AccueilS'enregistrerConnexion



 

Partagez| .

Un navire nommé mourir

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Jeu 15 Nov 2012 - 19:30

La lune était sereine et jouait sur les flots.

De loin, la côté déchiquetée, aux rochers comme des nervures à vif, paraissait sombrer dans les flots noirs qui n’en finissaient jamais de se rabattre contre les rochers. De près, le paysage ne se montrait pas plus tendre : les galets vous blessaient les pieds, chaque roc tombé sur cette crique rejetée des Sept cachait des arrêtes qui semblaient naturellement appeler la chair de vos paumes. Un seul éclair de peau à découvert, et les rochers vous faisaient des fleurs rouges sur tout le corps ; pour cette raison, le lieu était déserté des foules et fût longtemps connu sous le nom de Crique-aux-Veuves, avant de passer sous le contrôle d’une poignée de contrebandiers qui ne firent guère de vieux os quand l’un d’eux dénonça les autres pour une prime du bon or de l’Ouest. D’étranges histoires avaient autrefois entouré cette bouche acérée ouverte sur la mer vicieuse : on parlait de jeunes vierges suicidées, des spectres des contrebandiers trahis par leur ami et laissés à mourir au bout d’un corde, de meurtres discrets et indicibles commis lorsque les cris se confondent avec le hululement avide de la marée haute. L’histoire l’avait finalement oublié, comme elle le fait lorsque des guerres plus grandes attire son œil toujours voyeur. Mais pas un certain Cerdwyn le Rouge, un troubadour qui avait longuement écrit sur la réputation sinistre du lieu ; et la reliure rougeâtre du livre dépassait de la besace de Tyanne tandis qu’elle errait dans ce paysage déserté, tentant d’échapper tout à la fois aux regards, à la lueur lunaire et au froid humide et suintant que rabattait chaque vague avec elle. Ses longs cheveux roux lui battaient le visage comme des flammes et sa main gantée de cuir resserrait une longue pelisse noire autour de ses fines épaules.

L’on pourrait se demander ce que fait une jeune fille dans cet endroit de légende et d’horreur. Mais ce serait méprendre Tyanne : ce qui allait se passer ici avait tout à voir avec la légende et l’horreur, et elle était profondément convaincue que dans cette crique, le seul monstre, c’était elle.

Oh, pardon. Elle voulait dire : elle, et l’autre.

L’homme qui viendrait de la nuit. Parce qu’il viendrait – il n’avait pas d’autre choix, pas maintenant...n’est-ce pas ? Tous les hommes cèdent à la curiosité et au rêve. Donnez-leur des mystères, brûlez-les d’énigmes, baignez les dans le songe et effacez d’un regard le sceau que le ciel a noué à leur naissance ; ne leur dites rien, surtout, les hommes n’écoutent pas les femmes. Au contraire, accablez-les de silence ; faites leur miroiter ce qu’ils veulent voir, et ôtez-leur quand leur souffle les porte enfin à esquisser un pas en avant. Là, et là seulement, il faut abattre le couteau. Sans hésitation.
Il viendra, se répéta-t-elle. Il viendra car sa curiosité tenaillera ses tripes, il viendra car sa fierté sera défiée. Il viendra car elle l’a mandé aux pieds de l’Etranger et qu’elle a béni la Jouvencelle et la Mère. « Donnez-moi la force de prendre ma vengeance, donnez-moi la force… »

Alors, chut, le cœur qui bat comme mille tambours sous sa peau froide ! Chut, le bruit infâmant du doute, chut, la raillerie de l’attente ! Il viendra. Et elle n’aura pas peur, non, non, non.

Elle se rappelle encore la dernière missive qu’elle lui a envoyée. Celle-là ne comportait aucune information sensible, ne dénonçait aucune faiblesse dans les rangs alliés, n’augurait rien et ne trahissait pas. Pire : c’était une devinette.

Spoiler:
 
Elle savait qu’elle jouait gros, plus gros que sa simple survie. C’était sa maison toute entière qu’elle condamnerait avec elle si elle était prise ; aussi avait-elle pris la décision, mûrement réfléchie, de ne confier à personne le tour que prenaient ses pas et ses plans. Si elle réussissait…, si elle réussissait ce soir, alors il valait mieux qu’on la croit enlevée ou morte. Cela était mieux : ainsi, ses amis et sa famille se soucieraient de son sort. Et si elle échouait…

Si elle échouait, on ne retrouverait jamais son cadavre ici.
Oui, tout avait été médité et préparé de sa part. Tout, des corbeaux volés aux lettres traîtresses et conspiratrices, de l’habit de fauconnière volée à sa sœur et des manières dures qu’elle prétendait affecter, de la géographie et de la bague creuse remplie de poudre. Elle dansait avec la mort et pour l’instant, l’équilibriste n’était pas tombée. Mais le jeu était dangereux et le pari risqué.

Seul ce qui est risqué est intéressant.

Alors elle attend. La pelisse mange sa silhouette juvénile et ne découvre que son visage zébré de mèches-flammes. L’ombre et la nuit sont douces avec elle et dissimule le tremblement de ses mains enroulés autour de la petite fronde en cuir. Elle avait froid mais pour rien au monde ne l’aurait admis. Elle avait peur, aussi, mais elle serrait les dents. Qu’est-ce qui émergerait, exactement, des ombres de la nuit ? Tout pourrait être fini bientôt, très bientôt. Ce sentiment de danger imminent l’exalte et l’attire maladivement. Oui, tout pourrait se finir sous peu.

Et comme la missive parle de sirène, et qu’il faut satisfaire aux clichés, elle chantonne distraitement, se mouvant entre les rochers dans l’espoir que leurs poids et leurs tailles avaleraient sa silhouette pour mieux la recracher quelques mètres plus loin.

« A vous qui mandez le feu et le sang,
A vous qui naviguer à voile fendre,
Je vous dédie le conte et le chant,
De la rêveuse aux charmes tendres,
Qui au bout du monde voulut tendre.
C’était une donzelle valyrienne
Qui de l’été souhaitât s’éprendre
Et pour que les saisons soient siennes
Elle prit un navire nommé mourir.

Par-delà les mers elle allait dansant
Cherchant une terre où pourraient s’étendre
Les roses et les pins d’un même allant
Au creux des vagues elle croyait apprendre
Les routes que le vent seul sait entendre
Hélas ! Prise dans une pluie diluvienne,
Les flots jamais elle ne pût pourfendre.
C’est qu’on ne dompte pas la mer ancienne
Elle prit un navire nommé mourir.

Pour la flamme de l’été se faire cendre,
Triste sort pour une épicurienne !
Aussi haut qu’on monte c’est descendre
Qui vous attend sur la mer vaurienne,
Où tout navire est nommé mourir. »


La lune était sereine et jouait sur les flots.


Dernière édition par Tyanne Doggett le Sam 17 Nov 2012 - 16:48, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Seigneur Suzerain de Iles de Fer
avatar

Dagon Greyjoy
Seigneur Suzerain de Iles de Fer

Général


"Nous ne semons pas. "

Lord Ravage de Pyk,
et de ce qu'il en reste
Fils du Vent de la Mer
Capitaine de.... non, SBF


♦ Missives : 181
♦ Missives Aventure : 89
♦ Age : 28
♦ Date de Naissance : 13/05/1989
♦ Arrivée à Westeros : 16/09/2012
♦ Célébrité : Mads Mikkelsen
♦ Copyright : Lakdahr (signature + vava)
♦ Doublons : Neassa Baratheon, Bayard
♦ Age du Personnage : 44 ans
♦ Mariage : Lady Aaricia Bonfrère
♦ Lieu : Iles de Fer, Pyk
♦ Liens Utiles : # le personnage
# ses liens
# ses aptitudes
# son histoire


POSTES VACANTS (liens)
# Zachery
# Sorcha
# équipage du nouveau boutre
# fratrie Greyjoy

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
258/500  (258/500)


Message Sam 17 Nov 2012 - 8:15

Un silence absolu. La mer sombre était habitée par un calme étrange. Sa surface miroitante reflétait la lune comme de la glace. Pourtant la neige n’avait pas encore recouvert de son manteau ces contrées. Un sobre navire fer-né naviguait en silence. A peine une dizaine de rames le faisaient glisser sur l’eau. En toute discrétion, furtif. Si la lune éclairait leur avancée, la brume provenant de la berge les rendait invisible depuis la côte. Se risquer en ce lieu sans précaution aurait été folie pure, même pour un adepte du danger. Les hommes ne parlaient pas. Il n’y avait pas non plus de tambour pour maintenir la cadence des rameurs. Juste un chef d’orchestre qui surveillait tout, silencieux. Les hommes, étaient les plus enclins à la discrétion. Pas des guerriers redoutables prêts à pourfendre la chair. Non. Des hommes habitués à servir leur suzerain pour des tâches périlleuses et dont aucune information ne devait jamais en filtrer. La plus part suivait le Lord Greyjoy depuis son accès au trône. Si le terme ami n’était jamais utilisé par le borgne, ce navire était uniquement occupé par de tels hommes. Brorn, le barreur du boutre du Lord Greyjoy, habitué à naviguer sur la gigantesque Sirène Noire était également de la partie. De la même génération que Dagon, il le suivait, peut importait l’endroit et le justificatif. Il était d’ailleurs le seul à avoir été mis au parfum de cette promenade nocturne. Le navire avait quitté Pyk sans cérémonie, dans le plus profond de la nuit. Le veilleur du port – si l’éperon rocheux pouvait être qualifié de port – n’avait même pas quitté son poste lorsqu’il avait reconnu l’équipage, tout de gris vêtu. Pas de cotte de maille, uniquement des habits pratiques aux manœuvres marines. Donc pas de razzias. Donc pas de questions. Le vent n’étant pas compagnon de route des plus avantageux cette nuit, les rameurs s’étaient démener pendant presque une heure avant que le zéphyr daigne leurs venir en aide et les pousser en direction de la côte Ouest du Continent. Dès que la côte s’était faite visible, la voile carrée avait été redescendue, et les rameurs s’étaient remis au travail. Les quelques bougies du pont avait été éteinte et le fer, mis à l’abri des regards. La Lune était si intense que le moindre brin de ferraille aurait émis un signal visuel bien trop distinct pour que le navire passe encore inaperçu.

La crique n’était plus très loin. Les rames s’enfoncèrent à nouveau dans l’eau sombre et remontèrent pour la dernière fois. L’ancre fut descendue avec lenteur, retenue par la force de trois hommes pour que la lourde dame de fer rentre délicatement dans l’eau sans bruit. Elle se ficha dans quelque rocher dans les eaux peu profondes et le navire arrêta sa course, à l’ombre d’une falaise vertigineuse. Le fond plat du boutre lui avait permis de se rapprocher de la côte sans risquer de s’y éventrer. La brume semblait envelopper le navire. Un seul ordre avait été donné. Si une alarme devait être donnée à cause de la présence du boutre, le navire avait pour but d’abandonner l’homme qui s’apprêtait à descendre dans l’eau. Il serait alors laissé à son sort. Mais la vingtaine d’homme serait sauve. Brorn, se tenait près du bord, une épée enveloppée entièrement dans un étui en cuir retenue par une lanière pendait à son épaule bien plus large que la sangle. D’un œil confiant, il la tendit à la silhouette qu’il dépassait pratiquement d’une tête. Sur un signe de tête il fit dévaler l’échelle de corde le long de la coque pour permettre à son compère de descendre. Rien de plus. Il n’hésiterait pas à le planter là si besoin était. Epée dans le dos, le second descendit le cordage jusqu’à se retrouver les deux pieds sur la coquille de noix qui servait occasionnellement de canot. Leurs navires avaient la possibilité d’accoster sur les berges. Un canot n’était donc pas la priorité, tout en sachant qu’il occupait une place énorme sur le navire et réduisait le champ de vision à bord. Mais le boutre ne pouvait se permettre de toucher terre, cette fois-ci. Une seule rame – courte et très large – Permit au fer-né de se propulser sans effort jusqu’à l’éperon rocheux. Même en prenant en compte tous les facteurs négatifs qui poussaient cet homme à accoster, la raison ne parvenait à refroidir le sentiment qui l’avait poussé à traverser la mer pour se rendre ici. La curiosité. Elle était probablement l’un des rares sentiments qui lui restaient, en plus de l’orgueil. Encore quelques mètres. Sa barque buta contre les rochers en un bruit étouffé. Il rangea la rame dans le fond et s’extirpa de là. Les pieds à l’eau, il ne s’autorisa pas un regard en arrière. D’une main, il retira les mèches de cheveux qui lui barraient le front. Les rayons de l’astre nocturne s’étendaient sur la berge, lui permettant de repérer les éventuels dangers. Mais lui, plus que quiconque savait se méfier des apparences. La roche n’est jamais stable. A pas – mouillés – mais assurés, il arpenta les roches à la recherche …de qui au juste ? Il n’en avait aucune idée. Un simple interlocuteur un peu trop bien informé pour être simplement mis de côté. Un piège ? Même pour un Continental, ce stratagème lui semblait trop prévisible pour qu’il en soit ainsi. La crique mérite les rumeurs qu’elle a colporté sur bien des contrées. Même pour un habitant des îles de fer, l’ascension est rude et lente, entrecoupée par des montées et des descentes. Il ne sait où se diriger, pas exactement. La crique s’étend de chaque côté et aucune trace de vie. Scrutant la nuit, il ne distingue rien parmi ses roches sombres et acérées. La patience ne fait pas parti de ses qualités. Un reniflement lui échappe. Trop long chemin pour trop peu de découverte. Encore un pas, démesurément grand pour échapper à la morsure du rocher. C’est alors qu’il l’aperçoit. Silhouette verticale parmi ce paysage chaotique. Si la lune n’avait pas été de la partie, jamais il ne l’aurait distinguée. En équilibre sur une pierre, il se tint immobile et observe. La silhouette apparait, puis disparait subitement pour réapparaitre bien plus pas. De la magie ? Non, probablement un jeu malsain dû au terrain. Il descend de son perchoir, son avancement saccadé par des pas démesurément grands, est arrêté à nouveau. Un son. Non, c’est plus que cela. Une mélodie. Une sorte de champ. Un sourire tailla en deux le visage de l’homme. Pour avoir voyagé depuis plus trente années sur les mers, du Nord au Sud, jamais il ne lui avait été donné de voir, ni t’entendre une sirène. Et la voix qui chantonnait, bien qu’agréable, n’avait rien d’enchanteur. La veuve alors. Jeune elle devait être, au son qui lui parvenait. Encore quelque mètres. Et il s’arrêta, en contre haut. Droit comme un pic, il attendait. Ses cheveux gris flottaient autour de son visage. Une lueur furtive passa quelques mètres en dessous de lui. Ardente et rouge comme le sang qu’il avait de nombreuses fois fait couler. Une traînée bien étrange. Puis la silhouette se détache clairement de la roche. Il comprend alors. Des cheveux de feu. Jamais encore il n’avait vu pareille couleur, habitué à des roux bien plus comparables à du bois clair. Attentif, et impassible il observait en silence. Il n’avait le droit qu’à une seule question. S’il n’était pas un brin superstitieux, il aimait le challenge que lui imposait cette visite.

« Si t’ssaye d’m’avoir av’c une chanson, ça marchera po. »

Il avait usé volontairement du langage des rues de son île natale. Il ne voulait tromper personne avec ce modeste déguisement. Si cette femme était la personne qui avait fait parvenir la lettre étrange jusqu’à Pyk, il ne risquait rien. Se cacher ne changerait rien. Mais il ne se dévoilerait pas pour autant. Il ne savait rien de cet interlocuteur et jamais il n’accordait sa confiance à la hâte. Son unique œil était posé sur la jeune femme. Si cette dernière savait qui il était, accent ou pas, elle le reconnaîtrait.

« J’suis v’nu parc’ qu’il m’a dit t’te dire qu’y faisait plus de rêves d’puis des longtemps. Et qu’c’est po toi qui va lui permettre de vivre. »

Il parlait de lui à la troisième personne. Si chez lui on l’affublait du titre de Lord, lors des razzias – ou lors de rendez-vous pour les moins étranges comme ce soir – rien ne le différenciait de son peuple. Il en avait les mêmes caractéristiques, peut-être même plus accentuées. On aurait pu l’assimiler au paysage environnant. Froid, distant, mordant et couturé de cicatrices. Il ne bougeait pas. Il n’avait pas eu besoin de parler fort pour attirer l’attention de la jeune femme. Sa voix caverneuse portait et l’absence de vent offrait une qualité de son parfaite.


"L'histoire morte est écrite à l'Encre, la variété vive s'écrit dans le sang."  

 
©️ frangin
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Dim 18 Nov 2012 - 19:41

Le son de son inspiration lui parût trancher l’air vif et elle craignit que l’homme ne l’entende, qu’il sache au souffle court qui nouait sa gorge la tétanie qui l’affectait, qu’il ne devine le froid et le chaud mêlés dans ses veines. Elle ne sursauta pourtant pas – et pour cela, elle se félicita intérieurement ; et elle prit le temps de suspendre ses pas et d’ajuster sa posture et sa pelisse avant de lever, lentement, la tête vers l’origine de la voix étrangère et rocailleuse qui l’avait sorti de sa torpeur mélodique.

Comme elle avait rêvé de ce moment ! A chaque fois que le visage tuméfié de sa mère se craquelait en une parodie de sourire, elle avait pensé à cet homme. A chaque missive de condoléance, il y avait un feu derrière ses paupières qui l’empêchait de décrypter les arabesques de convenance : l’encre échappait à son regard et la flamme, c’était cet homme encore. Combien de fois l’avait-elle imaginé, dans le secret de son cœur : cela devait être un monstre, un géant, un borgne défiguré, un capitaine bot ou un démon échappé de Valyria. Elle le voulait laid, tordu, rabougri, la gueule fendue par une série de dents informes, les bras comme les tentacules du blason qu’il arborait, l’épiderme rougeâtre à force de commander aux massacres ; elle conjurait aussitôt ces images hors de sa mémoire ; il ne serait rien de tout cela. Les attributs de croque-mitaine ne vont pas aux monstres. Les véritables bêtes sont celles qui portent le visage des hommes. Il serait à l’image des îles et des navires : froid, nerveux, dur, (dangereux) musclé, probablement marqué par l’iode et le soleil, le faciès en lame de couteau (dangereux.)Terrible, mais parce qu’humain. Son imagination ne se limitait pas qu’à se représenter le meurtrier de sa mère. Il s’agissait de le savoir aux bras d’une femme, parent redouté, seigneur d’une nation de pauvres crétins. Et de se représenter le sourire impavide remplacé par un rictus de douleur, d’imaginer la femme écrouée, l’enfant déchu, la nation à genoux. Oh, oui, comme elle avait rêvé de ce moment !

Si l’impatience la dévorait vive de découvrir la figure de ce nom qu’elle haïssait tant, la peur la tenaillait tout autant, un mélange abject qui glaçait ses tripes plus que l’embrun nocturne lui-même. Lentement, très lentement, son visage pâle pivota et son corps fit un mouvement ample pour se retourner et considérer le seigneur. Et alors, elle se tût, ses yeux vrillés dans la chair même de l’individu, sa main droite serrée nerveusement autour de la fronde inutile (mais un caillou, projeté assez vite, droit dans la tête, un gros caillou, dans les mains d’une habitant des terres rocheuses, ne serait-ce pas ironique… ?)

De gros nuages de brume se dissipaient de sa bouche, seuls signes d’une quelconque vie chez la jeune femme figée.

Il était exactement comme elle l’avait imaginé.

L’air froid lui sciait les poumons. A un moment, la haine aveugle qui fourmillait en elle voulut lever la main et décrocher le caillou, attaque puérile mais tellement désirée que la pensée en devenait douloureuse en son ventre. Comme elle voulait, en cet instant précis, détruire cet homme… ! Rayer son nom, à jamais, de sa mémoire et de celles de tout à chacun, à la force de quoi, de son bras de femme vengeresse et qui se moquait bien de savoir ce qu’on aurait dit ou pensé. Juste cette brûlure glaciale : effacer ce qui n’aurait jamais dû être.

Et puis les secondes effacèrent le silence et firent à nouveau couler le sang dans les veines de Tyanne. L’éclair de violence se distendit et s’apaisa, et elle sentit la parole et l’analyse lui revenir. Sa respiration lui semblât moins acérée et elle pût mieux observer celui qu’on appelait Dagon Greyjoy.

« Vous êtes exactement comme je l’avais imaginé », murmura-t-elle fièvreusement, plus pour elle-même qu'à l'adresse de l'étranger. « Vous portez le visage de vos vérités. »

Elle ignora le patois usagé par son vis-à-vis. Elle-même n’était pas en mesure de livrer une imitation crédible du parler des gens du peuple ; elle préférait dès lors ne pas copier ce jeu-ci. Et quand bien même était-il plausible, très plausible, que cet individu ne soit qu’un envoyé du seigneur, elle ne pouvait se résoudre à accepter cette hypothèse. L’œil blanchâtre et aveugle qui faisait comme un trou dans les orbites du Fer-Né démentait trop cette possibilité. Elle prit garde de surveiller son environnement ; il ne lui semblât qu’aucun homme n’était embusqué, et cela encore était un indice pour ne pas prendre l’émissaire comme le premier bouseux venu. C’était Greyjoy, elle le savait du fond de ses tripes, d’une certitude d’ordre quasi-mystique : son identité était une nécessité, et toute sa raison ne pouvait se cabrer contre cette conviction impertinente. Il avait le visage que doit porter la mort, il avait la gueule du croque-mitaine.

*Tu trembles, carcasse ? Tu tremblerais bien plus, si tu savais où je te mène*, songea-t-elle avec ironie en sentant ses doigts frémir et la conscience de son corps s’engourdir. *Garde un œil sur tes alentours. C’est un guerrier ; mais pas un acrobate ; si tu dois t’enfuir, il importe que le paysage soit plus dur pour lui que pour toi.*Mais on n’apprivoisait pas les roches des Veuves aussi facilement, elle le savait bien.


« Qui a dit que j’essayais de vous avoir, milord ? »
Le dernier terme était usé de manière volontaire. Cette abréviation populaire se voulait un écho des manières gueuses affectées par l’inconnu.

Elle redressa inconsciemment les épaules et fit face à la silhouette embusquée. Tyanne se rendit compte que sa gorge était curieusement asséchée et que ses lèvres avaient un goût désagréable de sel et de sable. Ses yeux denses ne quittaient pas le lord, non pas de façon complaisante ou séductrice, mais comme le font les animaux aux aguets qui encerclent une bête inconnue.


« Votre maître a tort.
Tous les hommes font des rêves. Moi, je me charge de les découvrir.
Certains rêvent d’en tuer d’autres.
C’est là que je permets de vivre ou de mourir. »


Elle articula lentement, prenant soin de laisser poser ses mains et d’éviter que sa voix ne se brise ou montre un signe de vulnérabilité. Cette lenteur affectée lui redonnait contenance. Elle savait que les implications et menaces implicites dans sa réponse étaient risibles et aisément évidées ; pointer un ennemi du doigt à Greyjoy, c’était pointer Westeros tout entier. De même, un Fer-Né ne pouvait craindre la mort. La bravade avait plutôt pour tâche de briguer un peu de fougue et de signifier qu’elle ne se laisserait pas abattre aisément - et puis, elle se surprenait elle-même par la facilité avec laquelle elle dissertait de façon si peu morale. Il lui fallait bien l'avouer : sa soeur Evelyn se serait probablement vidée dans sa situation actuelle, et son frère n'aurait jamais eu la patience de mener une telle mise en scène. Il fallait être totalement fou pour avoir souhaité cette rencontre, et pire, l'avoir oeuvré à sa manière. Malgré, ou plutôt grâce, à la nuit sombre et abjecte et à l'omniprésence de la menace, elle se sentait douloureusement adéquate : il était délicieux et terrifiant de pouvoir ainsi défié le bandit, de trancher si ouvertement avec les formules de politesse et les tournures politiques qui étaient son apanage habituel. Elle était folle et elle n'avait pas à le cacher, et elle trouva un certain réconfort et une certaine force dans cette réalisation : à l'heure actuelle, elle jouait sa vie et elle la jouerait sans compromis ni demi-mesure. Inutile de porter le masque du sourire lors qu'elle n'était qu'acier froid.

« Pourquoi être venu pour lui, homme ? » lança-t-elle froidement. Puisqu’il prétextait jouer le rôle d’un émissaire, elle le traiterait comme tel – et elle ne doutait pas que le jeu agacerait le Greyjoy. Qu'il paye donc le prix de sa propre arrogance. Pour l'occasion, elle userait de son ton le plus insolent ; une dame peut parler comme elle le veut à un homme du peuple. «Il y a des secrets et des épreuves ici qui ne sont que pour des hommes extraordinaires, et vous n’avez rien d’extraordinaire.
Un borgne sans un royaume d’aveugles n’est jamais qu’un borgne. Qu'avez-vous de plus que celui-là ?»


La silhouette féminine reprit ses déambulations hasardeuses et disparut au détour d’un rocher. Sa voix se perdit en échos sur sa dernière question.
Revenir en haut Aller en bas
Seigneur Suzerain de Iles de Fer
avatar

Dagon Greyjoy
Seigneur Suzerain de Iles de Fer

Général


"Nous ne semons pas. "

Lord Ravage de Pyk,
et de ce qu'il en reste
Fils du Vent de la Mer
Capitaine de.... non, SBF


♦ Missives : 181
♦ Missives Aventure : 89
♦ Age : 28
♦ Date de Naissance : 13/05/1989
♦ Arrivée à Westeros : 16/09/2012
♦ Célébrité : Mads Mikkelsen
♦ Copyright : Lakdahr (signature + vava)
♦ Doublons : Neassa Baratheon, Bayard
♦ Age du Personnage : 44 ans
♦ Mariage : Lady Aaricia Bonfrère
♦ Lieu : Iles de Fer, Pyk
♦ Liens Utiles : # le personnage
# ses liens
# ses aptitudes
# son histoire


POSTES VACANTS (liens)
# Zachery
# Sorcha
# équipage du nouveau boutre
# fratrie Greyjoy

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
258/500  (258/500)


Message Dim 18 Nov 2012 - 22:28

La sinistre mélodie avait pris fin, pour le plus grand plaisir de Dagon. Si les fer-nés étaient des adeptes de la chansonnette, c’était uniquement en fin de repas – bien arrosé – et leurs chants n’avaient rien de doucereux. Points sur la table ou aux boucliers, ils étaient guerriers avant d’être artistes. Rien d’étonnant à cela. La voix – pourtant agréable à entendre – qui avait entonné l’air avait eu comme seul écho de passer au-delà du fer-né sans même qu’il y porte attention. Il n’en avait retenu que les mots. Il retenait toujours les mots, même s’il n’en faisait jamais remarque. Sa cervelle avait la dangereuse habitude d’enregistrer n’importe quelle conversation, quelle qu’elle fut. Même en faisant la sourde oreille, il ne pouvait être sourd aux propos qu’on lui imposait. Il en était de même pour son œil. Borgne, il continuait de l’utiliser dès la nuit tombée, lors que le soleil ne le faisait pas souffrir le martyr. Bien que complètement blanc, il continuait à communiquer des informations – parfois cruciales – à l’inconscient de l’homme. Il ne percevait qu’ombres de cet œil invalide. Mais cette abstraction totale lui avait déjà sauvé la vie. La chanteuse venait de se retourner. De là où il se trouvait, il ne pouvait détailler ses traits, en dehors d’une toison flamboyante et d’un visage clair. Il n’aurait su lui donner un âge. Sa voix trahissait la jeunesse, mais sous les vêtements qu’elle portait, il ne pouvait définir de silhouette. Elle semblait intemporelle. A l’image des fantômes qui habitaient ces lieux chargés d’histoire. Elle resta silencieuse pendant plusieurs minutes. Elle n’avait pas besoin de parler. Dagon pouvait en apprendre beaucoup plus ainsi. Son silence la trahissait. De la crainte, sans doute. Dagon ne procurait que deux sentiments : la peur ou la haine. Rien de plus, rien de moins. Ces deux sentiments rendaient les hommes faibles et totalement hors de contrôle. Mais il aimait être perçu ainsi. Un homme qui se bat avec toute la rage de son corps est tellement plus agréable à tuer qu’un fuyard qui se pisse dessus.

La topographie du lieu ne lui permit pas de recevoir les premiers mots de la demoiselle. Il remarqua simplement qu’elle avait parlé en regardant se déplacer les volutes devant sa bouche. Peut lui importait ce qu’elle pouvait bien avoir dit à son encontre. Elle n’était pas la première à ne pas oser lui avouer ses quatre vérités en face. Ça en devait presque lassant. Il était l’ennemi de bien des peuples et pourtant, aucun d’eux n’étaient venu à sa porte, fer au poing pour lui demander vengeance. Ils n’avaient pas de tripes. Personne n’osait le défier. Était-il un Dieu pour que les hommes ne s’essayent pas au corps à corps ? Si des rumeurs étranges courraient à son encontre, rien n’était vrai. Il savait se battre – avec la rage d’un crève la faim – mais quand il croisait un homme capable de lui tenir tête, il ne la coupait pas. On le disait immoral et brutal, mais aussi étrange qu’il soit, il était capable d’honneur. Si aujourd’hui on pouvait encore parler des fer-nés, c’est que des hommes, des femmes et des enfants avaient survécus. Il tuait dans un seul but : vivre. Il aimait la bataille et le sentiment qu’elle procurait en lui. Survivre. Toujours et encore, survivre. Là était toute la puissance de son égoïsme et de son orgueil.

Le langage utilisé n’avait rien de celui du peuple. La demoiselle devait donc être d’une quelconque noblesse, ou de bonne famille. Le sourire de Dagon zébra sa joue. L’entretien était des plus surprenants. Comment une donzelle pouvait-elle ainsi parler à un fer-né sans battre en retraite ? Ayant observé les côtés lors de son arrivée par la mer, il n’avait vu aucun signe de chaperon, ou de chien de garde. Cette femme était-elle donc complètement folle ? il ne pouvait le concevoir. Il devait y avoir un but à tout cela. Une quelconque démence l’aurait conduite directement sur l’île de Pyk. Son sourire s’effaça et sa main se porta à sa barbe – vieille de plusieurs jours. Il faisait mine de réfléchir aux propos lancés.

« P’têtre bien…mais alors, si t’dis qu’tu peux découvrir de ce quoi on rêve, c’est que tu dois savoir de quoi y rêve la Seiche… De poiscaille. » Un rire raisonna dans sa gorge. Et s’arrêta aussi brusquement qu’il était venu. « Et c’est po mon maître. On a pas de maître, nous autres fer-nés. »

Il avait gardé son patois en bouche. Il avait grandi à Pyk mais ses marins l’avaient habitué à un langage bien moins soutenu que celui qu’il utilisait dans la citadelle. S’il accentuait son aisance avec les mots lors de réunions – dans le seul but de perdre ses vassaux – il utilisait le langage commun aux fer-nés dès qu’il se trouvait en mer. Tout dépendait de son entourage, bien évidemment. Certains de ses hommes maîtrisaient les mots aussi bien que lui et rien ne l’obligeait à se plier au vocabulaire du plus sot. Un simple retour aux sources. Il avait noté le sous-entendu de la femme. Mais elle se trompait éperdument. Oui il rêvait. Un cauchemar des plus insistants. La chute des îles. Il ne rêvait pas des Continentaux, non jamais. Ses rêves trahissaient ses plus sombres démons – inconnus de tous même de sa femme. Il ne voulait voir son peuple mourir. Là était son seul et unique rêve, la vie – survie – du peuple de fer et de sel qu’il commandait depuis bientôt trente années.

« Hein ! J’suis po venu pour lui. Il voulait po v’nir. Il a donné la lettre aux hommes pis l’a dit qu’ceux qui voulaient, y z’avaient qu’à y aller. C’est moi qu’y ait levé le poing en premier.» Il baissa le front. La demoiselle voulait-elle donc le prendre à son propre jeu ? Il ne s’en offusquerait pas. Combien lui avaient déjà manqué de respect ? Il ne les comptait plus. On pouvait lui cracher au visage et le traiter comme de la boue, il ne laisserait jamais les railleries l’atteindre. Il renifla à la remarque sanglante avant de faire un geste de dédain de la main gauche. « Arf. L’a rien d’extraordinaire le Suzerain. L’est tout aussi normal que nous. »

La réplique suivante l’amusa. Un rire de gorge lui échappa. Il avait décidemment bien fait de venir. La situation des plus comiques valait le détour. Il porta la main à son œil comme s’il venait de comprendre ce dont elle parlait. Il baissa les yeux sur ses pieds. Et lorsqu’il les releva, elle avait à nouveau disparut. « Ne joue pas à chat avec moi. »Son regard parcourut rapidement le contre bas. S’il pouvait supporter de papoter inutilement il n’aimait qu’on se joue de lui. Ne pouvait-elle donc se montrer ! S’il voulait l’abattre, se serait chose faite, alors pourquoi tenter de se rendre invisible. La grimace qui lui servait de sourire s’effaça. Prenant appui sur une roche près de lui il descendit de plusieurs mètres pour se retrouver non loin de l’emplacement précédent de la jeune femme.

« Oh oh ! C’est qu’le Greyjoy il a les oreilles plus fines que moi. C’est po parce qu’j’suis zébré d’l’œil que suis aveugle. Et t’cacher changera rien. Juste que l’Lord il va en avoir plein l’cul et j’vais me retrouver comme un con sur ct’e plage. Viens par-là, qu’j’vois ta gueule. Pt’être que ça vaut l’coup d’rester. »

D’un coup rapide, il envoya boulé un caillou à ses pieds qui ricocha en contre bas. Il lui avait semblé y apercevoir la fille. Mais même si sa chevelure pouvait à tout moment trahir sa présence, elle savait jouer avec le paysage. « Elle ne vient pas de l’intérieur des terres. »Ses yeux étaient à l’affut de tous mouvements.

« L’a qu’une chose de plus que les autres, l’a pas envie d’un royaume. Y veut juste des femmes et de l’hydromel pour t’nir chaud. Et on s’ra toujours d’accord avec ça.» Si le début était purement véridique, la fin n’était qu’habitude fer-née. « Et pis faut arrêter ces conneries sur les sirènes. Nan les veuves, j’sais plus. Si y en avait sur c’cailloux, Dagon il s’rait déjà venu les consoler. »

Il faisait lui aussi dans le provocateur. Pourtant, si ses propos étaient décalés par le fait qu’il les prononçait lui-même, ils auraient très bien pu être prononcés par l’un de ses fer-nés, habitués à son caractère et à sa manière de faire. Il n’avait rien d’un superstitieux, mais il avait pris soin de ne jamais poser de question. Après tout, il n’en aurait le droit qu’à une ce soir.


"L'histoire morte est écrite à l'Encre, la variété vive s'écrit dans le sang."  

 
©️ frangin
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Jeu 22 Nov 2012 - 18:24

« Pas de maître ? » Un rire, doux. « C’est ce qu’ils disent tous ! Pourtant, votre royaume n’est rien d’autre qu’un étron de mouche sur la carte du monde, et les sauvageons du Nord sont plus monstrueux et puissants que vous ne le serez jamais. Où sont vos empires, vos rivages et vos cultures ? Au fond des mers, là où vous attend votre Dieu ? Dans vos rêves, ceux que vous prétendez ne pas avoir ? Dans les mains d’un maître que vous ne reconnaissez pas ? Ce qu’il faut de respect, pour se faire obéir, par chez vous… ! Ce qu’il faut de théâtre et de vin pour que vous pliasse enfin le genou ! Vous prétendez cracher à la face du monde, mais force est d’avouer que vu l’étendue de vos terres, vous ne faites que vous cracher sur les pieds, comme un garçon apprenant à pisser. Pas de maître, et pourtant tous des roquets à la recherche de leurs récompenses. Pas de maître, et pourtant tous servants, tous les mêmes, tous bouffons de la même farce. Quand bien-même me trouverais-je aux fers, je ne voudrais encore de votre liberté pour rien au monde : elle a l’odeur des poissons morts et écaillés sur les étals de Port-Réal. »

Le défi et la raillerie étaient clairs.
Elle avait bien fait de se vêtir si chaudement et d’avoir emprunté son apanage de fauconnière à sa taciturne aînée. Les gants et les bottes de cuir renforcé lui étaient certes plus lourds que ses fines robes de soie, mais elle pouvait frôler le derme rocheux des pierres sans s’écorcher vive, un net avantage dans sa situation.

Elle s’enfonça plus avant dans la brume, les yeux comme dessillés. Ses pas ne pesaient rien au contact du sol, au contraire de ceux du bandit dont elle parvenait clairement à se représenter l’avancée au rythme de leurs échos. Une démarche étrange, décida-t-elle : à la fois terriblement sûre d’elle, lancée en avant comme on lance une flèche, et contenue, pourtant, contenue à la manière d’une épée dans son fourreau – elle peinait à décrire l’impression que cela lui laissait, si ce n’était cette fugace sensation que, d’un moment à l’autre, l’homme pourrait obliquer et prendre n’importe quelle trajectoire…
Tyanne avait toujours accordé de l’importance à ces détails de silhouette et de manière qui habitaient les corps. Souvent, ils échappaient à la conscience et au contrôle des individus ; leur démarche les habitait plus qu’ils ne la possédaient, et la jeune noble avait rapidement associé certaines allures et ronds de jambe aux noms et visages. Par exemple, il y avait le pas très nerveux de lord Arren, tout en allonge et en bonds de fauve ; celui du mestre, qui touchait terre avec attention et tendresse, comme toujours surpris d’éprouver son contact, ou encore celui de Lantheïa, sa tante préférée, délicieusement chaloupé et changeant, capable des pires vacarmes comme des plus douces lenteurs. Elle appuya son dos contre un des rochers, sa respiration désormais rien de plus qu’un soupir dans la nuit, et s’attacha à écouter la musique du Greyjoy, profitant de ne pas le voir pour mieux le cerner par l’écoute ; elle se concentra sur les inflexions de sa voix, l’accentuation de son patois et la célérité de ses abréviations douteuses, sur le froissement de ses habits, le crissement des cailloux sous sa botte, elle évalua mentalement sa vitesse de marche, approxima sa taille, chercha la tonalité, voulut s’accaparer tous ces détails qui devaient bien le trahir, d’une manière ou d’un autre, et plus tôt ceux-là sont repérés, plus tôt peut-on prétendre à tromper un homme…

Elle se rappelait que, lors d’un banquet, son mestre l’avait une fois prise sur ses genoux cagneux et avait tendrement – et discrètement – adouci un des épis sauvages qui défaisaient sa chevelure. « Mestre, tous ces gens parlent mais je ne comprends pas leurs voix », s’était-elle plainte alors. Lui de sourire : « Lady, c’est folie que de croire que l’on connaît un homme par le son de sa voix. On ne connaît bien un homme que par la manière dont il rit. »

Elle se demanda ce que son cher mestre, professeur silencieux et émérite de sa jeunesse, perpétuellement attentif et érudit, aurait dit sur le rire de Greyjoy. Elle se demanda ce qu’il aurait dit en la sachant simplement ici. Sans doute aurait-il secoué tristement la tête, et répété un des sermons énigmatiques qu’il aimait tant lui attribuer : « Petite renarde, le renard se croit malin jusqu’à ce que le poulailler soit rempli de loups. » Il y aurait eu de la tristesse dans ce constat, elle le savait, mais cela n’aurait été qu’un constat de plus pour le savant. *Pardon, Mestre, je me suis toujours cru trop maline, je n’ai jamais su dire non à ma curiosité.*

Elle glissa sa main le long du roc, comme pour en éprouver un toucher amical, et glissa hors de son abri de fortune en silence. *Rien qu’une voile dans la nuit, rien qu’un soupir dans le vent, rien qu’un reflet dans l’eau, rien qu’une ombre sur le toit* se répéta-t-elle intimement, la litanie mentale adoucissant sa nervosité et berçant son évolution élusive. Entre ses dents, elle comptait : dix-neuf, dix-huit, dix-sept…

Lorsque son décompte atteignit le zéro, elle se trouvait aux abords d’un petit renfoncement rocheux qui n’avait de grotte que la fonction. Le sentier qu’elle avait repéré plus tôt au cours de ses observations y était en pente menaçante, et se séparait un peu plus loin en deux chemins obtus ; elle devinait que la « grotte » avait dû servir de lieu de stockage et d’échange entre les anciens contrebandiers, et elle imaginait qu’à marée haute son accès devenait un piège mortel. Une fois, son frère avait jeté Tyanne dans une rivière lors d’une promenade à cheval. Elle en gardait une sensation terrible et depuis ce jour, n’avait jamais retenté l’expérience. Sans doute ne se serait-elle jamais intéressé aux phénomènes de la mer si ce n’été pour ce rendez-vous de mauvais augure. Elle avait appris le sens de « baïne », de « récif » et de « courants » avec une certaine fascination. Que la nature soit si féconde en perversité ne cessait de séduire et d’abîmer son esprit.

Les dernières paroles de Dagon firent fleurir un sourire sur ses lèvres qui manqua s’épanouir en rire, avant qu’elle ne le retienne en se mordant les lèvres. Elle pivota pour chercher son contour des yeux dans le paysage. Dans le même temps, elle défit sa besace qu’elle posa au sol le plus silencieusement possible.

Il était encore temps de ne pas lui répondre, songea une partie d’elle-même. Tais-toi donc, voulut-elle lui souffler en retour. Mais sa peur de jeune fille, d’enfant sans aventures, d’insister : Si tu te tais et que tu te caches, jamais il ne te retrouvera. Tu auras eu ce que tu voulais, un grain de visage, une gueule à détester de toutes tes tripes, et tu seras en vie. Est-ce que cela ne compte pas pour toi ? La peur de la mort ? Et il y a pire encore.

Il n’y a rien de pire que d’avoir peur quand on regarde la mort en face. C’est un spectacle trop rare pour ne pas en jouir.

Un tintement dans le silence.

La gueule ouverte de la besace révéla deux gobelets dorés et soigneusement décoré par les mains de leur créateur. Une fresque représentant une chasse à cour courait le long de leurs rebords. L’âge les avait empoussiéré et avait terni leur éclat, mais leurs poids dans ses mains ne laissaient aucun doute quant à la richesse de leur matériau.
Elle les avait choisi tous les deux identiques. Nul doute que leur disparition serait remarquée par les servantes.

Elle se saisit d’une gourde en vieux cuir tannée avant de refermer la besace. Encore une fois, son cœur serré en lui-même se partageait entre l’excitation et les remugles de crainte. Tyanne ôta le goulot de la gourde et s’appliqua à remplir minutieusement les deux coupes au même niveau.

« Il faut être fou pour croire que les veuves et les sirènes n’existent pas. Elles existent, et elles parlent beaucoup. Les premières se trouvent dans tous les ports du monde et les secondes sur chaque figure de proue des navires. C’est un constat tout ce qu’il y a de plus réel. La veuve et la sirène, ne sont-ce pas là les deux meilleures amies du pirate ? Tout le monde peut les voir. Mais que voient-elles ? Que savent-elles ? Que disent-elles de ceux qu’elles observent ? Peut-être qu’elles se taisent. Ou font taire. Peut-être qu’elles chantent. Ou qu’elles font chanter. Que ferait votre veuve ? Que ferait votre Sirène ? »


Elle se redressa, consciente que cela ne prendrait pas très longtemps au Fer-Né pour la retrouver désormais, si c’était cela qu’il désirait.

Elle esquissa quelques pas jusqu’à ce que ses pieds épousent le rebord de la pente. En contrebas, elle le savait, le bassin d’océan – la baïne, corrigea-t-elle mentalement – donnait l’impression illusoire d’un bras de mer lisse, noir et calme. Les veuves des anciens temps aimaient à se jeter de la falaise, plus haut, ou à se poser là, exactement où elle se trouvait maintenant, et à bondir, les yeux clos, pour se « recouvrir d’eau », selon l’expression du poète. Sans doute regrettaient-elles leurs erreurs, lorsque le jour dévoilait le récif. Ses yeux bleus se perdirent dans l’illusion des clapotis sages et elle s’abandonna à leur lente contemplation.

« Vous vouliez voir ma gueule, »
reprit-elle d’un ton rendu distrait par sa fascination pour le vide. « Je ne suis pourtant pas très belle, et encore moins ce qu’il vous faut voir ici, l’inconnu. » Ce disant, elle esquissa un geste vague.

A ses pieds, elle avait déposé les deux gobelets de vin.
Deux gobelets pour deux voies.
Revenir en haut Aller en bas
Seigneur Suzerain de Iles de Fer
avatar

Dagon Greyjoy
Seigneur Suzerain de Iles de Fer

Général


"Nous ne semons pas. "

Lord Ravage de Pyk,
et de ce qu'il en reste
Fils du Vent de la Mer
Capitaine de.... non, SBF


♦ Missives : 181
♦ Missives Aventure : 89
♦ Age : 28
♦ Date de Naissance : 13/05/1989
♦ Arrivée à Westeros : 16/09/2012
♦ Célébrité : Mads Mikkelsen
♦ Copyright : Lakdahr (signature + vava)
♦ Doublons : Neassa Baratheon, Bayard
♦ Age du Personnage : 44 ans
♦ Mariage : Lady Aaricia Bonfrère
♦ Lieu : Iles de Fer, Pyk
♦ Liens Utiles : # le personnage
# ses liens
# ses aptitudes
# son histoire


POSTES VACANTS (liens)
# Zachery
# Sorcha
# équipage du nouveau boutre
# fratrie Greyjoy

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
258/500  (258/500)


Message Mer 28 Nov 2012 - 20:51

Des échos lui provenaient de toutes parts, ne laissant pas à Dagon le plaisir de retrouver la jeune femme parmi les roches sombres de la baie. Il avait cru en être tout proche lorsqu’il avait projeté le petit caillou sur les récifs mais son œil l’avait trompé. Ses oreilles n’étaient d’aucun réconfort, incapable de définir quel son était le reflet de l’original. Il ne pouvait se fier qu’à un seul de ses sens désormais. L’odorat. Il lui avait semblé reconnaître un embrun, ou plus précisément ne pas le reconnaître. Quelque chose de terrien, qui empestait l’animal, comme un vêtement de chasse ou d‘approchant. Probablement le vêtement quelle portait. L’odeur n’était pas prenante et la mer empestait sur des kilomètres. Mais il lui semblait pouvoir en distinguer une fragrance, par moments fugaces, comme un nuage de passage, puis plus rien. Son nez se fronça, comme pour affirmer ses pensées. Elle était si silencieuse, cette drôlesse, qu’il se rappela alors de la lettre reçue. La baie était emplie de sombres souvenirs et les fantômes n’étaient que partie du paysage. Une note rieuse s’échappa de ses lèvres humidifiées par le brouillard. Non. La voix qui portait jusqu’à lui état celle d’une enfant. Pas de veuve et certainement pas une sirène. Des perles d’eau s’étaient accrochées à ses cheveux et formaient un rideau devant son visage. Comme un chien mouillé, il secoua vigoureusement la tête et se passa une main dans sa tignasse informe pour peigner la masse grise sur le haut de son crâne. Il emplit ses narines de l’air ambiant. Son regard était porté à l’opposé de la jeune femme et il n’en avait aucunement conscience. Son pied droit recula de quelques centimètres. Il avait l’intention de se retourner pour regagner un peu de hauteur. Mais la voix de la brume retentit à nouveau.

Les propos qui lui parvenaient étaient loin d’atterrir dans l’oreille d’un sourd. Si les joutes verbales étaient un plaisir qu’il aimait pratiquer sans retenue et censure, il y avait des sujets avec lesquels il ne pouvait pousser une réplique sans comprendre le sens profond de la discussion. L’échange n’avait pour le moment été que plaisanterie et pourtant il venait de prendre un tournant bien plus réaliste et accusateur. Il arrêta son geste comme percuté comme un rocher invisible. Son front venait de se barrer en une fente verticale. Il ne comprenait rien. Ces propos n’avaient aucun sens et ne reflétaient en aucun cas sa vision du Continent ni même son comportement. C’était une vision de victime. Une vision imposée par les fer-nés par leurs trop nombreux raids. Sa tête s’inclina sur le côté, comme pour tendre l’oreille. La demoiselle venait-elle de trahir son aversion pour les fer-nés ou n’était-ce là qu’une ruse de plus ? Elle le menait en bateau depuis le départ. Pourtant Capitaine d’un boutre gigantesque, Dagon ne pouvait faire tourner le gouvernail dans sa direction. Il ne savait même pas quel cap ils empruntaient. Son pied fit crisser la roche humide. D’un pas volontairement claquant, il descendit encore quelques mètres. En contre bas, il y avait l’eau sombre. Un imperceptible sourire lui éventra la joue gauche.

Un son. Si fragile et délicat. Du métal. Un son si caractéristique qui habitait Dagon depuis sa tendre enfance. Une note qui ne reflétait nullement le danger. Aucune arme n’aurait pu produire pareille mélodie. Si charmeuse aux oreilles du fer-né. Elle n’était donc pas loin, cette veuve invisible. Il resta immobile. Et la suite fit frémir sa mémoire. Presque anodin. Le doux murmure d’un liquide – ma foi trop fin – qui se déversait dans un réceptacle qui raisonnait de bonheur. Le son était trop vif pour qu’il soit produit par de la bière ou de l’hydromel. C’était donc du vin. Un manque de goût certain. La voix de la continentale rompit ce chant comme une hache. Cette femme avait un don certain pour étaler le discours comme un troubadour. Trop de mots pour en dire si peu d’important. Il se redressa et pivota sur la droite. Vu la résonnance, l’inconnue devait se trouver dans une sorte de cavité, un creux, ou simplement dos à quelque récif imposant. Il se mit en marche. Son pas crissait, trahissant son avance, mais pas son esprit. Elle était là, lui offrant son dos. La lune ne faisait apparaître qu’une vague silhouette noire. Il s’arrêta à l’entrée de cette embouchure dérisoire. L’astre avait fait miroiter les deux gobelets dorés sur le sol. A peu de chose près, ils les auraient renversés tous deux. Que de surprises, cette soirée. Si les deux récipients étaient posés à même le sol, c’était probablement pour une raison précise. Il y en avait deux. Reflet d’un choix. Si non, la femme aurait déjà pris le sien.

« Ma veuve s’ra content’ d’être débarrassée de son ravisseur. Et ma Sirène… elle m’attend d’l’lautre côté. »

Aucune femme ne regretterait volontiers la mort du Greyjoy. Qui pouvait bien éprouver de la sympathie pour un homme qui ne connaissait que la guerre et la violence. On ne pouvait être heureux aux côtés de cet homme si difficile à cerner et dont l’orgueil n’avait d’égal que sa fierté. Des veuves, il en faisait depuis ses 15 ans, et il ne regrettait rien. Il en avait conquise plus d’une sans éprouver le moindre remord ni gène devant se spectacle de désolation. Quant à la sirène, il faisait référence au nom de son boutre, la Sirène Noire, qui était restée bien tristement au port cette nuit-là.

« Pis les veuves, comme les sirènes, c’est celles qu’écartent l’mieux les cuisses. »

Il avait l’impression que la jeune fille le lançait volontairement sur des sujets qui avaient une résonnance dans ses souvenirs de continentale. Lui aurait-il offert une veuve ? une mère, une sœur, allez savoir. Il baissa les yeux sur les deux coupes. La gauche ? La droite ? Il se baissa en fléchissant les genoux. Son œil s’attarda sur le bord de la falaise où se tenait la demoiselle. Il aurait pu l’y pousser. Mais qu’aurait-il à y gagner ? Venir ici pour repartir sans même une information notoire… quelle belle expédition que voilà. Et il se redressa lentement. Les deux gobelets en mains. Il ne choisirait pas. Il remarqua la décoration pompeuse qui ornait les coupes. Probablement objets d’un riche seigneur du coin. Mais la poussière recouvrait certains détails. Elles n’avaient donc pas servies récemment. Des biens de valeur dans ce cas ? Alors qu’elle se retournait pour lui faire face, il avança volontairement d’un pas plus grand qu’à l’ordinaire. Il n’avait pas l’intention de la laisser filer à nouveau. Elle lui devait des réponses pour l’avoir fait venir jusqu’ici en pleine nuit. Elle lui devait de la crainte et de la soumission alors qu’elle voulait s’imposer en maître de la partie. Il avait les deux verres à hauteur de poitrine. Il ne dépassait pas d’une tête la donzelle. Il gageait cependant qu’en force il lui était supérieur, mais probablement pas en agilité.

« La beauté c’est pour la Dame en bas. L’ mer. Elle seule vaut le regard. »

Il désigna du menton l’étendue sombre en contre bas. Jamais il n’avait utilisé l’adjectif de beauté pour autre chose que son amante de toujours. Ou peut-être pour sa favorite, la délicieuse épée qui lui traversait le dos. Mais jamais pour une femme. Il ne qualifiait les femmes que d’un seul mot d’ailleurs. Catin. Elles l’étaient toutes, sa mère la première.
Il ne s’était pas trompé en présumant que la demoiselle ne devait pas avoir la vingtaine. Si son visage avait déjà les traits d’une femme faite, il reflétait néanmoins une fragile jeunesse. Mais pas de naïveté. Il lui avait donc pris plus qu’une veuve à cette dame-là. Maintenant qu’il était plus près, il pouvait pleinement sentir le délicat parfum que dégageait son manteau épais. Vu sa tenue, elle ne devait pas avoir l’habitude de trainer sur les plages en pleine nuit. Dagon ne portait que du cuir et du coton. Il était habitué à l’humidité. Son île ne voyait pratiquement jamais le soleil radieux, même en plein été. Son œil droit remonta sur le visage qui lui faisait face, après l’avoir détaillée – bien qu’il n’y avait pas grand-chose à voir – de haut en bas.

« Etranger. » Il faisait référence au terme inconnu qu’elle venait de prononcer. Il avait fait fit de son accent. Elle savait pertinemment qui il était. « L’étranger, pour un homme qui n’est pas de cette terre. L’inconnu ne désigne que ce qui n’est justement pas connu. Hors tu sais qui je suis. Le terme est donc particulièrement mal choisi, femme-enfant. » Il désigna du pif les coupes dans ses mains. « Tout comme la boisson. Le rouge ne sied qu’au sang. »

Son œil était étrangement fixe sur le visage de la continentale alors que sa cécité aurait voulu qu’il oscille entre le gauche et la droite pour couvrir la totalité du paysage. Il redressa le coup, faisait reculer sa tête. Il ne demanderait rien. Il restait aussi calme que la mer. Tout comme elle, ce n’était qu’apparence. On ne le redoutait pas seulement pour sa hache, qu’il n’avait pas avec lui d’ailleurs.


"L'histoire morte est écrite à l'Encre, la variété vive s'écrit dans le sang."  

 
©️ frangin
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Dim 2 Déc 2012 - 18:59

« Oui, milord, le rouge ne sied qu’au sang : c’est exactement pour cela qu’il fût choisi, ...L’Etranger. » répéta-t-elle doucement en redressant les yeux vers le Fer-Né, et elle ne dit rien d’autre mais clairement elle trouvait que cela était un bien drôle de choix de mots, pour un fils du Dieu Noyé, et au fond, et à bien y regarder, ce n’était pas si faux. L’Etranger chez les Sept ne portait aucun visage ; pourquoi n’aurait-il pas cette gueule de borgne qui lui faisait face ? « Non, vous n’êtes ni inconnu, ni étranger : vous êtes juste…Autre. »

La jeune fille sourit tristement, et reprit sur un ton plus grave, peut-être même sérieux.

« Vous prenez beaucoup de place, sire. Il y a quelque en vous qui est beaucoup plus que ce que vous êtes. Quelque chose qui bouillonne en-dehors de votre chair : autour de vous, les destins se font et se défont, les royaumes pleurent et se rebellent, les veuves se voilent lorsqu’elles comprennent enfin – après combien de temps ?- que leurs maris ne reviendront pas. Vous n’êtes qu’un homme, pourtant, autant dire rien ; et votre fichue aura fait pâlir le monde. Quelle idée ! Le destin n'est jamais tendre avec ceux qu'il prend. »
Elle écarta les bras en riant, visiblement peu soucieuse du vide qui s’ouvrait derrière ses pas ; le geste était si délibérément ivre, et sa réplique suivante si enthousiaste, que c’en était à se demander si la donzelle n’avait pas déjà vidé les coupes avinées... « Voici venir l’homme qui gouverne aux Iles de Fer, le croque-mitaine du Freuxsanglant et l’épine dans le flanc de la Couronne : et ce n’est qu’un homme !

Qu’est-ce qui vous a poussé si loin, l’autre, comment cela se fait-il ? N’avez-vous jamais peur ?

Moi, j’aimerais que vous ayez peur de moi, mais je vois bien que ce n’est pas le cas. »


Elle baissa les bras, inclinant la tête de côté, peinée par sa propre révélation.

« Je suis une mauvaise plante, milord, aye, pour sûr que je le suis, sinon je ne vous aurais pas envoyé toutes ces lettres affreuses. C’est que je voulais quelque chose en échange. Quelque chose que je ne pourrais avoir que sur les Iles. »

Elle avança d’un pas discret en direction du Greyjoy, la falaise dans son dos. A n’importe quel moment, le pirate aurait beau jeu de se débarrasser d’elle ; une gifle, un soufflet, par les Sept, une pichenette suffirait amplement à faire trébucher cette orgueilleuse et fragile silhouette. Elle n’avait rien de la musculature des paysannes ni des chasseresses, elle était toute en courbes et en douceur, faite par et pour les travaux de couture. Si douloureusement inoffensive que cela porterait à grincer des dents ; mais Tyanne au contraire embrassait cet état de vulnérabilité qu’elle sentait être le sien, ce terrible contraste entre le vétéran et la pucelle. Elle savait bien tout cela, comme elle le savait ! Ce petit pas en avant, ne la fit-il pas frémir d’une sombre joie, de cette exaspérante et perpétuelle fascination pour le vide et le danger ? Elle avait le droit à cette poignée de secondes de répit à mener le jeu avant de le perdre, et pour rien au monde elle ne voudrait les gâcher. Elle goûtait précieusement cette approchée qui ne devait avoir l’air de rien, mais qui arrachait des cris à tous ses instincts d’enfant de château. Comme elle aimait aller à contre-courant, à contre-raison, abattre sciemment sa lâcheté et ses capitulations. Ce n’était qu’une petite marche, de simples pas, mais pour elle, c’était fouler à terre tout ce qu’on lui avait jamais appris, tout à la fois perdre le contrôle et prendre l’initiative.


Sa peur initiale n’avait pourtant pas disparue ; elle aurait pu le jurer, ses veines étaient des flammes, ses poumons délicieusement compressés, ses frémissements à peine mimés. Etrange, songea-t-elle, étrange : l’homme qu’elle détestait le plus froidement du monde se tenait à une poignée de pas d’elle, et elle n’était pas triste, elle n’était pas en colère, elle se demanda comment les gens normaux, ceux qui ne rêvent pas de faire tuer leur père, réagiraient ; elle n’était pas en colère mais comme elle aimerait bien le voir mort pour autant.

« Pourquoi n’êtes-vous pas mort, Dagon Greyjoy ? »

Chaque pas était suspendu au-dessus de la terre, elle évoluait à travers un rêve, ses pensées étaient fiévreuses, elle éprouvait de la difficulté à comprendre, ses phrases duraient trop longtemps –

« Pourquoi ne me tuez-vous pas, Dagon Greyjoy ? Vous le pouvez. Le voulez-vous ?»

- Elle se sentait très calme, pourtant, ce n’était sans doute pas normal, était-elle vraiment si sereine, si –

« C’est très facile, je pourrais vous montrer comment faire. »

- Elle n’avait jamais tué quelqu’un avant, et elle soupçonnait que les pigeons agressés à la fronde ne comptaient pas en tant que tel, mais elle était d’une nature conciliante et aimante, elle pourrait bien faire un effort si on le lui demandait gentiment, mais enfin, qu’est-ce qu’elle racontait ! –

« On commence par dire à un homme qu’il tient deux coupes entre ses mains, et que l’une d’entre elles le tuera, mais laquelle ? Et puis on lui dit que quel que soit son choix, on prendra la coupe qui restera. La question qui reste…»

Oui, sa grande énigme personnelle, la longue et calme haine qu’elle avait caressé avec dévotion, se tenait là, si près, si près qu’elle pourrait presque le toucher et peut-être, oui, peut-être que la falaise derrière elle -…

Et donc, elle le toucha, son geste dépassant ses intentions, muée par la fascination la plus totale. Sa vilaine curiosité avait levé le bras, immobilisé les jambes, porté la main à une des coupes,-

« …c’est de savoir pourquoi est-ce que vous voudriez obéir à ces règles. Mais vous n’êtes pas venu jusqu’ici pour rien, Dagon Grejoy, je me trompe ? »

- effleuré les doigts, abandonné sa prise et s’était risqué à frôlé du pouce une des cicatrices qui barrait le visage du Fer-Né.

Elle sût aussitôt qu’elle n’aurait jamais dû faire cela et son bras retomba sur son flanc comme s’il l’avait brûlé. Une expression d’horreur passa sur son visage tandis que sa conscience rattrapait la danse folle de sa curiosité.
Le poids de la réalité l’abîma à nouveau.

Lourde, dense. Comme il était plus drôle d’être une gentille folle !

Et dans ses yeux bleus passaient des ombres longues comme des voiles, tandis que sans s’en rendre compte Tyanne retenait sa respiration comme si elle se fût trouvée en apnée.
Revenir en haut Aller en bas
Seigneur Suzerain de Iles de Fer
avatar

Dagon Greyjoy
Seigneur Suzerain de Iles de Fer

Général


"Nous ne semons pas. "

Lord Ravage de Pyk,
et de ce qu'il en reste
Fils du Vent de la Mer
Capitaine de.... non, SBF


♦ Missives : 181
♦ Missives Aventure : 89
♦ Age : 28
♦ Date de Naissance : 13/05/1989
♦ Arrivée à Westeros : 16/09/2012
♦ Célébrité : Mads Mikkelsen
♦ Copyright : Lakdahr (signature + vava)
♦ Doublons : Neassa Baratheon, Bayard
♦ Age du Personnage : 44 ans
♦ Mariage : Lady Aaricia Bonfrère
♦ Lieu : Iles de Fer, Pyk
♦ Liens Utiles : # le personnage
# ses liens
# ses aptitudes
# son histoire


POSTES VACANTS (liens)
# Zachery
# Sorcha
# équipage du nouveau boutre
# fratrie Greyjoy

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
258/500  (258/500)


Message Dim 9 Déc 2012 - 17:30

Que d’allusion, dans les propos de la jeune femme. S’il avait été donné à Dagon de croiser des hommes capables de rivaliser avec sa force d’arme, c’était la première fois qu’il se trouvait un adversaire à sa taille en spiritualité. Il doutait cependant qu’elle puisse l’égaler sur tous les domaines liés à l’esprit. Si lui, n’avait aucunement réfléchit à son discours, il suspectait que celui de la jeune femme soit le fruit d’un long travail de recherche et d’essais. Mais ça n’enlevait rien au spectacle qu’elle lui offrait. Il était même flatté par toute cette mise en scène. D’ordinaire, on se contentait de passer directement à l’acte final, au meurtre tant désiré du Seigneur qui prenait un malin plaisir à pirater les côtes sans aucun remord.
Il esquissa un sourire, au dénouement de sa dernière réplique. Du vin pour du sang. Il était donc bien question d’une dette qu’il devait à cette drôlesse. Si elle voulait donc tant rejoindre les êtres aimés qu’elle avait perdu, il ne lui suffisait que de demander. Dagon l’enverrait par le fond sans hésiter. Et le qualifier d’autre n’était pas dénué de sens. Peu importait l’endroit, Dagon n’était jamais comme on l’attendait. Son caractère était si particulier que même dans les îles qui l’avaient vu naître, on ne trouvait guère de personne semblable. Il avait pour habitude de dire que le caractère n’était que le reflet de la vie que chacun vivait.
Un sourcil se haussa sur son front. Il n’y avait bien que les Continentaux pour imaginer que Dagon était une quelque sorte de véritable monstre marin. On le surnommait « Kraken » et pourtant il n’en avait que l’insigne. Mais il n’était pas mécontent de cette aura qui se répandait par monts et par vaux sur tout le Continent. Il était tellement craint par le peuple qu’on le fuyait sans même tenter de résister. Ainsi, ses fer-nés pouvaient piller sans rencontrer la moindre résistance.
Il n’avait rien trouvé d’intéressant à répondre au flot de paroles qui se déversait sur lui, ainsi n’avait-il absolument pas remué les lèvres pendant les premières minutes. Il préférait bien souvent écouter, que de s’écouter. Depuis son enfance, il avait pris l’habitude de s’effacer pour mieux déceler les caractères de ses voisins, et il continuait à utiliser ce procédé à l’heure actuelle. Pourtant, il jugea préférable de répondre à la suite.

« La peur sied aux faibles. Elle n’est pas ce qui me fait avancer. La peur ne fait que paralyser les hommes et les rendre soumis à des choses qu’ils ne peuvent contrôler. Nous autres fer-nés devrions craindre la mer, mais la fatalité nous prouve bien que la crainte nous empêche seulement de naviguer. Elle n’empêchera jamais l’un des nôtres de mourir sur l’océan. »

Un rire de gorge lui échappa. Comment pouvait-il craindre la jeune femme postée devant lui ? Et ne lui avait pas donné matière à douter, ou à éprouver le quelconque sentiment de danger. Il fit tourner la coupe qu’il tenait dans sa main gauche. Ses doigts commençaient à s’engourdir à force de garder la même position sans même remuer.

« C’est que tu ne me donnes pas matière à te craindre. Vouloir me faire éprouver un quelconque remord pour toutes les morts que j’ai causées serait comme demander à un chasseur d’éprouver de la pitié pour les animaux qu’il tue. Les morts me permettent de vivre. Je n’arrêterai que le jour où ils ne m’offriront plus rien. »

Il inclina la tête sur le côté en entendant la suite. Que pouvait-elle bien trouver de plus sur les îles que ce qu’elle pouvait trouver sur le Continent ? La bravoure ? Un faible ne pouvait évoluer que par sa volonté propre, et son par le contexte géographique.
Que de questions alors que lui n’avait le droit d’en poser qu’une ! Était-ce là une quelconque tromperie ? un test ? bien inutile. Il obtenait toujours les réponses qu’il désirait, même sans qu’aucune question ne soit posée. Dans sa lancée, il se décida à répondre à tout ce que lui demandait la jeune femme. Et le plus honnêtement du monde. Elle ne pourrait déceler le vrai du faux de toutes manières.

« C’est qu’aucun homme n’a eu le cran de venir percer mon cœur. Tu me dis humain et pourtant tes semblables imaginent que je suis invincible. » Il répondait, certes, mais gardait les silences qui le caractérisaient. « Ta mort ne m’apportera rien de notable. Juste une perte de temps. A quoi bon venir jusqu’ici si après à peine si peu de temps je te précipite dans le vide. » Une pause. Mais il ne reprit pas. Il baissa le nez sur les deux coupes, ayant parfaitement compris le sous-entendu. Il releva les yeux, froids comme la pierre, lorsqu’elle parcourut du doigt une entaille de son visage. S’il n’avait pas eu coupe en main, il l’aurait saisie avec violence pour l’empêcher de continuer. Mais s’il était barbare, il aimait les jeux. Pris dans celui-ci il ne pouvait se résoudre à lâcher les gobelets remplis de vin. « La mort et la survie. Tu n’as donc rien trouvé de plus convaincant que de me forcer à boire. Ha ! Soit. »

Il fit un choix qui n’en était pas véritablement un. Il monta à ses lèvres la coupe de la main gauche, la main dont il avait l’habitude de se servir avec le plus d’habilités. Si depuis le point de vue de la jeune femme, on pouvait se tromper en croyant qu’il avait bu le contenu de la coupe, il n’en fit rien. Le vin ne toucha même pas ses lèvres. Mais il déglutit néanmoins, comme pour affirmer son geste. Il fit un bruit de langue, comme s’il se délectait de la boisson. Il garda la coupe au niveau de son visage, pour qu’elle ne puisse pas remarquer que le niveau du breuvage n’avait en rien diminué. Il lui tendit alors l’autre coupe, celle de sa main droite, en esquissant un sourire.

« La question est de savoir si tu oseras boire à ce vin, toi aussi. Tu n’as utilisé qu’une seule gourde. Et je ne crois pas t’avoir entendu y verser du poison. C’est donc qu’il devait déjà se trouver dans la gourde, ou que tu n’en as pas mis. »

Il remarqua qu’elle ne respirait presque plus, comme apeurée. Son sourire s’élargit. Elle voulait lui faire peur, et pourtant c’était elle qui semblait trembler de tout son corps. Il se rapprocha encore, tendant toujours la coupe dans sa direction.

« Tu as dit désirer quelque chose que seules les îles peuvent t’apporter. C’est donc que tu souhaites conclure un marcher. Je ne puis trinquer seul pour le sceller. Dis-moi ce qui peut bien obséder une continentale à peine mure. »

Les yeux de la jeune femme semblaient emplis d’un brouillard, comme si tous ses souvenirs défilaient. Sombres, noirs. Il n’avait décidément pas apporté de bonheur à cet enfant. Il en était certain désormais. Elle voulait probablement le duper. Mais même si c’était le cas, il serait assez fou pour jouer le jeu jusqu’au bout, et la laisser faire.


"L'histoire morte est écrite à l'Encre, la variété vive s'écrit dans le sang."  

 
©️ frangin
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Ven 21 Déc 2012 - 13:16


« Ce qui m’obsède, milord ? » répéta-t-elle, le ton éteint et pressé.
Sa main gantée se resserra sur la coupe vivement.

Elle releva son visage piqueté de tâches de rousseur vers celui du borgne.
« Vous avez raison. Les morts permettent de vivre. J’aurais dû le comprendre plus tôt.
Je vous ai fait venir ici, oh oui, et j’ai fait bien pire, vraiment pire. Je crois bien que mon peuple me mettrait au bûcher s’il apprenait la moitié de ce que j’ai fait ou de ce que je compte faire. Parce qu’à vous, je peux le dire, vous êtes aussi silencieux que les milliers de tombes que vous avez faites creusés en votre triste nom, ser Greyjoy, n’est-ce pas, vous êtes comme les rochers qui sont en bas : je ne compte pas m’arrêter là. Je vous ai fait venir et je ferais bien pire que cela. »


Elle eût un sourire très doux et chaleureux, et son regard bleu fixait un point quelque part à l’intérieur du crâne de Dagon. La certitude sereine de son ton était telle qu’on aurait pu forger des lames sur elle.

« Milord, je réclame vengeance. Est-ce un mot que vous aimez ? « Vengeance. » Moi, je l’aime beaucoup. Je veux me venger et pour cela je veux que vous m’ameniez sur les Iles et m’apprenez à me battre. Je veux devenir une Fer-Née. Je veux être redoutable, au point qu’un jour j’effraierais jusqu’aux hommes comme vous. J’ai été élevé pour la douceur, mais la douceur, je m’en fiche.

Je veux connaître la chanson du métal et de la chair.
Et savez-vous pourquoi vous devriez me l’apprendre, milord ?
Parce que je n’ai aucunes limites. Voulez-vous que je vous le prouve ?»


Elle eût un autre de ces sourires étirés et félins. Sa main crispée se porta à sa bouche et elle vida cul-sec le contenu de sa chope.

Quand elle la rabaissa, ses pupilles étaient dilatées et elle laissa la coupe rouler hors de sa main. Le petit calice de métal ouvragé roula, roula, dépassa la pointe de ses pieds, oscilla contre une pierre et chuta en tintant dans la gorge ouverte derrière la silhouette de la jeune fille.

L’alcool brûla sa gorge et la fit tousser. Ses yeux s’embuèrent douloureusement. Elle oscilla sur ses pieds et passa la manche sur le recoin de ses lèvres, essuyant du même temps une larme qui avait roulé hors de son œil bleu.

« Excusez-moi, je n’ai pas l’habitude de l’alcool », s’excusa-t-elle mollement.
Se rendant compte de l’incongruité de sa formule de politesse, elle rougit, ce qui n’était pas nécessairement un tableau très charmant sur une rousse diaphane et empêtrée de tâches de son.

Elle rabaissa son bras et inspira un grand coup, la fraîcheur de l’air cisaillant ses poumons. Elle fit un pas de côté.

« Vous aviez raison et vous êtes observateur. Il n’y a que deux solutions possibles : soit nos deux coupes étaient empoisonnées, soit c’était du bluff. J’imagine que nous le saurons bientôt tous deux, maintenant : j’ai truqué le jeu, voyez-vous, afin que je ne sache pas moi-même la réponse. Ma vie et la vôtre sont désormais le jeu de plus grands desseins.

Je remarque aussi que vous ne m’avez toujours pas posé de questions. Je sais bien reconnaître les questions : elles ont un point d’interrogation au bout. Vous n’en avez pas. C’est très admirable. Je parle trop, n’est-ce pas ? Je suis désolée. C’est l’angoisse qui fait cela. Je désire vraiment me venger. Oh, oui, je crois bien que je n’ai jamais eu de plus doux projets. »


Elle esquissa un autre pas, de recul cette fois-ci.

« Que vous faudrait-il pour vous convaincre ? Dois-je vous inviter le Stark aux bords de la côte ? Répandre une maladie dans les fontaines de Villevieille ? Non, non, je sais ! »
La jeune fille s’arrêta, comme prise d’une idée subite. Elle parût soudain très joyeuse.

« Je ne suis rien pour vous, c’est évident.
Alors, je vais devenir une nuisance. Et comme cela, vous me considérerez. »


Elle contracta les muscles de ses jambes et, d’un seul coup, fonça de toutes ses forces contre le stature de Dagon Greyjoy, comptant sur l’effet du vin (elle n’avait pas remarqué que le Fer-Né l’avait floué) et de la surprise suite à son assommant monologue, pour avoir le temps d’atteindre l’équilibre du pirate. Son espoir était clair : elle misait sur tout son poids, certes peu considérable, mais lancé sans retenue, pour faire basculer le seigneur de Pyk dans le vide en contrebas.
Revenir en haut Aller en bas
Seigneur Suzerain de Iles de Fer
avatar

Dagon Greyjoy
Seigneur Suzerain de Iles de Fer

Général


"Nous ne semons pas. "

Lord Ravage de Pyk,
et de ce qu'il en reste
Fils du Vent de la Mer
Capitaine de.... non, SBF


♦ Missives : 181
♦ Missives Aventure : 89
♦ Age : 28
♦ Date de Naissance : 13/05/1989
♦ Arrivée à Westeros : 16/09/2012
♦ Célébrité : Mads Mikkelsen
♦ Copyright : Lakdahr (signature + vava)
♦ Doublons : Neassa Baratheon, Bayard
♦ Age du Personnage : 44 ans
♦ Mariage : Lady Aaricia Bonfrère
♦ Lieu : Iles de Fer, Pyk
♦ Liens Utiles : # le personnage
# ses liens
# ses aptitudes
# son histoire


POSTES VACANTS (liens)
# Zachery
# Sorcha
# équipage du nouveau boutre
# fratrie Greyjoy

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
258/500  (258/500)


Message Mar 1 Jan 2013 - 16:24

Dagon écoutait sans mot dire. Il tentait de percer à jour le but de cette entrevue. Et pour l’heure il en était bien incapable. L’étrangeté du personnage qui lui faisait face tout comme la discussion qui faisait des allés et retour sur des sujets qui ne l’intéressait nullement rendaient la lisibilité difficile. Mais Dagon était homme de dilemme. La facilité ne l’avait jamais attiré, enfant comme homme. La difficulté le poussait à voir toujours plus loin et à utiliser le moindre de ses talents, le rendant plus fort après chaque manœuvre. Il adorait le plaisir que cela lui procurait d’arriver à percer à jour la stratégie adverse ou ce genre de rendez-vous aucunement galant. En l’écoutant parler avec avidité, il se demandait ce qui pouvait muer ainsi une si frêle damoiselle à prendre autant de risques. La naïveté ? Peut-être, pour une part, mais il y avait autre chose. La réputation des fer-nés n’était plus à faire et tous ceux qui avaient échappés à leurs assauts n’étaient souvent plus en état de se battre. Pourtant, Dagon décelait une véritable envie de mort dans les mots de cette gamine à peine plus formée qu’un gosse, un simple bout de femme aussi fragile qu’un roseau. Si pareille brindille cédait sous l’assaut des bras, le Greyjoy savait qu’elle ne cédait pas sous le vent, mais se contentait de ployer. Se redressant après le calme. C’était probablement pourquoi l’enfant était capable de rester debout devant lui sans craindre ses paroles. Avec la force de son corps, il pouvait la broyer en un instant, mais tant qu’il se contentait de parler, le flot qu’il débiterait se contenterait de passer sur la jeune femme sans jamais l’atteindre.

Elle parlait de choses horribles qu’elle avait faites, des choses qui méritaient le bucher. Il en rit, intérieurement. Voler du pain était passible d’une main coupée sur le Continent, le bucher n’était donc jamais vraiment loin pour la populace. Un mot de travers sur le compte des lions gouverneurs et le gibet vous attendait. Elle n’avait pas dû faire bien grand mal. Son air d’enfant sage et ses mains semblaient bien trop propres pour qu’un affront ait été commis, Dagon ne pouvait le croire. Mais côtoyant des femmes de fer, il savait que sous un visage angélique se cachait toujours un double démoniaque capable d’atrocités encore plus féroces que bien des hommes. Par amour disait-on. Elle le regardait à nouveau sans ciller. Sensation désagréable pour Dagon qui devait sans arrêt jongler d’un œil à l’autre pour tenter de percevoir le profond de sa pensée. Son œil unique n’était d’ordinaire jamais dévisagé ainsi, ou du moins jamais très longtemps. Son expression, ne le montrait nullement. Depuis trois années qu’il avait perdu pratiquement toute la vue de son œil gauche, il n’en était ressortit que plus froid et plus franc. Cette infirmité ne faisait que le rendre plus monstrueux pour les simples qui le craignaient déjà outre mesure, et il aimait à le renforcer.

La gamine se perdait en beaux discours qui raisonnaient étrangement creux dans l’esprit du fer-né. D’une claque, il l’aurait fait passer par-delà la roche si elle n’avait pas subitement vidé son verre d’une traite. Il releva le menton. Il ne pouvait critiquer sa bonne descente. Mais vu sa réaction, c’était la première fois que l’enfant buvait ainsi. Si Dagon avait critiqué le vin, ce n’était nullement concernant sa qualité. Il n’y avait pas goûté mais le parfum qui s’était dégagé de sa coupe trahissait un bon breuvage. Pour quelqu'un qui n’avait pas la délicieuse habitude de boire il devait avoir un pouvoir dangereusement enivrant. L’alcool rend les hommes plus sombres. Mais aussi plus proches de ce qu’ils sont réellement. Le calice s’enfonça dans le vide. Dagon pencha imperceptiblement la tête du côté du vide. Le verre lui donnerait un indice inestimable en tombant. La hauteur de chute. Après à peine deux secondes, il rencontra la roche avant de s’élancer à nouveau dans les airs. Et Dagon se perdit dans le décompte alors que la jeune femme avait repris la parole en s’excusant mollement. Et rougit devant sa stupidité. Décidément, si cette chose voulait devenir une véritable fer-née, il y avait encore un long chemin à parcourir. Et il n’avait rien de tendre. Si on utilisait les continentaux sur les îles, ils n’étaient nullement traités comme des esclaves. Et les femmes ne pouvaient être comparées à de vulgaires catins. Mais de là à se prétendre de la même trempe que les insulaires, il y avait un gouffre encore plus profond que celui que venait de rejoindre le gobelet de métal.

Et elle s’excusait à nouveau. Chose qui serait la première à être corrigée si la gamine était véritablement ramenée sur les îles. A ce stade, Dagon n’en savait rien. Elle avait touché sa curiosité, mais depuis le début, elle n’avait rien fait pour la raviver. S’il n’aimait pas particulièrement les hommes du Continent, il n’était pas non plus du genre à entrainer des assassins de leurs propres rangs pour rendre les raids plus aisés. Il cherchait en toute chose un profit. S’il devait perdre son temps à dresser cette drôlesse pour la rendre aussi redoutable que son capitaine féminin, il fallait qu’il obtienne en retour quelque chose d’inestimable et qu’elle seule pouvait lui procurer.

Il la vit reculer. Elle était prévisible, comme un chaton. Elle allait lui sauter au coup d’un instant à l’autre. Et le projeter dans le vide. Idée intéressante. Loin de déplaire au Greyjoy, elle lui en donna immédiatement une autre, qui répondrait au mieux aux longues tirades de l’enfant rousse. Alors qu’elle se lançait sur lui, Dagon fit pivoter la coupe contre le bas, laissant couler le liquide rouge sur le sol. Par ce geste, il indiquait sans ménagement qu’il n’avait absolument rien bu de son contenu. Même s’il avait prévu le coup, il laissa la jeune femme lui rentrer dedans avec toute la puissance dont elle était capable. Il perdit rapidement pieds, avec un malin plaisir. En un mouvement rapide, il empoigna la jeune femme de par le manteau et l’attira avec lui dans le vide en contre bas. Deux secondes. Le verre avait rencontré une sorte de petit plateau dans la roche sombre. L’atterrissage allait être radical. Si d’une main il agrippait toujours la jeune femme qui ne pesait pas bien lourd, il lui en restait une de libre. Mais avec la pale lueur de la lune, et aucune idée de ce qui pouvait bien se trouver là en dessous, se rattraper tenait du coup de bol, même pour un fer-né. Heureusement pour lui et malheureusement pour elle, il y parvint in extrémis. Le petit plateau rocheux était à peine assez grand pour que deux personnes s’y tiennent. Mais un pas de trop, et c’était le vide, le noir. Le visage de Dagon, qui était resté relativement inexpressif, était désormais déformé par un sourire absolument pas rassurant. Sa main tenait la jeune femme à quelques centimètres de lui.

« Vengeance. Redoutable. Nuisance. » Il dévia le bras pour la rapprocher un peu plus du vide. « Ces mots que tu assembles en une tirade sans fin ne définissent pas mon peuple. Ils ne sont que poèmes du Continent. Tu n’as pas idée de ce que nous sommes. Fer-né. Un nom, une insulte pour ton peuple, mais qui pourtant définit l’âme du mien. » La main qui lui avait permis de se rattraper tenait toujours fermement la roche. Il s’était ébréché la main sur la pierre. Du sang avait coulé le long de son poignet. Maintenant que ses pieds étaient à nouveau en équilibre, il lâcha prise. Fixant la continentale de son œil brun il approcha sa main blessée du visage enfantin pour y essuyer le sang qui y coulait, insistant sur les lèvres. « Pourquoi devrais-je t’offrir pareil enseignement ? » C’était la seule question qu’il poserait ce soir. Car là était bien la grande question. Il ne voyait toujours pas ce qu’il pouvait y gagner. Et ça n’avait absolument rien de commun à enseigner quoi que ce soit à un continental ! Surtout venant du Greyjoy, qui ne prenait pas même le temps d’enseigner le maniement de la hache à son propre fils.


"L'histoire morte est écrite à l'Encre, la variété vive s'écrit dans le sang."  

 
©️ frangin
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Dim 6 Jan 2013 - 15:56

Pour Tyanne, il y eut une grande seconde brillante comme un éclair et durant laquelle elle éprouva une des plus grandes joies de son existence : celle, exactement, où elle sentit l’abdomen du Fer-Né se rétracter autour de son omoplate, où la chair bouscula la chair et qu’enfin, à l’issue de cette très brève lutte, l’autre vacilla, plia, que ses pieds – aidés par l’acharnement farouche (et inoffensif, mais elle ne s’en rendait guère compte) de ses propres gambettes qui les crochetèrent – que ses pieds, donc, passèrent la bordure, et que, dans un très beau et très court moment de déséquilibre, Dagon Greyjoy tomba.

Quelle souffle, alors, quelle gaieté claironna dans son coeur ! On ne peut se représenter les sentiments furieux et exubérants qui prirent possession de la (dé)raison de la juvénile rouquine. Il était tombé dans le puits aux veuves ! Lui : l'autre, le meurtrier, le croque-mitaine, la bête, basta, par-dessus le bastingage, fini, parti roucouler aux poissons au fin fond des eaux. Fini ! Certes, le poison aurait sa peau à elle aussi, mais quelle importance, qu'est-ce que cela pourrait bien faire, le plus important c'était cela : que ce soit fini ! Le païen châtié par la justice des Sept, comme il se le doit ! Tyanne se sentait si galvanisée qu’elle ne se rendit pas compte du stratagème du pirate et que, avant même qu’elle ne puisse raisonner, savourer sa petite victoire, ou tout simplement comprendre ce qu’il se passait, elle basculait à son tour par-delà le bord de la falaise.

Funeste sort ! Elle cria. Elle tomba. Et puis, sans qu’elle ne sache ni trop comment et encore moins pourquoi, elle ne cria plus car elle ne tombait plus. Funeste sort : elle était vivante, et Dagon Greyjoy l’était aussi.

Il était comme une grosse araignée accrochée aux roches de la falaise et cela ne lui laissait que le rôle de la mouche engluée dans la toile.

« NON ! »
Feula la rousse Tyanne, ébouriffée comme un petit animal. Sa voix était transfigurée par la rage. « Ça ne devait pas se passer ainsi ! Vous deviez mourir ! MOURIR ! » Comme si les mots changeraient le destin du vicaire et l’enverraient six pieds sous terre, ou, plus exactement, sous mer.

Aussitôt, et sans faire preuve d’aucune réflexion, elle se battit contre la main qui la retenait, désireuse d’atteindre le visage découvert du Fer-Né, et, d’une façon ou d’une autre, de le rosser, d’en finir. De toute évidence, absorbée par sa déception et sa colère, la jeune femme n’avait pas encore pris conscience de l’abîme qui la menaçait. Elle était toute entière dans les coups de griffes et les tentatives de pugilat qu’elle infligeait maladroitement mais passionnément, d'autant plus possédée qu'elle s'était tant réjouie de croire Greyjoy mort et qu'au contraire, elle était tombée dans une autre sorte de cauchemar.

Elle se débattit avec encore plus de rage lorsque la grosse paluche blessée du pirate caressa – non, s’essuya contre son visage dans une grinçante et cruelle parodie d’intérêt. Le contact arracha une expression de pure répugnance sur son visage dévoilé, l'intention humiliante - comme si elle ne fût guère plus qu'un torchon sous ses doigts - la poussant à injurier sur place le pirate, spectacle qui ne manquait pas d'intérêt au vu de ce qu'une aussi noble éducation lui avait quelques lacunes en termes d'insultes.

Comment osait-il ! Lui, le monstre ! Il ne devait pas avoir d’emprise sur elle, cela ne devait pas se passer comme cela. Il aurait dû boire ! Toute la coupe, et jusqu’à la lie ! Lorsque la main de Dagon fit mine de coulisser vers sa mâchoire, la jeune noble le mordit sauvagement et lui aurait volontiers arraché une phalange dans le processus si une prompte contre-attaque du pirate ne l’avait pas aisément déstabilisé. Seule la pointe de ses pieds touchait encore le sol. Elle ne paraissait pas s’en rendre compte. De toute évidence, elle n’avait pas peur : elle était désespérément en colère. Quant à savoir si cela était préférable…
Elle cessa de se débattre, comprenant qu’elle avait déjà amplement abusé de la patience du meurtrier et qu’il finirait par la jeter sans plus de cérémonies si elle s’entêtait dans ses griffures maladives. Elle le regarda avec des yeux larmoyants, et :

« Je vous déteste, Dagon Greyjoy. Je vous déteste de toute mon âme, de tout mon cœur, la nuit comme le jour, et comme personne. Je vous ai attiré ici. J’ai pris plus de risques que quiconque. Et cela a payé : vous êtes venu. Trop orgueilleux pour ne pas céder, n’est-ce pas ? A une fillette. Quelle honte ! Oh, mais je vais vous crever, Greyjoy, comme je crèverai ceux que vous aimez, si tant est que vous connaissez ce mot ! »

Ceci fût exactement ce qu’elle ne dit pas, même si chaque parcelle de son corps le hurlait et que la réponse défila aussitôt sous son crâne avec la fougue et la passion qu’elle ne parvenait pas à mettre dans ses attaques. A la place, elle ferma les yeux douloureusement, ses pieds grattant difficilement la roche, s’attendant à tout instant à une attaque violente du Fer-Né et à être happée par l’abysse. Elle gigota nerveusement, à deux doigts visiblement de reprendre ses assauts frénétiques, et convoqua difficilement à elle le sang-froid nécessaire pour ne pas imploser de bêtise.
Elle rouvrit les yeux avec une froideur plus contenue, bien qu’elle n’étouffât en rien l’agressivité de la jeune fille.

Elle dévisagea froidement – et non sans mépris- le borgne. Puisqu’il trouvait qu’elle parlait trop, elle lui offrirait le plaisir d’une réponse courte et directe. Mais pas dans cette position d’infériorité.

Ses doigts trouvèrent la broche qui retenait son lourd manteau. Elle glissa aussitôt, ses genoux cognant la pierre froide. Il ne lui restait plus que son sac de voyage et sa tenue de fauconnière. Elle sut qu’elle ne retrouverait jamais le grand manteau sombre qui l’avait si agréablement protégé du froid nocturne, mais n’en éprouva aucun regret. Au moins ferait-elle face à son pire cauchemar debout – ou tentant de l’être, corrigea-t-elle quand elle dérapa sur la roche et dût invoquer toute sa fierté pour ne pas se rattraper au Fer-né, ce qui manqua clore la conversation pour de bon et sur une chute plutôt sanglante. Elle guetta le moindre geste de Greyjoy, prête à se défendre plus vivement s’il refaisait mine de l’agripper.

« Parce que je vous ai invité et que je vous ai offert à boire, lord Greyjoy. Je ne crois pas que beaucoup des miens puissent se vanter d’une telle hospitalité. »
Revenir en haut Aller en bas
Seigneur Suzerain de Iles de Fer
avatar

Dagon Greyjoy
Seigneur Suzerain de Iles de Fer

Général


"Nous ne semons pas. "

Lord Ravage de Pyk,
et de ce qu'il en reste
Fils du Vent de la Mer
Capitaine de.... non, SBF


♦ Missives : 181
♦ Missives Aventure : 89
♦ Age : 28
♦ Date de Naissance : 13/05/1989
♦ Arrivée à Westeros : 16/09/2012
♦ Célébrité : Mads Mikkelsen
♦ Copyright : Lakdahr (signature + vava)
♦ Doublons : Neassa Baratheon, Bayard
♦ Age du Personnage : 44 ans
♦ Mariage : Lady Aaricia Bonfrère
♦ Lieu : Iles de Fer, Pyk
♦ Liens Utiles : # le personnage
# ses liens
# ses aptitudes
# son histoire


POSTES VACANTS (liens)
# Zachery
# Sorcha
# équipage du nouveau boutre
# fratrie Greyjoy

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
258/500  (258/500)


Message Dim 13 Jan 2013 - 18:43

Un sourire déformait les traits du Greyjoy. La petite jouvencelle se montrait enfin sous son véritable jour. Il était grand temps. Depuis le début, il ne comprenait rien au sens de cette mascarade. Décoration inutile. Il comprit alors que toutes les accusations dont la jeune femme l’avait blâmées, n’était que vécu. Il avait attaqués les côtes Ouest et son œil pointait déjà le Nord. Ici, il aurait été impensable de trouver un être vivant qui n’avait pas subit le carnage fer-né. A moins de venir de l’intérieur des terres. Ce qui ne semblait pas être le cas de l’enfant qui venait de déchirer le silence d’un cri perçant. Il n’y avait rien de plus plaisant que de la voir ainsi animée par une rage sans borne. Ainsi, les Continentaux pouvaient donc montrer un peu de fougue ? Mais c’était trop tard. A quoi bon maudire le sors. Le destin n’y était pour rien. Si la jeune femme voulait véritablement le tuer, elle n’aurait jamais dû le laisser approcher, ni même le laisser parler, et encore moins attendre. Elle aurait dû l’assassiner au moment même où elle l’avait aperçu la première fois, alors que lui ne pouvait prévoir son déplacement dans les roches sombres. Il s’était sentit en terrain découvert. Elle aurait dû profiter de cette seule opportunité. Maintenant, il savait. Il savait que tourner le dos à cette gamine serait lui offrir une cible. Et que la laisser en vie serait… des plus amusants. Qui croirait à ses propos lorsqu’elle raconterait avoir croisé Dagon Greyjoy ? Personne. Elle serait en proie à une haine encore plus profonde que celle qui la muait désormais. Elle ne voudrait qu’une seule chose, le tuer. Délicieux. Beaucoup le haïssaient, mais peu s’étaient levés pour venir lui planter une dague dans le cœur (hormis sa première femme). Alors quel plaisir se serait que d’avoir un ennemi assez fou pour oser venir le défier en terrain découvert. Cette pensée était exprimée par son sourire, accentué par la fougue enfantine qui se dégageait du corps de la demoiselle.

Elle se débattait, comme un animal pris au piège. Pris à son propre piège. Belle ironie. Certains des coups portaient, et même s’ils meurtrissaient l’avant-bras et la main du fer-né, ils n’étaient rien comparés aux affronts auxquels il avait l’habitude de faire face. Elle ressemblait à un chat furieux, furieux de s’être fait avoir par un vieux loup de mer. Que croyait-elle ? Qu’il était aisé de tuer le Seigneur des Iles ? On le traitait de pirate, mais il connaissait la guerre autant que les Seigneurs de Westeros. Il ne voulait pas le trône de Fer, mais connaissait aussi bien que les autres le goût de la trahison et des complots. Un homme blessé chercher toujours vengeance. Même si l’acte de cette jeune fille était complètement fou, il reflétait pourtant une volonté commune d’en finir avec les marins des îles aux minerais. Il grimaça sous la morsure. La jeune femme venait de se saisir de son doigt avec une force sauvage. Mais alors qu’il la rapprochait du vide, elle semblait enfin se calmer. Il n’était pas du genre diplomate. Elle ne voulait pas discuter, lui non plus. Elle voulait sa mort, il l’enverrait par le fond. De bonne guerre dira-t-on.

Elle échappa alors, momentanément, à son emprise. Elle venait de dégrafer son manteau sombre. D’un geste du bras, Dagon l’enroula autour de sa main. Sa main droite le rejoignit. Elle n’était plus que tache rouge. Du sang ruisselait de plusieurs endroits sans qu’une source puisse être définie. Il la secoua brièvement avant d’appuyer son doigt meurtri sur la fourrure chaude. Rien de bien grave, mais les doigts avaient la vilaine manie de saigner avec abondance avant de se calmer, tout comme le nez. Après le choc de l’atterrissage, la jeune femme manqua de passer en bas, ce qui fit sourire le plus vieux. Elle devenait presque isolante par son incapacité à représenter une quelconque menace. Et sa bouche se remit à produire des sons. Dagon bougea l’épaule droite. Il se retenait de se pas lui envoyer un poing, certes sanglant, sur le visage. Mais quel gâchis. Son minois n’était pas si désagréable à regarder que cela, si tenté qu’il soit possible pour un fer-né de juger quelque chose d’autre que le fer d’agréable à regarder.

« Eh bien, tu pourras te vanter que le Lord Greyjoy répond aux invitations et trinque à la santé des siens. Mais mon hospitalité s’arrête là. »

La dernière phrase fut jetée comme une pierre. Il en avait plus qu’assez. Son ton était ferme et intransigeant. Il avait assez attendu et ses hommes n’attendraient pas d’avantages. D’un geste, il se débarrassa du manteau qui descendit gracieusement le long de la pente pour mourir sur quelque éperon rocheux bien pointu. Il ne souriait plus. Il réajusta la lame dans son dos qui avait dangereusement prit du penchant depuis sa chute et se détourna. Il ne tenta même pas de remonter. Ils n’avaient peut-être pas chuté de beaucoup, mais il s’épuiserait inutilement. Il escalada un premier rocher, puis un autre, en tachant de garder l’horizontale avant de se retourner. Après tout, il n’avait pas fait tout ce trajet. Pour rien. Il revient sur ses pas, plus vite qu’à l’allé, et se retrouva en face de la jeune femme. Il s’empara de son bras avec absolument aucune délicatesse et lui balança au visage, amusé comme pas deux.

« Ca veut venir sur les îles et ça veut qu’on lui apprenne. Tu vas venir. Et je ne vais t’apprendre qu’une seule chose : comment écarter les cuisses quand je te le demande ! »

Il ne la laisserait pas s’échapper. Il reprit sa course en arpentant les rochers aussi bien qu’il le pouvait, résolu à ne pas lâcher ce bras. Il allait devoir la traîner jusqu’au navire. Mais alors arriveraient les questions, bien vite écartées par Brorn certes, mais comment justifier cette captive ? un cadeau ? il ne les acceptait pas. Une trouvaille ? bonne plaisanterie, rien de plus. Il ne trouvait rien. C’était lui le fou désormais. Ramener ainsi un ennemi sur son propre territoire. Elle était certes peu dangereuse pour le moment, mais même une enfant aussi fragile pouvait se changer en une personne redoutable. S’il pouvait la faire sa femme-sel, il ne la toucherait jamais. Il la rabaisserait d’une autre manière. Le peu d’honneur qui lui restait ne pouvait lui faire trahir son épouse et la mémoire de sa première femme-sel. Mais l’équipage n’avait pas autant de principes. Il ne les empêcherait pas de s’amuser un peu, en récompense de toute l’attente. Mais il n’espérait pas sereinement que la jeune fille allait le suivre bien gentiment. Elle avait dit vouloir rejoindre les îles, mais c’était en pensant pouvoir le tuer. Il venait de lui prouver le contraire. Pouvait-elle montrer encore plus de fougue ? Le chemin était escarpé et il peinait déjà bien assez pour conserver son équilibre. Il doutait qu’elle parvienne à lui faire quoi que ce soit, mais la perspective d’être retenue captive ne devait guère l’enchanter. Il prenait un malin plaisir à maltraité son bras chaque fois qu’il devait retrouver un minimum d’équilibre. Elle n’avait pas frappé bien fort, pourtant il ressentait un mal dans sa poitrine. C’est qu’elle n’avait que peu de chair sur la peau. Il avait dû rencontrer un os un peu trop affuté.

« Je vais te retourner ton hospitalité. Je t’invite sur mon boutre, Lady… ? Et t’offrir à l’équipage. Je ne crois pas que beaucoup des tiens puissent se vanter d’avoir bénéficié d’une telle hospitalité. »

Il se fichait d’elle. Proprement. Comme il aurait dû le faire depuis le départ. Il ne savait toujours pas à qui il avait affaire. Mais si elle semblait porter des vêtements de chasse, les faibles jurons qu’elle lui avait profanés en plein visage trahissaient son appartenance à une famille noble. Une de moins sur le Continent, une de plus pour les îles. Il fallait encore qu’il réussisse à regagner le boutre en la gardant en sa possession.


"L'histoire morte est écrite à l'Encre, la variété vive s'écrit dans le sang."  

 
©️ frangin
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Sam 2 Fév 2013 - 10:48


L’avancée du Greyjoy était inexorable. Une caractéristique que ne partageait pas la force et l’endurance de la jeune fille. Haletant à force de vouloir retenir vainement son agresseur – tantôt écartant les pieds pour les retenir contre les rochers, tantôt valsant de droite à gauche pour déstabiliser le pirate -, le bras et l’épaule en feu, Tyanne avait clairement perdu de sa superbe et de son arrogance passées. L’angoisse et la peur lui faisaient terriblement mal au ventre. Elle se demanda si c’était ce que vivaient les soldats qui partaient en guerre, et par là elle pensait au poids chaud et douloureux qui semblait vidait son crâne et s’agitait comme un animal en traque dans les parties intestines de son corps. Et puis après elle se demanda si c’était ce qu’avait vécu sa mère. Elle se remémora sa bouche édentée, les bleus sur ses jambes et la figure attristée du mestre qui la soignait et reposait pudiquement la couverture au-dessus de ses hanches violacées d’ecchymoses.

Combien avaient-ils été ?

Plus ou moins que les hommes de main du Greyjoy, auxquels il comptait la livrer ?
Pour une jeune fille, et a fortiori une vierge, il n’y avait rien de plus terrifiant que le prospect de servir d’amuse-gueule à un équipage Fer-Né. Mourir paraissait une alternative bien plus ravissante que celle-ci. En fait, se rendit compte la nubile châtelaine, la perspective était si proche et si dangereusement réelle qu’elle peinait même désormais à en ressentir de l’effroi. Pour avoir peur, il faut beaucoup d’imagination ; pour ressentir, il faut d’abord pouvoir se représenter. C’était pour cela, Tyanne le savait, qu’on ne pleurait jamais pour les boucheries de la guerre : qu’importaient les centaines de cadavres aux yeux myopes du cœur humain ? Il faut un esprit très créatif pour dépeindre les affres de tant de gens. Des centaines, ce n’est pas grand-chose, c’est un nombre ; dix, ça vous glace les sangs ; une vous fend l’âme de part en part. Et c’était dans ce genre de situation équivoque que se tenait Tyanne. Il y avait une barre dans sa tête, une limite infranchissable, et qui disait ceci : « Cela n’arrivera pas, cela ne peut arriver. »

Peu à peu, elle cessa de se débattre. Restant un poids mort pour Greyjoy, elle paraissait pourtant avoir formé une certaine résignation quant à son avenir. Elle tremblait fiévreusement.

*Je vais mourir je ne veux pas mourir je vais mourir je ne veux pas mourir je vais mourir je ne veux pas mourir je vais mourir je ne veux pas mourir je vais mourir je ne veux pas mourir je vais mourir je ne veux pas mourir je vais NON
Réfléchis*


Elle tira à nouveau sur la prise que Dagon exerçait sur son bras. Ce coup-ci, la violence avec laquelle il répondit coupa le souffle à la jeune fille et la fit piauler de douleur : son épaule avait bien manqué se déboîter !

Ce faisant, elle considéra le mouvement de la lame accrochée au dos du Fer-Né. Elle était maintenue par un fourreau de cuir, évidemment – il faudrait être idiot pour s’attacher une lame tranchante à nu sur le dos. Tout à l’heure elle avait vu sans y faire attention Dagon la remettre en place ; elle ne devait donc pas être si fermement attachée qu’elle paraissait l’être.
Mais une épée pesait lourd, très lourd, et Tyanne se savait bien trop faible pour en manier une. Ça équivalait à quoi, une dizaine, une quinzaine de kilos, peut-être ? Les hommes de son pays avaient des entraînements durant toute leur enfance et leur adolescence pour porter arme et armure. Elle, elle n’avait rien de tout cela.

A part une grande rage dans les tripes et un grain de folie.

Certes, elle désirait aller aux Iles. Mais certainement pas comme esclave. Cela était un risque qu’elle avait considéré avec la distance des privilégiées qui ne savent pas même de quoi elles parlent ; elle voulait arriver sur ces lopins froids et monstrueux avec le pied d’une conquérante, ou tout du moins avec un certain respect pour sa position. Elle se rendait compte désormais comme elle avait surestimé ses forces et s’était trompé sur le compte des Fer-Nés. Ils n’avaient réellement rien à voir avec les chevaliers de son monde westerosi. Cela les rendait encore plus dangereux ; et en faisait des ennemis plus intéressants. Après tout, on ne juge pas un homme à la stature de ses amis, mais à celle des adversaires qu’il s’est choisi…

Misant tout sur la folie irréconciliable de ses actes, Tyanne prit alors soin de non plus s’acharner à essayer de reculer ou retarder Dagon, mais au contraire de courir au-devant de lui. Le spectacle ne manquait certes pas d’étrangeté : imaginez, la captive terrorisée précipiter ses pas au-devant du danger même qui la glace !

Tout cela était fait uniquement pour susciter un peu de surprise de la part du guerrier. Elle ne savait pas très bien si cela fonctionnerait. Dans tous les cas, elle profita de son maigre élan pour tenter à nouveau de déséquilibrer le combattant : agrippant le propre bras qui la maintenait en place des deux mains, et profitant de ne plus être en position d’être traînée sur le sol, elle s’efforça de tirer de toute ses forces sur le bras de Dagon pour le désarçonner.
Revenir en haut Aller en bas
Seigneur Suzerain de Iles de Fer
avatar

Dagon Greyjoy
Seigneur Suzerain de Iles de Fer

Général


"Nous ne semons pas. "

Lord Ravage de Pyk,
et de ce qu'il en reste
Fils du Vent de la Mer
Capitaine de.... non, SBF


♦ Missives : 181
♦ Missives Aventure : 89
♦ Age : 28
♦ Date de Naissance : 13/05/1989
♦ Arrivée à Westeros : 16/09/2012
♦ Célébrité : Mads Mikkelsen
♦ Copyright : Lakdahr (signature + vava)
♦ Doublons : Neassa Baratheon, Bayard
♦ Age du Personnage : 44 ans
♦ Mariage : Lady Aaricia Bonfrère
♦ Lieu : Iles de Fer, Pyk
♦ Liens Utiles : # le personnage
# ses liens
# ses aptitudes
# son histoire


POSTES VACANTS (liens)
# Zachery
# Sorcha
# équipage du nouveau boutre
# fratrie Greyjoy

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
258/500  (258/500)


Message Dim 3 Fév 2013 - 20:18

Même si le chemin que Dagon empruntait n’était pas si éloigné de celui qu’il avait pris pour arriver jusqu’ici, l’avancée était des plus pénibles. L’humidité de la baie, la nuit et la réticence sauvage de la jeune femme avaient eu don de sa patience pourtant d’ordinaire à toutes épreuves. Par plusieurs fois, il força sur le bras de cette gamine trop sûre d’elle pour qu’elle le suive. Il se retenait de l’égorger pour une seule raison ; la Baie aux Veuves. Cette greluche n’avait rien d’une veuve ! Oh que non. La tuer ici, ternirait la sombre réputation du récif. Le Seigneur des îles avait le sang marin. Mieux que quiconque, il savait apprécier les bonnes légendes et ne ferait pas défaut à celle-ci. Si la jeune femme devait mourir ici ce soir, se serait après s’être faite entretenue par l’équipage. Un mariage pouvait être célébré par le Capitaine lui-même – rien de bien officiel, mais bien assez pour le ridicule de la situation – de préférence avec un bon gars, qui s’en retournerait rejoindre le Dieu Noyé après consommation du dit mariage. Veuve, elle le serait alors. Et Greyjoy pourrait mettre définitivement fin à sa médiocre existence après lui avoir dignement passé sur le corps.

Un sourire venait d’étirer les traits du marin. Il venait de tirer avec brusquerie pour qu’elle arrête enfin de se débattre comme un poisson prisonnier. Il n’avait visiblement pas été assez efficace. Mais le spasme qui parcourut le bras de la jeune fille trahi l’impact qu’elle avait dû subir. C’était probablement pas plus mal, que son épaule ne se soit pas déboîtée. Non seulement elle aurait hurlé à lui en exploser les tympans, mais le choc nerveux l’aurait sûrement rendue encore plus agaçante que maintenant. D’un revers de manche, il s’essuya le visage, trempé. Le goût si délicieux du sel lui emplissait les lèvres. La transpiration avait ça en commun avec l’eau de mer. Il détourna le visage du chemin accidenté pour tenter de se repérer dans le paysage. Il savait le boutre invisible depuis la côte, mais même de nuit, il devait projeter une ombre sur les eaux sombres. A condition de savoir où regarder. Il crut l’apercevoir. Il jouait contre le temps, mais il savait son second suffisamment loyal pour ne pas avoir encore sonné le retour au bercail. Il repéra alors la petite barque, en contre bas. Elle était restée figée dans les galets des hauts fonds. Ca lui éviterait de nager avec un poids sur le dos.

Il manqua un pas, et se rattrapa gauchement. Probablement de la mousse sous sa botte. Il grogna sous le faux mouvement qu’il fut obligé de faire, ne pouvant se retenir du bras qui tenait toujours fermement la donzelle. Concentré sur ses pieds, il se rendit compte trop tard de la contrattaque. Les flots l’avaient empêché d’entendre la jeune femme prendre une grande inspiration dans le but probable de se jeter sur lui. Il entendit seulement un pas claquer avec lourdeur, et bien trop près de lui. Il pivota, mais trop tard. Elle venait de l’empoigner à deux mains. « Stupide continentale ! »Ce ne fut pas la force de la jeune femme qui lui fit perdre l’équilibre, mais sa propre contrattaque bien trop conséquente par rapport à l’assaut. L’équilibre de son corps bascula pour se retrouver en dessus du vide. Ses pieds, ne pouvant plus lui assurer une prise solide sur le sol, lui firent faux bond. Il sut que cette fois, s’il retenait la jeune femme dans sa chute, il mourrait. Il ne craignait pas la mort. Cependant, face à cet affront, il voulait être celui qui mettrait fin à la nuisance féminine qu’était cette gamine. Il ne pouvait tolérer qu’un rocher le fasse pour lui.

Il envoya un poing, sans viser, dans le bras de la jeune femme pour qu’elle le lâche, et s’enfonça dans le vide, dos au danger. Et ça allait faire mal. La seule chance qu’il avait, résidait dans le fait que les roches par ici, étaient plus arrondies et moins meurtrières que leurs voisines, quelques mètres plus haut. Il heurta la pente une première fois.

Probablement, qu’Encre, fixée à son dos lui sauva la peau, du moins la colonne en faisant office de rempart à ce coup violent. Un cri de douleur lui échappa. Sous l’impact, il roula dans une descente sans fin pour heurter le sol à nouveau, face contre terre. Il avait la bouche grande ouverte, pour permettre à l’air de se frayer un chemin jusqu’à ses poumons. Son nez saignait. Comme probablement toutes les coupures qu’il avait subies pendant sa descente laborieuse. Une haine profonde lui animait les tripes. Il venait d’être proprement ridiculisé par une gosse trois fois plus jeune que lui. Il se leva. Son esprit du moins. Son corps criait brisure et ce n’est que péniblement qu’il se mit à genoux. Son œil assassin filtrait le paysage en dessus de lui. C’est alors qu’il l’entendit. Brorn, son barreur venait de sonner la retraite du navire, et elle n’avait rien de silencieuse. Ils devaient s’être fait repérer. Il frappa la roche de son poing. Il n’avait plus le temps de courir après cette sorcière. Avec effort, il se remit debout. Il raide et titubant. « TON NOM ! Ignoble harpie ! » S’il devait partir d’ici sans assouvir sa vengeance, il voulait un nom à haïr en plus de se visage parsemé de rousseurs. En grognant, il regagna sa barque, encore plus en contre bas. Il souffrait à chaque pas. Son dos, son bras et sa joue l’élançaient. Mais ça n’était pas la première fois qu’il devait faire abstraction à la douleur.

Il sauta à pieds joints dans sa barque et s’empara de sa rame large. D’une poussée il la dégagea des fonds d’où elle était prisonnière. Il rama aussi fiévreusement qu’il le put pour regagner des fonds moins houleux, guidé par le son des tambours. Enfin, se dessina la silhouette familière du boutre. Il lança la rame au fond des eaux. Sans se retourner, il dégaina son arme et perfora la coque de son embarcation. Jamais de traces. Il troua le fond à plusieurs reprises jusqu’à ce que l’eau lui arrive aux genoux. Le boutre continuait son avancée. Un marin lui envoya une longue corde à nœuds. Il plongea pour s’en emparer. Son corps réagissait à une habitude. Il n’avait plus la force de réfléchir ni même de se hisser le long de la corde et attendit simplement. On le remonta à bord, à renfort de trois hommes pour tirer la lourde corde. Mais le pont n’était heureusement pas très haut au-dessus des flots. Une fois sur le bois du deck, il s’ébroua pour se dégager de ceux qui l’avaient remonté et rejoignit sans mot dire le gouvernail où se tenait Brorn. Dagon repoussa ses cheveux humides sur l’arrière de son crâne, et cracha par-dessus bord, l’amertume de cette rencontre. Rien ne s’était passé comme il l’avait envisagé, et ça se lisait sur son visage sombre.

« Un détour de prévu ? » Brorn était bien le seul à pouvoir plaisanter en de pareils instants. Dagon lui renvoya un signe négatif de la main, comme s’il venait de chasser une mouche. Le barreur releva le menton. En réalité, il n’avait guère apprécié cette échappée, et vu dans quel état revenait son Capitaine, rien n’avait dû être plaisant. Dagon empoigna le rebord en fixant l’horizon. Ça n’était pas la première fois qu’il quittait le Continent en ayant l’impression d’avoir perdu plus qu’il n’en avait gagné. Et cette fois, il avait laissé survivre une gosse qui ne faisait en aucun cas le poids face à lui. C’était écœurant. Il baissa les yeux sur la plaie qu’il avait toujours à l’intérieur de la main. Et referma le poing. « Pas de seconde chance, Lady. » Jamais. S’il en venait à revoir cette enfant, même de loin, il l’empalerait sans aucun remord, et sans préliminaire.


"L'histoire morte est écrite à l'Encre, la variété vive s'écrit dans le sang."  

 
©️ frangin
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Mar 12 Fév 2013 - 19:36


Elle courut. Elle ne savait pas vers quel endroit elle se dirigeait. Le plus important, c’était ce qu’elle était en train de fuir. Elle courut à en perdre haleine, jusqu’à ce que ses poumons lui fassent une douleur blanche et brûlante. A deux reprises, elle trébucha ; à deux reprises, elle bénit le vêtement de cuir qui lui évita quelques vilaines éraflures sur les bords tranchants des rochers. Elle courut parce que c’était sa seule chance de s’en sortir et que comme le lièvre échappant au chien, elle pressentait que c’était un miracle, une opportunité sans retour et sans appel. Et, au bout d’un moment, elle courut parce qu’elle ne pouvait plus s’arrêter. Jusqu’à ce que ses genoux se fauchent sous son poids et qu’elle bascule au sol, vidée de toutes forces et désespérée. Elle poussa sur ses coudes et regarda derrière elle, persuadée d’y voir l’enfer écumant à ses trousses.
Mais à sa surprise, il n’y avait rien ni personne. Elle avait cru entendre hurler, pourtant, mais dans sa panique, elle n’y avait prêté attention.

Incapable de croire qu’elle était sauve, elle claudiqua pendant de longues minutes encore avant de constater que son impression première était justifiée.
Nulle ombre dantesque ne la poursuivait.
Dagon Greyjoy était parti.

Et pourtant, ce que ses yeux disaient, son âme refusait de le croire.
Tyanne s’effondra en pleurs contre le sol rocheux, le contrecoup de la peur qui l’avait saisi plus tôt finissant enfin par faire son effet – ainsi, peut-être, que le mystérieux breuvage qu’elle prétendait avoir assaisonné. L’humidité lui rongeait les os et elle vomit à plusieurs reprises, tremblante et malade. Ses poings se contractaient et se décontractaient successivement, et elle ne savait que faire ou que dire pour parvenir à calmer les élans furieux de son corps.

« Il est parti, il est parti, il est parti, il est parti, il est parti… » se chuchota-t-elle à elle-même dans une enfantine et terrible litanie.

Cela prit un certain temps avant que Tyanne recouvre la raison. Et plus encore pour qu’elle atteigne à nouveau les falaises. Chaque mouvement brûlait ses muscles douloureux et l’adolescente ne cessait de regarder hâtivement vers la berge ; comme aveugle à sa tâche, elle ne pouvait dépasser cette étrange rencontre de sa tête et éprouvait les pires affres à la revivre et à y voir les fautes énormes qu’elle avait pu y commettre.

Jamais plus elle n’aurait cette chance. Un homme n’aurait pas hésité à faire sa besogne. Il avait fallu qu’elle cède à ses émotions, qu’elle tergiverse ; elle aurait dû…, elle aurait dû…Ne jamais y aller, peut-être. Ne jamais organiser cette macabre scène.
Mais aussitôt qu’elle pensât cela, elle se rendit compte que pour rien au monde elle n’échangerait cette funeste nuit contre celle qu’elle était supposée passer dans l’auberge de la grand route, d’où elle s’était échappée pour mettre son plan à jour.

Elle parvint à rejoindre le guide et reître qu’elle avait grassement payé pour la mener discrètement par ici. Ce dernier jugea lubriquement et avec moquerie la tenue échevelée de la jeune fille qu’il ne connaissait pas ; elle avait pris soin de le laisser croire qu’elle était une femme de Port-Réal abordant ici son infidèle amant. Le reste, les écus l’avaient fait. Tyanne prit tout de même note de penser à faire tuer ce bandit ; pour discret et intéressé qu’il fût, il n’était pas impossible que sa description lui arrive un jour aux oreilles et elle ne saurait alors imaginer les conséquences de ce fiasco. Non, sitôt que possible, elle contacterait par écrit la garde du patelin pour les prévenir avoir localisé un voleur de grand chemin près des contreforts rocheux. Elle prendrait garde à oublier un bijou précieux dans ses affaires pour donner corps à son pieux mensonge.
Le chemin qui la ramena à l’auberge fût long et coûteux. L’aube menaçait de poindre mais par chance, elle parvint à se glisser silencieusement dans sa chambre sans être vue de qui que ce soit. Ici, elle prétendait être une bourgeoise du sud en route pour visiter son filleul – néanmoins, son absence d’escorte minait les convictions des gens et elle se devait de repartir vite et de ne pas faire grande impression pour éviter les problèmes. De l’auberge, elle pouvait rejoindre facilement la route qui menait au fort des Ouestrelin, où elle avait promis rendre visite à son amie Miranda. Ainsi, la boucle serait bouclée – ou tout du moins l’espérait-elle vivement.

Malgré l’épuisement, elle prit le temps de faire sa toilette et empila ses vêtements sales dans un sac qu’elle jetterait à la mer le lendemain. Elle se nettoya frénétiquement. Chaque bruit la faisait sursauter et, quand elle trouva enfin le sommier qu’on lui avait légué, ce fût pour être bercée de cauchemars. Le même visage ricanant et borgne passait sous ses paupières.

Une très longue insomnie commençait, et qui n’aurait de fin que quand Dagon Greyjoy mourrait.

On ne fréquente pas impunément le diable. Il y a toujours un prix à payer.
Tyanne espérait que ce ne serait pas à elle de rembourser cette dette.


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas

Contenu sponsorisé

Général
Feuille de Personnage


Message

Revenir en haut Aller en bas

Un navire nommé mourir

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1


Sujets similaires

-
» Créatures rares et nommés - Monts Brumeux
» HELP IL DOIT MOURIR DEMAIN YORK 14 ANS 1/2 FOURRIERE
» 2x07 : "Servir ou mourir"
» Veut mourir à cause de sa séropositivité [LIBRE]
» Quand le bâteau coule, les rats quittent le navire!!!!

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
A Song of Ice and Fire RPG :: Citadelle de Maegor :: ◄ Salle des Archives Oubliées (RP)-