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« La liberté, c'est un cadeau qu'on se fait à soi-même. »

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Message Mar 11 Déc 2012 - 14:20

Le rassemblement des Fer-nés s'est déroulé il y a quelques jours à peine.
Moïra s'était débrouillée pour regagner l'île de Grand Wyk afin d'y retrouver le reste de sa famille. Son père n'avait prêté qu'une oreille peu attentive aux ragots qu'elle lui avait alors rapportés, parlant des diverses personnes présentes à ces réjouissances. Enfin, celles dont elle connaît le nom du moins puisqu'il y en a beaucoup qui ne resteraient que des visages flous qui finiraient par s'effacer.
La jeune Merlyn n'est pas du genre à mémoriser les noms des personnes avec qui elle parle, préférant largement leur glisser des surnoms - qu'elle garde secrets bien évidemment - et qui conviennent davantage à leur physionomie.
Egen Merlyn avait donc simplement écouté d'une manière plutôt in-intéressée tout ce que sa fille unique pouvait lui dire, mais rien n'avait trouvé grâce à ses yeux et rapidement, le seigneur de Pebbleton avait congédié sa dernière-née pour lui conseiller d'aller aider sa mère. Et elle s'était exécutée, la tête remplie d'une multitude de souvenirs.

Moïra vaque à ses occupations dans le marché de Pebbleton, son regard passe d'un étal à l'autre. Il n'y a que du poisson, partout, même les tissus de sa robe sentent le poisson ! Son visage se marque d'une expression chafouine tandis qu'elle regrette de ne pas découvrir de petits trésors à ajouter à sa collection. Instinctivement, alors qu'elle repense à la jolie boucle offerte par la femme-sel de Lorath, la Fer-née porte sa main à son corsage. À peine de retour, elle avait attrapé son nécessaire à couture pour l'ajouter à son attirail. Désormais, la belle boucle est attachée avec soin au tissu épais de sa robe préférée.
Sa mère l'a remarquée d'ailleurs, elle avait demandé à sa fille d'où venait cette nouvelle boucle et la demoiselle lui avait simplement fait savoir que c'était un cadeau. Un présent d'une femme bien curieuse.
Moïra repense au joli visage de la femme-sel. Pourquoi Garth n'en possède-t-il pas une semblable ? ! Le côté maternel de la Merlyn s'est éveillé au contact de cette jolie poupée qui devait pourtant avoir à peu près le même âge qu'elle. C'est plus fort qu'elle, dès que la Fer-née pose les yeux sur une personne douce et délicate comme cette femme, ou même sentimentale comme Gabriel, elle doit agir. Apprendre à la connaître, savoir pourquoi est-ce qu'elle est aussi étrange. Comprendre tout simplement. C'est plutôt amusant venant d'une femme comme Moïra qui n'entre pas vraiment dans le moule de son peuple. Pourtant, elle ne s'en vante pas. La jeune femme sait parfaitement que ses parents ne sont pas enchantés de savoir que leur fille « vole » pour se procurer ses petits objets brillants, mais lorsqu'elle demande à les gagner en se battant contre les continentaux, ils refusent. Elle fait donc comme elle peut. Même si cela ne convient pas à tout le monde.

Sa main se pose sur un poisson dont les écailles brillent un peu plus que le reste, mais ce n'est pas suffisant pour lui convenir vraiment et elle secoue la tête pour elle-même avant de s'éloigner. Après avoir vadrouillé quelques instants entre les étals, son regard finit par se poser sur une sorte de cuillère en métal qui brille sous les rayons de l'astre du jour. Oh ! Quel étrange instrument. La Merlyn s'approche et tend la main pour s'en saisir, mais n'y parvient pas. Une main d'homme s'est brusquement posée sur son poignet afin de la tirer en arrière pour l'éloigner de son petit trésor. Contrariée, la demoiselle lève les yeux sur le visage du propriétaire de la main et elle reconnaît Garth, son frère aîné. Celui-ci n'hésite pas à l'invectiver avec son tact naturel.
« Combien de fois est-ce qu'on devra te dire d'arrêter de voler ? C'est une question rhétorique bien évidemment.
Une fois de plus je le crains bien. Tu m'en vois désolée. Dit-elle d'un ton qui ne l'est pourtant pas. Le visage de Garth ne s'apaise pas, il connaît trop bien sa sœur.
Arrête de causer des ennuis ou je vais finir par t'enfermer dans ta chambre. Le ton montre clairement qu'il ne plaisante pas de son côté. Elle bouge sa main, toujours dans la poigne de son frère.
Je sens le poisson, tu devrais faire attention où Karolyn va râler si ça t'arrive aussi. »
Karolyn, l'épouse de Garth et la mère de ses enfants. Une continentale bien plus qu'une Fer-née, la simple référence à son prénom suffit à dessiner une expression contrariée sur le visage de l'aîné. Il détourne son attention de sa sœur après lui avoir libéré le poignet et juste à temps pour voir Garrot arriver dan leur direction. Moïra sait bien que les deux frères ne s'entendent pas très bien, elle se glisse vers le plus jeune des deux pour l'accueillir avec un sourire au moment où il prend la parole.
« Père veut que tu te rendes sur Harloi pour y récupérer du fer pour la venue du forgeron.
Je sais ce que j'ai à faire. Ramène Moïra à la maison. »
À peine a-t-il prononcé ces mots qu'il se retourne pour s'éloigner, mais l'intéressée ne lui laisse pas l'occasion de partir bien loin. Emboîtant le pas à son aîné et ignorant Garrot qui la regarde d'un air interrogateur, la jeune femme se colle contre Garth avant de lui enlacer le bras pour l'empêcher d'aller plus loin. Elle sait bien qu'il déteste qu'elle agisse de la sorte, mais c'est aussi le seul moyen de ne pas se prendre une gifle en retour. Posant ses yeux sur sa cadette, l'héritier de la maison Merlyn secoue son bras pour s'en débarrasser comme s'il était face à un animal indésirable.
« Arrête, je n’ai pas le temps de jouer.
Emmène-moi avec toi ! Je ne dirai rien à nos parents et j'ai envie de voir quelqu'un à Harloi. »
La surprise s'affiche sur le visage de Garth avant qu'il ne hausse les épaules, acceptant malgré lui de prendre sa sœur à bord de son boutre. Enjouée, Moïra lui lâche le bras et le précède jusqu'à la plage où la Brume Marine les attend sagement. Elle escalade bien rapidement le bastingage avant de se hisser sur le pont sans se soucier des regards des marins de son frère. Bientôt, le boutre prend la mer et vogue paisiblement en route de Harloi.

Quelques temps plus tard, la plage pleine de galets racle le fond du boutre alors qu'ils arrivent à bon port et la jeune femme s'empresse de sauter au bas de la Brume Marine, trempant sa robe jusqu'aux genoux avant de s'éloigner tranquillement sans se soucier des cris de son frère qui lui ordonne de ne pas faire de bêtises. Elle n'a normalement pas le droit de venir sur cette île en raison de la rivalité que sa mère entretient avec sa sœur, mais peu lui importe. La Merlyn rejoint bientôt les chemins qui relient les différents châteaux de l'île, elle voit la silhouette de Kenning non loin de là et se demande elle croisera sa cousine nouvellement découverte. Mais ce n'est pas elle qu'elle est venue voir. Dirigeant ses pas vers Dix-Tours, la forteresse des Harloi, la Fer-née espère tomber sur la femme-sel qui lui a offert ce bijou qu'elle porte aujourd'hui. Il lui fait avancer un bon moment avant de repérer enfin une silhouette chargée d'un gros panier débordant de diverses choses. Des cheveux longs et sombres lui tournent le dos, elle croit la reconnaître et s'approche d'elle pour constater qu'il s'agit bien de la jolie femme des îles. Les autres. Heureuse que le Dieu Noyé lui porte chance, la Merlyn s'approche de la femme-sel pour ramasser des affaires tombées du panier avant de tourner ses yeux vers l'autre protagoniste.
« Tu as besoin d'aide ? Où est-ce que tu dois aller ? »
Pas de bonjour, pas de « je suis venue te voir » de toute manière elle finira bien par s'en rendre compte. Inutile de gaspiller sa salive pour ses choses évidentes.
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Message Mer 2 Jan 2013 - 20:33

« Prends donc ça, » fait la femme en me désignant un paquet de linge, « et va donc me le rendre propre si tu tiens tellement à te rendre utile. » J'obtempère, souriante, soulagée de trouver une occupation à mes mains calleuses que je pose sur le rebord du panier imposant qu'elle me désigne, et qui m'échappe au premier effort que je fais pour le soulever. La servante d'Harloi ne gronde pas face à ma maladresse, mais se moque et me lance une petite injure à laquelle je réponds d'un petit rire. La chose semble lui plaire, puisqu'elle soulève le panier pour moi et me le colle entre les bras, me désignant du doigt le chemin à suivre pour rejoindre les pierres plates et moites d'une petite rivière qui va me changer en lavandière. Je m'efforce de ne pas plier sous le poids surprenant de ce monticule de draps et d'effets, puis je me détourne, marchant comme un navire gîtant sous une tempête précaire.

Le temps est gris d'orage et le vent est cinglant. Il y a peu de monde au dehors, et je m'écarte des chemins plus fréquentés pour gravir une petite butte de rocaille afin d'un trouver le bassin plat et enclavé que la nature, ou le dieu-noyé, a donné aux lieux et qui a été privilégié pour battre linges et voiles. Cet endroit qu'on m'a désigné est évidemment à quelques longs pas de la forteresse de Harloi où je ne sers pas – pas encore, du moins, si j'en crois les dires de mon Capitaine – puisqu'il faut de l'eau claire pour le linge, mais celle qu'on s'efforce d'apporter dans la forteresse est trop bonne pour en faire de l'eau de lavage. Mieux valent les ruisseaux courants pour les labeurs ordinaires et faire les bras des servantes par ces trajets chargés est un mal nécessaire dont personne n'aurait l'idée saugrenue de se plaindre. Si je suis là, aujourd'hui, c'est pour une raison obscure qui ne m'appartient pas, sans doute l'un des caprices de mon Sargon qui par là entend faire passer le message de son retour prochain, qui ne sera pas discutable. J'ai bien senti que je gênais assez, à être envoyée là sans motif véritable, simplement pour me présenter et faire ce qu'on me demandera. Peut-être était-ce un jeu pour savoir comment pourrais-je m'adapter, peut-être était-ce seulement de la distraction, je ne le sais pas et n'ai pas vocation à le savoir. Je me suis faufilée vers les servantes, tête basse, et si le plus grand nombre d'entre elles se sont persuadées très vite que j'étais sans doute en fuite plutôt que le docile objet d'une invective étrange, la minorité ayant pris le parti d'user mes mains avant de me livrer a pris le dessus sur les premières voix, et me voilà à devoir rincer ce linge. L'argument vainqueur fut de souligner le fait que, hé, si j'étais recherchée, je n'étais pas bien maline, et qu'on finirait par me retrouver et me battre, ce d'autant plus vite si j'étais occupée à laver quelques effets plutôt qu'à fouiner sans rien avoir à faire. Et puis, je les avançais un peu dans leurs tâches. L'affaire en est restée là, alors qu'elles se partageaient le temps qu'elles supposaient me rester, et celle sachant le plus s'imposer m'a tirée par le bras vers mon labeur actuel.

Il y a déjà quelques lunes que je sers, et la saison avance, l'automne est mort, l'hiver vient. Une saison à accompagner mon Capitaine ; à Kenning, Gencives – ma compagne de chambrée édentée – s'est étonnée de ma longévité et a tenu à m'en féliciter. Elle a inspecté l'intérieur de mes robes et mes chemises de corps sitôt que je m'en défaisais, les soirs où Sargon avait réclamé à me voir et où j'étais revenue de nos entrevues, cherchant les traces d'une sorte de mal que je ne voulais pas lui confesser selon elle, mais elle sembla davantage perplexe avec chaque jour sans les voir. Merry, ma genouille, a fait une fois la remarque que j'avais une jolie bouche et, songeant aux baisers, j'ai rougi. Mes deux camarades ont tempêté et ri, sans que je ne comprenne bien sur l'instant – je l'ai compris beaucoup plus tard, au cours de la nuit, ce qui m'a fait glapir dans mes draps et qu'elles ont pris comme un cauchemar. Leurs inquisitrices taquineries mises à part, nous nous entendons finalement très bien, et je suis heureuse de voir que j'ai pu les réconcilier un peu. Je me demande si elles s'inquiètent de mon absence déjà. Sargon m'a mandée et commandée, et je n'ai pu les revoir pour le leur annoncer. Les yeux dans les tourmentes célestes qui se préparent, j'avance sans prendre garde aux boutres qui ont poussé sur la plage, et je n'entends le pas qui fait crisser les pierres moites et les quelques herbes éparses qu'une fois que la voix de Moïra me frappe par derrière.

Je me retourne sans brusquerie mais la surprise comme la joie me font manquer de lâcher prise, le panier vacille et la moitié des draps comme des tuniques – je ne saurais dire tout ce qu'il peut y avoir là – s'épanche sur le sol hésitant entre lichen et rocaille des alentours de la forteresse. Je suis forcée de poser ma lourde charge un peu précipitamment, et je ris de bon cœur alors que je retrouve cette femme aux cheveux enflammés et au visage expressif que j'avais vu au milieu des autres fer-nés rassemblés pour ces agapes singulières que leur lord avait ordonnées. Elle m'aide aussitôt à reprendre quelques unes de mes victuailles de lin et de coton, et je frôle ses doigts alors que nous ramassons la dernière toile échappée. « Moïra, » entame-je, « comme je suis heureuse de te revoir. » Je suis très sincère ce disant, et je crois que ça se lit aisément sur mes traits éclairés. Je distingue le brillant de la boucle que je lui avais cédée et qu'elle porte au corsage, et je poursuis, avec une teinte de malice qui s'ajoute à mon contentement. « On dirait qu'elle continue de me porter chance, pour que je te croise. » J'essaie de soulever de nouveau ma charge d'osier, mais je me crispe et je peine à le soulever à bout de bras, aussi suis-je contrainte de l'enlacer comme un gros enfant pour parvenir à le faire décoller. Les joues et le front rouges de mon effort comme du vent cinglant qui agite nos chevelures, je réponds enfin à ses deux questions qui tenaient lieu de salutations. « Je dois juste aller laver tout ça, par là, au bout du chemin, » fais-je en le lui désignant du menton. J'ignore exactement ce qui me fait penser qu'elle aimerait l'idée qui me vient, mais j'ai cru voir qu'elle aimait ce qui pouvait scintiller, et j'ai assez envie qu'elle m'accompagne encore, même si je ne dois pas traîner, de crainte qu'on ne suppose que je suis effectivement en fuite et que j'ai pris le large avec ces voiles sales et ces affaires épaissies par le gras de peau. « Je ne sais pas si ce sera trop passionnant de m'aider, mais on trouvera peut-être des choses brillantes entre les pierres plates. C'est souvent là que se perdent les petits trésors de fond de poche. » Du vol ? Certainement pas. C'est sans doute un peu infantile, mais j'aime à voir ces découvertes comme une chasse au brillant, remplaçant aisément les pillages dans mon esprit. Lorsque ma mère et moi allions laver les affaires apporter à repriser pour les rendre à leurs propriétaires les plus éclatantes possible, à quelques occasions, nous avions déniché de ces petites choses perdues que nous avions conservées. J'en avais encore quelques unes dans ma boîte d'huiles parfumées que je sais encore être tenue par mon Capitaine – et que j'espère un jour retrouver.

Je reprends ma marche lourde et lente vers la butte et vers ce que je vois maintenant, au delà d'une façon de plaire, comme un moment d'amusement qui me fera mal aux bras mais beaucoup de bien aux rêves, et alors que j'avance, à demi tournée vers Moïra, je continue. « Tu viens souvent à Harloi ? » Je ne lui demande pas la raison de sa venue, elle ne m'appartient pas, mais si ses voyages y sont réguliers, je peux caresser l'espoir de revoir cette femme assez étrange pour que je la trouve particulièrement attachante, sans savoir pour quelle raison exacte elle me plaît autant que ça, ni avoir réellement envie de découvrir le secret de cette affectueuse attirance. Je lui confie. « Je n'y suis qu’aujourd’hui, je crois, sauf si mon Capitaine, je veux dire, Sargon, en décide autrement. » J'aimerais hausser une épaule, mais la tâche est rude, et je renonce rapidement à en venir à bout. Décrivant son visage à la dérobée, je retrouve ses traits singuliers, ce nez fort et volontaire qui donne tout son caractère à son sourire large et à ses yeux pétillants. Je me dis qu'elle doit plaire, et que si j'étais un homme, elle me plairait sans doute énormément. Mais je serais morte, si j'étais un homme, alors l'idée me passe comme elle m'est venue. « J'ai rêvé de toi, tu sais, » lance-je sans vouloir faire de mystère, mais en suivant le cours de mes pensées vagabondes, qui sont revenues s'échauffer au feu de mon imagination. Oui, j'ai songé, et je l'ai vue dans mes songes, au moins une fois. Le second, je ne suis pas certaine que c'était elle, c'était une femme aux cheveux étincelants, d'un roux semblable au sien, mais l'instant était trop fugace pour que je puisse le lui attribuer. De plus, ce n'était pas un joli rêve, aussi ne serait-ce pas le premier que j'irais lui raconter si elle venait à en être curieuse. La butte commence à grimper davantage, et moi à peiner d'autant sous ma charge, aussi finis-je par me taire, et à me concentrer pour ne pas déverser à nouveau les linges fer-nés sur la rocaille moite.


Dernière édition par Cybeline le Lun 21 Jan 2013 - 9:09, édité 5 fois
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Message Jeu 3 Jan 2013 - 15:24

Moïra croit Cybeline sur parole lorsqu'elle lui dit être heureuse de la revoir. Pourquoi ? Oh, la Fer-née ne s'imagine pas être si intéressante qu'elle doive provoquer la joie rien qu'en apparaissant, mais disons juste qu'elle a cru cerner que la femme-sel possède un fond de sincérité très présent. Et puis, à quoi bon dire à une personne que l'on est heureux de la voir si ce n'est pas sincère ? Elle reviendra plus tard et vous serez obligés de la supporter, même si ce n'était pas véridique. Ben bref, la Merlyn ne doute pas de la parole de la jolie demoiselle qui a captivé son attention depuis qu'elle a posé les yeux sur elle.

« Et moi aussi ! »

Elle n'est pas du genre à dissimuler ce qu'elle pense. Moïra apprécie Cybeline c'est un fait, cette délicate poupée qui lui plaît beaucoup, la faisant penser qu'elle pourrait être sa petite sœur. Pourtant, même si elle l'ignore, la captive est plus âgée qu'elle, mais elle dégage quelque chose qui donne le sentiment qu'elle n'a jamais quitté l'enfance. C'est peut-être pour cette raison qu'elle attire autant l'attention de la Merlyn qui se sent toujours plus proche des jeunes que des hommes ou des femmes qui se prennent pour des adultes alors qu'ils n'en sont pas tous.
Mais là n'est pas la question. La discussion file déjà, la jolie femme-sel déclare que la Fer-née lui porte chance et un sourire se peint sur les lèvres abîmées par le seul, de la Merlyn. C'est amusant, habituellement Garth lui dit toujours que les roux portent malheurs et les femmes encore davantage. Peut-être que ce n'est valable que pour les Fer-nés et les continentaux, mais pas les femmes des autres îles ? Le regard brun de la jeune femme observe avec attention – ou plutôt scrute – les mouvements de la captive qui essaye tant bien que mal de se dépêtrer de son chargement. La malheureuse est chargée comme une mule ! Dire qu'ils sont sur Harloi, une île réputée pour ses petits chevaux utilisés dans les mines, pourquoi ne pas lui en confier un pour lui faciliter la tâche. Son esprit lui murmure doucement que c'est parce qu'elle n'est pas native d'ici et qu'elle ne vaut pas plus qu'un chien errant aux yeux des fer-nés. Pourtant, son propriétaire avait semblé particulièrement attentionné avec elle. À moins que ce ne soit de la possession ? Moïra a rapidement remarqué que les hommes n'aiment pas partager et il est fort possible que celui-ci n'apprécie pas de voir d'autres hommes contempler « sa chose ». Alors pourquoi l'amener à un rassemblent ? Les hommes sont compliqués.... Les pensées cheminent dans l'esprit de la jeune femme et bientôt elle ne se souvient plus de ce qui a déclenché la première.

Cybeline la ramène à la réalité en expliquant quelle tâche lui a été confiée et Moïra observe l'endroit désigné d'un air dubitatif. Pourquoi ne pas lui donner un baquet d'eau pour laver tout cela au lieu de l'envoyer toute seule se charger de tout ce linge ? L'idée de l'aider lui traverse l'esprit et comme si elle lit dans l'esprit de la Merlyn, la captive lui glisse une idée intéressante qui dessine un sourire sur les lèvres de la jeune femme. Son regard se porte sur elle tandis qu'elles reprennent leur marche, puis elle répond d'un ton enjoué et sincère.

« J'aime bien aider aux tâches ménagères, surtout en bonne compagnie. Je suis certaine que l'on réussira à trouver quelques trésors ! »

Aux yeux de la Merlyn non plus un tel agissement n'est pas considéré comme du vol. De plus, elle de son côté a souvent volé au sens propre du terme sans jamais se sentir honteuse pour autant. Les deux femmes progressent, Cybeline coupe une fois de plus le silence en lui posant une question parfaitement logique, puis elle y répond de son côté en déclarant qu'elle ne vient ici que rarement. Moïra aime bien la manière dont la jolie poupée parle de « son capitaine ». Habituellement les femmes-sel ne se montrent pas aussi.... Gentilles ? Attentionnées ? À l'égard de l'homme qui leur a enlevé leur liberté. Preuve supplémentaire qu'elle n'est pas comme les autres, ce qui plaît grandement à la Fer-née. Elle n'a pas encore pris le temps de répondre que la demoiselle conclut de son côté sur une note plutôt surprenante. Une expression d'amusement mêlé à de la surprise se dessine sur le minois de la Merlyn qui répond aussitôt avec un sourire.

« Vraiment ? Tu te souviens de ce dont tu rêves ? Je n'y arrive pas. » Une légère moue se dessine sur son visage. « Tu as rêvé de quoi ? Tu le fais aussi avec d'autres personnes ? » De nombreuses questions comme toujours, c'est plus fort qu'elle, impossible de se brider et de parler normalement. « Sinon, non je ne viens pas souvent ici. En fait c'est la première fois que je mets les pieds sur cette île, ma mère n'aime pas que je vienne ici, elle est née dans une maison vassale des Harloi et ne s'entend pas bien avec sa sœur. Des histoires de famille. » D'un mouvement de la main, elle indique que cela n'est pas franchement intéressant. « C'est une chance que je sois venue aujourd'hui alors ! Je voulais te revoir et j'ai profité du fait que mon grand-frère doive passer ici. J'espérais bien te croiser, la chance est de notre côté apparemment. »

Pourquoi mentir ou dissimuler les véritables raisons de sa venue ici ? Moïra n'en voit aucune alors elle parle, tout simplement. Voyant que la jeune femme n'arrivera pas seule à tenir ce panier aussi imposant elle s'approche d'elle avant de lui faire signe de lui laisser un bout. Glissant ses doigts abîmés dans le trou servant à soulever le panier, la Merlyn soulage Cybeline d'une partie du poids du linge. Étonnant de voir que de simples tissus peuvent peser aussi lourds ! Le fait de faire des travaux réservés aux femmes-sel ne dérange pas vraiment la jeune femme qui ne craint pas le travail physique, puis s'il n'y a que cela à faire pour parler avec Cybeline ma foi, c'est bien peu ! La demoiselle laisse quelques instants de silence passer le temps de réordonner ses pensées, puis elle reprend la parole, toujours aussi sincère.

« Ton capitaine te laisse te débrouiller toute seule ? Il pourrait te donner un peu d'aide au moins, il avait l'air de veiller sur toi au rassemblement. Et puis s'il te laisse sortir seule du château, c'est qu'il doit avoir confiance, alors il pourrait te traiter un peu mieux. » Elle dit cela avec une assurance qui prouve qu'elle pense ce qu'elle dit. Les hommes manquent d'attention avec les femmes, ils ne pensent qu'à ce qui se situe sous leur ventre d'après ce que la mère de Moïra lui a raconté. « Je croyais que les Harloi vivaient à Dix-Tours ? Ton propriétaire en est bien un non ? Pourquoi est-ce que tu y viens pour la première fois du coup ? »

Elle ne connaît pas les affaires qui se passent entre les membres d'une famille et pour être sincère, ne s'y intéresse pas vraiment, mais c'est sans importance. Pour bavarder avec quelqu'un qu'elle apprécie, Moïra n'hésite pas à aborder ses sujets qui ne l'intéressent pas forcément. L'air est légèrement rafraîchit comparé à d'habitude, le vent salin apporte une odeur agréable et familière, c'est un bon moment pour discuter tranquillement. Alors qu'elles approchent de l'endroit où Cybeline doit laver son linge, Moïra se renseigne sur elle.

« Et toi, comment est-ce que ça se passe ? J'imagine que ça doit être étrange de changer de vie, tu n'es pas ici depuis longtemps je présume vu que les traditions de mon peuple ne te semblent pas très familières. » C'était ce qu'elle avait cru comprendre durant leur bref échange au rassemblement. « J'espère que les gens du château te traitent bien. Je t'apprécie, je ne serais pas très contente si j'apprenais qu'il t'es arrivé malheur. »

C'est sincère, bien que dit d'une manière assez maladroite, mais les compliments ne sont pas le fort de la jeune Merlyn qui n'a pas l'habitude d'en formuler.
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Message Lun 21 Jan 2013 - 10:13

Moïra est franche et, sans être réellement brutale dans sa façon de parler, ses mots sont libres et sans détour, se moquant de pouvoir heurter. J'aime bien, je crois, même si mes lèvres ne sauraient accepter de laisser passer quelque chose qui les écorcherait elles avant même de frôler l'oreille à laquelle ils sont destinés. Je me souviens de ses dires lors du rassemblement, au propos des doigts volant lors des danses et des bandages à appliquer, ainsi que sa main dans mon dos, en soutien. Cette pensée, moins agréable que d'autres, prend pourtant le goût suave d'une certitude rassurante lorsque la fer-née m'annonce qu'au delà de bien vouloir m'accompagner, elle aimera même m'aider aux tâches que j'ai à accomplir. Fantastique ! Me voilà assurée de ne pas l'ennuyer, bien au contraire, et de pouvoir profiter de sa compagnie un bon moment. L'expression que je lui envoie est ouvertement rieuse et ravie, parvenant même à donner un peu de chaleur à mes joues désespérément pâles, que même les vents cinglants ne peuvent pas rougir – seulement épaissir. Je songe déjà aux trésors que nous pourrions trouver. Sera-ce un petit caillou rond, d'une teinte rosée translucide, comme j'en avais trouvé un jadis avec ma mère et qui m'avait été racheté par une jeune fille de bonne lignée ? Serait-ce un petit bouton brillant avec une figure de femme, d'une usure telle qu'il montrait être coincé là depuis des années, qui m'avait fait rêver des jours à la manche qui l'avait serré et au bras qui l'avait passée ? Sera-ce une boucle semblable à celle trouvée sur la plage – une pour elle, une pour moi, comme ce serait charmant ? Mon cœur est un arbre vigoureux aux racines profondes, je m'attache rapidement, mais mes branches sont nombreuses et je ne sais en contenir la croissance. Pourquoi le ferais-je ?

Mon sourire s'élargit encore, découvrant légèrement mes dents de ravissement, alors que Moïra s'étonne de mes rêves et de ma confession. Je hoche la tête, trois fois, pour appuyer mes dires et répondre par le geste alors qu'elle s'interroge. Oui je rêve, oui je m'en souviens, oui, je rêve de quelques personnes. Peu de monde, au final, mais tout de même assez pour peupler des îles imaginaires. Puis elle poursuit : ainsi donc, c'est la première fois qu'elle pose pied sur Harloi ? Je n'en reviens pas de me chance de la rencontrer – de notre chance, en réalité, puisqu'elle me confesse que c'était bel et bien moi qu'elle venait trouver. Je serre brièvement les lèvres et acquiesce de biais lorsque ma compagne rousse m'indique que la rareté de ses venues a une raison familiale et qu'elle ne vaut pas d'être longuement exposée. Je le comprends parfaitement, mon Capitaine également connaît des tempêtes et des orages au milieu des siens. Je ne serai pas inquisitrice. Mon expression redevient ravie alors qu'elle revient sur la fortune éclatante qui nous a permises de nous rejoindre. Assurément, les dieux – leur dieu peut-être – souhaitait que nous nous revoyions. Moïra pose l'une de ses mains sur le panier de linge et nous voilà à le tenir à deux, avançant de concert sur les pierres légèrement usées du chemin ; je trouve l'image parfaite. Beaucoup la trouveraient affligeante, banale, ou ne la remarqueraient même pas, mais je la grave en mon esprit avec naturel. Je suis bien ici, à servir ; ces gens me font tant rêver. Je murmure. « Tu étais sur un rivage de galets, la mer était très retirée et dévoilait beaucoup de choses. Tu avançais, et je te suivais pas à pas. J'étais un peu effrayée, mais toi absolument pas. Il y avait une lumière fantastique, le soleil était très ras, très loin sur la mer très basse, et ça baignait ton visage et enflammait tes cheveux. Tu avançais donc, et je trébuchais derrière toi. Tu te penchais sur ce qu'il y avait de découvert par la mer, mais tu ne prenais rien, ou très peu de choses. Plus nous avancions, plus je voyais que ce que nous trouvions étaient des épaves, des grands navires à voiles comme des boutres, et je m'angoissais, mais tu me regardais, et j'étais rassurée. Finalement, nous sommes arrivées à fleur d'eau, une eau très épaisse et très noire, et il il flottait beaucoup de choses, et il y avait juste devant nous une épave qui te séduisait beaucoup. Tu avançais la main pour prendre quelque chose de très beau et de long, je ne sais plus si c'était un ruban ou une épée. La mer s'agitait d'un coup, et je voulais reculer, alors qu'une vague terrible gonflait et s'apprêtait à nous submerger. Et tu as ri, et tu m'as dit que la mer ne prenait que ceux qui la craignaient, et tu riais encore quand la vague s'est effondrée sur nous. » Je ris d'ailleurs, également. « Et je me suis réveillée. » Je lui adresse un regard un peu transparent, un peu transporté, comme souvent après avoir confié ce que j'ai de plus précieux et de plus intime, mais qui m'appartient moins qu'à ceux dont j'ai rêvé. Je garde un petit silence songeur. Malgré ce qu'il a de menaçant, je n'en ressens plus aucune crainte, seulement une impression de profonde sérénité. Je regarde la mer au loin. Non, vraiment. Je n'ai pas peur.

Moïra me rappelle à moi – et à elle – alors qu'elle me parle de mon Capitaine. Elle s'interroge légitimement sur Harloi et l'absence de mon Sargon sur les terres, et je crains un instant d'en avoir trop dit, chose dont il pourrait prendre ombrage, mais si j'aurais pu en être embarrassée, ses premiers propos m'amusent trop pour que l'effet en soit totalement balayé. C'est donc d'un ton rieur que je lui glisse. « Lui, m'aider à ces tâches ? Mais c'est moi qui viens aider les servantes, et elles qui m'ont donné ce linge à laver. D'ailleurs, je ne sais pas ce qu'il y a dedans pour que ce soit si lourd. Quelqu'un a du oublier des briques dans ses poches. » Je plisse légèrement le nez, regardant le sommet de la butte qui se dessine et notre arrivée prochaine à notre but lavandier. « Oui, les Harloi vivent à Dix-Tours, mais mon Capitaine séjourne à Kenning, plutôt. Je ne sais pas trop pourquoi, des histoires de famille aussi, il me semble. » Je fais une brève moue. « Je ne voudrais pas dire de bêtises et je ne sais pas s'il aimerait que j'en parle de trop. » Je ne sais pas mentir, autant être franche, sans pour autant rabrouer une curiosité parfaitement naturelle – et sans doute même polie, voire gentille, à l'origine. Ma main commence à me pincer et mon bras est plein de félicité lorsque mes yeux parviennent enfin à découvrir notre but, une fois le plus haut du chemin passé : voilà un petit recoin de pierres, où un ruisselet fin comme une chevelure de femme s'épanche sur une pierre curieusement plate, avec un courant assez intense et assez ras pour que la mousse ne puisse s'y installer ou les herbes s'y nouer. Tout autour, un peu de boue se partage à beaucoup de galets, sans doute apportés là demain d'homme – plutôt de femme – afin de pouvoir s'arrêter sans trop se salir, et trahissant qu'on vient souvent piétiner les abords ; un gros rocher ventru et haut comme une petite table montre par son usure à son sommet qu'on y dépose les paniers chargés et les assises fourbues. Je fais un dernier effort, en compagnie de ma fer-née, pour confier ma charge à la pierre, puis je me permets une seconde pour souffler et détendre mes doigts crispés, les saisissants les uns après les autres pour les secouer de mon autre main. Faisant face à ma compagne, je songe à ses derniers propos.

« Comment ça se passe ? » Je suis concentrée, un instant. Au juste, oui : comment tout ceci se passe ? Je ne peux que répondre : « Bien, vraiment. » Et je ris un peu, haussant une épaule, poursuivant. « Oui, j'ai changé de vie, mais je servais déjà, alors, au final, mon quotidien est fait des mêmes tâches. C'est juste... Ça va peut-être sembler étrange, mais, oui, voilà, je suis heureuse. C'est plus difficile qu'auparavant, les tâches sont plus nombreuses, plus rudes, le temps aussi et je suis un peu perdue, mais je vois... Tellement de choses ! Et la mer, aussi, partout, tout le temps. Tu sais, ma famille a toujours été proche de la mer, seule ma mère s'en était éloignée, et depuis toujours je l'entends m'appeler. Alors vivre près des vagues, toujours, tout le temps, c'est... Fantastique. » Mon visage se pare d'une expression profondément touchée alors que ma fer-née m'affirme qu'elle serait fâchée si je venais à être maltraitée. Mes mains étaient occupées à saisir la première tunique que j'ai piochée dans le panier, et me voilà en train de la presser contre mon cœur avec un ravissement sans doute un peu infantile. Je souffle bas, d'un ton chaud et profond. « Ne t'en fais pas. Il y a trop de merveilles ici pour que j'aille autrement que bien. » Est-ce que mon regard signifie qu'elle fait sans doute partie de ces beaux trésors des îles ? Elle me devient précieuse, en tous cas, par sa franche affection et son savoir distillé avec l'air d'annoncer des banalités – ce que ses confessions sont, sans doute, pour elle qui est née ici et qui a le sang de la mer dans les veines. J'étire le linge et l'ébroue, avant d'aller l'étendre sur la grande pierre plate, et de retrousser mes jupons pour ne pas les détremper. Je tourne des yeux rieurs et un visage éclairé vers elle, alors que je remue le linge à l'odeur acre plus expressive, maintenant qu'il est humide. « Mon Capitaine serait jaloux. » C'est peut-être ambigu, mais c'est toujours aussi sincère et vrai. Il serait jaloux qu'on me dise une chose aussi tendre, tout comme il serait importuné de voir que l'affection est manifestement rendue.


Dernière édition par Cybeline le Dim 17 Fév 2013 - 22:00, édité 1 fois
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Message Lun 21 Jan 2013 - 14:29

Le rêve décrit est très amusant, il correspond bien à une situation qui pourrait parfaitement se passer. Moïra s'imagine sans difficulté tenir un pareil discours. Elle sourit légèrement, se disant que les rêves sont bien étranges pour réussir à deviner avec autant de réalisme ce qui peut réellement se produire. Elle inspire légèrement, tournant la tête vers la jolie femme-sel qui rit avant de reprendre un air songeur en fixant la mer au loin. Ce n'est pas une captive comme les autres, la Merlyn s'en était déjà rendu compte en lui parlant au rassemblement, mais plus le temps avance, plus ses idées à ce sujet se confirment. C'est une bonne chose, les Fer-nés sont des individus très particuliers et apparemment Cybeline a compris comment agir pour s'adapter à leur mode de vie.

« C'est un joli rêve. Je m'imagine bien dire de telles choses qui plus est. C'est l'entière vérité, la mer ne fait pas de mal aux personnes qui savent l'apprécier. »

Dans l'esprit de la Fer-née, le simple fait que la jeune femme est née sur une île suffit à expliquer qu'elle soit aussi à l'aise ici. Elle connaît la mer, elle sait qu'elle n'est pas dangereuse et qu'elle apporte beaucoup à ceux qui savent comment la prendre. Les habitants des Iles de Fer ne vivent que pour cette eau salée, les captives qui la méprisent signent généralement leur arrêt de mort. Comment prendriez-vous le fait que votre domestique critique votre épouse et ne cesse de la noyer sous son ire ? Très mal à n'en pas douter. Les capitaines – et même les femmes – sont mariés à la mer, ils n'aiment pas entendre qu'on la critique. C'est du moins une chose que Moïra a remarqué avec le temps. Chaque fois que Garth, son frère aîné, se dispute avec sa femme, c'est parce que cette dernière laisse entendre que son époux préfère la mer à sa compagne. Lui réplique toujours que c’est l'entière vérité parce que la mer n'est pas aussi ennuyante et prenante qu'une femme. Pourtant, la Merlyn est bien placée pour savoir que la mer et l'amante la plus prenante qui soit. Lorsqu'elle est trop jalouse, elle peut même décider de garder les capitaines qui lui plaisent particulièrement. Moïra n'a jamais vu la mort par noyade comme une mauvaise chose, au contraire. C'est le signe évident que le Dieu Noyé et son épouse la mer vous apprécient tous les deux. Un tel discours, les femmes du continent ne peuvent le comprendre, tandis que Cybeline doit parfaitement voir où veut en venir la rousse.

Elles marchent toutes les deux avant que Cybeline ne reprenne d'un ton qui à lui seul, suffit à mettre de bonne humeur. Elle explique que c'est son rôle d'aider les servantes et qu'elle fait donc ce qu'elles disent. Une légère moue se dessine sur le visage de la rousse qui ne peut s'empêcher de se dire que les servantes profitent toujours des femmes qui ne peuvent pas désobéir. Elles sont souvent jalouses de l'intérêt qu'un Fer-né peut avoir pour une femme du continent – ou d'une autre île – alors qu'elles ne parviennent pas à retenir leur attention. Les femmes sont mesquines et par conséquent, Moïra soupçonne la jalousie des autres, mais peut-être qu'elle se monte la tête. Glissant son regard vers le point où elles se rendent, la Fer-née reste silencieuse comme sa compagne continue en lui faisant savoir que son capitaine a visiblement eu des mots avec sa famille et qu'il séjourne donc ailleurs. C'est assez fréquent, plus qu'on ne peut le penser. Moïra ne connaît presque rien à propos de cet homme et elle serait bien en peine de pouvoir savoir s'il a un lien avec les Kenning. C'est alors qu'elle se souvient de la discussion qu'elle a eue avec Arkha, sa cousine nouvelle découverte et qui lui a raconté qu'elle était aussi la cousine du propriétaire de Cybeline. C'est compliqué. Léger froncement de sourcils alors que la jeune femme reste muette tandis qu'elle réfléchit aux réponses données par la jolie Cybeline. Seuls quelques mots sortent de sa bouche pour rassurer la demoiselle.

« Les hommes n'aiment pas grand-chose. Je suis certaine qu'il serait ravi d'être au centre de la discussion, surtout de la tienne. »

Après tout, s'il l'a prise comme femme-sel c'est qu'il doit apprécier sa présence et sa discussion. À moins qu'il ne la garde que pour sa beauté. Difficile de le savoir, puis au fond cela ne la regarde pas.
Elles arrivent enfin sur le lieu visé depuis le début, la boue est assez présente, mais pas beaucoup plus que sur Grand Wyk. Avec un geste qui montre qu'elle en avait l'habitude, Moïra remonte légèrement sa robe pour la coincer dans sa ceinture de manière à éviter qu'elle ne trempe dans la saleté. Sa mère n'apprécie pas vraiment de la voir rentrer toute souillée. Saisissant un habit, la jeune femme s'agenouille de manière à pouvoir rester dans cette position sans avoir mal aux jambes, puis elle le secoue légèrement, constate que rien n'en tombe, avant de le tremper dans l'eau froide. Après le rire de Cybeline qui l'assure que tout va bien, la rousse lève les yeux vers elle pour constater qu'en effet, son visage semble confirmer ses dires. Un sourire se plaque sur les lèvres abîmées par le sel de la Merlyn qui reporte son attention sur l'eau pour continuer ce qu'elle est en train de faire. Elle explique alors avoir déjà été dans le rôle de la servante par le passé et que cela ne la change donc pas beaucoup. La difficulté est peut-être plus grande, mais elle compense cette perte par un gain lié aux découvertes qu'elle peut faire sur ces îles. Il est vrai que les Iles de Fer sont extrêmement intéressantes de ce point de vue, même si les continentaux ne les prennent que pour des morceaux de terres sans intérêt. Tout comme leur peuple d'ailleurs. Redressant de temps en temps la tête pour regarder la jolie captive, Moïra remarque l'expression qui passe sur son visage lorsqu'elle s'inquiète pour elle. C'est assez amusant, puis cela lui fait aussi très plaisir. À la dernière réplique de Cybeline, la Merlyn rigole légèrement.

« Les hommes sont aussi très jaloux. Surtout les Fer-nés, ils sont très possessifs et n’aiment pas partager. Mais il devra s'y faire, jolie et gentille comme tu es, tout le monde va vouloir passer du temps avec toi. » Aucun doute n’est présent dans sa voix. « Cela dit, il ne le saura sûrement pas. Ce qui se passe ici ne sort pas d'ici, sans compter que les autres servantes ne doivent certainement pas se préoccuper de ce que tu fais. »

À moins qu'elles ne soient jalouses au point de la surveiller pour dénoncer les bêtises qu'elle ferait ? Peut-être. La jeune femme soupire légèrement, pliant, repliant la tunique puis la secouant dans l'eau avant de l'en tirer pour l'essorer un peu, des gestes machinales qu'elle a déjà souvent fait par le passé en aidant les domestiques qu'elle aimait bien. Moïra n'a aucun problème à effectuer des travaux « dégradants », du moment que la compagnie est bonne pour elle, tout est envisageable. Après quelques secondes de silence, elle reprend de plus bel.

« Je suis contente que les îles de plaisent. C'est un endroit passionnant, mais malheureusement bien peu de personnes le voient. Tu pourras apprendre beaucoup de choses en t'intéressant aux choses comme tu le fais. » Elle sourit brièvement. « J'espère juste que les autres servantes ne profitent pas de toi. Les femmes sont souvent jalouses elles aussi, les domestiques ne sont pas assez importantes pour pouvoir s'épargner un travail aussi rude alors elles n'aiment pas les femmes-sel. Tu sais pour quelle raison ? » Elle lève les yeux vers Cybeline avant d'enchaîner. « Parce que si les Fer-nés vous choisissent, c'est parce que vous êtes plus belles et plus divertissantes qu'elles. Les femmes sont jalouses, elles pourront essayer de te faire de mauvaises choses juste parce que tu as réussi là où elles ont échoué. »

Un discours bien défaitiste d'une certaine manière, mais Moïra n'a pas envie d'apprendre qu'un jour le propriétaire de Cybeline se sera débarrassé d'elle parce qu'une servante à la langue trop mesquine aura dit de mauvaises choses sur elle. Les femmes sont cruelles, bien plus que les hommes. Toujours occupée par ses tuniques, la rousse ne bronche pas malgré le froid qui peut déranger, surtout une fois les mains mouillées par de l'eau toute aussi fraîche. Après un petit silence, la Merlyn lève une fois de plus les yeux vers sa voisine.

« Tu habites donc à Kenning ? J'ai ma cousine qui vit là-bas. Je l'ai appris il y a quelques jours seulement, elle s'appelle Arkha. C'est une belle femme, elle est marin sur le boutre de ton capitaine je crois d'ailleurs. » Elle fronce légèrement les sourcils sous le coup de la réflexion avant de reprendre son nettoyage. « D'ailleurs elle est très amie avec Gabriel. Tu devrais apprendre à le connaître, même si ton capitaine ne l'aime pas, c'est un garçon très gentil. Il est beaucoup plus doux qu'il ne le laisse paraître, mais ça c'est parce que les Fer-nés n'aiment pas avoir l'air faibles. » Elle secoue la tête. « Et ils disent que les sentiments, c'est pour les faibles. Pourtant ,moi j'en ai beaucoup et je ne crois pas l'être. »

Elle pince légèrement des lèvres tout en songeant à ce qui se passerait si Cybeline devenait amie avec Gabriel. Le pauvre, il mérite mieux que le dédain d'un jaloux. Le souvenir de l'incident du regroupement ne manque pas de s'imposer dans l'esprit de la Merlyn, mais celle-ci hausse les épaules comme pour le chasser avant de reporter son attention sur le panier de linge.

« Tu étais sur un bateau lorsque tu as croisé le boutre de ton capitaine ? Tu naviguais souvent ? Ce serait amusant si nous pouvions un jour monter à bord d'un boutre ensemble. »

Partager l'amour de la mer avec quelqu'un lui plaît toujours autant, surtout lorsque cette personne est aussi douce et adorable que la jolie captive.
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Message Lun 18 Fév 2013 - 16:49

Elle a aimé mon rêve et j'en ressens un sentiment très singulier, très fort, qui m'est très familier, mais pour lequel je peine à trouver le mot juste, ce qui fait que je ne l'ai jamais confessé. Je m'en étais ouverte à ma mère, puisque je l'avais ressenti tôt dans ma vie, et que je n'ai jamais apprécié de ne pouvoir avouer à autrui ce qu'il m'inspire ; elle avait compris la sensation mais avait été aussi perplexe que moi. Le mot le plus proche qu'elle ait pu trouver venait de mon oncle, lequel avait haussé une épaule à notre débat et avait proposé « adoubée ». Je n'ai pas exactement saisi l'origine de ce terme, Garald étant parti dans une explication passionnante au propos de chevaliers choisis dont la fidélité et l'attachement étaient reconnus par leur seigneur ; à dire vrai j'en avais eu l'esprit enflammé et étais aussitôt partie dans des contrées imaginaires, ce qui fait qu'aujourd'hui, j'ai davantage de souvenirs de mes songeries que de ce qu'il s'était évertué à m'expliquer. Le mot m'est resté, même si je ne le confie toujours pas : je crois bien qu'il ne serait finalement pas adéquat. Moïra a aimé et approuvé mon rêve : je me sens adoubée – en confiance et appréciée. Puis nous parlons encore, et elle ne cesse de me sourire : je m'habitue à la façon d'être de son visage lorsqu'elle arbore une telle expression, même si je ne peux m'empêcher de le scruter encore, de chercher à mieux voir l'éclat pétillant de son regard vif et confiant à la fois. Nous voilà toutes deux à genoux, jupons retroussés et mains tordant le linge. Elle semble en avoir l'habitude autant que moi, ce qui me fait oublier tout ce qu'il peut y avoir d'étrange à s'acquitter de tâches réservées aux servantes en compagnie d'une femme de meilleure naissance. J'ai davantage l'impression de découvrir une voisine – voire une cousine – plutôt qu'une noble à qui je devrais obéir si elle désirait se faire entendre de moi. Je malaxe les fibres rêches de la tunique moite tandis que le rire doux de Moïra passe sur moi, en même temps qu'un coup de vent froid.

Les hommes sont jaloux, m'affirme-t-elle – je le sais ! Je l'omets souvent, mais je le réapprends fréquemment, et pour moi qui ne me suis jamais considérée comme grand chose, cette redécouverte constante est toujours un sujet d'étonnement – voire d'effarement. Mon oncle était jaloux des hommes qui me regardaient, même enfant, mon maître était furieux vis à vis des clients qui m'apercevaient et voulaient me parler, même gentiment, ou même seulement courtoisement ; quant à mon Capitaine, ah ! J'ai déjà pu en faire plusieurs fois l'expérience. Que ce soit en propos ou en regards, il semble vouloir souvent provoquer tout en répugnant aux réactions à mon encontre, et bien que je n'ai pas été importunée – ou très peu, vraiment, contrairement à ce dont on m'avait tantôt avertie, tantôt menacée – Sargon paraît toujours au mieux méfiant, au pire hostile à toute évocation d'une ombre masculine sur ma journée. Je ne sais pas si je le devrais, mais je trouve ça touchant de sa part. Peut-être n'est-ce que la réaction d'un propriétaire jaloux, désireux de garder son trophée propre et hors des mains d'autrui, mais je m'en sens un peu précieuse, ce qui me flatte un peu et m'émeut davantage. Je secoue légèrement la tête, sentant mes joues rosir aux compliments de Moïra, tant sur ma beauté que sur ma compagnie. Elle suppose que je serais rapidement demandée et souvent accompagnée bientôt, mais l'image ne m'évoque pas que de l'enchantement. Je n'ai pas exactement envie d'être très entourée, non pas que j'en déteste l'idée : c'est plutôt les conséquences que j'appréhende. Si je peux parfaitement tolérer les humeurs chagrines de mon Capitaine – les cieux couverts et les tempêtes sont dans sa nature – je ne veux pas pour autant revoir les lames danser, encore moins le sang couler. Soulevant l'épaisse toile alourdie par l'eau claire, s'échappant en goutte grises du bas de la tunique, je réponds d'une voix un peu plus voilée et hésitante que de coutume, par pudeur, surtout. « Oh, je n'irais pas lui répéter toute ma journée s'il ne le demande pas... Mais s'il veut savoir qui j'ai croisé, je ne suis pas sûre de vouloir le lui taire. » Je glisse une moue un peu ennuyée par avance de ce dilemme entre joie et honnêteté, mais je chasse l'aigreur à plus tard : je ne vais pas repousser ma Fer-née, j'ignore comment mon Capitaine réagira en apprenant que j'escompte fréquenter fréquemment une femme en dehors des servantes, aussi je ne veux pas entacher mon beau moment et laisse l'inquiétude à plus tard. Les servantes sont sans doute occupées, soit à leurs propres tâches, soit à se reposer, je doute fortement qu'elles aient fait le déplacement pour m'observer. Et quand bien même, qu'aurais-je fait de mal en parlant à une femme ? Je suis sans doute naïve, mais je n'y vois rien qu'on ne puisse me reprocher.

Je bloque la tunique dans le courant, à présent qu'elle est bien tassée et que ses fibres sont devenue molles, le temps qu'elle détrempe et que l'eau se charge du plus gros des souillures qui y sont accrochées. Je tire à moi un pantalon que je commence à traiter comme le précédent vêtement, mais alors que je le tords, quelque chose résiste à ma poigne, me paraissant être une petite chose dure oubliée dans un fond de poche. Je le déplie en grand, tandis que Moïra reprend la parole, parlant des femmes à nouveau, et de leur jalousie à elle, qui n'est pas la même : je suis attentive, prenant ses mots comme ayant la même valeur que les premiers qu'elle m'avait confiés, à savoir la sapience tranquille d'une fer-née expérimentée. C'est une faveur d'être aussi naturellement enseignée, fait qu'elle a souligné elle-même en louant ma curiosité. J'en suis rassérénée : je ne la dérange pas. Mais avant de m'en réjouir, ses paroles me font froncer légèrement les sourcils, ainsi que creuser une fossette sur une seule joue. J'avais déjà remarqué des regards et des murmures à mon propos, mêlant méfiance que j'estimais naturelle avec une hauteur allant de soit vis à vis d'une pièce rapportée ayant une valeur moindre qu'un tapis qu'on foulerait sans le voir. Mais ces prédictions m'inquiètent davantage. Si je vexais une femme malgré moi, simplement parce que je suis là – bien que je ne m'estime pas éclatante, Moïra semble persuadée du contraire, en tous cas elle juge mon allure suffisamment avenante pour provoquer des envies aigres – comment m'en défendrais-je ? Je ne sais pas le faire. Je ne sais que sourire et raconter, travailler et tenter de bien faire, mais déceler le mensonge ou relever la perfidie, je n'y parviens pas. Je n'y pense pas, alors je ne la trouve jamais. J'en serais bien démunie. J'acquiesce, prenant acte de cet avertissement, sans parvenir à deviner ce que je pourrais en faire, à part m'habituer déjà à cette idée. Après tout, si quelqu'un veut mal faire, il le fera, je n'aurais jamais la force – ni de persuasion, ni de caractère – de l'en détourner. Que me reste-il donc ? Faire de mon mieux et endurer. Ah ! C'est déjà ce à quoi je m'emploie. Je souris en faisant les poches du second linge que je veux laver. Les choses sont simples finalement.

Sa question me fait relever le nez, quand je viens tout juste de tirer de la poche l'objet en question, que je découvre paume ouverte entre nous. J'annonce : « ah, c'est juste un bouton, » avant d'étirer le bras pour le déposer précautionneusement à part. Si je trouve la veste à qui il appartient, il faudra que je recouse le tout. Ça n'en fera que meilleur effet. Après ma distraction, je rejette le vêtement dans l'onde peu profonde, et hoche la tête sa question. « Pour l’instant, donc, oui. Je dors avec deux servantes, il y en a une qu'on appelle Grenouille, parce qu'elle a les lèvres un peu plates et sautille toujours, et la seconde, c'est Gencives. Il lui manque les dents de devant, » fais-je en me les tapotant pour illustrer mon propos, « et elle a l'air très froide, mais elle est très gentille, au fond. Tu sais, prévenante, comme une vieille mère, toujours à faire attention. J'ai eu de la chance d'arriver au milieu d'elles. » Mon caractère affable a sans doute joué, mais je n'y songe pas : je préfère toujours voir le mérite comme quelque chose de formidable, plutôt que comme un du, ou même une récompense. Lorsqu'elle évoque Arkha, je hoche plus vigoureusement la tête, et réplique une fois qu'elle a terminé sa diatribe sur les sentiments. « Oui ! C'est là où je l'ai croisée la première fois, elle m'a apporté de la nourriture. C'est ta cousine alors ? Je l'aime bien, même si elle n'a pas du tout envie de l'entendre ou que je lui montre. Ce doit être ce que tu dis. Elle ne veut sans doute pas avoir l'air faible, enfin, j'imagine ; ça ne doit pas être toujours simple d'être au milieu des hommes en mer. » Je garde silence quelques instants, repensant à Gabriel, à cette danse, à ses paroles m'avertissant de la jalousie de Sargon. Il avait des yeux si bleus, et si tristes pourtant. Ça m'en pince encore le cœur de les revoir en songe. J'arbore alors la même expression que Moïra, ce que je constate en la contemplant de nouveau ; aussi je hoche la tête, sans davantage de mots. Nous nous sommes comprises.

Je coince le pantalon dans le courant le plus fort, reprenant la tunique pour la battre avec véhémence, afin de chasser l'eau la plus sale et de commencer à la frotter contre la pierre. Le travail le plus pénible commence, pourtant, c'est le visage clair et le ton haut que je m'enflamme, quand ma fer-née m'interroge sur ce qui est, pourtant, mon naufrage. « C'est ça ! J'étais sur un beau voilier, avec mon oncle. Je te donne son nom, si tu veux, » je suis toujours respectueuse des noms et des personnes, surtout lorsqu'ils sont morts. Si Moïra le veut, je crois bien que Garald ne sera pas opposé à se relier à une femme comme elle, si proche de la mer et si naturelle de manières. Il aurait pu en être amoureux, si elle avait été plus blonde – il avait une faiblesse pour les cheveux dorés. « C'était la première fois que je partais pour un voyage aussi long. Et comme c'était ! Ces vagues, ces moments où on ne voit plus rien des côtes, ni des récifs, ni rien ! Et ces trombes d'eau, ces murs qui se soulèvent, puis le calme d'un coup – et une mer d'huile, bleu et brillante comme une nappe de saphir, partout. Partout, et rien d'autre ! Je n'avais jamais été aussi heureuse. Et éprise. » Je lâche un rire rougissant. « Je sais que ça peut paraître étrange, mais je me suis sentie vraiment attachée à la mer comme à un amant. C'était si fort ! Et quand nous avons vu le navire approcher... Il faisait presque nuit, en tous cas très sombre, et des brumes se sont détachées des formes et des murmures... J'ai cru voir un monstre, mais j'étais fascinée. Et le feu est arrivé, c'était... D'un coup, tout qui se déchaînait ! Et la mer restait calme. Vraiment, j'en ai leur cœur battant chaque fois que je songe à ce voyage, de l'embarquement au moment où j'ai failli me noyer. » Avec une sincérité qui aurait fait hurler à mon vieux maître Mainate que j'étais définitivement sotte, j'affirme. « J'aimerais tellement naviguer encore ! Je pourrais passer ma vie en mer. Et si c'était avec toi, je serais la femme la plus heureuse du monde ! » Et je ris, toute joyeuse, toute sincère, les gestes amples et le cœur emballé par mon récit récent. Oui j'ai frôlé la mort, et les autres des miens se sont laissés emporter par une caresse plus appuyée. Oui, certes ; je suis incapable pourtant d'y voir la moindre laideur. C'est la mer, c'est l'océan, je ne peux qu'en être transportée de ravissement. Mon devoir envers les miens est de porter leur souvenir, pas de mourir de chagrin – j'en serais incapable. Je conçois que ça paraisse étrange, mais j'ai toujours été heureuse, même dans les situations affligeantes. Mais je suis en vie et presque en mer. De quoi pourrais-je rêver de mieux ? J'agrippe un troisième linge, les mains déjà douloureuses, et le rire clair. A la fin du baquet d'osier, je saignerai sans doute un peu.
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Message Mar 19 Fév 2013 - 19:16

Cybeline rougit légèrement, mais Moïra le relève pas. Elle est bien placée pour savoir qu'il arrive fréquemment que l'on soit gêné par une phrase ou un comportement. Dans le cas de la Fer-née, ce n'est guère parce qu'elle est facile à effaroucher, mais simplement parce qu'elle a une tendance certaine à dire ce qu'il ne faut pas au moment où il ne le faut pas. Les paroles qu'elle prononce alors sont parfaitement logiques, la Merlyn se voit mal demander à la captive de mentir sur son passage ici. Puis pourquoi le ferait-elle ? La rousse ne voit aucune raison évidente, le propriétaire de la belle étrangère n'a rien à reprocher à la maison Merlyn, pas plus qu'il n'a de griefs contre la pie voleuse qu'elle est, il n'y a donc rien qui puisse justifier un mensonge. Les hommes sont jaloux c'est un fait, cependant ils ne le sont que d'autres hommes. Moïra n'a rien qui puisse porter préjudice à la jolie Cybeline et à moins que son capitaine – comme elle se plaît à l'appeler – ne soit très possessif, il s'estimera certainement heureux de savoir que la jeune femme n'est pas repoussée par tout le monde. Cela dit, la Merlyn ne connaît pas suffisamment ce Harloi pour jurer qu'elle est dans le vrai. L'avenir le leur dira. D'un ton assuré, elle tient à rassurer sa compagne de labeur.

« Ne t'inquiète pas, je ne te demanderais pas de mentir pour si peu. Puis je doute qu'il puisse être jaloux d'une autre femme tout de même. Ce n'était pas comme si j'essayais de te débaucher. »

L'idée est aussi improbable qu'étrange, un Fer-né ne peut voler une femme à un autre homme, qu'en la prenant par le sang et par le fer. Si elle était née homme, peut-être que la Merlyn se serait laissée persuader – par sa propre conscience – de la faire sienne, mais ce n'est pas le cas, il est donc inutile de perdre son temps dans de telles réflexions. La nature est bien cruelle, à moins qu'il ne s'agisse du Dieu Noyé ?
Cybeline s'occupe des habits avec une habitude qui montre clairement qu'elle l'a déjà fait très souvent. Moïra reporte son attention sur le vêtement dont elle s'occupe, sentant l'eau froide – pour ne pas dire glaciale – lui rendre les doigts presque insensibles. Ce n'est pas sans raison que son corps est aussi abîmé par les éléments, que ce soit l'eau froide ou tout simplement le vent chargé de sel. Elle n'a rien d'une dame et dans un sens, si elle ne portait pas sa robe qui, même en étant austère, reste plus habillée que celle d'une roturière, elle aurait l'air d'une servante du coin.

Après avoir délogé un bouton de l'habit dont elle était en charge, la captive reprend la parole afin de faire savoir à son interlocutrice qu'elle partage sa chambre avec deux autres servantes. Certainement des captives elles aussi, les Fer-nés qui travaillent pour les nobles rentrent chez eux le soir. Mais vu la description que Cybeline fait de ses compagnes de chambre, il n'est pas compliqué de comprendre qu'elles ne doivent pas être suffisamment jolies pour obtenir le statut de femme-sel. Au moins ne sont-elles pas mesquines avec la petite nouvelle, c'est une chose qui rassure et réjouit Moïra. Cette dernière a son regard dirigé vers le vêtement qu'elle met de côté avant d'en prendre un nouveau dans le panier pour recommencer les opérations précédemment effectuées. Arkha arrive alors au centre des conversations et la rousse n'est pas réellement surprise d'entendre Cybeline lui expliquer qu'elle l'a rencontrée sur le boutre de son capitaine lorsqu'elle était venue lui apporter de quoi se sustenter. Au fond d'elle, la Merlyn n'a jamais réellement compris pourquoi est-ce que des femmes tiennent à devenir marin sur les boutres des hommes. Sur le boutre d'une femme, oui, pourquoi pas ! Mais les hommes ne pensent qu'à rabaisser celles qui peuvent se hisser à leur hauteur et il est donc fort probable que la Kenning soit victime de ce machisme. Cela dit, Moïra a cru comprendre que le propriétaire de Cybeline est aussi le cousin d'Arkha, de l'autre côté donc, peut-être que cela lui confère un traitement de faveur ? L'esprit chargé de réflexions, la Fer-née écoute avec attention tout ce qui lui est dit avant de briser à son tour le bruit du clapotis de l'eau pour répondre d'un ton toujours convaincu.

« C'est une bonne chose que tu te sois trouvé des amies. Elles seront là pour t'aider à tenir lorsque l'humeur ne sera pas forcément au beau fixe. J'espère que cela n'arrivera jamais, mais je sais que les hommes d'ici sont très colériques et s'emportent facilement. Tu as l'air empathique, je suis sûre que si ton capitaine ne va pas bien, tu seras comme lui. » Peut-être se trompe-t-elle, elle ne la connaît pas réellement après tout. Mais Moïra sait que le Harloi n'est pas apprécié et qu'il n'aura personne sur qui s'appuyer si les choses se gâtent pour lui. « Et Arkha est une femme agréable. Je ne la connais pas vraiment, mais je sais qu'elle est très proche de Gabriel et lui c'est un homme avec un très bon fond. Donc s'il l'apprécie, c'est qu'elle doit être une bonne personne. »

Le sujet de Gabriel lui donne d'ailleurs envie d'en parler avec Cybeline, mais elle se tait pour le moment, préférant attendre d'entendre la fin de leur discussion actuelle. Elle aimerait beaucoup voir les deux jeunes gens ensembles, mais pourtant, quelque chose lui murmure que ce n'est pas une bonne idée. Doit-elle l'écouter et se taire, ou céder à ses envies pour essayer d'approcher deux âmes aussi sensibles ? Chaque fois que son regard se pose sur Cybeline, Moïra ne peut s'empêcher de penser au roturier. Étrange affaire que voilà.
Toujours concentrées sur leurs vêtements, les deux femmes continuent à bavarder alors que la nouvelle venue explique qu'elle a voyagé sur un voilier avec son oncle, certainement décédé à ce jour d'ailleurs, puis elle enchaîne en expliquant qu'il s'agissait là de son premier long voyage. Un mince sourire se peint sur les lèvres de la rousse qui songe qu'elle a certainement dû faire le plus long de toute sa vie. Il est peu probable qu'elle reparte un jour des Iles de Fer, à moins que son maître ne la prenne en pitié et ne l'envoie au loin ? Peu probable, pitié et Fer-né ne sont pas compatibles. L'amour que Cybeline porte à la mer se manifeste une fois de plus alors qu'elle confesse le désir de vouloir reprendre la mer un jour, même si c'est malheureusement une chose peu envisageable. La dernière précision que la jolie brune ajoute ne manque pas d'enchanter Moïra qui lève les yeux vers le visage riant de son interlocutrice, sincèrement touchée.

« Tu es gentille de dire une telle chose. Je serai contente si un jour nous avons l'occasion d'aller sur un boutre ensemble ! » Elle inspire profondément, gonflant sa poitrine, avant d'expirer tout l'air qu'elle a dans ses poumons comme si elle cherche à expulser quelque chose. « En réalité je crois que j'ai dû moins naviguer que toi dans ma vie. C'est étrange sachant que je vis sur une île, mais mes frères et mon père n'aiment pas m'avoir sur leurs boutres, du coup je passe le plus clair de mon temps dans notre tour. » Elle lève les yeux au ciel pour constater que le soleil est toujours aussi timide. « Mais je te promets qu'un jour nous pourrons faire un voyage ensemble ! Que ce soit sur le boutre de ton capitaine, ou sur celui de mon frère pourquoi pas ! » Même s'il est fort probable que le capitaine de Cybeline n'accepte pas de la laisser montrer à bord du boutre d'un autre. « Ou sur celui de Gabriel. Tu te souviens de lui ? Il était au rassemblement. » Elle penche la tête sur le côté, sondant le regard de sa compagne de labeur, avant de continuer son nettoyage. « Il a un joli petit boutre, pas très grand, mais suffisamment pour pouvoir accueillir deux passagères j'en suis certaine. En plus il a l'air de bien t'apprécier, je suis sûre que nous pourrions lui demander. »

Moïra n'essaye pas de persuader Cybeline de quoi que ce soit, elle réfléchit simplement à un moyen de réussir à mettre la demoiselle sur le pont d'un boutre. Mais elle se souvient pourtant de l'affrontement entre Gabriel et le propriétaire de la captive, sachant parfaitement qu'ils ne se portent pas dans leurs cœurs. Des affaires d'hommes, ils sont stupides, tous autant qu'ils sont ! Gabriel est trop sensible, ou l'autre trop insensible peut-être. Difficile de dire à qui incombe la faute. Se mordillant la lèvre inférieure, la Merlyn fronce les sourcils.

« N'as-tu pas peur de ton capitaine ? C'est lui qui a mis le feu, c'est lui qui t'as enlevée. Je comprends que tu ne sois pas triste d'être ici comme la mer est à tes côtés, mais avoir peur d'un homme qui donne la mort sans sourciller, c'est compréhensible. » Elle glisse son regard vers le minois de la jeune femme avant d'ajouter, avec un sourire. « Tu m'intrigues. Je me demande comment j'aurais réagi à ta place. Peut-être que j'aurais préféré sauter du bateau qui m'enlevait pour pouvoir rejoindre la mer. » Elle inspire une fois de plus. « Comment s’appelle ton oncle ? »

S'appelait plutôt, sauf qu'aux yeux de Moïra, une personne ne meurt que lorsque plus personne ne pense à elle et il est évident que Cybeline n'est pas dans ce cas.
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Message Mer 13 Mar 2013 - 22:32

Le froid est cinglant et je commence à ne plus sentir mes genoux. Le bout de mes pieds me chatouille, quant à mes mains, si elles ne sont pas encore tout à fait insensibles, c'est bien parce que je ne cesse de les agiter. Elles me font mal, mais je connais ma peau ; elle est trop épaisse et rugueuse pour qu'elle risque de se fendre déjà sous ce travail, et quand elle le fera – parce qu'elle finira par le faire, l'eau est trop glacée pour espérer le contraire – le froid empêchera le sang d'aller trop loin et trop fort. Je suçoterai mes jointures et ça ira. Quand j'étais toute enfant, ça m'était arrivé plus d'une fois et le plus gênant n'était pas la douleur quand je dépliais la main ensuite, mais bien le fait de tacher des vêtements que j'étais censée rendre propres. La peau des enfants est trop fine et leur sang trop clair, si j'ai des filles un jour, je leur enseignerais la couture ou la cire plutôt dans leur jeune âge. Les piqûres et le feu tanneront leurs mains mieux que le ménage. Moïra me dit de ne pas m'inquiéter, qu'elle ne me demandera pas de mentir ; la chose finit de me rassurer quant à nos rencontres présente et avenir et mon souci déjà bien léger s'envole avec une nouvelle bourrasque. Lorsque vient le sujet de mes compagnes de chambrée, elle m'affirme qu'il est bon que j'ai trouvé des amies ; si le mot me plaît, il me fait méditer aussi. Sont-elles réellement des amies ? Je ne sais pas. Si nous ne dormions pas ensemble, je ne leur parlerais pas, sans doute. Pas par dédain, mais par prudence, et parce que mon Capitaine m'a fait comprendre qu'il préfère largement qu'il en soit ainsi, pour moi comme pour lui. J'ai toujours eu un naturel docile – que ce soit une faute ou pas, je ne sais pas m'imposer, et préférerai toujours convaincre par le temps et la prévenance que par une violence qui m'a toujours été contraire.

Ma Fer-Née évoque Gabriel de nouveau, et repassent devant mes yeux haches et mots aigres, regards qui s'affrontent, hostilités qui se montrent. Je fais mine de rien, et poursuis sur ma lancée, mais sitôt que je me tais, les images reviennent, ainsi qu'une odeur faible de sang frais. Moi qui viens de saisir un nouveau linge, le troisième que je nettoie, j'esquisse un sourire faible avant de tourner mes yeux et mon minois vers le vêtement rêche, à l'odeur passablement infâme. Fort heureusement, l'eau est très froide et la fragrance des tissus, toujours plus intense lorsqu'ils sont moites, n'en est pas trop renforcée. Elle est assez incommodante pour que j'en plisse le nez et que je le secoue dans l'espoir mince de voir le parfum acre s'évader au devant de moi. C'est une chemise de corps ; je crois que celui qui le portait a régurgité quelque chose dessus. Au moins en ai-je oublié le souvenir de la blessure de Sargon. Moïra me surprend, ensuite, alors que je me bats contre le vêtement raide, essayant de le plier, de le froisser, de le tordre pour le débarrasser du plus gros des saletés sans m'en coller sur les doigts : ma compagne de lavage m'avoue qu'elle a très peu navigué. J'en suis marrie pour elle, et la chose doit se voir : yeux arrondis, sourire tombé, j'inspire de l'air pour le rejeter dans une exclamation faible et muette. Comme elle doit se languir, seule dans sa tour, pendant que ses frères naviguent, vont, viennent, et vivent ! Alors qu'elle doit seulement les observer. Je n'ai jamais été jalouse de mon oncle lorsqu'il partait en mer , nous embrassant ma mère et moi avant d'aller retrouver son épouse d'écume et de dangers, mais comme j'aurais voulu l'accompagner à chaque fois ! Comme j'aurais aimé vivre à même une coquille de noix et ne jamais quitter les vagues. Moïra lève les yeux au ciel et s'interrompt là pour me jurer que nous voyagerons de concert elle et moi, aussi ne fais-je pas d'autres commentaires que de plonger la chemise dans une eau légèrement plus profonde, pour qu'elle finisse de s'alourdir d'eau comme pour pouvoir serrer mes deux mains au devant de moi. « Ce sera fantastique ! » Pas serait, sera : je n'en doute pas. Que ce soit demain ou dans une génération, je sais que nous le ferons, que Moïra tiendra parole. Je n'ai besoin d'aucune preuve pour cela.

Elle reparle à nouveau de Gabriel ensuite, et cette fois, je n'ai pas le réflexe de détourner le regard, aussi doit-elle voir toute la gêne dans mes yeux et la touche de peine confuse que mes lèvres soulignent. A sa question, je hoche la tête – oui, je me souviens très bien de lui – et lorsqu'elle annonce qu'il semblerait qu'il m'apprécie, je rougis faiblement, lançant mes mains à l'assaut du vêtement couvert d'immondice, maintenant bien humide. Je m'apprête à répondre, mais ce qui sort de mes lèvres est d'abord un petit « erf ! » de bon aloi, tandis que je lâche le tissu épaissi pour éponger vivement ma main dans l'eau. Je l'ai agrippée en pleine tâche, et elle est redevenue gluante. Après un petit rire écœuré, je reprends la chemise, ainsi que le cours de la conversation ; la teneur de mes propos étouffe bien vite l'amusement infantile que je viens d'exprimer. « Je ne sais pas si mon Capitaine aimerait que je revoie beaucoup Gabriel. » Je froisse le linge, l'étire et, prenant un bout de la chemise, j'en frotte le centre de la tâche. L'eau se colore vite. « Je ne sais pas ce qu'il y a eu entre eux, ni ce qu'il pourrait encore y avoir... Mais je crois que ça leur est douloureux pour tous les deux. Je ne veux pas réveiller tout ça. » Je lui glisse un regard légèrement interrogatif. Peut-être sait-elle quelque chose à ce sujet, et peut-être n'aurais-je pas à demander quoique ce soit pour savoir et mieux me comporter ? Je ne veux pas être indiscrète, ni voler le passé des personnes qui commencent à m'être si chères, mais je ne veux tellement pas blesser que je pourrais peut-être commettre ce petit péché pour ne pas commettre de faute douloureuse...

Je soulève le vêtement dans une pluie d'eau à l'allure douteuse, que le vent emporte loin de nous, quand Moïra change de sujet. Malgré son expression plus fermée, la mienne est libérée, à la fois curieuse, intriguée et sûre : si elle parle de Sargon, elle parle de quelque chose qui me réchauffe le cœur. A sa question, je souris, largement, à ses pensées, je ris légèrement. Et je m'ouvre à elle sans détour. « J'ai eu peur sur le boutre, oui. Mais pas de lui. » L'eau avale de nouveau le linge à l'aspect moins irrégulier et moins répugnant. Je le pétris avec application, ce qui interrompt le flux de ma voix de quelques soupirs forcés. « Il y en avait un, hm. Oui. Il m'a regardée comme si. Hm ! Comme s'il allait me dévorer vivante. J'ai eu très peur. Au point que je, hm ! Me suis offerte à l'eau. » Je replonge dans mes souvenirs, et dans cette eau glacée, violente, pleine de sang dans mon esprit. Je ferme les yeux pour les rouvrir sur ce qui m'entoure, ces roches dénudées, ce vent salin, mon amie Fer-Née. Et je souris à tout, avec candeur et joie. « J'aurais pu me noyer, mais... Je ne le voulais pas. Je voulais vivre, pas mourir, pas tout de suite... Il fallait que je prie, pour tous ceux qui avaient déjà été tués à bord. Pour les miens, pour que quelqu'un, au moins, se souvienne d'eux, et qu'ils n'errent pas dans l'onde sans aucune lumière pour les guider. Quand j'ai vu le navire qui flottait, encore proche, mais lointain, les vagues me rapprochaient. Et quand je m'y suis agrippée, il m'a tendu la main. » Je plisse les yeux, me penche sur mon labeur, avec l'expression sereine de celle qui est sincèrement heureuse de son destin. Je souffle avec douceur, profitant que le vent se taise un instant. « Je leur devais, même si ça allait être difficile. Je... Sais qu'ils sont bercés par l'océan. Je sais qu'ils trouvent le repos. J'ai encore des offrandes à faire, j'ai encore des poèmes à leur dire... Mais ils seront apaisés, et bien. Quant à moi... » Je lui adresse alors une expression de joie immense, qui ne s’embarrasse ni de violence, ni de grands éclats. Sa dernière question me tire une bouffée d'affection reconnaissante, et j'ai envie de l'embrasser soudain. Je le ferai sans doute, une fois que j'aurais les mains moins sales et les bras moins chargés. « Garalt. Mon oncle s'appelle Garalt. » Je le confesse avec un plaisir évident, que je ne cherche pas à cacher. « Oh tu lui plairais beaucoup, j'en suis certaine ! En fait, je crois qu'il ne te manque qu'une bière à la main et... Tu incarnerais son idéal. » Mon rire s'élance, vivant et fort. Comme je me sens bien, là, maintenant. Je n'échangerai ma vie contre aucune autre, pas même celles brillantes et confortables des bonnes gens dont je recousais les manches et lavais les effets jadis, pas même celle que j'avais, auprès de Maître Mainate.

Un souffle d'air plus froid que les autres s'engouffre sous ma robe, me faisant frissonner de tout mon long. Je me rassois mieux, reprend une inspiration, tâchant de chasser les voiles de mon imagination qui ne veut rien faire d'autre que de s'enflammer encore et aller vagabonder au loin. Mes yeux reviennent sur ma compagne de labeur et je crois bien qu'ils trahissent aisément l'étreinte que j'ai envie de lui offrir. A défaut de le faire, je lui glisse une confession émue. « Je sais que beaucoup de gens trouvent ça un peu idiot, mais... Ah, je ne sais pas trop comment le dire. C'est un peu comme si... Les courants m'avaient guidée ici, et j'aurais fini par vivre parmi les Fer-Nés, quoiqu'il arrive. Non, je n'ai pas peur, parce que... Parce que c'est ce que je devais faire, et que je suis... Oui, je suis bien, ici. » Peut-être ne suis-je qu'une imbécile, peut-être suis-je effectivement cette idiote naïve que certains m'affirment voir en moi mais, si c'est là le prix du bonheur, je laisse l'intelligence à ceux qui embrasse le malheur, et je servirais toujours avec joie.
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Message Ven 15 Mar 2013 - 14:23

Le sujet de Gabriel ne semble pas beaucoup enthousiasmer Cybeline. Moïra ne manque pas de remarquer la gêne qui se dessine dans ses yeux lorsqu'elle essaye de détourner le regard. Peut-être est-ce le souvenir de leur « dispute » à tous les deux ? Certainement. Pour une Fer-né, de pareils comportements sont parfaitement normaux, mais il reste envisageable que pour une étrangère, de telles traditions puissent apparaître comme étrangers et inquiétantes. Le rougissement qui se dessine sur ses joues est aussi charmant qu'amusant : tant de délicatesse et de naïveté – si tant est que l'on puisse appeler cela de la sorte – est réconfortant. Apparemment Cybeline semble décidée à faire tout ce que son capitaine lui ordonne. Dans le fond, c'est peut-être une bonne chose. Un homme dominateur a besoin d'une femme soumise. Nul doute qu'avec un caractère plus imposant, la captive aurait pu mal finir. Puis Moïra n'aurait certainement jamais eu envie de l'aborder. Les femmes trop caractérielles la font fuir. Elle n'est pas au courant des problèmes qui lient les deux hommes et certainement qu'elle ignore aussi les liens qu'ils ont. La Merlyn n'est pas très au fait des choses qui se passent sur les Iles de Fer pour la bonne et simple raison que tout ceci ne l'intéresse pas franchement. Cependant, afin de faciliter peut-être un peu la vie de son amie – car elle la perçoit comme telle – la rousse tente de faire un effort.

« Ils ont beaucoup de problèmes, surtout depuis quelques temps je crois. Je ne connais pas ton capitaine, mais Gabriel si. Des deux je crois que c'est lui le plus à souffrir de cette situation, il a beaucoup de sentiments enfuis que ton capitaine s'amuse à mettre à mal. » Le ton est lourd de reproches. « Ce n'est pas un très bon homme je pense. » Même si elle est consciente que la jolie captive lui est apparemment plus attachée qu'elle ne le penserait. « Tu sais qu'ils sont frères ? Enfin, pas vraiment. Le père de ton capitaine avait aussi des femmes comme toi et Gabriel est le fils d'une de ses femmes-sel. Donc ils sont frères, sauf que Gabriel n'a pas de nom. » Moïra ignore si Cybeline est au courant de ces choses. « C'est pareil si un jour tu as des enfants de lui, ils seront de son sang, mais n'auront pas droit à son nom. » Secouant la chemise qu'elle lave, Moïra garde ses yeux dirigés sur elle tout en bavardant d'un ton léger. « Je crois que ton capitaine est jaloux, il doit avoir peur que Gabriel souhaite lui prendre sa place. Il est plus apprécié que lui parce qu'il est moins du genre à provoquer les gens. » Elle soupire légèrement. « Et ici un homme détesté peut être renié au profit d'un homme plus apprécié, même si celui-ci n'est pas un noble. Je ne sais pas si c'est bien là le problème, je sais juste ce qui se raconte. » Secouant une fois de plus l'habit, elle conclut. « Tu pourras faire ce que tu veux, de toute manière ça ne sera certainement jamais pire que le point où ils en sont à présent. Ils étaient à deux doigts de se tuer l'autre soir. »

Le ton léger qu'elle emprunte peut avoir l'air décalé avec ses paroles, mais en réalité c'est surtout qu'elle n'a pas pour habitude de se montrer très expressive. Après avoir terminé de s'occuper de sa chemise, la jeune femme en attrape une autre tout en glissant son regard brun sur le minois de Cybeline. Celle-ci lui explique alors ne pas avoir eu peur de son nouveau propriétaire, même si son inquiétude était tout de même présente. Moïra n'arrive pas à se représenter ce que ce doit être que de se faire enlever et emprisonner par des hommes dont elle ne connaît rien. Certainement un moment très effrayant, mais pour des raisons bien diverses. Il est fort probable que la Merlyn regretterait simplement de ne plus voir ses îles qui, même si elles sont austères, restent le seul paysage qu'elle a véritablement connu tout au long de sa vie. La captive poursuit alors en expliquant qu'elle a décidé de sauter à l'eau après avoir croisé le regard d'un homme qui l'a effrayée. Certainement un marin de son capitaine qui devait voir en elle un bon moment à passer. Une bonne décision que la rousse approuve. Ainsi donc, c'est elle et personne d'autre qui a choisi son destin. Une bonne chose. Elle aurait pu se laisser couler et mourir pour échapper à la captivité, mais elle ne l'a pas fait et vit à présent la vie qu'elle s'est choisie elle-même. Puis le nom de son oncle arrive avant un aveux plutôt surprenant. Moïra ne peut s'empêcher de sourire en entendant Cybeline lui confesser qu'elle aurait plu à son oncle. C'est quelque chose d'aussi amusant que rassurant de savoir qu'elle pourrait plaire à des personnes d'ailleurs que des Iles de Fer ! Après un rire, la jeune femme se replace un peu mieux, puis enchaîne pour avouer son sentiment quant à cette nouvelle vie. Loin de trouver ceci idiot, la rousse s'empresse de répondre.

« Je ne trouve pas ça idiot, au contraire ! Tu connais le Dieu Noyé ? C'est lui que je prie, je suis certaine que c'est lui qui t'as poussée à approcher du boutre et à aller trouver ton capitaine. » Elle hoche la tête avec vigueur. « On dit de lui qu'il n'est pas croyant, mais comme tu avais envie de pouvoir prier pour les tiens et que tu étais dans la mer, sa demeure, peut-être que c'est notre dieu qui t'as entendue ? » L'idée ne lui semble pas si stupide ou irréalisable que cela au final. « Je suis certaine que c'est une bonne chose que tu sois ici ! J'en suis heureuse en tous les cas. Puis, d'après ce que tu m'as raconté, c'est toi qui as décidé de prendre cette vie. Contrairement aux autres femmes qui finissent ici, tu as choisi ton avenir alors peut-être que tu deviendras véritablement l'une d'entre nous. » Même si aux yeux de certains, les étrangers n'en sont pas, pour Moïra cela reste possible. « Tu sais, les femmes-sel ont de la chance d'un côté. Tu pourras donner naissance à des Fer-nés. Tu sais, il y a même des maisons nobles qui ont été créées par des enfants de captives. Peut-être que ton destin c'est de vivre une vie normale parmi nous ? » Se marier – d'une certaine manière – avoir des enfants, les élever, en somme la vie d'une femme comme on en trouve partout. « Je me souviendrai de Garalt alors ! Et en son honneur, nous prendrons une bière la prochaine fois que nous nous verrons, qu'en dis-tu ? »

Ce n'est pas un rite vraiment utile, mais c'est pour prouver à Cybeline qu'elle est ravie d'en apprendre autant sur elle. Les femmes avec qui elle s'entend sont rares sur ces îles malheureusement et par conséquent, Moïra n'est pas décidée à se laisser priver des gens qu'elle apprécie. Avec les femmes-sel, c'est souvent plus difficile. Elle pense notamment à celle du barbare qui sert de forgeron aux Fer-nés : elle rentrera chez elle si un jour la guerre se termine, mais pas Cybeline, heureusement ! Continuant son ouvrage, la rousse se penche doucement vers sa compagne de labeur, souriant sincèrement.

« De toute manière, je te considère comme l'une d'entre nous ! J'essayerai de venir souvent te rendre visite si tu le souhaites. Tu aimes les enfants dis-moi ? J'ai deux neveux, je suis sûre qu'ils s'entendraient bien avec toi. »

Il n'est pas sûr que Garth apprécie l'idée que ses enfants – et son héritier – traînent avec une captive, mais la rousse n'a pas l'intention de lui dire. Les enfants ont cela de bien qu'ils ne se soucient pas des détails de rang et c’est justement pour cette raison que Moïra les aime tellement.
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Message Mar 26 Mar 2013 - 2:31

Mes mains malaxent le tissu, mais mon esprit est tout aux dires de Moïra quand, suite à mon interrogation muette, ma Fer-Née s'ouvre à moi de ce qu'elle a appris sur mon Capitaine et ce Gabriel dont il ne semblait pas supporter la présence. Mes doigts s'enfoncent dans le linge humide et j'essaie surtout de ne plus les remettre trop profondément au milieu de la tâche qui se dilue difficilement, devenant gluante pour l'instant. Je ne peux m'empêcher de comparer cet ancien relent bileux à ce que je comprends de leur situation à tous les deux. Ainsi, ils sont frères, au moins à moitié. Comme c'est triste de se déchirer quand le sang nous relie. J'ai souvent vu ma mère et on oncle en désaccord, je suppose que, durant ces moments où ils me guidaient à l'écart en me commandant de ne plus écouter et de m'assurer d'être occupée, ils devaient avoir entre eux des mots que des oreilles d'enfant ne peuvent entendre ou comprendre, mais ils ne se déchiraient pas à ce point, et il y avait beaucoup d'amour entre eux. Je n'ai vu qu'une très ancienne et très fétide aigreur lier mon Capitaine et son frère, quelque chose dans lequel personne ne veut mettre les doigts, quelque chose qui répugne et qu'on déteste quand il est impossible de l'écarter. Et comment gommer de sa vie quelqu'un qui partage sang, père et racines ? J'en suis terriblement navrée pour eux deux. Pourrais-je y faire quelque chose ? Serais-je la main qui osera prendre le problème et se souiller des humeurs au passage, espérant laver ? En aurais-je la force ? En ont-ils seulement la volonté ? Je n'ai pas le droit de m'en mêler sans y avoir été invitée, et ils ne le feront sans doute jamais. Mon Capitaine refuserait que je m'en soucie, je le sais d'avance ; quant à Gabriel, je ne le connais pas assez pour espérer le deviner. Il a l'air doux, tendre, triste à la fois sous ses airs un peu rudes – celui que le vent et l'écume doivent donner. Je ne sais pas. C'est un peu trop compliqué pour mes épaules. Je me lave les mains dans l'onde encore une fois, puis reprends mon labeur, pressant et tordant les fibres qui rejettent une eau couleur rouille.

Je m'arrête de brasser le lin mouillé lorsque Moïra m'explique, à sa façon tranquille et lapidaire à la fois, que les femmes-sel sont aussi les mères des enfants de leur propriétaire. Je réalise soudain ce que Gencives cherchait dans mes jupons, ce que Merry voulait me faire avouer en me questionnant à propos des attentions de Sargon. Elles cherchaient, chacune à sa façon, la marque de l'homme sur ma peau. J'entrouvre les lèvres, hoche la tête à demi, surprise ; puis je ris légèrement, surtout de ma propre bêtise. Sincèrement, à seulement réfléchir à ce qu'on m'a dit et à la façon qu'on avait de me considérer, c'était assez évident que j'étais une captive privilégiée par rapport à une servante – et que ces privilèges sont le fruit d'une certaine attente. Ma Fer-Née me l'avait dit elle-même : il faut être jolie. Il faut plaire. Je rougis, un peu sottement. Je lui plais ? Je veux me gratter la joue, pour au moins tenter de camoufler cette réaction, mais l'état de mes mains m'y fait renoncer. Alors j'en reviens à ma rousse camarade de corvée, hoche docilement la tête à ses leçons, apprends encore davantage sur mon Capitaine et les coutumes de ces Îles auxquelles ma vie est maintenant vouée. Sargon est jaloux, dit-elle, et peu aimé ; je pense m'en être rendu compte moi-même assez vite. Et si jamais la chose m'avait échappée après avoir rencontré les servantes de Kenning, j'ai eu tout loisir de le réaliser au banquet qui m'a fait rencontrer Moïra. Elle conclut son enseignement sur une phrase qui tombe sur moi comme une sentence et un message soufflé par le destin. Ça ne peut pas être pire – pour deux du moins. Peut-être paierais-je cher de vouloir tisser de meilleurs liens entre eux. Mais très bien : lorsque j'aurai terminé de bercer mes morts, je me consacrerai à ces vivants qui m'entourent. Je dresse le linge pour l'examiner. Une pluie écœurante s'en écoule, il est très loin d'être déjà lavé.

A mes propres confessions au propos de mes croyances et de mon oncle, ma Fer-Né réagit avec une ferveur favorable qui gomme tout ce que mes pensées précédentes pouvaient avoir de lourdes ou de sinistres. A mesure que ses paroles s'ensuivent, mes iris s'enflamment, mon cœur s'agite, mes jambes veulent le suivre. Je ne brasse plus la chemise que par des mouvements désordonnés, sans plus regarder où je mets mes doigts et ce que je suis en train de frotter. C'est poisseux, bah ! Je me laverai une nouvelle fois. Lorsqu'elle évoque le Dieu-Noyé, je ne peux m'empêcher de hocher la tête plusieurs fois, et de lui répliquer aussitôt : « Oui, oui, Sargon m'en a parlé, » et aussi surprenant que soit ce fait, il est véritable. Mon capitaine avait jugé, lors de notre première discussion à Kenning, que le culte des lieux m'intéresserait. Il est très loin de s'être trompé : l'incarnation de la mer ne peut que m'amadouer, la conscience même de l'océan ne peut que m'appeler ; à l'idée d'en apprendre davantage sur la divinité, j'en ai les yeux brillants et le visage illuminé. Je l'écoute, plus qu'avide, ce qui doit être criant et que je ne songe pas un instant à masquer, chaque mot qu'elle me confie est roulé dans mon esprit comme un joyau rare. Si elle avait raison – et si j'avais été réellement bénie par Lui ! Est-ce donc possible ? Il faut que je le prie. Que je le remercie ! Ma famille a le sang de la mer, l'avais-je assez moi-même pour être choisie par Lui pour survivre sur les terres qu'il laisse émerger au milieu de sa demeure ? Je suis toute en joie lorsque ma Fer-Née me déclare, toujours de ce ton limpide qui semble proclamer des évidences pour lesquelles il n'est nul besoin de faire grand cas, qu'elle me considère comme faisant partie de son peuple. Elle évoque les enfants que je pourrais porter, et quand bien même je sais que Garalt n'en serait pas ravi, et que ma mère sans doute en serait affolée, je ne peux que sourire et soupirer à cette idée. Oui, à ce que je sais, peu de femmes seraient comblées à l'idée de tenir en leur ventre le sang d'un homme qui les a arrachées à leur existence passée ainsi qu'à leur famille, mais comme dit Moïra, cette vie, je l'ai choisie. Cette vie, je la désire ; ces enfants aussi. Je me mords l'intérieur de la lèvre, réchauffée depuis l'âme par cette nouvelle idée, et empressée par la hâte de retrouver mon Capitaine pour lui déclarer à quel point je veux, moi aussi, qu'il me fasse porter sa descendance. Il rira peut-être, parce qu'il n'a pas besoin de mon accord, je le sais, il me l'a dit pour tout, ce qui comprend aussi ceci, mais je veux le lui affirmer. Peut-être – peut-être – que cette assurance atténuera un peu sa jalousie.

A l'évocation de la bière à partager avec le souvenir de mon oncle, je n'en peux plus, j'éclate de rire. Le son s'envole, rebondit, percute la roche, repart ; j'ai dérangé un oiseau qui s'éloigne. Je tousse un peu, glousse de nouveau, reprends alors, les joues chaudes, l'âme brûlante, les prunelles pleines d'amour. « Ce serait vraiment avec joie et plaisir. Je crois que ça lui fera autant plaisir à lui qu'à moi. Et, si tu veux bien... » Mon ton hésite, mais j'ose, poussée par le feu de ferveur qu'elle a allumé en mes entrailles. « Tu me parleras du Dieu-Noyé, après, et non loin. Je suis sûre que Garalt aimera entendre lui aussi. J'aimerai tant en apprendre sur le dieu des océans. Et pouvoir le prier, moi aussi. Lui chanter des dévotions. » Je m'interromps encore, reprends sur le même ton. « Les miens ont toujours été proches de la mer. Si ça se trouve, nous étions un peu ses enfants nous aussi, sans le savoir. Et mon arrivée ici n'est qu'un simple retour. » Je contemple le ciel voilé, la terre désolée, écoute la rumeur vague de l'écume qui brasse les galets, loin de nous. Je suis persuadée d’appartenir à ces lieux. Je suis chez moi, je suis bénie. Je suis gâtée. Comment oserais-je, comment pourrais-je seulement me plaindre de la moindre chose ?

Je replonge mes mains douloureuses dans l'eau glacée et sale avec une gratitude immense. J'aimerais prier immédiatement. Moïra se penche sur moi, alors je me redresse un peu, tendant mon visage vers le sien comme pour recevoir un murmure soufflé du bout des lèvres de sa part ; elle me redit que je suis des leurs, qu'elle reviendra, puis me fait l'honneur de vouloir me présenter ses neveux. Je rosis de plaisir encore, et très spontanément, j'étire davantage l'échine et la gorge pour déposer l'ombre d'un baiser sur la joue de Moïra, et je lui glisse dans un chuchotement empressé, gonflé par le rire de bonheur qui résonne en moi et que je contiens pour mieux le savourer. « Bien sûr que je le souhaite ! Et, oui, j'aime beaucoup les enfants. Je rêve d'en avoir, depuis toute petite ! Ma mère n'a eu que moi, j'ai toujours trouvé ça... Un peu dommage. Un peu triste. J'en voudrais au moins trois. Si ce n'est pas quatre ! Et cinq si je le peux. Il y a... Il y a toutes les lumières du monde dans les yeux d'un enfant heureux. Ce sont ces moments qui me font me dire qu'aucun malheur n'est important. Aucun, parce qu'au milieu d'eux, il y a ces instants. Alors je les chéris, et le reste n'est pas grave. Il suffit de regarder l'océan. Il lave tout, les roches, les falaises, le rebord de l'horizon, et tout ce qui existe. Il suffit de bien serrer sa joie entre ses mains, et on est bénis. » Je ris encore. Je secoue la tête, baissant les yeux sur mon labeur. La tache n'est plus qu'une ombre. J'en souris de plus belle. « Je m'emporte un peu. Mais c'est ce que je crois, et ce que j'essaie de faire autour de moi. Je ne suis pas une guerrière, ni une sage. J'essaie juste d'apporter un peu de réconfort. Une petite lumière, comme les chandelles que je fais. Tu en voudras une ? J'en fondrai volontiers, pour toi. » Je la considère de bas en haut, me concentre, fronce les sourcils, pour déclarer soudain avec une voix pleine de joyeuse expectative. « Je sais ! Je pourrais trouver un peu de limaille de fer. Ça pétille quand ça se consume, si elle est très fine. Ça colore le feu. Oh, je crois que ça pourrait te plaire. » Je me tais un instant, pousse la chemise dans une eau plus profonde, voulant la laisser encore dégorger un peu. Je tire à moi une nouvelle pièce de vêtement, c'est un pantalon assez haut et étroit. Il est légèrement décousu en quelques endroits, je l'inspecte en regrettant de ne jamais avoir été excellente en couture. Je réalise, avec amusement : c'était peut-être là un nouveau signe de ma nature plus fer-née, moi aussi, que réellement extraite de Lorath. Je plisse le nez et glisse vers celle que je considère tout à fait comme mon amie, et pense d'ailleurs le sentiment parfaitement réciproque. « Et toi ? Combien veux-tu d'enfants ? Est-ce que tu imagines déjà leurs visages ? » Moi, oui. Mais avec ce que je sais, à présent, ces rêves appartiennent aussi à Sargon. Il faudra que je les lui confie d'abord à lui.


Dernière édition par Cybeline le Lun 1 Avr 2013 - 1:28, édité 1 fois
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Message Mer 27 Mar 2013 - 23:27

Apparemment le Dieu Noyé ne lui est pas inconnu et c'est tant mieux. Moïra, en fervente croyante qu'elle est, apprécie toujours de voir que d'autres s'intéressent aux mêmes choses qu'elle. La rousse agite son habit, l'enfonce sous l'eau en observant les petites bulles qui remontent à la surface jusqu'à ce qu'elles cessent. Après quoi, elle secoue le tout et recommence son manège depuis le début. C'est assez fatiguant et ses doigts protestent en raison de la fraîcheur de l'eau, mais elle s'amuse bien en compagnie de la jolie Cybeline. Les tâches les plus difficiles deviennent supportables lorsqu'elles sont effectuées avec des personnes que l'on apprécie. Le rire de la jeune femme se fait finalement entendre lorsque la Fer-née parle de la possibilité qu'elles puissent partager une bière et Moïra songe que c'est certainement la première fois qu'elle entendu une « captive » rire avec autant de sincérité. Mais est-ce qu'elle peut encore considérer Cybeline comme telle alors même que la jeune femme a l'air aussi « chez elle » que n'importe quelle Fer-née. Peut-être pas. La Merlyn se note dans un coin de l'esprit qu'il faudra corriger ce tic de langage pour considérer la demoiselle comme l'une d'entre eux.

La jolie domestique avoue alors son désir d'apprendre à connaître davantage cette divinité dont elle entend tant parler. Un sourire se dessine sur les lèvres de la jeune femme, ravie à l'idée de pouvoir discuter de ce sujet qui la passionne autant et surtout, qui sera synonyme de nouveau moment à passer entre elles. L'idée lui plaît oui ! Quant aux dernières paroles de Cybeline, Moïra ne peut que répondre d'un hochement de tête vigoureux, accompagné d'une légère secousse dans son habit qui semble refuser d'obéir à ses gestes pour le débarrasser des saletés qui y sont incrustées.

« Je ne crois pas que le Dieu Noyé ne soit qu'à nous. Il vit sous l'eau, dans la mer, pourquoi est-ce qu'il ne serait qu'atour des Iles de Fer ? La mer, elle est partout, chez moi, chez toi. Chez nous ! » Le ton est aussi assuré que si elle était en train de lui dire que le ciel est bleu et que la pluie mouille. « Je te parlerai du Dieu Noyé, puis aussi du Dieu des Tornades ! C'est son ennemi, il n'est pas très apprécié en général. D'ailleurs, tu le connais un peu ! Le blason de la maison Kenning porte un signe du Dieu des Tornades. » Elle rigole légèrement. « C'est amusant que ton capitaine vive là-bas alors qu'il fait tout pour être opposé au Dieu Noyé. » Il est vrai que la similitude a de quoi amuser. Moïra l'est du moins. Elle pencha la tête sur le côté, glissant son regard de l'habit humide jusqu'au visage de Cybeline. « Tu pourras prier pour lui. Peut-être que le Dieu Noyé entendra les prières que tu adresseras pour ton capitaine. Je prie toujours lorsque Garth et mes frères partent en raid, je lui demande de veiller sur eux et sinon de les accueillir comme il se doit sous la mer ! Je suis certain que mon frère a hâte de rejoindre les sirènes. » Après ces quelques paroles, sa bouche forma un « O » de surprise alors qu'elle précise sa pensée. « Si les Fer-nés ont si peu de craintes quant à la mort, c'est parce qu'on dit qu'au décès d'un guerrier, les sirènes viennent le chercher pour l'emmener dans la demeure du Dieu Noyé où il passera tout le reste de sa.... mort, à ripailler avec les belles sirènes. Pas étonnant qu'ils veuillent tous se battre ! » Elle rigole une fois de plus. « Mais comme ton capitaine t'a toi, il n'a pas de raison de vouloir aller voir les sirènes. »

Un léger clin d’œil adressé à l'attention de Cybeline avant qu'elle ne se concentre à nouveau sur son nettoyage. Quelle tâche difficile ! La Merlyn en vient à espérer que le propriétaire de la demoiselle à ses côtés va considérer qu'elle est plus utile ailleurs qu'à s'abîmer la santé à travailler aussi rudement. Il faut veiller sur les beaux objets brillants, sans quoi ils finissent par se polir et perdre tout leur attrait. Mordillant sa lèvre inférieure, Moïra songe à diverses choses avant de se pencher vers sa compagne de labeur qui semble apprécier cette petite attention. La manière dont elle redresse la tête lui fait penser à celle qu'une petite sœur pourrait avoir et cette constatation lui plaît beaucoup. Quant à la bise qu'elle dépose d'un frôlement de lèvres sur sa joue, c'est une raison de plus pour la rousse d'avoir envie de passer plus de temps avec elle. Ainsi donc, elle aime les enfants ! Cette annonce enchante Moïra qui ne cache pas sa joie en arborant un large sourire avant de secouer son linge pour le débarrasser du plus gros de l'eau absorbée avant de l'essorer comme elle le peut. Cybeline continue, dévoilant ses désirs de mère. Trois enfants, c'est un bon début. Une famille nombreuse a toujours fait envie à la Fer-née qui a pris l'habitude de grandir entourée de beaucoup de monde. Lorsque la demoiselle lui propose si gentiment de lui confectionner une chandelle, la Merlyn lâche son linge sous le coup de la surprise pour joindre ses mains d'un air enchanté, puis elle se souvient qu'elle doit correctement travailler sous peine de poser des problèmes à l'artisane. Elle récupère donc son habit pour le secouer une fois de plus avant d'en changer. Arrive alors une dernière question à laquelle Moïra a une réponse bien précise. Elle y a tant pensé par le passé.

« Oh, j'en veux beaucoup ! Au moins quatre ou cinq, peut-être même plus si j'en ai la chance ! J'ai beaucoup de frères et j'aime ça, je veux que mes enfants puissent grandir avec beaucoup d'amis. » Même si l'entente entre ses frères n'est pas excellente, elle cependant s'est toujours bien entendue avec tous. « J'aimerais bien une fille, les filles apprécient plus les objets brillants. J'aimerais qu'elle ait de grands yeux, bleus pourquoi pas, comme la mer, c'est joli, tu ne trouves pas ? Gabriel a de beaux yeux d'ailleurs, tu l'avais vu ? » Des questions sans aucun lien, sans vraiment d'intérêt, mais les pensées de Moïra passent ainsi dans son esprit, sans grande logique. « J'imagine des visages joyeux, les traits.... Je ne sais pas. Des visages doux, comme le tien, ceux qui donnent envie de sourire lorsqu'on les voit, pas ceux qui sont toujours renfermés. » Elle inspire longuement avant de lever les yeux au ciel pour regarder les oiseaux. « Ton capitaine pourrait avoir un beau visage, mais il est toujours fermé, c'est dommage. Vous aurez de beaux enfants, j'espère qu'ils auront ton sourire sur leur visage ! » Parler de tout ceci ne la gêne absolument pas, tout est clair dans son esprit. « Il me tarde de pouvoir avoir mes propres enfants. »

Pourtant, avant il lui faut tout d'abord trouver un époux. Mais ce n'est pas encore fait et avec sa réputation, il n'est pas certain que cela se passe avant longtemps. L'homme n'entre pas dans ses plans, juste elle et ses enfants, lui n'est qu'une pièce rapportée sans visage particulier. Elle ne pourra pas choisir son époux, seul le seigneur d'une maison a son mot à dire et par conséquent, la rousse ne voit aucune raison de se soucier de ce détail.
Elle attrape une nouvelle chemise avant de l'immerger totalement sur l'eau, puis le temps qu'elle se gorge enfin, la rousse glisse à nouveau son regard vers Cybeline. Elle l'imagine en très bonne mère et espère pour elle qu'elle aura bientôt la chance de connaître la maternité. Les femmes douces sont rares sur ces îles, son capitaine peut s'estimer heureux. Par le passé, la Fer-née a entendu parler de captives qui s'étaient donné la mort avec l'enfant qu'elles portaient pour empêcher leur propriétaire de pouvoir élever leur rejeton. Ou pour ne pas avoir la honte de donner naissance à une chose qu'elles ne désiraient pas. La Merlyn n'avait jamais réussi à comprendre cela, le bébé n'y pouvait rien si le père était un être méprisable.

« Je serais ravie de pouvoir avoir une chandelle de ta part. J'aime passer du temps avec toi parce que tu es si agréable, ça me donne envie de sourire sans raison. Si tes chandelles sont comme toi, je suis certaine que tu devais être réputée dans ton île d'origine ! Tu n'auras qu'à me dire ce qu'il te faudra et je pourrai t'aider à tout trouver. » Son sourire s'accentue doucement. « Je sais me débrouiller pour trouver des trésors. » Et sa robe en témoigne, une sorte de tableau de chasse comme les guerriers qui gardent des objets des gens qu'ils ont battus. Inspirant longuement, elle reprend. « Tu n'es vraiment pas comme les autres. J'aime beaucoup ta manière de voir les choses tu sais. Habituellement, les femmes qui ne sont pas d'ici ne veulent jamais d'enfants. Elles détestent tellement l'homme à qui elles appartiennent que certaines vont jusqu'à mourir pour que l'enfant ne naisse pas. » Pour la première fois depuis longtemps, son ton est empreint de tristesse. « Je trouve une telle chose affreuse, les enfants ne devraient pas mourir, pas avant d'avoir pu vivre un peu. » Cette pensée fait naître autre chose dans son esprit et elle y vient donc naturellement. « Tu sais, à la naissance d'un Fer-né il est de tradition de noyer l'enfant pour qu'il connaisse le Dieu Noyé. Certains n'y survivent pas, mais je suis persuadée que les tiens en sortiront encore plus fort. Tu aimes trop la mer pour qu'elle puisse t'enlever tes enfants. »

La tristesse s'est envolée, il ne reste qu'une assurance inébranlable.
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Message Dim 5 Mai 2013 - 22:45

Les paroles de Moïra m’entraînent dans une danse sans fin de rêveries de plus en plus certaines, et de plus en plus heureuses. Lentement, avec douceur et cette évidence tranquille qui la caractérise, elle forge en moi des joyaux précieux : je suis une enfant de la mer, comme tous ceux qui ont lié leur sang à l'eau et, en tant que telle, je peux prier le Dieu Noyé, je peux l'entendre, je peux le comprendre. Ma mère malheureusement, d'aussi loin que je me souvienne, n'était pas de celles qui pouvaient percevoir dans le reflux des vagues un chant ensorcelant et fier, mais mon oncle était taillé dans l'écume et les coraux. Je tenais bien plus de lui que de mon père, et il m'a assez répété que je n'étais que de leur famille à eux, et pas de la moitié de celle d'un passant, pour savoir que ce qui coule en mes veines est plus salé que suave. Je n'ai de lui que ses yeux gris et le voile de mélancolie dans le sourire de ma mère. Je souris à ces pensées, je hoche la tête, gentiment, avec une docile abnégation, doublée d'une fierté qui m'enveloppe mieux qu'un manteau d'hermine. La coïncidence que ma Fer-Née pointe m'amuse autant qu'elle : il est vrai que le fait que mon Capitaine, si hostile à l'idée de prier le dieu des océans, se loge dans une maison frappée du symbole du dieu des Tempêtes a un petit quelque chose de prédestiné, comme un clin d’œil divin – ou un avertissement. Le dieu sait, les dieux savent tout, toujours, et s'ils ne font rien, c'est parce qu'ils attendent. Garalt me le disait toujours : les dieux sont dans les impressions, les diables sont dans les détails. Seuls les sages et les enfants savent faire la différence. Je ris plus franchement lorsque ma rousse compagne me compare aux sirènes, arguant que j'en vaux bien une et que mon Capitaine peut bien attendre de mourir. Je me demande si mon oncle ripaille déjà avec l'une d'elles – sans doute pas, pas tant qu'il n'est pas apaisé. Il ne peut pas aller errer en eaux assez profondes, il ne peut pas rire encore, pas assez pour être plaisant et pour charmer une de ces dames des ondes. Mais j'espère qu'elle sera délicate, celle qu'il se choisira, au milieu des tréfonds et des aïeux de ses anciens ennemis. Je pense qu'elle aura les cheveux auburn, et les yeux noisette. Je darde un regard appuyé à Moïra, écoutant le clapotis des linges qu'on lave frapper la mesure. Oui, elle lui ressemblera, à coup sûr.

Le sujet des enfants s'en vient et mes confessions semblent ravir ma compagne de labeur, ce qui m'aurait réchauffé encore le cœur si ce dernier n'était pas déjà en train de rôtir de bonheur. Sa joie illumine ses traits et rebondit sur mon visage, nos sourires se répondent, nos regards se comprennent : elle aussi m'avoue qu'elle en voudrait beaucoup. Une fille, au moins une, dit-elle, moi je ne sais pas. Je me vois sans peine entourée de garçons, bien qu'avoir une ou deux fillettes ne me déplairait pas. Je pourrais leur apprendre le chant de la mer, la délicatesse des coutures, la patience envers les hommes et le feu – les dompter est, je trouve, assez similaire – et leur confier des histoires en leur tressant les cheveux. Je leur chanterai la beauté du monde pour que la leur ne leur mange pas les yeux, je leur dirai tout ce qu'il y a de violence et de douceur à marcher comme une femme dans un monde d'hommes et, enfin, je les aimerai de tout mon cœur. Comme mes garçons, évidemment – mais mes petits bouts de Capitaine deviendront fatalement des guerriers, et je panserai leurs plaies davantage que je ne pourrais les cajoler, passé l'âge le plus tendre. Moïra suit ses pensées sans changer de timbre, mes songes rebondissent sur sa voix en se laissant bercer. Je hoche la tête à sa remarque, oui, bleu c'est joli, gris, c'est un peu étrange, et c'est moins marin, mais il pourraient tenir du ciel ou du fer ainsi. Peut-être mon aîné aura-t-il un regard de lame, entre l'acier qu'il aura hérité de moi et la dureté qu'il y a dans les iris de Sargon. J'aurais l'impression d'avoir donné un fils pour Crépuscule. L'idée m'est étrangement plaisante – cette épée n'est pas ma rivale. Elle est largement au delà de moi, je ne peux pas en être jalouse, mais j'en serais plutôt honorée. Les rats ne convoient pas les étoiles, les femmes ne peuvent espérer remplacer des lames. Je me perds trop loin dans mes pensées ; je cille, reviens à Moïra à laquelle j'offre mon plus beau sourire, les joues un peu rosies, alors qu'elle me flatte à ce propos. Je glisse, dans la même humeur légère et tranquille que celle dans laquelle semble toujours baigner l'âme de ma Fer-Née. « Je l'ai vu autrement, son visage. C'était rapide, et je crois qu'il n'aime pas montrer autre chose que cet air dur ou ironique. Mais il est vraiment beau, quand il sourit un peu... » Je n'aurais pas déjà rougi que je le ferais à cet instant. Je passe ma main humide, aux jointures sur le point de se fendre et de saigner, sous mon nez afin de cacher à demi ma gêne, même si je crois que ce geste ne fait que la révéler. Je suis consciente que la chose prendra du temps, et sans doute beaucoup, mais j'espère de tout cœur que Sargon finira par me vouer une bribe de confiance. Assez, en tous cas, pour qu'il se laisse aller à sourire vraiment en ma présence, et à ne pas me considérer comme quelque chose qui finira par le trahir. J'écouterai ses rêves le temps qu'il faudra, et j'affronterai les tempêtes de Kenning et de Harloi sans trop trembler jusque là.

Après un petit silence sans la moindre pesanteur, ma compagne de labeur me glisse que mon idée d'offrande à son égard lui ferait effectivement plaisir. Ah ! J'en suis un rien nerveuse dans l'instant, ce qui est idiot, parce que je l'ai proposé moi-même, mais j'ai aussitôt l'appréhension de la décevoir par une maladresse de ma part quant à la réalisation de la chandelle promise – je ne suis pas Mainate, je n'ai pas son art, et je ne peux m'empêcher de comparer les piètres figures que je produis avec les souvenirs des merveilles qu'il savait couler et faire luire. Moi, je fais des bougies, lui, il faisait danser des lueurs. Mais après tout ! Ce n'est pas dans la paresse et la frayeur que je saurais dompter quelques lumières, ne serait-ce qu'un instant de ma vie ; il me faudra prendre courage et me vêtir d'humilité. Je hoche la tête avec reconnaissance devant l'acceptation par avance de mon amie, avant d'ouvrir des yeux ronds devant son aveu d'affection, expression qui est vite remplacée par un ravissement des plus profonds, et des plus sincères, qui s'épanche tant sur mon front que mes lèvres. Non pas que la chose me surprenne – plutôt que je suis trop touchée par son allant pour ne pas en exprimer une bribe de choc bienheureux. C'est un beau cadeau qu'elle me fait, et très inattendu. J'hésite un peu, je m'agite un instant, je veux l'embrasser encore, j'ose lui frôler le bras de ma main très froide et un peu humide, et plutôt que de l'assaillir de mes lèvres, je viens apposer ma tempe sur son épaule et frotte la joue avec l'affection d'un jeune chat en manque de lait contre le tissu roide et un rien moite de sa robe. Je ne relève pas sa comparaison entre l'image qu'elle se fait de moi et mon talent pour les bougies, mais je bafouille un petit quelque chose de timide et de modeste, qui veut tenter de corriger gentiment ses espoirs sans toutefois les brusquer. Je ne parviens qu'à faire une soupe de « oh » et de « ben », et pour finir, je renifle un petit rire – encore un. Cette journée est joyeuse, sous ce ciel tourmenté.

Ma manière de voir les choses lui plaît – j'en suis bien entendu heureuse. Elle n'est pas la première à me dire que je ne semble pas voir le monde comme les autres le font mais, avec mon oncle et mon Capitaine, elle est la troisième personne à qui la chose semble vraiment convenir. La plupart de ceux que j'ai rencontrés jusque là semblaient dérangés par ma verve, ou dédaigneux de mes dires. Même mon maître Mainate, malgré toute la tendresse qu'il me portait à la fin de sa vie, soupirait souvent sur ma sottise indécrottable et mes songeries stériles, qui m'empêchaient de devenir « vraiment quelqu'un ». Cette remarque m'a toujours paru curieuse. Comment pourrais-je avoir l'envie de devenir quelqu'un si c'est pour être finalement une autre ? Enfin, la confession de Moïra à propos des captives et de leurs enfants coupe là mes souvenirs, et j'agite lentement la tête de gauche à droite, un bref instant dépitée. J'ai déjà entendu dire que la plupart des femmes amenées sur les Îles de Fer refusaient de donner la vie à l'enfant que leur maître avait mis dans leur ventre, mais à chaque fois que j'y songe, je sens un grand froid envahir le mien. C'est odieux, vraiment, de préférer périr à deux plutôt que d'être bénie de la vie. Je ne comprends pas ces histoires de déshonneur et d'infamie. « C'est affreux, oui. C'est le bon mot ! Comment peut-on préférer tuer son propre sang avant même d'avoir croisé son regard ? Comment peut-on haïr à ce point quelque chose venu de soi ? Il faut se détester beaucoup, je crois. Enfin... J'imagine. Je n'arrive pas à comprendre comment on peut faire ça. » C'est sincère : c'est au delà de mon esprit. Je ne suis pas la plus affûtée des finaudes des îles, mais même en forçant mon esprit à contempler ces idées horribles, je ne parviens pas à en dénicher le sens. J'aime trop la vie, sans doute, et j'aime déjà bien trop celle que je me veux porter bientôt.

Moïra reprend, et la tradition qu'elle me confie me fait de nouveau ciller sur des songes lointains. Noyer les enfants – ça me surprend. Je regarde la mer, imagine un instant l'un de mes petits y être plongés, comme moi je l'ai été avant d'être cueillie entre les flots – ça fait sens. Oui, ça fait parfaitement sens, j'ai été noyée, je suis baptisée, c'est... C'est évident. Comme tout ce que me confie ma Fer-Née, tout prend une orientation naturelle, allant de soi, qui conforte toutes les impressions que j'avais eues en arrivant sur ces rocs battus par les flots et les vents. Ah ! Oui, mes chers enfants, il vous faudra avoir du courage, mais si vous aimez assez les vagues, elles vous rendront à votre mère qui vous aime déjà tant, et qui aime tout autant l'océan. Je presse un instant, sans y songer, et même sans le voir, ma main contre mon ventre, puis j'acquiesce longuement. D'un ton presque solennel, je murmure doucement. « Si le Dieu-Noyé garde l'un de mes enfants, je pleurerai pour lui faire un lit chaud, le temps qu'il grandisse dans les flots, et qu'il soit un bon guerrier dans le fond des mers. J'ai foi, ceux qui reviendront seront forts, ceux qui resteront dans les vagues seront heureux. » J'adresse à Moïra un sourire très chaud, très doux, bien qu'un peu distant, puisque je suis très loin dans mes pensées, mais je la considère avec bien plus d'allant et de proximité sitôt quelques secondes passées. Je lui presse ce bras que j'avais déjà frôlé, et lui glisse avec sincérité. « La mer ne me les enlèvera pas. Elle les bercera le temps que ce soit mon tour de les rejoindre. Hé ! Qui sait, dans de longues années, peut-être que nous entendrons deux femmes répéter nos paroles, quand nous serons devenues de l'écume qui danse dans les vagues. » Et je serai si sereine, si pleine d'une joie longue et lente, alors que je chuchoterai le chant des vagues, le visage fait de sel et l'âme couleur de noyade.

Un moment passe, je ne saurais dire sa longueur ; je suis trop envahie de plénitude pour vraiment prendre garde à ce qui nous entoure, ou au temps qui s'écoule avec les gouttes d'eau en dehors des vêtements. Je mets en tous cas quelques longs instants avant de percevoir, dans le vent qui rugit et étouffe le bruissement lointain du littoral, une voix féminine qui appelle sur un ton progressivement impatient. Je sursaute : c'est moi que la femme hèle. Je me relève, maladroitement, mais prestement, j'accours vers le sommet de la petite butte derrière laquelle nous sommes nichées. J'agite la chemise que je lavais au dessus de moi, pour bien me faire voir, et montrer que je n'ai pas cherché à m'enfuir ; la voix perd de son timbre agacé pour prendre un ton plus impératif. Je regarde un instant en arrière, vers Moïra, vers ma joie, mais je devine bien qu'on me demande de revenir. J'hésite un peu avant de porter mes mains en corolle autour de mes lèvres et de forcer ma voix pour répondre. « J'arrive ! J'arrive ! » Dis-je simplement – le Dieu Noyé sait que je déteste crier ! Ma voix est aigrelette, rauque, forcée, je n'aime pas hausser le ton quoiqu'il en soit, mais en face, la silhouette de la femme que je devine me répond un geste éloquent pour m'enjoindre de faire vite, et disparaît vers la bâtisse. Je rejoins ma Fer-Née, le cœur un peu pincé, mais encore trop débordant de gratitude et d'affection pour n'en ressentir autre chose que de la hâte de la revoir déjà, et aucune peine vraiment. J'ai eu tellement de chance de la croiser qu'il serait ingrat envers cette fortune de m'attrister de cette séparation. J'entasse le linge, dardant un regard aussi tendre que fort à ma rousse compagne. Je lui souffle. « Je crois qu'il faut que je fasse vite... Je ne sais pas pourquoi elle veut que je revienne, mais ça me semblait clair. » Je plisse le nez, un rien espiègle, mais sans être nullement moqueuse ou renfrognée. Je veux presser les mains de ma Fer-Née des miennes, mais préfère pour l'heure les sécher sur un recoin de mon habit, afin de ne pas la tacher, ni l'empêtrer d'une sensation poisseuse. Ainsi serrés dans un voile sec, mes doigts me font assez mal, mais j'ignore à peu près cette peine dont j'ai une habitude d'enfance.

Je soupire brièvement, joignant mes mains contre mon ventre, glissant un bref regard au tas de linge soit mouillé et propre, soit humide et encore odorant, puis reviens tout à fait à Moïra. Sans masque, sans calcul, sans retrait, je lui confie alors. « Je serai heureuse de te voir devenir mère, et de voir tes enfants grandir. Je prierai beaucoup, et souvent. Pour être aussi heureuse maintenant et à l'avenir, il faudra faire beaucoup d'offrandes. C’est la plus petites des choses que l'on puisse faire envers un dieu aussi bon et aussi puissant. » Je sais que beaucoup auraient ri, et que davantage encore m'auraient jugée stupide. Mais je suis sincère : je ne vois sur ces Îles de Fer que pousser mon avenir et des fleurs de joie. Quelques unes d'entre elles ont la couleur des yeux de Moïra.
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Message Lun 6 Mai 2013 - 17:56

Visiblement Cybeline nourrit les mêmes pensées que Moïra au sujet de ces femmes capables de tuer la chair de leur chair. La jeune femme a toujours pensé qu'il lui serait impossible de tuer son enfant, même si le père se trouve être un individu qu'elle exècre. Depuis son enfance, la Merlyn a accepté l'idée de devoir épouser un homme qu'elle n'aimera pas, dans le fond, appartenir à un Fer-né ou lui être marié revient au même à ses yeux. Son enfant sera son plaisir personnel et le géniteur n'entre pas en ligne de compte. Mais peu importe, ces femmes ne comprennent pas l'importance de la vie, elles sont trop centrées sur leurs besoins personnels tout simplement.

Le geste de la captive ne manque pas d'être remarqué par la rousse qui ne peut s'empêcher de sourire légèrement, un instinct maternel déjà existant alors qu'elle n'a jamais été enceinte. Son capitaine peut être heureux, il a au moins une femme qui n'hésitera pas à lui faire un enfant. De son plein gré. N'importe quel Fer-né peut soumettre une femme-sel à ses désirs, mais rares sont les chanceux qui sont acceptés par leur nouvelle partenaire. Perdre un enfant est une chose difficile, c'est du moins ce que Moïra imagine, n'ayant jamais été mère, elle ne peut pas en être persuadée. Comment réagirait-elle si la mer lui prenait son premier-né ? Plutôt bien en un sens. Ils vivent encerclés par l'eau, un homme n'étant pas apte à naviguer sur ces flots ne pourra jamais mener une vie digne de ce nom ici. Le faire partir avant que les difficultés ne l'assaillent est donc une bonne chose. La jeune Fer-née hoche la tête aux paroles de sa comparse avant de lui sourire tout aussi chaleureusement. Elle n'a jamais éprouvé la moindre difficulté à se montrer amicale ou chaleureuse, c'est quelque chose d'inné chez elle et elle est heureuse de pouvoir le partager sincèrement avec quelqu'un. Ce n'est pas Garth ou même Garrot qui lui répondrait favorablement en temps normal.

La dernière réplique de Cybeline dessine un sourire encore plus joyeux sur les lèvres de la rousse. Elles, transformées en écume ? La vision est très agréable, la mer sera toujours à leurs côtés et elles verront alors les enfants de leurs enfants grandir sur ces îles qu'elles auront appris à aimer et même à chérir. Peut-être que les enfants noyés qui ne se réveillent pas sont confiés aux femmes qui s'abritent dans les flots ? Cette pensée réchauffe le cœur de la jeune femme qui inspire profondément en secouant une dernière fois son habit chargé d'eau.

« Oh ! Oui ! Nous serons dans la mer à veiller sur nos enfants, puis sur leurs enfants à eux et ainsi de suite. Une bonne manière de toujours pouvoir rester ici, nous pourrons même voyager un peu dans les eaux proches de chez toi. Ton autre chez toi. Oui, la vie ne s'arrête pas lorsqu'on meurt, je suis certaine que nous rejoindrons le Dieu Noyé ! Qui sait, tu pourras même devenir l'une de ses sirènes et apporter les plats à la table de ton oncle qui mangera en compagnie de ton capitaine. »

Une chance pour elle que Garth ne soit pas là, il déteste l'entendre dire de telles choses. Son aîné ne croit pas aux histoires de ce type et proteste toujours lorsqu'elle en raconte à ses enfants. Souriant, Moïra hocha la tête avec vigueur, indiquant clairement qu'elle pense ce qu'elle dit. Un bon moyen de ne pas craindre la mort, même si la jeune femme espère pouvoir vivre le plus longtemps possible pour voir ses enfants se mélanger à ceux de la petite Chandelle, puis devenir amis avec eux bien sûr.

C'est à ce moment que Cybeline sursaute et tire la Fer-née de ses pensées. Elle se redresse avant de remonter le butte en agitant son vêtement. Les yeux bruns de Moïra se portent sur le château alors qu'elle aperçoit une femme qui semble faire comprendre à la captive qu'elle doit rentrer. Une moue se dessine légèrement sur le visage de la Merlyn qui comprend que sa discussion vient de se terminer. Quel dommage ! Mais certainement est-ce pour conserver des sujets de discussion lors de leur prochaine rencontre ? Car prochaine rencontre il y aura, Moïra en est persuadée ! La rousse s'empresse de terminer de laver son linge avant d'aider son amie à tout mettre dans son panier, l'écoutant parler avant de la regarder avec un sérieux désarmant. Son sourire naît à nouveau au coin des lèvres avant qu'elle ne réponde, joyeuse.

« Je prierai tous les jours, pour toi aussi, pour lui demander de te donner ce que tu souhaites et demander à ce que ton capitaine soit bon avec toi. J'espère que nous nous reverrons bientôt, je n'oublie pas les promesses que je t'ai faites et je les tiendrai. À bientôt mon amie. »

Un sourire, elle lève sa main pour caresser le bras de la jeune femme avant de la laisser s'en-aller pour rejoindre la femme qui l'attend. Moïra se redresse et se débrouille pour essayer de remettre sa robe en étant avant de rebrousser chemin pour tenter de regagner le boutre de Garth avant que l'idée ne lui vienne de l'abandonner ici. Pas qu'elle en serait contrariée, au contraire, mais Cybeline l'a dit, mieux vaut éviter de contrarier le Dieu Noyé et rater une occasion d'aller en mer est une offense.
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