AccueilS'enregistrerConnexion



 

Partagez| .

Au fils des fièvres. (Cassana d'Asshaï)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Ven 11 Jan 2013 - 22:01




An 209, Cinquième lune.
Le Fléau du Printemps.



    La lune était haute dans le ciel, étendant ses rayons argentés sur la cité qui ne dort jamais.
    Le soleil avait brûlé ces murs pendant de longues heures, et lorsqu'enfin il daigna les abandonner, tous accueillirent la Dame des nuits avec soulagement.
    Qui l'eut-cru? Qui aurait put imaginé, surtout dans le grand nord, que l'on puisse se plaindre d'un excès de soleil? de chaleur? A l'évidence, l'hiver était un souvenir lointain que certains commençaient à chérir sans forcément se rendre compte de leur sottise.
    Et cette nuit claire ne laissait aucun doute sur la météo à venir: demain, le soleil serait de retour, et continuerait à tanner peau et murs, encourageant par la même occasion cette terrible épidémie qui les frappait.
    Maerie ne sortait guère en journée, sa mère le lui avait suffisamment répété: le soleil pourrait abîmer sa peau blanche, et ses clients se verraient alors certainement très maris, de plus, elle ne se sentait pas très bien en ce moment, sujette à des faiblesses et lassitudes passagères que la température extérieure ne faisait qu'amplifier. La vie lui semblait alors bien plus morne et pénible qu'à l'accoutumée, et elle se sentait comme un oiseau en cage à qui on aurait refusé le simple droit de voler.
    Ses yeux opalins se posèrent sur le ciel immense qui s'étendait à perte de vue. Peu à peu, on allumait les lumières de la ville, petits points dorés contrastant avec l'argent de la nuit, mais aucune fraîcheur ne vint soulager les âmes et les corps en peine.
    A l'évidence, cette nuit serait chaude, crasseuse et déjà on entendait les quelques clients entrer dans la maison des plaisir, apportant avec eux les odeurs de poussières des rues. Quel ennui. Depuis le début de ce fléau, la ville semblait comme éteinte, et leur activité pâtissait fortement de cela.
    Pour la première fois depuis qu'elle avait commencé ce travail, elle n'avait guère envie de descendre et devoir toucher ces hommes, non… elle aurait aimé rester dans un bain frais toute la nuit, sentir les gouttelettes d'eau sur sa peau, et rêvasser à une quelconque aventure, peut être écouter un troubadour chanter les batailles en court, bref, s'adonner à une nuit de Cymbeline, sans se soucier de l'argent à récolter.
    Malgré tout, il fallait continuer à avancer, et qui pouvait prédire quels murmures elle récolterait aujourd'hui? Un sourire s'étira doucement sur les lèvres pourpres de la jeune femme, alors qu'elle se levait pour arranger sa mise.
    Elle était elle-même fille de la nuit, et son corps lui-même semblait marqué par la lune, ses rayons étaient de parfaits apparats pour cette enfant sélénite, et il n'était pas rare de voir voir n'arborer qu'un léger bijoux argenté sur une robe de lin blanche légère pour tout décorum.
    Mais ce soir, sa pâleur semblaient bien plus marquée qu'à l'accoutumée, et le rose de ses lèvres s'était enfuit pour ne laisser aucune trace de cette framboise qui jadis prospérait là.
    Sa tête tournait.
    Machinalement, la demoiselle s'était apprêtée, mais ses gestes semblaient comme ralentis, une impression désagréable qui couvait au creux de ses entrailles.
    De cette nuit, elle ne se souvenait que peu de choses: la Lune haute dans le ciel, un vertige presque éthylique, son corps lourd qui rencontrait soudainement le sol glacé, et une agitation autour d'elle.
    Puis, sa chambre, perpétuellement plongée dans une sorte de léthargie: les rideaux tirés, ils ne laissaient filtrer que de rares rayons de soleil, à peine suffisant pour éclairer la chambre de la malade. L'agitation avait laissé place à un calme plat, un calme terrifiant, et peu se risquaient à rendre visite à Maerie, de peur de contracter à leur tour ce mal insidieux. Leur en vouloir aurait été ridicule…
    Seule sa mère adoptive s'y risquait, mais il était évident que la jeune femme nécessiterait de soins plus spécifiques que ceux prodigués par la vieille femme.
    Déjà dans les anti-chambres de la maison close, on chuchotait, déjà dans les petits salons, on spéculait sur la prochaine fille qui prendrait sa place.

    Il aurait été pourtant si simple de se laisser aller, de fermer les yeux et partir, s'envoler loin d'ici, loin de ce corps meurtri, engourdit. Mais quelque chose la retenait ici. Ho non point l'amour, non, mais une envie irrésistible de vivre, une curiosité pour ce qu'il adviendra par la suite, non, elle ne voulait pas mourir en prostituée, elle avait tant de choses à faire, alors pourquoi son corps lui faisait-il défaut à ce moment là?

Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Ven 11 Jan 2013 - 23:04

L’an 209. Le redoux avait enfin commencé à bercer les collines de ces terres si froides, cette contrée était à l’image du cœur de ses habitants, presque étouffé par les sombres manigances du Dieu Mauvais qui veillait à détourner les pauvres âmes de la seule vraie Foi capable de les sauver. De cela Cassana en avait l’intime conviction, ce froid mordant était l’œuvre de l’Innommable qui même dans sa défaite face au retour de la chaleur avait trouvé le moyen de frapper les pauvres mortels en leur envoyant un mal terrible que les habitants de Port-Réal avaient vite surnommé le Fléau.

En ce temps-là la prêtresse rouge avait commencé à trouver sa place dans la vie de la cité, même si ses ouailles étaient encore peu nombreuses et qu’aucun temple n’avait encore été édifié pour accueillir les fidèles elle gardait bon espoir, les choses ne pouvaient que s’améliorer. Sa mission, sa vie avait un sens car elle servait le Maître de la Lumière et venait apporter son message d’amour aux âmes pieuses qui sauraient l’écouter. Malheureusement la fièvre avait prélevé un très lourd tribut chez les petits gens comme chez les puissants, quelques jours à peine après le début de l’épidémie les cadavres avaient commencé à s’entasser dans les rues tandis que beaucoup se cloitraient chez eux dans l’espoir d’échapper à la maladie. Cassana n’avait pas pris pareille précaution, convaincue que sa dévotion la préserverait, et présida à davantage de rites funéraires en une semaine que tout au long du reste de son existence. La Dame rouge offrit l’Ultime Baiser aux mourants comme aux défunts récents et l’on fit de plus en plus appel à elle dans les ruelles de Culpucier car personne d’autre ne voulait se rendre en ce lieu le plus gravement touché de la capitale.

Ce fut une nuit comme celle-ci que la Prêtresse reçut la visite d’une femme dénommée Jamais qui lui demanda de venir au chevet de sa fille souffrante pour lui administrer des soins. Telles deux ombres elles marchèrent jusqu’à ce qui devait être une maison de plaisir, les rares passants les évitaient soigneusement tout comme ils évitaient les malheureuses dépouilles laissées là que des hommes aux visages dissimulés derrière des morceaux d’étoffe chargeaient dans des carrioles pour les acheminer vers une destination inconnue. Portant la main au rubis pendu à son cou Cassana récita intérieurement une prière pour ces malheureux, pour que R’hllor leur accorde un trépas paisible et chasse les ténèbres. La pierre scintillait à la lueur des nombreuses torches que l’on avait pris la peine de maintenir allumées un peu partout malgré l’état de crise dans lequel la ville se trouvait. Il s’agissait une fois encore d’un heureux présage, l’on adressait sans le savoir autant de suppliques au Dieu Bon qu’il se trouvait de flammes à illuminer les lieux. Le mal finirait par partir, la Dame rouge le savait car ce qui était impie ne pouvait survivre au feu.

Sa compagne marchait à ses côtés en restant mutique et ne manqua pas de lui adresser quelques regards en coin dont Cassana ne prit pas ombrage, restant digne dans sa démarche et son attitude alors qu’elles cheminaient toutes deux vers leur destination. La méfiance restait naturelle pour ce qui était étranger, que la Dame Jamais ne daigne ne serait-ce que remarquer son existence constituait déjà un premier pas dans sa longue progression vers la lumière.

Finalement elles arrivèrent en une demeure où l’on offrait des loisirs bien loin de ceux que la Dame rouge affectionnait, non pas qu’elle en ait d’ailleurs. Elle ne les condamnait pas, d’unions brèves telles que celles qui se jouaient derrière ces rideaux colorés naissait parfois une nouvelle vie et donc un nouveau prieur potentiel pour le Temple. La bâtisse comptait bien évidemment très peu de clients devant ses portes car les femmes de chair avaient été parmi les premières victimes du Fléau étant donné les passages fréquents de voyageurs dans ces murs, les rares braves qui patientaient là avaient semblait-il droit à une inspection en règle depuis les balcons de l’étage avant d’avoir le droit de franchir la porte. On les fit entrer toutes deux sitôt qu’on les aperçut, à l’intérieur l’air était lourd et sentait fortement le renfermé au milieu des encens et parfums qui embaumaient le tout, les fenêtres avaient presque toutes été fermées dans une nouvelle tentative de s’abriter. Cassana eut encore droit à quelques œillades curieuses et murmures de la part des gérantes de la maison de plaisir, puis Dame Jamais la conduisit jusqu’à une chambre en lui demandant de faire tout son possible. La Prêtresse offrirait assurément chacune de ses prières au rétablissement de la pauvre âme à l’intérieur, et si cela ne suffisait pas elle lui donnerait l’Ultime Baiser pour que la défunte quitte ce monde dans les meilleures conditions. La prêtresse demanda cependant que l’on fasse apporter un brasero dans la pièce alors qu’elle entrait, bientôt suivie par deux servantes qui déposèrent la source de flammes bien vite en jetant des regards apeurés à la silhouette allongée là. Dame Jamais les laissa toutes deux non sans lui murmurer une dernière fois de faire appel à tous les moyens à sa disposition, le sous-entendu était lourd mais elle ne releva pas.

Ses doigts fins croisés, Cassana prit délicatement place auprès de la malade en gardant d’abord les yeux rivés sur le feu dansant qui diffusait cette chaleur rassurante à laquelle elle était accoutumée. La pauvre fille alitée avait à peine l’air consciente, la sueur perlait à son front et témoignait de la fièvre qui refusait de la quitter, sans pour autant arriver à totalement effacer la délicate symétrie dans ses traits. Ce visage-là tenait presque de l’œuvre d’art, un chef d’œuvre que la Dame Rouge appréciait avec le détachement de qui n’a que peu d’intérêt pour ces choses mais s’en faisait tout de même la remarque. Elle passa deux doigts sur cette tempe brulante et dit d’une voix douce :

« Mon nom est Cassana et je suis venue pour que vous puissiez prier avec moi afin de chasser le mal en vous. Si la chose vous est possible tournez-vous vers les flammes et dîtes-moi votre nom pour que nous puissions commencer. »
Revenir en haut Aller en bas

Au fils des fièvres. (Cassana d'Asshaï)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1


Sujets similaires

-
» FLASH,ALIX FILS-AIME KITE BATO A
» Le fils de Michel François a été assasiné
» Un balais pour mon fils ! [matin] [Pv Martin]
» Chez Maître Vachon, tailleur de pères en fils.
» Alix Fils Aimé di sektè prive a remèt zam ilegal fannfwa yo

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
A Song of Ice and Fire RPG :: Citadelle de Maegor :: ◄ Salle des Archives Oubliées (RP)-