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A l'orée du bois... il y a parfois un loup.

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Message Jeu 7 Mar 2013 - 19:16

Eleanor était installée sur le tronc d'un arbre récemment déraciné par le dernier orage, à l'orée de la forêt qui bordait Vivesaigues. Le temps était au beau fixe et étonnamment doux, surtout en cette fin d'automne parfois peu clément. L'humeur de la jeune femme s'en était grandement ressenti et elle avait eu le besoin de prendre l'air, de sortir un peu des murs de Vivesaigues, sachant pertinemment que la situation actuelle était peu propice à une promenade qui lui ferait une nouvelle fois risquer sa vie et surtout celle de ses gardes, ce qu'elle ne pouvait concevoir après ce qui était arrivé à Ser Norbert.

Elle n'avait pas vraiment demandé à pouvoir sortir, ne voulant mettre personne en porte-à-faux mais tous avaient remarqué sans difficulté son besoin de s'aérer, de voir autre chose que les murs au sein desquelles elle évoluait depuis plusieurs jours maintenant. Elle qui aimait passer du temps dehors, à courir les environs du château avec Carotte ou tout simplement se promener à pieds, elle semblait presque se faner à mesure que le temps passait. Alors qu'elle errait dans la cour, essayant tant bien que mal de faire bonne figure et de saluer les invités qu'elle croisait de temps à autre, lady Charissa l'avait accostée, la mine toujours aussi émue comme à chaque fois qu'elle s'adressait à sa fille depuis son retour à Vivesaigues.

Ce fut elle qui lui proposa de sortir, d'aller profiter un peu de la nature à laquelle la jeune Tully était si attachée. Eleanor avait saisi d'un seul regard à quel point cette décision avait été difficile à prendre pour sa mère et elle ne pouvait que lui en être gré, les larmes brouillant sa vue quelques instants avant qu'elle n'arrive à les maîtriser et à garder la tête haute. Quelques gardes s'étaient portés volontaires d'eux-mêmes pour accompagner la jeune femme, comme pour lui rappeler que personne à part elle-même ne lui tenait grief de ce qui était arrivé.

C'est ainsi qu'elle s'était retrouvée marchant d'un pas hésitant dans les environs du château, entourée de cinq gardes armés et sur le qui-vive, essayant de chasser l'angoisse qui la gagnait à mesure qu'elle s'éloignait du refuge qu'elle affectionnait tant malgré ce sentiment oppressant qui ne faisait que grandir depuis son retour.

A mesure que ses pas s'étaient succédés, ils s'étaient fait plus calmes, plus assurés, la jeune femme prenant un plaisir non feint à se retrouver à l'air libre et à profiter du calme environnant qui la changeait grandement de l'ébullition qui avait gagné Vivesaigues depuis l'arrivée des deux lords. Un léger sourire avait fini par orner le visage de la Tully qui prenait de profondes inspirations, profitant le plus possible de ce moment qu'elle savait rare.

Son regard se porta alors sur le tronc d'arbre qui s'était écroulé à l'orée de la forêt et elle le fixa longuement, la mine pensive. Il y avait longtemps qu'elle n'avait pas marché ainsi et ressentait une certaine lassitude l'envahir même si elle n'avait pour l'heure pas la moindre envie de rebrousser chemin. Alerté par son immobilité soudaine, un des gardes s'approcha d'elle et l'interpela, d'une voix timide mais concernée.


"M'lady ? Tout va bien ?"

Elle lui adressa un sourire et hocha la tête avant de répondre, d'une voix douce et qu'elle essayait de rendre affirmée, comme à chaque fois qu'elle s'adressait à un garde depuis le tragique évènement.

"Oui… je voudrais juste me reposer un peu, ne vous en faites pas. Merci."

Sans rien ajouter, la jeune femme s'installa sur le tronc d'arbre, ne prêtant pas vraiment d'attention à l'état dans lequel pourrait se retrouver sa robe. Elle savait pertinemment qu'une fois rentrée, il lui faudrait s'apprêter au mieux pour le diner et il était hors de propos qu'on la voit dans une tenue aussi simple. En tout cas, c'était ce que lui répétait lady Charissa quotidiennement depuis l'arrivée de leurs invités de marque et Eleanor était persuadée d'avoir porté plus de robes différentes en quelques jours que dans toute sa vie, tout du moins, c'était le ressenti qu'elle en avait. Et c'était bien sûr sans compter tout le temps passé à la coiffure et surtout à écouter les conseils de sa Mère qui avait tenté au mieux de camoufler la main bandée de la jeune femme, soupirant à de nombreuses reprises devant les restes du coup qui subsistaient sur le doux visage de son ainée. Fort heureusement, ils commençaient à disparaitre complètement, ne laissant qu'une trace légèrement rosée, presque imperceptible pour ceux qui n'avaient pas l'habitude de côtoyer la Tully.

Eleanor resta quelques instants immobile, indécise et jetant des brefs regards aux gardes qui l'observaient du coin de l'œil sans parvenir à se décider. Finalement, elle sortit de sa manche la petite dague qu'elle y avait caché lorsqu'elle avait appris qu'elle pourrait prendre enfin un peu l'air. Elle n'avait pas trop su pourquoi mais, maintenant qu'elle était là, la jeune femme réalisait qu'elle voulait s'en servir loin des regards inquisiteurs de sa Mère ou de ses autres proches qui s'inquiéteraient encore une fois à son sujet et cette fois-ci sans raison.

La Tully fixa longuement la dague, pensive. Elle lui rappelait un flot de souvenirs contradictoires, à la fois de la tristesse et de la colère. Plus d'une fois elle avait songé à s'en débarrasser sans y parvenir et les paroles du fer-né lui revinrent à l'esprit. Utiliser la pointe pour tuer sa cible… Le reste de ses propos flottait aussi autour d'elle, comme dans ses cauchemars mais elle se refusait à y songer pour le moment, tout comme elle essayait d'ignorer tant bien que mal le poids des regards curieux des gardes qui cherchaient visiblement à comprendre ce qu'elle voulait faire.

Plissant des yeux, elle tendit la petite dague d'un geste vif, comme si elle l'utilisait pour frapper le vide, la mine peu convaincue. Elle n'avait pas la moindre idée de la façon dont elle devait utiliser cette arme et pourtant, elle essayait de se persuader que si elle y était arrivée, les choses se seraient passées autrement, sans arriver à trouver une justification rationnelle.

Agacée par sa gaucherie, Eleanor essaya de la planter dans le tronc, ne réussissant qu'à faire voler quelques éclats d'écorce dans les airs. Elle poussa alors un profond soupir, laissant tomber la dague sur le bois, convaincue qu'elle n'arriverait jamais à rien.
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Message Mer 13 Mar 2013 - 20:48

Propulsé de nécessité en nécessité, Lord Stark avait quitté les Jumeaux il y a quelques semaines déjà, renforçant sa modeste troupe avec plusieurs chevaliers errants et mercenaires qui avaient accepté de lui louer leurs services pour la durée du conflit à venir. Inutile de dire que leur allure reflétait tant leur notion de l’honneur que leur comportement, les gens du Nord étaient réputés comme rustres, ces riverains-ci avaient dû subir un encadrement strict pour éviter qu’ils ne se servent allégrement parmi les ressources de la région sur le trajet jusqu’à Vivesaigues. Passablement las mais plus que jamais déterminé à frapper un grand coup contre les pirates, Beron avait fait la rencontre du tout jeune Edwyn Tully et de Tybolt Lannister, un garçonnet et un homme qu’ils n’avaient jamais croisés avant qu’ils n’accèdent à leur position de Lord suzerain.

Les banquets et cérémonies s’étaient enchainées à un rythme épuisant et surtout agaçant de par la perte de temps que tout cela représentait, il était venu tenir un conseil de guerre et non festoyer jusqu’à faire exploser son armure. Quand la première réunion entre les trois seigneurs survint Face-de-pierre en ressentit un profond soulagement qui fut rapidement douché par ce qu’il n’avait eu de cesse de suspecter tout au long de son périple dans le sud mais qui lui sauta aux yeux : Le Conflans n’était pas en mesure de lui fournir toute l’aide espérée, le garçon avait trop peu d’expérience et d’autorité pour lever son ban à temps. Le seigneur de Winterfell avait même entendu parler d’affrontements ouverts entre deux Maisons des environs, trouble que personne n’avait essayé d’apaiser de quelque façon que ce fut à en croire les nouvelles.

Après cet épisode quasi-désastreux d’une suite de négociations futures le Nordien renfrogné avait ressenti la profonde envie s’éloigner de cette source de mécontentement que commençait à symboliser le château. La chasse ne l’avait jamais grandement passionné, une mise à mort non nécessaire n’avait que peu de sens à ses yeux et il laissait ce genre de loisirs à ses frères, mais chevaucher l’aidait à conserver les idées claires. Aussi fit-il rapidement seller son cheval et franchit-il les douves à la tête d’une dizaine de ses hommes, allant se perdre dans la nature environnante au galop.

Ils progressèrent à toute allure plus de deux heures durant, le long de la rivière, sans autre destination que leur point de départ ou une éventuelle contrée imaginaire où Beron pourrait se remettre les idées en place et se débarrasser de la frustration l’habitant. Puisque la seconde semblait se refuser à lui il se décida finalement à rebrousser chemin au petit trot, les bêtes avaient été suffisamment éprouvées comme cela, en déviant légèrement de leur itinéraire initial pour s’enfoncer davantage dans les bois.

La nature et le toit de feuillages orangés se refermaient doucement autour d’eux, laissant filtrer la lumière d’une journée étonnamment clémente alors que la vie alentours faisait entendre sa mélodie de craquements, de froissements et de cris d’animaux. Malgré leur appartenance à un même royaume la simple différence de paysage entre le Nord natal de Face-de-pierre et ces lieux sautait clairement aux yeux. Dès le début de l’automne les premières neiges avaient commencé à tomber là-bas, d’abord modestes mais bien suffisantes pour plonger les terres dans ce sommeil fiévreux signe annonciateur de l’hiver. Le sol commençait à geler, les bêtes à se terrer en prévision des dures conditions… en comparaison l’automne du Conflans ressemblait au printemps nordien !

Plongé dans sa modeste méditation entre deux sombres pensées, Lord Stark fut interrompu par le raclement de gorge d’un des membres de son escorte derrière lui. Il ignorait le nom de l’homme, un soldat du rang parmi tant d’autres, en tout cas le concerné avait le teint rouge et l’air très mal à l’aise. Ce dernier bafouilla :

« M’ssire, scusez-moi mais… on pourrait faire halte juste un petit moment ? J’ai mangé des baies sur un buisson c’matin et… »

Face-de-pierre leva rapidement la main pour le faire taire, il préférait se passer des détails de ce genre pour des raisons évidentes.

« Va… faire le nécessaire. Vous autres attendez-le, je vais aller faire quelques pas. »

« Sauf votre respect M’seigneur c’est pas très prudent, on est pas chez nous ici. »

« Si un furet me terrasse entre temps assurez-vous de venger ma mort. »

Les tentatives d’humour de Beron, déjà rarissimes par nature, étaient toujours prononcées avec le même ton sérieux et un visage fermé, si bien que jamais elles ne faisaient rire l’auditoire. L’opération avait même tendance à produire l’effet exactement inverse et plongeait dans le doute quant à la réaction souhaitée, instillant un certain malaise qui cette fois encore fit son effet. Il y eut un moment de silence, une légère toux, Lord Stark mit pied à terre et commença à s’éloigner entre les arbres.
Il avança à grands pas, cherchant cette fois dans ce semblant de solitude le silence potentiellement salvateur il clôt les yeux. Après quelques battements de cœur résonna un tap-tap contre l’écorce qui lui fit d’abord froncer les sourcils puis finalement rouvrir les paupières, qu’était-ce encore que cela ? Un pivert ? Non, trop irrégulier et grave. Face-de-pierre tâta sa cuisse pour s’assurer que le fourreau de sa dague s’y trouvait toujours et contourna un large chêne pour tomber sur une scène plus qu’inattendue.

Une jeune fille se trouvait là, non par n’importe quelle jeune fille, une de noble naissance et une de sa connaissance qui plus est. Il reconnut rapidement son visage croisé à plusieurs reprises lors des repas et festivités organisées par ses hôtes, Lady Eleanor Tully, la sœur de Lord Edwyn. La cible de son attention semblait affairée à poignarder un arbre tandis que les gardes l’accompagnant veillaient à regarder ailleurs. Prise de fatigue ou de lassitude la jouvencelle laissa choir son arme, un couteau ou une dague difficile de voir en détails à cette distance, à même le sol avec un léger soupir. Lord Stark émergea alors de sa cachette, voyeur malgré lui ne souhaitant pas porter un instant de plus pareil titre, et se manifesta en accentuant légèrement l’appui sur ses pieds alors qu’il approchait. Le but premier restait d’éviter de donner une frousse bleue à la concernée, même s’il se doutait que la surprise resterait inévitable.

« Ma Dame ? Le salut, je ne souhaitais pas vous interrompre… » Ses yeux se perdirent un instant sur l’écorce entamée. « …quoi que vous faisiez, mais moi et mes hommes retournions au château lorsque je vous ai vue. »

Une explication claire, simple, laconique au possible et une fois encore à même de générer un silence gêné. Beron puisa alors dans un des domaines où ses compétences se faisaient les plus exercées et désigna l’arme reposant par terre.

« C’est à vous ? »
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Message Dim 17 Mar 2013 - 11:25

Eleanor était particulièrement concentrée sur son échec cuisant, le regard rivé sur la souche d'arbre qu'elle n'avait bien évidemment pas réussi à terrasser ni même à blesser. Décidément, la chose était encore plus difficile qu'elle ne l'avait imaginé, même si, elle se devait d'être particulièrement honnête et d'assumer le fait qu'elle n'avait pas vraiment imaginé comment se passeraient les choses. La volonté était une chose, mais elle n'arriverait jamais à compenser le manque de lacunes criant qui était sien. Et il était bien évidemment exclu qu'elle demande à qui que ce soit à Vivesaigues de lui apprendre à utiliser une arme, la jeune femme n'osant même pas imaginer la mine effarée qu'on lui offrirait si elle poserait la question. Il était bien évidemment hors de question qu'une dame de la Maison s'essaie à ce genre d'exercice et, en temps normal, Eleanor aurait totalement approuvé mais en cet instant, elle n'avait qu'une idée en tête.

Malgré le mouvement des gardes qui saluèrent Lord Stark lorsqu'il s'approcha d'elle, elle n'avait en rien réalisé sa présence avant qu'il ne lui adresse la parole. Aux premiers mots qu'il prononça, Eleanor sursauta et leva les yeux dans sa direction, passablement surprise. Si elle avait croisé plusieurs fois le suzerain lors des interminables repas donnés en l'honneur de leurs hôtes, ils n'avaient que peu échangé de mots, pour ne pas dire qu'ils ne s'étaient contentés que du minimum imposé par l'étiquette. Cela n'avait pas dérangé la Tully plus que cela, la jeune femme sachant pertinemment qu'il n'avait pas fait tout ce trajet depuis la lointaine forteresse de Winterfell pour discuter avec les jeunes dames de la Maison. Il y avait des sujets bien plus importants et, jusqu'à cet instant, elle avait été persuadée qu'il quitterait leur toit sans qu'ils aient l'occasion de discuter réellement.

Mais le hasard en avait apparemment décidé autrement et il fallait maintenant qu'elle remplisse ses devoirs en tant qu'aînée des enfants Tully, même si la situation n'était pas particulièrement propice à ce genre d'exercice. Avant tout, il lui fallait trouver un moyen d'amorcer la discussion et de passer outre la surprise de le croiser à l'orée de la forêt.


"Oh, Lord Stark. Bonjour."

C'était une entrée en matière comme une autre. Elle aurait pu faire largement pire mais, bien entendu, n'importe quelle autre demoiselle de son rang aurait certainement fait mieux. Un mince sourire se dessina sur son visage quand elle s'imaginait Emilia à sa place, sa chère dame de compagnie aurait certainement empli ce silence un peu gênant par sa verve habituelle, donnant ainsi du courage à Eleanor pour remplir son rôle. Mais malheureusement, Emilia n'était pas là et, de plus, depuis son retour à Vivesaigues, sa bonne humeur semblait s'être envolée, quels que soient les efforts qu'elle faisait pour y remédier. Réprimant un léger soupir, elle essaya tout de même de continuer et de donner un peu de corps à cette discussion, d'une voix qu'elle tenta de rendre assurée malgré sa timidité.

"Vous retourniez au château ? D'autres occupations vous ont appelé hors de nos terres ou vous tout avez simplement décidé de profiter du beau temps pour vous promener dans nos forêts alentours ?"

La Tully aurait été incapable de dire si ses questions étaient stupides, pertinentes ou, pire encore, intrusives. Mais c'étaient les seules qui lui étaient venues à l'esprit en réponse aux propos du lord, tandis qu'elle avait cherché tant bien que mal à trouver quelque chose d'intelligent à répliquer à ses propos.

Elle avait entendu de nombreuses rumeurs concernant le suzerain du nord. Il était aussi froid que le Mur qu'on trouvait loin là bas dans le Nord, voire pire encore, personne ne l'avait jamais vu sourire, ou tout du moins il avait éliminé les rares témoins qui auraient pu en témoigner, et il se nourrissait de viande crue au petit déjeuner. Si les premières rumeurs lui semblaient quelque peu justifiées mais un rien exagérées, elle avait de sérieux doutes quant à véracité de la dernière, bien qu'elle n'ait jamais partagé de petit déjeuner avec Lord Stark. Mais, une chose était certaine, elle n'irait pas lui poser la question d'elle-même, trop effrayée de la réponse qu'elle pourrait entendre. Et puis, comment pouvait-elle savoir ou non ce qui était habituel dans le Nord ? Un jour peut-être faudrait-elle qu'elle se renseigne à ce propos, pour savoir à quel point la rumeur était vraie ou pas.

Se demandant l'espace d'un instant quelles devaient être les rumeurs qui circulaient à son propre sujet, elle réalisa soudainement qu'elle n'avait pas répondu à la question du suzerain qui continuait de la regarder, la mine impassible et surtout, la dague dans la main, tandis que le silence les entourait de nouveau. La plupart des gardes avaient cessé de faire mine de regarder ailleurs pour observer la scène qui se déroulait sous leurs yeux, comme s'ils réalisaient bien mieux qu'Eleanor de son incongruité.


"Et bien…"

Elle cilla, son regard passant de la dague à Lord Stark, tandis qu'elle cherchait la réponse la plus appropriée. Malheureusement, rien ne venait et les secondes commençaient à se faire particulièrement longues tandis qu'elle n'arrivait à faire rien d'autre que le fixer dans les yeux, se mordillant la lèvre inférieure dans un signe de nervosité palpable. Difficile pour la jeune femme de dire comment elle s'était retrouvée en possession d'une telle arme et surtout, elle n'avait pas vraiment décidé si la dague était définitivement sienne ou pas.

"Non… enfin oui… elle est à moi. Mais je ne sais pas m'en servir. Donc je m'interroge sur l'intérêt de la garder si je ne suis même pas capable de la planter dans une souche morte qui n'essaie même pas se de défendre. Regardez vous-même…"

Son regard se détourna enfin tandis qu'elle soupirait de plus belle et qu'elle regardait la dague, sourcils froncés, comme s'il s'agissait d'un être vivant particulièrement désagréable et qui lui ruinait la journée. Elle tapota tout de même la souche, comme pour appuyer ses dires, ne réalisant qu'après avoir prononcé ces paroles que son activité était particulièrement inhabituelle, surtout pour une dame de sa condition. Mais le mal était fait, inutile de revenir en arrière et, tandis qu'elle guettait la réaction du Lord, elle maudissait de plus belle sa maladresse.
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Message Jeu 21 Mar 2013 - 21:39

Si les silences gênés avaient constitué un royaume, Beron en aurait sans le moindre doute été le monarque incontesté, tant par sa capacité à les créer ou à ne pas mettre fin à ceux engendrés par d’autres. Cela tenait probablement à son expression à laquelle l’on attribuait la capacité de refroidir jusqu’à l’air ambiant, mais en ce qui le concernait il avait largement tendance à préférer un silence permettant la réflexion plutôt que des mots inutiles brassés en boucle.

Alors que la Lady Tully l’entretenait sur les raisons de sa présence, le Stark profita de l’occasion pour observer plus en détails ses traits avec le même regard qu’il adressait à une carte la veille d’une bataille ou à l’épée d’un ennemi en charge : c’est-à-dire avec une intensité froide lui donnant un air vaguement courroucé tandis qu’il passait chaque élément en revue. La première chose qui le surprit fut sa peau uniforme et laiteuse, dans le Nord même les enfants en bas âge ou même les Dames de Winterfell ne pouvaient en avoir de pareille, le vent et le froid tannaient le teint. Mais l’on était ici bien loin des plaines grisâtres de sa terre natale, quoi de plus étonnant dans une région prospère de rivières qu’une noble de Maison suzeraine élève des jeunes femmes ainsi préservées ? Jouvencelle qui avait d’ailleurs en ses yeux le même bleu que l’eau, nota Beron entre deux réflexions sur la meilleure façon de renforcer les tours de surveillance sur les côtes occidentales de sa contrée.

Une, deux, trois secondes s’écoulèrent après la série de questions sans qu’il ne donne l’impression de vouloir y répondre ou même de vouloir passer pour un être vivant plutôt qu’une statue, tout simplement parce que le Lord prenait longuement en considération les conséquences de ce qu’il risquait de dire. Du point de vue de la décence l’on ne pouvait pas décemment affirmer à une lady que son propre frère avait tout du seigneur incompétent que ses vassaux risquaient de ne jamais respecter et que tout cela était la raison de sa présence en ces lieux, même lui qui n’était pas réputé pour ses talents diplomatiques en avait conscience. Mentir dans ce cas ? Cela sonnait terriblement fourbe et contraire à sa nature, mais puisque Face-de-pierre avait réussi à accepter des reitres dans ses rangs, il pouvait bien concéder quelques omissions.

« Je m’en retournais au château oui, mes hommes ne sont pas très loin. Quant à la raison de ma sortie je voulais chevaucher quelques temps pour réfléchir. »

Et voilà, autant d’informations offertes que celles demandées et aucune blessure à l’égo infligée par sa faute, à ses yeux la manœuvre avait parfaitement réussi, d’un point de vue extérieur son laconisme renforçait un peu plus le malaise naissant. Pour preuve la brusque retombée de silence que ni l’un ni l’autre ne semblait décidé à rompre, le tout devant des gardes curieux hésitant à faire quoi que ce soit plutôt que de poursuivre l’observation de cet étrange phénomène auquel ils assistaient. Peut-être Beron aurait-il dû surenchérir, mais s’il n’avait jamais réussi à trouver de sujet de conversation commun avec ses propres sœurs, le sang de son sang au côté desquelles il avait grandi, palabrer avec une Dame du Sud représentait la même facilité que l’escalade du Mur à mains nues. La guerre en cours, le Fléau qui avait tué son père peut-être ? Non, il n’aimait pas parler des morts, autant les laisser là où ils se trouvaient.

Finalement Lady Eleanor se décida à reprendre la situation en main, considérant la dague et l’incongruité de sa présence entre ses mains, dans le Conflans les femmes ne combattaient pas, à plus forte raison quand elles étaient de bonne naissance. Voir une jouvencelle armée et dans une tenue qui ne se prêtait certainement pas au combat avait quelque chose de surprenant, Face-de-pierre se surprit à vouer une curiosité sincère à ce sujet.

Elle confessa son incompétence notoire au maniement des lames, ce dont Lord Stark se doutait, mais ajouta une démonstration à l’exemple et effectivement, l’on aurait pu penser que pour la première fois de sa vie elle tenait une dague entre ses doigts. Chaque coup adressé à la souche avait peu d’impact et frappait selon un angle enlevant de sa vélocité à l’attaque, l’on ne perçait pas de la maille ou même des chairs avec pareille technique, du moins pas sans manier de l’acier valyrien tout juste sorti d’une des antiques forges du royaume perdu. Si le seigneur de Winterfell pouvait supporter bien des choses, comme la vue d’un guerrier découpé en deux ou la présence d’un fol professionnel –à grande peine dans le second cas cependant-, savoir qu’en temps de grands périls la jeune femme ne pouvait se défendre par elle-même lui devint rapidement impossible à considérer. Il hésita un instant à sortir sa propre arme pour lui faire une démonstration, mais cela aurait risqué de mettre en alerte les soldats de Vivesaigues à côté, aussi tendit-il la main, paume en l’air.

« Puis-je ? »

Le coutelas devenu sien, il ouvrit et desserra sa prise dessus à titre d’exemple, non sans avoir pris la peine de faire quelques pas pour se placer aux côtés d’Eleanor plutôt qu’en face d’elle, l’on ne soulevait pas d’acier contre une dame quel que fut le prétexte.

« L’arme doit devenir le prolongement de votre bras, pour ça tenez la fermement et une fois cela fait vous pourrez apprendre des mouvements de base comme ceux-ci. »

Promptement Face-de-pierre exécuta un coup ascendant contre un adversaire imaginaire dont il aurait percé le flanc avec la pointe de la dague, puis se retira pour frapper avec le fil contre une gorge inexistante, répétant plusieurs fois ces gestes avec la même concentration que lorsque lui-même se trouvait sur la piste d’entrainement ou en combat réel. L’objet pivota entre ses doigts et Beron tendit son bien à la Lady.

« Essayez, ce n’est pas plus difficile que de donner un coup de poing. »

Sur l’instant Lord Stark ne réalisa pas qu’une noble sœur d’un Lord suzerain du sud n’avait sans doute jamais fait usage de ses mains pour frapper qui ou quoi que ce soit, mais après tout la comparaison n’en demeurait pas moins rigoureusement exacte !
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Message Sam 23 Mar 2013 - 11:19

Visiblement, le peu de verve d'Eleanor ne semblait pas déranger outre mesure le suzerain dont le calme et la distance devaient en impressionner plus d'un. Mais la Tully était plutôt soulagée qu'il n'essaie par d'entretenir une discussion de façade, de parler de la pluie, du beau temps ou de tout autre sujet qui n'aurait fait qu'accentuer cette atmosphère déjà peu habituelle, même si la façon dont il avait de l'observer était quelque peu étrange. Pourtant, elle ne se sentait pas spécialement mal à l'aise sous le poids des prunelles sombres de lord Stark et, l'espace d'un instant, soutint même son regard, attentive aux infimes variations des traits du visage de l'homme qui se tenait face à elle et qui s'avérait bien moins impassible qu'elle ne se l'était figuré au premier abord. Il n'était guère dans ses habitudes de fixer quelqu'un de cette façon, mais il n'était pas plus dans ses habitudes de se retrouver dans une telle situation, ce qui ne manquait pas d'attiser quelque peu sa curiosité tandis qu'elle soufflait, d'une voix douce.

"Vous semblez contrarié."

Ce n'était pas vraiment une affirmation ni une question. La jeune femme se contentait d'énoncer une impression qui lui venait, ne réalisant qu'après coup qu'elle n'était peut-être pas des plus judicieuses. Peut-être avait-il toujours cette mine renfrognée après tout ? Cela voulait-il dire qu'il était toujours contrarié par quelque chose ? C'était tout à fait possible bien que plutôt ennuyeux pour lui, Eleanor ayant du mal à concevoir l'idée d'avoir toujours un souci ou une source quelconque d'agacement prêt à lui bondir dessus à chaque fois qu'elle ouvrait les yeux. Mais, après tout, il était le suzerain du Nord depuis longtemps déjà et son quotidien devait différer de celui de la jeune femme comme le jour de la nuit, les difficultés devaient abonder à un point tel qu'elle avait du mal à se l'imaginer.

"J'espère que votre promenade à cheval aura en tout cas été bénéfique à votre réflexion."

Eleanor hésita à ajouter quoi que ce soit, ne sachant pas vraiment si le lord serait intéressé par sa propre envie de refaire du cheval et, dans le cas contraire, s'il ferait mine d'écouter ce qu'elle dirait ou pas. Dans le doute et ne préférant pas rendre encore plus gênante une situation qui n'était pas des plus faciles à appréhender, elle préféra s'abstenir, laissant le silence les envelopper une fois de plus, tandis qu'elle sentait le regard des gardes tournés dans leur direction sans qu'elle comprenne pourquoi ils semblaient animés par une telle curiosité.

Lord Stark ne semblait pas plus enclin qu'elle à rompre le silence et la situation aurait pu durer longtemps sans la présence de la petite dague, source de tant d'agacement pour la jeune femme. Il lui était paradoxalement plus facile de parler de son incompétence avec les armes que de tout autre sujet d'autant plus que son interlocuteur semblait l'écouter avec intérêt voire une certaine curiosité. Sa démonstration fut encore moins convaincante qu'elle ne l'avait imaginé au départ et elle soupira de plus belle, hésitant un instant à se débarrasser pour de bon de cette arme aussi inutile que vexante.

A la demande du lord, elle hésita, sourcils froncés et arborant la mine butée qui pouvait être sienne lorsqu'elle était quelque peu contrariée. Il fallait dire qu'elle avait peur qu'il lui confisque son arme, arguant qu'elle n'avait pas à se préoccuper de ce genre de choses, mais, ne voyant pas vraiment quoi lui répondre sans paraitre impolie, elle lui tendit la dague avec une petite moue.

Sans le quitter des yeux, elle suivit les mouvements du suzerain avec une perplexité qu'elle ne chercha même pas à dissimuler. Eleanor ne s'était pas du tout attendu à ce qu'il réagisse de cette façon, à dire vrai elle n'avait pas réellement songé à ce qu'il pourrait dire ou faire.

La lame devait donc devenir le prolongement de son propre bras. Elle devait apprendre à tenir l'arme avant même de songer à pouvoir l'utiliser de façon cohérente. Après tout, c'était d'une logique imparable à laquelle elle n'avait même pas songé. Mais ce n'était que la deuxième fois de son existence qu'elle tenait une arme dans ses mains, la première ayant été, autant être honnête, un véritable fiasco aussi effrayant qu'impossible à oublier.

Les gestes du lord étaient nets, précis. Ce n'était guère surprenant, après tout, il maniait probablement des armes alors qu'Eleanor n'était même pas encore née. Tentant tant bien que mal de se rappeler de ses mouvements, elle fixa un instant la dague alors qu'il la lui tendait de nouveau et s'en saisit du bout des doigts, hésitante, tiquant sur les derniers propos du nordien.

Un coup de poing ? Comme si Eleanor pouvait avoir jamais donné un coup de poing à qui que ce soit durant toute son existence. Frapper quelqu'un n'était pas dans les attributions d'une lady, elle se doutait que tout de même, il devait en avoir conscience. Pourtant, elle hésita, se remémorant l'espace d'un instant les moments qui avaient suivi la mort de Ser Norbert. Son regard se voila, tandis qu'elle était plongée dans cette scène somme toute désagréable mais qui était en partie à l'origine de sa présence auprès de ce tronc d'arbre, avant qu'elle ne cille, fixant lord Stark, la mine interrogative.


"Je… j'ai frappé quelqu'un. Une fois. Une gifle. Cela peut compter comme un coup de poing ?"

Elle se redressa alors un peu plus, essayant tant bien que mal d'imiter les gestes du suzerain et ignorant totalement le regard des gardes, totalement éberlués par ce qu'ils étaient en train de voir. La jeune femme était concentrée mais n'arrivait pas à reproduire le mouvement qu'il lui avait montré. Visiblement, il y avait encore quelque chose qu'elle ne faisait pas correctement, mais elle aurait été bien incapable de dire quoi.

Elle était pourtant persuadée de tenir l'arme comme il l'avait montré, malgré sa poigne peu assurée et la difficulté qu'elle éprouvait à imaginer la dague comme… comment l'avait-il mentionné déjà ? Eleanor ne s'en rappelait déjà plus et soupira doucement, fixant la dague qu'elle agita sous son nez avant de baisser le bras de nouveau. Se tournant vers lord Stark, sourcils haussés, elle fit un léger mouvement de la tête, attendant un commentaire, un conseil sur sa façon de faire, son regard bien plus parlant que tout les mots qu'elle pourrait prononcer en cet instant.
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Message Dim 31 Mar 2013 - 19:56

Contrarié ? Lord Stark avait sensiblement autant de talent dans l’art de comprendre ses propres émotions que celles de son prochain, la colère, le ressentiment, la peur, tous ces concepts il arrivait sans peine à les identifier, mais quelque chose d’aussi « léger » qu’une simple contrariété, eh bien… Beron avait très tôt compris que son existence serait placée sous le signe du devoir, qu’il lui faudrait endosser la tâche qui lui incombait de par sa position d’ainé et s’était dès lors concentré sur son devoir plutôt que sur une éventuelle introspection. Qu’importait pareil ressenti quand les frontières de son domaine se voyaient constamment piétinées par des envahisseurs désireux de voler enfants et femmes ? L’on ne lui avait jamais fait pareille remarque non plus, même son fidèle mestre qui n’avait pas l’habitude de retenir ses mots en sa présence n’avait jamais employé ce mot. Contrarié.

« Je réfléchissais, ma Dame. »

A quoi, mieux valait éviter de l’aborder puisque cela n’avait rien de joyeux. Par politesse Lady Tully en vint ensuite au sujet de sa toute récente cavalcade dans les bois environnants, utilisant une fois encore un vocabulaire auquel Face-de-pierre n’était pas accoutumé. Jamais il n’avait envisagé sa sortie autrement que comme une fuite, provisoire certes, mais une fuite loin de son devoir pendant que les pirates Fer-nés continuaient à piller impunément ses côtes. Ses valeurs et sa nature butée ne cessaient de lui reprocher la façon dont cette première réunion s’était achevée, il aurait dû élever la voix et faire comprendre à l’enfant-seigneur que la convocation de son ban devait avoir lieu. Au lieu de cela il s’était retiré, la mine mauvaise et l’âme aussi froide que le Mur, tenaillé entre la nécessité d’agir et sa répulsion à donner des ordres à l’un de ses pairs, aussi jeune fut-il. Une fois de plus Beron mit quelques instants à remettre de l’ordre dans ses pensées avant de répondre et cette fois le résultat ne lui plut pas du tout :

« Merci, vos terres sont… feuillues. Le Conflans est une belle contrée. »

Sans doute assistait-on là à la dernière tentative de flatterie de la part du seigneur de Winterfell, un domaine où il se trouvait aussi gauche qu’un vieillard avec une épée dans les mains et qu’il se jura de ne plus arpenter pour le temps qu’il lui restait à vivre. Oh bien sur son expression ne varia presque pas pour illustrer son manque d’aisance dès que l’on touchait au social, du moins pas autrement qu’en se faisant encore plus dure avec des sourcils davantage froncés. Une fois sa démonstration finie il avait croisé les bras en observant Lady Eleanor s’emparer de l’arme et raconter ses propres expériences martiales. Effectivement à présent Face-de-pierre réalisait qu’une Dame du Conflans n’aurait jamais besoin de recourir à pareille violence, même dans le Nord les nobles dames ne s’adonnaient que peu à ce genre de choses, mais sa propre vision du sujet se trouvait biaisée par sa grand-mère d’origine Omble et l’impétuosité de sa propre sœur, Cylia.

« L’impact est moindre mais le risque de vous blesser en est aussi réduit. En frappant du poing pour peu que votre poignet ne soit pas parfaitement aligné avec votre bras vous avez de fortes chances de vous le casser au premier coup. »

Une pause.

« Cela peut compter, oui. »

Lord Stark la regarda ensuite essayer de reproduire les mouvements basiques qu’il venait de lui montrer et se dit intérieurement que si la jeune femme voulait jamais vaincre autre chose qu’une souche cela demanderait de longues journées d’entrainement auquel son statut ne laissait pas la place. Habituellement et malgré le total manque de diplomatie de pareille manœuvre il ne se serait pas gêné pour le lui faire remarquer, mais ce moment simple avec une personne ne venant pas aggraver son humeur par d’incessants bavardages l’apaisait d’une certaine façon. L’apprentissage des armes, loin des châteaux, loin des conseils de guerre, loin des cartes, loin de toutes ces préoccupations que Beron n’avait pas réussi à chasser durant sa chevauchée. Non pas qu’il considérait l’instant comme un agréable divertissement, ce genre de choses lui demeurait quasi inconnu, mais il ne désirait pas se trouver ailleurs et cela n’était pas arrivé depuis longtemps.

De son œil un rien exercé au maniement des lames Face-de-pierre nota plusieurs erreurs au niveau de la position et des mouvements de la jeune femme, au moins la prise que ces petites mains exerçaient sur la dague était-elle plutôt correcte, elle ne risquait pas de la lâcher ou de se blesser en laissant glisser la garde pour s’entailler la paume sur le fil de la lame. Quand cette nouvelle tentative s’acheva la Dame de Vivesaigues lui offrit un regard interrogatif auquel il tenta d’offrir les meilleures pistes comme réponse :

« La première chose serait de vous camper davantage sur vos appuis, ma Dame. Si vos pieds sont trop proches l’un de l’autre vous ne pourrez profiter pleinement de votre allonge sans vous déséquilibrer et donc ouvrir votre garde ou même chuter. Essayez comme ceci. »

Lord Stark se mit de profil, jambes écartées et les axes de ses pieds formant un angle droit à même de lui offrir la stabilité requise.

« De même, la force et la rapidité ne doivent pas seulement trouver leur source dans votre bras, votre épaule doit faire le gros de la tâche, c’est à elle que revient de fournir élan et impulsion. Comme ceci. »

Il répéta une fois encore les mêmes gestes, main vide pour faire cesser les aller-retours de l’arme entre lui et sa propriétaire, attaque d’estoc au flanc plus de taille au niveau de la gorge.

« Allez-y, placez-vous à mes côtés et réessayez en même temps. La dague fait partie de votre bras, la pointe n’est qu’un doigt que vous pointez pour désigner l’endroit où vous toucherez l’ennemi. »

L’espace d’un instant Beron eut une pensée pour ses propres hommes qui ne tarderaient sans doute pas à trouver son absence longue et à se lancer à sa recherche. Puis son esprit se concentra à nouveau sur le moment présent et sur cette Lady du Sud à qui il enseignait l’art de combattre.
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Message Mer 3 Avr 2013 - 18:11

Eleanor continuait de fixer lord Stark avec une curiosité dénuée de toute malveillance ou de gêne. L'attitude du Nordien était si différente de ce qu'elle avait l'habitude de voir, il ne semblait pas vouloir perdre son temps en palabres inutiles et, même si la jeune femme ne cessait de se demander si elle ne devait tout de même pas trouver un sujet de conversation convenable, tout du moins selon les critères de sa mère, elle ne pouvait s'empêcher de trouver la situation appréciable.

"Vos réflexions avaient l'air de vous contrarier en tout cas."

Visiblement, sa remarque à propos de sa promenade sembla quelque peu faire tiquer lord Stark, ou en tout cas était-ce l'impression qui se dégageait vaguement sous le masque impassible qu'il offrait à la jeune femme. Pourtant, elle ne voyait guère en quoi ses propos pouvaient poser le moindre souci. Peut-être l'avait-il trouvée trop audacieuse dans les quelques mots qu'elle avait prononcés, après tout, elle n'avait pas la moindre idée de la façon dont les dames du Nord se comportaient, déjà qu'elle avait du mal à appliquer toutes les subtilités qu'elle se devait de connaître sur le bout des doigts en tant que lady du sud.

La réponse pour le moins cryptique du suzerain déclencha un haussement de sourcil vaguement perplexe de la part d'Eleanor qui ne put s'empêcher de jeter des regards étonnés autour d'elle, ses yeux se perdant un instant dans la contemplation des arbres chargés de feuilles qui les entouraient et dont les couleurs changeantes rappelaient la présence de l'automne. Elle avait entendu beaucoup de qualificatifs à propos de sa région natale mais le terme de feuillues était pour le moins nouveau et, l'espace d'un instant, elle se demanda s'il n'y avait pas un sens caché qui lui échappait totalement. Réprimant une petite moue, elle préféra se focaliser sur le reste de ses propos, nettement moins complexes et auxquels elle pourrait répondre sans la moindre difficulté.


"Oui, le Conflans est un endroit très agréable, même si je n'ai guère de moyens de comparaison à dire vrai."

Haussant un sourcil, elle continua tout de même, reportant son attention sur lord Stark.

"Cela doit grandement vous changer du Nord j'imagine."

La jeune femme avait beau être curieuse et se demander à quoi pouvaient ressembler ces régions lointaines qu'elle ne verrait probablement jamais, il ne lui serait pas venu à l'idée de lui demander d'en parler plus longuement. Après tout, il devait avoir bien mieux à faire que s'entretenir avec elle de la faune et de la flore locales et sa propre attention fut rapidement captée par les quelques rudiments dans le maniement des armes qu'il semblait enclin à lui donner. Le Nord lointain pouvait largement attendre et c'est avec une attention grandissante que la Tully observa les moindres mouvement de lord Stark, la mine concentrée.

"Donc, si je vous comprends bien… Il vaut mieux gifler quelqu'un que le frapper avec le poing si l'on est pas habitué ?"

Penchant la tête sur le coté, pensive, son regard fixa curieusement ses mains. La droite était toujours bandée et douloureuse mais elle ouvrait et refermait les doigts de sa main gauche, affirmant sa prise sur la dague tandis qu'elle tentait de s'imaginer si elle serait capable de gifler de nouveau quelqu'un ou pas.

"C'était douloureux. C'est toujours le cas à chaque fois que l'on frappe quelqu'un ?"

Après quelques tentatives pour le moins approximatives, lord Stark répondit à ses interrogations muettes par des indications précises que la jeune femme tenta tant bien que mal de reproduire après avoir longuement fixé ses pieds, ou tout du moins l'amoncellement de tissus qui cachait sa petite paire de bottines nullement faites pour ce genre d'exercice. Eleanor tenta tout de même de suivre ses directives, enfonçant ses pieds dans la boue et essayant de comprendre ce qu'il entendait par se camper sur ses appuis. Elle haussa tout de même un sourcil interrogatif tandis qu'elle tenait la dague fermement.

"Mon allonge ? Ouvrir ma garde ?"

Si ces termes semblaient naturels pour lord Stark, ils étaient totalement nébuleux pour la jeune femme. Elle connaissait ces mots mais se doutait fort bien que l'utilisation qu'elle en faisait en temps normal différait grandement de ce dont parlait le suzerain. Pourtant, elle continua de suivre sagement ses indications et se plaça à ses cotés, sans se départir de cette petite moue concentrée qui ne la quittait plus depuis quelques minutes.

Lorsque le mot force fut prononcé, Eleanor fut incapable de réprimer une grimace sceptique tandis qu'elle remuait son épaule gauche, essayant vaguement d'imaginer qu'elle serait capable de lui fournir tout ce dont il parlait.

Si elle avait été dotée du moindre sens de l'humour, elle aurait probablement trouvé amusant de voir qu'elle avait totalement oublié la timidité et la gaucherie qui étaient souvent siennes lorsqu'elle se trouvait en présence d'un lord ou de toute autre personne devant qui elle devait se faire preuve de la grâce, de la retenue et de la répartie dignes de la maison Tully. Fort heureusement, Eleanor n'avait pas une seule seconde songé au fait que le nom de lord Stark avait été évoqué parmi tant d'autres comme une alliance possible pour le Conflans, sinon jamais elle n'aurait été en mesure d'agir comme elle le faisait, d'autant plus qu'elle avait totalement oublié la présence des gardes qui la fixaient, la mine éberluée pour la plupart et certains réprimant un sourire devant les gestes un peu maladroits de la jeune femme.

Elle continuait de se focaliser sur les mouvements que lord Stark lui avait montrés, ne prêtant pas réellement attention à sa mise ou au fait qu'il était probablement inconvenant d'avoir ses bottines enfoncées dans la boue, même si elle avait réussi tant bien que mal à les placer selon un angle droit comme il lui avait conseillé, ou encore sa robe qui trainait sur l'herbe et qui serait fort probablement irrémédiablement tachée si elle continuait de cette façon.

Au bout de plusieurs minutes d'un silence concentré, la jeune femme s'arrêta après un mouvement qui lui parut cette fois correspondre peu ou prou à ce que lui avait montré le Nordien et son visage se fendit d'un large sourire, à la fois timide et fier, tandis qu'elle attendait une fois de plus une réaction, plutôt positive cette fois, tout du moins elle l'espérait.
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Message Sam 13 Avr 2013 - 20:58

Peut-être Face-de-pierre n’était-il en fin de compte pas aussi indéchiffrable que sa réputation le laissait à penser car pour une fois quelqu’un d’autre avait vu juste, entre contrariété et préoccupation constante il n’y avait qu’un pas et de cette dernière Lord Stark en avait à revendre. Comment pouvait-il en être autrement ? Chaque message qu’on lui apportait depuis son départ dans le Sud, chaque nouvelle de sa terre natale, ne faisait état que de pillages, de morts, et d’enlèvements parmi les populations des côtes sans que ses vassaux puissent y faire grand-chose. L’hiver venait et avec lui les restrictions, l’on ne pouvait lever des armées entières lorsqu’il fallait s’occuper de champs qui ne tarderaient pas à finir sous un épais manteau de neige. Même inconsciemment Beron ne pouvait s’empêcher d’y penser, réalisa-t-il, mais cela il le garderait pour lui, en bon Nordien.

« Mon visage est ainsi fait, rien d’important. »

Sa pathétique tentative de compliment sur la région natale de la jeune Dame suscita chez cette dernière une réaction qu’il prit tout d’abord pour une tentative de moquerie. En effet, la jeune femme s’était risquée à un coup d’œil au décor les entourant comme pour vérifier la véracité de ses propos et la première impression du Lord fut d’y discerner un sarcasme par les gestes. Pourquoi aurait-il dû en être autrement ? En pareille situation son père l’aurait renvoyé sur la piste d’entrainement avec un coup de botte tout en le maudissant pour sa bêtise tandis que sa grand-mère aurait ri de lui jusqu’à chasser le gibier des environs à des lieues à la ronde. Et pourtant, et pourtant ! Il ne semblait y avoir que de la sincérité dans la réponse qui suivit, était-ce un trait typique du Conflans que de voir naître des Dames dotée de candeur ? Non, celles que Beron avait croisées auparavant n’avaient pas un caractère si… reposant, il n’y avait pas de meilleur terme.

« Eh bien les forêts du Nord sont plus denses que celle où nous nous trouvons, plus sauvages, et les arbres qui y poussent sont habitués à l’hiver si bien qu’ils ne se déplument presque pas. »

L’espace d’un instant l’idée de dire que le Bois-aux-Loups rivalisait presque en taille avec la contrée des rivières et des collines toute entière lui avait traversé l’esprit mais le peu de bon sens qu’il possédait dans l’art de la conversation le retint de rabaisser ainsi le fief des Tully. La question qui suivit lui donna matière à réfléchir quelques instants puis toujours avec cette voix froide il répondit :

« Selon les besoins de la situation il est fort probable que le coup de poing soit bien plus utile qu’une gifle qui au fond ne fait que peu de dégâts. La meilleure solution resterait donc de prendre l’habitude du coup de poing. »

Mais cela Lord Stark ne comptait pas l’enseigner à Lady Eleanor, c’était une chose d’offrir son expérience pour aider une jeune femme à se défendre en dernier recours, c’en était une autre de la transformer en pilier de taverne bagarreur. De plus elle ne lui avait en rien demandé de l’instruire en la matière pour l’heure. Lorsque la noble Riveraine s’enquit de la douleur qui venait avec les coups Face-de-pierre se demanda s’il agissait d’une simple curiosité ou au contraire d’une véritable envie d’en apprendre davantage sur le sujet. Dans le doute il préféra ne pas entrer dans les détails :

« Toujours, oui, les os sont très solides et le choc de l’un contre un autre fait souffrir quelle que soit la dextérité de l’envoyeur. L’on ne peut l’éviter même avec la main recouverte de maille et de plate. »

Son élève, puisque le titre semblait convenir en cet instant, assimila rapidement le début de ses conseils et se campa fermement sur ses pieds au détriment de la tenue qu’elle portait, détail que le Nordien taciturne remarqua à peine, trop concentré sur les éventuels progrès qui allaient éventuellement apparaitre. La suite cependant ne sembla pas trouver d’écho dans le vocabulaire martial de la Dame Tully et quoi de plus normal, il avait employé les mêmes mots que recrachaient constamment les maîtres d’armes à leurs disciples expérimentés. Avec les débutants rien n’était acquis, aussi Lord Stark chercha-t-il aussitôt à dissiper ce flou naissant. De la main il souleva légèrement le coude de Lady Eleanor pour qu’elle conserve le bras tendu.

« L’allonge est une frontière imaginaire, elle définit en quelque sorte le champ de bataille où vous pourrez frapper sans avoir à vous déplacer. Dans votre cas cette limite se situe au plus loin où peut aller la pointe de la dague grâce à la longueur de votre bras, en l’occurrence jusqu’…ici. »

Sans gestes brusques mais sans doute avec bien trop de familiarité si l’on regardait le protocole à respecter entre deux membres de Maisons Suzeraines, le seigneur de Winterfell lui fit ensuite ramener son arme devant elle avant de poursuivre.

« La garde quant à elle est elle aussi un concept imaginaire, l’on pourrait dire qu’il s’agit de votre forteresse personnelle car lorsque vous vous tenez ainsi votre lame fait barrage entre l’adversaire et le reste de votre personne. Lorsque vous n’attaquez pas votre garde doit constamment rester levée afin de vous protéger. »

Les secondes qui suivirent furent dédiées à la pratique tandis que la jeune femme imitait les gestes que lui-même effectuait désarmé à ses côtés. De quoi avaient-ils l’air l’on aurait pu se le demander, sans doute de deux fous à croire les regards que leur jetaient les soldats de Vivesaigues, lui l’énergumène frappant l’air avec du rien, elle la réincarnation en jupes de la Reine guerrière Nymeria. Après une nouvelle tentative la sœur de Lord Tully se tourna vers lui avec un sourire très chaleureux qui une fois encore n’avait nullement l’air feint, à cela il répondit… eh bien avec toujours cette même expression de bourreau s’en allant faire sa besogne mais avec peut-être quelques poils de sourcils un rien moins froncés.

« C’est bien mieux, avec un rien de pratique de temps à autres vous pourrez vous défendre contre quiconque n’est pas équipé pour la guerre. »


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Message Ven 19 Avr 2013 - 20:15

La répartie de lord Stark à propos de ses traits ne manqua pas de rendre la jeune femme un rien dubitative et, avant même qu'elle ne s'en rende vraiment compte, elle était en train de le dévisager, yeux plissés comme pour mieux le voir et mieux comprendre pourquoi son visage était fait de telle sorte à lui donner cet air contrarié. Il lui fallut de longues secondes avant de comprendre que son attitude pouvait être pour le moins inconvenante et son visage s'empourpra tandis qu'elle piquait du nez en direction de ses propres mains, un rien mal à l'aise. Cherchant plus à rompre le silence et à se donner une contenance qu'à réellement relancer la discussion, elle laissa échapper, son regard se perdant partout sauf en direction du suzerain.

"Je pense que vous êtes le meilleur juge pour savoir si ce sont des choses d'importance ou pas. J'espère en tout cas que vos contrariétés seront rapidement résolues."

Fort heureusement, le lord complimenta les alentours, d'une façon très étrange certes mais c'était tout de même un compliment, tout du moins Eleanor l'espérait sinon sa propre réponse aurait été totalement inappropriée. La conversation s'orienta alors, au soulagement de la jeune femme, sur un terrain peut-être moins glissant que celui des traits impassibles ou contrariés, selon l'humeur, de son interlocuteur. Délaissant enfin ses propres petites mains dont elle ne savait que faire maintenant qu'elle avait abandonné l'idée de savoir utiliser cette satanée dague, elle fixa le nordien, curieuse, écoutant ses quelques paroles avec une attention non feinte tout en essayant de dépeindre dans son esprit les forêts dont il parlait, avec un succès tout relatif.

"Cela doit être agréable alors de voir un peu de verdure tout au long des saisons. Mais les feuilles ne changent pas de couleur alors ? C'est ce que je trouve le plus appréciable ici. Les nuances que prennent les arbres lorsque l'automne s'installe. C'est là que l'on réalise que chacun d'eux est différent de son voisin, qu'il y a des subtilités auxquelles on ne prête aucune attention lorsque l'été est là mais qui se révèlent quand le froid arrive."

Son regard s'était fait un rien plus songeur tandis qu'elle jetait de brefs coups d'œil aux arbres alentours et qu'elle haussait les épaules, réalisant qu'elle avait peut-être un peu trop parlé et que son babillage pouvait l'agacer. Pour autant, une fois n'était pas coutume, elle ne s'arrêta pas et ses grands yeux bleus fixèrent ceux du lord tandis qu'elle reprenait, d'une voix toujours aussi douce.

"Elles doivent contenir bien plus de créatures dangereuses que nos propres forêts alors je présume. Le Nord vous manque ?"

Eleanor ne savait pas bien pourquoi elle avait posé cette question et elle secoua la tête, embrayant sur une question qu'elle jugeait, à tort d'ailleurs, nettement plus appropriée à la situation. Si elle avait comme un doute quant à la pertinence de connaitre les subtilités entre une gifle ou un coup de poing pour la lady qu'elle était, la jeune femme était tout de même curieuse, d'autant plus que lord Stark semblait sincère dans ses réponses. Laissant tout de même échapper une moue tandis qu'elle fixait sa main avec une curiosité croissante, elle répondit, d'une voix songeuse.

"Il faut donc savoir quand la situation est la plus propice à la gifle ou au coup de poing. Je vous avoue n'être guère habituée à réfléchir à ce genre de nuances. Et puis, c'est plutôt quelque chose de spontané non ?"

A la remarque du lord sur la douleur qu'occasionnaient les coups, la Tully garda un silence pensif. Pourquoi frapper quelqu'un si l'on savait que l'on allait avoir aussi mal que lui ? Peut-être parce que justement, le but était de blesser, quel qu'en soit le prix. Secouant la tête pour chasser ces pensées et se concentrer sur la leçon que le suzerain voulait bien lui enseigner, la jeune femme l'écouta de nouveau avec toute son attention, guettant le moindre de ses mouvements avant de laisser une nouvelle fois la perplexité l'envahir aux propos qu'il employait. Mais cette fois-ci, elle savait pourquoi elle ne le comprenait pas et lord Stark remédia rapidement à ces quelques lacunes, lui expliquant la différence entre l'allonge et la garde.

Toute concentrée qu'elle était sur les mouvements qu'il lui montrait, Eleanor ne prêta aucune attention aux gestes du lord, ne risquant pas de s'offusquer alors qu'il dirigeait son bras pour appuyer au mieux ses propos. Encore une fois, il était heureux que la jeune femme ne jette pas un seul regard à ses gardes qui allaient probablement avoir de quoi parler une fois cette singulière rencontre achevée.


"L'allonge et la garde sont donc des frontières toutes les deux. Celle pour attaquer et celle pour se défendre. Et il y a quoi entre les deux ?"

Tandis qu'elle parlait, Eleanor répéta les mouvements qu'il venait de faire avec son bras, la mine concentrée avant de s'affairer à reproduire tout ce qu'il lui avait déjà montré. Reconnaissante envers lord Stark pour la patience dont il faisait preuve, la jeune femme voulait lui démontrer que son temps n'était pas perdu et qu'elle l'avait observé avec attention.
D'une certaine façon, elle avait l'impression de reproduire des mouvements de danse, se replongeant l'espace d'un instant au cœur de leçons qu'elle maitrisait du bout des doigts, à la différence notable qu'elle ne tenait habituellement pas une arme dans sa main.

Après plusieurs minutes à s'exercer, la Tully, aussi fière d'elle qu'elle avait pu l'être lorsqu'elle avait réussi un pas de danse extrêmement complexe, se tourna vers son professeur, impatiente d'avoir une réaction. Son visage était toujours aussi impassible et, pendant une seconde, la jeune femme sentit une pointe de déception l'envahir, persuadée de s'être trompée quelque part. Mais peut-être avait-il dit vrai, que son visage était ainsi fait et qu'il ne souriait jamais. Son propre sourire se fit plus incertain mais les propos du Stark la rassurèrent, même si elle fixa la dague avec une légère moue sceptique.


"Je vous remercie. Mais... J'ai comme un doute quant au fait que je puisse m'exercer de temps à autre malheureusement. Difficile de s'entrainer seule et il est peu probable que le maitre d'armes accepte de me montrer des gestes comme vous le faites. Il serait capable de s'étouffer si je lui posais la question."

Eleanor ne plaisantait pas du tout, elle en était de toute façon totalement incapable. Elle imaginait très bien la réaction du maitre d'armes à sa requête ou, pire, à celle de sa propre mère si cette histoire parvenait jusqu'à elle. Cette image arracha un long soupir à la jeune femme dont le sourire s'était transformé de nouveau en une moue peu convaincue, tandis qu'elle fixait la dague pensivement.
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Message Ven 26 Avr 2013 - 15:02

Parler des arbres et des saisons tenait du sujet léger grâce auquel l’on avait coutume de faire plus ample connaissance, Beron le savait. Au Sud du Neck les dangers se faisaient moindres et l’on disposait de davantage de temps pour converser de tout et rien, dans son cas cependant le rappel de sa terre natale lui remémora quelques souvenirs peu appréciables. La côte occidentale du Nord continuait à saigner et Lord Stark s’autorisait une promenade dans les bois avant le banquet du soir ? Quelle opinion ses vassaux s’apprêtant à partir en guerre auraient-ils de lui s’ils le voyaient en cet instant, occupé à tergiverser avec une Lady Riveraine sans que cela concerne de quelque manière que ce fut la contre-attaque à venir ? Pire encore, que penseraient ses ancêtres qui pour la plupart s’étaient sacrifiés afin que leur région subsiste ? Brièvement en proie à des émotions contraires, Face-de-pierre répondit avec un débit de mot un rien plus rapide à la question posée, une part de lui ne désirait rien tant que de retourner au château maugréer au-dessus d’une carte des Iles de Fer tandis que l’autre refusait tout simplement de mettre fin à cet instant.

« Leurs feuilles ne sont pas les mêmes, ma Dame, dans le Nord la plupart des arbres ont des aiguilles qui tombent progressivement quelle que soit la saison, si bien qu’au cœur du Bois-aux-loups il est toujours difficile de voir le ciel. De plus nous avons bien souvent de la neige en été, aussi plutôt que diverses couleurs nous contemplons bien souvent du blanc. »

Beron ne connaissait que peu la faune vivant sur le domaine des Tully mais il ne croyait pas un seul instant que l’on puisse y trouver des bêtes aussi sauvage que dans les environs de Winterfell. Oh des ours et des loups il devait très certainement y en avoir, mais d’aussi hargneux et endurcis que ceux ayant passé un hiver long de plusieurs années dans la Couronne la plus froide ? Probablement pas. De même Lord Stark tenait pour acquis que jamais l’emblème même de sa Maison ne s’était aventuré jusqu’ici, l’on en avait plus aperçu au Sud du Mur depuis plus d’un siècle, et quelle chance que cela. Des bêtes se déplaçant en meutes et capables d’écharper un homme avec des crocs longs comme l’index, voilà ce dont les récits parlaient lorsqu’on se penchait sur ce que cachait autrefois le Nord. Probablement en proie à quelque génie de diplomatie selon ses standards minables, il tenta de modérer ses propos :

« Nous y avons quelques prédateurs, en effet, mais aujourd’hui il est devenu rare que des hommes en soient victimes. Sauf au plus fort de l’hiver. »

Certes, il y avait encore un peu de travail à faire pour égaler le niveau d’un maître en éloquence. Une fois revenu à des questions le mettant un rien plus à l’aise et touchant donc au martial, Beron répondit avec une simplicité emplie de ce pragmatisme typique de sa personne :

« Dès lors que vous êtes certaine d’un danger imminent le coup de poing restera toujours préférable, ma Dame, la gifle a davantage vocation à dissuader qu’autre chose, mais si la réaction est instinctive elle n’est jamais improvisée. Cela demande technique et rigueur pour frapper avec suffisamment de force et surtout au bon endroit. »

Lady Eleanor intégrait chaque nouvelle information avec une vivacité appréciable, même à Winterfell la plupart des femmes de haut lignage ne s’intéressaient guère aux armes ou n’avaient tout simplement pas le droit de s’y essayer. Sa propre sœur, Cylia, restait une exception notable mais Face-de-pierre lui trouvait parfois le même caractère intraitable que feu leur père, un caractère par bien des aspects semblable au sien, à vrai dire. La noble Riveraine l’interrompit pour obtenir diverses précisions et il tâcha de l’éclairer davantage.

« Eh bien entre les deux vous trouverez le lieu où la bataille se jouera, bien souvent si vous parvenez à toucher votre ennemi il se trouve déjà plus proche de vous que de votre allonge. C’est là que vous frappez et si la chance le veut que vous parvenez à le mettre hors combat avant qu’il ne passe sous votre garde. »

Une fois que l’exercice fut fini et que Beron l’eut félicité à sa manière dénuée de chaleur et un rien laconique, la bien-née ne sembla pas totalement satisfaite d’elle-même malgré ses rapides progrès pour un premier essai. Certes comme elle le disait il restait peu probable que le maître d’armes de Vivesaigues accepte de lui accorder des leçons, en ces terres quiconque voulait lever une lame devait se mettre au service d’un seigneur ou prêter les vœux du chevalier, il n’y avait aucune alternative. Lord Stark envisagea un temps de glisser un mot à Lord Tully mais dire que tous deux étaient en froid après cette première entrevue avec Lord Lannister tenait de l’euphémisme, jamais il n’accepterait pareille demande contraire à ses mœurs, surtout si elle venait de lui.
Avant que Face-de-pierre n’ait pu ajouter quoi que ce soit l’on entendit le bruissement de feuilles mortes lourdement piétinées ainsi que le cliquètement brouillon typique d’hommes en armures et montés à cheval. Et au détour d’un arbre se profila l’escorte nordienne dont les membres ne parvinrent pas à dissimuler leur surprise en apercevant leur seigneur en présence de Dame Tully, cette dernière tenant notamment une lame en sa présence. L’un d’entre eux, certainement le plus vif d’esprit du lot, rompit le silence :

« Euh… tout va bien, M’seigneur ? »

A vrai dire non, en cet instant rien n’allait, Beron réalisait qu’il avait apprécié ce temps passé en compagnie de la Riveraine et son regard se fit très dur pour celui qui incarnait un indésirable retour aux réalités. D’une voix monocorde et plus froide qu’un glacier, il articula :

« Je suis encore vivant, si c’est ce que vous vous demandez. »

Finalement Lord Stark se tourna vers Lady Eleanor, entrapercevant une opportunité pour ne pas se montrer impoli et prolonger cette entrevue improvisée.

« Ma Dame, acceptez-vous que nous vous escortions sur le chemin du retour jusqu’au château ? »
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Message Sam 27 Avr 2013 - 17:23

Fort heureusement pour Eleanor, la jeune femme n'avait toujours pas réalisé que c'était probablement la première fois qu'elle entretenait une discussion "normale" aussi longue avec un suzerain. Elle ne se sentait ni gauche ni particulièrement mal à l'aise, hormis quelques petites maladresses qui lui échappaient sans qu'elle n'arrive à faire quoi que ce soit.

Aux propos du lord, la jeune femme leva les yeux et fixa le ciel pensivement, essayant sans succès d'imaginer une forêt si dense qu'elle ne le verrait plus. Si elle remarqua la différence de ton dans sa voix, elle se contenta de lui jeter un regard curieux, sans comprendre l'origine de ce changement et lui offrit un sourire pensif.


"Ca doit être joli tout de même. Très différent d'ici mais joli."

Même la pensée d'une neige tout au long des saisons, très abstraite dans l'esprit de la jeune femme, n'arrivait guère à entacher la vision qu'elle pouvait avoir des forêts du Nord.

"Et vous avez souvent l'occasion de vous promener dans le Bois-aux-loups ? J'imagine que vos occupations ne doivent guère vous en laisser le temps."

Lord Stark avait l'air si sérieux qu'Eleanor avait un peu de mal à l'imaginer en train de faire de longues balades pour le plaisir, ne serait-ce que pour se changer les idées. En matière d'animaux sauvages peuplant les forêts du Conflans et d'ailleurs, la Tully était totalement novice et n'y connaissait strictement rien. Mais elle avait tout de même un minimum de bon sens et se doutait pertinemment que les terres du Nord devaient être peuplées d'animaux plus sauvages que celles qui bordaient Vivesaigues. Le terme de prédateurs la fit tout de même ciller, elle n'avait guère l'habitude d'entendre un mot aussi fort pour désigner des animaux. Le reste des propos de lord Beron le tempérèrent quelque peu mais les sourcils d'Eleanor s'étaient imperceptiblement froncés tandis qu'elle se faisait plus pensive.

"Il doit y avoir des… prédateurs partout j'imagine, le Nord ne doit pas avoir l'apanage de ce gens de victimes. Et elles ne sont donc pas si fréquentes que cela comme vous le dites si bien."

Difficile de dire si Eleanor approuvait les propos de son interlocuteur ou si elle essayait tout simplement de se convaincre à haute voix qu'ils ne craignaient rien, surtout à l'orée de ce bois et entourés par les gardes Tully. Etonnamment soulagée lorsqu'ils changèrent tous deux de sujet, elle l'écouta sans se départir de cette petite moue qui était la sienne lorsqu'elle écoutait une leçon de la Septa ou du Mestre de Vivesaigues.

"Je vous avoue que la seule fois où j'ai giflé quelqu'un, je n'avais même pas songé à fermer ma main et à lui donner un coup de poing. Donc, si je vous comprends bien… il faut apprendre à travailler ses réactions instinctives. Et comment est-ce que l'on peut faire ça ?"

Fronçant les sourcils de plus belle tandis que son regard passait du lord à sa propre main, elle ajouta, la mine interrogative.

"Je suppose que frapper droit sur l'armure de quelqu'un n'est pas tout à fait approprié et risquerait d'être fort douloureux. Le visage est donc le meilleur endroit où frapper ?"

A sa propre question, elle cilla, réalisant que ce n'était probablement pas le genre d'interrogation qui devait sortir de la bouche d'une lady. Une moue contrite se dessina sur ses traits tandis qu'elle jetait des regards inquiets tout autour d'eux, espérant que personne, à part lord Stark, n'avait entendu sa question. Les gardes continuaient d'observer le ciel, les arbres, bref, tout ce qui ne s'apparentait pas à cette scène des plus étonnantes. Certains sifflotaient même, comme pour feindre d'ignorer même ce qui se disait entre les deux nobles.

Fort heureusement, Eleanor put se concentrer sur les quelques exercices pratiques proposés par lord Stark, lui donnant l'impression qu'elle arrivait enfin à tenir cette petite dague sans avoir l'air totalement empotée et, faire également le parallèle avec ses cours de danse lui fit gagner une certaine assurance dans ses mouvements qui lui manquait cruellement au départ.


"Il faut donc accepter de laisser l'ennemi dépasser les frontières que vous m'avez indiquées si l'on veut porter un coup et espérer de ne pas rater sa cible. Cela demande beaucoup d'adresse et de rapidité."

Alors qu'elle parlait, la jeune femme fixait la dague dont elle tapotait le plat contre sa cuisse, une moue sceptique flottant sur son visage. Si elle avait réussi à acquérir un semblant de base, elle était loin de pouvoir se vanter de savoir s'en servir et il était peu probable, voire impossible, que les choses changent, réflexion dont elle fit part à lord Stark avec un certain fatalisme.

Avant qu'il n'ait le temps de lui répondre, son escorte fit irruption dans la petite clairière, faisant sursauter Eleanor qui ne s'attendait guère à une telle arrivée. Le silence qui les entoura alors rendit la jeune femme particulièrement mal à l'aise, dans qu'elle n'arrive à saisir pourquoi. La question du garde et la réponse de lord Stark ne firent rien pour arranger les choses, d'autant plus que le suzerain avait un ton de voix encore plus froid qu'elle n'aurait pu l'imaginer.


"Vivant ? Pourquoi ? Vous devriez être mort ?"

Plissant des yeux, son regard passait du lord à son escorte tandis qu'elle parlait et qu'elle ne cherchait pas à cacher sa perplexité. Le regard de celui qui avait parlé se posa sur l'arme que tenait la jeune femme en main et son visage s'empourpra tandis qu'elle passait les mains derrière le dos, essayant d'avoir l'air le plus innocent possible, avec un succès tout relatif.

Se tournant de nouveau vers lord Stark, elle le fixa, curieuse avant de souffler, d'une voix basse que seul le suzerain à proximité pourrait entendre.


"Vous avez de nouveau l'air contrarié, non ?"

A dire vrai, elle l'était aussi quelque peu, n'ayant guère apprécié d'être interrompue sans bien arriver à saisir pourquoi. Aux propos du lord, elle hocha doucement la tête avant de se rappeler brusquement quelque chose et de désigner ses gardes d'un mouvement de dague.
Haussant les sourcils et grimaçant, elle se résigna à ranger son arme et reporta son attention sur le suzerain.


"Oh j'aimerais beaucoup oui. Mais, je suis venue à pieds depuis Vivesaigues. La promenade est certes agréable mais vous n'avez peut-être pas envie de perdre trop de temps."

Si elle n'avait pas particulièrement envie de rentrer, l'idée de faire la route avec lord Stark en revanche ne lui déplaisait pas même si elle se demandait s'il ne faisait cette proposition que pour se montrer poli envers ses hôtes.
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Message Mar 14 Mai 2013 - 14:50

Joli. Oui le Nord pouvait l’être, de par sa taille il offrait une telle diversité de paysages que même son Lord Suzerain ne pouvait se targuer de tous les avoir contemplés sauf par le biais de cartes ou de notes griffonnés dans d’obscurs ouvrages de sa bibliothèque. Du Neck au Mur le paysage changeait sensiblement, et si l’esprit n’avait pas à se concentrer sur la difficulté d’y vivre l’on s’émerveillerait devant son charme sauvage et rude. A la remarque de lady Tully, Beron répondit :

« Je pense que le Nord vous plairait, ma Dame, sitôt l’hiver passé il sera possible d’inviter une délégation Tully à Winterfell pour la remercier de son hospitalité actuelle. »

Et ce serait aussi l’occasion de voir les progrès de Lord Tully avec quelques années de plus et une mauvaise saison à son actif, en dehors de leur devise coutumière les Stark tendaient à dire que l’on ne connaissait un homme qu’une fois confronté aux neiges. La noble Riveraine le questionna ensuite sur le Bois-au-loups et d’éventuelles promenades s’y déroulant, or le lieu ne s’y prêtait guère puisque les nombreuses cachettes que l’on pouvait y trouver offraient un refuge idéal à quelques brigands, sauvageons égarés, ou pire encore, déserteurs de la Garde de nuit. Plus d’un membre de sa Maison y avait péri ou y avait été blessé, que ce fut le fait d’un accident, d’une bête sauvage, ou d’une main malfaisante, mais une fois encore Face-de-pierre fit preuve d’un formidable effort de retenu pour filtrer ses propos, chose dont il se croyait incapable jusqu’à lors.

« Bien souvent ma famille ne se rend au Bois que pour la chasse, nous n’avons pas de tournois dans notre région et cela constitue l’un de nos loisirs principaux, la proximité d’avec Winterfell aide en cela. »

Au moins sa tentative pour dédramatiser ce qu’il avait dit sur les prédateurs de sa contrée avait-elle réussi dans une certaine mesure, Lord Stark hocha la tête pour marquer son approbation de ce que Lady Eleanor venait de conclure. Après tout le Nord n’avait pas le monopole des fauves, les Lannister n’arboraient-ils pas le lion des montagnes comme emblème alors que la vie poursuivait normalement son cours dans leur fief ?

« Les hommes sont beaucoup plus nombreux à mourir par la faute de leur prochain que sous les griffes de quelques bêtes, en effet. »

Nouveau et énième silence.

« Ou de maladie et de vieillesse, bien entendu. »

La Dame de Vivesaigues confessa alors avoir déjà eu l’occasion de donner une gifle à quelqu’un, ce qui surprit fortement Beron, le fait que les Dames du Sud ne se battaient jamais restait aussi ancré dans ses croyances que la richesse des terres du Bief même au plus fort de l’hiver. Il y avait là un rien de naïveté certes, chose qui n’affligeait le Nordien que lorsqu’il se hasardait à réfléchir aux domaines ne se trouvant pas sous son autorité. Toujours occupé à assimiler la chose, il fut pris de court par cette nouvelle question et y répondit du mieux possible :

« Eh bien avec de l’entrainement, cela dépend des réflexes que vous possédiez déjà avant de commencer à vous exercer. Tout varie d’une personne à l’autre. »

La noble Riveraine comprenait par elle-même certains principes élémentaires de combat en plus d’assimiler avec une certaine facilité les premières leçons, d’un point de vue purement martial elle disposait indubitablement d’un esprit vif mais étonnamment… calme. A la façon d’un des nombreux cours d’eau de sa région elle cheminait sans s’arrêter mais ne cédait pas au côté violent qu’avait l’océan, et cela était plus qu’appréciable. Face-de-pierre s’interrogea sur la niaiserie de cette image que ses pensées venaient de créer alors qu’il ajoutait :

« Frapper une armure ou de la maille ne fait que vous desservir dans presque tous les cas de figure, le mieux reste encore de frapper au visage, oui. Ou bien à la gorge ou sous la faille de l’aisselle. Un coup de poing sert à désorienter, que ce soit en sonnant les sens ou en gênant la respiration, il n’a pas d’autre vertu que de créer une brèche dans la garde adverse. »

Le fait que sa propre question ait pu embarrasser Lady Eleanor passa totalement au-dessus de la tête de Beron, il ne fallait jamais trop lui en demander dès lors que l’on touchait aux relations sociales. Aussi l’échange s’était-il poursuivi comme si de rien n’était jusqu’ la fameuse interruption de ses propres hommes partis à sa recherche après un délai loin d’eux trop long à leur goût. Toute l’hostilité contenue dans les propos lancés à l’homme d’armes avait clairement été ressentie par le concerné qui ne s’y attendait certainement pas, son seigneur ne se montrait que rarement plus imprévisible qu’un bloc de granit et cette exception avait de quoi choquer qui avait coutume de le fréquenter. Lord Stark glissa à Dame Tully :

« Même sur ces terres alliées mes hommes semblent penser que leur seigneur n’est pas en mesure de survivre seul plus de quelques minutes, hélas. »

Puis la voix de la Riveraine se réduisit à un murmure que lui seul perçut, laissant le Nordien perplexe quant à la manière d’y répondre. Devait-il murmurer lui aussi ou au contraire s’exprimer haut et fort pour ne pas avoir l’air de fomenter quelque complot obscur ? Devant cet affreux dilemme Face-de-pierre fit ce qu’il savait faire de mieux : Se taire. Il secoua simplement la tête en signe de négation.

Au moins Lady Eleanor accepta de faire route commune pour retourner au château, ils ne seraient pas contraints de mettre fin abruptement à cette entrevue, et lorsque la noble Dame lui fit remarquer que elle et ses gens se trouvaient à pieds, Lord Stark réagit promptement. Se tournant vers le bougre qui avait par mégarde interrompu l’un des trop rares moments de détente de son suzerain, il lui fit signe de mettre pied à terre avant de tendre le bras à la Riveraine et la conduire vers la monture délaissée.

« Cela ne fait rien, nous avancerons au pas pour que vos gens parviennent à suivre. Allez-y, je vous en prie. »

Le temps de l’aider à se hisser sur la selle et Beron s’en retourna à son propre cheval, ordonnant de se mettre en marche et n’ayant pas la moindre idée sur la façon de poursuivre une conversation maintenant qu’aucune arme n’était dégainée.
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Message Sam 18 Mai 2013 - 17:07

Eleanor ne réalisait pas que la naïveté de ses questions ou de ses remarques concernant le Nord pouvaient mettre lord Stark mal à l'aise voire le déranger fortement. Il répondait à tout ce qu'elle disait avec un calme qui n'était pas pour lui déplaire, sans qu'il ne cherche à enjoliver la situation ou à la flatter sur la pertinence de ses propos. A sa remarque sur une possible visite à Winterfell, la jeune femme hocha vivement la tête, son regard se faisant plus brillant à l'idée de découvrir un nouvel endroit aussi vaste et différent de ce qu'elle avait pu connaitre jusqu'à présent.

"Ce serait un vrai plaisir que de faire cette visite et de découvrir les paysages dont vous m'avez parlé."

Inutile d'en rajouter ou de parler de l'hiver qui risquait probablement de durer des années et qui rendrait une visite certainement bien plus lointaine qu'elle ne pouvait l'imaginer.

A l'évocation de la chasse et des tournois, Eleanor ne put s'empêcher de répondre, avec une spontanéité qui lui fit monter le rouge aux joues au moment-même où elle parlait.


"Vous ne perdez absolument rien à ne pas avoir de tournois dans le Nord… enfin… ce n'est pas que je ne les aime pas, c'est que… enfin… vous chassez donc. C'est bien."

Les tournois, à partir du moment où Eleanor avait été suffisamment âgée pour être un parti plus qu'intéressant, avaient toujours été pour elle une source d'anxiété. L'idée qu'elle soit incapable de faire honneur aux siens, qu'elle les ridiculise par un propos déplacé ou qu'elle ne sache tout simplement pas quoi répondre à tous ces chevaliers ne la quittait jamais et une part d'elle aurait bien aimé ne jamais avoir à assister à d'autres tournois de toute son existence.

Fort heureusement, le suzerain ne lui laissa guère le temps de se pencher plus en avant sur la question des tournois, les quelques propos qu'il laissa échapper laissant la jeune femme un rien perplexe. L'espace d'un instant, Eleanor ne sut pas vraiment quoi répondre à ce qu'il venait de dire. Il avait bien évidemment raison mais la façon dont il avait présenté les choses était quelque peu surprenante.


"Il faut plus craindre les hommes que les animaux donc. Et la maladie ou la vieillesse, mais, pour cela, nous n'y pouvons pas grand-chose."

Plutôt que de laisser le silence envahir de nouveau la petite clairière, Eleanor préféra poser les questions que les explications du lord avaient soulevées. Elle était curieuse, trop peut-être, et n'avait, une fois n'est pas coutume, aucune difficulté à faire part de ses interrogations à celui qui n'était, après tout, qu'un inconnu ou presque.

Hochant une nouvelle fois la tête aux explications du nordien, elle songea à ses propres réflexes, probablement bien développés grâce à sa pratique régulière de la danse. Peut-être que cela pourrait lui être utile si elle devait de nouveau être confrontée à un agresseur, mais elle n'en était pas vraiment convaincue quand bien même elle avait l'impression de comprendre rapidement les enseignements du lord.


"Je vois. Frapper quelqu'un ne doit être que le premier pas avant le reste, ça n'est pas suffisant en lui-même. Il ne faut pas se concentrer uniquement sur ça donc."

Sa mine s'était faite plus songeuse mais, avant qu'elle n'ait le temps de se pencher plus avant sur ce sujet pour le moins nouveau dont elle ne saisissait guère toutes les subtilités, les gardes de lord Stark avaient fait une apparition pour le moins remarquée, l'attitude du suzerain changeant avec une rapidité qu'elle ne pouvait pas ne pas voir. Le fixant longuement sans cacher sa curiosité, elle laissa tout de même échapper à sa remarque, sans en avoir bien entendu saisi l'ironie.


"S'ils vous pensent incapable de survivre plus de quelques minutes sans eux, pourquoi vous ont-il laissé seul aussi longtemps ?"

Nulle critique de la part de la jeune femme, simplement une intense perplexité quant à cette situation peu habituelle et surtout face à l'attitude du suzerain qui, malgré sa dénégation, semblait réellement contrarié par l'arrivée de ses gardes. Peut-être s'attendait-il à ce qu'ils arrivent plus tôt ou alors qu'ils agissent autrement. Impossible pour la jeune femme d'avoir ne serait-ce que l'ombre d'une réponse à cette interrogation et, plutôt que de se perdre en tergiversations inutiles, elle se contenta de hocher la tête à la proposition de lord Stark, bien qu'un peu désolée pour le garde qui venait de perdre sa monture.

Fixant alors le cheval que lui présentait le suzerain, elle réprima une petite moue, se demandant vaguement comment elle allait pouvoir tenir sur une telle selle, d'autant plus qu'il était hors de question pour elle de se tenir à califourchon sur une monture. Elle ne l'avait jamais fait et ce n'était pas aujourd'hui qu'elle allait se couvrir de honte devant un des invités de sa Maison. Après quelques secondes de réflexion, elle laissa échapper d'une voix très basse.


"Je vais avoir besoin de votre aide pour monter. Enfin encore plus que je n'en aurais eu besoin en temps normal."

Désignant son bandage d'un geste du menton, elle n'attendit guère l'assentiment du lord pour prendre appui sur son épaule de sa main valide de tout son poids, ce qui au fond, ne serait pas grand-chose pour le Stark. Accrochant son pied dans l'étrier, elle se hissa tant bien que mal, manquant plusieurs fois de tomber sur son appui, sa main dérapant jusqu'à ce qu'elle se décide à serrer l'épaule du lord de toute ses forces.

"Oh, je suis navrée, je ne voulais pas… désolée…"

Elle avait réussi tant bien que mal à se retrouver sur le cheval sans avoir l'impression qu'elle allait tomber et elle ne se décida à relâcher l'épaule de lord Stark que pour s'accrocher à la selle de toute ses forces. Observant le suzerain rejoindre sa propre monture, elle essaya de se caler de son mieux et, d'une simple pression du talon, réussit à faire avancer le cheval qui se montrait d'une docilité qui ne pouvait que la soulager.

Le silence n'était pas quelque chose qui dérangeait Eleanor, en cet instant encore moins que d'habitude, la jeune femme n'ayant pas songé au fait qu'il leur faudrait probablement trouver un nouveau sujet de discussion maintenant que leur petite séance d'entrainement était terminée. Si elle avait eu un peu de mal à garder l'équilibre sur le cheval durant les premières secondes, maintenant qu'elle avait réussi à maintenir convenablement son assise Eleanor réalisait que c'était la première fois depuis sa mésaventure qu'elle remontait en selle. Un sourire songeur se dessina sur son visage tandis qu'elle laissait échapper à lord Stark dont la monture se trouvait juste à ses cotés.

"Cela faisait des semaines que je n'étais plus remontée à cheval, ma main ne pouvant pas me permettre d'avoir une prise suffisamment ferme pour tenir les rênes d'un cheval sans courir le risque de me faire renverser. J'avais oublié à quel point cela pouvait me manquer."

Jetant un bref regard aux alentours, elle remarqua alors subitement que les gardes, Tully comme Stark, se tenait particulièrement à l'écart des deux chevaux. Fronçant les sourcils, elle cala un peu mieux sa main bandée contre elle et continua, d'un ton toujours aussi bas de sorte que seul le suzerain serait en mesure de l'entendre.


"Pourquoi restent-ils autant à l'écart ? Il y a quelque chose qui cloche ?"

Ses gardes n'étaient jamais comme ça, aussi distants mais elle était incapable de savoir s'il en était de même pour les autres qui les accompagnaient. Laissant filer un silence pensif tandis que les chevaux continuaient d'avancer docilement sans qu'elle ait à faire le moindre geste, la jeune femme laissa échapper, la mine interrogative.

"Qu'allez-vous faire maintenant ? Enfin, quand nous serons rentrés."

La question était particulièrement vaste, elle en avait pris conscience au moment où elle l'avait posée. Mais la jeune femme réalisait qu'elle ne demandait pas cela par pure politesse. Elle voulait réellement savoir ce qu'allait faire lord Stark, aussi bien une fois revenus à Vivesaigues que dans les jours qui suivraient.
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Message Mar 21 Mai 2013 - 22:06

Encore une fois Dame Eleanor réussit à contredire Beron sur ce qu’il attendait de la part d’une native du Sud, dans son imaginaire les femmes bien-nées du Conflans devaient adorer les tournois pour l’occasion de se réunir qu’ils offraient, par ce biais elles pouvaient se mêler à leurs pairs et profiter d’un divertissement typiquement chevaleresque. Dans le Nord il n’y avait ni le temps ni le contexte requis pour s’adonner à ce genre de passe-temps, le principal handicap à cela résidant bien entendu dans le fait que pour qu’il y ait tournoi il fallait disposer de chevaliers. Or, dans sa région l’on ne trouvait de tels individus qu’au service de la Maison Manderly, cette dernière étant la seule dévouée aux Sept. Comme dit en lieu et place de tout cela les Stark s’adonnaient à la chasse, bien que Beron ait personnellement horreur de cette activité elle lui permettait de quitter les murs de Winterfell pour d’autres raisons que la guerre, la justice, ou la diplomatie.

Les échanges entre le Lord Nordien et la Lady suzeraines s’étaient naturellement prolongés jusqu’à cette fameuse interruption par son escorte ayant finalement retrouvé sa trace. Adopter une attitude différente pour s’adresser à autrui au cours d’une même situation représentait une difficulté certaine pour l’inadapté social qu’était Beron, aussi eut-il quelques peines à ne pas répondre de cette même manière courroucée à Lady Tully lorsque celle-ci l’interrogea sur ses derniers propos. Son ton fut donc sec et bourru, mais même lorsqu’il essayait de se montrer aimable un œil extérieur ne remarquait que bien peu de différences :

« Ils m’ont laissé seul quelques instants parce que je le leur avais demandé, ma Dame, je reconnais le besoin d’avoir une escorte en ces temps de guerre mais comme moi vous savez que cela peut s’avérer pesant. »

Lorsque Face-de-pierre la conduisit jusqu’à sa nouvelle monture libérée de son précédent occupant la noble Riveraine sembla un instant contrariée sans que le taciturne personnage parvienne à comprendre pourquoi. La bête n’avait pas l’air malade, pas plus qu’elle n’avait l’air épuisée, et sa selle comme les diverses lanières constituant son attirail ne souffraient pas de l’usure, un très vague instant il alla jusqu’à supposer que la robe de l’animal n’était pas à son goût et commença à envisager transformer en piéton un autre de ses soldats pour en trouver un lui convenant mieux. Ainsi fonctionnait Beron, terriblement froid et distant dans certains cas, mais implacable lorsque confronté à une situation de crise, même si cette dernière ne consistait qu’en un simple problème de couleur. Avant qu’il ne puisse exprimer à voix haute la brillante conclusion de son cheminement mental Lady Eleanor lui murmura la source du problème qui au final s‘avéra bien plus gérable qu’envisagé. Alors que la jeune femme prenait appui sur son épaule sans que le Nordien le remarque outre mesure, il ajouta :

« Ce sont des bêtes disciplinées, je pense que celle-ci ne vous posera pas trop de soucis, ma Dame. »

Puis un incident fut évité de justesse lorsque la Riveraine manqua chuter et eut le bon réflexe de s’accrocher fermement à son écuyer suzerain pour maintenir son équilibre, plutôt que de s’offusquer ou même faire un trait d’esprit Lord Stark se contenta d’opiner du chef sans froncer les sourcils plus que de coutume. Par ce biais il entendait tant signifier qu’il n’y avait pas matière à présenter d’excuses que saluer sa vivacité face à un danger potentiel, libre à quiconque d’interpréter ce langage des gestes comme il l’entendait.

Une fois en selle à son tour Face-de-pierre garda le regard fermement rivé sur la route au-devant d’eux tandis qu’ils s’en retournaient tranquillement vers Vivesaigues, sa volonté présente de ne pas laisser cette conversation dépérir ne parvint que paradoxalement à lui donner un air plus renfermé que jamais, à essayer de trop bien faire l’on arrivait parfois au résultat opposé. Fort heureusement Lady Eleanor lui tendit une perche secourable dans ce gigantesque marasme parfois inutile que représentait l’art de discuter pour le plaisir et lui parla tant de son état de santé que de son attrait pour l’équitation. Par politesse Beron n’avait pour l’heure pas abordé le cas de ce bandage mais persistait à s’interroger sur son origine, peut-être une mauvaise chute justement en s’adonnant à ce genre de promenades montées ? Il doutait que quiconque puisse se blesser de la sorte en pratiquant la broderie mais le taciturne personnage ne faisait pas office de spécialiste en la matière, et de loin.

« Il y a plus de trois cents lieues d’ici à Winterfell en rejoignant la Route royale, c’est un long voyage qui vous donnera l’occasion de chevaucher autant qu’il vous plaira si votre frère accepte l’invitation que je lui enverrai une fois l’hiver terminé. »

Hiver qui pouvait durer bien des années, ils n’avaient aucun moyen de deviner à l’avance mais une croyance populaire voulait que bien souvent la froide saison perdure au moins aussi longtemps que l’été la précédant, c’est-à-dire dans le cas présent environ trois ans. Si l’on ajoutait à cela l’éventualité que l’assaut à venir sur les Iles de Fer se transforme en fiasco et que son armée se voit contrainte de repartir vaincue dans sa région ce délai pourrait aisément se transformer en une décennie entière si cette nouvelle rencontre avait jamais lieu. Et tout cela… ne plaisait pas à Lord Stark, assurément, de même que l’interruption par ses propres hommes l’avait courroucé intérieurement l’éventualité de ne pas tenir cette promesse implicite le contrariait beaucoup. Lady Eleanor attira une fois encore son attention tandis qu’il ruminait de sombres pensées pour lui faire remarquer que leurs gens respectifs maintenaient une distance de sécurité derrière eux, ce qu’il appréciait sans pour autant comprendre toutes les implications de cette initiative.

« Je pense qu’ils ne souhaitent pas entendre nos échanges, ma Dame. »

Vint ensuite une question que Beron avait refusé de se poser depuis la fin de cette calamiteuse première rencontre avec ses pairs suzerains, qu’allait-il faire à présent. Une seconde réunion aurait peut-être lieu pour la forme mais si la première n’avait pas offert le résultat escompté il n’y avait certainement rien à attendre de plus de la part de Lord Tully. Lord Lannister s’avèrerait probablement plus prometteur, lui était un homme fait qui avait vu de ses propres yeux les ravages causés par les pirates et le Nordien essayerait de s’entretenir en privé avec lui, quitte à laisser le Conflans derrière lui et à rejoindre l’Ouest pour ce faire. Bien entendu ces considérations ne seraient pas exprimées à voix haute, il ne voulait toujours pas parler en mal du propre frère de la Dame en sa compagnie, aussi se contenta-t-il de dire :

« Les discussions se poursuivront quelques avec votre frère puis je convoquerai mon ban tout en faisant route vers les côtes pour l’assaut sur les Iles de fer, ma Dame. Une fois que tout sera terminé nous regagnerons le Nord en prévision de l’hiver. Avez-vous des projets pour votre part ? »

Les portes de la forteresse jaillissant de la rivière firent leur apparition au loin, bientôt cette rencontre toucherait à sa fin et tous deux s’en retourneraient à leurs modes de vie radicalement opposés. Cette perspective le rendit encore plus maussade sans que Face-de-pierre ne parvienne à se l’expliquer, certes la noble Riveraine ne correspondait pas à l’idée qu’il se faisait des Dames du Sud ou ne ressemblait en rien aux femmes Nordiennes qu’il avait côtoyées auparavant mais cette contrariété impossible à chasser le surprenait. Lorsque finalement ils parvinrent au pont-levis et que déjà des garçons d’écuries prenaient leurs montures par la bride Beron sauta à terre pour aider Lady Eleanor à rejoindre le sol, une fois cela fait il inclina la nuque avec raideur en guise de salutation et conclut par :

« Je suis heureux d’avoir pu parler avec vous, ma Dame, je vous reverrai probablement au moment du départ. Passez l’hiver loin du danger. »

Et avec ces dernières politesses Lord Stark s’éloigna, nullement satisfait. Nullement.

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Message Ven 24 Mai 2013 - 21:01

Il était difficile pour Eleanor de savoir si le suzerain du Nord appréciait ou non ses propos et, si en temps normal elle se serait inquiétée à l'idée de voir l'image de sa Maison ternie parce qu'elle pouvait dire ou faire, en cet instant, elle songeait plus à l'image qu'elle pouvait donner d'elle-même et non pas de la famille Tully. Et, sans bien savoir pourquoi, elle tenait à ce qu'il garde un bon souvenir d'elle lorsqu'il quitterait Vivesaigues, quand bien même il était peu probable qu'ils puissent se recroiser un jour.

Certes, il venait d'inviter la maisonnée à venir leur rendre visite une fois l'hiver terminé mais, quand bien même elle désirait vraiment faire ce voyage, elle se devait d'être réaliste. D'ici à la fin de la mauvaise saison, la Tully serait probablement mariée et se trouverait loin de Vivesaigues, sans être à même de répondre à l'affirmative à une telle proposition. Cette pensée la fit ciller et froncer imperceptiblement les sourcils tandis qu'elle se sentait légèrement agacée à l'idée de ne jamais recroiser le nordien lorsqu'il aurait passé les portes du château pour la dernière fois.

Peut-être était-ce tout simplement parce qu'elle se rendait enfin compte de la facilité qu'elle avait eu à lui parler, sans se sentir mal à l'aise ou maladroite, sans avoir l'impression de ne pas savoir quoi dire ou faire pour se conformer à l'image qu'elle devait donner d'elle-même.
La discussion était facile, les silences n'étaient pas gênants et, pour c'est probablement pour cela qu'Eleanor n'apprécia pas vraiment d'être interrompue dans ce moment qu'elle ne saisissait pas encore comme particulièrement atypique pour ne pas dire unique en son genre.

Si lord Stark semblait lui aussi contrarié, en tout cas encore plus que d'ordinaire, il essayait visiblement de ne rien en laisser paraitre, tout du moins était-ce l'impression qu'éprouvait la jeune femme. A sa réponse, elle hocha la tête et soupira sans même chercher à le dissimuler lâchant, après un bref regard à sa propre garde, de cette voix basse que seul le suzerain pourrait entendre.


"Oui vous avez tout à fait raison. Sur les deux points. Leur présence est nécessaire mais je vous avoue que, parfois, j'aimerais pouvoir apprécier de nouveau quelques réels instants de solitude."

Inutile d'ajouter que, depuis son enlèvement, elle souffrait d'autant plus d'une surveillance accrue de la part des gardes de Vivesaigues. Eleanor ignorait ce que pouvait savoir le lord de cette histoire et, une part d'elle n'avait guère envie de lui raconter cet évènement qui l'emplissait toujours de cet étrange mélange de honte et de tristesse.

Lorsqu'elle s'approcha de sa monture temporaire, elle n'eut guère l'occasion de voir si son hésitation et sa contrariété à l'idée de ne pas être capable de monter de nouveau avaient pu être entraperçus par le suzerain dont les traits ne varièrent pas tandis qu'il restait à ses cotés, attendant visiblement qu'elle se décide à se hisser sur le cheval.


"Il a effectivement l'air on ne peut plus docile."

Ses propos et ceux du lord furent confirmés lorsque la jeune, prenant tant bien que mal appui sur le lord, se hissa sur la monture qui ne tressaillit ni ne broncha, se contentant d'attendre qu'elle ait fini de s'installer et de se cramponner au pommeau à toutes forces.
L'idée d'une nouvelle chute lui traversa l'esprit un instant avant qu'elle ne savoure le plaisir de se retrouver à cheval et elle chassa bien vite cette vision et de tous les souvenirs qu'elle pouvait engendrer, se focalisant sur le suzerain chevauchant à ses cotés.

Eleanor n'avait pas réellement remarqué qu'il était encore plus taciturne que d'ordinaire, toute concentrée qu'elle était à se maintenir au mieux sur une selle nullement adaptée à porter une lady en amazone et sur les questions qui affluaient son esprit à propos du lord et de ce que l'avenir lui réserverait.

L'idée de chevaucher sur une aussi longue distance pour se rendre à Winterfell n'était pas pour lui déplaire. Tout plutôt que de prendre le bateau mais cela, elle ne pouvait guère l'évoquer à haute voix et puis, ce n'était pas tant l'idée de faire un tel voyage qui lui plaisait mais celle de rendre visite au suzerain et de découvrir l'univers dans lequel il vivait.


"C'est un long voyage qu'il me plairait vraiment de faire. J'espère sincèrement que mon frère acceptera votre invitation lorsque vous la ferez. Ce serait une joie pour moi de découvrir Winterfell et ses alentours."

Tandis qu'elle chevauchait, gardant le silence quelques instants, elle songea que, peut-être le lord n'aurait pas envie de les inviter une fois l'hiver terminé. Après tout, il pouvait se passer bien des choses d'ici là et il aurait probablement des affaires nettement plus pressantes et importantes plutôt que de songer à inviter de lointains voisins rencontrés des années auparavant. Pourtant, Eleanor ne voulait pas dire tout haut ce qui lui venait à l'esprit, ne désirant pas briser l'idée que peut-être, un jour, elle pourrait s'apprêter à faire ce long voyage à son tour.

Jetant un bref regard aux gardes, elle interrogea lord Stark dont la réponse la laissa passablement perplexe, même si, à bien y réfléchir, cela rejoignait l'idée d'avoir cette présence continuelle, parfois trop pesante à supporter. Finalement, elle était heureuse de ressentir ce semblant d'intimité, même si elle n'arrivait absolument pas à saisir pourquoi ils pouvaient bien agir de la sorte. La Tully laissa tout de même échapper d'une voix songeuse.


"C'est… prévenant de leur part. Même si nos échanges n'ont rien de secret non ?"

La jeune femme n'attendait pas réellement de réponse à sa question, persuadée de la connaître par avance. Elle avait beau chercher, rien dans tout ce qu'elle avait pu dire à lord Stark pouvait lui donner l'impression de devoir rester confiné sous le sceau du secret. Mais, peu importait, les portes de Vivesaigues se dessinaient bien trop vite tandis qu'il répondait à sa question. Son cœur se serra, même si elle s'attendait à cette réponse et elle laissa filer, toujours sur ce ton aussi bas.

"J'espère de tout cœur que vous réussirez dans votre entreprise et que cet assaut sera couronné de succès sans que vous ayez trop de pertes à déplorer."

A mesure qu'elle parlait, Eleanor avait l'impression que ses mots étaient creux, comme si elle récitait une phrase toute faite et l'idée qu'il puisse penser la même chose l'agaçait fortement. Pourtant, elle n'arrivait pas à dire à haute voix la peur qui pouvait l'étreindre à l'idée que quiconque puisse affronter les fer-nés et imaginer que lord Stark puisse se retrouver face à face avec l'homme qu'elle avait croisé la fit frissonner tandis que ses mâchoires se contactaient brusquement.

Préférant oublier sa piètre réponse et l'effet négatif qu'elle ne manquerait pas d'avoir sur le suzerain, Eleanor se focalisa l'espace d'un instant sur la propre question du lord, incapable de savoir quoi répondre. Se mordillant la lèvre inférieure, elle se décida tout de même à parler, son regard rivé sur le château et ses sourcils se fronçant imperceptiblement.


"Je n'ai pas de projets précis non, si ce n'est attendre des nouvelles de ce qui se passera sur les iles de Fer. Rien n'a encore été décidé pour mon avenir et avec l'hiver qui arrive, je pense que d'autres préoccupations vont accaparer tout le monde."

Elle se contenterait de tenir le rôle qui lui incombait depuis des années. Veiller sur les siens, rester auprès de sa mère et continuer à apprendre comment tenir une Maisonnée aussi grande que celle de Vivesaigues en attendant que le moment de faire son devoir et de se marier pour appuyer les Tully vienne l'emmener loin de chez elle.

A peine eut-elle le temps de se faire cette réflexion qu'ils étaient déjà arrivés et qu'ils mettaient tous les deux pied à terre. Fixant lord Stark qui lui faisait ses adieux, elle resta un instant interdite, réalisant qu'elle n'aimait guère la façon un peu brusque dont il avait de prendre congé, sans bien arriver à saisir pourquoi. Cillant, elle réussit tout de même à répondre avant qu'il ne s'éloigne.


"J'ai beaucoup apprécié ce moment messire. Et merci pour vos enseignements, je tâcherai de ne pas les oublier."

Incapable d'ajouter quoi que ce soit qui ne sonnerait pas faux et qui arriverait à transmettre ce qu'elle pourrait ressentir en cet instant, elle le regarda s'éloigner, murmurant alors qu'elle savait pertinemment qu'il ne pourrait plus l'entendre.

"Et, s'il vous plait, faites attention à vous."
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A l'orée du bois... il y a parfois un loup.

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