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Les femmes désirent ce qu'elles aiment, les hommes aiment ce qu'ils désirent.

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Commandant des Dents de Freux
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Alrik Mallery
Commandant des Dents de Freux

Général
- Noblesse d'Ame -

♦ Missives : 1209
♦ Missives Aventure : 117
♦ Arrivée à Westeros : 19/02/2012
♦ Célébrité : Josh Holloway
♦ Copyright : Luchadora
♦ Doublons : Lakdahr l'Edenteur - Séraphine - Jeyne Estremont
♦ Age du Personnage : 39 ans
♦ Mariage : Veuf - Fiancé à Velanna Vance
♦ Lieu : Les Terres de la Couronne
♦ Liens Utiles :
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Message Mar 2 Avr 2013 - 23:42






« Chaque jour est une perle de plus dans la cataracte du sablier de mon espérance, et je surprends le temps à devenir alanguissement, voilà que je me sens dépossédé de mon acabit première : la patience. Qui êtes-vous donc, pour estropier ma nature de la sorte sans que je ne puis y apposer une quelconque égide, si ce n'est l'essence même d'une aveugle passion. Par ces quelques proses aussi humbles qu'avérées, j'aurais aimé vous porter le seul poids de mon émoi, hélas... Priez de toute votre piété milady, priez pour les vaillants armés. Priez pour ceux qui s'en vont en guerre. »


Le syllogisme, même tardif, en avait voulu ainsi : le dragon tricéphale de gueules, lactescent ou pourpre, assiégerait l'ennemi. Les préparatifs n'avaient point attendu la convergence de bonnes gens à l'occasion du Conseil Restreint, aussi les esprits les plus alertes avaient pu s'en douter avant même que la sentence n'en soit officielle. La peuplade du Poulpe Aurifère avait de trop ouvré dans les tribulations du continent, s'étaient ouvertes des meurtrissures que les Sept Couronnes mettraient un temps sûrement infini à panser. Ils n'étaient que trop restés spectateurs de leurs affres, peut-être, embourbés dans leur fatuité, dans la certitude que de barbares insulaires n'étaient qu'ivraie dans un champ où eux étaient blé. Etait-ce la vanité que l'on devait morigéner pour avoir patienté tant de lunes avant l'intercession ? La couronne avait, bien malheureusement, une pléthore d'intrigues à régenter, bien plus encore à percer à jour avant qu'il ne soit trop tard. Sur cette question, Alrik était d'opinion partagée, comblé d'être au fait que cette iniquité fer-née puisse enfin être châtiée et prendre fin par leur intervention, bienheureux de pouvoir aider ceux qui avaient été raptés lors d'exactions côtières, enchanté de constater que nombre de lames s'étaient enrôlées dans l'ost de la Main du Roi pour partir en croisade... La guerre, justement, n'était plus une hypothèse. Tout délaisser derrière soi et se concentrer sur le conflit à venir – rester en vie. Assurément, il n'était point le seul à abandonner des êtres chers avec le serment de leur revenir, entier. Mais l'émoi dans les voies lactées oculaires de ses dames lui était toujours d'un inénarrable tracas, avec cela, il avait désormais une muse à ne point trop tourmenter, sans pour autant la laisser dans l'impéritie. Annoncer son active participation à la bataille qui se fermentait était à la fois saisissant, et tellement évident. Son lord lui avait tout d'abord confié les brides de la milice à cet effet, qui ne se serait point douté qu'il le solliciterait pour prendre part à l'expédition qui se promettait des plus vindicatives. Une requête impossible à refuser, il était – avec le prince Maekar Targaryen. - le héraut de la royauté et de sa volonté, nul n'était à même de faire opposition au roi, et guère quelconque cinoque ne s'en complairait sans que sa tête ne lui soit tranchée nette. Un honneur d'être le porte-étendard de ceux qu'il servait avec tant de ferveur, pour autant, il avait tant espéré pouvoir se sustenter de la nitescence d'une certaine étoile à laquelle il avait tant juré, le seul astre et radieux guide de ses songes lorsque ses paupières abdiquaient et se fermaient en un rideau de chair rêveur. Son coeur n'était que plus galvanisé d'un éréthisme sans pareil, qui le laissait, et il le savait, fréquemment dans un état contemplatif. Quelques mimiques parfois serines, des airs absents qui ne manquaient pas de faire doucement rire ceux qui étaient accoutumés à la compagnie du sigisbée – et même, parfois, de ses soldats ! Qu'il remettait dans le droit chemin avec une autorité rubiconde, et sous sa férule, mieux valait courber l'échine et s'exécuter que jouer les bravaches. Fort heureusement, peu osaient encore l'interpeller sur le sujet qui n'existait encore que par les racontars que certains se plaisaient à propager.

La griffe de ses meilleurs sentiments et convoitises les plus entichées signa l'achèvement de son épître, une de plus, qu'il destinait au fief des Vance d'Atranta. Il y avait calligraphié nombre d'anecdotes et de multiples vers de circonstance, tant celle de leur chaste liaison que celle de son départ prochain, navré d'avoir à atermoyer la visite de Velanna et sa famille. Mais par cela, il s'engageait que son triomphant retour ne tarderait guère et que dès cela fait, il l'accueillerait tant dans sa demeure qu'à ses côtés – et ce, dans tous les plausibles sens du terme. Au vue des missives d'encre énamourée qui pérégrinaient à vols de corbeaux entre les terres du Conflans et celles de la Couronne, son fantasme ne pouvait être chimérique, l'espoir mêlait à l'engouement l'en persuadait : bientôt, il pourrait officiellement s'annoncer comme promis de la sylphide, dont le pater n'était rien de moins qu'un ancien frère d'armes et dont la défunte génitrice l'avait sublimée d'une ichor d'ascendance valyrienne. A bien y songer, la belle était d'un métissage fait d'unicité, et s'il y réfléchissait trop, Alrik pouvait aisément conclure ne point mériter pareil joyau, lui dont les legs génétiques n'avaient vertement rien de remarquable, bien au contraire. Un privilège en soi, même s'il ne s'était pas épris d'elle pour ce que ses aïeux avaient pu être. Cet instant qu'ils avaient passé ensemble sous une discrète charmille, chaste bien que tentateur... Le chevalier s'affaissa dans son siège, sa main balaya la partie basse de son faciès où ses commissures s'étirèrent inéluctablement en un sourire conquis, et envieux, de réitérer ce conciliabule. Il en fut ankylosé de divagation, avant qu'une symphonie de trois heurts ne cogne l'huis de son office, et ne l'arrache à quelque utopie qui n'en serait, bientôt et hypothétiquement, plus vraiment une. Comme toujours, si l'accalmie frappait parfois le Commandant zélé, le Donjon Rouge lui, ne sommeillait jamais ! Ruche aux conjurés, il n'était guère possible de se reposer sur ses lauriers lorsque l'on était en charge de la sûreté de l'un des lieux les plus importants et corrompus de tout le continent. Qui plus est, toutes les conséquences sociétaires des agissements fer-nés s'additionnaient à ses coercitions déjà fort éreintantes, et comme si cela ne suffisait pas à son fardeau, la plus belle vénus de Westeros faisait des siennes.

Etait-il à même de qualifier ses actes de la sorte ? Shaïra n'avait fait que l'informer, par l'intermédiaire d'un quidam de sa garde personnelle, qu'elle serait sujette à une flânerie extramuros. Une escapade ? Voilà qui n'était guère usuel, les Sept savaient que la Seastar musardait bien peu en dehors du bastion aux murs carminés qui la préservait autant qu'il la confinait dans sa platitude. Si la dragonne s'était plu à uniquement le renseigner sur ce déplacement impromptu, sûrement par fierté de ne pas quérir de son autorisation et d'avoir l'illusion de posséder encore un semblant de contrôle sur son existence, il ne revenait encore qu'au bon vouloir du freux de le tolérer, ou non. Ce dernier avait longuement chancelé sur la décision à prendre, mais il lui fallait trancher avant que la targaryenne ne s'évapore en avançant quelque peu benoîtement qu'elle l'avait prévenu et qu'elle n'avait point eu de retour négatif. Il savait son amie extraordinairement finaude lorsqu'il s'agissait de son jeu, les lisières n'étaient alors plus définies et advenait ce qu'il pourrait advenir, elle ne fanait devant rien ni personne. C'était sans contredits ce qui faisait d'elle une créature d'exception, en plus de sa vénusté encensée par tous les esthètes dignes de ce nom. Elle était une maîtresse échiquéenne qui savait se faire passer pour le plus immaculé des pions bien malgré la réputation qui la précédait, et dans un monde où elle serait reine, qui pourrait savoir de quelle puissance aurait-elle joui ? Mais le Mallery lui, la connaissait dans ses ombres comme dans ses clartés – du moins, en était-il intimement convaincu. Aussi, plutôt que lui ployer matière à l'imputer de plus de reproches qu'elle n'en avait indiscutablement en la contraignant à rester à domicile, choisit-il de la prendre à son propre jeu. Elle eut sa bénédiction pour quitter la forteresse... Seulement si une poignée de Dents de Freux se fondait parmi son arroi et ne la quittait sous aucun prétexte, jusqu'à son retour. Un ultimatum qui ne souffrirait point de conciliation, il jugeait son agrément d'ores et déjà potentiellement louable. D'aucun dirait alors que le cerbère attitré du Donjon Rouge était parfois intempérant, ivrogne d'ordres et de règles comme si les Marcheurs Blancs menaçaient de faire une percée d'un jour à l'autre. Un règlement que la présumée sorcière parvenait sporadiquement à contourner, il ne savait comment. Graissait-elle quelques pattes parmi ses factionnaires ? Jouait-elle de langoureuses oeillades ? Il aurait tué pour savoir, mais chacun couvait habilement ses secrets. De surcroît, leurs contacts s'étaient faits diablement sommaires depuis Cette Nuit. Quelques rencontres fortuites, de furtifs échanges où, en dépit de leurs efforts, tous deux avaient peiné à feindre leur concorde d'antan, et les conversations en étaient devenues inextensibles pour le peu qu'elles arrivaient encore. Parviendraient-ils un jour à passer outre ? Hélas, il l'ignorait, mais se laissait du temps à cette fin.

Plus de dragonne dans les environs, donc, et s'il ne s'était pas embarrassé à lui demander le lieu de sa destination, il lui avait conglutiné quelques Dents de Freux du meilleur aloi, qui auraient tôt fait de se hâter au rapport une fois revenus. Ce fut donc la conscience quiète qu'il s'était concentré sur d'autres délégations et qu'ils s'étaient entretenus avec ses Capitaines pour leur offrir une myriade de consignes, toujours les mêmes lorsqu'il devait s'absenter. Une fugue qui serait fugace, il l'avait souligné. Un trajet jusqu'à son fief et un second pour rallier Port-Réal, seulement cela. Par ce procédé, il savait que l'épuisement aurait loisir de s'accumuler, les heures de narcose seraient dénombrées au compte-goutte, il arriverait en fin de soirée voire prémisses de sorgue et siesterait seulement jusqu'aux aurores, où il profiterait alors d'Aaliyah et Yevana pour la dernière fois avant sa partance vers les mers occidentales. Même s'il avait la ferme intention de ne pas s'y faire occire, le désir de les étreindre et de leur rappeler qu'elles n'étaient pas exclusivement les étoiles de ses armoiries mais également celles de sa vie, lui était primordial. Il ne leur dirait pas « au revoir », mais « à bientôt ». Et ce fut le coeur gros de cet impératif familial qu'il prit bien tardivement la route pour Empyrée, filant au plus prompt des galops pour se goinfrer d'un peu plus de temps. Il n'en récupéra malheureusement qu'une infinité lorsque, tout dignement rentré, il passa les portes de son foyer. Qu'il était bon de rentrer chez soi, malgré son opiniâtreté à vivre au bastion du roi faute d'être en mesure de faire autrement. L'ensemble de la demeure était assoupie depuis un moment déjà, il eut loisir de rencontrer quelques subordonnés encore affairés à leurs devoirs malgré la noirceur céleste, toujours enchantés de voir leur seigneur pointer le bout de son nez de façon tout à fait providentielle. Les mêmes qui lui babillèrent divers faits sur les deux dames de maison, sur leurs activités ou ce qui avait pu se produire et qu'il méritait de savoir. Puis, après les commodités, vint le prélude d'une situation aussi stupéfiante qu'elle n'était truculente : Dame Shaïra fut leur hôte pour la journée et l'était pour la nuitée. Ici ? Sans qu'il n'en eut été avisé ? Fichtre, la retorse l'avait bien eu ! Il en tomba des nues, sans comprendre ni comment il avait pu se faire duper, ni le pourquoi de l'initiative. Les domestiques furent bien incapables de l'éclairer davantage, et sa soeur – en supposant qu'elle ait été mise au fait de quoi que ce soit et qu'elle soit disposée à lui en parler. - dormait certainement trop bien pour qu'il se hasarde à la réveiller. En revanche, peut-être avait-il une chance du côté de ses hommes, qui ne devaient point être bien loin.

Alrik partit à leur recherche et les découvrit en cuisines, cohorte de chevaliers qui s'était réfugiée là pour mangeotter un peu de pain noir et de fromage, au mauvais goût d'un picrate qu'ils avaient dégoté il ignorait bien où. L'arrivée de leur supérieur interrompit leurs rires et leur partie de cartes, étonnés qu'ils furent de le trouver ici, et de la question qui suivit.
« Que faites-vous là ? Nous jouons aux cartes Commandant ! Et devinez quoi, je mène ! » Répondit tout naturellement un Leyan aux pommettes et bout du nez sensiblement rougeauds, toujours aussi sagace que sa réputation l'avançait. Si le sigisbée n'y avait pas été habitué, sans nul doute en serait-il resté incrédule. « Je n'ai cure que tu gagnes ou que tu perdes Leyan, je veux connaître la raison pour laquelle vous êtes là, en ma demeure ! Nous n'avons fait que talonner lady Shaïra, comme vous nous l'aviez ordonné Commandant. » Reprit l'humble Sébaste, jugeant préférable de se faire narrateur de l'histoire avant qu'un certain benêt ne reprenne du service. « Nous n'avons bien entendu point eu le culot de la questionner et nous nous sommes contentés d'assurer sa protection, puis, au gré du voyage, nous nous sommes retrouvés ici, et n'avons conclus qu'à la vue de lady Aaliyah et lady Yevana que nous étions à Empyrée. J'aime votre fief ! Je suis près de la pâmoison à chaque fois que je me souviens qu'avant le chevalier Dent de Freux, vous n'étiez qu'un coquin de Culpucier ! » Le sieur ferma les yeux en se pinçant l'arrête nasale, puis il expira avec la plus manifeste des exaspérations. Une chose n'était plus à démontrer : Leyan était le meilleur entrainement imaginable pour la teneur des nerfs ! A ses abords, la circonspection devenait une épreuve qui se renouvelait inlassablement. Le pire de tout, par-delà cette sordide marotte de lui rappeler ses originaires loin d'être nobles, était que le nigaud n'était absolument pas conscient de ses impairs. Le Mallery commençait sérieusement à se demander s'il parviendrait un jour à en faire plus qu'un objet de curiosité et de troubles. « De grâce ser Authaire, fourrez-lui un bout de fromage dans la gorge, qu'il se taise ! A vos ordres. » Et le vétéran s'exécuta sans plus attendre, sacrifiant sans hésitation la tartine qu'il venait de se faire pour l'engouffrer sans délicatesse dans la bouche du jeunot qui, après l'effet de surprise et avoir frôlé l'étranglement, fut trop occupé à mastiquer pour se mêler à la discussion. « J'aimerais pouvoir vous en dire plus, mais nous ignorons tout de la situation. Non, non... Ce n'est pas grave, je me doute de votre impéritie, égale à la mienne... Où est lady Shaïra ? Nous l'avons quittée lorsqu'elle s'est retirée dans sa chambre, ses hommes jouent les sentinelles devant les huis, nous avons donc jugé opportun de disposer. Vous avez bien fait, j'irai aux réponses dès demain. Cela étant, j'abdique à la fatigue, je vous laisse poursuivre votre partie et faire croire à Leyan qu'il mène le jeu. » Ce dernier releva un regard ahuri sur son supérieur, sans comprendre la raison de sa tirade, tandis que ses homologues s'esclaffèrent en choeur.

Le maître des lieux arpenta les corridors jusqu'à rallier l'étage, auquel il put vérifier les dires de ses subalternes et aperçut les sentinelles postées devant les appartements de la Seastar. Fort bien, la nuit portait conseils, et il en aurait bien besoin pour savoir comment interpeller la belle sur toute cette affaire. L'esprit empli de conjectures et vraisemblablement ailleurs, Alrik rejoignit sa chambre, dans laquelle il entra en se massant les paupières. Il demeura face à la porte, la main sur la clenche durant de longues secondes de réflexion... Avant qu'une inusuelle fragrance ne chatouille son sens olfactif. En prêtant plus attention, il remarqua enfin que la pièce n'était pas de cette habituelle froideur qui l'accueillait à chacun de ses retours, bien au contraire, une douce chaleur y régnait... Il se retourna, puis ce fut l'apothéose. « WOW ! » Geignit-il de surprendre en s'élançant en arrière, heurtant la porte de son rachis, porte qui aurait aisément pu s'écrouler sous la force de la projection. Le sigisbée s'y congloméra comme dans l'espoir de pouvoir la traverser sans l'ouvrir, et blêmit, instantanément. « Shaïra ?! »


Vous allez balayer ma cendre ; L’homme ou l’insecte en renaîtra ! Mon nom brûlant de se répandre, dans le nom commun se perdra. Il fut! Voilà tout ! Bientôt même, l'oubli couvre ce mot suprême, un siècle ou deux l’auront vaincu. Mais vous ne pouvez, ô nature, effacer une créature... Je meurs. Qu’importe... J'ai vécu !


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Shaïra Seastar
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« En languissant définiront mes jours »

♦ Missives : 1507
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♦ Date de Naissance : 25/02/1992
♦ Arrivée à Westeros : 17/01/2012
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Message Jeu 4 Avr 2013 - 13:17


Le don de vervue. Sombre et intrusif pouvoir métamorphosant les rêves en prédictions, oblitérant les songes pour faire du possible, du désiré, une certitude qu’il était impossible de contrer et de manipuler à sa guise. Un comble pour cet être aussi délicat que corrosif qui aimait à tordre l’éventuel en son sens, à révolutionner son monde afin qu’il corresponde à ses espérances les plus éperdues, fantasques et intimes. Toutefois, dans l’avenir entrevu comme dans le dévorant présent, rien ne se déroulait selon le bon vouloir de la Seastar. Elle avait vu la guerre et ses terribles morsures déchirant la chair, mais laquelle ? La seiche d’or était écartelée, dispersée dans une mer d’encre mais elle n’était pas seule à se noyer dans ce marasme, car dans la noirceur d’immenses flaques de pourpre s’étendaient, et des corps flottés çà et là parmi les tentacules, les yeux révulsés vers le ciel. Les loups du Nord et les lions à la fierté malmenée pleuraient dans la nuit sombre tandis que le dragon tricéphale survolait le désastre, victorieux d’une guerre longue et inutile. Et parmi tous ces morts, tout ce gâchis révoltant, elle avait aperçu un éclair d’azur au milieu d’une crinière d’or et son cœur s’était soudain saisi de frayeur. Et puis elle s’était éveillée brusquement, les prunelles humides et sa longue chevelure soyeuse dispersée sur l’oreiller telle une couronne d’argent. Il y avait un monde entre les cauchemars et la réalité, et bien peu de chimères se réalisaient finalement sous les yeux des visionnaires mais cela, c’était pour le commun des mortels. Car quelques êtres avaient hérité des enfants de la forêt la vervoyance, pouvoir ou malédiction les amenant à avoir des rêves verts prophétiques, aux symboles et hyperboles aigus et souvent difficilement interprétables. Et quand bien même le sens était-il déterminé, renverser le cours du destin n’était pas chose aisée – si seulement c’était un idéal accessible, rien n’était moins sûr. Shaïra de Lys était de ceux-là, oracle sporadique et discontinu qui n’entrevoyait le plus souvent que de sinistres sorts. Mais elle ne pouvait accepter celui-ci, quand bien même n’était-elle pas certaine de ce qu’elle avait vu. S’extirpant de ses draps et de sa couche moelleuse, elle enfila promptement un long manteau de velours et de nacre sur sa robe de soie courte et opaline et se faufila hors de sa chambre. La nuit était opaque et pas une étoile ne brillait dans le ciel lorsqu’elle parvint, à tâtons, jusqu’à l’huis de ses inquiétudes et de ses angoisses. La porte était close mais un filon de lumière fluait en-dessous, était-il ici ? Son oreille se pressa délicatement contre le chambranle mais aucun son ne lui parvenant, elle se risqua à abaisser la poignet et à pénétrer dans l’antre du Commandant des Dents de Freux. Elle fit quelques pas à l’intérieur mais constata bien vite que son occupant s’était envolé rapidement, sans doute appeler d’urgence par l’un de ses subalternes. Comme toujours indispensable et réclamé. Elle avait fait volte-face pour sagement revenir sur ses pas lorsque son attention fut interpellée par un curieux cachet qui lui était alors inconnue, une cire d’émeraude gravée d’une tour et décorée d’argent qui avait scellé un long épître rédigée d’une écriture fine et enveloppée. Indéniablement une main de femme. Rongée par la curiosité elle s’était approchée à pas de loup et à la lueur d’une bougie, lut les premières lignes. Pas davantage, sans doute en serait-elle devenue nauséeuse. Couchés sur le papier des sentiments à peine voilées auxquels il lui était impossible d’accoler le mot tendresse, c’était plus fort, plus passionné, plus emporté. Plus insupportable. Un furtif coup d’œil sur le bureau lui indiqua que cette lettre avait bien des sœurs, une intense correspondance s’était développée. A son insu. Elle reposa d’un geste atrocement lent, mais légèrement tremblant, la coupable là où elle l’avait trouvé. C’était signé « Velanna ». Velanna qui ? La familiarité et la poésie de l’écriture laissaient entendre un émoi qui lui était intolérable, mais qui était donc cette fille ? Et pourquoi par tous les Sept tout ceci était resté secret ? Elle ne s’attendait guère plus à de confession de la part d’Alrik – leur relation était devenue aussi désolée et stérile que les plaines du Nord – mais elle avait des yeux et des oreilles dans tout le Donjon Rouge, et pas un n’avait été digne de l’informer. L’envie de mettre à sac cet office de traître – il n’y avait point d’autre mot à son esprit et son cœur pour définir l’infamie qu’elle subissait – était ardente, irrésistible, mais des répercussions de pas lointains l’appelèrent à la prudence et l’empêchèrent de perpétrer son méfait. Elle s’assura que tout était à sa place puis sortit vivement, dans un silence de plomb. Elle était ensuite rentrée sans demander son reste, sans même chercher à savoir si c’était lui ou un illustre inconnu qui se baladait dans les couloirs à une heure aussi incongrue. Non. Elle n’avait aspiré qu’à retrouver la solitude, le glacial confort de ses appartements et ses pensées pour unique compagnie. Elle avait abandonné son manteau derrière elle, puis sa robe et c’est nue comme l’origine qu’elle s’était glissée sur son lit défait. La respiration accélérée et difficile, elle mirait les moulures de son plafond avec une peine incommensurable et une obstination résolue. C’était ici qu’ils s’étaient embrassés, quelle ironie… Ses phalanges se crispèrent sur l’une des fourrures dans laquelle se fondaient ses voluptueuses formes puis elle murmura d’une voix sensuellement patibulaire : « La garce. »

Il n’y avait guère besoin d’être fort coutumier à la sylphide pour s’apercevoir les jours suivants que son humeur avait pris tous les atours de ceux d’une dragonne, carnassière et vindicative. Bien que follement contrariée elle n’avait pas perdu ses attributs de limier dans la bataille et mit une grande part de son énergie à résoudre l’énigme insultante qui se posait à elle. De très mauvaise grâce mais avec abnégation Aaron avait consenti à observer plus en détails le Freux qui lui servait également d’ami et avait recueilli quelques informations notables pour le compte de sa maîtresse, dont il désapprouvait pourtant farouchement l’attitude. « Ma lady, messire Alrik et vous êtes amis, il serait bien préférable et plus sain pour tous que vous lui parliez directement de ce qui vous tracasse… Je ne suis pas tracassée, je suis vexée, et ce sentiment n’appelle à aucune miséricorde. Va donc. » Le dit-serviteur s’en était donc allé, non sans maugréer. Toutefois si elle avait pris la peine de se pencher sur la question, pouvait-elle affirmer qu’il serait mieux qu’elle aille quérir ses réponses à la source ? Bien sûr que non. Elle n’aurait pas à nouveau la faiblesse de s’exposer à lui pour mieux être rejetée comme une vulgaire catin, elle ne referait plus jamais l’erreur de croire qu’ils pouvaient tout se dire, tout s’avouer, car c’est lui qui l’avait abandonné. Lui qui n’était pas revenu et se calfeutrait derrière ses grands airs de protecteur du Donjon Rouge pour régenter sa conduite. Ingrat ! Avait-il oublié qui l’avait accueilli et éduqué au cœur de ses murs froids ? Qui avait accepté son épouse à ses côtés, et bercé sa fille jusqu’à ne plus pouvoir la tenir entre ses bras ? A elle il lui fallait maintenant quémander une sortie hors de ce tombeau qu’elle vomissait chaque jour un peu plus et de tout son être. A elle il lui fallait demander l’autorisation avant de recevoir une visite pour noyer son isolement. A elle il lui fallait supplier pour qu’il daigne lui accorder un peu de son attention… A elle, il ne prenait même plus la peine de susurrer ses épopées, dont celle du mariage qu’il s’apprêtait à emprunter. « Hypocrite… »

Son investigation l’avait finalement amené à rencontrer en personne le Grand Mestre officiant au Donjon Rouge et qui, entre autres charges d’importance, s’assurait de la bonne correspondance de ses occupants. Il avait fallu moult sourires, soupirs et plaisanteries susurrés pour que le vieil homme daigne enfin lui cracher le nom de cette soupirante à qui l’estimé Mallery envoyait de nombreux et réguliers corbeaux. Vance. Du Conflans. Un nom qui ne lui était pas inconnu, la fille ne venait donc pas d’un fief insignifiant… Quelques recherches supplémentaires lui indiquèrent que le sang de Valyria coulait également dans les veines de Velanna, deuxième enfant et fille aînée de la famille. Une illustre ascendance qui en d’autres temps aurait sans doute fait sourire la Targaryenne, qui aurait volontiers taquiné son ami en lui chuchotant qu’il avait bon goût de fricoter avec cette branche-là… Malicieuse et séductrice comme toujours, la badinerie ce serait pourtant arrêtée sans ombrages. Mais aujourd’hui… Cette voie paraissait close à jamais. Elle était pourtant rendue incapable de s’avouer vaincue, d’admettre qu’il lui fallait baisser les armes parce qu’elle avait perdu. Parce qu’elle l’avait perdu. Subsistait en elle un espoir illuminé et vibrant, dont elle ne parvenait pas à définir les contours, qui lui hurlait qu’elle ne pouvait pas abandonner, que c’était lui, qu’elle avait besoin de lui, que cet homme-là, il le lui fallait. A tout prix. Cruel que ce soit ce même Freux qui se refusait à elle… Mais elle ne voulait pas renoncer. Elle n’avait pu tout fantasmer, elle n’avait pas pu imaginer cette tension palpable entre eux, ces regards, ces risettes timorées mais pleine de sens… Elle ne pouvait pas s’être autant trompée sur lui, c’était impossible. Néanmoins pour arriver à ses fins il fallait se montrer plus malin que le gibier qui, elle l’escomptait, était fort heureusement suffisamment occupé et préoccupé pour choir dans ses filets. Loin d’elle l’idée de le sous-estimer elle avait astucieusement mené son affaire en lui faisant premièrement parvenir une note à travers l’un de ses factionnaires, stipulant rigoureusement qu’elle quittait le domaine avec une escorte. Elle ne s’attendait pas à ce qu’il refuse mais envisageait soit de le prendre de vitesse en partant avant qu’il n’ait pu objecter quoique ce soit, soit de lui présenter sa sainte raison : elle voulait simplement visiter une amie d’une maison à quelques lieux de Port-Réal, qui venait de donner la vie. Imparable prétexte, elle savait qu’Alrik n’aurait pas le cœur à refuser cette requête… Mais l’option choisie par le Freux fut plus savoureuse encore, car il décida de faire renforcer son escorte par quelques-uns de ses subalternes en armures. Amusant… Elle se garderait bien de leur révéler sa destination mais par tous les sept, le tableau allait être des plus cocasses !

La dame voyageant en carrosse la route allait être relativement longue mais elle mit ce temps précieux à contribution pour faire connaissance avec les quelques freux l’escortant, et éventuellement pour glaner les informations qui pouvaient l’être. Parmi eux trois chevaliers retinrent particulièrement son attention ; le premier, ser Authaire, semblait être le vétéran de la troupe et bien qu’il ne masquait que peu sa rudesse elle se plut à l’entretenir sur l’offensive qui se préparait contre les Îles de Fer ; le second, de loin le plus alléchant avec sa cicatrice lui barrant la lèvre, était aimable mais sans doute incorruptible ; enfin, le plus jeune, le plus nigaud et le plus touchant de la troupe fut étonnamment celui avec lequel elle échangea le plus longtemps. Incorrigible bavard qui semblait avoir le don d’exaspérer ses comparses, elle l’écoutait avec une mince risette amusée tout en s’appuyant contre la fenêtre baissée de son coche, attentive et bon public. Elle se contentait de le relancer de temps à autres, et eut le loisir de l’entendre parler de Culpucier, de la fierté qu’il avait à faire partit des Dents de Freux, de son admiration pour son Commandant… Le jugeant mûr, elle avait alors innocemment soufflé. « J’ai cru comprendre que vous étiez à Murs-Blancs n’est-ce pas ? Quelle horrible histoire… Elle le laissa compter quelques anecdotes sur le sujet, soupirant au bon moment, expirant un frêle rire à d’autres, avant de poursuivre d’une voix douce. Tout cela a dû être exténuant. Vous deviez être si pressés de rentrer vous reposer… Mais il vous a fallu faire un détour, mh ? » Rien n’était véritablement candide chez la dragonne, et elle jura à la furtive œillade de ser Authaire que, s’il n’avait pas compris, il se doutait au moins vaguement de quelque chose. Leyan n’eut pas les mêmes scrupules et lui compta leur excursion à Atranta, même s’il s’attarda davantage sur une dénommée Kayla que sur la femme qui intéressait foncièrement Shaïra et surtout, sur les échanges qu’elle avait eu avec Alrik. Elle avait auparavant déduit qu’ils s’étaient déjà rencontrés, Aaron avait cru comprendre que cela avait un lien avec la Laiterie et le jeune chevalier venait de compléter le tableau en toute ingénuité… Elle l’avait remercié d’un sourire soudainement mélancolique puis s’était retirée, poussant les rideaux pour s’isoler et se protéger.

Comme elle avait pu s’y attendre l’accueil à Empyrée fut des plus chaleureux. Elle avait seulement envoyé un corbeau à Aaliyah la veille au soir pour la prévenir de son arrivée, mais cette dernière et sa nièce furent toutes deux présentes pour la serrer dans leurs bras dès lors qu’elle eut posée pied à terre. Elle avait beau s’être acheminée sur leurs terres dans un dessein tout autre, elle fut sincèrement enchantée de les retrouver et passa une journée des plus charmantes en leur compagnie, loin de toute les préoccupations qui lui étreignaient l’âme depuis bien des lunes. La surprise des Dents de Freux ne lui avait guère échappé mais elle ne s’y était pas plus attardée que de raison, leur préférant les deux donzelles adorables et toujours aussi enthousiastes. Elle fut soulagée de constater que sa fâcherie d’avec l’homme de la maison n’avait pas eu de répercussions, notamment sur Yevana qui tenait son père en grande estime malgré toutes leurs oppositions. Elle présupposa qu’Alrik avait eu la courtoisie de ne rien en dire, à moins qu’il n’ait eu honte… Ou bien que l’affaire soit à ses yeux de si maigre importance qu’elle en était indigne d’être reportée à ses étoiles. Elle l’ignorait et tenta de ne point s’attarder sur le sujet jusqu’au coucher, où elle fut de nouveau abandonnée à ses seules pensées. Elle savait qu’à la veille du départ pour la turpitude de la guerre Alrik ne manquerait pas de rejoindre son bastion et d’embrasser les femmes de sa vie, autant pour se donner du courage que pour les rassurer. Il allait venir, cela ne faisait aucun doute. Dès lors que le Donjon Rouge se serait endormi et l’aurait libéré de son pesant étau… Elle ignorait de combien de temps elle disposerait pour avoir le cœur net sur toute l’histoire mais cela serait court, aussi la cérémonie du coucher fut-elle excessivement bien huilée. Le souper terminé Shaïra musarda encore aux côtés de la douce enfant qu’elle considérait quasiment comme sa fille, elle lui joua notamment un morceau de harpe enchanteur puis elles se quittèrent à sa porte, sur un doux baiser apposé sur chaque joue. Shaïra patienta suffisamment longtemps dans son alcôve pour que les Dents de Freux la croient endormie et jugent bon de disposer puis elle se glissa discrètement dans les quartiers du seigneur des lieux, défendus et tentateurs.

Il ne lui pardonnerait pas facilement cette complète violation de son intimité… Mais dans son orgueil blessé Shaïra se jugeait dans son bon droit, ou tout du moins ne comptait visiblement pas s’imposer de barrières morales pour découvrir ce que Alrik ne lui avait pas révélé lui-même. Comme elle le craignait il n’y avait que peu de matières concrètes à se mettre sous la dent à Empyrée, le Commandant passait trop peu de temps entre ces murs pour y stocker si bien qu’elle eut rapidement fait le tour des épitres amoureusement envoyés par Velanna. Leur lecture était aussi douloureuse que compulsive, elle ne parvenait pas à s’empêcher de les enchaîner malgré la douleur ressentie à chaque ligne, à chaque mot tracé par cette femme qu’elle ne connaissait pas mais qui la spoliait de son bonheur. Il était toutefois encore temps de prouver au Freux qu’il faisait fausse route car de toute évidence, les vœux qui le liaient n’étaient pas encore officiels… Elle repoussa négligemment les lettres sur le bureau et entretint les flammes dans l’âtre de la cheminée – un serviteur devait l’avoir allumé avant son arrivée, en prévision du retour de son maître, tout en réfléchissant aux options qui étaient les siennes. La partie risquait d’être incroyablement serrée, elle devait frapper fort et juste… Elle avait heureusement apporté tout ce qu’il lui fallait pour cela. Sa robe d’apparat quitta le confort de ses courbes pour atterrir sur le dossier d’un fauteuil et fut remplacée par une soierie fine et légère, un himation opalin aux arabesques d’argent qui ne cachait sa peau qu’avec une insolente volupté. Sa longue et libre chevelure caressait ses reins et encadrait son visage aux traits délicats, retenue par une tiare sertie d’émeraudes et de saphirs. Ainsi auréolée elle prit possession de cette immense couche toute imprégnée de la flagrance de son désiré, y trônant au centre, fière et ivre de concupiscence, sybarite créature qui n’attendait plus que son élu. Et le dit élu pénétra dans son antre, enveloppé par le soucis et la réflexion, il ne daigna se retourner qu’après de longues secondes de latence et là, ce fut le choc. Plutôt enjouée par la vivacité de sa réaction qu’elle comprenait comme un compliment, elle lui offrit un superbe sourire brillant de clarté et d’égard. « Ma surprise a encore plus d’effets que je ne l’escomptais… Bonsoir Alrik. Nonchalamment allongée parmi les couvertures et les fourrures elle s’étira dans un léger soupire, féline, comme s’extirpant doucement d’un sommeil réparateur. Quels merveilleux compagnons font tes Dents de Freux ! Notamment le plus jeune, Leyan, particulièrement doux et loquace, c’est le moins que l’on puisse dire. Ses prunelles scintillèrent en se fondant avec élégance dans les siennes tandis qu’elle se pelotonnait évasivement contre l’un de ses oreillers. J’imagine que tu ne t’attendais pas à me trouver ici… Mais nous n’allions pas nous fuir indéfiniment. Et puis… Je voulais te surprendre. Moue mutine sur ses traits fins, elle sortit souplement du lit dans un jeu de jambes qui laissa entrevoir ses cuisses et s’approcha de lui d’une démarche chaloupée, et de cette sortie qu’il aurait peut-être voulu emprunter avant qu’il ne soit trop tard. Je sais que tu t’en vas en guerre… Et je ne voulais pas que nous nous séparions fâchés. Si proche désormais, ses phalanges fluèrent le long de ses bras puissants tandis que ses prunelles hétérochromes épousèrent sa physionomie puis son regard d’azur, au cœur duquel elle aimait à se perdre. Tu m’as manqué… Elle croqua ses propres lippes, roses et charnues, tout en embrassant des yeux avec intensité les siennes, plus masculines, irrémédiablement aguicheuses… Que tous les démons en soient témoins, elle voulait tant les posséder… ! Tu m’as vraiment manqué… Ne m’abandonne plus de la sorte, je ne peux le supporter bien longtemps. » Derrière la mélopée de douceur des plus sincères – car il n’y avait pas à douter de l’authenticité des sentiments et pulsions de la Seastar – se berçait un flot de tourments prêt à dévaler sur Empyrée à la moindre détonation, car qu’ils soient d’amour ou de fureur leurs rapports ne se nouaient que dans l’intensité fiévreuse. L’épaisseur ténébreuse ou l’étincelante clarté se révélerait bientôt alors que la belle effleurait délicatement la joue de l’apollon du bout de ses doigts, le contemplant avec tout le zèle que pouvait avoir une femme, prête à tout pour le conquérir et le conserver près d’elle pendant qu’il s’évertuait à s’égarer près d’une étoile… « Je suis là. Un court et fébrile soupir s'échappa de ses lippes, elle l'enlaça sans s'occuper des pans du tissu qui lui flattaient les hanches en couvrant de moins en moins sa nudité. Reste avec moi... »




Dernière édition par Shaïra Seastar le Mer 17 Avr 2013 - 17:49, édité 1 fois
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Alrik Mallery
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Message Dim 7 Avr 2013 - 1:30

Il y avait de ces fantasmes qui demeuraient à jamais de l'ordre du chimérique, de divines et diaphanes oréades que l'on rêvait de voir apparaître une fois le temps de la narcose et de l'utopie achevé, qui dans la plus engouée des divagations, se matérialisaient dans une sublimité de chair et de pulpe. Une ambroisie de luxure pour les sens, cette parfaite esquisse de sensualité, les plus belles ébauches de pinceau faites du plus illustre des artistes : un chef d'oeuvre. Y avait-il même quelque façon intelligible que ce soit pour décrire ce bout d'éden venu se perdre dans sa pièce à coucher ? Dans la plus intime de ses alcôves, une créature de fantaisie avait élu domicile... Et si elle n'y avait point encore établi son nid, l'en déloger serait une véritable initiation au cautèle et à la vaillance. Combien de sigisbées, même dans les opuscules, avaient péri entre les crocs de l'un de ces reptiles, pour ne pas avoir été l'élu qui aurait pu empaler le coeur de son épée ? Combien de songes-creux ivres d'adoration, auraient tout simplement chu en pâmoison face à ce qu'ils auraient jugé être une offrande de toutes les figures déifiées au monde ? Le nom même de Shaïra Seastar était la résurgence des infortunés en manque d'inspiration, elle était l'étymologie de la passion, de la poésie et du genre féminin, artère et muse de ces penseurs et autres sensibles d'art. Titulaire d'une vénusté sans analogue, elle était cruelle par ce seul fait, inexorable succube de la ferveur des hommes, anthropophage de coeur et de sentiments. Existaient tant de facteurs pour l'admirer, dans la plus immaculée ou pernicieuse des conceptions, même lui, était pantois d'ébahissement, mais... La coudoyer dans la plus amicale des promiscuités, durant tout ce temps, pendant toutes ces années, l'avait peut-être immunisé de toute aveugle obédience. Une décennie auparavant, et même deux, aurait-il lutté contre son incantation avec la même volonté ? Rien n'était moins sûr, mais voilà que même après plus de vingt ans, elle parvenait encore à le mettre au pied du mur comme s'il n'avait été qu'un damoiseau tout juste présenté au jeu des trônes. Si les choses avaient été autres, il l'aurait inéluctablement vénérée n'eût-ce été que pour son opiniâtreté et sa façon d'incarner la volupté, si les choses avaient été autres... Mais elles étaient ainsi, et de ses présents calots, il la distinguait plus comme une furie à l'ire encore assoupie, susceptible de l'éventrer de ses serres s'il effectuait trop de bévues lors de ce conciliabule pour le moins impromptu. Ah, une telle mise en oeuvre aurait enfiévré les faiseurs de mémoires comme les dramaturges, et l'on aurait couché sur le papier quelle dragonne sommeillait en la dame de Lys, et quel protagoniste eut-elle été à son époque avant de devenir mythe dans les recueils et les esprits. Quoi qu'il puisse advenir, l'on se souviendrait d'elle, et l'évoquerait comme personnage de ce panthéon qui a marqué l'histoire.

Mais avant que de sa notoriété naisse une légende posthume, lui, l'avait sous ses prunelles abasourdies. Conglutiné à l'huis, unique voie d'entrée et de sortie, il aurait aimé pouvoir s'y enfoncer jusqu'à être en mesure de le traverser, ou à défaut de cela, pouvoir au moins se confondre avec le bois et passer inaperçu. Toutefois, il n'était point si dupe : le gibier de cette partie sans limiers, ce n'était autre que lui ! Et face au fauve faussement veule dans son amas de draps, il se sentit démuni. L'ample risette qui lui fut adressée miroita toute l'insolente culpabilité d'une sylphide aux machinations partiellement réussies, et voilà qu'avant le supplice, tinta le soliloque par lequel elle lui porta l'estocade. Ses Dents de Freux introduits dans son arroi avait été une chance plus qu'un désagrément, Leyan était sans doute le plus grand nigaud que Port-Réal ait déjà pu compter dans sa plèbe, heureusement pour lui qu'il n'était pas en plus un mauvais bougre. Mais alors, il craignait que le jobard se soit épanché d'informations qu'il aurait préféré préserver sous cloche, en particulier sur une certaine parenthèse dans un fief du Conflans. En l'instant, il n'avait qu'une seule envie : retourner auprès de sa recrue et le cahoter jusqu'à ce qu'il ne crache avoir même inconsciemment capitulé, car voilà qu'en plus de se retrouver interdit de l'action de la belle, elle possédait des armes dont il ignorait encore la nature. L'appréhension fut lisible sur ses traits physionomiques – du moins, si l'on passait outre l'expression figée de stupeur dont il ne parvenait à se débarrasser. - et il eut l'impression que ses valves pulmonaires s'atrophièrent lorsqu'elle effectua sa première mouvance. Elle était si parfaite dans son ensemble qu'il fut incapable de mirer une partie plus qu'une autre de sa plastique, observant sans puissance aucune l'approche de la féline. Ses gemmes d'azur céleste oscillèrent entre celle polychromes et les lippes d'incarnat de la lady, dont le discours était d'une note trop suave pour être pleinement vrai – pas de l'innocente manière dont elle le présenta. Puis, elle jugea bon de se rappeler à son bon souvenir tant par voie phonique que physique, et lui, tout entier, il se crispa et ne sut où ni comment apposer ses mains levées de moitié. Un frisson de source inconnue lui dévora l'épine dorsale tandis que ses tambourinements cardiaques devenaient audibles au tympan de la targaryenne, et un soupir lâche lui échappa. Mais pourquoi... ?

Il remerciait les Sept de ne pas avoir eu le temps de cette marotte qui le faisait se dévêtir dès lors qu'il passait la porte de sa chambre, les cambrures subtilement cachées – ou dévoilées selon les points de vue. - étaient déjà odieuses dans leur pression et la tension qu'elles ajoutaient. Mais malgré tout, il était touché. Touché qu'elle fasse fi de sa fierté pour faire un pas vers lui quand il faisait un bond loin d'elle, sans doute égoïstement. Cependant, il aurait été opportun que leurs retrouvailles se fassent en d'autres conditions, et point avec les mêmes desseins de sybaritisme. Cela le ramenait inexorablement à cette nuit où l'incartade n'avait pu être évitée, bien que la faute soit davantage peccadille que réel péché, Alrik avait manqué de se vouer aux gémonies pour cela. Il était alors happé par cette même sensation de convoitise inavouée, d'élans somatiques découlant de sa nature masculine et de mauvaise conscience par tous les contre-pieds qui venaient se quereller aux deux premiers.
« Shaïra... ! » Appela t-il en toute privauté, loin du quant-à-soi dont il faisait preuve en étant dans son rôle de Commandant auquel s'était maintes fois heurtée la nymphe, plus qu'il n'en avait jamais été le cas, depuis qu'il avait condamné leur éros à l'aridité. Leurs titres respectifs n'étaient en rien concernés, l'affaire venait bien plus du coeur. « Tu ne peux pas... Tu n'as pas le droit d'être ici ! » Elle n'avait jamais eu son assentiment pour rosser son intimité, ni même un quelconque bien-fondé pour agir comme elle le faisait et tenter de le prendre dans son arantèle, à l'instar d'une aranéide qui redeviendrait Veuve Noire une fois sa proie consommée. Leur avenir commun se résumait à cette pauvre métaphore, il était rétif à le voir autrement. Pessimiste à tort, peut-être... Dans tous les cas, galvanisé par ses propres paroles, ses phalanges harpèrent le sommet des bras de la dryade qui l'étreignait, et il la détacha pour pouvoir lui parler de face. Une erreur qu'il regretta amèrement... Si, en toute bienséance, ses calots s'étaient plongés dans ceux de sa vis-à-vis, un détail des plus grivois attira irrémédiablement son attention plus bas. Son atour d'opale et de volutes argentines avait perdu son trône sur l'une des épaules de son mannequin, et s'il n'y avait en apparence aucun tracas à se faire d'une telle chute, l'échancrure de l'himation saupoudra le tout d'une touche d'espiègle et lascif aromate. En son honneur, un sein s'était évadé de son habitacle vestimentaire et le narguait de son galbe, auréole de chair rosée exhibée en toute impunité. L'atout de charme avait de quoi lui faire perdre la raison, pour un quidam de principes qui avait très rarement marivaudé ou outrepasser ces lisières depuis le trépas de son épouse. Son abstinence lui était alors renvoyée droit au faciès et il ne put dédire que son coeur manqua un battement, guère insensible, il déglutit de déficience sans être enclin à cacher la trajectoire de son regard. Sa glotte se contracta douloureusement et il sembla se raidir, avant de réagir...

Cette fois, point de demi-mesure, le freux s'échappa des bras de la Seastar pour rallier sa couche et y prendre la courte-pointe qui avait été déplacée, certainement pour que la sylphide puisse s'allonger. D'un violet d'améthyste tavelé d'étoiles argentées, les armoiries de la maison, le tartan fut utilisé tel un châle pour couvrir la dragonne fort peu vêtue, et Alrik veilla à ce qu'il lui camoufle la plus grande superficie de peau aussi somptueuse pouvait-elle être. L'ironie était outrageante, voilà que Shaïra se retrouvait parée des teintes Mallery, de celles qu'elle aurait aisément pu être une représentante si l'histoire n'avait pas été la même. Mais en complément de cette véracité qui lui rappelait que jamais, ils ne pourraient s'appartenir, les astres semblaient décidément être une anathème... Elle n'était pas son Etoile, pas celle qu'il avait choisi de prier, qu'il avait décidé de suivre éperdument, et chaque illustration de cet élément stellaire était à même de le lui remémorer. Quant au sieur, il s'était vraisemblablement renfermé, l'expression de son visage avait muté austère et il ne s'attarda guère sur le minois de la nymphe. Il lui présenta son rachis, comme profondément vexé, et rallia les abords de l'âtre pour y puiser un peu d'une chaleur salutaire et qui lui faisait, pour l'heure, cruellement défaut. Une ride grave excava son front et, un avant-bras posé sur la pierre de la cheminée, le poing fermé de sa main libre se juxtaposa à sa bouche, le dos de ses doigts contre ses lèvres. Il se perdit dans la contemplation des flammes avec un air songeur et torturé, puis, toutes ses pensées se tournèrent vers le même archange... Si autrefois, il s'était refusé à s'abandonner à la targaryenne avant tout pour toute sa loyauté envers son lord et ami, aujourd'hui, il le faisait en grande partie pour Velanna. Etait-ce cela, l'Amour ? Lutter contre ses pires démons, et même contre ses meilleurs alliés... C'était avec l'image de sa potentielle fiancée qu'il devait se confronter à une ennemie des plus uniques et inopinée, car c'était là une guerre qu'il se menait, une bien pire que celle pour laquelle il prendrait bientôt la route.


« J'ai peine à croire que tu aies osé... » Susurra t-il, consterné dans son impavide courroux. Il se redressa, les paupières closes et opinant négativement du chef comme pour signifier, qu'effectivement, il avait bien du mal à réaliser. Si les sentiments le tiraillaient de part en part, le désappointement siégeait en roi, car il avait l'impression d'avoir été mené dans un traquenard plus qu'à une "agréable surprise". « Tu n'as pas hésité à me prendre pour le dernier des imbéciles, jusqu'à violer mes appartements... Jusqu'à te prélasser dans mon lit. » Alrik pivota en sa direction, et il n'était pas à même de badiner. Sa couche était vouée à être partagée avec une seule et unique personne : celle dont il ceindrait l'annulaire senestre d'une alliance et qui partagerait son existence jusqu'à ce que la fin ne sonne. Des moeurs pleines d'emphase, mais c'était là un principe qui lui était précieux et il estimait, à juste titre, qu'aussi sublime et sculpturale pouvait être Shaïra, cette dernière n'avait aucun droit d'imprégner les draps de sa fragrance. Un monceau d'impairs qui l'agaçait, en témoignait la rigidité de sa lorgnade et l'intonation péremptoire qu'il emprunta. « Ne t'y essaie plus jamais... Tu entends ? »

Il prenait alors l'apparence d'un père en train de tancer une jouvencelle trop hardie et qui n'avait point respecté les règles parentales. En avait-il conscience ? Pas véritablement, et peu lui en challait alors. Cela étant, le sigisbée se risqua à quelques pas dans la pièce qui accueillait leur trouble, et ce qui se promettait d'être une nouvelle chicane. Il frotta sa barbe, réajustant ensuite ses phalanges sur le manche de Fraternité par pure habitude corporelle, et tenta de rassembler ses esprits et de se lénifier autant que possible. Relativiser sur l'affaire n'était pas chose aisée alors qu'il se trouvait encore sous le choc de ce qui venait de se produire, même s'il refusait de le confesser.

« Pourquoi...? Pourquoi tiens-tu tellement à ce que les choses empirent davantage ? Tu aurais eu un millier d'autres façons de me surprendre dans un meilleur sens, de venir me parler, mais... Il a fallu que tu repousses les lisières du tolérable, uniquement parce que tu veux gagner... Ce n'est qu'un jeu, pour toi ? » Il biaisa un regard endurci sur la coupable. « Tu prétends être venue chercher l'ami alors que tu viens piéger l'amant... Et tu pensais que j'allais me pâmer dans tes bras sans aucun remord ? » Comment en étaient-ils arrivés là, à ne même plus pouvoir se comprendre, à ne même plus pouvoir un tant soit peu anticiper les réactions de l'autre, ce qui lui avait toujours paru facile, naguère. Ce qui était devenu impossible, désormais. « Qu'est ce qui ne va pas chez toi ?... »


Vous allez balayer ma cendre ; L’homme ou l’insecte en renaîtra ! Mon nom brûlant de se répandre, dans le nom commun se perdra. Il fut! Voilà tout ! Bientôt même, l'oubli couvre ce mot suprême, un siècle ou deux l’auront vaincu. Mais vous ne pouvez, ô nature, effacer une créature... Je meurs. Qu’importe... J'ai vécu !


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Shaïra Seastar
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Message Dim 12 Mai 2013 - 15:26

« La cruauté de ce monde fait que vous n’obtiendrez jamais ce que vous désirez le plus sincèrement, ma dame. » La profonde vérité ne vient pas toujours des plus érudits, elle peut émerger de la bouche d’un vieil homme fatigué et harassé par l’existence, le cheveu sale et l’œil terne, dévoré par les poux et le lèpre. Emmitouflée de soie et de grandes illusions sur la vie, la jeune fille qu’elle était alors s’était recouvert le nez de son mouchoir brodé et avait répliqué abruptement, du haut de son orgueil de vierge : « Je peux avoir tout ce que je veux ! » …Quelle sotte ! Quelle arrogance ! On tombe de haut lorsque l’on est toute enorgueillie de la semence du dragon, qu’on est certaine de sa destinée et de son importance et que l’on se confronte, finalement, à l’aridité et à la solitude de son avenir. Elle n’avait pas voulu le croire, ce mourant qui l’avait comprit en une seule œillade, rencontré durant l’une de ces superficielles et sporadiques sorties où on jugeait bon et constructif de la mêler à la plèbe de Port-Réal. Talonnée et entourée d’une solide escorte, que pouvait-elle voir et comprendre de ce monde auquel elle avait échappé ? Comment pouvait-elle appréhender la faim et la maladie quand à son retour, elle était certaine de pouvoir se prélasser le ventre plein dans les fourrures et le velours ? Elle observait de ses yeux chastes, auréolée d’une miséricorde précautionneuse, et se complaisait dans ses airs de dame généreuse lorsqu’elle glissait dans une main rêche quelques piécettes. Une abjecte figuration. Et puis il y avait eu cet homme, aussi minable que des centaines d’autres, mais lui, il avait lu en elle avec une telle aisance… Sa clairvoyance lui avait valu un crochet au milieu de la mâchoire, les gardes étaient tendus et peu commodes lors de ces bains de foule, et puis la dryade avait fait fi de l’oublier, ce menteur, cet aveugle, cet idiot jaloux de tout ce qu’elle avait et pouvait obtenir. Pourtant le cours du temps et des évènements n’avait fait que lui donner raison et prouver à la dragonne toute la vacuité de ses espoirs et de ses luttes, et si elle avait tenté de fuir son carcan d’or et de pierreries par quelques caprices et traits d’esprit savamment tissés, c’était bien en ce haut lieu qu’elle dépérirait avec pour seule compagnie le fruit de ses désillusions. Et en cette soirée dans laquelle elle avait vraisemblablement fondé bien trop d’espérances, il allait falloir se confronter une fois de plus à la rudesse de l’indifférence. De la main et dans les yeux de cet homme qu’elle avait tant chéri et dont elle n’avait jamais douté, car Alrik ne pouvait la blesser sciemment. Il en était intrinsèquement incapable, elle en était certaine, s’en était persuadée, néanmoins… ! C’est dans nulles autres que ces si belles prunelles d’azur qu’elle lisait toute la répréhension du monde, comme si elle n’était et ne demeurait qu’un atroce embarras cramponné à sa botte telle une sangsue.

Voilà où ils en étaient rendus, sa seule présence dans les murs de sa demeure aussi adorée qu’abandonnée rendait le Freux fébrile et lui intimait une attitude des plus défensives. Et il lui parlait de droit ! Le droit d’être ici, auprès de lui, combien d’offenses devait-elle endurer encore avant qu’il ne clôt ses lippes et ne l’embrasse avec la passion qu’elle méritait ? La notion de territoire devrait être vaine entre eux, c’était une formalité à réserver aux étrangers et il avait le toupet de la lui présenter sous le nez comme s’il s’agissait d’une évidence. Elle en fut plongée dans un froid et opaque mutisme observateur, s’interrogeant sur la suite à donner à cette entrevue, se questionnant, allait-il oser se moquer encore une fois de tout ce qu’ils partageaient pour mieux s’enfermer dans les mensonges et les trahir de nouveau ? Toute engourdie par l’effroi de se voir humiliée par lui, elle ne s’était guère préoccupée de la privauté avec laquelle ses formes se dévoilaient et ne s’en rendit compte qu’en attrapant l’œillade coupable sur le fait… D’un geste lent elle avait rabattu le tissu opalin contre son sein gonflé d’une attente inassouvie et resta stoïque quand lui fut jetée sur les épaules la couverture de lit d’améthyste et d’étoiles, signe de sa maison et de l’ironie la plus complète et affligeante qui se jouait en cette pièce. Dans une mouvance aussi sensuelle qu’emplie d’un sombre éréthisme qui ne faisait que croître et croître encore, la sylphide fit glisser le délicat tissu contre son visage et les paupières closes, elle en inspira longuement la divine flagrance tandis qu’un Commandant furibond faisait valoir le sacré de sa couche inviolée par le délicat derme d’une femme autre qu’une épouse. Paraissant sourde à son injonction elle se caressa délicatement les joues à travers le tissu, cherchant le calme et la sérénité là où il n’y avait plus qu’amertume, calamités et un florilège de tourments qui ne trouvaient plus leurs sources. Elle aurait simplement aimée qu’il se taise et la prenne dans ses bras, car il n’y avait plus d’enfant à gronder en elle mais seulement une femme confuse à cajoler. Mais il ne comprenait pas, elle était sûre qu’il ne voulait même pas essayer de la comprendre, il avait bien d’autres préoccupations que de se soucier d’elle à présent, elle lui avait déjà donné tout ce dont il pouvait avoir besoin… Il n’avait plus besoin d’elle. Elle était le problème, son problème, et il le prouva avec une violence rare lorsqu’il posa « cette » question.

« Chez moi ? » Répéta-t-elle avec lenteur, ses paupières se relevant sur des iris bouleversés, soudain devenus humides et rougis. Elle avait sans doute fait preuve de trop d’audace en s’introduisant dans sa chambre, mais méritait-elle pour autant une telle dureté ? Elle ne voulait pas que les choses empirent, oh non, bien au contraire ! Elle avait agi avec la passion qui était la sienne, c’était là son plus grand crime. « Et toi tu t’obstines à ne voir que le mal dans chacun de mes gestes… Je t’ai attendu pendant des jours… Tu es un lâche ! » Sa voix tremblante s’était soudain transformée en un grondement annonciateur d’un terrible orage, car comme tous les nuages doivent un jour s’allégeaient de leurs eaux, Shaïra avait plus que jamais besoin de voir son angoisse être entendue. « Pourquoi devrait-ce être moi qui doive ramper à tes pieds de la façon qui te sied le plus, pour une faute que je n’ai pas commise ? » Etait-ce une faute d’avoir voulue être sienne cette nuit-là ? Non… Aucun mariage ne liait son âme, elle était libre d’aimer qui elle le voulait. Et s’il était tout aussi libre de la rejeter, la façon dont il l’avait traité était si indigne, si méprisante… Se souvenait-il de ce baiser perdu au milieu d’une couche brûlante, de la convoitise, non, même plus, oserait-elle le penser ? Oui ! Se souvenait-il de l’amour qui avait vibré cette nuit là comme la plus claire des évidences ? « Ma surprise ne te plaît pas ? Tu aurais préféré que je t’humilie dans la tanière de ton Lord, en me jetant à tes pieds et en priant pour que tu me ‘pardonnes’ ? » Elle aurait pu le coincer au-détour d’un couloir de l’illustre Donjon Rouge, devant ces hommes, devant tous les serviteurs de la forteresse, au cœur même de la salle du Trône si elle l’avait voulu ! Mais son erreur et sa faiblesse étaient-elles de croire qu’ils parviendraient à se voir, qu’Alrik, après sa fuite, revienne sur les lieux du forfait ? Qu’il ne serait pas aussi ‘occupé’ au point de la délaisser dans son tourment, après un baiser qu’il lui avait donné ? Elle y avait cru si longtemps… « Pourquoi dois-je supporter que tu fasses fi de me connaître sauf et seulement pour me donner des ordres ? ‘Commandant’… Espèce de salaud ! » Le tissu fut bientôt si serré entre ses doigts fins qu’elle le transperça de ses ongles, et ce qui fut de prime abord un accident devint un défouloir éloquent sur la perdition et la confusion terrible qui enveloppaient la Targaryenne de tous ses maux. Les minuscules accrocs étirés en trous béants, et bien vite le bel étendard des Mallery fut en lambeaux sous les griffes de la dragonne, les yeux étincelants de larmes et les joues rouge feu. Même dans la noirceur, belle et éclatante de danger. « Ne me dis pas que c’est un jeu ! Ne me dis pas que je joue quand tu me caches tes manigances comme le dernier des lâches. Tançons la dragonne pendant qu’on folâtre… » Car c’est ce qui s’était produit tandis qu’elle se morfondait sur cette soirée maudite qui avait débuté en rêve pour s’achever en cauchemar, le Freux lui, écrivait de longs épitres énamourés à une traînée du Conflans ! Il se cherchait femme sans même lui en toucher un seul traître mot, la considérant tout juste comme une incommodante étrangère. Et il osait encore la regarder en face en lui reprochant son approche… « Tu as des remords sur ce qui s’est passé entre nous Alrik ? Alors tu devrais te mettre à genoux devant moi et implorer que je te pardonne, au lieu de me jeter tes foutues étoiles et ton bonheur à la figure ! » D’un geste brusque elle avait arraché de ses épaules ce qui restait de la courtepointe et ce pour la jeter au si doux visage d’Alrik. Il n’y avait pas de mot pour décrire l’intensité de la trahison qu’elle ressentait, de son profond désarroi, de ses sentiments bafoués qui ne demandaient qu’à se transformer en torrent de larmes. Mais trop de fierté ! Elle ne pouvait s’abandonner au chagrin alors qu’il ne ressentait pas un millième de la passion qui brûlait en elle et qu’il s’était plut à fouler de sa botte. « Si c’est la Targaryenne que tu veux tu l’auras… Mais alors sache qu’on n’ordonne pas à un dragon de courber l’échine ! » Il fallait qu’elle attaque, pour qu’il comprenne et qu’il souffre autant qu’elle était transpercée et déchue. En quelques pas d’une fluide mouvance elle s’était rapprochée de l’âtre de la cheminée et de son propriétaire, et alors que la lumière des flammes léchaient leurs faciès rivaux elle murmura d’un phonème aussi suave que sans appel. « Ne tente pas encore une seule fois de poser sur moi ce regard durci de père… Il n’arrive pas à cacher la lubricité coupable qui te secoue tout entier. »

Tout de go elle lui présenta son échine et fit quelques pas pour s’éloigner de sa puissante et inaccessible charpente, le brasier qui animait son ventre se refroidit doucement, lavé de la frénésie qui l’avait possédé. Une oppressante et angoissante sensation de vie s’emparait désormais de son corps comme de son esprit, et voilà qu’elle n’était plus que Shaïra, abandonnée par la colère et laissée seule. Si blessée qu’elle n’avait pas vu la furia s’emparer d’elle, Shaïra parut durant quelques secondes choquée et décontenancée par son propre lâché-prise. Elle qui était toujours si calme, si mesurée, olympienne face à l’adversité, rieuse devant les railleries, aérienne parmi les élans des sens et du cœur… Se retrouver soudain broyée par une sourde passion était déstabilisant, et presque effrayant. Elle erra ainsi pendant un court instant qui lui parut une éternité, hagarde, la respiration diablement accélérée et le souffle court, il lui sembla que son cœur allait à tout moment se fracasser contre sa poitrine et que ses poumons exploseraient mais soudain… Tout se mit à ralentir, à s’obscurcir, à se déliter… Les pores dilatés par la véhémence, la panique s’engouffra en elle avec autant d’aisance que d’intensité puis, ne présentant au lord que son flanc la Seastar trouva refuge au bord de sa couche, frémissante, troublée et peut-être honteuse. L’encolure de son manteau avait dégringolé le long de ses bras et offrait le spectacle de ses épaules nues, retenu autour de sa poitrine par de graciles phalanges. Ses longues jambes fuselées étendues, Shaïra reposait sur le lit comme une naïade sur son rocher, distante et prête à susurrer son requiem. « Tu ne me traitais plus comme une amie, j’ai eu l’espoir d’être élevée à un autre rang. Mais tu n’avais rien prévu de tel pour moi… Ne me demande pas de faire « dans le meilleur des sens » quand toi tu ne fais aucun effort… Tu te moques bien de moi, maintenant que tu as trouvé plus facile à dompter. » Que restait-il désormais de cette belle et puissante amitié liant deux âmes qui s’étaient trouvées et reconnues, s’adorant sans se l’expliquer… C’est l’éclaircissement qui causait leur perte, mettre des mots sur leur évidence les précipitait dans un gouffre dont la sylphide n’était pas certaine de pouvoir sortir… Alrik ? Lui s’était déjà armé de pieux pour s’en extirper, et brandissait effrontément la bannière du mariage en guise de victoire. Ainsi les vifs sentiments qui avaient secoué l’huis ne l’avaient pas encore quitté, la flamme était là et se raviverait en un terrible brasier à la moindre provocation, il ne fallait pas en attendre moins d’une telle créature. Lentement et gracieuse son minois pivota en douceur pour mirer l’homme dans un attachement meurtri mais inchangé. « Tu me crois incapable d’aimer, et de n’aimer qu’un seul. Tu l’as toujours été. Tous le pensent, les hommes ont dû mal à concevoir qu’une femme aussi, peut choisir. Mais, toi… Je croyais que tu étais différent, pourtant tu ne me perçois que comme une hydre avide de dévorer un autre amant. C’est plus… Facile de songer ainsi. » Pourrait-il affirmer le contraire ? Cette conclusion se dessinait de plus en plus clairement dans l’esprit de la belle, tout ce qu’elle avait vu et enduré s’imbriquait à présent, Alrik cherchait la douceur et l’innocence d’une vierge par peur de ne pas posséder entièrement… Ainsi était façonné les hommes, avec ce besoin d’être l’unique propriétaire de la mère de leurs enfants. La question était peut-être de savoir si Shaïra pouvait être cette femme, cette épouse aimante et cette mère dévouée à élever sa progéniture avec tout le soin et l’amour que cela exigeait. Elle était la première à l’ignorer car la vie ne lui avait pas donné l’occasion d’y songer avec un grand sérieux, tout comme elle considérait que ce n’était pas la première donnée à prendre compte. Un couple était l’affaire d’un homme et d’une femme, pas d’un mari et d’une mère. Toutefois elle savait d’ors et déjà que l’apollon ne partageait pas forcément ses opinions sur le sujet et quand bien même… Il était sans doute plus aisé de se dire que rien n’était possible plutôt que de se battre pour obtenir ce que l’on désire. Cette leçon, un vieil homme la lui avait soufflé il y a bien longtemps.


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Alrik Mallery
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Message Lun 13 Mai 2013 - 23:04

Vile coupable que la passion du coeur, combien de malheureuses victimes faisait-elle à travers le royaume, combien en avait-elle fait à travers les ères, combien en ferait-elle dans les temps à venir ? Sentiments dévoués... La Seastar, énamourée ? Non, c'était une perspective digne d'un mythe, l'astre des mers ne s'incommodait pas d'émotions de cet acabit, son apanage était autrement plus individualiste, elle était une perle d'unicité aussi bien qu'un diamant de solitude. Un trésor qui n'était point à conquérir, les téméraires qui avaient osé s'essayer à cette odyssée n'en étaient pas ressortis entiers, et quelques-uns étaient encore et seraient à jamais emprisonnés sous le joug de la dragonne, subjugués par les incantations de la créature de fantaisie. Et dans ce dédale constellé de trappes et d'indices qu'il fallait savoir suivre et interpréter, quelle était sa place, à lui ? Au fond d'une fosse, empalé sur le pieu de l'ironie ? Sous l'aile de l'auguste reptile cracheur de brasier ? Ou directement dans sa gueule, entre ses crocs et prêt à s'épandre de son ichor sur l'ensemble de ses papilles ? C'était à se demander si elle expectorerait son macchabée à demi mâché tant il lui inspirait de l'aversion ou si, au contraire, elle s'en délecterait tel le mets qu'elle n'avait pu autrement consommé. Quoi qu'il puisse en être, le sigisbée refusait de prêter foi à l'hypothèse d'un quelconque amour, le palpitant organe d'éréthisme n'était pas impliqué dans leurs dissidences, ou s'il l'était, il n'était pas au paroxysme de son lyrisme. Non, il occultait totalement et volontairement cette conjecture, peut-être dans l'espoir de s'en préserver – lâche ? Vulgaire pleutre... Existaient certaines véracités que l'on ne pouvait concéder par souci d'orgueil, parce que l'emprunt de sentiers plus fleuris était davantage facile, plus agréable. Bonne ou mauvaise, la conscience n'était ensuite qu'affaire de temps, d'omission, d'une consciencieuse indifférence. Il le savait pertinemment, lui que l'on nommait pourtant par un préfixe de chevalerie n'avait, et de loin, pas été un parangon de vaillance en se dérobant par l'office d'incoercibles responsabilités. Poudre d'escampette par ce refus d'obtempérer, de perlimpinpin en se persuadant que son zèle au devoir serait sa panacée et donc apte à le lénifier de tous ses maux, de culpabilité car une fois la réalité revenue aux devants des tréteaux, il devenait ardu de l'ignorer malgré une salve d'efforts. D'aucuns se seraient élancés à corps perdu dans les serres de la muse du royaume, veule au creux de ses bras dans une béatitude post-sybarite en bénissant toutes les déités de cet univers et de tous les autres pour cette providence. Mais pas Alrik, incapable de glaner le fruit du bonheur de la plus haute frondaison de la plus mirifique des sylves, pourtant à portée. Trop de mucrons sur la végétation, trop d'épines sur les ramures, il avait préféré changer de futaie et favoriser une cueillette moins périlleuse. Et là, était toute l'essence du problème.

Son phonème avait gagné en acrimonie et en autorité, et pourtant, il s'était fait violence pour ne pas tancer la coupable comme il aurait été opportun et légitime de le faire. Tout le monde ne jouissait guère du bien-fondé d'ordonner à Shaïra de Lys, un inénarrable avantage par lequel toute injonction du commandant était apte à passer outre le statut targaryen de la sylphide pour se faire obéir. Avant d'être son ami, il était son cerbère, ou la voix hiérarchique qui l'enclavait d'égides salutaires. Ou était-ce... L'inverse ? Avait-il, finalement et malgré lui, fustigé leur amitié au profit de sa déontologie ? Force était de le croire, lorsqu'il distingua l'émoi de la voluptueuse succube. A l'instar d'un âtre qui n'avait jusqu'alors qu'échappé de chastes flammèches et qui était prompt à imploser, elle le calcina d'un fiel embrasé encore beaucoup trop élégant pour être réel. Même dans son ire, elle exsudait d'un tel corps astral qu'elle en serait devenue phosphorescente d'une sombre joliesse. Quand bien même, le sigisbée se transit de stupéfaction face à la funèbre oraison qui lui fut adressée, lui qui n'avait jamais subodoré que son phrasé, bien que brodé d'une once d'acerbité, puisse être l'anthracite de son courroux. Il écopa d'une incisive faconde d'inculpations qui le consterna littéralement, il manqua d'air et se noya même sous cette cataracte d'incriminations qui étêtait allègrement l'anthropomorphe de la bienséance. Pis qu'un effrayant rôle de composition, le spectre de la franchise et d'une presque imprécation qui avait de quoi épeurer qui l'oyait. La grossièreté eut tôt fait de mousser aux lippes de la furibonde telle une rage spumeuse quelle avait grand besoin d'exprimer, au détriment d'un freux qui tombait des nues. « Ce n'est pas... Du tout... ! » Il en égarait la structure de ses locutions et la chique lui fut coupée lorsque la courtepointe devint martyre et bientôt dépouille dilacérée. Une poussière d'astres, mais pas de celles que l'on adorait, la symbolique était d'autant plus affligeante que ce n'était guère un textile anodin qu'elle venait de mettre en charpie. Les cendres fumantes de son héraldique après la frénésie draconique lui apparurent en une douloureuse allégorie, voilà ce qu'elle ferait de son patronyme, ce qu'elle ferait de Mallery s'il la couvrait d'une inadéquate attention. Sa maison condamnée à la combustion intestine et inexorablement mise en urne par la suite, scellée, abandonnée puis oubliée une fois le deuil passé. Ce n'était pas d'une pernicieuse flamme dont il avait besoin pour tenir la chaleur de son foyer, non, il lui préférait par mille fois la grâce d'une étoile. Le chaos avait épousé la première et fait naître la seconde, or, il ne tolérerait jamais qu'Empyrée soit mise à feu et à sang.

Etait-ce à cette même étoile avec laquelle il folâtrerait, selon les griefs de la furie ? Etait-ce donc... Ces maudites rumeurs qui pullulaient dans les corridors du Donjon Rouge qui avaient été la source de sa motivation et celle du désespoir d'agir, avant qu'il ne soit trop tard ? Elle lui reprochait de vouloir vivre, alors qu'elle l'avait toujours encouragé à finir son chemin de croix matrimonial pour laisser le passé, au passé... Il le lui aurait fait ravaler, son esprit d'antinomie, à présent que l'orage se préparait à tonner dans l'être du seigneur des lieux qui jugeait de toute l'iniquité de la situation. Elle en vint même à le menacer du haut de son hardiesse arrogamment valyrienne, ce qu'il considéra comme un son de cor inaugurant l'arène dans laquelle la lutte pourrait être sans merci. Entamer la guerre ? Lui ? Et elle ? C'était ubuesque, démentiel, mais c'est ce que son cantique semblait prôner avec une hargne sourde, dans l'attente, sûrement, de voir s'il se lancerait dans les hostilités ou hisserait un drapeau immaculé. La diablesse, l'éhontée... Le chevalier eut les traits tirés, plongé dans un mutisme de mauvais augure, il suivit le galbe d'opalescence fantomale de son regard céleste, tel un fauve qui redoutait la fourberie d'un congénère qui se serait plu à feindre l'innocuité dans le but de le mystifier. Telle une bohémienne en peine, la belle harpie rejoignit les abords de la couche sur laquelle elle s'installa derechef, tentant, peut-être inconsciemment, d'y asseoir son monopole à défaut de pouvoir l'allonger. Puis, il l'écouta lui vomir en gerbes de chrysanthèmes l'agonie de ce qu'ils furent, de la conjugaison qui avait fait leur tandem durant toutes ces années. A l'entendre, il était ici le seul à vouer aux gémonies, mais les choses ne se passeraient point ainsi. A peine eut-elle ponctué sa phrase qu'il ne permit à aucune accalmie discursive de s'installer, et il s'interrogea impudemment. « Je me demande ce qu'une lady qui a toujours oisivement vécu peut savoir de la véritable facilité et surtout de son inverse. » Il biaisa ses calots sur le côté, vers un pan de mur vierge, trop au fait que ses prochaines paroles ne seraient pas sucrées de tempérance. Puisqu'elle avait donné l'assaut, il se devait d'y répondre, et d'affronter son ennemie dans la polychromie de ses mirettes. Du moins, si elle daignait en faire de même. « Aux Sept Enfers tes beaux simulacres d'entichée, ce qui est facile, c'est de te cacher au revers de ton spleen pour mieux te positionner en martyre et alléguer tes lubies ! Tu n'es pas aussi ingénue que tu tentes de le faire croire, tu savais pertinemment comment j'allais réagir à ta "surprise" que je trouve de fort mauvais goût, que tu sois Shaïra Seastar n'y change strictement rien ! » Elle était une personnalité de Westeros, un ange d'occultisme et de vénusté dont les plus chanceux pouvaient espérer récupérer quelques plumes égarées de son pennage. Une légende dont l'on chantait les louanges par-delà les mers et une sirène qui avait la mainmise sur la gente masculine. A ce point dûment soulevé, le commandant passa sa main le long de son faciès, et expira un ricanement de nervosité, car ses nerfs, elle parviendrait à les occire d'un coup de faux si elle poursuivait ses efforts. « Là... Là est ton défaut. Tout le monde, tous les hommes se sont toujours échinés à exécuter tes quatre volontés, tu as pris coutume à avoir tout ce que tu désirais servi sur un plateau d'argent sans que tu n'aies plus à faire qu'une langoureuse oeillade pour convaincre. L'amour ? Tu en ignores tout, au mieux, tu te gouailles de celui du seul homme qui, sur cette terre, te déifierait même si tu venais à être coupable de la pire félonie. »

Elle lui donnait l'amère impression d'être une souveraine qui, des cimes de son trône, toisait les misérables pions qui eux, essayaient gauchement de ne pas se faire prendre au piège dans ses écheveaux. Il ne supportait plus ses mimiques de suppliciée, et surtout, il en avait assez de voir son lord courir après une chimère. La targaryenne ne savait qu'offrir la braise de sa couche en veillant à protéger son coeur d'une couronne que nul ne viendrait décrocher. Nul, point même lui. Il ne serait pas son champion, seulement un candidat plus estimé que les précédents, il n'y avait sans doute rien à espérer de plus. Son opinion était-elle fallacieuse de sa contrariété et de son propre trouble ? Rien n'était moins sûr, mais désormais qu'il s'était embourbé dans la vase de l'honnêteté, il ne pouvait plus s'en extraire à moins d'en venir à s'enfuir de sa propre demeure. Pourtant... Il ne désirait pas être le sel de sa plaie, il ne voulait pas la faire souffrir... D'un élan défensif, le quidam se transfigura en masque de remords. Son souhait de ne pas s'enliser dans cette algarade était manifeste, ses prunelles léchèrent même le sol, mais en dépit d'une sagesse qui lui vociférait de se taire, il se força à continuer sur sa lancée. « J'ai mes torts... J'ai mes torts et je le sais ! Mais pourquoi devrais-je être le seul à blâmer ? Je n'ai rien fait pour arranger les choses en prenant mes distances, car je voulais me persuader que rien n'avait changé entre nous, je préférais vivre dans l'illusion qu'avoir à déplorer les vestiges de tout ce que nous sommes ! Et toi, qu'as-tu fait, Shaïra ? Tu ne t'es pas faite plus mature que je ne l'ai été, preuve en est ce soir. » Il opina négativement du chef, dépassé par les écueils de leur triste conte. « Mais il n'y a que toi pour croire que je patientais pour que tu ploies rotule devant moi, je n'ai jamais eu l'intention de te voir ramper à mes chausses. J'espérais que tu fasses le premier pas, il est vrai, j'aurais cependant tant aimé qu'il soit désintéressé... Mais ce terme t'est inconnu n'est-ce pas... » Il se hasarda en quelques pas soucieux dans la pièce qui était encore la sienne, puis il darda ses yeux d'éclat céruléen dans ceux bicolores de l'illustre muse de luxure non loin de lui. « Tu peux prôner que ce baiser était de mon fait, que je sache, tu ne t'es pas gardée de me tenter cette nuit-ci. Nuit durant laquelle tu aurais pu perdre la vie par la main de l'un de ces satanés ménestrels que tu fais mander sans m'en informer ! Quand bien même, rien de tout ceci ne se serait produit si tu t'étais sagement contentée de t'endormir dans le creux de ta couche sans m'y emporter avec toi. Et vois-tu, c'est en cela qu'il est aisé de deviner que tu n'es pas prête à aimer, et encore moins à n'en aimer qu'un seul. Tu te comportes comme le ferait une maîtresse, tu attends de moi que je sois un amant dévoué, et aujourd'hui tu m'en veux car je m'y refuse. Une femme qui a plus à offrir que le délice de la chair ne se nippe pas de son érotisme le plus criard pour tout atour à l'occasion d'un conciliabule comme celui-ci. »

Alrik ne lui tenait pas rigueur de son impromptue venue en son fief qu'elle avait toujours et fréquemment visité, que ce soit pour lui ou les deux donzelles de sa vie. Mais comme elle en avait marotte, elle était incapable de tout faire comme tout le monde, il lui fallait estampiller chacun de ses actes d'une griffe personnelle et distinctive, sertir le tout de sa sacro-sainte noblesse et seulement alors, les hauts faits que l'on en ferait seraient dignes d'appartenir à Shaïra Seastar. Soudain, il se remémora quelques mots qu'elle avait prononcés au sujet d'un élément plus aisé à dompter qu'elle ne l'était... Faisait-elle référence à Velanna ? Il la soupçonnait d'accuser la Vance d'exister, car inapte à considérer l'éventualité de s'être trouvée une rivale. Peut-être affabulait-il, et dans ce cas, elle citait un quelconque protagoniste dont le sigisbée n'avait pas la moindre idée, mais dans le doute, et puisqu'ils en étaient à jouer carte sur table, c'était l'opportunité ou jamais de lui faire une confidence. Un aveu que seul Brynden avait eu le privilège d'ouïr, et encore, son fidèle commandant était resté évasif sur le sujet. Conscient qu'il était sur le point d'expirer une révélation qui aurait un corollaire conséquent, il humecta ses lèvres, prit un moment pour rassembler son courage, puis il se lança d'un timbre adouci mais qui ne souffrait d'aucune faille. « J'en aime une autre. » Il l'avait dit. Une confession qu'il s'entendait par ailleurs prononcer pour la première fois, et il se sentit étrangement... Soulagé. Il s'en galvanisa même, fort de ces sentiments qui s'étaient confirmés lors de son récent passage à Atranta. « Une femme qui, je le sais, ne me fera jamais risquer cela... » Il désigna la courtepointe réduite à l'état de lambeaux, confrontant la vénus aux conséquences de son accès de colère. « Je suis navré... Mais tu vas devoir te satisfaire de ce que je peux t'offrir, c'est-à-dire mon amitié... » Le Mallery n'avait guère mieux ni plus à lui suggérer, aucune allégeance de coeur à lui faire, même s'il lui laissait la perspective de tout effacer pour reprendre là où leur affection d'antan s'était arrêtée. Toutefois, la dragonne allait devoir concevoir qu'elle n'obtiendrait pas de lui ce qu'elle convoitait, et qu'elle n'avait d'autre choix que d'accepter sa proposition. « … ou rien. » Ou la refuser une bonne fois pour toute.


Vous allez balayer ma cendre ; L’homme ou l’insecte en renaîtra ! Mon nom brûlant de se répandre, dans le nom commun se perdra. Il fut! Voilà tout ! Bientôt même, l'oubli couvre ce mot suprême, un siècle ou deux l’auront vaincu. Mais vous ne pouvez, ô nature, effacer une créature... Je meurs. Qu’importe... J'ai vécu !


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Shaïra Seastar
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« En languissant définiront mes jours »

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♦ Date de Naissance : 25/02/1992
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Message Jeu 23 Mai 2013 - 7:27

La tornade de ses sentiments avait tout balayé sur son passage, arrachant une courtepointe aux Mallery et laissant son propriétaire stupéfait et peut-être angoissé par la tournure dramatique des évènements… Il y avait matière à désespérer, ce qui leur arrivait était dommage, une telle perte qu’elle poussait aux bruyants sanglots mais Alrik était un guerrier, un brave qui n’abaisserait pas l’échine devant le dragon et se ferait fauve pour défendre son honneur et ce qu’il croyait juste. Il entrerait dans l’arène, il riposterait à armes égales et cela serait douloureux. C’était un combat qui n’appellerait aucune liesse, les deux adversaires perdraient et chuteraient ensemble, avec plus ou moins de fracas, de désenchantement et de rancœur… Amis, ils n’en sortiraient pas indemnes, mais ils pouvaient encore vaincre tout deux.

Ses premières répliques firent mal et obligèrent Shaïra à chastement baisser son minois sur le sol de dalles, non pas parce qu’elles prétendaient lui crier la vérité sur ses intentions et son comportement mais bien parce qu’elles reflétaient la pensée d’Alrik et la perception qu’il avait d’elle… Ils se côtoyaient depuis tant d’années, se targuaient de si bien se connaître, pouvaient-ils tant se tromper l’un sur l’autre ? Elle n’avait rien à objecter qui n’envenimerait pas la conversation au point de leur faire tirer des lames cachées et se jurer une rancune sempiternelle, aussi s’abstient-elle de commentaire et pansa-t-elle secrètement les premières blessures infligées. Toutefois il y avait un sujet sur lequel elle ne pouvait pas le laisser divaguer, un homme sur qui il se disait tant que la vérité apparaissait horriblement distordue… Brynden. Elle voulait y croire à la pureté de ses sentiments et au profond amour qu’il assurait lui vouer, et lorsqu’elle se tenait près de lui elle se complaisait volontiers et avec ferveur dans cette croyance d’un attachement éternel. Toutefois quand le silence et la solitude reprenaient comme toujours leurs droits, l’évidence lui apparaissait, criante et douloureuse de vérité. Le bâtard Targaryen tombant sous le charme de sa demi-sœur louée pour son charme à travers tout Westeros… N’était-ce pas le comble du cliché que les dragons se plaisaient tant à perpétuer ? N’était-elle pas qu’une énième pièce du puzzle de la vie du Freuxsanglant, cet homme qui ne recherchait au final que l’amour du peuple qu’il servait sans relâche ? Après la victoire contre le dragon noir, quoi de mieux pour égayer les visages qu’un mariage qui offrirait à chacun son lot de rêves et d’espoirs ? Le peuple avait besoin de croire, il s’abreuvait de symboles et de mystifications… Quoi de mieux que l’union des deux Grands Bâtards restants ? Pourtant personne en ce monde n’avait le droit de juger cette sombre mascarade qui avait brisé l’improbable fratrie. La guerre prenait des vies, de nombreuses vies, mais bien souvent les gens oubliaient qu’en arrachant la vie de Daemon Feunoyr, Brynden avait occis son frère. Leur grand frère, leur modèle. Il avait pris sa vie et avait tenté de faire de même avec Aegor Rivers, et elle savait pertinemment qu’il n’y manquerait pas si leurs chemins se recroisaient… Et cet homme, il faudrait qu’elle soit sienne ? Certes il avait sans doute trop de respect et de sentiments pour elle pour la contraindre à l’épouser, mais du même coup il l’emprisonnait dans son puissant carcan de solitude et le résultat demeurait… Chacun savait qu’il la convoitait, et d’aucun ne voulait se confronter à celui possédant ‘mille yeux et un seul’, même pour un regard d’émeraude et de saphir. Séduire et être inaccessible étaient devenus son credo, mais cette conséquence n’était peut-être pas aussi volontaire qu’on voulait le faire croire… Et Shaïra la première, du haut de sa fierté et bramant son égo royal, refusait bien qu’on la considère comme une victime. « Cet homme m’a pris deux frères, mais je ne me suis jamais moquée de Brynden. Je lui ai dit que je ne l’épouserai pas, son opiniâtreté n’est pas de mon fait. Et c’est injuste de me le reprocher… Ce n’est pas parce qu’il prétend m’admirer dans mes qualités comme dans mes défauts qu’il sait qui je suis. Il ne sait pas. Il aime la belle Seastar, mais il ignore tout de moi… Il peut se passer des semaines sans que nos regards se croisent. Non… Je ne peux vouer ma vie à l’adoration d’un absent, que celui-ci m’aime ou croit m’aimer, il ne fera de moi qu’un trophée. Un trophée qui prendra la poussière et sera toujours aussi seul. » S’il était déjà si occupée alors qu’elle ne lui était pas même acquise, qu’adviendrait-il s’il faisait d’elle son unique et sa fidèle ? Elle s’offrirait au vide pour unique compagnie, à la désillusion d’un amour qui aurait pu être complet mais qui ne pouvait se réaliser.

Alrik paraissait souffrir également de cet échange devenu bataille rangée à coup de tords et de regrets, aussi l’écouta-t-elle dans une muette stupeur confesser certaines de ses erreurs… Tout en soulignant qu’elles étaient partagées pour la plupart, bien évidemment. Il revint encore sur cette histoire d’attention, de cette intrusion dans sa très chère et sacrée chambre à coucher… Finalement agacée par toute cette pudibonderie, la Seastar s’exclama d’un ton trouble. « Ne sois donc pas si prude ! A t’entendre j’étais nue et la croupe en évidence à t’attendre, nimbée de sueurs… » Elle souffla par le nez pour exprimer son déplaisir mais ce frivole sentiment ne perdura guère, il y avait plus grave, plus important qui se profilait dans le discours du Commandant. La sylphide tenta malgré tout par une remarque lâchée hasardeusement d’expliquer ses raisons à celui qui jusqu’alors, avait toujours su la comprendre. « Le désintérêt est l’arme des sans-passions. » Elle ne pouvait être désintéressée. Parce qu’elle était un être de passions et non statue d’argile, une femme avec des sentiments, une femme qui aimait à sa manière. Et si bien des émotions s’emparaient d’elle lorsqu’elle mirait les céruléennes prunelles de son vis-à-vis, du désir le plus fou à la haine la plus farouche, le désintérêt n’y figurait jamais. Alrik n’attisait que des élans et si ces derniers n’étaient pas toujours d’une honnêteté pure de toute intentions, ils n’étaient jamais falsifiés. Mais il ne voyait pas, ou plutôt il ne remarquait que ce qu’il s’était persuadé de finalement croire à son sujet… Elle était la charmeuse, la séductrice, la manipulatrice, l’hydre qui voulait le dévorer en commençant par engloutir sa verge et son honneur… « Tu te trompes… Tu te trompes ! » C’était si insupportable, si injuste, insoutenable ! Pourquoi la condamnait-il à n’être que cette créature de luxure, pourquoi refusait-il de ne voir qu’une pécheresse chercha à allonger sa liste de conquêtes d’un nouvel amant ? La voix de la belle trembla, flancha, et ne pouvait plus renfermer que deux significations… Elle pouvait être une formidable actrice et prestidigitatrice telle que la dépeignaient de nombreuses langues ou bien elle dévoilait dans la douleur le plus profond de son âme et ce au risque d’y perdre plus que son orgueil. « Pourquoi fermes-tu les yeux… ? Alrik… Tu crois au plus profond de ton cœur que je risquerais de te perdre, et ce simplement pour t’attirer dans mes draps et t’y attacher de temps à autre, selon mon bon vouloir… ? Tu crois, après toutes ces années, que je puisse être celle qui te dévorerait sans scrupules ? » Il y avait bien des hommes qui étaient ainsi tombés entre ses griffes et n’avaient jamais su se dégager de ses toiles… Certains étaient morts à porter ses couleurs, d’autres se contentaient d’attendre le moindre signe et tentaient d’attirer son attention par mille subterfuges… Et cela, le Freux ne l’ignorait pas. Néanmoins qu’il puisse se considérer comme possiblement comme eux miroitait un constat d’échec au nez de celle qui n’avait montré que trop souvent un sybarite visage. Même pour lui elle ne se limitait plus qu’à cette créature luxurieuse et charnelle…

Cette cruelle réalisation monta des larmes de désarroi au coin des yeux de la Seastar qui ignorait qu’une sentence encore plus amère l’attendait au tournant. Ce qu’elle craignait lui éclata au visage, la fille du Conflans n’était pas qu’une amourette de passage, ce n’était pas le genre du Commandant qu’elle connaissait si bien que de batifoler sans songer aux conséquences… Et l’homme lui faisait des leçons d’amour quand lui-même s’éprenait d’une enfant rencontrée une seule et unique fois, pas plus que quelques heures à partager lui avaient suffi pour déterminer qu’il n’y avait pas d’autre issue à leur histoire. Elle ne pouvait le croire, elle ne voulait pas l’entendre. Qu’il aille brûlé aux Sept Enfers avait même d’oser lui imposer un ultimatum aussi glacial ! Il n’avait pas le droit de la faire tant souffrir, pas maintenant qu’elle se sentait si fragile, si vulnérable… Il devait savoir, il ne pouvait les condamner sans avoir eu toutes les cartes en mains. Il y avait encore de l’espoir pour un dénouement différent pour Alrik et Shaïra. Elle s’extirpa dans une mouvance gracieuse de la couche qui avait accueilli ses espoirs et ses regrets puis en douceur, elle approcha. Ses phalanges liées et serrées entre elles devant son ventre elle s’arrêta à un pas de lui, étonnamment crispée, et elle lui désigna d’un mouvement bref du visage le lit qu’elle venait de quitter. « Cette… Mise-en-scène n’existe que parce que c’est moi, et c’est ainsi qu’il faut que Shaïra agisse. C’est ainsi qu’on s’attend à la trouver… Et j’espérais pouvoir te détourner de cette jeune femme de cette manière, je l’avoue. Et s’il advenait que j’échoue… Il m’aurait suffit de remonter nonchalamment mon manteau sur mes épaules, en riant et en te raillant, en susurrant que je ne faisais que te taquiner… Mais je ne peux pas ! Je t’aime ! » Son ton déjà égaré s’était étiolé au fur et à mesure de son discours pour soudain gagner en puissance de conviction, ou d’autres diraient de désespoir. Il y avait la peur, celle de le voir réagir avec indifférence ou mépris, il y avait la crainte d’être rejetée et ne plus être capable de se regarder en face… Mais en son esprit tout ceci lui apparut bien vain en comparaison de l’enjeu, ce qu’elle avait à gagner surpassait tant et de loin ce qu’elle était susceptible de perdre. Le cœur vibrant d’une énergie nouvelle elle se précipita auprès de lui et s’y agrippa dans un puissant frisson qui s’empara de son échine toute entière. Ses yeux entichés et bordés de fines perles embrassèrent les siens tandis qu’elle se mit à chuchoter rien que pour eux « Ton sourire, ton attention, cet adorable et incontrôlable instinct de protection qui est le tien… Ton rire, tes badineries qui se disséminent sous le voile du sérieux… Toi… Je t’aime, mais chaque jour écoulé me rappelle que j’ai toujours rêvé ma vie. Et je veux que cela change… Sans moi, ton monde continuera à tourner. Un monde plein d’un bonheur et d’un amour dont je n’ai jamais eu ma part. J’ai besoin d’une chance Alrik, entends-le, pitié, entends-le… » Délicatement son front s’était déposé contre le torse de l’apollon, y trouvant un appui et un peu de la chaleur qui lui manquait terriblement malgré les hautes flammes qui léchaient l’âtre. « Ce n’est pas l’existence dont je rêvais… Je me suis persuadée toute ma vie que je n’aurais jamais besoin de personne, et que parce que la Beauté est fragile, on finirait par se détourner de moi. On n’aime pas en profondeur ce qui est déjà beau à la surface. » Quiconque connaissait intimement la Seastar savait qu’elle repoussait les signes de l’âge et du temps qui lentement et pour ses yeux seuls empiétait sur le don empoisonné qui était sien, celui d’être objet de convoitise. Pour ses yeux seuls… Mais pour combien de temps ? Qu’adviendrait-il d’elle lorsque sillons et ridules creuseraient son visage jusqu’alors si lisse et immaculé ? Que resterait-il de l’astre des mers si ce n’est la sorcière qui avait dévoré tant de cœurs preux et honnêtes ! L’impie qui se baignait dans les entrailles des vierges, la maudite qui envoûtait la Main du Roi et faisait de lui cette créature sombre, magique et terrifiante. L’indifférence au mieux, la haine au pire, voilà tout ce qu’elle gagnerait en ce monde. « Et je reste persuadée que le jour où la Seastar sera desséchée, tout sera fini. »


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Alrik Mallery
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Message Dim 26 Mai 2013 - 10:44

La vie était une arantèle sur laquelle les gouttes de vérité chutaient de nues d'opale ou d'ébène, perlaient telle des larmes de destiné d'un filigrane de soie à l'autre, elles n'hydrataient finalement que peu les hideuses aranéides propriétaires et tisseuses de piètres ou jolies toiles, depuis longtemps dipsomanes du fluide vital de leurs malheureuses proies plus que du liquide de cristal qui avait pourtant fait prospérer l'existence. A force d'indifférence et d'outrecuidance, ces franches gouttelettes avaient loisir de devenir torrent d'accablement qui finissait par détruite l'ouvrage, le foyer et l'outil de chasse de l'araignée. L'on disait de la nature dans son oeuvre la plus complète tant que dans la quintessence de ses êtres, qu'elle était abjecte, sculptée de glyphes d'iniquité, jusqu'à en faire larmoyer la Veuve Noire endeuillée à perpétuité. Car c'est ainsi qu'il la percevait même dans son cafetan qui n'avait de virginal que la teinte, comme d'une créature épeurée d'une viduité congénitale et sempiternelle tout à la fois, dans un quotidien serti de pierreries et diapré de splendides brocarts. S'ils avaient été sur les tréteaux, leur représentation aurait été d'un homérique et triste mélodrame, opus signé de la griffe d'une illustre dramaturge nommée dame Ironie. Ils joutaient comme sigisbées en lice plutôt que se confesser comme un binôme en amitié. Ce terme eut longtemps été une source nutritive dont ils s'étaient délectés à outrance, sans prendre conscience que dans leur vertueuse gourmandise, ils se sustentaient de la complétude de cette notion pour en ronger toute la carne, pour en dévorer les os concassés dans une recette de complicité. Par-delà le muscle et l'ossature, les organes libérés de leur captivité charnelle s'égosillaient tels de sanguinolentes hirondelles prêtes à prendre leur essor, mais comment ? Le coeur lui, guère plus protégé par sa cage thoracique, l'avait bien compris, se bâfrer d'illusions serait vain, et ainsi révélé aux périls du monde, il frémissait de froid et d'effroi. Sans doute fut-ce donc poussé par l'émoi, qu'il s'était mis à vociférer un chant impie, incantant par la même occasion les fautifs sans opprobre qui se confrontaient désormais à leur vésanie. Celle des sentiments, celle de l'impossible. Egides et armes sorties, un logis qui avait auparavant accueilli leurs rires et badinerie se transfigurait en arène pour n'être bientôt plus que ruines. Tel était le conte et la cantilène du dragon et de l'écu aux six molettes d'argent, un opuscule rédigé en calligraphie lacrymale et sanguine sur un vélin de doucereux souvenirs et d'un amer présent.

Il la disait cruelle dans son lascif égotisme, mais qu'était-il, lui, ô pauvre fou qui se confondait sans honte en ultimatum susceptible d'à jamais altérer son destin et celui de la sylphide. Après avoir feint l'ignorance, il prônait une décision sans demi-mesure, avec la spectrale certitude qu'ils ne pourraient faire autrement que choisir une position et s'y tenir, quitte à vouer leur passé commun aux pires gémonies. Des deux, il était assurément le plus despotique, une inclémence puisée à même une indicible peur qu'il ne parvenait à exprimer autrement que dans ses songes les plus sombres. Une blessure de guerre n'était rien en comparaison à l'affliction de l'être, n'existait aucun parallèle, point même un coutelas figé en plein plastron, tellement pire que la sépulcrale morsure de l'aquilon. Et aux termes de la vénus, la peine était incommensurable pour cet ami qu'était la Main du Roi, celle-même qui lui avait offert toutes ses cartes dans un jeu où sa pioche congénitale l'aurait promptement éliminé de la partie. Joker que ce frère qui en plus d'être injurié de fratricide des lippes de celle qu'il adorait, se faisait indûment mené par le bout du nez. Alrik n'était pas dupe, Brynden avait tort de s'agricher à l'espoir que l'Astre des Mers deviendrait un jour sien alors que tant d'années s'étaient déjà écoulées, mais qu'il était aisé de reporter la faute sur un amour que l'on ne nommait plus que par l'« ubuesque inceste du mille yeux et rien qu'un », au coeur pétri d'une ferveur qui ne trouvait ni début ni aboutissement. Shaïra n'était et de loin pas étrangère à cette idolâtrie dont elle se lamentait telle une muse tourmentée, elle ne faisait qu'éconduire ses demandes matrimoniales pour mieux tisser une privauté pernicieusement plus addictive. Tous ne pouvaient et ne creusaient regrettablement pas le fossé de disparité entre l'amour des beaux corps et celui des belles âmes, ainsi, ne pas se faire passer la bague au doigt suffisait à pacifier la conscience de la somptueuse créature qui n'était pas « responsable de ceux qui s'éreintaient à la glorifier. ». Il était navré de savoir qu'un voile aussi volontaire et opaque l'empêchait d'admettre l'indubitable, comment, alors pouvait-il croire qu'une quelconque forme de lucidité en était venue à la nimber ? Ardu à concevoir, et la désinvolture avec laquelle elle considérait son cynisme charnel ne l'y aidait pas. A cela il ne put que négativement opiner du chef dans un geste de désespoir et d'exaspération, elle ne comprenait pas – elle ne comprendrait pas – elle ne voulait pas comprendre. Qu'elle fasse de lui une gourmandise d'une sorgue ou celle d'une vie, son espérance et son esprit se désunissaient en deux chemins de croix qui s'égaraient en géhenne spirituelle. S'il savait que la communication était plus que jamais substantielle, il aurait aimé la faire taire, cesser de molester ses tympans de cette à la fois insoutenable et mirifique mélodie de banshee.

Pour quoi patientait-il alors, le preux sigisbée qui n'avait guère pris le soin de balayer devant son huis avant de faire la glose d'autrui ? Il n'était pas devant un dignitaire auquel il avait sommé de choisir entre quitter le Donjon Rouge ou se conformer au règlement de l'enceinte, Shaïra était trop fière pour tourner les talons et encore moins courber l'échine. Il guerroyait dans une bataille qu'il avait peut-être perdue d'avance, mais des perspectives de réponse, il en avait soulevé une pléiade en un temps incomparablement infime, sans que celle qui s'ensuivit n'ait jamais eu l'aplomb de naître dans sa conjecture. A pas feutrés de désolation, la succube des fascinations abstraites s'approcha, et face à ce fauve alouvi de consentement, le chevalier en omit la vaillance de ses voeux sacrés et recula d'une demi-coudée, puis d'une seconde, sans jamais quitter la créature d'une oeillade dans laquelle les flammes de l'âtre et d'ivresse se miroitaient. Que lui préparait-elle encore, pour le faire choir plus bas qu'il ne l'était déjà... Chagrine observation que de voir la méfiance assujettir une confiance originellement limpide. Ses calots ne quittèrent que brièvement la dévastation de son minois pour guigner vers la couche blasphémée, avant de revenir à l'anxieuse contemplation de joyaux polychromes et aqueux d'affres. Subitement et alors qu'il ne s'y attendait plus, elle concéda enfin, tacitement tout du moins et selon lui, l'erreur de son initiative de soirée, acte qui n'était que le simulacre de ce que l'on voulait que Shaïra de Lys soit. Il fut courroucé d'apprendre qu'elle se drapait tout à fait consciencieusement d'une apparence illusoire inspirée des croyances et jugements populaires la concernant, alors qu'il était un admirateur bien moins anodin que le reitre du coin. Comment pouvait-elle espérer qu'il passe outre la notoriété de la Seastar si elle se complaisait à la mettre ostensiblement en avant ? Son raisonnement n'avait guère de sens, mais nul individu en ce monde, pas même lui, ne pouvait se targuer être enclin à décrypter l'unique et inintelligible essence d'une dragonne. Preuve en était, alors que l'ire qui s'embrasait graduellement en lui fut abruptement étêtée par une révélation dont la pesanteur l'assomma à coup d'éréthisme. Cette fois, les lisières n'existaient plus, ils semblaient avoir atteint le point de non retour et le Mallery en fut transi de stupeur et de phobie. La créature vaincue au jeu des sentiments s'élança vers lui, il tenta d'échapper à son étreinte en la saisissant par les épaules pour mieux inhiber sa frénésie. Mais ses paumes et phalanges glissèrent sur son atour et son derme d'albâtre, il fut incapable d'opposer une résistance à l'inexorable carcan de fébrilité qui le captura bientôt. Vers quelle catastrophe faisaient-ils naufrage...

Le sang pulsa à ses oreilles et il sentit la chaleur du trouble l'emmailloter dans un linceul émotionnel, il aurait voulu s'inhumer séance tenante pour ne pas souffrir d'une telle ébullition qui l'éventrait sans scrupule. Il ne sut soudainement que faire de ses mains et les garda en hauteur, tremblantes et perdues comme tous leurs congénères de membrure, comme toute leur hiérarchie neuronale qui mit à bas la motricité du commandant. Sa dévotion amoureuse fut déversée dans une apologie diluvienne dont chaque voyelle hâtait l'eurythmie déjà déboussolée du quidam à l'orée de la crise de panique. Plus encore qu'un dithyrambe, elle exhala des terreurs qu'il la savait nourrir depuis presque toujours, et qui contribuaient peut-être au désir de dénicher la personne qui l'aimerait plus que la superficialité. C'était trop, même pour un homme accoutumé à la circonspection, à l'analyse et à la réaction mûrement relative à ses conclusions, à un homme qui apparaissait parfois à la tête d'un ost de trois cents têtes, qui s'en irait bientôt en croisade contre des corsaires qui ne lui pardonneraient pas la moindre hésitation ou bévue. C'était lâche, mais il n'avait que l'envie de fuir, ce fut même ce qu'il s'apprêta à faire en l'attrapant derechef par les épaules pour la repousser. Mais l'impulsion mourut aussi vite qu'elle était née, car il le savait pertinemment, s'il partait encore, maintenant, c'en serait fini d'eux. Elle lui en voudrait pour le reste de leur existence, et pis encore, il se haïrait lui-même d'avoir enfanté cette rancoeur autrement qu'en ayant fait preuve de franchise. Il n'avait pas le droit de l'abandonner ainsi, et le burlesque serait irréfutablement poussé à son paroxysme s'il tentait de se cacher dans son propre domaine. Il songea aussi promptement que possible, puis sans réellement en connaître la raison, il l'entoura de ses bras et la serra contre lui. Les lèvres sèches et entrouvertes, le regard agité et son palpitant martelant à tout rompre, il ignorait totalement si ce qu'il faisait était judicieux ou non, ou même si les mots qui excoriaient son gosier pour prendre leur essor seraient les bons.


« Shaïra... » Entonna t-il d'un timbre fébrile. « La beauté comme nous l'entendons est une courte tyrannie... Mais sans profondeur, elle est exempte d'appas. » Le beau universel n'avait ni base – ni fin. Ni terme défini – ni abstraction. C'était un occultisme qui dépassait l'entendement et que l'on exprimait guère autrement que par un mutisme béat. L'on ne justifiait pas la véritable beauté, l'on ne pouvait même la contempler tant elle échappait à toute capture même d'inadvertance. Elle ankylosait et se taisait d'une unicité que chacun appréciait à travers ses propres prunelles d'inconscience. La nature humaine n'avait fait que la flétrir de sa noèse pour mieux la vassaliser à la trivialité du paraître, et puisque l'homme n'allait point au-delà des choses, il en serait toujours ainsi. « A côté d'elle l'esprit et le coeur font toujours l'effet de parents pauvres, qui serais-je pour affirmer que je ne suis pas de ceux qui ont été incantés par ta vénusté silencieuse, et damnés par le chant de celle-ci lorsque parole lui fut donnée. Mais si l'on sait que la beauté existe, c'est parce que l'on sait qu'elle meurt... » Il aurait aisément pu lui broder un tissu de mensonges ocellé de réconfort, de la bonne intention de la rassurer sur la pérennité de son pouvoir tellurien, mais cela aurait été lui offrir une oasis chimérique dans un désert aride et mortifère. Elle n'était pas une enfant que l'on protégeait de la réalité, lui parler de l'utopie d'une immuabilité physique aurait été, à son goût, un manque de respect. Contre l'office du temps, il était impuissant, il ne pouvait, à dire vrai, que la soutenir à travers l'inéluctable. L'idée que la dragonne ne soit pas immortelle et qu'il la perdrait un jour le tirailla plus encore... La perspective de la perdre aujourd'hui, ou demain, même sans qu'elle ne chut dans sa sépulture, lui fut insupportable. Son étreinte gagna en intensité, et de simple contribution il passa à l'élaboration d'un étau protecteur qui désirait la préserver auprès de lui, à son contact. L'émotion fut telle que les gemmes d'azur s'émurent de scintillantes constellations sans autre nom qu'Amour, un amour différent. Le freux ébranlé nicha le bas de son faciès dans la crinière argentine de la targaryenne et une goutte de rosée d'âme franchit les défenses de ses cils, elle laissa son sillon de sel le long de sa joue pour finalement abreuver ce blond hautement valyrien que l'on admirait. « Shaïra restera belle... » C'était une promesse qu'il lui faisait, à ses yeux, elle le serait plus longtemps que l'éternel, n'existait pas de vérité plus absolue que celle qu'il lui susurrait présentement, même si elle n'y prêtait pas foi. Aucune ligne d'âge ne serait à même de corrompre sa certitude, rien de ces traîtresses du temps qui passe et s'écoule nonchalamment. Cependant, s'il faisait serment d'être l'onguent de ses craintes, il ne pourrait être davantage, il était désormais incapable de combler sa supplique sans que, malgré les sentiments, cela ne soit de l'abnégation. « Je n'ai pas la force d'implorer ton pardon alors que je garde tes plaies ouvertes et suintantes... Je suis incapable d'être ta panacée, mais je préférerais périr qu'être ton estocade... » Ses lippes se contractèrent un instant sur le cuir chevelu de la sylphide et il abaissa des rideaux de chair sur ses iris, mouvance qui libéra la larme rétive sur son autre joue. « Je t'adore d'une sincérité ineffable et pure, je te supplie d'y croire, ma vie sans toi ne peut être, ton absence serait un malheur hiémal sur la sylve que j'ai durement fait naître et croître durant toutes ces années. Tu m'as fait voir l'ivraie enivrante d'une culture dans laquelle je me suis hardiment risqué par souci de fierté, pour un avenir que je désirais plus glorieux que celui de feu mon pauvre père. Je t'en offrirai toutes les récoltes glanées si cela peut te retenir, mais je ne peux décemment te laisser l'usufruit de mon coeur... »

Le coup fatal auquel il aurait préféré une longue et douloureuse agonie, il venait de le porter, à défaut de pouvoir agir autrement. Deux naïades étaient bien trop pour un seul homme, dans ce tandem de muses, à moins d'une vile tartuferie de la part du chevalier fieffé, les privilèges seraient inéquitables. L'une serait ointe de la plus profonde quintessence d'un Alrik entiché comme il ne l'avait été qu'une fois jadis, c'était entier qu'il se consacrerait à elle dans l'honneur comme l'anathème, car un dévouement mutuel ne pliait rotule devant aucune embûche. L'autre serait délicatement drapée dans le velours de sa bienveillance et bénéficiaire d'une piété ciselée dans le textile d'un autre genre de trempe, ce dont elle devrait se contenter en dépit de sa convoitise. Il avait ardemment douté quant à la teneur de ses sentiments envers la Seastar, aujourd'hui encore, son interprétation était nébuleuse et il parvenait difficilement à distinguer la lanterne de son discernement à travers l'épaisse brume qui l'entourait. Toutefois, en ce qui concernait Velanna... L'incertitude n'était pas, il n'y avait point eu et n'y aurait jamais de place pour une affection moins férue, il l'avait su dès lors qu'il avait aperçu la superbe de ses mirettes, et à son contact, c'était une transe sans définition qui le bouleversait. C'était assurément ce qui faisait la différence entre sa perception de la première et de la seconde, et également ce qui façonnait son choix. Il ne se fourvoyait pas, il en était sûr, il le sentait tel un truisme affleurant des abîmes de son être. La beauté était la vengeance des femmes, que l'on s'entretue pour elles était leur privilège, mais toutes les batailles n'étaient pas menées pour les mêmes fins. Les faveurs de l'ondine restaient à ravir, cependant, ce ne serait point lui, le moissonneur de son champ de lys, il n'y avait plus de fantasmagorie à se faire. Briser ainsi son espérance était d'une ignominie sans égale, ne lui restait plus qu'à faire amende honorable à travers des patenôtres qui ne se dépureraient d'aucune culpabilité tant qu'elle ne l'aurait pas béni d'une onction de grâce.

« Je suis désolé... » Les notes d'une lyre en navrement, une mélodie qui résonnait probablement comme pathétique aux tympans de la nymphe contrainte à un deuil dont ils n'ignoraient pas les tenants à défaut des aboutissants. Bientôt, il n'y eut plus que la mélopée du feu qui réchauffait la pièce pour pallier à un silence mortuaire. Les pleurs aphones d'un commandant qui cédait à la trop grande pression et le frisson d'une atmosphère inconfortable... Y avait-il seulement plus à dire ? Il comprenait qu'elle ne trouve pas son vocable ou ne quête peut-être pas même pour le trouver, lui-même ne savait plus quelle rhétorique adopter. Cependant, un détail le préoccupa brusquement, la force de la lady lui paraissait décliner, elle lui semblait tout à coup... Lâche dans sa posture. Le sieur releva lentement le visage et cligna des yeux, sur le point de l'interroger quant à l'éventualité d'un problème avant que celui-ci ne se manifeste de lui-même. Elle s'abattit de tout son poids contre lui et s'affaissa sans raison apparente, fort heureusement, l'intuitive mouvance du sigisbée la garda de finir au sol. « Shaïra ?! Shaïra, hé ! »

Voilà qu'elle tombait en pâmoison pour ne rien rajouter au grandiose de leur scène, mais il n'y avait rien d'illogique à cela. Une telle déferlante émotionnelle – qui avait par ailleurs coûté la vie à une innocente courtepointe. - ne pouvait être sans corollaire somatique, il se sentait niais de ne pas avoir flairé le malaise avant qu'il ne survienne. Pris d'horreur, Alrik l'appela encore dans l'espoir d'une quelconque réponse qu'il n'obtint pas, alors, il se pencha et glissa un bras sous les jambes fuselées de la belle, tandis que le second passa sous son bras. Il la porta et se déplaça hâtivement jusqu'à son lit sur lequel il l'étendit, ce qu'il l'avait défendu de faire quelques instants auparavant à peine. D'un revers de manche, le quidam essuya sa figure humidifiée avant d'écarter les mèches du front de la souffreteuse et d'y apposer sa paume pour vérifier sa température. La sudation qui humecta la pulpe de ses doigts le laissa supposer qu'elle était victime de sueurs froides, et à l'orée de l'inconscience, il était urgent de la soulager. Après une furtive caresse sur la joue, le maître des lieux se précipita dans la salle d'eau pour y récupérer un petit baquet d'eau claire et fraîche qu'il transporta jusqu'à la table de chevet. Il s'empara ensuite d'une bribe de linge lilial qu'il plongea dans le liquide cristallin, puis après l'avoir consciencieusement essoré, il l'appliqua de façon itérative sur la physionomie de la sylphide pour tenter d'atténuer ses maux.

« Je t'en prie m'amie... » Susurra t-il sur le ton d'une oraison, assis sur le bord de la couche en la couvant d'un regard meurtri. Sa main libre se juxtaposa à la sienne pendant que de l'autre, il hydratait doucement ses lippes d'incarnat. Quelle impuissance face à sa détresse, il ne savait que faire si ce n'était attendre qu'elle daigne lui revenir, mais pis encore, elle semblait plongée dans un vortex de tourments, quelque part entre songe et réalité dans des lands cauchemardesques. Il se mordit la lèvre, complètement désarçonné par la tournure des évènements, puis, il se laissa aller à une impulsion qui le conduisit à s'allonger à ses abords. Il creusa la moelle du lit de sa charpente, la nuque soutenue par un coussin à demi-redressé sur le traversin et qui lui donnait un peu de hauteur. Installé sur l'échine, il logea Shaïra partiellement au-dessus de lui, le visage de cette dernière placé dans son cou, au plus proche de son parfum et de sa chaleur. Le freux prit une grande inspiration et lénifia son angoisse à travers un long soupir. « Tandis que nous nous épanchions à coeurs meurtris et ouverts, avec une douce fragrance exhalée des myrrhes verts, sa joue a retrouvé le printemps du repos. Ô corps sans poids posé dans un songe de toile, la voilà qui reprend le versant de ses fables. » Sa voix se faisait suave et rassurante à l'oreille de la dame, qui reconnaîtrait aisément ces quelques proses qui étaient l'oeuvre d'un Alrik point encore Mallery, jeune intrépide d'une époque révolue mais qui avait été forte d'existence. Jeunet d'antan sous l'aile d'une targaryenne, ils avaient coutume de chérir bien plus d'activités communes, entre autre, elle l'avait en grande partie instruit, lui avait enseigné la lecture et l'écriture, ce qui lui avait permis de pouvoir déchiffrer les opuscules qui l'avaient toujours nargué jusqu'alors. Il s'était passionné pour ces domaines, et en guise de remerciement, lui aussi, lui avait comme beaucoup dédié un petit ouvrage en vers. Le Commandant des Dents de Freux poète, voilà qui pouvait laisser pantois. « Et de tous les rosiers elle semble la rose, et de toutes les passions elle semble l’encens. Ceux qui n’ont pas connu cette charmante fille, d'une droite à l'éclat smaragdin de fantaisie, d'une gauche à l'azur de ciel translucide, ne peuvent pas savoir ce qu’était ce regard. Quand l’étoile surgit d'un océan hagard, de polaire à mer, l'étoile, est infinie. L'astre des abysses n'est tout compte fait qu'un dragon assoupi. » Il s'en souvenait comme s'il l'avait rédigé la veille au soir, et avec sa récitation, revenaient les réminiscences. A l'instar d'une berceuse, il espérait avoir amadoué ses tracas. Il patienterait qu'elle émerge de ses rêves, quitte à attendre des heures durant, quitte à lui-même s'abandonner au repos du guerrier.


Vous allez balayer ma cendre ; L’homme ou l’insecte en renaîtra ! Mon nom brûlant de se répandre, dans le nom commun se perdra. Il fut! Voilà tout ! Bientôt même, l'oubli couvre ce mot suprême, un siècle ou deux l’auront vaincu. Mais vous ne pouvez, ô nature, effacer une créature... Je meurs. Qu’importe... J'ai vécu !


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Shaïra Seastar
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« En languissant définiront mes jours »

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Message Mar 11 Juin 2013 - 5:48

Hommes et femmes de grands lignages et destinées, mus par les idéaux les plus exceptionnels et de mortifères folies, les dragons se drapaient de fierté et de détermination pour servir leurs secrets objectifs et sombres desseins. Ainsi les avait-on éduqués dès l’aube, manipulateurs, impitoyables, séducteurs reptiles à la crinière d’argent et aux crocs aiguisés, prompts à bondir sur leur proie. Délaissant la carotide pour les moins vaniteux ils se plaisaient, cruels et luxurieux, à faire languir, à tenter, à amadouer par de suaves lorgnades, l’appâtant tintement de l’or ou de belles promesses pour que la victime se présente d’elle-même, gorgée d’espoir et de rêves, prête à tout, à vivre, à mourir, à tuer pour exaucer les souhaits de la puissante hydre. Puis le coup, fatal, déchirait la chair, écrasait le cœur, broyait le moindre souffle d’espérance avec une satisfaction qui était celle du dominant, du chasseur, de celui que rien ne peut atteindre et qui surplombe son monde… Ecrasant d’obscurité de ses larges ailes déployées, craint par sa seule voix grondante et brûlante, façonné pour et par la mort, bête de destruction et de lamentation. Targaryen. Etait-elle de cette espèce monstrueuse qui ne jure que par son plaisir, et l’obtient au détriment de celui des autres, en l’annihilant et en le dévorant du haut de sa tour sertie de briques écarlates ? Chimère effrayante que l’on respecte, que l’on peut admirer mais que l’on n’aime jamais, dangereuse, sublime, fruit de passion qui demeure seul et splendide en haut de son arbre paré de saphirs et d’émeraudes, précieuses de dureté qui dans l’idéal de protection, isolent, et détruisent. Qu’il était rassurant d’être intouchable ! Qu’il était insupportable d’être seule ! Toutefois dans ce vortex de contradictions et de douleurs subsistait toujours une faible et vacillante lueur qui réchauffe, qui donne matière à croire et à avancer sur une route sinueuse et clairsemée de profiteurs, de malins et d’ardents prédateurs, cette lueur généreuse qui scintille et que l’on balaie pourtant par arrogance, par soucis d’immuabilité. Par bêtise. Qu’elle avait été aveugle, durant tant de lunes ! Des jours et lunes qui s’étirent en années dans une course effrénée que l’on préfère nier, qui étiolent la vie et rapprochent la fin, sourde et violente, effrayante, la mort, pire ! L’oubli. Par peur elle avait fermé les yeux sur cette évidence et l’avait nommé « Amitié », remplaçant la passion par l’affection, le besoin par un vague désir de coutume, et c’est ainsi que consciencieusement elle avait piétiné cette lueur qui lui manquait tant. Cette lueur que l’on appelle Amour et qu’aujourd’hui elle présentait, au creux de ses mains liées et tremblotantes, affaiblie par les larmes qui coulaient inlassablement et les sanglots déstabilisants, rares et d’autant plus puissants, elle la mettait sous le nez de son Commandant avec l’espoir de jours nouveaux, de réalisation qui apaiserait son âme et lui offrirait un bonheur souvent entrevu, jamais connu, et qu’elle n’était pas certaine de mériter. Mais voilà qu’Il était sa seule et unique chance, l’homme entier capable de la comprendre et de l’étreindre parce qu’il savait, il avait toujours su à quel point la Seastar était grandeur, et combien Shaïra pouvait être faible. Dichotomie qui la constituait depuis toujours et qu’il serait vain de renier, sa dramaturgie lui semblait aussi ridicule que cliché, mais dans cette existence qui n’était que théâtre l’ironie résultante n’en était que plus logique, et féroce. Ainsi dans l’éblouissement confiait-elle ce qui avait toujours été tu, ce qui existait depuis longtemps et qui lui apparaissait seulement aujourd’hui alors qu’elle était sur le point de le perdre. Perdre Alrik… Serait-elle capable d’y survivre ? Son orgueil l’avait poussé à croire qu’elle ne nécessitait la présence et le soutien de personne, elle tenait à son indépendance avec sincérité et dévotion… Cependant, et malgré la sagesse qu’elle avait acquise au fil des ans, elle avait confondu indépendance et sauvagerie, associé la liberté à la solitude et de fait, se retrouvait piégée et prisonnière d’un carcan étouffant où elle était le joyau, la Reine d’une contrée inhabitée. Mais tout ceci pouvait évoluer, les choses allaient changer ! Son cœur mis à nu, libéré de toutes ses chaines et de sa retenue, elle le lui offrait sur un plateau d’argent et sans la moindre certitude si ce n’est que c’était sa chance, sa dernière chance de le garder auprès d’elle. Et qu’il l’aime en retour. Qu’il la libère ! Ils seraient heureux, tous les deux. Ils avaient déjà tant partagé, se connaissaient si bien, leur histoire avait des racines profondes et leurs bourgeons ne demandaient qu’à jaillir en milles plaisirs d’éternité. Ce serait si parfait, si sublime que l’émoi transperça de nouveau son cœur d’une pique de soudain regret. Ah, si seulement elle avait été plus prompte à apposer des mots sur le tambourinement de son palpitant, si seulement cet aveu s’était fait des années plus tôt ! Sa vie aurait été bien différente, son eurythmie serait précipitée par l’amour plutôt que par les amants vagabonds de l’existence et leurs chairs dont on se lasse si vite. Lady Mallery ? C’était un titre dont elle se parerait sans honte mais avec sa fierté retrouvée, débarrassée du poids d’être la jolie rejeton de l’Indigne. Il suffisait d’un seul souffle, d’un sourire de l’apollon et ils seraient libérés…

Mais il la serra seulement contre lui. Point de longs baisers langoureux pour provoquer le temps et se moquer de son avance, point de caresses annonciatrices de plus tendres odyssées, point d’amour et de passion ne voguaient dans l’azur de ses prunelles… Vivement elle fut pressée contre sa musculeuse charpente et protégée de tout maux, couvée, choyée, adorée. Telle une enfant qu’il s’apprêterait à consoler. L’attitude qu’il arborait la préparait déjà à l’inéluctable de son discours, à ce que pour rien au monde elle ne voulait entendre et subir… Alrik, son doux et bel ami, serait-il celui qui la rejetterait ? Le seul homme à qui elle avouait un penchant aussi profond que sincère pourrait être l’unique à lui résister… « La cruauté de ce monde fait que vous n’obtiendrez jamais ce que vous désirez le plus sincèrement, ma dame. » Le bougre de devin allait-il encore avoir raison ? Non… Ce n’était pas de la simple tendresse qu’elle avait vu dans ses yeux ! Elle ne pouvait pas s’être tant trompée, il était incapable de la faire tant souffrir, il… « Je t’en supplie… » Ses genoux fléchirent lentement sous le poids de tant d’affliction, car le cœur avait déjà compris ce que l’esprit refusait effrontément. Alrik ne l’aimait pas, pas autant qu’elle, pas assez pour renoncer à son union prochaine. Et elle n’avait même plus la force d’en vouloir à l’heureuse élue du Conflans, que le sadique destin mettrait sur son chemin tôt ou tard. Mais alors à quoi bon rester belle si à ses yeux, elle n’était plus que l’éconduite ? Comment continuer à se tenir près de lui maintenant que les lambeaux de son âme reposaient à ses pieds ? « Je ne suis plus belle… » Non, elle était ridicule dans sa souffrance, dépossédée d’une lueur d’espoir à peine acquise, à peine réchauffée et soudain, la glace, l’abandon. Un amour mort-né. Il faisait pourtant tant d’efforts, faisait preuve de tant d’égards pour lui épargner de mortelles meurtrissures… Mais cette application à la sauvegarder fut un glas pour l’affolée amoureuse qui se voyait affublée de la honte de propulser un être cher dans un opaque embarras. Elle devenait cet entiché éperdument épris qui déclarait sa flamme et rentrait chez lui après une œillade chagriné de la Seastar qui, à l’avenir, éviterait de croiser le chassé et congédié. Contre son torse, le regard dissimulé au creux de son cou, pour rien au monde elle ne voulait croiser son regard ni ouïr la suite de son discours qui pourtant vint, flot qu’elle ne pouvait interrompre mais qu’elle alimentait de ses larmes qui, inlassablement, coulaient contre la peau tiède de l’adonis. Il l’adorait. « Par pitié, ne me fais pas ça… » Qu’elle meure plutôt ! Le glaive frappa juste et trancha avec une virulence étourdissante, et ce bien malgré qu’elle ait vu l’estocade venir, cela n’avait en rien tamisé sa violence. Elle en eut le souffle coupé, elle trembla, parut haleter un instant avant qu’un puissant sanglot irrépressible ne transperce ses lippes. Sonore, désespéré, jamais entendu de cette haute lady qui n’était que grâce et dignité mais ne s’était pourtant jamais sentie aussi bouleversée et démunie que contre celui qu’elle aimait malgré lui. Savait-il vraiment qu’en voulant l’épargner ce soir, cet homme l’avait tué aussi sûrement ? « Je ne peux plus continuer… » Malgré ses efforts elle tombait dans des limbes inexplorées et où elle avait précipité bien des âmes subjuguées, ce lieu prohibé où désormais les étoiles du pourpre écusson étaient pour elle noires et froides. Elle contemplait le néant de ce monde en plein chaos et ne rêvait que de s’en échapper, ce monde où Alrik ne pouvait être sien. Mais elle n’avait nulle part d’autre où aller alors… Pouvait-elle seulement continuer ? Ses mains remontèrent lentement le long de leurs corps scindés l’un contre l’autre jusqu’à s’appesantir sur sa panse, dans l’objectif de rejoindre ses épaules mais en cours de route, ses forces l’abandonnèrent et elle se sentit vaciller sur ses bases et le sol se déroba abruptement sans qu’elle ne puisse se retenir… Allait-elle défaillir telle une jouvencelle trop brusquée ? Quel tableau offrait-elle… Elle aurait préférée jouer une comédie, burlesque jusqu’au bout elle aurait quitté la scène d’une révérence, mais malheureusement son abandon était réel, l’agonie de l’âme eût finalement raison de sa combativité…

Ses songes furent courts mais les affres étaient lourds, capables de lui retirer toute sa vitalité. Tout était si terrible qu’elle craignait à présent de se réveiller et d’ouvrir ses prunelles sur une scène de désolément, elle n’aurait en effet guère été étonnée d’avoir été ramenée dans sa chambre par son chevalier servant… Il avait très bien su la première fois l’abandonner dans son linge avec le cœur en pamoison. Cependant ils avaient cette fois-ci exprimé ce qui avait été tu – avait-elle bien fait ? La douleur lui hurlait que non, la raison lui conseillait d’attendre de meilleurs jours – il serait un bien terrible « adoré » de la laisser seule avec sa déchéance pour seule compagnie. C’est progressivement qu’elle fut rappelée aux côtés de son amour, souffreteuse mais incantée par le son de sa voix et ses douces intentions, les soins prodigués lui procurèrent quelques apaisements et tirèrent de ses lippes d’incarnat plusieurs soupirs mais point de mouvance, ses paupières demeurèrent closes tandis qu’elle inspirait sa flagrance propre à lui redonner des forces… Une odeur rassurante, captivante, dont elle avait encore le droit de s’imprégner… ? Alrik était celui qui l’y incitait, et ce fut là un premier baume qui la fit délicatement refermer ses phalanges sur le bras qui l’entourait et l’abritait. Elle désirait tellement plus, mais ne pouvait se permettre de réclamer davantage si elle voulait conserver cet homme qui lui était cher… Cruauté que d’être contrainte à accepter ce sort, à oublier la plénitude pour se contenter d’une tranche de bonheur, mais c’était toujours moins affreux que le vide. Chantèrent ensuite quelques vers nullement oubliés et uniquement ravivés au creux de son oreille, ces souvenirs des jours heureux tintèrent suavement à son oreille et réveillèrent une réelle bien que timide espérance : subsisterait un quelque chose d’unique entre eux, qui n’était pas exactement ce qu’elle aurait souhaité, mais qui n’appartenait qu’à eux et qu’ils n’avaient pas besoin de définir. Oui… « Je ne suis plus si assoupie… Mais j’aime t’entendre susurrer notre passé… Et notre avenir. » Il n’était pas aisé de baisser les armes, mais Alrik connaissait sa dragonne… Téméraire, têtue, elle n’abandonnait que rarement mais savait reconnaître une défaite lorsqu’elle se traçait sous ses yeux. Alrik n’avait malheureusement pas été qu’une bataille, il était tellement plus… Il faudrait plus que de la conviction et de belles paroles pour qu’ils rient à nouveau en diapason, les jours prochains s’annonçaient sombres mais… « Ton monde va continuer de tourner, rassure-toi… Je ne saurais être ton entrave, je ne sais que t’aimer. » Ce petit mot sonnait désormais si étrangement dans le gouffre qui vibrait au fond d’elle… Doucement elle se mit à déglutir puis enfin ses paupières découvrirent ‘l’éclat smaragdin de fantaisie et l’azur de ciel translucide’, pour lui, et seulement pour lui… Ses orbes embrassèrent silencieusement les siennes dans une intense contemplation qui ne dura en vérité qu’une kyrielle de secondes, mais qui aurait pu s’étendre sur l’éternité. Alors lentement la sylphide se redressa-t-elle au cœur de cette couche qui lui était interdite et qu’elle frôlait de son corps avec autant de volupté pour, sans doute, la toute dernière fois. « Je suis navrée de te causer autant de tourments. » C’était sincère, même si elle était encore plus désolée pour cette lueur qui n’aurait pas la chance de s’épanouir et de devenir un brasier, le brasier qui aurait pu réchauffer et nourrir toute une famille… Qui sait ? Quelle torture que de s’infliger de telles conjonctures, quelle douleur à supporter que celle du rejet… Il n’y avait pas de manière plus délicate de le vivre, il n’y avait qu’à subir et laisser le temps faire son œuvre… Qu’il fasse vite ! Tant qu’elle pouvait encore endurer.

Dans un élan pourtant elle n’avait pu contenir cette envie de le toucher, ainsi ses doigts fins s’étaient posés sur sa joue et elle s’était penchée sur lui, le surplombant de tout son buste pour venir cueillir un baiser… Et si son souffle se perdit dans l’hésitation muette et que ses lippes brûlaient de rencontrer leurs jumelles, elle se fit violence pour ne pas briser l’état de grâce et pour porter le coup ultime aux rêves que nourrissait son cœur. Elle l’embrassa sur la joue, sur le souvenir d’une larme qui s’y était égarée, dans un subtil mélange de tendresse et de chagrin qui n’était encore qu’une partielle image de son tumulte. Sa suave caresse balaya délicatement quelques mèches éparses qui maculaient ce beau visage gravé dans son esprit et si un sourire n’eut pas encore le courage de fleurir sur ses lèvres, le reproche ne s’en échappa pas davantage. « Je rentrerai demain matin… Et quant à toi si tu ne veux pas essuyer une colère plus terrible encore, reviens vite des eaux désolées… Et ne t’avise pas d’être blessé à ton retour. » Ses tourments quant à son départ pour les Îles de Fer avaient été ponctuellement occultés par la fureur et le désarroi, mais ils existaient toujours et elle était bien loin d’être rassurée de la savoir bientôt naviguant vers ce cauchemar qui hantait ses nuits… « Sois prudent… Nombreux sont ceux et celles qui ne pourraient supporter qu’il t’arrive quelque chose. Reviens-moi… » Implorer était loin d’être l’une de ses marottes mais cette nuit en sa compagnie elle n’avait eu de cesse d’en faire usage, nouvelle preuve de son viscéral attachement et de l’impuissance qui la meurtrissait. Toutefois et si ses sentiments s’exprimaient bien évidemment, elle ne se trompait pas : s’il devait arriver quelque chose de malheureux au Commandant, nombreux seraient les inconsolables et les tourmentés. En première ligne sa famille qui ne le voyait que trop peu mais qui l’aimait plus que tout, une blessure dangereuse invaliderait son frère – ou pire ! – dévasterait Aaliyah, et Yevana ne réagirait pas avec moins d’émotions si son père chutait sur le champ de bataille… Il y avait aussi le petit Ethaniel, le jeune page qui admirait tant son maître. Les trois Dents de Freux qu’elle avait côtoyés aujourd’hui lui donnaient également l’impression de sincèrement tenir à leur Commandant… Et il y en avait bien d’autres qui seraient terriblement perturbés s’il arrivait quoique ce soit de funeste au Freux. Il y avait également cette femme qu’il aimait, cette Velanna des multiples lettes et qui du haut de sa jeunesse avait été capable là où Shaïra avait échoué… Et elle, oui, elle qui craignait tant de cette guerre dont les flous contours s’étaient dessinés dans ses rêves et n’expectoraient que du sang et de la douleur. Mais cela elle n’avait pas la force de l’avouer à celui qui avait beaucoup trop entendu ce soir, et qui n’aspirait sans doute plus qu’au repos… Alrik, qu’il était difficile de se figurer quel serait leur avenir ! Cependant il ne pouvait qu’en faire partie, l’inverse lui était inconcevable. Il avait beau avoir évoqué la possibilité dans un instant charnière et ténébreux, l’idée n’avait pas eu le temps d’exister qu’elle disparut pour la naïade, même noyée au plus profond de sa furia. Elle avait besoin de lui, dans quel rôle ? Celui qu’il pourrait tenir, et qui le garderait auprès d’elle. « J’ai besoin de toi. » Confia-t-elle à voix haute, car peut-être avait-il aussi besoin de l’entendre. Elle se sentait fébrile : elle, Shaïra Seastar, prête à accepter tout ce qui viendrait de lui si c’était pour qu’il soit présent ? Elle n’aurait jamais cru cela possible… Les concessions lui déplaisaient, mais là était une exception qui en valait la peine. Ils avaient tout deux atteints des paroxysmes et tout son être réclamait une récupération, à l’abri des regards, même du sien qu’elle ne voulait plus décevoir. Ainsi déjà et à regret, la lady s’extirpa finalement de cette couche qu’elle ne pouvait partager et une fois sur ses jambes, elle rompit le contact visuel pour rétablir son vêtement et sa chevelure, s’offrant une apparence neuve qui n’aurait pas souffert de cet intime et terrassant conciliabule. Il n’y avait pas de place pour l’émoi et la faiblesse dans un monde de dragons. « Ce n’était qu’un jeu, c’est ce qu’ils diront… Mais nous connaissons la vérité. » Enfin un sourire s’étira sur les roses lippes de la Targaryenne, mais celui-ci était d’une infinie et bouleversante tristesse. Et c’est sur ce requiem que la Seastar, d’une mouvance redevenue aérienne et gracieuse mais aux mortuaires atours, regagna une porte qu’elle avait transgressé farouche et qu’elle quittait mélancolique, figure romantique immuable et éternelle qui n’avait appris que la passion et, tour de malice du destin, aimait l’Impossible.


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Alrik Mallery
Commandant des Dents de Freux

Général
- Noblesse d'Ame -

♦ Missives : 1209
♦ Missives Aventure : 117
♦ Arrivée à Westeros : 19/02/2012
♦ Célébrité : Josh Holloway
♦ Copyright : Luchadora
♦ Doublons : Lakdahr l'Edenteur - Séraphine - Jeyne Estremont
♦ Age du Personnage : 39 ans
♦ Mariage : Veuf - Fiancé à Velanna Vance
♦ Lieu : Les Terres de la Couronne
♦ Liens Utiles :
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Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
2127/2500  (2127/2500)


Message Dim 16 Juin 2013 - 17:48

Comment en étaient-ils arrivés là ? Telle était la question qui taraudait, lancinante, l'esprit du chevalier inapte à préserver la jouvencelle en détresse, pauvre profane dans tous les voeux silencieux qu'ils avaient passé les dernières années à se faire, mutiques et ignares dans leur passion. Une pléthore de lunes plus tard, voilà où ils en étaient, dans la triste moelle d'une alcôve pas moins chagrine de l'acte qu'elle avait vu se jouer avec maestria sur les planches d'Empyrée. Le cosmos de leurs bons sentiments n'avait, en cette heure sombre, plus de constellations pour les émerveiller, tout semblait s'être figé dans l'émoi et les regrets. L'accalmie d'intempérance n'en fut point réellement une, car si les voix ne tonitruaient plus dans un orage d'imputations et d'amertume, l'âcreté post-discorde avait un effet émétique, Alrik se retenait de répandre la bile de ses remords et désirs si péniblement étouffés. Quand bien même l'étreignit-il dans le dessein de lui assurer une stabilité psychique, lui-même se sentait balloté comme dans la cale d'un navire malmené par la tempête, la sensation de vertige lui donnait l'impression de sombrer dans une igue aux parois si ébréchées qu'il serait incapable de s'en extirper. Ses proses avaient été soufflés sur le ton de la patenôtre, telle une prière par laquelle l'on sollicitait une grâce divine. Il savait qu'aucune panacée n'existait pour les affres de la dragonne écorchée, mais il pouvait toujours tenter de l'apaiser par ses onguents avec son espoir et sa sincérité en guise de recettes. Viendrait peut-être un jour où elle trouverait la force de le pardonner, toutefois, lui n'était guère certain d'être à même de faire expiation de ce qu'il avait provoqué et de toutes ces bévues qui n'avaient fait qu'empirer leur vaudeville. Une faute avec laquelle il allait devoir survivre, même si son monde continuait de tourner, comme le disait si bien l'astre des mers déchu de sa superbe. Qu'il était ironique de se dire qu'il était impossible de vivre avec elle, tout autant que l'inverse était véridique et vérifié. Auquel cas, tous les sentiers mèneraient-ils inexorablement vers l'affliction ? Celle qui naîtrait dans l'abîme de leurs yeux lorsque, éreintés du présent et irrésolus sur l'avenir, ils se retourneraient pour contempler les traces du passé et conclure d'un « Si j'avais su... ». Ils s'aimaient et se respectaient trop pour emprunter deux chemins distincts, mais ils le savaient également, que la tentation que leur résignation mutuelle s'échinerait à ignorer ne mourrait jamais vraiment. Le péril du faux-pas les guetterait bien plus qu'il n'en avait jamais été auparavant le cas, ce serait, une kyrielle d'épreuves de chaque jour et de chaque instant, qu'ils relevaient inconsciemment.

Son malaise n'avait point duré – malheureusement ? Le sigisbée aurait peut-être, tout à fait égoïstement, désiré la garder auprès de lui un peu plus longtemps, arborant benoîtement l'étendard de l'assistance et de la vigilance médicale pour ce faire. Mais bientôt, ses gemmes d'azur éreintées se fondirent dans cette si particulière hétérochromie qui semblaient alors porter toute la peine de l'univers, et d'un battement de cils, elle distilla en son chevalier pas si servant une émotion aussi ineffable qu'elle était puissance, incoercible. Il aurait aimé abandonner tous ses titres, l'espace d'une poignée de secondes, pour simplement se liquéfier en pleurs et sanglots dans les bras de la targaryenne, mais il s'y refusa, réprimant l'émotion qui lui tenaillait le gosier et chatouillait ses canaux lacrymaux avec une détermination fardée d'une doucereuse vanité. Il la contempla comme elle le fit, ne dit mot, et fit choir ses paupières lorsque les lippes de la vénus voulurent goûter à celles interdites. Le baiser échoua toutefois en naufragé éploré sur sa joue, effort qui avait déchiré les âmes des fervents dramaturges et auteurs de leur propre tragédie. Un peu de tendresse, aussi désoeuvrée pouvait-elle être... Il effleura de ses phalanges celles posées sur son visage, puis il l'écouta à l'instar d'un dévot s'abreuvant docilement des propos de sa déité. Les Iles-de-Fer... Il les avait presque oubliées. Voilà qu'elle le ramenait à l'abjection de la guerre aussi vite qu'elle l'avait plongé dans le tourment d'une idylle vouée à l'échec, il en déglutit, et rouvrit ses calots. Ce soir, il glanait les craintes et les exigences de Shaïra concernant un départ somme toute imminent, à l'aurore de demain, ce seraient celles de sa petite soeur et sa fille adorée. Des scènes bien difficiles, qui ne devaient pas pour autant abattre sa circonspection, au risque d'excorier la confiance dont il avait cruellement besoin pour châtier la Seiche et ses corsaires. Il se tût derechef, jusqu'à ce que la naïade ne confesse cette indicible nécessité de l'avoir auprès d'elle, un besoin réciproque mais à la duplicité alambiquée. A son tour, il déposa une caresse d'éther sur sa pommette et rabattit une mèche argentine pour la ranger dans sa soyeuse crinière. « Je serai là... » Un langage métaphorique, du moins tant que la croisade fer-née le retiendrait en mer occidentale. Une fois de retour, victorieux, il serait là. Là dans chaque moment d'importance comme de banalité.

Finalement, la belle quitta les draps pour disposer, le commandant se redressa aussitôt, assis sur la couche, il la mira avec une expression qui ne trouvait aucune définition, trop sibylline pour être traduite. Un jeu, que les impies diraient, un drame sentimentale, qu'eux sauraient vrai. Le freux se releva et marcha jusqu'à l'huis, arrivant à son bois sculpté à l'exact moment où l'ondine le referma après son passage, tournant la page de cette histoire dont seules les braises de l'âtre avaient été les spectatrices. Sa main se posa sur la porte, puis ce fut au tour de son front de s'y accoler dans un contact tout bonnement désenchanté. De longues secondes fluèrent, une lutte intestine, le coeur contre l'esprit, et le véritable impact de tout ce qui s'était produit qui chutait subitement sur le sommet de son crâne. Il mesurait à présent la pesanteur de la souffrance, le corollaire de cette ardente algarade qui l'avait bien plus usé qu'il ne l'avait pensé. Ses muscles se crispèrent, ladite main forma un poing de tracas, il voulut garder la maîtrise de son propre corps, mais... Ses nerfs lâchèrent dans un séisme émotionnel sans pareil. La charpente du fier cerbère du Donjon Rouge fut secouée de spasmes, ses dents serrées étouffèrent le fracas de ses sanglots et bientôt, ce fut la sapidité de ses propres larmes perlant jusqu'aux commissures de ses lèvres qu'il goûta. Le Mallery vacilla, ses jambes ne purent le soutenir et il s'affaissa jusqu'au sol sur lequel il se retrouva à genoux, seul face à ses choix. Un homme, et seulement cela, dont la nature humaine le faisait craquer une fois aux cimes du supportable, et là, c'en était trop. Trop pour ses épaules déjà surchargées, trop pour un seul quidam non dépourvu de sensibilité. Chaque larme venue souiller sa physionomie enlaidie des maux de ce conciliabule et de bien d'autres situations le libérait honteusement d'une pression trop longtemps cumulée, un instant de faiblesse qu'il s'était gardé d'avoir aux abords de la Seastar, ou de quiconque. La nuit serait longue et jaspée de démons, et demain, il faudrait se reprendre. Car les guerres, elles, n'attendaient jamais.


Vous allez balayer ma cendre ; L’homme ou l’insecte en renaîtra ! Mon nom brûlant de se répandre, dans le nom commun se perdra. Il fut! Voilà tout ! Bientôt même, l'oubli couvre ce mot suprême, un siècle ou deux l’auront vaincu. Mais vous ne pouvez, ô nature, effacer une créature... Je meurs. Qu’importe... J'ai vécu !


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