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Continuer sa route...

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Message Sam 15 Déc 2012 - 20:23

Le jour se levait enfin après une nuit qui avait semblé interminable. S'il faisait encore sombre, le ciel se colorait doucement et la jeune femme qui se tenait adossée contre le mur de l'auberge, emmitouflée dans une cape bien chaude, commençait à distinguer bien plus nettement les quelques habitations du petit village où elle venait de passer une nuit sans réussir à fermer l'œil.

Elle fixait les alentours, le regard brillant et sa mine encore plus pâle que d'ordinaire, rehaussée par la teinte violacée qu'avait pris sa joue droite. De temps en temps, elle réajustait le corsage de sa robe qui tournait sans cesse, la tenue, fournie de bonne grâce par la femme de l'aubergiste, beaucoup trop grande pour Eleanor qui flottait littéralement à l'intérieur malgré tous les efforts pour resserrer au maximum les lacets.

Mais sa propre robe avait été jetée au feu quelques heures à peine après son arrivée, le sang la maculant l'ayant rendue totalement inutilisable, même pour faire des chiffons, au grand dam de la matrone qui avait pris sur elle de frictionner la Tully dans un bac d'eau brûlante, pour "chasser toute trace de ce qui lui était arrivé". C'était elle qui avait insisté, n'écoutant pas ses protestations, pour lui fournir sa plus belle robe et la jeune femme lui avait jeté un regard éperdu de reconnaissance. Elle n'avait qu'une envie, faire disparaitre toutes les preuves de cette mésaventure et revenir quelques jours en arrière, même si elle savait la chose totalement impossible.

Alors qu'elle était plongée dans ses pensées, la silhouette familière de l'un des gardes de sa famille s'approcha doucement d'elle, comme pour essayer de ne pas la surprendre. Il s'inclina légèrement en guise de salut et elle réussit tant bien que mal à bricoler un sourire de convenance. La vision de sa tenue ne faisait que raviver la plaie béante que représentait la perte de Ser Norbert et elle n'avait encore pas réussi à leur annoncer, les mots refusant de sortir de sa bouche dès qu'elle le tentait.


"Lady Eleanor, les chevaux sont sellés. Nous sommes prêts à partir quand vous le voudrez. Tout le monde vous attend avec impatience à Vivesaigues et ils seront heureux de voir que vous êtes saine et sauve."

Combien de fois avait-elle entendu cela depuis que les gardes l'avaient retrouvée hier soir ? Elle n'avait même pas essayé de compter. Le soulagement qui s'était peint sur leur visage lorsqu'ils étaient entrés dans l'auberge où ils s'étaient réfugiés avait été l'exact reflet de ce qu'elle avait pu ressentir. Sans la nuit tombante et la pluie qui s'était faite de plus en plus forte à mesure que la journée s'était avancée, ils auraient probablement déjà parcouru la route qui les séparait des siens.

Si elle mourrait d'envie de les retrouver, de revoir le sourire d'Emilia et d'embrasser sa famille, non seulement elle était effrayée à l'idée de devoir leur raconter ce qui s'était passé mais elle savait qu'il lui restait encore une chose à faire. C'était ça, plus que tout le reste, qui l'avait empêché de dormir cette nuit. Après avoir ressassé les évènements qui s'étaient déroulés moins de vingt-quatre heures plus tôt, si on lui avait posé la question, elle aurait été persuadée qu'elle était partie de Vivesaigues depuis des semaines, elle avait fini par demander une plume et du papier à l'aubergiste qui, bien qu'étonné par cette étrange demoiselle aux douces manières, avait accepté et réussi tant bien que mal à lui fournir ce qu'elle avait réclamé.

C'est ainsi qu'Eleanor fixait le garde qui arborait les couleurs de sa Maison, deux parchemins serrés dans sa main valide, l'autre pendant contre sa hanche enveloppée dans un bandage bien serré. La douleur s'était faite supportable même s'il ne fallait surtout pas que quiconque y touche ou qu'elle essaie de l'utiliser.


"Merci. Je suis presque prête et nous pourrons enfin rentrer chez nous. Ne vous en faites pas, je n'en ai pas pour longtemps."

Le garde hocha brièvement la tête et lui emboîta le pas sans même qu'elle cherche à dire quoi que ce soit. Elle savait pertinemment qu'il aurait été inutile de lui demander de rester dehors, les évènements qui les avaient menés jusqu'ici leur rappelaient à tous qu'il ne fallait plus perdre la jeune lady de vue, même un instant.

Ils saluèrent tous deux l'aubergiste et traversèrent la salle principale avant de gravir les escaliers menant aux chambres. Celle où Eleanor avait passé les deux dernières nuits était entrouverte et elle passa devant sans même y jeter un regard avant de s'arrêter au bout du couloir devant une porte close.

La jeune femme resta un instant interdite, comme si elle n'osait pas tourner la poignée. Elle la fixait, indécise, se remémorant brusquement la première nuit qu'ils avaient passés dans l'établissement. La vieille femme qui s'était occupée de Qhorin lui avait dit qu'il risquait de ne pas passer la nuit, surtout après toutes les heures passées à dériver dans le bateau après que les Fe-nés les aient abandonnés à leur sort. A cette annonce, Eleanor s'était sentie envahie de sentiments contradictoires. Cette part d'elle, qui s'était déjà exprimée plusieurs fois face au comportement du Fléaufort, s'était réjouie à l'idée qu'il finisse de payer pour le mal qu'il avait pu causer. Mais elle s'était rappelée de tout le reste et n'arrivait pas à se résoudre à l'idée de le voir passer de vie à trépas, surtout à cause de tout ce qui était arrivé.

Elle avait attendu une nuit entière, somnolant par à-coups, avant que le jour ne se lève et qu'on lui annonce enfin ce qu'il en était. Il vivrait, même s'il mettrait du temps à se remettre de ses blessures mais les Sept avaient été cléments avec lui. Eleanor s'était alors contentée de sourire machinalement, incapable de savoir si elle était soulagée ou non de cette nouvelle. Elle avait alors soigneusement évité de lui rendre visite durant les quelques heures qui avaient suivi, prenant pour excuse le fait qu'il était souvent inconscient et devait prendre du repos.

A la tombée du jour les gardes l'avaient enfin retrouvée. La joie de les voir avait presque réussi à lui faire oublier les deux derniers jours qu'elle avait passé et les horreurs auxquelles elle avait pu assister, mais pas complètement. Elle savait pertinemment qu'il lui faudrait du temps et l'amour des siens pour reprendre le cours de sa vie et quelque chose en elle avait profondément changé. Le jeune homme qui se tenait derrière cette porte en était le principal responsable et il lui fallait l'affronter une dernière fois avant de prendre la route, même si une part d'elle aurait préféré s'enfuir dans la nuit.

Eleanor se décida enfin et, après avoir frappé brièvement, entra dans la petite chambre suivie du garde qui se contenta de rester dans l'embrasure de la porte. Elle était en partie plongée dans l'obscurité, le peu de lumière traversant les carreaux de la petite fenêtre ne servant qu'à distinguer vaguement les différents meubles de la petite pièce. Il fallut quelques instants à la jeune femme pour s'habituer à la semi-pénombre et elle sursauta lorsque la femme de l'aubergiste lui apporta une petite chandelle qu'elle déposa en silence sur une table près du lit du blessé.

Il avait les yeux grands ouverts et la Tully était incapable de savoir s'il la regardait ou s'il était perdu dans ses pensées. Elle resta ainsi de longues minutes, ne sachant guère par où commencer. Elle savait qu'elle devrait probablement lui raconter depuis le moment où il avait perdu connaissance, c'était en partie pour ça qu'elle était là après tout, mais elle ne savait pas par où commencer.

Prenant alors une grande inspiration, elle finit par ouvrir la bouche et par lâcher, d'une voix qu'elle essaya de rendre la plus neutre possible.


"On m'a dit que vous alliez vous en sortir."

Peut-être aurait-elle du ajouter quelque chose, mais elle n'arrivait pas à trouver quoi. Etait-ce une bonne chose ? Une mauvaise ? Difficile, voire impossible pour elle de le dire en cet instant.
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Message Dim 16 Déc 2012 - 19:13

C’était un lieu dont on oubliait tout une fois qu’on le quittait, à mi chemin entre le sommeil et l’éveil, un endroit où les réponses apparaissent en même temps que les questions. Le fredonnement des vagues et l’obscurité constituaient les seules constantes de ce monde transitionnel dont il était l'unique habitant. Seul mais submergé par une sensation de plénitude et de lucidité qu’il n’avait jamais connu de son vivant. Etait-il mort pour autant ? Non. Pas encore ou plutôt c’était à lui de décider s’il allait continuer de se laisser porter par les vagues vers la quiétude, le repos et la connaissance. Sa vie, ses choix, ses erreurs, tout lui paraissaient si clair et limpide. Tant de souffrance subie ou causée, d’inachevé, de gâchis et pourtant, étrangement, il était en paix avec lui même. Les minutes, les secondes n’existaient plus. Mais quelque soit l’unité temporelle de ce lieu, il sentait que chaque instant qui passait lui faisait prendre davantage de distance par rapport à son existence. Le tailleur de pierre délaissait parfois une ébauche dans laquelle ses espoirs avaient été fondés pour se tourner vers autre chose. Alors, ol pouvait bien adopter la même attitude. Et d’ailleurs une vie où personne, absolument personne, n’avait besoin de lui ne valait pas la peine d’être vécue. En dépit du noir le plus complet, il se savait porté par les vagues dans la direction souhaitée. Jusqu'à ce que le cri perçant d’un aigle vint déchirer l’obscurité. Puis les images défilèrent furtivement mais claires et précises. Il était en selle sur un destrier aussi noir que les colonnes de fumée qui jonchaient les lignes ennemies. Tout autour de lui, les bannières du Lion et de l’Encapuchonné étaient hissées vers le ciel, frappées par le vent. Il se vit ensuite plus âgé, plus grand, le duvet blond d’un début de barbe sur la partie inférieure de son visage. Il observait les Sœurs du Silence dévoiler la dépouille d’un être qui lui était cher. Puis le froid intense d’une contrée lointaine noyée sous la neige et la glace. Une femme à la chevelure brune emmitouflée dans d’épaisses fourrures qui lui demandait d’arrêter. Cette succession d’images avait suffit à le convaincre. Il fallait faire demi-tour, il devait faire demi-tour. C’était un lieu dont on oubliait tout une fois qu’on le quittait, à mi chemin entre le sommeil et l’éveil

L’incertitude et la douleur le saisirent à la gorge alors que Qhorin reprenait peu à peu conscience. Il était en nage. L’écrasement des gouttes de pluie contre le carreau d’une fenêtre avait remplacé le son des vagues. Malgré la pénombre, il parvint à distinguer les contours d’un lit sur lequel il était couché. Sans succès, le Fléaufort tenta de se rappeler comment il avait bien pu arriver ici. En plus de la douleur, son corps était en proie à un état de faiblesse extrême qui l’empêchait de se mouvoir à loisir. Les bandages qui lui enserraient le buste ne lui facilitaient pas cette tâche. Il avait l’impression qu’on lui avait lacéré le ventre puis se rappela avec horreur que c’était exactement ce qu’il lui était arrivé. Les souvenirs lui revenaient par bribes. L’épée en acier Valyrien qui avait tranché dans ses chairs avec tant de facilité, la main d’Eleanor Tully qui refermait la sienne sur un peigne. Et sa difficulté à virer de bord pour les ramener vers le continent. Alors qu’il renonçait à tenter de bouger de peur d’aggraver ses souffrances, Qhorin se mit à tousser de manière incontrôlable envoyant des salves de douleur fulgurantes dans tout son côté droit, là où Yoren avait plantée la lame. Tant que sa fièvre ne tomberait pas, il continuerait à tousser et à alimenter la douleur qui ravageait son torse. Une personne dont il ne distinguait pas le visage vint à plusieurs reprises le nourrir à la cuillère pour lui faire ingérer une mixture pâteuse au goût âpre.

Où suis-je ?

Il avait si mal qu’il était évident qu’on ne lui avait pas donné de lait de pavot, il ne bénéficiait donc pas des soins d’un mestre et ne se trouvait donc sûrement pas dans un château. La déduction le rassura sur son état mental, sa vivacité intellectuelle lui revenait peu à peu. Mais c’était bien là le seul motif de satisfaction. Qhorin parvenait de temps en temps à s’endormir brièvement pour reprendre des forces mais son sommeil s’interrompait toujours brusquement par une crise de toux qui lui administrait ce regain de souffrance à la limite du tolérable. Il était ainsi éveillé depuis plusieurs heures lorsqu’on vint frapper à sa porte à l’orée du jour. Eleanor Tully apparut dans l’embrasure. Il s’agissait bien de la dernière personne que Qhorin s’attendait à voir lui rendre visite sur son lit de convalescent. Pourtant, elle lui faisait face dans une robe trop grande pour elle, un détail qui relança les spéculations du jeune noble quant à l’identité et la nature de leurs hôtes. Derrière la Lady, il distingua la silhouette d’un garde. Etait-elle venue le regarder une dernière fois avant de le livrer à ses hommes ? Une telle issue ne l’effrayait pas étrangement. Qhorin demeurait calme, sa poitrine se soulevait doucement alors qu’il tâchait de contrôler le rythme de sa respiration. Pour le moment, sa seule crainte était de tousser à nouveau, pas d’être arrêté par des gardes de Vivesaigues. Hélas, un nouvel accès de toux fit échos aux premiers mots d’Eleanor qui interrompit le long silence qui avait servi de préambule à leur face à face. Qhorin s’efforça de ne pas montrer sa souffrance devant la Tully mais ne parvint pas réprimer une grimace.

Pourquoi mon corps semble s’évertuer à me prouver le contraire si je vais vraiment m’en sortir.

Son visage lui apparut à travers la paroi en verre de la chandelle qui éclairait la pièce. Le blanc de son œil gauche était entièrement rouge, un état qu'il devait aux coups de poing du second de la Veuve Salée. Mais c’est en voyant l’ecchymose sur la joue d’Eleanor qu’il sentit son cœur se serrer.

« Cette perspective ne semble pas particulièrement vous ravir. »
Il lui semblait qu’il entendait sa propre voix pour la première fois depuis des semaines.
« Comment pourrait-il en être autrement. Vous auriez de très bonnes raisons de ne pas souhaiter mon rétablissement.»
L’esquisse d’un sourire un peu triste naquit au creux de ses lèvres. Les paroles de la Tully, au moment où elle l’avait traité de monstre, lui revinrent en mémoire. Il aurait préféré qu’elle s’asseye à côté de son lit plutôt que de lui faire face debout, de cette façon. Le rapport de force le mettait un peu mal à l’aise.

« Même si le fait que je sois vivant vous permet me soumettre à la justice du Roi. Cela n’effacera rien, mais au moins… »

Les mots restèrent coincés dans sa gorge. Il n’avait pas besoin d’aller dans le détail. Qhorin ne souhaitait pas s’étendre sur le sujet et en débattre avec elle. Seul un lâche tenterait de faire culpabiliser la Lady d’exercer son droit le plus absolu, celui de lui faire payer pour ses crimes. Pour lui la chose était acquise. Il serait jugé et de toute évidence reconnu coupable. Alors autant faire face à cette situation avec le peu d’honneur qu’il lui restait et parler d’autre chose.

« Comment va votre main ? »
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Message Mar 1 Jan 2013 - 17:37

Le temps semblait comme brusquement suspendu. Eleanor savait que dehors, il devait faire bien plus clair, mais cela ne changeait en rien à la faible luminosité de la pièce. Elle se contentait de continuer à fixer Qhorin, sans bien savoir quoi faire ni quoi dire. Il fallait qu'elle se l'avoue, avant même d'entrer dans cette pièce, elle n'avait pas vraiment été fixée sur la façon dont pourrait se dérouler cette rencontre et maintenant qu'elle était là, c'était encore pire. Jamais encore elle n'avait été tiraillée par autant de sentiments contradictoires tandis qu'elle observait le jeune Fléaufort allongé dans son lit.

Il avait l'air si jeune, si vulnérable et, si elle n'avait pas entendu la vieille femme lui assurer qu'il se remettrait de ses blessures, elle n'en aurait pas été persuadée en voyant sa pâleur et son regard brillant de fièvre. Aux premiers mots qu'il prononça en écho des siens, elle resta un instant interdite avant de laisser filer un profond soupir et de détourner son regard, ses yeux se posant sur la petite fenêtre aux volets clos. Déposant les deux parchemins sur le lit, elle se dirigea vers elle et, d'un geste maladroit, réussit tant bien que mal à laisser entrer la lumière dans la pièce. Prenant une profonde goulée d'air frais, elle réalisa que celui de la chambre était lourd et chargé de maladie.

Laissant la fenêtre entrouverte, elle attrapa gauchement la petite chaise non loin de sa main valide, réprimant une légère grimace de douleur à chacun de ses mouvements, avant de s'installer au chevet du jeune homme.

Le silence continua de s'immiscer entre eux tandis qu'elle gigotait sur place avant de se redresser et de reporter son attention sur Qhorin, se mordillant la lèvre inférieure durant quelques secondes.


"Je ne sais pas."

Voilà tout ce qu'elle réussit à dire dans un premier temps aux différentes remarques qu'il avait laissé échapper. Elle, qui avait souhaité sa mort plus d'une fois au cours de leurs mésaventures, réalisa pourtant que tout n'était pas aussi simple et que fermer les yeux en souhaitant très fort que rien de tout cela n'était arrivé ne servait à rien.
Pourtant elle avait essayé plus d'une fois, comme lorsqu'elle était petite fille et qu'elle priait les Sept de façon quelque peu désordonnée, ne sachant guère à qui s'adresser pour leur demander de ramener son père et que le chemin de la vie reprenne son véritable cours au lieu de ces routes semées de troubles.

Si cette histoire lui avait appris quelque chose c'est qu'elle n'était plus une petite fille. Les morts ne revenaient pas, même si on le souhaitait de toutes ses forces alors, pourquoi vouloir faire payer les vivants ?

Tout en réfléchissant, elle avait fini par récupérer les parchemins dont elle tortillait l'un des extrémités du bout des doigts dans un geste nerveux. La Tully finit alors par continuer, d'une voix un peu hésitante mais nettement moins neutre que lors de son entrée dans la pièce. Elle était à la fois triste et résignée, même si Qhorin pouvait toujours sentir une pointe de colère toujours présente, bien qu'elle essayât de la contrôler le plus possible.


"Je pourrais souhaiter votre mort c'est vrai. Mais ce serait trop facile. J'ai beaucoup songé à tout ça depuis notre arrivée ici et, si vous êtes en vie, vous pourrez au moins vous rappeler de ce que vous avez fait. Malgré tout, je ne vous crois pas assez stupide pour ne pas être ne serait-ce qu'un peu hanté par tout ce que vous avez fait. Quant à la justice du Roi…"

Elle haussa les épaules, fixant enfin de nouveau le jeune homme dans les yeux, un sourire triste faisant écho à celui qu'il lui avait offert.

"Si ce n'est pas dans mes intentions, je ne peux en rien garantir que ma famille sera aussi clémente que moi."

Eleanor pouvait même garantir le contraire, si elle prenait le temps de se pencher sur le sujet plus de quelques instants. Si sa vertu était, loués soient les Sept, toujours intacte, l'honneur de la Maison Tully avait été bafoué et l'on ne pourrait laisser cela impuni. Elle-même ne concevait pas de ne pas raconter tout ce qui s'était passé, même si rien que le fait de repenser à la mort de Ser Norbert lui faisaient irrésistiblement monter les larmes aux yeux.

Ils savaient tous les deux qu'il ne servirait à rien de tergiverser sur le sujet. Le garde présent dans la pièce pouvait attester de ses propos sans qu'elle n'ait besoin d'insister et elle ne savait même pas encore si l'un d'eux comptait rester ou pas à l'auberge pour l'empêcher de s'enfuir alors qu'il n'était même pas en état de se mouvoir.

Baissant les yeux sur sa main bandée qu'elle tentait de faire bouger le moins possible, elle esquissa une légère grimace.

"Ma main ira mieux demain ou le jour d'après. La vieille dame a réussi a calmer la douleur avec une espèce de baume malodorant mais particulièrement efficace, même si je n'ai guère envie de savoir ce qu'elle y a mis. Visiblement, les gens du village chuchotent des choses à son propos. Certains disent même que c'est une sorcière. Je ne sais pas si c'est le cas mais elle sait ce qu'elle fait en tout cas."

Elle avait tenté, sans grand succès, de prendre un ton un rien mon solennel et d'être un peu plus légère, mais la situation prêtait difficilement à ce genre d'exercice. Poussant une nouvelle fois un soupire parfaitement audible, elle continua pourtant, après quelques secondes de silence.

"De quoi vous rappelez-vous depuis ce qui s'est passé avec les Fer-nés ? Et comment vous sentez-vous ? La vieille dame a dit que la douleur serait tenace malgré tout ce qu'elle pouvait vous donner. Elle n'a ni lait de pavot ni rien de ce genre pour vous endormir assez longtemps et que vous ayez moins mal. Ce n'est peut-être pas si mal."

Elle ne savait même pas pourquoi elle avait prononcé ces dernières paroles. S'il avait été abruti par le lait de pavot, elle n'aurait même pas eu l'occasion de le voir avant son départ et, savoir qu'il souffrait était, d'une certaine façon, une vengeance un peu mesquine, sachant qu'il survivrait à cette attaque.
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Message Dim 13 Jan 2013 - 19:04

La lumière qui pénétra dans la pièce lui fit l’effet d’un corbeau qui l’assaillait, bec et griffes tentant de lui arracher les yeux. Il porta les mains à son visage le temps de s’habituer à la soudaine luminosité. Tel un prisonnier enfermé dans une cellule, il s’était habitué à la sombre l’obscurité et en tirant les volets Eleanor avait déversé un nouveau genre de douleur sur le Fléaufort.

Je croyais pourtant les avoir toutes expérimenté ces dernières heures…


Alors qu’il rouvrait timidement les yeux, la Dame du Conflans avait changé de position et était désormais assise à son chevet. Soupire, haussement d’épaules, elle déployait devant lui toute la gestuelle de la personne hésitante et mal à l’aise. Moi qui pensais qu’après plusieurs jours seuls dans les bois et en mer, on serait parvenus à briser la glace.
Qhorin détestait cette situation. Outre le fait d’être faible et gravement blessé, il avait du mal à accepter le fait d’avoir perdu toute emprise, tout contrôle. Comme celui qu’il avait sur la Tully lorsqu’il la trainait au bout d’une corde ou qu’il la tirait par le bras pour la faire avancer. Lorsqu’il était maître de leurs mouvements à tous les deux. L’hiver arrivait comme le disaient les Stark mais son assise et son ascendant avaient fondus comme neige au soleil. Cette chambre faisait bel et bien office de geôle à en croire l’allusion d’Eleanor qui le mit en garde contre de futures représailles de la Maison Tully. Le poing refermé sur ses draps dont il tirait la fabrique sans s’en rendre compte, Qhorin avisa une nouvelle fois le garde qui était posté à sa porte. Sans ses armes et dans son état, il n’aurait aucune chance de sortir d’ici. D’ailleurs il ne savait toujours pas s’ils étaient toujours sur la côte de l’Ouest ou ailleurs. Son intention fut alors de laisser parler la Tully pour en apprendre davantage étant donné qu’il était beaucoup trop fier pour poser ces questions lui même et passer pour le faible prisonnier blessé et anxieux qu’il était.

Malgré sa réserve initiale, Eleanor ne s’était jamais autant livré qu’en cet instant. Elle lui parla longuement même si en substance elle ne lui apprit pas grand chose. Mieux, ce que la jeune femme lui disait avait réveillé un sentiment qu’il ne pensait pas être en capable de ressentir dans son état actuel : la colère.
Sa volonté de le livrer aux Tully, le récit de la sorcière, un semblant de sollicitude ponctué par une satisfaction non dissimulée de le voir souffrir. Soi les breuvages qu’on lui avait fait avaler accentuait sa susceptibilité ou bien Lady Eleanor était bel et bien en train de lui conter fleurette tout en remuant un couteau dans la plaie encore et encore.

Comme lorsqu’il toussait, le fait d’être en colère lui faisait mal physiquement. Sous l’effet de la tension, son corps se crispait et les fils qui fermaient blessures semblaient sur le point de rompre à tout moment. Les dents serrées, Qhorin donnait sans doute plus l’impression d’être en proie à la douleur qu’à une rage écumante. Même sa voix n’avait plus son aplomb habituel, entrecoupée par cette satanée toux.

« Ne me servez pas cette soupe, Lady Tully. »

Le Fléaufort s’attarda quelques instants sur les parchemins qu’elle tenait dans ses mains avant d’étudier le visage d’Eleanor réagissant à ses mots

« Lorsque vous remportez la victoire et que votre ennemi gît à vos pieds, blessé et désarmé, sans défense, deux solutions s’offrent alors à vous. Vous pouvez lui porter le coup final et mettre un terme à son existence ou bien choisir de prolonger sa vie en l’épargnant. »

Le ton qu’il employa en ponctuant cette première affirmation laissa suggérer à Eleanor tout ce que Qhorin pensait de la deuxième alternative. En se voyant offrir un choix semblable, le Fléaufort n’hésiterait pas une seconde et choisirait la première solution.

« Mais n’essayez pas de vous laver les mains de son sang. Ne lui dites que vous ne le tuerait pas vous même mais que les loups et les corbeaux ne seront pas aussi cléments et se repaitront de lui quoiqu’il arrive. »


Un silence se prolongea quelques secondes avant que l'adolescent ne reprenne.

« Vous demandez de quoi je me rappelle ? »

Il tenta de rire mais ne réussit à provoquer qu’un un nouvel accès de toux envoyant des spasmes de douleur dans ses cotes.

« Si je ne me rappelais que du début, je vous aurais dit que si vous aviez ne serait-ce que la moitié de l’intelligence que les Dieux confèrent à un Dornien vous auriez du me laisser sur ce bateau où j’aurais succomber de mes blessures. »

Les plaisanteries sur les Dorniens et leur supposé manque de discernement ou de perspicacité étaient de légions dans l’Ouest même si il était évident que Qhorin ne tentait pas de faire de l’humour.

« Mais il s’avère que je me rappelle du début, du milieu et de la fin. Je me rappelle que ma soeur est morte et qu’en conséquence tout ce que j’ai fais a été vain. Je me rappelle aussi avoir tenté de vous sauver lorsque ce marin voulait s’emparer de vous puis qu’à votre tour vous m’avez rendu la pareille. »
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Message Lun 21 Jan 2013 - 19:26

A mesure que les secondes passaient, la Tully pouvait ressentir l’atmosphère se faire de plus en plus pesante. Paradoxalement, elle n’avait jamais été aussi mal à l’aise lors de leurs péripéties. Peut-être avait-elle été trop effrayée pour cela ou tout simplement, n’avait-elle pas eu à endosser le rôle de lady qui lui était le sien. Durant deux jours elle n’avait été qu’une jeune femme perdue et dont tous les repères avaient volés en éclats sans qu’elle ne puisse y faire quoi que ce soit. Mais, depuis qu’ils avaient posé le pied dans cette auberge, elle était de nouveau lady Tully, comme le faisait si bien remarquer Qhorin.

Elle le fixa quelques instants, la tête penchée sur le coté et la mine pensive avant de lâcher, d’une voix douce.


« Nous sommes donc ennemis si je comprends bien. Je vois. »

Nul ressentiment, dans sa voix, pas même de la colère ou de la joie mais plutôt une point d’étonnement et surtout beaucoup de tristesse. Son regard brillait d'une lueur étrange, comme si elle le voyait pour la première fois tandis qu'elle se contentait d’énoncer un fait nouveau pour elle et qui semblait évident au jeune homme allongé dans ce lit. Qu’elle qu’ait pu être le degré de haine qui avait envahi Eleanor lorsqu’elle s’était retrouvée auprès de Qhorin, jamais elle n’avait songé à le nommer de la sorte.
Mais il devait avoir raison après tout. Pourtant cette idée lui déplaisait fortement, sa façon de parler la mettait au pied du mur et l’obligeait à prendre une décision qu’elle ne souhaitait pas et qu'elle jugeait hors de sa portée.

Poussant à nouveau un profond soupir, d’agacement cette fois, impossible de ne pas le remarquer, elle se passa une main sur le visage avant de grimacer sous la douleur. L’espace d’un instant, elle en avait oublié les coups reçus, tant elle était focalisée sur les quelques paroles qu’avait prononcé le Fléaufort. Elle laissa alors échapper, d’une voix qui résonna étrangement à ses oreilles.


« Et que voulez-vous que je dise ? Merci de m’avoir sauvé la vie après avoir essayé de m’échanger et d’avoir tué un homme qui m’était cher sous mes yeux ? Ou alors je peux aussi vous parler de votre santé, vous dire que bientôt vous serez sur pied et que vous pourrez… vous pourrez quoi au juste ? Chercher à vous venger d’avoir été abusé par les Fer nés ? Jamais ça ne s'arrêtera alors ?
En tout cas… si j’avais su que mes propos vous déplairaient à ce point, j’aurais demandé à ce que vous me prépariez un texte sur ce qu’il convenait de dire dans une telle situation.
»

L’espace d’un instant, ses leçons sur le protocole, sur les discussions les plus à même d’intéresser un gentilhomme lui revinrent en mémoire et elle étouffa un rire nerveux, probablement plus dû à la fatigue qu’à la situation ironique à laquelle elle faisait face. Une fois encore, rien de ce qu’on lui avait dit, rien de ce qu’elle avait appris ne lui servait à quoi que ce soit. Et pourtant, jamais elle n'aurait cru être capable de parler de cette façon à quelqu'un qui, hier encore, n'était qu'un étranger. Elle arrivait à s'exprimer sans trembler, maitrisant ses émotions, à sa plus grande surprise, même si elle savait qu'un coup de plus et elle fondrait certainement en larmes.

« J’étais sincère dans ce que je vous ai dit, malgré ce que vous semblez croire. Je n’ai ni envie de vous voir mourir ni envie de vous pardonner et je ne considère pas avoir la sagesse ou le recul nécessaire de vous condamner pour ce que vous avez fait. Mais je pense que vous devez assumer vos actions. Alors, dites-moi, que dois-je décider ? »

Les mots étaient sortis sans même qu'elle essaie de les retenir et elle n'avait même pas relevé ce qui était supposé être un trait d'esprit ou d'humour, ayant encore moins de disposition pour le comprendre qu'en temps normal. Elle ne comprenait pas ce qu'attendait Qhorin. Pensait-il réellement qu'elle aurait dû le laisser mourir sur le bateau ? Elle se rappelait encore de ce moment où ils avaient commencé à dériver alors que la terre était si près. Le Fléaufort avait sombré dans l'inconscience et Eleanor avait à grand peine réussi à surmonter sa peur panique pour essayer de le réveiller pour qu'il lui dise quoi faire. Elle avait beau s'être lavé les mains des dizaines de fois depuis les évènements, la jeune femme avait encore l'impression de voir le sang de Ser Norbert et celui de Qhorin s'entremêler sous ses yeux.

La Tully revoyait encore rien qu'en fermant les yeux le moment où par miracle, un bateau de pêcheurs les avaient accostés et les avaient guidés jusqu'au village où ils se trouvaient maintenant. Mais, durant les minutes, ou les heures elle aurait été incapable de dire combien de temps ils étaient restés sur cette petite embarcation, Eleanor s'était remémoré encore et encore la confrontation sur le bateau du Fer Né, sans arriver à parvenir à définir à quel point les actes de Qhorin rattrapaient ce qu'il avait pu faire auparavant. Et maintenant, qu'il était face à elle, elle le savait encore moins.
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Message Sam 26 Jan 2013 - 12:50

Le ton de leur discussion montait crescendo mais son énergie et ses forces ne constituaient plus qu’un faible scintillement dont la lueur s’atténuait un peu plus chaque minute. Il n’avait pas encore suffisamment de vigueur pour mener à bien une dispute digne de ce nom. Chaque reproche qui fusait semblait le miner un peu plus car il aurait souhaité y répondre en les prenant un par un mais, Qhorin le savait, son état ne lui permettait pas de leur asséner des contre arguments suffisamment affutés à ses yeux. Et puis à quoi bon se défendre, se justifier ? Les faits étaient suffisamment éloquents pour qu’il n’ait pas besoin de s’adonner à l’art de la rhétorique pour faire comprendre à Eleanor… Lui faire comprendre d’ailleurs ? Lui même commençait à se demander pour quelle raison ils avaient cette conversation. Il décida alors de l’écouter en silence, de la laisser terminer ce qu’elle avait à dire afin d’abréger leur échange. Sa résolution tint bon jusqu’au moment où la jeune femme lui rappela qu’il l’avait enlevé dans le but de l’échanger.

« Ce n’était plus mon intention vers la fin. J’avais décidé de ne plus kof.. kof… kof »
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La toux interrompit sa véhémente protestation et la suite de sa phrase ne se matérialisa que de son esprit. Le Fléaufort se remémora ce moment charnière où il fit le choix de ne pas aller au bout de son plan. Ils étaient en pleine mer et il était trop tard pour faire marche arrière mais il était devenu absolument hors de question dans l’esprit de l’adolescent d’abandonner Eleanor aux mains des mêmes sauvages qui avaient détruit la vie de sa sœur. C’était le moment où Qhorin avait remis la dague à Eleanor, entretenant le mince espoir des piéger les Fer-Nés et de repartir avec Alyce et la Tully. Les révélations du Harloi et la suite des évènements étaient venues contrarier sévèrement cet objectif mais au moins Eleanor était saine et sauve même si la mort de ce Ser Norbert semblait toujours autant l’affecter. En pensant à Trebor Orlon et Ser Baulac, deux chevaliers employés par la Maison Fléaufort, Qhorin réalisa qu’il ne cogiterait sans doute pas plus de quelques minutes si l’un d’eux venaient à périr. A vrai dire il ne s’offusquerait sans doute pas le moins du monde de la mort de Baulac l’agité. En tant que fils de Lord et héritier de sa maisonnée, il ne voyait pas la nécessité de tisser des liens avec des subordonnés d’un statut inférieur au sien.

De minuscules gouttes de sang s’étalaient sur ses draps, conséquence de son accès de toux le plus récent. Avec le recul, Qhorin n’était pas mécontent de ne pas avoir pu ponctuer sa phrase. Il avait réagi sans réfléchir. S’il lui restait un tant soi peu de fierté et d’honneur, il ne devait pas se défendre ou tenter d’attendrir Eleanor pour qu’elle plaide sa cause auprès des autres Tully. Quand bien même elle semblait hésitante et en dépit du fait qu’elle lui demandait ce qu’elle devait décider. Qhorin décida qu’il ne tenterait pas de l’influencer.


« Je ne crois pas au juste milieu. Kof. Kof. Il n’existe pas dans ce monde dans lequel nous vivons. »

Parler lui était de plus en plus difficile mais le Fléaufot parvenait à instiller dans sa voix cette froideur qui lui était si caractéristique lors des situations de gravité.

« Ce n’est pas à moi de vous dire comment agir. Kof kof. Je n’ai pas de temps à perdre pendant que des Lady décident si elles préfèrent le vert ou le bleu. Si vous ne pouvez pas me pardonner alors assumez ce sentiment et méprisez moi, détestez moi, haïssez moi. Haïssez moi de toute vos forces et agissez en conséquence en faisant votre devoir. »


Famille, devoir, honneur. La devise des Tully était connue dans tout le royaume. En un sens, Qhorin partageait le même trio de valeur bien que le Fléaufort consentirait à écarter le troisième en faveur du premier s’il le fallait.

« Que j’assume ou non mes actions ne ramènera pas les morts. Je n’ai jamais vraiment porté Alyce dans mon cœur mais elle est… était mon sang. J’ai toujours été prêt à tout pour ma famille, et je le suis toujours.»

Si je ne me bats pas pour Mère ou pour Symon, qui le fera désormais ? Mon Lord de père n’a plus toute sa raison et Harren n’est plus là. C’est à moi que revient la tâche de les protéger.

Pour se faire, il lui faudrait déjà rester en vie… et en liberté.
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Message Sam 2 Fév 2013 - 20:33

A chaque parole qu'elle prononçait, Eleanor se sentait comme envahie par un mélange de tristesse et d'agacement, sans savoir quel était le sentiment qui finirait par prendre le dessus. Même si elle n'arrivait plus vraiment à se rappeler pourquoi elle avait tant lutté pour se décider à venir rendre visite à Qhorin avant son départ, la jeune femme ressentait tout de même le besoin de lui parler, comme si elle ne voulait pas garder comme dernière image de lui ce jeune homme à moitié agonisant dans ses bras alors qu'ils étaient ramenés vers la terre ferme.

D'une certaine façon, elle savait que c'était pour se décharger, garder une image de lui aussi fragile ne l'aiderait pas, sachant pertinemment quel sort lui serait certainement réserver. Mais, au final, la décision qu'elle avait prise était bien plus conséquente qu'elle aurait pu l'imaginer. Retrouver le regard bleu glacé du Fléaufort lui rappelait non seulement la perte qu'elle avait subi, les tourments occasionnés, mais la mettait face à ses obligations, qu'elle le veuille ou non.

Elle fronça les sourcils à sa réponse qu'il voulait véhémente mais, lorsque la quinte de toux vint couper sa phrase, la Tully se mordilla les lèvres, se retenant de se précipiter à son chevet pour lui demander s'il allait bien. La question, en plus d'être d'une rare stupidité, ne ferait que semer le doute quant à sa position face à lui. Elle se contenta alors d'attendre qu'il reprenne son souffle, fixant le sol, les murs, tout ce qui n'était pas Qhorin avant de finir par répondre, d'une voix basse.


"Vers la fin… Malgré tout, vos résolutions nous ont conduits ici, quels que soient les sentiments qui aient pu nous animer lorsque tout a dérapé."

Eleanor s'englobait dans tout ce qui avait pu se passer lors des derniers instants avec les Fer nés. Elle avait tout fait pour qu'il ne soit pas tué, avec maladresse et un succès tout relatif certes, mais pourtant, elle avait fait en sorte d'aider son ravisseur. C'était ce point, plus que tout le reste, qui la faisait hésiter, qui l'empêchait de savoir quelle décision prendre face au Fléaufort. Après tout, si elle s'était contentée de rester dans son coin, ils seraient probablement morts tous les deux mais au moins, elle n'aurait pas à se demander si elle avait bien fait ou pas d'agir.

Sa notion du bien et du mal, ses certitudes, tout s'était envolé au moment où elle avait tenté de frapper le Fer né avec la dague que lui avait donné Qhorin. Et maintenant, elle essayait tant bien que mal de les reconstruire tels quels mais c'était impossible, elle s'en rendait bien compte. Poussant une nouvelle fois un profond soupir, elle reporta enfin son regard sur le jeune homme, réalisant à quel point sa toux l'avait secoué. Il était encore plus pâle que lors de son arrivée alors qu'elle n'avait pas cru la chose possible et, l'espace d'un instant, son regard s'attarda sur les quelques gouttes de sang qui maculaient le drap.

Elle avait vu trop de sang couler pour toute une vie, tout du moins, elle en était persuadée. Et surtout, elle ne voulait pas voir celui de Qhorin couler. Elle se frotta nerveusement les mains avant de se rappeler que l'une d'elles était en piteux état et, réprimant un petit couinement de douleur, elle reprit, un peu piquée au vif par sa réponse.


"Vous vous trouvez spirituel ? Ou drôle peut-être ? Ou alors, mes sentiments ne valent guère mieux que le choix d'une couleur ? Désolée de vous décevoir mais tout n'est pas aussi simple que vous aimeriez le croire. J'aimerais beaucoup vous haïr de toutes mes forces, vous voir mourir sous mes yeux et n'en ressentir qu'une intense satisfaction. Ce serait nettement plus facile pour moi. Mais les choses ne fonctionnent pas toujours comme on le souhaite. Alors, que vous le vouliez ou non, j'agirais comme bon me semble. Je n'attendais pas de vous que vous me guidiez dans mon choix mais j'espérais qu'en vous voyant, je saurais quelle est la route à choisir."

Le devoir. Ce mot avait agacé Eleanor plus qu'elle ne l'aurait pensé. Elle trouvait particulièrement malvenu qu'il ait choisi ce terme en particulier, connaissant la devise de sa Maison. Mais, étonnamment, il n'avait pas parlé d'honneur et la jeune femme se contenta de souffler, seul signe tangible de son agacement.

"Vous avez raison. Quoi qu'il se passe, ça ne ramènera pas les morts. Je ne vous l'ai pas dit, mais je suis désolée pour votre sœur. Que vous l'aimiez ou non, personne ne mérite un tel traitement. Quant aux liens du sang…"

Son regard se fit plus vague tandis qu'elle fixait un point invisible au-dessus de la tête de Qhorin. Qu'aurait-elle fait si Edwyn ou Arianne avaient été enlevés et que personne n'avait rien fait pour les secourir ? La famille passait avant tout le reste.

"Et que fera votre famille si vous êtes condamné pour ce que vous avez fait ? Qui veillera sur elle ?"
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Message Lun 11 Fév 2013 - 14:31

Condamné ? Le mot resta suspendu plusieurs secondes dans son esprit. L’aspect irrévocable, insurmontable et définitif du terme lui donna froid dans le dos si bien qu’il ne fut pas en mesure de répondre immédiatement à Eleanor, créant une période d’accalmie dans une conversation jusqu’ici rythmée par les reproches respectifs qu’ils s’assénaient. Depuis son réveil il se savait pris au piège. Alité et entouré de Tully, ses chances de sortir de son lit puis de retourner immédiatement à Fléaufort étaient aussi élevées que celles de voir le roi Aerys s’inscrire sur les listes du prochain tournoi. Il serait jugé pour le crime d’avoir enlevé Eleanor, c’était une certitude. Mais condamné ? La jeune femme était saine et sauve, quant aux séquelles qu’elle conserverait, elles seraient davantage mentales que physiques. Sa vertu restait aussi intacte qu’au moment où Qhorin l’avait entraîné de force sur un cheval. Quant à la mort de Ser Norbert… Nul doute que l’acte serait perçu comme un meurtre et Qhorin n’avait aucune intention d’affirmer le contraire si on l’interrogeait à ce sujet. Un fils de Lord pouvait-il être condamné pour avoir tué un homme de rang inférieur ? Lui proposerait-on de prendre le noir comme d’autres nobliaux reconnus coupables de crimes ? Furtivement, les bribes d’un rêve où il s’était vu dans le Nord lui revinrent, la neige jusqu’aux genoux, emmitouflé sous une couche de fourrures. Mais cela lui semblait si lointain, flou et inaccessible, comme s’il tentait de se souvenir du temps où il avait 3 ou 4 ans. Et surtout, l’effort de concentration lui donnait mal à la tête. A mesure que cette discussion se prolongeait, son corps tout entier semblait défaillir. Qhorin voulait que cela cesse, ainsi il se força à être sec.

« Qui veillera sur ma famille ? Sûrement pas vous, alors pourquoi kof kof…. »

Cette fois-ci Qhorin toussa bruyamment et violemment, contrastant de manière saisissante avec les fois précédentes.

« Pourquoi…kof… vous en soucier ? »

A l’extérieur de la chambre, des bruits rapides de pas gagnèrent en intensité jusqu’à ce que l’épouse de l’aubergiste apparaisse dans l’embrasure de la porte. Le regard qu’ils échangèrent dût constituer une source d’inquiétude puisque la femme accourra maladroitement jusqu’à son chevet, écartant Eleanor au passage.

« Que se passe-t-il M’sire ? »

Qhorin ignora la question, fermant les yeux pour contenir sa douleur alors qu’on lui retirait les bandages qui recouvraient son torse. Sa main trouva la manche d'Eleanor qu'il agrippa comme si le sol se dérobait sous ses pieds. Il respirait avec une vigueur inhabituelle depuis plusieurs secondes mais l’adolescent n’en prit conscience qu’au moment où ses poumons se remplirent d’une odeur infecte.

« Par tous les Sept ! »

Le juron de l’aubergiste le força à rouvrir les yeux. Sous les bandes, sa peau avait viré pâle verdâtre. Au niveau de ses cotes, dans la région où il avait reçu sa première blessure, l’infection avait entraîné la formation d’une cloque laissant apparaître un liquide marron sous la peau. D’autres mots furent échangés sans que le Fléaufort ne parvienne à les discerner. Les yeux de Qhorin allèrent à la rencontre de la femme qui lui avait administré les soins, celle dont le pronostique avait été initialement si optimiste. Ce qu’il y vit fût encore plus terrible que l’expression de Ser Norbert juste avant que la vie quitte son regard. La femme de l’aubergiste était terrorisée.

Qhorin chercha le regard d’Eleanor pour y trouver du réconfort mais la Tully était tirée hors de la chambre par les efforts conjugués de leur hôte et d’un garde. Le Fléaufort s’était accroché à la manche de celle qui fût sa captive jusqu’au moment où le tissu avait fini par céder ne laissant qu’un morceau d’étoffe dans le creux de sa main.

Une ou plusieurs personnes le forcèrent à s’allonger, ils voyaient leurs lèvres s’agiter mais leurs paroles lui échappaient. Même la senteur nauséabonde s’était évaporée. Sa vue était le seul sens sur lequel il pouvait désormais se reposer. Plaqué sur le lit, il pivota la nuque à droite, puis à gauche. C’est là qu’il finit par le distinguer. Posé au sommet d’une pile de vêtements lui appartenant, le peigne en bois d’Eleanor Tully.

Pourquoi ne l’avez-vous pas repris?

Elle était censée le récupérer. Il avait cherché à le lui rendre sur la Croisée des Chemins. En cet instant précis, la perspective qu’elle ne retrouve pas le peigne devint sa plus grande préoccupation comme s’il n’existait rien de plus important. Son esprit commençait à divague. Et puis..
Qhorin était de retour. De retour dans ce lieu dont on oubliait tout au moment où on le quittait. Ce lieu à mi-chemin entre l’éveil et le sommeil. Il était de retour et il se souvenait. A nouveau il le vit, plus âgé, plus grand, le duvet blond d’un début de barbe sur la partie inférieure de son visage. Il observait les Sœurs du Silence dévoiler la dépouille d’un être qui lui était cher. Puis le froid intense d’une contrée lointaine noyée sous la neige et la glace. Une femme à la chevelure brune emmitouflée dans d’épaisses fourrures qui lui demandait d’arrêter.
Contrairement à la première fois, Qhorin reconnut véritablement la personne. Ce n’était pas lui qu’il avait vu mais un autre. Il essaya de prononcer le nom mais ne parvint qu’à extraire un ‘S’ sans les autres syllabes.

La chambre, l’auberge, les gens à son chevet et leurs soins maladroits, tout cela avait disparu. Il était de retour sur La Croisée des Chemins, seul au milieu d’une mer d’huile. Son épée pendait à sa ceinture et ses blessures n’existaient plus. Debout sur le pont, il observait le rivage vers lequel il faisait désormais route. L’embarcation se rapprochait inexorablement, poussée par une force invisible. Lorsque le bateau acheva son trajet, Qhorin n’était plus.
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Message Sam 16 Fév 2013 - 17:04

A mesure que passaient les secondes Eleanor avait l'impression que les choses lui échappaient de plus en plus, si tant soit peu elle avait un quelconque contrôle sur la situation. Elle n'arrivait pourtant pas à saisir quoi et s'obstinait à discuter avec Qhorin de son avenir, ce qui allait se passer une fois qu'ils seraient tous les deux sortis de cette chambre. Mais quelque chose clochait, la toux du jeune homme était trop forte, il y avait trop de sang.

La vieille dame avait pourtant dit qu'il s'en sortirait et elle avait eu tellement l'air sûre d'elle que la jeune Tully n'avait pas songé, ne serait-ce qu'une seconde, à remettre ses paroles en doute. Et pourtant, elle aurait dû, mais ce ne serait que plus tard, lors de l'une de ses nombreuses nuits sans sommeil qui allaient succéder à ces quelques jours cauchemardesques, qu'elle y songerait. Une erreur de plus à ajouter à la liste qu'elle trouvait déjà passablement longue et qu'il lui faudrait assumer.

Alors qu'elle s'apprêtait à lui répondre, un rien piquée au vif par la réponse de Qhorin et essayant de faire comme si toute cette toux était on ne peut plus normale, elle entendit des pas précipités et la porte s'ouvrir derrière elle.

Et là, tout se succéda comme dans un mauvais rêve, un de plus. Elle fut écartée sans ménagement du chevet du jeune homme et assista à la scène, médusée, se demandant si elle n'était pas en train de s'imaginer des choses, de perdre la tête après tout ce qui venait de se passer. Mais l'odeur qui envahit brusquement la pièce la frappa de plein fouet. Une odeur de mort, de putréfaction qui ne pouvait qu'être bien réelle.

Elle n'entendit rien de ce qui se disait, reléguée dans un coin de la pièce, tout près de la fenêtre. Tous s'agitaient autour du lit, paniqués, mais elle avait compris à la seconde même où elle avait senti cette odeur. Elle essaya de capter le regard du Fléaufort mais déjà, il ne la voyait plus, ses yeux fixaient un point invisible bien au-delà de cette chambre, bien loin du tumulte qu'était devenue la pièce.

Le regard de la jeune femme s'embua et se reporta sur le peigne qui trônait encore sur la petite table où se trouvait le reste des affaires qu'avait contenu la petite escarcelle du Fléaufort. Quelques dragons d'or, une petite dague et ce si petit morceau de bois poli, source de tant de maux. Elle n'arrivait plus à le quitter des yeux, ignorant totalement ce qui se passait autour d'elle. Les gens se bousculaient, paniqués, essayant en vain de ramener Qhorin mais Eleanor savait que c'était inutile.

De longues minutes se succédèrent avant que la vieille dame n'arrive, ne comprenant visiblement pas ce qui avait pu se passer et se répandant en excuses devant la Tully qui les ignora totalement. Le calme était revenu, le couple d'aubergistes se tenait non loin, indécis quant à ce qui allait maintenant se passer mais la jeune femme, elle n'hésita pas.

Remarquant qu'elle avait laissé tomber les rouleaux de papier, elle les ramassa avant de les jeter dans le petit feu brûlant dans l'âtre non loin. Retranscrire leur histoire par écrit n'avait plus la moindre importance maintenant qu'il n'y avait plus qu'elle pour en témoigner. Elle ne savait pas encore ce qu'elle ferait mais ça n'avait pas la moindre importance en cet instant.

Elle s'approcha alors du peigne qu'elle saisit de sa main valide, le fixant rêveusement durant de longues secondes, le tournant et le retournant, comme pour essayer de graver son image dans sa mémoire. Puis, avec un profond soupir, elle le déposa sur le torse du jeune homme avant d'attraper chacune de ses mains pour recouvrir le petit objet. Il avait l'air si calme, si apaisé. Ce tableau était en totale contradiction avec l'image qu'il lui avait donné au cours de ses derniers jours. Elle espérait qu'il connaitrait enfin le repos mais ça, seuls les Sept pourraient apporter leur réponse. Après l'avoir fixé longuement, elle se pencha près de son oreille et chuchota, d'une voix un rien éraillée.


"Je ferais tout pour que l'on veille sur votre famille, je vous le promets."

Tremblante, elle ferma pour la dernière fois les yeux de Qhorin d'un revers de la main et poussa un profond soupir, restant une fois de plus sans bouger, sentant une larme rouler le long de sa joue. C'est à peine si elle sentit le contact du garde sur son bras et il lui fallut plusieurs secousses pour qu'elle se rende compte qu'il lui parlait.

"Lady Eleanor, nous devons vraiment partir. Sinon, nous n'arriverons pas avant la nuit et les routes sont dangereuses."

Elle se retourna, hocha la tête et désigna le corps sans vie du Fléaufort.

"Avant cela, il faut que vous trouviez quelqu'un pour rapporter son corps à sa famille. Il a encore des dragons d'or, cela devrait largement dédommager la personne qui s'en chargera. Et dites lui qu'elle aura la reconnaissance des Tully également."

Sa voix s'était faite plus affirmée à mesure qu'elle parlait tandis qu'elle ne quittait toujours pas le lit du regard. Il fallait maintenant qu'elle quitte cet endroit et qu'elle continue sa route la tête haute.
Elle réfléchirait à tout cela plus tard, quand elle serait rentrée.
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