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Apprentissage bien suivi mène à haute récompense.

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Message Lun 19 Nov 2012 - 22:40

- Messire, votre vêture n'attend plus que vous.

Le regard bleu gris de l'héritier de la maison Farman se détourna de la mer qu'il contemplait avec un mutisme que l'on aurait pu qualifier de religieux. Du haut de la tour orientale de Belcastel, la plus haute qui donnait à pic sur la falaise, il était possible de contempler l'ensemble de l'île. D'apprécier le fracas des vagues sur ses côtes, la nuance entre le bleu du ciel et le vert des prés salés qui se trouvaient mêlés dans l'horizon. Les côtes du continent se dessinaient également sur une partie de ce fabuleux panorama, un mélange de couleurs, d'embruns et de souvenirs qui se bousculaient dans la tête de Draven.

Celui ci tourna lentement la tête vers l'escalier en colimaçon qui débouchait sur une ouverture dans la tour, de l'autre coté de cette dernière. Il trouva là un de ses valets qui arborait une expression respectueuse mais malgré tout assez gêné, on lui avait certainement soufflé dans les bronches pour le motiver à trouver son seigneur au plus vite. Le noble acquiesça simplement d'un signe de tête, congédiant en silence ce jeune garçon qui ne se fit pas prier pour disparaître. Bien que la journée soit d'importance, il pouvait bien s'accorder encore quelques instants dans cet environnement dépourvu des invités et autres domestiques, de toute cette agitation qui devait certainement se jouer dans le donjon.

Aujourd'hui Draven allait prendre place sur le trône de Belcastel, devenant ainsi le Lord de Belle-île, l'accomplissement de toute une vie d'entraînements et de préparation à cette charge importante. Un destin qui était tracé devant lui depuis sa naissance certes, mais qu'il s'était toujours fait fort de recevoir en étant assez méritant pour que personne ne puisse lui contester son droit. Ah, maudit soit son esprit, il avait encore confondu devoir et droit ... Il fallait espérer que sa langue ne trahirait pas sa pensée une fois venu le moment de prêter serment, ce genre d'erreurs stupides pourraient lui valoir l'opprobre de l'ensemble des invités mais bien encore plus celle de son peuple.

Rester trop éloigné de ses semblables, se plonger dans la contemplation des simplicités de la nature lui avait fait temporairement oublier qu'il devait se méfier de ces petites pensées qui ne demandaient qu'à sortir de son esprit. Elle lui avaient permis d'en arriver là où il était aujourd'hui. Plus vite que la nature ne l'aurait souhaitée, cela était une certitude. Regardant ses mains gantées d'un velours de couleur taupe, il contempla l'image fugitive de la délivrance qu'il avait apporté à cette vieille carne malade qu'était le précédent seigneur de Belle-île. Ils l'avaient enterré voilà à peine un mois, mais les affaires pressaient et le trône devait trouver occupant le plus rapidement possible. Oui, se dit-il en relevant la tête pour humer les embruns du matin, il avait bien agi. "Les vagues le frapperont sans qu'il tombe." Telle était la devise des Farman, dont il tirait une leçon on ne peut plus simple aujourd'hui : Parfois, il fallait forcer le destin pour que les choses rentrent dans l'ordre.

C'est avec un sourire contenté que l'héritier de Belcastel s'engouffra donc dans l'escalier en colimaçon qui descendait dans les entrailles de la tour. Après avoir passé une première salle circulaire dans laquelle naissaient les bouches du mâchicoulis greffé à la structure, il arriva enfin dans une deuxième salle s'ouvrant sur les coursives des remparts. Les deux gardes normalement occupés à surveiller l'horizon depuis le promontoire dont Draven les avait fait déguerpir discutaient apparemment avec de leurs collègues. Ce dernier soutenait que la cérémonie allait être somptueuse, un vrai patriote semblait-il, que Draven connaissait peu, le jeune homme étant entré à son service voilà peu.

Au service de la maison Farman. Décidément son esprit tenait pour bien trop acquis la certitude d'être nommé Lord, certes rien n'aurait pu changer cela, mais encore une fois ce genre de pensées n'étaient pas compatibles avec l'image qu'il se devait de donner aujourd'hui. Instaurer un règne passait par la discipline avant tout, tant pour soi même que pour les autres. C'est donc pourquoi l'héritier de Belle-île se racla la gorge pour attirer le regard des trois gardes. Ces derniers, le voyant, se mirent au garde à vous, l'un d'eux manquant d'en éborgner un autre avec sa lance alors qu'il tentait de la reprendre en main. Un silence à la fois respectueux et gêné suivit cette remise en ordre peu efficace et même dangereuse à plus d'un titre. Ce n'était qu'au dernier moment que le plus excentré d'entre eux semblait avoir compris que tenter de tenir à trois en ligne sur une coursive de rempart le ferait certainement atterrir dans les cuisines.

Draven posa un regard à moitié absent sur eux, il n'avait pas la tête à admonester qui que ce soit aujourd'hui. Peut être leur réserverait-il une meilleure correction plus tard, un rappel à l'ordre devant leur supérieur aurait tendance à les marquer. Mais les motiverait presque autant à lui entretenir rancune, ne fut-ce qu'un temps, or il n'avait pas envie de ce genre de querelles internes pour le moment. Aussi soupira t-il avant de dire d'une voix claire et précise :


- Première et dernière fois durant une garde. A vos postes maintenant.

Et de s'engouffrer le long de la coursive opposée pour descendre ensuite au niveau de la cour et rejoindre le donjon, non sans saluer aux passages diverses personnes déjà levées. Notamment un grand nombre de ses serviteurs, voir quelques invités au réveil précoce. Remontant jusqu'à ses appartements il en ouvrit les portes pour voir un page en train d'épousseter la lourde tunique qu'il se devait de porter aujourd'hui. D'un profond carmin, elle était rehaussée de fils d'argents brodés à la main et représentant les armes de la maison Farman, mais également des arabesques délicates. Une des folies que lui avait offert son père avec les revenus du commerce, un vêtement pour "le jour où tu me remplaceras, mon fils".

Dépense superflue. De tout temps les seigneurs Farman s'étaient faits reconnaître, surtout quand ce genre de fioritures n'existaient pas. Mais malgré le fait que cette vêture lui inspire du dégoût, il se devait maintenant de la revêtir pour épater la galerie, car la maison était riche. Conséquence insipide d'une vie gâchée à n'amasser de l'or que pour le plaisir de le dépenser, voilà qu'on les prenait pour des paons magnifiques, des étalons de la finance ! Enfin, ce temps était passé et un nouveau s'annonçait. Aidé du page, Draven se vêtit en silence, cessant même de penser pour profiter des simples bruits de tissus, du léger bruit de fond qui provenait du reste du donjon. L'espace d'un instant il lui sembla même entendre la voix de son frère, Darius, qui houspillait une servante. Pourtant cela ne lui ressemblait pas de crier sur les femmes, quelque soit leur rang ... Enfin, ce n'était qu'un détail de plus de cette journée qui, trop centrée sur lui, allait échapper à Draven.

Habillé et fin prêt à affronter les hostilités, il entreprit de se diriger vers la porte qui menait de ses appartement au couloir quand il entendit un bruit de verre brisé derrière lui. Se retournant il remarqua que la lourde cape dont il était affublé avait, avec l'élan de la marche, renversé un des verres du service à vin. Le page, contrit, regardait cela sans savoir quoi faire et surtout sans savoir si il allait en être tenu responsable. Pauvre petit page qui avait peur d'une correction dont Draven n'aurait même pas compris la raison. Avec un sourire qui se voulait rassurant il lui renvoya une expression sereine, pour lui faire comprendre que cela n'avait aucun impact sur son humeur. Puis, d'une voix absente il dit ces quelques mots :


- Contente toi de récupérer les morceaux et de les jeter. Ce n'est pas plus mal qu'il n'y ait plus qu'un seul verre avec cette carafe, je ne serais pas tenté d'en boire.

Une dernière inspiration avant de pousser les portes de ses appartements, pour trouver la vision bienveillante de Mestre Fenwyck, manifestement souriant bien que tendu comme le suggérait la petite veine qui battait le tambour sur sa tempe. Les détails avaient étés entendus à l'avance et la cérémonie serait en soit très formelle, elle commencerait par une présentation des invités et de leurs présents dans la salle du banquet, suivie d'un office religieux destiné à attirer la bénédiction des Sept sur Draven et durant laquelle on ceindrait la couronne de Belle-île sur son front, une lice serait donnée l'après midi et le soir viendrait le banquet. Aux abords du château était organisée une kermesse qui durerait trois jours entiers quand à elle, tant pour permettre aux roturiers de profiter d'un temps de repos que pour rappeler, au corps défendant de Draven, que le commerce était devenu quelque chose d'important pour la Maison Farman et Belle-île en général.

D'abord accompagnée de son mestre Draven fut rapidement rejoint par six de ses meilleurs gardes, commandés pour l'occasion par son frère. Avec majesté et une quiétude imperturbable affichée sur son visage il entra dans la salle de réception ou une haie d'honneur séparait les convives pour lui permettre un accès à l'estrade sur laquelle était installée quatre sièges. Le premier, plus imposant que les autres lui était destiné. A sa droite siégerait son frère Darius tandis que leurs soeurs Emma et Jezabel seraient à sa gauche. Derrière le trône se tiendraient à la droite Mestre Fenwyck et à la gauche Septon Georges, le religieux attaché à la forteresse de Belcastel.

Remontant la haie d'honneur en regardant à gauche et à droite, saluant quelques personnes si leur rang le méritait réellement malgré le fait que cette journée soit en son honneur, il finit par prendre place sur le fauteuil en bois massif, face à la foule. La haie d'honneur se répartit équitablement de chaque coté de l'estrade et les invités purent faire leurs propres salutations à Draven ainsi qu'à son frère et ses soeurs. Félicitations et cadeaux étaient au rendez-vous, cela allait de soi, le presque nouveau seigneur de l'île y répondait avec un enthousiasme non fin, remarquant là une délicate attention, là une dame en beauté, ici un fier guerrier.

Entre deux personnes voulant lui rendre hommage, il se fit la remarque qu'il n'avait jamais, même par curiosité, prit le temps de s'asseoir sur ce siège et d'observer la salle avec attention. C'était donc ainsi qu'on la voyait quand l'on était Lord, l'instant faisait que la vision avait l'air somptueuse, mais l'esprit pragmatique de Draven ne tarda pas à lui faire remarquer que par rapport à la pièce, il avait juste le champ de vision le plus centré. Que rien d'autres ne changeait vraiment, à part peut être la fausseté des sourires et des compliments qui tendaient bien plus vers le dégout.

Mais l'homme qu'il vit alors arriver lui rappela des souvenirs qui assuraient qu'en rien les sourires et les compliments ne seraient factices. La peau dorée du dornien connu sous le nom de Nasler, un homme d'armes qui avait passé quelques années à Belcastel durant l'enfance de Draven et qu'il avait maintenant le plaisir de revoir. Bien sûr l'homme avait vieilli, mais il n'en restait pas moins dans son ressenti l'ombrageux lancier de son enfance. Résistant à grand peine à l'envie de se lever, pas pour un roturier et encore moins pour un étranger aux Terres de l'Ouest, voilà quelle était la coutume, le sourire qu'il arbora n'en fut pas moins extrêmement franc. Il trouvait même son écho sur le visage de son frère qui avait également bien connu le lancier. D'une voix enjouée, Draven l'accueillit :


- Toi ici, vieux lancier ? Quelle agréable surprise ! On s'était bien gardé de me prévenir qu'un si illustre combattant avait fait le déplacement pour venir nous rendre visite ...

Au fil de ces phrases accueillantes, Draven s'était rendu compte que le vieux soldat avait certainement pensé trouver son père sur le trône en arrivant. Cruel tour d'un destin pas si intangible que cela cette fois-ci. Soucieux de conserver les apparences il se reprit :

- Je me doute que tu pensais trouver notre père à ma place. Tu me vois désolé qu'un si long voyage se solde par une peine douloureuse au coeur, mais néanmoins je veux que tu sois certain que je te recevrais si tu as besoin de t'entretenir avec nous.

Il aurait été étonné que la Maison Farman et les "froides" contrées maritimes de l'Ouest aient attiré le dornien pour passer ses derniers instants, mais restait néanmoins curieux de savoir ce qui avait bien pu le pousser à venir leur rendre visite. C'est à ce moment qu'il remarqua que quelqu'un l'accompagnait, une jeune femme à la peau dorée également et aux yeux bleu légèrement en amande, une particularité qu'il devait bien avouer ravissante. D'une voix intriguée et avec un léger sourire il reprit :

- Et je vois que tu n'es pas venu seul. Dans mes souvenirs tu n'avais pas de fille pourtant ... Si ?
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Message Mar 20 Nov 2012 - 11:42

Je n'avais jamais vu mon oncle préparer un voyage avec tant d'ampleur. Il ne cessait de jurer, de maudire les corbeaux de leur lenteur. La mort de son ami et ancien maitre Kendrick Farman l'affectait davantage que ses mots ne le laissaient percevoir. Lui d'habitude si calme, se serein, ne cessait de faire des aller retour, d'envoyer des corbeaux vers des destinations qui m'échappaient totalement. Son ami était mort voilà désormais une bonne semaine, et il pestait du fait de ne pouvoir assister à son enterrement. J'appris au soir, quand les ombres de ses souvenirs et de ses affres le laissaient en paix, qu'il avait servit Lord Farman en tant qu'homme d'armes du temps où il était encore libre de ma présence. Il avait connu ses enfants petits, avant que Draven, l'aîné, ne devienne écuyer à la solde des Lannister. J'écoutais en silence qu'il voulait bien me dire, m'imaginant la vie qu'il avait eu avant de me récupérer. Cela me donnait envie d'être au service d'un lord à mon tour, bien que pour le moment, servir mon oncle me suffisait.

Nous nous mîmes en route dès le lendemain de la nouvelle. Il voulait avant tout rendre un dernier hommage à son ami, et n'ayant aucune attache, nous pouvions bien nous permettre de nous rendre sur l'île de Belle île, au lieu de remonter dans les terres trop froides du nord. Ce territoire m'intriguait, mais je comprenais les difficultés que nous pourrions rencontrés en nous y aventurant. Puis à écouter mon oncle, je compris qu'il n'avait là haut aucun ami, aucune connaissance fiable, donc entamer un tel parcours ne l'enchantait guère. C'est donc de Port Réal que débuta notre nouveau voyage. Je sentais que celui là sonnait différemment. Comme un pèlerinage que nous entamions, même si le sens profond de ce dernier m'échappait en totalité. Mon oncle se montrait muet, lui qui était si bavard habituellement. Les paysages, déjà connus, qui défilaient sous nos yeux, avaient le goût de cendre tandis que le ciel ne laissait pas percevoir le moindre rayon de soleil. Est-ce ainsi que la nature faisait son deuil ?

Je fus étonnée, lorsque nous furent à mi chemin de notre parcours, qu'un marchand vint à notre rencontre. Il se montra affable face à mon oncle, et je compris sans mal qu'ils se connaissaient. Le marchand remit un coffret en bois sculpté. De fines peintures dorées représentaient un blason avec trois bateaux à l'intérieur. Quand nous reprîmes notre chemin, mon oncle m'indiqua que c'était là le blason des Farman. Toutefois, il resta muet sur son contenu ce qui titilla ma curiosité. Je n'avais aucune idée à qui reviendrait cette boîte. Etait-ce une tradition à mettre dans le tombeau du défunt ? Encore fallait il qu'il y ai un tombeau, la majorité des peuples préférant brûler leurs morts et les laisser retourner aux flots.

Ce fut l'un des voyages les plus éprouvants que j'eus à faire avec mon oncle. Il m'avait tant habitué à sa bonne humeur, que j'étais navrée de son chagrin. Sur la route, j'allai chasser seule tandis qu'il écrivait, encore et encore, en vue de quelque chose que je ne connaissais pas. Onyx m'aidait, me ramenant à maintes reprises du lapin, sans qu'il n'oublie pour autant sa part. Je cuisinai pour mon oncle, je le servais et le regarder manger sans qu'aucun mot ne fut prononcé. Je n'avais alors qu'une hâte, que nous arrivions et qu'il retrouva sa langue. Je me rendais ainsi compte que discuter était une chose que j'appréciai plus que je ne le pensais. Moi qui savais me montrer taiseuse dans la grande majorité des cas, voilà que j'étais prête à supplier mon oncle de me parler.

La dernière semaine quant à elle se passa en mer. Pour atteindre une île, quoi de mieux qu'une galère marchande. Mon oncle connaissait un capitaine, le Freux Jonas, qui fut heureux de l'accueillir bien qu'il partagea sa peine. C'est là que nous apprîmes que l'enterrement de Kendrick Farman avait eu lieu depuis plusieurs semaines, mais que nous arrivions à temps pour l'adoubement de son fils Draven. Mon oncle fut heureux de cette nouvelle. Cela devait être la première fois en trois semaines que je voyais ses lèvres s'étirer. D'ailleurs, il croisa mon regard à ce moment là, et c'était comme si je me remettais à exister dans ce dernier.

- Draven est un homme de bien, tout comme l'était son père. Bien plus aguerri pour tenir un château. Tu verras Shaelya, il ne te laissera pas indifférente.

Après ces quelques paroles qui me laissèrent perplexe, il me laissa seule sur le pont. Il devait s'entretenir avec son ami Freux Jonas, et je ne pouvais, comme bien souvent, prendre part à ces retrouvailles.

Seule sur le pont, j'appréciai la brise et le fracas des vagues contre la coque. Quelques marins me lançaient des regards éloquents, mais aucun ne vint à ma rencontre. Après tout, ce n'était pas comme s'ils n'avaient pas une vie hors du bateau. C'était un navire marchand, rien à voir avec celui des grands voyages où les hommes voyaient une femme tous les deux, voire trois mois. L'odeur de sel imprégnait désormais mes vêtements, tandis que ma main s'accrochait dans ma chevelure en raison du sel. Je n'avais pas l'habitude de prendre la mer, et j'étais heureuse de ne pas me sentir malade. Je n'avais aucune idée de ce qui nous attendait sur cette île. Tout ce que j'espérai, c'était que mon oncle retrouvasse sa bonne humeur habituelle.

Les jours aidant, j'aperçus les côtes, suivi juste après par un ordre qui me raviva de mon oncle :

- Prends tes affaires, nous allons accoster.

Je ne me fis pas prier, et repris mes quelques affaires dont plusieurs armes avant de rejoindre mon oncle pour être dans les premiers à descendre. Le temps que la galère se soit mis en place, j'eus tout loisir de contempler la végétation luxuriante de cette île qui appartenait aux Terres de l'Ouest. J'avoue être tombée sous le charme de toutes ces couleurs, mais également de toutes les odeurs qui émanaient du marché un peu plus en contrebas du port. Les gens semblaient heureux malgré le deuil qui avait du être le leur. Il fallait dire que demain était jours de fête et tout un chacun semblait préparer un grand buffet d'après les marchands qui courraient dans tous les sens. Je savourai cet instant silencieusement, ne sachant si mon oncle serait prêt à partager ses impressions ou pas encore.

Une fois à terre, je faisais quelques pas seule, mon regard ne sachant sur quoi s'arrêter tant il y avait du mouvement. C'est la main de mon oncle sur mon épaule qui me permit de m'ancrer tandis que bienveillant il prenait la parole :

- J'ai vécu de bien belles années sur cette île. Peux-tu comprendre pourquoi ?

Un clin d'oeil et déjà il se mettait à marcher et je lui emboîtai le pas.

**

Nous avions dormi dans une auberge. Joslyne, la tenancière, avait été ravie de revoir mon oncle. D'ailleurs, à bien les observer, je parierai cent lunes qu'il y avait une histoire entre eux deux ! Mais j'aurai été bien mal avisée de lui en parler sur l'instant. Je réservai ce moment pour plus tard, dès que je sentirai qu'il serait plus lui-même.

L'endroit était chaleureux, sans aucune puce et parée d'une odeur printanière qui n'était pas désagréable. Je fus toutefois surprise à mon réveil en constatant qu'une tenue fort féminine n'attendait plus que moi sur mon lit. Je levai le fin tissu afin de le contempler sans pour autant comprendre ce que l'on attendait de moi. Mon oncle était doué pour éviter toute appréhension de ma part. Il savait à quel point j'étais mal à l'aise sans mes dagues et mes pantalons. Mais je n'étais pas au bout de mes surprises.

On toqua à ma porte, et après que je l'eus invités, Joslyne pénétra dans ma chambre, ses yeux verts rehaussés par un éclatant sourire tandis qu'elle prenait la parole :

- Ainsi tu n'as pas l'habitude de vêtir des robes ! C'est pourtant dommage avec ton minois.

Elle se saisit de la robe pour me la mettre entre les mains.

- Allez, mets moi ça, puis je vais t'aider à t'occuper du reste !

Fébrilement, j'entrepris de passer la robe. Je n'étais pas habituée à en mettre vu que nous parcourions sans cesse les routes et que j'avais été ainsi éduquée. C'est donc Joslyne qui entreprit de serrer mon corset, tant et si bien, que je ne pus m'empêcher de me plaindre à ce sujet.

- Allons, c'est le quotidien de toutes les demoiselles ! Puis souviens toi, vous allez féliciter le nouveau lord, tu ne peux être habillée de tes breloques habituelles !

Elle n'y allait pas doucement, ce qui eu pour effet de me faire sourire. Elle braque un miroir face à moi afin que je puisse me contempler. J'avouai être sous le charme de la robe. En grande partie carmin, le devant était crème tandis que ses fils d'or venait emprisonner ma taille.

Sans plus tarder, Roslyne me fit asseoir, et détacha ma chevelure qui vint en cascade sur mes épaules. Elle se mit à me coiffer, avec une délicatesse que je ne lui aurais pas donné, avant qu'elle ne s'occupe de mon visage avec un mouchoir, sans que je ne comprenne ce qu'elle y faisait. C'est grâce au miroir que je vis que mon visage semblait plus lisse qu'auparavant, et que je vis ma chevelure encadrer mon visage, ce qui affichait sans nulle doute ma féminité.

Quand mon oncle me vit, il eu un immense sourire :

- Tu es splendide ! J'avoue aimer te cacher aux yeux des hommes.

Il était vrai que mon oncle se montrait protecteur envers moi comme l'aurait fait un père. C'était sans aucun doute en raison de son attitude que j'avais tant de mal à accepter le fait que je sois une femme.

Nasler n'était toutefois pas en reste. Il arborait une tenue toute en crème et carmin, assortis à la mienne. C'était simple mais un brin élégant, comme si lui comme moi, ne parcourions jamais les routes de Westeros.

Sans plus de discussions, nous allâmes à la forteresse, mon oncle tenant précieusement le fameux coffret. Nous fûmes rapidement prit dans une foule qui semblait suivre le même chemin. Celui menant à l'adoubement du nouveau lord. C'est donc dans la cohue et avec difficulté que mon oncle fit honorer ses droits et que nous rentrèrent dans la salle du trône. J'admirai les tapisseries aux murs, ainsi que les tenues des femmes et des hommes que nous croisions. Ma robe me sembla alors bien fade, mais je n'étais pas femme à m'apitoyer sur cela. J'aurai été habillé avec mes breloques, comme dirait Joslyne, que je m'en serai portée aise. Après tout, je ne connaissais ni l'ancien, ni le nouveau lord. Je n'étais là que grâce à mon oncle, et pour lui.

Pour le moment, le trône était vide, et l'assistance n'arrêtait pas de piailler à n'en plus finir. Certaines femmes, lady de leur état, n'arrêtait pas de parler du mariage du futur lord. Etait-ce donc cela être une lady ? Ne faire que du commérage à longueur de temps ? Pendant ce temps, les hommes préféraient parler politique, et c'est ainsi que j'entendis quelques brides sur la réputation de Draven Farman. Cette agitation était telle que j'eus envie de m'éloigner, mais mon oncle me retint au moment même où l'attendu et sa famille pénétrèrent dans la pièce tandis qu'une haie d'honneur se formait.

Je restais juste derrière mon oncle qui faisait partie de la haie, bien qu'il n'était pas au plus près du lord et de ses proches. J'avouai ne remarquer qu'une homme d'une bonne stature tandis que les traits de son visage m'échappaient. Mais cela ne sera que de courte durée. Je découvrais comme une enfant pourquoi nous étions tous réunis. Chaque convive défilait devant le lord, chacun avec un présent toujours plus imposant l'un que l'autre. Avec mon oncle, nous nous positionnâmes afin d'être les prochains. Je ne pus m'empêcher de jeter un dernier regard sur cette boîte, souhaitant à tout prix savoir ce qu'elle contenait.

Mais pour le moment, nous avançâmes, Draven Farman et le reste de sa fratrie ayant le regard sur nous, et surtout sur mon oncle vu leur passé commun. C'était ainsi que je pus distinguer les traits de ce fameux lord qui serait aussi bon que son défunt père. Son regard était perçant et plus j'avançai plus j'en appréciai les teintes vert d'eau que j'y décelai. Mon oncle fut salué comme un vieil ami et je me laissais moi-même aller à un fin sourire. L'attachement de mon oncle à Kendrick Farman semblait connu de tous, et Nasler se mit à son tour à parler :

- Je serai ravi de m'entretenir avec vous votre seigneurie. Ne soyez toutefois pas désolé, c'est en apprenant le décès de votre défunt père que je m'empressai de venir jusqu'ici. J'espère pouvoir lui rendre un dernier hommage à ma façon...et ce présent (il tendit la boîte) en fait déjà partie.

Quand Draven ouvrit la boîte, tous purent contempler une dague d'un ouvrage très fin. Le pommeau était d'argent, tandis que la lame affûtée, possédait l'armoirie des Farman.

- Votre père me l'avait remit quand je dus quitter Belle île. La lame est un alliage d'argent et d'or et comme vous le voyez la marque des Farman y est dessinée.

Après cette explication, ma présence n'échappa pas au nouveau lord qui s'enquit de mon identité.

- Je n'ai toujours pas de fille, mais Shaelya, ma nièce, y est comme telle dans mon cœur.

L'attention étant soudainement sur ma personne, je pliai doucement les genoux comme mon oncle me l'avait appris tout en baissant légèrement la tête.

- Votre seigneurie.

Je ne savais s'il fallait en dire davantage. Après tout, il ne me parlait pas directement.

Habitué à ce genre de cérémonial, mon oncle poursuivit :

- Je vous souhaite un long règne sur ce trône que vous occuperez aussi dignement que votre père j'en suis sûr.

Là dessus nous nous esquivâmes. Mon regard restant un moment sur ce Draven Farman qui semblait bien respectueux de mon oncle malgré sa condition d'homme du peuple.

Plus tard dans la journée, nous assistâmes au couronnement où mon oncle et moi étions bien en retrait par rapport à d'autres nobles qui, de part leur statut, et plus avancés. Tout cela était d'un formel quelque peu ennuyant, mais à voir l'expression de fierté dans le regard de mon oncle, j'avais l'impression qu'il s'agissait d'un membre de sa famille.

L'après midi fut tout aussi rempli et la foule s'extasiait devant la lice qui s'était mise en place. Pour ma part je commençais à être fatiguée, tandis que mon oncle liait connaissance avec une facilité que je lui enviais. Personnellement, quelques hommes tentèrent une approche à mon égard qui se solda rapidement par un échec. Je devais bien avouer que depuis que j'avais croisé le regard de Draven Farman, je tentai toujours de le croiser. D'ailleurs, après la cérémonie de son couronnement j'y arrivai, ainsi qu'à un moment quand je me levai lors de la lice. C'était totalement idiot de ma part, mais je l'avais trouvé d'une telle profondeur que j'avais envie d'en savoir davantage.

Mais ce moment n'arrivait pas et je me sentais exténuée face à toutes ces victuailles et à toute cette foule. C'est ainsi qu'au soir, quand l'occasion m'en fut donnée, je montais sur les murailles de la forteresse et fit face à la mer qui me donna l'impression d'immensité. Je n'étais rien face à tout cela. Encore moins face à toute cette journée qui venait de s'écouler. Je m'accoudai au rebord et me mit à contempler la lune me laissant bercer par le vent, n'ayant cure du froid qui risquait de m'attraper tôt ou tard.
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Message Jeu 20 Déc 2012 - 13:37

La présence surprise de Nasler le reître dans cette cérémonie n'avait pas manqué d'attirer l'attention. Peu ici se souvenaient certainement du vaillant combattant qui démontra par plusieurs fois sa bravoure et son dévouement, il avait quitté leur service alors que Draven était déjà écuyer à Castral Roc, il avait d'ailleurs accueilli la nouvelle avec un certain pincement au coeur. Mais voilà qu'il le retrouvait maintenant devant lui en ce jour si particulier, un cadeau déjà en soi bien précieux à ses yeux. Cependant, respectueux du protocole autant que de son hôte, il avait également amené un présent pour le féliciter de son accession à la tête de sa famille.

Attrapant le coffret que lui tendait le vieux reître, Draven le posa sur ses genoux avant d'en ouvrir le couvercle avec une certaine lenteur, prenant le temps de savourer l'instant. La lame ouvragée qui se dévoila aux yeux du public était d'un luxe incroyable, le nouveau seigneur imaginait sans peine la jalousie naissante de certains nobles ici présents qui n'avaient pas pu trouver un aussi beau présent. Les armoiries de la maison Farman étaient gravées dans la lame qui ne laissait pourtant aucun doute quand à la conservation de l'utilité première de l'objet.

Sa curiosité piquée au vif allait pousser Draven à demander à Nasler l'origine de l'objet, mais ce dernier précéda à cette demande en expliquant que son père lui avait confié cette arme lors de son départ de Belle-Île voilà plusieurs années. Encore une marque de la présence de ce gênant paternel dans cette journée qui n'en manquerait certainement pas, mais c'était une chose tellement logique que Draven préféra ne pas s'en ulcérer. Gardant son sourire ravi, il acquiesça avec une sincère gratitude tout en rangeant cette lame dans son écrin et de confier ce dernier à un de ses domestiques.

Nasler quand à lui continua sur sa lancée pour présenter la jeune femme qui se tenait à ses cotés. Il s'agissait donc de sa nièce, qu'il qualifia même de sa propre fille par substitution. Celle qui était devenue maintenant l'objet de toute l'attention abaissa la tête pour saluer Draven, n'osant semblait-il pas prendre la parole. Son oncle reprit la parole pour adresser au nouveau lord les voeux d'usage, ce à quoi il leur répondit sans se départir de son sourire :


- Merci encore de votre venue, Nasler, Shaelya. Profitez de la fête qui s'annonce fameuse, tout du moins je l'espère de tout mon coeur.

Voilà bien une rencontre à laquelle il ne s'était pas attendu, mais qui égayait quelque peu les convenances et le protocole extrêmement lourd de la journée. La présentation des hommages dura encore un temps, au cours duquel Draven se dit qu'il attendait la cérémonie religieuse avec impatience car il n'aurait plus à forcer son sourire, la solennité de l'instant lui permettant de rester grave. Soit en somme d'arborer son air naturel, on ne pouvait faire plus simple en ce sens !

Les hommages finirent enfin, déplaçant la foule vers le Septuaire du château pour procéder à l'office religieux. Si les Sept le décidaient ainsi, il pourrait avoir un long règne ou connaître l'opprobre rapide. Alors qu'il s'agenouillait auprès de l'autel, Draven se demandait quand même si les signes censés prédire les problèmes que connaîtrait son règne étaient bien fondés. Bien qu'il ait foi en l'existence des Sept, il devait bien avouer ne pas voir où leurs bienfaits pouvaient être vus alors que le Fléau de printemps venait de frapper les sept couronnes.

Enfin, soit, il lui fallait malgré tout se conformer aux rites sacrés qui le confirmeraient en sa position. Lorsqu'il sortirait de ce Septuaire d'ici une heure environ, il serait officiellement reconnu comme nouveau maître de Belle-Île. Et il devait avouer qu'il ne s'attendait pas à ce que la proximité d'une telle perspective le rende aussi nerveux, tant il lui semblait naturel d'arriver à cette finalité. Ce n'avait pas été toujours son objectif, mais il l'avait fait sien au fur et à mesure, or se retrouver maintenant au pied du mur le troublait bien plus qu'il n'aurait pu le penser.

Cette gène ne fut cependant que passagère, car une fois les dernières litanies récitées par le Septon, il recevait enfin la bénédiction qui le confirmait dans sa nouvelle fonction. Presque instantanément ses épaules se détendirent, alors qu'il se rendait compte que son état d'anxiété était certainement du au fait qu'il aurait eu bel et bien peur qu'un évènement inattendu trouble la cérémonie. Oui, ce devait certainement être la peur irrationnelle d'un fantôme des temps maintenant passés du règne de son père. Alors qu'il se relevait et faisait face à la foule qui l'applaudissait au sein même de la chapelle, leur offrant un sincère sourire, il remarqua le regard de la nièce de Nasler qui semblait le scruter.

Cette fille de Dorne ne devait assurément par se sentir à l'aise dans cet environnement mais Draven ne le réalisait pas, trop occupé qu'il était à saluer la foule et à profiter de la satisfaction que lui apportait cet instant. Une nouvelle ère allait s'ouvrir pour Belle-Île, un renouement avec ses traditions depuis trop longtemps bafouées. Ainsi le voulait Draven Farman, Lord de Belcastel. Cette mention mentale de son nouveau titre lui montait à la tête sans même qu'il s'en aperçoive, grisé qu'il était par l'accomplissement de tout ses efforts en ce jour.

La journée de festivités quand à elle continuait malgré tout, la collation du milieu de journée restant malgré tout assez frugale, tant pour préserver les estomacs en vue du banquet nocturne que parce que la chaleur de ce printemps demandait à rester prudents. Cela n'empêcherait bien sûr pas certains bons vivants à l'image de Darius, le frère de Draven, de profiter du vin et de la bonne chère avec une abondance tout aussi paradoxale qu'il restait mince et athlétique. Une qualité corporelle que son frère lui envierait toujours sans pour autant en user si il en avait été doté, il avait en effet toujours été reconnu pour le peu de vaillance tant de son appétit que de sa soif.

L'après-midi pour sa part était largement dédié à la lice qui devait se dérouler en l'honneur du nouveau lord Farman. Le principal soulagement qui étreignait l'esprit de ce dernier fut qu'au moins il ne serait pas obligé d'y participer. Contrairement à nombre de ses confrères chevaliers, il était un cavalier et de fait un jouteur tout à fait moyen, ne goûtant guère au soit disant plaisir de l'exercice. On ne bafouait pas les traditions, même les plus stupides, mais quand même ... risquer la mort pour les hourras de la foule était totalement contre-productif d'un point de vue militaire. Alors qu'il montait sur l'estrade couverte où il devrait présider à la joute, Draven soupira son léger désespoir devant spectacle qui s'annonçait. Il lui fallait au moins espérer qu'il n'y aurait pas de chien fous en lice, ou bien de morts accidentelles, voir parfois provoquées. S'asseyant enfin sur sa chaise avec à sa gauche ses deux soeurs et à sa droite Mestre Fenwyck, Darius quand à lui avait vociféré son envie de jouter depuis trois semaines. Au vu de ce qu'il avait bu avant cette joute, Draven rectifia sa pensée : il espérait que son frère ne tuerait personne y compris lui même.

Si lui était quelqu'un de patient et de calme, son petit frère avait toujours été d'une turbulence en total paradoxe. Et ce n'était encore qu'un des nombreux points sur lesquels on pouvait les opposer tant de caractère que de physique. Et pour autant les évènements qu'ils avaient subis depuis le retour de leur apprentissage de la chevalerie en deux maisons différentes les avait soudés avec une force peu commune. Étrange coup du sort qui arrangeait bien les choses dans tous les cas, notamment avec les temps de changement que Belcastel traversait.

La lice démarra donc et se prolongea dans un ballet rythmique donnant tant de la voix du coté des coups d'épée sur les pavois qu'en écho les encouragements des foules et autres applaudissements. Force était de reconnaître que le spectacle ainsi donné était extrêmement prenant, les chevaliers joutant entre eux mais aussi jouant de leur popularité de l'instant avec la foule. Draven se fit la réflexion qu'il était bien curieux d'observer comment l'héroïsme de certains pouvaient à se point galvaniser les foules. A en regarder la tête de certaines personnes qui assistaient au combat, il aurait été assez juste d'affirmer qu'ils semblaient se laisser gagner par une profonde et violente bestialité.

Comme si ces combats entre gens de bonne naissance ou de grands renoms faisait aspirer les plus martiaux des esprits à une profonde et suave soif de sang. Le goût du combat, lui avait-on dit autre fois, voilà la seule qualité nécessaire pour faire un bon soldat du rang. Le courage n'était qu'une chose sur laquelle les généraux pouvaient influer. Mais la hargne, la volonté de mettre en charpie son opposant, cela ne pouvait pas s'inspirer. Le combattant devait la ressentir au plus profond de lui même, savoir la manier et ne pas se laisser submerger par l'envie aveugle de tuer.

Ces pensées bien loin de la joie affichée ce jour avait transformé l'air agréablement ravi de Draven en une expression fermée de réflexion. Il continuait à regarder cette foule tout en s'offrant à un plaisant jeu mental, que seul un coup de coude discret de sa soeur Emma put le tirer brusquement. La regardant avec un mélange de surprise et de curiosité, elle l'invita du regard à se joindre à nouveau à la fête plutôt que de rester dans ses pensées. Voilà bien un nouveau désagrément auquel il devrait se conformer. Avec un soupir il balaya la foule du regard, tombant à nouveau sur le regard de la nièce de Nasler, qui semblait le fixer depuis quelque temps. L'idée que ce soit le cas le mit étrangement mal à l'aise, aussi rompit rapidement ce contact visuel pour retrouver un sourire distrait et regarder à nouveau la joute.

Une fois la joute remportée par un Darius Farman au meilleur de sa forme, la foule se sépara pour un temps qui servirait de pause avant le banquet. En effet nombre de nobles avaient besoin de passer une nouvelle vêture, plus confortable mais pour autant démontrant leur statut. Draven avait espéré pouvoir profiter de cet intermède pour se reposer également, mais il lui fallait avant tout se présenter en personne à la kermesse. Se montrer pour que tous puissent s'assurer qu'il était en bonne santé, une précaution somme toute fort logique à la fin de l'épidémie de ce printemps. Mais ce bain de foule dura tellement longtemps que lorsqu'il arriva enfin dans ses appartements, il ne lui restait guère que le temps de se changer pour le banquet.

C'est donc avec une lassitude croissante qu'il se laissa habiller, non sans avoir lampé un fond d'eau de vie pour se redonner du coeur à l'ouvrage. Une tunique de velours d'un carmin que l'on aurait pu qualifier de Lannister, des chausses noires et un manteau d'un rouge légèrement plus vif, frappé sur l'épaule droite du bateau qui ornait les armoiries de la famille. Draven tint cependant à porter à la ceinture la dague que le guerrier dornien lui avait offert dans la journée, une demande qui fit battre des records de vitesse à son page pour retrouver l'objet. Les choses finirent par être mises en place quand à sa vêture avec quelques minutes de retard à peine, un exploit au vu des contretemps rencontrés.

Les préparatifs de ce banquet avaient étés particulièrement étudiés pour ravir les papilles de l'ensemble des convives, fournissant ainsi selon la coutume de nombreux plats à dévorer avec courtoisie et diligence. Ou tout du moins un certain maintien pouvant laisser penser que les longues tablées disposées dans la grande salle du château et garnies de mets étaient la seule raison d'une telle affluence. En réalité, la vitesse d'engloutissement des denrées choisies par le maître queux du château rappelait plus à Draven l'image d'un enclos de porcelets tout juste sevrés que les grands banquets de Castral-Roc.

Néanmoins il se prêta encore une fois au jeu et même sans y rechigner cette fois-ci, il avait en réalité plaisir à voir les gens qu'il connaissait depuis l'enfance passer un bon moment, dont les flots d'alcool et l'abondance des mets éloignait peu à peu de la solennité qui semblait avoir baigné la journée. Au détour d'une discussion avec son frère Darius, heureux et comblé d'avoir remporté le tournoi mais surtout maintenant passablement assez enivré pour être distillé en eau de vie de fort bonne qualité, le nouveau seigneur des lieux sentit néanmoins que l'ambiance l'étouffait quelque peu. La chaleur dégagée par la présence de tant de personnes au même endroit, combiné à celle des candélabres et des plats en eux même commençait doucement mais surement à le faire sombrer vers le sommeil.

Trouvant près de lui Mestre Fenwyck, il lui fit savoir qu'il comptait prendre l'air durant quelques instants pour retrouver un second souffle dans la poursuite des festivités. L'érudit l'y encouragea vivement, assurant que si on lui demandait où il se trouvait, il assurerait que des entretiens privés avaient étés organisés avec certains invités. Ce petit mensonge vaudrait certainement à Draven de vrais entretiens privés demandés par les laissés pour compte, mais il n'y prêtait guère attention pour l'instant. Bien au contraire il se sentait soulagé de pouvoir s'éclipser un moment de la salle bien trop comble, sortant du donjon il inspira une grande bouffée de cet air frais et chargé d'embruns qui caractérisait les côtes, où qu'elles soient dans le monde connu.

Mais ces embruns avaient-ils une saveur différente selon les contrées, même légèrement ? Voilà bien une question incongrue qui s'insinuait dans le cerveau du lord alors qu'il entreprenait de rejoindre les coursives des remparts. D'une incongruité folle même, car maintenant qu'il était maître en son domaine il n'aurait jamais la possibilité de vérifier la réponse par lui même et en serait encore une fois rendu à accorder des demies-vérités aux marins au long cours qu'il pourrait rencontrer. Cette pensée pour le moins maussade lui soutira un léger soupir, mais c'était un destin qu'il ne pouvait faire autrement qu'accepter et ce à tout jamais.

Arrivant enfin sur le chemin de ronde il constata que ses yeux s'étaient maintenant habitués à l'obscurité relative qui régnait sur les remparts. En effet, des deux cotés de chaque tour d'angle étaient accrochées des torchères éclairant une bonne partie du chemin de ronde. De plus, en haut des même tours étaient disposés des braseros en fer forgé destiné à réchauffer les soldats durant leur quart. Jetant un oeil expert sur le chemin, Draven put remarquer que la garde avait été réduite de moitié en ce soir de fête, c'était bien là le moins que l'on puisse faire pour assurer aux gardes que leur seigneur pensait à eux même en ce soir. Une petite visite surprise à ceux qui restaient en faction les assurerait qu'il tenait à leur faire un peu mieux profiter de cette soirée.

Il était dommageable qu'il n'ait pas pensé à demander une bouteille de vin avant de se rendre sur les remparts, pour leur offrir un godet. Cette pensée le fit sourire de dépit, il résonnait encore en officier supérieur et non en lord, jamais plus il ne pourrait se permettre ces petits gestes "d'affection" pour eux en dehors des temps de manoeuvres militaires. Avec le prestige du rang était également nécessaire de mettre en exergue le besoin d’exigence de la part des forces du territoire. Une tache qui allait lui être certainement très difficile dans les premiers temps, mais qu'il se ferait un devoir d'honorer. De plus, ces fieffées sentinelles avaient certainement boutanches et godets cachés dans une meurtrière ou derrière une poutre.

Arpentant maintenant le chemin de ronde pour se rendre à la tour d'angle sud, Draven balaya du regard les différentes coursives avant de remarquer qu'une personne non attachée au dispositif de surveillance semblait se trouver à mi-chemin ou presque entre les tours ouest et sud. Intrigué mais aussi soucieux que cela ne soit pas un danger tant pour la sécurité du château que pour cette personne non identifiée elle même, les affres de l'alcool combiné avec une chute des remparts n'étaient pas monnaie courante mais avaient pour autant déjà fait de nombreuses victimes, Draven accéléra le pas.

Entrant dans la tour sud, il la traversa en adressant un signe bref aux soldats s'étant mis au garde à vous à son approche pour leur faire signe de se reposer. Sortant sur la coursive ou se trouvait l'objet de sa curiosité il se fit la réflexion qu'en effet il n'aurait pas eu besoin d'apporter de bouteilles tant ils semblaient déjà avoir fait leurs courses. Heureusement qu'ils n'étaient pas en temps de guerre, sinon le château n'aurait pas résisté longtemps aux assauts de leurs assaillants. Prenant le temps d'observer la personne arpentant le chemin de ronde, il s'accouda à un des cotés du passage permettant d'accéder au chemin de ronde depuis la tour sud.

Quittant ces pensées il se recentra sur la personne qu'il reconnu rapidement tant par la robe simple mais soulignant parfaitement les formes de celle qui la portait, que par les teintes ambrées que laissait l'éclat des torchères sur sa peau bien plus dorée qu'aucune autre parmi les natifs des terres de l'Ouest. Draven se trouvait donc en présence de la nièce du fier guerrier que fut et était certainement toujours, Nasler le lancier. Il lui revint en mémoire les regards échangés durant la journée et la gène qu'il en avait alors légèrement ressenti. Devant toutes ces figures pétries d'une admiration pas toujours sincère qu'il avait vu aujourd'hui, pourquoi avait-il été autant gêné ... ?

Il n'eut pas besoin d'y réfléchir longtemps en vérité, tant cela lui sembla bientôt évident, il y avait dans le regard de cette jeune femme bien plus de sincérité et de curiosité que dans les oeillades habituées au protocole des autres convives. Quelle était son histoire, avait-il toujours voyagé avec le fier lancier que Draven avait essayé de copier d'un façon extrêmement pitoyable au combat à une époque ? Ce genre de questions pouvaient désormais trouver leurs réponses dans un échange nocturne, à l'abri des coupes de vins et viandes en sauce, une perspective que la nature prompte à la quiétude de Draven lui laissait entrevoir comme une très bonne activité.

S'avançant donc maintenant qu'un pas calme sur le chemin de ronde, il repensa fugitivement à la journée, avant de remarquer le regard de la jeune femme qui semblait perdu dans le miroitement de la lune sur la baie. Une vision qui manqua également d'emporter le lord de Belle-Île, mais qu'il préféra mettre de coté pour le moment. Se raclant légèrement la gorge pour annoncer sa présence sans surprendre trop brusquement la dénommée Shaelya, il enchaîna d'un ton amusé mais assez tendre :


- Je me rappelle que votre oncle avait pour habitude de prendre sa garde la nuit. Il ne me fallut pas longtemps pour apprécier la justesse de ce choix tant c'est un régal pour les sens.

Posant les mains sur la bordure du rempart, entre deux créneaux, il prit un instant pour regarder les nuances à la fois lactées et argentées que déposait l'astre lunaire. Inspirant une grande bouffée d'air frais, il laissa afficher un sourire apaisé avant de reporter son attention sur la dornienne et de lui demander avec politesse :

- J'ose espérer que les fastes d'une telle assemblée ne vous ont pas trop dépaysée. Ce que le protocole exige, le maître de cérémonie se doit de le fournir. Quand bien même, cette journée vous a plu ?
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Message Sam 22 Déc 2012 - 17:29

Les pensées virevoltent avant de se poser. Ce soir, elles étaient teintées de mon vécu de la journée. Je n'avais jamais, jusqu'à présent, pu profiter d'un tel spectacle : l'ascension au trône d'un héritier. Cela était conventionnel au possible, et je me demandais encore s'il avait eu une légère joie à sourire à tous ces nobles qui ne voulaient sans doute que ses faveurs, ou à jouer à l'enfant, une lance à la main, un cheval sous son poids. Je savais que chaque terres avaient ses propres bagages, son propre passé et que les traditions permettaient au peuple de se sentir uni. C'était bien sûr mon oncle qui m'avait parlé de tout ça, car il avait bien vu à mes yeux grands ouverts que tout cela m'échappait totalement. A chaque fois que j'avais pu croiser le regard de Draven Farman, j'avais tenté d'identifier la moindre joie, la moindre profondeur face à tout ce spectacle. Il n'avait aucun compte à me rendre, mais j'avais cette curiosité de comprendre, cette naïveté de vouloir aller au fond des choses, en espérant peut-être avoir une réponse pour le monde entier par les yeux d'un seul être. Tandis que mon oncle analysait, affinait son savoir à travers ses connaissances et ses expériences, j'utilisai mon flair, mon intuition, voulant la rendre toujours un peu plus subtile à chaque occasion qui m'était donné. Trop jeune, l'esprit sans doute trop lent, ou trop rapide vu comme je savais parler sans réfléchir, mais c'était avant tout ma façon d'être et j'avais appris à vivre avec.

Quand mon regard se perd si longuement dans le lointain et que le vent flirte avec des mèches de ma chevelure, l'odeur du sable chaud de Dorne me revient au cœur. On a beau dire que la mer est pareil partout, je ne suis pas de cet avis. Les marins en parlent comme d'une amante lunatique, j'en parlerai davantage comme le miroir des terres qu'elle approche. A Dorne, le soleil épouse la mer, il l'embrasse, tandis qu'ici c'est un combat, la mer semblant l'engloutir sans lui laisser le temps de dire aurevoir au jour. Rien que l'air est différent, pourquoi n'en serait-il pas de même de l'eau ? Il n'y a que la lune qui se montre égale à elle-même. Ce soir elle est pleine, souriante. Devrais-je faire de même, lui sourire alors même que je suis seule sur les remparts ? Un garde pourrait me voir et penser que je suis bien sotte d'être ainsi seule, à sourire au fantôme, alors même que la fête bat son plein en contrebas. Mais je souris tout de même, juste très légèrement, comme un frisson qui parcourt mes lèvres.

J'appréciai ce moment, dans toute sa légitimité. Il n'y avait que le ressac des vagues qui venaient s'échouer sur les côtes, que la lumière douce de la lune et le vent qui me souffle de silence. J'aimais ces moments privilégiés avec la nature, cette constance dans le vide qui me ramène à moi. J'oubliai ma robe, mon corps peu à l'aise dans cette tenue. J'oubliai jusqu'au fait d'être une femme et de me trouver sur une île que j'avais trouvé magnifique à mon arrivée et qu'au soir je ne regardais plus. Les gens aiment les villes, ils s'y sentent en sécurité, le bruit est toujours mieux que le silence pour eux...Mais je ne suis pas comme eux, comment peut-on se sentir rassurée auprès d'un ivrogne ? Comment peut-on croire à l'honnêteté de ces enfants qui se glissent parmi la foule attentive à la lice ? Mon sens de l'observation me fait voir trop de choses, ne me permet pas, en ville, de lâcher prise, comme je le faisais en cet instant.

Un raclement de gorge. Je tourne la tête, surprise, mais n'en montrant rien, comme si mon visage était devenu un masque à force d'entrainement. Toutefois, la surprise est grande car je ne m'attendais pas à voir le maitre de cérémonie face à moi, sans convives pour me séparer de ce regard. Il était encore en rouge foncé, rappelant la couleur de ma robe que j'avais oublié. En un geste protecteur face au rappel de ma tenue, je pliai les bras tout en lui faisant face. Je n'étais pas à mon aise, je n'avais aucune idée de ce qui convenait de dire. Heureusement, mes yeux ne trahissaient pas mon trouble et je le fixais sans mal, l'écoutant amorcer la conversation avec quelques mots sur mon oncle. J'appréciai ses mots. Il semblait partager ma sensation concernant la douceur de la nuit, mais également tout ce qu'elle peut révéler. Savoir que mon oncle faisait sa garde de nuit n'était pas une grande nouvelle, bien que j'étais heureuse d'en apprendre un peu plus sur lui.

Il se posta face à la mer comme je le faisais précédemment. Tandis qu'il observait l'horizon, j'observai son profil. A la fois rude et fin. J'aimai à contempler ainsi, bien que s'il surprenait mon regard, sans doute l'aurai-je détourné contrairement au reste de la journée où la foule me protégeait de la moindre question. Concernant celle qu'il me posa, je pris le temps de la réflexion avant de lui donner une réponse. Ce n'était pas dans mon habitude, mais faire entendre ma voix dans l'intimité de cette rencontre était comme une violation qui fit vibrer mon être :

- Dépaysée je le suis.

Je n'étais pas douée avec les mots, il en avait la démonstration. Au moins, pourrait-il gagner du temps pour aller rejoindre une noble de son rang qui aura une discussion plus en accord avec ses attentes. Je ne pouvais pas à mon niveau lui dire que cette robe me serrait, que le protocole était long et ennuyeux et que j'aurai aimé profité de la nature de cette île plutôt que de sa forteresse.

- Je n'avais jamais assisté à ce genre de cérémonie.

Après tout, cet événement ne se produisait pas régulièrement et habituellement nous n'avions aucune raison d'être présents avec mon oncle.

- Mon oncle vous a en haute estime, ainsi que votre défunt père. Ce qui a rendu ma journée intéressante c'est le fait de vous connaître.

Mon regard se porta sur l'horizon. Mon cœur battait fort car je n'avais aucune idée de la façon dont il interprètera mes propos fort maladroits.

- Même si je n'ai pu que vous observer.

C'est la seule chose que je sais faire...Ca et chasser, mais je ne dirai mot à ce sujet.

- Vous parlez du protocole comme si vous ne l'aimiez pas. Comment avez-vous trouvé cette journée ? Vous sentez-vous différent désormais qu'une ville entière dépend de vous ?

Le naturel revient toujours, quoi qu'on fasse...j'en avais encore une fois la preuve, bien que ma voix était aussi douce qu'un murmure pour ne pas froisser les soupirs des vagues.
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Message Sam 5 Jan 2013 - 11:20

Par les Sept, qu'est-ce que cette nuit de printemps pouvait être cent fois plus agréable que la chaleur étouffante de la salle de banquet. Au contact de cet air frais le fraîchement sacré Seigneur de Belle-Île se sentait presque pousser des ailes alors qu'il entamait cette discussion avec la nièce de Nasler, le lancier Dornien. La jeune femme ne devait certainement pas s'attendre à rencontrer ici le maître des lieux mais il devait bien avouer ne pas en faire grand cas. Il lui semblait en effet bien plus agréable d'apprendre à connaître des personnes venant de contrées lointaines plutôt que de revoir toujours les mêmes sourires, dont une bonne part restaient hypocrites. Ainsi donc tendit-il l'oreille avec attention aux paroles de cette inconnue avec qui il allait passer un moment qu'il espérait agréable.

Cette dernière l'assura être totalement dépaysée par ce voyage à Belle-Île. Draven avait entendu et lu des descriptions de Dorne à la bibliothèque de Castral-Roc lorsqu'il y était écuyer, ainsi put-il acquiescer à cet aveu d'un air entendu. L'île dont il était maintenant le maître était bien plus fertile que la majorité de l'endroit où la jeune femme était née. Il jeta un coup d'oeil en biais à la jeune femme comme pour mieux comprendre en quoi elle se sentait loin de son quotidien, ou bien alors simplement pour la dévisager, il n'en savait lui même pas grand chose. Elle ne portait pas sa robe à la façon des grandes dames et, connaissant son oncle, Draven n'aurait pas été étonné qu'elle l'accompagne dans l'ensemble de ses voyages. Une femme d'aventures et de voyages, non une sédentaire à l'esprit endormi par le labeur ou les conventions. Voilà bien le genre de personnes que l'on ne rencontrait pas tous les jours et ce fut sans surprise qu'il apprit qu'elle n'avait jamais assisté à l'accès d'un héritier à la tête de sa maison. Il accueillit même cette nouvelle avec un petit sourire amusé tant cela ne l'étonnait absolument pas.

Tournant le dos à la mer il jeta un regard distrait sur le chemin de ronde et la cour du château en contrebas, tout semblait bien se dérouler et ils entendaient malgré tous les clameurs du banquet dans la salle commune. Ne sachant pas réellement quoi répondre aux derniers mots de Shaelya, il entamait une réflexion pour relancer la conversation. Exercice intellectuel qui n'eut pas à durer longtemps étant donné qu'elle prit la main sur lui pour faire la conversation, une initiative qui était loin de lui déplaire.

Elle souligna l'estime que son oncle Nasler avait pour lui ainsi que pour son défunt père, cette certitude se teintait d'une profonde ironie face au secret dans lequel Draven avait acquis son trône. Le parricide était commis, le corps enterré, il l'avait fait pour ramener son domaine dans le droit chemin et n'en souffrait aucune honte. Mais nul doute que le vieux guerrier dornien aurait été totalement outré d'une telle attitude, voilà qu'il se trouvait soucieux de l'estime d'un souvenir du passé qu'il ne reverrait peut être plus jamais ... Ainsi soit-il. Shaelya continuait son discours alors que ces pensées obscures teintaient l'esprit du nouvellement lord. Elle assura que le rencontrer était assurément le plus grand intérêt de cette journée, malgré le fait que jusque là elle ne put que l'observer de loin.

Il avait bien remarqué les regards qu'elle lui avait lancé à certains moments de la journée et en comprenait désormais mieux la teneur. Distraitement il tourna la tête vers la jeune femme qui fixait l'horizon avec une telle force qu'il comprit que les mots qu'elle venait de dire étaient bels et bien sortis hésitants, que leur intonation si particulière n'était pas une rêverie de son esprit fatigué par cette journée. Intérieurement il se sentait flatté par l'attention que lui avait accordé cette jeune dornienne mais se retint de lui en faire part, il n'était nullement dans son intention de la mettre encore plus mal à l'aise.

Ainsi donc resta t-il attentif à ses paroles alors qu'elle semblait retourner la conversation sur lui plutôt que sur elle. La question qu'elle lui posa aurait pu paraître cinglante et totalement déplacée envers la noble personne que se trouvait être Draven, une question de mise en forme et également de distances sociales mal respectées. Lui demander en quoi il n'avait pas aimé le protocole de cette journée aurait pu revenir à établir des doutes sur sa volonté d'être lord. Mais après avoir joué les figures d'autorité toute la journée, Draven n'avait pas le goût d'être condescendant envers l'une des seules personnes avec qui parler ne semblerait pas, ce soir, une redite de conversations antérieures.

Lâchant un soupir amusé, il se répéta une fois encore les questionnements de la jeune dornienne comme pour s'en imprégner et ainsi mieux y répondre. Se mettant de biais par rapport au rempart, pour mieux discuter avec son interlocutrice dont il tentait maintenant d'accrocher le regard, il posa un coude sur l'un des créneaux et répondit enfin d'une voix calme :


- Le protocole est essentiel aux traditions, la question de son utilité ne se pose donc pas. Mais ...

Il ne put s'empêcher de laisser échapper un léger rire nerveux, comme pour relâcher loin de son esprit l'étau de pression et de dignité surjouée qui avait maltraité son cerveau durant la journée. Cela fait il reprit son discours de façon légèrement plus détendue :

- Que de lourdeurs dans ce protocole ! A vrai dire j'ai apprécié la journée autant que les circonstances peuvent me le permettre, même s'il me faut avouer que prendre l'air en votre compagnie sonne comme une libération.

Etre ainsi la cible de l'ensemble des regards de courtisans, d'invités, sans même parler de son peuple, durant une journée entière n'avait rien d'une sinécure pour le chevalier plus habitué aux cales des navires et à l'ambiance militaire. Il devrait maintenant s'y plier plus que de raison et ce malgré ses appréhensions, néanmoins le choix n'était plus entre ses mains. Après l'ombre d'un sourire aigre, il reprit ses réponses envers les questions de Shaelya :

- Quand à la ville et à l'île dont j'ai maintenant la responsabilité ... Il faut bien avouer que le Fléau de Printemps qui a emporté feu mon père, cette maladie l'a privé de ses facultés de raisonnement. La gestion du territoire m'est donc familière et j'avoue avoir hâte de me remettre au travail.

La situation n'était en effet pas des plus faciles pour eux, les revenus dépassant les dépenses n'auguraient rien de bon à moyen terme. Et la fête pour son accession au trône n'allait rien arranger, loin de là. Demain, dès que les invités seraient partis il réunirait un conseil pour entamer les réformes de son territoire. Puis enfin les choses pourraient s'améliorer ... Tout du moins l'espérait-il ardemment, car subir la honte d'un fief en ruine n'était pas quelque chose qu'il pourrait supporter. Mais pour l'heure il pouvait se permettre de découvrir un peu mieux son interlocutrice, ses conseillers ayant certainement plus d'alcool que de sang dans le corps. Chassant ses pragmatiques pensées, il prit la main sur la conversation à son tour, demandant d'une voix curieuse et amicale :

- Mais assez parlé de moi voyons, toute la journée y fut dédiée, je pense que cela suffit. Parlez moi plutôt de Dorne, de ses paysages, de ses coutumes. Ainsi que de votre vie de voyages je vous prie. J'imagine que parcourir les routes avec votre oncle ne doit pas vous embarquer dans les plus anodines des aventures.

Il avait envie de se changer les idées et de découvrir un autre monde que le sien ce soir et cette rencontre pouvait bien le lui permettre. Tout du moins le pensait-il.
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Message Dim 13 Jan 2013 - 18:49

Je n'aurai jamais pensé que celui qui avait été le centre de l'attention de tous en cette journée, soit encore la mienne en cette soirée. Les remparts avec leur vue sur la mer était avant tout pour moi l'unique endroit où je pouvais me sentir ici et ailleurs à la fois. Au delà de cet océan, Lancéhélion siégeait fièrement, la mer devant être bien plus chaude qu'ici. Je trouvais cela rassurant de me rattacher à elle, alors même que je n'avais pris un bateau qu'une seule fois accompagnée de mon oncle quand je n'étais encore qu'une gamine. Et pourtant, cela me manquait et je ne pouvais que repenser aux mots de ma mère qui disait de mon père qu'il était avant tout marin...Mais la présence de Draven Farman auprès de moi rendait les étoiles plus brillantes, la lune plus mystique, comme si sa présence était magique car entièrement imprévisible.

Mais loin de perdre la tête, je portai mes mains sur la roche, l'agrippant quelque peu pour me donner de la contenance. Je prenais soin de peser mes mots, même si la réussite à ce sujet était des plus mitigée. Il m'intimidait quelque peu, bien que je tentais du mieux possible de n'en rien laisser paraître. Le fait d'être habillée en femme aussi ajoutait à ma gêne. Je me rassurai en pensant qu'il avait du fréquenter énormément de femme et qu'il connaissait cette timidité toute relative, car si je pouvais lui prouver mon habileté à l'arc, ou encore simplement à la chasse, voilà qui nous mettrait sur un pied plus égalitaire à mon sens.

Mais pour le moment, il semblait chercher ses mots, tandis que j'accrochai avec force mon regard sur le lointain, comme si le regarder me prouverait à quel point je n'aurai pas du poser la question qui était mienne. Mon oncle devait déjà me chercher à cette heure, à moins bien sûr qu'il ai toute confiance en moi au sein d'une ville, qui est l'endroit où je peux commettre le plus d'erreurs au final. Je décidai de me détendre quand je sentis sa voix vaciller, admettre une hésitation. Mes grands clairs se portèrent dans les siens, plus sombres bien que reflétant la lune, tandis qu'il cherchait les mots justes. Le rire qui s'échappa d'entre ses lèvres, me prouva que lui aussi subissait une certaine pression que j'avais tout loisir d'imaginer, et qu'enfin, ensemble, nous nous relâchions pour une discussion agréable ou peut-être il saurait accepter mes maladresses comme faisant partie de moi, simplement.

Un sourire se dessina sur mes lèvres. Sans doute y avait-il là du soulagement face au fait qu'il ne me sermonne pas, et réponde avec sincérité. J'appris ainsi qu'il appréciait se retrouver sur les remparts autant que moi, et que la lourdeur des festivités n'avaient pas été de toute joie pour lui. Je ne pouvais qu'imaginer le poids que cela devait être de faire bonne figure durant toute une journée car toute l'attention était sur vous. Et cette révélation qu'il me fit sur son ressenti de la journée me le rendit plus humain, plus proche de moi et du peuple que le peu entrevue durant la journée. Quand au reste, il en avait déjà l'habitude et l'évocation de son père sembla rendre son humeur bien plus sombre, chose que je pouvais sans peine comprendre.

Il n'y eut alors plus que le bruissement des vagues sur les rochers, tandis que mes yeux détaillaient discrètement son visage. Ainsi, je ne le dévisageais pas, mais appréciais son visage et ce qui se dégageait de lui, au delà du charisme propre au suzerain qu'il devenait. Je ne connaissais aucune des responsabilités qui étaient les siennes. Je ne connaissais même pas la responsabilité d'un simple foyer, travailler étant pour moi inconnu. Je ne savais que survivre, chassant pour cela, arpentant les routes, la nature et comprenant son fonctionnement afin que grâce à elle, être encore en vie. Sa vie semblait à priori plus confortable, mais je me doutais que penser pour un ensemble de personne devait être plus compliquée que penser à son unique existence. Face à cette constatation que je gardais pour moi, je détournai les yeux de son visage afin de les reposer sur l'océan.

C'était sans compter sur sa question à mon sujet. Sa voix se montra plus avenante, amicale, agréable même...Je ne sais s'il remarqua la surprise dans mes yeux suite à sa façon de me parler. C'était assez surprenant vu la voix plus basse qu'il avait utilisé jusqu'à présent. L'ayant fait parlé, je savais qu'il était dans mon devoir de lui répondre, mais je doutais que cela soit aussi intéressant qu'il avait l'air de le penser. Avec lenteur, ce que certains appelleraient avec grâce, je me détournai de l'océan afin de m'adosser contre les pierres.

- Mon oncle vous en parlerait mieux que moi. Je ne suis qu'une observatrice qui prend part à l'action quand elle se présente.

Un sourire gêné, avant que je ne poursuive, ne sachant pas vraiment ce qu'il convenait de dire ou non :

- Ce que vous voyez de moi ce soir n'est pas ma tenue habituelle. Quand on parcourt les routes, mieux vaut des pantalons et faire en sorte de paraître un homme. On se sent plus en sécurité, et dans mon cas, je me sens moi-même.

Avec cette robe, cette coiffure, j'ai simplement la sensation de faire semblant, de jouer une comédie et de jouer très mal.

- Mais je pense que vous vous l'imaginez sans mal.

Un silence, doux comme une caresse qui me permit de reprendre le fil de mes pensées :

- Dorne fait rêver. Pourtant, elle n'est que dunes, tempêtes de sables...et dans les villes merveilles.

J'eu un sourire à ce dernier mot, car il est vrai que le faste, les couleurs chatoyantes étaient monnaie courante dans les villes de Dorne. Toutefois, ma réalité à moi n'était pas celle-ci.

- Mais quand on doit survivre par la chasse, le désert n'est pas l'endroit le plus nourricier.

Je m'étonnai de délier ma langue aussi aisément, à croire qu'entendre mon oncle s'exprimer suffisait à ce que je retienne la façon de faire.

- Mais j'aime cette vie...Nous avons parcouru tout Westeros à l'exception du Nord. Mon oncle a toujours aimé la chaleur ou des climats venteux...Mais le froid du Nord m'a-t-il dit, n'est pas un endroit pour des gens à la peau noire...

Je ne savais si cette information était satisfaisante pour le lord...Je me permis d'ajouter :

- J'ai toujours eu la sensation qu'il évite le Nord pour une raison autre que le climat. Mais je ne suis que sa nièce, et je n'ai aucune prétention à fouiner dans sa vie.

Mon regard s'obscurcit...je repensais aux discussions que nous avions ensemble sur le Nord, terre qu'il a connu mais qu'il ne voulait plus connaître.

Je levais mon regard vers le sien, me rappelant qu'il avait mentionné le terme « aventures ».

- Je pourrais vous parler toute la nuit des aventures que nous avons vécu, mais je doute que cela ait un réel intérêt pour vous. Certaines aventures sont des histoires à dormir debout, vous n'y croirez pas...Puis vous devez être fatigué suite à cette journée.

Non, je ne tentais nullement de fuir...Mais à trop parler, j'avais peur de trop en dire ou pire me ridiculiser.
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