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D'une grenouille je ferai une merveille - Lyessa Reed

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Message Dim 4 Nov 2012 - 21:05

Au bout de la route, disait-on, il serait toujours possible de trouver un abri ou certains de ses semblables, car telle était la raison d’être des innombrables sentiers recouvrant Westeros. Sans destination, sans but, rien ne justifiait que les petites gens se déplacent, trop occupés à leur besogne routinière ils naissaient et mourraient souvent sans jamais s’éloigner du lieu de leur naissance. Voilà à quoi les pauvres bougres étaient réduits. Triste existence que celle des sédentaires, un mode de vie qu’Elyas rejetait en bloc. En tant que vagabond Westeros lui servait de demeure, il refusait de s’enchainer à la pierre ou au bois sous prétexte d’une vie plus facile. Fossés comme tas de paille pouvaient lui servir de lit, et jamais il n’avait mangé à la même table plusieurs repas à la suite. Le trajet en lui-même importait suffisamment pour la simple raison que le vieil homme connaissait déjà la finalité de tout ceci. Libéré de la sorte des tracas quotidiens auxquels le reste du genre humain se voyait confronté le saltimbanque d’hier pouvait se concentrer sur la seule chose qui l’intéressait réellement : trouver des compagnons de scène pour une brève mais inoubliable représentation.

Depuis plusieurs jours le mauvais temps persistait dans le Conflans, l’automne prenait plaisir à déverser sur la région une fine pluie qui s’insinuait lentement dans la terre et les vêtements jusqu’à les détremper. Présent depuis la veille dans le petit village de fermiers qui ne tarderait pas à lui servir d’estrade, Elyas s’était mêlé aux marchands et acheteurs présents pour ce qui devait être un genre de foire aux bestiaux. Des échoppes montées à la va-vite s’entassaient au milieu des bâtisses, transformant bien vite le simulacre de place en véritable bourbier où piétons et bêtes s’enlisaient sans distinction au milieu d’autres humeurs moins plaisantes et charriées depuis les enclos de fortune. Il faisait froid, la bruine venait frapper brutalement les visages sans prévenir chaque fois qu’une bourrasque de vent se décidait à souffler et à agiter bœufs et moutons dont le nombre finissait petit à petit par se réduire tandis que leurs nouveaux propriétaires s’en retournaient chez eux. Indifférent au décor, Elyas pataugeait depuis un certain temps au milieu de la foule, épiant avec un détachement de façade quelque chose pouvant lui servir de prologue, n’importe quoi de suffisamment accrocheur pour justifier qu’il s’y intéresse et débute le premier acte. Le bas de ses vêtements trainait dans les flaques comme tous ceux autour de lui, l’on criait d’un côté pour appâter le client, l’on surenchérissait de l’autre. L’on vivait.

Sombre silhouette faisant mine de se cacher sous sa cape comme beaucoup cherchant à s’abriter, il s’arrêta non loin de la seule auberge des environs, un modeste bâtiment à deux étages qu’une enseigne désignait comme « Le Cochon siffleur ». Le vagabond fit mine de s’appuyer contre le mur non loin de l’entrée et attendit. Savoir observer sans se faire remarquer demandait un certain doigté, particulièrement quand il s’agissait non pas de dissimuler sa présence à la manière de quelque assassin ou voleur, mais plutôt de se mêler au décor, d’en devenir une partie si intégrante qu’elle frisait le banal. La porte n’avait jamais le temps de se fermer, car si beaucoup des nouveaux venus préféraient le confort tout relatif de leur carriole au prix d’une couchette, cela n’empêchait pas l’établissement de tourner à plein régime pour vendre à bon prix sa bière aux estomacs avides d’un peu de chaleur alcoolisée. A intervalles réguliers le panneau de bois pivotait sur ses gonds, offrant brièvement le spectacle d’une salle bondée où brulait un grand feu de cheminée dans une atmosphère étouffante. Près d’une taverne l’on s’attendait toujours à trouver des poivrots trop occupés à cuver pour faire attention à ce qui les entourait, en retour on les ignorait parfois avec mépris, tel était ce à quoi l’audience s’attendait, et Elyas décida de ne pas les décevoir. Il s’accroupit, toujours dos au mur en dodelinant légèrement de la tête et en donnant à ses mains ce léger tremblement présents chez les hommes ayant du vin à la place du sang. L’œil toujours rivé sur les passants, il resta ainsi près d’une heure, patient.

Enfin il la vit ! La personne tant recherchée ! Celle dont le potentiel lui sauta immédiatement aux yeux ! Une jeune femme vêtue de bronze et de cuir dont la silhouette si frêle donnait l’impression de pouvoir se briser entre deux doigts malgré toute la force que le vieil errant put lire sur ses traits avant qu’elle ne pénètre à son tour à l’intérieur. Sans prêter attention à ses membres engourdis par l’immobilité et le froid il finit par se redresser, laissant à la belle un peu d’avance pour ne pas éveiller les soupçons, puis la suivit dans la salle. La populace, constituée d’une écrasante majorité d’hommes, s’y disputaient les quelques sièges en trinquant et jurant à tout va sur un parquet recouvert de restes de nourriture et de boue. A l’odeur l’on devait faire rôtir un agneau ou une chèvre dans les cuisines, certains dévoraient encore les restes du précédent service sur des os où peu de viande subsistait. Elyas ne regarda pas dans sa direction, se contentant de connaitre sa position approximative dans la pièce, et alla se placer au milieu des autres soiffards en s’achetant une pinte. Là encore se mêler aux autres. A sa gauche un jeune gringalet avec à peine quelques poils sur le menton gardait les yeux rivés sur une des serveuses qui allaient et venaient entre les tables. Peut-être qu’il était amoureux d’elle, ou peut-être qu’il voulait simplement profiter de sa personne le temps d’une nuit, la nuance comme l’individu ne lui seraient pas utiles pour l’instant. Son voisin de droite se révéla bien plus prometteur, le profil type de l’homme mûr qui avait déjà tout vu et tout entendu sans jamais ouvrir ni ses yeux ni ses oreilles. Parlant fort à quiconque daignait l’écouter dans le brouhaha ambiant, il crachait au passage de gros postillons de bière stockée dans son épaisse moustache tandis que ses doigts encore gras laissaient de vilaines taches sur sa chemise. A en juger par son teint le bonhomme était fiévreux ou déjà sévèrement éméché. Parfait.

Le vagabond étala sur son visage le sourire le plus désespérément franc dont il était capable et donna une grande tape sur l’épaule du bedonnant qui cligna mollement des yeux le temps de comprendre ce qui lui arrivait. Avant que ces petits yeux porcins ne finissent de se tourner vers lui et qu’une insulte fuse, Elyas lui dit joyeusement :

-« Ca fait moins mal qu’un coup de pied au cul, pas vrai ?! Je t’offre encore un coup ? »

Peu désireux de s’interroger en profondeur sur le pourquoi du comment quand de la boisson gratuite pesait dans la balance, le grassouillet leva maladroitement sa chope à demi vide et s’exclama en retour :

-« Ou qu’un coup d’sabot dans les noyaux ! Pour sûr ! »

Quelques autres badauds non loin rirent de bon cœur, désormais membres plus ou moins présents d’une réunion informelle comme il s’en formait parfois en pareilles circonstances. Pendant quelques minutes ils échangèrent de profondes réflexions sur le temps, sur l’état du marché, ou même la nièce du Lord local qui était un vrai laideron à ce qu’on disait ! S’esclaffant aux moments opportuns comme n’importe quel bon camarade de beuverie il profita de l’occasion pour glisser :

-« Ici au moins les filles sont pas vilaines, et on trouve de tout. Même si les jeunots sont trop frileux pour passer à l’attaque, pas vrai ? »

Quelques rires gras de la part des membres les plus âgés du petit groupe ne tardèrent pas à fuser en même temps que quelques quolibets pour les jeunots en question, le gros à moustache en tête pour se moquer avec une finesse toute personnelle :

-« C’bien vrai ! On vit dans un des plus d’beau patelin au monde et les jeunes osent pas ! Doivent avoir peur que les donzelles elles la leur coupent ! J’ai raison ou pas ?! »

-« Ah ouais ?! » Répondit un garçon aux cheveux blond cendré et au nez gras qui ne devait pas avoir beaucoup plus de seize ans. « Eh bah z’allez voir ! »

Il finit son verre d’un trait et partit d’un pas titubant vers… eh bien vers celle qui justifiait toute l’entreprise de ce soir. L’on devinait clairement que la jeune femme ne vivait pas dans le coin, le trophée était trop beau pour qu’un esprit échauffé par l’alcool ne tente pas sa chance. Les autres lui criaient leurs encouragements sans guère de subtilité alors qu’il arrivait presque devant la proie de sa virilité.

De son côté Elyas profita de l’occasion pour se mêler à nouveau à la foule dans un autre endroit de la salle où tous se bousculaient dans le désordre, attentif à la réaction de son actrice principale afin d’adapter son jeu en conséquence.


Dernière édition par Elyas le Jeu 15 Nov 2012 - 16:24, édité 1 fois
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Lyessa Reed
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Message Lun 5 Nov 2012 - 13:43

    Cela faisait maintenant quelques jours que Lyessa avait quitté Fort-Griseaux dans le but de rejoindre Port-Réal. Elle n’avait pas choisi une franche période de beau temps pour se décider à quitter la demeure familiale, ce qui avait inquiété lady Elinor bien plus que lord Joren. Lyessa était habituée aux intempéries des Sept Couronnes car rares étaient les voyages – surtout les longs - qui se déroulaient sous un ciel clément. Quoiqu’il en soit, sortir des marais du Neck n’avait pas été une tâche facile. Elle avait passé la plupart de son temps à se battre contre la vase, la boue, serpents et lézard-lions qui profitaient des eaux montantes pour pulluler allègrement. Elle avait finalement rejoint l’embouchure du Neck et longé la Verfurque et crut bon de s’arrêter dans une auberge d’un petit patelin du Conflans pour s’éviter une mauvaise nuit. Elle comptait bien repartir aux aurores pour ne pas traîner en route et pouvoir rapidement atteindre la destination prévue. Le petit bled sur lequel elle avait jeté son dévolu était tout aussi boueux que les terrains sauvages qu’elle venait de traverser. Manifestement, un regroupement avait du avoir lieu dans l’après-midi car des marchands étaient en train de remballer leurs étalages lorsque la Nordienne mit un pied dans l’allée principale. Elle qui n’était pourtant pas bien frileuse, n’allait pas cracher sur un repas chaud et un lit douillet – dans la mesure du possible.

    Détaillant brièvement les poivrots qui cuvaient leur vin à l’extérieur, Lyessa se décida à pousser la porte en bois du Cochon siffleur et se heurta aux rires et au brouhaha incessant de la populace taillant un bout de gras en se réchauffant. L’odeur se fit entêtante, creusant le ventre de lady Reed de par l’odeur de viande qui cuisait dans son gras tout en l’amenant à l’écœurement avec les relents de transpiration et de pieds mouillés des badauds qui traînaient dans le coin. Elle se glissa entre les opulentes serveuses, vieux édentés et paysans bedonnants pour aller se chercher une table bien au fond de la salle et jouir d’un semblant de tranquillité. Il fallait avouer que lady Reed passait autant de temps dans ce genre de rade que dans ses marais, ce qui finissait par équilibrer son mode de vie douteux. Elle déploya son grand arc pour le poser entre elle et le mur puis interpella une serveuse qui passait par là pour lui commander une pinte de bière, un bout de viande et un quignon de pain. Lyessa se souciait assez peu des gens qui l’entouraient, préférant réfléchir au moyen de rejoindre Port-Réal dans un temps record sans trop se perdre dans les forêts du Conflans. Elle déplia un bout de carte sur la table et se mit à l’examiner, pensive tout en essayant de faire abstraction des éclats de voix autour d’elle.

    La serveuse ne tarda pas à revenir pour lui déposer sa gamelle fumante sous le nez et lady Reed eut vite fait de ranger ce qui la rendait soucieuse pour attaquer la ripaille et calmer sa faim. Elle but quelques gorgées de sa bière pour faire passer le tout et se cala confortablement contre sa chaise, délaçant un peu son armure en écailles de bronze qui commençait à lui peser et à lui faire chaud. Alors qu’elle reprenait une goulée de sa pinte, elle remarqua du coin de l’œil un jeune homme se diriger vers elle d’un pas titubant. Qu’est ce qu’il lui voulait, celui-là ? Il était jeune, couvert de boutons et peu engageant. Lyessa se renversa légèrement sur sa chaise pour lorgner la bande de pécores qui avaient l’œil tourné dans sa direction.

    « B’soir ma beauté. T’es v’nu chercher un peu d’chaleur dans l’coin ? J’me propose avec gra’d pl’isir. » – Prononça le garçon avec les quelques difficultés que la boisson lui incombait.

    Lyessa resta à le fixer entre amusement et dépit avant de daigner lui répondre.

    « Pas la peine d’perdre ton temps. J’ai besoin d’personne pour chauffer ma couche. » Lui lâcha-t-elle. « Rien ne t’empêche d’aller tenter ailleurs, mais fous moi la paix. »

    Lady Reed agrémenta sa remarque d’un regard venimeux. La plupart des gens qui croisaient sa route la prenait pour une roturière ce qui jouait en sa faveur, comme à sa défaveur. La Nordienne n’était pas d’humeur à se faire emmerder ce soir, surtout par des jeunes saoulards qui osaient la prendre pour une vulgaire catin. Elle but une nouvelle gorgée de sa bière et jeta un voile d’indifférence sur son interlocuteur, préférant saucer son pain pour finir son plat.







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Message Mer 7 Nov 2012 - 20:06

Parvenir à entendre ne serait-ce que quelques bribes de cette conversation aurait tenu de l’exploit. Tant de bruit, tant de mouvement, avec le crépuscule l’auberge ne faisait que s’emplir davantage et il devenait difficile de se ménager le moindre espace d’intimité ou de confort dans ce four. Ceux encore debout jouaient des coudes tandis que le ressac imprévisible des corps dans l’espace exigu les pressait épaule contre épaule, quant aux rares qui avaient réussi à se trouver une table où mâchouiller leur repas ils devaient composer avec de constants coups accidentels par des postérieurs et des coudes maladroits. Combien pouvait-il y en avoir à présent ? Quarante ? Cinquante ? Une belle foule, une foule des grands soirs, mais une foule qui commençait à boucher la vue à Elyas pour le plus grand désagrément de ce dernier. Il ne parvenait à voir sa vedette du moment que par intermittence, cette dernière avait semblait-il sèchement envoyé paitre le damoiseau du pauvre, le regard dur et la mâchoire serrée que l’ancien saltimbanque lui devinait ne pouvaient mentir.

Il y a des décennies, à l’époque où le vieil homme pouvait encore se vanter de compter parmi les jeunes gens et qu’il faisait toujours partie d’une petite troupe de comédiens errants, on lui avait appris que pour le premier numéro l’artiste le moins expérimenté était envoyé au-devant du public. Pourquoi laisser l’honneur de la première impression aux blancs-becs ? Tout simplement parce que les gens avaient besoin d’un certain temps pour se laisser prendre par les mots et les jeux d’une représentation, endurer leurs premières hésitations à rire ou pleurer n’avait rien de gratifiant. Voilà pourquoi Elyas n’avait toujours pas fait son entrée, il laissait à sa petite marionnette blonde et boutonneuse le soin de lui mâcher le travail. Le pauvre bougre s’en sortait d’ailleurs on ne peut plus mal, s’il refusait de lâcher le morceau comme sa fierté de mâle le lui ordonnait les blessures à son orgueil semblaient s’accumuler comme autant de flèches dans un pauvre bougre assiégeant un rempart bien défendu. Apparemment l’étrange femme ne cessait de décliner ses avances, et avec du mordant s’il l’on en croyait les quelques rires et sifflements qui commençaient à vaguement se faire entendre autour d’eux en dépit du bourdonnement ambiant. Ils attiraient l’attention, voilà que le premier acte battait son plein ! La voyageuse et l’impudent poivrot ! Ce dernier se révélait d’ailleurs être un formidable comique dans sa façon de vouloir paraitre charmeur et sérieux. Une tentative de poser les deux mains sur la table pour appuyer ses propos en même temps que sa personne se solda par un tangage de plus en plus prononcé et une demi-chute qui le fit se cogner sur le rebord en bois. Certains spectateurs s’en pliaient presque en deux tant ils riaient, une fois encore tout se mettait en place avec une agréable précision.

Elyas continua à se faufiler, rompu à l’art d’évoluer au milieu de la populace, jusqu’à se trouver tout près de l’imposante cheminée où brulait un intense brasier. Sur son passage un pichet avait quitté sa table originelle et reposait au creux de sa main, dissimulé entre deux plis de ses vêtements. Son ancien propriétaire ne se rendit compte de sa disparition qu’au bout d’une longue minute et accusa aussitôt le badaud le plus proche. La bagarre qui risquait d’éclater n’intéressait pas Elyas, tout en faisant mine d’observer la scène de piteuse séduction il commença à doucement vider le contenu du récipient, un alcool fait maison qui à l’odeur semblait bien plus fort que de la bière ou de l‘hydromel, sur une pile de frusques que plusieurs personnes avaient ôtées et laissées là pour se préserver de la chaleur. Le pichet métallique presque vide toujours en main, le vagabond se servit du reste de tord boyaux pour laisser une légère trainée sur le sol entre les vêtements imbibés et la frontière de l’âtre. Enfin il s’éloigna en direction de la porte, l’œil toujours rivé sur le spectacle qu’il avait lui-même mis en mouvement quand la mer de visages lui en laissait l’occasion, son jouvenceau commençait-il à se montrer entreprenant au point d’user de violence ? Ce serait assez décevant, non pas que l’ancien saltimbanque fut un exemple de galanterie ou d’égards à l’intention du beau sexe, mais le moindre geste brutal suffirait à faire perdre au duo tout ce qu’il avait de charmant et divertissant dans le registre du burlesque, l’heure n’était pas encore à la tragédie !

Le temps lui manquait, le vagabond en avait conscience, aussi choisit-il rapidement une des rares femmes présentes et qui criait au jeune homme de « se faire pousser une paire » avant de retenter sa chance un autre jour. Elle était assez âgée, défraichie, à mi-chemin entre la matrone grisonnante et la matriarche, ses bras terriblement maigres s’agitaient en l’air alors qu’un rire grinçant venait ponctuer ses propos nasillards. L’approchant avec autant de douceur que le peu de temps à sa disposition lui laissait, Elyas lui souffla à l’oreille :

« Il devrait faire attention, on ne sait jamais avec les étrangers. Elle risque de lui jeter le mauvais œil. »

Le vieil homme se composa un air grave tandis que la desséchée le dévisageait, son rire peu harmonieux persistait mais le sourire sur ses lèvres gercées avait fondu comme neige au soleil. Parmi tous les leviers dont l’ancien saltimbanque avait appris à user au fil des décennies le doute figurait parmi les plus efficaces, car lorsqu’il subsistait au moins une minuscule probabilité pour qu’un évènement désastreux se produise la peur obnubilait les pensées et faisait perdre à l’être humain ce qu’il avait de posé et réfléchi. Tout tournait alors autour d’une affreuse question que l’on se répétait en boucle malgré tous les contre-arguments que la psyché essayait d’avancer : « Et si jamais ?... ». La bougresse ne serait pas la première et surement pas la dernière à ressentir cela, du moins pas tant qu’un semblant de souffle continuerait à animer les tripes crasseuses d’Elyas.

« Qu’est-ce tu r’contes toi ? Ça existe pas l’mauvais œi… »

L’improvisation s’accompagnait toujours d’une certaine quantité de revers, mais parfois aussi de merveilles en termes de synchronisation, de véritables coups de chance. Cet instant appartenait à la seconde catégorie car au beau milieu de sa phrase une des braises s’échappant des flammes finit par atterrir sur le combustible et l’embraser. Ce n’était qu’un humble départ d’incendie, à peine quelques chiffons embrasés que quelques personnes organisées n’auraient eu aucun mal à étouffer, mais l’alcool n’avait jamais été réputé pour développer la raison et la retenue. La surprise et un rien de claustrophobie jouèrent leur rôle, les premières réactions ne furent que des cris et des hoquets, puis alors que le feu commençait à s’étendre au mur la bousculade commença. Poussés par leur instinct, tous se ruaient désespérément vers la sortie sans se soucier d’où ils mettaient les pieds ou de qui ils auraient besoin de se débarrasser pour fuir, seule comptait la survie. Sans doute plusieurs personnes se firent piétiner au passage, sans doute d’autres eurent-elles le dos léché par les flammes tandis que tous s’agglutinaient vers leur seul espoir d’atteindre l’extérieur. Elyas reçut pour sa part plusieurs coups accidentels alors qu’il se laissait porter par la vague de corps terrorisés, quelqu’un essaya même de lui grimper dessus pour s’échapper plus rapidement avant de s’aplatir au sol tandis que le vieil homme se penchait de côté.

La chaleur se faisait plus pressante que jamais, le vagabond n’avait pas pensé que le bâtiment entier brulerait durant cet acte, mais au final cela ne ferait qu’ajouter du grandiose à la scène donc il accueillit avec satisfaction cette découverte quand une fois à l’extérieur il vit la lumière orange et dansante luire par les fenêtres de l’étage. Ses côtes étaient endolories, la pluie et l’air, glacial en comparaison du précédent décor, faisaient l’effet d’une gifle en plein visage, beaucoup en seraient quittes pour une mauvaise fièvre dans les jours qui suivraient. Pour l’heure peu s’en souciaient, des marchands filaient éloigner bétails et carrioles avant que l’incendie ne les atteigne, les autres criaient d’aller chercher des seaux au puits même si l’humidité ambiante laissaient peu de chances au feu de se propager bien loin. Une fois encore le doute brouillait leurs pensées.

Le vieil interprète resta près de la porte jusqu’à ce qu’Elle émerge à son tour du bâtiment en proie au brasier, puis il lui saisit vigoureusement le bras au niveau du coude. Elyas endossa le rôle du villageois affolé et lui cria avec une voix où un semblant de peur transparaissait :

« Je l’ai vu ! Celui qui a allumé le feu ! Il l’a fait exprès ! Tu as un arc, toi, aide moi à l’attraper ! »

Que le deuxième acte commence !



Dernière édition par Elyas le Ven 9 Nov 2012 - 16:44, édité 1 fois
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Lyessa Reed
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Message Jeu 8 Nov 2012 - 17:35

    Si Lyessa avait déterminé qu’elle finirait son plat en toute tranquillité, ça n’avait pas l’air d’être de l’avis du jeune freluquet qu’elle venait de congédier. Il avait encore une once de fierté, à voir avec quel aplomb il retentait sa chance, tandis que derrière lui fusaient les rires. Un coude sur la table, le regard rivé droit devant elle alors qu’elle mâchait lentement ce qu’elle avait en bouche, la jeune femme semblait de moins en moins encline à entendre les balbutiements de son interlocuteur. Si dans certaines circonstances, cette situation l’aurait amusé, ça n’était pas du tout le cas ce soir là. Lyessa avait le trajet dans les pattes et n’était pas prête à supporter les insistances de qui que ce soit.

    « Hé ! Pas b’soin d’faire la dure même si ça s’pourrait qu’j’aime ça. » – Lâcha-t-il entre deux hoquets tout en posant ses mains sur la table et en lui offrant un regard qu’elle trouva fort pathétique. Elle n’eut pas besoin de l’aider à s’en détacher d’ailleurs, car à peine s’eut-il appuyé dessus qu’il perdait l’équilibre pour se manger le bord en pleine poire.

    Négligemment posée sur sa chaise, Lyessa le scruta d’un œil perplexe avant d’attraper sa chopine et de s’en envoyer une gorgée. La chaleur se faisait de plus en plus insoutenable dans l’auberge, ce qui ne mettait pas Lyessa à ses aises – surtout avec le vacarme toujours plus entêtant qu’offrait la foule en ébullition. Le jeune homme se redressa, titubant pour trouver une posture équilibrée et, dressant son index devant son nez, il reprit d’une voix nasillarde.

    « Allez f’pas d’histoires ! » – La main collante et décharnée du garçon vint agripper le poignet de lady Reed qui ne manqua pas de se redresser, écartant dans un bruit sec sa chaise derrière elle. Visage incliné vers l’avant, l’œil sombre, la jeune femme fixa ses prunelles sur la main qui entravait la sienne avant de formuler d’une voix menaçante. « Vire ta main d’là où je te la coupe. C’est très sérieux. »

    Comme pour alimenter son orgueil et sûrement pour ne pas se débiner devant les pécores qui n’en rataient pas une, le blond haussa les sourcils, provocateur, mais refusa de retirer sa maison du poignet de la chasseresse – qui prit ça pour une offense sans nom. Sa main libre fusa en direction de l’impudent et la paume de sa main rentra violemment en contact avec son nez, lui faisant renverser tête vers l’arrière alors qu’il étouffait un cri inarticulé. Alors que Lyessa s’apprêtait à se détachait de l’emprise du saoulard, une étincelle de lumière à l’extrémité de son champ de vision lui fit tourner la tête, pantoise. La foule qui s’esclaffait et parlait à voix forte quelques secondes plus tôt, s’adonnait maintenant à une agitation inquiétante. Les cris de panique eurent vite fait de convaincre Lyessa de se saisir de son arc avant qu’elle ne voit les flammes s’élever pour lécher le plafond de l’auberge. Face au terrible constat – et Lyessa devait avouer ne pas être habituée à se retrouver dans des bâtiments en flammes – la jeune femme resta d’abord durant quelques secondes à observer le spectacle de nervosité et d’instinct qui se déroulait sous ses yeux. Ça n’est que le souffle chaud qui la convint de quitter son pan de mur en bois pour tenter de sortir de l’auberge. La tâche de sortir du bâtiment en flammes se montra plus ardue qu’espérée. Lyessa dut jouer des coudes pour ne pas se faire piétiner par les badauds inquiets qui se jetaient en direction de la sortie. Se laissant plus porter qu’autre chose par le flot de corps qui se déversait, Lyessa se surprit à regarder les flammes se répandre, comme captivée par ce spectacle déroutant.

    Lorsqu’elle émergea à l’extérieur, le froid et le vent la saisirent. Une pluie fine et ô combien mesquine ruisselait sur son visage et s’immisçait sous sa cuirasse en écailles de bronze qu’elle avait desserré un peu plus tôt. Les contusions que lui avait offertes la violente bousculade se dissipèrent aussi tôt qu’elle put retrouver un peu d’espace pour elle. A peine se dénoua-t-elle de leur présence qu’un homme lui saisissait à nouveau le bras pour l’interpeller. Sur le coup, Lyessa manqua de l’attraper à la gorge pour le repousser mais l’homme recouvert de la tête aux pieds lui offrit un regard frappé par la terreur. La lueur des flammes qui ravageaient les entrailles de l’auberge dansait sur sa large capuche, rendant la scène bien plus dramatique qu’elle ne l’aurait mérité.

    « Quoi ?! » – Lâcha Lyessa, entre surprise et méfiance. Elle se rendit assez vite compte que l’homme devait être l’un de ces vieux villageois usés par le labeur de la journée qui venait trouver réconfort dans le lieu à présent offert aux flammes. La chasseresse Reed avait toujours su aider son prochain, et l’idée de châtier celui qui avait gâché sa soirée comme celles de tous ces gens là, se faisait maintenant pressante. « C’est qui ? Où est ce qu’il est ? Montre-moi. »

    Elle encouragea l’homme en posant une main sur son bras, l’extirpant des badauds terrifiés qui tentaient de trouver une solution pour sauver la carcasse du bâtiment. Quelque chose ne manquait pas de chiffonner la Nordienne – pourquoi donc quelqu’un avait voulu mettre le feu à la bâtisse ? Si ce n’est par inconscience ou par folie ? Elle se mit alors à suivre l’homme, évoluant dans la boue et évitant les individus qui, pressés, ne regardaient même pas où ils foutaient leurs pieds.

    « A quoi est-ce qu’il ressemble ton coupable, vieil homme ? » – L’interrogea-t-elle entre deux pas de course.

    Une vieille femme sûrement à moitié aveugle manqua de lui rentrer dedans de plein fouet et elle dut faire un pas de côté pour l’éviter. La panique avait sûrement réveillé tous les villageois qui se démenaient maintenant à préserver leurs bêtes des flammes. Lyessa rabattit sa propre capuche pour s’épargner la bruine dans les yeux et dut se rattraper à l’homme pour ne pas s’étaler dans la boue qui rendait pénible leur progression. D’ailleurs, elle remarqua que ce dernier se débrouillait presque mieux dans cette tâche. Manifestement, il l’amenait vers la sortie du village, et Lyessa ne put s’empêcher d’ouvrir sa gueule une fois de plus.

    « T’es sûr d’ce que t’as vu ? Tu m’emmènes où là ? » – Lui lança-t-elle sur un ton peu patient.






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Message Sam 10 Nov 2012 - 14:28

Comme l’envie de sourire se faisait forte alors qu’Elyas réalisait que sa vedette du jour avait failli le frapper sitôt que sa main avait attrapé son bras, elle était encore plus originale que ce à quoi il s’était attendu ! Une jeune femme assez débrouillarde pour voyager seule et qui savait de toute évidence se défendre à en juger par l’arc qu’elle tenait et sa précédente prestation à l’intérieur, oh ce serait une merveilleuse soirée. Il avait là quelque chose de rare et de précieux, quelque chose que l’on avait l’obligation morale de pousser à son plein potentiel jusqu’à un final époustouflant, et le vieil homme avait déjà en tête la suite du programme.

Non seulement elle crût à son histoire mais ce fut avec ardeur qu’elle l’encouragea à la guider jusqu’au coupable qui, ironiquement, se trouvait déjà sous son nez. Persistant avec ses faux airs de villageois angoissé, le vieil homme la laissa l’extirper du gros de la foule puis partit d’un bon pas vers ce qui deviendrait leur prochaine estrade. Une courageuse guerrière aux origines inconnues, un pauvre vieillard tentant de guider la première pour qu’elle accomplisse son devoir, le tout sur fond de flammes et de panique, tous les éléments étaient à présents réunis pour écrire une saga mais à défaut de trouver un conteur cette histoire survivrait par parcelles dans les esprits de tous ceux y prenant part. Ce n’était pas là un spectacle vivant mais plutôt l’indéniable preuve que la vie elle-même se résumait à une gigantesque pièce avec davantage d’acteurs qu’un simple esprit humain pouvait concevoir, partout autour d’eux de minuscules tragédies et comédies naissaient et mouraient au gré des performances. Elyas se faisait un devoir d’aider à la mise en scène, non pas par caprice mais parce qu’il vivait pour cela, à défaut d’expliquer le pourquoi le comment de ses actes se comprenait aisément.

L’on courait en tous sens, l’on se bousculait allégrement et l’on chutait parfois en plein dans la boue tant la folie se diffusait autour d’eux, autoentretenue par les cris et les rumeurs, même le bétail commençait à donner de la voix dans un concert de beuglements qui donnait presque au village des airs d’étable à ciel ouvert. C’est justement vers les bêtes et la sortie de la bourgade qu’Elyas conduisit la jeune dame, peu affecté par la difficulté du terrain grâce à toutes ces années à parcourir les routes, il n’oublia pas cependant de s’improviser une respiration roque et difficile ainsi qu’une toux grasse qui lui donnerait une apparente faiblesse. L’on ne se méfiait jamais des malades et des impotents, de la même manière que l’on ignorait la vermine jusqu’au jour où cette dernière gâtait toute une réserve de grain sans que l’on ne s’en soit rendu compte. Aucune bassesse, aucun mensonge n’était trop horrible du moment que cela servait un but, et si comme l’ancien saltimbanque l’on pensait avec ferveur que la fin justifiait les moyens, les défenseurs de la vérité pure et dure devenaient les monstres. Des monstres sans imagination et sans talent.


« C’est un grand type avec presque aucun poil sur le caillou ! Je l’ai vu renverser un tonnelet presque entier sur la ch’minée ! Après il s’est faufilé dehors en deux s’condes ! »

Les intonations importaient tout autant que l’apparence, un tremolo bien placé, une respiration à contretemps maitrisée, tout cela rendait les propos crédibles dans le registre du confus. Elyas divulguait peu d’informations pour se laisser une marge de manœuvre assez large et mettait cette volonté sur le compte d’une peur feinte qui à défaut d’attirer la sympathie pourrait bien lui garantir un semblant de pitié. Autour du duo le nombre de villageois courant en tous sens commença à diminuer alors que les concernés allaient au puits chercher de quoi étouffer les flammes, bientôt la jeune femme et le vagabond arrivèrent devant les premiers enclos.

Le soleil était déjà presque couché, l’épaisse couche de nuages réduisait les quelques rayons de lumière restants à leur plus simple expression tandis que le monde progressait sur cette fine frontière entre l’obscurité déprimante et le noir complet. Bientôt il serait difficile de se repérer au-delà de quelques pas sans l’aide d’une torche, ce que plusieurs marchands avaient semblait-il bien compris tandis qu’on voyait leur lueur arpenter les barrières afin de préparer leur troupeau pour un départ précipité. Certaines bêtes étaient déjà en mouvement, guidées au mieux par leurs propriétaires empressés qui se disputaient souvent le passage avec leurs concurrents. Les animaux encore immobiles s’agitaient comme affectés par l’air ambiant, l’on entendait le clong clong des cloches autour des cous bovins et les bêlements de moutons se cognant entre eux sans endroit où aller.


« Ça peut-être qu’un voleur de bétail qu’a fait ça m’dame ! J’suis sûr de sûr ! J’l’ai vu filer par ici en sortant, y va sur’ment essayer de piquer du bétail pendant qu’les gens éteignent le feu, faut l’en empêcher ! »

Un raisonnement logique, un criminel retors, ainsi qu’un appel à la justice et à la vengeance, voilà tout ce qu’Elyas offrait à la jeune femme pour attiser sa hargne tout en augmentant sa propre crédibilité. Le moment était placé sous le sceau de l’épique après la comédie du premier acte, il fallait donc y ajouter du drame sans tarder ! Il choisit délibérément l’un des enclos les plus isolés, un ramassis de près d’une centaine de chèvres dont personne n’était encore venu s’occuper. Aucun berger en vue, étonnant mais ô combien providentiel. La cacophonie née de tous ces cris disgracieux était pénible au possible, de quoi attraper un affreux mal de crâne en s’attardant trop longtemps près de cette horde piaillant à tout va. Le vieil homme entreprit d’enjamber la clôture puis se laissa délibérément glisser sur le bois humide et s’écrasa à demi dans la boue. Il se releva lentement, en grognant, et alors que son héroïne le rejoignait il s’écria en pointant du doigt les ténèbres au milieu des bêtes :


« Là ! Y vient de passer là ! Entre les bêtes ! Il va essayer d’ouvrir l’enclos et en voler au passage ! »

Sans laisser le temps d’une réponse à sa compagne du moment il s’engagea entre les chèvres, bousculant sans vergogne ces dernières alors qu’il s’enfonçait de plus en plus dans la masse.


« Là, regarde, là ! »

Elyas désigna un autre endroit, plus proche de l’entrée des barricades, tout en donnant discrètement quelques légers coups de pied aux animaux devant lui pour ajouter à l’affolement. La manœuvre fut plutôt réussie, les bêtes déjà à bout de nerfs commencèrent à se grimper au-dessus des autres, à courir dans toutes les directions comme dans un rappel de ce qui venait de se produire à l’auberge.


« Là, juste là ! Mais arrête-toi salopard ! » Cria-t-il à un fuyard complètement imaginaire tandis que plusieurs coups de cornes erratiques venaient le toucher aux cuisses et aux mollets sans qu’il y prête beaucoup d’attention. Le vagabond se tourna vers Elle et s’exclama :


« Là ! Tire-lui-dessus ! S’il l’ouvre on pourra jamais toutes les rattraper ! »

Le temps se suspendit et s’accéléra en égales mesures comme si une mélasse invisible venait tout imprégner mais laissait les êtres pleinement conscients de ce qui se passait autour d’eux, leurs perceptions étonnamment bouleversées par l’adrénaline et la vivacité que l’on attendait de leur part. Sa vedette allait-elle se laisser prendre au jeu et décocher un trait au milieu de la masse grouillante ou saurait-elle au contraire garder la tête suffisamment froide pour voir clair dans les chimères que le vieil homme avait déployées devant ses yeux ? Peu importe ce qui arriverait Elyas s’en accommoderait, mais pour l’heure il brulait de savoir quelle serait sa décision, son choix influencerait tout le reste de la représentation et bien entendu le cours de leurs existences dans une moindre mesure.
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Lyessa Reed
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Message Dim 11 Nov 2012 - 15:59

    Lyessa cherchait du regard ledit coupable, que le vieil homme lui avait décrit comme étant un grand chauve – ce qui s’avérait plus compliqué que prévu étant donné que la populace comptait dans ses rangs bon nombre de dégarnis. La pluie battait maintenant leur visage à chacun de leur déplacement, et Lyessa agrippait son arc et cherchait désespérément du regard le coupable de la panique environnante. Les beuglements du bétail s’ajoutaient aux cris paniqués de la populace et Lyessa peinait à se concentrer sur ce qu’elle faisait. A mesure qu’elle et le vieillard se dirigeaient vers la sortie du hameau, les lourds nuages gris filtraient de moins en moins de lumière. Le jour déclinait et bientôt, tout serait plongé dans l’obscurité inquiétante d’un automne peu clément. Parmi le brouhaha incessant que faisaient les animaux prenant goût à la panique des humains, Lyessa entendit son compère formuler une hypothèse. Selon lui, le coupable devait être un voleur de bétail, qui avait habilement mis en place une diversion pour pouvoir commettre ses méfaits en toute quiétude. La Nordienne fronça brièvement les sourcils, comprenant que ceci pouvait être probable bien qu’un peu tiré par les cheveux. Avait-il toute sa tête au moins, cet homme ? Avec l’agitation, elle n’avait même pas pris le temps de se soucier de ça. Peut-être qu’il avait raison et qu’en ce moment même, le coupable se hâtait de rejoindre l’enclos aux bêtes pour en voler quelques unes – elle aurait vite fait de le savoir.

    Redoublant de vigueur pour traverser le chemin encombré de chargements, de bétails et d’humains en pagaille, Lyessa collait au train du vieillard qui la menait tout droit vers les enclos. Elle qui ne voyait rien d’un homme fuyant en direction des bestiaux, se demandait bien comment le vieil homme savait que c’était par ici que cela se passait. Arrivant aux clôtures de bois qui les séparaient du troupeau de chèvres, l’homme entreprit d’enjamber ces dernières et manqua de se casser la figure à la réception. Lyessa n’eut aucun mal à passer de l’autre côté, s’abaissant souplement pour guetter à travers les masses blanches et maculées de boue qui commençaient à s’agiter en sentant leur présence. L’obscurité retombait comme un voile annonciateur de mauvais présage et Lyessa se redressa pour distinguer une ombre ou quelque chose de suspect dans l’enclos. Si elle ne percevait rien, ça n’était manifestement pas le cas de l’homme qui l’accompagnait. Hâtivement, il pointa du doigt, affirmant que le coupable venait de passer entre les chèvres. Lyessa l’observa se jeter entre les bêtes, les bousculant pour rejoindre un individu qu’elle ne voyait pas. Elle lui emboîta le pas assez rapidement, maugréant quelques paroles tandis que les animaux commençaient à se bousculer et à lui écraser les pieds.

    « Hé ! Du calme ! » – Lâcha-t-elle à l’égard des bêtes comme du vieil homme.

    Elle reçut plusieurs coups dans les jambes mais elle se campa de sorte à ne pas être déséquilibrée. Elle cherchait du regard ce que lui avait désigné le vieil homme mais elle ne voyait rien, ce qui eut raison de sa patience et de sa témérité. Alors que l’homme lui ordonnait de tirer sur l’individu avant qu’il n’ouvre l’enclos, Lyessa l’attrapa par les épaules et le secoua pour lui remettre les idées en place.

    « Hé ! Tu s’rais pas un peu sénile ? Y a personne là, mon vieux. Chasse-moi donc ces vieilles chimères. » – Lui rétorqua-t-elle, entre agacement et exaspération.

    Bousculée par les chèvres, heurtée par leurs cornes, la jeune femme étouffa un juron avant de retrouver l’équilibre sur ses pieds et de planter son regard sur le visage plongé dans l’obscurité de son interlocuteur. Elle lui rabattit la capuche vers l’arrière, dévoilant ainsi son visage à ses yeux scrutateurs. Elle fut étonnée de voir que l’individu était moins vieux qu’elle ne l’avait imaginé. Elle désigna les alentours dans un geste ample de la main.

    « R’garde. Tu vois bien qu’y a personne non ?! » Répéta-t-elle, courroucée d’avoir couru après du vent. « Et crois moi, j’ai une bonne vue. Alors permets-moi de r’mettre en question la tienne. »

    Lyessa rejoignit la clôture, poussant les bestiaux qui encombraient le passage - puis, soupirant de plus belle, elle essuya d’un revers de main les gouttes de pluie qui ruisselaient sur son visage.

    « J’pense que ton coupable n’a pas pris c’tte route, mon vieux. » – Gueula-t-elle par-dessus les beuglements des bêtes. « Sors de là, maintenant. Avant d’te faire stupidement blesser. »

    Un brin autoritaire peut-être, Lyessa fixait l’individu précédemment encapuchonné. Plus d’auberge ou crécher pour la nuit – soit elle rejoindrait un autre village, soit elle se trouverait un coin sauvage mais abrité pour y dormir jusqu’aux aurores.






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Message Lun 12 Nov 2012 - 22:01

L’acteur ordinaire récitait son texte, le véritable artiste quant à lui n’avait aucune peine à le refaçonner au fur et à mesure car il ne se contentait pas de donner voix à la pièce mais lui offrait toute sa personne, tout ce que son esprit pouvait créer afin d’offrir un instant unique qui s’éteindrait bien vite et en deviendrait donc d’autant plus précieux. La jeune femme n’était ni crédule ni aussi vulnérable à la suggestion que le commun des mortels, Elyas lui reconnaissait avec joie ce mérite alors que l’archère se refusait à tirer à l’aveuglette. Il n’y aurait pas de flèche perdue qui causerait la mort d’une innocente bête ce soir, pas d’affreuse révélation sur le côté vain de leur poursuite, ce rebond scénaristique ci mourrait avant même d’avoir été exploité. Le moment idéal pour user d’un autre, dans ce cas.

Sa vedette ne s’avérait au final ni délicate ni gracieuse, exactement comme il l’avait espéré. Plus son attitude se ferait bourrue et plus ces efforts en vaudraient la peine. Le rôle de vieillard effrayé disparut en même temps que la capuche du vagabond fut ramenée en arrière par celle que certains auraient presque qualifiée de sauvageonne, aussi se débarrassa—t-il de son masque effrayé sitôt qu’il sentir la pluie sur son crâne. En une seconde Elyas redevint lui-même, sa posture se fit plus droite, ses yeux retrouvèrent leur neutralité scrutatrice et sa bouche se fendit d’un très léger sourire en coin alors que l’exaspération de la belle à son encontre devenait presque palpable. Elle les grondait, lui et sa sénilité, tentant de lui faire ouvrir les yeux quant à l’absurdité de tout ceci.

« Les chimères vont et viennent comme il leur plait, mon amie, il suffit juste de leur donner une petite… impulsion pour qu’elles aillent ensuite librement. » dit-il en se faisant entendre par-dessus les bêlements grâce à l’intensité de sa voix, une voix qui n’avait plus rien à voir avec ce qu’il avait prétendu être quelques instants auparavant. Grave, avec une diction qui n’aurait pas dépareillé dans la bouche d’un mestre, elle marquait par l’aplomb mis dans chaque mot.

« Et pour ce qui est d’un coupable, eh bien… j’en ai une sous les yeux dirons-nous. »

Sa main fila chercher le couteau dissimulé dans les plis de ses vêtements tandis que de son bras libre l’ancien saltimbanque attrapait fermement une petite chèvre blanche qui hurla encore plus fort sous le coup de la panique. Sans laisser le temps à d’autres protestations Elyas égorgea d’un coup sec la malheureuse bête, un sourire presque désabusé sur les lèvres tandis que ses yeux se rivaient à ceux de sa compagne de scène. De la surprise, de la colère, du dégoût, il voulait lire tout ça dans son regard alors qu’elle contemplait son geste au premier abord incompréhensible. Qu’elle réagisse, qu’elle ressente donc ! Qu’elle joue avec lui !

L’animal mourut rapidement et avec peu de dignité, son sang se répandant à flots dans la boue et sa robe clair tandis que le vagabond aux doigts désormais poisseux refusait de la lâcher dans ses derniers soubresauts. Il la coucha ensuite délicatement sur le flanc, la lame rangée dans sa poche, et d’un doigt rouge traça sur le poil blanc un ovale avec en son centre un point. Le dessin, terriblement simple et primitif, rappelait vaguement la forme d’un œil. La pluie le délaverait sans doute un peu mais le gribouillis tiendrait bien assez longtemps pour que quelqu’un d’autre le remarque et qu’il répande la rumeur. Une auberge en flammes, un animal sacrifié et un symbole de sorcellerie ? Les gens en parleraient des lunes entières et pour le restant de leurs vies craindraient ce qui se cache dans les ombres autour de leur village.

Elyas se releva et partit d’un pas tranquille vers la clôture et son amie probablement désabusée, s’essuyant les mains sur le tissu sombre de ses vêtements alors que les nombreuses rescapées à sabots s’écartaient vivement à cause de l’odeur de mort fraîche autour de la dépouille. L’ancien saltimbanque prit une grande inspiration par la bouche en même temps que son visage exprimait une compréhension moqueuse.

« Haaa ! Pourquoi est-ce qu’il a fait ça, hein ? Le vieil homme est devenu fou à lier si ça se trouve, peut-être même qu’il est dangereux et que c’est sur lui qu’il faut tirer. Economise donc tes traits, mon amie, je ne fais pas une bonne cible et ça ne t’offrirait pas le meilleur repas de ta vie. »

D’un petit geste il ramena sa capuche sur son front et avec un mouvement de bras aimable indiqua le bois non loin. Trop petit pour rivaliser avec une vraie forêt, il n’en demeurait pas moins suffisamment dense pour fournir une retraite assurée à qui voudrait quitter les lieux sans se faire voir, le genre de sortie que cherchait justement Elyas.

« Je n’ai plus rien à faire ici et toi non plus je crois bien. Enfin à ta place j’éviterais de trainer trop longtemps dans les environs, tu n’y as surement plus beaucoup d’amis qui te voudraient chez eux, ou alors pour t’accrocher joliment en haut d’un arbre. Fais donc un petit bout de chemin avec moi, j’aime quand j’ai de la compagnie entre deux villages, c’est agréable d’avoir quelqu’un à qui parler, pas vrai ?... »

Encore quelques minutes et ils seraient plongé dans le noir complet, une bonne chose puisque la peur de l’inconnu et donc de ce que l’on ne pouvait voir tendait à exacerber les actes illogiques dont le vagabond se repaissait à la moindre occasion. Dans la direction du village l’on entendait toujours quelques cris de temps à autres mais la lueur menaçante de l’incendie était trop loin pour être visible ou avait été éteinte par les habitants. Malgré sa bêtise coutumière la populace finirait donc bien par pointer le bout de son nez près de l’enclos, chose qu’Elyas se savait capable de retourner à son avantage mais qu’il préférait malgré tout s’épargner pour l’heure. Les rappels prolongés n’avaient jamais été à son goût.

« Tu commences à manquer de temps. Je ne sais pas pour toi mais discuter avec les idiots quand tout est fini m’agace. »
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Message Mar 13 Nov 2012 - 16:45

Dans la pénombre, Lyessa peinait à discerner le visage de son interlocuteur mais ce qui l’avait frappé, c’était la tranquillité soudaine qui avait remplacé l’agitation du vieil homme dés lors ses remarques faites. La jeune femme resta immobile et plissa les yeux entre incompréhension et animosité. Les yeux noirs de l’homme ne luisaient d’aucune vive émotion dorénavant – un revirement tel que ça en fût presque effrayant. Elle n’avait pas prêté attention à son babillage jusqu’à ce qu’elle se rende compte que tout ceci prenait des allures de farce. Le scrutant toujours tandis qu’il se tenait droit et inflexible au milieu des chèvres, la jeune femme formula tout haut les questions qui lui brûlaient les lèvres.

« Qui es-tu ? » – Elle avait prononcé ça sur un ton bas, trop pour qu’il ne l’entende par-dessus les beuglements des bêtes apeurées.

Ce n’était pas un villageois. Toute la hâte et l’inquiétude qu’il avait précédemment mis dans son ton en lui demandant de l’aide n’était qu’un jeu – et tout ça était en train de s’effilocher comme un voile de mensonges. Frappée de stupeur, Lyessa perçut un éclat argenté dans l’obscurité et ça n’est que quelques secondes plus tard qu’elle vit l’arme qu’il avait en main. Une coupable… ? Sidérée, elle restait transie dans l’attente du crime qu’il semblait vouloir commettre. Mais si l’homme avait tiré une arme, ça n’était pas pour elle, mais plutôt pour la pauvre chèvre qu’il attrapa fermement avant de l’égorger – guettant les réactions de la paludière. Les prunelles de Lyessa se posèrent sur lui, puis sur la chèvre qui se vidait de son sang, animée par ses derniers tressauts de vie. La bouche de la jeune femme se tordit dans une grimace d’agacement.

« Tu s’rais pas en train d’te payer ma tête ? » – Susurra-t-elle.

Le regard provocateur, le demi-sourire moqueur et l’air de vautour – tout ça, elle le voyait parfaitement bien maintenant. Elle avait manqué de vigilance et cet homme s’était joué d’elle. Pour quelle raison ? Elle l’ignorait encore. Quant à la raison pour laquelle il avait égorgé la chèvre ? Sûrement pour que ça lui cause du tord à elle. Il s’agenouilla ensuite auprès de la bête sacrifiée et ce n’est que quand il se redressa que Lyessa put distinguer ce qu’il venait de faire. Le tracé écarlate qui tâchait la robe de l’animal arracha un sourcillement à la jeune femme.

« T’es quoi ? Un sorcier ? » – S’esclaffa-t-elle, sous le coup de la surprise. « C’est toi qui a mis le feu à cette auberge ?! »

Ce type là lui faisait froid dans le dos, bien qu’elle soit trop fière pour l’avouer. Il revint vers elle et la jeune femme glissa sa main à sa ceinture, au manche de son poignard sans pour autant le tirer de son fourreau en cuir. Lorsqu’il se mit à lui causer, mettant des mots sur la situation insolite et formulant les interrogations que cela pouvait susciter en elle, elle lui adressa un regard méprisant. Il rabattit sa capuche sur son crâne, manifestement nul inquiété par une éventuelle réaction violente de la part de la jeune femme. Il l’invita avec un calme désarmant à quitter le village à ses côtés avant que quelqu’un ne se rende compte de la situation et ne la tienne pour coupable. La jeune femme dut cligner des paupières pour s’arracher à son observation insistante de l’étrange individu qui démontrait autant de culot. Tout ça n’était qu’une autre manœuvre pour la mener où il voulait, assurément, mais elle n’avait pas le choix. S’inclinant en direction du village aux lueurs orangées, Lyessa pesta intérieurement avant d’emboîter le pas à l’encapuchonné pour se diriger vers la forêt. A mesure qu’elle réfléchissait aux agissements du vieux fou, plus elle comprenait qu’il désirait la mettre face à des situations indésirables. Que lui réservait-il encore ? Elle aurait vite fait de le savoir, et si l’homme aimait à jouer d’imprévisibilité, elle ne se gênerait pas pour lui rendre la pareille. Une fois à l’écart, Lyessa surveilla l’homme d’un regard méfiant, retenant l’envie qu’elle avait de lui coller une baigne.

« Fou ? T’es bien pire qu’ça. Trop malin pour être un fou comme les autres. Alors c’qui te botte, c’est de faire peur à la populace ? T’aurais pu tuer des gens. Pourquoi tu m’cherches ? Pourquoi cette mise en scène ? » - Le bourbier était encore plus infernal une fois sous le couvert des arbres et l’obscurité y était encore plus oppressante. Lyessa ne pensait pas que cet homme la connaisse – sûrement avait-il jeté son dévolu sur elle par pur hasard. Il ne la craignait pas et ça la rendait hors d’elle. « On t’a jamais appris que qui sème le vent récolte la tempête ? Ou p’têtre bien que t’aimes ça. »

Alors qu’elle marchait à ses côtés, elle se glissa furtivement devant lui pour lui faire un croche-pied et le faire tomber dans la boue. Elle s’abaissa sur lui, un genou pressant son abdomen tandis que l’une de ses mains emprisonnait la mâchoire de l’individu pour lui maintenir la tête en arrière. De l’autre, elle se saisit de son poignard et lui appliqua contre la gorge, rapprochant son visage du sien pour mieux lui susurrer.

« Fais gaffe à qui tu t’frottes mon vieux. J’vois pas ce qui m’retiens de t’égorger et d’te laisser là. Ça m’semblerait être une fin assez spectaculaire et j’suis à peu prés sûre que les villageois t’en tiendront pour martyr. Ça t’dit pas ? » – Grogna-t-elle. « Tu n’mérites même pas que j’te cause. »

Elle se redressa, le libérant de son emprise, puis elle l’enjamba pour continuer son chemin. Elle savait bien feindre l’indifférence lorsque ça l’arrangeait et c’est exactement ce qu’elle fit à l’égard de l’imposteur. Maudit soit-il ! Marchant de manière déterminée, elle s’imaginait qu’après avoir attiré son attention de la sorte, l’homme ne s’en arrêterait pas là. Et le bougre avait réussi à piquer sa curiosité malgré le petit jeu malsain qu'il avait distillé entre eux.






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Message Jeu 15 Nov 2012 - 16:19

Maintenant que leur collaboration était déjà bien avancée Elyas se demanda s’il n’était pas temps de trouver un meilleur titre qu’ « Elle » à la jeune femme qu’il avait extirpée de la masse des passifs pour en faire son éphémère vedette. Hm… La Chasseresse ferait bien l’affaire, cela reflétait à merveille ce côté nomade qu’il lui devinait et surtout attestait du danger que pouvait représenter sa camarade. Dangerosité dont le vagabond eut rapidement une nouvelle démonstration lorsqu’il vit ces doigts fins filer vers le pommeau d’un couteau alors qu’il s’approchait. Elle pourrait se débarrasser de lui en quelques secondes à peine, laissant son cadavre au milieu du bétail alors que le rideau se refermerait sur le dernier acte de son existence. Une fin dans un décor banal, une fin qui ne serait donc pas la sienne.

Elyas enjamba de nouveau la barrière, sans grande difficulté cette fois, et partit d’un pas tranquille vers l’orée du bois alors que la Chasseresse commençait à reconstituer les différents morceaux des évènements récents pour comprendre leur enchainement et leur but. Elle n’’était pas dénuée d’intelligence, même si l’énigme ne tenait pas de l’impossible son esprit avait rapidement fait le rapprochement. Le vagabond ne ralentit pas l’allure, pas plus qu’il ne tourna la tête quand il lui répondit :

« Ne vis pas dans le passé, nous en aurons tous le temps une fois morts. Pense plutôt à la route devant toi, mon amie. »

Et quelle route ingrate les attendait. Dans une forêt plus ancienne l’on aurait pu s’attendre à ce que d’épaisses racines donnent au sol un semblant de stabilité, mais ici tout était encore si jeune, si faible après la sécheresse de l’été que la boue régnait en maitresse incontestée. Il aurait presque été facile de déraciner certains arbustes d’un simple coup de pied tant la terre se ramollissait en une bouillasse insondable. L’odeur animale des chèvres laissait désormais la place à celle de l’humus et de la mousse détrempée, un environnement dans lequel la vermine prospérait et où Elyas se sentait donc à son aise malgré la difficulté qu’il avait à marcher droit. La Chasseresse continuait à le suivre et sa colère ne désenflait pas, pour la plus grande joie du vieil homme, les reproches fusaient en même temps qu’elle tentait de cerner son personnage. Avec un reniflement dédaigneux il lui répondit :

« Et alors ? Que le feu les ait tués ou non, quelle importance ? Tu ne les connaissais pas, pas plus que tu ne connais les dizaines de personnes dans tout Westeros qui vivent leurs dernières secondes au moment même où nous parlons. Il n’y a pas de différence entre ces deux troupes à part une distance plus courte qui te sépare d’eux, alors pourquoi te soucierais-tu vraiment de leur sort ? »

Ils progressaient à présent dans un noir presque complet qui demanda aux yeux du vagabond quelques instants pour s’habituer. Le Conflans n’était pas une région spécialement dangereuse ou sauvage en soi, à l’exception des Fer-nés près des côtes les brigands se faisaient même assez rares pour que l’on voyage sans trop de précautions et peu de bêtes s’attaquaient à l’homme dans les parages. Elyas décida donc qu’il ne s’arrêterait pas avant un certain temps, quitte à avancer presque à l’aveuglette, de toute façon ils n’avaient rien à leur disposition pour leur permettre d’allumer un feu.

« Quant au pourquoi, tu n’as pas vraiment envie de le savoir, crois-moi. Comme beaucoup tu ne veux pas connaitre la vérité parce qu’il est plus intriguant d’observer un mensonge et de se limiter aux suppositions. Alors je vais te faire ce cadeau et te laisser dans le brouillard, mon amie. »

L’ancien saltimbanque titillait volontairement la patience de la Chasseresse, même si le clou du spectacle avait déjà eu lieu il refusait de laisser sa flamme être apaisée par la pluie et leur marche. Comme un enfant joueur il ravivait les braises pour le simple plaisir de les voir rougeoyer quelques instants encore. Ce qui se produisit plus tôt que ce à quoi il s’était attendu.

Le temps d’un battement de cœur et il se retrouva au sol, le contact froid de la boue sur son dos tandis qu’un genou plaqué sur son abdomen chassait l’air restant dans ses poumons. De la violence ! De la passion ! Voilà qui était vraiment appréciable ! Le contact de la lame sur sa gorge le fit se demander si sa dernière heure arrivait réellement. Bah, Elyas aurait pu connaitre fin moins enviable, aussi ses yeux restèrent fixés sur les feuilles au-dessus d’eux tandis que la main fermement plaquée sur sa mâchoire l’empêchait d’observer sa meurtrière potentielle. Il ne la provoqua pas en l’encourageant à le faire, pas plus qu’il ne supplia ou exprima la moindre émotion. Pour une fois la mise en scène ne dépendait pas de sa volonté aussi le vagabond attendit calmement en essayant de respirer malgré le poids sur sa poitrine.

Et finalement non, elle l’épargna, signe évident que la Chasseresse refusait d’en rester là malgré ses paroles méprisantes. Le vieil homme se releva en chassant le gros de la boue désormais incrustée dans ses vêtements puis la suivit en veillant à ne pas se faire distancer. Ce rapide pugilat s’avérait bénéfique en y repensant, les profondes empreintes qu’il laisserait dans la terre meuble étaient assez caractéristiques pour que des villageois à la recherche de coupable constatent que quelqu’un avait été allongé de force ici, et qu’il n’y avait plus de corps. Un nouvel élément pour contribuer à la légende macabre qui couvait désormais dans le patelin.

Elyas revint à sa hauteur sans faire mine de s’intéresser à elle, un sourire bienveillant sur les lèvres, il n’avait qu’une vague idée d’où les mènerait la direction suivie –en partant du principe qu’ils n’en aient pas dévié par la faute de toutes ces arbres malingres- et s’en moquait presque, réfléchissant à toute allure sur ce qu’il pouvait encore retirer de cette rencontre.

« Je n’ai jamais rencontré de voyageur qui ne connaissait pas au moins une histoire, qu’il l’ait entendue d’un autre ou qu’elle provienne du coin où il a grandi. J’aime bien les entendre, c’est un peu ça qui sert de monnaie sur les routes, on s’échange des contes pour s’occuper et hop ! On se sépare. »

Plutôt que de risquer de perdre son attention le vagabond se décida à lâcher quelques informations à la Chasseresse. Rien de vital ou qu’elle savait déjà, mais les mots appelaient les mots et le vieil homme pensa que cela suffirait.

« Toi c’est différent, tu as servi à en créer un. La sorcière qui a jeté le mauvais œil à tout un village. Pendant des mois quand une poule marchera de travers ils t’accuseront alors que tu es déjà loin, ton histoire devient vivante et continue à exister par elle-même. J’aime ça. »
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Lyessa Reed
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Message Ven 16 Nov 2012 - 12:57

Lyessa était préoccupée par l’individu qui s’était joué d’elle. Il ne la craignait pas, comme si cela lui importait qu’elle lui donne la mort – comme si, ce qui le motivait n’était rien d’autres que les situations périlleuses qu’il prenait pour un jeu. Son petit laïus au sujet des morts qu’il aurait pu provoquer lui arracha une expression de dégoût. Pourquoi se souciait-elle de leur sort ? Bien parce qu’elle détestait que les morts soient l’œuvre d’un seul homme – c’était un crime, et il était son ennemi. Lyessa estimait que lorsqu’elle pouvait aider autrui à se détacher d’une menace, elle n’hésitait pas. Elle savait se battre et elle savait traquer – tandis que les plus démunis n’étaient que victimes. La Paludière, si elle était fière, n’était pas tant égoïste que ça, et elle l’avait déjà prouvé maintes et maintes fois. Ce qui n’avait pas l’air d’être le cas de son mystérieux compagnon encapuchonné. Il prétexta qu’elle n’avait pas envie de connaître la vérité, bien trop intéressée par les mensonges qu’elle avait sous le nez – remarque qui arracha un nouveau froncement de sourcils à la jeune femme. Fou. Pourquoi j’devrai croire un traître mot de ce qu’tu babilles ?!.
Lorsqu’elle le mit à terre pour le menacer de sa lame, la jeune femme dut constater qu’il ne la craignait pas, ni elle, ni la mort qu’elle pouvait lui offrir. Comment pouvait-on se montrer si détaché face à la mort ? Lyessa était incapable de cerner son interlocuteur et préféra mettre tout ceci sur le compte de la folie. Lorsqu’elle le relâcha pour continuer sa route en l’ignorant, ce dernier n’eut pas grand mal à la talonner. Il reprit la parole, lui causant alors de l’importance des histoires que l’on pouvait s’échanger sur les routes. Sans grande surprise, l’homme se révélait être un voyageur mais Lyessa aurait été incapable de deviner d’où il pouvait venir. Un mystère intriguant émanait de sa personne, et la chasseresse était le genre d'individu assez curieux pour vouloir s’y attarder – à son propre désespoir. Si la Paludière se montrait très peu loquace, ce n’était pas pour autant qu’elle n’écoutait pas son interlocuteur. Elle le surveilla d’un regard en coin lorsque celui-ci lui expliqua qu’elle venait de servir à créer une histoire, et que tous les villageois s’inquièteraient pour longtemps – pensant que leur village fut maudit par son passage. La jeune femme trouvait ça fourbe et totalement absurde.

« Tu sèmes des mensonges, c’est tout. » – Trancha-t-elle sur un ton peu amène. « C’est la langue que je devrai te couper, serpent. Tu ne sais même pas de qui tu t’joues en ce moment même… »

Elle étira un sourire énigmatique, comme si son but était aussi de semer du doute dans l’esprit du vagabond. Après tout, elle était une lady, et ça suffisait dans bien des cas pour causer la perte de quelqu’un qui tâcherait de s’en prendre en elle. Certes, ce n’était pas son genre d’user de son statut – elle détestait ça d’ailleurs et préférait largement se faire passer pour une simple chasseresse. Elle aussi, usait du mensonge, mais ça n’était pas en mal. L’homme n’avait donc rien trouvé de mieux à faire pour tromper l’ennui que de faire courir des bruits dans tous les endroits où il passait. Elle pouvait comprendre l’once d’amusement que ça pouvait susciter, mais c’était mesquin – terriblement mesquin. Mais si elle voulait se prendre au jeu, elle estimait que l’endroit avait son importance. La forêt, c’était son domaine de prédilection.

« Serais-tu à l’origine d’une bonne partie des rumeurs des Sept Couronnes ? » – Plaisanta-t-elle bien qu’elle maintenait toujours une certaine animosité à son égard. « Toi qui aimes les histoires, connais-tu celle des enfants de la forêt ? En quels dieux crois-tu, toi ? L’en existe un pour la mascarade d’par chez toi ? »

Elle plissa les yeux puis poursuivit son bout de chemin, écoutant le bruissement du vent dans les feuilles qui, frémissantes, leur offraient un fin rideau de pluie. Lyessa vénérait les anciens dieux, et chaque pierre, chaque cours d’eau, ou chaque arbre qu’elle croisait lui arrachait une prière silencieuse à leur égard. Consciemment, Lyessa avait donné à son curieux interlocuteur un indice sur son origine – à savoir si cela l’importait.

« De quelle vérité crois-tu que je me cache ? Si tu parles par énigme, ça n’est que pour mieux m’embrouiller l’esprit. J’me contrefiche bien de ce pour quoi tu veux m’faire passer vieux fou – cette petite anecdote tiendra l’crachoir des villageois durant quelques temps avant qu’ils n’trouvent mieux à se raconter. » – Elle lâcha un petit rire sec avant de reprendre. « T’vas faire quoi maintenant ? Repartir à la recherche d’une créature influençable ? Je te souhaite bien d’ne pas recroiser ma route, ou c’est p’têtre bien toi qui sera au centre de l’histoire. »

Lyessa se concentrait sur les alentours. La seule solution qu’elle avait était de rejoindre un autre village, ou bien de trouver un abri pour la nuit. Un coin abrité dans cette forêt – ça s’avérerait difficile.






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Message Dim 18 Nov 2012 - 14:05

Serpent ? Même si Elyas se reconnaissait quelques ressemblances avec cet animal il ne le considérait pas comme la créature la plus représentative de sa façon d’opérer. Comme le serpent il ne rechignait jamais à avancer dans la poussière et dans la crasse pour faire profil bas, certes, mais la comparaison s’arrêtait là. Comment ses paroles pourraient-elles être considérées comme du venin ? Il ne s’agissait que de mots, que de mots dont n’importe qui pouvait user, de mots et d’aplomb. Nulle arme mortelle à sa disposition, le vagabond n’avait rien pour le différencier de ses semblables si ce n’est une meilleure connaissance de leur comportement.

La Chasseresse n’avait toujours pas l’air de s’être lassée de lui, et puisqu’en dépit de ses menaces elle ne l’avait toujours pas saigné le vieil homme en déduisit que sa curiosité pour le personnage de l’autre était maintenant réciproque. C’était là un minuscule levier qu’Elyas pouvait encore actionner pour retirer quelque chose de sa comparse du moment, mais puisque le public le plus proche se trouvait à une distance inconnue il n’avait pas besoin d’y faire trop appel pour le moment. L’ancien saltimbanque devait simplement entretenir le mystère pour éventuellement proposer une nouvelle représentation. La jeune femme n’avait rien d’une artiste professionnelle, aussi le vagabond ne chercherait surement pas à lui proposer de faire route commune pendant une période prolongée, mais force était de constater que son originalité lui donnait un fort potentiel qui plaisait à Elyas. Qu’elle commence à se draper dans un rien de secret ne fit que la rendre plus divertissante.

« C’est vrai, tout ce que je connais de toi ce sont ces quelques instants à t’observer et ce dialogue que nous avons en ce moment même. Pourtant je crois en savoir plus que beaucoup d’autres sur ce qui se cache à l’intérieur de cette tête. »

A plusieurs reprises l’ancien saltimbanque manqua de trébucher sur une racine où une pierre immergée dans la bouillasse. Qu’importe, il avait l’habitude des terrains accidentés, les ampoules et les ongles fendillés tenaient tant de l’habitude après toutes ces années qu’il n’y faisait plus guère attention. L’endroit était étonnamment silencieux pour une forêt, aussi modeste fut-elle, en dehors du clapotis de la pluie glissant sur les feuilles et les écorces le bois demeurait désespérément silencieux comme si nulle bête ne vivait là. L’obscurité des lieux avait avalé le duo, lentement mais surement, sans même qu’ils ne l’aient réalisé. Le tout donnait l’impression d’un cocon froid et humide, comme le ventre d’une mère mourante, rien de vraiment oppressant mais qui pouvait tout de même inspirer un léger malaise aux esprits les plus influençables. La remarque qui suivit lui arracha une légère exclamation amusée.

« Je n’ai pas cette prétention, Westeros savait déjà faire naitre ses propres rumeurs bien avant que je n’arrive et il continuera longtemps après que je sois reparti, mon amie. »

La question suivante le fit battre des mains d’une façon on ne pouvait plus moqueuse tandis qu’une mélodie tout sauf harmonieuse s’échappait de ses lèvres gercées.

« Les petits enfants ne voulaient jamais devenir grands… Dans leurs fourrés ils ont voulu se cacher… Mais l’affreux métal a coupé leur cher barral… »

Le claquement de ses mains calleuses continuait à battre la mesure sur un tempo anarchique tandis qu’il tournait sa capuche vers le visage de la chasseresse pour lui adresser un sourire aux dents jaunes.

« Et lorsque le jour suivant fut venu ils avaient tous disparu… ».

Elyas cessa avec sa contine à même de faire pleurer de la bile à tout ménestrel digne de ce nom pour se concentrer sur ce chemin de fortune ne désirant rien d’autre que de lui expédier une branche en plein visage. Par où allaient-ils à présent ? Nord ou Sud le vagabond aurait été bien incapable de la dire.

« Ah les dieux, il y en a tellement. Les vieux, les Sept, à ce que j’ai entendu raconter certains vénèrent même une chèvre, très loin d’ici. Ceux-là je ferais mieux de les éviter pendant quelques temps, tu ne crois pas ? Un Dieu de la mascarade, je suppose que l’Etranger pourrait tenir ce rôle –il en tient tellement- mais il n’est pas vraiment de par chez moi. Chez moi c’est ici, c’est la route suivante, c’est celle où je me trouvais il y a une lune. »

Comme le vieil homme appréciait cette hostilité mordant que la Chasseresse avait à son égard, c’était tellement plus inspirant que l’admiration ou la sympathie, ces deux émotions tiédasses pour les représentations toutes aussi fades. Des cœurs et des esprits dont les principaux traits se voyaient pousser à leur paroxysme, voilà ce qu’Elyas recherchait tant chez ses vedettes, voilà pourquoi il ne regrettait pas son choix de ce soir.

« Oh ils cesseront surement d’en parler, mon amie, tu as tout à fait raison. Mais ils se souviendront jusqu’au jour de leur mort, et d’ici là il suffira d’un rien pour que leur peur revienne les hanter avec la même intensité qui les prend aujourd’hui. Tout n’est qu’une question de petites impulsions, je te l’ai dit. »

Ces menaces, il ne s’en lasserait jamais ! Si l’ancien saltimbanque avait reçu une pièce chaque fois qu’on avait juré sa perte il pourrait aujourd’hui construire son propre Donjon Rouge. Elyas ne parvenait plus à voir le danger pourtant bien réel dans ce genre de paroles, il en avait bien trop entendu pour que son instinct avide ne le pousse pas à se rapprocher des flammes plutôt que de prudemment s’en éloigner. Dans les menaces beaucoup voyaient avec appréhension leur fin possible, lui y voyait un éventail de possibilités alléchantes tant elles pouvaient offrir de grands moments de théâtre.

« Je vais continuer à marcher, c’est ce que je fais toujours. Oh voyons, est-ce que ça te contenterait vraiment que nous nous quittions ici pour ne plus jamais nous rencontrer? Je ne crois pas, ce serait comme baisser le rideau avant même la fin de l’acte. Nous nous reverrons forcément puisque j’ai apprécié cette soirée, et je suis certain que tu apprécieras la prochaine fois où tu me verras sortir de la foule. »

Pendant un instant Elyas songea à de nouveau mettre à rude épreuve les nerfs de la Chasseresse. Peut-être en prétextant avoir entendu une grosse bête non loin ou en affirmant reconnaitre les environs pour au final les faire tourner en rond quelques temps. Hmm non, elle était bien trop sur la défensive pour se laisser avoir par les mêmes ficelles, autant continuer à profiter de cette conversation.

« Toi ce n’est surement pas à la Mère que tu adresses tes prières, n’est-ce pas. Et les jeunes femmes qui se promènent seules avec un arc ne sont pas légion dans le Conflans. De plus, même si tu voyages tu n’es pas une simple nomade, alors d’où viens-tu ? Où fait-on naitre des filles sèches comme des brindilles et aussi mordantes que des Lézard-lions ? »

Il lui sembla un instant que la végétation malingre se faisait moins dense à chaque pas, peut-être avaient ils fini par atteindre une lisière du bois, peut-être son imagination débordante lui jouait des tours.
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Lyessa Reed
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Message Dim 18 Nov 2012 - 18:53

Lyessa ignorait la raison pour laquelle le vagabond était si attaché à sa présence. Le personnage qui lui faisait face était bien étrange et soulevait beaucoup d’interrogations tout en remuant la curiosité de la jeune femme. Alors qu’elle ne désirait que lui montrer de l’indifférence et poursuivre sa route, elle se sentait incapable de rester froide et détachée. Elle craignait d’ailleurs que son interlocuteur soit assez malin pour avoir pigé la combine. Certes, Lyessa était encore jeune, et son impulsivité lui causait souvent plus de soucis qu’elle ne les lui évitait. Cet encapuchonné là faisait bien d’entretenir le mystère car c’était exactement ce qui faisait marcher la Paludière, à son plus grand désarroi.

Le vagabond lui avoua qu’il ne connaissait rien d’elle excepté les petits moments de confrontation qu’elle venait de lui offrir mais il eut l’orgueil d’affirmer qu’il pouvait se douter de ce qu’elle avait dans le crâne. Lyessa lui jeta un œil amusé avant de s’esclaffer, moqueuse.

« Ben voyons… Faut d’jà pas être bien perspicace pour deviner que tu m’sors par les yeux. » – Lui lâcha-t-elle cinglante.

Qui était-il pour se permettre de la juger ? Lyessa ne mâchait jamais ses mots et elle n’hésitait pas à balancer son franc parlé sans craindre de représailles. L’homme avec qui elle dialoguait, bien qu’il la tutoie, n’avait pas fait une seule remarque déplacée à son égard. Pour sûr qu’il tournait trois fois la langue dans sa bouche avant de parler celui-là, et Lyessa pouvait deviner qu’il était un orateur talentueux. L’homme s’escrimait à la suivre de prés sur le chemin boueux et Lyessa gardait son regard rivé devant elle, trop préoccupée par le terrain et l’obscurité qui les avaient finalement faits prisonniers de cette petite forêt fort silencieuse. L’encapuchonné sembla amusé lorsqu’elle lui demanda d’une voix claire s’il était à l’origine de toutes les rumeurs du Westeros. C’était exagéré, pour sûr, mais Lyessa ne pouvait s’empêcher de trouver son interlocuteur presque irréel dans son mystère – comme l’était un présage que l’on caractérisait de mauvais. C’était sûrement dû au tout, de sa voix grave et neutre jusqu’à les brefs élans d’entrain qu’il lui offrait dans leur échange. Non, elle n’arrivait pas à le cerner, et elle n’était pas certaine que lui causer finirait par éclairer sa lanterne à ce sujet. Cette manière qu’il avait de l’appeler « mon amie » la faisait tiquer à chaque fois, mais elle ne trouvait pas la force de lui rétorquer quoique ce soit là-dessus. Renfrognée, elle se contentait de poursuivre son bout de chemin, tendant une oreille plus intéressée que distraite à son interlocuteur. Quand elle lui demanda s’il connaissait l’histoire des enfants de la forêt, l’homme fut frappé d’un enthousiasme suspect. Il se mit alors à en donner son interprétation sur le ton d’un conte obscur et Lyessa secoua la tête d’un air réprobateur.

« Que tu dis vieil homme. Il n’empêche qu’les enfants de la forêt avaient l’don de vervoyance et ne faisaient qu’uns avec leurs terres. Il y a des endroits dans les Sept Couronnes où les descendants des Premiers Hommes irrespectueux, malgré leur fer et malgré leur monture, paient le prix de cette offense. Méfie-toi des dieux sans nom. » - Lui lâcha-t-elle avec un sourire mesquin aux lèvres.

Au fond d’elle, Lyessa avait toujours appartenu aux enfants de la forêt, bien qu’elle aussi soit une descendante des Premiers Hommes. Mais ses propres croyances ne devaient guère importer le vagabond qui s’était montré railleur à l’égard de cette histoire. En parlant des dieux, l’homme en évoqua un certain nombre et Lyessa concédait qu’ils en existaient pour tous les goûts. Apprendre que certains vénéraient même une chèvre la laissa quelque peu pantoise et le trait d’humour que ceci appelait en rappel au tour joué par le vagabond la fit vaguement sourire. Si Lyessa pensait que l’on appartenait à sa région de naissance, celui-ci semblait se considérer hors des usages. Il disait faire corps avec la route. Sûrement la suivait-il sans but bien précis et se laissait-il porter par ses mystères et ses rencontres ?

« Si tu t’joues de tous les voyageurs que tu croises sur ta route – m’est d’avis qu’tu crèveras dans un bas côté à cause d’un cruel manque d’humour. » – Lui rétorqua-t-elle sur un ton moqueur. « Ce s’rait le comble pour un plaisantin d’ton genre hein. »

Le vagabond expliqua ensuite que si les gens ne parleraient plus de cette histoire d’ici peu, ça ne les empêcherait pas d’y songer jusqu’à ce qu’ils soient sur leur lit de mort. Et le fait que ceci puisse provoquer des frayeurs encore bien intenses chez ces individus avait l’air de le ravir. Avait-il peur de quelque chose ou tout ça n’était-il qu’émotions plaisantes à distiller chez les autres pour lui ?
Alors qu’elle s’inclinait dans sa direction, Lyessa se rendit compte qu’elle avait ralenti la cadence de sa marche, un signe manifeste qu’elle s’intéressait à ce qu’il babillait. D’ailleurs, il lui demanda si elle désirait vraiment qu’ils se séparent ici pour ne plus jamais se revoir – ce à quoi elle aurait volontiers répondu oui si ça n’était pas un mensonge. Qu’il ait la prétention d’affirmer qu’elle aimerait leur future rencontre la fit sourciller.

« J’te trouve bien vaniteux d’croire que j’puisse apprécier ta compagnie. T’as juste de la chance que j’sois du genre loquace. » Lui répliqua-t-elle avec mauvaise foi.

Le vagabond tentait manifestement de deviner d’où elle pouvait provenir. Pour sûr qu’elle ne priait pas la Mère, car les Sept n’étaient pas ses dieux – ils n’étaient pour elle que la pâle copie des normes d’aujourd’hui sur lesquelles Lyessa cracher volontiers. Maternité, pitié, miséricorde et compassion – des valeurs qu’incarnait la Mère et qui n’était en rien le reflet de la Paludière. La dernière question qu’il lui posa lui arracha un sourire en coin avant qu’elle ne demande sur un ton détaché :

« Si tu connais la réponse alors pourquoi tu poses la question ? » – La mention des lézard-lions par son interlocuteur en disait long sur son intelligence et ses connaissances. Elle lui avait certes cédé certains indices pour qu’il en vienne à la conclusion, mais elle était à peu prés sûre qu’il l’aurait bien deviné par lui-même. « Une chasseresse du Neck. D’ailleurs, si un jour l’envie t’prend de venir t’y perdre, c’est avec un sourire que j’y découvrirai ta dépouille. Mais l’endroit est trop dangereux pour quelqu’un comme toi. J’doute que ça t’intéresse d’venir narrer tes histoires aux lézard-lions. »

Quelques trouées dans le couvert de la forêt laissaient filtrer des rayons lunaires qui venaient timidement baigner l’endroit. La pluie avait enfin cessé mais ce chemin boueux lui semblait interminable.

« Les choses qu’ont pas d’langue pour causer, ça doit t’faire peur non ? » Se moqua-t-elle. « Va savoir c’qu’y a dans ton cerveau d’tordu. »







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Message Mar 20 Nov 2012 - 16:38

Aussi mauvaise que fut son interprétation, ce fut surtout le contenu de la brève chansonnette d’Elyas qui sembla contrarier la Chasseresse. Il y avait certes de quoi, l’on parlait là d’une race si instruite dans des domaines que les hommes délaissaient à présent, de créatures qui selon certaines légendes entendues au coin du feu avait englouti tout une région sous les eaux. Quoiqu’en dise la jeune femme les Enfants de la forêt étaient tous morts en emmenant avec eux une part de ce qui constituait la magie de ce continent. Le vagabond avait toujours choisi de prendre cela avec légèreté car au fond ce que les habitants des arbres représentaient leur avait survécu, c’était encore là, autour d’eux, prêt à se réveiller encore une fois en poussant le bon levier dans l’esprit des humains. Elyas ajouta simplement :

« Tous l’ont regretté, le regrettent, ou le regretteront sans même le savoir aujourd’hui, mon amie. Quelle que soit la région cette perte a eu un coût. Quant aux Dieux il n’y en a pas un dont je ne me méfie pas, même cette chèvre si lointaine ou cette Jouvencelle a priori si inoffensive m’imposent un respect mêlé de crainte. Car le divin ne fait qu’englober tout ce qui nous entoure et que nous ne parvenons pas à comprendre ou à utiliser sans nous blesser au passage. Prétendre le contraire revient à essayer de tenir un soleil au creux de ses mains ou à tenter d’apprivoiser le vent. »

A n’en point douter tout ce qu’il avait de joueur dans sa voix avait cédé la place à une gravité froide de mauvaise augure, passer de la chaleur des rires au froid glacial annonçant la fin des temps, telle était sa mentalité. A force d’adopter des centaines de masques fictifs Elyas ne s’accrochait jamais véritablement à un même comportement, à une même attitude, au point que la notion de « moi » tenait plus de la vague esquisse que de fondations solides chez sa personne.

« Ma mort viendra d’elle-même sans que j’ai à m’en soucier aujourd’hui, elle sera grandiose à sa manière même si elle implique que ma dépouille soit laissée à pourrir dans un fossé. Ma dernière représentation. »

Un semblant de sourire avait réapparu sur ses lèvres comme si l’assombrissement précédent de son humeur n’avait jamais eu lieu, ses doigts crasseux vinrent gratter le revers de son autre main pour en déloger quelque insecte qui s’était retrouvé là. Le vagabond avait apparemment visé juste en supposant que sa compagne du moment provenait de ces marécages délimitant la frontière avec le Nord, un endroit rude où seuls les plus forts ou résistants parvenaient à survivre au milieu de la vase et des bêtes. Un nid à acteurs pour de grandioses sagas.

« Poser des questions permet toujours de s’assurer que l’on détient déjà la bonne réponse, bien entendu. Je me suis déjà rendu dans le Neck –oh brièvement, bien sûr, pas plus loin que quelques lieues- et tu as raison mon amie, ce n’est décidément pas un endroit pour moi. Les marais sont hostiles mais tous les endroits le sont finalement si l’on y regarde à deux fois. Ta région natale n’a que faire de ma présence tout simplement parce qu’il y a trop peu de mes semblables pour la peupler, sans public le saltimbanque n’est rien. »

Quelques rais de lumière blanche, typiques d’une lune perçant timidement la cime des arbres éclaira leur route dont la mollesse du sol ne cessait de leur jouer des tours boueux. Au matin le duo serait probablement aussi transi que sale s’il ne trouvait pas d’abri ou de sortie à ce modeste labyrinthe végétal.

« Les choses qui n’ont pas de langue pour parler n’ont souvent pas de cervelle capable de penser correctement, elles en deviennent donc prévisibles. Ce que je craindrais plutôt, mon amie, ce sont les choses capables de parler mais qui ont décidé de se taire sans donner de raisons. Celles qui gardent des secrets trop dangereux ou des histoires trop horribles pour être entendus, le silence qui dissimule l’inconnu et la folie. Il y a des fins bien plus terrifiantes que les mâchoires d’un lézard-lion, et peu sont désireux de les connaitre ou de les expérimenter. »

Bien qu’il y ait mis les formes pour que ses propos inspirent un certain malaise Elyas croyait lui-même à ces paroles. Il savait que l’inconnu recelait une quantité phénoménale de dangers mais au contraire de ses semblables et malgré sa crainte toute humaine le vagabond ressentait le besoin viscéral de s’approcher davantage des choses tapies dans les ténèbres de leur ignorance commune. Il voulait les titiller pour que ce qui en émergerait pousse chacun à ressentir la véritable peur, cette peur qui rendait favorable la prolifération de ce qui était tût. Sa bouche avait un arrière-goût désagréable comme si la bile lui avait remonté dans la gorge sans que le vieil homme ne s’en soit rendu compte, il cracha par terre et marcha silencieusement de longues secondes, toujours aux côtés de la jeune femme.

« L’hiver ne va pas tarder en amenant avec lui ces neiges mauvaises pour les errants. Quand le blizzard viendra moi je partirai vers le Sud pour me trouver de nouveaux camarades toute la saison durant. Peut-être le prochain printemps me verra revenir vers ton domaine, je n’en sais encore rien. A moins que toi-même tu n’en sois partie définitivement ? De nouvelles envies de chasse ou même une fuite loin d’autres ennuis que ceux que je t’ai causés peut-être, mon amie ? »

Le jeu dans lequel Elyas entrainait actuellement la Chasseresse consistait simplement à en découvrir le plus possible sur l’autre avant que ce dernier n’en fasse de même, avec de simples suppositions sur son propre futur dont il ignorait absolument tout le vagabond tentait de lui soutirer le pourquoi de son voyage et peut-être même sa destination. La jeune femme l’avait dit elle-même, l’ancien saltimbanque avait beaucoup de chance qu’elle soit loquace, eh bien il ne comptait pas laisser filer cette opportunité. Au-devant d’eux toujours pas le moindre signe de civilisation, ce n’était pourtant les Terres de l’Orage pour que les forêts soient aussi denses et trompeuses.

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Message Jeu 22 Nov 2012 - 11:29

L’encapuchonné, après avoir fait preuve de provocation et de moquerie à l’égard des enfants de la forêt, adopta un ton bien plus sec et grave. Evoquer les dieux de la sorte semblait avoir fait taire son goût du jeu – si Lyessa pensait qu’il prenait tout avec détachement et amusement, elle se rendit bien compte qu’il y avait là quelque chose qu’il pouvait craindre. Les dieux. Et pourtant, la mort ne l’effrayait guère malgré son mystère, mais les dieux oui… Cette réflexion a l’égard de l’inconnu amena un air songeur sur le visage de la Nordienne. Elle tentait de cerner son interlocuteur, mais il était difficile d’y parvenir, surtout lorsque ce dernier tentait de faire la même chose la concernant. Cet homme était donc un brin croyant et il y avait certainement des choses dont il ne se moquait pas. Si sa voix était aussi froide qu’une lame en plein cœur, Lyessa parvint tout de même à réprimer le frisson qui ne demandait qu’à lui secouer l’échine. Parler des voies divines lui filait les mains moites, surtout qu’elle savait pertinemment que les dieux sans nom les observer à cet instant même. Ce revirement de comportement de la part de son interlocuteur lui fit de nouveau adopter la méfiance et elle s’écarta instinctivement de lui pour poursuivre sa route. Quand le vagabond lui expliqua que sa mort était inévitable et qu’elle ferait partie intégrante d’une représentation, Lyessa haussa les épaules dans un geste nonchalant.

« Chacun son moyen d’appréhender la mort. On s’fait tous une raison pour ne pas en avoir peur. » – En jetant un regard de biais à son interlocuteur, Lyessa perçut un nouveau sourire sur le visage du vagabond.

Son air sombre avait de nouveau laissé place au ravissement, ce qui avait de quoi perturber. Lyessa s’en méfiait de ces imprévisibles avec qui on ne savait pas sur quel pied danser. C’était un acteur, un homme aux multiples visages, et on ne pouvait savoir lequel était le vrai. Plus ils marchaient tout deux dans une direction inconnue tout en échangeant, plus Lyessa trouvait la situation étrange et son interlocuteur intriguant. Bien sûr, elle n’était pas prête à devenir tendre avec lui – mais l’idée de lui trancher la gorge se faisait moins persistante. Peut-être était-il réellement dangereux, mais en ce moment, Lyessa voyait en lui un vieil homme un peu fou qui creusait les situations cocasses. Elle fut surprise d’apprendre qu’il avait déjà posé le pied dans le Neck, mais ne le fut pas tellement lorsqu’il affirma que cet endroit n’était pas fait pour lui. Ça manquait cruellement de public par là-bas. Le saltimbanque – à défaut d’avoir un nom, avait une fonction par laquelle elle pourrait dorénavant le désigner. Gardant les sens aux aguets à l’égard des arbres qui se dressaient à leurs côtés, Lyessa continuait d’ouvrir la marche. L’homme lui confia que les êtres dénués de langue tels que les lézard-lions n’étaient pas si terrifiants que ça car prévisibles de par leur instinct animal. Les aptes à la parole mais persévérant dans le silence semblaient être ce qu’il craignait le plus. Les secrets – ceux dont on connaissait simplement la présence sans savoir le contenu, ceux qui écorchaient notre curiosité. Des fins plus terribles que celles données par les lézard-lions ? Elle était bien curieuse de savoir l’exactitude de ses pensées à ce sujet. Elle doutait sincèrement que se faire arracher les membres ou la peau par les puissantes mâchoires des reptiles sans mourir sur le coup soit une partie de plaisir.

« C’est manifestement pas les mêmes choses qu’nous craignons vieil homme. » – Commenta-t-elle. Elle n’avait pas envie de songer à ce qu’il pouvait être en train d’évoquer. Elle se disait que c’était sûrement un autre moyen d’influencer sa crainte et de distiller le doute dans son esprit. Lyessa dégagea ses cheveux collés à son front et elle rabattit sa capuche vers l’arrière de sa tête pour pouvoir agrandir son champ de vision. « Où est ce qu’il est ce fichu village ? «

Elle râlait car sa patience s’égrenait au fil de leur discussion. Elle pensait mériter une bonne nuit de sommeil et l’avoir arraché de son confort aussi prématurément l’avait mise de mauvaise humeur. Le saltimbanque lui expliqua qu’il allait voyager vers le Sud pour l’hiver et qu’il reviendrait sûrement du côté du Neck. Alors qu’il s’intéressait à ce qu’elle comptait faire, la jeune femme lui glissa un regard suspicieux.

« Tu n’me dépouilleras pas d’mes secrets. Tu crois quoi ? Que j’vais te dire mes futures destinations pour que tu viennes me gâcher mes nuits ?! » – Elle s’esclaffa, moqueuse, avant de secouer la tête. « De toute manière, que tu viennes dans mon domaine, j’doute sincèrement que tu trouves Griseaux. Personne n’y est parvenu, alors tu f’rais mieux de même pas penser à en franchir les marais dans cet espoir vain. Je vais et je viens, plus par les forêts que par les routes, mon ami. » – Elle avait articulé ce dernier mot sur un ton légèrement provocateur. « Mais j’suis pas d’aussi bonne compagnie pour un saltimbanque d’ton genre. J’préfère chasser les prévisibles que subir tes entourloupes. Ne sois pas triste, t’en trouveras des bien plus crédules. »

Lyessa n’hésitait pas à se moquer de son interlocuteur, comme si ça le démystifiait un peu et elle ne comptait pas lui révéler quoi que ce soit de sa personne – comme son identité si particulière. Elle lui jeta un regard espiègle avant de reprendre.

« Le mystère n’est pas un mal et c’est avec plaisir qu’j’te ferai mijoter sur le reste de ma personne. P’têtre que si on s’recroise, j’te lâcherai un quelque chose comme à un chien à qui on donnerait un os. » – Ajouta-t-elle.

Ses pieds étaient trempées dans ses bottes et la boue en venait à la maculer jusqu’aux genoux. Une sensation désagréable pourtant à laquelle elle était habituée. Le chemin montait progressivement et une fois parvenus à son sommet, Lyessa crut percevoir quelques lumières vagues dans le tournant du sentier. Peut-être était-ce une auberge ? Elle l’espérait. S’inclinant en direction de son interlocuteur, elle le fusilla d’un regard venimeux.

« T’vas pas nous faire un feu de joie hein ? Pas d’entourloupe, sinon, j’te jure que j’te soulagerai de ta tête saltimbanque. » – Le menaça-t-elle.







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Message Sam 24 Nov 2012 - 20:38

Objectivement, Elyas n’avait que rarement cherché l’affection de ses semblables pour d’autres fins que l’aboutissement de quelque entourloupe. Plus jeune il avait bien entendu su user de charme –quoiqu’en laisse à penser son apparence actuelle peu ragoûtante- lorsque le besoin s’en était fait sentir, si à cela l’on ajoutait le fait que les saltimbanques restaient tout de même les hommes l’idée ne semblait plus si saugrenue. Mais l’amour et l’appréciation d’autrui, bah, si ennuyeux en comparaison de l’aigreur et du ressentiment. Qu’on lui laisse le choix entre une armée de soupirantes et un seul individu le haïssant au point de risquer sa propre vie pour lui nuire, le vagabond choisirait sans hésiter la seconde option par goût du jeu et du risque. Toujours avancer sur le fil du rasoir pour mieux contempler l’abysse de part et d’autre.

La Chasseresse ne l’appréciait pas, il y avait eu bien assez de mots révélateurs, de gestes brusques et d’attitudes révélatrices pour que l’ancien acteur ne réalise pas pourquoi la jeune femme persistait à marcher à ses côtés. Il lui avait menti, l’avait privé de son abri, et avait même fortement entamé sa réputation dans quelque bled de pouilleux, malgré tout cela ils continuaient leur bout de chemin ensemble, devisant comme si de rien n’était. La fascination morbide que beaucoup avaient pour le mystère relevait du meilleur levier qui soit pour Elyas, fascination expliquant entre autre pourquoi ne vieil homme n’était pas occupé à vider ses intestins dans la boue tandis que sa gorge se parait d’un joli sourire rouge.

« Peut-être que tu n’as tout simplement pas encore entraperçu ce que je crains, mon amie. »

Aussi fatigués et las que pouvaient être les muscles du vagabond il ne trouvait pour l’heure pas matière à se plaindre, après tout la soirée avait été des plus enrichissantes sur le plan théâtral et un village entier tremblait désormais devant les brumes de la superstition. Il s’en serait fallu de peu pour que le vieil homme ne sifflote tout en avançant, son humeur au beau fixe. La Chasseresse quant à elle atteignait plutôt les limites de sa patience à en voir sa façon de pester contre l’absence de quoi que ce soit d’assez civilisé pour y passer la nuit. Leurs voies divergeraient avant la levée de l’aube, Elyas le savait autant qu’il avait conscience de la durée limitée de cette séparation, il avait un visage gravé en mémoire, une description physique peu commune, et le nom de sa terre natale. Cela suffirait bien pour retrouver des traces de son passage un jour ou l’autre, peut-être même que l’ancien saltimbanque prendrait la peine de faire d’elle le personnage principal de l’un de ses contes. Restait à voir s’il lui donnerait le beau rôle de l’héroïne luttant contre des démons tourmentant de malheureux paysans ou si au contraire il allait l’affubler du titre de sorcière des marais venue chasser parmi les mortels. Il y avait là une piste intéressante à creuser, peut-être même que de cette histoire naitrait l’une de ces légendes traversant les siècles ! L’on ne savait jamais quelle popularité gagnait un récit avant de le propager après tout.

Ah la bougresse ne se laissait pas faire, merveilleux ! Sitôt qu’elle refusa de lui dire quoi que ce soit sur son compte et commença à s’esclaffer le vagabond vint ajouter ses rires aux siens avec un amusement qu’il ne feignait presque pas cette fois. Que la Chasseresse refuse de lui faciliter la tâche pour organiser une nouvelle rencontre lui plût, cela impliquerait de la ruse et des investigations minutieuses pour que leur prochaine représentation se fasse sous les meilleurs hospices. A cela elle ajoutait même une farce née de ses propres paroles, le comble du bon goût pour qui avaient des critères aussi tordus qu’Elyas. Avec un sourire assez large pour laisser contempler l’étendue de ses chicots jaunâtres il souffla :

« Les habitants de Griseaux sont bien démunis si même eux ne parviennent plus à retrouver leur demeure, mais ne t’en fais pas je ne tenterai pas de trouver ton foyer pour le moment. Les habitants des marais sont déjà suffisamment éclairés pour ne pas avoir besoin tout de suite de mes services. »

Alors que le duo continuait sa lente progression et que le chemin forestier se muait en pente suffisamment abrupte pour lui crisper les mollets, le vagabond enchaina :

« Oh non mon amie ! Ne m’offre rien, cela ne ferait que gâcher le mystère, enfoncer la porte d’une loge avant que les acteurs n’aient endossé leurs costumes n’est pas divertissant. Peut-être que nous nous recroiserons, peut-être qu’au détour d’une route j’entendrais à nouveau parler de toi. Si tu préfères les forêts aux chemins plus ordinaires je doute que tu y passes suffisamment de temps pour ne jamais croiser de mes semblables voyageurs. »

Alors qu’ils arrivaient finalement au bout de leur périple et marquaient une pause sur la butte glissante Elyas suivit le regard de la Chasseresse jusqu’à apercevoir à son tour ce qui ressemblait à de la lumière. D’autres hommes et femmes jouant leur rôle le temps d’une vie entière s’y trouvaient assurément, signe que le vieil homme devait mettre fin à cet acte. L’on ne faisait jamais entrer en scène de nouveaux personnages alors que la pièce arrivait à son épilogue.

« Je n’aurais pas pu rêver meilleure façon de se quitter. Nuls noms à échanger, aucune belle amitié naissante qui se conclurait par une accolade chaleureuse et le souhait d’un avenir prospère pour l’autre. Juste une jeune pisteuse du Neck et un vieillard en capuche se séparant comme si rien ne s’était produit quelques heures auparavant. »

Il relança la marche à un bon rythme, vers ce qui s’annonçait de plus en plus clairement comme une auberge parmi tant d’autres. Et à en croire le calme qui l’englobait celle-ci devait être bien plus paisible que celle incendiée plus tôt. Alors que lui et la Chasseresse arrivait au niveau de la porte d’entrée Elyas continua seul en glissant simplement par-dessus son épaule :

« Je ne rejoue jamais deux fois la même représentation, c’est bon pour les ringards de se répéter. Profite bien de tes comparses prévisibles jusqu’à ce que l’ennui te prenne, mon amie »

Laissant là un être qui avait assurément titillé son intérêt il poursuivit son avancée sans fin sur une énième route jusqu’à ne plus être qu’une silhouette dans la nuit et finalement un simple souvenir plus ou moins agréable.
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Lyessa Reed
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Message Dim 25 Nov 2012 - 14:47

Lyessa se contenta de sourire lorsque le vieil homme lui confia qu’elle devait sûrement ne pas avoir distingué ce qu’il craignait. Elle ne comptait pas croire un traître mot de ce qu’il disait malgré le fait qu’elle ne pouvait s’empêcher d’entendre ce qu’il avait à dire et que ça l’intriguait d’une manière ou d’une autre. Cet homme jouait, et même si son jeu actuel de la gravité du sujet était convainquant, elle refusait d’avoir peur – car, elle pensait que c’était exactement ce qu’il recherchait. Même si un quelque chose dans le vagabond l’aurait poussé à l’écouter dans le désir de s’effrayer, Lyessa ne comptait pas lui donner ce qu’il attendait. Quand elle le rembarra lorsqu’il tenta d’obtenir un peu plus d’informations sur elle, l’encapuchonné sembla fort amusé. Le vieil homme plaisanta alors, jouant sur les mots en signifiant que c’était gênant que les Paludiers eux-mêmes ne puissent trouver leur demeure, et la brune secoua la tête d’un signe exaspéré. Elle se garda de lui répliquer quoi que ce soit à ce sujet mais lorsqu’il la rassura sur le fait qu’il ne comptait pas trouver sa demeure de suite, la jeune femme rit de nouveau.

« Ma parole, tu dois aimer t’faire botter le train ! » – Lâcha-t-elle avant que son rire ne se change en regard froid à l’égard de son interlocuteur. Qu’il tentait de la retrouver et elle croirait vraiment que le vieil homme ne pouvait se passer d’elle. Lui avait-t-elle tapé dans l’œil à ce point ? Cette pensée sarcastique lui arracha un sourire en coin mais elle ne la formula guère, préférant inspirer et continuer sa route d’une marche soutenue. Le vagabond semblait apprécier qu’elle reste un mystère à ses yeux, ce qui lui donnait sûrement l’envie de recroiser sa route. Au final, la jeune femme savait qu’elle n’avait que très peu cerné son interlocuteur – elle savait qu’il était un vagabond, appréciant les jeux d’acteur et en adoration du mystère, mais c’était à peu près tout. « J’m’en suis plutôt bien sortie jusqu’à maintenant, mon ami. Tu es le premier que je rencontre – on pourra appeler ça l’infortune. »

La lumière qu’elle venait d’entrapercevoir au détour du sentier un peu plus loin eut vite fait de faire naître un nouvel entrain chez la chasseresse. Elle espérait simplement que le saltimbanque ne lui gâcherait pas son plaisir d’enfin trouver un abri où elle ne risquerait pas de flamber. Ce qui était sûr, c’est qu’elle ne dormirait pas sur ses deux oreilles cette nuit – craignant que celui qui lui avait un joué un tour ne puisse se retenir une seconde fois. Le vagabond affirma qu’il n’y avait pas meilleure manière de se quitter, semblant apprécier l’animosité qu’elle entretenait à son égard. Lyessa haussa les épaules avec nonchalance face à cette déclaration aussi étrange que le personnage qui l’avait formulé.

« Et tu pourras saluer ma sympathie pour ce qui est de repousser ta dernière représentation à plus tard. » – Ricana-t-elle avant de se remettre en route dans la boue pour descendre en direction de l’auberge.

Elle ne rêvait maintenant que de pouvoir s’étendre sur une couchette et de détendre son corps plein de contusions. La journée avait été longue, la soirée aussi – et sa curiosité avait travaillé d’autant plus qu’elle avait fait la connaissance de ce curieux saltimbanque. Ils parvinrent jusqu’à la porte de l’auberge et alors que Lyessa portait sa main sur la poignée, le vieil homme lui glissa une dernière remarque. Manifestement, celui-ci ne comptait pas rester à l’auberge pour la nuit. Savait-il au moins où il allait ? Un nouvel accès de curiosité qu’elle réfréna aussitôt au fond de son esprit. Sa remarque lui soutira un bref haussement de sourcils alors qu’elle tournait son regard dans sa direction pour l’observer s’éloigner dans l’obscurité.

« Et toi, méfie-toi de tes futurs acteurs et actrices, si t’espère qu’on s’recroise un jour saltimbanque. Certains s’ront sûrement moins curieux que moi. » – Se contenta-t-elle de lui lancer.

Elle se fendit d’un petit sourire en coin une fois qu’elle ne vit plus qu’une fine silhouette disparaître au détour du sentier. Une sortie qu’il venait manifestement de réussir en vue de la réaction de la Paludière qui songerait encore à cette rencontre peu banale avant de daigner fermer les yeux.

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D'une grenouille je ferai une merveille - Lyessa Reed

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