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Une invitation royale.

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Message Sam 17 Nov 2012 - 18:26

Aelinor était assise devant son miroir, une brosse à la main, fixant son reflet sans vraiment le regarder. Ses caméristes continuaient de s'agiter tout autour d'elle, alors qu'elles avaient déjà terminé de l'apprêter pour le dîner, telles des papillons de nuit autour d'une lumière un peu vive.

Les compliments fusaient, comme de coutume et les jeunes demoiselles s'extasiaient, qui de la robe, qui de la coiffure, qui de la grande beauté de la Reine. Il est vrai que la tenue qu'elle portait pour faire honneur à ses invitées de la soirée était d'une grande qualité. D'un rouge sombre agrémenté de pointes d'or ici et là, sa robe de soie lui seyait à merveille et les longues manches fendues jusqu'aux épaules touchaient presque le sol, dévoilant une doublure d'un rouge cramoisi.

Quant au reste… elle se savait agréablement dotée par la nature et portait ses 35 ans la tête haute, le temps n'ayant que peu d'emprise sur elle. Mais, alors qu'elle observait les fines rides qui entouraient ses yeux, elle reposa brusquement la brosse sur la table, la mine agacée. Quelle importance si elle était belle comme un astre ou si elle ressemblait à une truie en robe ? Elle était la Reine, ce paramètre suffisait à la rendre attirante aux yeux de tous les hommes qu'elle pouvait croiser.

Tous sauf un.

C'était à se demander si elle ne lui aurait pas plus fait d'effet en étant un jeune éphèbe bien bâti ou cette fameuse truie à laquelle elle venait de penser.

La Reine fronça les sourcils, se demandant comment elle en était arrivée une fois de plus à penser à cette frustration latente qui était devenue son quotidien. Quelques secondes de réflexion lui suffirent et un profond soupir lui échappa. Lorsqu'elle avait appris la présence du Grand Argentier pour le Conseil restreint, Aelinor avait une fois de plus rongé son frein en observant Brynden se comporter en maitre du royaume mais elle avait également songé que les deux jeunes sœurs de Clarence Hightower se trouvaient également à Port Real pour leur séjour. Si, dans sa situation actuelle une approche directe du frère était impossible, la subtilité de la manœuvre aurait largement laissé à désirer, rien ne l'empêchait par contre de convier les deux jeunes femmes à un dîner dans ses appartements.

Elle savait pertinemment qu'être invité à sa table était un honneur qui ne se refusait pas et elle espérait que ce repas lui permettrait d'en apprendre plus sur la famille et peut-être même sur le Grand Argentier lui-même qui ne semblait pas particulièrement proche de la Main. Peu lui importait le type d'information, ces derniers temps, elle se sentait si loin du but qu'elle était prête à apprendre tout et surtout n'importe quoi, du moment où c'était quelque chose que Brynden ignorait.

Elle avait vaguement entendu parler des deux jeunes femmes, toutes les deux encore célibataires. Si l'intelligence et la grande finesse d'esprit précédait l'ainée, Virginia, Valencia quant à elle était réputée pour être d'une rare dévotion et surtout, aussi froide et glacée que le Mur. Elle songea un instant qu'il serait grandement intéressant de savoir à qui elles étaient toutes les deux promises. Vu leur âge, l'affaire devait certainement être conclue ou non loin et cela donnerait une idée des objectifs qu'avait Clarence pour sa famille.

C'était penser à ces idées de mariage qui avait plongé une fois de plus Aelinor dans de noirs souvenirs. Si le banquet et la soirée de sa propre union avec Aerys avaient été grandioses et des plus joyeux, conformes en tous points à ce que tous attendaient d'un mariage princier, la nuit de noces avait, quant à elle, été catastrophique. Elle n'aimait guère s'appesantir sur ce souvenir mais, des années plus tard, force était de constater que l'union n'avait toujours pas été consommée, malgré ses tentatives de plus en plus désespérées. Elle avait fini par se lasser de ses refus gênés au départ, puis polis et enfin totalement indifférents, et elle savait que le sujet était l'un des thèmes favoris des bruits de couloir à Port Real et ailleurs. Si son premier réflexe avait été de châtrer tout impudent qu'elle aurait entendu à oser parler de tout ça, elle avait fini par contenir sa fureur, une fois de plus.

C'est alors qu'elle remarqua qu'elle avait attrapé à deux mains la coiffeuse sur laquelle reposait son miroir et qu'elle la serrait tellement fort que les jointures de ses doigts étaient blanchies par l'effort. Poussant un profond soupir, elle relâcha doucement sa prise et ferma les yeux quelques instants.

Il fallait qu'elle retrouve son calme, il ne lui restait que quelques minutes avant d'aller accueillir ses invitées. Elle avait décidé que le dîner se ferait entre femmes, dans la plus stricte intimité et n'avait convié que quelques personnes de plus. En plus des deux Hightower, prendraient donc uniquement place autour de la tablée sa mère, son ancienne dame de compagnie, lady Zhoe au rire facile et si grosse qu'elle espérait tout de même qu'elle ne pondrait pas son héritier sur la table du dîner, et l'actuelle, lady Pierrane dont la timidité n'avait d'égal que les rondeurs qu'elle arborait fièrement. Selon les critères de la cour, le dîner se déroulerait vraiment en cercle très restreint mais Aelinor n'avait guère envie de s'encombrer d'une foule de dames à qui elle devrait faire équitablement la conversation pour éviter toute sorte de vexation.

Se redressant brusquement au point d'en faire basculer le petit tabouret sur le sol, elle secoua légèrement la tête pour remettre ses boucles en place et se tourna vers les caméristes.


"Il suffit. Vous pouvez vous retirer, je saurais trouver seule le chemin dans mes propres appartements et vous m'agacez à piailler ainsi."

Par seule, elle entendait bien évidemment la compagnie des gardes qui ne la quittaient jamais depuis son enfance mais auxquels elle ne prêtait plus la moindre attention depuis longtemps. Ils faisaient partie des meubles et elle ne leur adressait la parole que pour le strict nécessaire.

Il ne lui fallut effectivement que quelques minutes pour rejoindre la tablée qui trônait dans la grande salle à manger de ses appartements. Elle était particulièrement bien décorée et de l'ensemble émanait une ambiance chaleureuse et intime qui n'était pas pour déplaire à la Reine. Sa mère, lady Pierrane, lady Zhoe et son encombrante progéniture à venir, étaient déjà présentes, discutant avec animation de ce qui semblait être la dernière épouse d'un lord quelconque. Aelinor leur esquissa un sourire sans prêter attention à ce qu'elles disaient, échangea les politesses d'usage et s'installa à son tour. Ne manquaient plus que les deux sœurs pour que la soirée commence.
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Message Dim 18 Nov 2012 - 14:53

     L'invitation de la Reine avait éveillé la surprise et une certaine fierté chez Virginia. Lorsqu'une domestique du Donjon Rouge avait fait savoir aux deux sœurs Hightower qu'elles étaient conviées à partager un repas avec l'épouse du Roi, l'aînée avait masqué les sentiments qui traversaient son esprit, il n'était pas question de se ridiculiser – ainsi que son patronyme – en montrant sa joie de manière trop excessive. Elle était parfaitement consciente qu'une telle occasion n'était pas donnée à n'importe qui, il n'était pas fréquent que les invités logés au Donjon Rouge puissent avoir l'insigne honneur de rencontrer la Reine. Faire la connaissance de son époux était une autre paire de manches, difficulté simplement liée au fait que le Roi passait tout son temps libre dans sa bibliothèque à lire tous les ouvrages qu'il possédait. Concernant la Reine Aelinor, c'était davantage le fait qu'elle soit la femme la plus importante du royaume – après la Reine mère – et qu'elle devait donc être protégée des dangers inhérents à une telle position.
     Quoi qu'il en soit, cette invitation devait être prise avec beaucoup de délicatesse, même si Virginia ne se faisait évidemment aucune inquiétude au sujet de leur comportement au cours de cette soirée. Depuis que Valencia et son aînée étaient nées, elles veillaient à respecter leur rang et à ce jour Virginia considérait être une dame parfaitement bien élevée. Passer une soirée en compagnie d'une personne aussi importante que la Reine ne l'inquiétait donc aucunement, elle voyait plutôt là l'occasion de pouvoir essayer de rendre à Clarence tous les « services » qu'il avait déjà effectué pour leur maison.

     Cela dit, la jeune Bieffoise n'était pas sotte pour autant – du moins elle considérait ne pas l'être – et il était de notoriété publique que la Reine et son oncle, la Main du Roi, n'étaient pas en très bons termes. Jusqu'à où allait la vérité et à quel moment s'arrêtaient les rumeurs ? Virginia l'ignorait et en femme pragmatique qu'elle était, la demoiselle ne basait pas son jugement sur de simples « on-dit » elle attendrait donc de parler de vive voix avec la Reine avant de se forger une idée à ce propos. Quoi qu'il en soit, la Hightower se demandait s'il s'agissait là d'un simple repas qui permettrait à la noble dame de pouvoir rencontrer d'autres visages que ceux présents aux Donjon Rouge, ou éventuellement d'une tentative pour essayer de se rapprocher de la maison qui dirigeait Villevieille. Virginia n'était aucunement paranoïaque, elle savait juste que le jeu des trônes pouvait des fois se révéler particulièrement compliqué, pour ne pas dire tordu. Elle gardait donc une certaine réserve, ce qui ne l'empêcherait pas de se montrer aussi polie et bien élevée qu'à l'accoutumée bien évidemment !

     Lorsque l'heure programmée pour le repas approcha, Virginia fut aidée par ses suivantes afin de s'apprêter du mieux possible. La jeune dame avait toujours mis un point d'honneur à être parfaitement présentable de manière à montrer qu'elle était digne de son rang, inutile de préciser que cette fois-ci ce fut d'autant plus le cas. Elle jeta son dévolu sur une robe typiquement Bieffoise, agrémentée de quelques plumes des Iles d’Été et rehaussée de quelques soieries des Cités Libres qui faisaient ressortir le vert du tissu dominant. Sa coiffure était arrangée avec soin et lui permettait de garder le visage dégagée – il n'y avait rien de plus impoli que d'avoir des mèches rebelles qui masquaient le regard – le moindre détail était surveillé. Mais comme à son habitude, Virginia dédaigna tous les bijoux qu'elle possédait, elle avait beau en avoir apporté quelques-uns dans ses malles, la Bieffoise préférait laisser ses poignets et son cou vierges de tout ornement. La jeune femme avait toujours considéré que les bijoux trop nombreux ou trop voyants étaient le signe d'un manque d'intérêt de la dame qui les portait, malheureusement obligée d'attirer l'attention et de briller par ses atours et non par son esprit.

     Lorsque Virginia fut apprêtée, après avoir ajouté une dernière touche parfumée – d'une fiole sélectionnée par Valencia – la demoiselle quitta la chambre qui lui avait été allouée de manière à se rendre auprès de sa cadette qui devait être pratiquement prête elle aussi. Après avoir frappé à la porte de la pieuse demoiselle, la Bieffoise y entra pour constater que sa sœur était sur le point d'être parée, elle lui accorda un sourire sincère avant de prendre la parole. « Comme il m'apparaissait évident que nous n'allions pas nous présenter auprès de la Reine et de ses proches sans un cadeau digne de ce nom, j'ai demandé à mes suivantes de nous préparer les plus beaux tissus et produits de Dorne que nous avons apporté avec nous. » La Reine Myriah était née Martell, elle serait certainement ravie de pouvoir profiter un peu des cadeaux originaires de sa région natale. Lady Ismaëlle avait conseillé Virginia à ce propos lors de leur dernier échange de missives, la Bieffoise était donc persuadée que ces présents feraient mouche. Sinon, elle savaient apporté suffisamment de présents pour pallier à cette erreur. Le regard vert de l'aînée se promena sur la silhouette de sa cadette de manière à apprécier l'attention portée à sa toilette. Les dames de la maison Hightower ne brillaient pas par leur beauté, mais par leur maintien et leur esprit. C'était, selon Virginia, le principal atout d'une femme digne de son rang.

     Les deux jeunes femmes furent enfin apprêtées, elles quittèrent leur aile du Donjon Rouge de manière à se rendre dans la zone réservée à la famille royale qui était bien évidemment étroitement surveillée, puis elles furent introduite dans les appartements de la Reine où se déroulait le repas. Virginia observa brièvement autour d'elle avant que les deux femmes ne s'approchent de l'épouse du Roi pour lui présenter leurs respects. L'aînée adressa une révérence à son hôte. « Ma Reine, je vous remercie encore de cette invitation, elle nous honore autant qu'elle nous touche. » La naturelle expression boudeuse qui marquait le visage de la dame, s'était envolée. Lorsqu'elle se concentrait Virginia chassait tous les tics qu'elle avait. Après avoir laissé Valencia présenter à son tour ses hommages à la Reine, la Bieffoise ajouta quelques mots. « Nous avons apporté quelques tissus et produits de Dorne, nous pensions qu'il vous ferait davantage plaisir, ainsi qu'à votre mère, d'avoir des présents qui ne vous sont pas inconnus. Nos domestiques ne devront pas tarder à les apporter. » Elles auraient pu tabler sur la surprise et leur offrir des choses originaires des Cités Libres, mais Virginia avait préféré tabler sur la sécurité. La Reine mère était Dornienne, elle devait avoir gardé ses habitudes à ce niveau, même si elle devait certainement se débrouiller seule pour faire venir ce dont elle avait besoin de sa région natale.

     En parlant des autres invitées, Virginia s'empressa de les saluer avec tout le respect qui leur était dû dès qu'elle eu terminé de parler à leur hôte. C'était une soirée très « intime » en comparaison des repas que la Reine devait normalement donner et cette attention intrigua d'autant plus la Hightower qui ne laissa pourtant rien transparaître de ses pensées. Ses yeux verts se posèrent sur la table décorées avec beaucoup de soin, semblable à la Reine en réalité. Cette dernière, malgré son âge, était encore très attrayante et il était difficile de croire qu'elle n'était plus de toute jeunesse. Les femmes de la maison Targaryen possédaient toutes une beauté particulière qui devait faire tourner la tête de beaucoup d'hommes, contrairement aux dames de la maison dirigeant Villevieille ! Le regard de l'aînée passa sur Valencia alors qu'une expression naturellement polie s'affichait sur son visage, elle reporta ensuite son attention sur la Reine et laissa un sourire léger flotter sur ses lèvres. « Une décoration ô combien adaptée à ce repas. » À comprendre intimiste et féminine puisque les hommes n'étaient pas présents à cette soirée aussi particulière qu’inhabituelle, même pour une femme habituée à fréquenter ses semblables.

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Message Lun 26 Nov 2012 - 19:27

Si Virginia avait été assez sensiblement heureuse de l'invitation reçue – tout en demeurant bien évidement parfaitement digne et réservée – Valencia avait considéré la démarche avec une retenue aussi marquée que ses réflexions à ce sujet. Elle n'était pas d'un naturel pessimiste, bien loin de là, mais elle vouait bien davantage de foi envers les Sept qu'envers les hommes, fussent-il une reine – et, à dire vrai, surtout une reine. Elle n'était pas la plus avertie des jeux de cours et n'était guère familière des intrigues de Port-Réal, toutefois, elle aurait été singulièrement naïve de voir dans cette démarche royale un simple privilège à mettre sur le compte de la chance et du ravissement. Sans y voir de malice malsaine, elle pressentait qu'il y avait là, bien entendu, quelque calcul. Il était toutefois hors de question de se dérober à pareille invitation et, bien au contraire, il s'agissait de s'y rendre avec la déférence et la soumission que les deux sœurs devaient à pareille noblesse. Pensivement, elle se prépara, sans omettre d'adresser une longue prière à l’Aïeule afin de guider les deux lady Hightower dans leur prochaine rencontre, afin d'éviter tout faux pas et de bien représenter leur maison en tout point. Elle n'appréhendait pas négativement cette entrevue : sa sœur comme elle connaissaient l'étiquette sur le bout des doigts et sauraient se comporter à merveille à n'en pas douter, mais le simple fait de posséder un savoir n'évitait pas tous les pièges tendus, volontairement ou pas, par les êtres ou les situations mêmes. Il pouvait se cacher entre les mots tissés les fils tramant l'avenir de leur maison, sans doute pas de façon magistrale ou évidente, bien sûr ; toutefois, un dîner avec la Reine ne saurait être une chose anodine, dépourvue de conséquences.

Elle avait brièvement médité devant ses effets personnels quant à la tenue dont se parer. Il s'agissait d'une rencontre officielle entre dames, ainsi fallait-il se parer avec l'allure nécessaire à montrer à cette dame de très haute lignée qu'on la révérait, sans toutefois jamais la dépasser en éclat, surtout pas, jamais, il fallait donc être à la fois l'élégance même et d'une sobriété rare ; en ça les goûts de Valencia correspondaient en tout point à ce qu'elle envisageait. Elle renonça aux parures, hormis son étoile fétiche qu'elle dissimula dans son corsage pour ne laisser que la fine chaîne apparente, trait d'argent sur sa peau pâle, ne se sentant nullement honteuse de son attachement à la foi, sans trouver pour autant judicieux de l'afficher de façon ostentatoire. Sa seule fantaisie, si on pouvait encore la juger ainsi, serait la fragrance dont elle s'oindrait. Elle avait jeté son dévolu sur un jus frais et délicat, quelque chose de dépourvu d'agressivité, qui saurait ne pas s'imposer et encore moins incommoder durant un repas. Alliance de fleur d'oranger – sa marotte et signature du moment – et de fleurs d'eau, appuyé sur une brassée de rose presque essuyée, son odeur était à l'instar de sa tenue : juvénile et assurée, derrière la fragilité d'une féminité subtile. Sa robe était aux couleur de ses terres d'origines, d'un vert soutenu mais dans un tissu très sobre, pourvu de très peu d'effets, elle l'habillait sans imposer sa silhouette. La jupe était assez étroite par rapport à la mode actuelle, mais légèrement relevée en bas, laissant apparaître des jupons agréablement plissés, d'un vert bien plus tendre et plus pâle, sur lequel était piqué quelques rosaces blanches, discrètes et raffinées, lesquelles venaient également broder son col en quelques endroits faussement hasardeux mais tout à fait réfléchis. Le tout était sobre, sans être trop austère, de par ses quelques différences maîtrisées. Elle releva ses cheveux et y piqua une toute petite pointe afin de les tenir, donc la perle blanche rappelait ses mêmes ornements et, alors qu'elle terminait de mettre la dernière main à sa coiffure, Virginia entra pour la rejoindre. Elle lui adressa ce sourire qu'elle réservait aux siens, plus chaud et moins protocolaire que celui adressé au reste de Westeros et se leva d'au devant de la coiffeuse pour rejoindre son aînée. Humant l'air autour d'elle, elle appuya son sourire lorsqu'elle reconnut dans ces inspirations une fragrance qu'elle avait offerte à sa puînée. Elle acquiesça à son choix exprimé.
    « C'est tout à fait approprié. »

Indiscutablement, la décision de Virginia quant à présenter les étoffes de Dorne à la Reine, dont la mère était née Martell – et héritière à ce qu'elle en savait, quelle étrange contrée – l'était, et elle s'offrit bien volontiers à l'inspection de sa sœur. Si elles avaient coutume de se préparer avec soin, c'était avec le naturel des personnes tout à fait accoutumées l'une à l'autre qu'elles savaient s'ajuster réciproquement et ce, sans aucune arrière pensée ni la moindre rivalité. Peu de fratrie, hélas, comptaient cette complicité. Tout fut parfait, ainsi, elle allèrent.

Les appartements privés de la Reine furent gagnés une fois les couloirs et les gardes passés. La protection de la plus haute noblesse était à l'instar du lignage comme des temps troublés et, bien qu'habituée à garder sa demeure et à vivre auprès de nombreux servants et protecteurs, Valencia se demanda un bref instant s'il n'était pas parfois terriblement pesant d'être ainsi toujours au centre d'une ruche aussi dense. Mais cette faible distraction s'effaça sitôt que les portes s'ouvrirent sur la salle à manger privée de l'épouse du Roi, à poser les yeux sur les personnes d'abord, puis, par un détour lent et unique, sur l'ensemble de la salle. L'ambiance était intimiste et sereine, la décoration trahissait un goût très sûr et une maîtrise de tout et il était presque surprenant de parvenir à instaurer une si convaincante bulle de calme feutré dans des murs si peuplés et noués d'intrigues pouvant parfois mener à l'hostilité. Le faible nombre de convives la surprit, ce qu'elle ne montra pas, s'approchant en même temps que sa sœur pour s'incliner.
    « Tout comme Virginia, fit-elle avec une pensée courtoise envers les dames des lieux qui pourraient peut-être peiner à les différencier et en être mal à l'aise, je vous remercie à mon tour. Soyez assurée de mon respect. »

Elle salua d'une révérence moins marquée mais pas moins distinguée les autres dames à leur tour, selon l'ordre qui convenait et se redressa pour acquiescer simplement aux propos de son aînée quant aux présents. Virginia était manifestement concentrée, contraignant son visage à se débarrasser de ce vilain pli de lèvre qui lui donnait un air renfrogné, lequel était à l'opposé de tout son caractère. Elle même ne se fit pas réellement moins froide, mais s'efforçait de ne surtout pas paraître distante ou hautaine. Alors que sa puînée commentait l'apparat des lieux, les domestiques s'approchèrent afin de les installer et Valencia se laissa guider, s'attablant sans précipitation ni lenteur trop marquée. Elle releva à son tour ses sincères impressions.
    « Elle rend ce lieu très remarquable, en effet. C'est un écrin précieux. »

La flatterie était aimable et indistincte, une autre politesse à laquelle elle était rompue. Il ne s'agissait pas d'être obséquieuse, mais il fallait au moins instiller un peu de ce plaisir qu'on pouvait trouver dans le raffinement et l'élégance. Les domestiques de ces dames s'effaçaient en silence, laissant aux nobles femmes réunies le temps de converser avant d'entamer le dîner, afin de ne pas laisser entendre qu'on les pressait. A cet instant, les portes s'ouvrirent sur les gardes et les servants des deux Hightower, lesquels présentaient les chatoyantes et riches étoffes de Dorne ainsi que quelques coffrets d'épices typiques et rares. Ils gardèrent ainsi la pose, patientant qu'on leur indique de disposer. La pieuse lady glissa.
    « Nous osons espérer qu'elles sont à votre goût et que notre initiative n'est pas pour vous déplaire. Il nous importe beaucoup de vous rendre une petite parcelle de l'honneur que vous nous faites. »

Elle inclina légèrement la tête, attendant la réaction royale sans pour autant avoir la maladresse de la scruter de façon trop impatiente ou trop appuyée. Elles ne s'étaient sans doute guère trompées en jetant leur dévolu sur ces offrandes là.


Dernière édition par Valencia Hightower le Lun 10 Déc 2012 - 17:27, édité 1 fois
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Message Dim 2 Déc 2012 - 12:47

Un simple regard aux deux jeunes sœurs lui confirma ce qu'elle s'était déjà imaginé de par les rumeurs et les différentes discussions qu'elle avait pu entendre concernant la fratrie Hightower. Elles savaient respecter l'étiquette jusqu'au bout des ongles, leur tenue convenant parfaitement à un tel dîner sans être ni trop simpliste ni trop ostentatoire.

Un léger sourire appréciateur se dessina sur les traits de la Reine alors que les deux Hightower la saluaient avant de se tourner vers le reste des convives, faisant preuve d'une retenue que la Reine ne pouvait que trouver totalement appropriée. Elles savaient quelle était leur place, fait assez rare au sein de la Cour qu'elle fréquentait quotidiennement pour ne pas être remarqué.

Malgré la haine quasi viscérale et la frustration qui était devenues siennes depuis plusieurs années déjà, Aelinor savait se faire charmante et particulièrement affable. C'est avec un sourire gracieux qu'elle répondit alors aux demoiselles d'une voix chaleureuse, sans qu'elle n'ait à faire réellement d'effort pour se montrer aimable.


"C'est un plaisir de vous avoir à ma table ce soir. J'ai pensé qu'il serait plus agréable d'être en comité restreint pour faire quelque peu connaissance et réussir à échanger plus de deux mots sans être sans cesse interrompues. Si j'aime à recevoir du monde, ce n'est que rarement la façon la plus appropriée pour échanger en toute sérénité et apprendre à se connaitre, vous ne croyez pas ?"

Si sa façon de parler pouvait penser à une question, Aelinor savait qu'elles ne diraient rien qui risquerait de contrarier ses affirmations, qu'elles approuvent ou non sa vision des choses. C'était l'un des rares avantages qu'elle aimait à tirer de sa position de Reine des Sept Couronnes et peut-être celui qu'elle utilisait le plus souvent avec une joie un rien mesquine.

Inutile de préciser les intérêts que voyait la Reine à n'avoir que les deux jeunes sœurs à dîner, en plus des quelques femmes qui avaient pour habitude de partager presque chacun de ses repas. L'aînée avait le regard vif et brillant d'intelligence et elle devait certainement avoir compris, tout du moins en partie, les enjeux que pouvait avoir même un simple dîner à première vue sans conséquences.
Si Aelinor savait pertinemment qu'il ne s'agissait là que de quelques discussions entre femmes, elle savait également que c'était souvent le moment le plus approprié pour apprendre certaines rumeurs sur la façon dont était vu la gestion du royaume en dehors de Port Real mais également pour rappeler à la famille Hightower que la Reine était reconnaissante du travail que le Grand Argentier avait pu fournir depuis sa nomination, à défaut d'avoir des remerciements d'un Roi toujours absent et peu au fait de ce qui pouvait bien se passer au sein du Donjon Rouge.

Tout en restant officiellement à sa place de simple Reine qui n'aurait d'autre but qu'être cet objet d'ornement attendu par bien des gens qui l'entouraient, elle essayait d'utiliser ses propres cartes sans faire trop de vagues. Le succès qu'elle avait rencontré jusque là n'était que très relatif mais il lui en fallait plus pour baisser les bras et s'avouer vaincue. Et si, finalement, cette soirée n'apportait rien de concret, les deux jeunes femmes qui se tenaient dans ses appartements semblaient être suffisamment intéressantes pour qu'elle n'aie pas l'impression de perdre son temps et pour qu'elle songe à autre chose que ruminer pendant des heures sur sa situation, comme elle le faisait si souvent.

Elle n'eut pas le temps de remercier les jeunes femmes pour leur délicate attention que déjà entraient leurs hommes, les bras chargés des présents annoncés. Myriah se leva avec une énergie peu commune pour une femme de son âge et alla d'un pas vif jeter un regard aux différents paquets, un sourire ravi illuminant alors le visage marqué de la Reine Mère. Visiblement l'origine des tissus et des épices était fortement appréciée et, tandis qu'Aelinor s'approchait à son tour pour apprécier la richesse et la qualités des présents, Myriah s'empressa de rejoindre les deux sœurs en les remerciant avec sa vivacité coutumière.

La Souveraine quant à elle, s'était levée plus tranquillement et, après avoir jeté un bref regard aux différents coffres en inspirant doucement, reconnaissant ainsi sans mal les épices apportées, elle resta quelques instants immobile devant les étoffes que les servants essayaient de lui présenter sous leur meilleur jour. Les effleurant doucement du bout des doigts pour en apprécier la douceur et la qualité, elle hocha à son tour la tête d'un air appréciateur avant de murmurer, d'une voix étonnamment douce.


"Une vraie splendeur…"

Après un bref geste de la main à ses propres servantes qui s'empressèrent de s'occuper des gardes, des servants et de leur présents, elle retourna près de la tablée et des Hightower, inclinant légèrement la tête dans leur direction avant de reprendre, d'une voix plus audible.

"C'est une attention particulièrement touchante que vous avez eue là, ne serait-ce que par l'origine de ces merveilles, je vous en remercie. Vous avez su faire preuve d'un goût certain, surtout dans le choix des étoffes que j'affectionne tout particulièrement. Soyez assurées qu'elles seront utilisées avec le plus grand soin et que je me ferais une joie de porter les tenues que mes couturières les plus agiles sauront me créer."

Alors qu'elle s'installait à sa place, il lui suffit d'un simple hochement de tête de sa part en direction des domestiques et le ballet des mets commença. Tout comme la tablée, chaque plat se révélait fin et délicat, à l'image que la Reine voulait donner à cette soirée. Du vin de Dorne remplissait les verres avec une parfaite régularité, Aelinor essayant, une fois n'est pas coutume, de ne pas vider le sien trop rapidement. Ce genre de rumeur à son sujet ne pourrait que nuire un peu plus à sa volonté de s'approcher du trône et, si elle avait eu tendance ces derniers soirs à essayer de noyer ses idées noires dans ce breuvage carmin, elle faisait en sorte de se contenir lorsqu'elle était en présence d'invités.

Reposant délicatement sa fourchette après avoir écouté distraitement les paroles de remerciement de sa mère et les quelques anecdotes relatives à sa jeunesse à Dorne qu'elle aimait à raconter et qui faisaient souvent sourire le auditeurs, Aelinor se contenta d'une seule gorgée de vin avant de parler, un léger sourire attentif flottant sur ses lèvres.


"Alors, que pensez-vous de votre séjour à Port Real ? La ville est à votre goût ? Quelles sont les réjouissances au programme ?"

Elle avait beau chercher, elle était incapable de se souvenir d'avoir déjà rencontré les deux jeunes femmes lors d'un voyage précédent à la capitale. Mais il lui semblait parfaitement inutile de soulever ce détail en leur présence et elle était persuadée que la discussion se déroulerait nettement mieux sans qu'elle ne fasse part de son ignorance à ce sujet.
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Message Dim 2 Déc 2012 - 17:13

     Les jeunes femmes s'installèrent à la table préparée avec soin. Le regard vert de Virginia se promena avec neutralité sur la décoration, appréciant l'aspect très féminin qui se dégageait de ce repas pour le moins unique. Elle n'avait que rarement l'occasion de passer des moments uniquement avec des représentantes du « sexe faible » étant donné qu'à Grand Tour, il y avait toujours Calvin, Charles ou quelqu'un d'autre pour venir troubler les instants passés en compagnie de l'une de ses sœurs. Après que Valencia eut appuyé les paroles de son aînée, la Reine expliqua la raison de cette soirée plutôt restreinte et Virginia ne put qu'approuver de tels dires. Il était évident qu'une personne comme la Reine ne devait de toute manière pas être habituée à se voir répondre par la négative. « Ces moments sont trop peu fréquents pour les rater. » Que ce soit l'occasion de passer un moment entre femmes ou tout simplement de pouvoir discuter avec la Reine. Même si ces bavardages ne seraient certainement pas aussi innocents qu'elle pouvait le laisser entendre. À peine Virginia eut-elle terminé sa phrase que les domestiques qui accompagnaient les deux Hightower entrèrent dans la pièce afin d'apporter les fameuses offrandes destinées à la Reine et se génitrice. Un sourire poli se plaqua sur les lèvres de la Bieffoise qui écoutait sa sœur avec satisfaction, elle était toujours ravie lorsqu'elle entendait ses cadettes parler avec autant de politesse et de respect dans la voix. En mimétisme inconscient de Valencia, le regard de Virginia se posa sur la Reine et la Reine Mère, attendant de voir leur réaction et elle ne fut aucunement déçue.

     La Reine Myriah se redressa, démontrant qu'elle jouissait encore d'une bonne forme malgré son âge avancé, puis elle s'approcha des paquets apportés par les domestiques avant de les observer. Un sourire neutre se dessina sur les lèvres de Virginia lorsqu'elle vit la manière dont le visage de la Reine Mère s'éclairait : apparemment apporter une petite parcelle de Dorne avait été une bonne idée. La jeune femme nota dans un coin de son esprit qu'elle allait devoir remercier, encore une fois, son amie Ismaëlle de lui avoir parlé de ces produits et tissus. La Reine elle aussi semblait satisfaite des présents apportés et l'aînée échangea un bref regard avec sa cadette avant que la Reine Myriah ne s'approche d'elles deux pour les remercier. Qu'elles fassent mouche avec leur cadeau était une bonne chose et permettait de débuter la soirée sur une très bonne note. Les domestiques emportèrent les tissus et produits avant que la Reine Aelinor ne vienne à son tour apporter des remerciements aux deux Bieffoises. Sa voix était d'une douceur surprenante, même si Virginia savait parfaitement qu'il ne fallait aucunement se fier à l'apparence d'une personne pour se forger une idée de son caractère, elle en était la preuve vivante, elle savait que la femme face à elle n'était pas une simple Reine potiche, mais bien une femme pleine d'intelligence. « Dorne regorge de trésors, il aurait été dommage de ne pas profiter de la proximité de nos deux régions. Nous sommes ravies que ces présents puissent vous êtes utiles, ils sont toujours préférables à des babioles sans intérêt. » C'était la Virginia pratique et pragmatique qui parlait. La jeune femme ne voyait jamais vraiment l'intérêt de cadeaux uniquement décoratifs, elle préférait savoir que la Reine avait usé des tissus pour se faire fabriquer des robes qu'elle portait.

     Les mets furent alors apportés, raffinés et délicats tout comme tout ce qui se trouvait là ce soir. Virginia apprécia d'autant plus cette manifestation évidente de bon goût et se réjouissait d'en apprendre davantage sur la Reine qui semblait apparemment réserver bien des surprises. Bonnes ou mauvaises ? L'avenir le leur dirait. La jeune femme se concentrait essentiellement sur ce qui se passait autour d'elle, gardant une posture digne d'une dame – ce qui n'était pas très dur étant donné qu'elle le faisait en permanence – et notant les paroles qui arrivaient à ses oreilles. Le vin de Dorne qui remplissait les verres était très agréable, signe que la Reine possédait aussi un côté piquant. Dans une soirée aussi féminine que celle-ci, Virginia se serait plutôt attendue à trouver du vin de La Treille réputé pour sa douceur. Mais la présence du breuvage de la région natale de la Reine Myriah, prouvait certainement que cette soirée réservait quelques passages plus vifs que d'autres. La personnalité de la Reine Aelinor cachait-elle quelques surprises elle aussi ? Peut-être que la Bieffoise se montait simplement la tête, mais elle notait les détails d'importance. La délicatesse et le soin apporté à cette soirée la laissait penser qu'un point aussi important que le vin ne pouvait avoir été laissé au simple choix du hasard. Dorne fut très présente dans les discussions, la Reine Mère parlant de sa jeunesse dans cette région et à plusieurs reprises des sourires amusés – et non forcés – apparurent sur les lèvres de Virginia. Apparemment le fait de quitter sa région natale avait beaucoup coûté à la Reine Myriah qui devait être heureuse de voir de représentants de son ancienne maison, présents au Donjon Rouge.

     Après quelques instants, la Reine Aelinor décida finalement d'orienter la discussion sur un sujet en apparence anodin et Virginia ne se fit pas prier pour lui répondre. « Pour le moment je suis très satisfaite de ce que j'ai pu voir. Je n'étais encore jamais venue au Donjon Rouge et malgré tout ce que l'on peut entendre à son sujet, mon imagination était loin d'être à la hauteur. » Il fallait avouer que Virginia ne se démarquait pas particulièrement par son imagination sur-développée, mais la Reine n'était pas censée le savoir. « Port-Réal est très différente de Villevieille, mais toute aussi agitée. Il est agréable de voir que le commerce est encore au beau fixe malgré la sécheresse et les malheurs que les Sept nous ont envoyés. » Elle songeait bien évidemment à la guerre, même si elle n'en parlait pas précisément. La suite du programme était assez simple, Virginia souhaitait simplement passer un peu de temps avec Valencia et pouvoir se rendre utile auprès de Clarence et bien évidemment, de son futur époux. Son but en arrivant à Port-Réal était d'améliorer ses relations avec les autres nobles pour devenir un appui utile pour lord Redwyne, mais ce mariage n'étant pas encore annoncé, elle n'allait pas en parler. Avec calme, la jeune femme répondit donc. « J'espérais profiter de ce séjour à Port-Réal pour passer un peu de temps avec Valencia et, bien entendu, pouvoir faire la connaissance d'autres nobles présents en ville à ce moment. Le Conseil Restreint a fait venir beaucoup de monde que je serais ravie de pouvoir rencontrer. » C'était une chose normale, il n'y avait rien d'étrange derrière de telles paroles et normalement. Le regard vert de Virginia se posa alors sur sa sœur. « Et nous espérions pouvoir nous rendre au septuaire de Baelor bien évidemment. » Sa pieuse cadette qui serait certainement ravie de se rendre dans le septuaire le plus célèbre de tout Westeros.
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Message Lun 10 Déc 2012 - 19:02

Aux mots de la Reine Aelinor évoquant l'entourage restreint et féminin, Valencia acquiesça avec simplicité, parcourant une nouvelle fois d'une œillade soulignant son courtois sourire l'assemblée de femmes de haut lignage. Virginia approuva de la voix, elle, seulement du chef – il n'était pas dans ses habitudes de se contenter de répéter sans n'avoir aucune précision à apporter et, puisque le sujet ne souffrait à l'évidence d'aucune contestation, il n'était pas question d'élever la voix. Son sourire, toutefois, s'accentua légèrement à la vue de la Reine Mère Myrah, qui s'était levée pour rejoindre les serviteurs aux bras chargés des étoffes et des coffrets, avec une joie manifeste et des pépiements ravissants, surtout pour une femme de son âge. Elle semblait ravie au plus haut point, charmée autant qu'on puisse l'être ; la pieuse lady en avait le cœur touché. Toute dornienne que fut la Reine Mère, elle habitait depuis de très nombreuses années un lieu qui, sans nul doute, n'avait rien de commun avec l'univers de son enfance et Valencia, qui après seulement quelques jours de voyage ne pouvait s'empêcher de traquer les détails qui pouvaient la rattacher à Villevieille et ce, sans même y prendre garde, comprenait ô combien il devait être parfois douloureux d'être une femme en exil. Certes, elle était dans une posture digne et son rôle pacificateur avait de quoi emplir les âmes les plus exigeantes d'une satisfaction de bon aloi, mais une Reine restait une femme, et une femme loin de chez elle était une fleur déracinée. Elle avait trouvé de nouvelles racines, mais se faire apporter des fragments de son enfance avait touché juste. La Reine se leva à son tour et bien que ce fut d'une façon plus mesurée, le compliment qui tomba de ses lèvres n'était pas moindre, puisqu'elle les assurait de porter elle-même les étoffes soyeuses ainsi rapportées. C'était un honneur, à n'en pas douter, ainsi qu'un symbole : des drapés dorniens offerts par des mains bieffoises pareraient une éminente Targaryen ; dans une époque troublée par la guerre, le message était porteur d'espoir et affirmait la fidélité de ces vassaux à leur seigneur au dragon tricéphale. Alors que sa pragmatique sœur avait parlé, la pieuse lady précisa.
    « Nous sommes ici pour assurer la couronne que nos intentions sont de la satisfaire, dans les petites choses comme dans les grandes. »

Elle ne doutait pas que les femmes autour d'elle auraient la finesse de comprendre ce qu'illustraient ses propos – tout comme leur prudence. Valencia désignait ainsi la famille royale dans son ensemble, sans distinguer nul membre, préférant saluer la fonction et le rang. Signe fut donné aux servants pour entamer le repas, aussitôt se mirent à danser les couleurs et les fragrances. Des entrées fines furent présentées, pétales de roses autour de viande en gelée disposées avec soin dans des plats raffinés, fruits salés et légumes taillées avec art égayaient les iris comme les palais et un vin surprenant par son arôme corsé ponctuait la table d'une touche intrigante. La cadette des deux sœurs n'était pas coutumière des vins, ni de la boisson en général et, si elle avait évidemment déjà porté les lèvres sur la douceur du vin de Treille, c'était surtout l'odeur des tanins de ce vin poussant sous un soleil vif qui avait la faveur de son odorat. Elle le savourait, semblait méditer au dessus de son verre, le buvant par gorgées minuscules afin de mieux l'estimer. Elle lui trouvait quelque chose de liquoreux, avec une pointe d'agrumes, mais pas aussi prononcée qu'elle ne l'aurait cru. Derrière son corps très prononcé, il avait quelque chose de minéral – pas de terreux, de ferreux – et une petite pointe indomptable qui frôlait ses papilles sans vouloir se laisser démasquer.

La Reine Mère se lança dans le récit d'anecdotes dorniennes qui, manifestement, étaient connues de chacune des femmes qui lui étaient familières et Valencia se laissa dire que, malgré le temps et l'éloignement, lady Myrah devait encore avoir effectivement quelque mal du pays que les présents avaient peut-être légèrement ranimé, tout en charmant leurs hôtes. La jeune femme se laissa aller à sourire avec davantage de chaleur à l'estimable dame âgée, malgré sa froideur propre et malgré les origines de la conteuse, laquelle se montrait enjouée. Virginia en serait peut-être surprise, mais sa jeune sœur fut sincèrement captivée par les récits que la noble dame faisait de sa jeunesse lointaine, se permettant même – au manifeste plaisir de la Reine Mère – de lui faire part de ses impressions et de lui demander quelques précisions, l'encourageant de fait à s'épancher. Lors d'une pause ponctuant la fin d'une de ces histoires sans doute un peu romancées par la patine du temps, la Reine Aelinor posa une question aux allures badines, qui ne devait pas être aussi anodine et innocente qu'elle n'en avait l'air. Laissant d'abord sa puînée répondre, Valencia délaissa une bonne partie de son assiette entamée – la lady mangeait très peu, une nature d’ascète qui était encouragée par sa tranquille immobilité quotidienne – et reprit son premier verre de vin, qui n'était pas vide de moitié et duquel elle avait pourtant déjà tiré pas moins de quatre gorgées. Elle avait encore les joues très blanches et n'était manifestement pas échauffée par l'alcool, mais les récits récents lui avaient laissé un sourire légèrement plus marqué. Virginia entama une réplique des plus mesurées et des plus calmes, ce qui ne la surprit en rien de sa part et qu'elle approuva du regard comme du chef ; quand son aînée se fendit d'une allusion au septuaire et d'un regard complice à son égard, Valencia reposa sa coupe et acquiesça une nouvelle fois avec légèreté.
    « Bien évidemment, appuya-t-elle avant de reprendre. C'est une merveille pour la foi tout comme ce décor est un ravissement pour les yeux. Je ne m'étais pas essayée à imaginer Port-Réal, pour ma part, puisque je savais d'avance que je me ferai une fausse idée, n'ayant jamais rien lu d'écrit ou rien vu de tapissé pour en avoir un début d'image claire, mais j'ai tout de même été assez transportée. Il y a de véritables splendeurs et tout, depuis l'architecture au parfum des rues, est différent de Villevieille. Le berceau de l'histoire de Westeros est résolument une vue qui éveille l'esprit et je n'ai pu m'empêcher d'imaginer ce ciel et ces navires à l'époque de la conquête... »

Une vision un peu romantique peut-être, mais les secrets de l'Histoire étaient nombreux et les enseignements à en tirer l'étaient encore davantage. Elle poursuivit, avec un lent mouvement de main destiné à appuyer ses paroles.
    « Quant aux autres réjouissances, souffla-t-elle en appuyant manifestement que prier au septuaire en était une, et non des moindres, effectivement, nous avons évoqué les rencontres que nous pourrions faire. La raison de cette réunion du conseil est bien malheureuse et nous la regrettons tous, il va de soi, mais il s'agit de profiter de ces tristes occasions pour les changer en opportunités pour tout le royaume d'en sortir grandi. Les Sept nous envoient peut-être comme message de chercher l'union entre les différentes familles, afin de tenir bon tous ensemble contre les difficultés à venir. »

Elle avait perdu une grande partie de son expression affable et avait repris ce masque concerné et sévère qui faisait passer son visage poupin pour une figure de marbre, taillée par un sculpteur austère qui n'aurait vu dans la courbe qu'une façon plus élégante que des traits durs de présenter une froideur soucieuse. Elle cilla et, avec un geste élégant, reprit sa coupe pour la lever.
    « Mais voilà un discours bien grave et je ne voudrais pas insister sur des faits que nous connaissons toutes déjà. Ce vin est vraiment singulier, je lui trouve cent saveurs ou presque. Est-il épicé ? Puis, avec un petit geste du poignet. A vous, Reine Aélinor, à votre grâce et à votre santé. »

Sur un dernier pli de commissures atténuant la raideur qui avait saisi ses traits, elle but une gorgée minuscule et reposa son verre, soulevant cette fois les sourcils et s'adressant à la Reine Mère.
    « Ah, je crois l'avoir trouvée. Un petit goût d'écorce, peut-être de cannelle, lorsqu'on le laisse sur la langue. »
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Message Mer 19 Déc 2012 - 21:31

Il était fort agréable de voir que les deux jeunes femmes ne s'étaient pas contentées de présents classiques sans la moindre réflexion. Elles avaient pensé leur présent, avaient cherché à plaire à leur hôte sans chercher à briller absolument ou à se mettre sur le devant de la scène et, cette manière d'agir plaisait vraiment à la Reine qui n'avait que trop vu des invités présenter babioles et falbalas totalement anonymes, sans histoire et sans le moindre intérêt pour la famille royale, se basant sous le prétexte présomptueux que leur coût élevé suffirait à faire son office et à plaire à son destinataire.

"Soyez assurées d'une chose, la couronne sait reconnaître ses alliés et les personnes qui prennent le temps de connaître leurs interlocuteurs plutôt que de chercher à les impressionner sans la moindre subtilité."

Tout en parlant, elle avait légèrement hoché la tête en signe d'approbation et leur avait adressé un sourire des plus charmants. Ses propos étaient certes bien plus clairs que ceux des jeunes femmes, mais elle n'avait cure de l'impression qu'elle pourrait faire à d'autres et tenait à remercier leur démarche de façon bien plus claire sans pour autant sombrer dans la banalité ou les rendre mal à l'aise.

La soirée s'annonçait sous les meilleures auspices et les discussion allaient bon train, suivant le rythme des plats tout aussi délicieux que variés. Aelinor prit la peine de noter que les cuisiniers avaient fait un effort tout particulier dans l'agencement des différents plats, chose assez rare pour qu'elle y prête attention. Elle écoutait, tout en buvant lentement mais surement son vin, les anecdotes de la Reine Mère, délaissant soudainement son plat à peine entamé, la mine un rien songeuse. Elle pouvait difficilement ignorer à quel point Myriah rayonnait encore et toujours même si elle n'était plus maintenant "que" la Mère du couple royal. Même si elle avait pris sa place, Aelinor réalisait, à mesure que les jours passaient que la dornienne avait su s'imposer dès son arrivée ou presque à Port Real, en concevant une descendance à son royal époux certes, mais aussi en insufflant sa propre personnalité à son statut de Reine. Lors de soirées comme celle-là, elle essayait de se convaincre qu'elle avait du mal à savoir qui avait l'ascendant sur l'autre mais il fallait qu'elle soit honnête envers elle-même, Myriah savait toujours aussi bien s'entourer et capter l'attention de ceux qui l'entouraient, quels qu'ils soient.

Sa propre fille ne pouvait s'empêcher de la jalouser et de l'admirer tout à la fois. Seule descendance féminine, elle portait, en plus du reste, ce poids sur ses épaules. Cette envie de lui ressembler tout en essayant de se forger sa propre personnalité et de marquer les esprits à sa façon était une des multiples entraves qui empêchaient la Reine d'avancer sereinement sur le chemin déjà chaotique qu'elle avait choisi. Elle réalisa alors brusquement qu'elle avait vidé son verre d'une traite et ses joues, déjà légèrement colorées, prirent une teinte nettement plus carmines avant qu'elle ne le repose loin d'elle avec délicatesse.

Secouant imperceptiblement la tête lorsque l'un des serviteurs s'approcha pour remplir sa coupe, elle reporta son attention sur l'aînée des Hightower qui répondait à ses questions avec une grâce et une retenue qui rendit son sourire à Aelinor. Hochant la tête pour marquer ses propos, elle laissa échapper, la mine rêveuse.


"Il est difficile de s'imaginer ce que peuvent ressentir les gens lors de leur première venue à Port Real. J'ai grandi ici et j'y ai passé presque toute mon existence. Qu'est ce qui vous a surpris et qui dépassait alors ce à quoi vous vous attendiez ? Et qu'en est-il de Villevieille ? Je n'ai encore jamais eu l'occasion de m'y rendre. La citadelle des Mestres est-elle à la hauteur de sa réputation ?"

Si Aelinor n'avait jamais réellement ressenti le besoin de quitter la capitale - pourquoi aller chercher ailleurs ce que l'on pouvait avoir en un claquement de doigts - elle était néanmoins curieuse de connaître la façon de vivre hors des murs de Port Real. Les priorités devaient souvent différer, l'impact de la politique était-il aussi important ? Tant de questions qui se bousculaient dans son esprit mais qui n'auraient pas nécessairement de réponses. Les propos de la cadette à propos de la capitale étaient quant à eux étonnants. Difficile de croire qu'elle n'avait même pas tenté d'imaginer les lieux avant d'y mettre les pieds mais il n'y avait nulle malice ou tentative de faire de l'esprit dans les propos de Valencia.

"C'est amusant, si je devais vanter les mérites de notre capitale, je n'aurais pas tendance à parler des odeurs en premier lieu. Je serais curieuse de savoir ce qui vous a autant charmée, vous qui venez d'un lieu qui fait penser au doux parfum des fleurs rien qu'à son évocation. Mais je suis d'accord avec vous. Il est facile de se laisser transporter et d'imaginer ce que pouvaient être ces lieux il y a des centaines d'années."

La Reine y songeait souvent, s'imaginant les dragons voler dans la cité en toute liberté et laissant libre court à leur toute puissance, faisant trembler les mortels. Mais ce n'était probablement pas ce à quoi pensait Valencia et il était inutile de révéler ce de genre de pensées pour le moins incongru à haute voix.

"Les Sept nous envoient des épreuves que nous devons affronter la tête haute, aussi bien du coté des hommes que du coté des forces de la nature. Mais nous sommes encore là pour en parler, nous devons leur en être reconnaissants, ne serait-ce que pour ce fait. Le Bief a-t-il beaucoup souffert de la sécheresse ? Et des récents évènements ?"

Elle laissa s'écouler quelques secondes, remarquant que le ballet des plats avait continué sans même qu'elle s'en rende compte ni qu'elle prenne une bouchée des mets précédents, avant de reprendre, d'une voix douce et fixant la cadette.

"J'ai cru entendre dire que vous étiez particulièrement pieuse Lady Valencia ? Est-ce donc vrai ou les rumeurs sont-elles exagérées ? Si c'est le cas, une visite au grand Septuaire est toute indiquée effectivement. Enfin, elle est dans tous les cas un lieu incontournable de Port Real, que l'on se contente de prier les Sept lors des grandes occasions sans réellement y croire ou que l'on soit plus assidu dans sa piété."

Le thème du Conseil Restreint était souvent effleuré, délicatement, pour ne froisser personne et ne pas s'enliser dans un sujet qui pouvait être sujet à tensions. Si Aelinor songeait à chacune de ces réunions les mâchoires crispées par la colère à l'idée de ne pas pouvoir y assister, elle notait tout de même que les deux jeunes femmes étaient loin d'être aussi naïves et ignorantes que l'étaient la plupart des nobles de leur âge.
Elle se contenta pourtant d'esquisser un autre sourire et de continuer sur sa lancée.


"Je n'ai aucun doute quant aux multiples rencontres que vous ferez à Port Real. Il est rare d'avoir des invitées d'aussi haute lignée en provenance du Bief, vous croulerez bientôt sous les invitations et vous ne saurez plus où donner de la tête. J'ai eu de la chance de avoir à ma table, je suis une privilégiée en fait."

Sa voix s'était faite plus amusée à mesure qu'elle parlait et, d'un geste de la main indiqua au serveur de la resservir finalement tandis que Valencia vantait les mérites du breuvage carmin qui glissait à travers ses lèvres.

"Oui, le vin de Dorne n'est peut-être pas le vin que beaucoup s'attendent à voir à ma table mais j'aime ce contraste qu'il offre. Cette douceur et ce piquant. J'aime à le comparer à une femme, il permet de se rappeler que l'on peut être apprécié sans pour autant se contenter d'être doux et un rien fade. Qu'en pensez-vous ? Oh oui et cette petite touche de cannelle aussi, un vrai délice."

Peut-être était-ce le fait d'être uniquement en compagnie de femmes ou celle, particulière des deux sœurs, mais Aelinor se sentait bien plus à l'aise que d'ordinaire. Elle se sentait presque détendue, mais pas complètement, c'était chose impossible bien évidemment.
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Message Sam 22 Déc 2012 - 16:02

     Valencia ne tarda pas à répondre elle aussi à la Reine, appuyant le fait que Port-Réal n'avait pas d'égal dans tout Westeros. Même si Villevieille était aussi une ville très particulière, elle ne ressemblait en rien à la capitale et il était donc plus qu'évident de le faire savoir, bien que ce devait être un discours assez fréquent aux oreilles de la Reine. Fidèle à elle-même, la cadette ajouta qu'elle n'avait jamais tenté de se faire une idée de Port-Réal et c'était une chose que Virginia comprenait parfaitement. Elle-même ne l'aurait certainement pas fait si elle n'avait pas eu tant de récits à son sujet, son côté pragmatique et peu enclin à se fier aux rumeurs et paroles des autres la poussait généralement à ne rien échafauder avant de se trouver devant les faits. Ajoutez à cela qu'elle n'était pas dotée d'une grande imagination et vous compreniez parfaitement ses raisons. Un bref instant de silence s'installa avant que la jeune femme ne poursuive après un léger signe de la main, appuyant les paroles de son aînée au sujet de ce qu'elles pourraient faire tandis que leur frère était occupé au Conseil Restreint. Les yeux verts de Virginia étaient posés sur le minois de sa cadette qu'elle écoutait attentivement. Il était évident que la Reine se douterait que les deux Hightower n'étaient pas simplement venues ici pour tenir compagnie à Clarence, mais qu'elles souhaitaient se faire quelques alliés parmi les personnes présentes ici. La demoiselle resta toutefois muette, chose évidente n'avait aucunement besoin d'être soulignée après tout !

     Le visage de Valencia s'était à nouveau marqué d'une expression plus sévère que celle qu'elle arborait jusqu'à présent, puis elle chassa le sujet épineux d'un geste de la main pour parler du vin avant de porter un toast à l'honneur de la Reine. Virginia imita bien évidemment sa sœur – il aurait été plus que malvenu et impoli de ne pas le faire de toute manière – puis elle reposa son verre après avoir bu une infime gorgée du liquide carmin. C'était une des premières choses qu'elle avait appris : une dame devait toujours faire preuve de délicatesse et minutie et l'aînée avait souvent fait savoir à ses sœurs que faire honneur à un repas ne signifiait pas qu'il fallait se bâfrer comme un ogre. Ce n'était que des détails certainement anodins aux yeux de certains, mais qui, pour Virginia, revêtaient une grande importance.

     La Reine finit par répondre, expliquant qu'elle avait du mal à imaginer ce qu'un nouveau venu pouvait penser de la capitale puisqu'elle-même y avait passé presque toute sa vie. Quoi de plus normal ? Il en allait de même pour Virginia qui était toujours étonnée d'entendre les gens parler de Villevieille avec autant d'entrain. Elle aimait sa ville bien entendu, mais des détails secondaires à ses yeux semblaient très importants pour des étrangers. C'était certainement le lot de toutes les grandes villes. Faisant écho aux pensées de la Hightower, la Reine se renseigna d'ailleurs sur la Citadelle qui provoquait toujours tant d'intérêt. Un léger sourire poli ourla les lèvres de Virginia tandis qu'elle répondait avec calme. « Villevieille provoque toujours la surprise chez les nobles que nous recevons, quant à la citadelle je ne puis malheureusement pas en dire grand-chose puisque son accès est très restreint, encore plus aux femmes. Notre frère aîné saura certainement plus vous répondre que nous à ce niveau. » Après tout, Clarence n'avait-il pas songé à devenir mestre pendant un temps ? Ce n'était pas par manque d'envie de répondre que la jeune femme restait silencieuse bien évidemment, mais uniquement parce qu'elle ne pouvait malheureusement pas lui répondre. « Mais je sais que les annexes ouvertes au public ont beaucoup de succès, principalement auprès de la roture. » Elle faisait référence aux bâtiments qui se trouvaient dans la ville et permettaient aux personnes qui ne savaient pas lire, par exemple, de demander à un mestre de leur lire une missive ou d'en rédiger une pour eux. Un partage de savoir qui ne faisait que renforcer l'intelligence dégagée par la ville.

     La discussion tourna encore autour de Port-Réal pendant un instant, la référence aux odeurs ne surprenait guère Virginia, mais il était vrai que pour la Reine ce point pouvait être assez obscur. « Valencia se passionne pour les parfums, nous avons d'ailleurs parlé de l'odeur de la mer qui habite le port, très agréable et assez différente de celle que l'on peut trouver chez nous. Certainement les vents qui vous viennent des Cités Libres. » Parler de la pluie et du beau temps était assez étrange il fallait l'avouer, surtout avec une personne aussi importance que la Reine, mais cela ne signifiait pas qu'elles ne pouvaient pas se le permettre. Le ballet des serviteurs recommença avant que la Reine Aelinor n'interroge Valencia sur son intérêt pour le culte des Sept. Que la rumeur soit exagérée était impossible à imaginer une fois que l'on connaissait la demoiselle, elle était même en-deçà de la vérité si l'on voulait être sincère ! De son côté Virginia n'était pas plus croyante que la moyenne, mais elle respectait tout à fait le choix de sa sœur et faisait des efforts dans ce sens. Lorsque leur illustre hôte reprit la parole pour déclarer qu'elle était privilégiée de recevoir les deux Hightower, un nouveau sourire légèrement amusé ses peignit sur les lèvres de l'aînée : l'idée qu'elles puissent préférer une autre invitation que celle de la Reine était tout bonnement impensable ! Le sujet du vin arriva une fois de plus et la jeune femme ne se priva pas de répondre. « Je suis tout à fait d'accord avec vous. Un vin comme celui-ci réserve ses secrets et ne les dévoile qu'aux personnes qui osent s'y intéresser. Je pense que le comparer à une femme est en effet plus qu'approprié. » Pour une personne comme Virginia qui ne pouvait briller par sa beauté, mais uniquement par son esprit, c'était l'évidence même.

     Un bref instant de silence s'installa avant qu'elle ne poursuive. « Le vin de Dorne est très particulier, je ne saurais dire s'il représente bien sa région d'origine étant donné que je n'ai malheureusement jamais eu l'occasion de m'y rendre moi-même, mais je connais quelques nobles vivant là-bas. » Lady Ismaëlle était d'ailleurs à Port-Réal elle aussi. Le regard vert de l'aînée se promena sur ses interlocutrices avant de se terminer sur le visage de la Reine. « En réalité c'est lady Ismaëlle Forrest qui m'a d'ailleurs conseillée sur les étoffes que nous vous avons apportées, elle m'avait aussi vanté les mérites de ce vin et je constate qu'elle ne s'y est pas trompée. » Virginia avait déjà eu l'occasion d'y goûter avant ce jour cela dit. « Mais en effet, le Bief a beaucoup souffert de la sécheresse et des autres événements malheureux qui s'y sont déroulés, bien que tout cela remonte à quelques mois à présent et nous a permis de nous remettre un peu sur nos pieds. » Le Bief avait été la première cible des Fer-nés, mais depuis ils s'en étaient désintéressés, tout en étant tenus à distance par la flotte du Grand Amiral. Au final, la jeune femme termina son intervention sur quelques mots pesés et mesurés. « Et sachez que c'est nous qui nous sentons privilégiées de pouvoir passer un tel moment avec vous et vos précieuses amies ma Reine, nous n'aurions osé l'espérer en posant le pied à Port-Réal. J'espère que nous pourrons un jour vous rendre ce plaisir. » Il n'y avait aucune flatterie derrière ces paroles, c'était sincère. Virginia avait éventuellement envisagé qu'il soit possible qu'elle puisse voir la Reine de loin, mais en aucun cas qu'elle puisse lui parler directement et encore moins manger à sa table. Bien sûr, la jeune femme restait toujours prudente, le jeu des trônes se déroulait en permanence et il était conseillé de se montrer prudent sur les mots employés, quelle que soit la discussion.
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Message Lun 4 Fév 2013 - 0:59

Après la remarque de la pieuse demoiselle sur Port-Real, la Reine s’enquérait de savoir ce qui avait pu marquer les sœurs à leur entrée dans cette ville on ne peut plus mythique de Westeros. En effet, à songer à une région, on avait l'image de ses grandes villes ; à considérer le royaume on ne pouvait que vouloir se pencher sur le lieu où les premiers pas des conquérants s'étaient posés. Aélinor sembla amusée, sans moquerie, du fait que la plus jeune des deux Hightower ait évoqué en premier lieux les parfums de la ville, alors qu'il était connu qu'elles venaient d'une région réputée pour ses roses – n'était-ce pas le blason des Tyrell – donc ses parfums délicats et qu'il était évident que les fragrances d'une ville, qui impliquaient celles de la promiscuité, n'étaient pas exactement les plus charmantes. La très grande dame glissa quelques questions à propos de Villevieille, ainsi que de la réputée Citadelle ; conformément à son habitude, Valencia écouta et approuva les paroles de sa puînée sans les interrompre en rien et sans trouver nécessaire de les répéter. Elle s'était très bien exprimée et Valencia n'avait que des broutilles à y ajouter, mais la Reine touchait juste : à vivre toujours dans un endroit, ses spécificités passaient pour naturelles et on en devenait incapable de les voir, donc de les mettre en valeur ou de les évoquer seulement. Si elle devait vanter sa ville natale, que pourrait-elle dire ? Les étrangers ne tarissaient pas d'éloges ou de questions étonnées lorsqu'ils parvenaient au pied de la tour si spécifique à la grande fratrie, mais Valencia, abreuvée depuis toujours à la source du Bief, se découvrait incapable d'en définir la saveur et ce avec un amusement très ténu et une pensée plus profonde, qu'elle se réserva pour des méditations plus lointaines et plus poussées. L'aînée des deux jeunes ladys poussa ses propos jusqu'à justifier l'étonnement olfactif de sa dévote cadette, mais cette fois-ci, elle sortit de sa réserve pour glisser avec un sourire, une fois que Virginia ait fini de parler des vents des Cités Libres.
    « Oui, c'est assez particulier, mais depuis que je suis toute enfant, je vois d'abord le monde par le nez. Avez-vous déjà remarqué à quel point les odeurs sont évocatrices ? Chaque fois que je me penche sur un livre, j'ai en mémoire le tout premier ouvrage que j'ai ouvert. Je me souviens encore m'être dit que mes mains étaient trop petites pour quelque chose d'aussi lourd. »

Se fendant d'un sourire un rien plus affirmé que les précédents, elle hocha la tête profondément, d'abord en silence alors que la Reine Aélinor évoquait les sécheresses du Bief, pour rebondir sur la question qui la touchait directement, à savoir la réputation de piété que Valencia emportait avec elle – et qui, manifestement, la devançait. Était-elle si austère ou si exceptionnelle dans sa foi pour que la noblesse de Port-Real, jusqu'à la famille régnante, aient vent de ce trait de caractère ? Était-ce là choses si exceptionnelle ? La jeune femme n'était pas naïve, loin s'en fallait, elle se savait bien plus fervente que la plupart, mais ce regard précis l'honorait tout autant qu'il la chagrinait bien un peu quelque part, ce qu'elle sut cacher quant à ce dernier détail.
    « Je prie chaque jour oui, ainsi que je veille à respecter le dogme et à méditer régulièrement sur sa portée. Après tout, on n'est jamais trop pieu. »

Elle glissa un sourire plus modeste, laissant parfaitement entendre la franchise de ses mots, tout comme elle ne dissimula pas le petit pli de lèvres qui lui monta au visage lorsque la Reine évoqua, sans détour, ces personnes venant aux rites et sacerdoces parce qu'ainsi le demandait la coutume, sans réelle foi apportée. C'était d'une tristesse rare, si ce n'était pas une faute morale complète – envers soi, envers les siens, envers les dieux tout à la fois. La Targaryen avait une façon presque crue d'évoquer certains aspects de la vie, tout en sachant couvrir de velours – royal, évidemment – d'autres sujets pointus. Valencia était, quelque part, légèrement admirative de cette audace et de cette maîtrise. Elle était, certes, une femme d'un lignage si grand qu'on ne pouvait se permettre de la reprendre sans être odieux, mais la chose restait surprenante. Et sans doute à méditer, une fois de plus – la rencontre était décidément enrichissante. A l'évocation du privilège que leur hôtesse affirma de les avoir à sa table, la bieffoise ne put s'empêcher de joindre son sourire à celui de sa puînée : quelle idée saugrenue ! Aélinor savait être charmante. Cette dernière parut inspirée par la remarque de la jeune dame concernant le vin et sa tirade confirma les sentiments de la pieuse lady : la Reine se refusait d'être fade, douce, effacée – accessoire pourrait-on dire – et, derrière cette métaphore élégante qu'elle drapa avec habileté d'une mignarde coquetterie au propos de la cannelle, Valencia crut – ou sut – distinguer quelque chose de plus profond qu'un simple trait d'esprit courtois entre femmes de haut lignage. Mais loin d'y voir de la malice, encore moins un esprit revanchard ou acide, elle n'y trouva que la force d'une lady affirmée, assise dans son rôle et dans sa vie. Confiance, pieuse et loin de vivre la soumission d'une femme comme un désaveu, elle ne pouvait le juger autrement qu'ainsi. Aussi approuva-t-elle derrière son aînée et, cette fois, en soulignant son ressenti de sa propre voix.
    « Une femme, comme un vin, qui ne fait qu'accompagner sans se remarquer ni parfumer de son propre caractère ne s'efface pas. Au juste, elle alourdirait la famille comme le vin alourdirait le ventre. L'un comme l'autre doivent savoir marquer leur présence sans masquer les saveurs. Oui, ce vin est une grande dame. »

Elle appuya ses dires d'un petit mouvement du poignet, tenant son verre avec élégance à bout de doigts, avant d'y tremper de nouveau le cœur de ses lèvres, y buvant à peine un petit trait. Elle restait modeste et mesurée dans sa consommation, par nature autant que par éducation. Reposant la coupe, Valencia se recula légèrement sur sa chaise afin de laisser les servants faire danser les plats et renouveler les couleurs comme les mets. Elle les remercia d'un pli de lèvre, d'une inclinaison minuscule, avant de prendre une seconde pour considérer ce que de véritables artistes avaient pris mille peines à confectionner et que toutes ces dames attablées ne touchaient qu'à l'occasion, en petites becquées d'oiseaux, piquant ici, effleurant là. Les échanges revenaient à la sécheresse, donc à la disette et, d'une évocation à l'autre, la jeune dame se sentit moralement poussée à au moins prendre le temps de tout goûter cette fois-ci. Virginia affirmait que le Bief avait à peu près pu se redresser suite à la famine et au cruel été qui avait suivi ce terrible printemps ; ce n'était pas faux, mais des détails d'importance subsistaient. Les greniers n'étaient pas aussi pleins que jadis, loin s'en fallait, bien des gens, de la roture comme de la noblesse, étaient endeuillés soit par le Fléau soit par la longue faim qui s'en était suivie ; quantité de jeunes enfants et de vieilles personnes avaient rejoint les dieux. La guerre à venir, très bientôt, prendrait encore une fois son tribut de grain et de vie ; il faudrait prier et implorer que l'hiver à venir soit bref et l'été prochain clément, afin que les ventres de la terre et des femmes puissent être féconds et le royaume croître à nouveau pour guérir de ces plaies, au moins en apparence. Certaines choses, comme l'Histoire et bien des âmes, resteraient balafrées par les pertes d'alors. Déglutissant une part mousseuse de légumes avec l'image d'Abelar – il n'était pas l'heure de se rembrunir – Valencia rebondit sur le sujet plus léger lancé par son aîné, glissant avec ce qui pouvait sur l'instant presque sonner comme de la candeur.
    « Assurément, vous voir est un ravissement à la hauteur du privilège que vous nous avez fait. A dire vrai, si on me demandait demain ce que je retiendrai de Port-Real, ce serait vous en premier lieu, bien avant tout ce que nous avons pu avoir l'occasion de voir jusqu'à présent. »

Ah, jeunesse ! La pieuse lady était parfaitement sincère, loin de toute idée de flatterie. Telle qu'elle la voyait, la Reine aux joues légèrement plus roses qu'aux premiers temps de leur dîner lui faisait fort impression et, bien qu'ayant tout à fait conscience de la délicatesse de certains sujets, elle ne voyait aucun danger à lui glisser une part de ses sentiments vis à vis de cette rencontre si particulière. Oui, voilà : à ses yeux, Aélinor était le vin de la famille royale, présente, assurée, douce mais épicée. Pour elle, tant de noblesse ne pouvait tromper.


Dernière édition par Valencia Hightower le Dim 3 Mar 2013 - 1:56, édité 1 fois
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Message Ven 8 Fév 2013 - 20:26

Aelinor aimait observer les visages des deux jeunes femmes. Si elles n'étaient pas réputées pour leur grande beauté, il émanait de leurs traits une vivacité et une jeunesse qui était un plaisir pour les yeux. Même si elles avaient la mine appliquée tout à fait appropriée à une soirée somme toute d'importance- être invité à la table de la Reine, surtout en si petit comité, était quelque chose d'exceptionnel voire de rarissime et les deux sœurs l'avaient parfaitement bien saisi - les émotions qui les traversaient étaient aisément visibles sur leurs traits juvéniles.

Elle écouta chacune des Hightower parler, la tête légèrement penchée sur le coté tandis qu'elle prêtait une attention peu coutumière à chacune de leurs paroles. La Reine était vraiment curieuse de savoir comment les gens pouvaient voir Port-Real et surtout, si un autre lieu pouvait réellement valoir la peine ailleurs.


"Avec toutes les obligations qui incombent à votre frère, je doute malheureusement qu'il ait le temps de venir m'entretenir de la beauté de la citadelle. Mais, qui sait, peut-être qu'un jour j'irais voir de moi-même ce qu'il en est. Après tout, il est toujours mieux de voir les choses de ses propres yeux, afin de s'en faire une idée objective."

Aelinor avait depuis longtemps compris que l'on n'était jamais aussi bien servi que par soi-même et cela pouvait s'appliquer également aux voyages, pourquoi pas. Changer d'air n'était pas dans ses projets à court terme, elle ne souhait pas laisser une chance de plus au bâtard d'étendre son influence dans les derniers recoins du Donjon Rouge et elle tenait à rappeler sa présence en ces murs à chaque fois qu'elle en avait l'occasion. Mais, un jour, lorsqu'elle l'aurait enfin remis à la place qui était véritablement la sienne, peut-être pourrait-elle savourer le fruit de son travail et découvrant le reste de ces terres qu'elle gouvernerait sans partage.

Alors que la cadette tenait des propos sur les odeurs de la ville dont la Reine avait du mal à saisir la portée, Virginia vint à son secours en explicitant ce qu'elle avait tenté d'exprimer sans succès.

"Oh comme c'est original. Vous êtes je crois bien la première personne que je connaisse à voir les choses sous cet angle. Je n'avais songé à associer les odeurs à des souvenirs précis. J'avoue avoir plutôt tendance à me rappeler des choses lorsque j'entends des bruits particuliers. Et, quelle est l'odeur alors qui vous restera de Port Real ?"

Se tournant vers Virginia, elle esquissa un autre sourire et continua, d'une voix tranquille.

"Et vous, de quelle façon vos souvenirs et les moments chers de votre existence se rappellent à vous ?"

Alors que la discussion allait bon train, le ballet des plats continua de plus belle et sur la table s'entassèrent alors une multitude de fruits et de gourmandises des plus variées auxquelles la Reine avait du mal à résister.

Elle fixa un instant la cadette et réprima un sourire amusé. Elle était donc comme le laissaient présager les rumeurs et la religion semblait tenir une place vraiment importante dans son existence. Si elle ne partageait en rien ses opinions, l'on pouvait être beaucoup trop pieu à son goût, loin d'elle l'idée de faire partager cette idée à haute voix. Après tout, elle avait beau être la Reine, elle tenait guère à se confronter à ses invitées ou à les obliger à avoir des opinions trop tranchées des siennes.


"Je ne sais si l'ont ne peut être trop pieu, mais nombre de personnes ont prouvé qu'on pouvait ne pas l'être assez. Je ne suis pas aussi dévote que vous et j'avoue que je ne me penche guère sur les dogmes et leur importance. Malgré votre jeune âge vous faites preuve d'une réflexion et vous semblez avoir une sagacité dans ce domaine qui est tout à votre honneur."

Sans chercher une transition hasardeuse et jonglant d'un sujet à l'autre sans la moindre gène, elle reporta son attention sur le vin qu'elle fixa quelques instants à travers sa coupe de cristal, son sourire se faisant plus assuré. Les deux jeunes femmes avaient parfaitement saisi son allusion et l'image qu'elle voulait donner de ce vin mais aussi d'elle-même. Décidément, les Hightower étaient tout sauf des petites sottes et la Reine ne pouvait que se vanter de les avoir invitées à sa table. Peut-être seraient-elle des alliées de poids à l'avenir, si tant soit peu leur futur époux ait l'intelligence de les écouter.

"Vous pourrez remercier lady Forrest pour ses goûts sûrs et, si elle connait le reste des plaisirs de Dorne aussi bien que ces magnifiques tissus, vous pouvez vous fier aveuglément à elle sur ce sujet. Je n'ai malheureusement pas eu le loisir de la rencontrer même si j'ai entendu dire qu'elle était d'une grande beauté."

Hochant doucement la tête tandis que l'aînée continuait de parler, elle laissa alors échapper, d'une voix plus douce que d'ordinaire.

"Il ne reste qu'à espérer que les temps à venir seront plus doux pour le Bief, comme pour le reste de Westeros. J'ai bon espoir quant aux capacités du Conseil de trouver les solutions les plus pertinentes quant aux soucis qui nous accablent et vous pourrez ainsi profiter du reste de votre séjour le plus sereinement possible."

Nulle trace d'aigreur ou d'agacement dans ses propos lorsqu'elle évoquait le Conseil. Elle avait beau haïr de tout son être la personne qui en était à sa tête, elle savait que ses membres avaient l'intelligence ou la malice suffisante pour régler ce qui devenait un problème de plus en plus préoccupant.

"La Couronne ne vous a pas oublié. Comme elle n'a oublié aucune des victimes de ces terribles fléaux. Des temps meilleurs arriveront bientôt, vous pouvez en être assurée."

La remarque de l'aînée suivie de celle de Valencia arracha un éclat de rire joyeux à la Reine. Son visage en fut littéralement transformée et elle sembla soudainement paraître dix ans de moins tandis qu'elle les fixait l'une après l'autre, le regard pétillant.

"Et bien, vous savez trouver les mots pour me plaire mes chères. Je suis heureuse de savoir que vous garderez un bon souvenir de notre petite soirée. Et puis, il n'y aucune raison que cet évènement ne se reproduise pas, surtout avec une compagnie aussi agréable que la vôtre."

Attrapant alors une grappe de raisins, elle croqua l'un des grains avec délicatesse, sans quitter des yeux ses convives.
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Message Sam 9 Fév 2013 - 13:22

     La particularité de Valencia était amusante, pas d'une manière négative bien entendu, mais elle se démarquait des autres nobles. Bien souvent les femmes usaient de parfums qui piquaient presque le nez, c'était d'ailleurs pour cette raison que Virginia n'aimait pas particulièrement côtoyer les jeunes dames sans expérience. De son côté sa cadette sélectionnait toujours des parfums uniques dont les odeurs attiraient autant le regard que l'odorat. Ce n'était pas en saturant le nez des gens que l'on réussissait à se faire remarquer. Un léger sourire se dessina sur les lèvres de l'aînée des Hightower alors que la Reine questionnait Valencia à propos de l'odeur qui allait marquer son esprit concernant Port-Réal. Une question fut ensuite adressée à Virginia qui pencha légèrement la tête sur le côté afin de répondre. « Je suis beaucoup plus terre-à-terre que Valencia. Les odeurs ne m'éveillent pas grand-chose, si ce n'est une envie d'éternuer lorsqu'elles sont trop fortes ! » Ce n'était pas qu'elle possédait un nez sensible, mais chacun avait sa faiblesse. Avec un léger sourire, elle continua. « Non en réalité je n'ai pas de manière particulière de me remémorer des souvenirs. Lorsque j'entends une voix, une phrase ou quelque chose qui a un lien avec l'un de mes souvenirs, je peux me replonger dedans. Mais il arrive aussi que ce soit d'autres choses qui m'y poussent. » Virginia n'était pas une femme compliquée, mais elle ne s'arrêtait pas vraiment à une seule chose. En tous les cas, il était fort dommage que la Reine ne puisse converser avec Clarence, même si c'était presque évident. Après tout, aux yeux de tous elle n'était « que » l'épouse du Roi et n'avait donc aucun droit, si ce n'était celui de bien présenter, mais certainement pas de s'entretenir avec les seigneurs importants et les membres du Conseil Restreint. « Et vous ma Reine, j'imagine que vous devez avoir bien des souvenirs vu tout ce que vous voyez quotidiennement. » En effet, Port-Réal était très animée comme ville, bien que la Reine ne devait pas souvent sortir du Donjon Rouge cela dit.

     Les servantes s'agitaient toujours autant alors que Valencia reprenait la parole pour confirmer le fait qu'elle était très pieuse. Il aurait été difficile de dire le contraire, même si la Reine ne connaissait pas la Hightower comme ses proches. Réprimant un sourire, celle-ci enchaîna en déclarant qu'elle n'avait jamais vu de personne trop pieuse, mais bel et bien des individus qui ne l'étaient pas. Virginia ne pouvait s'empêcher de se dire qu'elle n'était peut-être, sa croyance n'était pas extrêmement développée, mais elle était tout de même présente. Disons simplement qu'une femme pragmatique comme elle éprouvait beaucoup de difficultés à se remettre à des divinités qu'elle ne pouvait voir de ses propres yeux.

     La discussion sur le vin s'enchaîna, les sous-entendus aussi. Valencia approuvait apparemment les paroles de son aînée en appuyant ses paroles de gestes élégants qui montraient qu'elle savait se comporter comme une véritable dame. C'était une chose que Virginia appréciait beaucoup et chaque fois qu'elle voyait sa – ou ses – cadettes agir de la sorte, son cœur se gonflait de plaisir. Le sujet ainsi épuisé, la Bieffoise poursuivit sur un ton tranquille et une discussion plus légère, confortant la Reine dans l'idée qu'elles n'oublieraient pas l'honneur qui leur était fait d'assister à un tel repas. Il était évident qu'elles n'allaient pas manquer de citer la Reine si l'on venait à leur demander ce qui les avaient marquées dans leur visite de la capitale ! Le regard émeraude de l'aînée des Hightower se porta sur le visage de leur interlocutrice alors que celle-ci parlait de lady Ismaëlle. Un sourire poli se dessina une fois de plus sur les lèvres de la jeune femme. « En effet, elle possède un charme exotique qui ne manque pas d'interpeller le regard. J'espère que vous serez un jour amenées à vous rencontrer, je suis certaine que vous auriez beaucoup de choses à partager. » L'héritière de la maison Forrest était une femme douce en apparence, mais qui devait faire preuve d'une certaine poigne. Sa place de future dirigeante de la famille était enviée par beaucoup de monde. La Reine aussi était une femme de poigne qui n'était malheureusement pas à la place qu'elle méritait. Les deux femmes se trouveraient de nombreux points communs, Virginia n'en doutait pas une seule seconde.

     D'une voix douce, la Reine reprit la parole en abordant le sujet du Conseil Restreint sans que son ton ne se durcisse. Au fond, elle avait autant à gagner que toutes les autres personnes de Westeros, pour quelle raison se réjouirait-elle de voir les tentatives de ce groupe, échouer ? Aucune. Si ce n'était de voir la Main du Roi perdre en popularité, encore une fois. Virginia hocha légèrement en tête devant les paroles de la Reine : il était évident que la Couronne ne pouvait se permettre d'oublier ses vassaux, la Bieffoise n'en doutait pas une seule seconde. « Nous n'en doutons pas le moins du monde. La Couronne n'a malheureusement pas que le problème des Fer-nés à régler, c'est un lourd travail que de diriger un tel royaume. » Elle ne cherchait pas à complimenter son interlocutrice, c'était la pure vérité. Avant la guerre il y avait la sécheresse, puis ensuite la rébellion des Feunoyr qui s'était déroulée à Murs-Blancs, beaucoup de petites choses qui prenaient énormément de temps et empêchait malheureusement la Main du Roi à s'occuper pleinement de la guerre contre les Fer-nés. Certains critiquaient cette passivité, mais à côté de cela si la Couronne s'était occupée uniquement des pirates rebelles, d'autres seraient venus protester que les problèmes secondaires étaient oubliés. Il était difficile, voir impossible, de satisfaire tout le monde.

     Un rire succéda aux paroles de Valencia alors que la Reine changeait littéralement de visage. Elle semblait plus jeune et plus joyeuse et il était évident qu'elle avait l'aspect qui convenait à son rang. La déclaration qu'elle fit ne manqua pas de dessiner un sourire sur les lèvres de Virginia. L'idée d'être à nouveau invitées par la Reine avait de quoi plaire, bien que les Hightower se doutaient parfaitement qu'il risquait d'y avoir d'autres enjeux que de simples discussions amicales. S'afficher comme des personnes proches de la Reine signifierait qu'elles pouvaient apporter leur soutien à cette même personne, mais ce n'était pas forcément du goût de Clarence où même des futurs époux des jeunes femmes. Cela dit, la politesse primait sur le reste. « Et nous en serons plus que ravies si cela se reproduisait. » Le regard vert de la Bieffoise restait posé sur le visage de son interlocutrice avant qu'elle ne le détourne pour saisir son verre et boire une gorgée de vin. Puis elle enchaîna. « J'ose espérer que les beaux jours reviendront bientôt. Avec l'hiver qui approche, nous risquons de passer quelques temps à l'abri en attendant que le soleil ne vienne à nouveau nous réchauffer. Avez-vous déjà des projets pour les temps à venir ma Reine ? » Une question bénigne en apparence, mais pas vraiment.

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Message Dim 3 Mar 2013 - 3:17

L'heure avançait, le repas touchait lentement à sa fin, l'ambiance, elle, était au beau fixe. Bien entendu, prétendre que les ladys attablées étaient détendues aurait été parfaitement faux – on ne pouvait être moins maîtrisées que ces femmes rassemblées autour de ces plats délicats et parfumés – mais il était certain que toutes passaient, à leur façon, un agréable moment. La Reine-Mère avait passé ses récits et en souriait encore, Virginia glissait avec aisance sur des sujets parfois graves, parfois banals, quant à la Reine son visage d'abord assez neutre et son regard à la fois retenu et scrutateur avait laissé place à une expression que Valencia déchiffrait, peut-être à tort, comme plus spontanée et plus satisfaite. Au sujet de Clarence et du manque de temps que son frère et lord aurait à consacrer aux discussions aimables, fussent-elles avec la Reine, la pieuse lady hocha la tête en appui, sans encore une fois se sentir le besoin d'élever la voix pour énoncer des évidences : le Grand Argentier avait hélas déjà trop à faire. Sans s'en sentir chagrinée – le devoir était un honneur et le sérieux une vertu – elle éprouvait une pointe de regret à songer qu'elle avait sans aucun doute bien davantage profité des beautés de cette singulière cité que son aîné qui, lui, aurait sans doute mérité davantage égards, douceurs et repos. Le temps viendrait, si les Sept en décidaient ainsi, elle n'en doutait pas et priait en ce sens, afin qu'au delà de la gloire, de la droiture et de l'influence, les siens aient accès la plus grande des fortunes, de celles qui ne s'obtenait pas avec de l'or, que beaucoup oubliaient dans leurs dévotions et dans leurs espoirs, qui était pourtant tout le sel et le sucre à la fois d'une vie convenablement menée : du bonheur. C'était tout ce qu'elle leur souhaitait ; la chose n'était pas des moindres. Le propos en revint à la particularité sensorielle de la cadette des deux sœurs, ce qui chassait ce pli de pensée au propos de Clarence et qui lui fit lever légèrement le menton, comme si, déjà, elle inspirait de l'air pour y chercher l'odeur qui la marquait le plus – à ne se fier qu'à ses sens, la fragrance dominant l'endroit était le fumet de la sauce au vin et celle, plus curieuse, du bois fraîchement ciré. Sans doute avait-on brossé les meubles avec soin avant leur venue.
    « Hé bien, je dirais que ce qui me viendra au nez sera le mélange très curieux de l'odeur de la mer et celle des pierres d'ici. C'est la première que j'ai sentie en débarquant, mais elle m'est restée. Toutes les roches ont une fragrance particulière lorsqu'elles sont humides, c'est très subtil, mais caractéristique quand on en a pris l'habitude... »

Elle s'interrompit sans brusquerie, mais sans céder au bavardage. A être interrogée sur ses plus grandes passions – en l’occurrence, en dehors de la religion qui les surpassaient, les parfums n'avaient pas de concurrence – on pouvait se laisser aller à trop s'étendre sur des sujets pointus, précis et intéressants uniquement entre initiés, ce qui était ennuyeux pour le reste du monde et donc une faute sociale à éviter soigneusement. Virginia fut questionnée et expliqua en retour que ses souvenirs à elle n'étaient pas rattachés à un sens en particulier, puis la Reine reprit le sujet des Sept et de la piété. Tout en avouant ne pas faire ses dévotions avec toute la ferveur d'une septa, Aelinor exposa son point de vue en quelques mots choisis, clairs et sans pirouettes inutiles, conformément à cette maîtrise que Valencia admirait toujours et songeait à parfois s'inspirer à l'avenir. La Reine parvenait, et ce avec une aisance admirable, à annoncer ses choix sur des sujets périlleux, avec un ton au naturel si bien façonné – car on ne pouvait parler de naturel spontané dans une cour – que la chose passait difficilement pour injurieuse, à moins d'être un cuistre. Du reste, tant par le geste que par la voix, ce sujet fut clos et la pieuse demoiselle n'y trouva rien à redire – pas plus qu'une poussière à reprocher. Il en fut de même pour les présents échangés et lady Ismaëlle, dont la beauté évoquée par la lady du plus haut lignage fut confirmée par l'aînée des Hightower ; puis le Conseil fut abordé.

La Reine changea de timbre, lequel se faisait délicat, ses propos, eux, étaient empreints de confiance et, Valencia crut le voir – du reste, son caractère l'empêchait d'en douter en tout point – de respect. Bien entendu, ces éminents hommes réunis allaient trouver la clé du conflit saignant encore le Royaume, bientôt les Fer-Nés seraient domptés par la gloire des Sept et du trône, ce à quoi la jeune lady accorda son agrément silencieux et profond encore une fois ; mais Aelinor ne s'arrêta pas là et jura sans détour que la Couronne n'avait omis aucun de ses vassaux, ni la moindre des victimes des fléaux successifs qui s'étaient abattus sur Westeros. Une fois de plus, Valencia fut happée en arrière, le regard fugacement assombri par la silhouette d'un fantôme, auquel elle adressa un sourire pâle toutefois, avant de cacher le très léger émoi qu'elle pouvait laisser filtrer – mais qui condamnerait une jeune femme de s'attrister de ces maux aux conséquences encore présentes dans l'esprit voire la chair de tous ? Bien des braves et bien des forts avaient été durement affligés. Elle ne pouvait y voir qu'un rappel des Sept de la nécessité d'être pieux, d'être tenaces, d'être convenables, mais cette foi ne protégeait en rien de la douleur de la perte encore si fraîche à son esprit d'Abelar. Le temps écoulé n'y faisait désespérément rien et, si elle était sortie, a final, rapidement des abysses de la peine et du désespoir dans lesquels cette perte l'avait plongée, c'était comme si elle avait laissé au fond de ce gouffre le son de son rire et la roseur à ses joues. Elle ne manquait pas de faire des efforts envers les siens pour leur témoigner encore la chaleur qu'elle éprouvait pour eux, mais nul ne pouvait pallier à ce qui était perdu. Les remarques des deux sœurs au propos de leur plaisir à avoir partagé ce dîner royal ne manquèrent pas leur effet toutefois et, soudain, avec grâce, le rire de la reine déchira la faible pesanteur qui avait pu draper l'endroit. Aelinor était singulièrement belle lorsqu’elle riait ainsi, ce qui acheva de graver en Valencia la mémoire d'une femme admirable, à laquelle, successivement à sa sœur, elle répliqua.
    « Évidemment, ce serait un honneur et une joie toujours renouvelés, que ce soit ici, ou à Villevieille. »

Une fois de plus, elle était on ne peut plus sincère : si, bien entendu, la cadette des deux Hightower ne pourrait affirmer agréer au moindre propos de la Reine, elle n'avait eu devant elle rien qu'elle ne pouvait réprouver, ne serait-ce que d'un peu, même d'un rien ; elle pourrait donc confesser sans avoir à rougir d'un mensonge se réjouir de l'idée d'une entrevue renouvelée avec cette femme singulière. Peut-être était-ce là sa dernière trace juvénile de confiance et de certitudes trop ancrées pour être éprouvées au feu de la raison, mais elle ne pouvait tout simplement pas concevoir qu'une femme aussi proche du Roi, qui plus était en lui paraissant si noble et si adaptée à son rôle, puisse désirer ourdir quelques projets contraires à l'ordre établi. Évidemment, l'histoire lui avait porté les échos de tels faits, bien sûr – mais elle ne pouvait s'empêcher de penser que, plus les lignages étaient élevés, plus les intentions des intrigants étaient avant tout tournées vers l'intérêt commun et mues par le devoir ; les heurts étant finalement l'affrontement regrettable mais nécessaire des convictions de chacun quant à ce qui serait le Mieux et le Bien. Aelinor croqua dans un raisin, Virginia s'enquit de ses projets pour l'hiver à venir, Valencia, elle, préféra repousser d'un geste courtois de la main l'offrande de vin et de fruits d'un servant venant de se pencher à ses côtés. Repue de mots comme de mets, elle préféra ne rien ajouter à la suite de sa puînée, afin ne de pas sembler presser la dame de questions successives, ni de vouloir changer de sujet et, attentive tout autant que comblée, elle laissa le repas tout comme la soirée s'étioler et finir sur cette touche gracieuse – et féminine – du rire qui avait raisonné.

HRP:
 
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Message Jeu 7 Mar 2013 - 17:56

La soirée avait filé à une vitesse folle. Si la Reine avait été fidèle à l'image qu'elle aimait à donner d'elle-même, celui ne lui avait coûté ni énergie ni difficulté tant elle avait apprécié la présence des deux jeunes femmes à sa table. Sans nulle doute, elles pourraient tenir une place importante à l'avenir si elles s'en donnaient la peine ou, plutôt, si on leur en laissait l'occasion.
Elle savaient en tout cas faire preuve de la finesse d'esprit et de la retenue qui incombaient à la vie à la Cour et semblaient en être conscientes toutes les deux.

Elle avait écouté avec attention les propos de Virginia quant à sa propre façon de se remémorer ses souvenirs et ne fut pas surprise de s'entendre renvoyer la question. Ce n'était que justice et la Reine se para d'un léger sourire tandis qu'elle hochait doucement la tête.


"Vous avez raison. Les souvenirs sont légions lorsque l'on mène une existence telle que la mienne, au sein du Donjon Rouge. Cette impression constante d'être au cœur d'une ruche en activité permet d'avoir toujours des anecdotes à raconter et de quoi se rappeler lorsque l'on est seul au coin du feu."

Pourtant Aelinor n'aimait guère se remémorer le passé, elle préférait toujours regarder devant elle, même si elle chérissait quelques rares souvenirs de son enfance comme des trésors précieux qu'elle se refusait à partager avec qui que ce soit.

"Toujours est-il que maintenant, je ne pourrais guère humer l'air marin typique de notre cité sans repenser à notre charmante discussion. D'autant plus que je n'avais jamais songé à ce qu'une pierre puisse se targuer d'avoir une quelconque fragrance aussi subtile soit-elle."

Les sujets se suivaient, s'enchaînaient sans le moindre silence lourd ou qui aurait pu rendre les convives mal à l'aise et la Reine en était ravie. Elle tenait à ce que les jeunes femmes n'oublient pas cette soirée et qu'elles se rappellent d'elle de façon positive. Il était toujours important de laisser une bonne impression même si elle savait pertinemment qu'en soit, elle n'en avait pas réellement besoin. C'était une fois de plus une question d'orgueil et, au vu de la soirée qui s'achevait doucement, elle pouvait se targuer sans difficulté de l'avoir largement comblé.

Notant avec attention les quelques propos concernant Lady Ismaëlle, la Reine hocha une nouvelle fois la tête. Virginia Hightower l'avait dépeinte en quelques mots mais ils avaient été judicieusement choisis et donnaient envie à Aelinor de rencontrer la jeune femme.


"J'espère que j'aurais l'occasion de la croiser. Votre façon de parler d'elle est particulièrement intrigante."

Le Conseil fut évoqué, de façon légère, subtile, comme se le devait tout sujet qui pouvait être source de tension. Inutile d'alourdir l'ambiance d'une soirée somme toute réussie, ce n'était pas dans les intentions de la Reine qui se contenta de répondre, toujours aussi charmante.

"Vous avez tout à fait raison. Gérer le royaume est une tache difficile qui incombe aux membres du Conseil. Mais nous pouvons leur faire confiance tant pour les Fer-nés que pour le reste. Nous sommes entre de bonnes mains."

Il ne servait en rien d'insister plus longuement sur le sujet pour éviter tout faux pas ou remarque qui pourrait être mal interprétée. La discussion reprit son cours et la Reine observa l'aînée dont la question pertinente pouvait laisser la place à de nombreuses réponses.

Des projets ? Aelinor en avait bien évidemment, mais rien qu'elle ne puisse exprimer haute voix. Se contentant alors d'un sourire complice en direction de Virginia qu'elle devinait bien plus fine encore qu'elle n'en avait l'air, la Reine finit par répondre, d'une voix tranquille.


"Oh et bien, tout comme vous je vais attendre que l'hiver passe et que les temps soient plus propices, quel que soit le temps que cela prendra. Pour voyager peut-être, il y a tellement de lieux à visiter dont je n'ai fait qu'entendre parler toutes ces années. Je ne suis pas encore totalement fixée sur l'avenir."

Le dîner touchait à sa fin et, alors qu'Aelinor laissait retomber sa serviette sur la table et qu'une servant s'empressait de la ramasser, elle se releva d'un geste gracieux, portant un regard chaleureux sur ses convives avant de conclure, d'une voix douce.

"Ce fut un véritable plaisir pour moi de vous recevoir à cette table. Puissent les Sept veiller sur vous à chaque instant et votre famille se montrer aussi unie que ce que j'ai pu voir au cours de la soirée. Vous avez fait honneur à votre nom et à votre rangs mes Dames. Je vous souhaite un excellent séjour à Port Real."

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Message Ven 8 Mar 2013 - 16:08

     Un simple sourire fut la première réponse de la Reine à la question de Virginia. Cette dernière resta poli et se contenta d'arborer une risette de circonstance, même si au fond ce qu'elle avait en tête était bien différent de ce qu'elle montrait. Une personne aussi intelligente et particulière que l'épouse du Roi de Westeros, n'allait pas sottement répondre à une telle question. Toutes les trois – et certainement les autres femmes présentes à ce repas – se doutaient qu'Aelinor Targaryen avait des projets bien différents de ceux qu'une femme « normale » pouvait avoir. Aux yeux de la Hightower, ils devaient davantage se rapprocher du désir de pouvoir gouverner à la place de son époux – incompétent, autant l'avouer – que du souhait d'avoir des enfants et de devenir une mère et une épouse parfaite qui servirait d'exemple à toutes les jeunes dames du continent. C'était là tout l'intérêt de cette discussion : bien des choses étaient avouées par des sourires ou des gestes, plutôt que par des paroles. Mais c'était là de simples spéculations et Virginia devrait se contenter des quelques mots lâchés par une Reine bien trop intelligente et prudente pour s'aventurer plus loin. Du moins, pas pour le moment. Même s'il était peu probable qu'elles puissent un jour s'épancher davantage sur ce sujet.

     Les quelques mots de la Reine ne demandaient aucune réponse et tout le monde retomba dans le silence alors que le repas se terminait. Virginia se redressa après que leur hôte ne l'ait fait, puis elle lui offrit une légère révérence autant destinée à la remercier qu'à saluer cette soirée qui, il fallait l'avouer, était des plus agréables. Un sourire plus prononcé se peignit sur les lèvres fines de l'aînée avant qu'elle ne réponde. « Un plaisir réciproque, je m'attendais à passer une excellente soirée en recevant votre invitation, mais c'était encore plus intéressant que je ne l'escomptais. » C'était le moins que l'on puisse dire, elles avaient appris énormément de choses pendant leurs quelques échanges. « Puissent les Sept veiller sur vous et vos proches ma Reine, je vous souhaite une excellente soirée. » Son visage se tourna vers la Reine mère et les autres invitées. « Ainsi qu'à vous mes dames. »

     La jeune femme se dégagea de son siège, laissant ainsi à Valencia le temps de pouvoir s'adresser elle aussi à leurs hôtes, puis elle salua une dernière fois toutes les personnes présentes dans la pièce avant de se retourner vers sa cadette. Les deux femmes quittèrent donc la pièce et l'aînée resta silencieuse quelques instants jusqu'à ce qu'elles aient gagné l'aile du Donjon Rouge où elles avaient leurs appartements. Tournant la tête vers sa sœur, Virginia prit la parole. « Une soirée bien intéressante, ne le crois-tu pas ? Notre Reine est une femme aussi intelligente et douée que notre cher Clarence et ce n'est pas peu dire ! » Tout le monde connaissait bien l'estime que la jeune femme avait pour son frère aîné, c'était effectivement un très grand compliment que de lui être comparé dans la bouche de Virginia. « Je me demande ce que donnera cette rencontre, peut-être qu'elle ne restera qu'un simple repas, peut-être qu'elle nous offrira bien plus de surprises à l'avenir. Seuls les Sept le savent ! » Elles arrivèrent enfin devant leurs portes et la Hightower se tourna vers sa sœur pour glisser sa main sur son épaule dans un geste affectueux. Même si elles n'étaient pas démonstratives, parfois Virginia aimait avoir des gestes tendres avec les siens. Se penchant vers Valencia, elle déposa une légère bise sur sa joue. « Repose-toi bien, nous allons avoir beaucoup à faire dans les jours à venir ! » Avec un dernier sourire, la jeune femme laissa sa sœur pour rejoindre ses appartements.

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Message Dim 17 Mar 2013 - 6:03

Le glas du repas venait de sonner. Les serviettes furent jetées par les dames et ramassées par les servants, tandis que la Reine se leva, annonçant l'heure du départ. Le regard qu'elle adressa alentours charma la jeune Hightower tout autant que les derniers mots qu'elle prononça. Bien sûr, Valencia n'avait pas douté d'elle-même quant à bien se tenir à pareille table et avait encore moins suspecté Virginia de mal faire ; l'entendre dire et le lire dans des yeux Targaryen était toutefois un petit événement à même de passer les innombrables barrières de son cœur pour le flatter assurément. Elle n'en montra pas plus qu'un sourire, toutefois, ce dernier était présent et restait à flotter sur les lèvres fines de la pieuse lady. Les derniers propos échangés entre son aînée et la Reine éveillèrent chez la demoiselle une petite curiosité que le contentement et le charme d'Aelinor avait occultée juste là et, un instant, elle vint à s'interroger sur les projets de cette Reine qu'elle estimait beaucoup et respectait tout autant ; toutefois sa tournure de caractère l'assura qu'une personne si proche de la Couronne ne pourrait qu'agir pour son bien, que ce soit avec la Main ou à son encontre. Se pencher trop loin sur ces considérations n'amènerait rien pour l'heure : elle n'aurait aucune réponse et il ne lui appartenait pas de se faire juge des intentions supposées d'une personne de si haut rang. Ce fut donc toujours aussi ravie et confiante, bien que l'exprimant avec toute la retenue qu'on lui savait, que Valencia souffla à son tour, avant de se lever.
    « Je ne peux qu'approuver. Ce fut une soirée mémorable et en tout point parfaite. Laissant les vœux s'échanger, elle inclina la tête. Soyez remerciée de vos vœux. Que les Sept vous gardent et vous guident, en ces temps troublés, vers l'accomplissement. Tous mes respects, ma Reine, mes dames. »

Une œillade concernée et appliquée fut adressée à chacun des convives de la table, ainsi qu'un salut élégant et courtois. Puis, après quelques froissements de tissus et quelques murmures ça et là, les servants s'activèrent, les nobles se retirèrent ; le dîner royal était clos.

Dans les couloirs, Valencia resta silencieuse, pensive, repassant dans sa mémoire les échanges de gestes, de mots et de regards ; elle y songerait de nouveau à froid, sans aucun doute, afin d'en tirer les enseignements qui conviendraient, mais elle était, somme toute, ravie de sa soirée. Son expression ne changeait guère de sa neutralité coutumière toutefois et il fallait la connaître sur le bout des doigts pour déceler sur ses joues encore très juvéniles le pli minuscule qui voulait annoncer un sourire encore là. Leurs appartements furent approchés sans qu'aucune de leurs deux voix ne s'élèvent, toutefois, une fois dans l'aile où elles avaient leurs chambrées, son aînée coupa cette méditation songeuse pour quelques mots chaleureux. Sa cadette acquiesça sans hésitation aux premiers mots de sa puînée, relevant l'intérêt qu'avait recelé la soirée, le compliment qu'elle ajouta releva le sourire de la plus jeune des deux sœurs. L'impression était partagée : la Reine semblait être une femme particulièrement avisée et adroite en société, ce qui n'était guère étonnant compte tenu de son rang, mais qui restait à souligner. Ce ne fut que devant leurs portes respectives que Valencia rompit son mutisme, soufflant d'une voix lente et songeuse qu'on lui connaissait peu.
    « Seuls les Sept le savent, oui, mais pour ma part, c'est déjà davantage qu'un dîner. Il y a des leçons à tirer de ce soir. »

Son aînée entama une étreinte légère et affectueuse qu'elle ne lui refusa en rien et qu'elle partagea d'un geste mesuré et appliqué, comme si elle était soucieuse de ne froisser en aucune façon les parures de sa sœur. Elle glissa toutefois son bras sous celui de Virginia, appliquant sa main sur l'épaule de sa puînée avant de lui rendre son baiser effleuré. Elle glissa en réponse à ses derniers souhaits.
    « Mes dévotions et un grand sommeil. A demain, que ta nuit soit douce. »

Le taffetas se chargea des derniers murmures échangés dans les couloirs et, sur le son des portes qui se ferment sans brusquerie, la nuit et le silence reprirent leurs droits.

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