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“ Un chuchotis n'est qu'un chuchotement glissant sur un mur ”

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Seigneur Suzerain de l'Ouest
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Tybolt Lannister
Seigneur Suzerain de l'Ouest

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HEAR ME ROAR

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Message Mer 20 Fév 2013 - 11:24


“ A Villevieille ? Après la guerre ? En voilà une idée étrange ”, ponctua Jen Lannister d'une moue contrariée. “ Pourquoi t'y rendre cousin ? ”
Dans quel but plutôt... Tybolt concéda à peine un coup d'oeil à ses cousines. Toutes deux se trouvaient confortablement installées sur des sièges matelassés disposés au coin du feu. Vêtues de velours rouge et de dentelle, elles lisaient avec plus ou moins d'assiduité les ouvrages qu'elles avaient pris l'habitude d'emprunter à la bibliothèque de Père. Jen et Vera étaient à ce point dissociable du point du vue du caractère que Tybolt hésita un moment à livrer deux réponses: l'une, tranchante, pour satisfaire la raison de Jen, l'autre plus évasive pour titiller un peu plus la curiosité de Vera. Il se ravisa cependant de peur de trop en dire ou pire encore, d'être mal interprété. Tout juste accrocha-t-il le regard en coin de la plus jeune avant de poser ses yeux sur son écritoire et la lettre vierge qui n'attendait que sa plume. Si Jen détenait une forme d'impatience ravageuse, Vera se montrait, elle, d'un calme à toute épreuve. Perpétuellement absorbée par ses lecteurs, elle aimait rester de marbre bien qu'au fond, Tybolt le savait, elle brûlait de tout savoir, de tout entendre. Seulement possédait-elle ce don si particulier de dissimuler ses envies sous un masque d'affabilité et de politesse. Tybolt la connaissait assez bien pour sentir l'aura singulière qui se détachait d'elle quand quelque chose piquait sa curiosité. Un rien, un simple rien, et elle refermerait l'ouvrage entre ses mains d'un claquement sec, se retournerait, pour lui poser une question hautement plus délicate que celles que Jen était capable de poser. L'idée de la pousser à le faire le séduisait, non pas par simple plaisir de jouer aux faux-semblants avec elle, mais parce que les questionnements qu'elle soulevait orientaient souvent leurs discussions vers des réflexions plus intéressantes que celles dont il avait l'habitude.
“ J'ai quelques comptes à régler avec les Sept ”, répondit-il tandis que le claquement sec tant attendu le faisait sourire. La jeune lionne avait enfin décidé de sortir de sa cage.

“ Ne serait-ce pas, plutôt, la lignée des Hightower que vous chercheriez à atteindre votre seigneurie ? ” tinta la voix douce et claire de Vera.
La question prêtait à un froncement de sourcils ; de quoi se demander d'où lui venait l'assurance d'un tel intérêt de sa part ; de quoi s'interroger sur ses propres motivations aussi. Pourtant, c'était bien bel et bien des Sept dont il était question et de cette foi qui l'avait abandonné à la mort de Maura. La logique voulait qu'il considéra la position du Grand Septuaire de Baelor à Port-Réal pour traiter ce genre de problèmes, seulement Tybolt ne ressentait aucun désir de fouler de ses pieds cette capitale qui, à cette heure tout du moins, devait autant rechigner à l'accueillir que lui à s'y rendre. De surcroit, il attachait un certain symbolisme au fait que le siège de la foi fût autrefois situé à Villevieille, soit avant la Conquête d'Aegon I. Le coeur de cette foi battait encore à Villevieille, quoi qu'en proférait le Grand Septon. De fait, si d'avenir la guerre devait l'épargner, c'était à Villevieille et non à Port-Réal que Tybolt se rendrait pour trouver réponses à ses questionnements les plus enfouis. Vera soulevait toutefois une réalité, quelque chose à laquelle il ne pouvait échapper. Eu égard à leur première rencontre, lord Clarence Hightower prendrait certainement comme un affront personnel l'idée même que le suzerain de l'Ouest s'invite à Villevieille sans seulement le prévenir de son passage. Non pas que Tybolt le crut enclin à déchainer quelques foudres, ni même à se trouver à Villevieille le temps de son séjour, seulement qu'il était invraisemblable, discourtois, qu'un homme de sa facture puisse passer inaperçu sur le domaine d'un autre homme de grande facture. Appelons cela courtoisie. Tybolt en convint sans broncher et après avoir trempé précautionneusement dans l'encre l’extrémité de sa plume, écrivit avec soin :

A la noble lignée des Hightower

Bien que je rechigne à être d'un quelconque poids pour votre maison, il serait discourtois, j'en conviens, de ne pas vous prévenir de mon séjour prochain à Villevieille, si par chance, les Sept me concédaient la possibilité de vivre quelques années de plus, une fois la révolte Fer-née réduite au silence...



“ Les Hightower seront prévenus de mon séjour, bien qu'il soit de mon goût de ne pas les importuner par le simple objet de ma présence ”, crut bon de commenter Tybolt en relisant ce qu'il venait d'écrire. “ Notre situation avec Hautjardin n'est pas des plus claires. Aussi, n'est-il question, cousine, que des Sept et non des Hightower. ”

“ Les deux ne sont pourtant pas incompatibles. Bien au contraire ”, rétorqua Vera en soutenant poliment le regard scrutateur qu'il lui décocha alors. “ N'avez-vous donc pas entendu parler de lady Valencia ? ” A l'intensité du regard qu'il lui servit, elle sembla comprendre que non et se levant, entreprit de faire quelques pas devant la cheminée. “ Bien que mes soeurs aiment à la nommer autrement, lady Valencia Hightower ait surnommé la Pieuse, votre seigneurie. Il se murmure volontiers que même le Grand Septon ne saurait se montrer aussi enclin à suivre les préceptes de notre foi que la Pieuse lady Valencia. Aussi, si votre seigneurie désire trouver réponses à ses questions, je gage qu'elle saurait en trouver quelques unes auprès de cette dame. Sans compter que son minois lui serait plus agréable que n'importe quelle face parcheminée de Septon. ”

“ Valencia Hightower, un joli minois ? Par les Sept, tu as perdu la tête ”, pesta la jalousie palpable de Jen. “ Notre cousin trouverait meilleur march...”

“ Venant de quelqu'un capable de trouver une quelconque trace de beauté au visage du prince Maekar, je suis certaine que le compliment restait habilement dissimulé sous une épaisse couche de cécité ”, l'interrompit Vera armé d'un sérieux toujours aussi déstabilisant, visiblement trop pour la pauvre Jen qui se contenta de lever les yeux au plafond.

“ Je m'en souviendrai ”, conclut sobrement Tybolt, non sans éprouver quelques amusements à voir la plus jeune de ses cousines en présence fermer avec autant de brio le clapet de la plus âgée. Puis de conclure sur le papier à présent :


... C'est poussé par quelques questionnements d'ordre religieux que mon chemin pourrait m'amener à séjourner sur vos terres. Je ne souhaite d'être d'aucune mauvaise compagnie aux loyaux vassaux d'Hautjardin, mais si d'avenir nos chemins devaient tout de même se croiser, sachez que ce serait pour moi un grand plaisir de vous rencontrer.

Lord Tybolt Lannister





Dernière édition par Tybolt Lannister le Mer 3 Avr 2013 - 9:05, édité 1 fois
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Message Mar 12 Mar 2013 - 5:44

Port-Réal avait été riche en enseignements. Se relevant de ses dévotions matinales, lissant ses jupons d'un geste d'habitude avant de reposer le coussin qui lui servait à ménager ses genoux à la place qui lui était dévolue, Valencia laissait son esprit vagabonder sur les chemins méditatifs que ses prières avaient débroussaillés. Elle aimait à ainsi réfléchir, une fois que son esprit avait été convenablement brossé par cette ferveur dont elle était coutumière et qui lui tenait lieu d'hygiène morale aussi stricte que respectée : débarrassées des soucis et considérations indignes des Sept, ses pensées ne pouvaient que donner du poids à ce qui le méritait, le reste, poussière quotidienne des abords du chemin de la vie, était épousseté. Aujourd'hui, comme tous les jours depuis leur retour du lieu de débarquement du Conquérant, les Hightower se consacraient aux préparatifs de la fête qui se tiendrait à Villevieille, ainsi qu'au mariage de son aînée Virginia et, plus discrètement, de façon plus feutrée mais déjà plus ancienne et plus ancrée dans le décor, à la guerre dont un tournant se pressentait en filigrane. L'équilibre odieux des incessantes attaques ne pourrait perdurer encore longtemps, le poing des Dragons devrait frapper et il frapperait fort pour écraser la rébellion indigne, à moins de ne se briser les doigts. Ce qui ne devait être. Ce qui ne pourrait être – elle priait abondamment en ce sens, afin que la victoire soit enfin pour la royauté dont elle avait cru voir des modèles si admirables de noblesse et si exemplaires d'éducation. Et, si la défaite devait se faire jour, la pieuse lady redoublait de ferveur pour implorer de comprendre, de discerner leurs manquements, de pouvoir humblement les dénoncer et surtout, de faire de son mieux, toujours, tout le temps, et devant tout le monde.

Ses yeux se détachèrent de la fenêtre contre laquelle le vent battait, mais qui ne témoignait d'aucune pluie – donc d'aucune ombre d'orage – et regretta un bref instant de ne pas humer au travers de ce petits huis la fragrance saline, puissante et délicate à la fois de l'océan. Elle reporta son attention sur son reflet, vérifia sa mise comme elle le devait, dardant une attention particulière à sa propreté et à sa tenue, bien plus qu'à l'éclat de ses traits et, une fois assurée de son allure impeccable, quoique singulièrement stricte pour une femme bieffoise, elle quitta sa chambre et chercha à se mêler aux siens. Tous étaient très occupés, consacrés aux diverses tâches qui leur était nécessaire de remplir pour assurer la tenue des festivités, de l'alliance probable à venir, ainsi que des accointances martiales ; elle était sans doute la moins sollicitée d'entre eux tous. Sans doute, son retrait prudent des choses du monde et la fraîcheur de ses contacts extérieurs contribuaient à faire d'elle une lady respectée, saluée, mais quelque peu évitée ; si d'ordinaire la chose ne la pesait peu ou pas, dans le tumulte récent, Valencia était effleurée par le regret de ne pouvoir en faire davantage pour les siens et, pressant ses mains fugacement l'une contre l'autre, elle aspira à être inspirée par une idée afin de pallier à ce manquement envers sa fratrie tant aimée. Alors qu'elle passait un couloir, elle croisa l'un de leurs vieux servants, un homme d'un âge avancé en qui tous avaient confiance et qui, malgré ses mains trop usées pour les diverses tâches domestiques, leur était si fidèle qu'il avait été gardé auprès d'eux, à assez bonne place : puisqu'il ne pouvait rien convoyer de pesant pour ses doigts déformés, il se faisait porteur de nouvelles et de messages. Il s'arrêta auprès de la jeune lady, salua, souriant, lui démontrant cette attitude d'attente polie mais d'attention aiguë qu'il savait arborer lorsqu'il avait une nouvelle à annoncer. Se tournant légèrement vers lui après avoir suspendu son pas pensif, dans un murmure de taffetas, la jeune lady s’efforça de lui sourire avec une aménité froide avant de souffler.
    « Les Sept vous gardent encore longtemps auprès de nous. Comment vont vos mains ?
    _Le Sept soient témoins de votre bonté,
    répliqua-t-il avec habitude, une courbette et un sourire pâle, mes mains ne me tourmentent pas ces jours-ci, il ne pleut pas. Lady Valencia, le mestre a reçu un message.
    _Un corbeau est venu.
    Elle cilla, mais ne laissa rien paraître de plus que cette très légère surprise. Pour moi ?
    _Il est adressé à la lignée Hightower, je n'en sais pas plus.
    Évidemment, il n'avait pas à en savoir davantage, de confiance ou non, un roturier n'avait pas à avoir un regard sur les missives de ses nobles maîtres. La lettre est parvenue hier soir, personne n'a encore eu de temps à lui consacrer.
    _Soyez remercié. Et portez-vous bien,
    fit la pieuse lady avec un hochement de tête.
    _Que vos vœux se portent sur vous ! »

Sur cet échange de courtoisies, il s'esquiva à petits pas lents et sans amplitude, Valencia resta un instant à contempler ce dos aussi familier que voûté, avant de hocher la tête pour elle-même et de remercier intérieurement les Sept de cette réponse si prompte et si directe. Confiante, bien que concentrée, elle trouva mestre, corbeau et missive ; lorsqu'elle l'ouvrit enfin, elle resta profondément silencieuse. Lord Tybolt – voilà qui n'était pas un innocent courrier. L'objet était louable, l'attention admirable, la rumeur le disait affecté, voire à demi enterré avec sa défunte épouse. Le drame qui l'avait affecté ne devait pas être étranger aux questionnements qui devaient le pousser à ainsi venir chercher les Sept entre les murs de Villevieille, mais les dernières bribes politiques qui lui étaient venues faisaient état de tensions entre les fiefs de Port-Lannis et Hautjardin, si ce n'était pas avec Vivesaigues, voire Winterfell... Une situation déjà délicate que la guerre rendait glissante, périlleuse ; toutefois, il n'y avait dans ces mots nul motif de vexation ni de refus. Elle en ferait part sans faute à sa fratrie dans son entièreté, à commencer par Clarence et dès le dîner venu. Forte de ses méditations et de nombreuses lectures et relectures de cette lettre somme toute courte et courtoise, Valencia prit la plume, une longue inspiration et la peine de répondre dans le même temps.

    « Lord Tybolt Lannister.

    Soyez assuré, dans un premier temps, que nous avons été dûment avertis de votre intention de séjourner sur les terres de Villevieille. C'est en homme triomphant de la menace fer-née que nous vous accueillerons, ainsi qu'en qualité d'hôte remarquable. Il va sans dire que l'occasion d'échanger des salutations serait belle au détour de votre voyage et que vous serez, bien entendu, reçu avec les égards qui conviennent.

    Des questionnements au propos des Sept ne sont jamais vains, pas plus qu'indésirables et il est de mon devoir de vous assurer d'ores et déjà de toute mon attention et de tout mon respect envers votre démarche. Il ne m'appartient pas d'être indiscrète ou de vous imposer quoique ce soit, pas plus que de vous extorquer la moindre confidence qui ne m’écherrait pas, mais si vous souhaitiez échanger au sujet des Sept et de la foi, je suis disposée à vous consacrer le temps et l'attention que vous pourriez trouver à demander, si celles-ci vous étaient, en retour de votre prévenance, agréables.

    Puisse le Père vous affirmer votre jugement, puisse le Guerrier vous guider lors des affrontements, et puisse l'Aïeule vous permettre de tirer de ces épreuves les justes enseignements.


    Lady Valencia Hightower, au nom de la lignée Hightower. »

Elle se relut, se trouva parfaitement cordiale – d'aucuns l'auraient jugée seulement protocolaire – puis, une fois l'encre sèche, se leva afin d'en revenir aux siens. Le courrier fut offert à la vision de chacun des membres de sa fratrie afin d'être, si besoin était, corrigé ou réajusté. Elle n'obtint qu'un sourire cryptique de la part de sa cadette, qui lui demanda, l'air de rien mais les yeux insinuant beaucoup, si la plus jeune de ses aînées s'était enfin décidée à lever le nez de son étoile à sept branches – ce à quoi elle se fit répliquer qu'il s'agissait avant tout là de religion. Elle n'insista pas et, au lendemain, la lettre fut envoyée, filant sur des plumes noires vers le seigneur suzerain.


Dernière édition par Valencia Hightower le Mer 15 Mai 2013 - 21:24, édité 1 fois
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Message Mar 9 Avr 2013 - 22:08


Les bougies avaient beau pourchasser la pénombre, celle-ci dominait largement l'intérieur de la bibliothèque du Lion Gris. Installé au centre de la pièce dans un siège matelassé cousu de velours rouge, Tybolt décacheta puis déroula la missive fraîchement reçue de Villevieille au cours de la soirée. L'écriture lui arracha d'abord un simulacre de sourire. A n'en pas douter celle d'une femme. Un coup d'oeil au bas de la page lui assura un nom : lady Valencia Hightower. Puis au fur et à mesure de la découverte du contenu, une mine plus grave embourba son visage, lui rappelant inévitablement l'imminence du départ de la flotte pour les Iles de Fer et la guerre. Voyage dont rien ne l'assurait d'en revenir vivant.

Prenant une profonde inspiration, Tybolt laissa la main qui tenait la missive filer vers sa cuisse, le document compris, tandis que son autre main venait tater son front. Malgré toutes les prières du monde, reviendrai-je seulement de cette guerre ? se demanda-t-il en essayant de tirer sur la dernière ficelle de foi qui pouvait encore lui rester. Rien, si ce n'est le silence. Les Sept ne lui murmuraient plus rien, pas même une vague intuition. Sans l'ombre d'un doute, la foi ne l'habitait plus, les Sept l'avaient abandonné ou peut-être était-ce lui qui s'en était éloigné par mégarde ? Il n'en savait rien, ne savait plus. A vrai dire, il ne se souvenait même plus pourquoi le lien avait commencé à se rompre. La mort de Maura ? de l'enfant ? oui cela y avait contribué pour beaucoup mais la destruction du lien qui l'unissait aux Sept avait commencé bien plus tôt, bien avant même qu'il ne projette son attention sur Maura Arryn. Il le devinait avec une prémisse de répugnance, le problème était ailleurs, plus sombre encore, car plus intime que ce qu'il imaginait alors.

Tybolt se pencha soudain sur la petite table de travail disposée à sa gauche et y saisit plume, papier et support pour ne pas avoir à trop réfléchir, si ce n'est à la réponse qu'il adresserait à cette lady Valencia la " Pieuse ", puisque c'était elle qui avait pris la mesure de lui répondre et non son frère, probablement retenu à Port-Réal par ses engagements auprès de la Couronne et du Conseil Restreint. Seulement à peine cette réponse commença à se tisser dans son esprit que la seule porte d'entrée et de sortie grinça sur sa droite, laissant entrer Vera, vêtue d'une simple chemise de nuit, un chandelier dans une main, un petit carnet relié de cuir brun dans l'autre. Sans même croiser son regard une seule fois, elle se dirigea vers la façade nord-ouest qui, à l'instar de ses trois autres soeurs, se trouvait recouverte d'étagères pleines à craquer de livres en tout genre. Là, elle se hissa sur la pointe des pieds pour ranger le carnet dans une interstice avant d'agencer trois pas de côté pour saisir un volume bien plus épais et d'entamer le chemin du retour.
“ Quel modèle de courtoisie tu fais ”, déclara Tybolt, non sans un léger sourire en coin qui laissait clairement entrevoir son plus profond amusement.

“ Votre seigneurie paraissait bien trop préoccupée pour que je me permette d'interrompre ses pérégrinations spirituelles ”, répondit Vera, souriant à son tour et baissant les yeux sur la missive qui reposait sur sa cuisse. “ Une réponse de Villevieille ? ”

“ De votre estimée lady Valencia pour être exact. ”
La nouvelle sembla l'amuser à la lueur qui s'alluma soudain au fond de son regard.
“ Vous êtes donc sur la bonne voie ”, commenta-t-elle en s'inclinant. “ Permettez que je me retire. Mon lit n'attend que moi. ”
Tybolt resta un instant songeur, harponné par ses propos autant que par ses fausses manies. Il lui donna toutefois l'autorisation escomptée d'un léger mouvement de la tête, même s'il savait pertinemment que ce n'était qu'un jeu de plus entre elle et lui. Il attendit ensuite qu'elle atteigne la porte pour lui signifier d'une voix emprunte de mystère :
“ Un jour, j'aurais vent de tes manigances. Ce jour tu me devras quelques explications. ”

“ J'attends ce jour avec impatience votre seigneurie. Mon petit doigt me chante que vous me devrez des remerciements ”, rétorqua Vera en laissant filtrer un de ces rires cristallins dont elle avait le secret.
La porte claqua à peine derrière son estimée cousine. Tybolt secoua la tête en accentuant la courbe de son sourire. Il saisit la plume, en trempa l'extremité dans l'encre, et écrivit :

Lady Valencia,

C'est avec un honneur non feint que je prendrais plaisir à discuter de la foi avec vous, si bien sûr, les Sept nous en offraient l'opportunité. La guerre est proche et il m'est difficile de ne pas imaginer que ces quelques mots soient peut-être les derniers que je couche sur le papier. Permettez-moi en conséquence de vous posez une seule question, s'il m'est seulement permis de vous demander quoi que ce soit.

D'après votre propre expérience, vos connaissances, pourquoi les Sept décideraient-ils d'abandonner certains de leurs fidèles ?

Peut-être que votre réponse me parviendra à temps avant mon départ, peut-être qu'elle modifiera le cours de la guerre. Tant de suppositions, si peu de certitudes.

Que les Sept vous préservent.

Lord Tybolt Lannister


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Message Mer 15 Mai 2013 - 23:05

Tout le jour durant, elle avait songé. Lorsque les timides lueurs du jour naissant avaient effleuré son visage, Valencia était déjà éveillée. Un songe particulier l'avait éveillée – pas un cauchemar, mais l'une de ces fantaisies de l'esprit qui vous plongeaient dans une telle impression de vérité troublante, sans pour autant se définir vraiment, que l'esprit en devenait confus et le sommeil impossible. Après ses dévotions, elle avait songé, le poing sous le menton et l’œil à la fenêtre, sans trop se mouvoir, sans n'avoir de désir pour autre chose que de percer le secret de cette impression pesante puis, lorsque l'astre solaire se montra enfin, la pieuse lady consentit à abandonner ses attentes au bord du paysage pour se vêtir, prier encore et en venir auprès des siens.

Assez tôt dans sa journée, la missive arriva. Cette fois, elle lui était exactement destinée et, si elle n'était pas de ces jeunes femmes aisément impressionnables, le vélin scellé paraissait singulièrement lourd à ses doigts, tandis que de la main du mestre, elle la portait jusqu'à un petit salon retiré où elle pourrait la découvrir sans être perturbée par la rumeurs des festivités qui allaient s'ouvrir. Elle se refusa bien évidemment à se réfugier dans sa chambre même pour se faire, car elle refusait l'idée de ne garder que pour elle ses envois, que ce soit dans l'esprit du geste, dans l'intention du moment ou dans l'insinuation de l'attitude ; ne désirant pas davantage prêter le flanc à quelques rumeurs folâtres qui s'enflammeraient d'autant plus vite qu'elle était réputée froide, Valencia préférait écarter toute idée de secret autour de ces missives échangées. Elle choisit un détour de salon, armé de livres et de tapisseries chaudes, pièce dont elle chérissait l'étroitesse, ainsi que l'absence de foyer. Elle s'assit à une table, déposa la lettre avec soin et l'ouvrit après une petite inspiration.

A la quatrième lecture, son poing retrouva son menton, son coude, lui, trouva un support dans la paume de son autre main et ses jambes l’entraînèrent dans une promenade pensive dans son repli sécuritaire. Les livres, sages, alignés, familiers, passaient devant ses yeux en témoins silencieux et affables, compagnons de toujours, distractions bienvenues et agréables ; toutefois, ils ne seraient d'aucun secours en cet instant précis, pas plus que tout le jour. La course du soleil avait entraîné le matin à devenir l'après midi, la journée s'achevait qu'elle n'avait toujours pas mis de mot sur cette impression qu'elle concevait. Ses songes avaient eu un petit goût de sa journée par avance, signe, à ses yeux, que tout était de la plus haute importance devant les dieux – du reste, un simple regard au nom signant la missive, ou un autre à la teneur des mots qu'elle contenait, sauraient suffi à l'en convaincre.

Assurément, les rumeurs avaient dit vrai – cette lettre était celle d'un homme pour qui les doutes étaient devenus rares, non par regain de force, mais par une résignation qui ne lui évoquait rien de bon. Ce sentiment terrible, elle l'avait effleuré à la mort d'Abelar et ce décès, elle en portait encore la marque auprès du cœur, mais plus auprès de la raison. Elle se souvenait fort bien de cette sensation, de cette impression d'avoir eu le flanc percé par une lance glaciale, si froide qu'elle n'avait pas été vraiment douloureuse, non, elle était bien pire que cela : c'était une agonie lente, doucereuse, qui refusait d'achever sa proie, qui la piégeait dans une inertie coupable, dans un découragement sans fond. On se vidait de sa substance, on ne parvenait plus à pleurer, à gémir, pas même à saigner ; on était là, vide, sans force, sans mouvement, mais avec encore toute sa raison. Et on parvenait parfaitement à se contempler soi, misérable, méprisable, pourtant vivant et debout, mais incapable de ramasser son propre sang pour le forcer à revenir dans ses veines. On était presque mort ; c'était ce « presque » qui était tout le drame.

Elle se laissa aller finalement à soupirer une unique et petite fois – peut-être transposait-elle trop. Non, sans doute le faisait-elle, il était évident qu'un homme et une femme ne pouvaient pas ressentir de la même façon une perte semblable, d'autant qu'il avait s'agit d'un frère pour elle, d'une épouse et d'un héritier pour lui. Pourtant, si les Sept lui avaient adressé cette missive dans laquelle elle lisait, en filigrane, l'aveu d'une foi enfuie de l'âme en même temps que ce sang hors du corps meurtri, c'était bel et bien qu'il lui appartenait d'y faire quelque chose. Cette conviction s'ancrait, petit à petit, non par orgueil, mais par devoir. Elle était une Hightower, la plus pieuse d'entre eux : elle se devait d'éclairer la voie. Elle couva encore longuement son courrier du regard et, une fois le drapé du soir tombé sur la ville et les cieux, elle saisit sa plume et la laissa tracer pour elle sur un vélin délicat.


    « Lord Tybolt Lannister.



    Il ne m'appartient pas, comme il n'appartient à personne, de juger des intentions des Sept auprès de qui que ce soit. Seul le Père juge, seule l'Aïeule sait et voit, mais ce que me soufflent tant mes convictions que ce que j'ai pu apprendre, c'est que les Sept n'abandonnent personne.

    La foi est une chose aisée dans l'opulence et le calme, elle n'est pourtant vraie que lorsqu'elle est éprouvée. Au premier regard, un mal frappant une demeure et ceux qui y avaient trouvé abri est une horreur, et elle le reste au second. Mais ce qu'il y a derrière ce drame nous est inconnu. Peut-être est-ce le dur jugement envers des impies, peut-être est-ce une clémence brutale qui vient cueillir ces gens et les emmener dans une douceur inaccessible aux vivants, peut-être est-ce un événement qui, avec un autre, puis un autre, puis encore un suivant, trouvera un sens vrai, beau et véritable, mais qui sera trop obscur aux yeux des vivants.

    Le Bief sait qu'un bel arbre est avant tout beaucoup de racines cachées, les Terres de l'Ouest apprennent que l'or ne devient pur que lorsqu'il subit le feu plusieurs fois. L'épreuve n'est pas une bénédiction, mais elle est ce qui forge et révèle. Je ne puis donc répondre directement à votre demande, puisque les Sept n'abandonnent pas leurs fidèles. L'inverse se fait, toutefois.

    Je prie pour que nous puissions nous rencontrer, car ceci signifierait votre survie, votre victoire, ainsi que votre pardon à mon égard pour cette réponse.




    Lady Valencia Hightower. »

L'encre sécha et ses yeux passèrent et repassèrent sur ses propres mots ; le mestre était couché, elle enverrait sa missive dès le lendemain, au plus tôt. La pieuse lady revint à sa chambre, fit ses dévotions et se coucha.

Cette nuit-là, le sommeil ne vint pas.
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