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N'est-ce pas la curiosité qui nous retient à la vie ? ▬ Libre

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Message Jeu 8 Nov 2012 - 15:08

     Quitter Murs-Blancs n'avait pas été très compliqué pour Lyra : elle n'y gardait que de mauvais souvenirs. Enfin non, pas uniquement. C'était à ce moment où elle avait à nouveau croisé la route de Maël et que la Mère Rivière avait décidé de la pousser dans la bonne direction. La discussion que la jeune femme avait eu avec son ami d'enfance ce jour-là, avait été déterminante pour elle. La dame qui l'avait tirée de Lancehélion en faisant d'elle sa dame de compagnie, était décédée. Elle était déjà très âgée lorsque la roturière était entrée à son service et plusieurs autres serviteurs murmuraient qu'elle ne passerait pas l'année. Apparemment c'était la vérité puisque lady Elasha avait rendu l'âme le jour même de son arrivée à Murs-Blancs. Même si la Dornienne ne connaissait pas extrêmement bien la dame qu'elle servait, elle s'était sentie grandement attristée de la situation, non parce qu'elle perdait là son emploi, mais parce que la mort d'une personne la chagrinait toujours. La demoiselle avait donc été remerciée par les autres membres de la maison dont était originaire lady Elasha, ils avaient fait savoir à Lyra que sa présence n'était plus requise et qu'elle pouvait donc rentrer chez elle. Mais où était ce « chez elle » justement ? Lancehélion ? Sans aucun doute, la jeune femme n'avait jamais grandi ailleurs que dans la capitale de Dorne, elle n'était pas désireuse de s'installer dans une ville qu'elle ne connaissait pas et surtout, entourée d'individus qu'elle ne connaissait pas et qui pouvaient lui être hostiles. La demoiselle était perdue, mais elle avait quelques économies pour espérer pouvoir rallier sa ville natale, bien qu'elle craignait particulièrement le passage des Montagnes Rouges et des brigands réputés pour délester les voyageurs de leurs biens. Certes, elle ne possédait rien, mais voyager seul était impossible, il faudrait donc que la Dornienne s'allie à des marchands ou une caravane quelconque, ce qui signifiait que cela décuplait aussi les risques d'attaques.

     L'arrivée de Maël avait donc été inattendue, surprenante, mais surtout salutaire. Elle n'avait pas oublié leur dernière discussion à Villevieille lorsque le tailleur lui avait avoué la nature des sentiments qu'il nourrissait à son égard et la roturière avait promis de lui donner une réponse à leur prochaine discussion. Ce fut celle qu'il espérait, du moins c'est ce que le sourire de Maël lui indiqua lorsqu'elle lui déclara ressentir la même chose que lui. Très naturellement, Lyra avait abordé le fait qu'elle devrait rentrer à Dorne en raison de la mort de sa dame et de l'inutilité qu'elle avait à présent et très naturellement, Maël avait suggéré qu'elle puisse l'accompagner à Villevieille. Vivre dans le Bief et quitter sa belle Dorne avait été une chose qu'elle ne pouvait imaginer, du moins jusqu'à ce jour. L'idée de suivre tout simplement l'homme qu'elle aimait lui sembla plus importante que le lieu où elle vivrait – et elle l'espérait où ses enfants viendraient au monde – c'était la personne à vos côtés qui comptait, pas le reste. Elle avait donc accepté. Sans hésiter.

     C'était donc pour cette raison qu'elle se retrouvait sur la route aux côtés de son ami de toujours et de la mule qui lui servait d'animal de bât. Ils n'étaient pas riches et au fond, leur vie sera certainement loin d'être aussi belle que celle de bien des gens, mais Lyra était habituée à vivre simplement et elle portait bien plus d'importance à son bonheur qu'à sa richesse. Bien des nobles étaient tristes et monotones alors que les roturiers tiraient leur bonheur des moindres moments agréables. Ainsi donc le voyage, qui à l'allée avait été plutôt rude et assez triste, fut une partie de plaisir aux côtés de Maël. Ils devaient bien évidemment faire une halte dans les villages qu'ils traversaient et de temps en temps histoire de se reposer et d'acheter quelques provisions et Lyra profitait généralement de ces moments de repos pour se lancer à la découverte des bourgades de cette région. Le froid était rude, la malheureuse Dornienne portait de simples robes légères qui ne couvraient que l'essentiel et possédaient un tissu suffisamment fin pour laisser le vent passer. À Dorne c'était supportable quelle que soit l'époque de l'année, mais ici...

     Quoi qu'il en soit, ils firent halte dans un village du coin un soir et après s'être occupée de s'assurer que Maël allait bien, la demoiselle s'éclipsa pour partir à l'aventure dans les ruelles du village. Elle ne pouvait s'empêcher de se demander s'il n'y avait pas de nouveaux rebelles – comme à Murs-Blancs – qui se cachaient à tous les coins de rue, mais bien évidemment, ce n'était pas le cas. Il était vrai que Lyra avait une certaine capacité à tout tourner au drame et à échafauder les pires possibilités et ne pouvait s'en empêcher qu'à condition d'occuper son esprit. La demoiselle était donc sortie dans la rue pour commencer à vadrouiller le nez au vent, sans réellement savoir où elle comptait aller. Avoir grandi à Lancehélion lui permettait au moins de ne pas craindre de se perdre dans une ville inconnue, elle retrouvait toujours son chemin ! Alors que ses pieds nus foulaient le sol pavé des ruelles, l'attention de la jeune femme fut attirée par deux dames en train de glousser derrière leurs mains. Ce que ces dames pouvaient être risibles, heureusement que lady Elasha n'était pas du même acabit ! Lyra leva les yeux au ciel d'un air lassé avant de tourner la tête pour suivre leur regard – après tout autant savoir ce qui transformait une dame en dinde – puis posa les yeux sur une silhouette vêtue aussi simplement que celles autour d'elle. Une masse de cheveux foncés lui tournait le dos et Lyra l'observa en silence, plantée au milieu de la rue jusqu'à ce que quelqu'un lui rentre dedans.

     ▬ Hey ! Faites attention ! »

     L'homme qui venait de la bousculer lui décrocha un regard contrarié et Lyra jugea préférable de décamper, elle se dirigea donc vers la silhouette inconnue au moment où l'homme - puisqu'il semblait que s'en était un, même de dos - se retourna pour prendre une autre direction et fendre la foule. La Dornienne eut juste le temps d'apercevoir une d'épée qui pendait à son flanc et aussitôt, la curiosité de la jeune femme fut piquée, elle s'imaginait déjà toute une foule de choses, était-ce une épée aussi particulière que celle de ser Oberyn Dayne ? Les questions se bousculaient dans sa tête et sans trop réfléchir, la Dornienne emboîta le pas à l'inconnu en le suivant, quelques mètres en retrait pour qu'il ne remarque pas son intérêt. Pourquoi ? Aucune idée, elle voulait essayer de voir cette épée de plus près sans pour autant aborder l'homme en question, Lyra avait déjà tellement été rabrouée dès qu'elle avait eu l'audace d'aborder des gens, elle ne tenait pas à réitérer l'opération immédiatement. Persuadée d'être la discrétion faite femme, la suivante pistait donc l'homme qui marchait dans les rues de la bourgade, s'arrêtant de temps en temps pour faire mine d'observer une marchandise sur un étal lorsqu'elle voyait que l'homme s'attardait. Consciente d'agir comme une enfant, Lyra se pressait de chasser les pensées qui essayaient de la rappeler à la réalité, ce n'était pas comme cela qu'une suivante devait se comporter ! Mais lady Elasha n'était plus là pour lui tirer les oreilles dès qu'elle regardait sottement l'épée d'un garde et de toute manière, elle n'était plus une suivante ! La patience n'était pas son fort lorsqu'elle ne savait pas pour quelle raison elle devait attendre, il fallait donc qu'elle s'occupe l'esprit. C'était pour la bonne cause ! Lyra tourna la tête en direction de l'homme après avoir brièvement regardé une marchandise sur un étal, puis à sa grande surprise, ne le vit plus ! Il semblait s'être envolé soudainement et la déception submergea la jeune femme qui laissa retomber ce qu'elle tenait en main pour s'élancer dans la foule d'un pas rapide et s'arrêter à l'endroit où l'inconnu était dressé quelques secondes auparavant. Rien !

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Message Sam 10 Nov 2012 - 15:22

Très souvent par le passé, Leo Tyrell s'offrait le luxe de visiter les contrées et les villages de l'arrière-pays de Hautjardin. C'était pour lui un véritable privilège, car il pouvait s'échapper de l'atmosphère empoisonnée de la cour de son palais pour aller à la rencontre de la fraîche et simple bonhomie des gens qui, sous le toit de chaume de leur maison, parlaient de lui comme de l'homme qui les sauverait de tous les maux du monde. Tous ne partageaient point cet enthousiasme, mais dans le Bief où la chevalerie était chère à tous les esprits, le Long Dard demeurait une figure appréciée de la très grande majorité. Chaque fois qu'il quittait Hautjardin pour faire la ronde des villages, il était donc à peu près sûr d'y recevoir bon accueil. Escorté de quelques uns des chevaliers de sa garde personnelle, il longea ainsi la route de la Rose et parcourut les paisibles patelins qu'il connaissait sur le bout des doigts. Ceux qui le reconnurent applaudirent et ceux qui connaissaient sa renommée ne manquèrent pas de louer le « Long Dard » dont le souvenir suffisait à faire la fierté de ces roturiers qu'un peu de rêve de temps en temps suffisait à rendre heureux. Nombreuses furent les demoiselles à saluer son passage, et nombreux encore furent les hommes qui l'assurèrent de leur soutien indéfectible. Mais Leo ne put s'empêcher de remarquer certains silences, certaines crispations sur les visages, certaines tristesses dans les sourires : tous ceux qu'il rencontra avaient été les victimes indirectes des pillages perpétrés sur les côtes du Bief par les Fer-nés. Qu'ils aient perdu un proche, un parent, un ami ou simplement qu'ils ait vu leur prospérité diminué du fait de la situation d'insécurité des eaux bordant leur pays... nombreux se demandaient quand prendraient fin cette rébellion qui les inquiétaient même s'ils étaient loin de la menace des seiches dorées. Leo ne pouvait que comprendre leurs attentes, leurs angoisses, leurs incompréhensions. Lui-même les partageait, mais il se devait de les taire pour afficher le dur visage de la fermeté et de la détermination et ce d'autant plus que les dernières nouvelles au sein même de la maison Tyrell n'était pas bonne. Leo avait appris coup après coup le départ d'Aliénor pour Castral Roc... et celui de son fils pour la même destination. Un tel mouvement l'avait surpris autant que décontenancé, et le Long Dard aurait apprécié que sa bru et son fils l'informe de leurs projets avant de le mettre si peu subtilement devant le fait accompli. Preuve était faite que cette jeunesse avait encore beaucoup à apprendre ! Mais pour quelques heures de promenade dans les villages, Leo oublierait tout cela et s'offrirait un peu de bonne compagnie parmi les bonnes gens de son fief, si simples et si agréables. Il se trouvait d'ailleurs au cœur d'un village quand arriva ce qui suit. Tirant son cheval derrière lui, il avait remarqué le train quelque peu habituel d'une jeune demoiselle dont les traits lui étaient peu familiers.

Elle semblait perdue, ou suivait un chemin sans réelle logique, comme si elle traçait un circuit en reliant plusieurs points distincts jusqu'à revenir à son point de départ, ce qui était quelque peu étrange, d'autant qu'elle s'arrêtait parfois pour regarder les étals pauvrement fournis – indice difficilement contestable du grand impact de l'été caniculaire sur les dernières récoltes. Il était curieux de la voir agir ainsi et si Leo se demanda un instant si elle n'était pas perdue, il se figura l'instant suivant qu'elle était peut-être en filature et qu'il avait là quelque anguille tapie sous les roches... Amusé, le Long Dard attendit quelques instants qu'elle demeure au même endroit pour s'approcher d'elle et engager une conversation comme il l'aurait fait en temps normal. Il n'était pas bardé de ses gardes qui, eux, se tenaient à l'écart pour laisser à leur suzerain toute sa liberté dans l'espace et le lieu. Leo leur avait d'ailleurs abandonné son cheval, il ne tenait pas à ce que l'animal soit pour lui un obstacle – son but était de se rapprocher des gens, non de s'en distancer, et se tenir sur son fier destrier pour les toiser de haut n'était pas vraiment la posture amicale et ouverte qu'il recherchait. Quelques pas lui suffirent. Une fois près d'elle, il s'annonça d'une voix forte pour ne pas la surprendre ou la prendre en défaut.


 « Seriez-vous perdue, jeune demoiselle ? Cherchez-vous quelque chose ou quelqu'un ? » Leo lui sourit avec une franche amitié. Il ne voulait pas paraître intrusif ou mesquinement inopportun et souhaitait très honnêtement et très simplement proposer son aide à celle qu'il désirait connaître un peu mieux. « Ce village n'est pas bien grand et pourtant, je m'y suis plus d'une fois perdu par le passé quand j'y venais pour échapper à l'emprise voluptueuse de Hautjardin. Leo Tyrell peut-il vous aider ? » L'entrée en matière n'était peut-être pas très originale, mais fallait-il des prémisses extraordinaires pour qu'une rencontre soit en fin de compte intéressante ? Il s'était présenté et peut-être que la mystérieuse inconnue serait ennuyée d'être ainsi en présence d'un personnage de si haute importance, pourvu qu'elle sache seulement qui il était. Il savait d'expérience que nombreux étaient les roturiers qui n'appréciaient pas la compagnie des personnes de noble naissance. Ce n'était pas trop le cas dans le Bief où l'on se flattait volontiers d'avoir la noblesse la plus élégante et la plus raffinée du royaume, à tort ou à raison d'ailleurs. Mais cette demoiselle lui était inconnue, et peut-être était-elle noble elle aussi ? Cela l'aurait grandement étonné, car il se plaisait à croire qu'ils les connaissaient tous... mais nul n'est à l'abri d'une surprise, agréable ou mauvaise, après tout ! Leo en savait quelque chose et peut-être même plus qu'aucun autre, étant donné tout ce qu'il avait traversé ces dernières années, entre les frasques de son fils, les mensonges du frère de sa bru et les errances de son épouse ! Il était en quelque sorte accoutumé et immunisé à la chose et souhaitait se l'épargner autant que l'épargner à sa charmante interlocutrice.
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Message Sam 10 Nov 2012 - 19:45

     Son regard se promenait autour d'elle lorsqu'elle entendit une voix plus forte et plus distincte que celle de la foule qui gravitait autour d'elle dans un brouhaha inaudible. Lyra fit volte-face, manquant de perdre l'équilibre l'espace d'une seconde, puis plongea ses yeux sombres dans ceux d'un homme qui la dominait de plusieurs centimètres. Elle était habituée à se sentir plus petite que les autres et ce détail ne la troubla pas outre mesure, ce fut plutôt le sourire de l'individu qui l'interpella. Sur le coup, la Dornienne songea avoir affaire à un riche marchand qui cherchait peut-être à lui vendre quelques marchandises, mais la suite de sa réplique ne laissa pas de place au doute. Lorsque le nom « Tyrell » lui vint aux oreilles, la roturière envisagea d'avoir mal entendu, ses yeux s'entrouvrirent de surprise et d'une dose d'incompréhension avant qu'elle ne prenne la parole.

     ▬ Tyrell ? » Déclara-t-elle un peu bêtement.

     Non, elle ne pouvait pas avoir mal compris, l'homme venait aussi de parler de Hautjardin et seule une forteresse à Westeros portait un tel nom : celle des Tyrell. La demoiselle scruta le visage de l'individu pendant quelques secondes. Elle connaissait les noms de nombreuses maisons nobles, principalement celles de Dorne bien évidemment, mais surtout ceux des maisons suzeraines. Combien de fois le père de la roturière avait-il parlé des Tyrell en déclarant qu'il fallait espérer qu'ils fassent preuve d'ouverture avec Dorne pour attendre un meilleur avenir commun à leurs régions ? Il y a quelques semaines de cela elle avait eu l'insigne honneur de rencontrer l'Orage Moqueur et voilà que la Mère Rivière plaçait sur sa route le seigneur du Bief. Si sa peau tannée lui en avait laissé la possibilité, Lyra aurait rosi de plaisir. Se rendant compte qu'elle dévisageait le noble personnage depuis quelques secondes, la jeune femme s'empressa de se reprendre avant de bafouiller une réponse plus consistante que la précédente.

     ▬ Oh ! Mon seigneur, désolée de vous dévisager de la sorte, je ne m'attendais pas à croiser un jour quelqu'un de votre rang dans un village tel que celui-ci ! Oui d'ailleurs, quelle pouvait être la raison de sa présence ici ? Une visite amicale à un ami et il passait par ici pour rentrer chez lui ? Les possibilités étaient nombreuses. Je m'appelle Lyra ! En réalité je ne me suis pas perdue, j'ai vu un homme avec une épée et je voulais le suivre simplement. »

     À peine ces mots furent-ils sortis de sa bouche qu'elle se rendit compte du ridicule de la situation. Suivre un homme avec une épée, elle devait avoir l'air d'une sotte ou d'une personne mentalement diminuée. Elle se trouvait dans le Bief, la région de la chevalerie, croiser des hommes d'armes – ou mieux, des chevaliers – armées d'épées, devait être une chose on ne peut plus naturelle. Lyra porta sa main à sa bouche dans un geste contrit, elle regretta d'avoir parlé aussi vite sans prendre la peine de réfléchir quelques secondes. Heureusement que sa dame n'était plus là pour voir la vitesse à laquelle elle oubliait les bonnes manières qui lui avaient été enseignées. La roturière essaya de tempérer ses ardeurs et son côté trop survolté, elle inspira profondément avant de reprendre, un sourire flottant sur ses lèvres trop charnues.

     ▬ Je viens de Dorne, je n'ai guère l'habitude de côtoyer des chevaliers et des combattants à l'épée, j'espérais simplement pouvoir apercevoir l'un d'entre eux. Était-ce réellement une bonne idée de se déclarer comme Dornienne ? La teinte de sa peau ne laissait que peu de place au doute certes, mais les Bieffois n'étaient pas toujours très ouverts à leurs proches voisins du sud. J'ai grandi à Lancehélion vous savez, un village comme celui-ci me paraît bien petit, toutes les rues mènent forcément à la même auberge ! »

     Et voilà qu'elle se mettait à lui raconter sa vie, à croire qu'elle était incapable de dompter sa langue et de l'empêcher de débiter n'importe qui. Une fois de plus, la demoiselle porta sa main à sa bouche pour s'imposer le silence puis, se rendant compte que c'était un geste malpoli, s'empressa d'occuper ses mains en lissant machinalement sa robe. Par la Mère Rivière, elle n'arrivait toujours pas à croire qu'elle avait un Tyrell face à elle ! Maël allait-il la croire lorsqu'elle allait lui conter cette rencontre ? Allez savoir, elle-même n'était pas sûre de ce qu'elle voyait, peut-être était-ce simplement un homme qui voulait se jouer de cette sotte Dornienne pour lui faire comprendre que le Bief n'appartenait qu'à ses habitants ? Impossible pour Lyra d'imaginer telle méchanceté, elle était bien trop utopiste et naïve pour penser à mal. Son regard détailla le visage du noble seigneur tout en essayant de ne pas le scruter trop attentivement, puis elle se laissa aller à observer les riches habits qu'il portait. Que le Bief était agréable, les nobles étaient tous si bien habillés ! Un paradis pour Maël à n'en pas douter ! Cela changeait bien des vauriens et des voleurs qui se promenaient dans les rues de Lancehélion. Lyra se reprit, lissant une fois de plus les plis de sa robe avant de conclure – enfin – ses paroles ?

     ▬ J'en oublie les bonnes manières, c'est plutôt à moi de vous demander en quoi je puis vous être utile mon seigneur. Est-ce que vous êtes ici pour une raison particulière ? Elle se rendit compte qu'elle pouvait sembler trop curieuse et se pressa de préciser ce point. Enfin, je ne veux pas sembler indiscrète, je voulais juste savoir si je pouvais vous être utile, j'ai été suivante d'une noble dame, je sais me débrouiller vous savez ! »

     Elle ne voulait pas se vanter bien évidemment, simplement démontrer – maladroitement en effet – qu'elle pouvait se rendre utile. Travailler était bien la chose qui la rendait la plus enjouée et la plus joyeuse. Mais il n'était pas certain que sa démonstration d'éloquence soit très convaincante.
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Message Mar 13 Nov 2012 - 0:34

Leo s'y était attendu, et cela le fit sourire, la jeune demoiselle bloqua un instant sur son nom de famille. Tyrell. Un gage de noblesse autant qu'une pierre de malédiction attachée par une chaîne à ses chevilles pour l'empêcher de marcher tranquillement. Il ne se plaignait pas d'être « bien né », mais il l'agaçait parfois d'être l'homme qu'il était, l'héritier et le chef de file d'une lignée jeune et de premier plan. Comme il regrettait parfois ce sang-bleu qui complique et salit tout ! La jeune demoiselle le dévisageait sans s'en cacher et Leo se demanda un instant, avec un large sourire, s'il avait une tâche sur le nez. Il espérait que ce n'était pas le cas – vanité oblige !  « Oui... Tyrell. » La demoiselle se justifia ensuite et s'excusa de l'avoir dévisager comme elle l'avait fait. Il n'y avait aucun mal à cela et Leo balaya ce grief d'un haussement de sourcil indulgent : il n'était pas homme rancunier pour ces choses-là. La première exclamation de l'inconnue lui fut agréable, car Leo n'était pas insensible aux compliments innocents et quand elle révéla son identité, il grava son nom et son visage dans le marbre de sa mémoire de sorte à ne point l'oublier. En revanche, il ne put s'empêcher de questionner ce qu'elle lui dit de ses activités dans le village. Elle avait vu un homme armé d'une épée et avait décider de le suivre... « simplement » ? C'était étrangement formulé. Le geste presque immédiat qu'elle eut, quand elle porta ses mains à sa bouche, inspirèrent à l'homme d'âge mur toute la sympathie qu'un père aurait pu avoir pour une fille. Elle semblait perdre pied avant même que la discussion n'ait commencé et pourtant, il n'y avait pas de quoi : il n'était ni son juge ni son bourreau et ne nourrissait pas contre elle de mauvaises intentions. Il posa, radieux, ses deux mains sur ses hanches et la regarda avec bienveillance, alors qu'elle lui disait venir de Dorne et s'étonner de découvrir les terres de la chevalerie. Il n'en fallut pas plus pour, à nouveau, susciter en lui des élans de générosité, car il avait la chevalerie au cœur autant qu'au tripes, alors en parler et l'expliquer à une néophyte était toujours un plaisir gourmand. Et même si elle venait de Dorne, quelle importance ? Leo Tyrell était de bonne humeur, il lui était donc facile de taire en lui tout ce que Dorne éveillait d'aigreur et de ressentiment. « C'est un tout petit village en effet, et si nous y regardons de plus près... il n'y a qu'une seule rue et qu'une seule taverne... Je ne connais pas Lancehélion, mais je veux bien croire qu'elle soit la rose des sables que décrivent nos mestres. » Mais l'enthousiasme de Leo était en partie artificiel, car il avait à sa mémoire le souvenir du temps où Dorne était l'ennemi héréditaire, le poignard dans le dos du Bief. Cette situation, qui n'avait plus cours aujourd'hui, sauf peut-être dans les quelques esprits grégaires et vains des gens du Bief qui ont au cœur la haine de leurs voisins de la péninsule, laissait malgré tout incrustées dans les mémoires une certaine méfiance et une tenace rancœur à l'égard des anciens rivaux de l'Est. Toutefois, depuis quelques temps, Leo œuvrait avec lui-même pour, justement, tempérer ce sentiment, et rencontrer cette native de Dorne lui apparut comme l'exercice parfait pour s'essayer à la courtoisie et à la sympathie qu'il se devrait d'adopter quand, dans le futur, après la guerre contre les Fer-nés, il traiterait avec Maron Martell, initiant un projet qu'il n'était pas sûr de voir aboutir, tant son caractère inédit et fou lui semblait vertigineux.

 « Je ne doute pas une seconde que vous sachiez vous rendre utile, et je suis certain que la noble dame en question regrette déjà que vous ayez dû quitter son service. On a toujours besoin d'un plus petit que soi, j'y crois dur comme fer. »D'un geste de la main, il se massa la nuque avant de reprendre, toujours aimable :  « Si j'ai quitté Hautjardin pour venir ici, ma chère, c'est pour m'éloigner des courtisans et me rapprocher de ce peuple qui cultive, travaille et fait prospérer la terre des nos ancêtres. C'est une promenade de soulagement que je m'accorde de temps en temps, afin de me rappeler que la cime de l'arbre n'est rien sans ses racines... » Ils étaient si nombreux, les nobles qui se flattaient d'être au sommet de l'échelle sociale et qui en oubliaient les premières marches de l'échelle... Ceux-là n'inspiraient à Leo que du mépris, car ce n'est pas le rang qui fait l'homme, mais l'homme qui doit tenir son rang et, à ses yeux, si le noble n'est pas celui qui, par l'exemple, guide les peuples, alors il n'est rien qu'un pantin, qu'un colifichet tout juste bon à décorer un salon. « Mais vous souhaitiez apercevoir un chevalier, si je me souviens bien... Il se trouve que j'en suis un et si vous avez des questions, ma chère, je me propose humblement d'y répondre. Il y a longtemps que je n'ai pas eu l'occasion d'avoir une discussion intéressante, alors sachez d'avance que le plaisir sera pour moi. » Faire la conversation à une roturière, qui plus était une dornienne, était bien le genre d'extravagance que les uns et les autres auraient pointer du doigt, mais il en fallait davantage pour dissuader Leo Tyrell qui, s'il était le Long Dard et l'un des chevaliers les plus connus de son époque, il n'en demeurait pas loin le suzerain du Bief et de ce fait, il estimait de son devoir d'être proche de son peuple et surtout, surtout, plus que jamais la conversation fraîche, honnête et tranquille de cette Lyra venue de Lancehélion lui semblait être l'antidote ultime contre les vaines palabres empoisonnées qu'on entendait si souvent dans les environs de Hautjardin.
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Message Mar 13 Nov 2012 - 13:54

     Les prunelles sombres de la Dornienne ne cessaient d'osciller entre son interlocuteur et le décor autour d'eux. Elle avait très envie de le fixer et de le détailler avec attention pour graver chacun de ses traits dans son esprit, mais Lyra craignait surtout se passer pour une personne mal élevée et essayait donc de se maîtriser. Avec difficulté il fallait en convenir. L'expression que le seigneur du Bief arborait était bienveillante et encourageait la roturière à poursuivre sur la voie dans laquelle elle s'était engagée. Allait-elle pouvoir le questionner ? Juste un peu, certains nobles n'aiment pas devoir rendre des comptes et pouvaient se lasser de l'intérêt qu'ils suscitaient. Ce n'était pas parce que c'était la première fois que Lyra rencontrait lord Tyrell que c'était la première fois que lui conversait avec une roturière. Elle aviserait bien en temps et en heure, pour le moment les signaux étaient encourageants et lord Leo ne semblait pas hostile à l'idée de perdre du temps à bavarder avec elle.

     Lorsqu'il parla de Lancehélion, la jeune femme opina du chef, elle avait entendu de nombreuses rumeurs à propos de sa ville natale et si toutes pointaient la bonne voie, elles manquaient de profondeur. Il fallait vivre là-bas pour comprendre ce que c'était réellement, sortir sous le soleil pour voir les couleurs si vives des bâtiments qui ressortaient et réchauffaient n'importe quel cœur. C'était la seule chose qu'elle avait à « reprocher » au reste de Westeros, les châteaux de pierres grises étaient bien tristes à côté des demeures ocres de Lancehélion.

     ▬ Et plus belle encore ! C'est si coloré, vous ne pouvez pas être de mauvaise humeur à Lancehélion. J'avoue que j'ai été surprise de voir que les bâtiments des autres régions étaient aussi.... Décolorés ? Est-ce que le gris est une couleur ? »

     Question rhétorique, au fond c'était sans importance, chaque région était bien différente et Lyra avait aussi été émerveillée par le Bief. De vastes champs si verts, des animaux étranges aussi, même si l'architecture ne lui plaisait pas autant que dans sa région natale – quoi de plus normal après tout – elle trouvait tout de même beaucoup de points positifs à cet environnement. Ce n'était pas sans raison qu'elle avait accepté sans hésiter de rester avec Maël à Villevieille, peut-être qu'une autre région l'aurait fait hésiter. Quoique, pas forcément, c'était la présence de la personne qui comptait et non le lieu où l'on était.

     Lorsque le sujet de la noble dame que Lyra servait, fut abordé, elle fut heureuse d'entendre une personne aussi illustre que lord Tyrell lui déclarer que son départ devait manquer à son ancienne employeuse. Malheureusement c'était peu probable étant donné que la dame en question avait rejoint la Mère Rivière en raison de son grand âge, mais ce n'était pas vraiment le genre de déclaration qu'il fallait faire dans une discussion, non ? Qu'il ne s'imagine pas que le décès de la Dornienne découlait d'une maladresse de Lyra ! Elle se contentait de s'occuper de ses vêtements – le bain étant réservé à la plus ancienne suivante de la noble – ce qui l'empêchait d'ailleurs de faire de trop grosses boulettes. Il lui expliqua alors la raison de sa présence ici avant de lui signaler, tout simplement, qu'il était lui-même chevalier. Les yeux de la Dornienne s'entrouvrirent tandis qu'elle joignit ses mains dans son dos pour les empêcher de triturer sa robe en signe de nervosité. Un sourire se peignit à nouveau sur ses lèvres avant qu'elle ne réplique.

     ▬ Un chevalier, oh, et pas des moindres ! Elle n'essayait pas de le complimenter simplement pour s'attirer ses bonnes faveurs, mais les Bieffois étaient réputés dans ce domaine, alors quoi de plus logique que le seigneur de cette région soit le meilleur ? Est-ce que tous les hommes du Bief sont vraiment chevaliers ? Enfin les nobles je veux dire, mon père me disait que c'était le cas, mais il n'est jamais venu ici alors je ne sais pas quel crédit prêter à ses paroles. Même en Dornien pure souche, le père de la demoiselle avoir toujours beaucoup apprécié le Bief sans qu'elle ne s'explique pour quelle raison. Vous avez fait beaucoup de tournois mon seigneurs ? J'en ai vu un à Murs-Blancs, c'était affreusement violent, je me demande comment vous n'êtes pas pétrifiés de peur avant de jouter ! »

     En réalité c'était plutôt l'affreux bruit des lances qui éclataient contre le bouclier de l'adversaire, qui avaient effrayé la jeune femme. Elle n'avait regardé aucune joute jusqu'au bout, fermant les yeux au moment de l'impact pour ne les ouvrir à nouveau qu'une fois l'un des deux chevaliers au sol. L'idée même qu'ils puissent se prendre une lance en plein ventre l'avait terrifiée, les armures avaient beau être épaisses, la Dornienne ne comprenait pas qu'elles puissent résister à un tel choc. Lord Tyrell présentait très bien, il était bel homme et elle avait du mal à l'imaginer avoir jouté et pouvoir conserver une apparence aussi avantageuse. Pourtant les tournois étaient propres à la région du Bief si elle se souvenait bien. Son anxiété au souvenir de ces joutes la quitta rapidement et elle profita de l'occasion pour glisser de nouvelles paroles.

     ▬ J'admire votre manière de penser, je crois ne pas avoir rencontré beaucoup de personnes ne votre rang qui désiraient s'éloigner de leurs courtisans. Mon père me disait toujours que les roturiers avaient la mauvaise habitude de dire la vérité à leurs seigneurs et que c'était pour cette raison qu'ils ne venaient jamais se promener en plein rue. La vérité n'était pas toujours bonne à entendre en effet. Vous devez donc être un bon suzerain si vous ne craignez pas d'entendre vos gens parler de vous. Vous sortez souvent ? Les citoyens ne viennent pas trop vous embêter ? »

     Se voiler la face ne servait à rien de toute manière, sauf peut-être à ne pas voir venir le danger d'une révolte ? Comme le Roi semblait le faire, heureusement que la Main veillait à garder la paix à Westeros. La demoiselle glissa à nouveau ses mains devant elle, changea de pied d'appui, promena son attention autour d'eux avant de poser à nouveau ses yeux sur le visage du seigneur du Bief.

     ▬ Mon seigneur, est-ce vrai qu'à Hautjardin il y a de belles fontaines et des fleurs partout où l'on pose les yeux ? J'ai du mal à imaginer un tel endroit ! Ce doit être beaucoup de travail de toutes les soigner. Elle n'avait jamais vraiment vu de fleur digne de ce nom, ce n'était pas à Lancehélion qu'elle allait en faire pousser d'un côté. Sa main esquissa à nouveau un geste vers sa bouche, mais elle se retint. Si vous voulez reprendre votre invitation à discuter, je ne vous en voudrais pas vous savez. »

     Elle avait la fâcheuse tendance à être trop bavarde, mais pour apprendre à connaître les gens, il fallait bien les questionner, non ?
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Message Mar 20 Nov 2012 - 21:11

 « Le gris n'est pas une couleur, mais il faut croire qu'on a laissé l'arc-en-ciel dans nos jardins et les nuages sur nos murs... Vous avez raison, cette pierre triste et cette ardoise grise ne sont pas des plus gaies pour parer nos habitations. » Il parut clair à Leo Tyrell que la jeune demoiselle venue de Dorne n'avait pas encore eu l'occasion de constater de ses propres yeux la splendeur des châteaux du Bief et notamment de la merveille architecturale qu'était Hautjardin... Mais à côté, bien sûr, la morne couleur des paisibles villages de l'arrière-pays pouvaient donner à croire que les « vertes contrées » étaient plus moroses que pleines de vie. Leo ne connaissait pas cependant les habitudes architecturales et urbaines de la péninsule dornienne, mais il imaginait fort bien les bulbes, les dômes, les toitures, les fenêtres, les paliers, les seuils, les portes, les poignées, les balcons, les coursives, les arches, les murs et les tours des cités dorniennes que les mestres s'accordaient à qualifier de somptueuses, d'exotiques et de très colorées. Après tout, n'était-ce pas à Lancehélion qu'on trouvait cet homme fascinant qu'était Maron Martell ? Un homme capable, par amour, d'ériger ce qui s'annonçait comme la plus grande merveille architecturale du siècle, ne pouvait qu'être fascinant et en son for intérieur, Leo Tyrell aurait beaucoup aimé rencontrer ce prince de Dorne qui offrait à son épouse les Jardins Aquatiques. Quand Lyra complimenta ses qualités chevaleresques à mots couverts, le Long Dard la gratifia d'un sourire sincère. Sa fraîcheur naïve l'enchantait et lui était aussi agréable qu'une bouffée d'air frais. « Rares sont les hommes qui, dans le Bief, n'ont pas embrassé les vœux de la chevalerie. La très grande majorité des nobles, cependant, a été adoubée en temps et en heure, car notre terre est celle de la chevalerie, je ne sais si elle y est née mais en tout cas, nous l'avons tous et toutes au cœur. Pour tout vous dire, les nobles qui ne deviennent pas chevalier chez nous sont moqués, sauf s'ils deviennent mestre ou septon. C'est un peu injuste à la vérité, et je connais quelques hommes de grande qualité qui n'ont pas prononcé les vœux de chevalier. » D'ailleurs les personnes auxquels Leo pensait n'avaient-elles pas atteint les plus hauts sommets du royaume ? Lord Redwyne et lord Hightower n'étaient pas des chevaliers et pourtant, ils comptaient parmi les personnes les plus honorables qu'il connaissait. « J'ai participé à de nombreux tournois et pour ne rien vous cacher, je me débrouille plutôt bien. Je ne suis plus tout jeune, mais l'âge offre aussi des atouts en la matière. J'aurais beaucoup aimé participer au tournoi de Murs-Blancs car la joute est une activité que je prise beaucoup, mais vu le résultat de l'événement je suis plutôt soulagé de ne pas y avoir pris part. Certains de mes bannerets s'y trouvaient, cependant, et je le regrette amèrement, car ils y ont trouvé la mort pour une cause qui n'était pas juste et qui ne méritait certainement pas qu'on gaspille ainsi sa vie pour elle... Mais qui suis-je pour juger des idéaux d'autrui ? »

Le père de la demoiselle était d'une singulière sagesse pour lui avoir tenu des propos si pleins de vérité. Nombreux étaient les seigneurs qui évitaient et méprisaient la plèbe, lui refusant toute visite, tout regard, toute considération. Ils ne juraient que d'après cet esprit de caste, comme si le sang et la naissance imposaient les conversations et les silences. Mais Leo n'était pas comme la plupart et s'il savait tenir son rang et l'imposer, il n'en demeurait pas moins attaché à sa terre et à tous ceux qui la travaillaient et s'y trouvaient nés au hasard de l'histoire. Cela s'appliquait au plus éminent comme au plus humble d'entre eux. D'ailleurs, les plus beaux compliments qu'on lui fit jamais vinrent de ce petit peuple qu'il chérissait, alors que les pires injures qu'il entendit au cours de sa vie sortirent des bouches pâteuses et poudrées de la haute société de Hautjardin. « Je ne sors pas aussi souvent que je le voudrais, mais chaque fois je fais mon possible pour en profiter au maximum. J'en suis heureux car il m'arrive d'ailleurs de faire de très agréables rencontres comme la vôtre. Ainsi, non, je ne me fais pas « trop embêter », en fait c'est peut-être moi qui embête et ennuie les gens ? Je ne m'étais jamais posé la question mais en tout cas j'espère n'avoir jamais été de mauvaise compagnie pour quiconque... » Il y avait un peu de vanité dans sa voix et le Long Dard le reconnaissait volontiers : il n'était pas un Tyrell pour rien et bien entendu il ne pouvait rester insensible à ses propres sentiments d'autosatisfaction. Sa jubilation ne décrut pas quand la demoiselle le questionna au sujet de sa demeure, Hautjardin. Forcément, Leo fut très intéressé de lui répondre et de savoir ce qu'elle pensait. « Je ne reprends jamais une invitation gracieusement offerte, chère amie. Hautjardin est une forteresse formidable. Ce n'est pas le château le plus facilement défendable des Sept couronnes, mais c'est certainement le plus agréable à vivre. L'architecture, l'art et la végétation s'y mêlent de la façon la plus harmonieuse qui soit. Bien sûr, cela demande beaucoup d'entretien, mais nous avons la chance de réunir sous notre toit les meilleurs jardiniers et les meilleurs maçons. Par chance aussi, les rives de la Mander sont, à Hautjardin, très agréables à vivre. Il vous faudra y venir un jour, si vous le souhaitez, je suis certain que nos jardins seront pour vous un enchantement. Et si vous retournez à Lancehélion ensuite, les Jardins Aquatiques vous ouvriront les portes à d'autres merveilles, si vous avez l'opportunité d'y pénétrer un jour. » Comme dame de compagnie par exemple ? Une demoiselle aussi agréable et bien élevée ne pouvait entrer qu'au service d'une princesse à Dorne... une question d'ailleurs taraudait le Long Dard qui la poserait sans doute plus tard : que faisait-elle dans le Bief et qu'avait-elle été faire à Murs-Blancs ?
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Message Mer 21 Nov 2012 - 14:24

     Elle était heureuse de voir que le seigneur de Hautjardin pensait comme elle. Un homme qui vivait dans une région aussi colorée et chaleureuse que le Bief devait forcément avoir une vision des choses très différente de celle d'un Nordien par exemple. Il lui répondit ensuite, expliquant qu'en effet, il était de tradition que les hommes de cette région épousent les vœux de la chevalerie, à un point tel que ceux qui ne le devenaient pas étaient raillés. Quelle drôle d'idée ! Une expression de surprise naïve s'afficha sur le minois de la roturière certainement incapable de masquer ses pensées, même face à un homme aussi important que lord Tyrell. Après un bref instant de réflexion, Lyra nota toutefois que Dorne était assez similaire au Bief sur ce point, les chevaliers n'étaient-ils pas aussi mal vus par les lanciers que les hommes d'armes l'étaient pas les chevaliers dans cette région ? Sauf que dans le désert ce comportement était lié à la religion, les Sept étaient les dieux des chevaliers qui reniaient donc la Mère Rivière. Mais après tout, chacun n'avait qu'à faire ce que bon lui semblait, même si la roturière était une fervente croyante qui passait le plus clair de son temps à prier la Mère Rivière, elle ne dénigrait pas pour autant les individus qui choisissaient une autre voie. Maël pourrait bien se mettre à adorer les Sept qu'elle ne se montrerait pas hostile à son encontre pour autant. Malheureusement les esprits n'étaient pas tous aussi ouverts, ce n'était pas sans raison que le Bief et Dorne avaient encore des tensions entre elles.

     En réponse à sa question concernant les tournois, lord Tyrell lui fit alors savoir qu'il avait participé à de nombreuses réjouissances lors des années désormais dépassées, elle ne manqua d'ailleurs pas d'arborer un sourire amusé lorsqu'elle l'entendit parler de son âge. La Dornienne ignorait quel âge est-ce qu'il avait exactement, mais il était évident qu'il était encore plus que capable de pouvoir participer à des combats ou à des joutes, même si elle lui souhaitait de ne plus le faire. La violence des chocs l'avait réellement perturbée et elle avait beaucoup de mal à concevoir que l'on puisse se faire du mal pour s'amuser. À quoi bon prouver sa force si c'était au risque de blesser l'adversaire ? Certes c'était le lot des guerres, mais là il ne s'agissait pas de se battre pour survivre justement. Elle haussa doucement les épaules, pour elle-même, qui était-elle pour juger des traditions des autres après tout ? Lyra n'était pas née et n'avait pas été élevée dans les coutumes des tournois et il était donc plus normal qu'elle se plaise davantage à admirer les chevaux Dorniens en train de concourir lors d'une course, plutôt que des chevaliers en train de jouter. Le sujet de Murs-Blancs la fit adopter une expression contrite et légèrement troublée alors qu'elle hochait la tête avec vigueur, il était évident que c'était un « incident » regrettable.

     ▬ Oh, une chance que vous ne vous soyez pas trouvé à Murs-Blancs mon seigneur, je n'ai jamais assisté à un mariage entre nobles gens, mais ils ont fait des choses qui ne devraient pas être autorisées ! Elles ne l'étaient pas justement, mais c'était une façon de parler. Saviez-vous qu'ils avaient matraqué et malmené les chevaliers roturiers qui participaient aux joutes lors du repas qui précédait le tournoi ? Certainement pour laisser plus de chances à leur champion, ce n'était pas un véritable tournoi selon moi. Cela dit, pour ce qu'elle y connaissait. Je suis persuadée que vous aurez encore de nombreuses fois l'occasion de faire preuve de vos talents de jouteur, dans votre cas je parlerais plus d'expérience que d'âge. Le flattait-elle ? Peut-être inconsciemment, il était si « royal » dans ses beaux atours et dans sa prestance, de quoi éblouir n'importe quelle jeune roturière ! Je puis comprendre que tous les hommes veulent devenir chevaliers si les tournois sont aussi importants dans votre région. Et vous savez, à Dorne aussi les personnes qui sortent des traditions sont raillées, pourtant il y a des individus connus dans tous Westeros qui se distinguent pas leur originalité ! »

     Comme l’Épée du Matin par exemple, un chevalier à Dorne ce qui n'était pas très apprécié et qui, pourtant, était une légende à lui seul. Lyra n'avait jamais eu l'occasion de le rencontrer à sa grande déception, mais la Mère Rivière lui en donnerait peut-être la joie un jour ! Après tout, n'était-elle pas face à un homme aussi illustre et important que le seigneur du Bief ? La petite fille de tavernier de Lancehélion n'aurait jamais imaginé que cette chance lui soit un jour offerte et elle osait à peine détourner les yeux du visage de son royal interlocuteur de peur de le voir s'évaporer pendant ce bref laps de temps.

     Doté d'une patience d'ange, lord Tyrell expliqua alors à la demoiselle qu'il aimait sortir pour faire de nouvelles rencontres et elle eut tout le mal du monde à dissimuler le sourire qui lui montait aux lèvres lorsqu'il la cita à ce sujet. Par la Mère Rivière, que sa peau bronzée soit bénie sans quoi elle aurait déjà rougi une bonne dizaine de fois depuis qu'ils parlaient ! L'idée de pouvoir un jour voir Hautjardin l'enthousiasmait grandement, il y avait tant de merveilles à découvrir dans tout Westeros ! Ses yeux pétillants toujours autant, Lyra joignit une fois de plus ses mains devant elle de manière à éviter de les laisser traîner n'importe où à triturer les plis de sa robe – salie par le voyage d'ailleurs – elle était déjà bien assez peu présentable comme ça, inutile d'aggraver les choses ! S'efforçant de chasser son sourire benêt pour pouvoir prendre la parole, Lyra répliqua enfin.

     ▬ J'espère que la Mère Rivière me donnera un jour l'occasion de voir Hautjardin ! Jusqu'à aujourd'hui j'en doutais fort, mais jamais je n'aurais imaginé pouvoir croiser une personne aussi importante que vous, alors je serais tentée de croire que mes chances ne sont pas si réduites que cela ! Il ne lui fallait pas grand-chose pour s'enthousiasmer c'était un fait. J'espère aussi pouvoir un jour voir les Jardins Aquatiques, mais désormais ma vie se trouve dans le Bief, je fais route vers Villevieille ou mon ami tailleur y a une échoppe, ce sera certainement très difficile de pouvoir un jour rentrer à Dorne, mais je ne perds pas espoir. »

     Il était peu probable que sa vie personnelle intéresse particulièrement le seigneur de Hautjardin, mais elle éprouvait toujours le besoin d'ajouter des détails pour montrer à son interlocuteur qu'elle ne lui dissimulait rien. De plus, il aurait été trop difficile pour Lyra de brider ses habitudes, il était plus qu'inimaginable pour elle de réussir à tenir sa langue.

     ▬ Vous savez, je ne suis peut-être pas très habituée à fréquenter des nobles, mais le peu de temps que j’ai passé avec ma dame me permet de pouvoir vous dire ceci : Les roturiers apprécient les nobles qui se mêlent à leur vie, en venant rendre visite à vos sujets vous prouvez que vous vous intéressez à leur vie et à leurs problèmes. Les nobles qui restent entre eux semblent des fois oublier que sans petites gens au-dessous d'eux, ils ne pourraient pas vivre aussi bien. Il n'était pas certain que ces paroles plaisent à un noble, mais quelque chose lui disait que lord Tyrell était compréhensif. Je suis certaine que votre présence est plus qu'appréciée de vos vassaux. »

     Elle n'était peut-être pas intelligente, particulièrement douée ou encore dotée d'un talent inhabituel, mais elle avait grandi entourée d'énormément des roturiers qui lui faisaient savoir ce qu'ils pensaient des nobles et de leur manière de se sentir hautain. Puis elle était aussi capable d'avoir ses propres idées après tout ! La jeune femme se débarrassa finalement d'une mèche de cheveux qui la gênait avant de conclure.

     ▬ N'est-ce pas trop difficile d'occuper un poste aussi important que vous ? Nombreux sont ceux qui disent vous envier, mais je vous avoue que tant de devoir m'effraierai plus qu'autre chose ! Cela dit, je pense que pour vous c'est tout naturel, vous êtes né pour diriger le Bief après tout ! »

     Peut-être pas né, mais il avait été élevé pour le devenir en tous les cas, ce qui au final revenait à peu près au même à ses yeux.
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Message Dim 2 Déc 2012 - 11:07

Leo Tyrell avait entendu parler des événements de Murs-Blancs, mais les versions écoutées et reçues à Hautjardin étaient si diverses qu'il avait attendu de recevoir justement les témoignages de ceux qui s'y trouvaient en personne, et notamment le rapport dressé par lady Alysanne Florent qui fut sur place pour assister à l'événement. Ce qu'elle disait rejoignait à maints égards le discours de Lyra qui déplorait grandement l'attitude des nobles présents et charge pour ensuite décrire un peu mieux ce qu'elle entendait par là. Effectivement, le comportement et les décisions de lord Beurpuits et de ses sbires déshonoraient leur nom pour toujours, quand bien même leurs ancêtres n'étaient en rien responsable de cette honteuse débâcle. Que restait-il à présent de la maison Beurpuits ? Des autres qui soutirent la cause Feunoyr ? De vagues espoirs à l'Est, peut-être, en la personne d'Aigracier ? D'autres prétendants cachés ? Cette aventure-là prenait fin, pour un temps au moins, mais le flair de Leo, qui n'avait pourtant rien de comparable à celui d'un fin limier, lui disait qu'ils entendraient encore parler des Dragons noirs, mais pas tout de suite. L'eau coulerait en abondance sous Pont-l'Amer avant qu'une nouvelle menace Feunoyr ne se profile à l'horizon pour le Trône de fer. « Vous pointez du doigt ce qui est, à mes yeux, la source des malheurs du monde, quand les grands jouent entre eux sans se garder de piétiner les petits. Il est des seigneurs qui oublient trop souvent qu'avec la naissance et le rang viennent la responsabilité et l'exemple. L'autorité est une chose nécessaire, elle forme avec la Foi le ciment de notre société, mais si les dieux, anciens, nouveaux, d'ailleurs ou d'ici, sont justes, les rois, les princes, les seigneurs ne doivent-ils pas l'être aussi ? » Cette question, au demeurant rhétorique, n'appelait aucune réponse particulière et quelques instants durant Leo s'absorba dans la contemplation du vide, pris comme au piège de ses propres réflexions qu'il se surprenait à partager avec Lyra, cette délicieuse inconnue, alors même qu'il n'avait jamais eu pour son épouse, pour ses enfants ou pour ses proches un tel geste. Il lui était difficile de confier ses pensées d'homme d'âge mûr et vieillissant car, quoiqu'il fût encore dans la force de l'âge, il n'en demeurait pas moins loin de la fougue et de la jouvence des vertes années qui suivent l'adoubement. Mais dans un sourire, Leo comprit tout de suite ce qui faisait de Lyra une dame de compagnie d'excellente qualité : sa fraîcheur et sa bonté qui transpiraient de ses manières et de ses mots faisaient d'elle l'interlocutrice idéale auprès de laquelle une conversation pourrait ne jamais finir ni jamais rencontrer un cul-de-sac ou une impasse. La douce enfant aurait certainement fait une excellente amie pour lady Emilia, mais Leo ne voulait pas dénigrer aux compagnes de sa fille les qualités qui les maintenaient depuis quelques années à la cour de Hautjardin en attendant le mariage de la fille du Long Dard.

 « Il n'y a pas pire que le désespoir. Le désespoir, ça fait écrire des chansons et des poèmes. Le désespoir, c'est ce qui fait les héros. Mais bien souvent, les héros meurent, et j'ai l'humilité de préférer une vie paisible qu'on oubliera bien vite à une vie mémorable mais trop courte. Vivre par l'épée une vie longue et heureuse ! C'est une folie. Il y a trop à faire, alors gardons espoir et qui sait, Hautjardin et les Jardins Aquatiques vous accueilleront un jour à bras ouverts. » Leo lui souriait de toutes ses dents abîmées par l'âge, mais il y avait de la sincérité dans ce geste amical ; elle n'était pas noble, n'était même pas du Bief et à vrai dire si on lui avait prédit la veille qu'il rencontrerait une jeune dornienne qui saurait lui inspirer courtoisie et respect dès les premiers moments de conversation, Leo aurait eu du mal à le croire. Ô Sept ! Que vos desseins sont étranges ! Et qui était-il pour s'opposer à la volonté divine qui semblait avoir mis sur sa route cette demoiselle agréable et sympathique ? Il sentait au fond de lui qu'il ne gagnerait rien à s'en détourner pour le moment, et puis les instants conviviaux, les occasions d'être aimable étaient si rares ! De plus, ce qu'elle disait de la relation entretenue par les franges hautes et basses de la société féodale des Sept couronnes était plus qu'en adéquation avec ce que lui-même pensait de tout cela. Il était en effet persuadé d'agir pour le plus grand bien en quittant le sommet de la pyramide pour aller visiter sa base, quand bien même cela pouvait déplaire à une minorité, car la majorité, elle, se réjouissait de n'être pas qu'un socle docile et besogneux, et d'être considérée pour ce qu'elle était vraiment, à savoir des hommes et des femmes qui placent en leur seigneur l'amour et la confiance qui seuls font accepter la servitude et l'autorité de façon durable. Celui qui règne par la peur perdra sa couronne au premier signe de faiblesse, mais celui qui règne par la bienveillance est protégé des dieux. « Oui, la naissance m'a désigné pour diriger le Bief, et si je puis vous faire une confidence, j'ai eu très peur, plus jeune, de ne pas être digne de cette fonction et d'échouer. Je craignais de devenir un petit potentat sans qualité, que d'habiles conseillers dirigeraient comme un pantin pour servir leurs petits intérêts privés... si j'avais pu choisir... j'aurais choisi, ne riez pas, d'être palefrenier, car j'aimais plus que tout m'occuper et soigner ces animaux qui nous sont si utiles et qui n'exigent rien de nous qu'un peu de nourriture et de repos. C'est aujourd'hui une activité pour laquelle le temps me manque, mais je ne regrette rien. Les dieux m'ont choisi et m'ont doté de la force nécessaire à ma fonction. C'est comme si les dieux m'avaient élargi les épaules pour m'aider à supporter son poids parfois bien lourd, et plus encore je dirais que c'est de voir les visages qui se tournent vers moi quand il y a une décision à prendre qui me rend plus déterminé encore à honorer leur confiance, qu'ils soient mes bannerets ou mes gens, qu'ils soient de Hautjardin ou de plus loin dans le Bief. » Leo s'en voulut de voir que la conversation tournait essentiellement autour de lui, aussi prit-il aussitôt la parole à nouveau pour orienter la conversation vers des sujets plus intéressants et moins narcissiques : « Mais nous parlons encore de moi alors qu'il y a des sujets autrement plus intéressants... parlez-moi plutôt de votre ami tailleur, qui est-il ? Est-il de Dorne lui aussi ? »
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Message Lun 3 Déc 2012 - 10:33

     Écoutant avec attention les paroles de son interlocuteur, Lyra ne pouvait que comprendre pour quelle raison est-ce qu'il occupait un rôle aussi important que le sien depuis aussi longtemps. Rares étaient les gens qui pensaient aux autres situés sous eux, pas seulement les nobles, même les roturiers. C'était dans la nature humaine. Enfant elle avait aussi dénigré les orphelins des rues parce qu'elle vivait dans une auberge et que ses parents veillaient sur elle. À moindre échelle, la Dornienne avait agi comme ces nobles qui regardaient de haut les chevaliers fieffés ou les simples roturiers. C'était bien pour cette raison que la demoiselle n'en tenait pas réellement rigueur à ceux qui agissaient de la sorte. Elle le ferait peut-être aussi à l'avenir, sans s'en rendre compte, trop habituée qu'elle serait à vivre sa petite vie bien réglée. Bien évidemment, les défauts et les erreurs de chacun devenaient plus importants et gravissimes à mesure que leur rang était élevé. Ainsi donc un Leo Tyrell qui repousserait un enfant des rues qui lui demanderait l'aumône passerait beaucoup moins bien auprès du peuple que si une simple Lyra agissait de la même manière. Elle haussa légèrement les épaules sans pouvoir effacer le sourire qui flottait sur ses lèvres depuis le début de cette discussion.

     ▬ Malheureusement les seigneurs sont loin d'être les seuls à ne pas respecter les plus petits, même les roturiers regardent les moins riches qu'eux, de haut. C'est humain après tout, même si c'est malheureux, la nature humaine n'est pas toujours très flatteuse. »

     Personne ne naissait parfait, pas même les dames dont la réputation était sans tache ! Lyra avait aussi de nombreux squelettes dans son placard, elle avait déjà ressenti beaucoup de sentiments négatifs qui l'avaient rendue honteuse. Rien qu'à se remémorer la jalousie qui avait formé une boule dans sa gorge lorsque son tendre Maël lui avait parlé d'une dame sensible à ses charme, la Dornienne ne pouvait que confirmer ce qu'elle venait de dire : la nature humaine poussait à ses comportements qui pouvaient nous déplaire.
     Mais elle n'était rien de plus qu'une roturière sans grande expérience et ce n'était certainement pas elle qui allait apprendre quoi que ce soit à un homme aussi expérimenté et qualifié que son vis-à-vis ! La roturière ne se lassait d'ailleurs pas de l'observer avec intérêt, scrutant ses traits pour y repérer le signe d'une fierté, d'une frustration ou de quoi que ce soit d'autre. Même si le fait de dévisager un homme – surtout aussi important – était très malpoli, c'était plus fort qu'elle. Jamais l'occasion de revoir un seigneur suzerain ne lui serait redonnée et elle ne voulait pas en perdre une miette. Imprimant dans son esprit chaque mimique du Bieffois, elle le regardant avec de grands yeux qui devaient certainement lui donner un air benêt, enregistrant les paroles qui arrivaient à ses oreilles sans pouvoir s'empêcher de sourire dans un mimétisme inconscient lorsqu'il lui en adressa un. Elle fut surprise lorsqu'il s'intéressa à elle, pour être franc sa vie n'était pas vraiment digne d'être abordée, non que Lyra soit trop humble pour le faire, mais simplement qu'elle n'avait rien réalisé de particulièrement intéressant depuis sa naissance. Elle fit le choix de répondre tout d'abord aux premières paroles du seigneur.

     ▬ Je puis comprendre que vous préférez une vie plus calme. Mon père me disait toujours que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, mais je préfère tout de même éviter autant que possible d'assister à de pareils spectacles. Il y a des gens qui sont faits pour vivre dans une atmosphère permanente de guerre, mais je me demande si au fond ils finissent leur vie aussi heureux qu'un homme ayant vécu paisiblement. Il y a parfois des cicatrices qui restent invisibles. »

     Même si la guerre qui secouait actuellement Westeros ne faisait qu'inquiéter davantage Lyra, elle espérait que ces temps de troubles prendraient bientôt fin. Le Bief avait eu à subir beaucoup de pertes et de nombreuses cicatrices resteraient encore invisibles, des familles qui avaient perdu des personnes qui leur étaient proches, il faudrait non seulement reconstruire des bâtiments, mais aussi des familles.

     ▬ Et vous savez, je ne ris jamais de personnes qui rêvent de devenir palefrenier ! Il n'y a pas de sot métier comme disait ma mère, sans palefrenier les voyageurs et les seigneurs seraient bien embêtés à devoir s'occuper seuls de leurs montures ! Une vision bien naïve des choses elle en était consciente. Ce n'est pas forcément l'importance de la tâche accomplie qui est le plus important, mais plutôt le sérieux avec lequel elle a été effectuée. Je suis persuadée que vous auriez fait un excellent palefrenier mon seigneur ! »

     Dit de la sorte, il n'était pas évident de comprendre le compliment, mais puisque Lyra venait de dire que l'essentiel était de bien accomplir son travail et qu'elle le considérait comme un bon travailleur, s'en était un. Cela dit, il fallait le voir et avoir l'esprit assez ouvert pour ne pas s'en vexer. Au pire des cas, elle apprendrait que les seigneurs suzerains n'aimaient pas s'entendre être comparés à de simples ouvriers qui travaillaient dans les écuries. Le visage toujours marqué d'un intérêt indéniable, elle en vint finalement à la question de lord Leo à propos de son cher ami.

     ▬ Vous savez, ma vie est très simple, j'ai quitté Dorne pour la première fois il y a quelques mois alors je ne suis pas certaine d'être particulièrement divertissante. Elle ne se sous-estimait pas, elle se contentait de dire la vérité. Mon ami s'appelle Maël, il est né à Lancehélion lui aussi, je le connais depuis que nous sommes enfants puisque nos pères sont très amis. Il est très bon dans son domaine, il avait même réalisé une robe pour la Princesse Daenerys lorsqu'elle cherchait à renouveler sa garde-robe. La fierté était palpable dans sa voix. Il a acheté une petite boutique à Villevieille, c'est d'ailleurs là-bas que nous allons, il souhaite pouvoir faire profiter les habitants du Bief de ses connaissances en matière de mode Dornienne. J'ai cru comprendre qu'il avait déjà eu plusieurs clients intéressés par ses créations. Elle s'emballait tout de suite et s'en rendit compte, glissant ses doigts jusqu'à ses lèvres comme pour s'imposer le silence. Je l'admire beaucoup, je ne peux pas m'empêcher d'en parler. »

     Elle pinça ses lèvres sous le coup de le gêne, encore une fois heureuse de pouvoir bénéficier de son teint bronzé pour dissimuler ses rougeurs. Heureusement que son interlocuteur ne semblait pas être particulièrement à cheval sur le protocole, la Mère Rivière savait qu'elle l'avait appris, mais il lui échappait aussi rapidement que le flot de paroles qui sortait de sa bouche. Au final, la jeune femme laissa retomber son bras pour le glisser dans son dos et s'empêcher, une fois de plus, de triturer tout ce qu'elle avait à portée de main.

     ▬ Ceci n'est ni le début ni la fin de mon histoire, du moins je l'espère, il y a encore beaucoup de choses à découvrir de part le monde. Voyagez-vous beaucoup mon seigneur ? Ce doit être si prenant de diriger un fief et même toute une région, j'imagine que vous ne devez guère quitter Hautjardin, excepté pour ces petites visites. »

     Ô combien bienheureuses ! Sans quoi il était certain qu'elle n'aurait jamais eu la moindre occasion de pouvoir rencontrer une personne aussi intéressante. Une fois de plus, la jeune femme estima qu'il y avait de bonnes surprises au cours de ses voyage, elle qui avait envisagé de trajet de retour comme quelque chose de particulièrement long et peut-être un peu désagréable en raison de son manque d'habitude, voilà qu'elle changeait d'avis ! Il ne restait qu'à espérer que son arrivée à Villevieille lui réserve bien d'autres surprises de ce genre, mais elle n'en doutait pas une seule seconde.
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Message Lun 3 Déc 2012 - 12:37

Hélas, la douce Lyra n'avait que trop de fois raison en soulignant l'imperfection nauséabonde de la nature humaine, et Leo avait eu son lot de rencontres fâcheuses pour l'en persuader. Tel homme qui méprise sa femme, tel autre qui malmène ses enfants, tel autre encore qui bafoue ses serments. Telle femme qui compromet son mari, telle autre qui déshonore sa famille, telle autre encore qui fuit ses devoirs. À croire que le sang bleu est le plus grand vecteur des vices qui noircissent l'âme humaine. Au sein de sa propre famille, Leo pouvait en observer les travers les plus courants, les plus stupides aussi, mais surtout les plus évidents. Il respectait sa propre mère et l'aimait plus que lui-même, mais il reconnaissait sans peine et volontiers qu'elle était un modèle d'amertume et d'aigreur comme Westeros rarement en connut sur son sol. Leo se savait en grande partie responsable de cette acrimonie pleine de bile et de rancœur.

De la même façon, l'affection qu'il avait pour son fils aîné souffrait des inconstances de ce dernier, de ses frasques et de ses excès, car Tristan semblait cumulait tout à la fois des sommes de gourmandise, de paresse et de luxure. Il aurait mille fois préféré que son fils soit davantage un assidu du septuaire plutôt qu'un assidu de la couche des femmes, mais les douces fleurs célestes semblaient avoir plutôt garni sa trique plutôt que son esprit. Et puis il y avait lady Tyrell, son épouse, la douce Jeanne, la dévouée, qui semblait malgré elle avoir tous les vices de ses nombreuses vertus, si bien que ses gentillesses passaient pour des malices, ses bontés pour des prêts usuraires. Hautjardin lui offrait donc plusieurs spécimens intéressants à observer pour constater justement les caprices de la nature humaine. Lui-même, après tout, était loin d'être un modèle de probité et de vertu, et pourtant, les Sept étaient tous les jours les témoins de ses efforts pour s'améliorer.

Quand elle évoqua les cicatrices qui demeuraient invisibles, Leo eut immédiatement une pensée pour ce milliers d'hommes et de femmes qui avaient eu à souffrir de la barbarie des Fer-nés. Ceux-là ne retrouveraient jamais leur vie d'avant, mais Leo veillerait à ce que les sacrifices qu'ils consentirent malgré eux ne fussent pas vains. Il ne pouvait présager de ce que serait la décision du Trône de fer à l'issue d'une séance du conseil restreint qui se tenait peut-être en ce moment-même. Qu'il était bizarre de se dire qu'il était là à faire ce qu'il avait toujours fait alors qu'au même instant l'avenir de tout le continent se jouait ailleurs ! Leo n'en était que plus à l'aise, car à vrai dire il n'avait jamais goûté les lieux et les rôles de pouvoir trop exposés. Être le suzerain du Bief lui convenait tout à fait, plus qu'aucun autre titre même supérieur à dire vrai, il préférait gérer son jardin au mieux et s'impliquer dans les affaires du royaume sans trop s'y exposer et s'y compromettre.
 « D'un autre côté, si je n'avais été qu'un palefrenier dans quelque château lointain, jamais je n'aurais eu la chance de rencontrer une personne aussi aimable et agréable que vous. Peut-être finalement ma naissance et mon rang sont-ils une chance et une bénédiction, non ? » Il agrémenta sa déclaration d'un clin d’œil amical.

Leo écouta avec grande attention tout ce qu'elle raconta au sujet de son ami dornien, un certain tailleur nommé Maël, né à Lancehélion et qui avait décidé de s'installer à Villevieille pour s'y établir et monter son affaire. L'enthousiasme de Lyra et la résolution de cet homme qui abandonne sa terre natale pour tenter l'aventure du commerce loin de chez lui... tout cela enchantait Leo au point qu'il ne sut dissimuler sa joie de voir que l'ouverture de la péninsule dornienne au reste du royaume avait eu des effets bénéfiques. Les contentieux et les vieilles rancœurs demeuraient vives dans certains esprits mais avec le temps peut-être que Dorne et le Bief pourraient... Leo ne pouvait bien sûr imaginer ce que serait la position de ses ancêtres, de leurs ancêtres à tous concernant Dorne, et imaginait avec assez de facilité que les rivalités ne s'éteindraient jamais véritablement.

Mais lui, Leo Tyrell, le Long Dard avait la ferme intention d'agir en chevalier et en vassal de son roi ; il ferait taire sa rancœur et son ressentiment face aux dorniens pour accomplir un geste qui suivrait l'exemple des Targaryen. Ne serait-ce pas alors une preuve de son indéfectible loyauté ? Les dorniens, après tout, furent en leur temps responsables du meurtre du seigneur Tyrell que Daeron I choisit en son temps pour régir la principauté qu'il avait très récemment conquise.
 « Je suis sûr que le succès de votre ami sera au rendez-vous, et à vous entendre parler de lui, je pense que vous serez indispensable à son succès. Aussi curieux que cela puisse paraître, il semble que même dans le Bief la mode se tourne vers Lancehélion. Mon point de vue n'est cependant pas celui d'un spécialiste, je prise les beaux vêtements car il convienne à ma situation mais... Eh bien, disons simplement je n'ai jamais été homme à m'intéresser aux chiffons... je veux dire, aux vêtements, aux étoffes et à tout le reste, mais je sais que Villevieille est plus que jamais la ville où les artistes et les artisans ont une chance de percer s'ils ont assez de courage et de détermination pour y exposer leur travail et suer tant qu'il faut. » Leo se tut. Il s'amusait des manières quelque peu enfantines de son interlocutrice, et goûtait très volontiers la pureté vive de ses inclinations.

 « Je n'ai malheureusement pas la chance de voyager souvent. Il y a bien longtemps que je n'ai pas quitté Hautjardin ou ses environs. Ma place n'est pas ailleurs, cependant, et c'est un peu le revers de la médaille que les Sept m'ont confiée à ma naissance. Mais m'en plaindrais-je ? Non. Je suis très attaché à la terre qui m'a vu naître, et si je ne dois la quitter que l'arme à la main pour la défendre contre ses ennemis, alors qu'il en soit ainsi ! Mais j'exagère un peu. Bientôt j'irai à Villevieille à l'occasion d'un grand festival ordonné par la maison Hightower. Ce sera sans doute la vitrine idéale pour votre ami, qu'en pensez-vous ? Très nombreux seront les gens qui pourront observer de leurs propres yeux l'étendu de ses talents... et peut-être des vôtres ? »
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Message Lun 3 Déc 2012 - 16:19

     Lyra ne sut quoi répondre face aux très aimables – et flatteuses – paroles de son interlocuteur. Il était vrai que s'il avait été palefrenier leur rencontre aurait été fortement compliquée, mais pas impossible cela dit. Les roturiers avaient plus tendance à aller vers leurs homologues que les nobles semblaient le faire avec les autres nobles. Quoique, Lyra n'avait que très peu côtoyé de personnes de haut-rang et elle ne savait donc pas véritablement ce qui pouvait être généralisé ou simplement imputé aux habitudes de sa dame. Au fond, c'était sans importance, le compliment était évident et une fois de plus – elle ne comptait plus la combientième – la Dornienne profita de son teint hâlé pour dissimuler la rougeur qui lui enflammait le visage. Après quelques instants de silence elle répliqua d'un ton enjoué et presque roucoulant, sensible à la flatterie qui lui avait été adressée.

     ▬ Vous me flattez mon seigneur et je vous en remercie ! Même si je pense que vos Dieux ont bien d'autres raisons de vous avoir donné ce rôle que de vous faire rencontrer vos sujets. »

     La pieuse Lyra croyait toujours qu'un événement n'arrivait pas sans raison. La Mère Rivière avait un but précis pour chacun de ses enfants, mais la Dornienne ignorait totalement ce qu'il en était pour les autres divinités de Westeros. Elle fouilla dans son esprit pour se souvenir que les Bieffois avaient une religion polythéiste dont le nom lui échappait. Bah ! Ce n'était pas si important au fond, sa déclaration était surtout destinée à marquer le trouble qui l'habitait. Ce n'était pas tous les jours qu'elle recevait ce type de paroles, surtout venant d'un homme aussi bien élevé que lord Tyrell !

     Le noble expliqua alors à son interlocutrice que même dans le Bief, qui n'était pourtant pas la région la plus amicale avec Dorne, semblait apprécier la mode venue de Lancehélion. Cette déclaration dessina un nouveau et léger sourire sur les lèvres de la roturière qui voyait là une sorte de signe. Elle ne serait plus dans sa ville natale, mais peut-être que la chance lui serait donnée de voir de jolies dames aussi bien vêtues que celle qu'elle contemplait à Lancehélion ? Même si le teint des Bieffoises était beaucoup plus pâle que celui des femmes de Dorne, elles n'en portaient pas moins bien les tissus. Il fallait avouer qu'aux yeux de la jeune femme, toutes les nobles semblaient particulièrement belles. La mère de Lyra lui disait souvent qu'il était aisé de masquer ses défauts lorsque l'on possédait autant de moyens que les dames de bonne famille, mais il y avait aussi leur éducation qui faisait beaucoup. Une roturière aussi belle soit-elle, n'arriverait jamais à la cheville d'une noble, c'était la logique qui disait cela. Tout comme les hommes d'ailleurs. Ce n'était pas pour rien que la Dornienne ne pouvait s'empêcher de scruter son interlocuteur : même les nobles de Dorne n'étaient pas aussi bien habillés que lui ! Faisant écho aux pensées de Lyra, lord Tyrell expliqua alors qu'il s'habillait avec soin en raison de sa position, mais qu'il n'y connaissait pas grand-chose. Ce n'était pas si surprenant, c'était plutôt l'affaire des femmes après tout ! Même si cette vision était un peu machiste, c'était ce que la demoiselle avait toujours remarqué jusqu'à présent, mais peut-être se fourvoyait-elle.

     ▬ Vous êtes bien mieux habillé que tous les nobles qu'il m'ait été donné de voir jusqu'à ce jour ! Même à Dorne les hommes de votre rang ne sont pas aussi soignés. Elle avait déjà aperçu le Prince Doran qui n'était pas vraiment un exemple de ce que l'on attendait d'un noble. C'était ce qu'elle aimait bien chez ce peuple, les Bieffois avaient tous l'air si soignés et si distingués, c'était agréable d'un certain point de vue. Je dirais que le Bief semble être bien plus ouverte que je ne le pensais, j'ai vu de beaux ouvrages des Cités Libres à Villevieille, c'est amusant de voir tout ce qu'il peut y avoir comme variété d'une région à l'autre. Comme les plumes des Iles d’Été que Maël possédaient. Le type de choses qu'une roturière ne pouvait que regarder en somme. Avec vos paroles je suis certaine que la chance sera avec mon ami, si les dieux doivent écouter quelqu'un parler, c'est bien vous ! »

     En raison de sa place dans la société bien évidemment, il aurait été difficile de ne pas revenir à ce sujet, même si elle parlait relativement normalement avec un individu aussi important. Certainement parce qu'elle ne réalisait pas encore la chance unique qui lui était offerte. D'ici quelques heures, ce serait le cas et elle se sentirait certainement honteuse d'avoir autant badiné ! Mais l'impulsive jeune femme ne pouvait y penser pour le moment, l'idée qu'un festival s'organisait à Villevieille l'enthousiasma trop pour qu'elle parvienne à sceller ses lèvres et ses yeux s'entrouvrirent légèrement sous le coup de la surprise. Elle finit par joindre une fois de plus ses mains pour s'empêcher de les agiter dans tous les sens.

     ▬ Un festival ? Oh ! Je l'ignorais, mais Maël doit certainement le savoir ! Je ne doute pas une seule seconde qu'il sache tirer son épingle du jeu, il a beaucoup d'ambition et je suis persuadée qu'il saura s'en tirer à merveille ! Elle avait une confiance aveugle en son compagnon. Si vous faites référence à mes talents, je crains malheureusement de ne pas en avoir, mis à part porter des plateaux et préparer des habits je n'ai jamais fait grand-chose dans ma vie. Mais je serai certainement présente pour aider mon ami. Servir les autres avait toujours été ce qu'elle savait faire le mieux de toute manière. Je suis heureuse d'apprendre que vous allez vous y rendre, les habitants de Villevieille seront certainement ravis de voir leur seigneur suzerain et ce sera l'occasion de vous divertir un peu après tous ces malheurs. Elle n'aborda pas le sujet plus en profondeur cela dit. J'imagine qu'il y aura de nombreuses maisons nobles là-bas ? Oh, ce sera un bien beau spectacle à voir avec toutes ces jolies dames. »

     Peut-être même y aura-t-il les membres de la famille Tyrell ? Elle ignorait totalement si un seigneur suzerain voyageait avec ses proches où s'il était plutôt de coutume qu'ils restent à Hautjardin pour assurer l'intendance pendant ce temps. Une fois de plus, son manque de connaissance en la matière la rendait honteuse. Et dire qu'elle avait appris des choses aux côtés de sa dame, pas assez apparemment !

     ▬ Vous voyagerez seul ? Enfin, avec des gardes cela va de soi, mais j'imagine que votre famille aura du mal à vous laisser partir au loin pendant aussi longtemps ! Elle inspira légèrement. En tant que suzerain vous connaissez certainement tous vos vassaux, mais est-ce que vous connaissez davantage la famille Hightower ou est-il de tradition que vassal convie toujours son suzerain ? »

     Ses connaissances en matière de respect, de flatterie et de tentatives d'approche entre nobles n'étaient pas très développées et elle pouvait bien apparaître naïve ou sotte avec de telles paroles. À ses yeux les familles nobles étaient comme celles de roturiers, les membres d'une même maison devaient forcément s'entendre un minimum, il était donc difficile d'imaginer que l'épouse de lord Leo puisse le laisser partir aussi longtemps sans en souffrir. C'était du moins ce qu'elle pensait après avoir passé des années à voir sa mère chercher perpétuellement son époux du regard. Mais bien souvent la vie des nobles était d'autant plus compliquée avec les alliances, peut-être qu'un mari et sa femme pouvaient passer des années ensemble sans ressentir davantage qu'un simple respect. À bien des égards, leur vie n'était pas enviable et elle espérait que ce ne soit pas le cas ce l'homme face à elle.
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Message Lun 10 Déc 2012 - 11:47

Une fois de plus, aux paroles gentilles de Lyra, Leo répondit dans un sourire. Il avait par le passé déjà réfléchi à sa condition et s'était même interrogé sur le souhait des Sept qui avaient décidé de faire de lui le premier-né de feu Adamar Tyrell, son père. Quelle tristesse qu'il n'ait pas pris, plus jeune, le temps de s'intéresser à cet homme, son géniteur, dont il n'avait plus aujourd'hui que de vagues souvenirs d'enfant et de jeune adulte. Qu'y avait-il sous la figure idéalisée du paternel, sous le masque adorée du parent ? Il l'ignorait et ne le saurait jamais, sauf s'il retrouvait lord Adamar dans l'autre vie, celle qui succéderait à l'inéluctable trépas qui, bientôt peut-être, viendrait. Leo mourrait un jour, il le savait, mais comment ? Cette question, il se la posait aussi, de temps en temps. Il préférait toutefois ne pas courir trop longtemps après la réponse. Vivre était plus important, et chaque jour lui apportait déjà son lot de problèmes, alors pourquoi s'en rajouter en vaines introspections dont les fruits naissaient avec le parfum de l'aigreur et la saveur du regret ? La mort était inévitablement, aussi inéluctable que le retour de l'Hiver, à quoi bon alors s'interrogeait sur le sens d'une vie nécessairement ponctuelle ? Le temps, comme les grains du sabliers, n'attend jamais, alors Leo avait fait le choix de ne jamais le perdre. « L'avenir dira ma chère enfant si vos paroles sont prophétiques. » La discussion poursuivi, Leo déroula pour elle quelques explications qui semblèrent l'intéresser, ce dont il se félicita. Si le Long Dard aimait les conversations plaisantes, il détestait en revanche avoir l'impression pugnace d'ennuyer ses interlocuteurs, car cela lui donnait la migraine et des crampes d'estomac ; il préférait d'ailleurs l'honnêteté d'un fin de conversation quelque peu abrupte plutôt que l'hypocrisie d'un dialogue vain et qui n'en finit pas. La chance lui souriait ce jour-là, car la compagnie de Lyra était agréable et intéressante et encore une fois il comprenait ce que ses précédentes maîtresses avaient apprécié chez celle qui n'était aujourd'hui plus la dame de compagnie de personne. Ce semblant de liberté paraissait même l'égayer et l'embellir, et si Leo n'avait été retenu par des impératifs urgents, il aurait même pu sans préavis proposer à la demoiselle d'entrer au service de sa fille Emilia. Mais c'eût été mettre la malheureuse Lyra au pied du mur, car il lui eût été délicat et difficile de refuser une généreuse proposition émanant d'une telle personne. De plus, quand bien même Lyra était de mise gracieuse et de compagnie affable, elle n'en demeurait pas moins roturière et dornienne, deux traits de caractéristiques qui, a la cour Ô combien brillante mais rétrograde de Hautjardin, lui promettait de vivre un enfer parmi les courtisans plus venimeux que tous les serpents réunis du désert de la péninsule. Quand il aurait abouti son projet qui tournerait Hautjardin vers l'orient, peut-être alors pourrait-il reconsidérer cette possibilité. Mais en attendant, Lyra semblait vraiment goûter sa situation et la promesse de lendemains qui chantent que la compagnie de son ami Maël lui faisait miroiter. Il était si rare de voir des gens heureux que le Long Dard en fut ému malgré lui !

« Nombreux seront les nobles à faire le déplacement, c'est certain. L'occasion est trop belle de visiter la magnifique cité de Villevieille et d'y voir ce que le Bief et le monde entier peut offrir en matière d'art et d'artisanat. C'est aussi l'occasion d'une démonstration plus politique, mais allons, ne laissons pas ces pragmatiques considérations gâcher notre plaisir ! Si je croise votre ami lors du festival, je m'intéresserai à ces travaux et s'ils sont à la hauteur de ce que vous m'en avez dit – mais qui en douterait ? – alors je lui passerai peut-être une commande pour mon épouse et ma fille. Il est hors de question que seules les bonnes dames de Villevieille puissent profiter de ses talents s'ils sont exceptionnels. D'ailleurs, croyez-vous qu'il accepterait une commande de grande ampleur ou bien ne travaille-t-il qu'au détail ? » Il lui tardait vraiment d'arriver dans la cité des Hightower et de pouvoir profiter du festival, afin de prendre la mesure de tous les moyens dont lord Clarence était capable de mettre en œuvre pour mener à bien un projet. Nul doute qu'il saurait les impressionner tous et sur eux faire son petit effet, car ce festival était aussi là pour faire la démonstration qu'en dépit des problèmes et de l'adversité, le Bief était toujours capable de se relever plus fort, plus brillant, plus à la pointe que jamais. N'était-ce pas aux Hightower qu'il incombait d'éclairer la voie ? Une devise étrange pour une famille qui prenait rarement part aux affaires du royaume, mais sans doute leur réserve et leur discrétion étaient les deux ingrédients de leur continuelle prospérité. Sans doute était-ce auprès de feu ser Preston Hightower que Leo aurait dû envoyer son fils Tristan comme écuyer, il aurait certainement pu devenir ainsi un meilleur homme et un meilleur chevalier. « Par chance non, quelques membres de ma proche famille me suivront jusqu'à Villevieille. Les autres hélas sont indisponibles. » Il y avait un peu d'amertume dans sa voix, car Leo avait toujours en travers du front le geste déplacé de Tristan qui avait suivi sur un coup de tête lady Aliénor jusqu'à Castral Roc. « Je connais bien la famille Hightower pour avoir il y a longtemps épousé l'une des fleurs de leurs jardins. Cela dit, avec le temps et la distance, mes liens se sont quelque peu distendus au fil des années, même si à l'aune des derniers événements j'ai eu l'occasion de fréquenter davantage lord Hightower qui m'a invité, je crois, autant par devoir que par amitié. Par devoir, car je suis son suzerain, par amitié car nous avons l'un pour l'autre tout le respect et la considération qui font le succès des liens féodaux. Ce n'est pas le cas dans d'autres régions où les suzerains méprisent les vassaux qui les envient. Il n'y a rien de tel entre Hautjardin et Villevieille, c'est d'ailleurs pour cela que j'ai accueilli avec joie l'invitation au festival. D'autres y auraient vu quelque perfide manigance, j'y vois un projet d'envergure qui nécessite l'union de tous. »

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Message Lun 10 Déc 2012 - 22:04

     Il était évident que la fête qui se préparait là-bas allait être haute en couleur et représenter ce que le Bief faisait de mieux ! L'impatience d'y être commença à habiter la demoiselle qui se demandait bien ce que cet endroit pourrait lui réserver. Il n'y avait qu'à croiser les doigts et prier la Mère Rivière que les événements de Murs-Blancs ne se reproduisent pas à Villevieille. La logique voulait que ce ne soit pas le cas pour la bonne et simple raison que lord Beurpuits était un « mauvais homme » contrairement au tableau que semblait peindre lord Tyrell au sujet du seigneur de la maison Hightower. Puis en prime, Maël avait bien dit qu'il avait réalisé une commande pour cet homme par le passé, s'il avait été mauvais ou même désagréable, Lyra était certaine que son ami tailleur lui en aurait parlé.

     Comme le sujet glissa sur le jeune artisan, lord Tyrell fit savoir à la roturière que s'il tombait sur le tailleur, il s'attarderait certainement sur ses ouvrages. L'idée enjoua la demoiselle qui ne cacha pas sa joie. Comment allait réagir le Dornien en voyant un homme aussi important que Leo Tyrell se présenter à son stand ? Certainement que la surprise allait être de mise ! Le simple fait d'imaginer le joli visage de son ami marqué par ce sentiment l'amusa franchement. Pourvu qu'elle soit là afin de le voir de ses propres yeux ! Par la Mère Rivière, si la dame de Hautjardin et sa fille portaient les confections d'un jeune tailleur de Villevieille et qu'elles remportaient du succès auprès des autres nobles, ce serait peut-être l'occasion pour Maël de montrer les talents qu'il avait et de se faire réellement connaître au-delà des murs de la ville des Hightower. N'est-ce pas là justement le but de son travail ? Réussir à se faire connaître et pouvoir vivre convenablement de son travail, voilà ce que tout artisan normal désirait. Lorsque le seigneur du Bief demanda à la roturière si elle pensait qu'il puisse accepter des demandes de grande ampleur, une expression se réflexion se dessina sur son minois. Jusqu'à présent il ne réalisait que de petits ouvrages parce que c'était tout ce qu'il avait eu comme commande, mais au-delà de ce détail, elle avait souvent vu le père de son ami prendre des commandes très importantes. La logique voudrait donc que son fils fasse de même. Après un bref moment de réflexion, elle répondit donc.

     ▬ Jusqu'à présent il n'a eu que des commandes relativement petites, mais je sais que c'est un homme très travailleur alors je ne doute pas une seule seconde du fait qu'il puisse réaliser de plus grandes commandes. Elle n'en revenait pas encore, quelle hâte qu'ils soient à Villevieille et que ce festival se déroule enfin ! J'espère que le résultat sera à la hauteur de vos attentes, mais je suis convaincue que ce sera le cas. Il sera certainement très honoré – et étonné – de vous avoir face à lui j'en suis persuadée ! »

     Certainement plus que la demoiselle qui ne relativisait pas encore vraiment. Puis surtout, Lyra n'avait rien à vendre, elle ne faisait que converser avec un homme, certes extrêmement connu et populaire, mais qui au final ne pourrait rien lui faire de plus que de lui dire de cesser de l'ennuyer. Maël serait certainement plus anxieux à l'idée de faire une faute et de perdre la vente la plus importante de sa vie. Être mêlé aux nobles de haute naissance était une bonne chose au fond, cela apprenait à se comporter correctement face à la clientèle « de luxe » qui se pressait à Villevieille. La Dornienne espérait bien que ses quelques connaissances en la matière allaient pouvoir leur être utile à l'avenir. Ils verraient bien en temps et en heure !

     Lord Tyrell enchaîna alors pour expliquer qu'il voyageait uniquement avec quelques membres de sa famille et l'intonation de sa voix indiqua à la Dornienne qu'il y avait visiblement anguille sous roche. La demoiselle avait eu l'occasion de constater que les nobles menaient une vie beaucoup plus compliquée que les simples roturiers ! Il y avait beaucoup d'affaires d'intrigues et sa dame lui disait toujours que les nobles étaient aussi plus souvent en froid entre membres d'une même maison. Était-ce la vérité ou tout simplement le fait que la dame en question avait été en quelque sorte chassée de sa famille ? Lyra n'avait su répondre à cette question, elle espérait simplement que les problèmes qui retenaient le reste de la famille Tyrell à Hautjardin – ou ailleurs – n'était rien de bien grave. La discussion continua alors, le seigneur expliquant à la roturière qu'il avait épousé une dame de cette maison et Lyra se sentit un peu confuse. Elle ne connaissait pas grand-chose à la composition des familles des autres régions, même si celle des Tyrell était tout de même relativement importante. Cela dit, comme il l'expliquait, les liens n'étaient pas forcément très forts. Un jour, une suivante avait raconté à Lyra que lorsqu'une femme noble épousait un autre noble, elle quittait sa famille et des fois même, ne revoyait plus jamais les membres de son ancienne maison. Cette idée lui avait semblé totalement folle, mais avec le temps elle avait commencé à comprendre que c'était bel et bien le cas. Comme la réplique de son vis-à-vis se terminait sur les manigances que certains pouvaient voir, elle esquissa un sourire léger avant de répliquer.

     ▬ J'ai cru comprendre que bien souvent les actes désintéressés pouvaient être perçus comme des actes calculés. Je crois que malheureusement beaucoup de monde voit les choses sous l'angle défavorable. Une mauvaise langue pourrait bien dire que je vous ai intentionnellement abordé pour essayer de vous persuader d'acheter des choses à mon ami tailleur alors qu'il n'en est rien. La chose aurait été compliquée il fallait l'avouer. Il est bon de savoir que tous les nobles n'ont pas encore succombé au jeu des trônes ! Ce doit être très difficile de ne pas pouvoir être certain de pouvoir accorder crédit à tout ce que l'on vous dit. Comment faites-vous pour savoir si les gens qui vous parlent son sincères et ne cherchent pas à vous abuser ? La question pouvait sembler naïve elle en était consciente. En tous les cas, vous parlez de votre épouse d'une manière très poétique, j'ignorais qu'elle était née Hightower, mais je comprends mieux la galanterie que les hommes de votre région sont réputés posséder. »

     Entendre quelqu'un parler de sa moitié comme d'une fleur cueillie dans un jardin était très surprenant. Elle était peut-être plus habituée à entendre les clients de son père parler de manière assez crue, ce qui prouvait une fois de plus que la délicatesse pouvait avoir du bon.

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Message Sam 15 Déc 2012 - 7:48

Quand Leo évoqua la possibilité de recourir aux services du tailleur dornien qui se trouvait être l'ami de la jeune Lyra, celle-ci ne sut cacher ni son émotion ni sa joie, ce qui amusa le seigneur suzerain qui était davantage habitué à la compagnie de personnes qui faisaient de l'art de la dissimulation leur gagne-pain quotidien. Il était à Hautjardin comme ailleurs entouré, la plupart du temps, d'hypocrites, de sournois, de tartufes, de chafouins, de papelards mielleux et de patelins doucereux qui savaient manier avec autant d'aisance le sourire et le poignard. Croiser la route de la jeune demoiselle était donc un peu comme rencontrer un parterre de trèfle doux après avoir longtemps marché sur des sentiers couverts de fourbes ronces. Ses paroles d'ailleurs le firent sourire, Leo avait bien remarqué déjà que nombreux étaient ses interlocuteurs qui s'étonnaient et s'honoraient de sa compagnie affable et courtoise, hors avant d'être le Long Dard, ce personnage de légende qu'au fond Leo connaissait mal, il était lord Tyrell, et bien avant cela il avait été ser Leo et obéissait ainsi de longue date à un code d'honneur qui était celui de la chevalerie et qui justifiait donc qu'il fût courtois, poli et amène avec tout le monde et surtout avec les plus petits que lui. Mais peut-être que trop répandus étaient les chevaliers qui avaient plus de bonté pour leur cheval que pour les gens autour d'eux, si bien que les bonnes gens du royaume avaient eux aussi oublié ce que doit être un vrai chevalier, c'est-à-dire un modèle de vertu, d'humilité et de droiture, un homme qui donc modère ses passions, ses humeurs et ses peines pour toujours révérer la Foi des Sept et faire le bien autour de lui. Un chevalier devait être brave, juste, défendre le faible ou l'innocent et protéger toute femme, n'était-ce pas d'ailleurs les mots de la cérémonie de l'adoubement ? Leo avait pris garde toute sa vie durant d'observer ces principes-là avec une rigueur sans cesse aux aguets, quand bien même son autre titre, celui de lord, l'avait parfois contraint à passer sous silence les impératifs vertueux pour ne tendre l'oreille qu'aux nécessités d'un pragmatisme réaliste. Mais il avait pour cela demandé le pardon des Sept et peut-être d'ailleurs la sécheresse des années précédentes avait-elle été la punition divine de ses choix passés ? Cette idée lui parut absurde : pour le punir lui, jamais les Sept miséricordieux auraient puni le royaume tout entier. Jamais la Mère d'en haut ne permettrait qu'un enfant innocent pâtisse des crimes d'un vieux coupable. « Alors je verrai avec lui ce qu'il peut faire pour moi le moment venu, mais je n'oublierai pas vos paroles qui sont pour moi la garantie du talent et de la fiabilité de votre ami tailleur. Qui sait, peut-être vous doit-il dès à présent quelque chose... » ajouta-t-il avec un le sourire entendu de celui qui sait de quoi il parle et à qui il s'adresse, car en effet peut-être que Lyra, malgré elle, venait tout juste d'acquérir pour le compte de son ami dornien de nouveaux clients de marque qui ne manqueraient pas de récompenser la déférence de la demoiselle et le talent du tailleur, quoique ce dernier demeurât encore à constater... mais Leo n'avait point trop de peine à considérer cela comme une simple formalité.

Aux autres paroles de Lyra, il répondit tout sourire, presque en riant :
 « Et d'autres mauvaises langues diront de Leo Tyrell qu'il fut assez bête pour accorder son temps à une revendeuse de chiffons ! Laissons-la dire, ces langues-là s'agitent beaucoup mais son plus sèche que le sable des déserts. Pour répondre à votre question, j'imagine qu'il faut connaître les règles du jeu des trônes, les comprendre, et soit y prendre part sans s'y compromettre, soit s'en tenir à l'écart. L’appellation même de « jeu des trônes » est trompeuse, car elle donne à croire qu'il s'agit de la récréation privilégiée des nobles et des rois, mais il n'en est rien. Qui s'y lance à corps perdu risque tout, et nombreuses ont été et seront les victimes du jeu dont les noms ont aujourd'hui été oubliés des mémoires. Ainsi par exemple mon propre aïeul y a succombé malgré lui, vous connaissez certainement la triste fin du lord Tyrell qu'un roi Targaryen avait placé à la tête de la principauté fraîchement conquise d'où vous venez. Mon propre aïeul donc, assassiné par des Dorniens, et pourtant je suis là à discuter avec vous. Votre compagnie m'est plus agréable que la froide caresse d'un mauvais souvenir, et pourtant un autre que moi n'aurait peut-être pas su faire la part des choses, et c'est bien là tout le problème à mon avis. Beaucoup de nobles s'attachent à de vieilles lunes pour tracer leur chemin dans l'arène du jeu des trônes, ils y jouent sans relâchent et s'y condamnent, car toute action engendre son lot de conséquences. D'autres, plus prudents, se tiennent à l'écart et au-dessus, ils jouent quand il le faut et dans la limite de ce que la morale permet. Je suis de ceux-là, et je m'en porte bien. » Leo espérait très honnêtement qu'elle ne prendrait pas ombrage de ce petit rappel historique qui n'avait pas pour but de la mettre mal à l'aise, mais bien d'appuyer les éléments de la réponse qu'il lui donnait, car cet exemple-là lui semblait le plus évident : s'il avait été un joueur aigri et acharné du jeu des trônes, il aurait prétexté cet événement tragique et passé pour arroser la jeune Lyra de tout le fiel qu'il dissimulait sous sa langue, car l'écrasement des plus petits semblait être l'occupation favorite de ce type de joueur compulsif. Leo n'était pas de ceux-là et sans doute était-ce pourquoi il était plus heureux que d'autres en dépit des nuages qui, nécessairement, venaient parfois obscurcir le ciel de ses horizons. Les derniers heurts avec son épouse, son fils et sa belle-fille, par exemple, l'atteignaient sans pour autant mêler son cœur d'une rancune excessive contre eux. Leo Tyrell pardonnait peut-être trop facilement ? C'était oublier qu'il s'agissait là d'affaires de famille. « Ma chère, si les Sept ont fait les femmes si belles et si douces, c'est bien pour que nous autres les hommes leur rendons l'hommage qui leur est dû. La galanterie n'est jamais négociable, elle est ou n'est pas. L'homme qui la refuse n'en est pas un. »
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Message Dim 16 Déc 2012 - 16:56

     L'idée que Maël puisse lui devoir quelque chose était assez étrange, car Lyra se disait que si le jeune homme avait accepté de l'accueillir chez elle alors qu'il n'y était pas obligé, c'était la moindre des choses qu'elle puisse faire pour lui. La demoiselle répliqua par un sourire à celui que le suzerain lui accorda. Déjà qu'elle avait du mal à se départir de cette expression joyeuse en temps normal, inutile de dire que si son interlocuteur lui donnait une raison valable de sourire, elle n'allait pas s'en priver !

     Quoi qu'il en soit, le seigneur de Hautjardin fit savoir à son interlocutrice qu'il se moquait pas mal de ce que les mauvaises langues pouvaient dire. C'était une bonne manière de penser, s'il s'arrêtait à des détails de ce genre, il était inutile de préciser qu'il passerait tout le reste de sa vie à tendre l'oreille pour écouter les protestations des personnes mécontentes. Un jour le père de Lyra lui avait dit qu'il était impossible de satisfaire tout le monde. Lui-même, à moindre échelle bien sûr, était confronté à ce type de problèmes. Il avait souvent des clients qui disaient que telle ou telle chose ne convenait pas ou était inadmissible pour un établissement comme leur auberge. Le père de la demoiselle avait au début tenté de satisfaire tout le monde, mais s'était rapidement rendu compte que c'était une chose impossible. Modifier un point signifiait s'exposer au risque que ce changement ne convienne pas à d'autres personnes qui étaient heureuses avant. Au bout du compte, l'homme avait tout simplement délaissé ces détails et ne s'en occupaient plus. Inutile de dire que si un simple aubergiste avait été dépassé par ces difficultés, un homme qui devait gérer toute une région ne s'en sortirait pas s'il prêtait l'oreille à chaque mauvaise langue !

     Il répondit alors à la question de la demoiselle, expliquant qu'en tant que noble il fallait forcément connaître les règles du jeu des trônes. C'était l'évidence même ! Un homme qui ne se souciait pas de ces manigances s'exposait certainement à de grosses difficultés. Avec inquiétude et malgré elle, elle repensa à lord Baratheon qu'elle avait eu l'insigne honneur de rencontrer. Il lui avait avoué ne point goûter à ces choses et s'en tenir éloigné. Comment pouvait-il tenir face aux autres nobles ? Les Terres de l'Orage était une région particulière il était vrai, sans compter que la maison Baratheon était en place depuis très longtemps, il devait donc savoir ce qu'il faisait. Ce n'était pas une simple roturière qui allait lui donner la leçon ! Lord Tyrell parla alors de son ancêtre qui avait subi le courroux des Dorniens. Elle se souvenait d'avoir souvent entendu cette histoire en effet, un Bieffois de plus tué par des Dorniens comme disaient certains. Lyra ne put retenir un nouveau sourire rayonnant lorsqu'elle entendit le noble exprimer le fait qu'il trouvait cette discussion agréable. Tant mieux ! Elle se serait bien malheureuse de lui imposer un moment qui n'était pas agréable pour lui, même si la demoiselle ne doutait pas une seule seconde qu'il aurait fait preuve de franchise si tel avait été le cas. Quoique... la Dornienne ne connaissait pas de chevalier, elle ignorait si leur politesse les empêchait de parler un peu brusquement à une femme. Comme s'il avait entendu les pensées de la jeune femme, le seigneur de Hautjardin prit la parole pour parler de la galanterie qu'elle venait de souligner. Un sourire sourire ourla les lèvres épaisses de la roturière.

     ▬ Et bien dans ce cas je crains de ne pas avoir rencontré beaucoup d'hommes qui en soient réellement jusqu'à présent ! Loin de moi l'idée de critiquer mes homologues, mais je crois que les Dorniens ne possèdent pas le même goût pour la galanterie que vous, à moins qu'il ne s'agisse simplement de la différence entre les rangs sociaux ? J'avoue ne pas avoir la réponse à cette question, mais je tenais à le souligner, vous êtes sans aucun doute l'homme le plus galant qu'il m'ait été donné de rencontrer. »

     C'était certainement une remarque très naïve, la jeune femme en était parfaitement consciente. Mais comme elle le faisait avec les femmes qu'elle trouvait belle, Lyra s'était mis en tête de toujours souligner lorsqu'une personne lui apparaissait bien élevée ou particulièrement talentueuse dans un domaine. Les compliments étaient si rares en ce bas monde – du moins ceux sincères – qu'elle disait souvent ce qu'elle pensait. Sa dame lui avait fait remarquer que ce n'était pas forcément très poli, mais peu lui chalait. La demoiselle s'empressa d'enchaîner sur le même ton que depuis le début de la discussion.

     ▬ Il m'a été donné le plaisir de pouvoir rencontrer l'Orage Moqueur et j'ai appris qu'il ne goûtait pas vraiment à ces jeux entre les nobles. Je crois qu'il doit préférer avoir des discussions avec ses sujets qu'avec les autres nobles. C'était du moins ce qu'elle avait cru comprendre suite à leur discussion. C'est amusant au final, de constater que parmi tous les suzerains vous êtes plusieurs à ne pas abuser de votre rang. Peut-être est-ce parce que vous connaissez la valeur des choses et que les nobles plus mineurs escomptent s'élever aussi haut que vous, mais sans savoir ce qu'ils risquent ? »

     Un homme élevé depuis toujours pour gouverner une région devait forcément être plus apte à le faire qu'un autre qui s'était retrouvé là par hasard. Il était certain que Lyra aurait bien plus confiance en un homme comme lord Tyrell qu'un simple noble des environs qui se retrouverait soudain à la tête du Bief ! Cette pensée la fit se souvenir d'une rencontre qu'elle avait faite avec un Bieffois qui n'était pas très ouvert à l'égard des Dorniens et qui avait réussi à la surprendre. Humectant ses lèvres, elle enchaîna.

     ▬ J'ai aussi été amenée à croiser l'un de vos vassaux. Nous avions fait halte dans un village du fief de lord Tarly et j'ai pu constater qu'effectivement certains Bieffois sont plus qu'hostiles à mon peuple. Cela dit, j'ai été assez étonnée de constater qu'il s'est montré respectueux à défaut de se montrer chaleureux avec ma dame. Je crois que c'est là la grande différence entre les Bieffois et les Dorniens, même si vous n'aimez pas quelqu'un, vous vous montrez respectueux. Les Dorniens que j'ai rencontré et qui n'appréciaient pas les habitants de cette région n'étaient malheureusement pas tous aussi avenants. »

     Il y avait un léger regret dans sa voix. Ce n'était pas forcément un sujet particulièrement joyeux, la jeune femme en était consciente, mais elle tenait à faire savoir à cet homme qu'elle avait été plus qu'agréablement surprise par sa région. Même si elle n'était qu'une roturière, elle restait une étrangère et c'était donc une manière de voir bine différente de celle des Bieffois. Du moins elle le pensait.
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Message Mer 19 Déc 2012 - 18:32

Barnard se targuait d'être un homme honnête et travailleur. Il avait toujours vécu modestement, mais moins que d'autres, et s'il ne s'était jamais vraiment senti malheureux, il ne pouvait pas dire qu'il n'avait jamais rêvé à une vie meilleure. Une vie telle qu'en menaient ces beaux seigneurs et ces belles dames soignés qui vivaient dans leurs châteaux... Pour sa part, Barnard était bouvier, comme son père et son grand-père avant lui. Et ses fils seraient probablement bouviers à leur tour, eux aussi, quand ils en auraient l'âge. Ils étaient encore un peu jeunes pour le moment, mais ils avaient déjà le coup de main avec les vaches, et ils n'hésitaient pas à aider.
La journée avait été plutôt belle, et c'est le cœur léger et enthousiaste que le brave homme s'en était allé chercher son petit troupeau dans les pâturages où il avait passé la journée. En voyant ses cinq belles vaches tachetée, et le fier et fort taureau qui les accompagnait et veillait jalousement sur elles, il sentit son cœur se gonfler de fierté. Il avait dû faire des efforts, se serrer la ceinture et travailler dur en prenant la relève du travail de ses aïeux pour en arriver là. C'est que le bétail n'était pas donné... Mais au moins, il pouvait nourrir sa famille convenablement et espérer faire du profit avec ce qu'il tirait de ses bêtes. Néanmoins, les temps étaient devenus plus rudes, entre la sécheresse et les pillages qui avaient laissé des marques un peu partout... Le troupeau avait toutefois repris des forces et du poids récemment, suffisamment pour que cela soit de bonne augure pour la suite.

Barnard rassembla ses bêtes, nouant une corde autour de l'anneau de fer qui passait entre les narines de son taureau. Le fier et puissant animal n'était pas agressif par nature, mais il pouvait vite le devenir, et mieux valait se montrer prudent sur le trajet jusqu'à la grange où ils seraient enfermés pour la nuit. Avec des temps rudes, on trouvait de plus en plus de gens enclins à voler à leurs voisins tout ce qui pouvait les aider à mieux vivre... Equipé de son long bâton, tenant dans son autre main la corde qui retenait le taureau, le bouvier mena ses bêtes devant lui, les guidant tant par sa voix que par son outil. Il les connaissait chacune par son nom et leur apportait un soin attentif, et les vaches le lui rendaient bien, marchant docilement devant lui sur la route qu'elles connaissaient bien.
Ils devaient traverser le village, mais c'était une chose qu'ils faisaient deux fois par jour sans encombres. Même lorsqu'il y avait un peu plus de monde dans les ruelles, il parvenait à traverser le village sans encombres jusque chez lui. C'est donc naturellement confiant qu'il entreprit la traversée, sifflotant un air populaire avant de rappeler à l'ordre une de ses bêtes si cela s'avérait nécessaire. Ce relâchement d'attention risquait cependant d'avoir de graves conséquences.

Surgissant au coin d'une chaumine, une bande de gamins caracolant et criant, poursuivis par quelques chiens surexcités, foncèrent droit dans le petit troupeau. Avec l'insouciance et l'aisance que confère l'habitude, ils se faufilèrent aisément à travers les bêtes en faisant grand tapage, les uns cherchant à attraper les autres. Les chiens bondissaient en aboyant entre les pattes des bovidés, désireux de participer activement au jeu des enfants. Barnard n'avait même pas eu le temps de les voir arriver et de leur crier un avertissement qu'il était déjà trop tard. Les mouvements brusques et désordonnés, l'agitation ainsi que les aboiements et la présence menaçante des chiens étaient de trop pour les paisibles bovins qui commencèrent à s'agiter. Le taureau, par-dessus tout, fut en l'espace de quelques instants totalement incontrôlable. Tandis que le pauvre bouvier tentait de ramener le calme dans son troupeau en appelant ses bêtes, s'accrochant désespérément à la corde retenant le grand mâle qui s'était mis à secouer la tête dans tous les sens en mugissant, les garnements avaient déjà décampé. Le rapport de force était inégal, et Barnard se retrouva bientôt jeté à terre dans la poussière. Toussant et crachotant, il se redressa sur un coude pour voir son taureau filer droit devant lui, chargeant, les vaches derrière lui. Autant essayer d'arrêter un char en pleine course... Gémissant, le pauvre homme cria à l'attention des passants pour les mettre en garde si c'était vraiment nécessaire :


« Poussez-vous, le taureau ! Mes vaches ! »

Alors qu'il se redressait le plus vite qu'il lui était possible pour essayer de récupérer ses bêtes, ces dernières fonçaient droit sur un certain seigneur suzerain du Bief, en grande conversation avec une belle Dornienne... Les villageois se jetaient de côté au passage des vaches, en criant... mais seraient-ils trop absorbés dans leur conversation pour se rendre compte du danger à temps ?
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