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La science des rêves

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Message Mar 12 Fév 2013 - 18:56

« Celui qui regarde longtemps les songes devient semblable à son ombre. »


Elle rêvait.

Dans son rêve il y avait le jour et puis il y avait la nuit. La nuit était une grande femme pâle. Le reste n’était que brumes et chaos ; des bribes de mots informes lui parvenaient et à l’intérieur de son songe, tout lui paraissait faire sens.
Il y avait le jour et puis il y avait la nuit. Le jour, elle portait une robe fraîchement cousue par son tailleur. Mais celui-ci avait oublié de finir les coutures dorsales et elle se retrouvait invariablement dénudée, le vêtement craquant alors qu’elle s’avançait dans une grande salle de réception dorée. Rouge de honte, elle allait se cacher dans l’ombre et attendait qu’il fasse noir pour retourner dans sa chambre.
Le temps passait.

Elle se réveilla.

Il faisait jour dehors. Elle avait le dos pressé contre l’écorce rugueuse d’un hêtre. Un cheval paissait près d’elle. Son plus jeune frère, un peu plus loin, s’entraînait à l’escrime en compagnie de son aîné. Un soleil de plomb, très lourd, annonciateur d’orages, brûlait son visage désormais rougi par la chaleur. Elle transpirait dans la grande robe verte et dorée qu’elle portait. Ses longs cheveux étaient sagement domptés dans un chignon fleuri, et à ses pieds elle découvrit une grande couronne de fleurs qu’elle était affairée à tresser avant que le sommeil ne la rattrape. Cette dernière était destinée au septuaire de la ville de Perlebaie, où elle irait chausser les pieds de la Jouvencelle, selon la coutume.

Aujourd’hui était jour de fête. Ses parents s’étaient toujours montré d’heureux mécènes, et de vifs enthousiastes face aux arts et fêtes populaires ; bien que son père avait perdu le goût de ce genre d’évènements depuis son veuvage, les Doggett avaient maintenu cette ligne de conduite qui les faisait parfois passer pour des individus rustiques et laxistes auprès des autres seigneurs. Cette conduite était néanmoins devenue traditionnel et nul n’aurait pensé y déroger.

La jeune fille prit un certain temps à se redresser. Au devant d’elle, les jeunes garçons avaient ôté leurs chemises et se battaient à demi-nus, profitant de la tranquillité du bosquet pour consolider leur fraternité.

« Plus haut, ta garde ! Plus haut ! » Râlait l’aîné.

Tyanne les observa pendant un moment poursuivre leur apprentissage, jusqu’à ce que Ronn, essoufflé, laisse tomber la lame de ses mains. Ce dernier subissait un entraînement intense de la part de la famille, le maître d’armes des Doggett ayant formé le vœu qu’il participe à des tournois. Or, Ronn n’avait rien d’un athlète et le jeune garçon avait toutes les peines du monde à suivre le rythme effréné qu’on lui imposait.
« Je m’en retourne en ville faire mes dévotions», les informa doucement Tyanne. Perlebaie était à peine à dix minutes de cheval de leur petit bosquet ; pas très aventureuse, Tyanne avait refusé de s’enfoncer plus avant dans les bois.

Elle se pencha pour embrasser Ronn sur le front malgré la sueur dont il était affecté. Ce dernier rougit. « Ne t’inquiète pas, frangine, tout va bien. Je vais y arriver. Hein, Arren ? » Il essayait de dissimuler son embarras à être traité de façon si maternelle et puérile par la jeune fille.

Tyanne ne fût pas très longue à rejoindre la ville. Elle affectait un air rêveur et le pas de son cheval était très lent. Ses grands yeux bleus regardaient sans les voir les différents passants. Dans la rue principale de Perlebaie, la chaleur était très humide et pesait douloureusement sur le front dénudé des habitants.

Mais pour toute la distraction qu’elle affichait, la jeune noble ne fût pas longue à discerner un amalgame de ses serfs qui formait un cercle sur la place publique. Des bruits de voix lui arrivaient aux oreilles sans qu’elle parvienne à distinguer mots dans cette cacophonie.

Elle céda à la curiosité et guida lentement Rossinante, son cheval (qui, au demeurant, tenait plus du poney que de l’étalon, les côtes saillantes et le sabot assez vieux et lent pour rassurer la jeune fille qui craignait maladivement les bêtes du haras, supposant qu’un cheval était naturellement un animal fou et dangereux), vers le rassemblement compact. Certains des artisans la reconnurent et entreprirent de la saluer. On savait bien qu’il était courant pour la dévote Doggett d’empiler nombre de ces fleurs tressées en ce jour au septuaire. Elle leur rendit leur salut d’une frêle inclination de la nuque et jeta un regard lointain et dense sur l’objet de tant d’attention.

« Qu’est-ce ? » demanda-t-elle à l’homme qui était le plus proche d’elle.

Ce dernier exécuta ce qui lui paraissait le plus proche d’une révérence, et qui aurait probablement donné envie de pleurer à toute personne quelque peu éduquée.

« Un amuseur public, m’lady. Il est v’nu raconter des histoires, j’crois bien. Fait deux jours qu’il est là ; tout l’monde veut l’voir. Paraît qu’il est très doué. »

« Un amuseur ? Et que fait-il ? Est-ce un trouvère ? Un histrion ? Un homme de la troupe de Lanthéïa, peut-être ?»
demanda-t-elle avec une pointe d’espoir.

« Pas…exactement, m’lady. Plutôt…ben…j’sais pas trop…regardez, le voilà ! Mieux un dessin qu’un long discours, hein ? »

Tyanne réserva son avis sur la question et chercha des yeux l’individu qui était la source de tant d’agitations de la part du village.
De gros nuages s’amoncelaient dans le ciel et étouffaient un peu de la claire luminosité du jour.
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Message Dim 17 Fév 2013 - 14:51

Sur la liste de tous les maux à avoir frappé l’Ouest ces dernières années figurait désormais l’ombre menaçante et pouilleuse d’Elyas, conteur et semeur de trouble de premier ordre qui, malgré les fréquentes razzias des Fer-nés, avait jeté son dévolu sur la montagneuse région pour la prochaine étape de son éternelle errance. Pour le voyageur solitaire les trajets entre les différents bourgs n’avait rien d’une tranquille escapade dans le Bief, loin de là ! Il fallait composer avec des chemins tortueux en plus de la menace constante que les lions des montagnes ragaillardis par le manque de nourriture apporté par l’automne faisaient peser sur tout ce qui avait un rien de viande sur les os. Et même s’il n’avait plus que de la chair rance enveloppée dans de la peau usée et crasseuse, le vagabond comptait bien conserver sa viande quelques années encore.

Aussi l’ancien saltimbanque avait-il usé d’infinies précautions lorsqu’il s’était vu contraint d’établir sa couche en pleine nature quelques nuits durant, cherchant l’abri d’une cavité dans une paroi devant laquelle il avait allumé un simple feu de camp destiné à effrayer les bêtes sauvages. Le risque d’attirer au contraire des brigands avec pareil signal avait été on ne pouvait plus concret, mais mieux valait négocier avec ce qui possédait une langue pour parler plutôt qu’avec 200 livres de poils et de crocs, n’est-ce pas ?

Quoi qu’il en soit Elyas avait fini par retrouver trace de présence humaine sous la forme d’un bourg que quelques rapides questions posées aux autochtones lui permirent d’en apprendre davantage sur les propriétaires de ces terres, les Doggett. Leur nom et l’assurance qu’ils n’avaient rien de fous sanguinaires, cela lui suffisait amplement et il envisagea de rester ici quelques semaines le temps de se refaire une santé et surtout, après cette insupportable période de solitude, de recommencer à se jouer de ses pairs dans le plus pur style théâtral. A village modeste, attention particulière aux étrangers, aussi l’ancien saltimbanque n’avait pu compter sur l’anonymat confortable qu’offrait une ville fréquentée par moult voyageurs, au lieu de cela il avait composé de façon à retourner cet inconvénient mineur à son avantage.

Allant se mettre au centre d’une placette où les habitants allaient et venaient, Elyas avait déclamé quelques contes de son cru à voix haute et sans s’adresser à quelqu’un en particulier, si bien qu’à force de curiosité le public avait fini par se créer de lui-même, avec un certain succès des plus appréciables. Tout une journée durant il les abreuva de légendes, de hauts faits n’ayant jamais eu lieu et de temps à autres d’histoires grivoises pour les plus récalcitrants à se laisser prendre au jeu, si bien qu’au crépuscule il connaissait déjà plusieurs noms et visages de son audience et n’hésitait pas le moins du monde à les impliquer dans sa mise en scène.

La nuit venue il but avec les hommes et profita de l’hospitalité d’un garçon d’écuries pour grappiller quelques heures de sommeil dans le foin, satisfait de lui-même et avide de trouver un personnage intéressant dans cette mer d’esprits aussi fins qu’une massue.
L’aube suivante le vagabond obtint d’un aubergiste de lui emprunter une table et des tabourets qu’il disposa en plein air à l’emplacement même où l’on avait pu l’apercevoir la veille, sentant dans son dos les nombreuses œillades curieuses de qui ne voulait pas manquer un divertissement à même de rompre la monotonie quotidienne.

« Mes amis ! » Cria-t-il avec entrain pour les encourager à approcher. « Aujourd’hui vous allez voir de vos propres yeux l’étrange histoire du sorcier dont les pouvoirs étaient si grands, si indescriptibles qu’il pouvait déplacer les objets à cinq pas de là sans même bouger de là où il était ! »

Quelques personnes échangèrent des regards perplexes mais pour beaucoup curiosité et amusement prirent le dessus, flairant le genre d’histoire à raconter avec entrain des années durant. C’était là un des classiques d’Elyas, il tournait d’abord l’occulte en dérision au cours de l’une de ses performances pour semer ensuite quelques calamités de choix les jours suivants pour que ces dernières soient imputées à des forces inconnues et sèment le doute dans les esprits. Rien de bien noble ni même de joli, mais à pouilleux, pouilleux et demi.

« C’était un bien vieux bonhomme, vieux comme, comme… » Se frottant exagérément le menton pour simuler une intense réflexion, il poussa un cri de surprise avant de poser les mains sur son abdomen et de s’écrier : « Mais comme moi, tiens ! » Des rires, il poursuivit.

« Mais dans ce cas il me faut quelqu’un pour jouer le pauvre bougre victime de tous ces mauvais tours ! Qui cela pourrait-il bien être ?... »

La petite assemblée retint un instant son souffle jusqu’à ce que le vagabond ne jette son dévolu sur un charpentier aussi large que les maisons de son œuvre et lui indique de monter debout sur l’un des tabourets, perché comme quelque pendu en attente de son exécution. Elyas sortit ensuite de sa poche un gobelet en bois qu’il avait chipé les Sept savaient où et le disposa avec soin en équilibre sur le sommet du crâne de son camarade de scène du moment.

« Parfait ! Ne bougez pas mon ami ! Quelque maléfice pourrait bien vous frapper dans le cas contraire ! A présent que nous avons le sorcier et le pauvre dindon de la farce, qui jouera donc la brave et pure Damoiselle à même de déjouer les embûches des sombres arts ? Qui parmi vous se croit suffisamment noble de cœur à défaut de l’être dans sa bourse, mes bons ?! »

Plusieurs mains enthousiastes se levèrent, certains noms furent criés tandis que l’ancien saltimbanque scrutait chaque visage à la recherche du bon profil, et par un nouveau coup de pouce de sa bonne fortune il repéra immédiatement de longs cheveux roux au fond de l’attroupement. Tendant théâtralement un doigt dans sa direction il s’écria :

« Vous ! »

Aussitôt il se faufila parmi les présents pour venir à sa rencontre, ponctuant d’un « Non pas vous » ou d’un « Ni vous »à l’attention du regard plein d’espoir de quelques jouvencelles avant de se fixer devant une jeune femme à l’allure bien moins crasseuse que le reste du commun.

« Oh ça ne peut qu’être vous ! Acceptez-vous d’être ma compagne de scène le temps d’assurer à ces braves gens quelques divertissements ? Il y a trente ans je vous aurais même demandé de devenir ma compagne devant les Sept si l’occasion m’en avait été donnée ! »

Il accompagna sa tirade de ce désarmant sourire plein de sincérité feinte qui représentait son arme la plus redoutable, curieux quant au potentiel de la bougresse.
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