AccueilS'enregistrerConnexion



 

Partagez| .

Au bûcher !

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Noble
avatar

Seamus Ouestrelin
Noble

Général
Seigneur de Falaise, loup solitaire, ours mangeur d'homme et victime des langues de vipères

"If there are gods, they made sheep so wolves could eat mutton, and they made the weak for the strong to play with."

♦ Missives : 1288
♦ Missives Aventure : 49
♦ Age : 27
♦ Date de Naissance : 01/03/1990
♦ Arrivée à Westeros : 05/11/2012
♦ Célébrité : Gary Oldman
♦ Copyright : me
♦ Doublons : Bryn Penrose, Logan Grafton
♦ Age du Personnage : 53 ans
♦ Mariage : Lady Amelia Redwyne
♦ Lieu : Falaise, Terres de l'Ouest
♦ Liens Utiles :
♦️ Fiche
♦️ RP et Liens
♦️ Résumé
♦️ Aptitudes
♦️ Succès
♦️ Histoire des Ouestrelin
♦️ Bryn
♦️ Logan

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
794/1000  (794/1000)


Message Mer 14 Nov 2012 - 12:15


Au Bûcher !
Cela faisait quoi... dix, quinze... non vingt jours ! Oui. Vingt terribles jours enfermé dans les donjons de mon propre château. Peut-être quinze... qui sait ? Les souris grouillent un peu partout. Ou est-ce des rats ? Non. Des souris. Il n’y a jamais eu beaucoup de rats à Falaise.
Un filtre de lumière se glisse dans ma pauvre cellule depuis une mince fente, creusée afin qu’un minimum d’air puisse s’introduire dans la pièce. On suffoque nos prisonniers sans pour autant les asphyxier.
J’entends les vagues à longueur de journée. Un son d’abord doux aux oreilles, mais le tapage incessant de la mer contre les murs de mon château délabré a très vite commencé à devenir insupportable, comme une promesse de liberté et de nature intouchable. Quel pire châtiment pour quelqu’un comme moi ?
Que suis-je censé faire ?...

Il faisait nuit. C’était la pleine lune, et une lueur onirique éclairait légèrement la prison de pierre et de paille du Seigneur Ouestrelin. Avait-ce été pire lorsqu’il était au Nord ? Certainement pas. Lorsqu’il n’avait plus aucun sou il dormait à la belle étoile. Il faisait froid, certes, mais le paysage s’étendait à l’infini et offrait des possibilités incalculables. Rien n’est pire qu’une cellule, et il n’y a de torture plus languissante que d’être enfermé pour un Change-peau. Sa louve était morte, enterré auprès des anciens Ouestrelin. Il ne pouvait voir à travers ses yeux ni entendre à travers ses oreilles. Il n’y avait plus que néant.
« Est-ce mon châtiment pour les pêchés que j’ai commis ?! » cria-t-il avec rage. La cellule lui rendit sa rancune dans un cruel écho, faisant rebondir le mot “pêchés” entre ses murs. Il se sentait vidé, comme si on avait aspiré sa force vitale ainsi que sa volonté de vivre. Quand il fermait les yeux, il voyait la mort. Il voyait son père, debout entouré d’une forêt en feu. Ses vêtements étaient teintés du sang qui coulait de sa gorge à moitié déchiquetée. Son visage n’affichait aucun signe de colère, de souffrance ou d’horreur. C’était un visage inexpressif et plat. Seule ses lèvres se courbaient dans un rictus grotesque. Il finissait toujours par entrouvrir la bouche, comme s’il comptait dire quelque chose, mais le cauchemar s’arrêtait à chaque fois sur cette mimique ignoble.
« Cet homme n’était pas mon père ! Je n’ai jamais eu de père ! Vous m’entendez ?! Je n’ai jamais eu de père ! » Son tourment était si profond qu’il pensait que les anciens et les nouveaux Dieux l’entendraient. Il espérait qu’ils tendraient l’oreille, ne serait-ce qu’un peu.
Mais sa prison restait silencieuse comme une tombe. Elle sentait la mort aussi. Quelques os attendaient de pourrir dans un coin sombre, et certains brins de paille ressemblaient un peu trop à des cheveux. Etait-ce la même cellule où il avait enfermé sa femme et ses fils ? Il ne s’en rappelait pas. Peut-être lui avaient-ils donné la plus petite et la plus sombre... Après tout ils voulaient sa mort. Mais ce n’était pas une mort rapide qu’ils lui réservaient, oh non. Ils comptaient le laisser languir, le faire souffrir puis l’obliger à succomber à la folie comme l’avait fait sa sœur.
Quelqu’un s’approche. Les bruits de pas s’étaient fait étouffés par le son de la mer. On ouvrait déjà la porte en bois qui le séparait du monde extérieur. On tourna la clé dans la serrure, on poussa le loquet, puis on tira la porte avec force ce qui fit virevolter un large nuage de poussière dans les airs.
Le soudain bain de lumière aveugla Seamus. Peu à peu, se dessinait la silhouette d’un homme dans le cadre de la porte. Il tenait un plateau de bois entre les mains. Il savait déjà ce qui s’y trouvait. Pain sec, fromage pourri et une moule. Ce dernier petit détail était très probablement une stupide plaisanterie de son fils aîné. L’homme entra dans la cellule et pausa le plateau par terre, s’éloignant autant que possible de son Seigneur. Ce garçon a peur de moi. L’idée que ce garde puisse avoir peur d’un vieil homme aussi affamé que lui le fit glousser. Son rire ressemblait à des croissements moqueurs et lugubres. Le jeune garçon lui jeta un coup d’œil puis se leva de manière un peu trop précipitée avant de fermer la porte grinçante en claquant.
« C’est ce que vous appelez une demeure adéquate pour un Seigneur ?! Il manque un peu de rats ! » hurla-t-il. Son amusement s’était soudainement transformé en colère indomptable. Il aurait aimé frapper quelque chose, déchiqueter quelqu’un avec ses dents...
Il s’empara du plateau et fixa son repas majestueux. Du fromage... j’ai toujours détesté le fromage. Il s’empara du bout couvert d’une moisissure bleuâtre, ouvrit la bouche, puis l’engloutit en une seule bouchée. Ce qu’il aurait donné pour enfoncer ses dents dans de la tendre viande !... Si Seamus avait été un animal, il aurait très certainement été un carnivore parmi des végétariens.
Les Dieux se moquent de moi. Un Seigneur de l’Ouest, un descendant des Premiers Hommes, enfermé dans sa propre forteresse. Il y a de quoi rire oui. Je suis sans doute le meilleur divertissement qu’ils ont eu depuis bien des siècles. Il scruta le pain sec, comme si celui-ci le regardait en retour d’un air défiant. Seamus fronça les sourcils, en arracha un bout, puis se mit à le mâcher.
« C’est à se casser les dents. » Dit-il en se demandant si sa famille avait eu l’intelligence de s’approvisionner en vivres pendant son absence. Miranda y aura très certainement pensé. Il avait profondément foi en sa fille. Quant à ses deux fils, c’étaient des bons à rien. Il était lui-même quelques fois sidéré face à la stupidité de son fils cadet. Sullivan se croit si rusé en plus... Ses fils ne lui avaient rien dit quand ils l’avaient fourré dans le donjon, mais leurs motifs étaient tout aussi prévisibles que leur plan.
Il y avait déjà eu une première émeute à Falaise il y a cinq ans. Pendant son absence, ses fils répandirent des histoires bien lugubres à son propos. Quelques marchands ou paysans avides de violence se mirent à inciter les gens de Falaise à se révolter contre leur seigneur monstrueux. Ces discours éveillèrent un mécontentement général. On finit par barricader le château afin d’empêcher Lord Seamus Ouestrelin d’y entrer. Heureusement il parvint à reprendre Falaise sans trop d’encombres. Puis j’ai enfermé ma femme et mes fils.
Cette fois, ses fils cherchaient non seulement à se débarrasser de lui, mais aussi à se venger. Et la vengeance est chose dangereuse. Ils continuèrent à murmurer quelques rumeurs bien plus cruelles à son sujet. Seamus s’en rendit rapidement compte lorsqu’il voyait les échansons trembler alors qu’ils lui servaient du vin, quand les servants murmuraient d’étranges histoires dans son dos et lorsque les enfants s’enfuyaient sur son passage. Ce n’était qu’une question de temps avant que les gens ne se révoltent. Tout ce qu’il fallait était la goutte faisant déborder le vase.
Seamus ne sait toujours pas si c’était un accident ou si l’acte était prémédité, mais il y a un peu plus d’un mois, une jeune femme à moitié dévorée fut retrouvée dans la forêt. L’indignation du peuple de Falaise éclata et toutes les accusations se portèrent directement sur leur Seigneur. Sa fille protesta avidement en sa faveur. Le reste de sa famille toutefois, resta sans rien dire derrière les murs du château. Quand les paysans frappèrent au portail de leur demeure, assoiffés de “justice”, les gardes les laissèrent entrer. Seamus était obligé de confronter cette foule enragée dans la cour de son manoir. Il sortit, le visage contorsionné par la colère et leur cria :
« Que se passe-t-il ? Quelle est cette folie ?!
_Assassin !
_Monstre !
_Meurtrier !
_Bête sauvage !
_Change-peau !
_A mort !
_Au bûcher ! »
Tous les noms dont on l’avait traité affluèrent à l’unisson dans un torrent de hurlements et de fureur. Puis, Lady Amelia fit son entrée. Seamus pouvait encore la voir, perchée sur un balcon, portant une robe rouge qui faisait flamber ses mots.
« Gardes, escortez Lord Ouestrelin au donjon. » elle pointa un doigt accusateur sur son mari, et donnait l’impression de prononcer quelque jugement divin. La mise en scène était remarquable. La masse cria de satisfaction et ils levèrent les mains au ciel comme s’ils venaient de remporter une bataille héroïque. Seamus ne résista pas à l’emprise de ses gardes. Il savait qu’il était vaincu.
Deux jours plus tard sa femme lui rendit visite. Elle avait prit son air à la fois responsable et innocent. Quelle bonne actrice... Amelia était venue lui dire qu’elle n’avait pas eu le choix, et que ce soulèvement aurait put mal tourner pour toute leur famille.
« [...]Quelques fois, le sacrifice d’une personne est nécessaire pour le bien de tous.
_Vais-je mourir en monstre ou en martyr ?
_C’est sans importance.
_En monstre j’espère... On se souvient plus longtemps des monstres.
_Je suis sincèrement désolée mon amour. » A ces mots, Seamus la dévisagea d’un air dégoûté. Comment ai-je put épouser cette femme ?
« Tu crois que je déteste ces gens, n’est-ce pas ? Tu penses que je les hais pour cette révolte ridicule ? Ce ne sont que des pauvres paysans qui cherchent à se protéger. C’est la peur qui les nourrit, non la haine. Leur stupidité n’est peut-être pas justifiée, mais leurs intentions le sont. Veux-tu entendre la vérité “mon amour” ? C’est toi que je méprise. Toutes les nuits que je vais passer dans ce donjon, je vais m’imaginer le corps de cette femme dévorée dans la forêt. Et toutes les nuits, je vais m’imaginer que c’était toi. » Elle le gifla, mais Seamus ne put que rire devant une réaction aussi futile. Il rit de tout son cœur à en faire pâlir son épouse.
« Parmi tous les êtres-vivants qui habitent la mer, la terre et le ciel, je pense que tu es la créature qui se réjouira le plus de ma mort.
_Quand je t’entendrai hurler alors que les flammes consumeront ton corps, ce sera le moment de ma délivrance. Seamus se remit à rire.
_Tu as un véritable don pour la tragédie. As-tu jamais songé à devenir comédienne ?
_Tu riras moins le jour de ton jugement.
_Ma douce, tu te trompes, je mourrai avec un sourire hilare sur les lèvres. »

Seamus prit délicatement la moule entre les doigts. Il l’ouvrit avec ses ongles. Jusqu’à aujourd’hui elles avaient toutes été crues. Cette fois pourtant, elle était cuite. C’est pour demain matin... Il ne savait s’il devait se réjouir ou trembler de peur. Il lâcha un long soupir. C’était une chose étrange que de s’attendre à sa propre fin, se dire que demain n’existera pas. Se dire qu’on n’ouvrira plus jamais les yeux alors que du sang coule encore sauvagement dans ses veines. Il pourrait demander à aller au Mur... Malheureusement le Nord n’avait plus cette aura enchanteresse qu’elle avait pour lui quand il était encore jeune. Non, sa place n’était pas là-bas. Peut-être est-ce mieux ainsi. Le monde ne semblait pas fait pour des gens comme lui, pour des mutants.
Il se leva, puis regarda à travers la fente. La mer scintillait sous la lune étincelante, comme une danse harmonieuse d'un million de diamants. Il savoura ce merveilleux spectacle avant de se rassoir sur la paille, puis il ferma les yeux et s’endormit paisiblement.

Il était déjà réveillé depuis longtemps quand les gardes ouvrirent la porte de sa cellule. Il se leva dignement et leur adressa un sourire moqueur.
« Êtes-vous prêts pour le grand spectacle messieurs ?
_Vous ne devriez pas vous réjouir de votre propre mort.
_Je ne souhaite pas gâcher le plaisir de tous par ma mauvaise humeur. »
Le chemin qui menait hors du donjon semblait prendre une éternité. Chaque pas devenait plus lourd. Quand ils finirent par ouvrir la porte de sortie, un nuage d’air frais envahit Lord Ouestrelin mais il ne put que réaliser à quel point il empestait. Au moins le feu emportera ma puanteur... Il devait ressembler à un fantôme, pâle dans un costume de seigneur en haillons. De quoi intensifier la tragédie de ma chère épouse.
Ils le menèrent jusque sur la place du marché. Les stands avaient disparu et avaient été remplacés par une foule impatiente. A son arrivée, on se mit à hurler. Beaucoup lui jetèrent des pierres, d’autres de la terre, certains de vieux légumes, et un eu le bon sens de lui jeter une fourchette. C’est comme s’ils s’attendaient à un spectacle. Je vais être le divertissement du jour.
Il pouvait apercevoir le bûcher, disposé bien au centre de la place. A côté était placé un petit piédestal pour qu’il puisse être en surélévation lors du jugement. Il monta dessus. Face à lui était disposé plusieurs tables. Derrière étaient assis son fils aîné, sa femme, mestre Collivan et enfin un officier de la garde. Où est Ewald ? Le chef de la garde devrait pourtant être là.
« Silence ! » cria l’officier. C’était un jeune homme d’une trentaine d’années, grand, avec des cheveux bruns et des traits de visages très sévères. La foule se calma un peu, mais recommença son chahut aussitôt que quelqu’un beugla férocement « AU BÛCHER ! »
« Silence ! Nous allons commencer ! » reprit l’officier puis frappa la table de ses deux poings. Cette fois les gens se montrèrent plus dociles. Puis son mestre Collivan se leva, courbé comme il l’avait toujours été.
« Nous sommes aujourd’hui ici pour prononcer le jugement de Lord Seamus Lowell Ouestrelin, Seigneur de Falaise, accusé du meurtre de Lylia, fille de Harald le boucher. » Une nouvelle nuée de voix indignée se fit entendre. « Lady Amelia Ouestrelin, Dame de Falaise et épouse de Seamus Ouestrelin, je vous donne la parole.
_Merci Collivan. Nous allons à présent appeler quelques témoins. »
Les témoins étaient essentiellement des paysans. Une jeune femme prétendait qu’elle avait vu Lord Ouestrelin se balader la nuit autour de la maison de la victime, un vieil homme disait avoir aperçut Seamus se transformer en ours et un petit garçon disait avoir vu ce même ours s’en aller le ventre plein alors que Lylia gisait au sol, morte.
« J’appelle Ormond Ouestrelin. » Merveilleux, je vais devoir confronter mon fils. Ormond portait son armure, chose qui paraissait étrange. Ils s’attendent peut-être à ce que je demande un duel judiciaire. Mon fils me hait-il donc tant qu’il serait prêt à mourir pour me voir brûler ?
« Qu’avez-vous à témoigner ?
_J’ai aperçu la jeune Lylia à plusieurs reprises au château. Elle accompagnait son père qui nous vendait ses vivres. Un jour mon père, Lord Seamus, la croisa dans la cour. Il la suivait incessamment des yeux et je jure l’avoir vu baver et grogner comme un animal.
_Un homme peut effectivement se montrer très excité à la vue d’une jolie jeune femme lorsque son épouse est insensible comme une brique. Quelques gloussements s’élevèrent.
_Comment osez-vous ?! L’officier se leva d’un coup, la main sur le pommeau de son épée.
_Oh, et voici son amant. Certaines bonnes âmes se mirent à rire.
_Silence ! Assez ! Lord Ouestrelin, je ne vais pas vous permettre de transformer ce tribunal en farce ! Elle se leva d’un air fier et majestueux. Qui aimerait témoigner en faveur de cet assassin ? »

Spoiler:
 



"J'ai toujours détesté ces formules absurdes."


Dernière édition par Seamus Ouestrelin le Sam 10 Aoû 2013 - 22:38, édité 10 fois
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Jeu 15 Nov 2012 - 21:03

Alors qu’elle regarde la triste scène qui se joue devant ses yeux, serrant dans ses mains celles de la jeune Miranda pour la réconforter, Tyanne se demande à quel moment exactement les choses ont-elles mal tourné, au point que le père de son amie soit en ce moment même ligoté par ses propres gens à des rondins de bois sales et que la foule plébéienne s’anime de telles invectives macabres.

Elle avait toujours éprouvé de l’affection pour Miranda, qu’elle avait rencontrée plus jeune et avec qui elle correspondait parfois. Elle voyait dans la jeune femme tout ce qu’elle n’était pas elle-même : la bonté d’âme, la douceur, le charisme, ce petit je-ne-sais-quoi qu’elle jalousait un peu mais dont elle aimait la présence dans les traits lointains de la Ouestrelin. Aussi ressentait-elle un mélange douceâtre de peine et de fascination pour les affres de sa camarade, qui parvenait à garder l’allure digne et droite malgré l’épreuve qu’elle traversait.

Plus tôt, elle lui avait proposé d’obéir à l’injonction de son hôtesse (maintenant que le seigneur croupissait en geôle) et de rester dans sa chambre. Mais elle de répondre : « Non, je veux voir. »

Ce spectacle affligeait sincèrement le cœur de Tyanne. Petite, rendre visite aux Ouestrelin lui avait toujours été un espace de répit et de soulagement ; là, et là seulement, son père ne lui demandait rien sur ses hôtes. Elle se rappelait très bien la première fois qu’elle avait été conviée au château : elle avait prétexté quelques caprices d’enfant pour expliquer sa présence dans la roukerie du seigneur, arguant d’une fascination pour les corbeaux qui l’avait obligé à correspondre avec Miranda par la suite, alors qu'elle essayait en réalité de décrypter quelques missives. Elle se souvenait du bras de son père qui l’agrippe et la pince sèchement : « Pas celui-là », avait-il laissé tomber d’un ton sec et froid. « Pourquoi ? » Ses yeux avaient dévié sur la gauche, un signe général de malaise, et elle avait appris plus tard qu’on racontait de sombres histoires de zoman sur le compte du lord Seamus. Craignant sans doute de se frotter à plus fort que lui, son père ne l’avait jamais obligé à glisser ses doigts de fée dans une poche ou à écouter aux portes : et le fief des Ouestrelin, bien loin d’inquiéter l’enfant comme la réputation de son seigneur aurait dû le faire, était devenu un refuge secret dans lequel elle pouvait se permettre d’être Tyanne, juste Tyanne.

Elle avait vécu l’empressement de la foule à jeter son propre lord en prison comme une sorte de mauvais rêve. Intérieurement, elle avait détesté cet assemblage sans âme ni corps déterminé, cet ensemble de bouches ouvertes seulement pour haïr ; elle avait craint l’apparition de lady Amelia, sa terrible robe rouge et le regard appuyé qu’elle lui avait lancé au lendemain de ses évènements. « Tu n’es pas la bienvenue ici », c’est ce que disait ce regard-là, mais à la place elle lui avait demandé si les accommodations de sa chambre d’invitée lui convenaient. Dans cette passade difficile, sûrement serait-elle une confidente et une amie de valeur pour sa fille. Raisonnable comme elle l’était, tout comme l’ensemble de la famille Doggett, elle parviendrait sûrement à apaiser son chagrin bien compréhensible. C’est ce qui avait été dit mais depuis, Tyanne avait la douloureuse impression de n’être rien de plus qu’un insecte dans cette maison devenue inhospitalière. Elle avait alors joué le rôle que l’on attendant d’elle : la jeune idiote superficielle, horrifiée par le crime imputé au lord. De sorte qu’on ne la regarde plus. Et en secret, elle écoutait Miranda, l’écoutait jusqu’à se convaincre qu’il fallait faire quelque chose.

Oui, mais quoi ? Ces journées passées à jouer son personnage et à méditer sur ses possibilités l’avaient un instant pousser à tenter de s’infiltrer elle-même dans les cachots. Sûrement ne seraient-ils pas si bien gardés que ça ? Peut-être que lâcher un chat ou un souris là-bas, tout en bas, suffirait à un change-peau pour soulager sa peine ? Toutes ces idées lui étaient apparues mauvaises et c’était Miranda qui avait trouvé la solution.

Tandis que son visage poli et bien lavé se fixe sur la silhouette efflanquée et impertinente du Lord, Tyanne espère que son amie a eu raison ; car de sauvetage, point pour le moment.

*Cela n’est peut-être qu’une question de minutes.* Elle pourrait prétendre cracher au visage du meurtrier et glisser une dague dans ses mains ligotées. Au vue et au nez de tous ? Quand bien même parviendrait-elle à faire diversion pour les paysans attroupés, comment tromperait-elle le mestre et la lady qui ne perdraient pas une goutte de ce spectacle ? Elle pourrait faire peser le poids et le nom de sa maison pour intimider les ardeurs de la lady. Mais lorsqu’on orchestrait ainsi la mort à vif de son mari, se navrerait-on de perdre une alliance ? Ce serait s’attirer l’inimité des Ouestrelin et du peuple. * Peut-être que le lord a répondu positivement, peut-être qu’il vient en ce moment-même.* Comment s’appeler le voisin du Ouestrelin, déjà ? Elle ne s’en rappelait plus.

Ce devait être ce petit spasme. Plus tard, Tyanne déciderait que tout ce qu’elle avait fait ensuite n’avait tenu qu’à ce petit spasme de la main de Miranda, qui n’avait jusque là pas trahi une plainte ou un gémissement, et cette brève et courte convulsion, c’était comme un appel à l’aide.

Elle se leva. Face à lady Amelia et sa somptueuse parure, Tyanne faisait pâle figure. Ses tâches de rousseur mangeaient son visage pâle, mais pas plus que ses yeux grands ouverts et troubles, que le sourire doux qui animait sa bouche. Elle lissa sa robe noire du plat des mains, patiemment, le temps que les regards se tournent vers sa stature frêle. Présenter son meilleur minois, c’était important. Donner envie à ceux qui la verraient de l’entendre, de l’écouter.

Elle redressa les épaules et renvoya son regard à lady Amelia et au mestre. A la hargne du peuple, à la vengeance qu’ils appelaient de tout cœur, elle opposa la sérénité et la douceur. * Mère, sauve ton fils en ce jour, sauve le cœur de la fille.*

Elle fit un bref pas en avant. « Je parlerai. » Et un autre, pour considérer cette fois le prisonnier qui n’avait plus très fière allure si proche de se faire brûler vif, et fit un geste vague pour l’englober.

« Mais pas pour défendre l’assassin. Pas pour le tueur de femme. Pas pour le monstre. Mais pour l’homme que j’ai connu autrefois et que j’ai respecté…avant qu’il ne sombre si bas. Mais pour vous, lady Amelia» ici, elle fit une révérence polie et mima un accès de timidité pour crédibiliser son personnage, prétextant rougir tandis que son regard coulissait sur Ormond " et pour vous, gens de Falaise."

Elle était face à une foule. Non seulement tout le monde la regardait et guettait son moindre faux pas, mais, de plus, elle ne pouvait se permettre de se montrer intelligente dans ses propos : les foules sont bêtes, elles n’aiment pas les mots longs, et ne répondent bien qu’à l’autorité ou à la violence. Elle ne pouvait évoquer les principes de justice ou d’enquête devant ces paysans superstitieux et à la figure de lady Amelia, certainement plus fine manipulatrice qu’elle-même.

Elle se devait donc d’être concise, simple et assez abrupte pour séduire la plèbe. *Je ne suis pas faite pour ça. Je suis un fantôme, une passe-muraille, sans visage et sans silhouette. Pas…ça.*

« Gens de Falaise, je vous ai toujours tenu en estime et en admiration pour vos savoirs-faires et votre courage. »
C’était totalement faux, elle les avait toujours vu comme des simplets imbus d'eux-mêmes, mais Tyanne savait au moins ceci : à parler à une foule, mieux vaut titiller son sentiment de cohésion et en appeler à son patriotisme… « Aujourd’hui encore, vous tenez votre réputation. Néanmoins, je le conjure : ne laissez pas votre soif de justice se finir ici.
Vous dites que votre seigneur est un change-peau et qu’il possède un bâtard.
L’Aïeule me le murmure : qui vous dit que d’autres bêtes ne sont pas cachées, d’autres bêtes qui viendront se repaître de vous pour assouvir leur vengeance ? »


Elle pointa un doigt vers le lord Ouestrelin et haussa le ton pour se faire entendre par-dessus le brouhaha de la foule. Elle espérait qu’instiller une peur justifiée et qu’invoquer la figure mal réputée du bâtard offrirait à la populace un sentiment d’hésitation quant à leurs actes. A défaut de remporter ce jeu d'éloquence, elle espérait ardemment gagner du temps...


« Les crimes de cet homme vont plus loin que ce qui est arrivé à Lylia, et pour cela, il ne devrait pas mourir sans le procès qui lui est dû. Si vous le tuez ici et maintenant, vous en faites un martyr, et les seigneurs des Couronnes et de l’Ouest sauront bien vous trouver pour accuser de maldonne si vous ne jouez pas leurs jeux. Par estime pour la soif de justice de Falaise, je vous en conjure : traînez cet homme et son bâtard aux pieds de notre seigneur lui-même.

Alors, la justice du Guerrier s’abattra de manière exemplaire sur le meurtrier ; et l’assassin expiera mille fois ses crimes !

Que justice soit faite - une justice qui ne menacera pas vos maisons ni vos familles


A nouveau, elle éclipsa un bref regard rougissant à Ormond, et baissa le nez.
Elle se trouvait tout près du bûcher maintenant. Au moins, on ne mettrait pas le feu au zoman tant que la petite serait ici. Ou du moins, elle l'espérait...
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Ven 21 Déc 2012 - 16:02

Les craquements du bois étaient monnaie courante sur un bateau, aussi inhérents à sa nature que le roulis ou bien encore le toucher si particulier d'un bois longtemps exposé aux embruns. Une fois habitué aux voyages en mer, on avait souvent tendance à trouver ces éléments rassurants, voir même primordiaux pour certains. Il était avéré que certains marins n'arrivaient pas à trouver le sommeil si ils n'étaient pas bercés par le roulis, une réminiscence infantile à la fois touchante et incompréhensible. Draven quand à lui maudissait ces fichus roulements du bateau alors qu'il tentait d'apposer un cap au navire dont il avait pris le commandement pour cette patrouille en mer, la Fierté des Feux de Joie. Déjà son encre s'était elle renversée par trois fois sur des vélins bien trop coûteux pour être utilisés en mer, le faisant pester de telle façon que l'honorable profession des calligraphes devait avoir les oreilles en sang à cet instant.

Pourtant la mer était loin d'être démontée, prompte à la colère, mais le cap maintenu par le vaisseau lui faisait rencontrer les vagues de telle façon que son équilibre était difficile à maintenir. Draven devait cependant préparer une nouvelle trajectoire pour remettre le cap sur Belle-Île en ordre de ravitailler les cales, relever les troupes et décider des prochaines destinations de patrouille. Excédé par cette incapacité technique à travailler, il décida de laisser ses calculs au clou durant quelques minutes, pour aller observer la mer et se montrer à l'équipage. Après avoir fixé une cape au dessus de son armure carmin, il accrocha à ses hanches le baudrier soutenant son épée bâtarde et sa dague. Puis enfin il poussa la porte de sa cabine, un air fermé sur le visage, pour déboucher dans une coursive réverbant intensément les efforts du bois face aux vagues. Contournant les quartiers des officiers, il emprunta les quelques marches qui lui permirent de déboucher sur le pont supérieur de la Fierté des Feux de Joie.

Etant donné qu'il s'agissait d'une patrouille en bonne et due forme et non d'une visite sur le continent ou ailleurs, le bâtiment était rempli au maximum de ses capacités. Les quarante mètres de long du deux-mâts voyaient presque voltiger dans sa voilure une partie des trente hommes d'équipage nécessaires à la manoeuvre. Les soixante-dix hommes d'armes qui peuplaient le navire n'étaient pas pour autant au repos permanent, bien au contraire la loi martiale s'appliquait sur le vaisseau et tendit qu'à l'avant certains s'entraînaient, d'autres entretenaient l'équipement, participaient au manoeuvre. Ceux des soldats qui n'étaient pas de quart étaient cantonnés au pont inférieur, pour gêner le moins possible les manoeuvres.

Tout en montant à la barre pour échanger quelques mots avec le timonier et le quartier maître concernant la situation actuelle, Draven apprécia d'un oeil expert le labeur de son équipage. L'entraînement constant qu'il imposait une fois en mer permettait de maintenir toutes ces personnes au mieux de leurs capacités. C'était une méthode qui lui avait été soufflée par feu son ami Alberic Prestre et qui avait fini, après quelques remaniements, par porter des fruits extrêmement prometteurs. Alors qu'il venait de s'assurer de la tranquillité du voyage auprès de son second, il s'accouda au bastingage, repensant au fait que c'était le première fois qu'il avait eu le courage de remonter sur la Fierté depuis la mort d'Alberic. C'était le vaisseau que cet ami si cher avait commandé et qui n'avait rien pu pour lui lors du saccage des Feux de Joie.

C'était la nécessité qui l'avait poussé à embarquer sur ce vaisseau, le Lion Gris ayant rejoint la cale sèche. Et commander à la place d'Alberic avait quelque chose de particulièrement étrange aux yeux de Draven comme une mise en abîme, la confrontation avec une vérité qu'il avait du mal à accepter. Le Prestre n'était plus, emporté par la main de ce géant aux cheveux de jais qui avait déjà tué Mestre Fenwyck lors du saccage de Belle-Île. Draven se rappella de l'étrange soulagement qui l'envahissait lorsqu'il allait se recueillir sur la tombe du Mestre qui l'avait vu naître et avait su faire en sorte que sa monstruosité devienne un atout dans la dureté de Westeros. Peut être bien devrait-il faire de même pour Alberic, aller un jour à Feux de Joie se recueillir ...

Il n'avait d'ailleurs plus revenu lord Fedric Prestre depuis quelques années, lorsqu'il était en visite à Castral-Roc où Draven était écuyer de Damon Lannister. Mis à part une missive de condoléances qu'il lui adressa, le seigneur de Belcastel n'avait pas fait d'autre pas en direction du boeuf écarlate qui avait, pour le coup, tout perdu dans cette histoire. Sa femme était morte également des mains de ce fer né de haute stature ... Draven se demanda comment il aurait réagi dans une telle situation. Puis se ria de sa propre stupidité. Le postulat était en soi absurde, il n'avait jamais été marié et ne pouvait donc théoriser sur la dose de souffrance qu'il pourrait ressentir. Un jour peut être, bien qu'il ne l'espérait pas, ressentirait-il cette douleur.

Laissant le fil de ses pensées suivre leur chemin morose il détourna la tête du pont supérieur pour aviser la côte des Terres de l'Ouest qui défilait au loin, à la vitesse que le vent voulait bien concéder. Étaient en vue les roches des terres de Falaise, le fief de la maison Ouestrelin. Une terre bien différente de Belle-Île, dominée par un seigneur que Draven avait rencontré pour la première fois voilà sept ans, lors du tournoi de Port-Réal. Lui qui était maintenant lord était alors un chevalier nouvellement adoubé, un nouveau venu plein de doutes mais aussi d'espoirs. Cette rencontre avec un seigneur des Terres de l'Ouest mur, dans la force de l'âge, l'avait profondément marqué et trouvait encore parfois un écho dans les actions qu'il entreprenait quotidiennement.

Alors qu'il observait cette côte, ses yeux habitués au remous de la houle discernèrent une imperfection à la surface de l'eau. Intrigué, il s'avança plus en avant vers le bastingage bâbord. Durant cette marche il apposa une main sur l'épaule du quartier maître, lui faisant signe de lui passer la longue-vue, ce qu'il fit prestement. Une fois arrivé à la rambarde, il allongea l'instrument d'observation et le porta à son oeil gauche non sans avoir au préalable avisé le point qu'il souhaitait observer. Après un temps d'adaptation de la longue-vue, il put enfin clairement discerner un bateau de pêcheurs qui semblait filer droit vers la Fierté des Feux de Joie. A sa proue se tenait un homme en armure qui cessait de faire des grands signes, pour allumer une torche et l'agiter en regardant le navire de Draven. Pensif, le seigneur de Belcastel murmura d'un ton intrigué :


- Lord Ouestrelin ... Mais que se passe t-il donc en vos terres ?

Avisant les quais du port de Falaise avec son instrument d'observation, il s'aperçut d'un fait étrange et extrêmement significatif : aucune activité ne semblait s'y dérouler, si ce n'était la présence d'une vingtaine de soldats semblant également regarder vers la mer. A n'en pas douter quelque chose se tramait à Falaise et cela semblait fort peu commun, voulant observer le château et le village, il comprit que la longue vue ne lui permettrait pas d'y voir assez clair pour tirer des conclusions à même de le satisfaire. Rangeant la longue vue, il énonça d'une voix calme et autoritaire à l'attention des personnes présentes à sa portée :

- Quelque chose ne tourne pas rond à Falaise ... Timonier, barre à bâbord toute ! Quartier maître, l'équipage à la manoeuvre, il y a une barque de pêcheurs entre nous et le port que je veux voir à nos cotés sous peu !

Se retournant avec vivacité, il avisa enfin quelques soldats intrigués par le soudain entrain de leur capitaine. Tandis que le vaisseau s'appliquait sous les mains calleuses du barreur à virer de cap, il leur résuma la situation, avec le même timbre vocal, en ces mots :

- Le village semble vidé de ses occupants, seuls quelques gardes sont sur la jetée et leur chef doit certainement venir à notre rencontre. En attendant d'en savoir plus : Sonnez le branle-bas de combat ! Je veux lanciers et archers en position sur l'heure, soyez parés à toute éventualité. Exécution !

La plainte sourde et profonde de la conque utilisée pour sonner les rassemblements résonna trois fois, signe du sérieux de la manoeuvre. Dans un ballet ancré dans leurs cerveaux par un entrainement rigoureux, les soldats se séparèrent avec rapidité en deux groupes distincts. La chorégraphie était huilée et tandis que trente s'emparaient des lances et des pavois stockés contre les bastingages bâbord et tribord formant bientôt une carapace défensive sur le pourtour du navire, quarante autres s'armaient d'arcs et de carquois, les plus agiles ou fins tireurs montant aux voiles et à la hune pour maximiser leur potentiel de combat.

Cette formation bâtarde était un des atouts que Draven tendait à tester et éprouver depuis qu'il avait subi le saccage de ses terres. N'ayant pas encore eu la possibilité de démontrer l'efficacité de cette stratégie en combat réelle, il n'en demeurait pas moins exigeant quand à son application à toute alerte. Et force était d'admettre que la manoeuvre était maintenant rodée. Le bâtiment quand à lui avait maintenant viré de cap comme il le devait et se dirigeait à bonne allure vers le port de Falaise. Bientôt la vigie annonça que la barque de pêcheurs était en approche, avant de guider la manoeuvre qui se passa de la meilleure des façons.

Deux bout furent envoyés à la barque qui s’accola à la coque du bâtiment de guerre avant que l'on en fasse tomber une échelle de corde permettant à l'équipage de monter. Ce fut alors que Draven put remarquer que personne à bord de cette chaloupe n'était désarmé, bien au contraire ils portaient tous la livrée de Falaise. Sincèrement intrigué et même légèrement inquiet, il descendit sur le pont supérieur à l'encontre de l'homme qui avait auparavant fait les signes d'alerte. L'homme, essoufflé par l'escalade de l'échelle de corde, était en train de reprendre sa respiration. Draven prit donc l’initiative de la parole, énonçant d'un ton imperturbable :


- Je suis Lord Farman de Belcastel, capitaine de ce bâtiment. Puis-je, par les Sept, savoir ce qui se trame en ce fief ?!

A l'annonce de son identité, Draven put remarquer un léger espoir renaître dans le regard de deux des nouveaux arrivants. Comme si l'arrivée d'un individu de haut rang était la meilleure chose à espérer dans cette situation. Les choses étaient-elles donc si graves que cela sur les terres de la Maison Ouestrelin ? Ayant repris ses esprits, celui qui se trouvait être leur chef prit la parole, d'un ton transpirant l'urgence du désespoir :

- Lord Farman, ah ! Bénis soient les Sept que vous nous ayez remarqués, vous êtes le dernier espoir de Lord Ouestrelin ... Notre seigneur va se faire brûler en place publique si vous n'intervenez pas rapidement !

A cette annonce sordide et pour autant semblant exagérée de façon grotesque, Draven eut dans un premier temps un haussement de sourcils dubitatif. Ce dernier n'échappa pas au garde qui eut un soupir mélangeant l'embarras et l'empressement, une chose était sûre : il était réellement anxieux. Avant que Draven n'eut le temps de lui demander des détails, ils leur furent servis par son interlocuteur :

- Je me nomme Ewald, je suis le chef de la garde de Lord Ouestrelin. Voilà une quinzaine qu'il a été emprisonné dans les geôles après la découverte du cadavre de Lylia, la fille du boucher ! Elle était dans la forêt à moitié bouffée, j'vous l'dis de sûre voix : c'est moi qui l'ait trouvée ! Les paysans de Falaise ont pensés que c'était l'oeuvre de not'seigneur !

Un murmure passa dans l'assemblée des soldats et des marins de la Fierté, allant de l'étonnement à la stupeur, en passant par l'accablement ou la colère. Les commérages et les histoires sordides de ce genre n'étaient jamais bonnes sur un vaisseau, capitaine qu'il était il fit un geste aux deux sonneurs de conques qui d'une courte mais puissante note firent cesser les bavardages. Après avoir jeté un regard empreint d'une colère froide à ses hommes, Draven se retourna vers Ewald et lui fit signe de continuer :

- Mais enfin, que ce soit vrai ou pas ... Lady Amélia, sa femme, avec ses deux fils ... Ils veulent régler la sentence ici et maintenant, sans même lui laisser une chance de s'expliquer ou traiter dans le bon sens de la loi. Si vous faites rien messire, oh par les Sept si vous faites rien ...

Les yeux d'Ewald disposaient de cette lueur qui ne laissait pas douter de l'affection qu'il portait à son seigneur. Des officiers loyaux comme lui ne couraient pas le continent et bien qu'il ne semble pas enclin à gérer la pression, Draven aurait pu lui trouver une utilité à Belle-Île. Dans son malheur, Seamus Ouestrelin avait la chance de pouvoir compter sur des personnes comme lui. Ne prenant pas longtemps pour réfléchir à la complexité de la situation, il lui apparaissait néanmoins qu'il fallait immédiatement mettre un terme à la tentative de justice expéditive. Ou, dans le pire des cas, la constater et en rapporter la gravité à son suzerain, Lord Tybolt Lannister. Apposant une main sur le bras d'Ewald il lui demanda :

- Ewald, votre loyauté vous honore. Je n'aurais que trois questions supplémentaires à vous poser : Quand, où et combien de personnes y assisteront ?

Reniflant son chagrin et passant le dos de sa main sur ses yeux, le brave homme prit quelques secondes pour rassembler ses pensées. Enfin il répondit au seigneur de Belle-Île d'un ton soulagé :

- Dans une heure environ je pense, maintenant, sur la place centrale. Le village devrait être réuni ... je dirais ... cent cinquante à deux cent personnes. Mais vous pouvez compter sur mes hommes ! Certes ce n'est pas notre garde complète mais j'ai réussi à rassembler des hommes convaincus du bon droit de notre seigneur ! Je ... Merci messire.

Draven acquiesça, le visage redevenu imperturbable devant la gravité de la situation. Après avoir fait signe à ses soldats de s'occuper d'Ewald et ses compagnons il tourna les talons, suivi par deux sergents. D'une voix sèche et marquant sa concentration, il entama le dialogue avec eux :

- Bien, il va nous falloir accoster au port et rejoindre les forces d'Ewald. Nous devrons nous préparer à intimider une foule trois fois plus nombreuse que nous, au bas mot. Je veux vingt-cinq lances et pavois en première ligne, vingt-cinq épées et bouclier au second rang et enfin vingt archers en arrière garde.
- Et les troupes d'Ewald, Lord Farman, où les dispose t-on ?
- D'après ce que j'ai pu constater à la longue vue, elles sont équipées de lances également ... Adjoignez en soutien de la formation, sur ses cotés, pour éviter les débordements.

Arrivés près de la barre du navire, Draven continua de réfléchir à la situation tandis que le timonier et le quartier maître attendaient ses ordres. Pour l'heure, au vu de l'embarquement des rescapés, le vaisseau avait stoppé son allure et rabattu une majeure partie de ses voiles. Ils n'allaient même pas atteindre la centaine d'hommes en armes contre une foule en colère, voilà qui était fort problématique. Avisant son quartier-maître, il lui demanda d'une voix neutre :

- Y'a t-il d'autres navires de la flotte qui croiseront notre position ?

Le marin croisa les bras et sembla quelques instants perdu dans ses pensées, retraçant les routes maritimes empruntées et les différents courants. Draven aurait aimé qu'il se dépêche de lui répondre, mais compulser de telles données de tête n'était pas l'idéal, cependant il n'avaient pas le choix au vu de l'urgence de la situation. Enfin, le quartier maître énonça d'un ton assuré :

- Si les conditions plus au sud sont aussi bonnes que celles dont nous avons bénéficié, la Dame de Castamere devrait croiser dans ces eaux d'ici une à deux heures.
- Parfait, trois marins dans la barque de pêche, qu'ils aillent à leur rencontre dès qu'ils les apercevront. L'ordre est on ne peut plus simple : débarquer à Falaise et nous venir en soutien.

Répondit Draven, non sans contentement. La Dame de Castamere était capable d'embarquer trente-cinq soldats, ce qui rétablissait presque l'équilibre. Compte tenu de leur entraînement et de leur armement, les troupes de l'Ouest pourraient résister et même par la suite submerger la révolte si jamais les choses s’envenimaient. Donnant l'ordre d'entamer les manoeuvres, il laissa filer la Fierté droit sur le port tandis que les soldats s'affairaient, préparant l'arrivée à terre. On apporta au Seigneur de Belcastel son écu, son heaume et Morsure, son fléau d'armes. Bien que guerrier moyen, il comptait néanmoins marcher en première ligne avec ses troupes, pour faire savoir sa présence et négocier de vive voix.

Alors que le navire fendait les eaux et que les cris autoritaires du quartier maître et des sergents dirigeaient les différentes manoeuvres, Draven retombait dans ses pensées. Il avait entendu de nombreuses rumeurs concernant la "malédiction" que pesait sur le seigneur de la Maison Ouestrelin et quand bien même elles étaient horribles ... Il ne pouvait arriver à les réfuter, ou plutôt ne le voulait pas. On parlait de monstre, de sang, de cadavres aux entrailles luisantes à la lueur de la pleine lune. Rien de tout cela n'arrivait à émouvoir le lord Farman ...

Les gens ne pouvaient pas réellement comprendre ce qu'était la monstruosité si il ne s'y laissaient pas eux même aller. Et là encore, qu'était-ce comparé au fait d'être né avec ce que le bon sens exige que l'on appelle une "affliction" ? Les notions de bien et de mal, les carcans, la nécessité de bien se conduire ... Si la gloire imposait de bien se comporter, elle compromettait souvent la victoire nette et précise. Combien de fugitifs dangereux suite à l'abandon des poursuites sur l'instant ? Les Feunoyr, toujours en fuite, étaient l'exemple parfait des erreurs que l'on pouvait commettre quand on estimait la bataille remportée.

Face à la déliquescence de Belle-Île, Draven avait mis fin aux jours de son père et ne le regrettait nullement. Cependant les bonnes gens crieraient au meurtre si cela venait à se savoir, oubliant à l'instant qu'il s'agissait là de la seule façon de réellement arranger la situation qui était la leur à ce moment là. Une vie pour des vies ... Un parricide que l'on pourrait pour autant qualifier d'héroïque mais dont Draven se devait de taire l'existence. Car selon le monde dans lequel il vivait il était également un monstre, incapable de différencier le bien du mal, capable du pire comme du meilleur. Et cela lui suffisait totalement.

Se remémorant sa première rencontre avec Seamus Ouestrelin, il ne put s'empêcher de penser que les échanges qu'ils eurent avaient étés conditionnés par leurs natures de monstres. Certes, le tournoi de Port-Réal avait été fastueux, une fête comme jamais Draven n'en avait vécu et dont les mille et une nuances développaient encore leurs rêveries dans son esprit. Parler avec telle lady du Conflans, plaisanter avec Messire de l'Orage. Même découvrir d'autres cultures, comme ces étranges personnes à la peau noire, qui venaient d'un endroit nommé les îles d'été et ornaient leurs vêtures de plumes aux couleurs chatoyantes. Des oiseaux aux cent nuances, qu'ils nommaient d'un drôle de nom, celui de perroquets.

Mille et une merveilles s'étaient imposées à la vue de Draven ce jour là, mais aucune n'avait eu la force émotionnelle de sa rencontre avec Seamus. Une discussion simple, fluide, limpide, sans même avoir besoin de préciser leurs différences, ils se retrouvaient instinctivement sur ce qui chez eux rendait les autres méfiants. C'est pour cela que même si les lois avaient permis qu'il soit brûlé en place publique, Draven aurait quand même exigé un procès équitable. Seamus lui avait en un sens appris à accepter une partie de sa nature, lui rendant alors un fier service. Il ne restait plus au seigneur de Belle-Île qu'à rembourser cette dette, en permettant à cet homme de demander la justice de Lord Lannister.

Enfin la Fierté des Feux de Joie peut jeter les amarres sur les quais du port de Falaise, déversant son flot de soldats à la suite de Draven et Ewald. Ce dernier se dirigea vers ses hommes, lesquels retrouvèrent un bien maigre sourire. On pouvait entendre au loin la complainte mécontente des paysans, étouffée par les maisons du village. Les ordres furent rapidement transmis concernant la formation à adopter, tandis que Draven regarda une dernière fois la ligne d'horizon pour tenter d’apercevoir la voile de la Dame de Castamere qui décidément se faisait attendre. Pestant intérieurement contre le manque d'hommes, il se dirigea néanmoins à la tête de la formation, mis son heaume en place et annonça d'un geste silencieux le début de la marche. Il fallait tirer parti au maximum de l'effet de surprise pour s'approcher au plus près de la foule en colère.

Engoncée dans la rue principale, leur formation aurait l'avantage de bénéficier d'un effet d'optique, faussant l'estimation à vue d'oeil du nombre de soldats. Sans avoir l'air deux fois plus nombreux, ils seraient néanmoins nettement plus intimidants, assez pour ne pas avoir à supporter un assaut de la foule en délire. C'était en tout cas tout ce qu'espérait Draven Farman, alors qu'ils se rapprochaient de la place centrale du village. Le spectacle qu'il y vit n'était dès lors guère rassurant, bien au contraire. Lord Ouestrelin était déjà attaché à son bûcher, lequel n'avait cependant pas entamé sa combustion, mais les cris de la foule abondaient dans ce sens. Cela n'allait pas tarder à sentir le lord grillé si les choses continuaient dans cette voie.

Alors qu'ils étaient aux trois quarts de leur chemin dans la grand rue, Draven put remarquer qu'une silhouette aux cheveux abondants et d'un rouge flamboyant semblait s'être levé. Cette forme lui semblait même assez familière, fait étrange pour quelqu'un qui n'avait jamais rencontré aucun habitant de Falaise à l'exception de son seigneur. D'un poing levé en l'air, il fit stopper la marche de ses forces et alors qu'il gardait cette pause, les archers encochèrent une flèche tandis que les lanciers du premier rang abaissaient leurs armes en direction de la fouille, soutenus par une deuxième rangée de lance à hauteur de leurs épaules, celles d'une partie des hommes de Falaise. A tout moment, en abaissant simplement le poing, Draven pouvait lancer la marche punitive, mais finit d'abord écouter ce qu'avait à déclarer la forme rousse.

Soudain l'évidence même se fit dans son esprit, la jeune fille qui semblait prendre la défense de Lord Ouestrelin n'était autre que Tyanne Doggett, la petite chapardeuse de Perlebaie ! Les choses semblaient gravir un nouveau pallier dans la complexité car si les négociations tournaient cours, les Ouestrelin "dissidents" pourraient se servir d'elle comme otage. Hésiteraient-il d'ailleurs, eux qui conduisaient aujourd'hui le maître de leur maison au bûcher ? La petite fouineuse tentait tant bien que mal de faire un discours éloquent sur le fait que Lord Ouestrelin méritait un procès en bonne et due forme. Si l'intention était louable elle n'en demeurait pas moins certainement confinée à l'échec.

Laissant son moment de scène à la jeune Doggett, Draven attendit qu'elle ait finie pour abaisser un poing autoritaire. Dans un premier temps, deux rafales de vingt flèches vinrent se planter en sifflant leur message de mort sur les maisons et les toits bordant la place centrale. Ensuite, les deux conques sonnèrent une longue, puissante et profonde mélopée annonçant la reprise de la marche. D'un pas cadencé, la centaine de soldats déboucha en partie dans la place. Le lord de Belcastel marchant à leur tête, il finit par relever la main pour stopper la progression une nouvelle fois alors que les paysans restés à l'arrière du public, pris par surprise, se tassèrent contre ceux qui les empêchaient auparavant de bien voir le spectacle.

L'entrée coordonnée des nouveaux protagonistes sembla décontenancer plus d'un paysans, des plaintes comme "Nous sommes cuits" ou encore "On s'est enflammés pour rien" sortant de leurs rangs. Sur l'estrade, Lady Amélia avait les lèvres pincés et le regard fixé sur la cohorte qui venait de troubler sa tragédie. Ormond Ouestrelin quand à lui, main sur son épée, ne semblait pas assuré d'être en veine dans sa trahison. Enfin l'officier qui semblait présider au jugement, après un pas de recul, hurla à l'encontre de la foule :


- SILENCE ! SILENCE PAR LES DIEUX ! Qui êtes vous mécréants et comment osez vous envahir ainsi les terres de Lady Amélia Ouestrelin ?!

En toute honnêteté, Draven savoura avec délectation le culot de son interlocuteur ce qui put être remarqué lorsqu'il enleva son heaume pour dévoiler ses cheveux roux ornés d'une large marque blanche. Ils soulignaient le rictus carnassier qu'il arborait, ses yeux bleu acier perçant littéralement en direction de cet officier décidément trop imbus de lui même. Passant son heaume à un soldat à ses cotés, il reprit son fléau et s'avança d'un pas, dévoilant l'écu arborant le blason de sa maison. D'une voix forte et emplie de son habituelle colère glaciale, contrastant avec les traits de son visage, il répondit :

- Je suis Draven Farman de Belcastel, Lord de Belle-Île. Mes hommes et moi avons étés prévenus de la parodie de procès qui se déroule en ces lieux ! Veillez, jeune coq, à ne pas attribuer trop vite le titre de veuve à Lady Ouestrelin ... Ou vous répondrez du crime de parjure devant ma sentence.

Plongeant son regard sur la foule composée de paysans et de gardes lesquels tentaient pour les plus courageux de venir former une ligne entre paysans et forces nouvellement arrivées, il continua de son même ton, mais son visage s'adoucissant quelque peu :

- Aux paysans de Falaise et à ses gardes qui, en cet instant, déposeront les armes je promets la clémence et la compréhension du jugement de Lord Tybolt Lannister, Seigneur suzerain des Terres de l'Ouest et par conséquent dépositaire de nos vies.

Dans la foule un murmure se propagea, paysans comme soldats jugeant du bien fondé de sauver leur peau plutôt que de risquer le jugement du maître des Terres de l'Ouest en personne. Nul doute que la présence d'une force militaire face à eux rendait la réflexion tout à fait réaliste. Certains s’avancèrent, déposant en effet leurs armes dans l'espace entre les gardes de Falaise et les forces de Belle-Île. Relevant le regard vers l'estrade, Draven finit son entrée en ces termes :

- Lady Amélia Ouestrelin, je vous prie de faire preuve de bon sens ... Confiez nous les fers de votre mari, qui sera retenu prisonnier en mes terres en attente de son jugement à Castral-Roc. Et déléguez l'administration de Falaise à votre Mestre, pour prouver de votre bonne volonté. Je vous promets que lors du procès les deux parties pourront faire valoir leurs droits de façon équitable.
Revenir en haut Aller en bas
Noble
avatar

Seamus Ouestrelin
Noble

Général
Seigneur de Falaise, loup solitaire, ours mangeur d'homme et victime des langues de vipères

"If there are gods, they made sheep so wolves could eat mutton, and they made the weak for the strong to play with."

♦ Missives : 1288
♦ Missives Aventure : 49
♦ Age : 27
♦ Date de Naissance : 01/03/1990
♦ Arrivée à Westeros : 05/11/2012
♦ Célébrité : Gary Oldman
♦ Copyright : me
♦ Doublons : Bryn Penrose, Logan Grafton
♦ Age du Personnage : 53 ans
♦ Mariage : Lady Amelia Redwyne
♦ Lieu : Falaise, Terres de l'Ouest
♦ Liens Utiles :
♦️ Fiche
♦️ RP et Liens
♦️ Résumé
♦️ Aptitudes
♦️ Succès
♦️ Histoire des Ouestrelin
♦️ Bryn
♦️ Logan

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
794/1000  (794/1000)


Message Dim 23 Déc 2012 - 18:37

Amelia
Ses poumons se gonflèrent d’excitation et de fierté à la vue de son époux. Les quelques jours passés dans les donjons de Falaise semblaient avoir rongé sa dignité. Il était squelettique et pâle ; de la crasse lui collait à la peau et elle pouvait presque sentir sa puanteur. Il apparaissait à présent comme le monstre qu’il était réellement, et elle seule était parvenue à le démasquer afin que le monde entier puisse saisir sa véritable nature. Elle se réjouissait intensément de sa mise en scène : elle avait nourrit Falaise de ragots étranges et malsaines concernant son seigneur tout en y mêlant quelques bribes de vérité ; avait fait en sorte qu’elles se propagent comme la peste, d’abord parmi les domestiques puis en ville. Chose simple avec ses deux fils à ses côtés, toujours prêts à exécuter ses ordres et enclins à engloutir les pires histoires à propos de leur père. Grâce à elle, Falaise sera débarrassé de sa plus grande nuisance qu’elle ait jamais connue en un rien de temps et Ormond pourra légitiment accéder au pouvoir. Ils attendaient ce jour depuis une éternité, et l’heure de la gloire allait sonner quand les cendres du change-peau flotteront dans le ciel comme des confettis.
Vêtu de ses loques, Lord Seamus Lowell Ouestrelin n’exaltait plus l’aura intimidante et respectueuse qui le protégeait jadis des mains de ses sujets. Amelia avait été la première à sauter sur l’occasion et son plan avait été un succès absolu dont elle se félicitait orgueilleusement. Personne ne la soupçonnait de comploter contre son époux. Mais, dans une certaine mesure, c’était elle la victime ! N’était-ce pas Seamus qui l’avait contrainte à l’épouser alors que lui-même savait qu’il était un change-peau ? N’était-ce pas lui qui l’avait enfermée dans les donjons de Falaise ? Elle avait été à sa merci, obligée d’accomplir son devoir de femme exemplaire jusqu’au jour où elle apprit la vérité. Maintenant, il était temps de tourner le jeu en sa faveur. Les pions étaient placés, rien ne la séparait désormais du triomphe ; personne n’allait prendre la défense de son mari ! Après tout, qui serait prêt à défendre un mangeur d’hommes ?
Une jeune femme prit la parole, ses cheveux roux contrastant avec la sombre foule. Amelia plissa les yeux pour mieux saisir les traits de visage de cette nouvelle interlocutrice. C’était bien leur petite invitée, Dame Tyanne Doggett qui avait élevée la voix. Lady Ouestrelin fut à la fois intriguée par ce que la jeune fille avait à dire et ennuyée par le fait que l’exécution de son époux allait être retardée de quelques minutes. Peu importe... quelle différence pouvait-elle bien apporter ? Mais l’intervention de Tyanne assombrit le visage d’Amelia. Que pensait donc cette petite garce ? Comptait-elle reporter ce procès ou était-ce un sincère élan de justice qui la poussait à invoquer l’autorité de leur seigneur suzerain ?
En observant la scène de façon plus attentive, Amelia aperçut sa fille aux côtés de la jeune Doggett. Elle fronça les sourcils ; Miranda était bien trop proche de la petite Tyanne ce qui éveilla d’emblée ses soupçons. Elle ne pensait pas que cette invitée pouvait représenter une quelconque menace, mais à présent elle comprenait qu’elle l’avait sous-estimée. Lady Doggett parlait avec éloquence, son raisonnement semblait sans faille ce qui ne manqua pas de répandre un nuage de doute et d’incertitude parmi les paysans. Quelques murmures s’élevèrent, quelques regards perplexes. Amelia avait depuis longtemps compris comment manipuler la foule. Celle-ci pouvait être une arme redoutable, mais fatale si elle se retournait contre soi-même. Lady Amelia Ouestrelin se leva ; non, elle ne laissera personne lui arracher son jour de gloire !

Seamus
Il fixait son destin avec un étrange mélange d’amusement et d’horreur. Quelque chose à propos de ce procès semblait extraordinairement artificielle, comme un trompe-l’œil trop convaincant.
Perché sur son piédestal, Seamus observait sa femme avec dégoût, dédain et pitié. De sauvages sentiments se disputaient inlassablement dans son esprit. Il avait à la fois envie de lui tordre le cou, de sentir sa gorge se briser sous ses crocs et de la voir hurler de douleur tout en savourant ses cris ; mais il voulait aussi qu’elle s’arrête, qu’elle mette fin à cette folie. Même s’il la détestait, il ne pouvait changer le fait qu’elle était la mère de ses enfants et il ne voulait amputer Miranda de ce lien maternel.

Alors qu’Amelia posait sa dernière question essentiellement protocolaire, une nouvelle voix s’éleva depuis la foule. Celle-ci paraissait étrangement familière et Seamus balaya son public du regard avant de poser ses yeux sur la jeune Tyanne Doggett ; chose qui éveilla la surprise du seigneur de Falaise qui ne comprenait pas ce que cette petite fille avait à dire et pourquoi elle cherchait à s’emmêler dans une affaire qui la regardait nullement. Mais cette surprise se transforma rapidement en une colère sourde. Comment ose-t-elle mêler Artos à cette histoire ?! L’idée que les gens de Falaise courent après son fils et que celui-ci se retrouve attaché à un deuxième bûcher éveilla en lui une fureur sauvage jusqu’à ce qu’il aperçoive Miranda auprès de la jeune Doggett. Le regard de sa fille se fixa au sien. Seamus pouvait y lire une profonde détresse ainsi qu’un effroi obscur. Cette vision suscita en lui les sentiments les plus tendres ; sa fille était un ange, la prunelle de ses yeux et l’amie de Tyanne. Il la vit hocher discrètement la tête à son attention, un geste complice qui lui fit comprendre qu’elles avaient un plan. Cela devint clair à l’instant où Lady Doggett insista pour qu’on le traîne jusqu’au Suzerain des Terres de l’Ouest. Quelle meilleure façon de gagner du temps et de décréter toutes ces accusations comme fausses ? Sa femme n’avait pas de preuves solides et il pouvait déjà voir le visage de celle-ci se contracter d’irritation. Il se garda toutefois d’une quelconque intervention de peur d’attiser le mécontentement et les soupçons des paysans. Sa femme brisa le silence hésitant qui avait commencé à envahir la foule.
« Quel beau discours ! annonça-t-elle avec condescendance Et j’imagine que vous comptez traîner le seigneur de Falaise vous-même jusqu’à Castral Roc... » Elle fit la moue dans une pose moqueuse, suscitant quelques ricanements. Ce n’est pas bon... Tyanne avait peut-être tenu une tirade très persuasive, mais Amelia tenait les ficelles depuis bien trop longtemps et connaissait tous les secrets englobant l’art de la manipulation.
« Gens de Falaise, cette jeune fille est une invitée dans notre château. Elle est la bonne amie de ma fille et profite des bonnes grâces de notre hospitalité. Elle pesait ses mots, mouvant ses mains à travers l’air pour attirer l’attention et souligner ses paroles. Maintenant, elle abuse de cette hospitalité en prétendant avoir le droit de se mêler à une affaire qui ne la regarde pas ! Chers gens de Falaise, cet homme elle pointa un doigt accusateur sur son époux ne peut bénéficier d’un procès équitable ! Car il est moins qu’un homme ! C’est un monstre, une chimère prête à vous dévorer ! Le cauchemar de Falaise se dissipe aujourd’hui, dans les flammes et les cris de Seamus Ouestrelin !! »
Je suis foutu... La foule se mit à gueuler, levant les bras à l’unisson pour applaudir Lady Amelia qui venait juste d’emporter la victoire. Ils étaient trop impatients de voir leur propre seigneur prendre feu pour écouter la voix de la raison. Seul un miracle pouvait encore le sauver...

Ewald
Le chef de la garde était à la tête des quelques hommes qui l’avaient suivi dans sa quête. Armés de lances, ils s’étaient mêlés aux hommes du seigneur de Belcastel et marchaient en direction de la place principale. Bien que ses soldats étaient tous convaincus de la cause qu’ils défendaient et qu’Ewald ne doutait pas de leur conviction, c’était un nombre infime, ce qui emplissait l’esprit du chef de garde avec amertume : personne n’était prêt à sauver Lord Seamus. Les autres gardes n’avaient pas hésité à faire ouvertement part du mépris qu’ils éprouvaient pour leur seigneur et Ewald s’était vu obligé de mener une résistance dans l’ombre et le silence malgré l’autorité dont il disposait parmi ses compatriotes. Il savait que c’étaient essentiellement les rumeurs qui couraient au sujet de Lord Seamus qui avaient tant dégradé sa réputation et emplit le cœur de ses sujets d’une haine aveugle. Une telle réaction venant de la part des soldats était donc compréhensible mais ne répondait aucunement à la dignité qu’ils se devaient de tenir en raison de leur statut. Ewald n’a peut-être jamais tenu le seigneur de Falaise dans son cœur, mais il était convaincu que Lord Ouestrelin était innocent et il n’était pas prêt de laisser ce procès ridicule prendre fin.

Bien qu’il était un fervent défenseur de la justice, Ewald n’agissait avec tant de conviction que pour la jeune fille de son seigneur. C’était Lady Miranda qui était venue quérir son aide à ses risques et périls. La jeune femme l’avait abordé en secret le matin du procès de son père afin qu’il s’en aille trouver des renforts. Le cœur du chef de la garde ne pouvait mentir : il aimait profondément Miranda (chose qu’il maintenait évidemment secrète) et serait allé jusqu’au bout du monde pour exhausser son vœu.
Heureusement pout lui, il ne dut que traverser quelques lieux de la Mer du Crépuscule avant d’atteindre le navire étranger qu’il avait aperçut voguer non loin du port de Falaise. Il voulait à l’origine rejoindre la maison Drox, à quelques lieux au Sud de Falaise. Mais la route aurait été plus longue et il n’aurait jamais eu le temps d’emmener de l’aide à temps. Cette fois, le destin lui avait sourit : il était tombé sur le bateau du Seigneur de Belcastel ! Si les sept n’avaient pas envoyé Lord Draven Farman à sa rencontre, tout aurait été perdu...
Leur arrivée n’attira que l’œil des paysans à proximités. Des murmures inquiets envahirent la foule, et se transformèrent en cris horrifiés lorsque les archers envoyèrent une volée de flèches qui vint se planter dans les toits des bâtiments qui bordaient la place du marché. Quelques âmes plus prudentes que les autres s’enfuirent aussitôt et se barricadèrent derrière leurs portes. Ewald tenait fermement sa lance, il n’avait aucune envie d’attaquer ces gens qu’il côtoyait quotidiennement, mais s’ils ne lui donnaient pas le choix, il était prêt à transpercer leurs rangs. Il examina la foule d’un regard attentif, cherchant Lady Miranda. La jeune femme se trouvait aux côtés de son amie, l’estimée Tyanne Doggett qui avait élevée la voix en défense de la justice. Ewald craignit pour leur sécurité, si la jeune femme rousse avait attirée trop d’attention, elles étaient susceptibles de faire de bonnes cibles dans le cas d’une émeute. Et de fait, une révolte semblait imminente : il pouvait voir les quelques paysans auxquels il faisait face grincer des dents. L’un d’entre eux eut le toupet de cracher sur un de ses soldats, mais celui-ci eut le bon sens d’ignorer l’affront et se contenta de fixer le pêcheur d’un œil enragé. S’il en venait à la violence, Ewald se frayera un chemin à travers la foule afin de retrouver la fille de son seigneur et l’escorter, elle et son amie, en lieu sûr – il était prêt à donner sa vie pour Miranda.

Seamus
Qu’est-ce que...?! Le cœur de Seamus s’arrêta de battre l’espace d’un instant. Une volée de flèches vint interrompre le mouvement de masse qui se dirigeait vers lui. Le seigneur de Falaise pensait que ces paysans allaient le dévorer vivant, mais la soudaine attaque lui épargna de savoir s’ils comptaient réellement le déchiqueter de leurs crocs. Les Sept étaient-ils descendus sur Westeros pour empêcher cette farce d’avoir lieu ? Ou étaient-ce les Anciens Dieux qui avaient migré vers le Sud dans l’intention de sauver le change-peau ?
Par les dieux... Si ce n’est pas Draven Farman ! Seamus ne pouvait exprimer les sentiments dont il était l’objet. Il sentait la mort l’agripper par le col, mais l’arrivée du seigneur de Belcastel balaya ce destin funeste en un rien de temps. Etait-il sauvé ? En observant les hommes de Draven, il réalisa que ses soldats étaient bien moindres en nombre. Un nouveau joueur s’est incrusté à la partie, mais le jeu est toujours aussi bancal.

Sa femme semblait prise d’une crainte inexprimable : elle était là, bouche ouverte en train de fixer l’assaillant d’un regard incrédule. Voyant que sa mère était totalement déstabilisée, Ormond s’empressa de réagir. Il dégaina son épée, puis pointa la lame sur le nouvel arrivant.
« Vous avez perdu la tête ?! Vous n’avez rien à faire ici ! Cela ne concerne que Falaise ! Amelia reprenait son souffle. Elle n'écoutait point le seigneur de Belcastel. Ses propositions allaient totalement à l'encontre de ce qu'elle avait prévu. Ne portant aucune importance aux propos de Lord Farman, elle frappa la table disposée face à elle de son poing, puis repoussa légèrement son fils d’un geste protecteur.
_Comment osez-vous nous interrompre ?! Je pourrais vous accuser d’envahir nos terres ! Votre intervention est une atteinte directe à notre fief ! Vous parlez de justice ?! Allons donc parler de votre intrusion à Lord Tybolt Lannister ! Il prendra votre attaque bien plus au sérieux qu’un procès qui ne serait qu’éventuellement arbitraire ! Déguerpissez tout de suite avant que je n’appelle mes hommes ! Seamus pouvait sentir la peur de son épouse. C’était une situation à laquelle elle n’avait pas pensée et voir les plans de sa femme prendre une toute nouvelle tournure réjouit intensément Seamus.
_A la dernière nouvelle ce sont toujours mes hommes chère épouse.
_Taisez-vous ! L’accusé n’a pas droit à la parole ! C’était l’officier qui s’était levé à son tour. Il avait, comme Ormond, dégainé son épée et la pointait dans tous les sens, ne sachant s’il devait menacer Lord Ouestrelin ou Lord Farman. Mais Seamus n’était pas prêt de se laisser faire. C’était sans doute sa dernière chance de se sortir de ce pétrin et il n’était pas prêt de la laisser filer.
_Nous savons tous que vous êtes enclins à me calciner. Griller son seigneur peut effectivement avoir ses avantages. Il se tourna vers Draven, puis inclina doucement la tête. Heureux de vous avoir parmi nous Lord Farman. J’aurais enfilé un costume plus adéquat si l’on m’avait prévenu de votre arrivée, mais je crains que je me trouve dans une situation quelque peu délicate... Il sourit au seigneur de Belcastel, une expression d’extrême gratitude. Parmi toutes les personnes qu’il connaissait, Seamus s’attendait le moins à revoir le seigneur de Belcastel aujourd’hui et en ces lieux. Ils s’étaient rencontrés au tournoi de Port-Réal il y a sept ans et Seamus s’était d’emblée sentit à l’aise avec le jeune homme. Draven n’était alors qu’un chevalier, et c’était en seigneur expérimenté qu’il menait à présent ses hommes.
La prochaine carte qu’ils joueront sera certainement décisive et il fallait qu’ils étudient leurs possibilités avec attention. Après tout, Seamus ne voulait pas voir ses sujets transpercés par des flèches. Ces gens voulaient peut-être le voir brûler mais étaient majoritairement manipulés par d’autres personnalités plus sournoises et obscures.
_Seigneur Farman... C’était au tour de Collivan de se lever. Le mestre était légèrement courbé ; tremblant de peur ou d’instabilité. veuillez baisser vos armes. Nous sommes ici pour régler une affaire délicate et elle ne concerne qu’un seul homme. N’emmêlez pas ces gens innocents.
_Oh, mais je ne suis pas le seul que cette affaire concerne... Sachez que c’est le destin de Falaise qui se joue ici. Si je meurs, ce sera mon fils qui portera le flambeau, avec sa mère aux ficelles. Il se tourna vers son épouse. Amelia, penses-tu pouvoir cacher la vérité à tout jamais ? Avoue-le ! Tu cherches à m’éliminer depuis des années pour diriger mon fief à ta guise !
_Silence ! Nous sommes ici pour débattre d’un meurtre ! Ces balivernes ne nous concernent aucunement ! L’officier se laissait facilement emporter et était clairement l’objet d’une intense angoisse. Cet homme allait certainement renverser les plans d’Amelia s’il ne reprenait pas son sang froid...
_Meurtre ? Voulez-vous savoir où j’étais le soir où la fille du boucher est morte ? J’étais dans le bois sacré, en train de prier avec ma fille et dame Doggett ! »
Cette confession ne manqua pas d’agiter la masse qui se mit à chuchoter dans tous les sens. Seamus profita du raffut pour adresser un léger clin d’œil en direction de Miranda et son amie. C’était un pur mensonge, mais personne ne pouvait le contredire étant donné qu’il passait la plupart de ses nuits, enfermé seul dans son bureau. Si sa fille et Tyanne étaient prêtes à l’aider, elles le soutiendront dans sa tromperie.



"J'ai toujours détesté ces formules absurdes."
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Dim 6 Jan 2013 - 14:45

Tyanne se tenait pétrifiée d’horreur et d’embarras face à la foule de plus en plus inhumaine. Sous la robe de velours, elle sentit distinctement son cœur s’affolait et elle constata que ses mains étaient moites, tandis que son minois féminin et innocent tournoyait comme une girouette du visage étrangement beau et serein d’Amélia Ouestrelin, qui venait si vivement de l’humilier devant tous, à ceux de la foule paysanne dont elle discernait vainement les traits.

Elle se rendit compte que ces gens ne l’aimaient pas. Certains, pourtant, étaient beaux, et dans son esprit dérangé cela ne pouvait qu’être éminemment contradictoire. Pour la plupart, ils étaient venus pour avoir un spectacle et ne reculeraient devant rien pour l’obtenir. La jeune fille recula, percevant quelques ricanements à son égard dans la masse. Elle maudit silencieusement l’élégante créature qui venait ainsi de bafouer son nom, et pria pour que le stratagème de Miranda ait porté ses fruits. Elle subirait la situation sans plus d’éclats désormais, et ce d’autant plus que la nubile rouquine avait toujours eu en horreur les foules et craignait leur grouillement incontrôlable…surtout, avouons-le, quand c’était elle qui se trouvait entre l’obscur objet de leur désir et leurs mignonnes grimaces. A cet instant précis, elle ne voulait qu’une chose : que le soleil abaisse ses rayons et lui fasse un refuge sombre où elle pourrait détourner le regard quand le fascinant lord-loup coulerait en cendres et en suif sur ce bûcher de haine. Tyanne n’avait jamais eu le goût des discours publics et de la scène, préférant le silence des études ou des conversations chuchotées entre intimes. Aussi la jeune femme ne pût-elle cacher un frisson d’anxiété et elle replia ses coudes contre son torse dans une parodie assez risible de protection. Elle eût l’impression que cela ne faisait qu’empirer le poids de l’attention qu’on lui portait et faisait sourire la dame de Falaise.

« Vous avez raison, ma Dame, » se contenta-t-elle de dire poliment, sans préciser ce à quoi elle référait exactement dans le discours de lady Amélia – mais ce petit sursaut de discours mourut sous les vivats renouvelés du public. « Ici, il n’y a qu’un long cauchemar. »

Elle piqua du nez et recula en traînant des pieds, accrochant un regard piqueté de larmes nerveuses à l’égard de la silhouette ligotée au bois. Ses lèvres tremblèrent tandis qu’elle hésitait à s’excuser – comme elle haïssait ce réflexe stupide hérité de son éducation si lisse et propre ! - , mais il lui vient en tête que cela n’était peut-être pas une si bonne idée et elle s’effaça pour retrouver sa place bien plus vivement.

Oh, ce n’était pas l’altruisme qui démangeait l’âme de la nobliaude : certes, elle éprouvait une véritable admiration pour la luminosité innocente de Miranda, et désirait la voir conservée, mais plus que tout, il lui apparaissait comme un improbable gâchis qu’on puisse vouloir mettre à mort une bête aussi fascinante et dangereuse que Seamus Ouestrelin. Si les rumeurs étaient vraies – et Tyanne avait une certaine affection, parfois malheureuse, pour ces dernières -, alors quand bien même fût-il un meurtrier, il méritait aux yeux de l’enfant bien plus de vivre qu’un seul de ces fades êtres qui s’échinaient tant à mettre le monde à leur pâle et triste image. Sa compassion était toute mitigée, et certainement biaisée par son mépris naturel des gens de la plèbe, mais elle la titillait assez pour que la jeune fille cachât un léger tremblement.

Miranda lui accorda un regard très doux qu’elle s’efforça d’ignorer. Comment la fille de Seamus faisait-elle pour conserver une telle tendresse et une tell dignité, jusque dans cette situation ?

C’est alors que le miracle se produisit.

Tandis que, sous le regard triomphant de la dame de Falaise et celui, plus moqueurs et graveleux de ses gens, la jeune femme s’écartait à pas mesurés, il y eut un son très sifflant et très doux à la fois, qu’elle avait instinctivement appris à reconnaître comme celui des flèches que l’on décoche. Avec une surprise non dissimulée, elle vit prendre place autour du bûcher une formation guerrière des plus exemplaires. Elle analysa aussitôt la structure qu’avait pris le groupe, et en conclut que le seigneur recherché par l’ami de Miranda était finalement arrivé : seul un lord ou un seigneur de garde pouvait maîtriser une formation aussi classique de l’art de la guerre, et qui n’avait rien à voir avec la technique plus lâche des reîtres ou des soldats indisciplinés.

Elle éprouva un grand soulagement à l’apparition bienheureuse de cette troisième partie. Elle prit bien attention à ne pas échanger un seul regard avec Miranda, consciente que sa physionomie se laisserait aller à de trop grandes marques d’expressivité. Autant que possible, elle désirait se faire oublier dans cette affaire et son vœu parût se réaliser jusqu’à ce que le chef de la troupe s’approche et prenne la parole.

Aussitôt, la brève éclosion de satisfaction qu’elle tâchait de renfermer se mua en une forme irrationnelle de crainte et de nervosité, tandis que tout ce qu’elle pensait se résumait à : « Par les Sept, quelle farce ! Il fallait donc qu’entre tous les seigneurs possibles, le destin nous amène Draven Farman ! Et pourquoi pas un Prestre, tant qu’on y est ! » Elle avait gardé un souvenir pour le moins très… vif du lord de Belcastel et, dès qu’elle reconnut sa voix très particulière sous l’opacité du casque, éprouva le brûlant désir de disparaître à nouveau. Les choses ne s’arrangèrent pas quand ce dernier ôta la pièce d’armure qui cachait son visage, confirmant ses soupçons. Au moins, la révélation de son identité semblait tout autant affectait les organisateurs de cette pantomime, qui peinaient à reprendre le dessus dans le magnifique et terrible jeu de pouvoir qui s’était mis en place.

Avisant les mouvements de foule de plus en plus important, et l’arrivée impromptue de la garde rebelle, Tyanne s’esquiva aussi discrètement que cela lui était permis de la scène principale. On ne fit pas attention à son éloignement dans la suite d’évènements chaotiques qui s’enchaînèrent. Toute cette agitation soudaine, ces promesses de violence, c’était une affaire d’hommes. Elle n’avait rien à voir avec tout cela. Elle se demanda comment les hommes de garde qui suivaient lady Amélia réagiraient à la prise de position d’Ewald. Ils n’iraient probablement pas à se frotter à un lord comme Farman, n’est-ce pas ? Mais si leur lord tutélaire survivait à cette mimique de procès, ne perdraient-ils pas leurs têtes ? Comment joueraient-ils ce calcul ? Elle remarqua avec détachement que le plus fin serait encore de s’emparer d’elle pour s’en servir comme otage et mieux, comme rançon, avant d’embrasser la voie de mercenaire à Braavos ou sur ces autres terres où les gens n’ont de loi que la courbe de leurs lames. Mais cela ne pouvait pas arriver, n’est-ce pas ? Le pire qui pourrait se passer, après tout, ce n’était rien d’autre qu’une boucherie sur cette petite place. Elle reconnut la silhouette d’Ewald dans la foule, qui semblait tracer un chemin jusqu’à elles. Curieusement, cela ne la rassura pas le moins du monde. Qui plus est, il y avait toujours les deux fils d’Amélia et les bourreaux sur l’estrade, et qui semblaient (maladroitement) prêts à en découdre…
C’est tandis qu’elle essayait de réfléchir à ces possibilités et se demandait quelle marche elle devait suivre, persuadée de n’avoir aucune emprise sur la suite des choses, que l’accusé mentionna son nom et celui de Miranda pour l’appeler à sa défense.

Tyanne sut instinctivement qu’à cet instant précis, une femme sur cette terre les vouait toutes deux aux hégémonies. La mascarade était flagrante et il n’y avait pas de points de retour possible. Il fallait jouer. Ou bien perdre.

Etait-ce un clin d’œil qu’elle venait tout juste de voir passer sur la figure du Ouestrelin ?
Tétanisée par tout ce monde qui l’entourait, la jeune fille ravala ses doutes et tâche de rattraper comme elle le pouvait la perche tendue par Seamus. Elle n’était pas certaine de sa pertinence mais à l’heure actuelle, avec des fantassins en armure et en armes dans leur dos, elle se doutait que les malheureux paysans accepteraient n’importe quelle version des faits qui leur éviterait le désagrément d’être transpercé par un lancier dans les minutes qui suivent. Surtout un lancier commandé par Farman, ajouta-t-elle intérieurement.

Elle attendit que Miranda prenne la parole pour confirmer ce fait avant d’approuver à son tour la supercherie du prince en haillons, appelant à elle les conseils de sa chère Lanthéïa pour apparaître la plus sincère. Elle garda son intervention brève, désireuse de se faire oublier au plus vite et de permettre au fer d’être battu encore chaud pour les hommes de Farman et la malice de Seamus :

"Oui, il est vrai que j’accompagnais lady Ouestrelin et son père, dont la famille m’a toujours été une très gracieuse hôte, dans ce moment de prières qu’ils souhaitaient partager.

D’où mon appel de tantôt à votre sens de la justice, aimables gens ! Il est inconvenant de faire affront aux Dieux,"
confirma-t-elle avec une naïveté précipitée. Elle balaya du regard les participants au jury improvisé et, avant que la talentueuse oratrice reprenne la parole à son avantage, et dans l’espoir de provoquer une erreur de la part de ses moins doués compagnons, rajouta vivement :

"Je ne suis qu’une jeune fille et je ne connais rien des lois, mais c’est ce dont j’ai voulu vous prévenir, nobles gens : si lord Ouestrelin était occupé lors du meurtre, c’est donc que quelqu’un d’autre l’a commis. Je tremble à penser que votre fougue pour la justice s’abatte sur votre protecteur et non sur la menace."

Bien, maintenant elle aurait la réputation d’être convertie aux Dieux-arbres du Nord d’où émergeait le Ouestrelin. Sa foi dans les Sept peinait à approuver ce mensonge mais sa roublardise était plus grande encore ; et si cela pouvait sauver la vie du père de Miranda, sans doute que cela valait le coup, n’est-ce pas ?

Silencieuse à nouveau, elle repéra l’avancée d’Ewald dans la foule et un échange de regard avec Miranda l’informa que cette dernière avait suivi le cheminement de ses pensées.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Lun 21 Jan 2013 - 12:14

L'effet de surprise que l'arrivée des troupes de Belcastel avait induit dans la petite sauterie qui était en train de se jouer sur cette morne place. Les regards surpris, parfois trop effrayés pour être frappés du sceau de l'innocence, s'étaient braqués sur le seigneur de Belle-Île et ses troupes. Draven quand à lui quittait peu à peu son regard carnassier pour arborer une expression de colère glaciale, le visage impassible et les yeux ardents d'un feu sans limites. Brûler son seigneur ainsi, en profitant de l'ignorance et du manque de jugement critique d'un peuple trop peu instruit pour comprendre les vrais enjeux de ce qui se tramait ici. Une telle insurrection se trouvait être une situation on ne peut plus capable de faire sortir le noble de ses gonds, les Sept avaient voulus un ordre dans cette société et tenter d'aller à l'encontre de celui-ci était un affront aux déités tout autant qu'à la fierté et l'ensemble des seigneurs de cette terre. Oui vraiment elle n'avait maintenant rien de plus détestable aux yeux du lord qui resserra fermement sa poigne sur son fléau d'armes, sans même s'en rendre compte.

Lady Amélia Ouestrelin ne manquait certes pas d’ambitions ni d'idées pour arriver à mettre en scène une telle pantomime, mais semblait pour autant ne pas avoir tout prévu comme le prouvait les quelques mots qu'elle servit au seigneur de Belcastel en guise d'accueil. Un léger rire sans joie, empli d'un profond mépris à l'égard de cette piètre caricature de châtelaine, fut la seule réponse qu'il daigna lui accorder. Tout comme le précisa ensuite Lord Ouestrelin, les hommes qu'elle menaçait de lancer sur eux ne lui appartenaient toujours pas. Si les choses dégénéraient et que, dans le meilleur des cas selon Draven, ils arrivaient à remporter le combat, les soldats rebelles n'auraient plus qu'à attendre une sentence que le Farman n'avait aucun mal à imaginer tout aussi douloureuse que longue. Il fut rapidement coupé dans son sarcasme par le pseudo officier qui semblait décidément bien mal à l'aise suite à ce retournement de situation. Sans vraiment qu'il comprenne pourquoi, Draven sentait bien qu'il avait du mal à ne pas éprouver autre chose à son égard que l'envie de le mettre à fond de cale, au pain sec et profitant des infiltrations d'eau de mer comme seule boisson.

Mais Seamus Ouestrelin n'était pas seigneur à se laisser démonter, même attaché à un bûcher et face à un peuple lâche et une famille peu méritante. C'est avec une gratitude qui ne pouvait être on ne peut plus sincère qu'il remercia le seigneur de Belle-Île d'avoir accosté sur ses terres, avant de s'excuser pour la tenue qu'il arborait en cet instant alors qu'il lui rendait visite. Un humour subtil et certainement appréciable en temps de paix mais l'officier qu'était Draven inclina simplement la tête plutôt que d'y sourire, tout à son ouvrage de dissuasion militaire, répondant d'une voix neutre à défaut de refléter la colère qui montait en lui :


- Merci à vous de me recevoir Lord Ouestrelin, j'aurais bien fait sonné la conque pour annoncer ma présence ... Cependant j'aurais bien mal fait, vos dévoués cuisiniers allumant certainement le feu du banquet bien trop tôt et surtout avec vous dessus. Voilà bien un malheureux accident que nous avons pu éviter.

Ce fut alors au tour d'une forme courbée et vêtue de la robe des mestres, que Draven n'avait même pas remarqué jusqu'à présent, s'adressant donc à lui. Il le priait de baisser les armes et de les laisser régler cette affaire qu'elle considérait comme interne à la seigneurie et ne concernant qu'un seul homme, allant même jusqu'à l'accuser d'emmêler l'esprit des innocents réunis sur la place. C'en était trop pour Lord Farman dont le regard finit de s'établir comme étant un brasier ardent. D'une voix emplie de cette colère contenue à grands peine, il reprit la syntaxe du mestre pour lui répondre :

- Mestre qui n'eu même pas la politesse de se présenter ... Veuillez tenir votre rang ! Vous êtes ici au service du seigneur en titre de ces terres et uniquement à celui-ci ! N'emmêlez pas vos devoirs et vos désirs, à moins que vous ne vouliez déshonorer la Citadelle ?!

Lord Ouestrelin semblait également perdre de sa patience suite aux paroles du mestre, arguant que cette histoire ne le concernait pas seulement lui mais l'ensemble de cette terre. N'ayant plus patience encore une fois envers sa propre femme il l'accusa de vouloir le supprimer depuis des années, une nouvelle donnée dans l'équation qui n'était pas le moins du monde. Voilà qui ne semblait, à l'égard de la scène qui se jouait ici, pas surprenant pour deux cerfs d'argent. L'officier, démontrant une fois de plus sa stupidité aussi crasse qu'elle semblait contagieuse, demanda à nouveau au seigneur de faire silence, une politesse que ce dernier lui refusa pour asséner une vérité aussi surprenante que pouvant être qualifiée de rebondissement dans le cours de ce "procès".Il affirma avoir été en train de se recueillir dans un lieu païen avec sa fille et Lady Doggett, les murmures dans la foule se propagèrent même jusqu'aux rangs de Draven qui tourna la tête un instant pour dire ces quelques mots :

- Silence ! Vous préférez être à votre ouvrage ou vous passer de soleil durant le voyage du retour ?!

Le calme revenu dans son carré d'hommes, il tourna la tête à nouveau vers la scène pour observer la confession de Lady Doggett. Il l'avait connu bien trop pieuse envers les Sept pour se livrer à des célébrations d'anciens dieux oubliés dans cette région de Westeros. Mais qui sait quelles errances l'adolescence peut bien faire subir à votre curiosité ? De plus il ne pouvait s'empêcher de penser que l'aveu relevait peut être plus de la manoeuvre rhétorique qu'autre chose ... Ce qui était assez brillant mais à double tranchant dans le contexte actuel. Mais un point important pour la survie de Lord Ouestrelin avait été soulevé par ce dernier et également par Lady Tyanne. En effet le seigneur n'était pas capable de se trouver à deux endroits en même temps.

La suite promettait d'être aussi intéressante que tendue, d'autant que Draven devait bien avouer ne pas réellement savoir à quel saint se vouer ni même quoi rajouter. Si sa présence militaire avait été plus qu'assurément intéressante pour stopper la folie de cette famille, il n'en restait pas moins observateur, ne voulant trop rajouter de mots à ces échanges si il ne savait pas comment les doser. Il sentit qu'on l'appelait du rang derrière lui. Se retournant il vit son second, l'air concentré comme tout soldat se devait de l'être, qui lui dit d'une voix enjouée malgré l'instant.


- Lord Farman, la voile de la Dame est apparue dans la baie. Il arrivera bientôt à accoster je pense.

Draven acquiesça et reporta un regard légèrement moins tendu vers l'estrade, bientôt leur nombre doublerait et leur permettrait d'assurer une présence dissuasive bien plus intéressante que prévue. Gardant encore le silence, il observa avec attention la suite des évènements, mieux valait garder quelques distances plutôt que d'envenimer la situation inutilement. Pour qui il agissait dans cette sinistre pièce était déjà bien assez clair. Tant dans les faits que dans l'attention.
Revenir en haut Aller en bas
Noble
avatar

Seamus Ouestrelin
Noble

Général
Seigneur de Falaise, loup solitaire, ours mangeur d'homme et victime des langues de vipères

"If there are gods, they made sheep so wolves could eat mutton, and they made the weak for the strong to play with."

♦ Missives : 1288
♦ Missives Aventure : 49
♦ Age : 27
♦ Date de Naissance : 01/03/1990
♦ Arrivée à Westeros : 05/11/2012
♦ Célébrité : Gary Oldman
♦ Copyright : me
♦ Doublons : Bryn Penrose, Logan Grafton
♦ Age du Personnage : 53 ans
♦ Mariage : Lady Amelia Redwyne
♦ Lieu : Falaise, Terres de l'Ouest
♦ Liens Utiles :
♦️ Fiche
♦️ RP et Liens
♦️ Résumé
♦️ Aptitudes
♦️ Succès
♦️ Histoire des Ouestrelin
♦️ Bryn
♦️ Logan

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
794/1000  (794/1000)


Message Jeu 24 Jan 2013 - 12:18

Seamus
Quand on se trouve au bord du précipice, tous les moyens sont bons pour s’accrocher à la vie. Un simple mensonge était un petit prix à payer pour se sortir de cette affaire, et quel meilleur moyen que de contrer les sournoiseries de son épouse qu’avec la même malice et tromperie ?
Lord Ouestrelin s’efforça de garder une posture digne et indifférente face au discours de la jeune Doggett. Plus facile à dire qu’à faire : Seamus avait joué sur la chance, n’étant point certain de ce qu’allait répondre Lady Tyanne. Il venait de mettre sa fille et son amie dans une posture désagréable et aurait aimé exprimer sa gratitude, mais ne souhaitait nullement risquer sa manœuvre en faisant preuve d’un comportement suspect. Un bref mouvement ou un simple soupir pouvaient signer sa fin. Il se contenta par conséquent de rester immobile, écoutant les affirmations de Lady Doggett avec une apparente indifférence, mêlée à une ombre de dignité qu'il s’était permis d’adopter suite à l’apparition de Lord Draven Farman qui guettait la scène avec circonspection, prêt à agir à la moindre agitation.
La foule se montra très réceptive aux paroles de Tyanne ; certains commençaient clairement à mettre en doute ce procès suite à tant de mises en cause... La plupart s’impatientaient : qu’importe si Lord Ouestrelin brûle ou reste en vie. Tout ce qu’ils espéraient était de retourner à leurs occupations coutumières suite à une séance de justice hypocrite mais divertissante. Si Seamus était certain d’une chose, c’était qu’il ne pouvait trouver de l’aide parmi ses sujets. Après tout, le sentiment d’unité que procure une foule est une impression confortable qui promet sécurité et vous autorise à ignorer toute responsabilité. Seules les âmes les plus courageuses et inconventionnelles osent s’opposer au flot de la multitude. C’est pour cela qu’il espérait gagner l’adhésion de ces paysans, ou au moins de tourner leur rage contre son épouse. Car s’il ne pouvait trouver de l’aide chez l’individu il comptait bien la trouver chez la foule. Une simple étincelle suffira à l’enflammée – restait à savoir dans quelle direction allait souffler le vent.
« Lady Tyanne, êtes-vous certaine de ce que vous avancez là ? intervint Collivan d’une voix perplexe. Je suis sûr que vous faites erreur : Lord Ouestrelin ne sort que rarement pour prier les Anciens Dieux... le vieux mestre secoua la tête, son ton voulait clairement rabaisser les paroles de la jeune Doggett à des foutaises insensées. Il n’était pas difficile pour un vieillard d’écarter les dires d’une jeune fille, comme s’il s’agissait d’une petite enfant inexpérimentée. Mais Seamus était prêt à le contredire.
_Mestre Collivan, commença-t-il d’une voix suave, rassurez-moi : vous ne m’espionnez tout de même pas nuit et jour, si ? quelques ricanements s’élevèrent encore une fois – quel meilleur outil que l’humour pour conquérir l’assentiment de la foule ? Collivan ouvrit la bouche, mais resta muet l’espace de quelques instants. Seamus profita de ces brèves secondes pour lui couper la parole, Avez-vous perdu votre langue ? cette fois il manifesta sa colère, Comment pouvez-vous prétendre être au courant de tous mes faits et gestes ? Ces deux jeunes femmes sont témoins de mon innocence ! Il se tourna vers les paysans, adoptant une voix indignée, Gens de Falaise allez-vous réellement accepter la façon dont ces juges fallacieux vous utilisent ? Ils vous manipulent ! Ouvrez les yeux ! Il ne s’agit point de justice ! Mon épouse ne cherche qu’à s’emparer de mon titre !
_Taisez-vous ! la voix de Lady Amelia interrompit le flot de murmures stagnant. Bien qu’elle surmontait toujours la foule, son agitation était palpable. Seamus se félicita silencieusement en apercevant le désarrois de sa femme, alors que celle-ci tentait toujours de gagner les cœurs des spectateurs, Il est tout à fait clair que ceci n’est qu’une ruse. Ces témoins ne prouvent absolument rien !
_Laissez les parler ! s’exclama soudainement une vieille femme.
_Oui ! On veut savoir c’qu’il veut dire ! » reprit un homme costaud.
Soudainement, la foule se mit à gueuler en faveur du seigneur de Falaise. Beaucoup étaient probablement davantage intimidés par les soldats de Lord Farman que persuadés par son faible discours. Mais les raisons qui les poussaient à s’opposer à son épouse ne lui importaient guère.
Seamus pouvait sentir la victoire s’approcher. Encore un peu, et c’est Amelia qui se trouvera sur le bûcher. Quelle joie il éprouvera à la vue d’un tel spectacle !

Sullivan
Un conflit invisible se jouait sournoisement dans l’esprit du cadet. Il avait joué son rôle, obéit à sa mère comme l’aurait fait n’importe quel fils aimant et il avait écouté Ormond comme l’aurait fait n’importe quel petit frère respectueux. Sullivan avait toutefois beaucoup de mal à accepter sa part de responsabilité dans ce semblant de procès : il n’était que l’émissaire, celui qui obéissait docilement. L’embarras du choix ne lui avait pas été offert après tout ! Son père était un mutant et ne faisait qu’empirer la vie de chacun. Maman le nomme “parasite”.
Malgré les incitations de sa mère, il s’était réfugié derrière l’estrade où demeuraient les juges, observant la pièce avec la distance qu’un spectateur se devait d’avoir. Il portait une cape grise dont l’ample capuche camouflait entièrement son visage depuis que Lord Farman avait fait son entrée fracassante. Le jeune Ouestrelin ne pouvait détacher son regard du seigneur de Belcastel ; sa détermination et sa posture dominante l’effrayaient autant qu’elles le fascinaient. Dans ses rêves les plus fous il chevauchait avec dignité le même étalon et commandait avec la même discipline ses hommes d’armes. Il voulait être à la place de Seigneur Draven, il voulait qu’on le craigne, il voulait qu’on le respecte.
Sullivan avait toujours été le petit dernier. Il avait appris à accepter sa position inintéressante au sein de la famille tout en nourrissant une rancune secrète envers son frère aîné. Personne ne semblait lui porter beaucoup d’attention jusqu’au jour où il put participer aux plans et machinations de sa mère. Cela avait été l’occasion de prouver qu’il était digne du sang des Premiers Hommes. Honneur, non les honneurs, était la devise de sa maison. Sullivan pensait la prendre intensément à cœur, sans être conscient qu’il méprenait depuis près d’une décennie l’honneur pour du respect et de la distinction...

La voix de Lord Ouestrelin tira le jeune homme de ses pensées. Il tourna les yeux vers l’étranger qui se tenait sur le piédestal : ce n’était point son père. Son père avait toujours été un homme à l’air distingué, quelqu’un vers qui on levait le regard. Là, ce n’était qu’un vieil homme en haillons, les cheveux emmêlés et la barbe hirsute. Le cœur de Sullivan s’était serré à la vue du seigneur de Falaise et il ne parvenait à éteindre l’étincelle de culpabilité qui importunait son âme mais réussit à la tenir à distance en demeurant l’excellent spectateur qu’il était.
Mais son état d’âme basculant soudainement quand l’amie de Miranda, Tyanne Doggett plaida en faveur du seigneur de Falaise. Lord Ouestrelin prit rapidement la relève et parvint habilement à tirer les paysans de son côté. Mais... C’est un mensonge ! Sullivan sonda ses souvenirs : de fait, son père n’était point allé prier les Anciens Dieux ce soir là. Il le savait avec certitude, étant donné qu’il avait été à ses côtés. Le jeune Ouestrelin n’était toutefois pas prêt à témoigner contre Seamus : il fut envahi par la peur, angoissé à la vue de la foule dont les accusations avaient si subitement été retournées contre les juges. Il n’osera jamais monter sur l’estrade et contredire son père – l’effroi le dévorera d’abord !
Il jeta de nouveau un coup d’œil au seigneur de Belcastel : brave et déterminé, il ne craignait probablement rien. Maman et Ormond ont plus que jamais besoin de mon aide. Sullivan les imaginait à ses pieds, lui manifestant leur éternelle gratitude, puis sourit. Cette fois, il devait également faire preuve de détermination et de discipline ! Il retira sa capuche, inspira profondément, gonflant le haut de sa poitrine afin de mieux dissimuler le petit ventre qui s’était formé au-dessus de sa ceinture, puis fit son entrée.
« C’est un mensonge ! personne ne sembla remarquer son invective. Cette fois, sa voix se fit plus forte, C’est un mensonge ! » au même instant, un millier d’yeux se retournèrent vers lui.
Sullivan ravala sa salive.
Les paysans le dévisageaient avec curiosité ou incompréhension. Quelques murmures grouillèrent sur les lèvres des spectateurs, intrigués face au nouvel acteur qui venait de prendre place autour de l’échiquier.
« Qu’est-ce qu’il veut c’lui-là ? murmura l’un.
_Aucune idée. » chuchota l’autre.
Le jeune Ouestrelin avança, sa marche d’abord incertaine gagna en sureté avec chaque pas. Enfin, il atteignit le haut de l’estrade aux côtés de sa mère et de son frère. Il allait les rendre fiers.
« Lord Seamus Ouestrelin ne priait point les Anciens Dieux. Je peux l’affirmer avec certitude car j’étais avec lui ce soir là. il inspira profondément, parlant aussi distinctement que possible, Chacun se souviendra qu’il pleuvait la nuit où Lylia a été retrouvée. Qui irait prier sous le bois-sacré lors de l’orage ? Certains hochèrent la tête, Mon père avait par conséquent décidé de se réfugier dans son bureau, accompagné de Miranda et de moi-même. Puis il s'est retiré tôt, sous le prétexte qu'il avait bu trop de vin ! Il pointa un doigt sur sa sœur, Interrogez-vous : pourquoi ne dit-elle rien ? Vous savez tous que Lady Miranda est bonté et sincérité incarnée ! Elle ne souhaite point prendre part à la tromperie de son père mais n’a pas le cœur de l’avouer ! »

Miranda
Alors que Lady Doggett prenait la défense de Seamus Ouestrelin, la jeune Miranda s’efforçait de respirer calmement. Auraient-ils trouvé une issue paisible à cette affaire complexe ? Ses espoirs se gonflèrent quand la foule prit soudainement la défense de son père. Peut-être bien...
Et alors que les choses s’apprêtaient à prendre une nouvelle tournure, son frère cadet fit son apparition. Personne ne s’était préoccupé de l’absence de Sullivan... Sans doute ne le soupçonnait-on pas d’être “utile” durant l’exécution de son propre père, mais le jeune Ouestrelin s’était en réalité caché derrière l’estrade. Il n’avait jamais été quelqu’un de particulièrement courageux. Miranda l’aurait même décrit comme particulièrement timide. Pourtant, son petit frère parvint à prendre la parole, s’adressant à Falaise avec le même air qu’adoptait si souvent Lady Amelia. En l’espace d’une minute, il réduit les paroles de Tyanne et de son père en cendres. Les paysans changèrent soudainement de position, se retournant une dernière fois contre leur seigneur. D’une certaine manière, la jeune Ouestrelin leur enviait cette loyauté flexible. Enfin, sans la moindre culpabilité, Sullivan l’attira dans l’affaire, faisant d’elle le centre de l’attention.
« Dis leur Miranda ! Dis leur ! » Criait-il, aussi fier qu’excité par le nouveau rôle qu’il occupait dans cette mascarade. N’avait-il pas honte d’ainsi user des faiblesses de sa propre sœur ? Elle ne savait ce qui était pire : les prunelles harcelantes des paysans, ou le fait d’être trahie par son petit frère.
Miranda baissa les yeux, incapable de soutenir les regards monstrueux des gens qui l’entouraient. Pourquoi donc se retrouvait-elle dans une telle situation ? Elle ne parvenait à chasser la rancune que son cœur s’efforçait d’éprouver contre Lord Ouestrelin qui était clairement coupable. Il venait juste de l’attirer exactement dans ce qu’elle méprisait le plus : le mensonge et la tromperie. Cependant, elle aimait trop son père pour démasquer son plan qui était clairement sa dernière issue... Elle s’était par conséquent résignée à garder silence et à laisser la bonne Tyanne prendre la parole. Son amie lui était précieuse ; Miranda l’aimait profondément pour l’incroyable soutien qu’elle lui avait témoigné durant cette dure épreuve et elle lui était éternellement reconnaissante pour avoir parlé à sa place. Maintenant toutefois, les regards étaient vissés sur elle et il lui était tout à fait impossible d’échapper aux sournoiseries des gens qu’elle appelait “famille”.

Les récents désaccords et querelles au sein de la famille Ouestrelin remontent à six années. Miranda avait treize ans, heureuse et insouciante. Un étrange accident avait anéantit l’affection qui liait ses parents, et un soir Lady Amelia avait tenté de s’échapper de Falaise avec ses trois enfants.
Miranda ne se souvenait guère des évènements qui s’ensuivirent. Sa mère comptait apparemment les ramener à la Treille, murmurant tout au long de leur fuite que « tout ira bien ». Malgré cela, les gardes les rattrapèrent facilement. La jeune fille ne saurait décrire l’expression de son père lorsqu’il parvint à les retrouver. De temps en temps, elle hantait ses nuits, la contraignant à se rappeler de la déchirure qui rompit l’harmonie familiale. Ses yeux exaltaient à la fois soulagement et affliction, sa bouche était tordue dans un triste rictus où étaient venues se nicher quelques larmes d’amertume. C’était la seule fois qu’elle vit son père pleurer...
Depuis, leurs relations s’aggravaient de jour en jour. Des cris résonnaient sombrement au sein de Falaise. De temps en temps on entendait même le fatal clac causé par une gifle. La jeune fille qu’elle était alors ne savait quoi penser... Elle s’enfermait la plupart du temps dans sa chambre, trop inquiète à l’idée que sa famille s’était brisée.
L’humeur de Lady Amelia devint de plus en plus sombre. Sa mère apprit à porter les marques sur son visage comme des badges d’indignation afin que tous puissent voir la violence dont faisait preuve son époux. C’est probablement là que prirent racine plans et complots. La dame de Falaise s’était depuis convertie en marionnettiste habile et expérimentée. Elle savait comment plaire, elle savait comment parler et usait de ses talents dans l’espoir d’accorder à Ormond le titre de seigneur de façon prématurée, tout en nourrissant un sinistre désir de vengeance envers Lord Ouestrelin qui s’était apparemment joué d’elle.
Miranda en voulait toutefois davantage à sa mère pour avoir tiré Ormond et Sullivan dans cette affaire que pour ses sournoiseries destinées à renverser son époux... Comment est-ce qu’une mère pouvait-elle s’emparer si délibérément de l’innocence de ses enfants ? C’était cruel et irrespectueux. D’autre part, la jeune femme avait la pénible impression qu’elle avait également remonté ses frères contre elle ; chose qu’elle ne parvenait à avaler que difficilement...

Ce fut l’officier qui prit la parole cette fois, ses phrases semblables à de tranchantes lames. Chaque mot lui portait un coup, faisant fatalement croitre sa culpabilité. Elle leva la tête malgré tout afin de faire face au soldat avec un minimum de dignité.
« Etiez-vous, en présence de Seamus Lowell Ouestrelin la nuit où fut assassinée la jeune Lylia ?
_Oui. Sa voix se voulait haute et claire mais elle eut davantage l’impression d’entendre murmurer une petite souris.
_Etiez-vous en présence de Sullivan Ouestrelin ? Cette fois ce fut à Collivan de poser la question. Le mestre avait toujours été quelqu’un de sensé ; cette fois il n’était qu’un malicieux complice.
_Oui. Le ton de sa voix semblait rouillé, comme si elle était contrainte à dire la vérité. Personne n’était compatissant, ils voulaient simplement drainé sa version et lui arracher la vérité. C’était du vol.
_Etais-tu, oui ou non, sous le bois-sacré à prier les Anciens Dieux ? » Sa mère posa la dernière question avec empressement. Elle était décidément impatiente d’en terminer et la confession de sa fille signera la mort de Lord Ouestrelin.
Quelle ironie du sort ! Alors qu’elle avait tout mis en son pouvoir pour envoyer Ewald quérir de l’aide auprès d’un autre seigneur afin de sauver son père, elle était incapable de prononcer un simple mensonge. Miranda jeta un coup d’œil à Tyanne qu’elle enviait si intensément pour savoir manier les mots avec tant de zèle. Malheureusement, les Dieux ne lui avaient point accordé les talents de son amie... En guise de réponse, Miranda adressa un regard affligé à Lord Ouestrelin. Je suis désolée père... Victime de sa propre bonté, elle était totalement incapable de mentir face à tant de gens. Le jeu de sa famille était cruel...
Elle garda le silence, incapable de répondre quoi que ce soit, baissant les yeux pour se déclarer vaincue. La poitrine de Lady Amelia se gonfla d’orgueil. Elle posa son regard satisfait sur sa fille avant d’ouvrir les bras à l’adresse de la foule dont elle tenait à présent toutes les ficelles.
« Gens de Falaise, voilà votre preuve ! Vous avez été joués et manipulés ! Votre seigneur vous a menti ! ses mains tranchaient l’air avec éloquence ; tout le monde l’écoutait avec attention, buvant ses paroles de leurs oreilles avides. Quelle sorte de Lord trompe ses sujets ? Vos cœurs devraient s’emplir d’indignation ! les paysans acquiescèrent, faisant écho aux paroles de Lady Ouestrelin de leurs cris indignés. Enfin, elle pointa un doigt accusateur sur le seigneur de Belcastel, Et regardez comment il appelle ses complices à sa rescousse ! Vos vies ne lui importent point ! Lord Draven Farman ne fera qu’une bouchée de vous tous si vous ne vous défendez pas ! »
_Oui !!
_A bas les tyrans !
_Falaise est à nous ! »
Aussi simplement, Lady Amelia, Mestre Collivan, l’officier, Ormond et Sullivan, s’étaient-ils mis les paysans dans la poche. Un tribunal n’aurait point été nécessaire d’après ce que constatait Miranda. Tout ce qu’il avait fallut était un appel à la révolte, au sang et à la violence.

Seamus
Hommes et femmes, enfants et vieillards ; ils criaient tous, hurlant dans tous les sens sans réellement savoir pourquoi. Une sorte de rage s’était emparée des personnages plus sanguinaires et envahit rapidement le reste de la foule comme un terrible virus. Ils allaient tout casser, prêts à défendre... que défendaient-ils déjà ? Non, en réalité ils étaient simplement portés par le désir de d’anéantir quelqu’un. Leur colère ne leur était même plus propre : à travers leurs yeux brillait le farouche sourire de Lady Amelia, debout sur l’estrade, tapotant gentiment la tête du jeune Sullivan comme on l’aurait fait à un chien.

Lord Ouestrelin était parvenu, malgré son profond mépris pour la foule, à faire preuve d’assez de logique seigneuriale pour établir cette insignifiante tromperie : si Sullivan n’avait pas été aussi stupide, son mensonge aurait évité un massacre. En tant que Lord, c’était la responsabilité de Seamus Ouestrelin de protéger ses sujets, mais c’était à présent une tâche impossible. De fait, une confrontation était inévitable.
Il ne nourrissait aucune rancune envers sa fille – elle avait été poussée dans un piège par son frère et sa propre mère. Lui-même se sentait coupable d’avoir ainsi usé de Miranda... Il aurait dû lui épargner un tel dilemme, non seulement par sa responsabilité en tant que père mais aussi parce qu’il savait pertinemment qu’elle serait incapable de mentir face à tant de personnes. Peut-être que la pure honnêteté de sa fille leur apprendra qu’il est malsain de travestir la vérité – que ce soit pour une bonne ou une mauvaise cause. Mais sa cause l’a-t-elle jamais été ?
Cependant, si la vie des paysans ne lui importait guère, il s’inquiétait toujours pour Miranda, aux côtés de sa précieuse amie. Ce n’était plus qu’une question de secondes jusqu’à ce qu’on déclenche le massacre et Seamus craignait de voir sa fille blessée durant ce stupide conflit. Il balaya la foule, puis les rangs de Lord Draven du regard. Enfin, ses yeux se fixèrent sur une silhouette familière portant l’armure où étaient représentés les six coquillages blancs des Ouestrelin. Etait-ce le chef de la garde qu’il reconnaissait dans les traits sévères de cette silhouette ? Il ne saurait le dire avec certitude, mais espérait intensément qu’Ewald veillera sur sa fille...

Alors que les paysans se passaient la torche destinée à déclencher le brasier, Seamus pouvait déjà voir les flammes embrasser son corps avant de le réduire en cendres. Sa haine n’était plus contrôlable et son désir de vivre dépassait tout entendement humain : ces débats avaient ravivé le feu flamboyant dans son cœur. Il pouvait sentir la bête en lui hurler farouchement, effrayée à l’idée de se laisser anéantir. Peut-être bien que le sang sera la seule issue à cette histoire farouche...
Il ne supportait plus cette mascarade. C’en était trop ; les vies de ses sujets perdirent soudainement leur valeur et la voix du change-peau résonna avec l’intensité d’un ultimatum lorsqu’il hurla ces mots à l’adresse du seigneur de Belcastel :
« Lord Farman, auriez-vous l’obligeance d’égorger ces abrutis ?! »

Spoiler:
 



"J'ai toujours détesté ces formules absurdes."


Dernière édition par Seamus Ouestrelin le Mar 19 Fév 2013 - 18:34, édité 4 fois
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Invité
Invité

Général
Feuille de Personnage


Message Sam 2 Fév 2013 - 11:34

Il y avait eu comme un grand moment de suspension, une seconde éternelle, de celle qui font retenir le souffle du destin tandis que mille possible s’offre à la main aventureuse. Ce temps indistinct s’était étendu sur tout le paysage, rampant, quémandant, râlant sa part de réponse. Puis il y avait eu un grand tremblement de foule.
Le Lord déchu de Falaise venait tout juste de demander à Lord Farman de mener une escarmouche contre ses propres sujets.

Tyanne n’avait aucune idée de comment allait réagir Draven ; accepterait-il se laisser ainsi commandé par un homme qui, bien que seigneur de droit et de titre, venait si ostensiblement de mentir sur son procès ? Elle n’en savait rien et elle n’eût plus guère à s’en soucier.

Pour la simple raison qu’une pierre très lourde la frappa à la tête. Sous le choc, la jeune fille tomba à la renverse. Elle ne vit plus rien.
D’où… ?!

- Qu’on l’brûle !
- Non ! Attendez ! John, tu m’connais bien, tu ne peux pas…
- Laissez-moi sortir ! cria une femme. J’ai rien d’mandé !
- Bûcher !
- Où sont les gardes ?!
- J’ai dit…

Un grand chaos étreignit la foule. Quelques secondes : voilà ce qui avaient suffi pour transformer les moutons en loups. Lady Amelia comme Lord Ouestrelin, et comme chacun des représentants qui avaient pris la parole ici, s’étaient servis de la foule d’une manière ou d’une autre. Apprentis rhéteurs, acrobates de l’accusation et juges empathiques, populaires, les nobles n’avaient pas considéré un instant que cet amas de gens était, eh bien, autre chose qu’un amas de gens.

Mais tous ces individus, pour tout le groupe compact qu’ils avaient réussi à former, restaient des sujets. Parmi ceux-là il y avait des femmes et des enfants. Le divertissement qu’ils s’étaient promis menaçait clairement de devenir un massacre ; l’instinct maternel reprenait le dessus ; certaines mères avaient hissé leurs fils sur leurs épaules et tâchaient maintenant de sortir de la foule, de prendre refuge ; certains hommes, goûtant à l’odeur pressentie du sang, tentaient de trouver arme ; d’autres encore montaient sur l’estrade pour éviter les mouvements de foule, et l’un d’entre eux désirait clairement précipiter le jugement de Seamus en pressant le bourreau d’en venir aux faits ; des gamins criaient, l’un d’entre d’eux parce qu’il était tombé au sol et qu’on l’avait piétiné. Dans ce chaos, des pierres avaient fusé. Dans le même temps, la garde des Ouestrelin encore fidèle à Amélia s’était mise en branle d’un seul coup, commandée par le désir de protéger leurs dames et seigneurs, et se moquant de si, pour atteindre l’estrade, il leur fallait traverser durement le public turbulent ; s’en apercevant, les rebelles proches d’Ewald se précipitaient à leur tour en direction de l’estrade, pour tenter d’empêcher la mise à feu de leur maître reconnu.

« Tyanne ! » s’écria Miranda en se précipitant vers elle. « Je suis désolée », balbutia-t-elle en l’aidant à se relever. « Il faut que nous rejoignons ma mère. Auprès d’elle, nous serons à l’abri… »

Sonnée par le choc, l’arcade sourcilière crachant sur la moitié de son visage un flot de sang, Tyanne peinait à comprendre la situation.
Elle la comprit encore moins quand une main tomba à côté de son visage.

S’appuyant au bras de Miranda, la jeune fille constata que le premier loyaliste venait tout juste d’abattre un paysan paniqué pour créer son passage. Le garde avait dégainé sa lame et se battait contre nul autre qu’Ewald, escorté de deux autres hommes qui s’en prenaient au bourreau.

Il n’y avait aucune chance pour que les deux demoiselles puissent traverser l’estrade. Quant à y rester, c’était hors de question : la panique et le chaos avait saisi la scène et rien ne garantissait leur sécurité.

Par chance, Ewald réussit à passer le bouclier de son adversaire et sa lame passa outre la protection de l’armure, en direction de l’artère de l’aine. Tyanne n’avait jamais vu autant de sang en si peu de temps. Le chevalier ré-ajusta son bouclier et se précipita vers elle.

« Suivez-moi, Ladies ! » ordonna-t-il, sans prendre le temps de s’expliquer. Il faut dire que le lieu ne s’y prêtait pas.

Les deux jeunes femmes ne se le firent pas dire deux fois et enchaînèrent le pas au chevalier qui les fit descendre de l’estrade côté nord.
Pendant un temps, le trio réussit à avancer vers le château, le soldat écartant brutalement les paysans en fuite et, du pavois, réussissant à protéger les deux jeunes filles des missiles qui fusaient au hasard dans la foule. Et puis, deux soldats de la garde d’Amélia fondirent sur lui. Ils furent rejoints par un troisième larron, et puis un quatrième.

Ewald tint bon.
Mais il était évident que, pour toute sa maîtrise des armes, faire face à d’aussi nombreux guerriers, qu’il avait de plus lui-même entraîné, n’avait qu’une issue possible…

Miranda et Tyanne, à nouveau esseulées, reculèrent et tentèrent de trouver une sortie possible à leur situation. Espoir vivement compromis quand elles furent renversées par une femme furieuse. Cette dernière avait la tête en sang et pleurait à chaudes larmes. Elle griffa le visage de Miranda, tirant sur ses cheveux pour la surprendre.

- Petites putes ! C’est d’vot faut’, d’vot faut’ !



Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Maître du Jeu
avatar

Lady Coeurdepierre
Maître du Jeu

Général
Animateurs

♦ Missives : 189
♦ Missives Aventure : 131
♦ Arrivée à Westeros : 13/12/2011
♦ Célébrité : Personne
♦ Copyright : Maron Martell
♦ Doublons : Personne
♦ Mariage : Personne
♦ Liens Utiles : Aucun
Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
0/0  (0/0)


Message Lun 18 Mar 2013 - 21:35

Chaque matin que les Sept faisaient, Reese, jeune apprenti boulanger de son état, se résignait à devoir reprendre son éternelle routine consistant à aller acheter la farine pour son maître, à se ruiner le dos pour la transporter sur le chemin de retour, et à finalement mourir de chaud près du four jusqu’au soir. Mais pas aujourd’hui, oh que non ! Pour cette journée l’on avait prévu de brûler tout autre chose qu’une simple miche : Lord Ouestrelin, leur effrayant seigneur et dorénavant monstre déclaré, devait rôtir devant la foule. Pour cette occasion le jeune homme s’était même donné la peine d’essayer de se peigner un peu, tout le monde serait là y compris la jolie Bethany, celle avec les dents de devant un peu écartées.

Durant le procès Reese avait entendu beaucoup de belles personnes parler et crier, de là où il trouvait il n’avait pas tout entendu –et encore moins compris- mais pour sûr que ça avait bardé, même la gentille Lady Ouestrelin qui avait démasqué son sorcier d’époux avait eu l’air d’être très colère ! Pour ne pas passer pour un idiot l’apprenti boulanger avait tout du long beuglé en même temps que les autres, parfois en répétant des morceaux de phrases discernés dans le brouhaha, parfois en faisant juste des « Aaah ! » et des « Ooooh ! » en fronçant les sourcils. Ce qu’il ne fallait pas faire pour se montrer malin, tout de même.

Puis il avait grêlé, enfin pas de la pluie dure comme il l’avait tout d’abord cru, mais des flèches, plein de flèches qui s’écrasèrent sur les toits alors que tout le monde voyait arriver des soldats pas de chez eux avec encore un noble bien habillé pour les mener. Ça avait encore crié, l’arrivant était le seigneur Farman paraissait-il, et il venait sauver le monstre pour qu’on ne le brûle pas, ça non plus Reese ne comprenait pas pourquoi. Trop de voix différentes à la fois, trop de mots compliqués à son goût, il ne sentit que la nervosité et la colère ambiante s’intensifier dans la foule alors que les femmes et les enfants commençaient à s’éloigner. Puis il y eut une dernière clameur de Lord Ouestrelin et une seconde plus tard le jeune homme s’effondra par terre avec une flèche fichée dans l’œil, réglant une bonne fois pour toutes ces soucis de compréhension.

Car à l’appel de Seamus Lord Farman ne répondit pas autrement que par un geste de la main à ses archers qui décochèrent une volée parabolique, cette dernière passa au-dessus du lieu d’exécution proprement dit pour retomber en plein dans la foule derrière. La funeste torche destiné à envoyer l’ancien maitre de Falaise dans les Sept enfers venait d’attendre le bois sec prévu à cet effet pile au même moment, si bien qu’une fumée noire de mauvaise augure commençait à nimber le condamné d’office.

Et ce fut le tour de la charge, Lord Draven en tête mena les troupes de Belcastel droit sur l’estrade où elles se heurtèrent tant aux gardes « loyalistes » des lieux qu’aux roturiers les plus téméraires, au premier sang versé ces derniers avaient tout perdu leur ancienne cohésion pour devenir un ramassis chaotique d’insurgés et de fuyards se piétinant et ruant contre tout ce qui se présentait. Les boucliers se heurtèrent, les coups plurent en tous sens tandis que de sa voix forte Lord Farman dirigeait ses hommes dans une belle démonstration d’ordre martial. Du côté du port l’on entendait déjà les renforts qui pourraient définitivement faire pencher la balance de ce combat incertain.

Peut-être ce signal à lui seul suffit pour obtenir le résultat escompté, forcés d’affronter certains de leurs camarades qui s’étaient ralliés au fidèle Ewald, plusieurs gardes de Falaise commencèrent à rompre le cordon de sécurité érigé autour du beau monde rassemblé sur l’estrade.

Ce fut cet instant que le seigneur de Belcastel choisit pour lancer son destrier à fond de train et lui faire bondir en plein sur la scène et au milieu de regards incrédules tant la chose semblait inconcevable, plusieurs de ses soldats s’engouffrèrent dans la brèche avec lui. A ce moment mestre Collivan fut percuté par la monture encore sous le coup de son élan et chuta de l’estrade en poussant un couinement. Draven sauta alors promptement de monture, dégainant sa dague pour la placer sous le menton d’une Lady Amelia médusée qui, sous l’injonction tacite du geste, cria dans l’instant de cesser les combats. L’on commençait déjà à détacher Lord Ouestrelin au même moment que les armes s’abaissaient progressivement, le bougre en serait quitte pour une mauvaise toux et des pieds un rien meurtri en plus de cette frayeur.
Revenir en haut Aller en bas
Noble
avatar

Seamus Ouestrelin
Noble

Général
Seigneur de Falaise, loup solitaire, ours mangeur d'homme et victime des langues de vipères

"If there are gods, they made sheep so wolves could eat mutton, and they made the weak for the strong to play with."

♦ Missives : 1288
♦ Missives Aventure : 49
♦ Age : 27
♦ Date de Naissance : 01/03/1990
♦ Arrivée à Westeros : 05/11/2012
♦ Célébrité : Gary Oldman
♦ Copyright : me
♦ Doublons : Bryn Penrose, Logan Grafton
♦ Age du Personnage : 53 ans
♦ Mariage : Lady Amelia Redwyne
♦ Lieu : Falaise, Terres de l'Ouest
♦ Liens Utiles :
♦️ Fiche
♦️ RP et Liens
♦️ Résumé
♦️ Aptitudes
♦️ Succès
♦️ Histoire des Ouestrelin
♦️ Bryn
♦️ Logan

Feuille de Personnage
Feuille de personnage
Inventaire:
Jauge de réputation Jauge de réputation:
794/1000  (794/1000)


Message Mer 28 Aoû 2013 - 13:02

Seamus
Les flèches sifflèrent au haut de leurs têtes pour se nicher dans la foule enragée. Les projectiles vinrent se planter dans la chaire des habitants, forçant un grand nombre à se vautrer sur la place du marché tout en gémissant. A peine venaient-ils de brandir leurs arcs, que les soldats de Lord Farman foncèrent sur les paysans, tranchant le flot de la populace sans aucun ménagement. Du haut de son perchoir, Seamus pouvait voir comment les lames des soldats fendaient la chaire de ses sujets, provoquant autant d’hurlements horrifiés que de sanguins jaillissements. D’une seconde à l’autre, les personnes qui avaient jusque là été enclines à le brûler vif se retrouvaient eux-mêmes à la merci des hommes du seigneur de Belcastel. Et bien que Lord Ouestrelin y percevait une vision plus ou moins familière, les premiers instants de ce sanglant spectacle éveillèrent ces atroces sentiments de stupeur et d’épouvante qu’il avait toujours préféré oublier. Mais il ne pouvait y avoir de place pour une quelconque compassion et il s’empressa de chasser de tels songes afin de se concentrer sur son évasion.
Le vieux Lord tentait de glisser ses squelettiques mains à travers ses sangles, mais les gardes avaient avait fermement noué la corde qui le retenait au tronc du bûcher. Et le feu se mit à consumer les branches amassées autour de lui. La panique ne tarda pas de l’envahir, ce qui ne facilitait guère ses tentatives d’échapper à l’emprise de la corde qui lui serrait les poignets. Les flammes faisaient leur ascension à une vitesse inquiétante, léchant le bois de leurs langues écarlates. Les yeux du change-peau se perdirent brièvement dans la contemplation du feu. Ses pupilles tremblaient. Sa respiration se faisait trop vive. Une chaleur menaçante montait jusqu’à lui et il pouvait sentir des gouttes de sueur couler le long de son front.
Une éternité semblait s’être écoulée jusqu’à ce qu’un des soldats du seigneur de Belcastel ait le courage de sauter à travers le mur de flammes pour le libérer. L’homme dégaina son poignard, puis coupa les liens avec hâte. Lord Ouestrelin sentit ses poignets se défaire d’un terrible poids. Le change-peau n’eut cependant pas le luxe de savourer cet instant : le feu gagnait du terrain et il devait vite déguerpir au risque de se voir consumer par les flammes. Le soldat sauta le premier. Seamus prit un peu plus longtemps pour rassembler ses forces : le feu s’agrippa à l’ourlet de ses pantalons au moment où il bondit en avant. Il atterrit par terre, mais son atterrissage fut trop brusque et il sentit sa cheville se tordre sous son poids. Le zoman n’eut toutefois le temps d’en subir la souffrance puisque les flammes qui s’étaient emparées de ses vêtements léchaient déjà le haut de son mollet. Seamus se hâta d’étouffer le feu en le frappant de ses mains, mais l’entreprise prit évidemment trop de temps. Au moment où sa jambe gauche s’était éteinte, sa peau brûlée lui arrachait des gémissements de douleur. Il serra la mâchoire, puis se força à se relever parmi le tumulte général.
Ses yeux balayèrent la foule à la recherche de visages familiers, mais tout ce qu’il parvint à saisir étaient de grotesques figures, tordues et déformées. Soudain, on l’agrippa par le bras : un soldat le tirait, accompagné de deux autres hommes, dont celui qui l’avait secouru des flammes. Seamus pointa un doigt sur l’estrade.
« Là-bas ! » cria-t-il.

Ils atteignirent la scène quelques minutes plus tard, après s’être frayés un chemin au travers des habitants de Falaise. Toutefois, certains juges s’étaient miraculeusement volatilisés : l'officier et Collivan n'étaient plus là. Ormond manquait également à l'appel. Quelques cadavres gisaient là, principalement des hommes de Falaise. Au centre se trouvaient Amelia et Sullivan ainsi qu'une poignée de gardes, entourés par les soldats de Lord Farman.
« Retrouvez mon fils aîné. » ordonna-t-il à l’un des soldats.
Il fallait espérer que Ormond soit encore dans les parages... Il aurait put profiter du désordre pour quitter Falaise, chose qui ne mettrait point un terme aux plans machiavéliques qu'avaient érigés Amelia. De plus, la perspective d’apercevoir son fils parmi les charognes de cette révolte insensée l’horrifiait - dans une certaine mesure...
Et maintenant qu’il se trouvait sur la scène qu’avait si minutieusement dressée sa famille pour théâtraliser son procès, Seamus s’autorisa à endosser le rôle du nouvel arbitre. Il s’avança d'abord vers Sullivan. Le garçon semblait terrifié, incapable de piper mot, ou même de bouger d’un poil. Ses yeux évoquaient ceux d’un poisson : grands, larges et luisants, tremblants de peur devant ce qui l’attendait. Lord Ouestrelin marqua une pause à quelques centimètres de son fils. Il était assez près de lui pour entendre son hâtive respiration. Enfin, il lui assena une puissante gifle du revers de la main.
Le geste arracha un cri indigné à Amelia, mais elle étouffa son exclamation lorsque Draven serra son emprise sur elle. Sullivan recula de quelques pas, puis posa sa main sur sa joue meurtrie. Le garçon eut le bon sens de ne pas défier son père, et resta là à attendre son procès.
Seamus n’avait rien à dire à son fils. Qu’il se mortifie en silence. J’aurai assez à faire avec Ormond et Amelia. Il se tourna vers le seigneur de Belcastel. Celui-ci adoptait toujours cette posture naturellement fière, tenant sous le menton de Lady Ouestrelin une dague aiguisée. Le change-peau adressa un léger signe de la tête au seigneur ; un geste bref, mais à la fois respectueux et infiniment reconnaissant. A sa femme, il soumit un sourire triomphant. C'en était fini.
Cependant, avant d'appliquer sa vengeance, le change-peau savoura les quelques instants d'inaction pour souffler et brièvement observer les alentours : les hommes de Belcastel avaient déjà pris le dessus, envahissant la place du marché telle une horde de fourmis. Son attention fut attirée par un vieil homme qu’il voyait fuir le tumulte, tirant après lui une femme qui devait être son épouse. Alors qu’il se frayait un passage à travers la foule, il se fit intercepter par un soldat de Belcastel. Ce dernier ne prit même pas le temps de cerner sa cible ; il leva simplement son épée au-dessus de sa tête, puis dessina dans les airs une ligne parfaitement verticale, tranchant ainsi la moitié du crâne de ce pauvre vieillard. Quand la femme se mit à hurler, ce fut à son tour de subir le froid baiser de l’acier et d’ensuite tomber au sol, fatalement touchée à son contact.
L’instant d’après, l’homme d’arme courait déjà vers sa nouvelle victime, indifférent devant l’exécution qu’il venait de mener. Lord Ouestrelin ne put empêcher son cœur de se serrer. Il était leur seigneur, et ils étaient ses sujets. Bien qu’il tentait d’imputer la principale responsabilité de ce carnage à Amelia, il savait très bien qu’il avait également son rôle à jouer parmi les marionnettistes ayant fait danser les ficelles qui menaient à ce massacre. Le poison de la culpabilité ne tardera pas de se répandre, aigre et cruel...
Ce sentiment rappela soudainement le nom de sa fille. Seamus l’avait perdue de vue. Il avait gueulé à Lord Farman d’attaquer, mais son invective était née de colère et de rage ; les conséquences avaient perdu leur importance à ce moment là, mais à présent, il se maudissait sauvagement pour avoir ainsi mis en danger la vie de Miranda.
« Retrouvez ma fille, et vite ! » lança-t-il à deux hommes d'arme. Ceux-ci hésitèrent l’espace d’un instant, puis s’adonnèrent à la tâche en recevant l'aval de leur seigneur. Elle va bien. Se rassura-t-il – bien qu’il n’était sûr de rien.
Il était à présent temps de régler le compte de son épouse...

Ewald
Trois hommes l’encerclaient. Derrière lui, Miranda et Tyanne étaient parties en courant, essayant de s’éloigner du tumulte mais ne parvenant qu’à s’enfoncer davantage dans la gueule du loup. Les mains du chef de garde se serrèrent autour du pommeau de sa longue épée. Il jetait des regards mesurés autour de lui afin de cerner les actions de ses adversaires, mais aussi pour lire les expressions qu’affichaient leurs visages rabougris. Ils étaient ses hommes... Certains étaient même ses amis. Mais quand le premier coup tomba, Ewald s’étonna à parer l’attaque avec rage et violence, comme s’il s’agissait de son ennemi juré. Il ne tarda pas à être débordé, reçut de légères blessures ici et là. Bientôt, il se retrouvera au sol, l’un des gardes s’apprêtant à lui donner le coup de grâce.
Un miracle lui sauva la vie : deux des hommes de Lord Farman firent leur apparition et lui vinrent en aide, profitant de l’effet de surprise pour planter une épée dans le dos de l’un, et trancher la nuque de l’autre. Le bourreau d’Ewald eut le mauvais réflexe de se retourner pour saisir ce qui était en train de se passer, procurant au chef de la garde l’occasion de le repousser, puis de lui porter une puissante attaque de l’épaule au bassin. La manœuvre fut exécutée à une vitesse ahurissante, puisque la seconde d’après les trois hommes gisaient là en attendant de rejoindre les Sept.
Ewald posa un genou au sol pour reprendre son souffle. Ses blessures, quoique légères, commençaient déjà à cuire de sous son armure de peau. Il pouvait sentir le sang se répandre sous ses vêtements telle une substance chaude et visqueuse.
« Maître de la Lumière, protège moi et accorde moi le feu pour tenir la nuit en respect. Ce n’était qu’un murmure, une supplication qu’il formulait à l’adresse du dieu de la Flamme dans l’espoir qu’il lui confère un peu de force.
_Garde tes prières, ton dieu ne vit pas ici. » Le commentaire provenait d’un des soldats de Lord Farman. La voix de l’homme était dure et un peu railleuse. Ewald ne fit que lui jeter un regard mécontent, puis se redressa. Il était toujours aussi épuisé...

Les trois hommes remontèrent la rue qui débouchait sur le chemin montant jusqu’au château de Falaise. D’après ce que Ewald avait compris, les deux soldats cherchaient également Lady Miranda afin de la mener en lieu sûr. Lorsqu’ils s’engagèrent dans le prochain tournant, ils virent comment une vieillarde en train d’attaquer lady Ouestrelin. Avant même qu’ils ne les atteignent, Tyanne s’interposa entre la femme et son amie, assenant à la paysanne un coup de pieds pour que celle-ci lâche prise sur la jeune Miranda. La sorcière se tordit de douleur, donnant aux femmes l’opportunité de se relever et de courir en direction du château.
Ewald et ses compagnons faillirent les rattraper, quand deux hommes les interceptèrent depuis une rue adjacente. Ils ne les virent pas sur-le-champ, bien que leurs nouveaux adversaires s’étaient déjà préparés à l’attaque. Ils sautèrent à l’unisson sur l’un des soldats de Belcastel. L’homme n’eut même pas le temps de riposter et s’écroula aussitôt, un coup de lance entre les côtes.
Un des hommes s’attaqua à Ewald, mais le Ouestien para le coup avec aise, repoussant puissamment la lance de son ennemi contre le mur d’une maison. La pointe se brisa sous le choc. Son adversaire jeta un coup d’œil affolé à l’extrémité brisée de son arme, puis à la longue épée que tenait Ewald. Avec une rapidité surprenante, il lança le bâton à la figure du chef de garde avant de prendre ses jambes à son cou et d’abandonner le combat.
Le Ouestien ne se préoccupa pas davantage du fuyard : il se retourna pour venir en aide au soldat de Belcastel quand une main inconnue vint planter une lame dans son abdomen. Ewald sentit l’arme s’enfoncer profondément dans sa chair, mais au lieu de s’avouer vaincu, il assena un puissant coup de tête à son assaillant. Celui-ci n’avait pas prévu l’assaut du chef de garde. Il se plia sous le choc, lâchant prise sur la poignée de sa dague. Ewald déracina le couteau tout en gémissant. L’homme eut le temps de se ruer vers lui, mais au dernier instant, le soldat leva la lame pour la planter dans le gosier de son adversaire. Ils tombèrent à l’unisson.

Ewald resta allongé quelques instants, sa respiration lourde et lente. Son crâne hurlait et ses membres donnaient la terrible sensation d’être enflammés. Et alors qu’il pouvait sentir la douleur rompre son corps, un léger fil le retint à la réalité : l’image d’une Miranda meurtrie le rappela rapidement à lui-même, et dans un effort ultime, il se releva tout en s’appuyant contre sa longue épée jusqu’à ce qu’il parvienne à rester plus ou moins debout.
« R’hllor, écarte les ombres et confère moi une dernière étincelle. »
Une quinte de toux interrompit son incantation et il recracha une coulée de salive mêlée à un filet de sang. Cependant, R’hllor semblait avoir saisit sa prière car l’instant d’après il eut l’impression d’être envahi d’une chaleur palpable. Cette soudaine poussée de vie lui permit de placer un pied devant l’autre de façon à avancer à une allure étonnante, quoiqu’en titubant, en direction de Tyanne et de Lady Ouestrelin.
Deux hommes s’étaient joints à la vieille femme et approchaient dangereusement des deux ladies. Le massacre avait donné naissance à une folie générale ; un sentiment de peur qui s’était transformé en furie chez la plupart des habitants, brouillant leur raison et embrumant leurs sens.
Bientôt, Ewald se trouvait dans leur dos, sans qu’ils aient remarqué quoique ce soit. Il leva lentement son épée au dessus de son épaule gauche avec une pesante lenteur avant de couper l’air d’un net et rapide coup. Il y eut un bruit aigu, soudainement étouffé par un son plus sec, suivi par le lamentable cri du paysan dont il venait juste de trancher la colonne vertébrale. Il y a eu un geyser de sang chaud qui vint éclabousser le visage d’Ewald. La victime n’eut même pas le temps d’achever sa stridente plainte avant de tomber à terre, raide mort.
Surpris, les compagnons du martyr prirent un peu trop longtemps pour saisir la situation : le chef de garde fondit sur l’un d’eux, passant son arme par dessous son bras pour planter l’extrémité dans la poitrine de son ennemi. La manœuvre aurait été plus efficace s’il pouvait encore tenir sur ses deux jambes, puisqu’il rata sa cible de plusieurs centimètres, touchant le ventre de son adversaire.
L’homme se mit à crier, mais la blessure n’était pas fatale, l’épée n’ayant pas encore atteint les organes vitaux. Alors que le troisième villageois s’apprêtait à attaquer Ewald à l’aide d’un vieux poignard, le chef de garde fit glisser son arme avec un mouvement horizontale, taillant ainsi une ouverture dans l’abdomen de sa victime. La manœuvre assurait une mort lente, chose que le soldat préférait éviter à n’importe qui, mais il ne disposait pas d’un tel luxe. Ainsi, l’homme s’affala par terre et se mit à gémir tout en agonisant.
Soudain, Ewald reçut un coup sur la nuque. Le choc était assommant. Il voulut se redresser, mais au même instant, le troisième villageois enfonça son poignard rouillé au haut de son torse. Il leva les yeux pour plonger son regard dans les iris enflammés d’une vieille femme. C’était la lunatique qui avait agressé Miranda ; ses ongles encore teintés de sang. Heureusement, la sorcière manquait de force et n’était pas parvenue à atteindre son cœur. Toutefois, la douleur fut si perçante, qu’il chancela. Au dernier instant, il tendit la main pour s’emparer du col de l’étrangère. La femme fut contrainte de lâcher la poignée du couteau alors qu’elle tentait de maintenir son équilibre. L’espace donna au garde l’opportunité d’assener un léger coup de poing dans le flanc gauche de son adversaire. L’attaque manquait lamentablement de force, mais ce fut assez pour que la villageoise recule d’un pas. Puis le garde rassembla le peu d’énergie qui lui restait, soulevant son épée dans un ultime mouvement afin de lancer son arme tel en javelot en direction de la paysanne. Le mouvement fut maladroit, il avait jeté son arme bien trop haut. Pourtant, le sabre toucha la femme au niveau de la clavicule avant de retomber, tranchant par la même occasion une large partie du dos de la Ouestienne. Cette fois, la personne mourut en silence.
Enfin, Ewald tourna la tête pour s’assurer qu’ils étaient tous morts : les trois corps gisaient là, inertes. Derrière lui, il pouvait encore entendre les cris et hurlements provenant de la place du marché. Peu importe... Le danger était hors de portée, et Lady Miranda en sécurité. Il leva les yeux espérant discerner les traits de la jeune femme une dernière fois, mais ne parvint qu’à saisir deux vagues silhouettes courir en direction du château.
Ewald émit un profond soupir. Sa vue se brouillait... Il leva lentement la main, puis saisit le poignard par la lame, la chair de ses doigts s’enfonçant dans le tranchant métal, puis extirpa le couteau avec le peu de force qui lui restait. Il pouvait sentir les derniers litres de sang quitter son corps, alors que le liquide écarlate jaillissait de sa poitrine. Son corps devenait de plus en plus léger, comme si la moindre brise pouvait l’emporter, loin de ces terribles tourments. Le soldat leva une dernière fois les yeux, puis il s’écroula sur le sol glacial.

Ormond
L’invective de Lord Ouestrelin déchaîna une frénésie générale. Ormond n’eut à peine le temps de saisir ce qui était en train de se passer : il était debout sur l’estrade, jetant un regard à la fois surpris et effrayé sur la foule, jusqu’à ce que l’officier présent sur la scène le percute, cherchant à s’enfuir. Ormond chancela en arrière, puis sentit le sol se dérober sous ses pieds. Le jeune chevalier tenta de regagner son équilibre, mais son armure le tirait vers le bas, et l’instant d’après il se retrouvait par terre, remuant de droite à gauche, incapable de se redresser. Certains ne tardèrent pas à le piétiner ou à trébucher par dessus lui. Un large homme marcha sur sa cuisse gauche, arrachant une plainte de douleur au jeune Ouestrelin. Finalement, il parvint à dégainer son arme. La vue de l’acier incita certains paysans à s’éloigner de lui, lui offrant ainsi l’occasion de se relever. Mais à peine venait il de se lever qu’une femme lui fonça dedans, puis un homme et encore une femme. La situation était tout à fait incontrôlable. Le chevalier pouvait apercevoir les soldats de Belcastel fendre la foule de leurs armes affûtées. Il n’avait aucune chance. Il fallait qu’il se réfugie.
Le chevalier avança tout en boitant, tentant de s’éloigner du chaos mais ne parvenant qu’à s’y insérer davantage. C’était affaire impossible que de quitter la place du marché : les habitants formaient un véritable mur. On se donnait l’impression d’étouffer. Plus il avançait, et plus Ormond suffoquait. Bientôt, sa respiration égalait celle d’un chien en chaleur.
Il tenta de se faufiler dans l’avancée générale, poussant tant bien que mal cette informe multitude d’hommes et de femmes. Bientôt, il se trouva à l’extérieur du désordre, écrasé contre le mur d'une l’auberge. Il fut contraint de longer la façade du bâtiment, jusqu’à ce qu’il soit poussé dans une infime impasse qui séparait la taverne d’une petite échoppe. Là, il trouva refuge derrière une rangée de tonneaux disposés entre deux colonnes engagées.
Il souffla, rassuré d’avoir découvert un semblant de sureté, puis se mit à détacher les plus grosses parties de son armure. Retirer la cuirasse sans l’aide de personne était presque impossible. Par manque de patience ainsi que par panique, le jeune Ouestrelin s’aida du couteau qu’il avait dissimulé dans sa botte, coupant les liens qui la retenaient à son torse. L’étape la plus douloureuse fut d’ôter les cuissards, puisque l’extrémité supérieure de l’une d’entre elles s’était tordue pour venir s’enfoncer dans la chaire de sa jambe gauche. Ormond fit la grimace en extrayant le métal, puis appuya sur la blessure à l’aide de sa paume afin de réduire l’effusion de sang. Enfin, il leva la tête pour voir comment avait évolué la situation : La masse de gens semblait s’être dispersée. Certains étaient à terre, nombre d’eux couraient encore, et beaucoup s'étaient éparpillés dans le reste du village. Il régnait toujours un incroyable chahut. Enfin, il vira ses prunelles vers l’estrade.
De là où il se trouvait, le Ouestien disposait d’une très large vue sur la scène et ses principaux acteurs. Il voyait Lord Farman, tenant une dague sous le menton d'Amelia. Enfin, il l'agrippa par les cheveux de façon à ce qu’elle hurle de colère, puis la jeta en avant. Celle-ci tomba sur ses genoux, l’allure sauvage et le regard furieux. Cela satisfaisait probablement sa soif de domination, mais c’était assez pour faire grincer Ormond des dents. Il n’osait pourtant quitter son refuge, trop inquiet à l’idée de confronter les forces de Lord Farman et surtout son père.
Lord Seamus semblait particulièrement satisfait de l’humiliation de son épouse : le garçon crut discerner l’ombre d’un sourire carnassier se dessiner au coin de ses lèvres.
« C’est fini, Amelia. Tes manigances touchent à une fin.
_C'est ce que tu crois. Tu penses que ce petit coup de chance t'as sauvé à tout jamais ? »
Etait-elle réellement si sûre d'elle ? Ormond voyait dans ce carnage une réelle défaite. Lui-même n'osera jamais reproduire la même chose suite à un tel massacre.
« Quand la guerre sera terminée, je te le jure : je ferai tout pour assister à ton exécution. Seamus ne semblait pas vraiment se préoccuper de ses paroles devant Lord Draven. Pourtant, ce dernier ne broncha pas en oyant le seigneur de Falaise.
_Méchant. Tu es méchant ! Cracha-t-elle.
_Non… le terme démoniaque me semble plus approprié. »
Ormond serra les poings ; son père venait de prouver une fois de plus être un tyran. Il ne pouvait laisser une telle tragédie se produire. Quittant doucement sa cachette, le chevalier s’approcha vite de l’estrade, sauta pour s’agripper au rebord, puis se tira sur la scène.
Comme s’il survenait de nul part, il dégaina son arme tel l’éclair tout en se précipitant sur son géniteur. Mais Seamus vit venir le coup et parvint à esquiver la manœuvre de son fils. L’attaque du garçon était maladroite et il lutta l’espace de quelques instants pour maintenir son équilibre. C’était assez pour que Lord Ouestrelin s’avance vers lui, tendant la main pour lui attraper le col. Mais au dernier moment, Ser Ormond sorti son couteau, pointant l’extrémité de la lame sur le change-peau. La pointe s’enfonça lentement dans l’épaule du vieux Seigneur. Le jeune homme vit le visage de son père se déformer sous la douleur, pourtant Seamus resta immobile, plongeant ses yeux d’azur dans le regard venimeux de son fils. Celui-ci se surprit à discerner dans le visage du seigneur, non de la colère, mais une forme de pitié. Ce sentiment le révulsait. Tout ce qu’il voulait faire était de déchiqueter l’homme qui tentait si inlassablement d’anéantir sa vie. Sa rage voulait embrocher son cœur sur la pointe de son épée ; pourtant il était comme pétrifié, sa volonté absorbée par cet intense tête-à-tête d’un père haï et d’un fils haineux.
Là, un objet percuta son crâne, et sa vue se brouilla. Il lâcha la poignée du couteau et tomba en avant. Enfin, il sentit son père le rattraper avant qu’il ne percute le sol.

Seamus
Il retint son fils, tant bien que mal. Sa force l’avait déserté. Le soldat qui venait de frapper Ormond à la tête lui vint alors en aide, tirant vers lui le garçon inconscient et le posant ensuite devant lui de peur qu’il ne recouvre ses sens et tente de s’enfuir – comme si le jeune Ouestrelin avait quelque part où aller...
« Que lui avez-vous fait !? la voix de sa femme perça le semblant de calme qui commençait à s’installer.
_Tu devrais davantage t’inquiéter pour moi, ma chère... Il effleura son épaule du doigt. Ce n’était pas bien profond, qu’une égratignure en soi. Après tout, tu sembles me vouer un amour incommensurable. »
Amelia ne fit que le poignarder du regard – effet qui s’était toujours avéré efficace contre les mauvaises plaisanteries de son époux. Bref, cette interruption fut suivie d’un pesant silence durant lequel Lord Ouestrelin semblait étrangement indécis, ou peut-être blessé... Il adopta, sans le vouloir, un ton dépité.
« Vous m’avez trahi. Dit-il simplement. Ses yeux sautaient de la silhouette d’Ormond, à la figure de Sullivan, pour ensuite se poser sur le visage de son épouse, Et toi, il pointa son index sur Amelia, tu es la cause de cette folie. Traitrise et vice sont ta véritable famille, et pour cela, j’interdirai à quiconque de te voir ou de te parler jusqu’à ce qu’on te tranche la gorge.
_Tu n’as pas le droit ! Les autres maisons et les Lannister...
_...Ignoreront ce qui se déroule à Falaise ; comme ils l’ont toujours fait. Un sourire sarcastique étira ses lèvres, Personne ne pourra m’en empêcher, Amelia. »
A ces mots, la Bieffoise se mit à jurer, tout en se débattant sauvagement. Sa furie n’était toutefois pas de taille comparée à la force des soldats qui la maintenaient, et ses efforts ne firent que l’essouffler davantage.
« Qu’on l’emmène au château ! » Ordonna Seamus d’une voix impérieuse.
Les deux hommes arborant l’emblème de Belcastel poussèrent la dame de Falaise à se lever, puis la tirèrent en direction du bourg. S’en suivit Ormond – qui semblait avoir repris ses esprits – dont les mouvements étaient toujours restreints par la puissante poigne d’un homme d’arme.
« Ce n’est pas fini. lança le jeune homme avec haine. Il semblait avoir du mal à tenir debout.
_Oh si, ça l’est. » Seamus ne put s’empêcher de lancer un regard défiant à son fils.
Sullivan quitta l’estrade docilement, s’enfouissant dans un silence qu’il croyait protecteur, lui-même probablement médusé à la vue de tant de violence et de sang. Seamus éprouva une certaine compassion pour son cadet qui – il en était certain – avait agi de la sorte afin de s’arroger la même adoration maternelle dont Ormond avait toujours le droit, mais de laquelle il avait inexorablement été exclu. Il en vint presque à regretter la gifle qu'il lui avait portée.
Alors qu’on emmenait sa femme et ses fils vers le château, Lord Ouestrelin pouvait entendre la lointaine voix de son héritier rebondir entre les rues du village saccagé, criant : « Bientôt, je serai seigneur de Falaise. Bientôt, tout ceci sera à moi ! »
Le change-peau reçut les exclamations avec froideur. Je ne laisserai pas cela se produire. Se promit-il.

Quand sa famille disparut dans l’une des rues quittant la place du marché, Lord Ouestrelin s’autorisa quelques secondes de répit. Il se passa la main par dessus le visage tout en expirant lourdement. Il sentait la sueur, le feu et le sang. Ce parfum de dévastation ne fit qu’accentuer la dimension funeste qu’arborait à présent le village de Falaise.
Il devait débattre avec Lord Farman il devait nettoyer ce désastre, il devait remettre de l’ordre et il devait régler le compte de son épouse... La liste de devoirs était longue. Lui-même devait se remettre de son emprisonnement et de ces horribles évènements. Sa tête tournait rien que d’y penser.
Mais avant de s’adonner aux tâches qui l’attendaient, le change-peau se retourna une dernière fois pour observer les longues et dangereuses flammes léchant le tronc planté au cœur du bûcher qui aurait dû être le sien. Le vieux seigneur pouvait s’y voir, hurlant alors que le feu faisait fondre sa peau et carbonisait sa chaire. Quelle loi avait donc décidé que sa vie valait davantage que celles de ses sujets ? Et qui disait qu’il s’agissait d’une question de valeur ? Son sacrifice aurait épargné tous les paysans massacrés aujourd’hui... Ce n’était pas la première fois qu’il parvenait à échapper aux griffes de la mort, et d’une certaine manière il avait la terrible impression qu’aujourd’hui aurait dû être son tour, mais que c’était une bizarre coïncidence – et non le destin – qui avait fait en sorte que Seamus Ouestrelin ne se fasse pas emporter. Ils vivaient dans un monde absurde.

*
* *
Patricia

Falaise n’avait pas connu autant d’agitation depuis des décennies. Lady Patricia s’était d’abord sentie assaillie par le brouhaha des voix, montées depuis le port jusqu’à l’entrée du château pour réclamer la peau de leur seigneur. “Change-peau” et “monstre”, qu’ils criaient. Lorsqu'on enferma Seamus dans les donjons, ce fut Amelia qui s’empara du commandement. Après cela, les choses semblèrent avoir repris leur calme, jusqu’à ce que les villageois refassent surface aux portes de la demeure.
Depuis le haut de sa chambre, Lady Patricia disposait d’une vue parfaite sur le village de Falaise. Elle avait observé le procès avec une intense fascination, écarquillant constamment les yeux alors que les habitants s’agitaient et se révoltaient. Certes, la lunatique Dame n’était parvenue à clairement saisir toute la signification de ce qui s’y déroulait, mais elle avait tout de même compris qui avaient été les principaux acteurs. Elle perdit toutefois le fil à l’arrivée de troupes étrangères, ce qui ne manqua pas d’éveiller en elle une forme de panique. Elle faillit se réfugier dans sa chambre, mais sa croissante curiosité la retint. Son cœur battait à tout rompre au moment où les individus se mirent à s’entre-tuer. Elle se mit à sautiller – de frayeur ou d’excitation, personne n’aurait su dire.
Les choses finirent par se calmer. L’on pouvait voir de nombreux cadavres joncher la place du marché. Quelques heures plus tard, les soldats à l’emblème arborant trois navires sur un fond bleu, se retirèrent puis disparurent dans la coque de leurs navires avant de s’évanouir derrière les vagues de la Mer du Crépuscule.
Les jours suivant le carnage se résumèrent à d’insipides cérémonies et enterrements. Lady Patricia n’y voua pas d’intérêt particulier, davantage attirée par les bruits qui émanaient de l’intérieur du château : des gardes (jugeait-elle d’après les bruits métalliques que provoquait leur marche) grouillaient partout, s’emparant d’un bon nombre de servants, ainsi que des dames de compagnie de Lady Amelia. Or, elle avait perçu la voix tremblante et hystérique de cette dernière qu’on finit par enfermer dans la chambre à côté de la sienne.
Patricia s’était amusée à l’entendre crier, puisant un étrange plaisir dans le malheur de sa belle-sœur. Elle pouvait également l’espionner depuis une petite fente qui se cachait derrière l’une des tapisseries de sa chambre. La bieffoise semblait passer la majeure partie de son temps à frapper contre les murs ou à griffer la porte. Sinon, elle se cachait sous les couvertures de son lit, cherchant à étouffer ses sauvages sanglots.
« Ainsi s’achève le règne de la vipère. » Chantonnait la Ouestienne avec amusement.
La voix de Seamus était également une récurrence, avant de soudainement disparaître pour être remplacée par celle d’Ormond et de Miranda. Patricia ne comprenait pas pourquoi son neveu et sa nièce avaient soudainement gagné tant d’autorité. Ce changement la fit craindre pour la vie de son frère, mais lorsqu’elle s’enquit de l’état de Lord Ouestrelin auprès d’une servante, celle-ci répondit que le seigneur de Falaise s’était inexplicablement retiré dans la tour du château. Patricia avait hoché la tête sans vraiment comprendre.
Les jours commencèrent à regagner une certaine routine. Il fallut pourtant une bonne semaine à la Lunatique de Falaise pour quitter sa chambre. Quand elle osa enfin mettre un pieds dehors, elle descendit jusqu’au hall principal d’un pas incertain, les yeux grands ouverts, et les iris tremblantes d’inquiétude. L’espace lui semblait à la fois étrange mais familier... Cet endroit n’était pas son château. Il faisait plus sombre et il régnait une ambiance presque morbide... D'autre part, la demeure semblait être encore plus vide que d’habitude.
« Où... où sommes-nous ? demanda-t-elle à l’un des hommes d’arme qui gardait l’entrée. Elle s'approcha lentement de lui, puis tendit les mains, ses doigts essayant vainement d’agripper l’armure du soldat. Celui-ci recula d’un pas, apparemment dégouté, puis agita un bras pour écarter Patricia comme s’il s’agissait d’un vulgaire parasite.
_Eloignez-vous de moi ! » ajouta-t-il inutilement.
Lady Sarschamp se mit à le scruter intensément d’une expression imprégnée de folie.
« Je ne vous connais pas. déclara-t-elle en basculant la tête d’une épaule à l’autre, puis elle se tourna vers le deuxième garde. Celui-là, elle s’en souvenait. Vous, je vous connais. Elle pointa un doigt squelettique sur l’homme avant de répéter, Où sommes-nous ?
_Dans les Sept enfers, m’lady. » La bouche de l’homme se tordit en un sourire moqueur.
Patricia n’avait pas l’air de saisir la raillerie ; au contraire, la réponse semblait satisfaire l’insensée, car elle hocha lentement de la tête, murmurant quelques dernières paroles.
« C’est donc ça... dit-elle d’un ton fasciné, C’est donc ça... »



"J'ai toujours détesté ces formules absurdes."
Revenir en haut Aller en bas

Contenu sponsorisé

Général
Feuille de Personnage


Message

Revenir en haut Aller en bas

Au bûcher !

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1


Sujets similaires

-
» Mort d'un jeune journaliste/Adieu Bien-Cher, adieu mon ami
» Petit décor rapide pour pas cher.
» Passage rapide cher le forgeron
» 2épée cataclysme pas cher
» [Arcani] Une passion qui coûte cher

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
A Song of Ice and Fire RPG :: Citadelle de Maegor :: ◄ Salle des Archives Oubliées (RP)-