, estimant sûrement que cela gâchait leur entrevue que donnait autant de crédit à ce récent évènement. Elle la questionna sur son voyage et à la mention de Goëville, Tyana eut un petit sourire. Elle aurait apprécié s’y rendre, notamment pour prendre des nouvelles de sa sœur, Janyce – mais les affaires de Grand-Arc ne l’attendrait pas indéfiniment. Son hôte s’inquiéta du manque de curiosité à l’égard du fief de Tyana dont elle avait fait preuve et cette dernière la rassura d’un geste de main.

« Oh ne craignez rien, lady Catelyn. Mon fief se porte comme un charme, et vous avez bien d’autres inquiétudes en tête. » La rassura-t-elle. Lady Royce évoqua un mariage éventuel pour Eron avec l’une des filles Grafton et Tyana fut quelque peu prise au dépourvu. Elle n’avait pas encore pris le temps de réfléchir à ça – une faute certaine, comme si elle avait peur de voir son fils grandir trop vite et lui échapper. « Janyce, sœur d’Aline et moi-même, s’est mariée à Terrence Grafton. Nous entretenons d’excellentes relations avec les Grafton, et j’ose espérer que cela dure. Je vous avoue ne pas encore avoir franchi le cap de la recherche d’épouse pour Eron. Avez-vous déjà une idée concernant vos fils lady Catelyn ? »

N’était-elle pas une mère irresponsable ? S’accrochant désespérément à son fils unique, craignant d’être bien seule s’il le lui échappait. Elle en oubliait souvent ce à quoi elle s’était résolue. Se remarier.

« Malheureusement, avant de me soucier d’Eron, il faut que je trouve à me remarier. Je vous avoue que l’idée me fait peur, et je me montre extrêmement méfiante envers le moindre parti qui vient frapper à ma porte. » – Confia-t-elle à son interlocutrice, l’estomac noué. « Je dois être pragmatique, ne pas m’accrocher à mon défunt Jeric, mais j’ai toujours l’impression de le trahir lorsque je songe à prendre un autre époux. »


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Message Ven 17 Mai 2013 - 10:27

Plus la conversation avançait, plus je me rendais compte à quel point Lady Tyana était Valoise, et à quel point j’étais née dans une région dont les coutumes m’étaient largement étrangères, ou bien auxquelles je n’avais pas su me conformer en grandissant, par un mécanisme de protection, ou bien par adéquations avec ma nature profonde, difficile à dire. Ma consœur était honnête et honorable, et ne semblait pas envisager de tirer profit de l’événement marquant auquel elle venait d’assister. Pourtant, entre des mains mal intentionnées, que cette information pouvait s’avérer valable ! Lady Royce en possession d’un artefact Feunoyr au sein même de Roches-aux-Runes ! Une connivence possible avec un renégat de la pire espèce en la personne de Radcliff Donniger ! Il y’avait de quoi m’assurer les grâces, si j’ose dire, des services de la Main du Roi pour les dix prochaines années de mon existence, si ce n’était plus, et mes pauvres enfants hériteraient sans aucun doute de ma réputation et d’une fournée d’espions s’assurant de leurs moindres faits et gestes. La renommée de la Maison Royce pouvait être disloquée, dispersée aux quatre vents, avec pour la reconstruire un chantier encore plus colossal que la rénovation d’Harrenhal.

Au lieu de cela, elle m’assura de son silence sur cette embarrassante affaire sans sembler rien exiger en retour. Peut-être était-ce par la grâce de la présence d’Aline à mes côtés, Lady Tyana ne souhaitant pas mettre en péril un membre de sa fratrie - d’un autre côté, elle aurait tout aussi bien pu la prévenir, ou lui conseiller de rapidement trouver un époux afin de s’éloigner du nid de guêpes. Mais si j’étais heureuse de ne pas avoir à négocier le prix de son silence, je restais circonspecte du fait que ces possibles exploitations de la faiblesse d’autrui m’apparaissaient tout à fait naturellement, comme si le chantage et l’extorsion étaient aussi évidents que la confiance et l’amitié dans les relations diplomatiques. Je n’étais pas une vraie Valoise, mon état d’esprit était plus adapté aux intrigues du Conflans ou de l’Ouest qu’à l’honneur et à l’honnêteté de la terre des Arryn.

Je souris donc avec sincérité, heureuse de voir que, selon toute vraisemblance, je pouvais me concentrer sur les conséquences avancées du passage de Donniger, sans avoir à hypothéquer une partie de la fortune de ma Maison pour m’assurer du mutisme de mon invitée. Selon toute vraisemblance. Même si Lady Tyana me paraissait aussi noble que les plus grands hommes que le Val ait connus, comme ser Humphrey Hardyng le regretté chevalier, je n’arrivais tout simplement pas à faire entièrement confiance à qui que ce soit, Andar et mes fils exceptés. Une minuscule part de mon être restait sur ses gardes, enfouie au fond de mes défenses, prête à bondir à la moindre désillusion. Cette foi absolue en autrui, je m’étais résignée à ne plus jamais être capable de la ressentir. Je gardai bien sûr toutes ces pensées pour moi, ma consœur m’apparaissant comme un symbole de pureté qu’il ne fallait surtout pas entacher. C’était peut-être là la différence que j’avais avec les seigneurs intrigants des autres régions : je ne méprisais pas l’honnêteté, je ne la voyais pas comme une naïveté imbécile. Je m’y étais accoutumée, et je la respectais, même s’il m’arrivait bien sûr de m’en servir tant cela pouvait par moments être tentant.

« Je vous remercie », dis-je, évacuant ce sujet plus sensible qu’il n’y paraissait. « Je pense que votre présence a été d’une grande aide pour éviter la panique au sein du fort. Vous connaissez l’orgueil des Valois ; ils ne veulent surtout pas que quiconque d’extérieur ne les voie en position de faiblesse. » Les hommes portant le blason des Veneur avaient parfaitement rempli ce rôle d’observateurs devant lesquels il faisait bon paraître fort et discipliné. Et ce, même si les hommes qui étaient restés à garder Roches-aux-Runes ne constituaient pas la garde rapprochée d’Andar ou ses troupes d’élite, bien au contraire. La seule chose qui aurait pu les pousser à se comporter encore mieux face à la menace que le regard des hommes de Grand-Arc, eut été le regard des femmes des Grand-Arc, sans doute.

« Vous avez déjà été très précieuse, Lady Tyana » poursuivis-je, « et je ne pense pas que… ». Je m’interrompis, ne souhaitant pas poursuivre avant d’avoir déroulé le fil de la petite idée qui venait de germer dans mon esprit. Mon regard se perdit dans le vague, fixant un point imaginaire du mur de la salle. Dans ces moments, il m’arrivait de machinalement jouer avec une mèche de cheveux qui avait du mal à rester derrière mon oreille, à tel point que ma mère m’avait un jour dit en riant que c’était la raison pour laquelle ils étaient aussi bouclés. Celui-ci ne dérogea pas à la règle.

Je n’avais qu’une vague idée de la suite à donner à cet événement, mais j’étais déjà résolue à d’une manière ou d’une autre porter l’affaire au sein de la cour du Roi. Il s’agissait d’une occasion unique de laver une bonne fois pour toute mon honneur, d’assurer la couronne de ma fidélité et de mon dévouement, et peut-être d’aider à l’éradication totale et définitive de cette rébellion dont la simple existence empoisonnait ma vie. Sauf que…j’étais toujours Catelyn Sunderland, fille de. Bien des seigneurs présumaient que la traîtrise coulait autant que le sang à l’intérieur de mes veines, et que tout ce que je pouvais dire était sujet à caution – sur ce second point, difficile de les blâmer sans hypocrisie. A ce compte, informer les Targaryen de ce qui venait de se passer pouvait être à double tranchant : au lieu d’y voir une information honnête et éclairante sur l’état de la rébellion, on pouvait imaginer une intrigue visant à désinformer, et à camoufler d’autres activités, bien réelles, celles-ci. Radcliff Donniger ? Un écran de fumée, si la Sunderland en parle, c’est que cela ne nuit pas à leurs plans, il doit y avoir plus important ailleurs.

Autant d’idées préconçues qui ne viendraient à l’esprit de personne si le porteur de la nouvelle n’était pas moi, mais un honorable Seigneur ou une gente Dame du Val. Or j’avais à ma disposition un témoin qui pouvait confirmer que le passage de Danse-Vagues et la récupération du cadavre avaient bien eu lieu, et que je n’étais nullement impliquée avec le pirate renégat. Un témoin dont personne n’oserait remettre l’honneur en doute. Pourquoi ne pas en profiter ?

Je repris donc, après avoir reposé les yeux sur la Dame de Grand-Arc.
« En réalité, il y aurait bien quelque chose. Voyagez-vous avec un sceau de la Maison Veneur ? » demandai-je. « Si c’est le cas, vous serait-il possible d’écrire une lettre confirmant le passage de Danse-Vagues et le repêchage du mort et de son funeste linceul ? Contrairement à moi, votre réputation est immaculée. Nul n’aurait ainsi l’occasion de dire que cette macabre découverte est le fruit de mon imagination fertile, ou de ma connivence avec les rebelles. » expliquai-je. « Si vous faites cela, je vous serai redevable. » J'étais d'une nature calculatrice plus qu'idéaliste, difficile de le nier, mais si Lady Veneur était aussi bonne avec moi, je ne voyais pas pourquoi je ne lui retournerais pas la pareille au moment opportun. Elle-même avait longuement détaillé les vertus de la confiance et de l'aide mutuelle auxquelles je ne croyais pas, et il s'agissait d'une excellente occasion de les mettre à l'épreuve. Je finis ma tartelette et me retins de me lécher les doigts comme j'en avais l'habitude, prestance oblige. J'usai d'un carré d'étoffe à cet effet, que la servante avait apporté en même temps que les sucreries.

Même si la chose avait de l’importance, je décidai de ne pas m’attarder dessus. Elle n’était pas indispensable aux plans que j’avais en tête – mais elle les faciliterait grandement. Cela s’apparentait à aller chasser avec ou sans une meute de chiens pour rabattre la proie. A force d’efforts, on pouvait finir par mettre la bête à terre, mais la traque était plus longue, et plus susceptible de se terminer sur un échec. L’échec n’était pas ce qui m’inquiétait, car il était avant tout lié à ma volonté de mettre les choses au clair, et sur ce point je pensais avoir ce qu’il fallait. Mais si je pouvais dépenser mon temps et mon énergie à autre chose qu’à convaincre mes interlocuteurs que le passage de Danse-Vagues à Roches-aux-Runes n’était pas une affabulation de ma part, tout serait pour le mieux.


« Lorsqu’il est question de mon père, le plus bas et le plus méprisable est ce qui a le plus de chances de s’avérer exact » soupirai-je. « Cette hypothèse reste une hypothèse, bien sûr, mais avec lui elle devient tout à fait possible, et même probable. Il n’existe dans son esprit que des moyens de parvenir à ses fins, la moralité n’entre jamais en ligne de compte. » Le pire étant qu’il avait transmis cette nature perverse à deux de ses fils. Mais, me dis-je, il était tout à fait envisageable qu’à sa mort, mes deux chers frères s’entredéchirent pour prendre le contrôle des Trois Sœurs. Cela serait même dans la droite ligne de la politique qu’il exerce depuis plusieurs décennies – et l’ironie ne passa pas inaperçue dans mon esprit. D’autant que cela signifierait une paix relative pour les fiefs voisins, et par extension pour moi, tandis que Sortonne serait le théâtre des trahisons les plus immondes. Un tel spectacle me donnerait presque d’envie d’y assister, par représailles pour ce que j’avais pu endurer. D’autant que ma pauvre mère n’était plus là pour voir ça.

« Je n’ai malheureusement aucun moyen de communiquer de façon fiable avec la Maison Sunderland. Je pourrais bien écrire au vieux mestre, mais je ne doute pas que mon père trouverait le moyen de mettre la main sur le corbeau. » Mais Lady Tyana avait raison : il s’agissait d’une piste que je pourrais creuser – après celle que j’avais en tête et qui me menait plus à Port-Réal qu’à Sortonne. Si j’en étais réduite à cette extrémité, alors je trouverais une solution. Je me mettrais en contact avec un correspondant régulier du mestre. Je contacterais Clarence Hightower, avec lequel j’étais en bons termes, en lui demandant les services de la Citadelle – les corbeaux entre mestres faisant sans doute partie des seuls qui n’éveilleraient pas l’attention de mon père. Il y’avait des possibilités, plutôt complexes, sur lesquelles je ne me pencherais que si c’était absolument nécessaire. A la fois par sens des priorités, et parce que je ne voulais plus rien avoir à faire avec Podrick Sunderland. Communiquer avec Sortonne ne faisait plus partie de mes plans depuis qu’Artus n’y était plus.

Autant parler de choses plus légères, même si, bien sûr, l’importance d’un sujet était une chose bien relative. Ainsi la question du mariage d’Eron, qui me paraissait bien inoffensive, avait-elle menée Lady Tyana à parler de sa propre union. Inutile d’être une experte dans la lecture des émotions pour voir qu’elle faisait toujours le deuil de son époux, et que la solitude était sa manière à elle de continuer à l’honorer. Je n’aurais sans doute pas agi différemment à sa place. « Non, je ne me suis pas encore occupée des futurs de Rickard et de Randall. J’escomptais attendre ses douze ans pour m’y intéresser sérieusement, mais on ne sait jamais ce que nous révèlera l’avenir. Je suis une actrice passive » dis-je en souriant avec sincérité. Je n’étais pas assez naïve pour laisser passer une grande occasion si celle-ci se présentait, mais je ne comptais pas en être le déclencheur. Rien ne pressait, Andar étant en parfaite santé. J’espérais de toute cœur que Rickard ait à régner le plus tard possible sur Roches-aux-Runes.


« Je vous comprends. Je ne puis malheureusement pas vous conseiller à ce sujet… » - le Père me préserve d’une telle situation – « …mais je vous recommande de choisir selon votre cœur. Votre nouvel époux deviendrait régent de Grand-Arc, et non son Seigneur. Le plus important est qu’il soit un bon exemple et un modèle pour votre fils. Je pense que c’est ainsi que vous rendrez hommage à la mémoire de Jeric, en s’assurant que son fils soit mis sur de bons rails. » Eron Veneur était le futur de Grand-Arc, contrairement à cet hypothétique homme avec lequel Lady Tyana se remarierait. C’était à lui qu’il fallait penser en termes de bénéfices d’une nouvelle union, et non au fief. Mieux valait un homme honorable venant d’une forteresse éloignée et ne pouvant en rien bénéficier aux Veneur, qu’un seigneur proche qui enrichirait les coffres mais s’avèrerait un mauvais exemple à suivre pour le jeune Lord. Tout cela, ma consœur le savait certainement, mais il était parfois bon d’entendre dire à voix haute ce qu’on avait du mal à admettre en son for intérieur. C’était bien le moins que je puisse faire pour mon invitée.
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Tyana Veneur
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Une poigne de fer dans un gant de velours.
Dame de Grand-Arc

♦ Missives : 314
♦ Missives Aventure : 38
♦ Age : 31
♦ Date de Naissance : 03/09/1987
♦ Arrivée à Westeros : 13/09/2012
♦ Célébrité : Imogen Poots
♦ Copyright : Seamus
♦ Doublons : Lyessa Reed, Ororya Gargalen, Serenei
♦ Age du Personnage : 28 ans
♦ Mariage : Le défunt lord Veneur
♦ Lieu : Grand-Arc dans le Val d'Arryn
♦ Liens Utiles : Fiche de présentation
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Message Lun 20 Mai 2013 - 17:50

Tyana ne quittait des yeux son interlocutrice, goûtant à son trouble et à ses pensées tumultueuses. Si elle avait proposé de lui apporter aide et crédit, elle ignorait encore si lady Royce accepterait ce témoignage de bon sens et cette alliance. Ce n’était plus un mystère pour la Valoise de Grand-Arc – Catelyn lui avait bien fait comprendre qu’elle était méfiante à l’égard des services rendus dans l’espoir d’un échange de bons procédés. Tyana voulait lui montrer que sa maison était prête à la soutenir, malgré l’affiliation évidente et inévitable aux Sunderland. L’on devenait ce que l’on désirait – non pas ce nos parents attendaient de nous. Pour sûr que Sven Veneur trouverait l’idée d’aider Catelyn Royce aberrante – il avait la méfiance désespérément exacerbée et trouverait cette cause bien trop risquée. Pour sûr que ça n’apportait rien à la maison Veneur – sauf peut-être de quoi faire baver sur leur nom. Un risque que lady Tyana était prête à prendre car sa maison avait toujours été droite et honnête. Elle n’avait nullement soufferte de malversations ou de mauvaise réputation – Jeric, avant elle, avait toujours entretenu une image respectable, et même s’il avait été plus frileux que son épouse pour proposer de l’aide, il n’avait jamais été insensible à leurs voisins. Catelyn formula des remerciements, et la jeune Valoise se contenta de secouer la tête, un sourire sympathique aux lèvres. Elle disait vrai au sujet des Valois – fierté et orgueil faisaient partie du patrimoine du Val d’Arryn. Tyana trouvait cette image bien trop austère à son goût – elle plaidait pour un peu plus de transparence mais savait pertinemment que ça n’arriverait jamais. Sven aimait à lui rappeler qu’elle donnait une vision erronée de leur maison. Trop de faiblesse. Tyana ne manquait pas de mettre un peu de cœur dans ses réflexions, mais elle n’examinait pas moins les risques encourus dans de telles décisions. Alors que Catelyn laissait entendre qu’elle en avait déjà trop fait, elle s’interrompit pour laisser libre cours à ses pensées songeuses. Tyana se pencha légèrement, suspendue aux lèvres de son interlocutrice tandis qu’elle semblait faire décanter son raisonnement. Puis, elle ne tarda guère à formuler une demande – consistant à écrire une lettre officielle pour attester de ce qu’elle venait de vivre aujourd’hui au sein de Roches-aux-Runes. Il était vrai que n’importe quel esprit retord aurait aimé croire que Catelyn avait orchestré ceci pour se porter en victime et s’écarter définitivement des allégations trompeuses sur sa loyauté au Feunoyr. Tyana ne pouvait en aucun cas croire que cette dernière tentait de la manipuler – certes, elle n’avait eu aucune preuve visuelle de la présence du navire pirate mais les faits rapportés par l’homme de la maison Royce n’avaient rien d’un coup monté. Porter crédit au témoignage de lady Catelyn était la moindre des choses qu’elle puisse faire, et Tyana se fichait bien de ce que puisse penser les langues vipérines du Val. Elle mit quelques secondes avant de répondre favorablement à son interlocutrice. Elle allait coucher sur le papier ce doit elle avait été témoin, et espérait que la maison Royce bénéficie d’une aide de la Couronne pour régler ce conflit.

« C’est la moindre chose que je puisse faire lady Catelyn. J’écrirai ce à quoi j’ai assisté, et j’espère que cela suffira à ôter le doute des esprits sceptiques. Qu’ils aiment sinon à se méfier de la maison Veneur – nous avons toujours prêté secours avec honnêteté, et ça ne nous a encore jamais porté préjudice. » – Commença-t-elle sur un ton neutre. « Je ferai en sorte de vous procurer l’écrit dés ce soir. »

Elle entendait d’ores et déjà son beau-frère les remontrances adressées par son beau-frère au sujet de ce parti pris. Sven était d’une paranoïa maladive, ce qui le rendait difficilement crédible lorsqu’il s’inquiétait outre mesure. Catelyn lui confia alors que son père était bel et bien capable de lui faire un tel affront – ce genre de comportements était invraisemblable pour une femme autant attachée aux valeurs humaines comme Tyana. Cette dernière n’avait jamais nourri de griefs à l’égard de son paternel, et même si il avait aussi eu ses tords, elle n’avait jamais eu raison de le détester. Il était clair que Tyana et Catelyn étaient différentes – notamment car lady Royce avait du se battre contre sa propre famille. Elle était déchirée, entre accusations infondées, suspicion interminable – avait-elle de vrais alliés ? Ou Tyana était-elle la première à lui proposer son aide ?
Si Tyana semblait utopiste et crédule, elle s’était prêtée au jeu de Sven – qui aimait à garder un œil sur les investissements douteux. Investissements d’honneur ou d’argent – du pareil au même, on n’était jamais trop prudent. Catelyn n’avait aucun lien avec les Sunderland, et mettre son nez dans leurs affaires se révélaient difficiles – surtout si son père se montrait méfiant à l’égard de tout ce qui rentrait ou sortait de son fief. Il devait être particulièrement malin pour régler ses affaires officieuses, et s’il était vraiment le responsable de ce petit paquet livré avec mauvais goût, Tyana pouvait se douter de l’efficacité mesquine de ses sombres desseins. Elle ne pouvait malheureusement pas bien aider son hôte à ce sujet – elle qui était si novice en matière d’espionnage.

« Je n’ai pas été confrontée à ce genre de problèmes épineux. C’est une chose que je ne souhaite à personne. Voir sa réputation ainsi sabotée par sa propre famille, ça a de quoi faire froid dans le dos. » – Tyana n’avait jamais eu d’ennemis, mais sa tolérance avait des limites. Elle ne supporterait pas qu’on lui en veuille au point de s’en prendre à sa maison. Pour protéger ses biens et son enfant, elle serait prête à tout. Comme toute mère.

Son éventuel remariage l’inquiétait, à te l point qu’elle ne put que l’exprimer à son interlocutrice qu’elle prit au sein de sa confidence. Tyana s’était longtemps demandé comment auraient réagi ses homologues si leurs époux les avaient laissé seules à la tête de leur maison. Les conseils d’un homme à ce sujet n’avaient rien de comparables à ceux du sexe féminin, et elle espérait que lady Catelyn lui offre son opinion sur la question. Tyana pouvait comprendre qu’il était difficile pour elle de se mettre à sa place – qui imaginait que son époux venait à mourir, laissant ainsi un fief à régir ? Les femmes cruelles gonflées d’ambition certainement. Lorsque Catelyn l’avisa qu’elle devrait choisir avec son cœur, trouvant en son futur époux un modèle aux yeux de son fils. Laisser la régence à un homme l’angoissait terriblement. Certes, il ne serait pas seigneur, mais il aurait une influence considérable sur Eron. Peut-être ne désirait-elle pas perdre l’importance qu’elle avait pour lui actuellement ? Choisir son époux en fonction du lien privilégié qu’il saurait entretenir avec son fils ? Pourquoi pas. Les paroles de lady Royce firent taire ses craintes les plus intimes. Tyana se fendit d’un sourire à l’égard de son interlocutrice.

« Vous avez raison. J’avais besoin d’entendre cela – je n’ai malheureusement pas grande confidente à Grand-Arc avec qui je peux partager mon inquiétude. » – Et les hommes n’avaient pas la capacité d’écoute et la compréhension des femmes, c’était indéniable. Même si elle mettait souvent le jeune Podrick Stone mal à l’aise de par ses révélations. Il était toujours attentif la concernant, mais elle savait aussi qu’elle outrepassait les règles en lui confiant tant de turpitudes. « Je devrai écrire plus souvent à Aline. La revoir après tant de temps me fait comprendre à quel point j’ai été bête de ne pas le faire plus tôt. Mes sœurs me manquent beaucoup. »

Elle esquissa un sourire triste, songeant à sa jeunesse et aux enfantillages incessants qu’elle eut partagé avec ses sœurs.

« Je serais ravie d’entreprendre une correspondance avec vous lady Catelyn, si toutefois le plaisir est réciproque. Votre maison sera toujours la bienvenue à Grand-Arc. » – Elle appuya ses propos d’une œillade gratifiante et respectueuse.

Après tout, n’allait-elle pas lui confier une garantie de son soutien en apposant son seau sur cette déclaration en faveur de la maison Royce ?

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