AccueilS'enregistrerConnexion



 

Partagez| .

Sentences de mort et promesses de vie [avec Even Corbray]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Noble
avatar

Danelle Lothston
Noble

Général

Dame régente d'Harrenhal

Dite "La Folle"


♦ Missives : 1003
♦ Missives Aventure : 25
♦ Age : 37
♦ Date de Naissance : 25/09/1980
♦ Arrivée à Westeros : 03/12/2012
♦ Célébrité : Michelle Pfeiffer dans 'Stardust' © Paramount Pictures
♦ Copyright : Avatar©Gritsou & Gif animé©Logan Grafton.
♦ Doublons : Alysanne Florent, Lantheïa, Vyrgil Vyrwel
♦ Age du Personnage : 39 ans
♦ Mariage : Qui aurait le courage de demander ma main ?
♦ Lieu : Harrenhal
♦ Liens Utiles : Les racines de la folie
Extravagances et confidences
Les mystères d'Harrenhal
Les dons de Danelle
Scandales notoires

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
106/500  (106/500)


Message Lun 17 Déc 2012 - 19:45

Spoiler:
 

Les nuits d’automne sont des promesses d’hiver. L’aube n’avait pas encore jeté ses premières lueurs grises sur l’Ile aux Faces, et cette froide vérité m’étreignait la poitrine. La tunique de laine qui protégeait ma peau de l’acier noir et glacé n’était pas à la hauteur de la tâche ; les brumes de l’OeilDieu glissaient leurs doigts mouillés sous l’armure de plate, sous les mailles rugueuses du vêtement, et seule la fine chemise de soie au-dessous m’empêchait de frissonner. La nuit coulait sur mes épaules et le clair de lune couvrait le paysage d’un rêve de givre. Nulle poésie pourtant ne me venait à l’esprit. Le tambour des sabots et le tintement des armes sonnaient incongrus dans le calme de la nuit mourante, et mes pensées étaient toute entières attachées à mon épée. A sa pointe, une gorge. Blanche comme la lune – à cet instant encore.

« C’est fini » déclara Tybalt.

Ils jetèrent leurs armes de fortune. Gourdins, bâtons, haches de bûcherons, faux et faucilles s’entassèrent en vrac sur le sol meuble jonché de feuilles mortes. Le temps que mes hommes s’assurent de leur reddition et écartent ces menaces infimes, le ciel s’était teinté de gris. Je ne rengainai pas mon arme. Mon haleine formait de claires volutes dans l'atmosphère d'une pureté cristalline, et mes doigts gantés étaient froids sur la poignée de l'épée.

« Vos ordres, ma dame ? »

Tybalt me regardait. Mes hommes me regardaient. Les prisonniers me regardaient. Moi, je regardais la pointe de mon épée, à travers les volutes de ma respiration. A la pointe, la gorge blanche, blanche comme l’aube qui s’installait à l’horizon – à cet instant encore.

« Tuez-les. Et exposez leurs corps démembrés là où les nouveaux arrivants pourront les voir. Avec un écriteau peint de leur méfait. Je veux que le dernier des imbéciles soit capable de comprendre ce message, parce que seul le dernier des imbéciles tenterait de commettre un crime sur mes terres. »

Il fut fait selon mes directives. Je regardais la pointe de mon épée. Pas les yeux de l’homme. L’épée était ma résolution, les yeux, une marche glissante vers les abîmes de la faiblesse. L’acier s’enfonça dans la gorge, la gorge rouge comme le soleil levant dont la lumière couronnait les tours d’Harrenhal. La masse inerte du cadavre s'écroula à mes pieds avec une sorte de gargouillis obscène. Mais cette vision n'avait pas pour moi l'attrait ni l'effroi de la nouveauté. Je reculai, retirant sans effort l'épée qui avait à peine entamé le cou tendre, et marchai parmi mes hommes à leur sombre besogne jusqu'à gagner la lisière du bosquet d'un pas vif.

Tybalt ne discutait jamais mes ordres. Il avait trop de jugeote pour cela. Ou disons, qu’il raisonnait comme moi. Ce n’était pas le cas de Mestre Sydney et de Septon Desmond. Je les trouvais bientôt sur mes flancs alors que je nettoyais mon épée avec un chiffon huilé, sur la rive du lac ensanglanté par le jour naissant.

« Des réfugiés. » Mestre Sydney avalait difficilement la nouvelle de la sentence. Le bosquet qu'il venait de traverser était lourd d'un parfum dérangeant qui n'était pas celui de l'humus mais celui de la violence et de la mort. « Vous saviez qui ils étaient, ce qu’ils fuyaient, ma dame. Ces gens auraient pu être les vôtres. Chassés des côtes par la disette et les raids des Fer-nés, ils ne cherchaient qu'à survivre. »

Son ton révélait un homme tendu comme un lynx à l'affût, mais ce fut moi qui bondit pour mordre. Je fis volte-face vers lui, un air de défi peint sur ce pâle visage que tant de mes serviteurs osent à peine contempler.

« Oui. » La réponse cingla et entailla sa conscience. Une blessure qui le tiendrait éveillé au creux de la nuit, quand je dormirai d'un sommeil sans tâche. « Je le savais.» On les avait vus rôder autour des greniers la veille. J’avais sellé Éclipse pour une patrouille nocturne et nous les avions pris sur le fait au petit matin, leurs maigres dos croulant sous le poids des sacs de denrées. Le dos droit, je soutenais le regard de Sydney, sans une once de scrupule ni de doute, et ma voix glissa de mes lèvres avec un calme adamantin. Neutre, énonçant une vérité qui n'avait besoin de mon point de vue d'aucune force ni embellissement pour frayer son chemin dans un esprit sensé.

« Je protège mon peuple. » Souvent, nous avions donné à manger à ceux qui le demandaient. Ceux-là n’avaient rien demandé, ils avaient pris ce qui m’appartenait quand je ne pouvais le pardonner. « L’hiver vient, Sydney. Pas seulement pour les nordiens. » dis-je en me détournant de lui, inébranlable dans mes certitudes, et froissée par le mépris qui suintait de ses paroles.

Tout homme doit mourir, et parfois, c'est à moi qu'il incombe de sonner le glas. J'étais en paix avec cela. Et en paix avec mes choix. Celui qui volait le grain dont je nourrissais mon peuple était un assassin. Seul le temps le séparait de ses victimes. Je préférais contempler son cadavre aujourd’hui, plutôt que mes mains vides et les cadavres des habitants de Ville-Harren, demain. Mais pourquoi gaspiller ma salive à l’expliquer ? Sydney le savait, Desmond le savait. Ils n’étaient simplement pas prêts à l’assumer. Il leur fallait calmer la brûlure de leur conscience par des larmes inutiles. Eussé-je été clémente avec les maraudeurs, la réputation d’abondance d’Harrenhal aurait attiré tous les affamés de Westeros à nos portes. Et nos réserves n’étaient pas aussi conséquentes qu’elles l’auraient dû en cette saison, la faute à cette sècheresse maudite qui avait drastiquement réduit les récoltes.

« Ceci vous attirera des inimitiés. Croyez-vous que le peuple vous en saura gré ? Rappelez-vous de ce brigand, Josh… comme il vous haïssait. Voulez-vous que les petites gens se soulèvent contre votre autorité ? Comprennent-ils votre manière... particulière de les protéger ? »

Debout dans mon armure de plate noire, face au lac immense de l'OeilDieu qui s'étirait, brillant, d'un rose flamboyant dans la lumière du matin, je me mis à rire, à rire à perdre haleine. « Comprendre ? Vous ne me comprenez pas toujours vous-même, que je sache. Est-ce que je me comprends moi-même ? J’en doute parfois. Alors, mes gens ? » Je ris encore et les échos de ma voix gambadèrent sur le lac jusqu’aux brumes flasques et dorées de l’Ile aux Faces. Quelque chose riait-il en retour, là-bas ?

« Peu importe qu’ils comprennent. Ils constatent, Sydney, et c’est bien assez. Ils savent ce qui fait fuir la plupart des criminels à l’exception de quelques désespérés, et la seule chose qu’ils veuillent, c’est que demain ressemble à aujourd’hui. Sécurité et satiété pour le bon peuple de Ville-Harren. Si la chauve-souris chasse les nuisibles, qu’importe que son allure et son cri vous déplaisent ? »

Je battis de ma cape comme d’une aile, feignant avec un ridicule délibéré d’être l’emblême de ma Maison, et Desmond lâcha un sourire. Contrit, certes, mais un sourire tout de même. Trop humble pour prendre parti, il nous regardait lancer et relancer ce charbon ardent, attendant de voir lequel de nous deux se brûlerait le premier. Sydney, lui, ne souriait pas, et son regard me fit l'effet d'une gifle.

« Josh… je me rappelle de lui. Son problème, ce n’était pas moi, mais la noblesse dans son ensemble. Eh bien, que voudriez-vous que je fasse pour contenter un homme pareil ? Que je leur donne à tous les clés de Harrenhal pour qu’ils se choisissent un nouveau chef, issu de leur rang, et se répartissent les richesses de mon fief ? »

J'avais traversé ses défenses sans même m'en apercevoir. « Ils vous rendraient les clés. » répondit-il, désabusé. Il y avait dans ses paroles une pointe d'agressivité, étouffée sous une montagne de fatalisme. « Comme vous dîtes, ma dame... ils constatent l’utilité de la chauve-souris, et n’aiment rien moins que le changement. Continuez donc à décider qui doit vivre ou mourir. Je n'ai pas la sagesse nécessaire pour vous en dissuader, à l’évidence. »

J’ignore si je l’avais convaincu ou s’il usait seulement d’ironie à mon encontre. Sans doute un mélange des deux. Je n’avais jamais été très douée pour décrypter les intentions de mes semblables, et Sydney moins que tout autre. Ce visage ridé couvait des pensées insaisissables. Je le sentais fatigué, las de me prodiguer ses conseils. J’étais trop pour lui, je l'avais toujours été, un fardeau depuis ma plus tendre enfance. Trop étrange. Trop forte. Trop obstinée. Il se disait souvent impuissant à infléchir mes décisions et cela lui pesait. Il se trompait, je crois ; j’ai toujours accordé du crédit à ses paroles. Mais il avait l’habitude d’esprits plus malléables, plus réceptifs, comme l’avait été mon frère. Et il se faisait vieux. Récemment, il avait exprimé le souhait de prendre un assistant. Il était peut-être temps que je lui accorde satisfaction. Un corbeau pour la Citadelle… ce ne serait pas la seule requête à leur envoyer. Il me faudrait connaître leurs estimations quant à la durée de cet automne. Comment pouvions-nous nous préparer à l’hiver sans savoir si nous avions devant nous trois lunes, ou trois ans ?

Desmond se retira en hochant la tête et raccompagna Mestre Sydney. Je les suivis au château où je me changeai rapidement après de brèves ablutions et une collation sommaire. Aujourd'hui n'était pas un jour que j'avais choisi pour faire justice, mais pour inspecter mes terres, et ce contretemps n'avait déjà que trop perturbé mes plans.

Deux heures après le lever du soleil, j’avais visité une première ferme et me tenais en bordure d’un champ de blé, à pied, les rênes de mon cheval rassemblés dans ma main gauche. Aussi noir que les tours brûlées d'Harrenhal, à l’exception de l’étoile blanche sur son chanfrein, Éclipse encensait avec impatience tandis qu'un paysan m’exposait la situation de cette terre dont il avait la charge. Je regardais l’homme, une baraque au faciès couperosé, avec ce regard fixe qui traduit chez moi une attention totale et intense, mais qui induit mon interlocuteur à se sentir comme une souris devant un chat, à en croire Desmond. Et l'homme parlait en regardant mes pieds.

« Le blé a pas tant souffert du chaud par chez nous que dans l’sud, m'dame. Et pis c’est surtout la pluie qu’il aime pas. Pour sûr, c’est pas la joie, mais ça s’rait franchement pire si on avait trop de pluies cet automne. Là, ça va. C’est pas la joie, mais ça va. On va passer au blé d'hiver et à l'épeautre, comme vous avez dit, m'dame, et si la Mère le veut on aura de bonnes récoltes cet automne. »

« Nous augmenterons tout de même la part de réserves. » dis-je en hochant la tête, avant de remonter à cheval.

Tout Westeros risquait de manquer de vivres si l’hiver était rude. Nous ne pouvions pas nous permettre d’être imprévoyants. De ferme en ferme, suivant les conseils du Mestre associé aux conclusions de mes lectures en la matière, et aux avis des paysans qui connaissaient la terre et les rigueurs de l’hiver mieux que ne le pourrait jamais aucun noble ou aucun érudit, je tranchai. Ici, plus de céréales et de racines d’hiver, pour multiplier les semences résistantes au froid. Des choux, des navets, des betteraves. Là, des lentilles et pois, faciles à conserver. Ici, des réparations dans le toît d’un grenier où les lérots faisaient bombance. Là, de nouveaux silos à enterrer pour entasser les réserves supplémentaires de jambons et de viandes séchées.

Et une milice pour les garder. La chauve-souris ne pourrait protéger chaque grange, chaque cellier, chaque grenier des ventres vides qui bientôt ramperaient vers cette provende avec l’audace que confère l’instinct de survie. C’est une nuée de lames qu’il me faudrait pour protéger nos réserves, à moins de les regrouper en un même lieu, ce qui n’était ni faisable ni souhaitable au regard des risques d’accidents, toujours difficiles à maîtriser – contamination, incendie, inondation ou autre calamité localisée dont nous devions nous prémunir.

De ferme en ferme, donc, et jusqu’à Ville-Harren je fis savoir qu’une milice serait constituée et entraînée par Tybalt Rivers à cette fin. D’aucuns parmi les seigneurs voisins me traiteraient peut-être de folle, à armer et entraîner ainsi des roturiers en temps de paix. Je n'en avais que faire - l'insulte était trop éculée pour m'atteindre. Les futurs combattants, triés sur le volet, seraient payés honorablement et choisis parmi ceux qui avaient quelque chose à défendre. Là où des soldats se seraient endormis d’ennui et auraient engraissé à planter sans rien faire, une milice issue du crû serait motivée, suffisamment dissuasive dans l’immédiat, et moins coûteuse qu’un contingent de nouveaux gardes. Enfin, ces combattants débutants constitueraient une réserve utile en cas de réel conflit. Qui pouvait savoir ce que l’hiver nous réservait ? Daemon II Feunoyr n’était pas le seul trouble-fête potentiel des Sept Couronnes, et son emprisonnement ne nous mettait pas à l’abri d’autres entreprises séditieuses ni même simplement de conflits de voisinage sanglants. La rancœur grondait toujours entre les Nerbosc et les Bracken…

La matinée fila comme du sable entre mes doigts. J’arpentais un autre champ de blé après avoir visité une porcherie quand un des hommes qui m’escortait me signala la venue d’un cavalier portant blason, en provenance du sud-est. Je ne portais plus mon armure, enlevée après mon entrevue avec Sydney, mais un costume de monte un peu curieux pour une lady : une jupe divisée en deux, formant en quelque sorte une paire de braies très larges et laissées amples au niveau des chevilles, plutôt que resserrées par un cordon. De loin, on aurait pu croire au prolongement d’une robe, mais à cheval, on s’apercevrait immanquablement que cela s’apparentait à une tenue masculine. Cela m’était égal qu’un noble visiteur me voit dans cet accoutrement, mais il était évident que cela surprendrait à tout le moins. Il serait donc inutile de me présenter. Qui, à part Danelle la Folle, choquerait ainsi ses contemporains ? Quant aux odeurs de ferme qui collaient à mes bottes, les feuilles mortes et bourraches s’agrippant à ma cape élégante et mes cheveux, elles étaient dans le ton et je ne pris pas la peine de mettre de l'ordre dans ma tenue. Être réputée givrée a ceci de confortable que l'on se sent libre d'agir à sa guise, et c'était une habitude dans laquelle je me complaisais à l'envie.




PS : Mes PNJ sont ouverts à l'incarnation par des joueurs, MP-moi si vous êtes intéressé !


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Chevalier
avatar

Even Corbray
Chevalier

Général
Courage et honneur.



Chevalier du Val.

♦ Missives : 628
♦ Missives Aventure : 84
♦ Age : 26
♦ Date de Naissance : 24/07/1991
♦ Arrivée à Westeros : 01/05/2012
♦ Célébrité : Eric Bana
♦ Copyright : Izhelinde
♦ Doublons : Corwin Rogers, Morgan Kenning, Kealan du Rouvre
♦ Age du Personnage : 30 ans
♦ Mariage : Aucun
♦ Lieu : Cordial, Val d'Arryn
♦ Liens Utiles :
Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
251/500  (251/500)


Message Mar 18 Déc 2012 - 21:14

Après que le tournoi de Murs-Blancs aie pris fin, lord Arryn avait décidé de conduire sa suite jusqu'à Port-Réal. De fait, en tant qu'épée-lige, Even l'avait naturellement accompagné. Cependant, une fois arrivé dans la capitale, le seigneur du Val avait décidé de lui donner son congé. Le Valois en avait été étonné, se demandant ce qui lui valait un tel traitement. Lord Jasper avait-il été déçu de lui ? Mais il avait bien vite été rassuré : si on le libérait de son service, c'était parce qu'il avait une autre mission à remplir.
En effet, depuis la disgrâce de son cousin Kaeril, anciennement lord de Cordial, qui avait été plus ou moins forcé de prendre le noir en punition de ses crimes, c'était à son père Galbart qu'avait échu le titre. Or, bien que sage et avisé, il n'avait jamais été destiné à commander, d'autant plus maintenant que le fief était entaché dans le Val par les crimes de son précédent seigneur. Peu désireux de retrouver un domaine déchiré ou agité par des troubles à son retour, lord Arryn avait donc décidé qu'il valait mieux se passer du chevalier le temps que les choses aillent mieux à Cordial. Son but était d'épauler son père nouvellement lord à raffermir sa position et à stabiliser le fief. Une fois que cela serait fait, il était libre de venir les retrouver pour affronter les Fer-nés.
Even avait donc pris la route, seul, finalement assez heureux de revoir ses terres natales et sa famille. Il n'était jamais resté très longtemps auprès d'elle, et ce serait un plaisir de profiter de leur compagnie. Il s'était cependant fait le serment de retourner auprès de lord Arryn accomplir son devoir dès que la situation le lui permettrait.

Chevauchant Sunburn, il avait pris la route du Val, en passant par le Conflans. A la nuit tombée, il s'arrêtait pour dormir, soit à la belle étoile, bien que le temps soit de moins en moins clément, ou mieux dans une auberge ou un château où on lui offrait l'hospitalité. Il avait ainsi bien progressé, savourant le plaisir du voyage sans pour autant oublier qu'il était potentiellement risqué de voyager seul. Pour le moment du moins, les Sept avaient été avec lui, et il n'avait rencontré aucune difficulté. Bercé par le pas régulier de sa monture, il admirait le paysage autour de lui. Il aurait encore continué comme ça jusqu'à la nuit tombée si son étalon n'avait pas donné quelques signes de fatigue. Les deux jours passés, ils ne s'étaient que peu et mal reposés, et aussi endurant qu'il puisse être, l'animal commençait à fatiguer. Se reposer jusqu'au lendemain ne lui ferait pas de mal. Le Valois tira sur les rênes pour ralentir l'allure, puis il passa la main sur l'encolure de sa monture. Il ne savait pas exactement où il se trouvait pour le moment, mais si sa représentation mentale de l'espace était exacte, il ne devait pas être loin d'Harrenhal, la forteresse de sinistre réputation tenue par lady Danelle Lothston. La dame elle-même n'était pas exemptée d'un nombre incalculable de rumeurs qui couraient sur son compte, et qui n'étaient pas flatteuses. On la qualifiait de folle, tout un chacun le savait, et nombreux étaient ceux à y croire. Pour sa part, Even préférait ne pas se fonder sur les avis des autres mais plutôt se forger le sien. Il avait vu lady Danelle de loin lors du tournoi de Murs-Blancs, lorsqu'elle était arrivée avec les armées loyalistes et la Main du Roi. Il était vrai que voir une femme dans une armure de plates, se comportant comme un homme, était peu conventionnel. Dans sa situation, le chevalier n'ignorait pas que beaucoup auraient préféré dormir dans les buissons même sous une pluie battante durant toute la nuit que de demander une demi-journée et une nuit d'hospitalité à la régente, mais tel n'était pas son cas. Il continua sa route à un pas plus tranquille, jusqu'à ce que Ville-Harren soit en vue, et les murailles de la forteresse se découpent un peu plus loin sur l'horizon.

Avant d'y arriver toutefois, il devait passer à travers les champs de blé qui s'étendaient aux alentours. Le jeune homme avait traversé des contrées autrement moins bien garnies, mais il était évident à l'oeil de quelqu'un qui a un minimum voyagé et appris des choses que les choses n'allaient pas au mieux non plus. Mais tout était affaire de perspective : nul doute que beaucoup auraient aimé trouver refuge ici, notamment les habitants des zones dévastées par les pillards fer-nés. Even adressa un remerciement muet aux Sept qui préservaient le Val de tels maux, bien que le temps n'aie épargné personne. Les Nordiens disaient que l'hiver venait... et il était bien tenté de les croire.
Au détour du chemin, alors qu'il longeait un champ, il tomba sur une troupe de soldats accompagnant une femme étrangement vêtue. On aurait pu croire que ses vêtements d'équitation étaient masculins, et elle n'était à l'heure actuelle pas des plus soignées. Pour l'avoir vue à Murs-Blancs, le Valois reconnut lady Lothston et il stoppa sa monture alors qu'il n'était plus qu'à quelques pas d'eux. En signe de respect, il mit pied à terre, puis il s'inclina à l'attention de la Dame d'Harrenhal.


« Lady Danelle... C'est un honneur de vous rencontrer. Je suis ser Even Corbray, de Cordial.

Ce n'était pas exactement de cette façon qu'il avait pensé rencontrer la régente, mais puisque le hasard en avait décidé ainsi... Il n'allait pas courir demander audience au château après être tombée sur la dirigeante des lieux sur sa route. En se redressant, il observa quelques instants de silence avant de reprendre la parole. Le moins qu'on pouvait dire, c'est qu'il se dégageait d'elle une aura... impressionnante et peu commune. Il n'était pas effrayé, plutôt, quelque part, intrigué. L'accoutrement dans lequel elle se trouvait ne le choquait pas outre mesure : après avoir vécu durant dix ans à Dorne, où on trouvait des femmes combattantes où elles pouvaient hériter exactement comme un homme, son esprit était sans aucun doute plus ouvert que celui de ses contemporains.
Conscient de se présenter à elle comme un humble quémandeur, lui qui n'était qu'un chevalier et le second fils d'un lord tout juste promu à son titre, il lui présenta sa requête avec toute la politesse et la déférence qu'on pouvait espérer.


- Je ne pensais pas vous rencontrer sur le chemin. Toutefois, j'ose néanmoins vous demander humblement votre hospitalité pour le reste de la journée ainsi que la nuit. Je suis en route pour Cordial, mais mon cheval a bien besoin de repos avant de continuer. Nous n'avons tous deux que trop peu dormi ces derniers jours, car on croise parfois des gens peu recommandables sur les routes. Chevalier ou pas, voyager seul présente un certain désavantage... »

Bien que portant le blason aux trois corbeaux de Cordial bien visible sur lui, Even était vêtu plutôt modestement, dans le sens où sa tenue de voyage se prêtait plus à être pratique et protectrice qu'à montrer son rang à tous. Cela avait du bon, car cela évitait d'attiser la convoitise d'éventuels malandrins. Par ailleurs, son statut évident faisait reculer les plus couards. Mais il arrivait que des gens désespérés soient amenés à brigander, occasionnellement ou non, pour vivre, et cela les rendait téméraires. Lorsque l'on n'avait rien à perdre, qu'avait-on à craindre ?
Le Valois ne pouvait dorénavant plus qu'attendre la réponse de lady Danelle. Il espérait ne pas lui avoir fait mauvaise impression, ni s'être montré impoli en lui formulant ainsi sa demande sans attendre, au plein milieu de la route. Il voyait toutefois mal comment il aurait pu broder avant d'en venir au fait... Lui parler de la pluie, du beau temps ? De l'état de son domaine ? De la situation politique ? Il n'était pas homme à aimer tourner autour du pot jusqu'à ce que mort s'ensuive. Il s'était montré honnête et humble, et si le gîte lui était refusé, il pourrait toujours tenter sa chance à Ville-Harren, ou encore pousser plus loin...


Spoiler:
 

Revenir en haut Aller en bas
Noble
avatar

Danelle Lothston
Noble

Général

Dame régente d'Harrenhal

Dite "La Folle"


♦ Missives : 1003
♦ Missives Aventure : 25
♦ Age : 37
♦ Date de Naissance : 25/09/1980
♦ Arrivée à Westeros : 03/12/2012
♦ Célébrité : Michelle Pfeiffer dans 'Stardust' © Paramount Pictures
♦ Copyright : Avatar©Gritsou & Gif animé©Logan Grafton.
♦ Doublons : Alysanne Florent, Lantheïa, Vyrgil Vyrwel
♦ Age du Personnage : 39 ans
♦ Mariage : Qui aurait le courage de demander ma main ?
♦ Lieu : Harrenhal
♦ Liens Utiles : Les racines de la folie
Extravagances et confidences
Les mystères d'Harrenhal
Les dons de Danelle
Scandales notoires

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
106/500  (106/500)


Message Sam 29 Déc 2012 - 12:46

Le pouvoir est chose étrange et fragile, et il peut prendre bien des formes. La peur en est une. Les Lothston l'ont toujours su. Plus sûrement qu'un rempart, elle tient à distance vos ennemis. Mais elle tient aussi à distance ceux qui pourraient devenir vos amis. A Harrenhal, l'on reçoit peu. Ser Even Corbray de Cordial était toutefois assez désespéré, ou assez sûr de lui, pour demander hospitalité à la Folle en son sinistre château. Ce n'était pas le premier noble à s'y risquer ; en leur temps Beron Stark, Damon Tarbeck et quelques autres avaient reposé leur tête parmi les ombres du passé. Avaient-ils facilement trouvé le sommeil ? Je n'avais jamais osé leur demander. Comme souvent, je me sentis gauche, à ne pas savoir quoi faire de mes dix doigts alors que cet homme venait de s'incliner devant moi. Quelle était la suite, déjà ? Devais-je lui tendre ma main à baiser ? Les circonstances s'y prêtaient-elles ? Je décidai que les odeurs de ferme sur mes gants ne seraient pas un cadeau pour mon visiteur et m'abstins donc de salamalecs. J'étais de toute façon bien fichue de me tromper du tout au tout, n'ayant aucune idée du rang exact de ce chevalier. Tout au plus me rappelais-je que Cordial se trouvait au Val d'Arryn, et que Ser Even s'était fait remarquer à Murs-Blancs en culbutant le Dragon Noir dans la boue – étrange affaire que ce duel judiciaire qui avait proprement humilié Daemon II juste avant que Brynden Rivers ne porte le coup de grâce à son orgueil. La mise modeste du cavalier et son absence d'escorte laissaient supposer qu'il n'était ni lord ni héritier. La belle affaire ! Je n'étais guère plus avancée quant à la conduite à tenir. Je fis donc à l'instinct, ou plutôt à la soldate, après un temps d'arrêt.

« Soyez le bienvenu, Ser Even. J'en terminais justement avec ce qui m'amène ici. Raccompagnez-moi au château, et je vous offrirai volontiers le pain et le sel. »

Une authentique lady aurait sans doute dégoisé pendant une lune sur cette heureuse rencontre et la bonne mine de son invité impromptu, ou lancé la conversation sur sa famille et autres billevesées, mais ces choses échappaient à mon entendement et en un clin d’œil je fus en selle, talonnant Éclipse après un petit signe d'adieu au paysan. Nous cheminâmes en silence vers Harrenhal ; je profitais du bruissement de la campagne sous un pâle soleil d'automne, sans guère me soucier de faire la discussion à cet étranger. Je n'avais rien à dire à un homme du Val. Mes souvenirs de là-bas me laissaient l'image de gens hautains se prenant pour la crème de ce monde sous prétexte qu'ils vivaient en altitude. Je ne sais pas ce que les nobles ont avec la notion de hauteur. Harren le Noir avait voulu des tours vertigineuses, et à quoi cela lui avait-il servi ? A attirer l'attention des dragons, pour sa propre perte. Un de ces jours les Arryn tomberaient de leur montagne, comme n'importe quelle autre Maison. Nul empire n'est éternel, et même la neige immaculée se mue tôt ou tard en bouillasse infâme.

Notre route nous amena à passer devant la mise en scène macabre des justiciés du matin. Piqués en morceaux sur des pieux avec, là où se trouvaient les têtes, des panneaux peints de leur méfait et d'une chauve-souris aux crocs sanglants pour enjoliver le tableau. Mes hommes s'amusaient bien, apparemment. Je n'étais pas sûre d'approuver cette touche folklorique qui ôtait au sérieux de l'avertissement, mais au moins mes ordres avaient été respectés.

« Nous avons eu quelques ennuis récemment, comme vous pouvez le constater. Vous prenez effectivement un risque en voyageant seul dans la région. Les hors-la-loi vont en bande, ces temps-ci. Ils ne vous affronteraient pas en combat singulier mais ils pourraient vous tendre une embuscade, et s'ils sont assez désespérés pour s'en prendre à mes greniers, ils le seront assez pour vous voler vos provisions et votre cheval. Cela dit, je veille à maintenir l'ordre autant que possible aux alentours d'Harrenhal. Vous serez moins en sécurité lorsque vous franchirez les limites de mes terres. Surtout si vous passez près de Murs-Blancs. Les gens s'imaginent qu'ils peuvent piller les terres du Beurpuits maintenant que ses biens et ses hommes lui ont été retirés. Et comme tout doit être détruit, ils se dépêchent de voler ce qu'ils peuvent... »

Je haussai les épaules, comme si tout cela me concernait à peine. C'était à deux pas de chez moi, mais le sort d'Ambrose me laissait de marbre. J'avais mis la main à la pâte lorsque sa pathétique tentative de rébellion avait été écrasée, et j'aurais recommencé sans hésiter si nécessaire. Dans une autre vie, j'aurais dû être son épouse soumise et j'aurais connu la déchéance avec lui. Ma folie m'avait au moins sauvée de cette avanie.

Mon oraison n'appelait pas de réponse et n'en reçut pas. Un seigneur fait ce que bon lui semble sur ses terres et mes mises en garde n'avaient rien de très original. Nous arrivâmes au château qui depuis longtemps déjà nous écrasait de sa présence cauchemardesque, avec ses tours titanesques, torves, grumeleuses, pareilles à des suppliciés passés au bûcher, et ses remparts de proportions inhumaines. Harrenhal ne fait pas partie du paysage : Harrenhal est le paysage. L'entrée à elle seule dut faire quelque impression à mon invité. En général, pour pénétrer une forteresse, on passe une porte. A Harrenhal, c'est un tunnel qui permet de franchir l'épaisseur des remparts. Nous laissâmes nos chevaux au maître dresseur, qui régnait sur un petite fraction d'écuries capables d'abriter un millier de chevaux. Une fois à l'intérieur de la partie habitée, je guidai mon hôte vers ma salle à manger personnelle. Nous traversâmes la Salle aux Cent Cheminées où je crus bon de me fendre de quelques commentaires : « On pourrait en douter à voir les proportions du château, mais Harren et ses fils n'étaient que des hommes, non des géants. Étrange que des gens si petits construisent des plafonds aussi hauts, me direz-vous, mais ce pauvre Harren Chenu avait la folie des grandeurs. Les dragons se sont chargés de lui rappeler qu'il était un simple mortel. Certains disent d'ailleurs que c'est là la raison d'être des dragons : remettre l'humanité à sa place. Ils croient que les dragons été créés par les dieux pour rabattre notre orgueil et notre arrogance, et nous empêcher de dominer totalement ce monde. Je ne suis pas persuadée du bien-fondé de cette croyance, à dire vrai, puisque ces engeances ont pu être domestiquées, mais il y a tout de même des gens qui applaudiraient des deux mains si un Targaryen réussissait à faire éclore un œuf de dragon. Pour ma part, il me suffit de voir tous les jours l'état de nos tours pour prier la Mère de les garder scellés dans la pierre. »

Difficile de vouer un amour inconditionnel à ces créatures, si belles soient-elles sur les tapisseries et les gravures, quand on mesure de visu leur pouvoir de destruction massive. Comme tous les gamins élevés entre ces murs, j'ai cauchemardé enfant que les dragons revenaient et me carbonisaient dans mon lit. Ma nourrice avait beau me répéter que les dragons étaient morts, j'avais du mal à fermer l’œil, et ce n'était pas à cause des prétendus spectres de Harren et ses fils. Mon frère craignait les spectres et je le jugeais assez stupide pour considérer que cette peur-là relevait de la pure superstition, comme l'affirmait ma septa.

« Je ne vous infligerai pas le déplaisir de vous restaurer ici, à moins que vous n'ayez envie d'entendre l'écho de vos propres mastications. Personnellement, je n'ai jamais pu m'y faire. J'ai une petite salle à manger par ici, venez. Nous avons fait réaménager un certain nombre de pièces avec de faux plafonds et des cloisons pour en réduire la taille et les rendre plus chaleureuses. » Je l'introduisis dans ladite salle à manger, de taille plus qu'honorable mais déjà plus normale, et fis approcher les valets qui m'avaient pris en filature à mon arrivée – habitude nécessaire dans un château où l'on pourrait courir d'étage en étage pendant trois heures sans croiser âme qui vive. « Vous prendrez bien une collation en plus du pain et du sel ? Je suppose que vous n'avez pas fait un déjeûner digne de ce nom. En ce qui me concerne, j'ai grignoté à m'en faire éclater la panse en inspectant les fermes – vous savez comment sont les paysans, à parader avec leurs spécialités et vous faire goûter de tout ! Si vous voulez de la compagnie, faîtes appeler, hum, Septon Desmond, il a toujours de la place pour un repas supplémentaire, et il adore parler. » Constat des plus exacts qui me tira un sourire connivent. « N'hésitez pas à prendre le temps de vous dépoussiérer et vous changer si vous le souhaitez au préalable, mes serviteurs pourvoieront à vos besoins. Je reviendrai tout à l'heure vous montrer vos quartiers. »

Était-ce assez courtois ? Il fallait l'espérer. Je partis faire mes ablutions à la salle du bassin et trouvai en sortant de l'eau Selyse à mes côtés. Elle m'enveloppa d'une robe de chambre en velours bordeaux et m'accompagna à mes appartements où elle se chargea de m'habiller puis me refaire une beauté.

« Il paraît que vous avez de la visite, ma Dame ? » Ses doigts graciles de lady du Bief s'agitaient dans mes cheveux de feu pour former de fines tresses qu'elle ramenait au-dessus de ma nuque en une coiffure gracieuse et sophistiquée. « Un beau chevalier du Val. Prends garde qu'il ne te conte pas fleurette. » dis-je avec un sourire en coin. Le pauvre en serait pour ses frais. Selyse était une perle, mais une perle qu'aucun homme ne récolterait jamais, raison pour laquelle elle n'avait plus de nom et s'était mise au service de la seule dame dont la réputation faisait fuir toutes les autres demoiselles bien nées. Rejetée par sa famille après avoir été surprise en situation délicate avec une belle joaillère des contrées exotiques, elle avait débarqué chez moi deux ans plus tôt après s'être enfuie du château où elle était séquestrée comme je l'avais moi-même été jadis. Ses mœurs m'étaient bien égales et elle n'avait pas peur de moi ni d'Harrenhal. Qui plus est, c'était une fille délicieuse d'esprit et de raffinement et une fauconnière accomplie, exactement le genre de compagnie qui me manquait ; elle était donc devenue ma suivante, mais aussi une amie au fil du temps. Ses longs cheveux châtain foncés étaient artistiquement coiffés et parés de rubans vert amande qui rappelaient la couleur de ses yeux clairs. Elle avait le teint très légèrement hâlé, couleur pêche, des traits fins et un sourire solaire. Sa robe de laine restait assez modeste pour son rang, mais elle était d'un goût exquis. Je la laissai choisir ses tenues comme les miennes, étant bien incapable d'accorder avec un instinct aussi sûr couleurs et formes, vêtements et accessoires.

« Peut-être est-ce à vous qu'il contera fleurette, ma Dame, mais si c'est un chevalier du Val il est plus probable qu'il gardera la froideur des neiges éternelles. Les Bieffois ont le verbe plus fleuri et les manières plus caressantes. » affirma-t-elle en posant sur mes cheveux un très fin diadème, simple chaîne d'argent travaillée avec minutie qui venait accrocher sur mon front un pendentif de fluorine verte. Je me levai et la laissai arranger les plis de ma robe, une robe de tous les jours mais dont la couleur brun profond relevée de broderies vertes et jaunes flattait mon teint. Voilà qui était mieux que ma tenue de cavalière pour recevoir un invité. Je ne m'en souciais pas outre mesure, mais tenir son rang n'est pas plus mal quand on le peut et même si ces préparatifs m'impatientaient, la compagnie de Selyse aidait à faire passer la potion. « Vous n'aurez pas besoin de votre épée. » conclut-elle en m'examinant. Je levai les yeux au ciel. « Bien sûr que non ! » Elle éclata de rire. « C'est qu'il doit être bien aimable ! D'ordinaire vous adorez choquer les gens en ceignant votre épée à tout bout de champ, même et surtout quand elle est parfaitement superflue et déplacée. » Il est vrai que j'avais cette sale habitude, juste pour le plaisir de voir tourner de l’œil certaines donzelles comme la suivante de la fille Tully, ou les patriarches sourcilleux du voisinage. Mais Ser Even s'était présenté à moi comme... un chevalier à un autre chevalier ? Sans condescendance, sans fioriture idiote, sans réticence ni dégoût apparent. Droit au but, courtois et... normal, de mon point de vue. Voilà qui n'était pas habituel. Ma normalité n'était normalement pas celle des autres. « C'est un peu curieux, maintenant que j'y pense, mais pour un Valois il est étonnamment à l'aise avec moi. Les montagnards me regardent généralement comme une bête sauvage. Je me rappelle de ce vieux guindé là-bas avec sa veine qui battait au-dessus de l’œil comme s'il allait faire une attaque, qui était-ce déjà ? Je ne retiens jamais leurs noms. Lord Tully ne l'aimait pas beaucoup. »

Je jetai le souvenir aux oubliettes dont il était à peine sorti et congédiai Selyse pour aller retrouver mon invité qui venait ou non de se restaurer. « Eh bien, il est temps de vous montrer vos appartements ! » Je les lui montrai, en effet, et il s'agissait bien d'appartements et non d'une simple chambre. Les valets terminaient le ménage et les lieux n'étaient pas trop rebutants malgré une légère odeur de renfermé que les herbes fraîchement répandues ne tarderaient pas à chasser. « Cela vous convient-il ? Avez-vous des questions ? Je puis vous proposer quelques divertissements au besoin. »

La suite de mon inspection pouvait attendre le lendemain. Pour une fois que j'avais un hôte à demeure, je pouvais bien lui consacrer un peu de temps, ne serait-ce que pour recueillir quelques nouvelles et parler des affaires du royaume. On racontait beaucoup de choses sur Lord Arryn et sa sœur récemment décédée en couches, mais c'était ses éventuels plans de bataille qui m'intéressaient. Il avait été à Port-Réal avant de se trouver à Murs-Blancs, d'après mes informateurs, et avait pris contact avec la Main au sujet des mesures à prendre contre les Fer-nés. Qu'en avait-il résulté ? Je l'apprendrai peut-être au hasard de la conversation.

Spoiler:
 




PS : Mes PNJ sont ouverts à l'incarnation par des joueurs, MP-moi si vous êtes intéressé !


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Chevalier
avatar

Even Corbray
Chevalier

Général
Courage et honneur.



Chevalier du Val.

♦ Missives : 628
♦ Missives Aventure : 84
♦ Age : 26
♦ Date de Naissance : 24/07/1991
♦ Arrivée à Westeros : 01/05/2012
♦ Célébrité : Eric Bana
♦ Copyright : Izhelinde
♦ Doublons : Corwin Rogers, Morgan Kenning, Kealan du Rouvre
♦ Age du Personnage : 30 ans
♦ Mariage : Aucun
♦ Lieu : Cordial, Val d'Arryn
♦ Liens Utiles :
Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
251/500  (251/500)


Message Dim 6 Jan 2013 - 16:40

Sans s'embarrasser d'un protocole outrancier, lady Danelle offrit l'hospitalité au chevalier apparemment sans trop hésiter. Se souvenait-elle de lui au tournoi de Murs-Blancs ? Probablement, car il avait bien malgré lui attiré l'attention plus que de raison sur sa personne. Son duel contre le renégat Feunoyr lui avait valu de faire connaître son nom, au moins pour un temps. Contrairement à beaucoup de ses pairs, Even ne recherchait pas la gloire. L'honneur était l'air de ses poumons, et sa ligne de vie était tout entière dédiée à se conduire droitement, en respectant ses vœux de chevalerie et en honorant sa famille comme son suzerain. Bien des gens lui avaient fait la remarque qu'il manquait quelque chose au tableau, quelque chose d'autre que son devoir. Une femme, le plus souvent, mais depuis que la belle Dornienne qui avait ravi son cœur des années auparavant avait perdu la vie, il n'avait plus jamais songé à cela. Une autre femme n'avait jamais eu d'intérêt pour lui... Mais cette fois, l'image de la belle Serena Templeton s'imposa furtivement à son esprit. S'ébrouant mentalement, il songea qu'à présent que son père était devenu lord, son propre mariage risquait bien d'être remis au goût du jour. Pour l'heure, il n'était que le second héritier potentiel de Cordial, derrière son frère aîné, et il ne se voyait pas le moins du monde devenir lord. Pourtant, tant que Glenn n'aurait pas d'enfant, il serait de bon ton que lui-même essaie d'en donner à leur fief, pour plus de sécurité...
Chassant ces pensées, il imita la régente d'Harrenhal en enfourchant sa monture. Sunburn encensa et se mit en marche dès qu'il le sollicita un peu des jambes. Malgré sa fatigue, le bel étalon n'eut pas de mal à se porter à la hauteur du cheval de son hôte pour qu'ils puissent cheminer de concert. Le trajet se déroula en silence, l'étrange dame ne semblant guère se soucier de faire la conversation à son invité impromptu. Il s'était présenté à elle comme un simple chevalier, presque un errant, malgré son statut récemment revu à la hausse. Lui-même n'avait pas encore eu le temps de s'y faire, et il allait falloir un peu de temps pour que la bonne société assimile les changements qui s'étaient opérés à Cordial.

Sur leur route, ils passèrent alors devant un triste spectacle. Les cadavres de pauvres hères, à en juger par leurs fripes, exposés à la vue de tous sur des pieux. La chauve-souris des Lothston ne laissait pas le moindre doute sur l'identité de celui qui les avait punis. C'était un spectacle macabre que le Valois ne goûtait guère. Exécuter quelqu'un publiquement en guise d'avertissement, passait encore. Qu'un criminel condamné à mort soit exécuté devant tout le monde ou dans l'intimité d'un château, le résultat était le même pour lui. Mais exposer ainsi les cadavres lui semblait inutilement sanglant et barbare. De son point de vue, mieux valait tenir son fief par le respect que par la peur. Néanmoins, il s'abstiendrait de juger son hôte. Il se demandait simplement quel crime avaient commis ces gens pour subir pareil châtiment. Avant même qu'il aie à poser la question, lady Danelle lui répondit, expliquant qu'il s'agissait de voleurs s'en étant pris à ses greniers. Elle le mit également en garde contre les bandes de hors-la-loi qui sévissaient dans la région, et qui étaient assez désespérés pour l'attaquer. Le jeune homme se contenta d'acquiescer, afin de lui signifier qu'il avait bien compris, mais il ne fit pas de commentaire, bien qu'il songeait que la pauvreté de ces gens et la situation dans laquelle ils se trouvaient expliquait et justifiait leur tentative de vol désespérée.
Détournant son attention des macchabées, le chevalier préféra concentrer son attention sur la masse écrasante d'Harrenhal, forme noire, gigantesque et tortueuse, qui se faisait plus imposante encore à mesure qu'ils s'en approchaient. Il ne masqua pas son intérêt pour l'endroit, que lequel il avait entendu beaucoup de choses sans jamais le voir d'aussi près de ses propres yeux. Le feu des dragons d'Aegon le Conquérant avaient fait des ravages, et la pierre elle-même avait fondu par endroits. C'était un lieu obscur, que certains prétendaient maudit, et son apparence peu engageante avait de quoi justifier ces spéculations. Ce n'était certes pas un endroit qui semblait accueillant ou agréable à vivre... Afin de pénétrer à l'intérieur, ils devaient emprunter un véritable couloir creusé dans la pierre de la muraille. Si les cavaliers d'Harrenhal s'y engagèrent sans peine, la monture d'Even plaqua ses oreilles sur son crâne et rechigna un peu à avancer. Il se laissa convaincre par la fermeté empreinte de douceur de son cavalier, mais ce fut avec nervosité qu'il traversa jusqu'à la cour. Les sabots ferrés des chevaux teintant sur le sol pavé, ils allèrent confier leurs chevaux aux soins du maître d'écurie. Le Valois put voir les yeux de ce dernier pétiller d'intérêt lorsqu'il prit les rênes de Sunburn. L'étalon était un animal unique en son genre : croisement de destrier et de coursier des sables dornien, il offrait un profil harmonieux, élégant et néanmoins puissant, une bête magnifique que peu de gens avaient pu voir jusque là et qui en intriguait plus d'un. Flattant l'encolure de son cheval avant de le quitter, le jeune homme avait l'esprit tranquille. Il était certain que son compagnon serait bien soigné, et qu'il était entre de bonnes mains. Il avait tout le loisir de se laisser aller à sa curiosité, tandis qu'il suivait la maîtresse des lieux à l'intérieur du château.

Alors qu'ils traversaient une salle gigantesque, qui devait être la Salle aux Cent Cheminées dont parlaient certains livres, lady Danelle lui livra quelques impressions personnelles concernant les dragons. Si d'aucuns la qualifiaient de folle, elle avait là pourtant des propos tout à fait censés concernant les bienfaits de la disparition des grands reptiles ailés, et Even ne put qu'acquiescer à ces paroles.


« Je crois qu'il serait encore pire qu'un œuf éclose entre les mains d'un rebelle ayant des visées sur le trône. Les Sept nous ont fort heureusement gardés qu'une telle chose arrive à Murs-Blancs... Toutefois, je me demande où est passé l'oeuf qui avait été promis au vainqueur. Cela ne présage pas forcément de bonnes choses, surtout s'il est encore possible d'en ressusciter quelques-uns, comme certains le prétendent. Peut-être que si le roi en possédait à nouveau, les rebelles y regarderaient à deux fois avant de mettre à nouveau le royaume en danger par leurs complots. Mais qui sait si ces créatures peuvent véritablement être apprivoisées ?

La régente le conduisit dans une salle aux dimensions plus humaines, et plus chaleureuse également, où il pourrait se sustenter. Elle lui proposa un repas plus substantiel que les traditionnels pain et sel qui protégeaient l'invité, et il lui en fut reconnaissant. Il ne pouvait nier que ses provisions de voyage n'étaient guère un ravissement pour le palais. Il fallait leur accorder qu'elles calaient l'estomac, et s'il n'avait jamais été une fine bouche, habitué à voyager, il ne disait jamais non à quelque chose de plus savoureux. Cela faisait déjà un bon moment que ses repas, en dehors des fois où il séjournait dans une auberge ou chez quelqu'un, se composaient de pain rassis, de fromage sec, dur et piquant, et de viande et de poisson séchés. Il avait bien réussi à glaner quelques fruits au cours de son trajet, pommes, poires, baies et fruits des bois, mais avec la sécheresse qui avait sévi, ces extras s'étaient fait rares. Son hôte prit congé après lui avoir proposé un bain s'il le désirait, et il se tourna vers les serviteurs pour leur demander de le conduire là où il pourrait se laver. Il les suivit jusqu'à une salle où il put procéder à une toilette minutieuse dans une grande vasque d'eau tiède. Il usa et abusa de savon pour être présentable, savourant le fait de pouvoir se rendre totalement propre. Lorsqu'il couchait dehors, il se lavait dans les ruisseaux ou les rivières lorsque cela lui était possible, mais l'eau était en général froide, et il n'avait pas de savon à portée de main. Une fois bien propre, des pieds à la tête, il sortit de l'eau et se sécha. Remettant de l'ordre dans ses cheveux mouillés, il prit ensuite le soin de se retailler la barbe, qui avait un peu trop poussé dernièrement, ne laissant que de courts picots sombres lui manger la mâchoire et les joues. Il revêtit une tenue plus élégante que celle avec laquelle il voyageait, qu'une servante lui prit afin de la laver. Cette fois, il ne prendrait pas soin de son armure lui-même comme il le faisait chaque soir quand il pouvait se le permettre.
Propre, frais et présentable, il se laissa conduire jusqu'à la salle où ils se trouvaient précédemment, où l'attendait un appétissant repas déjà disposé pour lui et lui seul sur la table. Il s'installa et se mit à manger, son estomac grommelant d'impatience et d'enthousiasme à la vue des mets disposés. Ce n'était pas un repas de fête, mais il y avait là de quoi se régaler. En plus du pain et du sel, il trouva un plat de poisson de rivière poché, et un cuissot d'agneau aux herbes, sans oublier divers fruits et légumes. Il mangea en silence et seul, le calme seulement troublé par le bruit qu'il faisait en se servant. Il n'avait pas osé faire appel au dit septon, comme le lui avait suggéré lady Danelle, de peur de le déranger. Par ailleurs, depuis qu'il avait repris la route, il s'était habitué à la solitude.

Lorsque la régente revint le voir, dans une tenue élégante qui la mettait en valeur et qui seyait traditionnellement plus à sa condition, elle lui proposa de lui montrer ses appartements. Il lui emboîta le pas, l'estomac agréablement plein. La pièce dans laquelle il allait être logé était, sans surprise, loin d'être exiguë, et même si personne ne semblait y avoir séjourné depuis longtemps, et que les serviteurs étaient encore en train de s'affairer à la rendre habitable, c'était déjà bien plus qu'il ne pouvait espérer, et il le fit savoir lorsque son hôte s'enquit de ses désirs.


- C'est bien plus que je n'étais en droit d'attendre, mille mercis, ma dame. Ma foi, il est encore bien tôt pour se coucher, je crois, et je dois avouer nourrir une certaine curiosité vis-à-vis de cet endroit. Il y a tant de choses qui se racontent, je suppose que vous n'êtes pas sans le savoir... Toutefois, je fais partie de ces hommes qui aiment à se forger leur propre opinion, sans embrasser à corps perdu celle des autres. Mon frère aime parfois me dire que j'aurai fait un excellent mestre, si je n'avais pas choisi de devenir chevalier. Si vous pouvez m'accorder un peu de temps, j'aurai plaisir à être en votre compagnie, que ce soit pour discuter aussi bien que pour me consacrer aux divertissements que vous voudrez me proposer. »

Toujours prêt à accroître ses connaissances et à satisfaire sa curiosité, il posa son regard sombre sur lady Danelle, dans une attitude d'attente polie. Il se demandait ce qu'elle pourrait bien lui proposer de faire, mais il était ouvert à tout. Par ailleurs, elle avait sans doute bien des choses à dire sur son domaine, et il était tout à fait prêt à les entendre. Il était également disposé à lui raconter ce qu'elle désirerait sur ce qu'il avait vu durant son voyage, ou même sur ce qu'il pouvait savoir sur le monde... Il s'attendait à être surpris, connaissant la réputation que s'était taillée la régente d'Harrenhal, mais pour le moment, il n'avait rien trouvé chez elle qui lui vaille son surnom de folle. Certes, elle ne se comportait pas comme on l'attendait d'une lady, mais peut-être que grandir dans un cadre tel que celui-ci laissait ses marques ? Son surnom lui venait peut-être de la désapprobation générale de ses pairs vis-à-vis de son comportement, mais Even n'avait rien vu de choquant dans le fait qu'elle possède une armure et monte comme un homme. Au vu du domaine qu'elle dirigeait et de la place qui était la sienne, et en l'absence d'époux, elle se devait d'avoir la poigne d'un homme... ce qui impliquait peut-être de se comporter comme tel, du moins en partie.


Spoiler:
 

Revenir en haut Aller en bas
Noble
avatar

Danelle Lothston
Noble

Général

Dame régente d'Harrenhal

Dite "La Folle"


♦ Missives : 1003
♦ Missives Aventure : 25
♦ Age : 37
♦ Date de Naissance : 25/09/1980
♦ Arrivée à Westeros : 03/12/2012
♦ Célébrité : Michelle Pfeiffer dans 'Stardust' © Paramount Pictures
♦ Copyright : Avatar©Gritsou & Gif animé©Logan Grafton.
♦ Doublons : Alysanne Florent, Lantheïa, Vyrgil Vyrwel
♦ Age du Personnage : 39 ans
♦ Mariage : Qui aurait le courage de demander ma main ?
♦ Lieu : Harrenhal
♦ Liens Utiles : Les racines de la folie
Extravagances et confidences
Les mystères d'Harrenhal
Les dons de Danelle
Scandales notoires

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
106/500  (106/500)


Message Mar 8 Jan 2013 - 15:51

Ser Even resta pour le moins évasif quant à ses envies. D’un côté, il me laissait entendre qu’il était curieux de découvrir Harrenhal au-delà des ragots, d’un autre côté il se mettait en quelque sorte à ma disposition pour n’importe quel divertissement. Je suppose qu’une châtelaine normale aurait sauté sur l’occasion pour faire démonstration de ses talents d’hôtesse, mais j’étais plutôt limitée en la matière et sa réponse me laissa coite. Il y avait un piège, n’est-ce pas ? Peut-être. Peut-être pas. Pourquoi fallait-il que les gens soient si compliqués ? Ne pouvait-il simplement me demander une sanglante partie de chasse ou l’adresse du bordel de Ville-Harren ? Au moins j’aurais su quoi dire. S’il y avait un piège en tout cas, une sorte de mise à l’épreuve de ma courtoisie, j’allais certainement sauter à pieds joints dedans. Eh ! bien, ce ne serait pas la première fois, ni la dernière de toute évidence.

« Il n’y a guère de divertissement à Harrenhal. Les ménestrels ne se pressent pas aux portes du château. Et l’Étranger seul peut bien savoir comment s’amusent les habitants de ce château. » Je ne m’étais jamais beaucoup intéressé à la vie de mes résidants. Selyse devait… faire des trucs de bieffoise. Tybalt… est-ce qu’il passait du temps à autre chose qu’à s’entraîner et chasser ? « Pour ma part je m’adonne à des passe-temps qui ne font pas l’unanimité. » Il y avait au moins une chose dont j’étais à peu près sûre, c’est qu’il ne serait pas de bon ton de le traîner dans la salle des chauves-souris. « Assurément je peux vous montrer Harrenhal, si cela peut étancher votre curiosité. Il n’y a là rien d’aussi extraordinaire qu’on veut bien le dire. De la pierre brûlée, des ruines, et des plafonds assez hauts pour abriter un ballet de géants. Enfin, j’imagine que le décor vaut le coup d’œil. Et puis, il y a toujours la vue, mais ce n’est peut-être pas quelque chose de saisissant pour un Valois qui a contemplé le monde depuis le sommet de ses montagnes. Allons ! Il faut faire honneur à cette demeure. Si vous voulez bien me suivre… »

J’espérais pour lui qu’il avait de solides mollets et du souffle. On ne s’enquille pas les escaliers d’Harrenhal comme une partie de pêche. D’ailleurs, eut-il été couvert de cheveux blancs que j’eus choisi de m’en tenir au rez-de-chaussée.

Je m’engouffrai dans le couloir avec mon hôte en relevant mes jupes pour aller plus vite, arpentant ce labyrinthe de tour en détour vers une autre section de la forteresse.

« Nous nous trouvons ici dans la Tour du Bûcher-du-Roi. J’imagine que le nom se passe de commentaires. La plupart des gens savent qui est mort ici. Harren Chenu. Il était originaire des Iles de Fer. Je crois que depuis, les Fer-nés ont compris que régner sur la terre n’était pas leur fort. De toute façon, Harren était du genre à ronger le plancher et à baver sur son pourpoint, si vous voyez ce que je veux dire. Et quand un roi fou rencontre un conquérant fou, il faut s’attendre à des étincelles. Un peu plus que des étincelles, en fait : Aegon avait Balerion. Les Targaryen actuels n’ont plus de tels moyens de dissuasion pour mater les Fer-nés. Tout au plus notre bon roi Aerys pourrait-il jeter un de ses œufs de pierre à la tête du Greyjoy. S’il le lançait assez fort, cela pourrait lui être fatal, remarquez. Ou si le Fer-né se tenait au bord d’une falaise très haute. Avec des récifs en contrebas. Mais à bien y penser je doute que notre monarque ait même la force d’un tel lancer. Sa Grâce a davantage musclé son esprit que son bras, à ce qu’il paraît. Encore que les démonstrations de son esprit ne soient pas si fréquentes non plus. Je suppose qu’il les réserve à son entourage proche de crainte de nous éblouir. Aegon n’avait pas tant de retenue. Il aimait bien les démonstrations claires. Éclatantes. Celle qu’il a livrée ici devait être visible jusqu’à Murs-Blancs. Et ses traces le seront encore longtemps. De dehors, vous avez dû remarquer cette tour. C’est la plus massive de toutes ; on la compare souvent à une gigantesque chandelle noire à moitié fondue. »

Nous arrivâmes à une porte que j’ouvris à la volée. Aussitôt un vent violent nous assaillit et une partie de ma coiffe se défit, laissant échapper quelques mèches cuivrées dans un désordre qui n’était pas nécessairement charmant. « Nous pouvons aller à la Tour de la Veuve d’ici. Le pont de pierre tient encore debout. Mon maître maçon l’a vérifiée il y a moins d’une lune. Évitez tout de même de vous appuyer sur quoi que ce soit, on ne sait jamais. » Je l’entraînais le long du pont de pierre jusqu’à la Tour, avec vue sur la cour aux Laves. Un groupe de silhouettes s’agitait là-bas en bas et je pouvais reconnaître les échos impérieux de la voix de Tybalt admonestant ses élèves. « Mon maître d’armes, Ser Tybalt Rivers. Vous l’avez peut-être croisé à l’occasion d’un tournoi. Mais vous êtes sans doute un peu jeune pour cela. Il s’est retiré depuis une vingtaine d’années déjà pour prendre ses fonctions ici. Vous pouvez voir au-dessous de nous la Cour aux laves et là-bas, l’entrée de la forge. De l’autre côté se trouvent les bains. Ils sont assez immenses pour accueillir en même temps toute la population de Ville-Harren ; il y fait un peu frais en cette saison mais les soldats apprécient de pouvoir s’y rendre après leurs exercices. Pour ma part j’utilise une salle de dimension plus modeste aménagée près de mes quartiers, plus facile à chauffer. »

Nous entrâmes bientôt dans la Tour de la Veuve sans avoir basculé par-dessus bord, fort heureusement. J’imaginais le Valois à l’aise en altitude ; d’autres invités avaient déjà tourné de l’œil en traversant ce pont ou en visitant les étages éventrés de la forteresse, mais celui-ci n’avait sans doute pas besoin qu’on lui tienne la main et je le guidais en conséquence, sans attention particulière.

Arrivés à la tour en question, donc, je l’invitai à admirer les tapisseries neuves et les fresques restaurées des quartiers de l’épouse d’Harren, aujourd’hui dévolus à d’autres occupants. Les sujets étaient variés mais la chauve-souris des Lothston y figurait souvent en bonne place, comme un clin d’œil, qu’il s’agisse d’un champ de bataille ou d’un déjeûner sur les rives de l’OeilDieu, ou encore d’une représentation du pacte des Enfants de la forêt avec les Premiers Hommes.

Alors que je soulevai du sol une tapisserie qui s’était décrochée, de sous cette vaste tenture bondit une boule de poils durs et de griffes. Je me battis avec la chose noire quelques instants avant de la brandir victorieusement par la peau du cou tandis qu’elle se tordait en tout sens et feulait avec des yeux jaunes de démon, l’un barré d’une cicatrice ahurissante, l’autre auréolé d’une tache blanche. « Ah ! Je te tiens ! » « Ne touche pas à mon Polisson, créature perverse ! » gronda une voix sèche et craquante comme un antique parchemin. Le félin féroce me fut arraché par la furie vociférante. « Ambrosia… » « Ne prononcez pas mon nom ! Et ne me regardez pas ! Vous portez le mauvais œil ! Les dragons un jour vous brûleront, vous brûleront pour vos péchés, ma fille ! » Elle se tenait là devant nous, vaste chose fripée comme une peau d’oignon, grande mais ratatinée, ses yeux verts plus perçants que des javelots, sa poitrine imposante lui tombant presque aux genoux sous une robe aux couleurs désuètes ; le gros chat noir balafré lui plantait ses griffes dans le bras mais elle ne semblait rien sentir. « Je vous ai vue naître et je vous verrai mourir, oui, mourir, comme votre frère et ses enfants ! » « Ambrosia ! » J’allais la gifler, toute vioque qu’elle était, mais elle recula prestement et un chaton tigré pointa le nez en miaulant hors de son corsage. « Vous osez amener des hommes ici ! Que la Veuve vous foudroie ! » « Oh, vous et vos horribles chats ! C’est un miracle que le lait coulé de votre sein ne m’ait pas empoisonnée, fielleuse comme vous êtes ! Filez, filez, allez, avant que je ne vous réduise en charpie ! » sifflai-je avec mon regard fixe, le plus menaçant. Je n’avais pas besoin de grandes démonstrations aegonesques pour mettre en déroute une nourrice sénile et la vieille avec ses larges épaules navigua sans coup férir au-delà d’une double porte assez grande pour laisser passer cinq hommes de front.

Je me tournais alors vers Ser Even en secouant la tête d’un air excédé. « Pourvu que nous ne tombions pas sur ses sept autres chats ! » m’exclamai-je. « Ma pauvre vieille nourrice n’a plus tous ses esprits. Elle vit dans ces quartiers et je veille à ce qu’elle ne manque de rien par égard pour ses bons et loyaux services, mais c’est une plaie, la Mère m’en soit témoin. Elle a essayé de crever les yeux de la jeune nourrice de mon neveu Lucas, il y a quelques années de ça. Bon, nous ferions mieux d'en rester là pour ce qui est de la Tour de la Veuve, vous avez vu ce qu'il y avait de plus intéressant ici ; autant rejoindre la Tour Plaintive. Même les cris des fantômes d’Harren et ses fils seraient plus doux à entendre que ses récriminations. Au nom du ciel, même notre arbre-cœur serait plus doux à contempler ; son visage haineux me paraît presque amical, par comparaison. »

Rassemblant mes jupes, je me hâtai donc vers le passage intérieur conduisant à la Tour Plaintive où se trouvaient les cuisines souterraines et les entrepôts du rez-de-chaussée. Plus haut nous pourrions voir les murs crevassés où s’infiltrait le vent, chantant sa chanson funèbre, puis il serait temps de voir la Tour des Spectres, la plus délabrée, avec ses salles fissurées ouvertes aux quatre vents et ces escaliers interminables où mes parents s’étaient rompus l’échine dans une dispute fatale, et la Tour de l’Horreur avec ses anciens cachots, ses vastes salles abandonnées… Mieux que personne je connaissais chaque pierre de ces tours-là, mieux que les neuf chats d’Ambrosia même, pour les avoir hantées durant mon exil de jeunesse. Loin des logis principaux j’y avais vécu en sauvageonne, mon châtiment pour avoir agressé et blessé grièvement un noble héritier à coup d’épée. C’était là que septon Desmond m’avait apprivoisée. J’y retournais souvent pour jouer de la harpe loin de toute oreille humaine, ou pour profiter de la compagnie de mes chères chauves-souris. Puisque Ser Even se vantait d’avoir la curiosité d’un mestre, il serait servi. « J’espère que tout ceci n’est pas trop assommant pour vous, Messer ! Bien sûr les rumeurs sont toujours au-dessus de la vérité. Je vous montrerais bien les salles de torture où je fais bouillir des enfants dans mes chaudrons, mais je crains de devoir me contenter de divertissements plus communs. Nous terminerons comme vous l’entendrez, par une partie de cyvosse pourquoi pas, un peu d’exercice à l’épée, de chasse ou même un repos mérité près du feu avec quelques notes de harpe. Ma chauve-souris géante vous prie d’excuser son absence, elle est quelque peu souffrante et dans l’incapacité momentanée de faire de la voltige sous vos yeux ébahis. » Je dus me rappeler un instant plus tard de sourire, comme Desmond me l’avait appris. Les gens ne comprenaient pas toujours mes plaisanteries. Il fallait donc que je sourie pour leur faire comprendre que je parlais à la légère. Cela dit, je manquais encore d’entraînement pour feindre totalement la spontanéité et mes risettes à retardement pouvaient être pour certains plus effrayantes et dérangeantes qu’un visage de marbre. Ser Even toutefois n’était pas spécialement impressionnable et je ne m’inquiétais guère de sa réaction. Pas même de son jugement. De toute façon, m’étais-je déjà sincèrement souciée du jugement de mes pairs ? Je n’allais pas commencer à près de quarante ans, après avoir piétiné toute ma vie les conventions de ma caste, volontairement ou non.




PS : Mes PNJ sont ouverts à l'incarnation par des joueurs, MP-moi si vous êtes intéressé !


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Chevalier
avatar

Even Corbray
Chevalier

Général
Courage et honneur.



Chevalier du Val.

♦ Missives : 628
♦ Missives Aventure : 84
♦ Age : 26
♦ Date de Naissance : 24/07/1991
♦ Arrivée à Westeros : 01/05/2012
♦ Célébrité : Eric Bana
♦ Copyright : Izhelinde
♦ Doublons : Corwin Rogers, Morgan Kenning, Kealan du Rouvre
♦ Age du Personnage : 30 ans
♦ Mariage : Aucun
♦ Lieu : Cordial, Val d'Arryn
♦ Liens Utiles :
Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
251/500  (251/500)


Message Jeu 24 Jan 2013 - 21:31

Comme Even l'espérait, lady Danelle accéda à son désir de visiter le château, lui servant elle-même de guide. Une curiosité naturelle et presque gamine faisait tendre attentivement l'oreille au chevalier, et il aurait pratiquement pu passer pour un élève écoutant avec attention les leçons d'un précepteur. Il emboîta le pas à la maîtresse des lieux dans le dédale démesuré qu'était Harrenhal, écoutant avec attention ce qu'elle lui disait lorsqu'ils parvinrent dans la tour du Bûcher-du-Roi. Il connaissait l'histoire, évidemment, mais c'était toujours plus impressionnant de se faire rappeler une leçon d'histoire tout en ayant les preuves véritables des faits sous les yeux. Il ne put s'empêcher de sourire, et eut du mal à ne pas rire lorsque la régente du château lui fit la comparaison de la force d'Aegon le Conquérant avec celle de leur souverain, Aerys. Il avait beau être loyal de tout son être au trône des Targaryen, il fallait avouer que la métaphore ne manquait pas d'humour, et peut-être d'une pointe de justesse. De même, la comparaison qu'elle fit entre la tour et une chandelle à moitié fondue sonnait juste. Il avait remarqué la tour en arrivant, évidemment, car il était difficile de la rater. Ce qui l'impressionnait le plus, c'est qu'il semblait que les pierres avaient même eu à souffrir du feu de Balerion à l'intérieur de la bâtisse. Certaines semblaient cloquées comme si elles avaient subi une forte brûlure.
Comme lady Danelle s'éloignait pour reprendre la visite, il la suivit. Lorsqu'elle ouvrit une porte, un vent puissant et frais aux senteurs sauvages vint les gifler. Il était plus froid qu'en bas, dans les champs ou sur les routes. Peut-être une confirmation de ce que les Nordiens se plaisaient à dire : l'hiver venait... Pour l'heure, l'automne était sur eux. Alors qu'ils sortaient en direction de la tour de la Veuve, un pont de pierre se dressa devant eux. Le vent se jouait de leurs corps en les giflant comme s'ils n'étaient que des poupées de chiffon ou des pantins, et une vue assez impressionnante se dévoilait à leurs yeux. En regardant en bas, on pouvait se faire une assez bonne idée de ce qui résulterait d'une pareille chute... Néanmoins, le Valois était habitué aux hauteurs, et s'il ne prit pas de risques inconsidérés et resta prudent dans ses gestes et ses pas, il n'en resta pas moins aussi à l'aise qu'il était possible en pareille situation. Son hôte lui désigna les silhouettes qui ferraillaient dans la cour aux Laves en contrebas, et lui présenta son maître d'armes. Si le nom lui était familier, Even ne l'avait toutefois pas rencontré en tournoi, et il secoua la tête.

« Je n'étais encore qu'un jeune chiot d'écuyer lorsque votre maître d'armes devait courir les tournois. Je ne crois pas avoir eu le plaisir de le rencontrer.

Il suivit du regard les endroits qu'elle lui désigna comme étant la forge puis les bains. Il comprenait le plaisir que pouvaient trouver les soldats à se baigner après l'entraînement, malgré la fraîcheur de la salle. Lui-même avait connu une vie bien moins faste qu'à Cordial lorsqu'il courait les routes et les déserts à Dorne, et il s'était montré peu regardant sur son confort personnel du moment qu'il pouvait faire une toilette satisfaisante et régénérante. Bien des hommes n'avaient d'ailleurs pas connu le luxe, mais il était normal qu'une personne de noble lignage se montre un peu plus pointu sur ses exigences.
Ils parvinrent enfin dans la tour de la Veuve, ce qui les coupa agréablement des courants d'air extérieurs. Le chevalier nota la présence des fresques et des tapisseries alors que son hôte l'encourageait à aller les observer, ce dont il ne se priva pas. Ce fut pour lui une nouvelle occasion de réactiver sa mémoire avec ses savoirs anciens, provenant de son éducation ou de ses lectures. Il reconnut nombre de scènes à caractère historique représentées, bien moins lorsqu'il s'agissait de l'histoire personnelle des habitants d'Harrenhal. Toutefois, la chauve-souris des Lothston se retrouvait la plupart du temps, et une fois qu'il eut noté sa présence, le jeune homme n'eut guère de mal à la repérer à chaque fois qu'elle se présentait à nouveau.
Son attention fut soudain attirée par des bruits, et il se retourna pour voir lady Danelle aux prises avec un gros chat noir de très mauvaise humeur. Le Valois n'avait rien contre les félins, mais il les savait d'humeur capricieuse, et leur préférait malgré tout le contact des chiens et des chevaux, plus francs de façon générale. Il s'approcha de la régente alors qu'elle maîtrisait son curieux adversaire, se demandant ce qu'un chat pouvait bien faire là. Il aurait pensé en trouver plutôt dans la partie principale du château... Mais il eut bien vite la réponse à ses interrogations.

Une vieille femme, grande mais aussi large et forte, venait de vociférer à l'attention de la maîtresse des lieux et de récupérer le chat. Elle avait l'air légèrement folle, du moins bien plus que celle qui était censée l'être selon la rumeur. Le ton sur lequel la mégère s'adressa à sa maîtresse fit arquer le sourcil à Even. Il était très loin d'être de ceux qui aimaient affirmer et réaffirmer la supériorité de la noblesse sur le peuple, et au contraire, il aidait bien volontiers les gens de commun. Toutefois, il considérait malgré tout qu'un respect mutuel devait régner entre ceux des deux conditions. La vieille ne devait plus avoir toute sa tête, à l'évidence, aussi assista-t-il à l'échange sans mot dire, un peu surpris. Il n'en fallut pas beaucoup pour que l'importune prenne la fuite en emportant ses chats avec elle. La réputation de lady Danelle faisait son petit effet, même à ceux qui la connaissaient de près, semblait-il... Il coula un regard perplexe dans la direction dans laquelle la vieille nourrice était partie alors que son hôte lui expliquait à qui ils avaient eu affaire.


- Si je puis me permettre, elle n'a pas l'air d'avoir toute sa tête. Vous devriez peut-être vous méfier, si elle a tenté de faire du mal à la nourrice de votre neveu, au vu de la façon dont elle s'est adressée à vous, elle pourrait tenter quelque chose.

Ou au contraire, point du tout. Il avait croisé quelques déments, dans sa vie. Bien peu, grâce en soit rendue aux Sept, mais assez pour les prendre en pitié ou au contraire, de s'en méfier comme de la peste. Il savait que certains étaient inoffensifs, tandis que d'autres devenaient des meurtriers pour peu qu'on les laissât dans leur délire avec une occasion pour faire du mal et une arme à portée de main. Chose qu'il n'avait osé dire, il trouvait la vieille nourrice bien plus folle que la régente qu'on qualifiait pourtant comme telle. Pour l'heure, même s'il ne pouvait se targuer de la connaître, loin de là, elle lui semblait simplement être une femme peu conventionnelle, mais rien de plus.
Il lui emboîta le pas quand elle se dirigea vers un autre passage, sa grande forme physique et sa bonne santé lui permettant de tenir le rythme sans mal là où d'autres auraient soufflé comme des bœufs. Les escaliers semblaient être l'élément architectural principal d'Harrenhal, vu de près... Tandis qu'ils marchaient, lady Danelle se laissa aller à une plaisanterie vis-à-vis de ce qu'on disait sur elle. Son sourire trop tardif aurait pu avoir quelque chose d'inquiétant, mais le Valois prit le cynisme et le second degré pour ce qu'ils étaient. Il sourit à la plaisanterie, faisant même mine de prendre une moue déçue.

- Moi qui voulais faire une halte à Harrenhal précisément dans le but de voir cette bête en représentation... Me voilà fort déçu.

Un nouveau sourire aux lèvres, il se passa la main dans les cheveux pour y remettre un peu d'ordre. Naturellement bouclés et légèrement indisciplinés, le vent qui les avait assailli sur le pont de pierre n'avait rien fait pour améliorer leur état. Du moins étaient-ils propres, maintenant qu'il en avait pris soin lors de son bain.
La proposition de faire une partie de cyvosse après la visite lui avait toutefois fait tendre l'oreille. C'était un jeu qui lui plaisait beaucoup, ce qui était peu étonnant au vu de son caractère réfléchi et posé, et il n'avait pas eu l'occasion de faire une partie depuis un certain bout de temps. Cela serait un réel plaisir pour lui, et il était curieux de voir ce que son hôte était capable de faire avec les pions. Par ailleurs, un exercice physique serait fort peu approprié alors qu'il était lavé de frais. Un peu de repos ne lui ferait pas de mal à lui non plus, du moins pour ce qui concernait son corps. Son esprit avait encore bien assez d'énergie pour rester vif.


- Ce sera un plaisir de disputer une partie de cyvosse avec vous. J'apprécie beaucoup ce jeu, que j'ai appris dans ma jeunesse et que mon long séjour à Dorne m'a permis d'approfondir. En outre, cela fait un bon moment que je n'ai pas pu en faire une partie... »

Sa franchise devait transparaître dans sa voix, et son plaisir anticipé n'était pas feint. Retrouver de la compagnie après un long voyage en solitaire était également quelque chose de plaisant. Un instant, il fut tenté de lui poser quelques questions sur les évènements de Murs-Blancs, mais il se ravisa. Il serait encore largement temps de le faire lorsqu'ils seraient attablés devant le plateau de jeu, et l'occasion serait d'ailleurs bien plus appropriée. Pour l'heure, il reconcentrait toute son attention et sa curiosité sur les nouveaux lieux que lady Danelle allait lui montrer. Il se disait quelque part qu'il était sans doute privilégié de pouvoir faire le tour de ce lieu historique sur lequel on disait tant de choses.


Spoiler:
 

Revenir en haut Aller en bas
Noble
avatar

Danelle Lothston
Noble

Général

Dame régente d'Harrenhal

Dite "La Folle"


♦ Missives : 1003
♦ Missives Aventure : 25
♦ Age : 37
♦ Date de Naissance : 25/09/1980
♦ Arrivée à Westeros : 03/12/2012
♦ Célébrité : Michelle Pfeiffer dans 'Stardust' © Paramount Pictures
♦ Copyright : Avatar©Gritsou & Gif animé©Logan Grafton.
♦ Doublons : Alysanne Florent, Lantheïa, Vyrgil Vyrwel
♦ Age du Personnage : 39 ans
♦ Mariage : Qui aurait le courage de demander ma main ?
♦ Lieu : Harrenhal
♦ Liens Utiles : Les racines de la folie
Extravagances et confidences
Les mystères d'Harrenhal
Les dons de Danelle
Scandales notoires

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
106/500  (106/500)


Message Mer 30 Jan 2013 - 16:06

Un Valois en maraude à Dorne ? Voilà qui était pour le moins inhabituel, et ceci expliquait peut-être l’absence de réaction de mon invité vis-à-vis de mes singularités. Si lui-même était assez original pour être descendu de ses montagnes hautaines et s’être aventuré jusqu’aux arides étendues de la péninsule, où les étrangers disait-on n’étaient pas toujours les bienvenus, il n’était pas si étonnant au fond que la Folle d’Harrenhal ne l’affolât point. Et que dire des mœurs dorniennes qui devaient lui faire paraître les miennes presque normales en comparaison. Des femmes guerrières et séductrices, des seigneurs prompts à la violence et au pillage, une nourriture aussi dangereuse que les serpents du désert, et quoi encore ? Des dieux étranges venus d’ailleurs… Je ne savais si je devais me réjouir d’être reléguée au rang de presque-banalité, partagée comme toujours entre les avantages et l’amusement procurés par mon statut d’épouvantail, et la tentation de frayer avec l'un mes semblables en étant reconnue pour ce que j’étais, préservée de tout jugement. Pour une fois qu'un inconnu semblait me considérer sans effroi, voire goûter mon humour... Allais-je donc abdiquer toute prétention à la folie devant ce chevalier féru de cyvosse ?

Inutile d’atermoyer là-dessus : ma nature ferait son œuvre. Il n’aurait qu’à juger sur pièces de ma santé d’esprit. Que m’importait après tout l’opinion d’un coureur de routes ? Il avait peut-être glané quelque prestige à Murs-Blancs mais il n’était guère plus qu’un passant en armure, pour ce que j'en savais. A tort, peut-être, vu mon ignorance crasse des arbres généalogiques de la noblesse : j'ai déjà du mal à m’intéresser à mes voisins, alors, au Val... ! J’y étais allée, j’avais observé, j'étais rentrée, et c'était déjà bien assez. N'ayant aucun motif d'orienter l'avis de ce Corbray à mon sujet, je continuai d'agir selon l'humeur du moment, comme je l'avais fait jusqu'à présent.

« Vous avez appris le cyvosse à Dorne...» relevai-je. « Il faudra me raconter comment vous êtes tombé des neiges éternelles dans ces sables brûlants. Je suppose que ce n’est pas un coup de vent qui vous a porté jusque-là. » Selyse aurait jugé la tournure peu élégante, voire cavalière ; au moins avais-je évité le jargon des soudards qui me venait parfois plus naturellement que celui des ladies, à force de passer du temps parmi mes hommes d’armes. J’ai toujours nourri un certain dédain, ou disons plutôt une indifférence négligente, envers le beau langage : tout va toujours si lentement en ce bas monde, surtout parmi la noblesse, que les gaspillages de salive ont tendance à m’impatienter quand ils ne m’exaspèrent pas tout simplement. J’ai mis de l’eau dans mon vin avec le temps, je me suis assagie, mais on ne me fera pas dégoiser des odes et des pamphlets quand un « bonjour », un signe de tête ou un coup d’épée suffisent.

Nous arrivions à la Tour Plaintive. Je fis un petit détour par les cuisines, juste pour le coup d’œil : on aurait pu y préparer un banquet pour tout Ville-Harren. Les parfums de cuisine ravivèrent un appétit déjà satisfait et je me hasardai à subtiliser une tartelette aux amandes que j’offris à mon hôte de partager tout en marchant. Nous dépassâmes les entrepôts pour prendre le passage menant à la Tour des Spectres, dont nous gagnâmes les hauteurs en ruine après une interminable volée de marches. Des salles éventrées accueillirent nos pas, toutes gonflées d’air frais et d’odeurs d’arbre portées par le vent, souillées d’excréments d’oiseaux et de chauve-souris montrant qu'elles étaient à l’abandon. Le vent sifflait dans les interstices des murs et là où un pan entier avait cédé au souffle des dragons et à l’usure du temps, je m’avançai au bord pour contempler le vide, invitant Ser Even à se gaver d’une vue saisissante sur le Conflans. Mes jambes musclées par la vie à Harrenhal me portaient fermement à l’orée du gouffre et je me régalais à dominer ainsi le monde, comme jadis la sauvageonne que j’avais été. J’avais trouvé là une puissance dont me nourrir et en même temps la conscience de ma propre fragilité. Un pas en avant m’aurait tuée, mais j’étais la seule à pouvoir contempler ce panorama, loin au-dessus de tous les autres seigneurs en leurs petits châteaux, loin au-dessus des gueux aux pieds boueux, jouissant du privilège des dragons et toutes les autres créatures volantes. Aujourd’hui encore j’y puisais une source de force, de paix et de lucidité qui m’incitait à venir ici jouer de la harpe ou simplement méditer pour recentrer mes pensées.

« La Tour des Spectres est la plus abîmée de toutes, comme vous pouvez le constater… j’aime cet endroit, ce que mon entourage a du mal à comprendre dans la mesure où mes parents y ont péri d'une mort brutale. Je suis la seule personne à venir ici, ou presque. Je trouve qu’on s’y sent plus près du monde et des mystères de l’existence. Si vous tendez l’oreille, vous entendrez peut-être les plaintes des fantômes du passé, et si vous ouvrez l’œil, vous verrez peut-être Harren le Noir et ses fils en train de brûler. On dit que celui qui les voit s’enflammera à son tour mais je n’ai jamais eu la chance d’assister à une chose aussi extraordinaire ! A en croire Ambrosia, je fais peur à Harren lui-même. Peut-être bien, après tout : je suis une vassale des Targaryen qui les ont massacrés, lui et sa famille... et un homme qui se terre derrière des murs de cette taille ne brille sans doute pas par sa bravoure. » Je levai les yeux au plafond d’une hauteur vertigineuse et étendit les bras comme pour embrasser le vent qui ruisselait par l’immense faille. « T’entend ça Harren, vieille canaille ? » Puis, devant l'absence de réponse fracassante du supposé spectre, je me tournai vers Even en soupirant : « Hum. On dirait bien que la combustion spontanée ne sera pas à l’ordre du jour. Je crains que nos chers spectres soient un peu fatigués. C’est qu’ils ne sont plus de première jeunesse, il faut les en excuser. Profitez au moins de la vue : ce n’est jamais ce dont on parle quand on évoque cet endroit, mais c’est en réalité le seul spectacle que cette tour ait à offrir... à part les chauve-souris, bien sûr. Je vous les montrerai si le cœur vous en dit. »


Spoiler:
 




PS : Mes PNJ sont ouverts à l'incarnation par des joueurs, MP-moi si vous êtes intéressé !


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Chevalier
avatar

Even Corbray
Chevalier

Général
Courage et honneur.



Chevalier du Val.

♦ Missives : 628
♦ Missives Aventure : 84
♦ Age : 26
♦ Date de Naissance : 24/07/1991
♦ Arrivée à Westeros : 01/05/2012
♦ Célébrité : Eric Bana
♦ Copyright : Izhelinde
♦ Doublons : Corwin Rogers, Morgan Kenning, Kealan du Rouvre
♦ Age du Personnage : 30 ans
♦ Mariage : Aucun
♦ Lieu : Cordial, Val d'Arryn
♦ Liens Utiles :
Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
251/500  (251/500)


Message Dim 17 Fév 2013 - 17:35

Comme de nombreuses personnes avant elle, lady Danelle sembla s'étonner du fait qu'il aie séjourné à Dorne. C'était une réaction à laquelle Even était habitué. Dans les premiers temps, cela l'avait un peu dérangé, mais cela avait vite changé. Il se voyait à présent presque comme un ambassadeur du pays des sables auprès des habitants des autres régions. Peut-être parviendrait-il modestement à aplanir les différends qui régnaient entre les deux peuples, ou du moins à ouvrir l'esprit de certains à cette autre culture. Une fois de plus, il s'apprêta à expliquer dans les grandes lignes les raisons de son voyage. Tout détailler était une bien longue histoire. Comment exprimer fidèlement le quotidien de dix ans de vie en l'espace de quelques minutes ? Aussi, parler de long en large de ce qu'il avait vécu là bas était un exercice auquel il ne se livrait que rarement.

« A vrai dire, c'est ma curiosité qui m'a portée à Dorne, d'une certaine manière. J'ai eu un Dornien pour maître d'armes durant ma jeunesse. Mes parents ont jugé utile de nous former, mon frère et moi, au maniement d'un grand nombre d'armes pour que nous ne soyons pas dépourvus en cas de besoin. Sur le champ de bataille, perdre son arme peut arriver plus facilement qu'on ne peut le croire, et celles qui traînent à terre peuvent être de tout type... Iafarr, mon maître d'armes, était en exil de son propre chef, afin d'échapper à une sentence injuste prononcée à son encontre. Il a erré dans le royaume et lorsqu'il est arrivé à Cordial, il a été engagé. Quand le conflit avec Dorne a pris fin, il a voulu rentrer chez lui. J'étais nouvellement adoubé chevalier, et j'ai désiré le suivre pour approfondir encore le combat à la lance, mais surtout pour découvrir ces contrées lointaines. J'y ai finalement passé dix ans, et je ne suis revenu définitivement dans le Val qu'en 210. Reprendre le rythme n'a pas été chose aisée, mais je ne regrette pas mes choix.

Alors qu'ils passaient par les cuisines, la régente s'empara d'une tartelette aux amandes dont elle lui offrit la moitié. Bien que rassasié par le repas qui lui avait été offert précédemment, le chevalier accepta volontiers. La pâtisserie était délicieusement sucrée, et il ne regretta pas cet écart de pure gourmandise. Il continua à suivre son hôte à travers le dédale interminable du gigantesque château. Sans nul doute, quelqu'un en moins bonne condition physique peinerait depuis longtemps à courir de gauche à droite de la sorte. Mais le Valois avait connu bien plus éprouvant à Dorne, aussi tenait-il le rythme sans peine. Leurs pas les conduisirent dans ce qui lui fut présenté comme la Tour des Spectres. Son nom parlait pour elle, et elle était plutôt célèbre. Le vent soufflait dans les ruines en gémissant, comme si des revenants faisaient entendre leurs plaintes lugubres. Peut-être était-ce là une des raisons de sa réputation ? Il faisait frais dans les salles éventrées, et Even inspira à fond, se gorgeant des senteurs amenées des terres qui s'étendaient aux pieds du château. Toutes sortes de bêtes ailées devaient loger là, à en juger par leurs excréments qui jonchaient le sol, et le chevalier prit garde autant que possible à ne pas se salir. Imitant lady Danelle, il se rapprocha d'un pan de mur effondré qui ouvrait sur le vide. Ce n'était sans doute pas aussi impressionnant et terrifiant que la vue que pouvaient offrir les Eyriés, notamment depuis ses cellules ouvertes sur le vide, à ce qu'on disait, mais l'impression n'en était pas moins forte.
Il s'avança avec prudence, restant tout de même à une distance respectueuse pour éviter de tomber. Glisser sur des fientes serait un bon moyen de chuter... et l'idée ne lui plaisait guère. Aussi près du gouffre que le bon sens le permettait, il admira la vue sur le Conflans. Le ciel était suffisamment dégagé pour permettre de voir de larges portions de terrain, forêts, plaines, champs, villages, cours d'eau qui miroitaient au soleil... Au loin, des nuages noirs s'amoncelaient, laissant entendre qu'une averse n'était peut-être pas à exclure. Le Valois pouvait s'estimer heureux d'avoir un tel toit au-dessus de la tête. Il recula un peu pour écouter les explications que lui fournissait la régente d'Harrenhal, et il ne put retenir un sourire amusé en la voyant interpeller en vain le spectre d'Harren le Noir.


- Même si rencontrer Harren le Noir aurait pu s'avérer intéressant, je crois que je n'aurais pas apprécié de me transformer en torche humaine. Je dois avouer que la vue que l'on a sur le Conflans est saisissante...

Il jeta encore un œil au paysage avant de hausser les épaules quand elle lui proposa de lui montrer ses fameuses chauve-souris. Non pas par dédain, mais simplement pour lui signifier que cela ne le dérangeait en rien. Il avait frayé, contraint et forcé, avec des animaux autrement plus dangereux lorsqu'il s'était retrouvé dans le désert dornien. Ces reines de la nuit inspiraient probablement l'effroi parce qu'elles étaient mal connues, mais à ce jour il ne connaissait aucune histoire fiable et à laquelle on pouvait accorder crédit qui disait qu'un homme avait été tué et dévoré par une nuée de chauve-souris.

- Je pense que vos chauve-souris ne sont ni aussi dangereuses ni aussi terribles qu'une vipère des sables de Dorne... Je ne vois aucun inconvénient à les voir.

Néanmoins, les animaux qu'il préférait côtoyer étaient les chevaux. Depuis son âge le plus tendre, il s'était senti un lien profond avec eux, et nul doute que s'il était né roturier, il aurait fait un excellent palefrenier ou maître d'écurie. Son séjour à Dorne lui avait également permis d'approfondir cette part-là de sa personnalité, et il avait côtoyé de près avec Iafarr des bêtes particulièrement intéressantes et impressionnantes.

- Aimez-vous les chevaux, ma dame ? Je dois avouer que j'ai un lien assez profond avec eux, et ce depuis mon plus jeune âge. Mon père disait souvent que si j'étais né roturier, j'aurai fait un excellent garçon d'écurie. Ce sont des bêtes très intéressantes et des alliés fidèles tout au long de leur vie. J'ai moi-même vu naître et participé au dressage de mon propre cheval, et bien qu'il soit encore jeune, c'est un animal intelligent, dévoué et prometteur. Il s'est très bien comporté à Murs-Blancs, sans se laisser impressionner par la foule, le bruit et l'agitation.

Il était toujours fier de parler de Sunburn avec ceux qui s'intéressaient à ces bêtes, et il avait eu de nombreux échanges intéressants avec des maîtres d'écuries depuis son retour. Son étalon avait plus d'une fois suscité l'admiration, en raison de ses qualités physiques et surtout de sa robe inhabituelle... Et on lui avait parfois demandé s'il était possible d'en obtenir quelques saillies.
Détournant ses pensées de son compagnon de voyage, il jeta un regard circulaire à la pièce. Quelque part, il trouvait que son hôte était bien seule en ces lieux. Vu l'étrange personnalité qu'on lui prêtait, il n'était pas certain que cela la dérange, et après tout, elle n'était pas totalement seule puisqu'elle avait son personnel, ses hommes... Mais en comparaison de l'immensité d'Harrenhal, la part occupée du château semblait risible.


- Dites-moi, Harrenhal ne semble-t-il pas parfois... trop vaste ou trop vide ? Ne se sent-on pas seul dans cette immensité, malgré les gens qui l'habitent ? »


Spoiler:
 



Dernière édition par Even Corbray le Mer 3 Avr 2013 - 9:20, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Mar 19 Fév 2013 - 18:25

L’admiration est une émotion capable d’étreindre le cœur de tous les hommes, sans exception. La différence réside simplement dans la manière qu’ils ont, ou non, d’extérioriser ce sentiment. Certains pousseront des cris, des exclamations, ou se lanceront dans des tirades dithyrambiques, tandis que d’autres se contenteront d’un simple hochement de tête appréciateur, mais en aucun cas cela ne signifie que les seconds sont blasés ou dénués d’émotion. Peut-être souhaitent-ils présenter au monde une façade blasée, ou peut-être sont-ils habitués à ne pas communiquer leurs pensées les plus profondes et les moins aisées à contrôler. Olivir était de ceux-là. Grandir seul entre bois et champs ne rendait pas extraverti.

Pourtant, il s’était permis un sifflement appréciateur lorsque le visiteur de Lady Danelle lui avait remis les rênes de sa monture, un destrier magnifique dont la vue était pour le moins inhabituelle dans le Conflans. Certains des rares visiteurs lui avaient confié de très belles bêtes, de puissants étalons au tempérament enflammé dont il avait d’ailleurs appris à se méfier depuis qu’un coup de sabot vicieux était passé bien trop près a son goût de son visage quelques années plus tôt. Cet animal-ci ne se distinguait pas par sa taille ou sa musculature, mais par l’harmonie de ses formes, et Olivir regretta de voir que le chevalier voyageait seul : un écuyer aurait certainement pu répondre à ses interrogations et satisfaire sa curiosité, même si le maître-dresseur soupçonnait des origines méridionales, si ce qu’il avait entendu sur les coursiers dorniens était vrai.

Il mena lui même le destrier, ainsi qu’Eclipse, la monture de Lady Danelle, jusqu’aux écuries, avant de héler Ked. Son assistant s’empressa d’arriver, un balai à la main. Olivir s’était absenté en milieu de journée pour aller inspecter les terres d’un paysan saccagées par des sangliers. Le maître-dresseur avait repéré les traces : si Tybalt souhaitait aller chasser, il lui donnerait leur localisation pour qu’il en débarrasse le voisinage. Sinon, il lui faudrait trouver le temps de s’en occuper lui-même. La perspective ne l’enchantait guère, tant les sangliers étaient endurants et durs au mal. Il était rare de qu’un cerf encorne un chien, mais contre ces porcs sauvages, les pertes animales étaient fréquentes.

« Occupe toi d’Éclipse. Elle est fatiguée, la Dame a pas mal chevauché aujourd’hui. Et cette fois, fais attention lorsque tu accroches sa selle. » Olivir avait eu un matin à l’aube la mauvaise surprise de la découvrir au beau milieu de sa stalle, couverte d’excréments. Il avait illico était réveiller son assistant qui avait passé la matinée à la laver, la décrotter et faire en sorte de faire disparaître l’odeur. Pendant ce temps, le Maître-Dresseur croisait les doigts en espérant que nulle raison ne pousse la Dame à vouloir utiliser son cheval. Les Sept avaient été cléments. Cette fois.

« D’accord. Il est à qui celui-ci ? » demanda-t-il en avisant le destrier d’Even. « Il ne ressemble pas à ceux du château. » Intérieurement, Olivir se félicita de voir que son assistant commençait à avoir l’œil pour ce genre de détails. Sa formation commençait à porter ses fruits. « A l’invité de Lady Danelle. Tu pourras l’admirer plus tard. File, Eclipse a besoin d’être pansée. » Il mena le destrier vers une des stalles libres les plus spacieuses, non par flatterie envers le chevalier, mais parce que prendre soin d’un tel animal était une fierté, et qu’il ne serait pas dit qu’un invité repartirait d’Harrenhal mécontent du traitement réservé à sa monture. Il changea rapidement sa litière, puis le laissa entre les mains de Ked. Il avait d’autres tâches à accomplir, ou à superviser.

Il passa pas mal de temps au chenil, dont la porte avait été brisée par l’enthousiasme des occupants lors de leur dernière sortie. Pendant qu’il s’affairait à réparer les gonds, Thia gardait les chiens au calme. Une planche de bois avait été placée en guise de remplacement temporaire, mais elle ne résisterait pas aux velléités de promenade des limiers.

« Qui est l’invité de Lady Danelle, Oncle ? » demanda Thia qui était occupée à consciencieusement papouiller Vidol, un grand braque noir qui dirigeait la meute lors des chasses. S’il se tenait tranquille, les autres resteraient calmes. « Un chevalier, sans aucun doute. Je ne sais pas d’où il vient, mais il avait une superbe monture. Tu pourras te renseigner aux cuisines une fois que j’aurai terminé de réparer la porte. » Olivir ne doutait pas qu’une servante ait entendu le nom de l’invité au détour d’une conversation. Or les ragots et racontars convergeaient tous vers le lieu de rassemblement des estomacs vides, où l’on espérait qu’une conversation distrayante permettrait d’obtenir une petite compensation nutritive. Le temps qu’il finisse son œuvre et que Thia parvienne aux cuisines, le chevalier serait le principal sujet de conversation dans les couloirs, d’autant qu’il avait paru plutôt bel homme au maître-dresseur.

« Je crois qu’Emmaran ne va pas bien. Il a beaucoup maigri, mais je ne lui ai pas trouvé de tiques ou de coupures. Il a du manger quelque chose de mauvais pendant une chasse, parce que c’est le seul comme ça. » poursuivit sa nièce sans interrompre ses caresses. « Faut-il que je demande des herbes à mestre Sydney ? J’espère que ce n’est pas contagieux. » Olivir attendit d’avoir réglé son sort à un clou récalcitrant avant de lui répondre. « Tu peux, mais ne sois pas surprise si le mestre préfère garder son matériel. Certaines denrées sont rares, et doivent être conservées au cas ou l’un de nous tomberait malade. » Il s’épongea le front à l’aide de son poignet. « Mais mets Emmaran en quarantaine en attendant, avec son eau et sa nourriture. Assure-toi qu’il mange bien. Avec un peu de chance, cela passera. Sinon… »

Olivir n’aimait pas tuer des animaux domestiques, surtout lorsqu’il s’agissait de limiers dressés, mais il était hors de question de mettre toute la meute en péril dans le seul espoir que l’un de ses membres guérisse miraculeusement. Il adressa une brève prière à la Mère pour qu’elle améliore le soin de cette pauvre bête. Thia était trop attachée aux chiens de la forteresse, elle avait pleuré pendant une journée entière lorsqu’il avait fallu abattre un des leurs après qu’un loup l’eut éventré.

Il vint finalement à bout de son œuvre, et après quelques efforts, le chenil fut doté d’un portillon neuf à défaut d’être flambant. Inutile de passer des heures à en améliorer l’apparence : Tybalt, qui chassait le plus fréquemment, ne se préoccupait pas de l’esthétique du chenil, et surtout, il s’agissait du chenil d’Harrenhal. L’usure y était la norme, quant à la démesure, il suffisait de voir l’espace dont disposaient les chiens pour vivre. Dix fois plus d’animaux auraient pu y être entreposés sans qu’ils soient serrés les uns contre les autres.

« Remplis les écuelles avant de filer » ordonna Olivir à Thia avant de s’éloigner, plus pour la forme que par crainte qu’elle n’oublie. Sa nièce n’était pas la plus douée de ses assistants, mais elle était de loin la plus consciencieuse. Il repassa rapidement par ses quartiers pour hydrater sa gorge sèche, et en profita pour s’asseoir quelques instants. Nul luxe à admirer dans sa chambre, tout juste quelques trophées de chasse récupérés plus pour éviter de les laisser pourrir que par amour de la collection. Un lit, une armoire, et une table sur laquelle s’étalait une vieille carte des Terres des Lothston complétaient le tableau. Tout était simple et sans fioritures, robuste et pratique, à l’image d’Olivir. D’aucuns auraient même rajouté « peu accueillant », mais encore une fois, créer un Havre de paix et de douceur à l’intérieur des murs de la forteresse maudite relevait de la gageure, et constituait un défi n’intéressant nullement le maître-dresseur.

Sa soif étanchée, il décida d’aller trouver son troisième assistant, Emaric, qui comme à son habitude rêvassait dans les volières. Olivir inspecta les lieux sans que le gamin s’aperçoive de sa présence, et les trouva dans un excellent état. Malgré cela, la fainéantise de son apprenti l’ennuyait, et était d’autant plus dommageable qu’avec de la motivation, il était un remarquable ouvrier.

« Félicitations, Emaric. Tu as fait du très bon travail. » commença-t-il à dire avec un soupçon d’ironie dans la voix. Le garçon dut y être réceptif, car il se redressa brusquement. « Mais… ? » Le maître-dresseur était par nature avare en compliments. « Mais rien du tout ! Au contraire, tout est parfait, je cherchais justement quelqu’un pour m’aider à nettoyer la Tour des Spectres, et tu sembles t’ennuyer. »

La perfidie d’Olivir arracha un long soupir à son assistant, qui obtempéra néanmoins et le suivit jusqu’à la Tour la plus endommagée, celle qui reflétait le mieux la déchéance du bâtisseur d’Harrenhal. Il était difficile d’objecter à la lubie d’élevage de Lady Danelle, car personne d’autre que des chauves-souris n’aurait accepté de vivre dans un lieu aussi sinistre. Même ceux qui résidaient depuis longtemps dans la forteresse n’étaient pas indifférents à ses extérieurs ravagés. Olivir s’y était acclimaté à force de venir y soigner les bêtes, sans pour autant cesser d’éprouver un certain soulagement à chaque fois qu’il la quittait.

Après la longue ascension des escaliers, il parvint finalement au sommet de la Tour, si tant est que le toit éventré mérite une telle appellation. L’odeur y était aussi forte et entêtante qu’à l’accoutumée. Le soleil n’étant pas encore couché, les bêtes y dormaient, fidèles à leur étrange posture, tête en bas. Si ça ne tenait qu’à lui, Olivir aurait installé une torche pour pouvoir travailler dans de meilleures conditions, mais il savait que cela avait tendance à agiter les occupants, et Lady Danelle tenait à leur bien être, aussi avait-il pris l’habitude de travailler dans l’obscurité. Il ordonna à voix basse à Emeric de ramener balais, racloirs et seaux qui devaient être entreposés à l’entrée de la Tour, et qu’il avait oublié de prendre en passant. L’apprenti s’exécuta, laissant pour quelques instants Olivir seul dans la pièce remplie des étranges animaux.

Il se souvenait du jour où Lady Danelle avait commencé son élevage, et surtout des discussions entre servants qui se demandaient si leur maîtresse n’avait pas conclu quelque pacte maléfique pour agir de la sorte. Contrairement aux chiens, aux chevaux et aux oiseaux de proie, les chauves-souris n’avaient aucune utilité, et ne pouvaient guère être considérées comme ornementales, car elles semblaient ne se complaire que dans les lieux les plus sinistres de la citadelle – difficile donc de les mettre en valeur lors d’un dîner. Olivir avait initialement partagé cette méfiance collective, avant de rapidement s’habituer aux créatures ailées lorsque mission lui fut donnée d’en prendre soin en l’absence de Lady Danelle. Elles demandaient peu de soins, étaient fidèles à la Tour, et avaient une grâce certaine dans les airs de par leur vol à nul autre pareil. La Dame avait d’ailleurs aménagé leurs quartiers pour les rendre plus agréables à vivre : de fines poutres avaient été fixées dans le mur par le maître-maçon comme autant de perchoirs diurnes, et un ingénieux système de plateaux lestés faisait office de mangeoires. Olivir avait notamment remarqué que le nombre d’insectes avait fortement diminué à Harrenhal depuis l’installation de ces nouveaux locataires, et il ne regrettait pas une seule seconde les démangeaisons.

La tâche à laquelle il comptait s’atteler en compagnie d’Emaric paraissait certes ingrate, mais s’avérait étonnamment profitable. Les excréments de chauve-souris s’étaient avérés être un excellent engrais pour les terres parfois peu généreuses qui entouraient la forteresse, et certains paysans avaient pris l’habitude de les acheter à Olivir. L’argent accumulé permettait de financer les aménagements de la Tour, ainsi que l’entretien des écuries, des volières et du chenil. Une association doublement profitable, même si l’étape de récolte n’était pas des plus agréables.

« Peut-être que je devrais aussi appeler Ked et Thia… » tenta Emaric en remontant avec le matériel dans les bras, mais le regard d’Olivir lui fit comprendre que, non, cela n’était pas nécessaire, et qu’il s’en sortirait parfaitement tout seul. Le long et pénible nettoyage commença alors, entrecoupé de brèves pauses afin de transférer les tas d’excréments dans les seaux. En plus du sol, ils raclèrent les murs à leur portée, et trois seaux remplis plus tard, commencèrent à voir le bout du tunnel, avec un soulagement non feint dans le cas d’Emaric. Les voix résonant dans les travées indiquèrent à ce moment que Lady Danelle approchait. Olivir fit signe à son assistant de continuer, et descendit à la rencontre de la châtelaine. Si elle discutait, cela signifiait qu’elle était en compagnie de son invité, et peut-être préférait-elle patienter jusqu’à la fin du nettoyage avant de poursuivre sa présentation des lieux. Harrenhal n’étant pas la plus accueillante des forteresses, le moindre effort comptait.

En s’essuyant les mains sur un chiffon, Olivir descendit rapidement les escaliers en colimaçon pour aller à l’encontre de Danelle. Il ne s’était pas trompé sur l’identité de son compagnon, même s’il ignorait toujours le nom du Ser. Il s’arrêta à quelques pas d’eux.

« Lady Danelle, nous avons presque terminé de nettoyer la salle » commença-t-il à dire, plus sur le ton de l’information que celui du conseil. Il connaissait assez la Dame pour savoir qu’elle monterait si elle avait décidé de monter, excréments ou non. « Les réserves de fruits sont basses, je comptais remplir les plateaux une fois le sol entièrement propre. » Olivir se tourna ensuite vers l’invité, et plia légèrement le buste en guise de salut : il ne voyait pas l’intérêt de se plier en deux pour quelqu’un qui le dépassait de plus d’une tête. « Mes respects, Ser. Je suis Olivir, maître-dresseur au service de Lady Danelle. Je vous félicite pour la qualité de votre monture, il est rare d’en voir de si belles dans ces écuries. »

Se souvenant soudain d’une remarque qui lui était venue lors de sa sortie chez le paysan, il revint vers sa châtelaine. « Vous ne devriez pas planter des têtes sur des piques, vous savez. Ça va attirer les corbeaux, et une fois qu’ils auront terminé leur repas, ils s’attaqueront aux vergers. C’est vorace ces bêtes-là. » Olivir avait pris l’habitude d’être franc avec Lady Danelle : cela lui avait valu quelques soufflantes, mais elle appréciait plus l’honnêteté que les ronds-de-jambes. « Laissez vos voisins faire les petites mises en scène comme ça, surtout lorsque c’est le moment de faire des réserves pour l’Hiver. Les freux voleront leurs fruits, et Ville-Harren sera épargnée » conclut-il. Il n’avait pas d’empathie pour ceux à qui avaient appartenu les têtes. Généralement, elles étaient séparées des corps pour des raisons valables.

L’étranger semblait bien s’entendre avec la Dame, ce qui était loin d’être toujours le cas. Rares étaient ceux qui passaient à Harrenhal, et encore plus rares étaient ceux dont le séjour se passait en compagnie de Lady Danelle. Olivir avait plusieurs fois vu des invités s’enfermer dans leurs quartiers à leur arrivée et repartir dès l’aube, presque comme des voleurs ne souhaitant pas qu’on les reconnaisse. En sellant leurs chevaux, le maître-dresseur s’amusait de ces seigneurs et ces chevaliers aux riches atours et aux armures ciselées qui se révélaient effrayés à l’idée de rencontrer la régente. Il tentait d’imaginer quel serait leur bravoure au combat, lorsqu’ils se retrouveraient forcés de faire face à de véritables ennemis souhaitant les occire.

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Noble
avatar

Danelle Lothston
Noble

Général

Dame régente d'Harrenhal

Dite "La Folle"


♦ Missives : 1003
♦ Missives Aventure : 25
♦ Age : 37
♦ Date de Naissance : 25/09/1980
♦ Arrivée à Westeros : 03/12/2012
♦ Célébrité : Michelle Pfeiffer dans 'Stardust' © Paramount Pictures
♦ Copyright : Avatar©Gritsou & Gif animé©Logan Grafton.
♦ Doublons : Alysanne Florent, Lantheïa, Vyrgil Vyrwel
♦ Age du Personnage : 39 ans
♦ Mariage : Qui aurait le courage de demander ma main ?
♦ Lieu : Harrenhal
♦ Liens Utiles : Les racines de la folie
Extravagances et confidences
Les mystères d'Harrenhal
Les dons de Danelle
Scandales notoires

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
106/500  (106/500)


Message Mar 26 Fév 2013 - 20:55

La proposition lancée au vol, à moitié pour tester mon invité, trouva un écho favorable. Ser Even se déclarait pas explicitement intéressé, mais il n'était pas contre une petite escapade dans le nid de mes chéries. Voilà qui était réjouissant. Un chevalier du Val qui n'était dégoûté ni par les vipères de Dorne ni par les chauve-souris de la Folle. Sans doute était-il perçu comme irrémédiablement souillé par ses consorts des blanches cîmes. Bien, il s'était donné la peine de monter jusqu'ici et son style blasé m'amusait ; qu'il soit donc rétribué de ses efforts. Peut-être même repartirait-il entier d'ici, à la différence d'Ambrose Beurpuits. Je hochai la tête avec amusement alors qu'il m'interrogeait à son tour. Les chevaux. Oui. Les animaux m'intéressaient en général. Plus faciles à comprendre que les humains. Plus faciles à vivre, aussi. Quoi de plus simple que de cohabiter avec un limier loyal, un destrier bien dressé ? De joyeux compagnons qui ne posent jamais de questions stupides et raisonnent de la manière la plus sensée qui soit. Je manquais de compagnons humains, de toute façon. Remplir écuries et chenil était un moyen comme un autre de peupler cette construction démente que j'appelais ma demeure avec autre chose que des spectres.

« Je ne suis pas connaisseuse. Je les apprécie comme des frère d'armes. Ils me servent bien et je les connais par leur noms, leurs petites habitudes. Ils ont pour moi des traits et des attitudes familières. Vous avez vu ma monture, Éclipse. Il est futé, un peu vicieux d'après certains, mais jamais avec moi. Disons qu'il vaut mieux éviter pour un voleur d'essayer de lui mettre la main sur la bride. Il connaît ses amis et sait à qui montrer les dents. Encore qu'il soit plutôt du genre à frapper d'abord et montrer les dents ensuite. Plus efficace, si vous voulez mon avis. Il ne craint pas le danger non plus. Je pourrai le monter à la guerre, si Lord Edwyn décidait de rassembler son ost pour faire avaler leurs haches aux Fer-nés. Encore que ceux-ci soient trop fuyants et pas assez demeurés pour oser un affrontement terrestre. » Je haussai les épaules. « Bah, c'est égal. Tôt ou tard il comprendront, comme Harren, qu'il ne sert pas à grand-chose de se terrer dans son repaire, île ou forteresse, quand les dragons en ont après vous. Et le vent est en train de tourner, à ce qu'il paraît. On dit que le Conseil Restreint s'est réuni au Donjon Rouge et ce n'est sans doute pas pour jouer à Viens-dans-mon-château. »

Je reportai mon attention sur le ciel changeant et laissait Ser Even s'absorber dans la contemplation des lieux. Saisi par la désolation de la tour, sans doute, il poussa l'audace jusqu'à m'interroger sur mes sentiments vis-à-vis d'Harrenhal. Comme si j'allais ôter là chaque pièce de mon armure intérieure et lui montrer mon cœur pour qu'il sache où percer. Innocent ou pas, je n'en avais rien à battre. Je me protégeais comme je protégeais mon peuple. Sans hésitation. Sans faille. Ma solitude ne le concernait en rien.

« La taille est sans importance. Je gage que Daemon II se sent seul à cette heure dans les geôles étroites du Donjon Rouge. Vos montagnes sont immenses, comme le désert de Dorne, mais vous êtes-vous déjà senti seul dans l'immensité de la nature ? Harrenhal est à moitié sauvage, messer, tout comme moi dit-on. Et Harrenhal a sa propre faune. Hommes, femmes, fantômes, chauve-souris, vents coulis et rêves perdus. Les murmures et les cris sont légion en ces murs. C'est un territoire qui échappe aux cartographes et écrase l'imagination des poètes. Les gens qui viennent ici pour la première fois s'y sentent comme dans une forêt du Nord. Nous leur gardons un feu allumé jusqu'aux première lueurs de l'aube. » Je tournai la tête vers lui, un rictus au coin des lèvres. « Mais peut-être oserez-vous braver l'obscurité. »

Ce disant, je me dirigeai vers la porte, le laissant se dépêtrer de ces paroles équivoques, dépourvues d'intentions bonnes ou mauvaises. Elles ne répondaient pas à sa question, ou peut-être que si, en tout cas je n'avais pas, moi, répondu au plein sens du terme. Qu'il en fasse ce qu'il veule. La question n'en était peut-être même pas une, pour ce que j'en savais. Les humains sont si tortueux que j'ai depuis longtemps renoncé à les comprendre tout à fait, ou du moins à prétendre les comprendre.

« Les chauve-souris sont encore un peu plus haut. Attention à la marche cassée. »

En chemin, nous tombâmes sur Olivir qui faisait procéder au nettoyage de la salle. Je hochai machinalement la tête à son rapport. Oui, oui. Je monterais de toute façon – je n'avais pas fait tout ce chemin pour rester planter là dans les courants d'air. A moins que mon hôte ne soit mis en déroute par quelques salissures malodorantes.

Mon Maître dresseur se fendit ensuite d'un conseil de bon sens que je pris comme tel quoi qu'en sourcillant, toujours un peu à cheval sur mon autorité. Quand on est femme à la tête d'un fief, et prétendument démoniaque, tout vous semble vite une atteinte à votre légitimité. J'étais assez habituée au franc-parler d'Olivir toutefois pour ne pas grincer des dents quand il se permettait ce genre de sortie, même devant un hôte.

« On pourrait aussi bien attendre que le Mur fonde. Ce n'est pas la réputation de mes voisins qui tient les hors-la-loi à l'écart de Ville-Harren. Inutile de compter là-dessus. » Je soupirai néanmoins : il n'avait pas tort. « Des corbeaux... Bah ! Est-il donc impossible d'éloigner tous les charognards et les maraudeurs de mon fief ? A peine une espèce de nuisibles est-elle mise en déroute qu'une autre la remplace aussi sec. Je dirai à Tybalt de faire enlever les corps d'ici peu, mais laissons-leur le temps de produire leur effet. Ce sera vu et su rapidement. Que cette boucherie serve à quelque chose, au moins. » conclus-je avec une fugace moue de dégoût. Je n'appréciais pas plus que n'importe qui l'odeur et la vue de trognons de cadavres pourrissants. Cela dit, ma résolution n'en était pas moins inébranlable. Ce que j'avais fait, je devais le faire. Et ne tolèrerai pas de contestation de cet état de faits. « L'hiver vient. Il ne trouvera pas nos greniers vides.» dis-je d'une voix tranchante qui coupait court au débat.

« Allons, montons voir mes petites. Passez donc devant, à moins que vous n'ayez mieux à faire, nous ferons la visite ensemble. Il y a un petit moment que je ne suis pas montée, un état des lieux ne fera pas de mal. » Entre l'affaire de Murs-Blancs et mes récentes inspections des terres, le temps avait filé entre mes doigts.

Nous montâmes jusqu'à la salle éventrée qui couronnait la Tour. Elles étaient là, mes chèries, mes ailées, immobiles dans leur repos, dans leur laideur, avant qu'un ciel crépusculaire ne les voit prendre leur vol et devenir ces acrobates gracieuses dont j'avais fait mes égéries. J'étais curieuse de voir la réaction de Ser Even mais plus encore de faire le tour des lieux et d'écouter le rapport d'Olivir.




PS : Mes PNJ sont ouverts à l'incarnation par des joueurs, MP-moi si vous êtes intéressé !


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Chevalier
avatar

Even Corbray
Chevalier

Général
Courage et honneur.



Chevalier du Val.

♦ Missives : 628
♦ Missives Aventure : 84
♦ Age : 26
♦ Date de Naissance : 24/07/1991
♦ Arrivée à Westeros : 01/05/2012
♦ Célébrité : Eric Bana
♦ Copyright : Izhelinde
♦ Doublons : Corwin Rogers, Morgan Kenning, Kealan du Rouvre
♦ Age du Personnage : 30 ans
♦ Mariage : Aucun
♦ Lieu : Cordial, Val d'Arryn
♦ Liens Utiles :
Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
251/500  (251/500)


Message Mer 13 Mar 2013 - 23:25

La réponse de lady Danelle à la question qu'Even lui avait posé sans aucune mauvaise pensée n'eut visiblement pas pour but d'éclairer sa lanterne. Peut-être cela démontrait-il une soudaine volonté de se fermer à lui. Le chevalier avait l'impression que la dame était sur la défensive, et bien qu'il en ignorait la raison, il préféra ne pas insister. Elle avait une réputation à tenir... Qui sait, son image, bien que très négative aux yeux de tous, l'aidait à tenir en main son fief. Ils vivaient tous dans un monde d'hommes, et une femme à la tête d'une maison, même en tant que régente, restait très rare. Surtout une régente de sa trempe, qui portait l'armure et l'épée comme un homme... Le Valois aurait voulu s'incliner légèrement devant elle et s'excuser de ce qu'il avait dit, mais elle ne lui en laissa pas le temps. Elle se dirigea vers une nouvelle volée de marches en mauvais état qui menaient encore plus haut. Après un dernier regard sur la vue du Conflans, Even se détourna du gouffre pour lui emboîter le pas. Lady Danelle lui signala une marche cassée tout en commençant à monter vers l'étage supérieur, probablement la demeure des chauve-souris si l'on en croyait la dame. Conscient du mauvais état des marches, le chevalier fit très attention en les grimpant, afin d'éviter tout faux pas. Alors qu'ils étaient encore dans les escaliers, un homme survint. Le Valois le reconnut comme un de ceux qui avaient pris en charge les chevaux à leur arrivée.
Une fois que ce dernier eut fait son rapport à sa maîtresse, il s'inclina légèrement devant lui en se présentant comme le maître-dresseur d'Harrenhal. Il le complimenta ensuite sur Sunburn, ce qui était toujours un plaisir à entendre même si ce n'était pas la première fois. Pour Even, son cheval était un compagnon, un ami, presque un membre de la famille, pas une simple bête. De fait, et surtout parce qu'il avait une grande part dans le croisement qui avait donné naissance à son destrier, le jeune homme était fier de chaque compliment presque comme un père est fier de son enfant. Il sourit avant de répondre à Olivir.


« Je suis ser Even Corbray, de Cordial. Je vous remercie pour ce compliment. Mon cheval est un croisement assez particulier de destrier de nos contrées avec un coursier des sables dornien... Le résultat est terriblement porteur de promesses.

Il ne s'étendit pas sur le sujet pour le moment, le maître-dresseur retournant auprès de lady Danelle pour lui faire part de ce qu'il pensait des corps mis à pourrir à la vue de tous. Ce n'étaient pas des reproches d'ordre moral, mais il soulevait des points qui ne manquaient pas de bon sens. Le chevalier nota son franc-parler qui ne lui valut pas d'être rabroué aussi sévèrement qu'il l'aurait été par la plupart des nobles. Ils continuèrent leur ascension tous trois avant de déboucher dans la fameuse pièce qui abritait les créatures volantes. Comme Olivir l'avait dit, l'endroit était presque entièrement nettoyé des excréments de ses occupantes, il en restait toutefois encore, qu'un jeune homme était en train de récolter d'un air pas franchement ravi. Les lieux dégageaient une forte odeur âcre qui prenait à la gorge, et le Valois ne put se retenir de tousser. Il avait déjà entendu le peuple dire que les déjections des chauve-souris étaient empoisonnées et pouvaient tuer un homme. Il n'irait peut-être pas jusqu'à croire une telle chose, mais il n'étaient sans doute pas si loin de la vérité.
Levant les yeux vers le plafond, il observa les créatures encore en plein sommeil, accrochées la tête en bas, enveloppée dans leurs ailes de cuir sombre. Elles n'avaient rien de démoniaque vu d'ici, à n'en point douter. Ce n'était pas la première fois qu'il voyait des chauve-souris, mais jamais en aussi grand nombre. Il renonça assez vite à les compter. C'était tout de même impressionnant. Nul doute qu'elles trouvaient leur compte, ici. Du grand air, de la tranquillité, un endroit où s'abriter du soleil et du mauvais temps et où les courants aériens les porteraient plus aisément lorsqu'elles prendraient leur envol, leur épargnant un effort supplémentaire... Si l'on y réfléchissait, il y avait des hommes moins bien lotis qu'elles. Tout le monde ne pouvait pas se targuer d'avoir le mythique château d'Harrenhal pour domicile. Il se retourna vers lady Danelle, impressionné.


- Je vois qu'il y a une part de vrai dans ce qui se raconte. Vu d'ici, la plupart des rumeurs sont sans fondement, à moins que ces chauve-souris aient la capacité de grandir d'un seul coup à la nuit venue pour devenir chacune un dangereux mangeur d'homme... Mais leur nombre est très impressionnant. Je n'oserais pas m'amuser à les compter. J'ai entendu un jour que des centaines et des centaines de ces créatures logeaient à Harrenhal... On ne doit pas être bien loin du compte, je me trompe ?

Even leva une fois encore les yeux vers la voûte. Les chauve-souris ne semblaient pas incommodée outre mesure par leur présence. Pourtant, elles ne devaient pas avoir de visite si régulière. Il vit l'une d'entre elle jeter un regard vers eux en écartant une aile noire. Il ne la trouva pas affreuse. Sa tête évoquait quelque chose à mi-chemin entre un rongeur et un chien ou un renard. Ses grandes oreilles bougèrent un peu avant qu'elle ne rabatte une fois de plus son aile sur elle pour terminer de se reposer avant que le soleil ne se couche. En toute bonne fois, on pouvait comprendre qu'il y ait à jaser quand une noble dame se retirait dans un tel lieux avec ces créatures ailées pour compagnes. Les hautes sphères de la société avaient un code très strict, qui définissaient ce que chacun pouvait et devait faire ou ne pas faire. De toute évidence, il y avait longtemps que la régente d'Harrenhal avait transgressé ce cadre étriqué, et qu'elle s'en moquait éperdument.
Le chevalier jeta un coup d'oeil à Olivir. Il avait senti son intérêt pour Sunburn, et aurait été plus que ravi de parler avec lui de sa monture, de lui donner quelques détails... Toutefois, il craignait que se lancer dans une telle discussion avec lui en présence de la dame ne soit déplacé. Non pas que l'étiquette soit tout à fait semblable à celle du monde en ces lieux, mais on ne saurait lui reprocher de se comporter en goujat. Il se contenta donc d'espérer que l'occasion de discuter avec le maître-dresseur se présenterait, et d'attendre que ce dernier vienne lui parler.


- Je gage que le spectacle doit être peu commun lorsqu'elles s'envolent toutes en quête d'un repas nocturne... »


Spoiler:
 

Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Sam 23 Mar 2013 - 0:26

Les conseils donnés sans la moindre trace d’un enrobage délicat par Olivir furent reçus comme à son habitude par Lady Danelle. A savoir, en prenant une décision ne souffrant pas la discussion, basée sur une prise en compte de tous les faits plutôt que sur une noble et mal placée vanité qui voudrait que seul un Seigneur puisse faire preuve de bon sens, et que toute critique venue d’en bas soit nulle et non avenue. De fait, le dresseur n’aurait pas songé à raisonner en termes d’optimisation : le mal étant fait, autant maximiser son utilité avant de réparer les conséquences. Il hocha la tête, d’autant qu’il était lui aussi au fait de la « réputation » des seigneurs voisins. Un peu de violence visible et les Malandrins oublieraient les richesses de Ville-Harren pour se tourner vers celles situées hors des terres des Lothston, aussi sûrement que le loup traquerait un animal blessé. Ou du moins, évitait celui qui lui promettait une mort rapide et violente.

Le chevalier se présenta comme Ser Even Corbray (Olivir n’avait pas la moindre idée d’où se trouvait Cordial) et commença immédiatement à vanter les louanges méritées de son destrier. Le maître-dresseur aurait aimé en savoir plus, mais Lady Danelle lui avait demandé de présenter les habitantes de la Tour. Il garda donc ses questions dans un coin de sa tête et prit la suite des deux nobles qui empruntèrent les escaliers en colimaçon menant vers les perchoirs. Une fois arrivés sous la voûte, il fit signe à Emaric de continuer son travail, le garçon pouvant facilement être distrait lorsqu’il n’était pas très motivé par sa tâche. Il laissa à l’invité le temps d’apprécier la scène avant de commencer le rapport qui lui avait été demandé.

« Le nettoyage touche à sa fin, comme vous pouvez le remarquer » , commença-t-il. Sans traitement, le sol et les murs pouvaient devenir aussi blancs que les paysages du Nord, ou du moins ce qu’il avait entendu à propos de ces paysages. Il allait poursuivre sur la quantité satisfaisante de fientes ramassées et les projets qu’il avait pour les quelques cerfs qu’il en tirerait, mais se ravisa, car ce sujet peu ragoûtant ne passionnerait sans doute pas Ser Even. Olivir avait pris l’habitude de préciser à Lady Danelle la façon dont il dépensait l’argent gagné en échange de ce formidable engrais, mais nul doute qu’elle tolérerait un léger report. Il continua après avoir jeté un bref coup d'oeil à Emaric qui, agenouillé au sol, s'affairait avec un racloir.

« Je pense qu’une des poutres menace de se rompre. » ajouta-t-il en désignant l’un des larges morceaux de bois fixés entre les murs par le maître-maçon comme autant de perchoirs de tailles et de diamètres différents aux innombrables locataires. Celle qu’Olivir montrait n’avait que deux occupantes, toutes deux pendues sous une de ses extrémités, au plus près des pierres. « Ou alors, peut-être y’a-t-il simplement du jeu, ce qui explique qu’elle soit désertée. Les autres commencent à être chargées, peut-être faudrait-il songer à en installer de nouvelles, un peu plus bas. » La plus basse se trouvait à huit pieds de haut, et il fallait au maître-dresseur une échelle pour l’atteindre.

Il pointa ensuite une des deux mangeoires de bois maintenues en l’air par une lourde chaîne passant par des crochets fixés dans le plafond. Chacune des chaînes était également reliée à un autre plateau, identique, posé à même le sol et lesté d’un lourd sac de tulle rempli de cailloux faisant office de contrepoids. « Ces mangeoires permettent de nourrir les chauve-souris. On dépose les fruits sur celle qui est au sol, puis on tire sur celle qui est en l’air, et on la leste pour que l’autre reste en haut » expliqua-t-il à Ser Even, en lui désignant une longue perche de bois terminée par un croc de métal qui reposait contre le mur. « Il suffit d’utiliser ceci pour les atteindre. » En effet, les plateaux reposaient à près de quinze pieds du plancher, et même un géant aux bras tendus n’aurait pu espérer les atteindre sans cet appareil.

« Celle-ci bouge beaucoup, elle doit être presque vide » indiqua Olivir à Lady Danelle en montrant une des deux mangeoires. « J’avais prévu de la remplir, mais peut-être souhaiterez-vous vous en charger, Lady Danelle. Il y’a un sac de fruits juste à l’entrée de la pièce. » Seule une petite partie des locataires de la Tour des Spectres était frugivore, la majorité semblant traquer les insectes, et les réserves laissées sur les plateaux pouvaient donc tenir pendant plusieurs jours malgré le nombre impressionnant de chauve-souris occupant les lieux. Certaines d’entre elles étaient assez gourmandes pour descendre se nourrir pendant le remplissage des mangeoires. Elles s’étaient habituées à la présence de Danelle et Olivir et avaient compris qu’ils ne représentaient ni l’un ni l’autre un danger. Néanmoins, elles n’étaient jamais affamées au point de tenter de se faufiler dans le sac, qui reposait paresseusement contre un des murs.

« Je pense aussi que l’une d’entre elles ne va pas bien. Elle s’est posée plusieurs fois au sol pendant que nous nettoyions avec Emaric, ce n’est pas bon signe. » Olivir parlait sans émotion, il avait depuis longtemps perdu l’habitude d’être touché par les décès des animaux. Dont il prenait soin « Et elle volait étrangement. Tenez, je crois que c’est celle-ci. » La plupart des bêtes dormaient encore, mais quelques unes avaient pris leur envol. Parmi celles-ci, l’une tentait sans succès de prendre de l’altitude, redescendant régulièrement de plusieurs pieds à chaque petite ascension, comme si l’attraction du sol était trop forte pour elle.

Olivir resta silencieux, cherchant s’il avait omis quelque chose dans son rapport. Il signalait également les chauves-souris mortes qu’il ramassait, mais aucune n’avait été recensée ce jour-ci. Certaines étaient si bien cramponnées à leurs perchoirs qu’elles y restaient suspendues pendant plusieurs jours après leur décès. Le dresseur ne savait d’ailleurs pas si leur chute était naturelle, ou bien causée par la poussée d’une voisine.

« Je crois que c’est tout » conclut-il, avant de se tourner vers Ser Even. « Vous pouvez essayer d’en attirer une, si vous le souhaitez. Il vous suffit de vous servir dans ce sac, et d’attendre qu’une affamée se réveille. Je gage que même si le spectacle est moins majestueux qu’un galop de coursier Dornien, il pourra vous plaire », ajouta-t-il pour indiquer qu’il n’avait pas oublié les informations qu’on lui avait transmises, et qu'il comptait bien fouiller le sujet. Les écuries étaient en bon état, et à même d'élever des bêtes de qualité. Cela pouvait grandement bénéficier aux finances de la forteresse, en plus d'offrir de nouveaux défis à Olivir. « Oh, et ne vous inquiétez-pas, elle ne décuplera pas de taille pour sucer votre sang » précisa-t-il au sujet de la chauve-souris, pince-sans-rire.

Son exposé terminé, il jeta un coup d’œil à Emaric qui avait apparemment été très stimulé par la présence de Lady Danelle : le nettoyage des lieux était terminé. « Emmène les seaux près des écuries. Une fois que c’est fait, tu as quartier libre » dit-il à son assistant à voix basse. Le garçon se remit à sourire et commença son premier aller-retour, un lourd récipient dans les bras – il en avait cinq à descendre, mais Olivir ne doutait pas de sa motivation maintenant qu’il savait qu’il s’agirait de la dernière tâche de la journée. Le maître-dresseur leva de nouveau les yeux, et vit que le vol de la malade était toujours aussi erratique. Elle ne passerait sans doute pas la nuit, songea-t-il.
Revenir en haut Aller en bas
Noble
avatar

Danelle Lothston
Noble

Général

Dame régente d'Harrenhal

Dite "La Folle"


♦ Missives : 1003
♦ Missives Aventure : 25
♦ Age : 37
♦ Date de Naissance : 25/09/1980
♦ Arrivée à Westeros : 03/12/2012
♦ Célébrité : Michelle Pfeiffer dans 'Stardust' © Paramount Pictures
♦ Copyright : Avatar©Gritsou & Gif animé©Logan Grafton.
♦ Doublons : Alysanne Florent, Lantheïa, Vyrgil Vyrwel
♦ Age du Personnage : 39 ans
♦ Mariage : Qui aurait le courage de demander ma main ?
♦ Lieu : Harrenhal
♦ Liens Utiles : Les racines de la folie
Extravagances et confidences
Les mystères d'Harrenhal
Les dons de Danelle
Scandales notoires

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
106/500  (106/500)


Message Mer 27 Mar 2013 - 9:51

La réaction de Ser Even m'agréait. Non que cela eût une grande importance. Eût-il cavalé vers la sortie en hurlant pour trébucher dans les escaliers et s'y rompre le cou, j'en aurais été à peine plus émue. Mais il était inattendu de voir un homme de son origine et sa condition se promener dans « l'antre de la bête » avec la simple curiosité d'un voyageur et cette surprise se révélait, ma foi, assez plaisante. « Des centaines, oui » confirmai-je sans ciller. Olivir nous abreuva d'explications suffisamment concises pour ne pas me donner envie de me jeter du haut de la tour. Ma patience n'a rien de légendaire, encore que je puisse être d'une concentration à toute épreuve dans quelques rares activités au nombre desquelles figurent le cyvosse, la harpe et l'épée. Bizarre association à bien y penser.

« Je demanderai au Maître Maçon d'examiner cette poutre. Bien vu. Voyez si vous pouvez faire quelque chose pour la petite qui bat de l'aile. Et je vais m'occuper de cette mangeoire, il y a un petit moment que je ne m'en suis pas chargée, je dois leur manquer. » Ton toujours sérieux, laissant à leur imagination la tâche de classifier cette hypothèse au chapître des traits d'humour sans ambition ou des délires d'une sensibilité un peu barrée. Je naviguai jusqu'au plateau dont j'ôtais le contrepoids pour le remplacer par un sac de fruits. Avides, quelques chauve-souris piquèrent sur cette provende fraîche au parfum séduisant, se disputant les meilleures places et se servant de ma coiffure et mes épaules comme de perchoirs quand elle ne s'agrippait pas brièvement à mes vêtements dans leur ballet affamé. Riant de leur familiarité, je m'écartai et utilisai la perche pour descendre le plateau vide que je lestai à son tour. Une des créatures était restée accrochée à mes jupes dont je la délogeai d'une main câline, la tenant sous les ailes pour l'élever à hauteur de mon visage. « Alors, ma jolie, on est curieuse ? On cherche la compagnie des autres espèces ? » Je la lançai d'un geste particulier qui l'obligea à ouvrir ses ailes, ma main glissant vers l'arrière comme un perchoir qu'on retire, au lieu de la jeter comme une pierre, ce qui l'aurait fait tomber. Elle trouva son essor et s'en alla rejoindre ses consœurs au repos dans les hauteurs.

« C'est à vous si vous le désirez, Ser Even. Je crois que cette visite touche à sa fin. Il me faut vous abandonner un moment pour une affaire en souffrance ; je vous retrouverai dans la petite salle à manger que vous connaissez pour le dîner et une partie de cyvosse, si vous êtes toujours tenté. D'ici là je vous confie aux bons soins d'Olivir qui se fera un plaisir de vous faire fraterniser avec mes petites protégées, parler de sélection équine ou vous raccompagner à vos appartements, selon vos souhaits. Mes serviteurs sont à votre disposition en cas de besoin. »

Je m’éclipsai sans tergiverser ni me répandre en excuses fleuries – ça n’avait jamais été mon credo, ça ne le serait jamais. Avec un style plus proche de l’officier sur le pied de guerre que de la châtelaine à marier, il y avait de quoi se demander si je trouverais jamais un bon parti. Mine de rien, la question commençait à se poser. A neuf ans, Lucas était presque un jeune homme et même s’il était loin d’être assez âgé pour prendre les rênes d’Harrenhal, qui lui revenaient de droit, il avait déjà entamé son apprentissage de futur seigneur auprès de son tuteur. Les années qui me séparaient de la perte du commandement risquaient de filer bien vite à mon goût, et alors quoi ? Je n’étais pas du genre à me trouver une tour à hanter comme Ambrosia. Et je n’étais pas non plus très chaude à l’idée de devenir la conseillère d’un morveux qui était le portrait craché de feu mon imbécile de frère. Un mari de bonne extraction me donnerait le supplément d’influence nécessaire pour garder en secret la mainmise sur le fief. Mais quel genre d’homme demanderait la main de la Folle d’Harrenhal ? Il y avait bien ce Damon Tarbeck aux dents assez longues pour rayer le marbre d’un septuaire, mais il ne s’était pas manifesté depuis quelque temps, la faute aux troubles dans l’Ouest sans doute. J’allais probablement devoir prendre le taureau par les cornes, le principal problème résidant dans la nécessité d’une approche galante et séductrice là où j’étais du genre à jouer cartes sur table et négocier pied à pied. Selyse, ma conseillère en matière de ronds-de-jambe et coquetteries, avait du pain sur la planche. Je la plaignais d’avance.

Parvenue au cabinet de mestre Sydney, une sorte de caverne démesurée aux murs torves creusés d’un millier de niches, comme autant d’alvéoles d’une ruche à livres et joujous de mestre, je passai la porte ouverte et arrachai le savant à ses lectures somnolentes pour rédiger quelques corbeaux. A moi les idées, à lui le style et les formules de politesse – je n’avais jamais aimé m’occuper de ma propre correspondance. Cela dit, un corbeau ne laissait guère de place aux salamalecs. Ces pauvres volatiles n’étaient tout de même pas assez vigoureux pour porter des messages de vingt pages.

« A l’attention de la Citadelle. » dis-je lorsque Sydney se tint, plume à la main, au-dessus d’un bout de parchemin vierge. « De la part de Lady Danelle Lothston d’Harrenhal. Nous requérons vos prévisions quant à la durée de cet automne afin de préparer le prochain hiver le plus efficacement possible. Soyez remerciés par avance de l’éclairage que votre science pourra nous apporter afin de traverser au mieux les rigueurs à venir, bla, bla, bla, je vous laisse improviser pour la passation de pommade et les platitudes de circonstances. »

« Leurs prévisions, ma lady ? Mes estimations ne vous suffisent donc pas ? Si vous n’êtes plus satisfaite de mes conseils… »

Ce satané Sydney et son amour-propre de patriarche. Il avait toujours l’impression qu’on le lésait d’une manière ou d’une autre. C’était un bon mestre, mais pas du genre chaleureux et facile à vivre. Jusqu’ici, lorsque je lui demandais son avis, il se plaignait de l'incertitude du climat et de la difficulté de poser seul une prévision fiable, dorénavant il se plaindrait du fait que j'avais requis l'éclairage d'un conseil d'experts au lieu de me contenter de ses avis réticents. Baste. Il serait bien obligé de faire avec.

« Le jour où je ne serai plus satisfaite de vos conseils, vous n’aurez pas à le deviner, croyez-moi. Et il vaut foutrement mieux que je le sois, pour supporter votre carafon. Envoyez ceci dès que possible. Maintenant, un autre, en double exemplaire. »

Lèvres serrées, le front augustement boudeur, il termina sa transcription puis me laissa apposer mon sceau tandis qu’il préparait deux autres parchemins.

« Ceux-ci sont pour Lord Edwyn Tully et Lord Brynden Rivers, de la part de Lady Danelle Lothston d’Harrenhal. Ajoutez leurs titres, je ne sais pas s’ils en sont friands mais au cas où… évitons de les froisser. La teneur du message est « La Maison Lothston tient à votre disposition ses forces armées pour toute manœuvre que le Conseil Restreint et le suzerain du Conflans projetteraient d’engager contre la racaille Fer-née.  Nous sommes actuellement en mesure de mobiliser jusqu’à trois cents hommes sur le champ de bataille et sommes prêts à porter le combat en terrain ennemi si besoin est. Soyez assurés de notre détermination et notre loyauté envers bla, bla, bla.»

« Dois-je dessiner une chauve-souris aux crocs sanglants en guise de paraphe ? » grinça Sydney.

« Je la dessinerai volontiers moi-même si vous me tapez sur les nerfs. Sur votre cou de poulet. Au fer rouge. »

« Ha ! Quoi d’étonnant de la part de Lady Lothston ! Vous n’êtes même plus originale, selon vos propres critères. »

« Et vous n’apprendrez jamais à vous taire. Où est cette badine avec laquelle vous me fustigiez étant enfant ? Je suis sûre qu’elle ferait une excellente pique pour vous clouer la langue. »

« J’ai dû la casser en vous édifiant, vous avez la tête plus dure que le Roc. »

Nous échangeâmes encore quelques amabilités avant que je ne l’envoie en tapant du pied expédier ces fichus corbeaux. Cela ne s'était pas trop mal passé, pour une fois.




PS : Mes PNJ sont ouverts à l'incarnation par des joueurs, MP-moi si vous êtes intéressé !


Spoiler:
 


Dernière édition par Danelle Lothston le Dim 16 Juin 2013 - 19:16, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Chevalier
avatar

Even Corbray
Chevalier

Général
Courage et honneur.



Chevalier du Val.

♦ Missives : 628
♦ Missives Aventure : 84
♦ Age : 26
♦ Date de Naissance : 24/07/1991
♦ Arrivée à Westeros : 01/05/2012
♦ Célébrité : Eric Bana
♦ Copyright : Izhelinde
♦ Doublons : Corwin Rogers, Morgan Kenning, Kealan du Rouvre
♦ Age du Personnage : 30 ans
♦ Mariage : Aucun
♦ Lieu : Cordial, Val d'Arryn
♦ Liens Utiles :
Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
251/500  (251/500)


Message Mer 3 Avr 2013 - 17:29

Even écouta d'une oreille le rapport qu'Olivir faisait à sa maîtresse, sans cesser d'observer les créatures ailées qui pendaient du plafond. Certaines volaient, mais jamais bien longtemps, préférant aller s'accrocher ailleurs ou aller prendre un peu de nourriture dans les mangeoires. Apparemment, deux espèces différentes avaient trouvé refuge à Harrenhal, et le chevalier se mit en tête d'essayer de les différencier. Tâche plutôt malaisée à cette distance. Lorsque le maître dresseur eut achevé son rapport, non sans proposé au Valois de s'essayer à nourrir les chauve-souris, ce fut lady Danelle qui décida de prendre les choses en main pour remplir la mangeoire vide. Le jeune homme ne la quitta pas des yeux alors que quelques-unes des protégées de son hôte descendaient vers elle sans peur pour atteindre la nourriture fraîche qu'on leur proposait. Elles semblaient familiarisées à la présence humaine, plus que leurs congénères entièrement sauvages qui avaient un caractère fort farouche. C'était une chose curieuse que de voir la régente d'Harrenhal batifoler en toute quiétude avec ces reines de la nuit, ne montrant nulle frayeur et sachant de toute évidence comment s'y prendre avec elles. Nul doute que la très large majorité des nobles dames de Westeros auraient déjà fui en hurlant rien qu'à la vue d'une seule de ces créatures. Que dire alors de pénétrer dans une tour littéralement infestée, ou encore de les manipuler... Il ne fallait même pas imaginer que cela puisse être possible.
Lady Danelle annonça alors qu'elle se retirait pour un temps afin de mener à bien une affaire qui ne pouvait attendre. Elle offrit à Even de rester en compagnie d'Olivir ou de se faire reconduire par lui, avant de tourner les talons pour les quitter. Lorsque les deux hommes furent seuls, le Valois se tourna vers le maître dresseur.


« Essayons d'amadouer ces reines de la nuit. Si déjà je me trouve à Harrenhal, autant en faire l'expérience jusqu'au bout.

Il s'approcha des mangeoires suspendues, et se pencha pour se saisir d'un morceau de fruit que la frénésie des chauve-souris avait fait tomber à terre. Un peu perplexe tout de même sur la façon dont il devait s'y prendre, il tint l'appât du bout des doigts et leva le bras, dans l'attente d'une réaction des créatures ailées. Celle-ci se fit un peu attendre, avant que l'une d'elle se détache du plafond pour voler jusqu'à lui. Curiosité, peut-être ? Elles voyaient sans doute assez d'humains, mine de rien, pour que s'approcher de l'un d'entre eux ne leur pose pas de problème. La chauve-souris se posa sur son épaule, légère, et Even put entendre un léger cliquetis qui émanait de son corps velu. L'animal tenta de s'accrocher à ses cheveux à l'aide des griffes qui munissaient ses ailes membraneuses, cliquetant de plus belle, puis changea d'avis. La chauve-souris se détourna pour progresser le long du bras du chevalier, allant jusqu'au morceau de fruit qu'il tenait pour l'engloutir. Après quoi, elle ne resta plus très longtemps perchée là avant de prendre son essor. C'était une expérience étrange mais pas désagréable, bien que le Valois doutait du côté agréable d'une dizaine de ces créatures ou plus qui vous grimpaient dessus de toute part. Il n'aurait pas été effrayé, mais ce n'était pas vraiment ce à quoi il aspirait. Observant encore un moment les habitantes de la tour, il finit par revenir à Olivir.

- Je crois que je leur préfère les chevaux. C'est une expérience qu'il m'a plu de tenter, et qui montre bien qu'elles n'ont rien d'effrayantes, ou encore de mangeuses d'homme. Toutefois, je suis vraiment tombé dans la passion du cheval dès mon plus jeune âge. Peut-être pourrions-nous descendre aux écuries ? Il vous plairait sans doute de voir plus en détail mon cheval, même si je pense que vous en avez eu l'occasion en vous en occupant. Je l'ai vu naître et j'ai participé à son dressage, je peux donc dire qu'il s'agit d'un ami de longue date.

Si Sunburn était en forme, peut-être même pourrait-il faire une petite démonstration. L'étalon se comportait parfois comme un chien, capable de travailler en liberté avec son maître. Rien de bien complexe, mais obéir à des ordres simples comme suivre Even, s'arrêter, galoper, trotter... Il avait appris à obéir à la voix, et son bon caractère naturel facilitait grandement les choses. Néanmoins, cela dépendrait de l'état dans lequel il se trouvait : avant toute chose, il devait se reposer. La route serait encore longue jusqu'à Cordial.
Laissant le maître dresseur ouvrir la voie à travers le dédale du château, le chevalier se demanda si ce dernier désirerait, comme tant d'autres avant lui, que Sunburn couvre quelques juments. Généralement, il avait décliné ces demandes, pour la simple et bonne raison que, seulement de passage dans divers endroits au cours de ses voyages, il n'avait pas eu le désir de s'attarder pour ce genre de choses. Et puis, il y avait peut-être un sentiment primaire de jalousie, très léger, de fierté mais qui donnait envie de garder cette rareté. Mais pour cette fois, qui sait ? Il pourrait se laisser convaincre, peut-être... Ou peut-être pas. Cela dépendrait de la suite des évènements. Mais s'il rencontrait quelqu'un d'aussi passionné d'élevage équin que lui, cela faciliterait sans doute ce genre d'échange. Il n'avait guère envie qu'on traite ces éventuels poulains comme de la simple marchandise pour s'enrichir, comme l'avaient laissé entendre certains hommes qui lui avaient demandé des saillies. Il avait sans doute un trop grand respect pour les chevaux, un peu de sentimentalisme, mais il désirait avant tout que les bêtes soient bien traitées. Si son destrier transmettait ses qualités et son bon caractère à ses descendants, nul doute qu'il s'agirait de montures exceptionnelles sous la selle.


- Aimez-vous pratiquer la sélection équine ? Je n'en ai plus vraiment l'occasion, mais j'ai suivi de très près les efforts des hommes de l'écurie de Cordial durant mes jeunes années, et je suis moi-même devenu un grand amateur de la sélection pour obtenir le meilleur d'un cheval. J'espère pouvoir un jour m'y intéresser d'encore plus près, pour sélectionner des robes originales comme celle de Sunburn, par exemple... »


Spoiler:
 

Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Ven 5 Avr 2013 - 20:35

Lady Danelle profita de sa présence et du renouvellement des réserves pour passer quelques temps en compagnie de ses chères bêtes ailées, ne se préoccupant comme à son habitude pas de ce que pouvaient en penser les spectateurs étrangers à la forteresse, Ser Even dans ce cas précis. Olivir s’occupa en rassemblant quelques déchets dans le sac de jute désormais vide, prévoyant de mettre le tout près des seaux descendus par Emaric lorsqu’il serait temps de quitter les lieux. Il eut un regard circulaire pour la tour, tentant de repérer un oubli de nettoyage, mais fut finalement satisfait du résultat. Dès demain, bien sûr, la propreté ne serait plus qu’une illusion, et le sol et les murs seraient constellés de tâches blanches, mais en cet instant, il avait honorablement rempli ses devoirs, et quel que soit le souvenir que garderait Ser Even de la Tour des Spectres, au moins aurait-il en tête une image de propreté.

La Lady prit ensuite congé du chevalier, se justifiant par des obligations personnelles, laissant les deux hommes seuls dans la Tour tandis que le Valois découvrait à son tour la compagnie des reines de la nuit. Un homme qui connaissait les batailles avait peu de chances d’être effrayé par des chauve-souris, même extrêmement nombreuses, et Ser Even n’échappa pas à la règle. Toutefois, le contact ne perdura pas, restant à l’état de curiosité assouvie sans devenir une révélation ou un coup de foudre. Olivir ne l’en blâmait pas ; parmi les rares visiteurs de la forteresse, plus rares encore étaient ceux qui avaient assisté au spectacle sans répulsion. La plupart ne montaient qu’à reculons, ou prétextaient une excuse pour s’épargner les escaliers. Le chevalier faisait donc partie des courageux.

L’invitation à rejoindre les écuries fut accueillie favorablement par le maître-dresseur, qui n’avait du reste plus rien à faire dans la Tour. « J’en serais fort heureux », répondit-il simplement. Chargé des quelques sacs de déchets qu’il avait amassés, il laissa Ser Even passer le premier, tout en le prévenant avant l’instant le plus traître de la descente : « Attention à la marche cassée. »

Les écuries de Harrenhal brillaient tout autant par leur taille que par leur apparente vacuité. Des dizaines et des dizaines de stalles y étaient installées, capables d’accueillir un nombre incalculable de destriers, en accord avec les illusions de grandeur de Harren le Noir qui imaginait sans doute y héberger en permanence une armée de palefrois prêts à partir au combat. Las, ses rêves partirent littéralement en fumée, et aucun seigneur ne fut jamais assez riche ou assez puissant pour que les écuries de la forteresse fonctionnent à plein. Le prédécesseur d’Olivir avait entrepris une restauration partielle des lieux, afin que les bêtes de la maison Lothston et de ses visiteurs soient au moins accueillies dans de bonnes conditions, mais les stalles habitables représentaient moins du quart de la surface totale. Ser Even eut d’ailleurs l’occasion de contempler les parties les plus délabrées tandis que le maître-dresseur le guidait vers le lieu de repos de sa monture.

« Je me répète, mais il est rare que de si belles bêtes que votre étalon nous fassent l’honneur de leur présence à Harrenhal », dit simplement Olivir alors qu’ils arrivaient devant la stalle individuelle dans laquelle se trouvait Sunburn. Ne connaissant pas son caractère, il l’avait installé à distance respectable des autres chevaux présents, pour éviter un trop plein d’excitation. Même avec une infime partie fonctionnelle, les écuries de la forteresse avaient un large excédent de place. « Eclipse, la monture de Lady Danelle, est un bel animal, très solide, mais il n’a rien d’un cheval de légende. Je gage que nombre de seigneurs ont à leur disposition plusieurs bêtes de même qualité, voire supérieure. Disons que le Conflans n’a pas la réputation d’engendrer les plus grands chevaliers. » Etant lui-même chevalier, Ser Even devait parfaitement être au courant des mœurs dans le Trident, où les petits seigneurs malins et retors étaient bien plus nombreux que les grands guerriers distingués sur les champs de bataille. « Je ne suis pas un expert en stratégie, mais je suppose que le Conflans est trop difficile à défendre stratégiquement pour que ses occupants se fatiguent avec des prouesses martiales, » ajouta-t-il. « Après tout, il porte bien son nom, il est au milieu de tout. On est obligé d’y passer pour aller d’une région à l’autre, et pourtant, nous avons bien peu de visiteurs » conclut-il sur un ton sarcastique. Conscient d’avoir digressé, il revient sur un sujet de conversation plus chevalin.

« Tout cela pour vous dire que la sélection équine n’est malheureusement pas la tâche qui occupe le plus clair de mon temps. Nous avons de magnifiques limiers et d’excellents faucons, Ser Tybalt y prend garde. » Le bâtard était un redoutable chasseur, ce qui poussait Olivir à tenter d’améliorer sans cesse les bêtes pour le satisfaire – d’autant que son goût pour les traques difficiles tendait à régulièrement forcer des remplacements dans les effectifs des chenils. « Mais je ne reçois que peu d’exigences sur les chevaux que l’on me commande. Ce sont toujours des animaux de dot, ou bien des montures de dame. Et de dames qui n’apprécient pas l’équitation autant que Lady Danelle » précisa-t-il. « Tenez, cette jeune jument, par exemple. » dit-il en désignant une bête à la belle robe isabelle installée à une dizaine de stalles de Sunburn, « C’est une demande de Lord Deklan Racin, le Seigneur de Herpivoie. Il a été précisé qu’elle ferait partie de la dot d’une de ses filles, ne me demandez pas laquelle. » Si l’on se fiait aux rumeurs, il en avait largement plus que nécessaire. « Je pense qu’il sera satisfait, j’ai fait au mieux avec les animaux à ma disposition pour les saillies, mais je n’allais pas me torturer l’esprit pour créer une monture qui, pour ce que je sais, finira dans les étables d’un seigneur grabataire. » Encore une fois, l’orgueil d’artisan d’Olivir faisait plus que poindre dans ses propos : il aimait travailler, certes, mais il voulait savoir que son temps et ses efforts n’étaient pas gaspillés.

« Voilà donc mon malheur, Ser Even » conclut-il avec un sourire ironique. « Je suis un homme du Conflans, pas un Dornien ou un Valois, et ma connaissance dans les arts de la sélection est sans doute loin d’égaler la vôtre. D’ailleurs, la robe de votre monture est-elle commune dans le Val ? Je ne me souviens pas en avoir vu une pareille, même du temps du vieil Evran. Dans ces écuries, nous avons surtout des bais et des alezans, ainsi que quelques rouans et isabelle. Oh, et il y’a Nelzir, un vieil étalon zain, mais je ne suis pas certain qu’il ait encore la force de monter une jument. »

Olivir était curieux de connaître l’étendue des savoirs du chevalier. Après tout, toute connaissance pouvait s’avérer utile un jour ou l’autre. Il doutait que sa visite transmette à Lady Danelle la passion des croisements, mais un jour viendrait peut-être où l’on lui lancerait un véritable défi de dresseur, et il voulait être prêt à le relever du mieux qu’il le pouvait. En quoi la constitution d’écuries de qualité pouvait-elle porter préjudice à la Maison Lothston, après tout ?
Revenir en haut Aller en bas
Chevalier
avatar

Even Corbray
Chevalier

Général
Courage et honneur.



Chevalier du Val.

♦ Missives : 628
♦ Missives Aventure : 84
♦ Age : 26
♦ Date de Naissance : 24/07/1991
♦ Arrivée à Westeros : 01/05/2012
♦ Célébrité : Eric Bana
♦ Copyright : Izhelinde
♦ Doublons : Corwin Rogers, Morgan Kenning, Kealan du Rouvre
♦ Age du Personnage : 30 ans
♦ Mariage : Aucun
♦ Lieu : Cordial, Val d'Arryn
♦ Liens Utiles :
Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
251/500  (251/500)


Message Mer 10 Avr 2013 - 18:28

Contrairement à plus tôt dans la journée, où il s'était contenté de confier sa monture aux hommes de lady Danelle, Even pénétra dans les écuries mêmes, en compagnie d'Olivir. Les lieux étaient à l'image du reste d'Harrenhal : démesurés et... sinistres. Malgré tout, les chevaux avaient au moins un large espace pour bouger, les stalles étaient plutôt spacieuses. Seule une infime partie des écuries semblait rénovée et réhabilitée pour être utilisables, mais c'était déjà largement suffisant. Il faudrait une fortune considérable pour remplir chaque stalle de cet endroit et pour les entretenir. Fortune qui, par les temps qui courait, ne devait pas être dans la possession de tant de seigneurs que cela... Avec la sécheresse qui avait sévi, et l'hiver qui venait, l'approvisionnement en fourrage risquait de devenir un problème plus vite qu'on ne le pensait. Auquel cas, posséder une écurie de taille raisonnable semblait être un atout évident.
Le chevalier écouta les explications d'Olivir sans l'interrompre. Malgré l'intérêt évident du maître dresseur pour les chevaux et le soin à apporter à leur sélection, il souffrait, comme lui, du manque de moyens pour s'y consacrer pleinement. Concernant le Valois, ce n'était nullement la tâche qui lui incombait : il était chevalier, et non maître d'écurie. Lorsqu'il serait trop vieux pour participer aux combats et remplir ses devoirs, alors peut-être pourrait-il s'y intéresser de plus près. A condition de vivre aussi vieux, évidemment. Il s'intéressa particulièrement à la question des robes. Même si pour lui, ce n'était pas l'essentiel dans le choix d'un cheval, il ne pouvait pas non plus nier qu'il appréciait d'avoir une monture qui se détachait des autres par sa couleur. Et si un jour il était amené à faire un travail de sélection, ou du moins à diriger les travaux d'un maître d'écurie, il tenterait peut-être d'apporter un peu d'originalité dans les robes des chevaux.


« Je vous rassure, les robes des chevaux du Val sont tout à fait semblables à celles que vous citez. La plupart des chevaux sont bais ou alezans, gris également. Quelques noirs, parfois... Sunburn a une robe tout à fait particulière que je n'avais encore jamais vue, si ce n'est sur certains coursiers dorniens qui avaient une robe assez semblable. Je suppose que c'était une couleur enfouie chez ses ancêtres qui a fini par resurgir... Sa mère est de robe palomino, peut-être que cela vient de ce côté-là...

Even accorda une caresse à la jument isabelle qu'Olivir lui avait signalée comme étant un présent pour une dot. L'animal sembla apprécier le contact. Au moins avait-elle bon caractère, ce qui lui faciliterait la tâche chez ses nouveaux propriétaires. Rares étaient les gens à s'intéresser à ce qui pouvait troubler leur monture, et à s'embêter à résoudre le problème. Restant muet pour le moment, le chevalier s'écarta et alla jusqu'au box de son étalon. Sunburn avait été dessellé et pansé, et il était occupé à mâchouiller de bon cœur le foin qui lui avait été mis à disposition. Toutefois, il dressa les oreilles en entendant la voix de son propriétaire, et s'approcha de lui pour poser ses naseaux doux et roses contre la main qu'on lui tendait, avide de caresses.

- Peut-être ai-je tort, mais j'accorde énormément d'importance à mon cheval, et à ceux que je côtoie en général. Pour moi, une monture est à la fois un compagnon et un ami. Comment espérer que tout se passe bien sur le champ de bataille ou en tournoi s'il ne règne pas une confiance réciproque entre le destrier et son cavalier ? J'ai pris soin de Sunburn depuis qu'il a vu le jour, et nous avons une belle complicité qui a fait ses preuves à Murs-Blancs, je crois. Il s'est extrêmement bien comporté, alors qu'il s'agissait de son premier tournoi. Il est encore jeune.

Du plat de la main, le Valois lissa les poils de l'encolure de son cheval, qui l'observait de ses beaux yeux verts. Vraiment, il s'agissait là d'une bête qui se détachait du commun. Il n'était pas le seul dans tout Westeros, loin de là. Even avait vu plus d'une fois des chevaux de robes insolites, montées aussi bien par des hommes d'armes que par des nobles, et parfois même des chevaux de trait aux robes insolites, comme de l'aubère... Ses doigts remontèrent de l'encolure de l'étalon jusqu'à ses crins qu'il peigna à la main, avant d'aller saisir une des oreilles du bel animal pour une simple caresse.

- Je me demande s'il n'y aurait pas quelques jolies robes à tirer d'une reproduction de mon étalon avec une jument isabelle. Sunburn a un excellent caractère, beaucoup de volonté et de qualités. S'il les transmet à ses poulains, cela pourrait faire des bêtes de poids. Sa robe n'est pas son seul atout, même si c'est la chose la plus visible. Il n'a encore jamais sailli de jument, en revanche.

Et de fait, on ne saurait pas s'il était apte à produire avant cela. Certains étalons se révélaient parfois stériles, une déception lorsque de gros espoirs se fondaient sur leurs poulains. En ce qui concernait Sunburn, Even espérait qu'il ne lui arriverait rien, et qu'il pourrait avoir un de ses poulains pour prendre la relève par la suite, en priant les Sept pour qu'ils aient les mêmes qualités. Tout en caressant le chanfrein du cheval, il haussa un sourcil en jetant un regard interrogateur à Olivir.

- Est-ce que vous les entraînez à obéir à la voix ? Sunburn sait exécuter des ordres, si cela vous intéresse de le voir. Ce n'est pas un chien, naturellement, mais il est assez intelligent et docile pour ce genre d'exercice. »

Le Valois ne disait pas cela pour se vanter, loin de là. Mais entre hommes qui partageaient un vif intérêt pour les chevaux, c'était un sujet intéressant. Avoir un cheval qui obéit à la voix pouvait être utile, dans les situations délicates notamment. Si l'on se retrouvait blessé de façon à ne pas pouvoir utiliser convenablement ses mains ou ses jambes pour diriger sa monture, par exemple... Mais pour le chevalier, c'était surtout une façon d'entretenir la confiance qui existait entre son destrier et lui.


Spoiler:
 

Revenir en haut Aller en bas
Noble
avatar

Danelle Lothston
Noble

Général

Dame régente d'Harrenhal

Dite "La Folle"


♦ Missives : 1003
♦ Missives Aventure : 25
♦ Age : 37
♦ Date de Naissance : 25/09/1980
♦ Arrivée à Westeros : 03/12/2012
♦ Célébrité : Michelle Pfeiffer dans 'Stardust' © Paramount Pictures
♦ Copyright : Avatar©Gritsou & Gif animé©Logan Grafton.
♦ Doublons : Alysanne Florent, Lantheïa, Vyrgil Vyrwel
♦ Age du Personnage : 39 ans
♦ Mariage : Qui aurait le courage de demander ma main ?
♦ Lieu : Harrenhal
♦ Liens Utiles : Les racines de la folie
Extravagances et confidences
Les mystères d'Harrenhal
Les dons de Danelle
Scandales notoires

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
106/500  (106/500)


Message Ven 12 Avr 2013 - 10:18

Les corbeaux envolés – braves volatiles ! – je partis à la recherche du Maître Maçon toujours perdu dans le dédale des Tours et le trouvai par miracle du premier coup sur son dernier chantier. Après lui avoir fait part du problème de poutre signalé par Olivir, j’envoyai un serviteur signaler à Ser Even que je serais disponible jusqu’au dîner au « petit salon des dames » (qui n’était petit qu’en comparaison avec les autres salles d’Harrenhal, mais restait deux fois plus grand que la plus grande chambre seigneuriale de n’importe lequel de mes voisins, selon toute vraisemblance) où je me rendis dans la foulée. Un jeu de rideaux lourds diminuait artificiellement les dimensions de la pièce, de sorte qu’un coin presque intime accueillait les banquettes surchargées de coussins et la table basse, devant une cheminée de proportions déraisonnables où flambait un modeste brasier un peu perdu dans l’immensité du foyer. Ayant l’habitude de me détendre ici avant le dîner, j’y trouvais un plateau de biscuits aux noix déposé par un valet diligent. Je ne suis pas spécialement portée sur la bonne chère mais j’ai un faible pour les friandises salées ou sucrées que je consomme sans modération aucune à toute heure et en tout lieu. Sydney me dit toujours qu’il est heureux que je ne sois pas une lady oisive, sans quoi je deviendrais aussi ronde et mafflue que notre Maîtresse des cuisines.

Selyse m’attendait là, occupée à retoucher une de mes capes légèrement abîmée par les ronces lors d’une de mes dernières sorties. « N’en profite pas pour y broder des roses et des lys » dis-je, à moitié sérieuse, en m’asseyant devant la table basse où trônait un jeu de cyvosse usé. « Pas même une rose à épines, ma dame ? » s’enquit-elle avec son fin sourire de bieffoise. « Pas même une rose à épines vénéneuse » marmonnai-je entre mes dents. Étrange impertinence de mes serviteurs, encore. J’avais su m’entourer de gens capables d’apprendre à me connaître, au point de savoir quelle attitude était dangereuse sous mon toit et quelles audaces se permettre. Voilà pourquoi je rechignais toujours à intégrer de nouveaux venus, et pourquoi si peu de candidats se pressaient à nos portes. Il m’était arrivé de menacer d’une arme un serviteur mentant pour couvrir une négligence anecdotique, mais Sydney s’autorisait des moqueries qui lui aurait fait perdre la tête, au sens propre du terme, chez n’importe quel lord un peu à cheval sur le protocole. Ce que je tolérais ou non était difficile à deviner et je n’avais jamais aimé m’expliquer… Selyse connaissait mes limites, et n’avait pas peur d’en jouer. Courageuse petite lady. J’étais contente que nous nous soyions trouvées.

Ma main courut sur les pièces bien rangées. L’impatience du jeu me gagnait. J’aime le cyvosse presque autant que l’art de l’épée et je peux passer des heures à déployer des stratégies versatiles devant un adversaire coriace. Sydney en particulier s’acharne à me battre avec une persévérance qui confine à l’obsession. Je ne sais pas comment je gagne, mais je gagne la plupart du temps. En général, les choses me paraissent évidentes. Selyse, qui m’observait du coin de l’œil, remarqua mon geste.

« Vous attendez un nouvel adversaire, ma dame ? Votre invité, peut-être ? »


« C’est cela. Olivir lui fait visiter les écuries. Je suppose qu’un amateur de chevaux doit y trouver un certain intérêt et vu la taille des installations, il risque d’y passer un moment. Espérons qu’il n’aura pas la mauvaise idée de caresser Éclipse. Je me demande parfois si les gens ne déteignent pas sur leurs animaux. Ambrosia a les chats les plus exécrables de tout le royaume, non ? »

« Quelle drôle d’idée ! A ce compte-là, vos chiens devraient être aussi méfiants qu’Éclipse, et c’est loin d’être le cas. Même Dur-à-cuire me lèche la main quand il me voit. »


« Hum, avec toi, cela ne compte pas. C’est un truc de bieffoise. Les femmes du Bief seraient capables d’amadouer la Brute de Bracken avec une œillade et un coup d’éventail. »

Selyse masqua gracieusement un rire derrière ses doigts délicats. « Je ne crois pas que je m’y risquerais. »

Spoiler:
 




PS : Mes PNJ sont ouverts à l'incarnation par des joueurs, MP-moi si vous êtes intéressé !


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Ven 12 Avr 2013 - 19:34

Il arrivait à Olivir, lorsque des invités visitaient les écuries, de devoir rester constamment sur ses gardes. Parce qu’ils ne savaient pas comment se déplacer au milieu de chevaux, ceux qu’ils utilisaient leur étant présentés sellés et prêts à être montés. Parce qu’ils avaient peur, parfois, et que la peur pouvait énerver les bêtes. Ou parce qu’ils avaient au contraire trop d’assurance, et se comportaient avec les animaux comme avec des vassaux soumis, parlant bruyamment, s’approchant d’eux par derrière et plus généralement faisant tout ce qui était en leur pouvoir pour recevoir un coup de sabot mérité. Or ledit coup de sabot serait à coup sûr attribué à une faute d’élevage, ou à un mauvais traitement, quand ce n’était pas « Harrenhal » et tout ce qui y était implicitement associé qui se verrait désigné coupable. Le Maître-Dresseur devait louvoyer, orienter imperceptiblement, et ne pouvait se détendre qu’une fois l’invité sorti.

Nul problème avec Ser Even qui avait sans doute passé dans sa vie plus de temps avec des chevaux qu’avec des êtres humains, s’il était chevalier errant. La bonne santé de son destrier avait sauté aux yeux d’Olivir avant même qu’il ne reçoive l’ordre de l’installer dans une stalle. Il pouvait donc marcher aux côtés du chevalier sans craindre à tout moment une catastrophe.

« Je n’ai jamais trop expérimenté avec les robes, je dois le reconnaître » dit-il en se grattant la tête d’un air perplexe. « Je me contente de préserver celles qui sont déjà en possession de la Maison Lothston. Il faut croire qu’aucun animal n’a de fameuse ascendance, parce que je n’ai encore jamais vu de poulain aux couleurs étranges naître par hasard dans ces écuries, ou bien la chance ne m’a pas encore souri. » Il ne lui serait jamais venu à l’idée de croiser des bêtes par pure curiosité artistique. L’idée ne paraissait pourtant pas sotte si elle avait d’autres buts que de peupler les écuries et de décupler les réserves de foin nécessaires à leur bon fonctionnement.

Ils se déplacèrent jusqu’au futur présent de la maison Racin, et Olivir profita de sa présence pour vérifier si Ked avait bien fait son travail. Le dresseur avait peu de doutes à ce sujet, puisque le gamin semblait plutôt trop attaché à la jeune jument que pas assez, au point de lui donner un surnom qui ne rendrait l’inévitable séparation que plus difficile. La rapide inspection lui donna entière satisfaction, et le dresseur ne s’inquiéta pas de la satisfaction de ses clients, même si les échos qu’il avait eus du caractère du Seigneur de Herpivoie laissaient entendre qu’il n’était pas des plus agréables. Tant qu’elles ne salissaient pas sa réputation, Olivir aurait traité avec les moins recommandables des Maisons. Du reste, il était très au fait des différences entre réalité et statut dans les rumeurs. Sans cela, il aurait déjà été digéré par une chauve-souris géante depuis bien longtemps.

Il suivit ensuite le chevalier qui souhaitait logiquement s’assurer du bien-être de sa monture, à laquelle il dit être très attaché, un luxe qui n’était pas permis au Maître-Dresseur.

« Je n’ai pas la même relation aux animaux que vous, je le crains. Je m’occupe de tous, mais ne dois m’attacher avec aucun. Je suis à Harrenhal depuis plus de vingt ans, et j’ai vu naître et mourir des dizaines de bêtes, chevaux, chiens et oiseaux confondus. Se détacher est une nécessité si l’on ne souhaite pas être envahi de noires pensées. » Ne souhaitant pas passer pour un homme sombre et torturé, alors qu’il appréciait absolument son métier, il reprit : « Mais je ne suis pas surpris d’apprendre que votre cheval vous satisfait. Son calme est une preuve de votre bonne entente. Les bêtes des mauvais cavaliers sont toujours angoissées et promptes à s’exciter dans un environnement inconnu, alors même qu’elles ignorent tout de la malédiction de Harrenhal. » Les écuries étaient en effet sinistres pour les êtres humains, mais elles étaient propres spacieuses et convenablement éclairées. A moins qu’un cheval n’ait entendu parler des légendes de la forteresse et des mésaventures de Harren avec ses dragons, il n’avait pas la moindre raison de refuser de s’y installer.

« Hé bien…attendez un instant… » Olivir se dirigea vers un panonceau accroché à la rambarde extérieure, rempli de signes et de croix grossières. C’était un système qu’il avait mis en place afin que lui et Ked puissent indiquer quelles juments étaient installées à l’autre bout du bâtiment lors de leurs chaleurs. La taille des écuries était telle que la distance suffisait à calmer presque complètement les étalons. Le garçon ne savait évidemment pas lire, aussi chaque jument était-elle représentée par une icône aisément reconnaissable, et la présence d’une croix à la suie indiquait qu’elle était prête à être saillie. Leur robe n’était pas précisée, mais tant Olivir que son aide passaient suffisamment de temps dans les étables pour les connaître par cœur. Il étudia rapidement l’écriteau avant de revenir vers le chevalier.

« Je crois que nous avons quatre juments en chaleur actuellement, dont deux sont isabelle. Je peux vous les présenter si vous le souhaitez, mais je ne suis pas certain que vous les jugerez dignes d’un étalon tel que Sunburn. Si toutefois vous ne souhaitez qu’être assuré de sa capacité à avoir une descendance, elles s’avèreront sans doute adéquates. L’un d’elle a déjà mis bas trois fois, l’autre est une jeune de deux ans. » La plus âgée était même la mère du cadeau des Racin. « Je pourrai demander à mestre Sydney d'adresser un corbeau à Cordial une fois que nous serons assurés de la grossesse, et un autre pour vous dire si la mise bas s’est bien passée, et ce qu'il en est de la robe de sa descendance. » Conscient que la situation lui était extrêmement bénéfique, et que le chevalier n’y gagnait rien d’autre que la révélation de la fertilité de sa monture, il précisa : « Si cela vous convient, vous pourrez discuter d’un prix pour les poulains avec Lady Danelle lorsque vous la rejoindrez. Comme je vous l’ai déjà dit, votre étalon est un magnifique animal, et il serait injuste que la Maison Lothston seule bénéficie de son pédigrée. »

Il laissa le chevalier juger de la qualité de l’offre qui venait de lui être faite. Pour Olivir, elle paraissait favorable aux deux parties, d’autant que Lady Danelle n’était pas une marchande et qu’elle ne chercherait certainement pas à signer un accord qui lui serait outrageusement favorable, surtout si elle avait apprécié la compagnie du visiteur. Sur ce point cependant, le maître-dresseur ne pouvait pas se prononcer.

« Je n’apprends aux chevaux que les ordres simples. La plupart seront montés par des soldats, qui n’en descendront que pour attacher leur longe et les considèrent comme moins précieux que leur armure. Je serais curieux de voir ce qu’un dressage plus approfondi pourrait avoir comme résultats », dit-il sincèrement. Qui sait, cela pourrait un jour s’avérer une compétence utile ? La présence d'invités aimables à Harrenhal était déjà un petit évènement, si en plus cet invité pouvait lui transmettre de précieux savoirs, il serait stupide de ne pas en profiter. Olivir se promit d'ailleurs d'aller remercier le Ferrant dès le lendemain pour lui avoir offert cette superbe opportunité.

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Chevalier
avatar

Even Corbray
Chevalier

Général
Courage et honneur.



Chevalier du Val.

♦ Missives : 628
♦ Missives Aventure : 84
♦ Age : 26
♦ Date de Naissance : 24/07/1991
♦ Arrivée à Westeros : 01/05/2012
♦ Célébrité : Eric Bana
♦ Copyright : Izhelinde
♦ Doublons : Corwin Rogers, Morgan Kenning, Kealan du Rouvre
♦ Age du Personnage : 30 ans
♦ Mariage : Aucun
♦ Lieu : Cordial, Val d'Arryn
♦ Liens Utiles :
Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
251/500  (251/500)


Message Dim 21 Avr 2013 - 23:20

Even ne put que convenir qu'à la place qui était la sienne, Olivir ne risquait que d'éprouver de la tristesse à la perte de chaque nouvel animal s'il s'attachait trop à eux. Pour certaines bêtes, comme les chiens de chasse ou les chevaux de guerre, la mort était souvent prématurée. D'autres avaient la chance de mourir de vieillesse... Pourtant, le Valois se rappelait clairement que le maître dresseur de Cordial avait toujours porté une affection toute particulière aux bêtes dont il s'occupait, notamment aux chevaux. Peut-être y avait-il puisé une influence dans ses jeunes années, car il le connaissait depuis sa plus tendre enfance, et il en avait toujours été ainsi. A présent, l'homme n'était plus tout jeune, et ses fils avaient repris le flambeau avec le même amour de la tâche. Combien de fois le vieil homme avait-il souffert de la mort d'un animal ? De voir qu'un de ses protégés était parti un matin sans revenir le soir ? Le chevalier savait qu'il serait peiné à la mort de son cheval, qu'elle survienne tôt ou tard, comme s'il venait de perdre un ami.

« Je comprends ce que vous voulez dire. Toutefois, notre maître dresseur, à Cordial, a toujours été très attaché aux animaux dont il avait la charge. Il les connaissait par leurs noms, s'en occupait comme d'autres s'occupent de gens, il leur parlait, savait tout d'eux... Ils étaient presque comme sa famille. Evidemment, il a souvent souffert des pertes des bêtes, mais cela ne l'a jamais empêché de continuer sur sa lancée. J'imagine que chacun a sa propre façon de procéder.

En cela, il ne jugeait absolument pas son interlocuteur. Ce dernier alla consulter un panneau sur lequel étaient griffonnés des symboles. Si lui-même n'en comprenait pas la signification, cela semblait au contraire limpide pour le maître dresseur. L'intéressé revint d'ailleurs vers lui pour lui annoncer que quatre juments de l'écurie étaient en chaleurs, et lui proposer de les accoupler à Sunburn si cela l'intéressait. Même s'il s'y était attendu, Even ne savait pas vraiment quoi répondre dans l'immédiat. Il n'était certes pas venu pour enrichir le cheptel équin d'Harrenhal... Son étalon serait sans doute assez occupé dans ce sens durant le temps qu'il passerait à Cordial. Toutefois, ce qu'il lisait dans les yeux d'Olivir, et le soin évident qu'il mettait à son travail le mettaient en mauvaise position pour refuser. Que pouvait bien lui coûter une saillie, après tout ? Et puis, il avait été accueilli à Harrenhal, il pouvait sans doute faire cela pour les remercier de leur hospitalité...

- Ma foi, pourquoi pas ? Vous connaissez sans doute bien mieux vos juments que moi, vous saurez laquelle est la mieux placée pour donner un poulain satisfaisant. Toutefois, Sunburn est un grand... débutant en matière de paternité. Il risque d'être assez maladroit au début.

Il se tourna un instant vers son cheval, qui avait pointé les oreilles vers l'avant comme s'il savait qu'on parlait de lui. Ses jolis yeux verts pétillaient d'intérêt. Le Valois lui flatta l'encolure avec une affection évidente, puis il se retourna vers le maître dresseur quand Sunburn se remit à mâchouiller du fourrage qui avait été mis à sa disposition. Il venait de dire qu'il n'utilisait pratiquement pas le dressage à la voix, mais qu'il était intéressé de voir ce que cela pouvait donner.

- Dans ce cas, avant d'en arriver là, peut-être pourrais-je vous montrer quelques petites choses qu'il sait faire à la voix ? Il en est d'autres qu'il exécute en selle, mais cela fonctionne tout aussi bien à pied.

Se détournant, le chevalier ouvrit la porte du box de son étalon, afin de lui ménager une place suffisante pour qu'il puisse sortir dans la large allée. Pour quelques petits « tours » de base, celle-ci suffirait. En revanche, s'il devait montrer un exercice de trot ou de galop à la voix, il aurait besoin de la cour. Si le destrier semblait très absorbé par son repas, à présent, il avait tout de même orienté une oreille en direction des humains, attentif. Even le siffla brièvement puis l'appela par son nom, et il leva la tête, attentif, de la paille dépassant de sa bouche alors qu'il mâchait encore.

- Viens, Sunburn.

Sans se presser, mais obéissant aussi efficacement qu'un chien, l'étalon sortit du box pour venir se tenir debout à côté de son maître dans l'allée. L'exercice suivant que le Valois allait montrer n'était qu'une imitation de ce que le maître dresseur de Cordial avait appris à ses bêtes pour en faciliter le pansage. Toutefois, lui-même l'avait éduqué à l'identique afin de pouvoir s'en occuper tout aussi simplement, car il avait passé beaucoup de temps hors de chez lui. Il tapota le garrot de Sunburn avant de se pencher en avant vers ses antérieurs.

- Donne.

Docile, le destrier leva le pied, lui donnant son sabot afin d'en faciliter le curage. C'étaient des choses simples, qui visaient à améliorer le quotidien, un peu comme on dressait un chien de travail. Le but n'était pas d'en faire un animal savant. Le chevalier félicita son compagnon, qui en réponse vint lui pousser l'épaule du bout des naseaux. Il fit quelques pas dans l'allée, talonné d'un pas tranquille par l'étalon, comme un chien aurait pu marcher au pied, sans aucune espèce de longe pour les relier. Le cheval stoppa sur demande, restant immobile à attendre, en dépit de ses semblables qui se trouvaient dans les stalles autour de lui. Even revint ensuite avec lui jusqu'à Olivir, un sourire aux lèvres.

- Ce ne sont que des choses simples qui facilitent le quotidien de tout le monde, aussi bien le sien que le mien. A la monte, il sait également marcher, trotter ou galoper à la voix, et peut le faire à pied. Mais pour cela, il faudrait que je vous le montre dans la cour, car nous manquerions de place ici en dépit des dimensions des écuries... Je ne sais pas si nous en avons le temps pour le moment, toutefois. Je ne veux pas faire patienter lady Danelle indéfiniment. A moins que cela vous intéresse vraiment, peut-être devrions-nous nous intéresser à vos juments en chaleurs ? En revanche, je crois qu'il faudra le longer, si on doit l'approcher de ces dames. Il reste ce qu'il est, un entier, même très docile. »

Il flatta l'encolure de l'étalon qui restait stoïque et parfaitement sage à côté de lui. Un chien n'aurait sans doute pas fait mieux. On pouvait presque voir à l’œil nu le lien qui les unissait tous deux. La confiance était totale, l'affection parfaitement réciproque. Sans doute le maître dresseur serait-il heureux d'avoir un tel animal dans la généalogie des bêtes qu'il élèverait. Pour sa part, le Valois serait reconnaissant d'avoir des nouvelles de la ou des saillies qui seraient pratiquées, afin de savoir ce qu'elles avaient donné, ainsi que de connaître les caractéristiques du ou des futurs poulains. Robes, sexe, physique, capacités... Tout l'intéressait. Il savait déjà qu'il pourrait longuement en parler avec le vieux maître dresseur de Cordial et les siens une fois qu'il serait de retour chez lui.


Spoiler:
 


Spoiler:
 

Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Sam 27 Avr 2013 - 10:55

Olivir aurait pu se sentir vexé, ou déçu, en entendant parler de la relation entre son équivalent de Cordial et ses bêtes. Après tout, certains, dont Ser Even, semblaient apprécier le lien de proximité qui pouvait se créer avec un animal, en dépit de la tristesse qu’une séparation provoquerait immanquablement. En ce sens, le détachement quelque peu froid du maître-dresseur pouvait être vu comme un gâchis, une succession d’actes manqués qui auraient assombri son passé. Certains auraient pu d’ailleurs y trouver la cause de son tempérament sérieux, lui qui ne s’attachait guère plus aux hommes qu’aux bêtes. Mais Olivir considérait que sa nature était liée à ce détachement ; même durant ses jeunes années alors qu’il était souvent livré à lui-même dans les champs et les forêts du Conflans, il n’avait pas ressenti le besoin d’un compagnonnage, d’une présence réconfortante à laquelle il se serait raccroché. Cela s’était confirmé depuis son arrivée à Harrenhal : il traitait toujours ses protégés avec respect, mais sans débordements d’affection.

Néanmoins, ce qu’il tira de plus rassurant de l’anecdote du chevalier fut la possibilité pour un homme dans sa position de vivre pleinement malgré un attachement irraisonné aux animaux. Car c’était un trait qu’il retrouvait à des degrés divers chez ses trois apprentis, surtout Ked, et il craignait que leur incapacité à accepter les nombreuses séparations qui se profilaient dans leur carrière ne pèse sérieusement sur leur moral. Or, si un Valois de Cordial était capable de surmonter ces deuils, rien ne disait que ce ne soit pas le cas de jeunes gens du Conflans. Il continuerait à les surveiller, mais sans avoir à s’inquiéter outre mesure de leur empathie excessive, et pourrait désormais cesser ses sermons sur les barrières de protection qu’il fallait créer dans son esprit. Rien que pour cela, la visite de Ser Even était bénéfique.

Mais se profilait également un autre gain, mutuel celui-ci. Olivir connaissait sans doute moins les chevaux que son assistant, car ses responsabilités limitaient le temps qu’il pouvait passer aux écuries, mais les juments capables de pouliner avaient forcément une importance particulière, et il n’eut aucun mal à donner quelques informations supplémentaires sur les deux Isabelle.

« Des deux, je vous conseillerais Silane, la plus âgée. Elle est plus grande et plus élancée qu’Avanie. Votre étalon n’est pas une bête de bât, donc inutile de chercher à retrouver ces caractéristiques dans sa progéniture. Et puis je sais qu’elle n’a aucun problème pour mettre bas. »

Il recula ensuite pour laisser de l’espace à Ser Even et sa monture, en vue de leur petite démonstration. Il se doutait qu’une brève observation ne ferait pas de lui un champion en la matière, mais les visites de gens intéressants étaient si rares qu’il fallait en tirer un maximum. Ce n’était pas tous les jours qu’un chevalier décent demandait l’hospitalité à Lady Danelle, et acceptait de passer un peu de temps en sa compagnie. Tout Errant qu’il était, son statut social était infiniment supérieur à Olivir, roturier jusqu’au bout des ongles, et nombre de ses comparses n’étaient pas étouffés par l’humilité – ou peut-être se vengeaient-ils sur les inférieurs de la rancœur qu’ils éprouvaient vis à vis de ceux dont le rang était vu comme plus prestigieux. Ce n’était peut-être pas un signe des Sept, mais il ne serait pas dit que le maître-dresseur d’Harrenhal laisserait passer une aubaine pareille.

Il observa donc attentivement le chevalier donner des ordres simples, mais rapidement suivis. S’il n’avait pas nécessairement besoin de faire bouger les animaux par la voix, à l’exception des chiens, évidemment, le lever de patte pour le curage pouvait s’avérer des plus pratiques, et il décida de s’y essayer dès le lendemain avec Ked.

« Très instructif. Cela m’aurait épargné bien des ecchymoses si j’y avais songé plus tôt » constata-t-il en se souvenant des coups de sabot reçus dans l’inexpérience de sa jeunesse. « Je recourais plus à la force qu’à la douceur lors de mes premiers contacts, alors que j’étais loin d’avoir la puissance nécessaire. Mais on finit par apprendre. La douleur est un professeur dont on se souvient. » C’était dit sans chercher à se faire plaindre, et Olivir attendit la fin de la petite démonstration pour aviser de la suite des évènements.

« Je ne saurais que vous conseiller de ne pas faire excessivement patienter Lady Danelle, » dit-il, « même si vos qualités de dresseur sont impressionnantes et que je gagnerais à pouvoir vous observer plus longtemps. » Il réfléchit un instant. « Si vous souhaitez que Sunburn puisse saillir Silvane, je vous propose d’utiliser le petit enclos, là-bas » ajouta-t-il en désignant un parc de dimensions réduites localisé près de l’extrémité des écuries qui accueillait les juments en chaleur. « Si Ked a bien fait son travail, il devrait y avoir une longe pour chaque stalle occupée. Je vais aller installer la demoiselle, et vous pourrez guider vous-même votre monture. Il sera certainement plus calme si vous êtes près de lui. » Olivir ne savait pas si le chevalier voulait assister à la saillie, lui-même en ayant vu suffisamment pour ne plus ressentir le besoin de tous les contempler. Le spectacle avait depuis longtemps cessé d’être à la fois cocasse et impressionnant. Tout juste resterait-il à portée d’oreille pour s’assurer que l’étalon ne faisait pas de mal à la jument. Certains semblaient passer de cheval à loup durant l’acte, et les morsures mettaient un temps infini à cicatriser.

Il se dirigea donc vers la stalle abritant l’heureuse élue, qui était agitée, en accord avec sa condition. Il la longea d’une main experte, avant de la mener avec autorité vers l’enclos qu’il ouvrit. Il retira la longe après l’avoir guidée à l’intérieur, et resta près du portique afin de le maintenir ouvert pour Ser Even et sa monture. Par prudence, il se plaça derrière le panneau de bois : il avait vu assez de jeunes mâles pour savoir que même les plus doux pouvaient changer du tout au tout lorsque venait le moment de passer à l’acte.

Peu soucieuse de ce qui arrivait, la jument se dirigea vers un tas de paille abandonné là et l’inspecta du bout du nez, à la recherche de restes sans doute censés améliorer son ordinaire pourtant loin d’être mauvais.
Revenir en haut Aller en bas
Chevalier
avatar

Even Corbray
Chevalier

Général
Courage et honneur.



Chevalier du Val.

♦ Missives : 628
♦ Missives Aventure : 84
♦ Age : 26
♦ Date de Naissance : 24/07/1991
♦ Arrivée à Westeros : 01/05/2012
♦ Célébrité : Eric Bana
♦ Copyright : Izhelinde
♦ Doublons : Corwin Rogers, Morgan Kenning, Kealan du Rouvre
♦ Age du Personnage : 30 ans
♦ Mariage : Aucun
♦ Lieu : Cordial, Val d'Arryn
♦ Liens Utiles :
Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
251/500  (251/500)


Message Ven 3 Mai 2013 - 13:48

Comme Even le pensait, Olivir lui conseilla de ne pas trop faire patienter son hôte. Il n'était de toute façon pas venu là pour jouer au saltimbanque, et son cheval n'était pas un animal savant non plus. Les tours qu'il connaissait étaient seulement destinés à améliorer et faciliter le quotidien de son maître ainsi que le sien. Toutefois, la question de la saillie restait posée. Le maître dresseur lui indiqua un enclos où il pourrait mener sa monture s'il désirait procéder à l'accouplement, et lui dit qu'il y avait une longe pour chaque occupant des stalles. A vrai dire, le Valois pensait que l'utilisation de la longe n'était pas nécessaire sans son cas, Sunburn étant tout à fait disposé à le suivre à pied, docilement, sur un simple ordre. Toutefois, la situation allait être particulière, et mieux valait ne prendre aucun risque : il ne savait pas comment l'étalon allait se comporter, car il n'avait encore jamais servi de reproducteur. Si le destrier tenait de son père, il serait probablement calme et respectueux, mais on ne pouvait jamais savoir à l'avance.
Tandis qu'Olivir allait chercher l'heureuse élue pour la mener dans l'enclos, le chevalier passa lui aussi une longe à Sunburn. Ce dernier lui poussa le bras du bout des naseaux, dans un geste affectueux. Il semblait sentir que quelque chose allait se passer. Il ne résista nullement quand on l'entraîna vers l'enclos, marchant d'un pas tranquille. Toutefois, avant d'y entrer, il réagit déjà à la présence de la jument qui s'y trouvait, pointant ses oreilles vers l'avant, avant de pousser un hennissement cordial. La demoiselle eut au moins la décence de tourner la tête vers lui pour l'observer. Even mena son cheval à l'intérieur avant de lui retirer la longe et de sortir. Contrairement à d'autres étalons, Sunburn ne se précipita pas sur la jument. Bien qu'apparemment intéressé, il ne s'en approcha même pas dans un premier temps, préférant observer. Le Valois se tourna vers le maître dresseur.


« Comme vous l'avez dit, je ne vais peut-être pas faire patienter lady Danelle plus longtemps. Je pense que vous avez suffisamment d'expérience en la matière pour que je puisse vous faire confiance. Si vous surveillez que tout se passe bien, je vais me retirer et rejoindre mon hôte. Vous pourrez toujours me dire comment cela s'est passé. Ce fut un plaisir de passer un peu de temps en votre compagnie. »

Il adressa un sourire sincère à Olivir. Il était de ces gens qui se plaisaient dans la compagnie de personnes de toutes conditions, du moment qu'ils s'entendaient. Un trait de caractère parfois trop peu partagé par ses pairs. Le chevalier jeta un dernier regard à Sunburn, qui approchait la jument avec précaution pour fraterniser, apparemment conscient de ce qu'on attendait de lui. Mais il ne semblait pas excessivement entreprenant, ce qui laissa penser au jeune homme que tout se passerait bien. Comme il s'y attendait, l'étalon tenait de son père, et la chose se passerait sans doute au mieux avec sa prétendante. Rassuré, il prit congé pour rejoindre la maîtresse des lieux, espérant qu'il ne l'avait pas trop fait attendre. Si elle n'avait pas terminé la tâche pour laquelle elle les avait quittés, lui-même était tout disposé à patienter. Un serviteur vint toutefois lui dire que la régente d'Harrenhal l'attendait dans le petit salon des dames, ce qui lui fit comprendre que lui-même n'aurait pas à tuer le temps.

Lorsqu'il arriva au salon en question, il s'excusa auprès de lady Danelle de l'avoir fait patienter. En prenant place, il examina les alentours d'un coup d'oeil, naturellement. Les tentures qui réduisaient les dimensions de la pièce en faisaient un lieu bien plus intimiste que toutes les immenses pièces qu'il avait pu visiter un peu plus tôt, et somme toute agréable. On parvenait presque à oublier qu'on se trouvait à Harrenhal, avec tout ce que les gens racontaient à ce sujet.
Even passa un agréable moment en compagnie de son hôte. Ils firent plusieurs parties de cyvosse, et se révélèrent être des adversaires aussi acharnés l'un que l'autre, de sorte que certaines parties étaient emportées par le Valois, d'autres par la régente. Il y avait fort longtemps que le chevalier n'avait pas eu le plaisir de faire une partie de ce jeu, et c'était d'autant plus appréciable car il se trouvait face à un adversaire d'envergure.
Somme toute, bien plus tard, lorsqu'il alla se coucher dans la chambre qu'on lui avait assignée, il pouvait dire qu'il avait passé un moment des plus agréables. Bien plus que ce à quoi il avait pu s'attendre en demandant simplement un hébergement pour la nuit. Après tout, certains hôtes se contentaient du strict minimum, aussi était-il habitué à ne pas attendre plus. Il s'était fait une idée plutôt bonne de celle qu'on surnommait la Folle d'Harrenhal, même s'il convenait qu'il s'agissait là d'une dame atypique et peu conventionnelle. A sa façon, elle semblait pourtant être quelqu'un de respectable. Probablement était-il une des seules personnes du royaume à la considérer de la sorte, de façon aussi débonnaire.

Le lendemain, avant de partir et de reprendre la route, il prit le soin de remercier comme il se devait lady Danelle pour son hospitalité, et de lui souhaiter bonne chance pour les temps à venir. Des troubles, il y en avait partout en Westeros, ces derniers temps, et pour des raisons diverses et variées... Even alla également saluer Olivir lorsqu'il récupéra sa monture, sachant qu'il aurait des nouvelles, très certainement, de ce que donnerait la gestation de la jument isabelle.
Lorsqu'il quitta Harrenhal et son allure sinistre, il prit la route qui menait vers Herpivoie, pour rejoindre ensuite la Grand-route qui se dirigeait vers la Porte Sanglante. En chemin, il ferait étape dans une auberge qu'il savait fréquentée, où il rejoindrait des voyageurs à destination du Val. Il savait qu'il trouverait toujours du monde prêt à franchir les Montagnes de la Lune. Une aventure qu'il était suicidaire de tenter seul, le Valois le savait bien, ce qui expliquait qu'il ne tenterait pas l'Etranger.


Spoiler:
 

Revenir en haut Aller en bas

Contenu sponsorisé

Général
Feuille de Personnage


Message

Revenir en haut Aller en bas

Sentences de mort et promesses de vie [avec Even Corbray]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1


Sujets similaires

-
» Un lien avec la mort ? C'est par ici.
» Un combat avec un loup brun aux yeux oranges
» Le sang se lave avec des larmes et non avec du sang [PV]
» › qui aime la mort aime la vie.
» « Si je n'ai plus de bras, je le tuerai avec mes pieds. Si je n'ai plus de jambe, je le mordrai. S'il me coupe la tête, je le tuerai de mon regard. Si je n'ai plus d'yeux, je le tuerai d'un maléfice. Même s'il doit me laisser à moitié mort. » ▬ Naruto

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
A Song of Ice and Fire RPG :: Citadelle de Maegor :: ◄ Salle des Archives Oubliées (RP)-