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Marteau d'argent ouvre Porte de fer. - Edric Estremont

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Message Jeu 14 Mar 2013 - 15:16


En tournant les talons pour rentrer, je me rends compte qu’un enfant tente de me dérober ma bourse. Je lui attrape la main avant que celui-ci ait pu se saisir de mes biens. Je lui serre fort le poignet, le ramenant vers moi et ne disant mots, puis je le laisse s’enfuir après avoir plongé mon regard dans ses yeux apeurés. Malgré tous les petits voleurs qui rodent à Port-réal, jamais je n’aurais le courage de lever la main sur un enfant. A part nos riches concitoyens, qui n’a jamais connu la faim en ces lieux, ou la pauvreté ? Tout le monde se bat pour survivre mais ce n’est pas une raison qui me déculpabiliserait de battre un môme. Ma main se resserrant sur le deuxième sac que j’ai avec moi, je retourne vers la forge familiale le plus rapidement possible, pour éviter de faire attendre les clients. Une course, aussi loin soit le fournisseur, ne doit pas durer plus d’une heure. Plus je perds du temps et moins je travaille, c’est pourquoi malgré les réticences de mon père au sujet de mes créations qui selon lui sont un peu trop artistiques ou farfelues, je me dois de ne pas ralentir le groupe. Les quelques pierres bien gardées dans mon corset et le reste des achats de la journée sécurisés dans mon sac de cuir, je fonce, sans me faire prier, pour arriver avant l’heure du repas.

C’est à peine arrivée que les bruits emplissent déjà ma tête. Remontant toute la rue de l’Acier, je croise les autres artisans, certains méprisants de me savoir dans le métier, d’autre curieux. Cela ne fait pas longtemps que je travaille pour mon père et mon oncle mais j’ai déjà eu le temps de me forger ma propre lame. Une femme dans la forge, ça n’est pas très bien vu par chez nous, ce qui me vaut l’honneur de ne jamais marchander les créations de l’atelier ou de recevoir les moqueries, sexistes parfois et incessantes. Mon oncle apprécie mon travail, mais je ne peux pas le vendre moi-même. Il dit que les femmes ne savent pas s’occuper des affaires d’argent et que mes capacités de marchandage sont mauvaises. Peu m’importe, je suis là pour travailler et non pour faire la potiche, tentant de convaincre le client des marchandises grâce à des sourires faux et sournois.

J’entre dans l’atelier et mes cousins se précipitent pour voir les pierreries que je viens de ramener. C’est toujours un moment qu’ils adorent, voir les belles choses briller. Nous avons reçu une commande importante et mon père travaille dessus depuis l’aube. Le chevalier souhaite que l’on fasse incruster des pierres sur le pommeau de sa nouvelle épée. Fort heureusement, mon oncle a des connaissances en joaillerie et nous permet de faire un peu plus d’argent en évitant de passer par un intermédiaire.
Nous ne faisons ce genre d’achat de matériaux précieux que le jour où nous comptons finir le travail demandé. Il serait trop risqué de laisser des objets comme ceux-ci traîner dans la forge, les voleurs n’hésitant pas à casser nos serrures et brûler nos portes pour quelques cailloux ou métaux trop coûtant. Si la forge venait à brûler comme celle de l’ancien forgeron avant nous, nous ne pourrions plus subvenir aux besoins de la famille, nourrir les enfants et encore travailler. Seuls les dieux savent ce qu’il est d’ailleurs devenu celui-là. Il a du mourir de faim sur les routes de Westeros, laissant des orphelins dans l’agonie de la survie citadine.

Ma tante appelle mes cousins pour venir manger quelque chose avant de retourner surveiller l’échoppe. A cette heure-ci, les clients se font plus rares et affluent dans les auberges et tavernes. Mon oncle décide donc, devant le peu de curieux potentiels, d’aller se ravitailler à son tour. Le temps de me préparer et d’enfiler un gant, je retrouve mon père pour l’aider à travailler. Erik vient alors me rejoindre et me regarde mettre les métaux dans le feu et actionner le soufflet. Je crois qu’il fera un bon forgeron, il est très curieux et aime à nous espionner durant la journée. Je lui apprends souvent des choses et je pense qu’il apprécie.

Le tintement de l’acier martelé résonne dans l’atelier comme un bruit de fond continu. Quand on a été élevé là-dedans, on finit par ne plus entendre et ne plus faire attention à cette résonnance insupportable pour les étrangers. Je regarde le feu et sens sa chaleur me réchauffer. L’automne commence à être présent et malgré un été qui fût des plus secs et des plus chauds, le vent frais s’engouffre maintenant par moment entre les ouvertures des murs. L’atelier n’est pas grand mais l’échoppe sur la rue est plutôt jolie et faite entièrement de bois et de pierres. Elle attire l’œil grâce aux banderoles de couleur que j’ai forcé mon père à mettre sur le devant du comptoir. « Encore une idée de femme » me disait-il tout le temps, jusqu’à voir que les clients venaient plus facilement jusqu’à nous, intrigués par cette chose différente dans un paysage gris et une ambiance bourdonnante. Les gens aiment à se repérer ici où tout est similaire. Alors ils nous reconnaissent et se sentent en confiance.
Et puis, si on regarde bien, ce petit commerce est agréable. Muni d’un joli comptoir taillé dans le bois et possédant une réserve entre quatre murs de vieille pierre, les clients peuvent entrer et venir apprécier les créations familiales. Je pense que cela est plus agréable pour eux, ils peuvent prendre le temps de regarder ce qui a déjà été fait et sont moins hésitant pour commander ensuite. Ils ont la preuve que notre travail est bien fait, peuvent tester nos armes et notre matériel et sont donc en confiance. Cette idée de ma mère avait toujours plu et nous avait ramené un nombre important de clients lorsque nous avions ouvert la forge. Ces derniers jours, elle est un peu souffrante mais va certainement bientôt se rétablir et revenir au commerce nous aider.


C’est au bout de quelques minutes de travail qu’Erik pénètre à nouveau dans l’atelier, un de mes livres à la main, interpellant notre père de la présence de personnes devant l’échoppe. Mon père, concentré dans sa tâche et le visage presque noir de poussière, demande au petit s’il s’agit de chevaliers ou de lords. Après avoir soupiré qu’il n’en savait rien, père m’ordonne d’aller m’occuper de ces potentiels clients et de vérifier les dires du gamin.

« Rend toi utile Isaline, va voir dehors ! Et pense à te débarbouiller, tu ne ressemble à rien comme ça ! »

C’est donc suite aux conseils toujours aussi délicats du paternel que je plonge mes mains dans l’eau fraîche et enlève les quelques traces que j’ai sur le visage. Le reste des hommes étant de l’autre côté de la cour, je ne vais pas aller les déranger en plein repas. Je retire donc ma tunique de travail, secoue mes chausses et enfile mon épée, de peur que les visiteurs soient des brigands mal intentionnés. En poussant les volets du comptoir, j’aperçois en effet un homme un peu plus loin qui regarde les façades, cherchant à choisir entre les nombreux commerces qui s’offrent à lui. Je pousse alors le volet davantage pour l’ouvrir complètement et le frappe assez fort contre quelque chose. En entendant un « Héé ! », je me rends compte que je viens de cogner la tête d’un de mes clients. Je m’empresse alors de m’excuser sous les rires non-dissimulés de mon petit frère, et passe derrière le comptoir pour m’assurer de ne pas faire fuir l’homme. Sans trop m’approcher, je tente de savoir si je ne lui ai pas fait mal et s’il veut de l’eau. Celui-ci se retourne un peu hébété et je me rends compte à son allure qu’il s’agit de quelqu’un d’important. Evitant de le mettre mal à l’aise par sa proximité avec moi, je me défends de le toucher et me recule par politesse en lui présentant à nouveau mes excuses.

« Pardonnez mon imprudence, je n’avais pas vu que vous étiez juste derrière. J’espère que ça n’est pas trop douloureux… »

Je ne savais plus où me mettre. Par ma bêtise, j’allais surement faire perdre un client et mon petit démon de frère ne cessait de s’esclaffer dans son coin, trop heureux d’avoir assisté à ma boulette. Je lui jetais quelques regards noirs, le chassant, avant de me concentrer à nouveau sur l’individu qui me faisait face.
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