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Un voyage... - Edarra

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Message Mar 21 Juin 2011 - 12:31

Les rênes des deux montures en main, Olyvar avançait difficilement entre les rochers qui bordaient la route entre Lancehélion et Ferboys. Cette « route » était en fait davantage un passage tracé dans le désert qu'autre chose, à force d'usure. Quelques hommes avaient parfois tenté de le dégager davantage, d'où la présence des roches sur les bords de celui-ci. Mais maintenant, ces pierres s'avéraient être un obstacle entre Olyvar et le cours d'eau. Seul, il aurait pu les éviter sans problèmes, mais il ne fallait pas que les montures se blessent. Tout d'abord pour le respect que lui inspiraient les chevaux, même si ceux-ci ne valaient pas ceux qu'il avait eu l'honneur d'entretenir dans la Mer Dothrak. Mais surtout parce que, si l'un d'eux venait à être blessé, il pourrait ruer. Et s'il ruait, qui sait ce qui pourrait arriver à la personne qu'ils portaient. Si Edarra était blessée par sa faute, Olyvar ne se le pardonnerait pas.
Il ne fallait pas prendre de risques. Mais qu'est-ce qui serait le plus dangereux au final? Prendre le risque d'aller jusqu'à la source avec les chevaux, ou laisser les montures et, par extension, Edarra ici? Il se décida pour la deuxième solution. En cas de problème, il pourrait la rejoindre rapidement. Et il entendrait des brigands arriver d'assez loin, vu l'endroit où ils étaient. Ce n'était pas comme s'ils avaient beaucoup d'endroit où se dissimuler, dans le désert.
Il se saisit des gourdes en peau qui étaient attachées à sa salle, et vérifia si elles étaient bien vides. L'une d'entre elles était encore pleine au tiers. Il la tendit à Edarra, qui but quelques gorgées. Elle lui rendit, et il la termina, s'en versant sur la tête afin de se rafraichir. Le précieux liquide coula le long de ses épaules nues, et il le sentit imprégner le lin qui se trouvait sous son armure de cuir. Cela le tiendrait au frais une bonne dizaine de minutes. Plus s'il renouvelait l'acte lorsqu'il se trouverait à la source. Et il ne manquerait pas de le faire. Ces voyages dans le désert étaient longs et épuisants. Il fallait savoir profiter de toutes les occasions possibles pour se rafraîchir. On ne savait jamais quand on tomberait sur la source suivante. Il était toujours possible qu'elle se soit tarie, ou qu'elle soit gardée par quelque animal féroce.

« Dame Edarra, je vais chercher de l'eau. Vous pouvez m'attendre ici, je reviens tout de suite. »

Il n'attendit pas de réponse. Il n'avait pas pour habitude d'en attendre une, lorsqu'il donnait de genre de « consigne ». Pas plus qu'il ne s'attendait à ce que cela soit suivi. Il se détourna et se dirigea vers la source. Un léger vent se leva, le rafraichissant, renforçant le froid de l'eau qui avait déjà coulé sur son corps. Il se détacha les cheveux, pour les laisser voler un peu. Tant qu'ils étaient humides, ils seraient plus rafraichissants qu'en étant attachés.
Après quelques mètres, pendant lesquels il se retourna régulièrement pour surveiller Edarra, il fut face à la source. Elle était petite, mais le courant qui en était dégagé suffirait à remplir les gourdes sans problèmes. Aussi, il y plongea la première des deux, sentant la fraîcheur de l'eau remonter de sa main au reste de son corps. Cela faisait vraiment du bien, après ce voyage.
Enfonçant davantage sa gourde dans l'eau, Olyvar y aperçut son reflet. Les mouvements de l'eau perturbaient son visage, le rendait presque méconnaissable... mais c'était toujours le cas lorsque l'eau était immobile. Il ne se reconnaissait pas. Cela faisait de nombreuses années que son visage avait changé, mais il avait toujours du mal à l'associer avec sa personne. Chez les Dothraki, il n'avait pas eu pour habitude de s'observer. Contrairement à l'époque où il se prénommait encore Ronan.
Comme si conjurer ce nom avaient invoqué ses souvenirs, des images lui revinrent en tête. Les hommes qu'il avait embauché. Qui avaient fui. Les soldats des Martell qui entouraient ses lignes. Les lames qui avaient été pointées sur lui. Les chaines. Les ténèbres. La douleur. Il sentit de l'eau couleur entre ses omoplates. Plus froide que celle de la source. Les fers. La chaleur. Ses poils se hérissèrent. Le regard d'Olyvar se dirigea vers ses poignets. Vers les cicatrices à peine visibles qu'ils portaient encore, sur l'intérieur, là où la chaire était plus tendre. Il avait passé nombre d'onguents et de bandages à cet endroit, mais jamais rien n'y avait fait. Il serait marqué à vie.
Ces blessures lui en rappelèrent d'autres. Les marques qu'il portait dans le dos, sous son armure et sa chemise. Ces marques que tous avaient vu, mais qui leur faisait détourner le regard. Tous semblaient avoir autre chose à regarder lorsqu'Olyvar était torse nu. Ils craignaient ces marques, craignaient leur signification. Comme si le fouet qui les avait infligées allait se matérialiser, et venir les traquer. Il n'y avait rien que la plupart des nobles ne craignaient plus que ça : que leurs armes se retournent contre eux. Que la crainte et la souffrance qu'ils infligeaient vienne à les prendre pour cible à leur tour.
Olyvar frissonna à nouveau, et lâcha la gourde qui n'était pas dans l'eau. Il tenta de la ramasser, mais ses tremblements l'en empêchèrent. Il dut s'y reprendre à deux fois.
Ce n'est que lorsque qu'il la plongea à son tour dans l'eau, jetant un oeil en arrière, qu'il s'aperçut qu'Edarra n'était plus auprès des chevaux. Elle se trouvait juste derrière lui.
Il tenta de rester calme. De ne pas montrer le moindre reste de la faiblesse qu'il avait montré quelques instants plus tôt. Il se connaissait suffisamment pour savoir qu'il n'y arrivait pas.

« Je vous avais dit que vous pouviez rester près des chevaux, Dame Edarra, lui dit-il d'une voix calme, tout en y glissant une pointe de reproche. Vous ne devriez pas à avoir à vous occuper de tâches comme celles-ci... »

Il s'aperçut aussi qu'elle s'était déjà saisie de la première gourde. Quand l'avait-il lâché? Il ne le saurait sans doute jamais. Et ne le demanderait pas.


Dernière édition par Olyvar Sand le Mer 22 Juin 2011 - 23:31, édité 1 fois
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Message Mer 22 Juin 2011 - 15:26

La route avait été reprise légèrement à contrecœur concernant Edarra. Déjà, à part l’écart de Malador au buffet suivant les courses, elle n’avait pas grand-chose à rapporter à sa mère. Non pas que rien ne se soit passé, bien au contraire mais le contenu de son entrevue avec Maron Martell ne l’aurait pas vraiment satisfaite. Pire, elle l’aurait certainement plongée dans une rage terrible. Savoir que d’une manière ou d’une autre sa fille n’avait pas attaqué et harcelé le seigneur suzerain au point de lui faire regretter de s’être présenté vaudrait à la pauvre jeune fille un bon sermon voir pire. Elle ne l’avait jamais vraiment vu s’en prendre à des personnes, les gens savaient qu’en arriver à ce point serait très dangereux, mais elle sentait que sa mère était capable de bien des choses. Des choses qu’elle n’avait pas envie de découvrir. Shyra avait le visage d’une sorte de prédateur prêt à bondir à n’importe quel moment sur sa proie. Bien sur, elle n’était pas particulièrement tendue ou menaçante. Elle avait la mine tranquille de celui qui sait qu’il maîtrise la situation. Elle avait l’air de savoir exactement tout ce qui allait se passer, ne montrait jamais aucune mine surprise ou gênée. Cette aisance était malsaine au bout d’un moment et Edarra en était venue à redouter cet air apaisé sur la figure de sa mère. En tout cas, la sienne de figure, était tout sauf détendue et totalement apaisée.

Elle aurait bien préféré que Maron Martell lui hurle dessus, essaye de l’humilier, la renvoie de son buffet, donne entièrement raison à Malador… Lui donne une raison bien tangible pour pouvoir cracher du venin et pester contre lui. Mais non, rien, que dalle… Même pas l’ombre d’un reproche à faire, même pas concernant le buffet, ni la literie et la propreté des lieux. Et c’était ça le plus frustrant. Les rumeurs de son altercation avec l’autre noble sympathisant des Martell remontrait aux oreilles de Shyra, beaucoup plus vite que ce qu’Edarra pensait et elle devrait certainement essayer de centrer son rapport sur ça plutôt que d’essayer de mentir à propos du seigneur suzerain. De toute façon, Shyra voyait presque instantanément quand Edarra mentait même si elle était exercée. Elle avait beau réussir à mener en bateau pas mal de nobles, les yeux perçants de la Ferboys arrivaient à tout voir en elle comme si elle était translucide. Elle avait l’impression de se faire littéralement déshabillée dans ces moments là… Etant une jeune noble, vierge, on pouvait aisément imaginé ce que ce genre d’image lui provoquait. Heureusement que le calme du désert la calmerait avant d’arriver au château glauque et froid des Ferboys.

Olyvar était descendu de son cheval pour guider les cheveux à travers les pièges du chemin. Ce n’était pas de vraies routes officielles, pavées ou tracées dans la terre avec de quelconques indications. Edarra n’avait jamais vraiment vu de panneaux ou de chemins car elle n’avait jamais quitté Dorne. Elle laissait parler son expérience et son instinct. Le chemin de Lancehélion jusqu’à Ferboys était relativement facile. Il suffisait de suivre la rivière Sang-vert et de continuer jusqu’à ce qu’elle meurt dans le sable. Ensuite c’était tout droit vers les Osseaux qu’on pouvait aisément apercevoir à la fin du cours d’eau. Le reste du voyage devait se faire sur les réserves d’eaux collectées au cours des jours précédents. C’était un chemin relativement habituel pour la jeune femme qui se rendait souvent à la capitale qui était l’une des seules villes intéressantes de toute la région. Finalement, Olyvar stoppa les chevaux en prenant les gourdes. Il en tendit une à Edarra qui la prit volontiers pour se rafraîchir. Elle avait beau être une femme du Sud, dans le désert la soif venait très rapidement. Elle redonna l’objet au son garde qui en profita pour s’en mettre un peu sur la tête. Edarra sourit. Elle aurait bien aimé faire quelque chose comme ça mais malheureusement son rang ne lui permettait pas de se négliger ainsi. Même si les traces de son méfait seraient vite dissipées par la chaleur et le soleil, c’était une question de principe.

L’homme l’informa qu’il allait chercher de l’eau à la source et qu’elle pouvait l’attendre ici. Elle hocha la tête alors qu’il s’éloignait au détour de quelques rochers et collines, détachant ses cheveux alors qu’un léger vent portant quelques grains de sables se levait. La jeune femme soupira en se passant une main dans la nuque, sous le linge qui lui couvrait la tête. Il faisait chaud et elle transpirait à grosse goûtes sous ses cheveux attachés. Les voyages de quelques jours ne permettaient pas de se laver, surtout pour elle, alors son état corporel serait de pire en pire suivant la chaleur. Ce n’était pas prêt de s’améliorer. Aussi elle descendit de son cheval et bloqua les rênes des deux équidés en les coinçant sous une grosse pierre. Elle avait aussi envie de se rafraîchir et malgré les insectes que devait attirer la rivière il fallait que la température de son corps descende. Elle s’approcha de la source d’eau et aperçu assez facilement la stature imposante d’Olyvar, penché au dessus de l’eau, remplissant apparemment les gourdes. Apparemment car une des gourdes était fermée et pleine d’eau à côté et l’autre était vide de l’autre côté. Il semblait se regarder dans le reflet de la rivière mais Edarra ne dit rien, se contentant de s’approcher silencieusement pour attraper la gourde pleine. Les gouttes d’eau dégoulinèrent sur ses mains poussiéreuses et sableuses dessinant de légers dessins foncés, transformant la terre couleur sable en boue.

Son garde fit tomber une gourde du côté et étrangement il eu un peu de mal à la reprendre. La jeune femme fronça les sourcils avant de croiser le regard de l’homme apparemment étonné de la voir derrière lui. Il avait l’iar légèrement mal à l’aise ou perturbé… Ou malade qui sait. Il lui parla de sa voix éternellement calme en lui reprochant légèrement de ne pas être resté près des chevaux, prétextant qu’elle ne devrait pas s’occuper des tâches comme ça. Cette remarque arracha un petit sourire amusé à la jeune femme.

~ Des tâches comme celle-ci ? Reprit-elle. Comme chercher de l’eau ? Je pense que j’arriverais à surmonter cela. Et puis j’avais besoin de me rafraîchir un peu. Contrairement à toi je ne peux pas me dévêtir comme ça sans que ce soit indécent. »

Elle s’approcha alors de l’eau à côté de l’homme et y plongea doucement ses mains en sentant à travers ses doigts la force du courant les pousser vers la droite. Ce n’était pas fort mais le courant qui lui tirait les mains lui faisait sentir chaque seconde un peu plus l’esprit de la rivière. Elle avait presque l’impression de voir les doigts fins et translucides de quelques esprits lui accrocher ses maigres phalanges à travers les reflets de l’eau. Elle finit par tourner sa tête vers son garder en demandant innocemment.

~ Tu n’as pas l’air bien Olyvar… Une insolation ? Tu veux qu’on s’arrête un peu ? Il n’est pas bon de voyager quand on n’est pas en forme. »

C’était aussi bien pour elle que pour lui qu’elle parlait. Car si il venait à défaillir, c’était elle qui devrait gérer la situation. Et même si elle était la fille de Shyra, elle ne laisserait pas son garde inconscient sur le sable, se faire rôtir comme un vulgaire morceau de viande sanguinolent avant que des bêtes ne viennent le manger. Si il venait à s’évanouir, elle devrait le porter toute seule jusqu’à la ville et s’assurer qu’il ne meurt pas en voyage et c’était une tâche incroyablement difficile dans des conditions aussi extrêmes qu’en Dorne. De plus, elle serait vulnérable aux attaques d’animaux ou de bandits des grands chemins. Ils avaient beau se trouver dans un désert, il y avait pas mal de passage entre les différentes villes et des autres régions. Ils ne survivraient pas longtemps dans ce cas là.
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Message Jeu 23 Juin 2011 - 1:52

Alors qu'Edarra le réprimandait, Olyvar se focalisait sur sa voix. Il ne s'était jamais rendu compte qu'elle était si mélodieuse. Elle éloignait les ténèbres des souvenirs qui enserraient son âme. Peut-être était-ce aussi une raison pour laquelle Olyvar s'était attaché à cette jeune femme. Elle semblait détachée de certains problèmes que les autres nobles connaissaient. Les problèmes qui faisaient qu'Olyvar était celui qu'il était maintenant. Celui à cause desquels il avait été manipulé. Par la mère de la personne qu'il défendrait désormais de sa vie si le besoin s'en faisait sentir. La mère de sa seule amie à ce jour. Comment un être si abject avait-il pu donner naissance à quelqu'un comme Edarra? Cela faisait partie des mystères de la vie. Il n'aurait jamais de réponse.
Il repensa rapidement à un vieil ami à lui. Son seul autre ami, un mercenaire qu'il avait croisé des années plus tôt, dans les Cités Libres. Mais il était mort. Comme les dothraki. Comme son ancienne vie. Ses anciennes vie.
Mais c'était sa vie présente qui comptait.

« Vous avez raison, désolé. »

La voix d'Olyvar était calme, comme d'habitude. Cette voix qui lui avait permis de sauver plusieurs situations, de transformer des déroutes en victoires. Un homme qui était calme semblait toujours maîtriser la situation. Maîtriser la situation était quelque chose qu'un soldat se devait de savoir faire.
Mais cette fois, sa voix était différente. Elle était plus faible. Légèrement, quelque chose d'à peine audible. Mais malgré tout, il avait entendu cette différence. Et Edarra aussi, à ce qu'il semblait. Ce n'était pas étonnant. Elle n'était pas la fille de Shyra pour rien.
Ce qu'elle lui dit était plein de compassion. De gentillesse. Elle s'inquiétait pour lui. Et il savait que son inquiétude était sincère. Mais il savait aussi lire entre les lignes. Olyvar était un soldat, mais il ne l'avait pas toujours été. Il savait ce que pouvaient cacher les mots, et il connaissait aussi bien qu'elle les dangers du désert. Mieux qu'elle sans doute. C'était lui le garde, et celui qui ouvrait la voie, après tout. Et il se rendait bien compte que la santé de son garde n'était pas la seule chose qui préoccupait Edarra. Les chances de survie de la jeune femme dépendaient directement de lui. S'il venait à s'évanouir, ou à s'affaiblir, elle aurait à s'occuper de lui le temps qu'il se réveille ou qu'il aille mieux. Pas idéal en cas d'attaque de bandits ou de bêtes sauvages. Et puis, ce n'était pas à elle de s'occuper de lui. Il était le garde, le protecteur, celui qui devait l'amener à bon port et, même si ce n'était pas le but (ou du moins ce n'était pas l'impression qu'Olyvar en avait) elle le lui avait rappelé.
Empli d'une nouvelle vigueur, il se releva, attachant la gourde qu'il tenait en main en bandoulière, et se passa une main sur le front. Sa main était encore humide. Cela faisait du bien. Mais il n'était pas chaud. Aucune insolation en vue, selon toute logique. Et c'est ce qu'il dit à sa protégée :

« Juste un petit coup de fatigue, ne vous inquiétez pas. Nous pouvons reprendre la route. Le chemin est encore long jusqu'à Ferboys, et je ne tiens pas à passer plus de temps que nécessaire ici. »

Il se retint de rajouter qu'il ne tenait pas à passer particulièrement plus de temps à Ferboys non plus. Ce n'était pas la ville qui le dérangeait, mais la compagnie qui s'y trouvait. Plus il était loin de Shyra pour le moment, mieux il se porterait. La simple présence de la mère d'Edarra suffisait à donner la chaire de poule à l'ancien Noirmont. Que ça soit de rage ou de frustration il n'aurait su le dire.
Il avait passé des jours et des mois à tenter de trouver un moyen pour obtenir sa vengeance. Il avait tout perdu par la faute de Shyra. Et même s'il n'était pas un Lannister, il tenait toujours à payer ses dettes. Il avait tenté de trouver plusieurs idées pour se débarrasser de la tête de la maison Ferboys, et il avait presque amenée plusieurs d'entre elles à complétion, mais un grain de sable s'était glissé dans ses plans de vengeance : Edarra. S'il faisait quoi que ce soit, il devrait la quitter. Et il s'était trop attaché à elle pour se résoudre à cela. Si Shyra périssait, Edarra deviendrait la tête des Ferboys. Et il n'oserait pas la laisser entre les mains d'un nouveau garde avec ces nouvelles responsabilités. Ni ces nouveaux ennemis. Et de toutes façons, il savait qu'elle ne voulait pas de ce rôle.
Mettre de côté sa vengeance pour protéger l'héritière de celle qui avait détruit sa vie. S'il s'était attendu à cela, des années plus tôt.
Une idée lui traversa l'esprit. Fugace, disparue en un instant. Elle était pourtant aussi claire que l'était l'eau du ruisseau. Et elle l'était d'autant plus lorsque le regard d'Olyvar croisa celui d'Edarra.

Crois-tu vraiment que cette vie-là soit inférieure à celle que tu aurais vécu chez les Noirmont?

Il n'avait pas de réponse à donner à cette question. Il ne pouvait se permettre d'en donner une. S'il le faisait, il perdrait sa vengeance. Toutes ces années auraient été vides de sens. Et quelque chose en lui l'empêchait de faire perdre à ces années leur but.
Pensif, il se pencha à nouveau vers le ruisseau. Edarra était toujours en train de se rafraichir. Il voyait bien que cela lui faisait du bien. Et il comprenait. Elle n'avait pas suivi un entraînement comme le sien. Même si la vie dans le désert l'avait endurcie, ce n'était pas un soldat. Elle avait davantage besoin de repos et de frais que lui et, comme elle l'avait si bien souligné, elle ne pouvait se permettre les mêmes libertés que lui. C'est ainsi qu'il eut une petite idée. Il passa sa main dans le courant, non loin de celle d'Edarra... et la ressortir rapidement, éclaboussant la jeune femme.

« Finalement, je crois que vous aviez raison, dame Edarra. J'ai du attraper un coup de chaud. Je ne sais pas ce qu'il me prend. »

Un ton légèrement plus ironique qu'il en avait l'habitude. Mais au moins, il souriait. Un sourire qui atteignait ses yeux, contrairement à d'habitude. Avant qu'Edarra ne puisse réagir, il plongea violemment la main dans l'eau, les éclaboussant tous deux davantage. L'eau était vraiment fraîche. Cela faisait du bien. Il espérait juste qu'Edarra serait du même avis.

« C'est fou ce que la chaleur peut faire faire des fois. Je pense qu'il nous faut trouver de l'ombre, avant que je ne vous pousse dans le ruisseau! »

Olyvar savait que son sourire était alors plus joyeux et plus naturel qu'il ne l'avait jamais été. Il ne savait pas quelle folie l'avait pris, soudainement, ni comment Edarra réagirait. Bien, il l'espérait. Elle avait toujours été d'un naturel très souriant, lorsqu'elle se trouvait en sa compagnie. Même si parfois, il ressentait l'ombre de Gerold au-dessus de lui. Lorsque son sourire ne touchait plus ses yeux, et qu'ils devenaient plus humides.
Le pauvre Gerold, sans qui Olyvar ne serait pas là en cet instant. Si ce garde avait su que, par sa mort, il avait sans doute empêché celle de Shyra Ferboys, qu'en penserait-il?
Olyvar se fit la promesse de lui demander, s'ils se retrouvaient dans l'après vie.
Mais pendant ces brefs instants, il était sûr d'une chose. Ce qu'il devait à Shyra n'était pas la vengeance. Elle n'avait pas détruit sa vie. Elle lui en avait donné une nouvelle. Et il la rembourserait en veillant sur sa fille. En la protégeant de tous, même de sa mère. Et, heureusement pour Olyvar, pendant ces brefs instants, il ne se rendait pas compte qu'en pensant ainsi, il reniait sa vengeance. Il reniait les dernières années de sa vie.
Pendant ces instants, il faisait ce qu'il s'était juré de ne jamais oublier quelques moments plus tôt.
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Message Ven 24 Juin 2011 - 20:26

Olyvar avait beau être imposant et musclé, il semblait des fois être une sorte de petit garçon qu’on réprimandait. Edarra ne connaissait rien de son histoire. Lui comme elle n’étaient pas des gens particulièrement bavards et la tranquillité n’était pas quelque chose qui les gênaient. Bien souvent ils pouvaient voyager des heures voir des jours entier sans s’adresser la parole. Non pas par méchanceté ou d’agacement mais simplement car il n’y avait rien à dire, rien à demander et que l’économie des mots valait bien plus que des heures de parlotes inutiles et stériles. Ces moments étaient à l’opposé de ce qui se pratiquait dans les cours habituellement. Des jérémiades, des discussions sans fin, sans profondeur et sans réelle raison d’exister. Des phrases lyriques et poétiques lancées n’importe comment comme si la poésie se résumait au simple fait d’être joliment dit. Mais le moment, l’occasion et les personnes comptaient aussi. Edarra ne dispensait pas sa parole simplement pour occuper le silence et le temps. Ces deux-là marchaient très bien tous seuls et n’avaient pas besoin d’être couvert pour être moins pénibles. Cette notion négative qui entourait l’absence de bruit était expérimenté par pas mal de monde mais la jeune Dornienne n’en faisait pas partit et apparemment, son garde personnel non plus. Les Dorniens en règle générale faisaient économie de leur langue aussi bien que le désert faisait économie de l’eau. Cette denrée rare qu’on finit par deux fois plus savourer que le vin qui coule à profusion dans les coupes lors des banquets. On commence à en deviner un goût, une matière, une texture, et on finit par avoir bu deux fois plus que ce qu’il y avait dans le creux de notre main, seulement par la pensée de s’être divinement abreuvé. Les gens du nord ayant rafraîchissement à la demande ne devaient même plus se rendre compte quel privilège ils avaient encore de simplement se pencher pour trouver de quoi vivre comme ça. La montagne qu’était son garde aux cheveux longs s’excusa platement ce qui tira un petit sourire à la jeune femme.

~ Ne t’excuses pas pour si peu. Garde ce genre de mots pour des occasions plus importantes. »

Elle en entendait des vertes et des pas mûres dans les cours. Des remerciements, des salutations, des plaintes dites avec un second degré aussi éloigné de la vérité que le Mur l’était des Osseux. Et encore, Edarra ne pouvait pas franchement se permettre de descendre ce genre d’agissement car elle le prodiguait à longueur de temps. Mais que voulez-vous ? Dire à une noble grosse comme deux gardes royaux en armure qu’elle ne devrait peut être pas essayer de monter un cheval de course de peur de lui briser le dos n’était pas quelque chose d’incroyablement convenable. De plus que dire à quelqu’un qu’on savourerait plus une soirée si il avait eu la charmante idée de dispenser l’audience de sa présence n’était pas non plus quelque chose à dire. Alors oui, on s’extasiait sur les nouvelles robes de telle lady alors que la couleur n’était pas sans rappeler du contenu digestif d’un coursier des sables ; on complimentait tel Lord d’avoir ainsi rendu justice en bannissant un jeune homme qui avait simplement exprimé un peu maladroitement ses vues sur sa fille ; on s’émerveillait devant la course de tel noble alors que celle-ci était truquée… Car il le fallait pour la paix et pour rester soudé. Les rumeurs de l’ouest s’élevaient de plus en plus, compromettant la tranquillité palpable du désert et du cœur d’Edarra. Si ils continuaient d’avancer c’était peut être parce qu’on arrivait pas à les en empêcher et au milieu de tout ça était Oberyn. La jeune femme s’était quelque peu égarée dans ses pensées lorsqu’elle entendit la voix d’Olyvar s’élever. Il était à présent debout et lui dit que ce n’était qu’un petit coup de fatigue, qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. Il conseilla ensuite de reprendre la route car le chemin était long et qu’il ne tenait pas rester plus que nécessaire dans les parages. La jeune femme hocha la tête. Elle comprenait totalement que rester ainsi près de l’eau n’était pas quelque chose de recommandé si on voulait éviter les rencontres souvent mauvaises.

~ Oui tu as raison. Il faudra aussi trouver un coin tranquille pour la nuit. »

On ne s’installait pas n’importe où pour dormir la nuit, surtout dans le désert. Si une tempête de sable, des animaux ou des brigands passaient, il fallait tout prévoir et s’installer au milieu de nulle part n’était pas très prudent. Il fallait généralement essayer d’être dans un coin où le vent avait du mal à s’engouffrer pour minimiser les intrusions de sable et d’autres petites pierres qui pouvaient faire très mal aux yeux. De plus il fallait s’assurer d’être un minimum caché des coins de passage pour éviter les visites malheureuses et enfin, avoir tout de même une vue sur de potentiels visiteurs pour se préparer. Tout ça était à prendre en considération et ce n’était pas une mince affaire même si Olyvar avait souvent l’œil pour dénicher les endroits surs et confortables. De toute façon, si il ne l’avait pas eu ils n’auraient pas été ici à cet instant. Ils seraient certainement morts égorgés ou bouffés par des bestioles étranges ou alors morts de faim et de soif. Donc bon, le simple fait qu’ils étaient encore en vie prouvait largement qu’Olyvar était assez débrouillard pour ce travail. Elle laissa encore ses mains courir le flot des eaux en clapotis doux et tranquilles. Le garde se pencha sur le cours d’eau certainement encore pour se rafraîchir. Il plongea aussi sa main dans l’eau mais en la ressortant il éclaboussa Edarra qui pensa d’abord à un accident. Elle émit un petit cri de surprise alors que l’homme lui répondit avec un ton ironique qu’il devait effectivement avoir eu un coup de chaud. Elle l’observa d’un air interrogatif alors qu’il replongeait violement ses mains dans l’eau terminant de les éclabousser tous les deux. Il s’étonna de ce que la chaleur pouvait faire et conseilla de trouver de l’ombre avant qu’il ne la pousse dans le ruisseau. Toujours interdite elle observait silencieusement l’homme en laissant planer un silence. Ces mains s’étaient relevées au moment où Olyvar l’avait éclaboussé pour diminuer les « dégâts » et elle n’avait pas bougée, légèrement penchée en arrière. Sa mine se contracta légèrement en un visage sérieux voir un peu dur.

~ Olyvar… Tu te prends pour qui ? »

Elle passa sa main droite sur le linge de ses jambes totalement trempé. Il en aurait fallu largement plus pour que ce soit inconfortable en fait. Elle avait plusieurs couches de vêtements pour empêcher le soleil de taper pour protéger chaque parcelle de peau d’un éventuel coup de soleil. Car ici, on ne prenait pas qu’une petite plaque rouge qui ne durait que quelques jours mais bien une bonne brûlure qui pouvait des fois s’infecter. De plus, le sable et les tempêtes qui éclataient souvent s’insinuer partout si on n’essayait pas un peu de se couvrir. La bouche et le nez étaient les principales faiblesses dans ces cas là mais le sable propulsé à grande vitesse griffait la peau et laissait des marques. Elle releva les yeux vers Olyvar et se leva, une mine ouvertement contrariée. Elle s’essuya les manches de son habit en lin et essuya ses mains trempées.

~ Je te croyais plus… Attentif. »

Elle détourna une fois de plus le regard d’un air embêté. Elle fit un pas dans sa direction en croisant les bras et en plantant son regard droit dans le sien. Un regard dur et froid comme sa mère lui avait montré comment faire, de nombreuses fois. Elle était douée à ce petit jeu. Les gens n’aimaient pas se faire ainsi regardé. Edarra en connaissait quelque chose pour ne pas non plus aimer être observée ainsi en retour. Elle esquissa un énième pas dans la direction du garde. Elle était à présent juste en face de lui. Il était accroupit devant la rivière et elle, debout, le toisant de toute sa petite grandeur avec des yeux froids et sérieux. Elle aurait certainement pu être bourreau dans une autre vie. Enfin, avec une rapidité calculée, elle poussa l’épaule de l’homme pour l’expulser dans la rivière tout entier. Heureusement qu’ils n’étaient pas dans des courants très forts et des terres très profondes, Olyvar devrait certainement réussir aisément à sortir de l’eau, celle-ci lui arrivant jusqu’en haut des cuisses. Edarra ne put se retenir de pouffer de rire devant sa jolie bêtise.

~ Non, pas assez attentif… Tu aurais peut être dû m’y jeter avant que je ne le fasse. »

Et elle laissa finalement échapper son rire en se cachant tout de même la bouche. Elle était une grande enfant, mais une noble avant tout et personne n’avait vraiment besoin de voir sa luette, surtout pas son garde. Bien sur que non elle ne pouvait pas lui en vouloir. Après tout, elle s’était bien plainte d’avoir trop chaud et de ne pouvoir se rafraîchir. Bon, à présent c’était son garde qui s’était bien rafraîchit et il en profiterait pour apaiser un peu son cheval lorsqu’il remonterait dessus mais cette scène amusait beaucoup Edarra et rien que ça, ça avait le don de lui faire oublier la chaleur. Au moins une fois à Ferboys les pierres du château la rafraîchirait largement ainsi que l’ambiance glauque qui y régnait. Elle ne pourrait plus s’en plaindre. Elle espérait simplement que son garde n’est rien perdu dans la chute. Elle doutait qu’il marche avec énormément d’affaires accrochées à sa ceinture. Il avait toujours voyagé léger après tout et ne se serait pas permise de faire ça si il avait été en armure de plate.
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Message Ven 24 Juin 2011 - 23:50

Les remarques de la jeune femme sonnaient faux. Même quelqu'un qui n'aurait pas été habitué aux cours, ni à la présence d'Edarra aurait pu s'en rendre compte. Plus difficilement peut-être qu'Olyvar, mais malgré tout... Il y avait quelque chose de louche dans son comportement. Qu'était-elle en train de préparer? Il connaissait ce regard et ce ton.
Mais, vu qu'elle n'avait pas réagi sur le coup, il se préoccupa à nouveau du ruisseau. Il l'entendait s'approcher d'elle, mais qu'est-ce que cela changeait? Aussi se concentra-t-il sur autre chose.
Une grossière erreur, il le comprit rapidement. A peine eut-il ressenti un léger contact sur le bras qu'il devina ce qui se passait. Trop tard. Beaucoup trop tard. L'instant suivant, il plongea quasiment tête la première dans le ruisseau, éclaboussant les alentours, et se trempant plus qu'il n'avait prévu de le faire.
Il sortit la tête de l'eau à temps pour entendre Edarra se moquer de lui. Et il éclata de rire. Leurs deux rires se mêlèrent, le grondement du tonnerre et le cours d'une rivière. Et pourtant, tout comme ces éléments naturels, leurs rires se mêlèrent sans problème. Ce n'était pas une union que l'on entendait souvent, mais cela faisait plaisir de se détendre. Surtout après la fatigue de ce voyage. Edarra gardait malgré tout quelques manières, comme elle en avait l'habitude. Olyvar n'avait pas besoin d'être ainsi sur ses gardes. Il n'était qu'un garde après tout. C'était l'avantage de ne pas être un noble : ne pas avoir à jouer sur les faux semblants et la prétention.
Il se releva lentement, et s'approcha d'Edarra alors qu'elle était encore en train de rire. Il jeta un rapide regard à ses affaires. Tout était encore en place : son épée, sa dague, sa bourse de plantes médicinales, la gourde... Il n'avait rien perdu dans la chute. Il pouvait donc passer à la suite.
S'approchant mine de rien, il prit Edarra dans ses bras, et la souleva.

« Je pense vraiment que vous auriez besoin de vous rafraîchir, ma Dame. »

Il fit quelques pas en direction du ruisseau, prit un peu d'élan pour l'y lancer... et se ravisa à la dernière seconde. Il se pencha rapidement récupérer la gourde qui était par terre, s'assurant de ne pas lâcher son « fardeau ». Il tendit la gourde à Edarra et continua à la porter, prenant le chemin pour retourner vers les chevaux. Elle était légère. Enfin, pour quelqu'un comme lui. Un homme plus normal aurait eu davantage de mal à la transporter. Mais, pour le moment, il aurait presque eu l'impression de pouvoir l'emmener jusqu'à Ferboys sans se fatiguer. Presque. Il n'était pas non plus un surhomme, et il le savait bien.
Alors qu'il l'emmenait jusqu'aux chevaux, il se rendit compte du caractère exceptionnel de l'instant qu'il était en train de vivre. Un simple garde, en train de porter la personne qu'il devait protéger, et sans risquer d'en perdre la tête sous peu. Combien de gardes pouvaient se vanter de cela? Combien de personnes auraient pu faire quelque chose d'aussi libre sans avoir la moindre crainte des conséquences. Peu, il aurait pu en jurer. Et encore moins chez les Ferboys qu'ailleurs, vu la main de fer que Shyra exerçait sur la maisonnée.
Mais heureusement, Edarra n'était pas Shyra, aussi Olyvar pouvait-il s'autoriser quelques libertés.
Et sa vengeance viendrait plus tard. Non, pas la vengeance envers Shyra. Celle pour le ruisseau. Olyvar Sand n'était pas quelqu'un a oublier un affront, aussi léger soit-il. Il avait la rancune tenace et, selon lui, la vengeance était un plat qui se mangeait froid. Peut-être cela arriverait-il lors de leur prochain voyage. Peut-être au château, lorsqu'aucun garde ou autre ne serait à portée de vue. Olyvar s'accordait des libertés, mais jamais lorsque l'on pouvait le voir. Il n'aurait pu se permettre d'agir ainsi devant d'autres membres de la maison Ferboys, autant pour l'honneur de sa protégée que pour les conséquences que cela aurait pu avoir sur lui. Edarra était une noble, lui un garde. Et si quelqu'un les voyait agir comme ils le faisaient en cet instant, amicalement, presque fraternellement, Edarra aurait immédiatement une réputation négative auprès de tous. « Elle ne sait pas gérer ses gardes », « Elle se mêle un peu trop au bas-peuple »... Qui sait, des rumeurs moins plaisantes commencerait peut-être à courir. Et le seul moyen d'empêcher cela, ou d'y mettre un terme serait de punir Olyvar pour son comportement. Alors il agissait toujours en secret.
Toute sa vie était un secret, après tout. Il passait son temps à mentir à tous, et ne s'en portait pas plus mal. C'était devenu une seconde nature...
Mais malgré tout, il n'aurait pas apprécié devoir mentir davantage à Edarra. Fort heureusement, elle ne posait pas de question. Elle respectait son silence, comme il respectait le sien. Leur relation d'amitié était basée sur ce respect mutuel. Un respect qu'il n'aurait eu avec personne d'autre, il le savait. Il se demanda si, un jour, il lui dirait tout. S'il lui dirait qu'il était en réalité Ronan Noirmont, condamné à mort, fugitif, ancien mercenaire, ancien esclave. S'il lui dirait qu'il avait tout d'abord rejoint le service des Ferboys dans le but d'éliminer sa mère, pour se venger de ce qu'elle lui avait fait faire. De ce qu'elle lui avait fait.
Et surtout il se demandait comment elle réagirait. Irait-elle le dénoncer aux soldats les plus proches, pour que justice soit enfin rendue, et que sa tête réside en haut d'une pique chez les Martell ou les Noirmont? Déciderait-elle de lui demander de « disparaître » lors d'un de leur voyage, de partir à nouveau en exil sans jamais qu'il ne revienne, tout en concoctant un conte à raconter à sa mère sur la disparition mystérieuse de son garde? Ou choisirait-elle plutôt de le garder à son service comme si de rien n'était, et de continuer leur vie comme s'il n'avait rien dit? Une question qui resterait sans doute en suspens pendant des années. Olyvar ne dirait rien. Il le savait. Quel serait l'intérêt de prendre un tel risque? L'honnêteté vis-à-vis d'Edarra?

J'ai vu bien des hommes mourir parce qu'ils étaient faibles, avait un jour dit un mercenaire à Olyvar, ce mercenaire qu'il avait autrefois considéré comme son ami, mais bien plus parce qu'ils étaient honnêtes.

Cet homme là n'était pas mort parce qu'il était honnête, ça Olyvar en était sûr. Et quitte à mourir, autant mourir de la même façon : en combattant. S'il devait choisir sa mort, Olyvar n'aurait pas choisi la même que celle des Lords et des Ladys, mourir dans son lit après avoir vécu une vie bien remplie, s'endormir sans jamais se réveiller. Il préférerait mourir en affrontant un adversaire de valeur. De préférence en arrachant sa tête à Shyra, après s'être assuré qu'Edarra ne craindrait rien après sa mort. Quel intérêt avait la vie si elle n'avait plus de but??
Peut-être était-ce pour cela qu'Olyvar protégeait Edarra. Pour mourir au combat, en la défendant contre un ennemi en surnombre. Mourir de ses blessures après les avoir tous éliminés, un par un. Mais aussi pour repousser l'instant de sa vengeance. Et pour trouver un but à sa vie s'il venait à l'accomplir.

Comment est-ce que j'ai fait pour en arriver là? Je pense trop en ce moment, se dit le Dornien.

Il était arrivé près des chevaux. Il évita presque aussi habilement qu'à l'aller les rochers qui bordaient la route. Il entendit un morceau de tissu se déchirer. Il espérait que ce n'était pas une partie de la tenue d'Edarra. C'eut été malvenu, et maladroit de sa part.
Près de la première monture, il la souleva davantage, et la posa en selle.

« Bien, maintenant que vous êtes prête à repartir, nous pouvons y aller. Et je note bien de ne plus vous laisser m'approcher lorsque j'irai chercher de l'eau, à mes risques et périls! »

Il reprit les rênes en souriant, après avoir attaché les gourdes aux deux montures. Une gourde par monture. Il vérifia que les autres sacs étaient eux aussi bien attachés. En perdre un en route aurait pu poser quelques problèmes pour la suite. Puis il regarda le ciel. Pas un nuage, comme c'était habituel. Il y en avait déjà peu dans le désert mais, récemment, ils semblaient se faire encore plus rares. Le soleil brillait, mais était loin de son zénith. Il se coucherait d'ici près de deux heures, selon les estimations d'Olyvar. Et elles se révélaient bien souvent justes. C'était ce qui faisait de lui un guide efficace, entre autres capacités comme celle de trouver un bon abri et des sources.
Et il se mit en marche. Si sa mémoire ne lui faisait pas défaut, ils auraient atteint un bon abri d'ici une heure, à leur rythme.
Mais malgré tout, il se sentit obligé de reprendre la parole :

« D'ici une heure nous pourrons nous reposer. Le voyage était particulièrement éprouvant, cette fois, vous ne trouvez pas? Presque plus d'eau par moments, une tempête de sable évitée de justesse... Plus que les bandits et nous aurons tout subi. »

Il se sentait obligé de citer tout ce qui avait rendu ce voyage difficile pour une raison simple : malgré sa douleur et sa gentillesse, Edarra était quelqu'un qui savait être dur lorsque le besoin s'en faisait sentir. Elle n'aurait pas pu résister à sa mère sans l'être. Et les gens durs avaient tendance à ne pas reconnaître leur fatigue ou leur faiblesse devant les autres. Encore plus devant ceux qu'ils pouvaient considérer comme inférieurs.
C'était la raison qui poussait Olyvar à ne jamais reconnaître sa faiblesse. A qui que ce soit.
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Message Dim 26 Juin 2011 - 10:01

Edarra se poilait pas mal, après tout elle n’avait pas beaucoup l’occasion de rire chez elle. Les amusements et les jeux avaient toujours été portés très loin de sa portée car Shyra considérait que ça ne forgeait pas le caractère. Il fallait entrer dans la période adulte le plus tôt possible pour pouvoir apprendre plus vite. Edarra avait beaucoup apprit mais elle avait aussi un peu développé un manque profond : celui de l’enfance et de la famille. Medger avait eu une autre éducation et avait manqué de sa mère. Mais était-ce vraiment le pire ? Après tout Lollys s’était bien occupée de lui et elle était bien plus maternelle que leur propre mère. Elle avait toujours les mots correctes pour apaiser leurs peines. Malgré tout elle restait au service de la maternelle et de ce fait, elle n’avait pas beaucoup de liberté et elle devait se montrer discrète si elle voulait à un moment ou à un autre aller contre les ordres de sa lady. Donner des cadeaux, des sucreries et d’autres attentions de ce genre étaient considérées comme inutiles. Les gens trop gâtés étaient inutiles et trop niais pour pouvoir faire autre chose dans la vie que vivre dans l’opulence, un cul graisseux reposant sur des draps de soie jusqu’à ce que la mort vienne faucher le manant, la gueule noyée dans de la soupe. Superbe image pour résumer les leçons de vie que maman Shyra donnait à ses gentils enfants. Alors oui, quand elle venait bêtement de pousser son garde dans l’eau, ça la faisait rigoler comme une enfant candide et naïve. Elle ne l’aurait pas fait avec n’importe qui cela dit. Olyvar ne pouvait déjà pas lui faire de mal pour ça et ensuite, il n’avait jamais mal prit les petites farces ou blagues qu’elle sortait régulièrement alors pourquoi maintenant il s’offusquerait pour un peu d’eau, lui, un grand guerrier ? D’ailleurs il ne se priva pas non plus pour rire à gorge déployée. Nettement moins élégant qu’Edarra mais il fallait qu’elle conserve ses manières de dames quand même. Olyvar finit par se relever, tremper de la tête au pied. Il s’approcha de a jeune femme trop occupée encore à rire lorsqu’il l’entoura de ses bras pour la soulever du sol. Déséquilibrée elle s’appuya avec ses mains sur les larges épaules de son garde. Il lui dit alors qu’elle avait vraiment besoin de se rafraîchir. Comprenant soudain ce qu’il voulait faire, elle commença à le repousser en observant le lit de la rivière qui se rapprochait.

~ Olyvar ? Tu ne vas pas… Non non non ! »

Il se dirigeait dangereusement vers la rivière et Edarra ne pouvait se permettre d’être aussi trempée pour le voyage. Elle avait beau avoir des habits qui ne deviendraient pas transparents, ce serait deux fois plus lourd à porter et elle aurait énormément de mal à se déplacer avec des vêtements aussi longs. Elle essaya de se défaire de l’étreinte d’Olyvar du mieux qu’elle le pouvait mais rien n’y faisait, elle ne pouvait pas se libérer. Et il continuait d’avancer vers la rivière avant de prendre un certain élan. Edarra laissa échapper un petit cri avant de fermer les yeux pour ne pas voir la chute dans l’eau… Qui n’arrive en fait pas. Olyvar se pencha pour récupérer la gourde laissée par terre et la lui donna. Apparemment elle n’aurait pas son bain forcé aujourd’hui. Ouf… Il prit alors la route des chevaux sans la lâcher. Elle n’était pas habituée à un tel traitement. Elle était une noble, certes, une femme de surcroît mais elle était surtout le genre à vouloir presque tout faire elle-même car « je suis assez grande pour le faire ! ». Ca devait être un trait qu’elle avait hérité de sa mère. Un des seuls qui ne devait pas être aussi détestable que cette femme. Près du cheval de la jeune femme, il la souleva un peu plus pour qu’elle puisse s’y installer. Elle s’assit correctement alors qu’Olyvar faisait une remarque à propos du fait qu’il ne devrait plus la laisser s’approcher de lui la prochaine fois qu’il irait chercher de l’eau.

~ Tu ne te méfies de moi que lorsque tu es près d’un cours d’eau ? Tu me connais mal Olyvar. »

Evidemment, c’était dit sur le ton de la rigolade. Edarra n’aurait jamais idée de lui faire le moindre mal. Il avait toujours été gentil et serviable et il ne semblait pas décidé à changer. La seule personne susceptible de lui faire du mal aurait été Shyra mais elle n’avait pour l’instant aucune raison. Et même, la présence du garde lui avait été conseillée par sa mère. Elle ne voulait pas avoir partir en fumée le fruit de ses entrailles et d’un lavage de cerveau intensif pour réussir à contrôler parfaitement sa maison lorsque le moment sera venu. De plus lors d’un affrontement physique ça devrait plus être Edarra qui devrait risquer quelque chose que l’inverse. Elle avait beau savoir se battre sommairement face à un homme comme ça, même elle avec une épée et lui à main nue, le combat était joué d’avance. Olyvar fit ensuite vite fait le tour des sacs pour vérifier que tout était bien attaché. Il serait légèrement désagréable de constater qu’il manquait quelque chose de vital au moment où ils en auraient le plus besoin. Enfin, ils se remirent doucement en marche, des gouttes dégoulinants du corps du garde et goûtant sur le sol, laissant ainsi une forte de ligne continue… Bien sur, l’eau allait très vite séchée avec cette chaleur et le Dornien ne resterait pas longtemps humide de même qu’Edarra était presque totalement sèche. En tout cas, Olyvar avait l’air de bonne humeur et c’était tant mieux car l’humeur qu’ils trouveraient une fois à Ferboys ne serait pas la même, loin de là.

Alors qu’ils avançaient tranquillement, Olyvar indiqua qu’ils pourraient se reposer dans une heure. Le voyage avait été éprouvant et il demanda l’avis d’Edarra à ce propos. En effet, ils avaient failli être prit dans une immense tempête de sable comme on en voyait assez souvent en Dorne. C’était une véritable malédiction. On ne voyait plus rien, ne sentait plus rien et on manquait de s’étouffer ou de se faire mal aux yeux si on voulait tenter de se repérer. C’était certainement un des aspects les plus détestables de cet environnement. Heureusement que ça ne durait pas éternellement et qu’elle était avec un bon voyageur habitué à ces imprévus. Il rajouta qu’il ne manquerait plus qu’ils soient attaqués par des bandits et ils auraient tout eu ce que le désert aurait à leur offrir. Les brigands qui attaquaient les voyageurs épuisés n’étaient pas non plus rares. Surtout près des rivières où ils attendaient que les gens s’arrêtent, exténués pour leur sauter à la gorge et leur voler les chevaux et leur argent. Heureusement qu’elle avait une telle montagne avec elle qui les ferait réfléchir à deux fois avant de faire quoi que ce soit. La jeune femme hocha la tête pensive.

~ Oui, ça nous donnera l’occasion de bien se reposer une fois au château… Si on arrive en un seul morceau évidemment. »

La chaleur avait reprit sa position lourde et étouffante sur leurs épaules et la jeune femme était quand même assez satisfaite d’avoir ces draps pour s’en protéger. Il y en avait pas mal, des gens du Nord surtout, qui pensaient qu’on avait moins chaud quand on était découvert. Mais pour avoir chaud encore fallait-il que le soleil vous tape sur la peau. Bien sur qu’on sentait les rayons faire bouillir sa peau mais une légère différence était un gouffre monstrueux quand on passait son temps dans le désert. De même que l’eau fraîche fait du bien mais accentue cette impression de chaleur, il est conseillé de boire du thé très chaud pour se sentir moins inconfortable. Les marches lentes des chevaux et le ciel se teintant de lueurs mordorés donnaient à réfléchir à notre jeune Dornienne, légèrement curieuse de nature. La discussion qu’elle avait eu avec Maron Martell il y a quelques jours l’avait poussé à réfléchir sur les gens qui l’entouraient, sur les personnes à propos desquelles elle avait une opinion toute arrêtée. Et elle s’était rendue compte qu’elle ne connaissait rien d’Olyvar, l’homme qui protégeait sa vie au péril de la sienne. La mort et la vie étaient des domaines incroyablement privés, surtout la première. Mourir c’était presque comme être nu… De toute façon, l’âme se dépare de tout ce qui l’entourait auparavant donc d’une certaine manière ça devait être ça, nu. Elle fronça les sourcils, observant le Dornien devant elle marcher à un rythme régulier mais soutenu.

~ Dit moi Olyvar, tu es un Dornien salé, sableux ou rocheux ? Je paris… Salé ! »

Il fallait bien passer le temps après tout. Et elle ne savait pas du tout d’où il pouvait bien venir. Il était arrivé une fois dans la garde du château et sa mère l’avait conseillé de le prendre en tant que garde à cause de sa robustesse et de sa maîtrise du combat. C’était une raison suffisamment justifiée pour qu’elle l’ai prit… Sans savoir rien du tout sur lui. Après tout, d’habitude on ne parlait pas vraiment avec ce « genre de personnes » et on ne le devait pas vraiment. Mais Edarra préferait savoir qui elle côtoyait. De plus elle s’ennuyait un peu pour une fois et aimerait tarir ses craintes et les doutes que son séjour à Lancehélion avait profilé dans son esprit. Aussi petit était il, il lui fallait se rassurer comme une enfant qui n’avait jamais vraiment connu des bras chaleureux pour sangloter inutilement, le nez dégoulinant et le menton tremblotant. Il parait que ce n’était pas digne d’une dame d’agir comme ça… Bien sur elle n’allait pas se jeter en pleurant sur son garde, elle avait dépassé ce stade. Mais en posant ses questions mines de rien, elle s’assurait d’avoir encore un peu le contrôle sur son petit monde.
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Message Dim 26 Juin 2011 - 18:18

Lorsqu'Edarra répliqua à propos de la méfiance qu'Olyvar devrait avoir envers elle, il ne put retenir un sourire. Il savait bien qu'elle ne disait ça que de façon humoristique. Mais malgré tout, une légère partie de lui doutait. Car en effet, il devait se méfier d'elle en permanence. Ou plutôt de son propre comportement rapport à elle. Trop lui faire confiance pourrait l'amener à faire des erreurs. Et si sa tête était le prix de son erreur eh bien... au moins il n'aurait pas à le regretter longtemps. Et il aurait vécu de belles années en plus, pour finir de la même façon. Ç'aurait déjà été ça de pris.
Il répliqua par contre, lorsqu'elle lui parla d'arriver en un seul morceau. Un petit manque de modestie de sa part, qu'elle prendrait sur le ton de l'ironie, il le savait. Et c'en était bien entendu :

« Bien sûr que nous arriverons en un seul morceau. Après tout... c'est moi le garde, non? »

Il laissa un léger rire lui échapper. Dire ce genre de choses lui permettait de se détendre un peu. Même s'il ne se permettait pas réellement de se détendre. Il devait être aux aguets à chaque instant, prêt à réagir à la moindre menace. Prêt à trouver de l'eau si besoin était. Faire attention à ce que les animaux ne se blessent pas, et qu'ils soient toujours calmes. Beaucoup de choses à gérer pour une seule personne. Ce n'était pas pour rien que les caravanes marchandes possédaient plusieurs gardes par caravane. Mais Olyvar était confiant en ses capacités. Et il savait qu'Edarra n'aurait pas particulièrement apprécié d'avoir plus de compagnie que ça. Et lui non plus, pour tout dire.
Il remonta légèrement sa cape, et releva le capuchon au-dessus de sa tête. La prochaine partie du chemin se ferait en plein soleil, encore davantage qu'avant, et il ne tenait pas à subir ça de plein fouet. De plus, sa cape était sombre. Elle attirait davantage la chaleur mais, vu qu'il portait en-dessous une couche de vêtements clairs. La combinaison des deux lui permettrait d'éviter le gros de la chaleur. Ça et le fait que ses vêtements étaient amples, et permettaient une bonne circulation de l'air. Il préférait largement l'époque où il chevauchait, torse nu, au milieu des plaines d'herbe, le vent fouettant son visage et ses cheveux. C'était plus agréable, au moins. Mais il s'était assez bien habitué, et était devenu aussi doué pour ce genre de voyage que pour ceux qu'il faisait alors qu'il chevauchait aux côtés des Dothraki.
Ils avancèrent un peu en silence, un silence qu'Olyvar utilisa pour se remémorer cette époque tant aimée de sa vie, et comment tout avait disparu, s'était transformé en poussière sous les sabots du Khal ennemi. Un khal qui avait peut-être lui aussi été abattu, pour ce qu'Olyvar en savait. Encore une des nombreuses interrogations qui n'auraient jamais de réponse. Plus la vie d'Olyvar avançait, plus il croyait se connaître, et connaître le monde qui l'entourait, plus il se rendait compte de son ignorance. Et Edarra aussi, semblait se rendre compte qu'elle ignorait bien des choses, puisqu'elle lui posa la question qu'il avait redouté pendant toutes ces années.
Pourquoi s'intéressait-elle à cela maintenant? Qu'est-ce qui avait bien pu passer par la tête de sa protégée pour qu'elle se demande, pour la première fois depuis huit ans, d'où venait son garde personnel?
Heureusement, en huit ans, Olyvar avait pris toujours donné la même réponse à ceux qui lui demandaient. Une seule personne connaissait la vérité, et cette personne-là était morte aujourd'hui. A tous les autres, il débitait le mensonge qu'il s'apprêtait à donner à Edarra.
Mais allait-il mentir? Il le verrait bien, après tout, au fur et à mesure de la conversation. De toutes façons, il allait devoir répondre à sa question. Rester silencieux aurait été suspect. Plus suspect que n'importe quel mensonge.

« Désolé de vous dire ça, dame Edarra, mais vous faites erreur. Je suis un rocheux de naissance. Né à Noirmont. »

Et il dit cela le sourire aux lèvres, naturellement. Le plus simple pour mentir, était de le faire le moins possible. Éviter les détails inutiles, et rester au plus près de la vérité. Ne laisser passer que les informations les plus générales, et ne pas fournir celles que l'on ne tenait pas à divulguer. Pour tout le monde, Olyvar Sand était un bâtard né dans le château des Noirmont. Il ne connaissait pas son père, et sa mère était une des femmes qui s'occupaient de la cuisine de la demeure. Mais une fois qu'il eut commencé à grandir, il avait quitté le château pour vivre sa vie plus glorieusement. Car comme tous les enfants, il rêvait de devenir chevalier, même si son statut de bâtard l'en empêchait. Il avait donc appris à se battre avec des enfants de la ville et, un jour, avait décidé de partir pour les Cités-Libres, là où son nom ne poserait pas problème. Il y avait travaillé en tant que mercenaire puis, une fois cela terminé, voulut revenir chez lui pour montrer à sa mère quel grand homme il était devenu. Mais sa mère était morte, trop fatiguée par son travail incessant. De rage et de tristesse, il avait quitté la demeure Noirmont pour s'engager comme soldat ou mercenaire chez qui voudrait bien l'embaucher. Et, vu que sa mère lui avait déjà parlé des Ferboys, il avait fini par aller chez eux.
Une belle histoire, bien huilée, dont nul ne pouvait douter de la crédibilité, au final. Et surtout, personne n'aurait pu aller vérifier quoi que ce soit chez les Noirmont s'ils l'avaient voulu.
Était-ce cette histoire qu'il allait servir à Edarra, ou la simple vérité? Il l'ignorait encore. Il ne doutait pas de sa capacité à lui mentir en la regardant dans les yeux, mais malgré tout... pouvait-on vraiment mentir à une amie? Et à une amie aussi proche, s'il en était? Ça, il en doutait.

« Vous m'avez peut-être pris pour un salé à cause des années passées dans les Cités Libres, près de la mer. »

Il prit une légère inspiration, avant de continuer à parler. La phrase qu'il allait prononcer serait peut-être celle à cause de laquelle il mettrait fin à son anonymat, à cette mascarade. S'il la gardait pour lui, qu'elle ne passait pas ses lèvres, Edarra aurait peut-être été satisfaite, et aurait peut-être choisi de changer de sujet de conversation. Mais il sentait qu'il fallait qu'il le fasse. Autant pour lui que pour elle :

« Bien que je m'interroge sur la raison qui vous pousse à me poser cette question, depuis le temps que nous nous connaissons, sachez que je n'ai rien à vous cacher. Si vous voulez savoir autre chose, n'hésitez pas. »

Olyvar était un homme franc, honnête, droit, et loyal. Mais ces valeurs allaient-elles faire pencher la balance, au final? Il venait ouvertement de prétendre ne pas mentir à Edarra. Qui serait-il si, après avoir prétendu quelque chose comme ça, il lui mentait sur son origine, son nom, son but? Un moins que rien. Un Shyra, en fait.
Mais que valaient l'honneur et la droiture lorsque l'on venait à les payer de sa vie? Il n'était pas un Stark, pour les privilégier à sa tête.
Mais il était un homme juste... et l'ami d'Edarra.

Si seulement j'avais pu rester chez les Dothraki. Là au moins, tout était simple.

Mais chez les Dothraki, il n'aurait pas pu connaître Edarra. Sa plus grande amie. Sa soeur presque. La personne qui comptait à ce jour le plus à ses yeux. Plus que sa vie même.

Perdre ma vie, ou la personne à qui je l'ai confiée, et qui en a fait ce qu'elle est à ce jour? Perdre ma vie, ou ma raison de vivre?

C'était là la vraie question qu'il fallait qu'il se pose.
Elle rejoignait les interrogations dont il ne pourrait jamais connaître la bonne réponse.
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Message Lun 27 Juin 2011 - 16:30

Alors qu’Edarra avait émit l’hypothèse de pertes ou de blessure, Olyvar répliqua qu’ils arriveraient à bon port, entiers car c’était lui le garde. La remarque fit sourire la jeune femme. Ca oui il pouvait se vanter d’être un bon guerrier. Il semblait être né comme ça et peut l’était-il. Né avec une hache dans la main et une épée dans l’autre, d’un père homme d’arme ou guerrier… Edarra avait souvent du mal à voir les gens qui l’entouraient dans d’autres circonstances qu’elle les avait connus auparavant. Sa mère et son père avaient toujours été pour elle un mystère étrange. Son père était aimant mais effacé et sa mère en imposait tellement qu’elle finissait pas l’ignorer tout bêtement. Edarra n’étant pas sotte, elle n’ignorait pas les choses qui font la vie et les enfants et elle n’avait jamais réussi à imaginer Shyra et Osfryd ensemble, aimant, s’embrassant, s’enlaçant… Alors pour carrément faire des bébés c’était vraiment loupé. Pourtant elle et son petit frère n’étaient pas sortis de nulle part et ils n’étaient pas issues de quelques grossesses cachées ; bien que ça aurait presque été du genre de la grande Ferboys ce genre d’entourloupe ! Quoi qu’il en soit, elle n’avait jamais eu une imagination aussi poussée. Lollys avait toujours été une vielle servante : née vielle, elle savait déjà nettoyer, faire la vaisselle et s’occuper des enfants avant même d’être créée sur cette terre. De même que Zia avait toujours été une mystique de la Sang-Vert et Olyvar un guerrier. C’était une vision toute personnelle de la vie mais au moins ça la tenait éloigner de la mort : car si ils avaient toujours été comme ça, ils le seraient jusqu’à la fin des temps… Si elle admettait qu’ils étaient nés, avaient vécus, alors, en toute logique, ils mourraient. Et elle préferait tenir ce genre de pensées le plus loin possible d’elle pour le moment.

Du coin de l’œil elle vit le garde remonter sa cape et couvrir sa tête. Le soleil tapait fort et Edarra devait plissait les yeux pour voir quelque chose. C’était une habitude elle avait très rapidement prit et qui était même rentré dans les gênes. Les Dorniens avaient souvent des petits yeux perçant pour voir dans le désert et bien filtrer la lumière. Par contre ils étaient légèrement moins doués dans la pénombre et l’ombre même si ils appréciaient aussi cette dernière. Ils n’étaient pas des serpents après tout. L’ombre et la pénombre attiraient pas mal Edarra et sa curiosité toute particulière. Elle avait déjà dans la tête pour projet d’aller plus au Nord. La verdure, des arbres par centaine sur plusieurs hectares, des lacs, des animaux qu’elle n’avait jamais vus… Même si Dorne restait sa région, elle avait une certaine soif de tout voir, de tout regarder. Son assèchement visuel se faisait ressentir dans la lassitude de tout ce protocole qu’elle ne faisait que répéter encore et encore jour après jour. Pour casser cette routine qui la rongeait comme l’eau salée sur le calcaire, elle savait qu’elle devrait tenter de partir voir d’autres contrées. Elle expliquerait certainement à son oncle son envie de partir et les bénéfices qu’il pourrait éventuellement en retirer : diplomatiques, politiques et aussi matériels. Ils pourraient ramener pour moins cher quelques denrées rares que les marchands ambulants facturaient à prix d’or. Et puis Edarra était friande de ces petits trucs qui pouvaient lui rappeler les gens ou les situations. Des sortes de portes-souvenirs qui, à chaque fois qu’elle les regardait ou les touchait, la renvoyaient à des moments plus heureux, plus intenses et plus calmes.

Olyvar démentit son affirmation en disant qu’elle avait fait erreur et qu’il était rocheux de naissance, né à Noirmont. Les sourcils de la jeune femme s’élevèrent en signe d’étonnement. Noirmont n’était pas très loin de Ferboys et ils avaient déjà fait quelques visites à la famille qui possédait la ville. Ils étaient en relation diplomatique relativement étroite, enfin, surtout Shyra. La concernant, elle ne s’en souvenait plus vraiment. Et puis elle voyait tellement de gens, de-ci de-là, présentés par Shyra ou son oncle, que bien souvent elle n’arrivait pas à se souvenir de qui était qui. Heureusement que l’héraldique était là pour ne pas qu’elle se trompe de maisons mais sinon, elle serait certainement complètement perdue. La jeune femme n’était attentive que quand elle le voulait et de ce fait il lui arrivait souvent d’oublier ou de laisser passer des choses. Le garde rajouta qu’elle avait possiblement été trompée par les années qu’il avait passé dans les Cités Libres à côté de la mer. En effet, elle avait possiblement confondue. Mais il y avait aussi son apparence. Après tout, les Noirmont étaient des rocheux et donc étaient plus disposés à être blonds et clairs de peau. Ce que n’était pas du tout Olyvar. Avec ses cheveux sombres et sa peau hâlée il semblait plus tenir des Rhoynar. Il finit par prendre une légère inspiration avant de se demander pourquoi elle lui posait cette question depuis le temps qu’ils se connaissaient. Il rajouta qu’il n’avait rien à cacher et que si elle voulait savoir autre chose, elle pouvait demander. Peut être qu’après tout, ça ne la regardait simplement pas. On ne demandait pas à un soldat son histoire mais à prouver ses capacités au combat et rien d’autre. Edarra jeta un coup d’œil autour d’eux.

~ Hum… Je m’interrogeais seulement. Avec ton allure particulière tu ressembles à un salé… Mais ce n’est pas très important après tout. Regarde, les Ferboys on ne sait pas très bien de quel bord ils sont. Un pied dans la montagne, un pied dans le désert et un pied dans la mer. Ca donne une drôle de bestiole ! »

Trois pattes dans un coin différent, c’était le cas de le dire. Les Ferboys tenaient un peu de tous les coins et leur position stratégique leur avait permit de prospérer fut un temps. Maintenant les choses allaient et venaient comme les temps et les occasions et la ville de Ferboys avait cessé son ascension depuis longtemps maintenant. Edarra l’avait toujours connue dans cet état là et ça ne semblait pas prêt de changer. Heureusement qu’ils étaient le lieu de passages des voyageurs qui arrivaient en Dorne par le Nord. Ces gens rapportaient pas mal d’argent à toute la communauté et surtout à sa maison. Edarra releva la tête et observa encore une fois son garder marcher, dos à elle. Elle avait mille et une questions dans sa tête à lui poser mais l’éducation qu’elle avait reçu lui avait apprit que tout n’était pas bon à demander, surtout les choses trop personnelles : on pourrait avoir de désagréables surprises. Elle finit par essayer de trier les questions dans sa tête pour éviter celles qui lui semblaient trop personnelles. Il y en avait pas mal et puis, de toute façon, sauf si il mourrait demain, elle aurait encore le temps de lui poser des questions. C’est alors qu’une petite interrogation naquit dans sa tête.

~ Tu as vu beaucoup de morts Olyvar et tu as beaucoup tué au cours de ta vie ? »

Ce n’était pas reproche, loin de là, elle en avait vu des morts, pas mal même. Les exécutions, des morts dans des rues, dans le désert… Même les nobles étaient proches de ce genre de monde et ce n’était pas parce qu’ils essayaient de s’en éloigner le plus possible qu’ils étaient forcément totalement aveugles à ce qui les entourait. Finalement, la jeune femme finit par simplement dire :

~ Mais si tu ne veux pas répondre… Ce n’est pas grave. »

Parce que bon, la mort était personnelle et ça ne devait pas être des souvenirs très heureux ou sympathiques à évoquer. Et déjà que voyager dans un désert n’était pas chose aisée, si c’était pour le faire dans une mauvaise ambiance, autant arrêter tout de suite. En tout cas, Edarra espérait qu’il ne se vexerait pas, ce serait quand même bête d'entachait leur relation relativement bonne.
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Message Mar 28 Juin 2011 - 21:46

Olyvar sourit lorsqu'Edarra se décrivit comme une « drôle de bestiole ». Ce n'était exactement comme ça qu'il l'aurait décrite, loin de là. Shyra peut-être, mais sa protégée était une jeune femme séduisante, et Olyvar comprenait parfaitement pourquoi un jeune homme comme Oberyn la courtisait. Ils n'avaient pas eu l'occasion de parler, et Olyvar tenait à éviter ça autant que possible, mais il était sûr qu'Oberyn ne le faisait pas pour forger une alliance entre leurs maisons. Mais ce n'était qu'une théorie. Un couple qui se forgeait à partir de sentiments... Cela devenait rare, dans les Sept Couronnes. Et pour cela, il se devait de le respecter. De le protéger, peut-être. Une bonne raison d'éliminer Shyra, si elle venait à s'interposer entre les deux jeunes gens.
Mais le sujet de conversation changea. Et rapidement. Brutalement, sans doute. Il ne s'était pas attendu à être interrogé au sujet des morts qu'il aurait pu voir. Ou provoquer.
Et alors les images défilèrent dans son esprit.

« Olyvar, baisse-toi! »
Le mercenaire se baissa. La flèche passa juste au-dessus de lui. Il entendit un cri guttural être poussé derrière lui. Comme quelqu'un dont on aurait mis la tête sous l'eau, et qui tenterait de respirer. C'était étrange. Olyvar se retourna, et vit que la flèche s'était plantée dans la gorge d'un autre garde. Il s'écroula sans plus faire de bruit. C'était donc cela, la mort? S'écrouler et disparaître sans que l'on nous accorde plus qu'un regard? N'être qu'une flamme qui disparaissait aussi soudainement que le vent soufflait une chandelle? Olyvar leva son arme et para instinctivement le coup qui venait droit vers sa tête. Sa flamme à lui ne s'éteindrait pas aujourd'hui. Même s'il devait en éteindre beaucoup d'autres en échange.


Le premier mort qu'il avait vu. Et son premier meurtre n'avait pas tardé à suivre.

« Allen, par les Sept, ça te dirait de te bouger? »
Allen haussa les épaules, et planta sa lame dans la gorge de l'homme qui se trouvait en face de lui. Un bandit vêtu de haillons, armé d'un couteau de boucher. Et sans armure. Seul le désespoir avait pu lui faire attaquer une caravane aussi bien gardée que celle que protégeaient Allen et Olyvar. Et il n'était pas le seul à désespérer, à ce qu'il semblait. Ils étaient une quinzaine à avoir attaqué. La moitié était déjà morte. L'autre moitié continuait, dans le vain espoir de tuer quelqu'un. D'obtenir la victoire, à tout prix. Un homme se jeta sur Olyvar. Le Dornien fit un pas de côté, et le frappa d'un coup de genoux dans le ventre. Le bandit se courba en deux.
« Qu'est-ce que tu attends? Finis-le! »
C'était la voix d'Allen. Elle semblait venir de loin. De très loin. Tout se déplaçait au ralenti. Le monde se réduisait à deux choses : Olyvar, et le bandit. L'homme était jeune. Plus jeune qu'Olyvar. Était-ce la faim qui l'avait poussé? La colère? Olyvar mit fin à ces interrogations en même temps qu'il abattit sa lame. A plusieurs reprises. Cinq ou six fois, son épée trancha dans la chaire du bandit. Et il aurait continué si une autre personne ne l'avait pas attaqué au même moment. Une jeune femme cette fois. Olyvar n'hésita pas, et planta sa lame dans l'estomac de sa cible. Les blessures à l'estomac sont les plus douloureuses, disait-on. Olyvar mit fin aux souffrances de la femme et séparant sa tête de son corps.


Les deux premières personnes qu'il avait tué. Et ensuite, il n'avait plus arrêté. Mais il se rappelait encore de leurs visages. De la façon dont ils étaient tous morts. Et il se rappelait surtout de ce jour où sa vie avait changé. L'attaque des dothrakis, celle qui avait coûté la vie à son ami Allen. Il se rappelait du sang qui avait giclé, et de la chute du mercenaire. Plusieurs cavaliers du khalasar s'étaient jetés sur l'endroit où il était tombé. Mais Olyvar avait eu d'autres soucis, en cet instant. Plusieurs dothrakis s'étaient jetés sur lui. Et lui-même avait été blessé, gravement. Il ne s'était réveillé que trois jours après. Aucun signe du corps d'Allen. Les dothrakis avaient été abattus, par chance plus que par talent. Si Olyvar avait su que, quelques temps plus tard, il serait vendu avec ces mêmes marchands à un autre khalasar...
Il ne se rendit compte que ses souvenirs l'avaient plongé dans le silence que lorsque la voix d'Edarra s'éléva à nouveau. Elle croyait que son silence avait été provoqué par la question. Ou plutôt par une gène quelconque provoquée par le fait de parler de la mort.
La mort faisait partie de la vie. Pourquoi en parler serait-il tabou?

« Désolé, je me suis perdu dans mes souvenirs... Pour répondre à votre question, j'ai vu beaucoup de morts. Et j'ai du en provoquer beaucoup aussi. Je pourrais les compter, si cela vous intéressait, mais je ne suis pas sûr que vous teniez à ce niveau de détails. »

Il prit une grande inspiration.

« Lorsque je chevauchais aux côtés des dothrakis, il ne se passait que peu de jours sans croiser au moins un mort. Et les jours où c'était moi qui tuait étaient à peine plus rares. Je pense avoir vu plus de personnes mourir au combat que mourir de vieillesse ou de maladie. Et, malheureusement, j'y suis habitué... »

S'habituer à la vision de la mort était sans doute la pire chose qui pouvait arriver. Car il ne s'agissait pas là de quelque chose de naturel. Les hommes gardaient toujours en eux cette répulsion envers la mort, cette peur du massacre et du sang, même s'ils la maitrisaient plus ou moins bien. Olyvar lui trouvait cela naturel. Mettre fin à une vie n'était pas plus choquant que boire un verre d'eau, ou manger un morceau de porc lorsqu'il était à table. Les dothrakis l'avaient vraiment plus influencé qu'il ne l'aurait cru.
Mais il ne se rendit compte de ce qu'il avait dit que trop tard. Il avait parlé des dothrakis. Quelque chose qui ne faisait pas réellement partie de l'histoire qu'il racontait à tous. Et encore moins de celle qu'il avait raconté au chef des gardes de Shyra lorsqu'il avait été engagé. Cela ouvrait la voie à toutes les questions. Surtout pour quelqu'un d'aussi curieux que l'était Edarra. Elle respectait le silence, mais elle adorait voyager après tout. Et Olyvar se doutait qu'elle serait friande des petits détails qu'il pourrait raconter sur le sujet.
Ce qui était dit était dit, il ne pourrait pas le retirer, ou faire comme s'il avait mal entendu. Et puis il avait promis de répondre à toutes ses questions, non?
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Message Jeu 30 Juin 2011 - 9:54

Un moment de silence s’installa juste après qu’elle ai prit la parole. Et Edarra, bien que noble et peu habituée à regretter ses faits et paroles s’en mordait légèrement les doigts d’avoir posé une telle question. Ce n’était pas du tout le genre de chose qui lui serait venue à l’esprit en parlant avec Oberyn par exemple. Elle ne tenait pas particulièrement à savoir le tableau de chasse du jeune homme, si il en tenait un. L’image qu’elle avait de lui était presque pure. Pourtant, pour être chevalier et pour avoir une notoriété comme il avait, il fallait bien tuer à un moment ou à un autre finalement. Mais elle préferait se conforter dans l’idée que le chevalier était pleinement juste et honorable et par conséquent, la somme de ses morts pesaient peu sur la balance. Pourtant un cadavre, de noble, de paysan, de bâtard pesait exactement la même chose une fois inanimée. Ca ne changeait pas grand-chose qu’ils aient commit des erreurs ou qu’ils aient accomplit de grandes choses. A la fin ne restait que des os, de la chair en décomposition, une odeur désagréable et des gens qui pleuraient, ou pas. La seule différence qu’on pouvait faire était une fois en vie, non pas après la mort. Et les corps qu’Oberyn avait fendu et les crânes qu’il avait fracassés auraient exactement la même apparence que sa dépouille une fois qu’il serait emporté, d’une manière violente certainement. Un destin de chevalier. Né pour les armes, mort par les armes, ça résumait bien le tout. Et le pensait au dessus des influences normales de la nature aidait un peu Edarra à accepter une fin funeste et brutale à la vie du jeune blond.

Pour Olyvar c’était un peu différent. Il respirait une sorte de bestialité intrinsèquement liée à sa condition de garde. Comparé à Oberyn, ses morts à lui sonnaient plus puants et plus dégoûtants. Non pas qu’Edarra le considérait comme un barbare écervelé. Mais entre son apparence quelque peu sauvageonne et la tenue généralement plus élégante de l’épée du matin, il n’y avait pas photo. En imaginant un quelconque combat entre Olyvar et un opposant, elle entendait déjà les cris pleins de testostérone, la virilité à l’état brut et la violence non calculée. Elle se trompait certainement en imaginant son garde bourriner comme un forcené sur un cadavre ne ressemblant plus à rien mais c’était l’impression qu’il lui donnait. Elle se doutait qu’il y avait évidemment des mouvements stratégiques à faire lors d’un combat. Mais entre casser du bandit en étant un garde et casser du bandit en étant un chevalier, les esprits appelaient deux images différentes, deux arts du combat différents. L’un plus souple que l’autre. Et cette différence dans ces danses mortelles apportait une autre légèreté aux cadavres sur le sol. L’un lesté par la main rédemptrice de la justice et l’autre par le bête hasard et la bêtise de s’être attaqué à plus grand et plus fort que soi. Après tout, peut être que le poids des morts ne se calculait pas au kilo…

Finalement Olyvar reprit la parole en s’excusant de s’être perdu dans ses souvenirs. Edarra sourit doucement. Ce n’était pas courant en même temps d’avoir des conversations de cet ordre avec ses gardes. Mais la jeune femme n’avait jamais été très conventionnelle dans ses relations aux autres. Etant donné que Shyra ne lui avait enseigné que le chapitre sur l’art et la manière de mépriser et de descendre les gens, elle avait donc loupée toute la partie socialisation. Ca lui manquait amèrement dans certaines occasions et elle se rendait bien compte qu’il fallait qu’elle fasse attention à où elle mettait les pieds. Elle aurait pu faire partir de sales rumeurs à son sujet comme sa mère aimait à faire avec les autres nobles au moindre faux pas. Et c’était tellement facile de faire des erreurs. Ils avaient beau être nobles, ils en faisaient au moins autant que le peuple lambda même si c’était dur à admettre. Ensuite, tout comme les morts, les erreurs et les bêtises n’avaient pas le même poids d’une personne à l’autre… La princesse des sables avait peut être trop tendance à considérer son fardeau plus lourd qu’il ne l’était. Mais discuter avec Olyvar ne la dérangeait et elle ne le considérait pas comme une erreur. Il était de bonne compagnie et il n’était pas comme ces gardes écervelés au château qui se contentaient d’appliquer sans réfléchir. Bien sur, la dame Ferboys ne leur laissait pas le temps de penser une seule seconde aussi. Certains nobles passer à côté du personnel sans même le voir. Comme si ils faisaient à présent partit des meubles.

L’homme lui répondit qu’il avait vu beaucoup de morts. Ca ne l’étonnait guère pour un garde. Si il avait peur de la bataille, ce travail n’aurait pas été pour lui. Mais il y avait des différences entre beaucoup et beaucoup. On retombait dans le débat des choses qui diffèrent d’une personne à une autre. Il rajouta qu’il avait aussi du en provoquer un bon nombre. La jeune femme hocha la tête. Même si il ne la voyait pas, c’était un réflexe de politesse pour indiquer à son interlocuteur qu’on écoutait ce qu’il disait. Et là, Edarra était toute attentive sentant le caractère légèrement personnel de la question. Il lui fit la remarque qu’il pouvait compter ces morts mais que ce ne serait potentiellement pas super intéressant pour elle de les connaître. En plus elle n’était pas sure qu’entendre les chiffres la rassurerait. Elle ne savait même pas environs combien elle pouvait imaginer. Elle essayait de trouver un numéro à deux chiffres mais à chaque fois ça lui semblait trop. Pourtant il avait bien fallut qu’il commence et il faudrait bien, un jour, qu’il termine. C’était dans l’ordre des choses et finalement, ce qui avait l’air « beaucoup » pour elle ne devait pas être tant que ça des yeux d’Olyvar. En même temps elle ne connaissait pas trop son opinion sur le sujet. Elle savait que certains chevaliers et guerriers souffraient des fois du fait de n’être en ce monde que pour blesser et tuer et ils ne voyaient leur rôle de protecteur qu’en second plan. Edarra ne pouvait pas se permettre de juger ou de donner son avis sur ça n’étant pas guerrière. Peut être qu’un jour la force du destin la pousserait à commettre cet acte irréparable, elle aviserait à ce moment.

Le silence retomba légèrement sur la conversation alors que la jeune femme observait Olyvar. Il inspira légèrement avant de lui avouer qu’en chevauchant avec les dothrakis ils tuaient beaucoup, lui autant que les autres, tous les jours ressemblant au même massacre que le précédent. Il ajouta qu’il avait vu plus de personnes mourir au combat que de vieillesse ou de maladie et qu’il était habitué. Il avait employé le mot « malheureusement ». La mort avait beau être quelque chose dont les gens avaient peur, elle faisait totalement partie de la vie et ne pas y être habitué était presque une malédiction pour les hommes de l’avis d’Edarra. Elle ne pouvait pas dire la même chose qu’Olyvar. La mort l’émouvait autant que la vie et elle n’avait pas assez vu de personnes mortes pour arriver à s’en détacher complètement. Comme toute personne, ou presque, voir une personne agonisante ou morte la renvoyait à sa propre condition, sa vie en sursit et sa dernière heure qui arriverait toujours bien trop vite à son goût. Mais surtout, ce qui lui avait sauté à la figure était quand même le mot dothraki. Le fait que son garde ai vécu avec eux ne lui était encore jamais venu aux oreilles sinon elle s’en serait souvenue. Elle ne connaissait de ce peuple que ce qu’on racontait à force de rumeurs et de « ont dit ». Evidemment, étant proche d’un des principal moteur à mensonges et rumeurs de Dorne, elle savait que ce genre de connaissance n’était pas valable. Elle voyageait d’ailleurs sur le principe de voir elle-même ce qui se passait dans le monde au lieu de se fier aux autres. Avoir été proche de Shyra avait au moins eu cet avantage qu’elle se heurtait beaucoup plus brutalement aux murs de différences entre ce qu’elle pensait et ce qui était. Elle en avait entendu beaucoup de choses et toutes moins flatteuses les une que les autres. Edarra s’éclaircit la gorge.

~ Tu as chevauché avec les Dothrakis ? Mais… Comment t’es-tu retrouvé là bas ? Enfin… Je ne les connais pas trop. Tu sais, j’en connais ce que j’en ai entendu mais je n’ai point eu l’occasion de côtoyer des personnes ayant vécu avec eux. Elle fit une légère pause, pas très sûre que la question qu’elle allait poser allait amener une réponse satisfaisante. Comment se fait-ce que tu n’ai jamais mentionné ça à la garde ? »

Non, elle n’était absolument pas sûre qu’elle était prête à entendre la réponse. Elle sentait que quelque chose clochait dans tout ça. Edarra avait toujours cru qu’Olyvar avait eu un parcours relativement classique malgré son apparence originale. Elle ne se serait jamais vraiment posée la question de savoir d’où il venait. Les réponses semblaient évidentes mais là, l’homme qui tenait les rennes de son cheval lui semblait aussi inconnu que n’importe quel badaud croisé dans une ville. Autant il y a dix minutes il était Olyvar, son garde fidèle, autant là il n’était plus qu’un garde dont elle ignorait tout. Elle ne se sentait pas flouée mais les interrogations déferlaient dans son esprit en même temps que des avertissements. Tout n’était pas bon du tout à savoir et les réponses n’étaient jamais celles escomptaient. Les surprises n’étaient pas toujours bonnes et c’était en creusant un peu trop qu’on finissait par tomber dans son propre trou… Mais la curiosité de la dame, piquée à vif, ne faisait que l’entraîner en avant, et encore, et encore.
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Message Mer 6 Juil 2011 - 22:17

Lorsqu'Olyvar entendit Edarra s'éclaircir la gorge, il savait que les questions allaient venir. Les questions sur l'époque dont il n'avait parlé à personne jusqu'à présent. L'époque dont toute trace était morte, à part son arakh. Et même cette arme était morte : il ne s'en servait plus, la gardait uniquement comme un trophée inutile d'une époque révolue. Il ne s'entrainait plus avec. Elle n'avait plus gouté de sang depuis bien des années à présent. Mais il ne s'était jamais résolu à la vendre, à s'en débarrasser, ou à la refondre. Comme si garder cette trace de son passé allait l'empêcher d'oublier tout le chemin qu'il avait parcouru jusqu'à présent, le chemin qui l'avait amené à être ce qu'il était en ce jour.
Et en effet les questions arrivèrent. Il s'était attendu à ce qu'Edarra lui pose des questions sur les dothrakis, mais il n'aurait jamais imaginé qu'elle lui demanderait la raison pour laquelle il n'avait pas parlé de ça lors de son recrutement. Pour être franc, il ignorait à la base qu'elle était au courant de ce genre d'informations, même s'il était concerné. Après tout, lorsqu'il avait été recruté, il ne l'avait pas été pour la servir elle, mais pour servir la maison Ferboys.

Edarra est la fille de Shyra. Rien d'étonnant à ce qu'elle se soit renseignée, et à ce qu'elle le fasse maintenant.

Il se demandait ce qu'il allait répondre. Il y avait de nombreuses possibilités, et encore une fois il pouvait se permettre de les dire sans que cela ne pose de problèmes de cohérence avec l'histoire qu'il racontait sur son passé. Et c'est en se disant cela qu'il reprit la parole :

« J'ai chevauché à leurs côtés, en effet. Et j'ai aussi marché. »

Marcher. La pire insulte, selon les dothrakis. C'était ce qui lui avait été réservé lorsqu'il n'était qu'un esclave, un prisonnier de guerre offert en échange de la survie du village dans lequel il avait fait escale. Près d'un an à voir les chevaux se déplacer autour de lui, sans jamais pouvoir en monter un. Un an à s'occuper de toutes ces montures, pour que d'autres personnes parfois moins méritantes que lui les utilisent et le méprisent à chaque instant.
Heureusement, un jour, il avait mis fin à tout cela. D'un coup d'arakh bien placé. Il avait réagi par réflexe à l'époque, et cela avait changé sa vie du tout au tout. Aucun peuple n'était aussi respectueux des talents martiaux des hommes que les dothrakis. Et cela lui avait bien servi, même s'il ne s'en serait jamais douté à cette époque.

« Je reconnais que j'ai peu parlé de ma vie par le passé. Peut-être est-ce le moment de changer cela. »

Il avait surtout dit ça pour gagner du temps, et trouver comment tourner sa prochaine phrase. Celle qui parlerait du moment où il avait été gracieusement offert comme esclave, alors qu'il était mercenaire. Et même ce récit serait une autre façon de gagner du temps, avant de répondre à la plus importante des questions qu'Edarra avait posé : pourquoi n'en avait-il jamais parlé?


« Il y a des années de cela, j'étais mercenaire parmi les Cités Libres, comme je l'ai expliqué à la personne qui m'a recruté au service de votre maison. Et alors que j'accompagnais une caravane de marchands, avec d'autres gardes, pour la plupart plus expérimentés que moi, nous avons du nous arrêter dans un village. C'était au milieu de la Mer Dothrak. Je me rappelle encore de ce village. C'était un petit bout de terre, quelques maisons et quelques enclos, avec une autre demeure plus grande que les autres pour accueillir les voyageurs. Ils ne demandaient même pas à être payés. Ils paraissaient être des gens bien... »

Olyvar se rendit compte avec quelle facilité la parole lui venait. Cette histoire avait croupi en lui pendant des années, avait attendue la bonne occasion de ressortir, et c'était le moment qu'elle avait choisi pour cela. Certains détails lui revenaient, alors qu'il racontait. Les enfants qui jouaient dans les rues boueuses, les jeunes hommes qui regardaient les mercenaires avec envie, les femmes qui enviaient les robes de la femme du marchand, les hommes qui lui enviaient ses marchandises, et cette jeune fille si... accueillante, qui s'était offerte à Olyvar pour le réconforter, après le trajet difficile qu'il avait du faire pour arriver jusque-là. Rien que d'y repenser, il sentit le rouge monter à ses joues, et il reprit la conversation, la voix légèrement troublée.


« Nous avons fait escale chez eux deux jours. Il étaient prêts à acheter les biens du marchand que nous escortions, et ils faisaient une très bonne compagnie. Pourquoi aurions-nous décidé de nous en priver? La nourriture était bonne, les lits confortables, les gens souriants... »

Leurs sourires. C'était ce qui avait fait le plus mal, dans tout ça. Leurs sourires ne les avaient pas quitté, alors même qu'ils étaient attaqués. Et qu'ils vendaient d'autres hommes et femmes pour leur propre survie.
Olyvar sentit quelque chose sur sa joue. Il passa sa main, et sentit que c'était humide. Une larme. Une seule larme, mais qu'il n'avait pas su contrôler. Il lui fallait se reprendre en main. Et surtout ne pas montrer sa faiblesse devant Edarra.

L'eau est suffisamment rare dans ce désert pour que je la gâche ainsi.


« Et au matin, les dothrakis sont arrivés. Les villageois avaient peur pour leur vie. Alors ils nous ont vendu. Littéralement. Notre vie contre la leur. Le marchand était trop faible pour servir à quoi que ce soit, alors il a été exécuté. Quelques mercenaires ont tenté de se rebeller. Exécutés aussi. Au final, seules les femmes et quelques hommes ont été gardés. J'en faisais partie. »

Ce n'était que la première partie du conte. Celle où il parlait de son esclavage. Il décida de passer sur les détails, autant de sa vie, que du destin des personnes qui avaient été emmenées avec lui. Les hommes étaient tous morts au bout de quelques mois, pour avoir tenté de se rebeller. Les femmes avaient aussi été tuées, pour la plupart, une fois qu'elle ne présentait plus assez de distraction pour les dothrakis. Olyvar avait été le seul survivant: il tenait trop à la vie pour tenter de se rebeller, ou désobéir à un ordre.
Et c'était cette soif de vivre qui l'avait amené à affronter un de ses maîtres.


« Un jour, un dothraki a tenté de me tuer, parce que j'avais pris les rênes de sa monture. Sa monture que je voulais juste emmener boire. Il s'est jeté sur son arme. J'ai évité le coup, j'ai récupéré un arakh, et j'ai fini par le tuer. Les autres membres du khalasar ont été respectueux de ma force et de ma vaillance, et m'ont accordé une place à leur côté. Je suis ainsi passé du stade d'esclave, à celui d'ami des dothrakis. J'ai pris la monture de l'homme que j'avais abattu, et j'ai suivi le khalasar quelques temps. »

Une deuxième partie de sa vie. La meilleure, jusqu'à sa rencontre avec Edarra. Comme il avait aimé chevaucher au gré du vent, torse nu, arakh en main, sans se soucier de l'avenir...
Mais toutes les bonnes choses ont une fin.


« Et un jour, un khalasar rival a détruit le mien. J'ai encore une fois été gardé comme esclave : je n'étais pas un dothraki, mais j'avais une carrure suffisante pour être échangée lorsqu'ils arriveraient dans une des cités libres. Ils m'ont donc vendu à un marchand, comme ils auraient vendu une bête de somme. Lors de mon voyage jusqu'à la demeure du marchand en question, j'ai tué un des gardes avec mes fers, et tué le deuxième avec l'épée de son camarade mort. Je me suis ensuite enfui par le premier bateau qui revenait vers Dorne, avant de venir chez les Ferboys pour m'y faire engager comme garde. »

Il n'en revenait pas. Raconter sa vie ainsi lui avait semblé si facile, si naturel. La confiance qu'il portait en Edarra était bien plus grande qu'il ne le savait consciemment. C'était le genre de choses qui, il le pensait, l'accompagnerait jusqu'à la tombe, sans que personne d'autre ne les entende. Et pourtant, en plein milieu du désert, il avait osé tout révéler.

Tout, sauf mon vrai nom, et la raison pour laquelle je suis allé chez les Ferboys.

Mais il n'avait pas répondu à la dernière question d'Edarra. Il le savait, et il savait aussi qu'elle ne serait pas dupe. Elle était trop intelligente pour ne pas s'en rendre compte, s'il tentait de l'esquiver. Il décrispa les mains en se retournant, croisant ainsi le regard d'Edarra, et se rendant compte par la même occasion que ses mains étaient serrées sur les rênes, suffisamment pour que la douleur se ressente. Presque aussi violemment que s'il avait été frappé. Depuis combien de temps avait-il fermé les poings ainsi?
Sans doute depuis le moment où les quelques larmes qu'il sentait sur ses joues avaient commencé à couler. Et ces larmes là, il n'avait pu les cacher. Il devenait faible.


« Quant à la raison pour laquelle je n'en ai pas parlé aux gardes... Qui ferait confiance à un homme qui a chevauché aux côtés de sauvages connus pour coucher avec leurs chevaux, et tuer tous ceux qu'ils trouvent sur leur chemin sans pitié? Qui ferait confiance à un homme qui mangeait parfois aux côtés d'un Khal, et combattait aux côtés de ses sang-coureurs? Personne. »

Il resta silencieux quelques secondes, avant de rajouter:


« Et je comprendrais que vous non plus ne me fassiez plus confiance. »

Elle avait toutes les raisons du monde de ne pas le faire. Elle en ignorait la majorité, mais lui en était conscient.
Pendant quelques instants, quelques battements de coeur, il espérait presque qu'en effet, elle ne lui ferait plus confiance, et qu'elle voudrait se débarrasser de lui. Peut-être serait-ce plus facile que de la confronter à la réalité dans son intégralité.
Mais cela ne dura que quelques instants, si fugaces qu'Olyvar douta presque d'avoir pensé une chose pareille. Si elle le rejetait, la haine redeviendrait sa raison d'être. Et un homme voué à la haine n'est pas un homme. Une vie dédiée à la colère n'est pas une vie.

Dans ce cas, est-ce que je suis vivant? Est-ce que je suis vraiment moi?

Encore une question sans réponse.
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Message Lun 11 Juil 2011 - 14:35

Olyvar reprit la parole. Edarra avait un peu l’impression de lui forcer la main ou de lui faire faire quelque chose de pas naturel pour lui. Il fallait dire que le garde n’était pas une piplette pour deux sous. Il était d’un genre calme et silencieux avec ses yeux qui furètent tranquillement les environs sans piper mot. Là, elle lui posait des questions en cascade comme une sorte de grosse noble curieuse à une table, avide de ragots et assoiffée de nouvelles toutes plus malsaines les unes que les autres. Ca existait. L’ennui que provoquaient certaines responsabilités forçait les gens à se tourner vers des « passe-temps » extrêmes et les vivre par procuration était un plaisir que semblait apprécier des nobles. Mais là, Edarra se sentait légèrement mal à l’aise de demander tout ça à son garde. Après tout, c’était son garde et il devait certainement se sentir obligé de répondre peut être. En tout cas c’est ce que Shyra exigerait des siens. Elle, c’était surtout pour éviter les mauvaises surprises ou savoir les manipuler quand c’était nécessaire. Ce n’était pas un rapport très sain qu’elle avait avec ses gardes. Un rapport de peur et de violence psychologique qui les tirait au rang d’esclaves sans cerveaux. C’était ce qu’Edarra voulait à tout prix éviter avec Olyvar. Il n’était pas de mauvais conseil et avait une certaine connaissance concernant les choses qui entourait la jeune femme. Ainsi, lorsqu’il parlait, ce n’était jamais à prendre à la légère. Ainsi il lui expliqua qu’il avait chevauché avec les dothrakis après avoir marché avec eux. Elle savait que ceux qui marchaient étaient généralement les esclaves. Les histoires que lui comptaient Medger à l’occasion n’étaient pas si inutiles que ça finalement.

Le garde avoua ne pas avoir été très bavard concernant son passé et il estima que c’était possiblement le moment de changer ça. La jeune femme voulu l’interrompre pour lui répéter qu’il n’y était pas obligé mais il reprit rapidement la parole et Edarra ne voulut pas l’interrompre ou le couper. Il raconta alors son passé en tant que mercenaire dans les cités libres, ce que la dame savait déjà, et il avait accompagné une caravane dans un petit village qu’il décrivit comme assez accueillant. Ce passage sembla presque troublé la montagne de muscle peut habituée aux démonstrations de sentiments. La jeune femme commençait à voir où ça allait venir cette histoire étant donné qu’il lui avait dit avoir été esclave pour els dothrakis. Et en effet, ça ne loupa pas : l’attaque de ces personnes sur le village, razzias, esclaves et toute la panoplie. Il n’était pas vraiment qu’Olyvar ai été gardé par ces personnes. Elles avaient beau sonner très barbares et sans pitiés ils ne semblaient pas stupides pour autant et une personne aussi forte que son garde était certainement de bon usage pour porter les affaires et pour d’autres travaux demandant un certain physique. Puis, un jour il tua un dothraki qui avait tenté de le tuer. Le peuple qu’il servait, reconnaissant son courage et sa force l’avait ensuite permit de servir à leurs côtés. Edarra avait du mal à comprendre pourquoi il avait eu envie de rester avec eux après tout, elle, aurait prit ses jambes à son cou et serait partie le plus loin possible… Mais c’était peut être différent avec les hommes, ou ce n’était peut être pas un choix. Mais bon, elle ne se sentait pas en position pour le juger. Après tout elle ne connaissait rien du détail de sa vie et de comment ça se passait de l’autre côté, dans les cités libres.

Il continua son histoire en parlant du moment ou un autre khalazar a détruit le sien. Il fut gardé comme esclave une fois de plus et il fut échangé une fois en ville. Il s’échappa sur le chemin et il revint en Dorne pour s’engager dans la garde des Ferboys. La jeune femme hocha la tête en imaginant le temps qu’il lui avait fallut pour faire autant de manœuvres. Elle pensait surtout au fait que toute sa vie il avait certainement passé le plus clair de son temps en tant qu’esclave de quelqu’un, toujours à répondre à des ordres et à craindre la punition ou la mort. Elle ne pouvait définitivement pas se mettre à sa place ou juger ses choix, elle qui avait toujours été noble et donc, privilégiée. Si elle avait été face à ce genre de situation elle n’avait aucune foutue idée de ce qu’elle aurait fait pour défendre sa vie. Il se tourna finalement vers elle et croisa son regard toujours impassible. Il lui avoua que la raison pour laquelle il ne l’avait jamais vraiment dit à personne c’était parce que les dothrakis n’avaient pas vraiment bonne réputation (et encore, c’est peu dire) et ainsi on ne lui aurait pas fait confiance. Il laissa planer un silence avant de dire qu’il comprendrait si elle ne lui faisait plus confiance à l’avenir. Elle esquissa un léger sourire avant de hausser une épaule.

~ Je n’ai aucune raison de ne pas te faire confiance Olyvar. Tu ne m’as pas menti après tout, je n’ai jamais posé de questions… Et puis si ma mère avait su ça, je ne sais pas si elle t’aurait engagé tu sais. »

Elle laissa passer un petit temps. Le soleil déclinait encore et la luminosité n’était plus aussi certaine. Les montagnes à l’horizon augmentaient la précarité du soir qui bientôt ne laisserait qu’un ciel faiblement éclairé d’un soleil caché. Le froid commençait à doucement pointer, ou du moins, la fraîcheur de la nuit courrait sur le sable, précurseur d’une nuit qui se promettait venteuse et lourde.

~ Et puis je n’aime pas beaucoup les rumeurs. Preuve étant que tu ne ressembles en rien à ce qu’on entend dire sur les dothrakis… Elle réajusta le capuchon qu’elle avait sur la tête tout en observant le ciel. La nuit tombait des fois beaucoup plus vite qu’on pouvait le penser. J’ai l’impression qu’il est temps de se reposer de cette journée. »
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Message Sam 16 Juil 2011 - 22:19

Olyvar ne fit qu'hocher la tête lorsque la question du mensonge arriva sur le tapis. Il aurait été si facile, à ce moment, de dire qu'il lui avait menti en un sens. Que l'homme qu'elle appelait Olyvar s'appelait en réalité Ronan, et qu'elle le connaissait déjà. Et qu'il n'était pas venu par simple appât du gain, mais pour se venger et tuer la mère d'Edarra. Mais que ce qui avait retenu sa main tout ce temps, là où il aurait eu des centaines d'occasions de mettre une fin à la vie de Shyra, c'était l'amour. L'amour qu'il éprouvait pour Edarra. Pas un amour comme celui qu'un homme éprouve pour son épouse, ou celui que l'on entend dans les chansons. Edarra était une sorte de petite soeur pour Olyvar, quelqu'un qu'il se devait de protéger quoi qu'il arrive, de protéger de sa mère, de ses ennemis... du monde qui l'entourait, en fait.
Peut-être la protégeait-il trop, justement. Peut-être était-ce là qu'était le vrai problème, et qui l'empêchait d'accomplir son plan : tant qu'il était seul à la protéger, il ne pouvait se permettre d'accomplir sa vengeance. Car il devrait disparaître à nouveau. Redevenir un anonyme, un bâtard inconnu... Mais il ne pouvait se résoudre à faire autrement. Autant pour lui, pour elle, que pour la mémoire du garde qui l'avait précédé. Qu'aurait-il dit s'il savait que son remplaçant était un tueur, mercenaire, qui abandonnait sa protégée au profit de la vengeance? Il se retournerait dans sa tombe.
Mais après tout, lui aussi avait abandonné Edarra. Un garde digne de ce nom ne serait pas mort de façon aussi stupide. Le destin d'un soldat était de mourir l'épée à la main, pour protéger quelque chose. Son or, sa vie, son royaume, la vie de celui qu'il aimait... Pas mourir par poison, ou maladie. Olyvar savait que, le jour où il se saurait mourir, il en finirait lui-même. Et il en finirait avec Shyra en même temps. De toutes façons, il n'aurait plus rien à perdre à cet instant, et Edarra n'aurait de toutes façons plus Olyvar pour la protéger.
Peut-être aurait-il du préparer un successeur pour le jour où il mourrait. Ce n'était pas son travail, théoriquement, mais mieux valait que cela soit lui qui s'en occupe, plutôt que de voir recruter une marionnette de Shyra pour le remplacer. Un homme comme Allen aurait pu faire l'affaire. Il était honorable à sa façon, et il n'aurait sans doute pas trahi Edarra au profit de Shyra. Mais Allen était mort et enterré, donc il ne servait à rien de penser à lui maintenant.
Olyvar nota de faire un tour dans les tavernes pour trouver un reitre ou un mercenaire qui pourrait peut-être faire l'affaire lorsqu'il reviendrait de ce voyage-là.
La voix d'Edarra retentit à nouveau. Elle lui dit qu'elle ne craignait pas les rumeurs, qui se révélaient souvent fausses. Elle avait bien raison. Les hommes comme Olyvar étaient par exemple réputés comme étant des tueurs sans coeur intéressés uniquement par l'argent. La plupart de ceux qu'avait croisé le quasi-dothraki étaient bien loin de ce cliché. Ils combattaient pour payer de la nourriture pour leur famille, pour pouvoir survivre, pour se faire un nom... Quelques hommes seulement avaient pour seul maître l'argent. Et c'étaient ceux qu'Olyvar appréciait le moins, bien entendu.
Et il se rendit compte qu'il avait marché pendant presque tout le temps qui restait avant la tombée de la nuit. Il ne s'en était même pas rendu compte. Trop penser l'éloignait de sa tâche en tant que garde. Il aurait pu croiser un serpent, ou même se faire attaquer... il ne s'en serait rendu compte que trop tard. Il lui fallait se concentrer sur l'instant présent.
Le soleil avait beaucoup baissé. Et de ce qu'Olyvar en jugeait, Edarra avait raison. Ils devraient faire une pause. Le garde jeta quelques coups d'oeil aux alentours. Rien d'idéal. Par contre, il se souvint d'une petite grotte qui, si tout se passait bien, se trouvait à quelques minutes de marche à pied d'ici. Elle avait même une petite source qui coulait au fond, de quoi remplir à nouveau les gourdes.
Il se rendit alors compte qu'il avait soif. Ses lèvres étaient craquelées à cause de la chaleur et du vent, et il ne l'avait pas remarqué plus tôt non plus. Il se saisit de la gourde qui était attachée au cheval le plus proche de lui et en engloutit la moitié quasiment d'un trait, avant de la tendre à Edarra. En évitant de croiser son regard. Il ne pouvait plus supporter de lui mentir. Vraiment plus.
Alors il se taisait.
Quelques minutes plus tard, il arriva en vue de la grotte, comme il s'y attendait. Sa mémoire ne l'avait jamais trompée sur un trajet, et cela n'arriverait sans doute pas de sitôt.

« Attendez-moi là. Et cette fois, faites-le vraiment. On ne sait pas ce qui peut se cacher dans cette grotte. »

Il attendit quelques secondes, la regardant cette fois dans les yeux, s'assurant qu'elle l'écouterait bien. Lorsqu'il fut convaincu qu'elle obéirait, il dégaina son épée dans une main, et une dague dans l'autre avant d'avancer vers l'intérieur de la grotte.
Avant d'y pénétrer, il jeta un dernier regard aux alentours, et resta immobile et silencieux quelques instants, focalisé sur son ouïe. Seuls les chevaux faisaient quelque bruit, et rien ne semblait se mouvoir aux alentours. Le vent montait et descendait, faisant entendre sa complainte sur des kilomètres à la ronde... mais les animaux s'étaient tous terrés dans leurs abris. Olyvar savait ce que cela voulait dire. Et ce n'était rien de bon.
Il jeta un oeil à la grotte. Ce qui s'y trouvait n'était pas des plus rassurants non plus, mais au moins cela ne risquait pas de les attaquer.
Olyvar se pencha sur le cadavre, et le retourna. Un cadavre récent. Pas plus d'une semaine. Pas de plaies extérieurs. La gorge était griffée, les mains encore ensanglantées. Les lèvres étaient fendues, et la bouche était pleine de sang. Il était mort étouffé par la chaleur, et avait tout tenté pour respirer. Mais au moins, ce n'étaient pas des bandits ou un animal sauvage qui s'était occupé de lui. Et le fait que le corps était intact prouvait que même les charognards n'étaient pas venus ici depuis peu. C'était donc l'endroit parfait.
Il ressortit et prit la parole :

« L'endroit est sans risque, Dame Edarra. Vous pouvez vous y installer. Je vais préparer le feu et attacher les chevaux. »

Olyvar fit ce qu'il avait dit, et fit entrer les montures à l'intérieur de la grotte. Il les attacha à un rocher, et sortit silex, amadou et bois mort de l'un des paquetages. Le feu ne serait pas de trop d'ici quelques minutes, lorsque la nuit tomberait. Il alluma donc le feu tranquillement, avant de s'asseoir sur un rocher presque plat. Par au-dessus des flammes, il regarda Edarra. Il attendit qu'elle le regarde avant de reprendre la parole :

« Dame Edarra, je me dois de vous dire quelque chose. Ce pourquoi je vous demanderai de m'écouter du début à la fin, de ne pas m'interrompre, et de ne pas prendre de décision hâtive. Et avant que je ne termine, je vous jure solennellement, par tous les dieux existants, que cela ne changera rien à la mission qui m'est confiée. »

Il attendit quelques secondes, espérant une réaction de sa part, avant de reprendre :

« Vous serez libre de faire ce que vous voulez de moi après cela, à part une chose : m'ôter la vie. Je l'ai trop chèrement défendue pour permettre à qui que ce soit, même quelqu'un que j'aime autant vous, de me la prendre. »

Il attendit encore un peu, prit une grande inspiration et lui demanda :

« Pensez-vous être prête à faire ce que je vous ai demandé? A le jurer? Vous saurez tout dès lors que vous aurez accepté... »

Une petite voix s'éleva en Olyvar :

Faites qu'elle dise « non ».
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Message Mer 20 Juil 2011 - 12:41

Olyvar n’ajouta rien de plus. En fait, il avait toujours été un peu comme ça : discret et ne s’embarrassant pas de superflu. Les gens du peuple l’étaient souvent. En fait les nobles devaient bien faire rire comme ça. Leur or, leurs possessions, leurs châteaux et tout ce qui suit… Edarra n’aurait pas pu abandonner autant de luxe mais elle se rendait bien compte que ce n’était pas ça qui comptait. Maintenant avoir la tête de bonnes paroles et de bonnes pensées ce n’était pas les appliquer pour autant. Avoir la seule préoccupation de sa vie était quand même un avantage comme un désavantage. Envier les roturiers n’était qu’un passe-temps de poète mélancolique. Il fallait composer avec ce qu’on avait sans trop chercher à changer de situations. De toute façon, l’esprit ne montrait que ce qu’on voulait voir et occultait généralement les faces obscurs d’un tableau qu’on trouvait à son goût. Edarra avait depuis longtemps cessé d’idéaliser les orphelins de la Sang Vert. Ils avaient beau être tranquilles et agréables, ils devaient avoir bien d’autres préoccupations qui ne devaient pas être toujours sympathiques. Chaque classe avait ses bons côtés comme les mauvais après tout.

Le garde observa les environs plusieurs fois en faisant dévier les chevaux de leur course habituelle. Il devait chercher un abri pour la nuit très certainement. Si le désert était hostile de jour, il l’était tout autant, voir plus la nuit. Quelques fois la température chutait à des vitesses folles et même si ça restait plus chaud que dans le reste du continent, ça étonnait toujours. En chemin, Olyvar reprit un peu d’eau et en tendit à Edarra qui ne s’en priva pas non plus. Il ne fallait pas être trop glouton sans être totalement avare à propos de cette denrée. Autant elle pouvait s’épuiser vite si on écoutait la moindre exigence de son corps, autant on pouvait avoir très vite des malaises si on délaisser un peu trop sa soif. Elle but quelques gorgées histoire de rafraîchir son oesophage et remit la gourde où elle était. Ils arrivèrent en direction de quelques petites montagnes ou plutôt collines rocailleuses. Le Dornien arrêta les chevaux lui pria d’attendre cette fois ci, pour de vrai, le temps qu’il vérifie ce qu’il y avait dans la grotte située un peu plus loin. Elle hocha la tête d’un air entendu et sérieux. Non, elle n’irait pas lui jouer un tour cette fois-ci. Elle savait que la plus part des voyageurs et des animaux préférés les grottes aux campements précaires et fragiles. En cas de tempête il était plus aisé de se protéger et de passer une nuit tranquille.

Il dégaina son épée et sa dague, regarda un instant interdit autour d’eux et se dirigea vers l’entrée. Toujours sur son cheval, au cas ou, Edarra observa les environs. La lumière diminuée encore et encore mais au loin, de longues orées de lumières passaient sur l’horizon. Le terrain était certainement plus bas là bas et il arrivait encore à capturer quelques rayons de soleil. Le dégradé était beau et on aurait dit que des portes étaient ouvertes sur un ciel doré. Quelques minutes après qu’Olyvar fut partit il revint pour l’informer que l’endroit était sans risque. Elle descendit de son cheval alors que son garde attachait les bêtes et commençait un feu. Elle jeta un rapide coup d’œil à l’intérieur et s’assit à l’intérieur, contre une pierre. Elle entreprit de doucement faire tomber le sable qui s’était infiltré dans les plis de ses habits. Elle se passa un peu d’eau dans la nuque alors que le feu réchauffait légèrement la grotte humide. Sa peau la tiraillait comme si elle avait rétréci et que ses os menaçaient sans cesse de la déchirer. Elle sortit de ses sacoches de la viande séchée, seule nourriture qui tenait dans le désert, et entreprit d’en grignoter quelques morceaux. Elle tourna à un moment la tête vers Olyvar pour voir ce qu’il faisait et elle croisa ses yeux alors qu’il se mit à parler. Son ton n’annonçait rien de bon et ce qu’il lui dit non plus.

Il voulait lui dire « quelque chose », il voulait apparemment lui révéler quelque chose de très important qu’il fallait qu’elle écoute. D’après ce qu’il disait, ça pourrait éventuellement l’amener à penser que la mission de protection d’Olyvar serait mise à mal. Elle fronça les sourcils. Qu’est ce qu’un simple garde pouvait receler comme secret pour que la personne qu’il protège prenne ainsi peur ? Il reprit très vite la parole en lui permettant de faire ce qu’elle voulait de lui à part le tuer étant donné les nombreux combats qu’il avait accomplit pour garder la vie. De plus en plus inquiétant. Si il envisageait qu’elle veuille le tuer, c’était que sa révélation la choquerait peut être profondément. A présent Olyvar ne lui semblait plus tout à fait aussi rassurant qu’il y a dix minutes et la suite des évènements qui défilaient dans sa tête n’était pas réjouissante. Mais sa curiosité était piquée à vif et elle ne pouvait pas ignorer cette partie d’elle qui voulait très vite savoir de quoi il en tournait. Il prit cette fois une inspiration avant de lui demander si elle était prête à jurer de ne pas le tuer et de l’écouter jusqu’au bout avant de prendre la moindre décision. Edarra observait son garde avec un regard grave. Déjà qu’il lui avait mentit par omission à propos des dothrakis, ce qui était déjà pas mal, et maintenant il avait pire en magasin ? Décidément, elle avait le don pour dénicher les gens spéciaux. Elle redoutait d’éventuelles affiliations quelconques avec les Martell ce qui serait catastrophique pour sa mère et au niveau de sa famille si ça venait à se savoir, ou si Olyvar se montrait prêt à saboter les Ferboys, ce qui n’avait largement pas été le cas depuis le début. Mais à part cette éventualité elle ne voyait pas ce qui pourrait lui apporter les foudres de la jeune femme. Elle finit par prendre son temps de mâcher un morceau de viande séchée entre ses dents avant de dire calmement.

~ C’est d’accord. Vas-y je t’écoute. »
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Message Mer 20 Juil 2011 - 18:48

Olyvar observa quelques instants la réaction d'Edarra, avant de reprendre la parole. Elle était calme. Ou du moins paraissait l'être. C'était dans ces instants qu'il était facile de se rappeler de qui elle était la fille, chose qu'il pouvait oublier si facilement le reste du temps. Un sourire, une confidence, c'étaient les traits qui appartenaient à Edarra. Mais ce calme, ce comportement. Une Ferboys, digne de sa mère.
Malgré lui, le garde sourit. Un sourire qui s'effaça dès qu'il commence à conter son histoire, le regard perdu dans les flammes :

« En fait, bien que vous ne vous en rappeliez peut-être pas, nous nous connaissons déjà. »

Il se rappela de ses rencontres avec Shyra et Edarra. Lui-même n'était qu'un enfant grassouillet. Edarra était une petite fille comme tant d'autres. Il ne lui avait même pas accordé plus d'un regard à l'époque. Et malgré le fait qu'elle grandissait, qu'elle devenait quelqu'un s'approchant de la personne qu'elle était maintenant Olyvar, lui, était devenu le cliché du noble raté, gros, stupide, ne connaissant pas le bout de son épée de l'autre.
Mais au moins il avait été un sacré meneur d'hommes. Au point qu'il se demandât, en y repensant, ce qu'il adviendrait s'il tentait de monter à nouveau une armée, maintenant qu'il était devenu Olyvar Sand. S'il avait eu le même caractère, à l'époque, aurait-il pu mener sa rébellion à bien?
Trop peu d'hommes, et aucun qui ne croyait à sa cause. L'issue aurait été la même. A part que Ronan serait sans doute mort au combat, en y réfléchissant. Peut-être aurait-ce mieux valu, pour lui-même et pour le reste du Royaume. Nul ne savait ce qui allait sortir de son entrevue avec Edarra. S'il était rejeté, ou qu'elle menaçait de révéler son secret...
Plus rien ne le retiendrait.

« Je pourrais tenter de vous rappeler les nombreuses occasions où nous nous sommes rencontrés, mais vous me montriez autant d'attention que moi je vous en montrais à l'époque. Et rien ne sert de chercher dans vos souvenirs à qui je pourrais ressembler. J'avais quinze ans, la dernière fois que nous nous sommes rencontrés. J'étais presque aussi haut que je le suis maintenant, mais beaucoup plus large. Et pas en bien. Mes cheveux étaient courts, et j'essayais de me laisser pousser la barbe. Je croyais que ça ferait de moi un homme. »

Olyvar la regarda dans les yeux, un petit sourire sur les lèvres. Se rappeler de cette époque était presque amusant, en soi. Sa vie lui paraissait si simple. Pas de complots, pas de personne à protéger. Il se croyait immortel. L'innocence de la jeunesse. Maintenant, tout était plus compliqué. Et il savait à quel point la vie ne tenait qu'à un fil.

Un éclat de lumière. L'arakh était passé à quelques centimètres du visage d'Olyvar. Il planta sa lame dans le corps de celui qui avait tenté de l'attaquer. A ses côtés, il entendit un cri de douleur. Il sentit un liquide chaud être propulsé sur sa joue. Allen s'écroulait. Olyvar hurla.

« Ronan Noirmont. »

Il laissa ce nom passer entre ses lèvres comme un homme rendait son dernier soupir. Il avait les yeux rivé sur Edarra. Avait-elle compris? Commençait-elle à voir les pièces du puzzle s'imbriquer? Sa réaction pourrait tout dire, pour Olyvar, comme elle pourrait ne rien signifier.

« C'est le nom sous lequel vous m'avez connu. L'homme qui s'est rebellé contre les Martell. Enfin, l'homme qui a emmené une ribambelle de paysans et de sots droit vers la ville la plus défendue de Dorne, juste pour les regarder détaler comme des lapins devant un loup. Celui qui aurait du être exécuté par son père... »

« Mon fils. Je sais que tu me comprends. Et que j'en suis désolé. Je n'ai pas le choix. ».
Ronan cracha aux pieds de son père.

« Ton propre sang! Comment peux-tu faire ça, Père? Les dieux crachent sur ceux qui tuent leur famille, tu le sais n'est-ce-pas? »

Le regard digne, mais au bord des larmes, le Lord Noirmont fit signe à ses hommes d'emmener Ronan à sa mort.


Olyvar savait qu'elle se rappelait très bien de cette histoire. Et qu'elle connaissait aussi la suite.

« On raconte que Ronan s'est enfui, et s'est jeté dans la mer. Ou d'autres disent qu'il est devenu mendiant. Qu'il est mort brûlé dans le désert. Comme lui. »

Le garde montra du doigt le cadavre qui leur tenait compagnie dans la grotte.

« La vérité, c'est qu'il est mort en arrivant dans les Cités Libres. Il a donné naissance à un autre homme. Olyvar Sand. Quoi de mieux que de choisir un nom de bâtard? On ne pose pas de questions sur sa famille, à un bâtard. Et on sait qu'il n'arrivera à rien faire dans sa vie, alors on le laisse errer où il veut avec son épée. Les bâtards veulent tous devenir de grands héros malgré leur nom, après tout... »

La rage commençait à se faire sentir dans la voix du garde. Il resta silencieux quelques secondes. Le temps de reprendre le contrôle de lui-même. Il sentait la colère en lui, comme un être vivant, comme une autre personne avec qui il serait engagé dans un bras de fer.
Et Olyvar gagna. C'est un homme calme et posé qui reprit la parole.

« C'est pour cela, que je vous ai demandé de promettre de ne pas attenter à mes jours. Autrefois, j'étais un jeune garçon stupide, qui croyait que la gloire et la liberté l'attendraient s'il s'attaquait aux Martell. Je croyais que j'allais me faire un nom, ainsi. Devenir plus que le petit gamin grassouillet que j'étais à l'époque.»

Il fallait qu'il continue. Qu'il s'explique.

« Mais je suis un homme différent à présent. Je connais la valeur de la vie, de l'honneur... et de l'obéissance, aussi paradoxal que cela puisse paraître, quand on sait qui je suis en réalité, et où j'ai passé de nombreuses années. C'est pour cela que j'ai pu revenir. Je suis parti enfant, je suis redevenu homme. »

Une fois qu'il eût dit ça, il regarda le cadavre qui se trouvait à côté de lui. Si cela avait pu être Shyra, tout aurait été plus simple. Il n'aurait jamais eu à partir. Ou, mieux, il ne serait jamais revenu.
Mais peut-être allait-il repartir à nouveau. Seule la réaction d'Edarra le dirait. Mais il reprit la parole. Il faudrait clarifier les choses.

« Toutes ces précautions, que je vous ai demandé de prendre... Je ne l'ai pas fait pour rien. Après tout, je suis un traître condamné à mort par son propre père, et pour qui n'importe quel Dornien fidèle aux Martell serait prêt à donner plus de dragons d'or que les Targaryen en ont chevauché de chair et de sang. Voilà, vous savez tout. »

Puis il se leva, laissant ses armes derrière lui, et s'approcha de la monture la plus proche.

« Sachez que si vous le désirez... un mot de vous, et vous ne me reverrez plus jamais. »
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Message Lun 25 Juil 2011 - 8:56

Les surprises pouvaient prendre de très nombreuses formes. Il y avait la découverte, la surprise préférée de la jeune femme. Le fait de voir quelque chose qu’on n’aurait même pas pu imaginer dans tous les détails inhérents de la chose. Un fait s’avérant vérité alors qu’on pensait le contraire. Au cours de ses voyages elle en avait beaucoup vu de ce genre et le picotement qu’elle ressentait le long de son échine était presque devenue un drogue, un petit plaisir secret qui lui titillait la colonne vertébrale d’une douce caresse. Le sentiment d’en savoir un peu plus à cet instant que cinq minutes auparavant était infiniment plus satisfaisant que celui qu’elle trouvait dans les livres ou les récits. Il lui fallait entendre de ses oreilles, voir de ses yeux ou toucher de ses doigts sinon, le frisson n’était pas là. Qu’importe qu’on parle de dragons ou de monstres dans tel livre, les pages pouvaient n’être que des pensé des farfelues ou exagérées d’une personne avec beaucoup d’imagination. Mais l’image qu’elle voulait se faire des choses, elle voulait les puiser du vécue et du réel…

Ensuite, il y avait les autres surprises, les étonnements, les déceptions. Des choses qu’on se prend en pleine poire alors qu’on pensait avancer sur un chemin sur et calme. Le genre de surprise qui vous fait un instant vous arrêter avant de reprendre votre route, ou de faire demi-tour. Jusqu’ici, Edarra n’avait que très peu fait demi-tour. Après tout, elle était noble, elle était une dame, et Ferboys de surcroît, on ne se courbait pas et on ne renonçait pas à avancer pour beaucoup de choses. On préferait jouer la carte du visage blasé comme si ce qui venait d’éclater devant soi n’avait pas été un étonnement. Comme si elle avait le savoir exact de tout ce qui allait se passait… Mais elle détestait particulièrement les petites surprises désagréables qui s’agglutinent comme les pâtes aux céréales que font souvent les paysans. Ca colle à la cuillère, ça reste entre les dents et plus on en mange, plus ça colle dans la bouche… Ca grossissait et ça rendait une journée normale en commémoration mondiale de la malchance. Sauf qu’au lieu de le commémorer chez tout le monde, tout était tombé dans une seule soupière, la sienne. Et là, elle commençait à doucement voir sa soupière se charger de grumeaux blanchâtres qui lui colleraient bien aux dents. Olyvar parlait et parlait, accumulant petits grumeaux et petits grumeaux. Cette soupe ne serait pas bonne à avaler, ça, c’était sur et certain.

Il insinuait qu’ils se connaissaient déjà. Edarra en avait vu des têtes en Dorne. L’habitude de sa mère, comme la sienne, de ne pas tenir en place l’avait souvent portée loin de la cours de Ferboys pour arpenter les différentes maisons, les montagnes et le désert. Des visages, elle en avait croisé une bonne paire et elle n’avait pas énormément la mémoire des visages. Tellement blasée qu’elle l’était à une époque elle aurait pu passer à côté de Medger sans s’en le reconnaître. Elle n’en était plus à sa flemme d’adolescente, mais quand même, le visage de son garde du corps ne lui disait absolument rien et elle ne voyait absolument pas en quelle occasion elle aurait pu le voir. De plus, la description que lui fit l’homme de son apparence il y a une bonne dizaine d’année ressemblait à beaucoup de descriptions qu’elle avait vu, entendu ou constaté. Ca ne l’aidait pas vraiment. Finalement, il lâcha un nom qui lui dit quelque chose. Pas grand-chose. Noirmont, elle connaissait, c’était évident. Le château de cette famille n’était pas si éloigné que ça de Ferboys. Le prénom par contre, ça lui rappelait quelques trucs mais aucun visage, aucun fait marquant. Pourtant elle en avait entendu parler mais l’occasion lui échappait totalement. Olyvar précisa sa pensée et l’histoire revint à la mémoire d’Edarra. Sa mère l’avait prit en exemple pour lui montrer ce qu’il ne fallait pas faire. Avancer tête baissée en pensant que seul sa détermination était la clé. Dans sa mémoire ce jeune fou avait essuyé une défaite épique au terme d’une bataille d’une durée record.

Elle se souvenait d’ailleurs qu’il avait bel et bien était exécuté par son père. Enfin… Sa mère n’avait pas vu l’utilité de lui dire la fin de l’histoire mais c’est ce qu’elle avait imaginé, ce qui aurait du se passer en toute logique. Edarra n’envisageait pas ce qui avait du passer par la tête du père. Voir son fils trahir le seigneur suzerain de ses terres dans un affrontement perdu d’avance et porter ainsi sur sa maison, une ombre de déshonneur immense. C’était comme si il avait perdu son fils finalement… Comme si il devait faire le deuil d’une personne vivante. Olyvar continua, toujours, en disant qu’après avoir essayé de s’échapper des rumeurs coururent sur les différentes morts qu’il aurait eues. Il désigna, à titre d’exemple certainement, le cadavre de la grotte qui gisait non loin de là. Son odeur d’ailleurs, avait peu à peu teinter le lieu d’une pourriture latente. Ce n’était pas une pourriture inconfortable comme on pouvait des fois en sentir. Il avait eu une mort relativement propre compte tenu des différentes manières dont on pouvait mourir dans le désert. Aucun animal n’avait sortit ses tripes et les fluides que son corps produisait post-mortem devaient encore se contenir dans son estomac et sous sa peau, épargnant au résident d’un soir de ce sépulcre une odeur vomitive à souhait.

Le récit de Ronan Noirmont continua, mort dans les Cités Libres il s’était transformé en Olyvar Sand. Un bâtard, la couverture simple et efficace pour qu’on ne pose pas trop de questions sur ses origines et sa famille. En effet, le plan semblait bien rôdé c’était efficace. La preuve, Edarra avait été aveugle pendant huit ans après tout… Elle n’avait pas posé de question, ne cherchant qu’à avoir un garde compétant, c’était tout ce qu’elle demandait. Ca aurait été légèrement mal poli, même d’une noble à un bâtard, de commencer à l’interroger de long en large et en travers sur toute sa vie. Et puis, ça ne l’intéressait pas à l’époque, tout ce qu’elle demandait c’était de ne pas mourir sous les lames des premiers brigands qui passaient dans le coin. Il laissa planer quelques secondes d’un silence qui devenait presque lourd. Seul le feu crépitant et quelques bruits venant du dehors arrivait à percer à travers cette ambiance inconfortable. Il expliqua que c’était pour cela qu’il ne voulait pas mourir maintenant, de sa main. Il avait fait trop d’efforts pour changer et ainsi périr bêtement en révélant la vérité à la dame qu’il protégeait. Sa voix s’éleva encore, calme et posée, il expliqua que les précautions qu’il avait prises étaient justifiées par le fait qu’il ai été condamné à mort par sa famille et qu’il serait possiblement recherché si on savait que l’héritier Noirmont était toujours dans les parages. Il finit par se lever en laissant ses affaires en se rapprochant de son cheval en lui disant qu’un seul mot d’elle le ferait partit à tout jamais. Elle soupira en se passant une main sur le visage, un sourire amusé gravé sur ses lèvres.

~ Rassied-toi Olyvar. »

Elle n’avait jamais trop était fan des petites mises en scène, aussi courtes et sincères étaient elles. Elle se frottait le front du bout des doigts comme si elle réfléchissait. En fait elle ne savait pas bien comment se comporter. Déjà, elle ne comprenait pas pourquoi, après huit ans de silence, Olyvar se décidait à lui raconter tout ça d’un bloc. Ensuite elle ne savait pas ce qu’il voulait qu’elle fasse avec ça. Il voulait juste s’alléger la conscience en alourdissant celle de sa maîtresse car il trouvait qu’elle n’était pas déjà assez torturée par sa mère ? Ou alors simplement une naïveté dont il pouvait quelques fois faire preuve, simplement dire la vérité pour la beauté du geste ? Edarra aimait la sincérité demandée et était quelque peu réticente avec les révélations comme ça. Souvent il y avait quelque chose derrière et concernant cette histoire, elle n’avait pas envie d’en savoir plus et encore moins d’être impliquée. Elle finit par dire, en un souffle de soupir.

~ Où tu veux en venir Olyvar. Continue, je t’écoute toujours, j’attends la fin. Tu veux quoi, pourquoi tu dis tout ça, dans quel but ? »

Elle se frottait toujours le front, les yeux concentrés sur les flammes. Elle n’arrivait pas à trouver la manière de faire avec un garde du corps qui se retrouvait fatalement être un héritier d’une maison de Dorne et qui pourrait à tout moment accéder à sa maison si il le désirait et qu’il le faisait bien. Mais elle ne pouvait pas s’empêcher de trouver cette idée saugrenue. Celle de venir chez les Ferboys, voisins et amis des Noirmont pour se cacher. Elle connaissait l’adage qui disait qu’on était jamais mieux caché du Dragon qu’au fond de son nid mais quand même…
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Message Mar 26 Juil 2011 - 8:59

Olyvar se retint d’éclater de rire, ne concédant à ses émotions qu’un demi-sourire. Il espérait qu’Edarra ne le verrait pas, concentrée comme elle était sur les flammes. Et lui-même était dans la pénombre à la sortie de la groupe. Cela devrait passer inaperçu.
Elle était bien la fille de sa mère, sur certains points au moins. Il s’en rendait compte maintenant plus que jamais. Certaines personnes auraient hurlé, l’aurait traité de traître… D’autres paralysées par la peur… Et elle lui avait simplement dit de se rasseoir.

Et elle m’a appelé Olyvar. Pas Ronan, Olyvar.

Un simple réflexe poussé par l’habitude peut-être, mais cela comptait malgré tout.
Il n’avait pas voulu prendre de risque, et s’était approché du cheval autant pour l’effet dramatique ridicule que pour pouvoir prendre la fuite si besoin était. Son épée ? Il n’en avait pas besoin : camouflé entre les couvertures se trouvait son arakh, aussi acéré qu’au premier jour. Il ne lui servirait à rien face à des chevaliers, mais serait suffisamment utile le temps de trouver une épée longue comme le garde les appréciait.
Toutes ces considérations étaient futiles, maintenant. Elle lui avait demandé de s’asseoir, il obéirait. Il caressa rapidement le flanc du cheval, une belle monture qui l’avait bien servi jusqu’à présent, et retourna à sa place. A côté du cadavre.
Elle lui demanda une suite. Une fin. Une raison.
Olyvar ne pouvait se permettre de le faire. Arriver devant Edarra et lui dire « La suite ? Eh bien, ma foi, il s’agira de tuer votre mère quand j’en aurais l’occasion » ne lui semblait pas la meilleure solution qui s’offrait à lui, malgré son honnêteté notoire. Cela ferait trop à avaler d’un coup. Trop à avaler tout court, lorsque l’on y réfléchissait. Aussi tendues que soient les relations entre Shyra et Edarra, les liens du sang les unissaient toujours.
Contrairement à Karyl et Ronan. Il arrivait parfois à Olyvar de rêver du jour où il obtiendrait le pardon de son père, et où il le pardonnerait aussi. Et alors ils tomberaient dans les bras l’un de l’autre, et Olyvar reprendrait sa place aux côtés de sa famille, et deviendrait un jour le Lord Noirmont, se marierait, aurait des enfants. Et il tisserait des liens d’amitié avec Ferboys, Dayne, Martell, et tous les autres.
Et il se réveillerait en se rappelant des chaines autour de ses poignets. Des heures et des jours passés dans une cellule, dans les souterrains de Noirmont. Son père n’avait pas tué Ronan. Il avait tué son espoir, et tué ses rêves.
Mais lorsqu’un bourreau décapitait quelqu’un, blâmait-on la hache ? Avec le recul, Olyvar avait compris que Karyl n’avait pas eu de choix, et n’était que la conclusion du plan de Shyra. C’était Ronan qui avait forcé son père à le condamner, en se rebellant. C’était la mère d’Edarra qui avait poussé Ronan à la rébellion. Tout revenait à elle un jour ou l’autre. Et elle paierait.
Olyvar se concentra sur sa protégée, la jeune femme à laquelle il venait de révéler sa vie dans sa quasi-totalité, chose qu’il n’avait fait qu’une autre fois dans sa vie. A un cadavre qui devait être en moins bon état que leur compagnon d’infortune, depuis le temps qu’il s’était fait tuer.
Il se rendit compte qu’il avait été en train de fixer la lame de son arme. Ou plutôt son propre reflet. Celui d’un homme sale, fort, triste, brave, loyal, rongé par la haine. Loyal.
Mais elle ne pouvait le savoir, aussi son geste pourrait être mal interprété…
Il regarda donc Edarra droit dans les yeux.

« Il n’y a pas de suite. »

Il prononça ces mots avec un calme retrouvé. Un calme qu’Edarra dégageait naturellement, et lui faisait ainsi partager. Elle ferait une excellente Lady, lorsque son jour viendrait.

« Les mots sont parfois comme une rivière, Dame Edarra. Il suffit que le barrage qu’on y a mis soit brisé pour qu’ils s’écoulent sans s’arrêter. Vous mentir n’était pas plaisant, et je reconnais que j’ai égoïstement préféré mettre un terme à la mascarade. Si je veux que votre confiance en moi soit bien placée, il ne fallait pas qu’elle le soit dans un homme qui faisait semblant d’être un autre. »

Il réfléchit à ce qu’il pourrait dire d’autre, et tenta de se mettre à sa place. Comment aurait-il réagi s’il avait découvert qu’Allen était en fait lui aussi un Lord, par exemple ?
Il n’aurait pas su où se mettre. Pas su comment se comporter avec lui, s’il devait l’appeler Lord, ou même continuer à se battre à ses côtés. Alors qu’ils avaient été égaux. Alors que devait-elle penser, elle qui venait d’apprendre que son serviteur depuis huit ans aurait pu jouir d’un statut égal au sien, et qu’au lieu de partager des ragouts au coin du feu, en plein voyage dans le désert, ils auraient du partager des banquets au milieu d’autres familles nobles de Dorne ?
Il fallait qu’il la rassure autant qu’il le pouvait. Mais quel bien provoqueraient des paroles rassurantes venant d’un traître à son sang et à son royaume ?
Malgré tout, il se devait d’essayer. Lentement, il se pencha en avant, et posa délicatement la main sur le bras d’Edarra, comme pour la ramener à lui. Il avait beau être un colosse digne de certains géants de contes pour enfants, il savait être doux quand il le fallait. Resterait à voir comment elle réagirait.

« Sachez que, au fond de moi, je ne suis qu’Olyvar Sand. Ronan Noirmont, et toutes les prétentions qui allaient avec sont morts le jour où mon père aurait du me couper la tête. »

Il recula, et passa sa main sur sa lame, le tranchant étant tellement aiguisé qu’il lui tira quelques gouttes de sang, d’un rouge encore plus vif qu’il aurait du l’être, dans la lueur des flammes.
Le sang qui coulait dans ses veines… Il l’aurait cru plus noir que cela.

« Ainsi, si vous l’acceptez, je resterai Olyvar Sand, et je vous protégerai aussi fidèlement que je l’ai toujours fait. Je tuerai pour vous. Je mourrai pour vous. Et depuis mon retour à Dorne jusqu’à mon dernier soupir, je serai resté votre homme, cœur et âme. »

Je le jure devant la Mère des Montagnes et le Nombril du Monde. Que les étoiles m'en soient témoin, se retint-il d’ajouter.

L’instant était suffisamment solennel, et à la fois étrange pour qu’il n’en rajoute pas en utilisant un serment dothraki qui plongerait Edarra dans une confusion plus grande encore.
Il jeta un regard vers le ciel, et y vit le Cavalier. Et il répéta, aussi silencieusement que la première fois.

Que les étoiles m’en soient témoin.

Et il pria silencieusement ces mêmes étoiles qu’Edarra le comprenne, et le pardonne. Dans le cas contraire… nul ne pouvait savoir ce qu’il ferait exactement. Cette amitié, cet amour qu’il ressentait pour Edarra avait été le seul barrage à la haine qu’il ressentait. La seule chose qui remplissait le vide béant en son âme.
En en cet instant, il sut ce qui se passerait. Il chevaucherait à bride abattue, arriverait à Ferboys, tuerait Shyra, tuerait ses gardes… et mourrait, que l’on arrive à le tuer ou non. Car il ne serait plus qu’une coquille vide. Son amour et sa haine auraient disparu, ne laissant de lui qu’un anonyme sans but ni volonté.
S’il agissait ainsi, il n’apporterait que peine et souffrance. A lui-même. A Edarra. Surtout à Edarra. Et peut-être elle-même ne vivrait-elle pas assez longtemps pour en souffrir. S’il l’abandonnait ici, tout pouvait lui arriver, entre cette grotte et Ferboys. Peut-être serait-elle le prochain cadavre que l’on trouverait en ce lieu lorsque l’on y chercherait un abri. Peut-être servirait-elle de « distraction » à des brigands, ou de repas à un animal. Olyvar en était conscient.
Mais paierait-il ce prix, pour le plaisir infime de croire quelques heures que sa vie avait eu un but ? Qu’il n’avait pas passé vingt-deux ans de sa vie à être mort, à être un enfant dans le ventre de sa mère ?
Quelques mois plus tôt, peut-être aurait-il répondu oui. Ce soir, les flammes, sa lame et les étoiles ne lui donnèrent aucune réponse.
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Message Lun 1 Aoû 2011 - 12:04

Apaisant quelque peu le malaise d’Edarra, Olyvar se rassit. Imperceptiblement, la jeune femme se détendit. Elle n’aimait pas énormément ce genre de « problème ». Elle n’aimait pas beaucoup prendre de décisions comme ça, elle n’y était pas habituée. Elle se laissait guidée par sa mère ou son oncle et ça lui avait convenu pendant longtemps. Maintenant la vieillesse touchait chaque jour un peu plus tous les membres de sa famille et approchait le jour où il lui faudrait possiblement prendre les reines de la maison. Mais en attendant, elle n’avait pas envie d’avoir ce genre de décisions délicates à prendre et là, elle n’avait aucune idée de la marche à suivre. Déjà, elle n’avait jamais entendu pareille situation alors inutile d’essayer de s’inspirer de faits réels ou d’expérience. Bêtement elle devrait laisser parler sa raison. Olyvar expliqua ensuite qu’il n’y avait pas de suite d’un ton calme. Le stress d’Edarra montait d’un cran. Il lui avait dit comme ça pour combler la conversation ? Mais qu’est ce qui lui était passé par la tête ? En même temps il était un combattant et ne devait pas avoir de pensées stratégiques très développées, en tout cas, c’est que pensait dur comme fer Edarra à présent. Un coin de sa tête lui murmura même de ne jamais le laisser parler à d’autres nobles de peur qu’il révèle son secret à n’importe qui, qu’il fasse un accident diplomatique ou qu’il lui apporte une mauvaise réputation. Non pas qu’elle tenait plus à sa réputation qu’à un « ami » mais les révélations qu’il venait de lui dire lui apporterait bien plus que de petites moqueries sur sa négligence à son égard.

N’ayant rien à dire, la jeune Dornienne laissa parler le garde qui fit une métaphore sur une rivière qu’elle n’écoutait qu’à moitié. Il avoua que lui mentir n’était pas plaisant et qu’il avait agit avec égoïsme mais qu’il préférait mettre un terme à la mascarade. Il lui dit ensuite qu’il ne voulait pas que la confiance de la dame ne soit pas placée chez la mauvaise personne. Un froncement de sourcils apparut furtivement sur sa mine. Donc il se prétendait véritablement Ronan Noirmont ? Elle ne comprenait plus trop… Un coup il disait qu’il était mort et que c’était finit et un autre il disait qu’il voulait lui révélait sa vraie identité. Il n’avait pas l’air très au point de ce qu’il voulait ou non, si il était Olyvar ou Ronan… Il posa ensuite sa main sur le bras de la jeune femme qui se crispa de tout son corps ; Elle aurait bien été capable de le gifler par exaspération à force de constater son manque d’éloquence et de calcul qui ne faisait qu’embrouiller encore plus un récit déjà bien compliqué. Il répéta ensuite qu’il n’était qu’Olyvar et que Ronan était mort. Il lui débita ensuite des promesses, comme celles qu’il lui avait donné il y a des années mais qui semblaient beaucoup plus paisibles à l’époque. D’un geste elle lui indiqua de ne plus rien dire, son visage était exaspéré et elle ne savait même pas par quoi commencer.

~ Bien que tes paroles sont débitées avec force sincérité, ne penses-tu pas que toi-même tu n’es pas très au fait de ce que tu es ? Un coup tu es Olyvar, ensuite tu me dis qu’il faut que tu me dises que tu es Ronan Noirmont pour que je place ma confiance en ta véritable identité… Donc Ronan Noirmont et ensuite, tu retourne encore une fois ta chemise en me disant que tu es Olyvar. Tu n’as pas encore choisis. Si tu étais Olyvar et Olyvar seul, tu n’aurais pas eu envie de me parler de cet homme que tu prétends mort. Quel intérêt a-t-on de parler d’un être éloigné de nous et qui n’est plus de ce monde ? Je ne comprends rien à ce que tu souhaites. J’ai confiance en Olyvar, pas en un personnage à double visage qui n’arrive pas à se décider et qui ne sait même pas mûrir ses réflexions pour leur donner un sens. »

Elle reprit une inspiration. Si son garde n’était pas capable de faire table ras de ce qu’il ne cessait de considérer faussement comme mort, elle aurait du mal à lui faire confiance dans le futur. Comment avoir confiance en son sens du discernement si il arrivait à débiter des secrets aussi lourd qu’un coffre en fer comme ça, sans se poser de questions sur les objectifs, sans réfléchir à ce que son interlocuteur pourrait ou ne pas faire, sans avoir aucune idée de ce que ça va lui apporter.

~ Et à part ton confort et ta volonté que je fasse confiance en ce Noirmont ressuscité dont nous ne sommes même pas sur de la véracité ou non, tu souhaites autre chose ? Bon sang Olyvar ! Je ne t’ai jamais connu aussi imprudent et peu éclairé ! Tu te ramènes avec une telle révélation sans aucun autre objectif que la dire ! Dis moi au moins que tu te rends compte à quel point c’est absurde ! Je n’y comprends rien, me dire ça et juste demander de ne pas te renvoyer… Tu aurais pu le garder pour toi si cette vie n’était vraiment plus la tienne… »

Non elle ne savait plus vraiment quoi faire et dire. Elle avait l’impression qu’il ne se rendait pas compte de ce qu’il avait dit, et pire encore selon Edarra, qu’il ne savait même pas ce qu’il comptait en faire. Elle aurait espéré qu’une fin et une demande logique suivrait à tout ça. Mais le garde paraissait aussi embrouillé qu’elle et cette angoisse palpable qui l’habitait en plus que son exaspération liée au ridicule de la situation lui donnait l’impression que tout lui glissait entre les mains. Qu’est ce qu’elle ferait de cette mélasse que son garde venait de lui mettre entre les mains ? En même temps, à force de l’imaginer totalement infaillible il fallait bien qu’il commette une erreur à un moment ou à un autre, les hommes n’étaient pas des sortes de divinités qui suivent un chemin tracé dont ils connaissent tous les recoins. En tout cas, vu la mine calme et sereine d’Olyvar il ne devait pas vraiment s’attendre à ce que la Dornienne prenne si mal la nouvelle… Mais elle avait du sang de Shyra dans ses veines et elle ne pouvait pas retenir sa frustration tellement elle était grande et tellement elle bouillonnait en son ventre.


Dernière édition par Edarra Ferboys le Mer 3 Aoû 2011 - 9:11, édité 1 fois
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Message Lun 1 Aoû 2011 - 13:18

Il sentait qu’elle était troublée. Plus qu’il ne l’aurait cru. Mais après tout, c’était normal.

Salut, je suis Allen. Mon vrai nom est Tybolt Lannister, et je t’ai fait croire pendant des années que j’étais un simple ami mercenaire.

Oui, ce qu’elle avait entendu devait vaguement ressembler à ça, lorsque l’on y réfléchissait. Il n’avait vraiment plus rien du Lord qu’il avait été. Avant il aurait pensé aux conséquences de ce qu’il dirait, notamment.
Mais cette fois, il lui faudrait écouter surtout. Répondre avec les mots justes. Il laissa donc passer sa colère, son énervement, et retint lui sa propre tristesse. Que lui avait-il pris de dire ça ? Pourquoi avait-il fait quelque chose d’aussi stupide ?
Elle ne l’aiderait pas à supporter sa double identité, pas plus qu’elle ne l’aiderait à accomplir sa vengeance. Et pas plus qu’elle ne tolérerait qu’il élimine Shyra si le besoin était.

« Contrairement à ce que j’aurais pu faire comprendre, tout est clair en moi. Ronan était mon passé et, comme toute chose de passé, il a fait de moi la personne que je suis aujourd’hui. Mais je n’ai plus aucune volonté d’être lui. D’être quelqu’un d’autre que votre garde, dame Edarra. »

C’était stupide, dit ainsi. Et, il fallait le reconnaître, il s’agissait d’un mensonge. Un semi-mensonge, pour être franc. Il avait encore un pied dans le passé, et ce pied s’appelait Shyra. C’était la seule personne, la seule chose qui l’empêchait d’être lui.

« Par le passé j’étais aussi un dothraki, comme je vous l’ai dit… et pourtant, ai-je pillé des villages depuis que je suis votre garde ? Ai-je rasé des maisons, ou ai-je tressé mes cheveux en y mettant des clochettes ? Je ne suis pas plus dothraki aujourd’hui que je ne suis Ronan, mais nier que j’ai été les deux serait nier que j’existe aujourd’hui. »

Il espérait qu’elle verrait cette distinction aussi clairement que lui la voyait. Ce n’était pas quelque chose de facile, il le savait. Lui avait une certaine facilité pour cela, car c’était un choix qu’il n’avait pas eu à faire. On l’avait forcé à perdre sa vie dans son intégralité, ou perdre simplement une identité. Il comprenait que l’on puisse le faire par choix, qu’on veuille oublier simplement qui l’on était.
Il avait même entendu parler d’un culte de Braavos, le culte du dieu Multiface, dont les adeptes étaient capables de changer entièrement leur apparence, aussi facilement que lui avait changé de nom. Peut-être aurait-il du essayer de les rejoindre, plutôt que de revenir à Dorne. Ils auraient forcément eu de la place pour un nouvel apprenti motivé.
Il comprenait aussi que certaines personnes n’aient pas autant de facilité à comprendre ce concept. Le fait d’être plusieurs personnes à la fois, mais de n’en être qu’une au final. Il espérait juste qu’elle ne serait pas perturbée au point de le chasser. Ou d’en parler à quelqu’un.

« Je ne vous ai pas demandé de faire confiance en un Noirmont ressucité. Je vous demande de faire confiance au garde qui vous a sauvé la vie à plusieurs reprises depuis huit ans, et peut-être grâce auquel vous êtes encore en vie ajourd’hui. »

Il n’était pas présomptueux au point de croire qu’un autre garde aurait fait un travail moins bon que le sien. D’autres soldats avaient les mêmes capacités que lui, même s’ils n’avaient pas sa carrure. Ils avaient forcément un moyen de compenser. La vitesse, la fourberie, la technique…
Mais ce n’était pas ce qui importait à l’instant présent, loin de là. Ce qui importait était Edarra.

« Je reconnais que cela peut paraître absurde, mais c’était important à mes yeux. »

Parce qu’en l’avouant à Edarra, il se rajoutait un poids dans l’exécution de sa vengeance, et il s’attachait encore plus à elle. Parce qu’en faisant ainsi, il enterrait davantage sa colère au profit de l’affection qu’il éprouvait pour la jeune femme. Mais il ne pouvait pas le lui dire. Il ne pouvait pas lui parler de sa vengeance et du fait qu’il voudrait l’entrerrer, jusqu’à ce qu’elle soit aussi morte que l’était Allen.
Mais une autre voix s’élevait en lui. Et il était plus prompt à l’écouter. Car elle parlait avec la voix de son cœur, de son âme, et de son être.
Quel naïf il avait été de croire qu’elle pourrait le comprendre. Qu’elle pourrait agir comme agirait… une amie, simplement.
Il n’avait fait confiance qu’à une personne avant elle, et cette personne se nommait Allen. Cette personne était dans la tombe à ce jour. Il aurait du enterrer sa confiance avec elle.
Les nobles ne connaissaient qu’une chose : le jeu de trônes, et leur position en son sein. Parfois ils venaient à s’attacher à un pion, mais il ne restait que cela : un objet sacrifiable et remplaçable, qui ne pouvait pas lui-même avoir de sentiments.
Si lui avait été égoïste, qu’avait été la réaction d’Edarra ? Lui reprocher d’avoir été honnête ? S’énerver parce qu’il lui prouvait sa confiance ?
La colère tempêtait en lui comme la charge d’un khalasar et, avant même de réfléchir à ce qu’il faisait, il se releva, pris son arme et se dirigea vers son cheval. Son pas était furieux, et même le plus idiot des aveugles aurait pu s’en rendre compte. Il détacha la selle, la laissant tomber au sol dans un « plof » ridicule, et monta à cru. Il attacha son baudrier à sa ceinture, et se tourna vers Edarra :

« Vous voulez un vrai acte imprudent et peu éclairé ? En voilà un. »

Le cheval sentait la nervosité de son cavalier. Il hénit. Olyvar caressa son encolure pour le calmer, un geste machinal… qui appartenait à son ancienne vie, comme Ronan. Et qui, selon Edarra, aurait du être mort.
Mais pourquoi ne voulait-elle pas comprendre ?

« Je vous jure qu’aucun mal ne vous arrivera cette nuit. J’y veillerai, même de loin … Et même si ma parole ne compte sans doute déjà plus pour vous. »

Il fallait qu’il rajoute cette dernière phrase. Peut-être que cela aiderait Edarra à comprendre ce qu’il ressentait. A comprendre le pincement qui lui serrait les entrailles et menaçait de le dévorer de l’intérieur.

« J’ai besoin de chevaucher. »

C’était la seule chose qui pouvait le libérer. Le calmer. Et cela non plus elle ne le comprendrait pas. Elle appellerait cela de la trahison. Peut-être qu’elle mettrait une prime sur sa tête avant même qu’il ne soit revenu, ou qu’elle l’attendrait avec le sourire, qu’elle le pardonnerait… Pour mieux le tuer et le trahir lorsqu’il aurait le dos tourné. C’était ce que tous faisaient. C’était ce que Karyl avait fait. Lui faire croire qu’il le pardonnait, l’emmener tranquillement dans son bureau pour discuter… là où les gardes l’avaient attendu pour lui mettre les fers et l’envoyer au donjon. Le confier au capitaine des gardes, au fouet, à la torture et aux ténèbres de sa cellule, jusqu’à ce qu’il atteigne les limites de la folie et en revienne, désespéré, ayant tout perdu sauf le corps que les Sept lui avaient donné.
Et même ce corps il l’avait abandonné. Il s’était perdu corps et âme pour devenir l’homme qu’il était, et lorsqu’il avait cru avoir trouvé quelqu’un qui pourrait comprendre son sacrifice… il revivait la même chose que ce qu’il avait vécu à chaque fois.
Il regarda une dernière fois Edarra, sentant la tristesse et la colère monter en lui, se mélangeant comme deux amants pouvaient le faire…
Il talonna les flancs de son coursier et s’élança dans le désert. Le vent dans ses cheveux, le corps du cheval directement contre lui, sans la selle pour les gêner… Cela lui rappelait l’époque où il chevauchait dans la mer dothrak. Après Allen. Avant Edarra.
C’était cette époque là, la vraie liberté. La vraie joie.
Il ne jeta pas un regard en arrière. Elle aurait pu voir les larmes qui coulaient.
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Message Lun 8 Aoû 2011 - 9:34

La jeune femme était excédée parce qu’elle ne comprenait pas l’intérêt de lui dire ça à elle, qu’elle ne comprenait pas que son garde ai cru qu’elle allait prendre tout ça avec un sourire et la bouche en cœur, qu’elle ne comprenait pas cette dualité qui habitait Olyvar : il s’identifiait à Ronan tout en niant y être encore attaché aujourd’hui. C’était un embroglio dans lequel était prit le garde et apparemment, il voulait l’attirer aussi dans ce bazar sans fin et totalement insondable. Sauf qu’elle ne le voulait pas. Déjà, elle ne savait pas en quoi ça pourrait changer quoi que ce soit, à part rajouter de la méfiance à l’égard d’un homme qui lui mentait depuis, quand même huit ans. Ensuite, elle se demandait bien si c’était vrai ou non car jusqu’ici il n’avait pas fait preuve d’autant de discernement qu’un enfant noble le pourrait. Comment arriverait-elle à réagir normalement quand on allait lui parler d’Olyvar, elle aurait toujours l’impression que tout le monde était au courant de tout ça alors qu’elle avait été aveugle pendant toutes ces années. Le garde en question reprit la parole en mettant un point d’honneur a séparé la vie de Ronan tout en considérant qu’il avait fait de lui l’homme qu’il était aujourd’hui. Elle hocha la tête, commençant doucement à se calmer. Il enchaîna en disant qu’il avait aussi était un dothraki même qu’il ne l’était plus. Il sortit encore un florilège de phrases philosophiques alors qu’Edarra se calmait dans son coin, ne sachant pas vraiment quand lui demander : et on fait quoi avec ça ? Tu veux qu’on en parle ? Qu’on en parle plus ? Parce que finalement, elle n’avait aucune question à poser ni précision à demander, elle voulait simplement savoir ce qu’il voulait faire avec ça.

Finalement il reprit ce qu’elle avait dit un peu plus tôt, expliquant qu’il ne voulait pas qu’elle fasse confiance en son ancienne identité mais plutôt de se fier à ses faits d’armes passés qui l’avaient déjà sortis de pas mal de situations embarrassantes. Il continua, lancé sur un flot de paroles inhabituel alors que la jeune femme continuait à se calmer, gagnée aussi par la fatigue et le sommeil. Il précisa que tout cela était important à ses yeux, et, alors qu’Edarra allait parler, il se leva d’un air excédé en prenant son arme et en allant vers son cheval. D’un air étonné, Edarra le considéra, qu’est-ce qui lui prenait encore ? Ils finissaient par parler tranquillement et il rajoutait de l’huile sur le feu comme ça ? Il était bien trop pressé quelques fois. Demander à Edarra d’assimiler une telle nouvelle : son garde était un héritier d’une maison qui pourrait presque être concurrente de la sienne, et qui serait tout à fait dans son droit de reprendre sa maison et demander réparation à la jeune fille pour des années de services, voir de l’humilier pour son manque de clairvoyance… En cinq petites minutes ? Il lui demandait d’accepter ses doubles vies en cinq minutes alors que lui avait eu des années voir des dizaines d’années pour le faire ? Ou bien il surestimait Edarra ou bien il était bien trop impétueux et sur de lui pour imaginer que les autres aient du mal à lui faire entièrement confiance. Car oui, Edarra portait beaucoup de confiance en lui, mais pas suffisamment pour prendre toute cette nouvelle parfaitement bien en étant détendue. Et son comportement lunatique à cet instant précis n’améliorait en rien tout ça. Il balança une phrase et monta sur son cheval. Enfin il lui sortit la tirade de l’être mal aimé et s’avança un peu vite sur la confiance qu’elle lui accordait ou non. Elle avait l’impression de regarder un enfant tellement il jouait sur la carte de l’attachement. Elle n’avait jamais entendu un adulte dire quelque chose comme ça et l’ancien dothraki conclue son acte en disant qu’il avait besoin de chevaucher. Une fois seule, Edarra se passa une main sur le visage. Elle avait l’impression qu’Olyvar était ingrat. Bien trop fier pour se rendre compte des largesses qu’elle lui permettait en tout temps, et surtout ce soir. Elle aurait eu mille raisons pour le renvoyer mais la quête d’un nouveau garde était bien trop longue et fastidieuse. Et elle n’avait pas envie de laisser ça à sa mère.

Elle en parlerait avec lui si il revenait, demain, car là, elle était épuisée. Déjà que le voyage l’avait sérieusement entamé, mais avec les révélations de la soirée et les actes délibérément dangereux de son garde, elle était morte de fatigue. L’envie de dormir et de ne plus y repenser lui tiraillait le crâne et une migraine pointait le bout de son nez. Demain, si il revenait, elle lui demanderait directement ce qu’il voulait avec ça, si il voulait en parler ou non. Pour elle, c’était déjà tout décidé : non, elle ne voulait pas en savoir plus. Toutes les vérités n’étaient pas bonnes à dire, ni à son garde, ni à celui ou celle qu’on protégeait, ni même à son amant. En tant que dame de cours elle l’avait apprit, des fois à ses dépends, mais elle avait bien retenu ce principe. Elle s’allongea là où elle avait disposé ses couvertures, jetant un regard au cadavre non loin. Elle espérait qu’Olyvar ne s’endormirait pas trop loin de la caverne et louperait des charognards qui viendraient finir le travail. Ils pouvaient des fois confondre des proies mortes et des proies vivantes surtout si celles-ci étaient à proximité d’un cadavre. Elle s’endormit doucement, trop doucement, et ne rêva presque pas, son esprit trop embrouillé et perturbé, et surtout énervé. Il faudrait qu’elle remette les choses au clair, les frontières entre garde et ami se brouillaient trop souvent ces derniers temps et ça pourrait leur jouer des tours à lui comme à elle. Il était un garde, un garde qu’elle aimait bien, mais si ils passaient le rang d’ami alors ça ne voudrait plus dire grand-chose et le professionnalisme des deux partis seraient perturbé. Elle ne pourrait plus laisser Olyvar se battre ou la défendre, ce serait invivable et il faudrait tout de même qu’elle en change. On retombait dans une boucle sans fin qui ralentissait encore plus le sommeil de la jeune femme.
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Message Mar 9 Aoû 2011 - 12:07

Olyvar chevaucha jusqu’à ce qu’il n’aperçoive le feu de la grotte que comme un simple éclat lumineux au loin. Il était noyé dans la nuit, semblable à une étoile qui serait tombée du ciel pour s’écraser au milieu du désert. Mais malgré tout, il était visible, flottant dans les ténèbres, frétillant et clignotant comme une créature vivante. Et là était le problème : on le voyait de beaucoup trop loin. Si même Olyvar, qui avait chevauché à bride abattue, arrivait encore à le voir, n’importe qui pouvait en faire de même, et savoir qu’il y avait quelqu’un de vivant à cet endroit. Ce n’importe qui pourrait être un simple voyageur égaré… mais il pourrait aussi être un brigand désireux de détrousser – ou pire – une jeune femme sans défense. Ce feu allait attirer les gens comme un phare attire les navires, et c’était quelque chose qu’Edarra ne pourrait gérer seule.
Le garde avança encore quelques mètres en observant la lueur des étoiles… puis il prit sa décision. Jurant en dothraki, il fit faire demi-tour à sa monture, brusquement, tirant sur les rênes avec une force née de la colère, de la fatigue et du désespoir réunis. Le cheval hénnit, rua, manqua de le désarçonner. Il n’avait pas aimé la façon dont il avait traité. Il avait eu mal. Et il avait peur. Et rien n’était pire qu’une monture effrayée.
Mais Olyvar avait déjà eu l’occasion de croiser des montures plus récalcitrantes que celles-ci. Des montures plus effrayées, surtout. Bandant ses muscles au maximum de leur tension, et jouant de ses jambes autant que de ses bras, chuchotant et hurlant à tour de rôle, il finit par calmer la monture et à en reprendre le contrôle.
Elle s’élança au galop vers la grotte où se trouvait Edarra.
La monture était lâchée, et savait où aller. Olyvar se laissa donc à nouveau se perdre dans ses pensées.
Il avait réagi comme un enfant, il le savait très bien. Près de quinze ans après son exil, il lui arrivait encore de regretter l’époque qui l’avait précédé. De se demander ce qu’il serait devenu si Ronan Noirmont n’avait pas fait l’erreur de se rebeller contre les Martell. Il lui arrivait encore de penser à son père, et à ses frères et sœurs. Et il regrettait encore l’époque où il chevauchait aux côtés des dothraki, cette époque de liberté bénie encore et plus que tout. Et surtout… il nourrissait encore ses désirs de vengeance pour quelque chose qui avait eu lieu il y avait de cela quinze ans.
Et il avait espéré qu’Edarra le comprenne en quelques minutes ? Elle avait beau être une noble, et une noble assez proche de lui, elle était humaine. Il venait de lui apprendre que huit années de certitudes et de rapprochement étaient basées sur un mensonge, après tout.
Cela ne lui ressemblait pas, d’avoir agi comme cela. Il était toujours quelqu’un de calme, de posé. Peut-être que le fait d’avoir révélé son secret lui avait fait perdre toute contenance. Peut-être que d’avoir prononcé le nom de Ronan l’avait fait revenir au grand jour.
Mais Ronan était mort et enterré, et la seule chose qui survivait de lui était la vengeance. Olyvar ne laisserait rien d’autre faire surface. C’était une décision qu’il se devait de prendre, et il la prendrait. Sa volonté serait aussi résistante que l’acier valyrien, son esprit aussi tranchant. Olyvar resterait l’homme qu’il était. Froid, distant, et gardant comme seules lignes directrices sa colère et son devoir. Et l’un comme l’autre ne devaient jamais être oubliés.
Il leva les yeux vers le ciel, ses cheveux flottant au vent derrière lui, battant son dos comme les ailes d’une créature sauvage et mystérieuse. Les étoiles brillaient cette nuit, et il avait pris sa décision dans leur lumière. Chez les dothraki, tout ce qui était d’importance devant se faire à l’air libre. Il l’avait fait.
Et enfin il revint assez près de la grotte pour faire le reste du chemin à pieds. Il ne comptait pas se montrer, ni se faire entendre. Edarra avait besoin de réfléchir. De digérer. Et sa présence n’aiderait pas la jeune femme. Et, après tout, lui aussi avait besoin de prendre du recul.
Il attacha sa monture à une racine près de lui, lui laissant suffisamment de marge pour pouvoir courir si elle le voulait, ou s’arrêter et se reposer. Puis Olyvar sortit son arakh de son fourreau. Cela faisait du bien de retrouver ce poids familier dans la main, cette courbe, cette légèreté… Il ne s’en servait plus, dans les Sept Couronnes. Il était facile de penser que c’était parce que cette arme n’était pas adaptée au combat contre des chevaliers, des hommes en armure lourde qui pouvait arrêter le tranchant d’une arme et ne pouvaient être vaincus que par l’estoc. Mais Olyvar n’affrontait pas de chevaliers. Ceux qu’il affrontait étaient des brigands à peine mieux équipés que des bergers, et un arakh était bien suffisant pour eux. S’il ne l’utilisait pas, c’était pour qu’on ne lui pose pas de question. Il ne voulait pas que l’on sache d’où il venait, qui il avait été.
Mais cette nuit les apparences ne valaient plus rien. Edarra savait, et toute autre personne qu’ils croiseraient finirait avec cet arakh en travers de la gorge.
Olyvar fit quelques passes, écoutant son arme siffler alors qu’elle tranchait le vent. Elle était aussi bien affutée que son épée, car il entretenait les deux avec autant d’attention. L’une pour son efficacité, l’autre pour son symbole.
Shyra périrait par la lame de ce arakh, il l’avait décidé bien des années plus tôt. Car cette arme était le symbole de ce qu’il avait perdu la première fois, mais aussi de ce qu’il avait perdu à nouveau lorsque les khalasars s’étaient déchirés et qu’il avait à nouveau été vendu.
Mais cette nuit, il goûterait le sang de toute personne voulant attenter à la vie d’Edarra. Ou de toute créature qui le ferait. Vengeance et devoir unis en un seul instrument, tout comme l’était désormais Olyvar.
Mais la nuit se passa calmement. Pas un brigand ne vint. Pas un chacal ne s’approcha. Près de deux heures avant que l’aube ne se lève, Olyvar se mit en quête d’un gibier à chasser. Il avait faim, et Edarra aurait encore davantage que lui besoin de se nourrir.
L’aube était un moment idéal pour ça. Les animaux nocturnes étaient encore dehors, et les créatures diurnes commençaient parfois à sortir de leurs terriers.
Certains pensaient que le désert était vide de toute vie, qu’il ne s’agissait que d’une étendue de sable qui n’hébergeait que les morts, les chacals et les vautours. Mais ils se trompaient. Des rongeurs vivaient sous le sable, des insectes, des oiseaux… La faune était diverse, et dans les grandes lignes… elle était comestible. C’était ce qui importait.
Il fallut près de vingt minutes à Olyvar pour repérer l’entrée d’un terrier de lièvres. Il se posa au-dessus, immobile, retenant du mieux qu’il pouvait sa respiration… Et il resta ainsi pendant près d’une heure, jusqu’à ce que le premier animal ne montre le bout de son museau.
Avant que le lièvre n’ait le temps de comprendre ce qui se passait, une dague avait été plantée dans sa tête. Il n’avait pas souffert.
Olyvar le retira de la lame, et l’attacha à sa ceinture le temps de retourner vers la grotte.
Lorsque le soleil se leva, Olyvar avait ravivé les braises du feu de camp d’Edarra, et faisait déjà tourner le lièvre sur une broche improvisée. Il l’avait dépecé et découpé ce qui ne se mangeait pas.
Peut-être fut-ce la chaleur, la lumière, l’odeur ou le bruit, mais Edarra commença à s’étirer. Elle se réveillait. Olyvar n’était même pas sûr qu’elle se soit rendu compte qu’il était là.
Aussi il décida de prendre la parole : mieux valait qu’elle soit surprise par sa voix que de croire qu’il était un bandit, n’apercevant que sa masse dans la lumière du soleil levant :

« Je vous ai préparé un petit peu de lièvre, dame Edarra. C’est moins goutu que l’écureuil, mais plus nourrissant. En voulez-vous une tranche ? »

Il découpa un morceau de lièvre avec sa dague et la tendit à Edarra, morceau de viande grillée plantée sur sa pointe.
Il ne voulait pas être celui qui parlerait de ce qui s’était passé la veille. Cela faisait partie de son passé, aussi proche que cela ait pu être. Cela n’avait plus d’importance. C’était une simple erreur. Une erreur qu’il avait commis en se laissant submerger par les émotions contradictoires qui l’avaient toujours envahi. Il ne ferait plus d’erreur de ce genre à présent.
Devoir et vengeance. C’était tout ce qui importait.
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Message Mar 16 Aoû 2011 - 21:02

La nuit avait été lourde. L’air s’engouffrait dans la grotte par bouffées chaudes et brumeuses. Le sable porté par le vent ne rafraîchissait en rien la moiteur qui se dégageait du sol. Malgré le campement établit dans les profondeurs d’une petite grotte, rien n’y faisait, comme du sable dans des draps, la chaleur s’infiltrait sans cesse, sans qu’on puisse s’en défaire. Une jeune femme comme Edara y était finalement habituée mais le confort d’une couche dépourvue de grains et de vapeurs lourdes était toujours préférable à des couvertures dans cet endroit. Elle avait dormit dans moins confortable mais tout de même, elle avait connu largement mieux et plus intime que dormir à côté d’un cadavre. Seulement, quand on voyageait dans le désert, il ne fallait pas être trop regardant. De toute manière, avec sa prise de bec avec Olyvar, qui n’aurait pas du avoir lieu du reste, tous les autres endroits du monde semblait mieux que celui-là. Si elle avait été comme tous les autres nobles, elle aurait certainement intimé à Olyvar de ne plus revenir quoi qu’il arrivait et qu’il pouvait tirer un trait sur sa paye ainsi que sur sa chambre chauffée à Ferboy. Malheureusement elle avait laissé beaucoup trop d’aise à son garde. Ainsi, lorsqu’elle se réveilla il était là, pompant comme un loup fier entrain de cuisiner coquettement. Il était lunatique, digne du pire des adolescents et pourtant, les crises que Medger avait déjà fait dans la demeure Ferboys n’avaient rien à envier aux plus gâteaux des enfants. Il fallait alors parier qu’Olyvar avait eu un simple moment d’égarement et que ce faible esprit de jugement n’était que passager, dû aux duretés de la route et du manque de sommeil.

Il lui proposa même du lièvre du désert comme si il ne s’était rien passé la veille. Elle aurait bien voulu lui parler encore un peu mais apparemment l’homme ne voulait plus en parler. De toute manière, ça arrangeait bien Edarra qui ne savait pas bien quoi dire… Elle n’avait pas su ce qu’attendait Olyvar de tout ça, « merci » ? « Félicitation » ? « Bien fait » ? D’ailleurs il l’avait même dit qu’il ne le savait pas plus qu’elle. Ne manquait plus qu’à espérer qu’Olyvar serait plus « indulgent » envers sa dame quant au temps de digestion de ce genre d’informations. Elle avait beau paraître forte comme sa mère elle n’était qu’une jeune femme un peu paumée et lui balancer ça dans la face sans avoir la moindre idée de quelle réaction on en attend, c’était trop lui demander. Habituée aux cours et aux calculs savamment orchestrés ce genre d’égarement ne pouvait cesser de la faire réfléchir. Elle ne cessait de se demander si il voulait reprendre sa place, si un jour il en aurait envie. Evidemment, selon ses dires, jamais il ne le voudrait et prendre plus d’importance que présentement n’était pas à envisager… Mais bon, après sa petite crise d’adolescent de la veille, Edarra n’était plus dure de rien à son sujet. Elle espérait d’ailleurs qu’il ne lui demanderait pas une confiance aveugle tout de suite sinon elle aurait définitivement la preuve qu’Olyvar n’était pas une personne d’un jugement juste. La croyance aveugle n’était pas de son ressort et oublier qui elle était serait un peu trop facile à son goût.

Elle se départit de quelques grains de sable qui s’étaient glissés dans les pliures de son drap et répondit à l’affirmative en le remerciant comme elle le faisait habituellement. Ce n’était pas parce qu’Olyvar avait agit de manière légèrement idiote la veille que ça voulait dire qu’il était totalement idiot. Après tout, ça lui arrivait aussi à elle d’agir d’une manière peu éclairée. Bien sur, elle essayait toujours de garder la tête haute comme le faisait présentement Olyvar, possiblement gêné de ce qui s’était déroulé la veille. Ou alors avait-il passé l’éponge sur tout ça, aussi vite qu’il avait pu le faire ces huit dernières années. En tout cas, ce comportement ne mit pas Edarra inconfortable du tout qui était relativement bien habituée à ce genre de silence chez elle, avec sa mère. Et même, c’était elle qui les provoquait volontiers pour que sa mère se taise ou n’ai aucune matière à donner à leur conversation… Ou plutôt monologues haineux auxquels elle se prêtait avec grand plaisir. Après avoir mangé quelques maigres morceaux de viande qui l’aiderait à tenir pendant quelques temps et avoir jeté un coup d’œil dehors, vérifiant qu’aucun tempête n’était en préparation, la route reprit comme la veille et le jour d’avant. Le vent balayait toujours le sable qui venait se perdre dans les plis de la tenue de la jeune femme et les chevaux avancés au pas, doucement, leur bagages ballotant en même temps que le déhanché du cheval. Tout semblait relativement pareil. Les montages au fond de l’horizon qui rasaient le ciel implacable ainsi que les pas réguliers qui écrasaient cailloux et faisaient crisser le sol. Mais, finalement, ce jour-là n’était pas du tout le même que hier.
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Un voyage... - Edarra

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