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[Flashback An 211] Une traversée en territoire natif [Elyas] (Terminé)

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Message Sam 10 Nov 2012 - 17:01

Après plusieurs jours passés dans la demeure des Estremont à dispenser son talent et à charmer les membres de cette noble famille, Jyanna décida de reprendre la route pour Port-Réal, mais elle fit le choix de se rendre tout d'abord à Accalmie par voie terrestre. Etant donné qu'elle n'avait aucune obligation particulière et que personne ne l'attendait à Port-Réal, elle pouvait se permettre ce genre de fantaisie. Voilà pourquoi elle se retrouvait débarquée à terre, elle avait profité de la présence d'un navire en partance pour Goüer. Elle traverserait une bonne partie de l'Orage, comme autrefois lorsqu'elle accompagnait sa mère sur les routes. Une pointe de nostalgie l'envahit au souvenir de son enfance, sa mère lui manquait elle rejeta les images de sa mort ne voulant pas revivre cette épisode. Bien que son séjour dans les Contrées Exotiques ait relégué tout cela au fin fond de sa mémoire, elle n'avait pas que de bons souvenirs de cette époque. Jinto ramena sa maîtresse à l'instant présent en tirant sur ses cheveux. La jeune femme traversa le port, ses sacs sur l'épaule. Avant de se lancer à l'assaut des chemins, elle acheta des provisions et vérifia qu'elle ne manquait de rien car il lui faudrait traverser des forêts voire des zones montagneuses pour atteindre la capitale de l'Orage. Coriolan, son père adoptif, lui avait toujours dit de préparer ses excursions pour éviter de se retrouver dans une situation malencontreuse.

Pour la première phase de son périple, Jyanna s'était joint à un groupe de voyageurs, au sein duquel elle usait de son art pour payer en partie sa quote-part. Mais leur route s'était séparée peu après Boulin, Jyanna se dirigeait vers la Griffonière tandis que le reste du groupe allait vers Amberly. Cela n'arrangeait pas franchement la musicienne, elle ne se sentait pas vraiment rassurée de voyager seule sur des routes qu'elle ne connaissait plus. Néanmoins, sa première journée se déroula sans encombre mais lorsque le nuit commença à tomber Jya décida de trouver un lieu pour bivouaquer puisqu'il ne semblait pas y avoir de demeure dans les environs. Elle était en train de se résigner à cette idée quand elle crut voir une lueur à travers les bois. Intriguée, elle décida d'aller vérifier de quoi il en retournait. Peut-être était-ce des voyageurs ? Auquel cas elle pourrait tenter de se faire inviter...

Elle s'approcha, des bruits de voix étaient perceptibles, ce qui augurait la présence d'un campement. Son impression fut confirmée lorsqu'elle déboucha sur une petite clairière où un groupe de personnes venait d'établir leur camp pour la nuit. D'une certaine manière, cela soulagea Jyanna mais elle s'approcha d'eux avec prudence et méfiance.

- Bonsoir messieurs, dit-elle d'une voix claire et forte pour ne pas les surprendre. Serait-il possible qu'une jeune femme voyageant seule puisse se joindre à votre compagnie ?

Elle leur adressa un sourire, simple et sans exagération. Certes, elle avait l'habitude de jouer de ses atouts et de son charme, mais elle ne cherchait pas à les manipuler préférant leur laisser le choix. Sauf que Jinto en décida autrement. Le singe sauta au sol et se dirigea vers le feu, lançant des regards intrigués tout autour de lui et poussant de petits cris plaintifs, comme lorsqu'il réclamait de la nourriture.

- Jinto ! Viens ici petit chenapan, dit-elle sur le ton de la réprimande. Cet animal avait le don pour n'en faire qu'à sa tête et la faire tourner en bourrique.

Loin d'obéir à sa maîtresse, il s'approcha de la nourriture qui cuisait et s'assit devant, attendant qu'on veuille bien le servir. Jyanna fit quelques pas vers son auditoire avec un geste qui se voulait contrit.

- Veuillez l'excuser, son ventre commande la plupart de ses actes et... il est gourmand. Je m'appelle Jyanna et lui, c'est Jinto, ajouta-t-elle en désignant le petit animal.

Elle en avait profité pour se présenter, premier pas pour établir un semblant de confiance. Elle ne savait comment ils allaient réagir ses interlocuteurs, elle attendait leur réponse.


Dernière édition par Jyanna le Lun 22 Avr 2013 - 13:32, édité 1 fois
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Message Lun 12 Nov 2012 - 14:52

La chaleur d’un été suffocant avait pendant plusieurs jours été le seul compagnon de route à marcher aux côtés d’Elyas alors que le vagabond envisageait de se rendre à Port-Réal. Il n’y était pas retourné depuis des années, si les histoires courant sur le Fléau de printemps et les ravages que ce dernier avait causé dans les murs de la capitale étaient ne serait-ce qu’à moitié aussi impressionnantes que ce qu’on lui avait rapporté, le vieil homme avait le devoir de s’y rendre. La ville entière devait se résumer à une tragédie avec des représentations à chaque coin de rue et en tant qu’amoureux de l’improvisation ses tripes le poussaient à s’y rendre comme la lueur d’une flamme attirait les nuées de moustiques.

Il avait sué à grosses gouttes à chaque pas, sans pour autant se séparer de sa cape de voyage et de la capuche qui la terminait, profitant des points d’eau croisés sur son chemin pour redonner un rien de vie à sa carcasse assoiffée. Son personnage, l’image qu’il renvoyait au monde, impliquait que ses traits ne fussent pas trop aisément visibles, c’était ainsi aussi souffrirait-il au nom de son art. Finalement, au détour d’un sentier forestier, Elyas s’était trouvé de nouveaux et éphémères camarades. Peu intéressants pris séparément, les quelques membres du petit groupe constituait un ensemble agréable pour s’assurer de meilleures conditions de voyages, aussi le vieil homme se joignit-il à eux en échange de quelques contes à leur raconter le soir et de prétendus talents de rebouteux qu’il s’inventa pour l’occasion. Plutôt jeunes, ces braves gens s’en allaient prier devant le Grand Septuaire de Baelor pour que plus jamais le Fléau ne revienne hanter leurs terres, avec leurs dévotions ils espéraient s’attirer les faveurs des Sept. Une attention louable et une information valable que l’ancien saltimbanque garda précieusement de côté au cas où. Malgré toute leur bonne volonté ces personnes n’avaient rien de voyageurs chevronnés, et plus d’une fois ils prirent le mauvais croisement au détour d’un chemin sans que jamais l’ancien saltimbanque ne daigne les détromper, aussi pressé qu’il pouvait être lui-même il refusait pour cette fois d’interférer dans la mésaventure qui se jouait sous ses yeux.

Un soir un rien plus frais que les autres, alors que la petite troupe établissait son campement de fortune et qu’Elyas restait assis devant les flammes au milieu de l’agitation ambiante, il vit une silhouette sortir de l’obscurité pour se muer en jeune femme à l’allure… atypique. Dotée d’un physique plutôt avantageux elle semblait faite du même bois qu’eux, une voyageuse se rendant vers quelque destination avec cependant un attirail qui tranchait singulièrement par rapport au commun. Qu’était-ce donc que cette chose qui la suivait ? Une petite chose poilue et agile, qui lorsqu’elle s’approcha du feu donna l’impression d’une étonnante ressemblance avec un humain modèle réduit. C’était étonnant. C’était un rien perturbant. C’était aussi terriblement prometteur.

Le vagabond quitta sa position assise près du feu et du repas en devenir qui y cuisait pour se redresser et faire un pas vers la jeune étrangère, bras levés et sourire bonhomme sur les lèvres. Il tenait là un élément intéressant et il ne comptait pas le laisser filer avant d’en avoir admiré chaque facette.

« Les flammes sont faites pour réchauffer les cœurs et la nourriture pour remplir les ventres, mon amie. N’aie pas peur, aucun de nous n’est du genre à s’en prendre aux jeunes filles… même si certains de mes camarades ont une assez vilaine bobine pour le laisser croire. »

Elyas dévoila davantage de dents tandis que certains riaient doucement de ses paroles, délaissant leur tâche du moment pour regarder de plus près l’arrivante. Ah les publics faciles, toujours agréables pour l’ego mais peu aptes à faire progresser l’artiste, il quitterait leur compagnie avant de rejoindre la grande ville s’il ne voulait pas finir par mourir d’ennui.

La petite bestiole sauta avec souplesse des épaules de sa propriétaire pour filer vers les flammes en poussant des petits cris qui rappelaient vaguement… eh bien rien du tout, rien de ce qu’il avait jamais vu ou entendu ne se rapprochait de près ou de loin à cette chose. D’où pouvait-elle venir ? Quelle histoire inconnue amenait-elle avec sa petite fourrure ? Le vagabond s’accroupit juste devant l’animal et le dévisagea de longues secondes tandis que sa maîtresse le grondait gentiment. Un « Jinto », Elyas se demanda si elle l’avait nommé d’après son espèce ou, encore plus étrange, avait pris la peine de donner son propre titre à la bête. Bah, chaque chose en son temps.

Ce qui faisait office de meneur au groupe, un jeune homme un rien maigre avec des traits qui auraient pu lui attirer les faveurs de bon nombre de gueuses s’il n’avait pas été si pieu, invectiva la blonde : « On a chopé un lapin c’matin, avec des racines c’est bon, t’en voudras ? »

Le vagabond se redressa sans gestes brusques puis finit de couvrir la distance le séparant de sa vedette du soir et, prenant entre ses phalanges crasseuses la petite main aux doigts fins, l’invita sans brusquerie à les rejoindre.

« Dans l’ordre voici Emett, Guy, Ross, petit Pat, et Pouilleux. Tu ne veux pas savoir pourquoi on l’appelle comme ça, crois-moi. Moi on me nomme simplement le Vieux, ou Vieille charogne, mais ceux qui préfèrent ce nom-là ne figurent pas parmi mes amis ! »

Encore quelques rires trop facilement donnés de la part de son audience, cela avait presque autant d’intérêt que de jouer devant un poulailler, difficile de dire s’ils riaient parce qu’ils comprenaient le sens des mots ou se contentaient de caqueter sitôt que le vagabond avait fini de parler.

« Et toi mon amie ? L’on doit bien avoir une façon de s’adresser à toi en plus de ce nom, un métier, une origine, j’aimerais la connaitre. Ensuite nous pourrons manger jusqu’à laisser loin derrière nous les sombres souvenirs de famines et profiter de la nuit pour parler, conter, chanter même. Enfin pas toi Guy, tu as la voix d’un cochon égorgé. »

Nouveaux caquètements. Désespérant.

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Message Sam 24 Nov 2012 - 20:53

Un des hommes se leva et s'avança vers Jyanna dans une attitude bienveillante. L'homme, d'un âge avancé, semblait de bonne compagnie, il maniait le verbe avec un brio certain, atténuant des tares par des formulations et un ton bien choisis, ses paroles ôtèrent l'appréhension que ne pouvait s'empêcher de ressentir la jeune femme devant un groupe d'inconnus. Cela lui rappelait ses premières représentations, le public attendait quelque chose qu'elle, artiste, devait réussir à leur procurer à travers ses compétences, la pression était omniprésente jusqu'à ce que le calme ne prenne la place et permette l'expression artistique dans toute son ampleur. Sauf, qu'elle n'était pas devant un auditoire ce soir-là, quoique cela pouvait bien le devenir suivant le déroulé de la soirée. Les hommes étaient souvent faciles à cerner et à manipuler surtout quand il avait face à eux une femme sachant utiliser ses atouts. Jyanna n'en était pas encore là, mais elle avait déjà remarqué que certains n'étaient pas insensible à son charme, même si elle ne pouvait être qualifiée de femme à la beauté saisissante.

En tout cas, elle sourit gentiment en réponse à l'accueil du vieil homme, ce dernier sembla intrigué par la présence de Jinto, ce qui n'étonna guère la voyageuse, les singes étaient rares en dehors des Iles de l'Eté. Puis elle tourna la tête vers le jeune homme qui l'informa de leur prise du jour. Un lapin ? Avec des racines ? Voilà qui annonçait la couleur du repas, elle trouva cela tout à fait satisfaisant étant donné que le pays subissant une canicule depuis plusieurs années déjà. Edric lui en avait parlé ainsi que du Fléau de Printemps. Sombres nouvelles.

- Cela sera avec plaisir que je partagerai le fruit de votre labeur, par les temps qui courent il n'est pas tout aisé de manger à sa faim.

Puis le vieil homme vint quérir la main de la demoiselle pour la conduire vers le groupe, une invitation qu'il mit à profit pour présenter ses compagnons de voyage. Elle sourit à la mention de certains noms qui ne laissait aucun doute quant à leur origine en dépit des dires de son accompagnateur et adressa un regard curieux à ce dernier. Elle se demanda quel nom se cachait derrière ces appellations, car elle était quasiment certaine qu'il était bien plus qu'un simple voyageur, il détonait quelque peu comparé aux autres. D'ailleurs il s'enquit des origines de Jyanna, de son métier, de tout ce qui pouvait étoffer l'histoire de la jeune femme.

- Il est vrai que tous ne m'appelle pas Jyanna, se contentant d'user de mon titre de ménestrelle, répondit-elle tout en prenant place dans le cercle, à distance acceptable du feu. Tout comme je présume que vous même portez un nom que vos amis peuvent utiliser, non pas que je puisse prétendre à ce titre, simplement je trouverai dommage de devoir vous appelez le Vieux tout au long de la soirée.

Elle ajouta un petit sourire pour nuancer ses paroles qui pouvaient être perçues de manière un peu incisive. Néanmoins, son interlocuteur n'avait pas l'air de se montrer susceptible et elle doutait qu'il prenne ombrage, mais elle ne pouvait en être certaine. Elle remarqua que les voyageurs ponctuaient chaque intervention du vieil homme par des rires et autres bruits, certes il offrait des formules verbales agréables mais Jyanna jugea qu'il n'était pas nécessaire de réagir comme le faisait les autres, révélant une disparité entre les voyageurs.

- Vous semblez friand d'histoires. Seriez-vous conteur ?

Jya aimait fonctionner sur le principe du donnant-donnant, voire sur celui de prendre tout sans rien donner en retour. Cependant, si elle voulait en savoir plus sur ses compagnons d'un soir, elle allait devoir lâcher quelques informations.

- Je viens de par-délà les mers, des Contrées Exotiques, de Lys pour être précise. J'y ai passé une bonne partie de mon existence. Et là je me rends à Accalmie pour trouver un bateau en partance pour Port-Réal. Et vous ? demanda-t-elle à la cantonade, adressant un sourire à chacun.

Elle était restée relativement évasive sur elle-même, laissant l'opportunité à ses interlocuteurs de poser les questions s'ils désiraient en savoir plus. Généralement, les Contrées Exotiques suscitaient curiosité et mystère. Qu'en serait-il ce soir-là ? Jinto était resté au pied de sa maîtresse tout en observant la cuisson du lapin. L'odeur éveillait l'appétit de Jyanna et la perspective de chanter ou écouter des contes après le repas lui convenait.
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Message Dim 25 Nov 2012 - 21:07

Parmi les très nombreuses croyances qu’Elyas avait dans toutes sortes de domaines, celle en un hasard présidant à la vie de tous n’obtenait qu’au mieux du dédain de sa part. Comment les esprits des hommes, ceux-là mêmes incapables de comprendre ce qui les entourait à chaque instant, pouvaient-ils oser proférer pareille idiotie ? Des forces inconnues et terrifiantes ne cessaient de se mêler des histoires des mortels selon un schéma incompréhensible pour une mentalité aussi étriquée que celle d’un individu isolé. Le vagabond n’était à sa manière qu’une vague imitation de ces pseudo-entités éthérées, tout comme elles il jouait avec les destinées mais à une échelle bien plus réduite et brouillonne, comme un enfant singeant des artisans de génie. Rien n’arrivait sans servir les desseins de quelqu’un ou de quelque chose, aussi quand la jeune femme leur annonça qu’elle exerçait le métier de ménestrelle le vieil homme adressa une prière muette pour ce cadeau que sa bonne fortune lui faisait.

Musiciens et acteurs, bien qu’exerçant des arts différents sur bien des points ces deux disciplines appartenait au final à la même et grande famille d’artistes bien souvent itinérants. L’on accordait cependant plus de crédit aux manieurs de luths car la beauté des notes paraissait bien souvent plus… noble qu’une pièce improvisée au coin d’une rue. Il existait parfois une vague rivalité entre ces deux genres, principe qu’Elyas ne partageait pas pour la simple et bonne raison qu’un bon fond sonore ne faisait qu’embellir un texte. Oh avant la fin de cette nuit il soutirerait quelque mélopée à la jeune femme, assurément.
Bien vite le nom du « Vieux » ne suffit plus à Jyanna, chose qu’il comprenait. Maintenant que son intérêt était plus qu’éveillé par cette rencontre prometteuse le vagabond se voyait disposé à lui donner toutes les vérités que la joueuse de harpe voudrait entendre. Bien entendu, tout comme il existait bien des façons de jouer d’un même air, le vieil homme avait quant à lui appris à jouer avec les mots et les faux-semblants.

« Vrai qu’on ne m’a pas toujours appelé ainsi. Enfant c’aurait même été bizarre de se faire traiter de vieillard. Appelle-moi donc Mantris, mon amie, ce n’est pas le plus harmonieux des noms mais c’est le seul que l’on ait bien voulu me laisser. »

Prenant un faux air de conspirateur il murmura de cette façon si particulière que l’on avait de chuchoter pour se faire entendre de tous, surjouant le secret à l’encontre de ses autres camarades :

« Ils n’ont même pas voulu me le rembourser, ce nom crasseux, les bougres. »

Ross, le petit chef du groupe touillait avec soin le contenu du minuscule chaudron au fond presque percé par des années d’utilisation intensive. En ces périodes de vache maigre le bon métal valait presque autant qu’une vie, et de toute façon l’on ne jetait jamais rien chez les petites gens, par peur de le regretter. Lorsque la musicienne l’interrogea sur un éventuel talent artistique chez lui Elyas soupira d’aise en observant le modeste feu de camp danser au milieu des brindilles sèches.

« J’existe pour les histoires, mon amie, j’emmène celles des gens avec moi et je les garde en vie pour qu’elles prospèrent le long des routes. C’est entre autres pour cela que mes braves compagnons ne m’ont pas chassé à coups de pierres quand j’ai voulu rejoindre leur joyeuse petite expédition. Ils sont friands de contes sur les Sept alors il m’arrive de leur en offrir pendant qu’ils mangent puis je laisse la scène à d’autres pour qu’à leur tour ils participent. »

Un simple raisonnement convainquit Elyas du fait que la ménestrelle était loin d’être sotte. Voyager seule lorsque l’on était une femme rendait le moindre périple plus que risqué, surtout quand bon nombre de bois recelaient de crève-la-faim qui n’avaient plus rien à perdre par la faute de cet été trop généreux. Elle devait donc savoir jouer de ses capacités, encore une qualité à mettre sur son compte puisque l’ancien saltimbanque détestait le potentiel inexploité.

Même s’il ne laisse rien transparaitre de sa surprise subite, apprendre d’où provenait Jyanna lui fit l’effet d’un coup de poing dans les tripes. Essos ! Le mystérieux continent dont le vagabond avait entendu tant de récits ! La terre des mystères recelant un tout autre monde que celui-ci ! Lys, Lys, laquelle de ces cités indépendantes était-ce déjà ? Celle à la gigantesque statue sous laquelle passaient les navires ? Non. Non, non, non. Lys, la demeure des alchimistes aux cheveux dorés, voilà d’où elle venait ! Le peu qu’Elyas savait sur le sujet il le tenait du bouche à oreille et de légendes, savoir que le saltimbanque ne manquait jamais d’étoffer sitôt qu’on lui en laissait l’opportunité. Des dizaines de questions viendraient une fois qu’il aurait suffisamment acquis la confiance de sa vedette du soir, tellement à apprendre…

La foi exacerbée de Ross le rendait souvent peu à l’aise avec les femmes, aussi s’était-il limité au strict minimum de l’hospitalité en offrant à l’arrivante de partager leur repas, mais lorsque celle-ci les questionna sur leur destination le garçon se contenta de fixer le contenu bloblotant de la marmite sans desserrer les mâchoires. Elyas prit alors la peine de parler en leur nom :

« Mes amis s’en vont quémander la bienveillance des dieux au Grand Septuaire, ce sont des fils de fermiers devenus prieurs à défaut d’avoir un sol exploitable à bêcher. En ce qui me concerne Port-Réal m’a l’air d’un bon point de passage pour un nomade, surtout maintenant que l’épidémie s’est arrêtée. Hélas, contrairement à toi nous nous y rendons par la route terrestre, la piété ne fait pas le dragon d’or après tout. »

A sa déclaration il ajouta un sourire simple que l’on rencontrait chez bon nombre de patriarches bienveillants et humbles. Elyas se drapait dans le costume du vieux conteur sympathique avec une attitude paternelle afin d’écraser les derniers bastions de méfiance que l’on aurait pu avoir à son encontre, deux précautions valaient mieux qu’une quand le jeu en valait la chandelle.

« Puisque la tradition veut que les saltimbanques divertissent leurs camarades avant de se restaurer à leur tour que dirais tu de faire représentation commune pour ce soir, mon amie ? Tu jouerais pendant que je raconterais puis tes chants viendraient faire miroiter à ce cher public les milles merveilles d’un continent méconnu. »


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Message Ven 7 Déc 2012 - 19:07

Jyanna fut contente de pouvoir donner un nom au visage souriant du vieil homme, ainsi elle pouvait pleinement l'identifier et les noms pouvaient être source d'inspiration pour les ménestrels. Mantris... La jeune femme le prononça en sourdine pour s'imprégner de la consonance qui n'était pas aussi disharmonieuse que le prétendait son interlocuteur. Et elle partit d'un éclat de rire suite au murmure conspirateur de son vis-à vis. Elle appréciait l'humour dont il faisait preuve, laissant percevoir un homme aimant manier le verbe. Il lui rappelait vraiment les conteurs qu'elle avait eu l'occasion de côtoyer dans les îles ou sur les navires de son père adoptif. L'impression de la musicienne fut confirmée par la réponse de Mantris. Ainsi, il faisait vivre les histoires du continent et de son peuple. En se référant à son âge apparent, Jya en conclut qu'il devait avoir un répertoire assez conséquent que chaque rencontre devait enrichir. Un livre ambulant, renfermant un savoir qu'il partageait au gré de ses voyages. Pendant quelques instants, elle regretta de ne pas savoir lire, néanmoins elle trouvait plus de plaisir à écouter un histoire rendue vivante par l'interprétation de son conteur. Encore fallait-il que ce dernier soit compétent.

En tout cas, elle put constater que ses compagnons d'un soir faisaient preuve d'une certaine timidité à son égard, car aucun ne répondit à sa question concernant leurs origines et destinations. Mantris prit le parti de fournir une réponse à la demoiselle et lui expliqua que ses camarades se rendaient au Grand Septuaire. Elle hocha la tête, comprenant les difficultés rencontrés par les fermiers, même si elle n'avait que peu souffert de la canicule étant donné que sa présence sur Westeros était relativement récente, mais elle avait pu constater de visu les conséquences de ce temps trop chaleureux. Quant à Mantris, le simple attrait de la capitale l'avait décidé pour cette destination. Une vision que Jyanna partageait car elle s'y rendait pour les mêmes raisons. Port-Réal laissait miroiter des opportunités intéressantes pour les artistes, et d'un certaine manière cela lui permettra de renouer avec son passé.

- Puisse les Sept vous entendre, dit-elle à l'adresse de Ross et de ses compagnons puis se tournant vers Mantris ajouta, les temps sont durs mais certains nobles aiment profiter de petits plaisirs musicaux et la récompense est, généralement, à la hauteur de la prestation. Vous devez connaitre cela en tant que conteur.

L'attitude de ce dernier lui rappelait Coriolan son père adoptif, il employait parfois le même ton et la même gestuelle pour s'adresser à elle, comme un adulte envers son enfant. Cela lui laissait une drôle d'impression, mais la rassurait en même temps. Puis, Mantris proposa à Jyanna de partager ses talents musicaux avant de se restaurer.

- Ce sera avec plaisir que de chanter et d'accompagner vos récits avant de manger.

Sur ces paroles, elle fit glisser son sac de voyage devant elle et sortit ses instruments, vièle et harpe , montrant par la même occasion qu'elle pouvait adapter son jeu au récit choisi par le vieil homme.

- Quelle histoire allez-vous conter?

Elle lui adressa un regard interrogateur pour savoir ce qu'elle allait faire. Elle avait déjà accompagné des récitants à Lys, ce n'était pas toujours un exercice facile car elle aimait faire correspondre au plus près des émotions l'histoire et la musique, mais la difficulté ne la rebutait nullement, ayant été à bonne école auprès des meilleurs professeurs de la cité des arts. Quant à sa propre prestation vocale, elle avait déjà orienter son choix sur un chant contant les beautés des Contrées exotiques, comme l'avait prédit Mantris, et qui ne manquerait pas de captiver son auditoire, du moins l'espérait-elle.

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Message Mar 18 Déc 2012 - 23:13

A ces deux instruments que la belle extirpa de son sac de voyage Elyas adressa un long regard songeur. Puis, toujours porteur de ce sourire chaleureux saisissant de fausse sincérité, il répondit à la question de la jeune femme à voix mesurée :

« L’histoire que j’ai en tête nous parle d’une autre sorte de voyages que ceux que tu as dû connaitre, ceux-là sont durs, sombres, cruels mêmes, je crois que la vièle conviendrait mieux à ces thèmes. Arrives-tu à retranscrire par tes notes toutes les subtilités de la mélancolie et de la peur qui habitent le triste voyageur ? »

Après cette question le vagabond fit quelques pas devant son auditoire à présent rompu à l’art de l’écouter partager ses récits, même le taciturne chef de groupe lui accordait toute son attention entre deux inspections du repas à cuire.

« Laisse ma voix te guider, mon amie, ne t’en fais pas elle n’est pas si mauvaise compagne de voyage une fois que l’on s’est habitué à sa présence. »

A présent droit comme un i et mains croisées devant lui Elyas entama sa énième performance avec un air grave et une intensité sonore qui tenait presque du murmure poussant le public à offrir davantage d’attention plutôt que d’attendre les appels répétés du conteur :

« Tout d’abord permettez-moi de vous rassurer, aussi vraie que soit cette tragédie que vous allez découvrir, elle remonte à des siècles et vous n’avez aujourd’hui plus rien à en craindre. »

Un bon conte devait toujours titiller la curiosité et pousser le badaud à s’interroger sur la suite, c’était là une accroche des plus élémentaires mais aussi redoutablement efficace.

« Car oui elle s’est déroulée dans ces bois où nous nous trouvons en ce moment même, le Bois du Roi où les arbres ont vu suffisamment de choses pour conduire jusqu’aux abymes de la folie n’importe qui assez imprudent pour les écouter ! »

Ses lèvres gercées par le manque d’eau et le vent sec s’étirèrent pour dévoiler davantage de dents en un sourire féroce qu’il adressa à Jyanna tout en hochant la tête pour lui signifier qu’elle pouvait commencer à jouer. Le vieillard éprouverait ses talents de musicienne avant d’essayer de mettre à nu ses secrets sur l’autre continent, et il n’était pas un critique tendre quand l’interprète venait à manquer de passion !

« La forêt était encore dangereuse en ce temps-là, même les braves parmi les braves et les seigneurs qui en possédaient une partie rechignaient à s’y rendre quel que fut le prétexte, car bon nombre de légendes couraient à propos d’une présence maligne hantant les lieux. Mais il n’existe pas de règles sans exceptions, et un jeune meunier du nom de Tobby décida du haut de ses treize années qu’il voulait découvrir le vaste monde. »

Attendant les premières notes pour adapter le débit de ses mots et rendre la coopération artistique plus harmonieuse, Elyas continua :

« Car Tobby avait entendu dire qu’au Nord de la forêt vivaient les plus belles femmes du monde, à la peau douce comme un fruit de printemps et à la chevelure plus dorée que tout l’or des Lannister. Aussi l’homme à peine fait s’arma-t-il de son bâton pour décourager les voleurs et s’enfonça sur l’étroit sentier que la nature n’avait pas encore ravalé. »

Le petit groupe observait un silence de septuaire, ils étaient déjà très réceptifs à l’humour facile alors quelque sombre histoire les captivait aussi facilement qu’un moustique près d’une torche.

« Au fil de son périple les secondes devinrent des heures et les heures ne tardèrent pas à devenir harassantes journées sans fin suivies de nuits où cris inconnus et ombres éphémères ne cessaient de rôder près du garçon recroquevillé aux pieds d’une souche. »

Bloup, fit une bulle dans la marmite tandis qu’Elyas retrouvait sa mobilité pour constater avec satisfaction que pas une paire d’yeux ne se trouvait pas rivée sur sa personne. Il s’arrêta juste derrière Jyanna et posa une main sur son épaule.

« Quand Tobby parvenait à dormir ce n’était jamais reposant, il avait constamment l’impression que quelque chose l’observait, le touchait même parfois, grattant la pointe de ses pieds ou ses oreilles avant de filer aussitôt… »

Lors de cette dernière phrase le vagabond s’était penché de façon à avoir le visage au niveau de la tête de la ménestrelle, à sa gauche.

« Il semblait même entendre des mots parfois, mais prononcés par une gorge qui n’avait rien d’humain, et pourtant le petit meunier avait l’intime conviction qu’on l’appelait, non… qu’on le menaçait… ».

Sa tête fit un mouvement coulé pour passer à droite de celle de la musicienne.

« Empli de terreur le garçon vit le peu de courage qui lui restait fondre comme neige en été, il avait si soif, si faim… et impossible de retrouver son chemin, le sentier avait disparu depuis longtemps ! Et ces voix qui même de jour continuaient à le harceler, chuchotant presque à son oreille… »

Elyas marqua une pause de quelques secondes pour ménager ses effets.

« Alors que fit-il ?! Eh bien il courut ! Aussi vite qu’il le put malgré ses faibles forces ! Mais les voix se faisaient plus nombreuses, plus proches, plus terrifiantes ! »

Le vagabond se redressa pour aller finalement s’accroupir juste devant le feu de camp, la blanche fumée s’élevant entre lui et le public restreint.

« Près du bois l’on entendit des hurlements à chaque crépuscule pendant près d’une lune, et quand les habitants du village non loin osèrent finalement s’approcher pour voir de quoi il retournait, ils purent remarquer qu’un Barral avait poussé à quelques mètres à peine de la lisière, et que le visage en son tronc représentait les traits d’une jeune personne hurlant et dont les yeux pleuraient une épaisse sève pourpre… »

Il joignit ses mains comme pour simuler une prière, un sourire triste pour les dévots en face de lui et l’artiste des sons à ses côtés.

« Quelle morale en retirer ? Sans doute qu’en temps troublés il vaut mieux ne pas voyager seul, ou peut-être qu’il faut se méfier des bois qui dorment. »
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Lady Coeurdepierre
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Message Mer 19 Déc 2012 - 18:20

Deux artistes exceptionnels s'étaient trouvés ce soir-là par un hasard aussi heureux qu'improbable en ces lieux reculés, et peut-être était-ce une aubaine en effet pour la jeune femme nommée Jyanna, car est-il prudent pour une ménestrelle sans défense de voyager seule en un tel endroit ? Elyas quant à lui s'était acoquiné avec une petite troupe de dévôts, entichés de ses charmes particuliers, et tous accueillirent l'étrangère avec un louable sens de l'hospitalité, sans penser aucunement à abuser de la situation, ou sans le manifester, à moins qu'ils n'aient été effrayés par l'étrange créature poilue qui accompagnait la donzelle. N'aurait-on pas dit un démon ? Un démon nain, peut-être... mais le petit être ne montrait aucun signe d'agressivité pour l'heure, les Sept soient loués !

La conversation prit, comme une étincelle devient brasier, car les artistes savent faire feu de tout bois, lorsqu'il s'agit de jaser. Le vieux vagabond, qui se faisait appeler Mantris pour un soir, s'aventura à proposer une histoire bien différente des contes édifiants sur les Sept qu'il avait jusque-là servis à ses acolytes. Il ne craignait visiblement pas de les choquer, peut-être même espérait-il leur retourner les entrailles, et lire la peur dans leurs yeux écarquillés ? Les saltimbanques aiment à provoquer leur public... et celui-ci était du genre à user et abuser du pouvoir que lui conféraient sur les esprits simples son imagination et son talent indéniable.

Ainsi donc, il conta son conte, et quel conte était-ce là ! De ceux que les enfants réclament le soir à la veillée pour frémir et frissonner. Mais notre petite troupe ne se trouvait pas à cet instant confortablement installée dans la salle commune d'une auberge pleine de lumière et de vie, à l'abri de quatre murs solides et rassurants. La forêt était partout autour d'eux. Une forêt plus vieille qu'Elyas, aux racines profondes, aux frondaisons orgueilleuses. Ils semblaient l'ignorer, pour l'instant, mais les ignorait-elle pour autant ? Le vieil errant était tout à son numéro, plein d'assurance et de verve, mais quand l'orateur parle, si il sait bien à qui il s'adresse, sait-il pour autant qui l'écoute ? Lorsque l'on viole d'un verbe haut et vigoureux le tendre silence de la nuit, qui sait qui, ou quoi, l'on peut alors réveiller... Elyas contait et la ménestrelle qui partageait son feu l'accompagnait de sa musique. Autour d'eux, dans la noirceur murmurante de la forêt, les arbres étiraient leurs branches et les buissons prenaient des allures de bêtes endormies. L'on raconte toutes sortes de légendes autour du Bois-du-Roi, et Elyas en connaissait quelques-unes, mais il y en avait aussi qu'il ne connaissait pas...

Le petit singe de Jyanna s'agitait nerveusement près de sa bien-aimée maîtresse, mais personne ne l'avait encore remarqué, toute l'attention du groupe de voyageurs étant focalisée sur le spectacle. Toutefois le Bois-du-Roi n'était pas un théâtre de rue et ils ne tardèrent pas à s'en rappeler, car un hurlement plus perçant que celui d'un nouveau-né aspirant sa première goulée d'air déchira tout à coup l'obscurité, alors que le conte venait d'atteindre son dénouement sinistre. En lieu et place d'applaudissements, ce fut le silence qui s'abattit sur cette partie de la forêt, un silence plus dérangeant encore que les mille bruits inquiétants que l'on s'attend à entendre en pareil lieu.

Et dans ce silence, on put entendre un froissement mouvant parmi la végétation. Etait-ce le vent, ou bien... ? Un autre hurlement, plus proche, retentit alors. Etait-il humain ? Animal ? Surnaturel ? Bien malin qui aurait pu le dire, et parmi les pèlerins on commençait à se rendre compte de la présence oppressante de la forêt, que l'on avait oubliée un instant, le temps d'une flambée...
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Message Mer 26 Déc 2012 - 22:48

Jyanna se tenait prête à accompagner Mantris. Ce dernier choisit la vièle comme instrument pour illustrer son histoire, car elle concordait mieux avec ce qu’il avait prévu. Il était vrai que les meilleurs musiciens parvenaient à faire vibrer leur auditoire et parfois à retranscrire la scène de telle sorte que le public se l’imagine aisément.

- Je ferai de mon mieux pour les retranscrire, assura Jya dans un sourire confiant.

Le conteur prit position tandis qu’elle vérifiait le bon accordement de son instrument, il aurait été déplaisant de faire grincer les dents de ses compagnons d’un soir. Puis elle laissa le vieil homme débuter son histoire d telle manière qu’elle puisse s’imprégner du contenu et commença à faire courir l’archet sur les cordes quand il hocha la tête. Pour mieux s’immerger dans le récit, Jyanna ferma les yeux, de toute manière elle connaissait par cœur ses instruments. Le récit prenait place dans la forêt où ils se trouvaient ce qui renforçait les impressions ressenties et dévoilait une toute autre dimension de la région. Les deux artistes finirent par accorder leur débit pour obtenir une symbiose qui se voulait parfaite. La jeune femme espérait que le rendu serait à la hauteur de l’application qu’elle mettait dans son exécution. La solitude de la marche en forêt, la peur de l’inconnu et toutes ses émotions qui accompagnait le héros du récit, Jya faisait en sorte de les transposer en musique.

Elle rouvrit les yeux quand elle sentit les mains de Mantris sur ses épaules, geste qui ne manqua pas de la faire sursauter légèrement. Le conteur termina son histoire ; il avait subjugué son auditoire avec brio, et conté avec art le sort du jeune meunier. En fait, en portant son regard sur les bois alentours, elle ne put s’empêcher de frissonner légèrement avant de reporter son attention sur le feu dont la présence apportait un sentiment de sécurité. La morale de l’histoire collait parfaitement avec la soirée et Jya ne doutait pas que les parents usaient de tels récits pour inculquer quelques recommandations à leurs enfants. L’agitation de Jinto échappa à sa maîtresse, l’animal sentait que quelque d’étrange se passait dans ces bois. Un hurlement inhumain déchira l’air. Jyanna bondit sur ses pieds, le cœur tambourinant dans sa poitrine. Elle jeta des regards apeurés autour d’elle avant de se rapprocher instinctivement du feu et de ses compagnons. Le silence devenait pesant, comme si un danger se cachait derrière. Un nouveau cri retentit. Jinto sauta dans les bras de la musicienne, le poil complètement hérissé.

- Qu’est-ce donc ? demanda-t-elle d’une petite voix mal assurée à l’attention du vieillard.

Oubliée la cuisson du repas, oubliée la présence rassurante d’un groupe de voyageurs. Jyanna avait l’impression de se trouver désarmée face à un danger indéfini, ce qui ajoutait à l’angoisse qu’il générait. Elle serrait le manche de sa vièle à s’en blanchir les jointures. Elle était partagée entre l’envie de savoir et celle de ne pas quitter la zone éclairée par le feu. Animal, monstre ou simple illusion ? Elle n’en avait aucune idée, elle espérait que les hommes qui l’entouraient sauront pallier à la situation.

- Se peut-il que ce soit des loups ?

Supposition logique, mais Jya trouvait que les hurlements étaient bien différents que ceux de ses souvenirs.

- Vaut mieux rester groupé non ?

Parler, même d’une voix incertaine, lui donnait l’impression d’un léger réconfort. Néanmoins, elle se serait sentie nettement mieux en la compagnie d’hommes armés voire de guerriers. Enfin, elle se contenterait d’un vieil homme et de paysans, en espérant qu’ils trouveraient une solution à leur problème.
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Message Sam 5 Jan 2013 - 13:08

Prendre conscience que le public était accroché à ses lèvres tenait du délectable mais voir la scène s’animer d’elle-même pour refuser son épilogue au récit et lui donner une toute nouvelle dimension tenait du rêve devenu réalité pour le conteur. Au sein de la petite assemblée les diverses réactions à ce cri déchirant qui emplit la nuit furent aussi logiques qu’instinctives : d’abord les sursauts, puis l’incompréhension, et enfin la peur amenant à quelque acte de défense comme celui de se rapprocher les uns des autres. Elyas pour sa part ne bondit pas sur place lorsque ce hurlement probablement inhumain se fit entendre, il en avait trop vu et trop entendu pour céder à l’angoisse avec autant de facilité, pas plus qu’il ne réagit comme l’on s’y attendait de la part de quelqu’un de normalement constitué.

Ce fut avec une expression joyeuse et les bras levés qu’il accueillit le second cri, comme l’on venait à la rencontre d’un vieil ami depuis longtemps perdu de vue, la forêt avait entendu sa prière et leur faisait l’honneur d’y répondre à sa manière. Que demander de mieux ? Il ne s’agissait pas là de courage mais d’une forme alambiquée de pragmatisme et de dévotion envers ce qui peuplait les ténèbres environnantes. Si véritable danger il y avait là les forces présidant à la chose dépassaient de loin les capacités de simples mortels aussi si les bois désiraient réellement leurs vies alors la petite troupe ne pourrait rien y faire. Si au contraire les arbres ne désiraient que jouer avec eux il y avait alors matière à se divertir de la plus belle façon qui soit : en mettant à profit les craintes primales de l’homme. Le vagabond voyait cette intervention impromptue comme une bénédiction et non comme une menace, si bien qu’une multitude d’idées et de possibilités commencèrent à fuser dans sa cervelle retorse dès que ses compagnons commencèrent à réagir.

Elyas devait tout d’abord garder le contrôle de son audience, non pas en les rassurant mais en canalisant leur angoisse pour que si possible ils passent la nuit et aillent colporter cette nouvelle légende naissante au reste de la populace dans l’ensemble des sept couronnes. Car ainsi fonctionnait l’art du conte, par le bouche à oreille pour que les histoires survivent et que dans le cas présent elles enjoignent leurs porteurs à cette superstition craintive que l’ancien saltimbanque encourageait. D’autre part il lui fallait aussi préserver sa merveille du soir, à celle-là rien de fâcheux ne devait arriver car ses connaissances et la maitrise de son propre art la rendait plus précieuse que chacune des pieuses vies à leurs côtés en cet instant.

A la timide question de la ménestrelle Elyas répondit avec ce sourire paternel et chaleureux dont il avait fait son outil de travail depuis quelques heures et dit d’une voix pleine d’assurance :

« D’un rebondissement scénaristique comme l’on n’en fait plus ! Voilà de quoi il s’agit mon amie ! »

Le temps d’un hochement de tête et il se rapprocha du modeste feu de camp avant de s’adresser avec force à la masse craintive de paysans :

« Le Bois-du-Roi entend et répond aux légendes que lui content les simples mortels, et lorsque la nuit vient enserrer la flamme des vivants ceux-ci ne peuvent qu’humblement courber l’échine en préservant la lumière qui les garde ! »

Le ton devint petit à petit joyeux, à la façon dont l’organisateur d’une grande fête délivrait ses instructions pour les derniers préparatifs alors que les réjouissances étaient sur le point de commencer. Cette satisfaction n’avait même pas besoin d’être feinte, le vieillard s’amusait déjà comme un petit fou malgré le danger potentiel encore inconnu qui se terrait dans les feuillages.

« Ramassez ces branches et enroulez-y morceaux d’étoffes et tissus, qu’importe la beauté de la tenue que vous arborez si votre chair devient nourriture à racines ! Brandissez ces torches et rapprochez-vous, car l’histoire n’est pas terminée, elle vit avec vous et vous en écrivez une nouvelle page ! »

Le vagabond eut d’abord droit à plusieurs regards incrédules, pareil discours prononcé bien à l’abri derrière les hautes murailles d’un château n’aurait été au mieux que considéré comme délire d’un gueux devenu gâteux, mais ici, au beau milieu de la végétation indomptée, les vieilles peurs prenaient corps et la raison laissait place à l’instinct de l’animal traqué prêt à accomplir n’importe quoi pour voir une nouvelle aube se lever. Presque tous s’exécutèrent alors, arrachant le tissu de leurs manches ou de leurs maigres possessions non loin pour s’armer avec l’une des premières découvertes de l’homme : le feu.
Elyas revint vers Jyanna et d’une main douce mais ferme l’encouragea à se rapprocher du feu de camp.

« Loups, farceurs, monstre oublié depuis des millénaires cela peut-être n’importe quoi. Peut-être finirons-nous par le découvrir mais cela ne sera possible qu’en restant groupés comme tu le dis si bien. Rassemblez-vous autour du feu mes amis, et formez donc un cercle autour des flammes pour protéger notre nouvelle camarade à qui nous avons offert l’hospitalité ! A défaut d’avoir prêté les vœux du chevalier le Guerrier renforce le bras de tous ceux prêt à défendre une juste cause ! »

Des modèles de chevalerie on en était loin, les mains tremblaient, les genoux claquaient alors que le petit groupe se massait dos au modeste foyer, guettant avec crainte les fourrés alentours dans l’espoir dans voir bondir un simple renard blessé plutôt qu’une créature infernale née de leurs cauchemars les plus intimes. Le vagabond quant à lui ne quittait pas le côté de la ménestrelle.

« Je l’ai dit, notre représentation n’est pas encore achevée, recommence donc à jouer, peut-être cela suffira-t-il à apaiser ces ténèbres qui s’annoncent. Si tel n’est pas le cas nous marcherons main dans la main avec l’Etranger au rythme d’une dernière mélodie exécutée de main de maître. »

Quoique le destin ait décidé d’envoyer à leur rencontre Elyas brulait d’impatience, avide de découvrir si la chose virerait à la farce, au drame ou encore mieux, au mystère non résolu qui retournerait l’imagination des spectateurs contre eux.

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Message Dim 13 Jan 2013 - 10:23

Etait-il fou ? Telle fut la question qui traversa l'esprit de Jyanna quand elle constata l’allégresse dont faisait preuve Mantris face aux hurlements horrifiants que la forêt leur envoyait en réponse à son conte. Survivrait-elle à cette nuit ? D'ici à ce que le conteur se lance à la rencontre de l'inconnu pour satisfaire ses lubies il n'y avait qu'un pas, que Jya espérait qu'il ne franchirait jamais. Rester groupé lui semblait la meilleure option, contrairement à l'éventualité d'une séparation. Ses pensées tourbillonnaient dans son esprit, se mêlant à son imaginaire et pointant du doigt les peurs naturelles ou induites par les histoires qu'elle avait entendu. Pourtant, quand le vieillard parla d'une voix assurée, elle ne sut comment réagir. Devait-elle lui faire confiance ? Le calme dont il faisait preuve était communicatif, à l'image de sa maîtrise du récit qui captivait remarquablement son auditoire. Néanmoins, Jyanna n'était pas rassurée pour autant. Elle se trouvait en terre inconnue, n'ayant mis le pied à Westeros que depuis quelques mois, de surcroît en compagnie d'inconnus, bien aimables et sympathiques soit dit en passant. La jeune musicienne trouvait qu'il y avait un peu trop d'inconnus à son goût et elle se serait bien passé de ce rebondissement scénaristique comme l'appelait Mantris.

Elle le regarda s'approcher du feu, écoutant également ses paroles qui faisait des bois une sorte d'entité vivante, ce qui n'est peut-être pas loin de la vérité. La nature avait répondu de manière forte à propos à l'histoire du vieil homme et on pouvait se demander si elle n'avait pas une conscience cachée ou si quelque chose n'habitait pas ces lieux guettant le moment opportun pour s'attaquer au voyageur imprudent. Jya frissonna et secoua la tête pour en chasser les idées farfelues qui envahissaient son esprit. Elle ne devait pas se laisser submerger par ses émotions, comme lui avait enseigné Coriolan sur l'un de ses navires car un marin en proie à ses émotions ne peut s'attendre à sortir indemne face à une tempête. Plus facile à dire qu'à faire, se rendit compte la stormienne. Le vieil homme prit la situation en main ordonnant de se munir de torches, mais la suite de son discours suscita l'incrédulité des paysans et de la jeune femme. Qu'entendait-il par écrire une nouvelle page ? Qu'envisageait-il ? Se croyait-il sur la champ de bataille, épée en main, et sur le point de renverser le cours de l'histoire ? Jyanna grimaça, ne sachant que penser de tout cela, ce qui la paralysait presque. Pourtant, le conteur s'approcha d'elle et l'invita d'une voix douce mais ferme à venir plus près du feu. Elle ne se fit pas prier, lui adressant un sourire en demi-teinte et s'installant au plus proche du foyer tout en conservant une distance de sécurité, elle n'avait nulle envie de s'éloigner de la forêt pour finir griller par un feu de camp. Mantris forçait l'admiration, il parvenait à gérer la situation tout en gardant ce côté artistique qui caractérisait bon nombre d'artiste. Voir les hommes former un mur autour d'elle la rassura, tout comme la présence de Mantris. Pourtant, les dernières paroles de l'homme stupéfièrent Jyanna.

- Pardon ? Vous voulez que je joue ? répliqua-t-elle d'une voix vacillante dévoilant son incompréhension.

Ça y est, il avait perdu l'esprit. Hors de question qu'elle le suive sur ce chemin. Cependant, l'assurance, le calme et la détermination qui émanaient de Mantris la firent fléchir. Tout n'était plus que question de confiance. Elle se fit la réflexion que son camarade, vu son âge avancé, avait dû sillonner de nombreuses routes et rencontrer diverses situations plus inattendues les unes que les autres, et donc qu'il devait savoir ce qu'il faisait. Elle porta son instrument à son épaule et commença à jouer. Ses premières notes furent hésitantes, la musicienne ne savait ce qu'elle devait faire. Alors, elle suivit simplement son instinct. Ses mouvements se firent plus déterminés et justes, tirant tout d'abord une mélodie assez tumultueuse, reflétant sa peur, son appréhension et son incompréhension du moment. Puis les sonorités changèrent, devenant plus majestueuses comme pour saluer la suprématie de la nature sur le genre humain, la majesté qui se cachait derrière des arbres plusieurs fois centenaires, pour finalement prendre un rythme plus calme comme pour apaiser les forces surnaturelles que le conte semblaient avoir réveillé et leur montrer qu'elles n'avaient rien à craindre du petit groupe. Elle termina sur une conclusion légèrement interrogative, demandant ce qu'il allait advenir, ce que ce phénomène étrange et imprévisible allait leur réserver.

Elle finit par baisser les bras, indiquant qu'elle avait fini son échange avec les bois. Elle jeta un regard interrogateur à Mantris, n'osant briser l'atmosphère qui s'était instauré. Néanmoins, son regard était tout à fait éloquent, elle voulait savoir ce qu'ils allait faire maintenant.
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Message Mer 16 Jan 2013 - 9:51

La pauvre petite chose avait presque tremblé sous sa main alors qu’Elyas l’avait encouragée à se rapprocher de la présence rassurante du feu et de ses autres compagnons. Ah la jeunesse et ses petites craintes, tant de pensées, tant de doutes à propos des nombreux lendemains potentiels qui les attendaient, tant de questions auxquels il fallait encore trouver des réponses ! Cela les rendait plus manipulables et pour cela le vagabond remerciait la crédulité de la nature humaine, mais de temps à autre il lui arrivait presque de les plaindre. Quand lui trouvait toujours matière à se réjouir ou à retourner la situation à son avantage, eux se laissaient emporter par des émotions parasites inutiles qui les empêchaient d’user correctement de leur cervelle. Les autres voyageurs à leurs côtés en donnaient un exemple criant, tous restaient parfaitement mutiques tandis que leur propre imagination leur causait davantage de dégâts que tout ce qui pouvait se cacher dans ces arbres et ces buissons.

En demandant à la Menestrelle de continuer à jouer le vagabond cherchait tant à se divertir qu’à maintenir son emprise crasseuse sur les évènements en cours, si les autres gueux cédaient pour de bon à la panique le danger jusqu’à lors simplement supposé pourrait devenir bien plus réel mais pas à cause de quelconques forces surnaturels. Le Bois-du-Roi comptait bon nombre de brigands en temps normal et encore davantage depuis que la campagne asséchée avait poussé moult paysans à préférer une carrière moins glorieuse mais plus profitable que des coups de bêche sur un sol aride. Sa « suite » lui épargnait bien des tracas et il rechignait à s’en séparer pour l’heure. Le véritable jeu consistait à leur coller une frousse suffisante pour leur donner des souvenirs impérissables mais pas au point de leur faire prendre leurs jambes à leur cou. Il y avait aussi Jyanna, bien entendu, pour celle-là Elyas ne désirait pas que sa peur bloque ses pensées au point de rendre inerte cette bouche qui avait pourtant tant de choses à raconter sur l’autre continent. Elle devait rester aussi vivante que saine d’esprit, aussi la pousser à continuer sa représentation permettrait à la concernée de s’occuper les mains suffisamment longtemps pour que passe l’angoisse.

La musicienne lui répondit avec incrédulité devant l’étrangeté apparente de sa requête, Elyas y répondit simplement avec son plus beau sourire et en opinant du chef alors qu’il parlait :

« Tout cela n’est sans doute que le rêve de nos esprits enfiévrés par la nuit et la chaleur, mais si la forêt s’est belle et bien éveillée pour venir réclamer son tribut aux pauvres mortels que nous sommes peut-être l’acceptera-t-elle sous la forme de ton art. »

« Mes contes s’adressent à l’esprit, mon amie. » poursuivit-il en se tapotant la tempe de l’index. « Tes notes se ressentent, tant par ce qui bouge et respire que par le reste, alors je te le demande : joue nous ce que tes talents ont de mieux à offrir car nos vies sont potentiellement liées à ta prestation. »

L’un des pèlerins gémit involontairement en entendant cela, si l’un d’entre eux venait à céder celui-ci serait le premier, le maillon faible face à la pression de l’obscurité et du danger suggéré par les bons soins de l’ancien saltimbanque. Alors que la ménestrelle reprenait son instrument en main et laissait sa mélodie emplir feuilles, écorces et oreilles effrayées, Elyas s’approcha du benêt sur le point de souiller ses braies en prenant bien garde à ne pas le prendre par surprise pour éviter qu’il ne sursaute. Par respect pour la musicienne qui jouait au même moment il baissa d’un ton et s’adressa au concerné, petit Pat qui comme le voulait la fine logique des surnoms était le plus massif d’entre eux, un gaillard autrefois solide qui conduisait les bœufs dans les champs mais que les récentes privations avait fortement amaigri :

« Ne faiblis pas, quitte le cercle et nous peinerons à retrouver tes restes si nous y arrivons jamais une fois le jour revenu. Tous nous finissons par nous présenter devant le Père pour être jugés, et il n’est pas dans ton intérêt de t’y rendre après une fuite éperdue et une mort en tant que lâche. »

L’autre ne répondit même pas, sa peur instinctive désormais partiellement occultée par celle plus subtile de ses croyances propres, et se contenta de secouer la tête tout en resserrant sa prise sur la torche improvisée et déjà mourante qu’il tenait entre ses doigts tremblants. Ah comme elle était douée ! Sa musique trouvait le ton juste par rapport à la situation et bientôt les dernières notes moururent et laissèrent le petit groupe sur le qui-vive dans un profond silence que le vagabond se décida à briser au bout d’un moment.

« Comprends le bien mon amie, Westeros est une vieille contrée encore plus ancienne que les terres exotiques dont tu arrives. Si vieille que nous qui l’arpentons de long en large et tirons notre subsistance de son sol nous ne savons au final que bien peu de choses sur ce qui y a jadis laissé sa marque. La forêt nous l’a prouvé, nous ne sommes que peu de choses en comparaison et si la menace est bien réelle nous ne verrons l’aube prochaine que grâce à son bon vouloir et à l’offrande que tu viens de lui faire. »

Laissant les autres tenir lieu de sentinelles de fortune Elyas s’assit tranquillement près du feu et de Jyanna, souriant et satisfait de cette soirée tandis que la présence menaçante de la végétation environnante semblait glisser sur lui comme de l’eau de pluie.

« En attendant la mort ou l’heureuse suite de nos existences, parlons un peu. Tu disais être allée dans l’une de ces grandes cités de l’autre côté du Détroit, de quoi cela avait-il l’air ? Les gens ? Leurs coutumes ? L’harmonie dans leur phrasé et la forme des mots dans leur langage ? »

Dans un chêne non loin se fit entendre un léger martèlement effréné, mais ce bruit-là ne trouvait sa source que dans le bec d’un modeste pivert pour lequel le vieil homme n’avait que peu d’intérêt.
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Message Sam 9 Mar 2013 - 20:46

Mantris avait ce don de prendre le contrôle d'une situation par ses simples paroles. Jyanna s'en rendit compte quand elle acheva de jouer pour la forêt. Il l'avait amené à expérimenter une nouvelle dimension de son art. Seule, elle aurait trouvé cette entreprise ridicule, pourtant à cet instant-là, la jeune femme considérait son action comme logique. Elle ne doutait pas que les années d'expérience du conteur l'avait amené à se confronter à divers publics dont il devait maintenir l'attention et les guider vers les émotions et ressentis qu'il désirait leur faire vivre. Un talent indéniable habitait cet homme, puisqu'il avait réussi à enrayer à la frayeur de ses compagnons de voyage.

Vieille contrée, elle hocha la tête. Il n'avait pas tort, mais elle espérait sincèrement ne pas être confrontée à des forces obscures voire divines, forces qui dépassaient la cadre de ses compétences. Bien que Jyanna ne soit pas une fervente croyante, elle n'en restait pas moins sensible aux manifestations fantastiques. Le fait d'évoquer les forces ancestrales de Westeros amena Jya à repenser à Valyria, la cité fantôme des anciens maîtres du monde. Beaucoup prétendaient que les ruines conservaient en leur sein monstres et autres créatures fantaisistes, même si la cité à été engloutie pas le Fléau de Valyria. Personnellement, la jeune blonde n'avait jamais cherché à vérifier ces diverses théories. La tension était toujours palpable dans la clairière mais tendait à redescendre. La jeune ménestrelle frissonna de froid, comme si les émotions qui l'avait habitée avaient disparu, la laissant sans force. Elle finit par s'installer près du feu dont elle trouvait la chaleur réconfortante. Mantris la rejoignit et aiguilla la conversation vers les Contrées Exotiques. Un sujet qui détendrait certainement la jeune arrivante.

Il y avait tellement de choses à raconter sur les Contrées que Jyanna ne savait pas quel bout commencer. Alors elle se décida pour Lys, ville où elle avait passé la majorité de son temps puisque c'était le port d'attache de Coriolan, son père adoptif. Elle adressa un sourire à l'homme assoiffé de nouvelles histoires.

- Je préférerai une issue heureuse, confirma-t-elle. Quant aux Contrées... Elle sont tellement vastes et peuplées de différentes cultures que je pourrai passer la nuit à en parler. Alors je vais commencer par Lys, la ville où j'ai grandi. Elle ne se trouve pas sur le continent de l'est en lui mais sur les îles qui jalonnent la mer entre Westeros et Essos, le territoire de l'est. Cette ville est surnommée la Sœur Parfumée et les arts y ont une place particulière.

Elle lui expliqua l'attention particulière que les Lysiens portaient à la beauté, à l'amour et à l'art. Elle lui conta les merveilles architecturales de la ville, l'art tisserand et les tapisseries colorées vendues à travers les îles. Mais surtout, elle essaya de lui faire toucher le ressenti qu'amenaient les parfums qui emplissaient les rues de la ville. Tentative difficile. Retrouvant l'assurance d'un discours abordant des thèmes connus, Jyanna poursuivit en racontant les lieux qu'elle avait eu l'occasion de visiter comme les île de l'Eté, la diversité des paysages et des cultures. Cependant, elle aborda également les cités particulières qui parsemaient le continent d'Essos et qui véhiculaient nombres de rumeurs. Toutes ses histoires ravivèrent des souvenirs chaleureux, mais aussi douloureux d'une personne loin de ses racines. Bien que Jyanna soit née dans les terres de l'Orage, elle considérait les Contrées comme sa maison.

- Voilà à quoi ressemble les Contrées exotiques, elles sont autant empreintes de mystère que la terre de Westeros, toutes autant porteuses d'histoires...

Le sourire aux lèvres, son regard avait été absorbé par les flammes pendant son récit, elle reporta son attention sur son interlocuteur, désireuse de voir si le poids de ses mots avait touché le conteur et s'ils avaient satisfait la curiosité de Mantris. Elle se tenait prête à répondre à toutes nouvelles interrogations, elle lui fournirait les précisions demandées dans la mesure de ses connaissances. Jinto s'était endormi aux pieds de sa maîtresse et elle caressa sa fourrure du bout des doigts, oubliant un peu ce qui l'entourait.
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Message Jeu 11 Avr 2013 - 21:35

Les dernières notes de la mélodie jouée moururent et avec elle presque tout bruit environnant autre que la respiration sifflante des gueux parodiant une formation de combat autour du feu de camp. Il n’en fallait jamais beaucoup pour effrayer la roture, cela Elyas ne cessait de le vérifier en semant de sombres histoires et des évènements malheureux partout où il trainait sa carcasse crasseuse. Ces gens-là étaient simples et de fait raisonnaient tout aussi simplement avec un certain pragmatisme : Tout ce qui demeurait inconnu pouvait s’avérer dangereux, il n’existait que peu de choses moins dangereuses qu’un humble cultivateur, de fait le paysan moyen avait tout intérêt à craindre l’inconnu en question et à s’en éloigner de préférence au pas de course. Sans les mots du pouilleux pour jouer avec leurs émotions et les notes de la ménestrelle pour occuper leurs pensées ils auraient déjà fui chacun de leur côté en couinant et en agitant les bras comme les proies qu’ils restaient.

Fort heureusement un certain apaisement commença à emplir les lieux, sans avoir la moindre preuve de la fin de la menace –si menace il y avait vraiment eu- les épaules se firent moins raides, les regards moins nerveux, quelque chose dans l’air semblait souffler que le danger avait décidé de s’en aller voir ailleurs. D’un œil plus terre à terre l’on pouvait aussi supposer sans peine qu’il s’agissait tout simplement de la fin d’une légère hystérie collective après qu’un quelconque lapin se soit empêtré dans un fourré non loin. Cette version là Elyas se garderait bien de la raconter, les existences se limitaient à des questions de mise en scène et il ne voulait toujours pas dissiper la crainte du surnaturel qui leur tenaillait les entrailles à tous. Avec une peur primale et instinctive son public se réduisait à un groupe de veaux affolés mais simplement pourvus de cette angoisse ils n’en devenaient que plus manipulables et au fond amusants.

La jeune femme aux cheveux blonds décida ensuite de satisfaire sa curiosité et l’ancien saltimbanque lui offrit toute son attention, chaque mot, chaque description resterait gravé dans sa mémoire tant ces informations sur les terres lointaines demeuraient rares même pour qui avait vécu plus d’un demi-siècle et arpenté bien des endroits. Une multitude de petits détails lui furent offerts tandis qu’il hochait la tête d’un air affable à chaque nouvelle réplique, le vagabond alla même jusqu’à découvrir quelques dents jaunies en un sourire rieur et pour une fois parfaitement sincère. Tout dans ce que Jyanna racontait l’intéressait, même ce qui aurait semblé négligeable à d’autres, car de ces villes bien réelles dont elle l’entretenait il ferait naitre ses propres contes et l’art du récit reposait sur ces éléments crédibles derrière lesquels se dissimulait la fiction. Déformer la réalité à son avantage mais ne jamais totalement s’en émanciper, tel était le jeu de fol auquel se livraient les conteurs car nul ne trouvait la vérité crue digne du temps passé à l’écouter tandis que les histoires navrantes utilisant des ficelles aussi grossières que des cordes avaient tendance à bien vite lasser.

Sa camarade du soir ne se limita pas à cette seule cité dans l’énonciation de ses souvenirs, pour le plus grand plaisir d’Elyas qui une fois encore n’en manquait pas une miette. En quelques minutes il en apprit davantage sur Essos qu’en une enfance entière à roder dans les docks de Goëville à épier les marins et leurs conversations. Bien que différentes dans certaines de leurs coutumes les différentes Couronnes de Westeros n’en restaient pas moins liées par la cohésion qu’avait apportée la Conquête des Targaryen tandis que de l’autre côté du Détroit l’on avait droit à une multitude de petites nations luttant pour assurer leurs possessions et les étendre. Tant de rêves à mourir dans l’œuf, tant d’espoirs, tant de manigances… Cela le faisait tout simplement rêver.

Lorsque la ménestrelle en eut terminé le pouilleux se saisit délicatement de ses doigts et apposa brièvement sur le revers d’une main un baiser aux lèvres vieilles et gercées. Cette nuit aurait été plus que profitable et sa curiosité comme sa faim de nouveautés s’en trouvaient repues pour l’heure, répondant au sourire qui lui était adressé il répondit :

« Et je ne doute pas du fait qu’une vie d’homme ne suffirait à les entendre toutes. Ainsi est la tristesse de notre mortalité mais tu as toute ma reconnaissance pour ces mots, mon amie. A Port-Réal, dans les humbles quartiers que l’on nomme Culpucier se trouvent plusieurs auberges, si tu décides un jour de t’y rendre n’oublie pas de dire que tu es une connaissance du vieux Mantris. Je n’ai pas la prétention de connaitre tous les tenanciers là-bas mais je suis en bons termes avec certains et il reste possible qu’ils t’offrent le gîte et le couvert si tu as de la chance. »

Ses propos n’étaient rien qu’un tissu de sornettes bien entendu, l’ancien saltimbanque veillait scrupuleusement à ne presque jamais utiliser deux fois à la suite le même surnom pour des raisons évidentes de sécurité. Effectivement on le connaissait dans certaines auberges mais certainement pas au point d’accueillir à l’œil certaines de ses connaissances, c’était même plutôt le contraire étant donnée sa forte propension à semer ses petites graines de malheur sur sa route. Mais la jeune femme avait comme le reste des personnes présentes droit à sa petite dose d’espoir et de joie pour cette nuit, le souvenir d’un vieillard aimable qu’elle ne reverrait jamais lui réchaufferait peut-être le cœur un jour et pour une fois Elyas ne désirait pas entacher la chose. Faisant signe à ses camarades de se détendre pour grignoter un morceau il s’allongea sans guère de cérémonie près du feu, la tête appuyée sur un coude.

« Puisqu’il semblerait que nous n’allons pas mourir cette nuit mangeons un morceau et dormons, la nuit est déjà bien entamée et tous nous méritons un peu de repos avant de reprendre la route demain. »

Le vagabond n’oublierait jamais cette rencontre, tout comme il n’aurait de cesse de s’interroger sur la véritable nature de ce qui était venu perturber leur bivouac, mais au fond par amour du mystère même lui ne désirait pas connaitre la réponse à cette question.

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Message Lun 22 Avr 2013 - 13:31

Au fil de la soirée, l’atmosphère retrouva petit à petit une certaine quiétude. Les compagnons de voyage de Mantris avaient trouvé place autour du feu et Jyanna constata que certains avaient prété oreille à son récit sur les différentes régions du continent d’Essos. Le vieux conteur avait quant à lui écouté chacune des paroles de la ménestrelle avec attention comme le révéla son attitude, hochant la tête pour souligner certains faits énoncés sans pour autant interrompre la demoiselle. En tout cas, cette dernière ne s’attendit guère à recevoir un baisemain en remerciement de son histoire. Elle sourit à son interlocuteur, rougissant légèrement.

- Je pense Mantris qu’il vous sera tout à fait possible dans les années à venir de vous rendre dans les Contrées Exotiques pour entendre et voir tout ce dont je n’ai pas pu vous parler.

La mention de Culpucier renvoya Jyanna plusieurs années en arrière, avant son départ pour Lys. Qu’était donc devenu ce quartier qui l’avait vu grandir pendant quelques temps ? Elle se demanda si les personnes qu’elle avait connues à cette époque étaient toujours vivantes et si elles résidaient toujours en ces lieux qui conservaient une réputation de coupe-gorge. A moins que tout cela n’ait changé pendant son absence. Etant donné qu’elle se rendait dans la capitale, elle passera à n’en pas douter près de Culpucier et elle pourra se faire sa propre opinion quant à l’évolution de la ville. Le vieil homme finit par lui offrir une sorte de passe-droit auprès des aubergistes de ce quartier bien particulier. Elle n’en attendait pas tant pour avoir simplement raconté ce qu’elle savait des Contrées mais elle accepta avec joie, cela lui faciliterait la vie et elle pourra ce consacrer pleinement à son art.

- Merci Mantris, je vous en suis reconnaissante. Je ne manquerai pas de leur faire savoir que je suis une de vos connaissances. Il est toujours utile d’avoir des amis dans les grandes cités.

Puis le conteur s’installa près du feu, enjoignant ses camarades à profiter du reste de la nuit pour se reposer. La jeune musicienne ne se fit pas prier, car maintenant que la tension l’avait désertée elle sentait les prémices de la fatigue gagnait chacun de ses membres. De plus, il lui restait encore bon nombre lieux avant d’atteindre sa destination, alors autant prendre du repos. Avant de s’allonger près du feu, elle jeta un dernier regard vers la forêt comme pour s’assurer qu’aucune mauvaise surprise n’allait surgir de la lisière. Rien de suspect ne vint confirmer ses craintes et elle finit par s’endormir.

Les piaillements des oiseaux accueillant le lever du jour tirèrent Jyanna du sommeil. La journée s’annonçait claire ce qui la rassura pour la suite de son périple. Elle entreprit de ranger ses affaires et de fermer ses sacs. Puis elle se restaura avec un repas frugal. Elle fit une partie de la route en leur compagnie avant de saluer et de remercier ses compagnons d’une nuit pour poursuivre sur une route différente. Bien que leur destination finale soit la même, la ménestrelle n’emprunta pas les même routes. Elle avait l’intention de séjourner quelques temps à la Griffonière pour gagner un peu d’argent grâce à son art et potentiellement accroitre l’éventail de ses clients. Après les Martell et les Estremont, la jeune femme espérait voir sa réputation grandir sur ces terres qui l’avaient vu naître. C’était la perspective de tout musicien de jouer pour les plus grands et de voir leur art reconnu. Portée par ces objectifs attrayants, le pas de Jyanna se fit allègre et elle marcha bien plus que la veille, se rapprochant de manière inéluctable de sa destination.
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