AccueilS'enregistrerConnexion



 

Partagez| .

Le Corbeau et le Pochard - Regal Wylde, Jace Redwyne

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Mer 29 Juin 2011 - 23:03

Jace n'avait pas pris la mer depuis près d'un mois, et l'on pouvait voir à son sourire satisfait qu'il était heureux de voir s'éloigner sous le ciel qu'aucun nuage ne venait perturber les rivages paisibles de la Treille, l'île aux vins célèbres dans tout le monde connu. Un vent léger gonflait les voiles de la Licorne qui allait en direction de Port-Réal, sa figure de proue noblement dressée vers l'avant et battue par des vagues où l'on voyait parfois s'amuser les dauphins, plutôt rares dans les eaux méridionales. Le grand mât central de la galéasse arborait les couleurs de la maison Redwyne, car il avait à son bord le seigneur et maître de la Treille. Celui-ci était en déplacement officiel car des affaires importantes l'attendaient sur le continent, entre autres dans la gigantesque agglomération de Port-Réal. Par mesure de sécurité autant que par souci d'impressionner les navires qui croiseraient sa route et les marins qu'ils verraient dans les ports où le cortège ferait escale. En effet, la Licorne ne voyageait pas seule. Le contraste était d'ailleurs saisissant pour les yeux : le vaisseau amiral de la flotte de la Treille était d'une élégance majestueuse et taillé pour la vitesse ; de leur côté, les deux galères de guerre qui l'accompagnaient étaient moins manœuvrables, mais lourdement taillées pour le combat naval, semblables à deux forteresses navigant sur les eaux bordant ces côtes magnifiques du sud du continent. Voguant non loin des rives des bouches de la Torentine, ce fleuve dornien qui remontait jusqu'à Noirmont, la ville des seigneurs éponymes, maîtres des montagnes environnantes et qui combattirent durant si longtemps leurs voisins du Bief. Jace aimait se promener, comme il disait, sur les calmes flots de la mer d'Été toujours dociles à cette époque de l'année. Jace se sentait chez lui sur son navire, qu'il avait toujours autant de plaisir à commander bien que l'équipage ne fût plus les pirates qu'il conduisait sur les mers autrefois. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait plus joué au pirate, et bien que cet aspect-là de son histoire fût loin derrière lui, il n'avait rien perdu de son goût pour la navigation. Il en venait même à espérer que cette brise légère tout juste bonne à décoiffer les dames de compagnie de la reine laisserait la place à un vent fier et impérieux qui ferait naître pour lui un orage, une tempête, voire même un ouragan !

C'est qu'il songeait que s'il triomphait de la furie des éléments, pas un homme sur terre ne demeurerait pour lui un obstacle insurmontable. Il en avait essuyé dans sa jeunesse, du temps où il passait sa vie à sillonner les mers du monde. Il en avait vu périr de braves marins aspirés par les tréfonds obscurs de l'océan. Depuis qu'il était entré dans la peau de lord Redwyne, il avait vu s'élever contre lui des tempêtes d'un genre nouveau, les orages politiques. Étant donné sa position dans le Bief et sur le continent, il en demeura le témoin attentif, mais éloigné. Sa position géographique tout d'abord l'avait préservé. Mais son rang au sein de l'une des familles les plus puissantes du royaume de la Rose, assez puissante pour être à bien des égards un problème pour la maison régnante, les Tyrell. Toutefois, il en avait tant appris sur la nature humaine au cours de ses voyages qu'il ne lui fut pas difficile de prendre le coche et de rattraper son retard. C'est d'ailleurs la politique qui l'avait amené à prendre le large en direction de la cité royale et, pour ce voyage, Jace avait agi avec la plus grande minutie. Une bonne partie des cales de la Licorne et des deux galères qui l'accompagnaient avait été remplie de marchandises dont la vente, qu'on tiendrait à chaque escale dans les ports qui jouxtaient le trajet, servirait à rembourser les frais occasionnés par le voyage.

Il y avait là des poissons séchés ou fumés, péchés pour la plupart dans le chenal Redwyne et le Murmure, mais aussi du cidre à la robe sombre et corsé comme le caractère des gens du sud. On y trouvait encore des épices nombreuses et diverses, entre autres safran, poivre, ail, échalote, clous de girofle, câpre, estragon, menthe, balsamine, cerfeuil, fenouil, coriandre, piment... Plus loin dans des coffres étaient pliés des vêtements de lin, des pourpoint de cuir, des manteaux de fourrures et des robes de brocart, tous plus colorés les uns que les autres, tous faisant honneur à la tradition vestimentaire du royaume de la rose d'or. Pièces de viande exotique, bijoux somptueux, parfums de Lys et même de nombreux sacs de ces grains à moudre dont on faisait, à Qarth et à Meereen, une excellente boisson chaude, tout serait bientôt vendu, tout irait irriguer le commerce dans les ports de la côte est des Sept couronnes. Et bien sûr, plusieurs dizaines de tonneaux des meilleurs vins de la Treille. La Licorne mouilla à Salrivage, Boycitre, Lancehélion, chaque fois quelques jours afin de ne pas manquer les occasions de faire de bonnes affaires. Bien qu'il fût Lord, Jace prenait très au sérieux son commerce, car il savait que c'était sur lui que reposait la puissance de la Treille. Quand il alla se coucher, un soir qu'il avait passé plusieurs heures à jouer de sa flûte à deux becs sur le pont de la Licorne en observant l'immensité sombre étendue à ses pieds, il se demanda si là, dans l'invisible, les voiles du Prince n'allaient vers quelque aventure formidable dont il aurait pu être s'il n'avait pas retrouvé son rang de seigneur de la Treille.

Par chance, un ciel couvert honora leur départ de la cité des Martell, est c'est le vent en poupe qu'ils firent voile vers le Nord, puis vers l'Ouest après avoir longé les rivages du Bras cassé. Il aurait pu maintenir le cap au Nord, passer l'île morne de Vertepierre et poursuivre vers Kellington, ce qui eût été plus direct considérant sa destination finale, mais Jace, enthousiasmé par les bonnes affaires réalisées au pays des déserts rouges souhaitaient multiplier le nombre de ses escales. En Dorne, il mouilla encore au Tor, passa non loin de la prison de Griseffroy, pressa l'allure jusqu'à Wyl, mouilla dans le port près de Pierheaume et joignit enfin Vertepierre. Il n'y demeura toutefois que quelques heures, le temps de réaliser qu'il n'y avait ici personne d'assez fortuné pour commercer avec lui. Quelque peu frustré, il hésita à pousser jusqu'à Tyrosh, qui n'était pas si loin, mais il songea que c'était un détour trop important et qu'il devait se concentrer sur sa destination, Port-Réal.

Il se consola à Kellington, où il reçut l'accueil presque triomphal de marchands qui surent honorer son commerce. Il y fut reçu comme un hôte royal par la guilde marchande qui avait la mainmise sur le port, si bien qu'il y prolongea son séjour pendant une semaine. Le banneret local ne se déplaça guère pour le saluer, mais le seigneur de la Treille ne s'en formalisa point, trop occupé qu'il était à ses affaires. À Kellington débarquèrent quelques marchands qui avaient, monnayant un prix très élevé, pris part au voyage depuis différentes escales. La plupart, cependant, attendaient patiemment de pouvoir regagner la rive à Port-Réal. Jace les tenait à l'écart de l'équipage et de sa suite personnelle, dans la partie la plus reculée du gaillard arrière, généralement réservée aux invités inaptes à la navigation. Ces marchands avaient de l'or et certains possédaient bien des navires, mais aucun d'entre eux n'avaient été et ne seraient jamais de véritables marins. Inutiles, donc, de s'encombrer d'eux sur les ponts. Au départ de Kellington, Jace remarqua l'humeur maussade du capitaine de la Licorne, qui traînait les pieds et son cœur derrière lui comme le bout traîne au pied du bagnard. Ce chagrin contenu, car l'homme avait des ordres à donner à ses marins, suscita en lui une vague de compassion. Il savait que ce marin professionnel et expérimenté était issu d'une bonne famille de Port-Ryam et qu'il avait la réputation d'être aussi intègre que l'acier valyrien et aussi loyal à ses maîtres que le soleil l'est au ciel. Bien que la naissance ne l'eût pas doté d'un rang très élevé, c'était un gaillard à l'honneur solide et au cœur généreux. Songeant à lui avec bonheur, Jace gagna ses quartiers où sa sœur jumelle, belle femme aux cheveux roux, se reposait. Il se souvenait de la soirée de la veille : le capitaine avait été le parfait laquais de la belle, obéissant au moindre de ses désirs, au moindre de ses ordres et, quand Jayne avait compris le manège, elle l'avait renvoyé dans son coin avec ordre formel de ne plus lui adresser la parole de tout le voyage, sous peine de perdre son emploi. Jace n'aurait pas pris de gaieté de cœur l'initiative de se séparer d'un marin si expérimenté, mais s'il était une menace pour sa sœur, il devenait une menace pour lui-même, et il aurait très certainement pris toutes les dispositions pour que ce capitaine amoureux ne touchât plus jamais un cordage de sa vie. Il put lire à son air agacé qu'elle n'était pas dans la plus plaisante des humeurs.


 « À ce que je vois, ma sœur, tu es responsable des tourments de notre capitaine. Pauvre homme.

– Parce que tu souhaiterais que je l'épouse ?

Bien sûr que non. Au contraire, je le trouve bien chanceux que tu aies choisi de le repousser.

– Et si je ne l'avais pas repoussé ?

Eh bien j'aurais dû agir et mettre un terme rapide à ces premiers émois.

– Je préfère ça.

Ma chère sœur, tu es si pénétrée de ton devoir en tant que femme de noble lignage, mais alors pourquoi avoir repoussé tous les partis qui se sont présentés à toi ?

– Tu sais très bien pourquoi. »

En effet, il ne savait que trop bien pourquoi sa jumelle avait plusieurs fois repoussés les avancent de ces jeunes mâles en quête d'une épouse docile et fertile. Jayne Redwyne avait au moins autant le sens politique que lui, et jamais elle n'aurait consenti qu'à une union qui fût véritablement bénéfique pour son frère et pour la Treille. Elle plaçait la barre très haut, ce qui expliquait pourquoi elle était encore une lady célibataire à son âge. Jace, quant à lui, avait eu le temps de se trouver une épouse, d'essayer d'enfanter, mais hélas le Fléau du printemps avait arraché à ses bras amoureux la malheureuse épouse. Le jeune homme préféra laisser sa sœur tranquille, préférant aller suppléer son capitaine infortuné qu'il consolerait d'une façon ou d'une autre. En musique par exemple, et Jace ne se fit pas prier. Alors que la vaste grotte qui abritait le port d'Âtre-la-Pluie s'annonçait proche, le seigneur de la Treille honorait son équipage d'un concert. À la flûte, il donnait le ton à deux de ses domestiques qui l'accompagnaient au luth et à la lyre. Jace aimait s'entourer de musiciens, c'était une de ces petites extravagantes qui avaient fait sa réputation dans le Bief. Les compagnons d'un instant de musique ne s'interrompirent qu'une fois le ciel disparu derrière les voûtes agressives qui plafonnaient la grotte. Ce n'était pas la première fois que Jace mouillait ici, mais il n'avait jamais pris la peine d'observer la splendeur du site. Ce port était d'une grandeur toute relative, mais offrait une position défensive idéalement taillée dans le meilleur des matériaux, la roche. Cependant, de part cette même formation naturelle, il souffrait de plusieurs vulnérabilités qui n'étaient jamais que marginales. De plus, à sa connaissance, aucun des seigneurs des Terres de l'Orage n'entretenait une flotte d'importance, alors aucun grand port n'était véritablement nécessaire – l'obstacle était en la matière naturel, puisque les rivages du royaume ne permettaient pas l'établissement de grands chantiers navals. De fait, les trois navires attirèrent l'attention, et une petite foule de quidams s'amassèrent sur les quais où la Licorne largua les amarres. Sans se soucier de sa flûte qu'il glissa à sa ceinture, il supervisa le déchargement des marchandises qu'on destinait à la vente. Puis, quand il fut assuré que tout était sous contrôle et que son capitaine saurait se charger des affaires sans manquer à ses ordres, il quitta le navire pour aller visiter les quais et voir d'un peu plus près ce port qu'il n'avait plus revu depuis si longtemps. Mais à peine avait-il fait quelques pas qu'un homme taillé dans la même roche que la grotte et vêtu d'une armure étincelante. Probablement un garde d banneret local, voire le capitaine des ses gardes. Il s'inclina devant Jace avec respect, ce qui donnait à voir une scène pleine d'ironie car il le dominait de toute sa hauteur.

 « Bienvenue à Âtre-la-Pluie, lord Redwyne. Recevez ces mots de bienvenue de la part de mon seigneur et maître, qui aimerait s'entretenir avec vous dans l'instant. Veuillez me suivre.

Je suis bien aise de recevoir les salutations respectueuses de Regal Wylde, considérant que je fais en ce moment même le bonheur de ses commerçants. Souffrez que quelques uns de mes gardes m'accompagnent, et menez moi donc à lui. »


Bien qu'il feignît la surprise, Jace n'était pas dupe. Le seigneur d'Âtre-la-pluie traînait sa réputation jusqu'à la Treille, et bien qu'elle dût être bien en deçà de la réalité, Jace la prenait au sérieux. En suivant l'escorte qui les conduisaient à travers le port, il espérait que Regal Wylde ne l'avait pas convoqué pour des affaires de moindre importance que les siennes. En tant que lord étranger en terre de l'Orage, il avait accepté de se plier au jeu des juridictions et des autorités, mais il n'en demeurait pas moins le maître de la Treille, et il eût été fort malavisé à celui qu'on nommait parfois le Corbeau de l'oublier. S'il arrivait malheur au lord de l'île aux vins, les deux galères de guerre, stationnant en retrait près de l'extérieur de la grotte, et qui n'avaient pas révélé tous leurs secrets, sauraient quoi faire en plus de regagner la Treille.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Sam 9 Juil 2011 - 18:22

L'esprit est quelque chose d'étrange. A partir d'une petite image, il peut nous faire voir ce qu'il a envie de nous montrer. Et il est fait de telle façon que nous chercherons toujours à comprendre le sens de ces images. Pourquoi ne peut-on voir les choses pour ce qu'elles sont? Pourquoi devons nous toujours essayer de donner un sens caché à chaque instant de notre vie, à chaque mot que l'on prononce?
Les corbeaux, par exemple. Leur arrivée est toujours vue comme un mauvais présage? Mais pourquoi cela est-il ainsi? Ceux qui vont et viennent à Âtre-la-Pluie portent toutes sortes de nouvelles. Je le sais bien, puisque j'ai toujours tenu à m'en occuper moi-même. Parfois ils apportent des nouvelles de guerre et de mort. Parfois celles de naissances et de mariages. Les corbeaux sont comme tous les signes, il appartient à celui qui le voit de le déchiffrer de la bonne façon.
Et celui qui arrivait en cet instant n'avait pour moi rien de tragique. J'étais assis à mon bureau, en train d'écrire un courrier à mon suzerain. Je savais de plusieurs sources qu'il tenait à mettre en place une alliance avec le Lion du Roc pour lutter contre les Fer-Nés. Mais malheureusement il n'avait pas jugé bon d'en parler avec tous ses bannerets; j'en étais la preuve vivante. Depuis le début des troubles et du Fléau de l'Été, jamais nous ne nous étions vus pour parler de l'avenir des Terres de l'Orage. Il me faudrait régler cette situation. D'un côté, il m'était toujours possible de mettre fin à toute alliance par quelque moyen détourné. Les méthodes d'arriver à ses fins sont toujours nombreuses, pour un homme qui sait y faire.
Mais la question n'en était pas encore arriver là. L'alliance n'allait peut-être pas se faire, et les conditions seraient peut-être avantageuses, même si j'en doutais très sincèrement. Je ne connaissais pas Lyonel Baratheon comme un diplomate particulièrement talentueux, mais je savais aussi que parler de guerre lui était aussi naturel que de boire du vin. Le problème était selon moi son surnom : l'Orage Moqueur. Moquer le Lion du Roc, et provoquer une rivalité entre Castral Roc et Accalmie ne m'aurait pas posé de problème en temps normal mais, pour le moment, nous avions d'autres priorités. C'était pour cela qu'il me faudrait parler à mon suzerain.
Je laissais malgré tout le courrier de côté lorsque le corbeau entrât. Ses plumes noires brillaient dans le soleil qui surplombait la tour où se trouvait mon étude. Je reconnaissais cet animal à l'anneau qui était accroché à sa patte. Il avait sans nul doute possible était envoyé par Silas, mon bras droit personnel. Un mestre qui avait forgé quelques anneaux à sa chaîne, avant de se tourner vers quelques commerces plus lucratifs, bien que souvent moins bien vus. Je l'avais repéré alors qu'il tentait d'éliminer mon frère, chose que j'avais immédiatement empêché. Ses méthodes de souillon auraient risqué de le faire prendre. Mais il avait un potentiel certain, ce pourquoi je lui avais proposé deux choix : avoir sa tête sur une pique à côté de notre château, ou prendre le Noir. Il a choisi la première solution, ce pourquoi je décidais de le garder à mes côtés : un homme suffisamment brave (ou stupide) pour préférer la mort au service dans la Garde de Nuit me serait forcément utile. Et depuis, il m'avait toujours servi loyalement.
Cette lettre était une preuve supplémentaire de sa loyauté et de son efficacité. Du moins le prétendait-il. Le courrier parlait de la future venue du Lord Redwyne dans la ville d'Âtre-la-Pluie, afin de faire escale sur son trajet jusqu'à Port-Réal. L'information était intéressante : le Lord possédant la flotte la plus importante des Sept Couronnes allait me rendre visite, et en plus il se rendait à la capitale, lieu où je devais moi aussi aller.
Le seul problème était que l'information était loin d'être nouvelle, pour moi. D'autres espions m'avaient informé plus tôt et, dans la matinée, j'avais reçu un corbeau de la part du Lord Redwyne lui-même, qui indiquait son itinéraire, au cas où des marchands voudraient se joindre à lui.
Je jetais le courrier au feu avant de reprendre l'écriture de ma lettre. Son arrivée serait suffisamment tardive pour que j'ai le temps de m'y préparer une fois le problème actuel réglé.


« Je veux que cette table soit parfaite, c'est bien compris? Nous ne recevons pas un nobliau de pacotille aujourd'hui, alors faites-lui honneur! »

Les serviteurs s'empressèrent d'obéir, et commencèrent à aboyer des ordres à d'autres serviteurs qui leur étaient inférieurs. La chaine de hiérarchie...
Ce jour était celui de l'arrivée du Lord Redwyne. Je tenais à le rencontrer personnellement, afin d'échanger quelques mots avec lui, sur des sujets divers et variés. Bien que, me connaissant, je n'aborderai les sujets en question qu'au fil d'une conversation qui paraitrait anodine. Et quoi de mieux pour tenir une conversation comme celle que je prévoyais que de le faire autour d'un repas bien fourni? D'autant plus que Jace Redwyne était connu comme un bon vivant. Il parlerait plus facilement avec quelques verres de vin dans le sang, et l'estomac plein, que seul avec moi dans mon étude.
Je passais rapidement aux cuisines afin de m'assurer que le menu serait à la hauteur, avant de convoquer le capitaine de mes gardes.
Resther arriva rapidement, en armure de la tête aux pieds, sa cape lui cachant le bras droit comme à son habitude. J'étais une des seules personnes à savoir ce que cette cape cachait, et je me gardais bien de divulguer cette information. L'inconnu est parfois plus effrayant que la réalité, même si celle-ci était dans ce cas présent suffisamment peu élégante pour pouvoir faire fuir la plupart des soldats moyens qui composaient une armée.
Je détachais rapidement mon regard de la cape afin de regarder l'homme dans les yeux. Des yeux d'un bleu sombre, perçants, qui me rappelaient parfois la mer que je voyais depuis mes fenêtres, presque autant que ses cicatrices me rappelaient la falaise sur laquelle ma demeure avait été construite il y avait bien des siècles de cela. Lui aussi était un homme droit, fidèle, même s'il n'approuvait pas forcément la façon dont j'agissais lorsque la nécessité se faisait sentir. Il avait remplacé le capitaine des gardes de mon père après son décès, et avait deviné que j'étais la cause de sa mort; il comprit plus tard que j'étais aussi la cause de la mort de mon frère. Et malgré tout, il ne me dénonça pas. Il se contenta de venir m'en parler, et de me demander pourquoi, tout en sachant que j'aurais sans aucun doute les moyens de me débarrasser de lui plus tard si je venais à avouer. Une fois je lui eus expliqué le pourquoi de mes actes, il me jura à nouveau fidélité. Il avait depuis fermé les yeux sur les actes similaires que j'avais parfois du commettre. Un homme sans failles.

« Resther, j'aimerais que tu accueilles notre invité comme il se doit. Je veux qu'il se dirige vers cette salle à manger à l'instant même où il posera le pied sur le quai. »

Le capitaine hocha la tête, et quitta la salle sans dire un mot. C'était un homme avare de paroles, qui ne parlait que lorsqu'il y était obligé, ou trouvait que cela était nécessaire. Une qualité supplémentaire. Sa parole pouvait toujours être crue, et il parlait à chaque fois avec expérience.
Alors qu'il partait, je relisais les rapports que m'avaient envoyé les espions que j'avais lancé sur la piste du Lord Redwyne. Ils avaient pu parler avec ses matelots, et certains, les plus débrouillards, avaient même trouvé divers moyens de monter à bord. Je notais les noms de ces hommes précis, gardant en tête l'idée de les récompenser, voire de les promouvoir à un grade supérieur... ou à celui d'assassin, cela dépendrait de leur expérience. Tous les rapports étaient au moins d'accord sur quelque chose : il avait été impossible de monter à bord des deux navires qui accompagnaient le vaisseau du Lord Redwyne, mais il était sûr que ces navires faisaient partie de sa flotte personnelle.
J'avais donc lancé plusieurs recherches sur le type de navire dont il s'agissait, la contenance maximum de ses cales, ainsi que sur les pays qu'avaient pu traverser le Lord Redwyne, que cela soit récemment ou au cours de sa vie, de même que sur les derniers échanges commerciaux qu'il avait fait, et ce qui avait été transporté jusqu'au chantier naval d'où le Lord avait mis ces navires à l'eau. Certaines informations m'avaient paru suffisamment intéressante pour que je les note et, au final, je pensais avoir quelques idées, cohérentes et logiques, sur le contenu des cales de ces navires. Il était précautionneux, mais je l'étais encore plus. Histoire de ne pas prendre de risque, j'avais embauché plusieurs navires mercenaires (ou plutôt « convaincu de m'aider », de façon à ce que cela ne me coûte pas un dragon d'or) de partir au large d'Âtre-la-Pluie. Ils prendraient les navires de Redwyne par surprise, quitte à tenter de les couler si besoin était. Deux précautions valaient mieux qu'une, aussi avais-je aussi fait préparer quelques barques remplies d'hommes d'armes pour assaillir ces navires si le pire était à envisager.
Mais je préférais me concentrer sur le présent. Le temps que j'ai feuilleté ces rapports, Resther avait sans doute déjà récupéré Jace Redwyne sur le quai, et lui avait offert un tour du propriétaire. Ils avaient traversé le port, cet amas de maisons de bois si facilement constructibles et destructibles, si facile à incendier, qui s'était construit en auteur, le long de l'escalier de roche qui avait été creusé par mes ancêtres.
Le port était en effet construit sur cinq niveaux différents, un seul d'entre eux capable de résister en cas d'incendie. Le plus bas était celui du quai, où se trouvaient les entrepôts et les propriétés des pêcheurs, étalés en longueur, accolés aux murs de la grotte. La plupart des bâtiments possédaient deux étages, afin de rentabiliser l'espace séparant chaque niveau.
Au-dessus on trouvait les auberges et les bordels, tous réunis. Cela n'était pas du à une volonté quelconque de la part des Wylde, mais plutôt à un mouvement de foule inconscient. Les marchands avaient tendance à ne pas apprécier de voir des marins ivres utiliser leurs bien pour s'attaquer entre eux, alors que les catins tiraient plus facilement leur argent, et pour un moindre effort, à des hommes qui étaient déjà un tant soit peu alcoolisés. Ainsi, les marchands fuirent vers le niveau supérieur tandis que les bordels descendirent.
Les marchands se trouvaient donc au troisième niveau : forgerons, travailleurs du cuir, menuisiers, marchands de fruits et légumes, et j'en passe. Quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit où l'on passe à ce niveau, on entend le souffle des forges, la voix des vendeurs... Un port ne dort jamais, surtout s'il veut pouvoir faire des bénéfices.
Le quatrième étage était celui dédié aux habitations du port. On y trouvait surtout des hommes et des femmes appartenant à la classe moyenne ou inférieure, la classe supérieure préférant construire de petits manoirs dans les forêts entourant mon château. Au moins, à Âtre-la-Pluie, tout le monde avait un toit, ou au moins de quoi se nourrir : il suffisait à un sans abri de passer au quatrième niveau après l'heure de souper pour pouvoir profiter des restes de la nourriture que les hommes plus chanceux que lui ne pouvaient finir.
Le cinquième niveau était le seul à avoir été construit en pierre. Il s'agissait, en un sens, du premier rempart de la forteresse. Un mur se dressait en effet sur le trajet des escaliers, doté d'une seule porte d'acier renforcé, capable de résister aux béliers que la plupart des envahisseurs auraient pu amener jusqu'à cet endroit de la Cité. Le mur lui-même ne s'arrêtait pas, pour ce qui était de sa hauteur. Il commençait au sol, et se terminait au niveau du plafond de la grotte, et il possédait uniquement quelques fenêtres et meurtrières afin que les soldats en faction puissent surveiller qui allait et venait sur la route, ouvrir la porte aux voyageurs, et arroser de flèches tout envahisseur qui aurait l'audace d'attaquer par la mer. En effet, grâce à sa position avantageuse, un archer stationné sur ce mur pouvait abattre un homme qui se trouvait sur les quais, s'il était assez doué. C'était la raison pour laquelle j'avais fait entraîner un corps d'archer spécialisé. Vu les ravages que causaient les Fer-Nés, ces archers deviendraient peut-être ma seule chance de survie à l'avenir.
Bien entendu, je n'étais pas sans coeur. Le quatrième niveau avait été construit si près des murs afin de laisser le temps aux habitants du port de rejoindre l'abri de la muraille dès que les premiers bateaux ennemis seraient repérés. Et tout était construit en bois pour permettre une reconstruction rapide et efficace. Je croyais ma ville imprenable par la mer, à l'époque, mais je ne tenais pas à prendre de risque inconsidéré non plus.
Reliant ces cinq niveaux, on trouvait des systèmes de poulies pour monter marchandises et personnes, de même que l'Escalier Sans Fin, comme le nommaient les marins ivres qui tentaient de le monter après avoir passé trop de temps au deuxième niveau. Un escalier de roche, dont nul n'avait osé compter les marches tant il semblait grand. Le fait qu'il serpentait (autre précaution contre les invasions) n'aidait pas à en tenir le compte, plus qu'à l'apprécier lorsque l'on devait le monter.
Et c'était ce décor que venait de traverser Resther lorsqu'il entra dans la salle à manger où je me trouvais. Il s'inclina, faisant signe d'entrer à la personne qui le suivait. Cet homme ne pouvait être que le Lord Redwyne, ce pourquoi je me levais immédiatement, m'inclinant légèrement pour souhaiter la bienvenue à mon invité.

« Enchanté, Lord Redwyne. Je suis Regal Wylde, pour vous servir. »

Je tendis la main, attendant qu'il la serre.

« Je m'excuse pour le manque de chaleur qu'a du vous offrir mon capitaine. C'est un excellent soldat, et un homme loyal, mais ce n'est pas la courtoisie qui l'étouffe. »

Je gardais un sourire accueillant sur mon visage alors que je parlais, même si le sourire que j'aurais aimé afficher était mon rictus habituel, celui d'ironie, ce que certains attribuent aux « hommes qui savent quelque chose que le reste du monde ignore ». Ce n'était pas une association que je considérais comme juste, mais si les gens voulaient y croire, pourquoi les en empêcher? Ma réputation ne s'en porterait que mieux.

« Je critique l'impolitesse de mon soldat, alors que je ne suis pas mieux! Asseyez-vous, voyons, nous serons plus à l'aise pour parler affaire. »

J'étais sûr que Jace Redwyne était un homme qui dissimulait bien ses émotions. Mais malgré tout, une fugace lueur d'intérêt s'afficha dans son regard lorsque je citais le mot « affaire ». Lord ou non, il était un marchand. Et les marchands aimaient toujours qu'on leur parle de vendre et d'acheter des choses.
Je l'invitais à s'asseoir d'un geste de la main, à côté d'une bouteille de vin de Dorne, camouflée au milieu de deux autres bouteilles provenant, elles, de la Treille. Une petite provocation gratuite, mais si cela pouvait l'énerver, tant mieux.
Un homme énervé est toujours plus facile à manipuler...
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Dim 17 Juil 2011 - 18:05

Qui ne connaît pas la valeur des mots ne peut connaître la valeur des hommes. Une image, pourtant, vaut mille mots, et l'image qui s'offrit à lui dans cette salle à manger où l'attendait le maître des lieux suffit à le convaincre que l'entrevue qui s'annonçait graverait en sa mémoire un souvenir tenace. La pièce était vaste, ronde, et ses murs se couvraient de tentures et de tapisseries. Une colonnade circulaire en bordait les contours, et de nombreuses chandelles éclairaient cette pièce sans fenêtre, idéale pour les entrevues informelles mais décisives. Au centre avait été dressée la table et bien que celle-ci fût longue et couverte de victuailles en quantité suffisante pour contenter un régiment affamé, il n'y avait jamais que deux chaises, et Jace devina bien vite que l'une d'elle lui était destinée. Un homme aux allures très particulières se présenta à lui comme le maître des lieux. Un coup d’œil suffit à l'ancien pirate pour se faire une idée approximative du personnage qui l'avait convié à cette rencontre libérée des exigences du protocole. Ce jeune homme, qui avait à peine plus de vingt ans, semblait être de ceux dont le regard se partage entre le présent et l'avenir, de ceux qui ne font rien qui n'ait été anticipé. C'était appréciable, Jace désespérait de croiser un jour un homme qui eut des prédispositions pour la réflexion. Il n'avait jamais croisé que des amateurs et savait gré son hôte de ce qu'il n'allait pas l'ennuyer avec des futilités sans nom. Toutefois sa barbe n'était pas sérieuse, et ne trompait pas le pirate qui savait mieux qu'un autre comme il est aisé de jouer avec les apparences. La noirceur de ses vêtements tranchait allègrement avec les couleurs très vives dont Jace était paré, tout comme elles contrastaient avec celles qui découvraient le banquet.

Quel festin miraculeux s'annonçait ! Si Jace avait su, il aurait invité sa sœur à la suivre, car il la savait gourmande. Les cuisiniers au service de Regal Wylde, ainsi que s'était présenté le banneret local, s'étaient manifestement donnés bien du mal. Il y avait là une montagne de poires pochées au vin, quelques friands de porc aux œufs et aux pignons, des mignardises de petits légumes aux mille noix, des tranches fines de sanglier à la sublime, et plus loin encore des pommes sauvages émincées au miel et aux cerises. Plus loin sur la table, une débauche d'agneau rôti aux carottes, pommes de terre et poireaux, des cuisses de poulet aux épices du monde entier, et une cascade de têtes de cailles confites au beurre persillé. Venaient enfin les pinces de crabe pochées à l'orientale, les lamproies aux olives et les escargots à l'ail du Rubriant. Toutefois ce n'était pas fini, car un peu plus loin sur la table, on découvrait des tartines et du fromage de chèvre aux pommes braisées, des oranges à la cannelle sucrée, et cornes de sucre filée et des biscuits de toutes les saveurs possibles. Il y avait là toute la convivialité dont pouvait faire preuve un seigneur fieffé des Terres de l'Orage. Jace serra vigoureusement la main qu'on lui tendait, et fit signe à ses gardes qui l'avaient suivi de l'attendre sagement à la porte.


« Il n'a fait que son devoir, et je suis bien aise qu'il m'ait conduit à votre table. J'ignorais qu'on savait si bien recevoir, là où gronde toujours l'Orage. C'est une méconnaissance de vos contrées que je suis bien content de corriger. »

Comme il y était invité, Jace prit un siège, ses yeux allant de la table garnie de victuailles au maître des lieux qui s'installaient face à lui. Pour être plus à l'aise, il tira sa flûte coincée à sa ceinture et la posa devant lui sur la table. Levant son regard sur Regal, il remarqua que celui-ci avait saisi dans ses mains une tartine qu'il guidait vers sa bouche entrouverte. Les hostilités à l'égard du festin étaient déclarées, et quel mauvais convive eût-il été s'il n'avait prêté main forte à son hôte ! Jace tira jusqu'à lui les poires et les escargots et, ce faisant, il remarqua les bouteilles de vin disposées près de lui. Un sourire reconnaissant et malin adoucit son regard qu'il glissait sur chaque bouteille. Remarquant aussitôt la subtilité du choix des vins, il éclata de rire en songeant avec plaisir que Regal Wylde avait si facilement cédé à cette tentation d'une provocation légère, car il était su de tous que les seuls véritables concurrents des vignerons de la Treille étaient, sur le continent, ces rabat-joie dorniens tout juste bon à produire du mauvais vinaigre. Les bouteilles, goulot fumant d'un arôme spécifique à chacun, étaient à portée de sa main, et il s'en saisit d'une pour emplir un grand verre à pied de métal qui n'attendait que ça. Sans en boire tout de suite, il porta la boisson sous ses narines et ferma les yeux quelques secondes.

« Une robe honnête et lumineuse, un bel éclat à la lueur de ces chandelles... Quelques impuretés ici et là qui virevoltent en suspension, sans traînailler ni rêvasser... Ce vin aura bientôt douze ans, c'est un 199, ou peut-être un 198, sait-on jamais... La vigne a pris pied dans la terre argileuse et ensoleillée des rivages de la Torentine, exposée à l'Ouest sur une terrasse de faible pente. C'est un vin de Dorne, assurément, et j'ajoute qu'il provient de la région de Noirmont.  »

Et sans attendre, il porta la coupe à sa bouche et but une gorgée raisonnable du vin honni de Dorne, vin que la tradition ordonnait aux vignerons de la Treille de détester, bien qu'il y eût de l'autre côté des montagnes frontalières d'excellents cépages et vignobles. Il espérait d'ailleurs, en goûtant en premier au vin de Dorne, que Regal comprendrait qu'il avait face à lui un homme d'une grande ouverture d'esprit qui ne laissait pas les préconceptions puériles obscurcir son jugement. Toutefois, le seigneur d'Âtre-la-Pluie ne l'avait pas convié à cette table pour le plaisir de partager un bon repas, ni pour l'étendre étaler sa science des vins du monde. Il souhaitait parler affaire, et bien évidemment cette perspective intéressa le seigneur de la Treille, dont la fibre commerciale était toujours en alerte. De quoi s'agirait-il, il l'ignorait pour le moment, mais sans doute Regal entrerait-il rapidement dans le vif du sujet. Qu'allait-il lui offrir, lui proposer, lui demander ? Bien qu'il gardât toujours la tête froide, Jace savait qu'en tant que seigneur de la Treille, sa situation était très particulière, notamment aux yeux des seigneuries étrangères. En effet, son île était connue du monde entier, tout comme la réputation de sa puissance navale et de sa position dans le Bief. Il n'était donc pas de ces bannerets médiocres qu'on salue avec condescendance, et si même les Tyrell lui témoignait fréquemment leur respect, les raisons étaient évidentes.

« Je vous sais gré de m'avoir convié pour ce repas, mais je me doute que nous ne sommes pas là pour discuter de l'hospitalité du grand peuple des Terres de l'Orage ? Ce serait quelque peu inapproprié, ajouta Jace avec une pointe d'humour noir, considérant la guerre qui frappe à nos portes.  »

Certes la guerre n'était pour le moment qu'à l'Ouest du Continent, opposant les Seiches au Lion et à la Rose, mais bientôt la Truite serait impliqué car l'avidité des Fer-nés ne connaissait aucune limite. De nombreuses rumeurs avaient couru jusqu'à la Treille, et d'aucun parlaient déjà de mariages arrangés dans le but d'organiser une réponse coordonnée à la menace du seigneur des îles de Fer. Combien de demoiselles allaient être baignées dans l'eau trouble de la politique et sacrifiées sur l'autel de la diplomatie ? Trop sans doute, mais telle était la réalité, et Jace s'en amusait en songeant à sœur, cette femme célibataire qui avait bien compris son rôle et qui le jouait avec tant de sérieux qu'elle s'était mis en tête de n'épouser que le meilleur parti possible pour la Treille, fût-ce aux dépens de l'opinion de Jace. Toutefois ses pensées étaient très proches de celles de sa jumelle, et de ce fait, ils patientaient tous deux que se présentât l'opportunité d'un mariage utile et profitable. En tant qu'important vassal de la maison Tyrell, Jace avait su que l'héritier de son suzerain allait épouser la sœur du Lion du Roc, et il avait accueilli cette nouvelle avec un large sourire, car elle ternirait certainement la réputation des maîtres de Hautjardin dans les yeux de leurs rivaux de Vieux Rouvre, de Rubriant ou de Boisdoré qui auraient très certainement préféré voir Tristan Tyrell épouser l'une des leurs. Jace, quant à lui, n'aurait jamais songé à marier sa jumelle au jeune et fougueux Tristan, car un tel mariage eût été inutile : la puissance maritime des Redwyne était trop indispensable au Bief pour que les Tyrell les négligent. Et s'ils se risquaient sur ce chemin, il serait très facile pour Jace de les ramener à la brutale réalité de leur faiblesse navale. Du reste, tous ces bannerets continentaux pouvaient bien guerroyer tant qu'ils voulaient, cela n'avait pas d'influence sur la paisible vie des insulaires tant que le bon vin de la Treille se vendait jusqu'à Blancport.

Que savait-il d'Âtre-la-Pluie ? Il en avait visité le port, audacieusement taillé dans la grotte, mais peu impressionnant pour le grand marin qu'il était et qui avait mouillé dans les magnifiques rades de Braavos ou de Qarth. Fief excentré des terres de l'Orage, de réputation discrète, peu de choses notables étaient sues à vrai dire. Mais il aurait tout le loisir d'en apprendre davantage en discutant avec lord Regal Wylde. S'il tenait à faire de bonnes affaires aujourd'hui, il avait trouvé l'homme idéal, car Jace n'était pas de ceux qui rechignent à la tâche dès lors qu'il s'agit de négocier. Songeant à l'inconnu et au profit qu'il pourrait tirer de sa rencontre avec le seigneur d'Âtre-la-pluie, Jace saisit une grande assiette de céramique qu'il emplit d'un peu de chacun des plats à sa portée. Dire de lui qu'il était bon vivant était un euphémisme, et s'il n'eût point été lié par le devoir inhérent à sa fonction et à sa naissance, il eut sur le champ convié les gardes pour partager avec eux la nourriture et la boisson. À deux, ils n'allaient jamais pouvoir tout manger, si bien qu'intérieurement, Jace espéra que les restes ne seraient pas gaspillés.


« Que peut pour vous le modeste marin que je suis ? »

La question était sincère, mais le ton narquois, subtile réponse à la provocation œnologique, car après tout Jace n'était pas tout à fait un nove en matière de navigation. D'une part, il avait été pirates des années durant et, d'autre part, il commandait à une vaste flotte. Il était en quelque sorte devenu le pirate le plus influent de sa région, et à cette pensée, il sourit gaillardement bien qu'il eut la retenue de ne pas éclater de rire devant son hôte, qui n'eût pu comprendre les raisons d'une telle hilarité. Qu'importait, finalement, ce que pouvait penser Regal Wylde de son invité ? Jace était content d'être assis à une table couverte de victuailles et n'allait pas le cacher. Il eût apprécié la présence de musiciens pour égayer le tout, mais la musique qu'allait jouer pour lui son hôte et qu'il jouerait lui-même suffirait sans doute à distraire ses oreilles encore pénétrées du chant des vents marins. Les quelques personnes qui auraient vent de cette entrevue ne retiendrait jamais que le menu, digne de figurer dans le missel d'un cuisiner du Donjon rouge. Personne ne saurait jamais toutefois le contenu de leur échange, et Jace, qui pensait avoir compris les intentions de Regal, entendait bien lui faire honneur et ne pas le décevoir. Place à la politique, impitoyable et sinueuse ! Qu'elle jaillisse des plats et des bouteilles, reptilienne et ténébreuse, profonde comme les eaux de la baie de la Néra. Certes, l'avenir des Sept couronnes n'allaient pas se décider ce jour à la table de Regal Wylde, mais si ce dernier entrait dans la danse avec lui, Jace serait heureux de faire quelques pas avec lui, pourvu qu'ils profitent à l'ensemble des parties.
Revenir en haut Aller en bas

Contenu sponsorisé

Général
Feuille de Personnage


Message

Revenir en haut Aller en bas

Le Corbeau et le Pochard - Regal Wylde, Jace Redwyne

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1


Sujets similaires

-
» Enfin ! Baptême Petit Saule / Petit Corbeau
» Embuscade maritime [Corbeau des Mers]
» Nalim, Le Corbeau d'Umbar
» The Undertaker Vs William Regal Vs L.Ä Crÿ Vs Maxxie
» The Crow, Le corbeau et la mythologie

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
A Song of Ice and Fire RPG :: Citadelle de Maegor :: ◄ Salle des Archives Oubliées (RP)-