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[INTERROMPU] Une faveur princière

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Message Jeu 28 Mar 2013 - 11:02

Une faveur princière



Kitani, Sangali, an’maré aramali…

La chanson montait de loin, dans le temps comme dans l’espace elle franchissait un gouffre improbable pour revenir à lui comme une maîtresse languissante. Arrivée au seuil de ses lèvres elle se transformait en notes sifflées, doucement modulées, qui ravissaient ses amis étrangers. Etrangers. L’étaient-ils encore après tant d’années ? Ou était-ce les visages d’ébène des Iles d’Été qui lui étaient désormais étrangers, autres, fermés ?

D’une certaine façon, le prince monté maladroitement sur le hongre alezan qui le ramenait au Donjon Rouge aurait pu être un étranger partout. La vérité est qu’il était partout chez lui. Non pas caméléon - vous n'auriez pas pu le confondre avec un autochtone, ni même un Dornien, à voir son manteau rose corail, agrémenté de plumes multicolores aux manches, aux épaules, à l'ourlet, et ses bijoux de bois vernis pailletés d'or. Mais indéfectiblement lui-même et lié, en paix avec soi et ses semblables, où qu’il fût. Auriez-vous lâché Melexe Qo parmi les sauvageons du nord lointain qu’il eût tenté de gagner poliment leur hospitalité. Et peut-être aurait-il réussi - du moins, c’est ce qu’il aimait à penser !

C’était une curiosité que de voir ce souverain exotique, élancé, noir de peau, arpenter les rues de Port-Réal, mais il vivait là depuis si longtemps qu’on ne s’étonnait plus guère de sa physionomie, de sa vêture, ni même de son grand arc en orcoeur ou de son petit singe, pour l'heure sagement endormi au château. La populace avait fini par assimiler le mot « Estivien » et reconnaissait Melexe plus facilement peut-être que leur propre roi, dont les apparitions étaient bien rares. Le voir paré de ses plumes tel un paon aux couleurs vibrantes, brinqueballé par son cheval comme un sac de pommes de terre, avec cet arc immense et ce regard ardent… eh bien, cela restait divertissant, même la cinquième ou la sixième fois. Et puis, il savait s'entourer de galants personnages, d’aristocrates bien faits au verbe haut et aux manières gracieuses, une compagnie propre à drainer l’attention des passants. On admirait sa mise, on frimait devant les étrangers en étalant son pseudo savoir - "Comment ? Vous ne connaissez pas le prince des Iles d'été ? Il vient d'une tribu sauvage adoratrice de démons !" - et l'on riait de son manque d'aisance en selle. Il ne s'émouvait guère des ragots et croisait avec curiosité le regard des badauds, les saluant d'un hochement de menton avec la même cordiale dignité qu'un petit seigneur en son fief, ou un septon allant à la rencontre de ses ouailles, ce qui avait le don de dérouter le commun comme son propre entourage.

Sur le flanc de son cheval une gibecière laissait dépasser la tête d’un canard sauvage. Melexe n’était pas grand chasseur dans l’âme, mais il ne refusait jamais de passer un bon moment en plaisante compagnie par une journée ensoleillée. D’autant que le soleil se faisait plutôt avare de ses rayons ces derniers temps… Un automne de plus à Westeros, songea-t-il avec une pointe de nostalgie. C’est en automne et en hiver que les Iles d’Eté lui manquaient le plus, mais il avait aussi appris à aimer les Terres de la Couronne en cette période : les rouges et les ors des feuillages rouillés du Bois-du-Roi, la blancheur immaculée de la neige couvrant la fange de Port-Réal... oui, même la neige trouvait grâce à ses yeux, du moins, tant qu’il n’avait pas à y mettre les pieds... A la saison froide, on le trouvait plus volontiers buvant un thé à la rose au coin du feu, l’œil tourné vers la fenêtre, que pataugeant dans les congères. Un compromis satisfaisant quand il ne regagnait pas ses îles natales.

Il n'avait pour l'instant pas prévu d'hiverner dans le sud. L'automne était pourtant venu, en cette année 212, porteur de menaces et de violence : écrasion d’une rébellion, pillages des côtes, morts diverses et variées dues à la disette ou au brigandage de réfugiés désespérés, les nouvelles du royaume n’étaient guère souriantes ces derniers temps. Mais cela n’empêchait nullement le prince de jouir des plaisirs de la vie – s’affliger, se désoler, pleurer sur le malheur de ceux qu’il ne pouvait aider, n’aurait après tout servi à personne, n'est-ce pas ?

Et donc, la chasse au gibier d’eau. Une distraction bienvenue en cette claire matinée. Il en revenait ragaillardi après quelques jours consacrés à la musique et aux conversations à l’abri de la pluie. Son corps athlétique avait besoin d’exercice régulier, même s’il ne cherchait pas à développer sa musculature à l’égal d’un chevalier. A présent il se sentait frais et en forme, prêt à donner quelques leçons de tir à l’arc à ses compagnons du moment, ou à s’inviter chez quelques ladies de sa connaissance. Sans plan, toutefois, car il avait coutume de laisser venir à lui chaque instant, de suivre ses envies sans chercher la discipline d’une vie bien réglée. Sur une impulsion, il s’arrêta aux portes du Donjon Rouge, interpellé par le spectacle d’une femme vêtue d’écarlate qui présentait un spectacle inattendu. Elle sollicitait l’entrée du château, mais elle ne portait aucune marchandise à vendre et n’était visiblement pas d’un rang élevé. En même temps, elle dégageait une impression de confiance tranquille peu cohérente avec la pauvreté de sa mise. Melexe s’y reprit à deux fois pour stopper son alezan et mit pied à terre sous l’œil stupéfait de ses amis – encore une de ses excentricités ! Descendre de cheval avant d’être dans l’enceinte du château, se mettre au niveau de la roture, c’était bien une de ces lubies dont le prince avait le secret ! Avec galanterie et chaleur, sans gêne ni jugement, il aborda l’inconnue. Digne comme il sied à son rang, et non familier, mais tout de même un peu trop… fraternel aux yeux de ses camarades. Il y avait toujours cette espèce de compassion ou de note affectueuse dans sa manière d’aborder les gens, comme si vous comptiez pour lui, même s’il vous considérait comme le dernier des rustauds. Un amour général du genre humain, ou quelque chose dans ce goût-là. Le prince des Iles d’été avait décidément une philosophie bien étrange, de l'avis de ses pairs.

« Salut à toi, jeune femme. Si je puis me permettre une remarque, tu sembles bien déterminée à accomplir l’impossible. Ne sais-tu pas que ces gardes ne pourraient pas te laisser entrer même s’ils le voulaient du fond du cœur ? Ils ont des ordres, et c’est une chose qui compte par ici, une chose qui peut valoir une vie. » Il était toujours impressionné par la rigidité adamantine des structures sociales à Westeros. Un homme pouvait se faire couper la tête pour avoir déplu à son maître, un noble tout perdre sur un mot malheureux à propos de son roi. Ce n’était bien sûr pas très courant mais chez les soldats tout particulièrement, la désobéissance ne rencontrait que peu ou pas d’indulgence. Dans les Iles, l’autorité s’exerçait différemment, les gens étaient plus souples. Cela avait ses avantages et ses inconvénients. Melexe ne jugeait pas les habitants de Westeros. Il constatait leur singularité, tout simplement.

Cette femme, quant à elle, tranchait avec la norme. Quelle flamme animait sa volonté au point de s’élever contre un ordre immuable ? Les roturiers qui tenaient à la vie restaient à leur place. Et ils acceptaient généralement les limites, surtout des limites aussi claires que celles matérialisées par un mur d’enceinte et des gardes armés jusqu’aux dents.
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Message Mer 3 Avr 2013 - 21:42

« C’est pas une bonne idée, ma Dame, au mieux y vont empêcheront de passer, au pire y vont battront méchamment, ils sont pas tendres ces piquiers qui gardent l’château. » avait marmonné la vieille Magda alors qu’elle brossait avec soin les longs cheveux bruns de Cassana, toujours avec ce même peigne en os qui lui avait été confié depuis sa prise de fonction informelle comme servante dévouée de la prêtresse.

« Les ténèbres ne peuvent m’atteindre, aie confiance. »

« Pas à vous que je fais pas confiance, c’t’à eux. »

« Aie foi, dans ce cas. »

La matriarche presque édentée avait grimacé mais n’avait pas protesté davantage, depuis longtemps consciente de la détermination paisible de la guide spirituelle à laquelle elle avait volontairement offert son existence. Les jeunes dames, aussi brillantes et sages fussent-elles, avaient toujours eu besoin qu’on veille sur elles pour de petites tâches que même le grand R’hllor ne pouvait accomplir, aussi Magda s’était-elle quotidiennement occupée de nourrir la religieuse, de laver ses robes, et comme dans le cas présent d’arranger sa coiffure malgré son entêtement à laisser ses cheveux pendre librement sur ses épaules. Le tout loin des regards, la Dame rouge avait toujours insisté sur ce point, aussi cette conversation avait-elle eu lieu dans le modeste logis de Cassana, chaque fenêtre rigoureusement close tandis que la pièce n’avait tiré sa lumière que de multiples bougies disposées çà et là. Comme toujours et malgré la présence de l’automne la salle avait été emplie d’une chaleur suffocante, gêne qui n’avait jamais semblé affecter la prêtresse, tout comme le froid, la vieille bique de son côté avait sué à grosses gouttes et pesté à ce sujet autant que la politesse le lui avait permis en plus de ces commentaires à propos de la dernière idée de l’illuminée.

Car en effet la Dame rouge s’était mis en tête d’enfin se présenter au Donjon Rouge pour apporter la lumière du Maître à la masse de puissants seigneurs qui y logeaient, cinq années à tâter le terrain auprès du petit peuple et à perfectionner ses connaissances de la culture Westerosi lui avait semblé plus que suffisantes pour enfin viser des objectifs mieux-nés. Presque tous à Culpucier la connaissaient, l’avaient aperçue dans les rues ou avaient au moins entendu parler d’elle. L’époque des prêches actifs et des rencontres avec la populace avait touché à sa fin en dehors des prières cérémonielles de l’aube et du crépuscule, ceux qui parmi la roture souhaiteraient en apprendre davantage sur le Cœur de feu se présenteraient d’eux-mêmes, il fallait désormais passer à l’étape suivante.

Aussi s’était-elle apprêtée afin de mener à bien ce nouveau projet, sa robe avait été lissée avec soin par les doigts usés de Magda et cette dernière avait travaillé d’arrache-pied pour démêler ses mèches alors qu’elle-même avait poli le torque symbolique qui trônait sur sa gorge. Comme bon nombre de dirigeants ceux de ces contrées étaient réputés pour le soin scrupuleux qu’ils apportaient à leur mise, particulièrement du côté des Dames et il lui avait donc fallu s’apprêter en conséquence pour s’arranger du mieux possible et faire bonne impression. Bien entendu Cassana ne se faisait aucune illusion quant à la simplicité de sa tenue en comparaison des multiples parures que les nobles affectionnaient mais son but n’était en rien de mimer leur apparence, simplement de ne pas ressembler aux démunis avec lesquels elle vivait. Pour le reste sa force de persuasion et le pouvoir du Maître suffiraient, la prêtresse en était persuadée, et à défaut d’être reçue par ce Roi que tous révéraient elle se savait au moins capable d’attirer l’attention de quelque seigneur pour avoir un droit de passage permanant dans les murs de la forteresse.

Ses pas l’avaient donc menée au sommet de la colline où, l’avait-elle appris, l’exilé de la défunte Valyria avait entamé la création de ce royaume. Le sang des dragons coulait dans les racines mêmes de ces terres, la flamme ne demandait qu’à être allumée et si R’hllor le jugeait bon Cassana serait celle à déclencher la première étincelle, surmontant chaque épreuve qui se présenterait. Lorsqu’elle arriva enfin devant les portes plusieurs gardes se trouvaient déjà là à l’observer, peu de gens s’étaient apparemment présentés devant le donjon aujourd’hui et sa tenue écarlate ne manqua pas d’attirer l’œil de la demi-douzaine de guerriers qu’elle compta. S’arrêtant à leur niveau, mains jointes devant sa taille, la Dame rouge inclina respectueusement la tête et dit de sa voix assurée où perçaient toujours quelques traces de ses origines étrangères :

« La prêtresse rouge que je suis sollicite l’entrée dans ces murs ainsi qu’une audience avec l’un de vos seigneurs. »

Le garde à sa gauche renifla bruyamment sous son casque, ruminant l’on ne savait quoi avant de grogner :

« Moi je sais qui t’es, sorcière, alors décampe avant que je te fasse un nez aussi rouge que ta foutue robe. »

Cassana n’eut jamais l’occasion de répliquer puisqu’un nouveau venu plus qu’inattendu en pareil lieu fit son apparition. La religieuse avait voyagé des années durant et fréquenté plus d’un port au passage, aussi se targuait-elle de pouvoir reconnaitre l’origine de quiconque d’un simple regard, mais dans le cas présent les indices étaient si évidents qu’aucune place au doute n’était laissée. Un natif des Iles de l’été, archers émérites, excellents navigateurs, pacifiques dans la mesure du possible, et surtout, croyants en une obscure déesse de la fertilité qui ne représentait qu’un énième avatar de l’Autre. A l’instar des très rares représentants de cet archipel que la prêtresse avait rencontrés, celui-ci se montra aussitôt très affable et dénué de fioritures dans sa façon de s’exprimer, un trait de caractère qu’on leur attribuait souvent en prime d’autres mœurs plus primaires. Drapé dans une tenue aussi chamarrée que la sienne, le personnage lui annonça aussitôt le côté improbable de ce qu’elle essayait d’accomplir alors que de son côté la prêtresse voyait plutôt dans cette rencontre un nouveau présent du Maître et une solution à l’impasse dans laquelle elle se trouvait. Elle lui sourit légèrement, comme à son habitude, et dit :

« Ma fonction me pousse bien souvent à tenter l’impossible, tout comme elle m’encourage à toujours reconsidérer ce qui est jugé comme faisable. »

Inclinant une fois de plus la tête elle ajouta :

« Les coutumes de Westeros ne sont pas si différentes d’ailleurs, mais je comprends ce que vous voulez dire. Mon nom est Cassana, servante dévouée du Maître de la lumière, puisse sa flamme ne jamais vous quitter. »
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Message Lun 8 Avr 2013 - 9:33

Melexe n’avait encore jamais rencontré en chair et en os de prêtresse rouge. Oh, il avait bien entendu parler, comme toute personne cultivée, de ces fanatiques du dieu incandescent, obsédés par le feu et la couleur rouge. Double lubie quelque peu paradoxale à ses yeux : le feu se révélant plus souvent jaune ou orange qu’écarlate, il s’était souvent demandé pourquoi ces ecclésiastiques d’un genre particulier n’avaient pas choisi pour symbole et attribut la couleur or. Y avait-il là une référence à peine voilée au sang des sacrifices ? Il pariait plutôt sur une tentative de différenciation identitaire : les sectes pullulaient de l’autre côté du Détroit, il fallait donc bien trouver un moyen de se démarquer pour faire florès, et la couleur dorée était sûrement déjà monopolisée par quelque culte solaire. En tous les cas, le prince estivien était suffisamment intrigué par la présence et l’audace de l’inconnue pour l’adjoindre à sa suite hétéroclite l’espace d’une journée, tant qu’elle ne parlait pas d’immoler Chaktika ou Nyrti à Fossedragon en hommage aux cracheurs de feu du passé.

« Garde tes prières, ton dieu ne vit pas ici. » grommela un des soldats en faction. Melexe lui jeta un regard calme, mais fixe. Les princes dignes de ce nom ont ce genre de regards, qui vous font taire sans même savoir pourquoi. Le silence revenu, l’Estivien se tourna vers l’étrangère. « Belle prêtresse, tes paroles sont pleines d’assurance. Je ne voudrais point qu’une telle flamme soit piétinée sous les godillots fangeux de cerbères mal élevés. Pourquoi ne pas te joindre à ma suite l’espace d’une journée ? Tu me parlerais de ton dieu, et je te parlerai si je veux. Ces soldats ne t’interdiront pas de distraire un prince en exil, à défaut d'essayer de convertir un monarque. » dit-il avec un petit sourire. Le soldat de tantôt étouffa un hoquet.

« Nous ignorons si cette femme présente un danger, prince ! Nous devons la fouiller ! » lança un autre soldat, aussi raide qu’une épée. « Et vous faire escorter… prince ! » Ses talons claquèrent avec une rigueur toute militaire. Il ne semblait pas particulièrement hostile, juste… discipliné. « Tout ira bien » l’assura Melexe d’une voix lénifiante. « Je la garderai tout près de moi, elle n’aura donc pas l’occasion de s’en prendre à qui que ce soit ni de voler quoi que ce soit qui ne soit à moi, ce dont je ne ferai pas grand cas. » Il y avait quelque chose d’hypnotique dans son phrasé et ses rimes qui laissa la sentinelle coite. « Prince ? » intervint le mal embouché. « Nous ignorons tout de ses intentions. On raconte qu’elle brûle des gens en offrande à son dieu. Nous ne prendrons pas le risque de laisser entrer cette sorcière, à moins bien sûr que vous n’en assumiez toutes les conséquences... Allez-vous prendre la responsabilité de ses actes ? »

Le soldat ne s'y attendait pas mais Melexe ne l'entendait pas autrement. Le prince traça un demi-cercle de sa main ouverte, comme pour repousser un obstacle, et affirma haut et fort : « Cette femme dès à présent fait partie de ma suite. J’assumerai tout ce qu’elle fera, tant qu’elle en sera. Rien ne saurait me priver d’une telle distraction, quelle qu'en soit la raison. » Il souriait maintenant de toutes ses dents. Les deux gardes se regardèrent avec perplexité et haussèrent les épaules. Qu’il veuille trousser la gueuse, se payer leur tête ou juste satisfaire un de ses fameux caprices, ça n’était plus leur problème. S’il se chargeait personnellement de la surveiller, il n’y avait pas trop de souci à se faire - il était suffisamment athlétique pour maîtriser une faible femme le cas échéant, et puis, il devait avoir sa propre sorcellerie, sans parler de son singe démoniaque, capable disait-on de déchiqueter un ours avec ses dents...

« Venez donc, chère inconnue, puisque vous voilà de ma compagnie, du moins temporairement. Mes amis, je vous retrouverai un autre jour. Ce fut une plaisante partie de chasse. Je m’en vais à présenter édifier mon âme avec les chants secrets de la lointaine Asshaï. Mon cœur en palpite déjà, ah, ce sera peut-être une révélation ? » dit-il en portant la main à sa poitrine, et sur un clin d’œil il laissa là ses compagnons confus et amusés, persuadés pour une majorité d’entre eux qu’il avait trouvé là une plaisante manière de réchauffer sa couche pour l’après-midi. Pour leur part, ils allaient regagner leurs domaines respectifs, n’étant pas des hôtes permanents du château. Un palefrenier en poste à l’entrée se chargea de ramener le cheval du prince aux écuries.

« Vous avez sans doute noté dès votre arrivée à Port-Réal que le Donjon Rouge usurpe quelque peu son nom. » dit l'Estivien à son invitée qui le suivait de près. « Tout au plus est-il rosâtre en comparaison de vos atours, et ces portes de bronze n’ont pas le colori ardent de votre pendentif. Restez près de moi afin que votre éclat n’attire pas trop l’attention. Je dois passer à mes appartements pour me changer, nous aviserons alors de la meilleure manière d’illuminer ensemble cette journée. » Son petit discours aurait pu passer pour une manœuvre de séduction éhontée mais ses gestes retenus et son ton courtois laissaient planer le doute quant à ses intentions. « Au fait, je ne me suis pas présenté. La plupart des gens ici m’appellent Prince. En vérité, mon nom est Melexe. Accessoirement Prince et Ambassadeur des Iles d’Été. Vous pouvez m’appeler comme vous voulez. Ou même ne pas m’appeler du tout. Mes serviteurs et ceux du château pourraient s’émouvoir de vous entendre employer mon prénom, mais à dire vrai je n’en ai cure. Tout ce qui peut me divertir est pour ainsi dire du pain béni. Faîtes donc à votre guise. Dois-je vous nommer servante du Maître de la Lumière, ou acceptez-vous quelque prénom commun dont je puisse faire usage dans un souci de simplicité ? »

Ils avaient laissé derrière eux la barbacane et se dirigeaient à présent vers le pont-levis de la Citadelle de Maegor, à travers la cour intérieure envahie de marchands en livraison, de soldats en exercice et de valets affairés à leurs courses. Les récentes pluies avaient tassé la terre, plus boueuse que poussiéreuse, de sorte que l'air était parfaitement respirable et le sol encore légèrement humide, mais pas au point d’être glissant.
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Message Mar 16 Avr 2013 - 20:37

Des rustres emplis tant de ténèbres que de peur, voilà tout ce que l’Autre daignait mettre sur la route de Cassana, de la part d’un adversaire si terrible la manœuvre faisait presque peine à voir, au point que le Maître de la Lumière n’avait eu aucune difficulté pour envoyer à sa servante une aide originale. Alors que la sentinelle grognait une fois de plus son impiété en prétendant que ces terres se trouvaient au-delà de la portée de R’hllor, la prêtresse se contenta de sourire et de lui répondre avec toute la politesse du monde tandis que le malandrin s’affaissait sous le regard du prince :

« Êtes-vous certain de cela ?... »

L’Estivien s’adressa ensuite à elle, proposant immédiatement de lui offrir un sauf-conduit en sa compagnie le temps d’une journée. La Dame Rouge ne se faisait aucune illusion quant à la possibilité de convertir l’exubérant personnage mais son devoir lui imposait d’essayer du mieux que possible, de plus l’offre représentait exactement ce pourquoi elle était venue jusqu’ici : pénétrer dans ce siège de pouvoir et avoir l’occasion de côtoyer les puissants de cette contrée. N’étant certainement pas dupe quant à ses motivations, l’homme emplumé alla même jusqu’à plaisanter sur sa volonté de gagner le Roi à sa cause, ce qui ne manqua pas de choquer l’un des hommes d’armes présents. Pour sa part Cassana n’alla pas jusqu’à rire, cela elle se l’interdisait pour ne pas briser son aura de dignité, mais laissa transparaitre une légère étincelle d’amusement dans son regard tandis qu’elle hochait la tête pour approuver ses propos. Ainsi donc l’on avait ici à faire à un Prince, un ambassadeur venu des Iles lointaines où bien peu se rendaient, avec un rien de logique la chose n’avait rien de bien étonnant puisqu’un individu d’un rang inférieur n’aurait sans doute pas pu prétendre à être accueilli dans cette forteresse. Y aurait-il quelque bénéfice à retirer d’une telle rencontre et des connections que cela pourrait apporter ? L’avenir le dirait.

« Vos paroles sont généreuses, Prince, c’est avec joie que j’accepte cette journée à vos côtés. Peut-être la parole du Cœur de feu touchera-t-elle votre âme en plus de vous divertir. »

L’un de ces perturbateurs tout d’acier vêtu n’en démordit pas cependant, suggérant qu’ils allaient pouvoir toucher sa personne comme un animal de foire. Ils la craignaient, de cela la Dame Rouge était certaine, à raison peut-être puisque sa mission consistait tant à apporter la lumière aux dévots qu’à noyer dans les flammes la masse des incroyants irrécupérables. Elle n’aurait certainement pas toléré pareille familiarité à son encontre et s’apprêtait à le formuler à voix haute lorsque l’Estivien prit l’initiative de relativiser sa dangerosité. Cassana n’avait rien d’une meurtrière et encore moins d’une voleuse mais les guerriers ne pouvaient vivre qu’avec des certitudes et persistèrent dans leur méfiance. Ils allèrent même jusqu’à réciter les rumeurs courant sur son compte, n’hésitant pas à traiter sa foi d’impie en l’appelant « sorcière », un terme plus que péjoratif dans cette langue, et à jouer sur les risques que l’exilé prenait en la gardant sous son aile. Aux yeux de la prêtresse cette petite fourberie illustrait à merveille à quel point les ténèbres emplissaient leur cœur, et elle ne fut pas déçue lorsque son champion du moment ne se laissa pas faire.

Certes l’Estivien semblait persister à ne la voir que comme un divertissement mais la Dame Rouge ne comptait pas s’offusquer pour si peu, ils avaient été si nombreux parmi ses convertis, ceux à l’avoir d’abord perçue avec méfiance ou dérision tandis qu’aujourd’hui leur âme brulait à la gloire du Maître. Même son cher Dungal avait d’abord manifesté des réticences. Les propos de son désormais mécène eurent finalement raison de la résolution des sentinelles qui se murèrent dans le silence de leur fonction en libérant le passage derrière les imposantes portes de bronze. L’homme salua une dernière fois les compagnons avec qui il avait fait route commune jusqu’ici et Cassana se retrouva bientôt seule avec ce guide aussi déraciné qu’elle l’était elle-même. Le nom d’Asshaï-lès-l’Ombre avait été cité, preuve que le personnage emplumé jouissait de certaines connaissances, peut-être même avait-il reconnu ses origines précises aux simples intonations de sa voix ou à son allure. Une autre solution plus probable restait qu’il faisait simplement référence au lieu d’origine du Culte de R’hllor, là où la flamboyante religion avait vu le jour avant de gagner Essos tout entier. Leur conversation débuta sur un sujet léger, chose habituelle lors d’une première rencontre.

« Peut-être le temps a-t-il emporté l’éclat de ses pierres autrefois d’un rouge de bon augure ? Westeros reste encore emplie de certains mystères à mes yeux aussi n’en suis-je pas assurée. Ces terres tendent à s’isoler du reste du monde et l’on en sait au final peu sur leur compte de l’autre côté de la mer, peut-être pourrez-vous m’éclairer sur ce point au fil de nos discussions. »

Le fait qu’une native des plus que lointaines Contrées de l’Ombre parle de ce continent comme d’une région inexplorée ne manquait certes pas d’ironie d’un point de vue extérieur, mais une fois encore tout cela restait une affaire de perception. Et aux yeux de la prêtresse Port-Réal demeurait une cité qui lui avait pris dix ans à atteindre. Elle passa sur le double sens que pouvaient avoir les mots de son interlocuteur, n’étant pas niaise l’allusion à une façon plus charnelle de faire connaissance alors qu’ils se trouveraient dans ses appartements ne lui échappa nullement, mais sa personne toute entière appartenait au Maitre et elle ne s’en détournerait pas. Son attitude ne constituait en rien un exemple des mœurs au sein du Culte, certains temples comptaient même dans leurs rangs des prostituées rituelles tandis que certains arts nécessitaient de la proximité avec les hommes. Mais l’étrangère n’avait tout simplement aucun intérêt ni besoin pour la chose.

« Enchantée de faire votre connaissance, Prince Melexe, je vous en prie appelez-moi simplement Cassana. Ne me nomment par ma fonction que les inconnus et les humbles convertis. »

Son regard, bien que fixé sur son interlocuteur ou sur le chemin au-devant d’eux, mémorisait soigneusement chaque détail de ces lieux inconnus. Le Donjon Rouge avait tout de vaste, certes il faisait office de nain en comparaison de certaines architectures de Volantis ou d’ailleurs que la Dame Rouge avait pu observer par le passé mais l’endroit restait empli d’une grandeur indéniable. Se laissant conduire par son hôte, elle poursuivit :

« Puis-je m’enquérir de vos impressions sur ces terres, Prince ? J’ose espérer que malgré l’étrangeté de certaines coutumes vous avez pu mener votre mission à bien, quelle qu’elle soit. »

Leurs pas les menèrent vers un pont-levis permettant lui-même d’accéder à une forteresse intérieure plus modeste mais bien plus fortifiée. Sans doute s’agissait-il d’un refuge de dernier recours au cas où l’enceinte extérieure viendrait à tomber. Autour d’eux la vie suivait son cours et marchands comme serviteurs s’affairaient pour contenter leurs nobles maîtres, ici l’esclavage n’était apparemment pas toléré mais la prêtresse ne leur trouvait aucune différence autre que l’absence de chaines à leur cou.

« Y a-t-il des esclaves sur les Iles de l’Eté, Prince ? »
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Message Mer 24 Avr 2013 - 16:29

Melexe ne manifesta aucun étonnement devant les interrogations de la prêtresse. Westeros gardait encore pour lui une part de mystère et le charme d'une terre étrangère : jamais il ne serait un homme d'ici. Plus de vingt ans après avoir débarqué à Port-Réal, il se sentait encore en ces lieux un visiteur, un invité. Peut-être était-ce là ce qu'il voulait, un état d'esprit délibérément cultivé pour ne jamais sombrer sous l'ennui et le poids des responsabilités. Ou peut-être était-il juste trop estivien pour un jour se fondre dans la grisaille locale. Quoi qu'il en soit, il ne cessait de s'étonner tel un enfant des particularités de ces terres et des moeurs de leurs habitants. Qu'elles représentent un mystère pour sa compagne du moment ne le surprenait donc aucunement. Celle-ci s'étant présentée se hasarda à lui demander son impression sur Westeros. Autant ouvrir la porte d'une bibliothèque de mestre et laisser les mots s'en échapper comme un cyclone, un typhon des Iles d’Eté. Des impressions, il en avait cent, mille, dix mille à partager, et toutes avec leur petite anecdote, et un air de musique, une coupe de vin entre chaque. Il rit.

« Chère Cassana, si je dois vous édifier sur Westeros, j'espère que vous n'avez rien prévu pour les six prochaines lunes, ou aussi bien les six prochaines années ! Peut-être préférerez-vous spécifier votre question lorsque vous aurez mesuré mon goût immodéré pour le bavardage... Si ce n'est une gorge desséchée, j'ai bien peur que rien ne puisse m'arrêter une fois lancé, et je manque rarement de vin pour étancher ma soif. » Il ne releva pas le point de sa "mission", simple omission de sa part ou preuve qu'il maîtrisait davantage sa logorrhée qu'il ne voulait bien l'avouer, allez savoir. Toujours est-il que la question suivante reçut une réponse plus consistante. Alors qu'ils s'engageaient sur le pont-levis de la Citadelle de Maegor, Melexe tourna pensivement les mots dans sa bouche avant de les laisser couler de sa voix modulée et chantante, la simple évocation des îles avivant son accent habituellement atténué par une longue pratique du westerosi. « Si vous me demandez si l’esclavage est autorisé dans les Iles, la réponse est qu’il n’est pas interdit. La question, en fait, ne se pose pas. Servir est pour nous un honneur, une vocation sacrée. Un prince est le serviteur de son peuple et des dieux, sans lesquels il n’est rien. Il se donne à eux sans compter, corps et âme. Il n’est d’ailleurs pas rare que nous servions durant notre jeunesse dans des maisons de plaisir, des temples ou des maisons de soin, pour apprendre en pratique le don de soi. Dans ce contexte, l’esclavage n’a aucun sens. Un serviteur totalement dévoué travaille le mieux possible pour un coût raisonnable. Un esclave en revanche a besoin d’être surveillé par un contremaître et rechigne à l’ouvrage. L’économie réalisée est faible ou inexistante. Quant au plaisir de dominer autrui, il nous est quasiment étranger. Certains disent que nous sommes trop paresseux pour être des conquérants. Il est vrai que nous préférons la douceur de la concorde au tumulte des guerres. Nous ne sommes guère combatifs et cela nous perdra peut-être, qui sait ? » Il haussa les épaules, le même sourire léger toujours aux lèvres. « Bien sûr, il peut arriver qu’un serviteur ne soit pas aussi dévoué que la plupart, ou qu’un maître soit plus égoïste que la moyenne. Nous avons nos moutons noirs et lorsqu’une guerre éclate, les prisonniers ne sont pas toujours traités humainement. Mais cela reste l’exception plutôt que la règle, et je m’en réjouis. » Le dédale de la Citadelle se déroulait maintenant sous leurs pas. Bientôt une porte discrète apparut sur leur droite en haut d’un escalier et le prince l’ouvrit d’un geste sûr, familier. Un bain de lumière, de couleurs et de parfums les accueillit. On entrait facilement chez Melexe ; on en ressortait à contre-cœur. De son pays, il avait fait venir au fil des ans des tentures chamarrées, des statuettes de bois sculpté, des coffrets incrustés de nacre, des brûle-parfums, des coussins ornés de plumes de cygne aux coins, et différents modèles d’ocarinas. Au milieu de ces mementos s’étalaient sans complexe des tapisseries à la gloire des Targaryen, une lyre, du mobilier conforme au reste du Donjon Rouge (sans doute la décoration d’origine de ces appartements), ainsi qu’une foule de babioles, présents de ses amis westerosi : sculptures, étoffes, armes, livres et coupes de friandises... Un mélange d'influences surprenant mais agencé avec goût, de sorte que l'effet d'ensemble était chaleureux, joyeux, fantaisiste et confortable.

« Vous pouvez entrer, chère Cassana, il n’est rien en ces lieux que je n’ai à cacher. Si vous voulez bien patienter pendant que je me change, Nyrti vous servira de quoi vous désaltérer. » La prêtresse rouge put alors remarquer, telle une apparition miraculeuse, la présence jusque-là invisible de la servante qui surgissait d’on ne savait où. Cette façon de faire son entrée avait le don de mettre à mal à l’aise certains invités. Un jeune homme crédule avait un jour émis l’hypothèse que la servante était en fait un lutin domestique ayant le don d’apparaître et disparaître à volonté à la seule invocation de son maître, mais la prêtresse était sans doute trop avisée pour adhérer à une telle conjecture.

Alors que Nyrti s’enquérait poliment des desiderata de la femme, lui présentant un visage indéchiffrable, Melexe se glissa dans la chambre adjacente où se trouvaient sa garde-robe, son miroir et ses accessoires de toilette. Il se délesta de ses vêtements et de son grand arc en orcoeur, puis usa d’une bassine d’eau parfumée pour se rafraîchir, avant de choisir une tenue propre : des chausses couleur sable, une délicate chemise de soie pourpre, une tunique de dessus sans manche assortie à ses chausses et brodées d’oiseaux dorés, deux bracelets de bois dorés et un pendentif de corail rose sur un lien en fibres végétales d’origine exotique.

Revenu dans le salon, il guida Cassana vers la terrasse. Un timide rayon de soleil chauffait le balcon abrité dont les arcades rosâtres abritaient une table basse marquetée et des banquettes envahies de coussins, entre lesquelles jaillissaient les larges feuillages de plantes exotiques, d'une variété résistante qui avait su s'acclimater à l'automne westerosi. Melexe convia la femme de foi à prendre place confortablement et à profiter des douceurs et boissons mises à leur disposition par Nyrti avec une célérité et une discrétion confondantes. « Tout est-il à votre convenance ? Si tel est le cas, peut-être me parlerez-vous des étranges circonstances qui amènent en ces terres une femme d'au-delà des mers. J'imagine que c'est le service de votre dieu qui vous a conduite si loin de chez vous ?» Avenant. Amical. Bienveillant. Serein. Tel était Melexe, comme toujours avec ses hôtes. Il vous enveloppait de sa chaleur et de son attention jusqu'à ce que vous oubliiez vos soucis, et vous laissiez aller. A quelle fin ? Lui seul le savait, et elle variait selon chaque invité.

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Message Mer 8 Mai 2013 - 20:29

L’homme à la peau d’ébène avait de toute évidence raison en se considérant comme doté d’un verbe prolifique, Cassana entendait les mots quitter ses lèvres tel un torrent parfaitement maitrisé et mesuré, une performance d’autant plus appréciable que ni lui ni elle ne s’exprimait dans sa langue natale. Et R’hllor savait si le Westerosi pouvait s’avérer désagréable à l’oreille, pour en saisir les diverses intonations il fallait presque parler avec la bouche emplie d’eau et surtout user de son nez plus que de raison, un exercice qui écornait la patience de beaucoup et justifiait peut-être pourquoi ce continent se renfermait tant sur lui-même. Le prince pour sa part arrivait presque à donner une musicalité à ce langage primaire, la forme mélodieuse que prenaient ses paroles invitaient presque à ne pas prendre en considération le contenu pour mieux se laisser bercer par sa voix. En tant que prêcheuse exerçant son art depuis des années la Dame Rouge jugeait avec un œil de connaisseuse l’éloquence de l’Estivien et le rangea aussitôt dans la catégorie des individus dotés d’un certain esprit –à défaut d’une spiritualité adéquate-. Pour preuve en diplomate avisé il sembla éluder le sujet des raisons de sa présence en cette contrée, par politesse Cassana commenta :

« Nos existences se résument à un long voyage, je ne doute pas que le vôtre ait été riche en découvertes, Prince. »

Sa question suivante reçut cependant une réponse bien plus satisfaisante et la Dame Rouge en apprit davantage sur les mœurs des Iles de l’Eté, si ce que Melexe affirmait était rigoureusement vrai son peuple vivant relativement isolé sur son archipel profitait d’un mode de vie relâché à la philosophie presque pacifique. Au moins semblaient-ils dénués de cette haine propre à bon nombre de serviteurs des ténèbres, mais la prêcheuse s’interrogea aussitôt sur l’aspect néfaste d’une telle neutralité. Qui était le plus condamnable, le faible cédant au froid de la mort ou celui se complaisant dans son confort et refusant d’aider le juste ? Si elle n’en laissa rien paraitre son opinion des Estiviens se détériora très légèrement, au point que Cassana se promit de recommander à ses supérieurs du Clergé une observation plus approfondie de ces gens. En attendant, dans le monde du paraitre, elle se contenta d’opiner légèrement du chef à chaque affirmation du Prince, toujours souriante et calme.

« Ces coutumes ne sont pas sans rappeler Naath dans une certaine mesure, vos îles ne sont d’ailleurs pas si éloignées il me semble ? »

Leurs pas les menèrent finalement à l’intérieur du donjon même et au détour de plusieurs couloirs le duo arriva jusqu’à une porte comme tant d’autres sur laquelle Melexe sembla jeter son dévolu. Sitôt l’huis franchi la Dame Rouge ne peut qu’avoir la certitude qu’il s’agissait bel et bien de ses appartements tant l’exotisme de ses terres natales imprègnait l’endroit. En quelques pas à peine l’on avait l’impression d’avoir parcouru des centaines de lieues pour finalement déboucher en un endroit inconnu et bien que cet environnement ne soit pas le sien, sa richesse paraissait bien plus naturelle à la native d’Asshaï que l’austérité coutumière de Westeros. Le Prince s’excusa le temps d’aller passer une tenue plus confortable et lui recommanda de se mettre à l’aise avec l’aide d’une personne apparemment absente.

« Encore une fois merci pour votre hospitalité, Prince. »

Puis une forme se manifesta à la périphérie de son champ de vision et si Cassana demeura immobile ses yeux se rivèrent instinctivement vers la menace potentielle pour finalement découvrir une jeune femme à la peau aussi sombre que son maitre. Le silence avec lequel elle s’était déplacée avait tout de surprenant et rappelait par bien des aspects les histoires courant sur les divers ordres d’assassins existant de par le monde. Comment se nommaient ceux de Qarth déjà ? Ah oui, des Navrés. Mais la chair restait la chair et la Dame Rouge avait connaissance de bien trop d’ennemis plus dangereux que le genre humain pour se laisser intimider, quand on lui demanda ce qu’elle désirait boire sa requête se résuma à de l’eau. Une fois Melexe revenu et le duo installé confortablement sur la terrasse, la prêtresse conserva son verre en main mais pas une fois ne le porta à ses lèvres, son aura de pouvoir tenait à de petits détails qu’elle n’entendait pas écorner en se sustentant devant son hôte du moment. La conversation se poursuivit sur les raisons ayant amenée Cassana à Port-Réal, et sur un ton calme elle répondit :

« Il n’y a rien d’étrange à vouloir porter la Lumière du Maître même aux contrées les plus éloignées. Notre office nous encourage à éclairer autrui en tous lieux et Westeros ne fait pas exception, si une cité aussi lointaine que Braavos a pu ouvrir les yeux il est tout naturel de se tourner vers Port-Réal. Je crains donc que les motifs de ma venue ne soient au final très banals, Prince. »

Ses yeux se perdirent un instant dans la contemplation du rayon de soleil, un autre cadeau de R’hllor qui chaque jour embrasait les cieux pour assurer la survie des vivants. Durant ce vague moment d’égarement la prêtresse songea à l’aide que l’Estivien pourrait lui apporter dans ses plans concernant les puissants de ce royaume et pour la première fois depuis bien longtemps céda à ce qui représentait pour elle à une pulsion totalement irréfléchie. Oh rien de charnel bien entendu, jamais la Dame Rouge ne cèderait à ce point, mais les mots qu’elle proféra de but en blanc n’avaient absolument rien de cette retenue qu’elle s’imposait constamment :

« Depuis mon arrivée dans cette cité l’on me craint, l’on entend mon message, ou l’on me hait, Prince. Mais à un moment donné tous ont commencé à douter du véritable pouvoir du Maître et bien que vous soyez un homme honorable je suis persuadée que cette incertitude vous habite aussi. Ma demande sera donc aussi simple que claire : désirez-vous voir une preuve de ce que je prêche ? »

Son cœur battait désormais à une vitesse impressionnante, Cassana ne parvenait pas à mettre le doigt sur ce qu’elle ressentait mais le simple fait de ressentir quelque chose représentait un précédent troublant à ses yeux.
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Message Jeu 9 Mai 2013 - 17:49

Son invitée était distrayante, mais pas seulement. Comme il aimait le faire avec une autre femme venue d'ailleurs, la belle Messenda, Cassana lui offrait le plaisir de pouvoir parler des contrées exotiques autrement qu'en cherchant à défaire des fantasmes de westerosi ignorant du reste du monde. Encore que Melexe trouva également plaisir à l'occasion à utiliser et nourrir ces mêmes fantasmes, juste pour se délecter de la mine stupéfaite de ses interlocuteurs, avant de leur dévoiler la plaisanterie d'un rire immense et communicatif. La vérité, toutefois, suffisait souvent à éberluer ces pauvres continentaux qui avaient si peu de possibilités de voyager, et si peu de culture sur les pays étrangers.

Lorsque la prêtresse rouge mentionna Naath dans une question rhétorique, il se contenta de hocher distraitement la tête. Naath. Messenda était originaire de cette terre dont on l'avait arrachée très jeune. Les Naathi étaient réputés faire de bons serviteurs et leur tempérament doux et pacifiste ne les aidait guère à se défendre contre les raids d'esclavagistes. Melexe comprenait pourquoi Cassana comparait les Estiviens aux Naathi, et il supposa qu'elle percevait également les différences entre leurs deux peuples. Les Estiviens étaient plus hédonistes que sensibles. Ils recherchaient le bonheur et le plaisir, la paix et l'altruisme n'étant à leurs yeux que des moyens d'y parvenir plutôt qu'une cause sacrée ayant priorité sur toute autre considération. Alors que les Naathi se refusaient à tuer ne serait-ce qu'un animal, les Estiviens étaient des chasseurs et archers émérites. Ils évitaient de chercher noise à qui que ce soit, mais quiconque les cherchait les trouvait... sans rancune, sans aigreur, ils pouvaient vous planter une flèche dans le coeur ou couler votre navire, s'il vous prenait la mauvaise idée de les attaquer. Ils respectaient la vie, mais d'une manière non absolue. Et ne s'embarrassaient pas de culpabilité. Ils faisaient ce qu'ils avaient à faire pour survivre, avaient une pensée compatissante pour le gibier qui les nourrissait et les condamnés qu'ils exécutaient, mais au moment de tirer, ils ne flanchaient jamais. En cela ils différaient des Naathi qui s'interdisaient toute forme de violence.

Une fois installée en sa compagnie sur la terrasse, il commença à grignoter des sucreries et nota que Cassana s'abstenait de toucher aux douceurs qui lui étaient proposées. Un obscur tabou religieux ? D'autres nobles en auraient pris ombrage, jugeant que c'était là faire odieusement offense à leur hospitalité, mais Melexe n'était pas homme à se formaliser de si peu. L'examinant plus en détail, il songea à part lui que quelques rondeurs - au propre comme au figuré - ne lui auraient pourtant pas fait de mal, mais s'abstint avec tact de formuler tout commentaire à ce sujet. Le monde ne serait-il d'ailleurs pas désespérément ennuyeux si tout un chacun était façonné selon le même moule ? Les dieux aimaient la diversité et le prince ne trouvait pas à s'en plaindre, lui qui avait un faible pour les originaux et les extravagants... par ailleurs son invitée ne semblait pas non plus mener une vie d'ascète ; il n'y avait à l'évidence pas lieu de s'inquiéter pour sa santé - du moins pour sa santé physique ; quant à la santé mentale, il n'avait pas encore tranché.

La prêtresse expliqua être venue à Westeros pour éclairer les incroyants, motif on ne peut plus simple et logique en effet, encore que la distance parcourue dans ce dessein fût à elle seule remarquable. Melexe l'écouta, un rien déçu de la banalité du propos, en portant à ses lèvres un godet de liqueur. Si on ne pouvait même plus compter sur une prêtresse de R'hllor pour assurer le spectacle, où allait-on ? Les distractions à Port-Réal se raréfiaient ces derniers temps, entre les séquelles du Fléau de Printemps, de la sècheresse et quoi d'autre encore ? Les frasques de Daeron semblaient les faits les plus remarquables de la capitale depuis quelque temps, à l'exception d'une prétendue émeute à Culpucier. Pas de quoi réjouir un prince estivien en mal de divertissements. Par bonheur, Daeron lui avait fait savoir qu'il se marierait sans doute bientôt. Un mariage ! Le prince n'aimait rien tant que les mariages, où il ne manquait jamais de mettre son grain de sel et son rayon de soleil, en plus de quantités déraisonnables de vin des Iles d'Eté...

Son intérêt se raviva toutefois à la proposition inattendue de la femme rouge dont l'attitude s'était soudain réchauffée. Il sourit pour lui-même : elle était donc humaine, après tout ! Et cette sortie enflammée attisait sa curiosité. Il n'était pas pour autant excité comme une jouvencelle à qui l'on vole un baiser, d'une part parce qu'il était d'un naturel trop serein pour bondir de sa chaise à la perspective d'une révélation mystique, d'autre part parce qu'il s'amusait intérieurement des mots choisis par la prêcheuse. Une preuve ? La conviction se nourrit de preuves, mais non la foi. Celui qui prétend croire parce qu'il a vu, aura sans doute besoin dans quelques jours de voir à nouveau... il ne croit pas : il pense savoir. Melexe n'avait pas besoin de preuves pour croire en ses dieux. Il choisissait de croire en eux, parce que. Si Cassana lui prouvait qu'elle détenait des pouvoirs surhumains, il saluerait la prouesse et s'interrogerait sans pour autant se convertir. Mais pour rien au monde, il ne se serait privé de l'expérience unique que l'étrange fanatique lui faisait miroiter. A défaut de faire des étincelles sous les draps, la dame semblant peu réceptive aux sirènes de la chair, et s'en trouvant par là même dénuée de charme, il se satisferait de cette proposition propre à embraser l'imagination...

"Ma chère, vous piquez ma curiosité"
dit-il en s'inclinant légèrement en avant, posant ses avant-bras sur ses genoux et joignant les mains d'un air pensif. Décontracté toujours, mais non désinvolte à cet instant. Il manifestait à sa manière son respect pour cette initiative qui avait à n'en pas douter un sens on ne peut plus sérieux pour Cassana. Et il en mesurait la solennité, sans pour autant se départir d'une prudente réserve. Sur quoi cela allait-il déboucher, il n'en avait aucune idée. Quelle fascinante perspective ! "Je serais ravi d'assister à votre... démonstration, pour peu qu'elle n'implique aucun sacrifice salissant. Laissons je vous prie les chatons et les nouveaux-nés en-dehors de cette affaire, par égard pour mon âme sensible et pour ma dévouée servante qui se ruinerait l'échine à nettoyer les tâches de sang." Loin de se moquer d'elle, il tournait en dérision les représentations de ses détracteurs. Son sourire entendu donnait à comprendre qu'il ne s'attendait nullement à une boucherie mystique. Non qu'il rejetât tout à fait l'hypothèse que Cassana puisse tuer par fanatisme, mais les circonstances à l'évidence ne s'y prêtaient guère, la femme rouge étant apparemment assez fine pour se rendre compte des conséquences désastreuses et contre-productives de tels actes ici et maintenant. Par ailleurs il lui semblait qu'elle privilégierait l'immolation à l'ablation de cœur sans anesthésie, à moins que les deux ne soient compatibles ? Il n'y avait heureusement pas dans ses appartements de quoi dresser un bûcher, pas plus que l'ombre d'un chaton ou d'un nourrisson innocent. Il était tout de même content que Nyrti fut à portée d'oreille...
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Message Dim 19 Mai 2013 - 20:11

Pour la première fois depuis… eh bien depuis toujours, aussi loin qu’elle s’en souvenait, Cassana se trouvait dans une situation complètement opposée à ce dont elle avait l’habitude. A son calme froid et parfaitement maîtrisé faisant face à l’ire de quelque incroyant venait se substituer une nervosité fébrile tandis que son interlocuteur semblait parfaitement détendu. L’esprit un rien fiévreux, la Dame Rouge resta silencieuse un instant alors que l’Estivien manifestait un léger intérêt pour ce qu’elle avait proposé de lui montrer sur un coup de sang. La tête lui tournait presque sans que cela fut le fait de la faim ou de la soif, la prêtresse ressassa mentalement ses propres propos, une part d’elle-même condamnait fermement cet égarement alors que pour la première fois au terme d’un voyage de quinze années son objectif se trouvait à portée. Mais en d’autres lieux de son âme un instinct qu’elle ne se connaissait nullement la poussait en avant, l’encourageait à poursuivre ce qu’elle venait d’entreprendre sans pour autant avoir la moindre idée de ce qui en résulterait.

Et pourtant, parmi tous les croyants fanatiques à avoir jamais foulé ce monde Cassana restait de loin l’une des plus sceptiques quant aux manifestations du divin dès lors que cela ne touchait pas au Maître de la Lumière. Dès son adoption par le Temple ses tuteurs avaient envisagé d’en faire une simple servante de par son criant manque d’intérêt pour le spirituel, une fascination pour les flammes tenant presque de la pyromanie ne suffisait pas pour faire une future prêtresse digne de ce nom. Il s’en trouva cependant certains pour tenter de la raisonner et ceux-là eurent toutes les peines du monde, malgré son âge tendre son entêtement n’avait volé en éclats qu’au contact des arguments les plus pertinents, car l’esprit de l’enfant ne pouvait s’appuyer que sur du concret ou ce qui lui était présenté comme tel. Bien entendu avec les années les nombreux miracles de R’hllor avaient fini de l’enraciner dans son credo mais contrairement à ses pairs la Dame Rouge analysait toujours méticuleusement sa propre foi, dans ce fanatisme paradoxalement détaché mais inébranlable elle trouvait son harmonie. Le pouvoir du Cœur de Feu tenait du fait quand tous les autres panthéons se résumaient à des fables trompeuses, voilà pourquoi elle en resterait à jamais l’une de plus déterminées défenseurs.

Mais toute cette architecture mentale dédiée au Maître semblait l’avoir abandonnée en cet instant, tout était confus et étrangement grisant, ce brasier que Cassana ne pouvait s’expliquer lui brulait les entrailles aussi efficacement qu’il augmentait sa confiance en ses propres capacités. Qu’importait que la magie fut mourante en ces terres si éloignées des Contrées de l’Ombre, elle se sentait la force d’une gigantesque flamme au plus profond d’une nuit sans lune. Aussi lorsque son hôte s’hasarda à plaisanter sur les diverses rumeurs et relents de propagande circulant sur les rites du Culte la Dame Rouge ne put contenir divers signes de son état. Oh cela n’avait bien sur rien de bien spectaculaire mais selon ses critères terriblement guindés un tel relâchement restait monstrueusement déstabilisant : un clignement des paupières plus rapide qu’à l’accoutumée, un doigt qui se relève de façon infime, une mèche de cheveux repassée derrière l’oreille. Autant de signes qu’un habitué des interactions sociales remarquerait sans grande peine, mais cela n’empêcha pas la prêtresse de lui répondre avec un sourire :

« R’hllor n’accepte comme offrandes que les hommes et les femmes à avoir refusé la chaleur bienfaisante de sa dévotion envers les mortels. Aussi votre servante peut être rassurée, chatons et nouveau-nés sont à l’abri de mes attentions. »

Et, alors que Cassana fixait ce Melexe dans les yeux, un lointain souvenir remontant une fois encore à l’époque de son noviciat lui effleura l’esprit. Lors d’une leçon avec un vénérable prêtre de son ordre elle et ses pairs en robes jaunes avaient eu l’occasion de deviser sur la portée du sacrifice et par ce biais de la meilleure façon de contenter le Cœur de feu. Au fur et à mesure que les propos s’étaient échangés quelqu’un, son visage se perdait désormais dans les brumes du passé, avait parlé du sang de Roi ainsi que du pouvoir que ce dernier conférait. Leur tuteur n’avait tout d’abord commenté ce point qu’avec un mutisme quelque peu renfrogné avant de hocher la tête pour confirmer la véracité de cette théorie et de rapidement dévier la conversation en cours vers un autre sujet.

A ce moment précis la compréhension précise de la situation manqua faire sursauter la fanatique religieuse sur son siège, mais bien entendu, tout s’expliquait ! Le sang Royal, qu’il soit issu d’un monarque siégeant sur son trône ou des veines d’un Prince bien loin de chez lui quelle importance ? L’Estivien en sa compagnie représentait la source de son état en même temps qu’une opportunité immense, opportunité que son affinité avec le divin avait certainement perçu de manière inconsciente. Que ce raisonnement ait un fond de vérité ou non la prêtresse s’y accrocha avec une poigne telle qu’un géant n’aurait pas pu lui faire lâcher prise, cela devait être la vérité, il ne pouvait en être autrement puisque le Maître ne laissait jamais de place au hasard en ce monde. Luttant bec et ongles pour que sa voix reste douce et cordiale malgré son empressement, Cassana glissa :

« Dans ce cas je vais avoir besoin de votre assistance, Prince, rien de dangereux ou de durablement nuisible ne vous en faites pas. Votre servante pourrait-elle aller quérir quelque brasero ou source de flamme ? Une bougie pourra faire l’affaire à la rigueur mais ce n’est pas souhaitable. Nulle vie ne sera prise en ce jour, je n’entends pas abuser de votre hospitalité en agissant de la sorte. »

Ayant retrouvé suffisamment d’assurance dans ses jambes pour tenter de se relever, la Dame Rouge se redressa en dissimulant avec succès cette faiblesse intérieure et avança à pas lents vers ce Prince au teint sombre, posant la main sur le revers de la sienne. En temps normal le contact avec la peau d’autrui la gênait au plus haut point mais si cette situation ne tenait pas de l’exceptionnel rien ne pourrait prétendre l’être. Soufflant avec une affection feinte quasi-maternelle, elle ajouta :

« Nous avons la possibilité d’accomplir de grandes choses en Son nom, Prince, me ferez-vous l’honneur d’accomplir ce rite-ci avec moi ? »
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Message Mer 22 Mai 2013 - 12:04

La réponse de Cassana, si elle se voulait rassurante, incita Melexe à une prudence dissimulée. Car si les chatons et nourrissons au berceau ne pouvaient se targuer d’avoir rejeté les préceptes du dieu rouge, ce n’était certes pas le cas de Nyrti ni de sa propre personne, qui s’attachaient encore à leurs propres croyances « impies » malgré le flambeau tendu à eux, en quelque sorte, par la prêtresse. Le prince ne s’inquiétait pas sérieusement des intentions de Cassana, étant d’un naturel pondéré et confiant, mais une part de lui, la part animale recelant son instinct de survie, était à l’affût et toute prête à agir si d’aventure un danger se révélait. Il ne sursauta pas, toutefois, lorsque la mystique se leva et s’approcha de lui. Il percevait son trouble, presque comme une émanation tangible, résultat de cent menus indices éloquents pour un homme du monde habitué à observer et jauger ses semblables - voire à tester leurs réactions, que ce soit par jeu ou par calcul. Il accepta le contact de sa main sans broncher. Un Targaryen l’aurait peut-être fait abattre pour son audace. Toucher un prince du sang ! Même dans les Iles d’Eté, on ne plaisantait pas avec ce genre de familiarités. Mais il avait eu tout le loisir de l’en empêcher et il consentait à cette proximité. En fait, sa plus grande inquiétude était pour Cassana elle-même, car ce faisant, elle avait pris un vrai risque, bien plus grand qu'elle ne pouvait l'imaginer. Presque invisible dans son immobilité, Nyrti s’était pourtant rapprochée. Elle se tenait dans l’embrasure de la baie, muette, vigilante. Il savait qu’en un instant un drame aurait pu se jouer. Mais elle avait bien évalué la situation et n’était pas intervenue. Cassana pouvait sans doute remercier son Maître pour cette grâce inespérée. Car son attitude chaleureuse, presque tendre, ne pouvait à elle seule lever la méfiance quotidiennement entraînée de la servante du prince, qui sous ses dehors de douce jeune fille ne cachait pas la plus petite once de doute ou de pitié, dès lors que la vie de son maître était menacée.

« Vous cultivez le mystère avec art, ma chère. Les grandes choses peuvent être belles, ou terribles. Elles peuvent créer l’ordre comme le chaos. Et leur grandeur peut se mesurer de bien des façons. Ce qui est grand aux yeux des hommes l’est-il aux yeux des dieux ? Et quelle que soit l’échelle, la nature de cette grandeur reste inconnue. Est-ce une grandeur morale, historique, spirituelle, matérielle, politique, que sais-je encore ? Il m’est donc difficile de vous répondre en conscience. » Il chassa l’effet de cette esquive diplomatique d’un sourire connivent. « Mais je suis un peu aventureux. Voyons directement de quoi il retourne. L’expérience est le meilleur des enseignants. »

Il se leva et fit signe à Nyrti. N’ayant pas perdu une miette de leur échange, celle-ci s’éclipsa et revint à eux avec un brasero sur pied qu’elle installa sur la terrasse. Ce faisant, elle passa près de Melexe et le frôla juste assez pour froisser sa manche. Ce n’était rien. En apparence. Mais Nyrti maîtrisait ses mouvements et le prince savait que c’était un avertissement. En le touchant, elle lui faisait savoir qu’elle était en alerte, et lui demandait : « Êtes-vous sûr de ce que vous faîtes ? Est-ce bien sage ? » Elle n’aurait pas osé lui dicter sa conduite, bien entendu. Mais sa désapprobation était claire comme de l’eau de roche pour le prince qui la connaissait par cœur. Elle s’inquiétait de sa sécurité, comme toujours, et il n’allait pas le lui reprocher. Tel était son devoir, tel était son rôle. Il la regarda et dit : « Tout ira bien. Je t’appellerai si j’ai besoin de tes services. » Elle disposa, donc, mais à sa façon bien particulière. Au lieu de profiter de ce moment libre pour regagner son alcôve et se reposer, elle rentra dans l’appartement et… se fit oublier à peine franchi le seuil de la terrasse, sans pour autant s’éloigner. Il ne la voyait plus, mais il savait au fond de lui qu’elle était tout près, vigilante comme une lionne.

« Qu’attendez-vous de moi, Cassana ? L’humble prince que je suis est à votre service » dit-il avec une ironie dénuée de male intention. « Je meurs de curiosité à l’idée de découvrir ce que vous me réservez. Procédez, je vous en prie. J’espère que toutes les conditions sont réunies pour une démonstration satisfaisante. N’hésitez surtout pas à me dire si quelque chose vous manque. »

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