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Quand le Lion rencontre la Truite

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Message Sam 9 Fév 2013 - 19:02

La Maisonnée était en ébullition depuis maintenant plusieurs jours. La venue de deux Seigneurs Suzerains n'était pas une mince affaire et, quelle que soit l'humeur qui se soit abattue chez les Tully après la mésaventure d'Eleanor, il fallait faire au mieux pour les accueillir comme il se doit, avec tous les honneurs dus à leur rang. La jeune femme se doutait fortement que leur venue n'était pas uniquement amicale, dans le but d'entretenir de bonnes relations de voisinages et, la pensée des Fer-né ne la quittait guère.

Même si elle était rentrée depuis plusieurs jours déjà, chacune de ses nuits était peuplée de cauchemars. Bien souvent Qhorin ne lui venait pas en aide et repartait, la laissant sur le bateau, sous le regard du Fer-né. Fort heureusement, là s'arrêtait son imagination et elle se réveillait bien souvent à ce moment-là, apeurée et mettant de longues secondes à se remettre. Eleanor se savait la mine encore plus pâle que d'ordinaire et passait de longues heures enfermée dans sa chambre, essayant en vain de se reposer pour avoir l'air la plus fraiche possible lors de l'arrivée des deux Suzerains.

Les présentations avaient été faites deux jours plus tôt, Eleanor se montrant aussi timide qu'à son habitude mais arrivant tant bien que mal à participer aux discussions qui avaient agrémenté le dîner qui avait suivi. Lord Lannister et Lord Stark s'étaient tous les deux montrés fort courtois avec la jeune femme, faisant tous les deux preuve de la prévenance attendue de leur rang. Ils n'avaient guère échangé et, le lendemain, avaient passé toute la journée à discuter avec Edwyn. Penser à son jeune lord de frère siégeant au milieu de ces hommes si sérieux avait fait sourire la jeune femme même si elle savait qu'il ferait en sorte de tenir son rôle au mieux.

L'aube du troisième jour s'était levée sur une nouvelle nuit quasi blanche pour la Tully. Ressentant le besoin de s'éloigner du tumulte que la présence des lords et de leur équipée continuait de provoquer et sachant pertinemment qu'elle ne pouvait pas quitter les lieux, Eleanor avait longtemps hésité entre passer son après-midi dans la bibliothèque ou aller s'enquérir de Carotte, qu'elle n'avait pas revu depuis son arrivée.

Elle avait fini par se décider et se trouvait là, dans les écuries, discutant avec le jeune garçon d'écurie qui s'occupait de son cheval sous l'œil attentif du palefrenier depuis son arrivée à Vivesaigues, quelques mois plus tôt. Il semblait toujours aussi effrayé lorsqu'elle entrait pour voir son cheval au repos, chose exceptionnelle vu qu'en général, on lui préparait Carotte sans qu'elle n'ait à s'approcher des lieux. Le garçon ne la regardait jamais dans les yeux, préférant de loin fixer le sol, le plafond, les cheveux ou n'importe quoi qui semblait être particulièrement intéressant dans ces moment-là.


"J'ai pris soin de lui m'lady. L'a été super sage même si vous lui manquez. Ca s'est vu tout de suite quand il s'est agité en vous voyant entrer près de lui. J'y ai fait faire de l'exercice pour pas qu'il s'ennuie de trop, comme ça, quand votre poignet ira mieux et que vous pourrez remonter dessus, il sera toujours frais et prêt à se promener."

La jeune femme avait souri gentiment, ressentant une tendresse toute particulière à l'égard du jeune garçon qui partageait son affection pour Carotte.

"Merci, je sais qu'il est entre de bonnes mains. Il est magnifiquement étrillé aujourd'hui en plus."

Tandis qu'elle parlait, elle flattait l'encolure de son cheval, retrouvant une certaine sérénité et le calme qu'elle recherchait depuis l'arrivée des deux lords chez les Tully. Le jeune garçon jeta un regard aux gardes qui surveillaient la jeune femme non loin et hésita avant de bomber le torse, visiblement fier de lui. Décrochant un seau plein de navets, il le déposa aux pieds de la lady avant de s'éloigner prestement, toujours aussi intimidé.

Eleanor attrapa un légume de sa main valide et la tendit au cheval qui l'attrapa sans se faire prier. Posant son front contre les naseaux de l'animal, elle ferma les yeux et prit une profonde inspiration, se sentant brusquement bien mieux que durant les derniers jours. Elle savait qu'il s'écoulerait longtemps avant qu'elle ne puisse le monter de nouveau et même songer à se promener avec lui mais il était toujours là, rassurant et, surtout, elle savait qu'il ne lui trouverait aucune responsabilité dans ce qui lui était arrivé.


Dernière édition par Eleanor Tully le Sam 2 Mar 2013 - 10:31, édité 1 fois
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Tybolt Lannister
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Message Lun 11 Fév 2013 - 14:14


Ombre d'obsidienne sur velours noir d'encre, telle se détachait la silhouette de Tybolt Lannister de cette nuit sans étoile. La pluie tombait ; tombait drue sur ses épaules nues, fouettait la signature de ses clavicules, ruisselait le long des rigoles dessinées par ses abdominaux, trempait ses chausses ; mordait, et mordait encore le cuir de sa peau blanche, cinglait les muscles de ses cuisses, meurtrissait ses os comme la somme d'une multitude de pointes glacées. Les yeux fixés droit devant lui, il ne percevait que l'immensité du monde, son obscurité, lourde, ténébreuse, inquiétante. Une immensité flouée par l'eau qui s'abattait en abondance sur son masque de mélancolie. Du haut de la tour que lord Tully lui avait réservée, il toisait cet univers sans saveur, immobile, une nouvelle fois victime du poison de l'insomnie. Au tumulte seuls se confrontaient les battements réguliers, tranquilles, de son coeur. Boum-Boum. Boum-Boum. Boum-Boum. Le rythme était si net, d'une rigueur si précise, que peu à peu le monde se réduisit à ce seul son. La pluie tombait et continuait inlassablement de tomber sur lui, mais lui ne percevait plus que les tambours de son coeur, les yeux toujours plissés, comme s'il cherchait à percer le secret de la nuit. Soudain, une brise s'éleva, quelque part, pour accompagner les battements, bruyante d'abord puis douce. Bruyante puis douce. Sa respiration. L'alliage des instruments qu'étaient son coeur et ses poumons forma une symphonie d'une intensité telle que ses paupières finirent de le plonger dans l'obscurité la plus totale. Prisonnier de lui-même, il écouta, longtemps, sans sourciller. Il écouta le timbre de cette mécanique que les Sept avaient tour à tour béni puis maudis. Mais une ombre s'ajouta soudain au tableau et le charme se déchira. La pluie tombait. Mais sa force déclinait et son chahut avec. Une cape se posa brusquement sur les épaules du suzerain de l'Ouest pour les réchauffer.
“ Fils ”, lui murmura l'oncle Harald en tapotant son épaule. “ Qu'espères-tu obtenir en t'exposant de la sorte à ces trombes d'eau glacée ? L'eau des Iles de Fer l'est certes tout autant mais je préfère croire que tu n'auras pas à y goûter. ”

“ Le calme avant la tempête ”, répondit Tybolt en dardant ses prunelles d'un bleu d'encre sur le visage de son oncle.
Leurs regards s'entrecroisèrent et s'absorbèrent un moment avant que l'oncle Harald ne consente à opiner du chef et à détourner son regard vers l'horizon invisible. Tybolt l'imita peu après. Il y avait quelque chose de mystique à voir deux générations de Lannister se tenir immobile de la sorte aux sommets de Vivesaigues. L'une plus âgée, plus expérimentée, vestige d'un autre temps, la blondeur écorchée par le poids des années, le visage marqué par les aventures écoulées, mais le bleu des yeux intacte, aussi vif qu'au premier jour. La seconde, plus jeune, plus aventureuse, la marque du présent, le blond des cheveux encore éclatant, le visage lisse, concentré dirait-on, les yeux étonnement plus ternes d'une jeunesse qui guette le futur avec inquiétude.
“ Vivesaigues se ralliera-t-elle à notre cause ? ” demanda Harald Lannister sans laisser transborder la moindre appréhension dans le timbre de sa voix.

“ Vivesaigues ne saurait se rallier totalement à notre cause, mon oncle ”, répondit Tybolt, aussi calme qu'il était conscient de la situation. “ La prudence a toujours été la gangrène du Conflans. Et depuis quand inspirons-nous la confiance ? Non. Au mieux, lord Tully nous concédera une aide limitée, de sorte que la légende retienne un coin de page à l'honneur de sa bannière plutôt qu'elle garde en mémoire que la truite Tully n'était pas de ceux qui répondirent à la gourmandise de Dagon Greyjoy. Au pire, il refusera en prétextant la tenue d'autres alliances plus importantes. ”

“ Le Nord ? ”

“ Le Nord n'a rien à proposer qui soit un avantage pour les Tully. ”

“ Les rumeurs vont bon train et l'une d'entre elle prétend que lady Eleanor pourrait bien... ”

“ Être mariée à lord Beron ? ”l'interrompit Tybolt, imperturbable. “ Les Sept l'en préservent. ”
~

“ C'est une belle monture ma dame. ”
La voix creuse de Tybolt Lannister se fraya un chemin dans les écuries, et fit frisonner, derrière l'une des clôtures, son fidèle Antares. Le suzerain des Terres de l'Ouest se tenait dans l'halo de lumière de l'entrée, les mains dans le dos. Aussi noire que la nuit précédente, sa silhouette s'avança finalement sur le tapis de paille et de terre battue et révéla un ensemble à dominante rouge grenat et noir de charbon suivi d'une lourde cape lie-de-vin. Ses yeux légèrement plissés ne laissaient guère entrevoir le moindre soupçon de fatigue, au contraire du très léger trait violacé qui les cerclait. Peut-être l'amas de cheveux blonds amassé sur son front ou le bleu de ses yeux contribueraient à gommer cette imperfection. Son regard tomba sur l'ainée des enfants de feu lord Medgar Tully. Marquant un arrêt à la distance qu'il convenait de préserver entre eux, il inclina le buste en ramenant son bras droit devant lui.
“ Mes respects lady Eleanor. ”
En se redressant, Tybolt laissa un soupçon à peine visible de sourire lui entailler les lèvres. Maintenant qu'il regardait Eleanor Tully droit dans les yeux, il en vint à se demander qui avait bien pu inventer cette rumeur stupide selon laquelle un pareil masque d'amabilité et de fragilité pourrait promptement tomber dans l'escarcelle Stark.
“ Les discussions que j'ai pu entretenir avec votre frère ne nous ont guère permises d'aller sur ce terrain, aussi permettez qu'à travers vous je remercie la maison Tully pour l'accueil qui nous est fait à moi et aux miens. Je doute qu'il soit agréable à qui que ce soit dans ce royaume de recevoir les Lannister sous son toit, votre maison ne s'en montre donc que plus généreuse à notre égard. ”




Dernière édition par Tybolt Lannister le Mer 20 Fév 2013 - 14:33, édité 1 fois
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Message Dim 17 Fév 2013 - 10:44

Combien de temps était-elle restée ainsi, auprès de Carotte, à reprendre une contenance, une certaine sérénité loin des tumultes du reste de la Maisonnée ? Elle aurait été bien incapable de le dire mais elle se sentit un rien engourdie lorsqu'elle attrapa le navet pour nourrir l'animal.

Sursautant lorsqu'elle entendit une voix, elle tourna son visage en direction de la personne qui avait parlé, reconnaissant immédiatement l'un de leurs invités si important. Plissant des yeux pour l'observer malgré le contrejour, elle pencha la tête sur le coté, étrangement nullement mal à l'aise devant cette apparition. Eleanor n'avait pas vraiment pris le temps de l'observer lors des présentations et du dîner qui avait suivi, trop occupée à piquer du nez sur son assiette pour ne pas se sentir trop mal à l'aise. Mais, dans ce lieu peu habituel et grâce au calme que lui avait procuré les quelques instants en tête à tête avec Carotte, elle se sentait plus apte à tenir son rôle de fille ainée de la maison Tully. Et puis, le sujet de discussion lancé par le lord était plutôt facile pour la jeune femme qui n'avait pas à réfléchir à la meilleure façon d'y répondre.


"Oui, il est magnifique. C'était un cadeau de mon Père. Il avait toujours été très avisé dans ses choix et il a réussi à trouver facilement une monture qui s'accorderait avec ma personnalité."

Se retournant complètement en direction du lord, elle lui tendit une moitié de navet avec un léger sourire.


"Vous voulez le nourrir ? Il n'est pas farouche du tout, bien au contraire, il adore qu'on s'occupe de lui."

Se rappelant brusquement des convenances et de l'attitude qu'elle se devait d'adopter devant une telle présence, elle tenta tant bien que mal de faire une révérence, peu aidée par sa main bandée d'un coté et le morceau de navet de l'autre. Réprimant une grimace et un soupir, elle espéra vaguement que Lord Lannister ne verrait rien ou qu'il ferait mine de n'avoir rien vu. Un instant, le spectre de la première soirée qu'elle avait passée avec Velanna, des siècles plus tôt, lui revint à l'esprit. Son amie avait réussi à la dérider grâce à une imitation pour le moins originale d'un Lord Lannister venu lui présenter ses hommages et un sourire se dessina sur son visage à ce souvenir tandis qu'ils reprenaient tous deux leur place initiale.

Pourtant, cette soirée lui semblait tellement loin, ainsi que toutes les inquiétudes qui la touchaient à ce moment-là. Après tout, si elle avait survécu à une rencontre avec des fer-nés, elle pourrait bien survivre à une discussion avec un Lord, non ? Tout du moins, l'espérait-elle fortement, sinon les choses risquaient de devenir franchement gênantes très rapidement.

Son regard croisa alors celui du Lord et ce qu'elle put y lire la rassura. Il avait l'air moins âgé qu'elle l'avait imaginé, moins froid et distant que l'idée qu'elle s'en était faite et, après avoir remarqué qu'il semblait fatigué, le voyage ou les soucis qui l'avaient conduit jusqu'à Vivesaigues devaient avoir perturbé ses nuits, elle réalisa que sa propre mine devait refléter l'état d'esprit dans lequel elle se trouvait. Si elle n'avait presque plus de trace du coup reçu sur la joue, elle savait ses yeux cernés, son visage encore plus pâle que d'ordinaire et elle espéra vaguement que le peu de lumière de l'écurie éviterait de trop mettre en avant son état peu avenant.

Lors de son retour à Vivesaigues, elle avait appris la visite prochaine des deux suzerains et, si une part d'elle avait été inquiète à propos de la raison de leur venue, on ne faisait pas tant de route pour le simple plaisir de voir les bords de la Ruffurque, une autre, celle qui n'arrivait pas à oublier ce qui lui était arrivé, lui avait soufflé qu'elle pourrait en profiter pour essayer de tenir la promesse qu'elle s'était faite à elle-même en quittant la chambre de la petite auberge quelques jours plus tôt.


"Nul besoin de nous remercier. C'est un honneur pour nous de recevoir des hôtes tels que vous et, en ces temps troublés, il faut savoir faire preuve de discernement et oublier les préjugés que certains pourraient avoir sur votre famille. En ce qui me concerne, je n'ai aucune animosité contre votre Maison et j'ai parfois du mal à comprendre les raisons qui peuvent pousser les gens à ne pas avoir envie de vous accueillir. Peut-être pourriez-vous m'éclairer là-dessus ?"

Sa question était sincère. Eleanor savait la situation des plus tendues entre les différents seigneurs mais elle préférait de loin que Lord Lannister soit un soutien pour son jeune lord de frère plutôt qu'un ennemi. Et le regard franc du lord la rendait plus curieuse que méfiante. Ce fut d'ailleurs peut-être pour ça, qu'après quelques secondes de silence, elle lâcha, sans la moindre transition.

"Lord Lannister… Est-ce que vous vous considérez comme un suzerain juste et qui veille bien sur ses vassaux?"

Les propos étaient osés, inquisiteurs, s'écartant passablement loin du cadre des discussions qu'en tant que jeune femme de la Maison elle était censée mener avec ses hôtes, la Tully le savait bien. Et elle ne savait pas vraiment ce qu'Edwyn avait bien pu lui raconter lors de cet entretien interminable mais, s'il était au courant de quoi que ce soit, il comprendrait rapidement de quoi elle voulait parler. Eleanor espérait une discussion franche, le contexte étant peut-être plus propice à un dîner ou une rencontre plus officielle. Elle savait aussi qu'elle n'aurait probablement pas le cran de lui poser la question à un autre moment.

Au moins, elle ne se sentait ni gauche, ni mal à l'aise, préoccupée qu'elle était par les questions qui affluaient dans son esprit et dont elle savait que maintenant, seul Lord Lannister aurait la réponse. Il était probablement aussi la seule personne à pouvoir l'aider à tenir ses engagements, mais, brusquement, elle eut peur des propos qu'il pourrait tenir si elle osait formuler à haute voix cette requête qui ne la quittait plus depuis plusieurs jours.


Dernière édition par Eleanor Tully le Sam 2 Mar 2013 - 10:30, édité 1 fois
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Tybolt Lannister
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Message Ven 1 Mar 2013 - 10:45

Il y a deux sortes de regard ; deux genres qui s'affrontent et se côtoient à longueur de journée. Le regard errant, celui qui passe sur les choses sans s'y attarder ; semblable à une caresse prétendent les amatrices de contes à l'eau de rose ; désintéressé avancent les fins amateurs de taverne. Et le regard pesant, celui qui engloutit les choses ; le coup de massue des seigneurs au charisme tonitruant narrent les ménestrels, la brise froide venue d'au-delà du Mur annoncent les affabulateurs. Les interprétations sont aussi nombreuses qu'il existe de paire d'yeux pour les observer, mais la réalité conserve ces deux empreintes : l'errance du premier et la lourdeur du second. Cette même lourdeur avec laquelle Tybolt observa la main bandée de lady Eleanor, la même errance avec laquelle il chatouilla la moitié de navet qu'elle lui tendait. Doucement, il libéra sa cape de l'emprise de ses broches dorées et l'abandonna sur la première clôture venue. Alors seulement il se permit de saisir la moitié de navet pour la porter aux lèvres du cheval, fléchissant les genoux pour l'observer d'en bas tandis que son autre main venait caresser le trait continu de sa puissante mâchoire. Père disait volontiers des chevaux qu'ils méritaient qu'on les observe plus souvent d'en bas avant de leur demander quoi que ce soit d'en haut. La manie lui était restée, quand bien même il n'était pas question pour lui de monter le cheval devant lequel il s'abaissait.

Un sourire plus affirmé lui effleura momentanément les lèvres quand lady Eleanor lui avoua ne ressentir aucune animosité pour sa famille. Sourire qui s'effrita quelque peu à la question qui s'en suivit. Pourquoi les gens se montrent réticents à nous accueillir sous leurs toits ? Peut-être parce que la légende nous fit voleurs, peut-être parce que Père et moi avions ceci en commun que les règles de l'hospitalité n'occupaient que peu de place dans nos cervelles, ou va savoir... parce que les lords redoutent que leurs filles héritent de la graine Lannister contre leur gré pour une seule nuit d'égarement ? La question fit un tour complet de sa tête avant de pointer raisonnablement vers les réponses les plus probables d'être nommées.

“ La légende prétend que le fondateur de notre lignée défit par la ruse la maison Castral de son propre trône ”, narra-t-il avec une sincère neutralité. “ Il n'en faut guère plus pour forger une réputation ma dame. Quoi qu'il faudrait se montrer de bien mauvaise foi pour nier que tous les Lannister, à quelques exceptions, ont d'une façon ou d'une autre honorer cette réputation. ”
Moi le premier. La suite, Tybolt ne la vit même pas venir. La question le surprit à ce point que son regard resta longuement suspendu à celui de l'aînée des Tully. ... Juste et qui veille bien sur ses vassaux... je ne connais personne qui puisse répondre à cette problématique. Tout juste que pouvait se montrer un homme, qui plus est un suzerain, ses vassaux ne lui apparaissaient jamais égaux. Dès lors, comment pouvait-il prétendre se montrer juste ou protecteur envers chacun d'eux ? Cette question ne trouvait de réponse que l'écho du silence qui résonnait à grands fracas dans ses oreilles malgré la respiration lente et rappeuse à proximité. Tybolt soupesa le chemin qui séparait la réponse théorique de la vérité telle que lui l'entrevoyait. Une balance de poids qui ne tarda guère à chavirer de manière un peu trop brusque vers l'un des deux penchants. Les nuances ne représentaient ici que des faux semblants derrière lesquels un suzerain trouverait de quoi se cacher que durant un temps jugé trop court. Le regard de Tybolt survola les naseaux du destrier occupé à ronger le restant de navet logé dans sa main, et se perdit un instant à détailler le vide qui les séparait tous deux, avant de revenir, luisant de tout son bleu cristallin, cueillir celui de lady Eleanor.

“ Je ne connais aucun suzerain qui puisse s'en vanter, pas même votre frère. Si nous étions justes envers les nôtres, et bienveillant à leur égard, nous n'aurions pas laissé mourir nombre d'entre eux à Belcastel, Port-Lannis, ou Salvemer. Nous n'aurions pas attendu tout ce temps à les venger ni exprimer des réticences à le faire. Non, lady Eleanor, de tels hommes n'existent pas. ”
Sa réponse était celle qui s'approchait le plus de la vérité, cela ne faisait aucun doute. Tout du long, sa voix n'avait pas tremblé une seule fois. Elle était restée égale à elle-même, à la fois lointaine et chaleureuse. Tybolt n'était toutefois pas sans deviner qu'une telle interrogation découlait d'arrières pensées dont il ne réussirait à saisir la teneur même en y réfléchissant à trois fois. Ce qu'il lisait dans le regard de lady Eleanor, cette sensibilité d'âme, le poussa à poser la seule question qui méritait d'être posée :

“ Me demanderiez-vous d'être un tel homme, ma dame ? ” dit-il, avant de se redresser et de la dominer à nouveau du regard. “Ne serait-ce que pour cette occasion qui semble voiler vos yeux ? ”


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Message Sam 2 Mar 2013 - 10:29

Si l'on avait dit un jour à Eleanor qu'elle se tiendrait devant un lord suzerain sans rougir, sans se sentir gênée et surtout lui postant des questions pour le moins inconvenantes, elle n'en aurait pas cru un mot. Et pourtant, elle était là, fixant lord Lannister avec cette innocence curieuse qui la caractérisait tant et faisant fi de la plupart des principes que Lady Charissa lui avait enseigné.

Elle s'était, en l'espace de quelques minutes, montrée intrusive, curieuse et n'avait certainement pas fait preuve de la retenue qui lui incombait. Proposer à un Seigneur suzerain de nourrir un cheval était pour le moins inapproprié mais la jeune femme ne s'en souciait guère, agissant avec le naturel et la spontanéité qui était siens lorsqu'elle était avec ses proches ou qu'elle se sentait à son aise.

Eleanor fut pourtant soulagée en voyant Lord Lannister se défaire de sa cape et attraper le navet, ayant tout de même redouté l'espace d'un instant qu'il ne soit offusqué par son comportement peu habituel. Carotte ne montra aucun signe de peur ou d'agacement au contact du lord et le visage de la Tully se fendit d'un sourire sincère tandis qu'il semblait hésiter quelque peu quant à la réponse à ses innocentes questions qui avaient bien plus fait mouche qu'elle n'aurais jamais pu l'imaginer.


"Il parait que les légendes ont bien souvent un fond de vérité. Mais de là à savoir où s'arrête la fable et ou commence la réalité dans ce qu'ont pu faire vos aïeux… Ce ne sera pas moi qui pourrait faire la différence en tout cas." Elle sembla hésiter avant de reprendre, d'une voix toujours aussi douce. "Et vous êtes une exception alors ?"

Nulle trace de sarcasme ou d'allusion peu affable dans ses propos une nouvelle fois. Il fallait dire qu'en temps normal, il était déjà particulièrement rare de l'entendre user de ce genre d'intonations et cet instant était pour elle encore moins propice à ce genre d'exercice. Eleanor ne cherchait ni la joute verbale ni à mettre le lord au pied du mur. Elle voulait comprendre et surtout, elle espérait qu'il se montrerait aussi franc que son regard le laissait présager. Pour elle, cette franchise et ce regard dénué de malveillance qu'elle constatait de la part du Lord étaient la preuve-même qu'il n'avait rien à voir avec les rumeurs dont les gens affublaient la lignée Lannister. Mais les choses n'étaient pas toujours aussi simples, elle l'avait appris très récemment à ses dépends.

Gardant un long moment le silence aux propos du lord, elle continua néanmoins de le fixer, la tête légèrement penchée sur le coté, la mine pensive, méditant visiblement sur ce qu'il venait de dire.


"Je vois. Mais, si vous avez clairement conscience de ce qui ne va pas, cela fait probablement de vous un bien meilleur suzerain que vous ne l'imaginez. Il est difficile d'accepter ses erreurs et surtout, de réaliser les conséquences qu'elles peuvent avoir. Et il est parfois encore plus compliqué de trouver comment réparer les torts causés."

La Tully commençait tout juste à apprendre de ses propres erreurs et à accepter les incidences que celles-ci pouvaient avoir sur sa propre existence, mais aussi et surtout sur celle de son entourage. Elle qui ne vivait que pour les siens et qui voulait tout faire pour les protéger, elle avait cruellement manqué de discernement et les conséquences avaient été désastreuses. Moins qu'elles auraient pu l'être, fort heureusement, mais un peu plus de réflexion et de recul auraient probablement été salvateurs.

"Je ne sais pas si je peux vous demander d'être un tel homme lord Lannister. Je ne suis même pas sûre que je puisse vous demander quoi que ce soit, surtout avec la période que nous en train de traverser."

Elle poussa alors un profond soupir, ne sachant pas comment aborder la suite de la conversation. Au regard du Lion, Eleanor avait compris qu'il l'écoutait avec une attention qui n'était pas feinte et que c'était le moment ou jamais de s'exprimer. Mais, si elle s'était imaginé la scène des dizaines de fois, elle n'était jamais arrivée à trouver la façon la plus pertinente de lui faire entendre ses propos.

"Je sais que vous avez des sœurs. Qu'auriez-vous fait si l'une d'entre elle vous était enlevée et que personne ne réagisse ? Si vous n'étiez qu'un simple vassal et que votre Lord ignore totalement l'incident ? Pour de bonnes raisons peut-être, on ne peut pas veiller sur tout le monde, il est déjà assez délicat de veiller sur ses proches et de gérer les affaires importantes. Jusqu'où seriez-vous prêt à aller ?"

Encore une fois, elle ignorait exactement les propos qu'avait pu tenir Edwyn à son sujet et concernant son enlèvement. La mort de Qhorin avait passablement modifié la donne. Il n'y avait plus personne à punir mais il restait encore des gens à protéger malgré tout. La disparition du Fléaufort n'avait en rien permis à Eleanor de se décider sur les sentiments qu'elle éprouvait pour lui. Elle naviguait toujours entre la haine, la colère et la pitié de voir une vie ainsi gâchée. Peut-être que la discussion avec Lord Lannister l'aiderait à y voir plus clair à ce sujet également, même si elle avait de sérieux doutes.

Elle savait ses questions encore une fois déroutantes et esquissa une petite moue contrite sans pour autant le quitter des yeux. Dans un réflexe, elle se tritura nerveusement les doigts, avant que sa main droite ne se rappelle une nouvelle fois douloureusement à elle. Eleanor ne voulait pas qu'il se sente accusé de quoi que ce soit, ce n'était pas son objectif et elle espérait qu'il pourrait lire tout cela dans ses yeux, ce même regard qu'il avait trouvé voilé et qui le serait probablement encore longtemps.
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Tybolt Lannister
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Message Ven 22 Mar 2013 - 12:11


Quelle place tenait la famille dans l'éventail restreint de valeurs que les Lannister avaient coutume de nourrir ? La réponse la plus simple aurait été de dire grande et béante à la fois. Grande et béante, car de la même manière qu'un flocon de neige ne pouvait se targuer de ressembler à un autre flocon de neige, la lignée des Lannister ne pouvait se vanter de n'avoir engendré que des hommes et des femmes dont les coeurs avaient toujours battu à l'unisson en tous temps et en toutes circonstances. Conscient de cela, Damon Lannister s'était appliqué de son vivant à ce que ses enfants n'oublient jamais qu'ils formaient une seule et même famille. Bien sûr, il aurait été trop demandé au hasard que tous s'entendent à merveille, mais c'était là une toute autre histoire. Le fond, lui, importait plus que tout le reste. Même séparés, même en mauvais termes, Tybolt, Gerold, Tya et Aliénor Lannister savaient qu'un lien les relierait toujours. Ce même lien qui avait toujours fait réfléchir à deux fois celles et ceux qui prétendaient s'en prendre aux lions et lionnes élevés à Castral Roc.

Dans les grands yeux bleu azuré qui lui faisaient face, Tybolt Lannister n'aurait su chercher le lien qui unissait les Tully et tenir une quelconque conclusion quant à sa nature profonde. Il ne vit dans ses yeux que les reflets ombrageux de son propre visage et ce quelque chose d'autre de tout aussi sombre. Un homme de son rang savait consciencieusement se servir de son instinct pour cueillir les impressions à vif et ainsi obtenir une fresque plus détaillée des situations auxquelles il se confrontait. Son instinct lui dictait que rien n'était anodin malgré ce que lady Eleanor essayait de lui faire croire. Ses questionnements comme sa façon de le regarder, tout nourrissait un seul et même but. Mais l'instinct de Tybolt Lannister n'était à ce point affuté pour qu'il comprit ce qui était entrain de se jouer à ses dépends.

Alors les questions roulèrent vers lui, emportées par la pente glissante sur laquelle on les avait lâchées mais aussi le poids considérable de leur teneur. Aussi imperturbable qu'un lion sur le point de bondir sur sa proie, Tybolt les réceptionna et avec la délicatesse du félin qu'il était, porta son regard vers l'entrée des écuries en prenant cet air songeur qui lui seyait si bien. Sa réponse n'eut guère besoin d'être formulée dans son esprit, tant est que la vérité résidait ailleurs, quelque part entre son coeur et ses tripes. Voici ce qu'il répondit à lady Eleanor Tully quant à la question de savoir ce qu'il aurait fait si l'une de ses soeurs avait été enlevée et que personne ne semblait s'en soucier :

“Qui mieux qu'un frère ou qu'un père devrait se soucier du malheur d'une soeur ou d'une fille ? Qui mieux qu'eux devrait assurer le bien-être de leur propre sang ? ” Puis saisissant un court instant de silence pour mieux le briser. “ Savez-vous ce que le seigneur mon père disait de son vivant ? Il disait qu'on ne pouvait espérer isoler un lion et l'attaquer seul à seul. Il disait qu'un lion ne s'aventurait jamais seul où que ce soit et que même quand le lion paraissait seul pour qui essayait de l'atteindre, la horde de lions et de lionnes au sein de laquelle il était né n'était jamais très loin pour faire entendre justice. ”
Un sourire subtil sembla sur le point de fendre ses lèvres quand ses yeux revinrent se poser sur l’aînée des Tully. Voila ce qu'il répondit alors à la question de savoir jusqu'où il serait aller pour faire valoir cette justice :

“ Moi vivant, personne ne se risquerait à faire le moindre mal aux miens. Pas parce que je suis Tybolt Lannister, suzerain de l'Ouest, parce que l'imaginaire collectif sait qu'il n'existe pas plus mauvaise idée que de toucher aux cheveux d'un Lannister contre son gré. Mais si un fou voulait s'y risquer, je m'assurerais de le rayer de la carte lui et toutes ses possessions. Pas par esprit de vengeance, mais simplement pour apaiser d'autant mon coeur. ”
Le sérieux de cette réponse trancha avec la subtilité dont il dégaina la suite en saisissant la main bandée de lady Eleanor entre les siennes et de l'analyser sous toutes les coutures.

“ Maintenant que vous avez vos réponses, dites-moi lady Eleanor, qui vous a enlevé et pourquoi votre frère n'a pas encore rendu justice ? ”


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Message Mar 26 Mar 2013 - 19:40

Lord Lannister l'écoutait avec une attention soutenue, ne l'interrompant pas malgré ses hésitations et ses questions pour le moins inhabituelles. Son regard n'était pas pesant, il était curieux certes, mais elle ne se sentait ni oppressée, ni gênée, fort heureusement au vu de ce qu'elle avait à dire. Il n'avait jamais été aisé pour Eleanor de s'exprimer face à des inconnus mais la situation était suffisamment atypique pour qu'elle s'en sorte tant bien que mal.

Lorsqu'elle réussit enfin à amorcer le sujet qui l'inquiétait tant, la jeune femme guetta sa réponse, se mordillant nerveusement la lèvre, craignant une rebuffade quelconque. Mais il n'en fut rien, les propos qu'il tint étaient emplis d'assurance et de certitude que rien ne semblait pouvoir ébranler. Comme elle aurait aimé être à sa place en cet instant. Sûre de savoir ce qu'il était juste et avisé de faire, de pouvoir suivre une route sans avoir peur de s'être égarée. Il n'en était rien évidemment mais, elle se devait de continuer malgré tout ses doutes.

Hochant doucement la tête à ses propos, comme pour les appuyer silencieusement, elle sursauta légèrement lorsqu'il attrapa sa main bandée. La poigne du lord n'était pas douloureuse mais elle ne s'y était pas du tout attendue, tout comme elle n'avait pas imaginé qu'il poserait une question aussi directe, déchirant le voile dans lequel elle s'était drapée depuis son retour.

Il lui fallait choisir habilement ses mots, arriver à faire comprendre à lord Lannister ce qu'elle ressentait alors qu'elle-même avait encore toutes les difficultés du monde à le définir. Prenant une profonde inspiration, son regard quittant sa main qu'il tenait entre ses doigts, elle riva son regard bleuté dans le sien avant de répondre d'une voix douce et hésitante.


"Il est difficile de rendre justice lorsque le coupable est déjà mort malheureusement. Je ne sais pas vraiment ce qu'Edwyn a pu vous conter à propos de ce qui m'est arrivé et il serait inutile que je me répande en détails peu intéressants. Ce qui importe vraiment, pour moi en tout cas, ce sont les raisons qui ont poussé mon ravisseur à agir comme il l'a fait."

Elle se souvenait encore du regard d'Edwyn lorsqu'elle lui avait raconté ce qui s'était passé, l'enfant qu'il était se retrouvant confronté entre son rôle de lord et celui de frère. L'amour profond qui les liait tous les deux n'avait fait qu'accentuer la détresse qu'avait pu ressentir la jeune femme qui s'était sentie désolée d'accabler les épaules de leur si jeune lord d'un poids supplémentaire. Mais Eleanor n'avait pas le droit de lui cacher quoi que ce soit, il était de son devoir de l'informer de tout ce qui s'était passé et dont elle se souvenait. Ce qu'elle avait fait, malgré l'inquiétude et la peine qu'elle avait pu lire dans ses yeux.

La Tully n'était pas là pour que lord Lannister s'apitoie sur son sort, bien au contraire. Mais la tâche était difficile. Redressant légèrement le menton, elle continua néanmoins, sa voix se faisant plus affirmée.


"Il s'agissait de Qhorin Fléaufort, d'une de vos maisons vassales ni je ne m'abuse. Sa sœur avait été enlevée par les Fer-nés et, malgré ses demandes répétées, rien n'avait été fait pour leur venir en aide, tout du moins, c'est ce qu'il m'a raconté."

Se mordillant les lèvres de plus belle, Eleanor réalisa que ses propos pouvaient sembler accusateurs alors que ce n'était en rien son attention. Soupirant légèrement, elle guetta un instant la réaction du lord avant de reprendre, son regard de nouveau rivé sur sa main bandée.

"Je ne sais ce qui est vrai ou pas dans toute cette histoire. Mais il m'a affirmé que s'il apportait une noble qui pourrait s'avérer intéressante, on lui avait promis qu'il pourrait récupérer sa sœur. Je devais servir de monnaie d'échange."

Son regard se voila tandis qu'elle repensait à tout ce qui s'était passé mais elle secoua brièvement la tête, décidée à rester ancrée dans la réalité.

"Les choses ne se sont pas passées comme prévues. Sa sœur était morte depuis longtemps et au dernier moment il s'est ravisé pour me venir en aide et que je ne tombe pas entre leurs mains. Il a été mortellement blessé à ce moment-là."

Eleanor n'oublierait probablement jamais le sang qu'il avait versé, la veille interminable qui avait suivi, tout ça pour voir le jeune homme s'éteindre au lever du jour sans qu'il n'ait réussi à protéger les siens comme il se l'était promis. Si elle ne pourrait jamais lui pardonner d'avoir pris la vie de son cher Ser Norbert et d'avoir manqué cruellement de bon sens, elle ne pouvait décemment oublier pourquoi il avait tout cela et c'était ce qui la guidait en cet instant.

"Comme vous le savez, notre devise est "Famille, Devoir, Honneur". La famille passe en premier, avant tout le reste. Je me suis longtemps demandé ce que j'aurais fait si j'étais à sa place et c'est pour cela que je vous ai posé cette question. Je ne prétends pas avoir l'intelligence et être suffisamment avisée pour juger de ce qu'il a fait. Il a payé ses actes de sa vie et l'on ne peut rien faire de plus à ce propos. Mais, j'aimerais que sa famille n'ait pas à souffrir de ses actes."

Relevant les yeux, elle ancra de nouveau son regard dans celui du lord, ne sachant absolument pas comment il allait bien pouvoir réagir à ses propos. Pourtant c'était bien là le cœur de ses interrogations, elle y était presque.

"Vous seriez prêt à tout pour votre famille si je l'ai bien compris. Tout comme moi. Tout comme lui, quels que soient les moyens qu'il ait pu utiliser. Mais il n'y a plus personne pour veiller sur eux maintenant. Ils ont besoin de leur suzerain, de savoir qu'ils n'ont pas été abandonnés maintenant qu'ils ont perdu deux de leurs enfants. Ils ne sont d'ailleurs même pas au courant pour la mort de lady Fléaufort, il faudrait leur en aviser non ?"

Eleanor savait très bien qu'il n'avait en rien l'obligation de faire ne serait-ce qu'une partie de ce qu'elle avait évoqué. Et il aurait été parfaitement dans son bon droit. Elle lui demandait tout de même beaucoup et ne savait pas non plus ce qu'il lui convenait de faire face à une telle situation. Son regard se fit plus interrogatif, hésitant même, tandis qu'elle attendait la réaction de lord Lannister.
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Tybolt Lannister
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Message Mer 10 Avr 2013 - 10:40


Son regard allait et venait entre la main bandée et les yeux de lady Eleanor. Ainsi pouvait-il se fier aux deux indicateurs primmordiaux du genre humain : tout d'abord la lueur dançante qui sommeillait au fond de chaque regard, ensuite le pouls qui vibrait derrière chaque poignet. Deux indicateurs qui suffisaient à aiguiller l'intuition humaine dès lors qu'il était question de démêler le vrai du faux. Lady Eleanor commença à formuler une réponse simple, débarassée de la moindre fioriture, tout du moins est-ce ainsi que Tybolt l'interprêta en se fiant aux deux indicateurs dont il disposait avec retenue : son regard ne s'attardant jamais trop longtemps dans celui de la jeune femme, et ses doigts n'effleurant jamais plus bas que le bas de sa peume pour y cueillir les échos d'un lointain rythme cardiaque. Quand le nom de Qhorin Fléaufort fut prononcé au grand jour, il ne perçut nul autre tressaillement que le sien propre. Elle ne mentait pas.

Les sourcils à présent froncés, Tybolt tentait tant bien que mal de renouer les fils de cette étrange révélation. Il se souvenait fort bien du Qhorin Fléaufort qui quelques temps plus tôt s'était vu offrir l'opportunité de séjourner à Castral Roc, sous les bons conseils de son frère Gerold. Le garçon que sa mémoire lui renvoyait devait tout juste avoir la quinzaine, peut-être même moins. Comment ce gamin était-il parvenu à berner l'aînée des Tully ? Ou plutôt avec quels moyens ? Tybolt peinait à saisir la réponse tant se rappelait à lui le visage du trop jeune lord Tully au cours de la réunion qui les avait réunis en compagnie de lord Stark. La Truite avait-elle décidée de ne pas se soulever contre les Iles de Fer pour cette raison ? Sinon pour quelle autre raison, songea Tybolt, qui serait assez fou pour s'allier avec ceux qu'on prétendrait responsables de l'enlèvement de sa soeur... Maudis soit cet imbécile de Fléaufort et sa tête trop dure. Eut-elle été plus flasque, qu'elle aurait rebondis sur le mur de la honte au lieu de s'y briser. Il relâcha délicatement la main de lady Eleanor et se tourna vers l'entrée des écuries, l'oeil sombre, tandis que les conclusions surprenantes de son interlocutrice finissaient de le clouer sur place.

Lord Quellon y était-il pour quelque chose ? La rumeur le disait diminuer mais Tybolt était convaincu que sa peine n'avait pas pu prendre le pas sur sa raison. Alors comment ? Avec l'aide de qui ce gamin était parvenu à atteindre Eleanor Tully de Vivesaigues ? Tybolt obtiendrait d'une manière ou d'une autre le nom de ses complices et les feraient pendre pour avoir entachés avant l'heure les liens qu'il avait souhaité tisser avec les Tully. Le doute lui fit relever la tête. Tout ce qu'il essayait de bâtir était-il voué à l'échec ? Pourquoi diable fallait-il toujours que quelqu'un punisse la moindre de ses initiatives ? Il soupira.
“ Vous avez trop bon coeur ma dame ”, déclara-t-il d'une voix rude, quoi qu'emprunte d'une certaine lassitude. “ S'il était parvenu à ses fins ou s'il vous était arrivé bien pire qu'une main bandée le Conflans et l'Ouest se seraient retrouvés à couteaux tirés bien malgré nous. La stupidité de ce garçon a pris le pas sur son impatience caractérielle. Croyez-moi quand je vous dis qu'un grand mal en est né. Par sa faute, le Conflans ne se ralliera pas aux troupes que je m'apprête à lancer contre les Iles de Fer, rendant plus délicat encore ce que lui et les siens réclamaient depuis longtemps. ”
Fatigué par son voyage autant que par la charge qui pesait désormais sur ses épaules, Tybolt laissa se déchirer le voile d'impassibilité qui retenait jusque là les traits de son visage. Il appliqua ensuite sa main sur une bonne partie de celui-ci et se permit de fermer les yeux pour rassembler ses pensées et préserver l'intégrité de son raisonnement.
“ Faites savoir à votre frère, je vous prie, que je ne suis pour rien dans la mésaventure qui a manqué de vous coûter la vie et que le prix qu'il demandera en réparation du préjudice moral infligé à votre famille sera le mien et celui de la maison Fléaufort. ”
Ramenant sa main le long de son corps, il rouvrit les yeux et les bascula vers lady Eleanor.
“ Lord Quellon Fléaufort était un vassal estimé de mon père. Je regrette que son fils n'ait pas suivi ses traces. C'est en partie en l'honneur des loyaux services des maisons Fléaufort et Farman que je vais conduire une partie de mes hommes à la mort et l'y trouver peut-être moi-même, afin que soit laver les pertes qui leur ont été infligées... Ma dame. ”
Après s'être incliné, Tybolt prit le chemin de la sortie en maudissant tous les dieux de la terre.


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Message Ven 19 Avr 2013 - 18:18

Eleanor se souviendrait longtemps de cette discussion, tant par le fait que Lord Lannister s'était montré bien plus avenant qu'elle ne se l'était figuré mais aussi et surtout, pour cet instant où elle avait enfin saisi la réelle portée de leurs échanges. Il ne s'agissait pas tant de demander la bienveillance du suzerain pour la famille de son ravisseur mais de comprendre les incidences de son enlèvement sur les relations entre leurs deux maisons.

Oh, on lui avait bien sûr inculqué que tout ce qui lui arrivait, tout ce qu'elle pouvait faire, de bon comme de mauvais, pouvait avoir des conséquences importantes sur la Maison Tully, mais, avant cette histoire, tout ceci n'avait été que des paroles en l'air, des grands principes qui fixaient la route qu'elle se devait de prendre pour honorer les siens et ne pas emprunter un chemin qui aurait jeté l'opprobre sur ce nom qu'elle portait avec une fierté incommensurable.
Et maintenant, face à elle, se tenait un homme qui lui annonçait quelles étaient les conséquences. Tout cela allait bien au-delà de la perte de son cher Ser, d'une main blessée ou de la mort de Qhorin. Cette histoire la dépassait bien plus qu'elle ne l'avait envisagé au premier abord et, l'espace d'un instant, elle se trouva totalement désemparée.

Elle, qui n'était qu'innocence et qui continuait malgré les évènements à, ou plutôt à cause de ceux-là, à être surprotégée, avait du mal à comprendre ce qu'était en train de lui répondre son interlocuteur. Le fixant de ses grands yeux bleus légèrement écarquillés par la surprise, elle tentait tant bien que mal d'assimiler chacun de ses mots tandis que la voix du suzerain se faisait différente, moins chaleureuse, comme s'il cherchait à prendre de nouveau le recul que l'incongruité de leur rencontre avait permis de diminuer.

Impossible pour elle de continuer à le regarder, de croiser les yeux de lord Lannister ou même de prononcer un seul mot. Sa gorge semblait être nouée par un mélange d'émotions contradictoires. De la tristesse, de la honte aussi mais une colère grandissante tant envers Qhorin qu'envers elle-même.

Eleanor aurait pu rester longtemps ainsi, sans bouger, sans rien dire, comme figée par ce qu'elle venait de comprendre tant bien que mal, mais les derniers propos de son interlocuteur, alors qu'il s'éloignait en direction de la sortie, touchèrent profondément la jeune femme qui réalisa qu'elle ne pouvait laisser la discussion se terminer de cette manière.

Dans un geste spontané qu'elle n'essaya même pas de retenir, elle saisit de sa main valide l'avant-bras de lord Lannister et exerça une pression plutôt forte pour quelqu'un avec un gabarit tel que le sien. Elle ne voulait pas qu'il parte de cette façon, il fallait qu'elle arrive à dissiper cette ombre qui planait entre leurs deux maisons et qui s'était faite encore plus large par sa faute, tout du moins elle en était persuadée.


"Je… attendez…"

Prenant une profonde inspiration, elle réussit tant bien que mal à capter le regard du suzerain et à le fixer dans les yeux, laissant durer le silence quelques secondes qui lui semblèrent durer une éternité, avant de prendre la parole, d'une voix hésitante.

"Je ne saurais trouver les mots pour vous dire à quel point je suis navrée de tout ce qui arrive. Jamais je n'aurais envisagé de telles conséquences à ma… ma stupidité et ma crédulité, je n'ai pas de meilleur terme pour tout cela."

Prenant un instant pour réfléchir aux mots qu'elle allait employer, elle sentit les larmes la gagner et, alors que ses mâchoires se crispaient violemment, la Tully secoua la tête pour les chasser et dissimuler cette énième faiblesse. Elle ne voulait pas l'apitoyer ou lui donner l'impression qu'elle manquait encore plus de jugeote qu'il ne devait déjà se l'imaginer.

"Vous n'y êtes pour rien dans tout cela et je suis désolée que vous ayez à en payer vous aussi les frais, surtout d'une telle façon. Je ne sais pas si cela changera grand-chose mais je parlerais à mon frère oui. Et si je peux faire quoi que ce soit d'autre, je le ferais."

Elle soupira, laissant filer de nouveau le silence entre eux, sa main toujours posée sur le bras de lord Lannister. Impossible pour la jeune femme de deviner ce qu'un suzerain pouvait attendre en réparation de ce fameux préjudice, ce que son frère pourrait réclamer aussi bien à la famille de Qhorin qu'à celui qui lui faisait face. Pour elle, tout avait été réglé avec la mort de celui qu'elle considérait comme responsable de toute cette histoire, il lui était difficile de concevoir de quelle façon les Fléaufort pourraient payer davantage l'affront qui avait été fait à la famille Tully qu'avec la mort de leur héritier, d'autant plus qu'il leur faudrait probablement également vivre avec le souvenir de ces actes.

"Je le regrette tout autant que vous."

Il y aurait eu tellement à ajouter, tant à propos de ses regrets quant à l'attitude de Qhorin que, si elle l'avait comprise d'une certaine façon, aurait des répercutions désastreuses sur cette famille qu'il cherchait à protéger, ou encore à propos de l'entendre parler de perdre la vie pour l'honneur de ses vassaux. Mais Eleanor réalisait que tous les mots étaient inutiles et ne suffiraient malheureusement pas à défaire ce qui avait été fait.

"Vous êtes un bon suzerain lord Lannister. Et, même si vous ne vous considérez pas comme quelqu'un de suffisamment juste, vous honorez votre nom en parlant de la sorte. Je souhaite vraiment que vous n'aurez pas à payer tout cela de votre vie."

Elle l'espérait réellement, désirant tout autant qu'il comprenne qu'elle était aussi sincère que lors du reste de leurs échanges. Son regard se perdit un instant dans le vide, ressentant brusquement une profonde fatigue la gagner et le poids du chagrin lui peser de nouveau sur les épaules, exactement comme avant de réfugier au cœur de l'écurie, lui faisant réaliser qu'elle ne pourrait rien fuir de tout cela, que les choses ne s'arrangeraient pas de cette façon, bien au contraire.

Reculant alors d'un pas et se heurtant légèrement contre la barrière, Eleanor entendit alors Carotte renâcler juste derrière elle, le cheval réclamant l'attention de sa maîtresse qui l'avait délaissé. Peut-être pourrait-elle encore profiter d'un peu de répit avant de retourner reprendre sa place au-dehors. Son regard s'arrêta une dernière fois sur celui du lord, lui rappelant une dernière fois à quel point elle était désolée de tout cela.
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Message Jeu 25 Avr 2013 - 9:32


« Je suis déjà mort, ma dame, lui déclara Tybolt en amenant un regard sensible sur elle. Un fer-né pourrait me blesser grièvement que cela ne changerait rien. Je suis mort avec ma femme et mon enfant il y a de ça quelques lunes. Tous ceux qui penseraient m'atteindre ne feraient en réalité que toucher une carcasse vide. »

Comment imaginer une seule seconde qu'il puisse en être autrement ? La disparition des deux êtres qui lui étaient les plus chers au monde avait modifié bien des choses, y compris sa vision de la mort et sa façon de l'appréhender. Tôt ou tard, lui comme tous les autres, rendrait les armes et mourrait soit dans d'atroces souffrances soit dans un sommeil paisible et sans rêves. Que cela survienne sur le champ de bataille ou au fin fond de son lit, cela ne revêtait aucune forme d'importance à ses yeux. La mort viendrait le chercher, un jour ou l'autre. Voilà bien quelque chose en face de quoi tous les hommes étaient égaux en droits. La mort ne faisait aucune concession, riche ou pauvre, influent ou insignifiant, tout le monde était logé à la même enseigne. Par la force des choses ou par le poids des années, Tybolt Lannister mourrait. Si la mort choisissait de le saisir par le col à l'orée des Iles de Fer alors il en serait ainsi. Un suzerain de l'Ouest s'éteindrait avec les honneurs d'une mort au combat et un autre s'élèverait sur ses restes. Qui était-il pour que les choses se passent autrement ? Seul un fou pouvait imaginer un seul instant tromper la mort. Tybolt, lui, avait choisi de l'attendre comme une amie depuis trop longtemps disparue. Une amie qu'il saluerait chaudement le moment venu et aux bras de qui il repartirait retrouver sa femme et son enfant. Un tableau idyllique pourtant voué à ne jamais se concrétiser.

Devant la honte palpable de lady Eleanor, Tybolt jugea bon de lui sourire. Certes pas d'un sourire affirmé comme seule l'arrogance sait en dessiner ; un sourire délicat, presque fragile, comme ceux que servent les vieilles personnes à leurs proches quand ceux-ci manifestent de l'inquiétude à leur égard. Il avait en tête l'image d'une jeune femme sensible, sans doute trop, mais qui pourrait lui en vouloir ? Dix longues années les séparaient tous deux. Peu de doutes subsistaient quant au fait qu'il jouissait d'une vision plus expérimentée de l'existence humaine, mais qui était-il pour lui faire la leçon ? Personne à ne pas en douter. La fragilité de l'aîné des Tully ne tranchait guère avec celle que son jeune frère tentait tant bien que mal de dissimuler sous une tonne de bienséance et de règles rigoureusement bien apprises. Là seul résidait le danger. Personne n'était dupe, et certainement pas Tybolt Lannister. Le Conflans faisait une proie idéale pour qui cherchait à étendre facilement son influence au coeur du royaume. Un lord trop jeune, trop mal conseillé, et de fait, trop mal entourré, ne pouvait qu'attirer à lui toutes les charognes de ce monde et bien pire encore. Un Lannister aurait été de nature à en profiter, à grappiller quelques morceaux de choix à l'instar du légendaire Lann le Futé. Mais Tybolt Lannister, et son père Damon avant lui, n'étaient pas de cette race là. Leur fierté de Lion ne les faisait pas s'en prendre aux plus faibles car ils savaient qu'ils n'en tireraient tout compte fait aucun autre profit que l'empreinte d'une couardise avérée. Non, assurément, ils étaient des rocs d'une toute autre nature. D'une nature à affronter les montagnes au lieu de parcourir les plaines. S'ajoutait à cela un sentiment pour le moins étrange que Tybolt avait ressenti dès lors que ses prunelles azurées s'étaient posés sur le seigneur de Vivesaigues. Une pulsion paternelle inexplicable si ce n'est à travers le fait que son fils mort en couche aurait pu lui ressembler. Tybolt en baissa les yeux en secouant la tête.

« Si vous avez à coeur de réaliser de grandes choses, faites quelque chose pour vous et pour votre famille, lâcha-t-il sans se défaire de son esquisse de sourire. Soyez forte. Ne laissez pas vos angoisses vous dominer. Votre frère n'est encore qu'un enfant. Il a besoin d'une force de la nature à ses côtés. Le Conflans en a besoin. »

« Les murs de Vivesaigues colportent trop aisément la rumeur de votre départ prochain pour Winterfell. Il ne m'appartient pas d'en juger la valeur. Mais si la rumeur se muait en vérité, votre frère perdrait sa meilleure conseillère. Tout du moins est-ce la conclusion que les charognards en tireront le moment venu. A vous de ne pas laisser une telle conclusion s'écrire. Même loin de votre frère, n'oubliez jamais votre nom et servez-le avec autant de distinction que vous en viendrez à servir le nouveau. Votre frère en a besoin. Le Conflans en a besoin. »

Tybolt détourna son regard vers l'entrée des écuries où la lumière semblait avoir gagné en clareté. Son séjour à Vivesaigues tirait à sa fin et si l'histoire ne retiendrait sans doute que l'échec de la réunion entre les trois lords, lui en garderait un souvenir plus positif, même si ce souvenir avait de grandes chances de ne perdurer que peu de temps face à la menace imminente d'une guerre meurtrière. Qu'importe, au fond. Même ce souvenir aurait bien vécu. Tybolt ramena momentanément son attention sur l'aînée des Tully et se demanda ce qu'il adviendrait réellement du Conflans si son mariage venait à la lier aux froides terres du Nord. L'affaire était difficilement imaginable, tant la situation actuelle méritait déjà beaucoup plus qu'une analyse rapide et sommaire. Des problèmes, le Conflans aurait sans nul doute à en traverser car quelle partie du royaume pouvait s'en passer ? Mais tout compte fait, peut-être y aurait-il un avantage à ce que l'ombre du Nord s'étende jusqu'à Vivesaigues. Lord Beron Stark aurait de quoi effrayer bien des charognes à lui tout seul, sa froideur suffirait peut-être à geler les autres dans leurs positions. L'image accentua son sourire. Oui, il y avait un espoir que les choses deviennent plus simples pour le jeune Edwyn Tully. Quant à lady Eleanor, épouser Beron Stark ne serait jamais que l'affaire d'une vie, rien de bien préjudiciable.

« Ce fut un honneur et un réel plaisir ma dame, dit-il en s'inclinant une dernière fois. Que les Sept vous gardent. »



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Message Ven 26 Avr 2013 - 21:36

Eleanor n'oublierait pas de sitôt le regard que lord Lannister posa sur elle en cet instant, alors qu'il parlait de cette carcasse vide devenue la sienne depuis la mort de son épouse et de son enfant. Comme tous les nobles de Westeros, la Tully avait bien évidemment entendu parler de ce deuil qui l'avait frappé mais n'en réalisait pas vraiment toute l'étendue. Bien sûr, elle savait ce que l'on pouvait ressentir en perdant un membre de sa famille. Un père et une sœur lui avaient été arrachés il n'y avait pas si longtemps que ça. Mais, malgré son inexpérience, elle comprenait qu'aucune douleur n'était comparable à la perte qu'il avait subie, la jeune femme l'ayant constaté en voyant le regard de sa propre mère s'éteindre sous cette douleur qui était la sienne. Pourtant, lady Charissa avait réussi à tenir bon, pour ses enfants qui dépendaient tellement d'elle, pour veiller sur les siens.

L'espace d'un instant, elle fut tenter de lui parler de cela, de lui dire que l'avenir apporterait peut-être son lot de bonnes choses et qu'il finirait par refaire surface, comme sa propre mère. Mais, tandis qu'elle le fixait, Eleanor comprenait qu'elle ne pourrait jamais se permettre de lui dire cela. Tout cela était beaucoup trop intime pour qu'elle ose répondre quoi que ce soit aux paroles qu'il venait de prononcer. Elle se contenta de soupirer légèrement, bien décidée tout de même à ne pas oublier le suzerain lorsqu'elle prierait les Sept. La Tully n'était pas particulièrement dévote mais, en ces temps troublés, elle trouvait un certain réconfort dans le calme et la sérénité qui émanaient du petit Septuaire et de ses statues de grès, mais aussi dans le Bois Sacré, sans bien chercher à y faire une différence mais sans en dire un seul mot à Melara ou à qui que ce soit à Vivesaigues.

Le sourire que lui offrit lord Lannister devant ses excuses confuses plongèrent Eleanor dans un abîme de perplexité. Sans bien comprendre pourquoi en cet instant, elle eut l'impression de se retrouver face à son propre père lorsqu'elle était encore enfant et qu'elle avait fait quelque chose qu'elle n'aurait pas dû. Peut-être était-ce dû à leur différence d'âge ou encore à cette ombre qui voilait ses yeux, Eleanor n'aurait su le dire mais elle fut totalement incapable de lui rendre son sourire malgré tout la bonne volonté dont elle faisait preuve.

Les propos qu'il prononça n'éclaircirent en rien la confusion dans laquelle elle était plongée et elle fronça imperceptiblement les sourcils, comme pour mieux se concentrer sur ce qu'il convenait de répondre ou non en cet instant.


"Je… je ne vois guère ce que vous entendez par grandes choses et je n'ai nulle ambition de ce genre, tout du moins, pas que je sache. Mais je veux veiller sur les miens, ils sont ce que j'ai de plus précieux."

Eleanor ne se voyait pas comme une force de la nature, bien au contraire. Malgré son entêtement typique de la maison Tully, elle pensait que la recommandation du lord serait impossible à suivre, même avec la meilleure volonté du monde. Même si elle était l'ainée des enfants, elle se trouvait encore bien trop jeune pour arriver à cacher ses angoisses, pour veiller sur Edwyn autrement qu'en étant une mère de substitution lorsqu'il se blessait ou qu'il avait besoin de réconfort. Et elle ne réalisait en rien à quel point leur situation était fragile et que leur innocence, cette naïveté propre aux enfants Tully que chacun d'eux essayait de combattre de sa propre façon, pouvait être un danger pour la sauvegarde de cette Maison qui leur était si chère.

Il lui fallut quelques secondes pour analyser chacun des mots du lord tandis qu'il évoquait les rumeurs quant à son mariage. Elle en avait bien évidemment entendu parler, comme tout le monde et trouvait la chose étrange dans la mesure où elle n'avait que croisé lord Stark lors des présentations officielles et de quelques repas qu'ils avaient tous partagés.


"Il y a souvent des rumeurs sur bien des sujets. Si l'on m'a appris une chose durant toute mon éducation, c'est de me fier aux faits et aux choses concrètes."

Elle avait réussi à rendre sa voix un rien plus sûre et se félicitait intérieurement de n'avoir pas confirmé ou infirmé cette fameuse rumeur, dans la mesure où elle-même n'avait pas la moindre idée ce que l'avenir lui réservait dans ce domaine-là comme dans bien d'autres. Aux derniers mots de lord Tybolt, son menton se releva légèrement, comme si elle était piquée par ses propos et une petite moue se dessina sur son visage.

"Mon frère restera mon frère, quel que soit le nom que je porterais une fois que j'aurais épousé la personne la plus appropriée. Je suis née Tully et ma famille restera toujours ce que j'ai de plus précieux. Il ne me perdra pas, que je sois ici ou à des centaines de lieues dans le Nord ou ailleurs."

Eleanor était bien évidemment convaincue de ce qu'elle disait. Toute la simplicité de son amour pour son jeune frère s'exprimait sans qu'elle ne songe réellement aux conséquences d'une union qui l'éloignerait définitivement de Vivesaigues. Au dernier regard que lui jeta le lord, elle réussit cette fois-ci à lui sourire, sans la moindre difficulté.

Cette rencontre avait été particulièrement étrange et, d'une certaine façon, riche en émotions pour la Tully qui avait compris bien des choses en peu de temps. Esquissant une petite révérence, elle hocha la tête et répondit, d'une voix douce.


"L'honneur et le plaisir ont été partagés lord Lannister. Je suis heureuse d'avoir pu me forger ma propre opinion concernant le suzerain de l'Ouest. Que les Sept veillent sur vous également et qu'ils éclairent vos choix."

Alors qu'il s'éloignait, Eleanor le fixa durant de longues secondes avant de reporter son attention sur Carotte, effleurant ses naseaux avec affection et respirant doucement, le front tout près de l'animal. Mais, au bout de quelques secondes, elle s'arrêta brusquement, son regard se portant de nouveau là où se tenait le suzerain quelques instants auparavant. Fixant le vide et cillant à plusieurs reprises, elle réalisa brusquement qu'il n'avait jamais vraiment répondu à sa demande concernant la famille de Qhorin. Pourquoi avait-il agi de la sorte ?

Avait-il sciemment éludé la réponse, s'était-il laissé emporté par la discussion ou y avait-il quelque chose de plus complexe là-dessous ? Elle réalisa qu'elle n'aurait probablement pas de réponse avant longtemps si ce n'est jamais et, cette dernière pensée ternit quelque peu l'image qu'elle s'était faite du lord.
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