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La croisée des chemins

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Message Sam 3 Nov 2012 - 22:51

HRP: Bien que la destination finale souhaitée de Qhorin soit les Îles de Fer, il ne s'y trouve pas encore au début de ce sujet. Sa position approximative est indiquée sur cette carte par un point rouge


Un rêve troublant était venu le hanter la veille de son départ. La cour extérieure du château de Fléaufort, semblable à ce qu’elle avait été cette après-midi là dans la réalité. La mule apparut dans l’encadrement du portail, trainant derrière elle un chariot. On entendait, sur le pavé, le craquement des roues de la charrette qui cette fois n’était pas chargée de harengs, de poireaux ou de navets.
Jojan, l’écuyer de Harren, arborait des larmes de sel et de sang. Il menait la mule vers Qhorin comme s’il s’agissait du poids du monde qu’il était en train de tirer. Qhorin revivait la scène tel qu’il l’avait vécu. Décor à l’identique et la même vision d’horreur, ces jambes qui dépassaient de l’arrière du chariot.
Il ne s’agit que d’un rêve, tu sais déjà à qui appartiennent ces jambes et ce corps. Ce n’est qu’un rêve.
Le cadavre du véritable héritier de Fléaufort, son aîné Harren, gisait comme une marionnette grotesque et désarticulée. Harren, la promesse de Fléaufort, étendu comme un moins que rien à l’arrière d’un charriot, un morceau de chiffon sali par le sang lui recouvrait le visage. Autour de lui, les traits des serviteurs de sa maison devinrent flous si bien qu’ils ne pouvaient en distinguer aucun. A partir de cet instant, son rêve s'était différencié de la réalité. Qhorin s’était avancé vers l’arrière de la charrette pour se rapprocher de la dépouille. Sans comprendre pourquoi sa main s’était rapprochée du tissu qui recouvrait le visage du défunt. La manœuvre sembla durer une éternité puis enfin il avait ôté le morceau d’étoffe ensanglanté d’un geste vif mais nerveux. Ses propres yeux, dénués d’expression et de vie étaient fixés sur lui. Ce n’était pas le corps de Harren que la mule avait rapporté, mais le sien.

Pourquoi avait-il fallu qu’un tel rêve lui apparaisse quelques heures avant d’entamer l’acte le plus dangereux et drastique de sa jeune existence ? Etait-ce un présage ? Lui et les siens n’étaient pas superstitieux comme pouvaient l’être d’autres habitants des Sept Couronnes, vivant dans les contrées lointaines et reculées du Nord. Peut-être s’agissait-il tout simplement de sa propre peur réelle et tangible transcrite sous la forme d’un rêve ? Bien que résolu à ne pas laisser sa détermination se faire altérer par la vision traumatisante de sa propre dépouille, il avait continué d’y repenser à chaque étape de sa périlleuse entreprise. De son départ de Port-Lannis, jusqu’à ce moment précis où il poussait son cheval dans ses derniers retranchements. Malgré l’obscurité imposée par le manteau d’une nuit fraîche d’automne et le barrage des arbres du bois qu’ils traversaient, Qhorin continuait de frapper le flanc du coursier de ses étriers. Il était vital de maintenir leur cadence actuelle, tout comme il avait été vital de ne pas emprunter la route et de couper par les bois. Cette boule qui se contractait dans son estomac en se nourrissant de son anxiété ne disparaîtrait pas tant que les terres du Conflans ne seraient pas définitivement loin derrière eux, lorsqu’ils auraient atteint la cote.

La cadence maintenue par le cheval lui permettait de ne pas trop s’attarder sur l’extrême gravité des actes qu’il avait commis. S’il avait pris ne serait-ce que quelques minutes pour en mesurer la portée, jamais l’adolescent n’aurait pu réussir jusqu’ici. Réussir ces gestes impitoyables pour arracher la jeune femme, qui partageait sa selle, à sa terre natale. Réussir à lui faire perdre connaissance le temps de l’emporter loin, assez loin pour lui faire perdre tout espoir de pouvoir se faire entendre et appeler à l’aide. Les Dieux avaient été cruels avec elle, sans un heureux concours de circonstances déclenchées des semaines auparavant, Qhorin n’aurait jamais eu la moindre chance de l’approcher aussi peu protégée. Il avait agis comme un homme possédé, sa capuche rabattue sur son visage évoquant sûrement de manière troublante le blason de la Maison Fléaufort. L’avait-elle reconnu ? Qu’importe, Qhorin balaya mentalement l’interrogation aussi loin que possible et resserra son étreinte sur les rênes et cette passagère prise en otage qui occupait le devant de la selle. Moins il lui parlerait, mieux les choses avaient des chances de se dérouler. Et plus vite la monture se déplaçait…
Plus élevées seront mes chances de survie. Personne ne rapportera mon cadavre à mon père dans une charrette !

Le coursier supportait leurs poids combinés, mais Qhorin le forçait à a galoper plus que de raison. Sa première erreur.
Sentant qu’elle ralentissait, ses bottes flanquèrent la monture d’une série de nouveaux coups. Il se sentit alors brusquement basculer sur la gauche décrivant un angle de plus en plus improbable avant d’atterrir sur le sol dans un fracas retentissant. Qhorin poussa un cri, mélange de douleur et de frustration. Toute la partie gauche de son corps, de l’épaule à la cheville était frappée d’une douleur lancinante qui le força a demeurer au sol plusieurs secondes avant de se redresser. Son haubert en maille noir et son justaucorps de cuir bouilli avait absorbé en partie le choc. Mais la violence de l’impact avait été telle que même dans l’obscurité, il parvenait à discerner les particules de poussières qui s’étaient soulevées du sol suite à la chute. Le cheval gisait juste en face de lui, allongé sur un côté. Son flanc se soulevait et s’affaissait rapidement, au rythme d’une respiration à la cadence alarmante. Puis plus rien. Qhorin avait compris qu’il était trop tard dès qu’il s’était relevé, en apercevant les yeux révulsés de l’animal. De rage, il s’agenouilla à la hauteur de la carcasse qu’il frappa de son poing à trois reprises. Un geste plus désespéré qu'il n'était cruel. Stoppés au milieu de nulle part, sans la moindre idée de la distance qui les séparait de la prochaine écurie. La situation menaçait de lui échapper..

Qhorin prit appui sur le flanc de l’animal mort d’épuisement pour se redresser une nouvelle fois. La jeune femme était tombée à dix pieds de sa position. L’héritier se pencha vers elle et la releva à l’aide d’une main gantée. La capuche de son manteau noir ne lui recouvrait plus le visage désormais. Il était aisément reconnaissable.
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Message Dim 4 Nov 2012 - 10:57

Un mauvais rêve.

Tout ceci ne pouvait qu'être un de ces rêves qu'il lui était arrivé de faire fréquemment ces derniers mois, entre les mésaventures qui étaient arrivées à Edwyn lors de son voyage et les peurs que Mère avait réussi à lui insuffler lorsqu'elle avait appris sa rencontre fortuite dans les bois près de Vivesaigues. Ils avaient réussi à tellement l'effrayer que maintenant, ses rêves devenaient de plus en plus réalistes et qu'elle avait même l'impression de vivre ce dont ils lui avaient parlé.

Tout s'était passé tellement vite et était encore nimbé d'une espèce de brume cotonneuse, dont la jeune femme n'arrivait guère à sortir lorsqu'il lui arrivait de reprendre conscience par à-coups, que cela ne faisait qu'accentuer cette impression que rien n'était réel et qu'elle allait bien finir par se réveiller, bien en sécurité dans sa chambre, le visage caressé par la douce chaleur du soleil filtrant à travers les vitres.

Pourtant, à mesure que les minutes, les heures passaient, elle réalisait, lorsqu'il lui arrivait d'entrouvrir les yeux, que toutes les sensations qu'elle ressentait étaient bien trop exacerbées pour n'être qu'un rêve. Les odeurs différaient grandement de ce qu'elle avait l'habitude de sentir, les cahots du cheval étaient bien trop violents et trop douloureux pour n'être qu'imaginés et la peur panique qu'elle sentait grandir en elle ne faisait que lui confirmer que si c'était bien un cauchemar, il n'avait rien de rêvé. Elle préférait alors fermer les yeux et se laisser sombrer dans l'inconscience, oubliant ainsi à quel point sa tête était douloureuse et gardant un infime espoir que tout cela n'était qu'un délire basé sur une imagination trop fertile pour son bien.

La situation aurait pu perdurer un long moment, Eleanor n'arrivant guère à reprendre suffisamment d'énergie pour s'éveiller complètement, le rythme du cheval ayant un effet assommant auquel elle n'arrivait guère à résister, ne parvenant à penser qu'à la douleur qu'elle pouvait ressentir au plus petit mouvement qu'elle pouvait effectuer, si son ravisseur n'avait pas présumé des forces de sa monture. Alors que la jeune femme effectuait un vol plané des plus impressionnants, le cheval s'écroulait pour de bon dans un fracas qui aurait réveillé Eleanor si la chute n'avait pas eu le même effet.
Etonnamment, tomber la tête la première dans l'herbe et la boue n'assomma pas totalement la jeune femme. Il lui fallut bien évidemment quelques instants pour comprendre ce qui s'était passé mais l'adrénaline de la chute réussit à lui faire reprendre connaissance et, c'est le regard incrédule qu'elle fixa la silhouette, dont elle n'avait encore rien vu ou presque, bourrer de coups le cheval mort avant de se diriger vers elle d'un pas rapide.

Elle resta quelques instants immobile alors qu'elle fixait la main gantée, n'osant lever les yeux en direction de celui qu'elle devait bien finir par nommer tel qu'il était, son ravisseur. Quelque chose en elle lui criait de ne pas le regarder, de ne pas mettre de visage sur cette silhouette encapuchonnée qui l'avait arrachée aux siens sans même qu'elle n'ait eu le temps de réagir, de crier ou de tenter de se défendre.

Elle savait pertinemment qu'il faudrait qu'elle reste calme, qu'elle ne lui fasse pas le plaisir de supplier, de pleurer ou encore de faire quoi que ce soit qui risque de déshonorer sa famille, sans bien être sûre de savoir ce que tout cela pourrait bien englober, mais en cet instant, toutes les théories apprises au coin du feu semblaient bien loin et difficiles à appliquer. Elle se força pourtant à lever les yeux et à le fixer, le reconnaissant dans un petit hoquet de surprise.


"… Qhorin ? C'est… mais… pourquoi ? Je… mais… qu'est ce qui se passe ? Mais où sommes-nous ? Et... mais... que... pourquoi ?"

C'était une plaisanterie. Une de ces mauvaises plaisanteries qui faisait rire tout le monde sauf elle, c'était bien cela non ? Cela ne pouvait être autre chose. Ou alors, le coup qu'elle avait reçu sur la tête avait été encore plus violent qu'elle ne l'avait imaginé. Elle ne comprenait plus rien, si tant est qu'elle avait compris quelque chose à tout ce qui s'était passé depuis le début de ce voyage des plus catastrophiques. Finalement, pleurer un peu ne serait peut-être pas totalement exclu de l'équation à bien y réfléchir.

Elle délaissa la main tendue, tentant de se relever toute seule tant bien que mal et essayant d'occulter les larmes qui commençaient déjà à déborder de ses yeux sans qu'elle puisse y faire grand-chose. Alors qu'elle essayait de prendre appui sur sa main droite, elle laissa échapper un couinement de douleur, abandonnant l'idée dans un éclair de lucidité particulièrement étonnant compte tenu des circonstances. Ses doigts étaient crispés en un poing qui refusait de s'ouvrir et sa main n'avait guère apprécié le vol plané, tout comme le reste de sa petite personne.

Après plusieurs tentatives infructueuses, elle finit par tendre la main gauche en direction de la main gantée du jeune cavalier sans cheval, sans rajouter un mot et le fixant sans ciller, espérant que cela suffirait à traduire tout le malaise et l'incompréhension qui ne faisaient qu'augmenter à mesure que passaient les secondes. Elle n'avait pas encore réalisé la précarité de leur situation, perdus au milieu de nulle part sans monture et si loin de la maison. Mieux valait pour Eleanor qu'elle ne le pensa à rien de tout cela dans l'immédiat.
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Message Dim 4 Nov 2012 - 20:18

Faire face à l’intensité du regard d’Eleanor était bien plus dur que ce qu’il avait imaginé. Plus dur que d’entendre ses balbutiements de surprise au moment où elle l’avait finalement reconnu. Plus dur encore que de l’avoir arraché à la terre ferme quelques heures plus tôt pour l’emporter avec lui dans l’obscurité d’une forêt. Et plus douloureux que sa cuisse brûlante et son épaule lancinante.
Foutu cheval ! Cela n’aurait jamais du se passer ainsi. Ils auraient du rejoindre la cote puis le point de rendez-vous fixé, ainsi Qhorin aurait pu s’arranger pour qu’à aucun moment elle ne le fixe dans le blanc des yeux plus de cinq secondes.
Triple bougre d’imbécile. A un moment ou un autre tu allais devoir t’y confronter.
Tout avait été pensé et réfléchi dans les moindres détails excepté ça. Ce qu’il allait devoir dire à Lady Eleanor lorsqu’elle demanderait des explications. Les choses s’étaient passées si vite, il n’avait pas eu le temps de la bâillonner. Mentalement, il passa en revue son inventaire et tenta de se rappeler s’il avait sur lui de quoi réparer cette erreur. Mais seul le chiffon ensanglanté de son rêve lui revint en mémoire, ce morceau de tissu infecte qui couvrait la tête du mort. Sa tête.

Il voulait que cela cesse. Qu’elle cesse de le fixer au plus vite. Les poings serrés, le coin sa lèvre inférieure coincée entre ses deux rangées de dents, il devait paraître réellement menaçant en cet instant où de sombres pensées le traversaient. Il aurait voulu être un corbeau pour picorer cette paire d’yeux qui le scrutait sans ciller à coup de bec. Et les larmes qui perlaient à leur extrémité rendaient les choses encore pire.

« Lady Tully... Il semblerait qu’à chaque fois que nos chemins se croisent vous finissiez par tomber. »

Le coin des lèvres du Fléaufort se crispa en un rictus qui aurait eu bien du mal à se faire passer pour un sourire. La référence à leur première rencontre, au bord de la Ruffurque, n’était pas vraiment destinée à détendre l’atmosphère. Le contexte était beaucoup trop chargé en gravité, le point de non retour largement atteint.

« J’espère que vous êtes en mesure de marcher. Car nous allons devoir faire le reste du chemin à pied. »

La voix était monocorde, ni amicale, ni agressive. Un ton factuel dépourvu d’émotion et de chaleur qu’il était difficile d’interpréter dans un sens ou dans l’autre. Mais si Eleanor nourrissait encore l’infime espoir que les intentions de Qhorin n’étaient pas belliqueuses, cet espoir avait de grandes chances d’être anéanti par la suite des évènements. Dans un geste qui rappellerait peut-être à la jeune femme le moment où Qhorin avait fouillé dans son escarcelle pour y ranger le peigne auquel elle tenait tant, ce fût cette fois-ci une corde épaisse que ses mains avaient extrait du sac en cuir.
Qhorin avait l’intention de nouer la corde autour de la taille de la jeune Dame. La certitude était bien encrée en lui. Si elle lui échappait à ce stade des évènements, elle raconterait tout à Vivesaigues. Qhorin serait traqué, vraisemblablement arrêté, jugé puis exécuté ou forcé à prendre le Noir. Le déshonneur tomberait sur sa Maison. La seule issue possible, celle qui lui permettrait d’échapper à ce sombre destin était de continuer sur la voie qu’il s’était tracé en décidant d’enlever Eleanor. Et pour cela il devait commencer par la ligoter.

Qhorin se colla à elle, face à face, et fit passer la corde autour de la taille de la Dame une première fois. La pensant trop choquée et noyée dans l’expectative pour réagir, il n’avait pas pris le soin de s’assurer qu’elle se laisserait faire. Il ne s'attendait pas à rencontrer trop de résistance.
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Message Mer 7 Nov 2012 - 16:48

Paradoxalement, ce sentiment d'incrédulité totale qui avait gagné la jeune femme était, en sus de la douleur lancinante qui lui taraudait le poignet, la seule preuve tangible que tout ceci était bien réel. Eleanor n'avait encore jamais éprouvé cette sensation et, malgré toute la bonne volonté du monde, aurait été bien incapable de l'imaginer à ce point-là.

Pourtant elle continuait de fixer Qhorin avec une rare intensité, comme si agir de la sorte pourrait provoquer un déclic et lui permettre enfin de comprendre ce qui se passait réellement. Et plus elle regardait le jeune Fléaufort, plus il semblait vouloir éviter de croiser son regard, jusqu'au moment où elle réalisa à quel point il était effrayant en cet instant. Il était tellement plus grand qu'elle et avait l'air tellement… décidé qu'elle ne put s'empêcher de papillonner des yeux nerveusement, déglutissant avec difficulté.

Elle ne put s'empêcher de penser qu'il l'avait appelé Lady Tully, comme lorsqu'il l'avait confondue avec sa propre mère. Malgré son effarement, elle se raccrochait à ce détail, comme s'il allait tout expliquer. Pourquoi ce besoin de prendre tant de distance ? Et que voulaient les convenances en de telles circonstances ? Il fallait être honnête, Eleanor aurait beau chercher des heures dans son esprit, elle n'avait jamais eu de leçon qui expliquait la conduite à tenir en cas d'enlèvement. Pourtant la chose aurait été bien utile, elle lui aurait peut-être permis de savoir quoi dire et surtout quoi faire plutôt que de rester à fixer son interlocuteur en essayant de trouver quelle formule pourrait bien lui servir.

Laissant échapper un soupir à la remarque de Qhorin, elle essaya tout de même d'y agripper une once d'espoir sur la suite des évènements.


"Je suis peut-être tombée mais vous m'avez relevée… les deux fois. C'est important … non ?"

L'image du chevalier sauvant la jeune femme en détresse était encore moins d'actualité que lors de leur première rencontre pourtant elle ne pouvait en démordre. Les choses ne pouvaient avoir changé à ce point là et le caractère quelque peu buté de la jeune femme ne pouvait lâcher l'affaire comme ça et assimiler Qhorin à l'acte effroyable qu'il était en train de commettre.

C'est à peine si elle avait entendu le reste de ses propos mais l'information finit par faire son chemin et elle resta interdite une nouvelle fois, visiblement sidérée. Marcher ? Le reste du chemin ? Cela ne lui avait pas suffi de l'enlever aux siens et de la perdre au milieu de nulle part en plus de la blesser ? Il voulait faire quoi ? Lui faire parcourir ces terres boueuses jusqu'à l'épuisement et l'achever comme ce pauvre cheval ?

La jeune femme préférait de loin se focaliser sur cette partie de l'information que sur celle qui avait réellement son importance, la destination finale du voyage. Si elle avait pris quelques instants pour y réfléchir, la panique qui s'insinuait doucement aurait certainement gagné en intensité bien plus rapidement et ça n'aurait pas été simplement quelques larmes qui glissaient le long de ses cils sans qu'elle arrive à les retenir. Elle réalisa également que la voix du jeune homme avait quelque chose de bien plus effrayant que s'il s'était mis à hurler ou s'il l'avait clairement menacée. Il était calme, presque résigné, comme si rien de ce qu'elle dirait n'aurait la moindre importance.

Pourtant elle contractait les mâchoires avec force, refusant de se laisser aller tant que la situation était toujours aussi obscure pour elle. Elle continuait de fixer le moindre des gestes de Qhorin sans bouger et, lorsqu'il se mit à fouiller dans son escarcelle, elle se mit stupidement à penser que peut-être allait-il simplement lui rendre ce qu'elle avait perdu et que l'affaire en resterait là. Sans même qu'elle n'y réfléchisse, elle lâcha, d'une petite voix.


"Vous avez mon peigne ? Vous allez me le rendre ?"

Elle ne savait pas pourquoi mais elle avait besoin de le voir, de le tenir entre ses mains, comme si ce simple petit objet allait effacer tout le reste. C'est alors qu'elle réalisa qu'il tenait une corde et qu'il avait pour objectif de la ligoter. Elle se retourna, par réflexe et sa main blessée heurta le bras du jeune homme, alors qu'elle lâchait un nouveau cri de douleur, sentant alors ses jambes commencer à vaciller sous elle.

Elle ne savait pas combien de temps Qhorin voulait les faire marcher mais elle était persuadée qu'elle ne tiendrait pas longtemps. Elle ne tenta même pas de se débattre, essayant plutôt de garder tant bien que mal une respiration à peu près normale. Et elle finit par lâcher la question qu'elle voulait éviter par-dessus tout.


"Vous m'emmenez où ? Pourquoi ?"
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Message Dim 11 Nov 2012 - 3:13

La chute avait laissé ses traces. La Dame souffrait physiquement comme en témoignait le cri qu’elle avait laissé échappé où moment sa main avait heurté son avant bras. Quant aux jambes, elles puisaient bien souvent leurs forces du mental de leur propriétaire. Il fallait à tout prix qu’Eleanor soit en mesure d’avancer le temps de trouver une nouvelle monture. Vivesaigues ne tarderait pas à donner l’alerte et des hommes se lanceraient à la recherche de la sœur de leur Lord dans toutes les directions possibles, y compris la leur. Ces préoccupations bien encrées à l’esprit, Qhorin resserra la corde autour de la taille d’Eleanor. Il n’avait pas ligoté les bras de sa prisonnière. Son intention était de la laisser marcher devant lui, à environ un mètre de distance pas plus, tandis que l’autre extrémité de la corde serait nouée à sa propre ceinture.

Qhorin s’attendait à se voir poser une myriade de questions, pourtant Eleanor l’interrogea d’abord à propos du fameux peigne… La jeune femme ne pouvait pas soupçonner l’impact que sa question eût sur Qhorin. Le Fléaufort ne savait plus désormais à quel Dieu se vouer. Ce stupide peigne ou plutôt l’attachement insensé de la Dame pour un objet insignifiant aux yeux de Qhorin était la raison pour laquelle lui s’était lancé dans cette quête périlleuse. Il sentit soudain la colère monter en lui. Comme beaucoup de jeunes gens de son âge qui ont fait une chose particulièrement stupide, le premier reflexe consiste à rejeter la faute sur les autres et Qhorin ne dérogeait pas à la règle. Cet imbécile de Harren était le premier responsable. Lui qui avait insisté pour qu’Alyce l’accompagne à l’extérieur ce jour funeste. Tout ça afin de lui offrir son stupide cadeau d’anniversaire. Harren et Alyce s’étaient mis tous les deux en danger pour un motif dérisoire et s’étaient fait respectivement tué et enlevée chargeant les épaules de Qhorin du poids de les venger. Et que dire de Lady Eleanor qui avait pris un risque démesuré pour un peigne en mauvais état. La colère s’intensifia, de plus en plus difficile à contenir. Mis bout à bout, les évènements qui l’avaient conduit à cette situation catastrophique lui donnaient matière à entretenir cette rage.

«Vous rendre votre…. peigne.. ?»


La monture avait déjà rendu son dernier souffle, il n’y avait plus qu’une chose sur laquelle Qhorin pouvait se défouler désormais.

«Que la vie d’une Tully de Vivesaigues doit être douce et pleine d’insouciance pour que votre seule préoccupation consiste à récupérer un simple peigne.»

Les mouvements de ses mains qui attachaient la corde à sa taille s’accélérèrent subitement, témoin de sa nervosité qui montait en intensité. Tandis qu’il serrait une dernière fois le nœud qui les scellait définitivement, il étudia le visage d’Eleanor pour tenter de comprendre.

«Vous réalisez que c’est à cause de cette insignifiante relique que vous êtes dans cette situation?»

La réflexion n’était pas moqueuse. On pouvait même aisément discerner le véritable sens de ses paroles, à savoir qu’il tenait le peigne pour responsable de sa présente situation.

«Vous auriez pu être à l’abri dans vos appartements en ce moment même si vous aviez tout simplement fait preuve de détachement. Alors dites moi Lady Eleanor.»

Pour la première fois de la nuit, il n’éprouva aucune gêne à la fixer, à se plonger dans son regard. La main gantée de Qhorin brandit alors l’objet sculpté en bois sombre qui revêtait tant d’importance pour sa captive.

«Qu’est ce que mes yeux ne voient pas ? Qu’est-ce qui rend ce foutu peigne si important pour vous?»

Une part de lui avait envie de refermer son poing sur le bois et de l’écraser en mille morceaux. Mais quelque chose l’en empêchait. Il avait été capable de s’enfuir du fief de son suzerain, d’enlever la sœur du seigneur du Conflans, mais pour une raison étrange se sentait incapable de briser le peigne en bois tant qu’il n’aurait pas entendu la réponse d’Eleanor.
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Message Dim 11 Nov 2012 - 11:16

Alors que le jeune homme achevait la ligoter, laissant ses mains libres au grand soulagement d'Eleanor qui n'aurait pas supporté qu'on touche à son poignet, elle laissa échapper un soupir. La corde n'était en rien nécessaire, jamais elle n'aurait eu le courage et l'énergie de se substituer à son ravisseur. Et quand même elle aurait pu, il était bien plus fort et certainement bien plus rapide qu'elle. Il l'aurait rattrapé en un clin d'œil et pouvait la maitriser sans difficulté. Mais, étrangement, il ne semblait pas s'en rendre compte, tout occupé qu'il était à sa tache.

Elle fixa Qhorin, les yeux écarquillés et la mine encore plus incrédule, si c'était encore possible en voyant la réaction qu'avait provoqué sa question. Elle n'aurait guère imaginé qu'il puisse se mettre encore plus en colère et qu'il soit encore plus effrayant. Pourtant, sa réponse fit tiquer la jeune femme, malgré sa peur, malgré cette impression qu'il pourrait l'envoyer valdinguer dans le décor d'un revers de la main.

Sa vie, bien douce ? Ce n'était pas lui qui était ligoté, le poignet en miette à des lieues de chez elle. Et même si sa vie était douce, que lui importait ? Il ne semblait pas non plus avoir souffert de quoi que ce soit et il n'avait en rien le droit de la juger et de juger les siens. Elle laissa échapper un autre petit cri de douleur lorsqu'il resserra pour de bon la corde dans un geste violent mais elle n'y fit pas attention. Elle était en train de froncer les sourcils, prenant une profonde inspiration pour essayer de dissiper le malaise grandissant que lui provoquait la corde et elle lâcha, d'une voix butée, ses propos laissant presque croire qu'elle commençait à retrouver le sens des réalités.


"Si je suis ici, c'est uniquement de votre faute. Ne cherchez pas à m'accuser de quoi que ce soit. Vous avez menti, vous deviez envoyer quelqu'un me le rendre et non pas m'embarquer sur votre cheval pour m'emmener seul le Voyageur sait où. Vu que toute façon, vous ne semblez pas vouloir me dire quelle est notre destination, c'est que nous devons être perdus."

Alors qu'elle parlait, elle sentait les larmes couler sur ses joues, n'essayant plus de les retenir, mais cela n'avait plus aucune espèce d'importance. La réaction du jeune Fléaufort, son ton de voix, ce qu'il disait… tout cela avait enfin fait comprendre à Eleanor que la situation était des plus graves et que, même si elle n'avait encore aucune idée des tenants et des aboutissants de ce geste affreux qu'avait commis Qhorin, elle savait que les conséquences seraient bien plus dramatiques qu'elle pourrait l'imaginer. Pourtant, elle continuait à s'accrocher aux points de détails, comme si les éclaircir allait tout arranger. Qu'importait que ce fut Qhorin ou quelqu'un d'autre qui s'était chargé du peigne ? Qu'importait son peigne, encore une fois ?

Malgré son effarement et la colère qui se mêlaient maintenant à la peur panique qui l'habitait, Eleanor ne put s'empêcher de remarquer qu'il avait de nouveau utilisé son prénom, la perturbant encore plus. Pourquoi tenait-il tant à savoir pour le peigne ? Il n'avait qu'à le lui rendre. Il n'avait aucune valeur pour lui, aucune utilité vu que, visiblement, cet objet si précieux pour elle avait rempli son office. La jeune femme préféra ne pas voir l'ironie mordante de la situation. Ce bien qu'elle considérait comme le plus précieux, un vrai porte-bonheur pour elle l'avait entrainée à la catastrophe.

Elle laissa s'écouler de longues secondes sans rien dire, reniflant par à-coups et essayant de reprendre un souffle normal alors qu'elle fixait le peigne, se répugnant à lui confier la vérité. Mais elle avait tellement peur de le voir le briser entre ses mains qu'il fallait qu'elle le dise, espérant que cela serait suffisant.


"C'est… c'est la seule chose qu'a fait mon père pour moi. De ses mains je veux dire. Il me l'a offert peu avant sa mort, en disant que c'était le premier cadeau qu'il faisait à sa petite fille devenue grande et … qu'il était fier de moi. Ce peigne me rappelle qu'il est toujours auprès de moi et…"

Elle était à court de mots et laissa alors le silence s'installer entre eux, se contentant une nouvelle fois de fixer Qhorin, la mine affligée. En son for intérieur, elle était confuse, la peine et la peur s'entremêlaient mais laissaient également une place grandissante à la colère sans qu'elle cherche à le juguler ni à comprendre pourquoi elle ressentait cela.

Elle laissa alors échapper, d'une voix à peine audible.


"…pourquoi ? Dites-moi pourquoi…"
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Message Dim 11 Nov 2012 - 18:44

Subir des remontrances n’était jamais agréable, d’autant plus lorsque la personne qui vous les assène vise avec la précision d’un archer. Effectivement Qhorin était le premier à blâmer pour cette situation. Personne n’avait pris le contrôle de son corps pour le faire agir de la sorte. Il se sentit presque honteux d’avoir eu la lâcheté de tenir les autres pour responsable d’une soit disant infortune qui n’était ni plus ni moins que la résultante de ses décisions. A ce titre, il en voulait à Eleanor de lui avoir mis sa couardise en face des yeux. Ce sentiment de honte ne se dissipa guère, bien au contraire, lorsque la Tully lui révéla la raison pour laquelle elle était si attachée à son peigne. Il se rappela alors que Medgar Tully avait figuré dans la longue liste des victimes du Fléau du Printemps, cette épidémie qui avait dévasté une partie du continent de Westeros. Avoir juger Eleanor sans la connaître n’était pas digne de son statut de futur Lord et …

Réveille toi ! Parce que tu pensais que capturer une Dame était digne de ton rang ?

Il récita mentalement la devise de la Maison Fléaufort. Par la raison ou par la force. Cette claque mentale lui fit reprendre de l’aplomb. Les yeux d’Eleanor brillaient d’une nouvelle intensité qu’il n’avait pas encore vue chez la jeune femme. Etait-ce de la colère ? Puisqu’elle mettait autant d’énergie à lui faire des reproches, elle allait mettre à profit cette débauche d’énergie pour marcher. Elle verrait alors qu’il n’était pas si perdu que ça.

« Je pose les questions, pas vous. Maintenant avancez. »

D’une petite poussette autoritaire sur les épaules, il la força à marcher devant lui après avoir pris le soin de ranger le peigne dans ses affaires. Il n'allait pas le lui rendre après le contenu de leur échange. Se rappelant du trajet qu’il avait fait en sens inverse il y a de cela plusieurs lunes, en rejoignant la route ils devraient pouvoir atteindre une auberge située entre Wyndhall et Doggett. En terme de distance, cela représentait quasiment autant de lieux que ce qu’ils avaient accompli jusqu’ici à cheval. Ces bois sombres et inquiétants seraient encore leurs hôtes pour un long moment.

Ils marchèrent sans doute plusieurs heures, Qhorin n’aurait su le dire avec précision. Il s’était résolu à ne quasiment pas parler pendant qu’ils étaient en mouvement. Se contentant du strict minimum ici et là à savoir un « par ici », « à droite », pour guider sa prisonnière devant lui.

Ils finirent par atteindre une zone clairsemée où les arbres se faisaient plus rares. La route principale qui menait à la cote ouest n’était plus très loin, mais Qhorin ne consentirait à quitter les bois qu’au tout dernier moment. S’afficher en compagnie d’une Dame ligotée sur les routes relevait du suicide. La végétation était quelque peu différente dans cette zone. Beaucoup de petits arbustes et leurs pieds écrasaient des tapis de fleurs fragiles. Il lui sembla alors qu’en s’enfonçant les pieds d’Eleanor avaient de plus en plus de mal à continuer à leur marche en avant. Le moment était venu de s’arrêter.

Conservant son mutisme, Qhorin força Eleanor à s’asseoir le dos appuyé contre un vieux tronc. Toujours reliés par la corde, le Fléaufort commença par poser son escarcelle à ses pieds puis à retirer son manteau à capuche qu’il déposa sur les épaules d’Eleanor. Anticipant une possible contestation de la victime qui pourrait légitimement refuser de porter quoique ce soit appartenant à son ravisseur, Qhorin la prévint:

« Je ne ferai pas de feu. »

A son tour, il s’asseya sur le parterre de fleurs, la corde le forçant à une proximité avec Eleanor qui n’allait peut être pas ravir la jeune Dame. Mais qu’importe. Depuis la perte de leur monture, la suite des évènements avait quelque peu échappé à son contrôle, cela dit il avait au moins eu la présence d’esprit d’emporter de la nourriture avec lui. Il mit dans les mains d’Eleanor du fromage dur propre aux voyages ainsi qu’un peu de pain noir avant de l’inviter à dormir un peu une fois restaurée. Elle aurait besoin de force pour la suite du trajet. Lui allait devoir rester éveiller, plusieurs jours s’il le fallait bien que déjà ses yeux le brûlaient et devaient arborer de jolies cernes.

Ses dents mordirent dans une large tranche de pain qu’il aurait aimé voir recouverte d’un morceau de viande de porc cuisiné aux oignons, hélas il n’y avait sans doute pas de cochon dans cette forêt. Qhorin repensa alors à leur dernière discussion, le jeune héritier était désormais plus détendu et cela se sentit dans sa voix.

« Je ne comprends toujours pas. Votre père n’est plus de ce monde. Un peigne ne change rien à cette réalité. De plus, vous ne pouvez rien faire contre ce qui vous l’a arraché. Le Fléau du Printemps est hors de votre atteinte. »

Combien de temps s’était-il vraiment écoulé depuis qu’il l’avait enlevée ? Pas plus d’une journée et pourtant Qhorin se sentait en quelque sorte lié à la Tully par un vécu commun bien qu’elle fût sa captive et sa victime. Il se sentait à présent capable de lui parler de ces choses là, ne serait-ce vaguement là où auparavant il était résolu à tout garder pour lui.

« Mes ennemis peuvent être à ma portée. Avec votre aide. »

Les secondes passèrent, puis au lointain un bruit saccadé attira l’attention de Qhorin. Le son gagnait en intensité, les feuilles à leurs pieds se soulevaient subrepticement. Les yeux rougit par la fatigue de Qhorin s’écarquillèrent. Il comprit immédiatement et dégaina son épée. Sans la moindre hésitation, il trancha la corde qui le reliait à Eleanor et couru se jeter dans l’arbuste le plus proche. Ses réflexes et son agilité lui semblèrent décuplés par l’adrénaline. Il se déplaça rapidement entre le branches touffus afin qu’Eleanor ne puisse pas indiquer sa position puis observa, la main droite fermée sur son arme. Un cavalier s’arrêta près de leur campement de fortune, juste devant la jeune femme. Même à travers les branches touffus, Qhorin reconnût celui qu’il avait du assommer plus tôt pour kidnapper Eleanor.
L’homme de chambre…
Ce même garde qui était là lors de la première rencontre au bord de la Ruffurque. Ce garde qui accompagnait la Lady partout les avait retrouvé.
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Message Mer 14 Nov 2012 - 21:38

Au regard que lui lança Qhorin alors qu'elle parlait, la jeune femme sentit que, malgré les circonstances ses quelques propos avaient eu un impact sur lui, quoi qu'il en dise. En soit, cela n'avait pas vraiment d'importance, il ne semblait pas vouloir changer d'idée, quelle qu'elle soit, mais pour Eleanor, le simple fait de savoir qu'il l'écoutait tout de même encore un peu lui laissait subsister un peu d'espoir. De ces espoirs stupides et dangereux qui vous font croire que le félon finira par faire amende honorable et par rendre ce qu'il a dérobé sans que plus de dommages irrémédiables ne soient commis.

Ce fut peut-être ce mélange d'espoir et de colère rentrée qui lui permirent de tenir les longues heures de marches qui se déroulèrent ce jour -là. Si elle avait tenté de garder la tête haute et de tenir vaille que vaille les premiers instants, elle ne fut pas longue à buter régulièrement contre les pierres, les racines et autres obstacles qui semblaient prendre un malin plaisir à se glisser sous des petites bottines absolument pas destinées à une marche aussi longue. Au bout de plusieurs heures Eleanor eut l'impression de sentir la plante de ses pieds prendre feu et chaque pas devenait un vrai calvaire mais elle ne disait rien, se contentant de ravaler ses larmes et tentant tant bien que mal de ne pas se laisser tomber pour ne plus se relever.

Elle laissa échapper un soupir audible de soulagement lorsqu'il se décida enfin à s'arrêter et ne chercha même pas à se débattre quand il la fit s'assoir contre l'arbre, trouvant même un certain réconfort à sentir le tronc tout contre elle et à l'utiliser pour s'appuyer. Jamais elle n'avait été aussi épuisée de sa vie. Entre les larmes, les émotions et la longue marche, elle n'aurait su dire ce qui lui avait fait le plus de dégâts.
Dans l'immédiat, elle avait l'impression d'être vidée de toute sensation et ce n'était pas un mal. L'obscurité, le froid, plus rien de tout cela ne l'inquiétait. Elle voulait juste se rouler en boule dans un coin et dormir, espérant vaguement qu'au final elle se réveillerait pour de bon à Vivesaigues et qu'elle écouterait les rires d'Edwyn alors qu'il s'exercerait au maniement d'armes.

Elle n'avait pas ouvert la bouche pour contester ou le remercier du manteau, elle n'avait pas encore réfléchi à ce que ce geste pouvait bien lui faire ressentir, que Qhorin coupa une fois de plus court à toute tentative de discussion. Elle attrapa maladroitement la nourriture que lui tendit son ravisseur, pouvant de moins en moins utiliser une main droite devenue rouge et gonflée, et mordit dans le pain sans se faire prier, n'esquissant même pas une grimace de dégoût à ce repas peu copieux et peu goûteux.

Eleanor ne put s'empêcher de hausser un sourcil, perplexe, lorsqu'il se décida enfin à parler. Pourquoi avoir choisi de nouveau de parler de ça ? Que voulait-il entendre en s'adressant à elle de cette façon ? Elle prit soigneusement le temps de finir le fromage, mâchant avec application et déglutissant avec une lenteur délibérée, le temps de chercher ses mots.


"Si je suis votre raisonnement, je devrais oublier mon père parce qu'il est mort ? Je ne suis pas stupide, je sais que ce peigne ne me le ramènera pas et il ne me fait pas oublier la réalité des choses. Mais il me permet de me rappeler qui je suis et la façon dont mon père m'a élevée. Famille, devoir, honneur. Voilà ce que me rappelle ce peigne. Il me permet également de savoir que rien ni personne n'est éternel et qu'il faut chérir le moindre de ses biens, même si ce n'est qu'un morceau de bois pour certains."

A mesure qu'elle avait parlé, elle s'était légèrement redressée et le fixait, sans ressentir le besoin de détourner le regard. Ce ne fut qu'après avoir parlé que les derniers propos du Fléaufort la fit tiquer.

"Vos ennemis ? A votre portée ? Mon aide ? Après tout ce que vous avez fait ? Comptez-vous enfin me dire ce qu'il en est ou préférez-vous finir par me balloter encore comme un sac de grains et en silence ? Ou alors je peux aussi me mettre à hurler et…"

Elle n'eut pas le temps d'achever sa phrase que Qhorin se releva et s'éloigna brusquement, la libérant de son lien avec lui. Elle essaya gauchement de se relever mais ses jambes étaient tellement ankylosées par la route et le froid croissant qu'elle chancela quelques instants avant de retomber mollement contre le tronc. Elle leva alors le regard en direction du cavalier qui s'était arrêté devant elle, plissant des yeux dans l'obscurité pour essayer de le reconnaitre. Alors qu'elle tentait tant bien que mal de le fixer, il descendit rapidement de son cheval et fut auprès d'elle en quelques enjambées.

"Ma Lady ! vous n'avez rien ? Pardonnez-moi, j'ai manqué à... Ca n'arrivera plus jamais ! Où est ce pourceau ? Que vous a-t-il fait ? Etes vous intacte ?"

Alors qu'il parlait, il semblait à la fois vouloir examiner la jeune lady pour voir son état tout en observant les alentours. Du peu qu'elle puisse s'en rendre compte, il ne semblait pas au mieux de sa forme. Du sang séché lui maculait le visage et il avait l'air à la fois hébété et épuisé de l'homme qui n'avait eu de cesse de la rechercher. Eleanor laissa échapper un sourire, son cœur se gonflant à l'idée de pouvoir rentrer enfin chez elle. Qhorin avait certainement dû partir, il ne pouvait en être autrement et elle cilla plusieurs fois avant de répondre, d'une voix un rien suraigüe.

"Il… il est parti quand il a entendu du bruit. Il a du fuir. Loin d'ici. Je veux rentrer à la maison. S'il vous plait."

S'appuyant de la main gauche sur le bras du garde, elle réussit à se relever mais tituba de plus belle et, se rattrapa involontairement sur sa main droite. Poussant un cri de douleur, elle vit son horizon se troubler pour ne plus devenir qu'un vaste tourbillon noir et puis, plus rien.
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Message Dim 18 Nov 2012 - 14:21

Dissimulé par l’obscurité et les branches touffues de l’amoncellement d’arbustes derrière lesquels il avait trouvé refuge, Qhorin scrutait les moindres faits et gestes du garde et de sa Dame. Jamais auparavant le Fléaufort n’avait senti son cœur tambouriner contre sa poitrine avec une telle intensité. Sans succès il tenta de respirer avec moins de véhémence, craignant que le son généré par chaque expiration ne le trahisse. Mais le tour prit par les évènements l’avait contraint à aspirer de l’oxygène comme un dément pris de panique. S’il fallait agir, il allait devoir le faire rapidement avant que cet homme n’inspecte toute la zone et finisse par le trouver. Seul motif d’espoir pour le moment, Qhorin avait eu le réflexe de dégainer son épée avant l'arrivée du cavalier. Il jeta un regard furieux vers son propre poing refermé sur l’arme, comme pour ordonner à sa main de cesser de trembler de manière incontrôlée.

C’était la troisième fois que son chemin croisait celui de ce maudit bougre. La première fois la confrontation n’avait été que verbale. Lors de la suivante les mots s’étaient substitués aux coups, assénés par Qhorin pour assommer le gêneur. Pour ce troisième face à face, l’un d’entre eux devraient y laisser la vie, il n’y avait pas d’autre issue possible. Seulement les chances du jeune Lord étaient beaucoup trop minces s’il se décidait justement à combattre face à face, arme à la main. Alors qu’Eleanor implorait son serviteur de la ramener chez elle, Qhorin invoquait toutes les forces et la détermination à sa disposition. Le sort de Alyce allait peut-être dépendre des prochains instants. Et les images insoutenables qui lui étaient apparues en rêve défilèrent sous ses yeux, saisissantes de réalisme.
Personne ne ramènera mon cadavre à mon père, personne.
Les tremblements de la main qui tenait le manche de son épée sans nom semblèrent s’interrompre. Qhorin s’attachait désormais à guetter la seconde propice à l’attaque. Elle viendrait bien assez tôt.

De sa position, il ne voyait pas très bien Eleanor, cachée par le dos du garde, mais il entendit distinctement le cri aigu de la jeune Dame sans en comprendre la raison. Une nouvelle vague d’adrénaline le traversa. La Tully pourrait se flatter d’avoir fait dresser à l’unisson chacun des poils de son épine dorsale. Même si pour le moment, elle semblait surtout s’être plongée dans les limbes de l’inconscience à en juger par l’attitude du garde qui se pencha vers elle en la secouant.

« Ma lady ! Ma Lady !! »

Bientôt..Bientôt…

Etait-ce la voix du Guerrier qui lui susurrait ces directives à l’oreille ou la sienne ? Qhorin n’aurait su le dire. Ses yeux exorbités étaient toujours rivés sur le dos de l’homme qui abandonna l’idée de faire reprendre conscience à sa Dame et la souleva dans ses bras. En le voyant se redresser et marcher vers sa monture, Qhorin décortiqua sa tenue avec une lucidité froide dont il fut le premier surpris. Comme beaucoup de soldats, il était équipé d’un haubert en mailles. Le visage était recouvert d’un camail à la manière d’une capuche qui protégeait également son cou et ses épaules. Sous la maille, un gambison lui apportait sans doute une sécurité supplémentaire en cas de coup reçu au niveau du thorax. La maille du haubert en faisait une robe de protection efficace mais, Qhorin s’en rappelait, on les fendait souvent sur le côté afin de permettre à leur porteur de monter à cheval. Le garde d’Eleanor n’échappait pas à la règle. Tant qu’il portait sa Dame dans ses bras, il était vulnérable. Qhorin devait frapper avant qu’il atteigne son cheval et qu’il dépose la Tully sur la selle.

Maintenant !

Qhorin s’élança tel un fauve, sa longue épée brandie perpendiculairement à son corps dans un angle mortel pour celui qui viendrait à sa rencontre. Sa cible se tourna immédiatement vers lui, mais les années de servitude le mirent dans une situation inconfortable à laquelle il n’avait jamais été confronté. Le garde hésita le moment de trop, beaucoup plus qu’il ne l’aurait du, sur la marche à suivre. Lorsqu’il jeta Eleanor avec véhémence sur le sol afin d’être libre de ses mouvements, le Fléaufort était déjà quasiment sur lui. La main du garde s’était refermée sur la poignée de l’arme qu’il chercha à dégainer lorsque l’épée de Qhorin le perça au niveau de la taille. Le jeune Lord avait visé juste au-dessus de la hanche comme point d’entrée, là où le haubert était fendu. Il mit toutes ses forces pour enfoncer sa lame au travers du cuir bouilli puis de la chair en remontant et vrillant au fur et à mesure qu’il la poussait plus en avant. Ce n’est qu’une fois que l’acier fut rentré entièrement dans le corps de son ennemi que Qhorin se hasarda à le regarder dans les yeux. Ce qu’il y vit était bien plus perturbant que le sang qui s’échappait par vagues successives du flanc de sa victime. Un regard, curieux mélange de haine profonde et de supplication que l’héritier des Fléaufort ne pourrait jamais oublier.

Des bulles de sang s’échappèrent de ses lèvres alors qu’il tentait d’articuler des derniers mots qui moururent en même temps que lui. D’un coup de semelle, Qhorin dégagea son épée en faisant tomber le corps sur le sol dans un bruit sourd. L’atmosphère se chargea de l’âpre senteur de l’hémoglobine.
Le sang jaillissait de la dépouille mortelle en si grande quantité que les fleurs blanches sur lesquelles elle reposait ressemblèrent bientôt à un tapis d’azalées.

Eleanor avait également reçu du sang sur le visage durant l’assaut. Mais Qhorin ne la voyait pas. Il n’aurait même pas su dire si la jeune Dame avait repris conscience depuis que le garde avait été contraint de la jeter par terre. Qhorin ne voyait plus que les yeux du mort. Ces yeux qui lui semblait toujours chargés de cette même amertume qui l’avait tant frappé lorsque leurs regards s’étaient croisés.

Qhorin Fléaufort, venait de tuer son premier homme. Il l’avait fait en se battant sans le moindre honneur...
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Message Dim 18 Nov 2012 - 18:18

Si la douleur lui fit perdre connaissance, ce fut elle aussi qui la ramena à la réalité. Elle avait vaguement entrouvert les yeux alors que son garde la portait avec autant de facilité que si elle pesait aussi lourd qu'une plume. Pourtant, elle ne devait le comprendre que plus tard, ce fut ça, plus que tout le reste, qui causa sa perte. Jamais elle ne pourrait se le pardonner, quoi qu'il arrive par la suite.

Elle ne comprit pas ce qui s'était passé quand il la lâcha sans ménagement et qu'elle tomba avec fracas sur le sol, étourdie par la chute. L'assaut du Fléaufort ne dura que le temps d'un battement de cils et elle sentit quelque chose gicler dans sa direction sans réaliser de quoi il pouvait bien s'agir. C'était chaud, c'est tout ce qu'elle pouvait dire en cet instant précis, horriblement chaud comparé à la fraicheur de la nuit mais elle n'en avait cure. Tout ce qu'elle voyait, c'était le corps de son garde s'effondrer au sol sans même esquisser un geste pour se relever. Elle remarqua alors le sang couler à flot de la plaie infligée par Qhorin et resta interdite, les yeux écarquillés, telle une statue.

Ce fut le bruit fracassant de l'épée sans nom tombant au sol qui fit ciller la jeune femme. Sans même chercher à se relever complètement, elle se traina jusqu'au corps du garde, la respiration saccadée et le visage d'une pâleur mortelle. Tendant ses mains tremblantes vers lui et oubliant totalement la douleur qui lui vrillait le poignet, elle essaya d'appuyer sans succès sur une blessure qu'elle n'arrivait pas à trouver pour empêcher tout ce sang de couler. Il fallait qu'il s'arrête, que tout ce rouge disparaisse et comme ça tout s'arrangerait. Alors qu'elle continuait de chercher en vain à comprimer la plaie, ne réalisant pas encore qu'il était beaucoup trop tard, elle murmurait d'une voix désespérée.


"Non, non, non, non… Ser Norbert, ne me laissez pas. Ne partez pas, pas maintenant, tenez bon je vous en supplie…"

A mesure qu'Eleanor parlait, sa voix se fêlait et les larmes coulant sur ses joues se mêlaient au sang dont elle avait été aspergée. Quand elle finit par comprendre qu'il ne respirait plus, au bout d'une seconde, d'une heure, elle aurait été incapable de le savoir, elle effleura d'une main ensanglantée la joue parcheminée de son cher garde.
Plus jamais il ne poserait son regard attentif sur la jeune femme. D'aussi loin qu'elle se rappelle, Ser Norbert avait toujours été là pour veiller sur elle, se refusant à prendre femme pour être, toute sa vie durant, au service des Tully de Vivesaigues. Les histoires racontaient qu'il avait été là pour les premiers pas d'Eleanor et qu'elle avait passé une grande partie de son enfance à le suivre dans les méandres du château. Il était tel un roc, immuable, surtout depuis la mort de son Père et maintenant, il était là, étendu sur le sol, mort par sa faute.

Elle fixa le sang dont commençaient à se gorger les fleurs tout autour avant que son regard ne se pose sur l'épée qui gisait toujours sur le sol, à quelques mètres à peine. C'est alors qu'elle réalisa que si elle avait une part de responsabilité dans la venue de Ser Norbert ici, de par son manque de méfiance, elle n'était en rien coupable de sa mort. Le seul à blâmer se tenait là, à quelques pas à peine.

Si Qhorin avait pu lire la haine dans le regard du garde, ce qu'il pouvait lire dans le regard de la jeune femme qui tentait de se relever tant bien que mal n'en était pas loin. Elle trébucha une première fois, une deuxième, se rattrapant au dernier moment en s'appuyant sur sa main valide, ne quittant pas le Fléaufort de ses yeux exorbités par la colère et la douleur qu'elle n'essayait même plus de juguler. Elle se tint devant lui quelques secondes, oubliant qu'elle était bien plus petite que lui, oubliant qu'il pouvait la maitriser dans la seconde s'il le voulait et le gifla de toutes ses forces de sa main valide, laissant sur la joue du jeune homme la marque des doigts ensanglantés.

"Comment avez-vous osé ? Vous êtes un monstre ! Un assassin ! Il était l'honneur incarné ! Il valait cent fois, mille fois mieux que vous ! Qu'est ce qui vaut plus que la vie d'un homme ? Qu'est ce qui vous a pris ??"

Alors qu'elle parlait, qu'elle criait plutôt, elle le martelait de coups de poing sur le torse, l'adrénaline lui faisant oublier la douleur de sa main droite. Au bout de quelques minutes, elle finit par s'arrêter, à bout de souffle et se laissa tomber à genoux sur le sol en sanglotant, la tête enfouie entre ses mains.

Pendant ce temps-là Qhorin ne semblait toujours pas avoir bougé.
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Message Jeu 22 Nov 2012 - 21:48

J’ai pris la vie d’un homme.

Qhorin ne ressentait rien. Son cœur était vide d’émotion alors qu’il toisait un corps réduit à l’état de cadavre par sa faute. Ce n’était pas le premier mort qu’il voyait, loin de là. Les dépouilles d’inconnus, de criminels ou même de proches qui avaient défilé sous son regard juvénile au court de ses quelques années d'existence étaient si nombreuses qu’il n’aurait pas pu les comptabiliser d'un chiffre précis. Mais cela était différent. C’était le premier homme qu’il abattait et Qhorin devrait s’en rappeler pour le restant des jours que les Dieux lui accorderaient. L’adolescent était frappé par cette vision si bien qu’il ne parvenait pas à détourner les yeux du garde. La finalité de la chose avait quelque chose d’envoutant en fin de compte. Surtout en considérant que l'état d’immobilité permanent imposé à celui qui était vivant quelques instants auparavant avait été infligé de sa propre main. Malgré l’horreur de la scène, le sang qui continuait à se répandre en jaillissant de la plaie mortelle et les supplications d’Eleanor, tuer avait quelque chose d’étourdissant. La prise de conscience qu’il était en son pouvoir d’interrompre une vie humaine était grisante en un sens.

Le coup reçu sur son visage l’empêcha de pousser l’analyse de cette sensation perturbante plus loin. Qhorin porta la main à sa joue cuisante et humide du sang qui n’était pas le sien. Il n’avait même pas vu qu’Eleanor se tenait devant lui, bien trop absorbé jusqu’ici par la vue de la dépouille mortelle. Bien que la raison pour laquelle la Tully venait de le gifler coulait de sens, Qhorin la regarda interdit, ses yeux bleu glace chargés d’incompréhension. Pourquoi le regardait-elle comme si il était la personne qu’elle détestait le plus au monde ? La volée de coups que la jeune Lady lui infligea acheva de le faire revenir à la réalité.
Malgré la douleur qu’il ressentait au niveau des cotes, les mots d’Eleanor lui firent l’effet d’un poignard qui labourait ses entrailles. La réponse à la question qu’il s’était posé était on ne peut plus claire, il était sans doute en cet instant la personne qu’elle haïssait le plus. Jamais il n’avait couru après l’affection des autres. Trop habitué à ce qu’on lui préfère son frère lorsqu’il était vivant ou que la froideur naturelle de son tempérament ne lui attire guère de sympathie. Seul le respect lui importait à vrai dire. Pourtant, il se sentit accablé par la réaction d’Eleanor et ce torrent de haine qui s’était déversé sur lui sous forme de coups et de mots. Pour la première fois, le mur de sa détermination s’effrita et Qhorin voulut tout raconter à la jeune femme. La raison pour laquelle il l’avait enlevée, les décisions qu’il avait été contraint de prendre et surtout lui faire comprendre qu’il n’avait pas d’autre choix. La détresse et les sanglots de sa captive affaiblirent encore davantage sa résolution. Des excuses ainsi que des premières explications se matérialisèrent dans son esprit, prêt à franchir la barrière de ses lèvres pour tout révéler à Eleanor mais les seuls mots qui parvinrent à se matérialiser furent :

« C’était lui ou moi. »

Il ramassa l’arme à qui il devait d’être encore en vie (pour l’instant) et essuya la lame avant de la rengainer. La robe de la jument de Ser Norbert était également tachetée du sang de son défunt propriétaire. Alors qu’il saisissait les rennes pour prendre possession de la monture, Qhorin trouva le courage d’étudier Eleanor à genoux sur le sol, le visage toujours enfoui entre ses mains ensanglantées. Rien de ce qu’il pourrait lui dire ne saurait réparer ce qu’il venait de commettre. Qhorin était allé trop loin et ils devaient continuer à avancer sans quoi tous ces crimes n’auraient servi à rien. Le Fléaufort se tint devant Eleanor, disposé à lui laisser quelques courts instants avant qu’elle se relève.
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Message Sam 24 Nov 2012 - 21:47

Malgré le Fléau du Printemps qui avait endeuillé la famille Tully, Eleanor avait toujours vécu enveloppée dans un cocon protecteur, loin de bien des réalités cruelles de leur monde. Elle avait vaguement entendu parler des différents conflits actuels mais elle leur accordait la même importance que les histoires que lui racontait Melara à propos des vieilles guerres qui avait secoué Westeros. En une journée, tout le monde qui s'était soigneusement tenu loin des remparts de Vivesaigues s'était comme précipité sur elle et l'avait frappée de plein fouet, la laissant totalement hébétée et sans repère, n'arrivant plus à distinguer le cauchemar de la réalité.

Elle avait espéré, malgré les heures passées sur le cheval, la nuit qui était arrivée et l'attitude de Qhorin, qu'au final, tout s'arrangerait et qu'elle rentrerait chez elle saine et sauve. Son existence privilégiée, les belles histoires pleines de preux chevaliers et son éducation pour devenir la parfaite épouse d'un lord quelconque, rien de tout cela ne l'avait préparée à une autre option. Les choses ne pourraient que bien se terminer et qui sait, peut-être même ferait-on une chanson de cette aventure.

Mais, lorsqu'elle avait touché le sang de Ser Norbert, lorsqu'elle avait vu la vie quitter cette personne qui avait tout sacrifié pour lui venir en aide, cet espoir fou s'était évaporé comme neige au soleil. Le temps semblait s'être arrêté et plus rien n'avait d'importance. Elle resterait là jusqu'à la fin des temps et peut-être qu'elle finirait alors par accepter ce qui s'était passé à défaut de l'oublier. Alors qu'elle continuait de sangloter, des paroles qu'avait prononcé son père, peu de temps avant sa mort, revinrent à l'esprit de la jeune femme, résonnant tel un écho lointain.


"Ne pleure pas ma douce. Tu sais, l'on m'a dit un jour qu'il y avait pire que la mort. Il y a la perte de l'espoir. Garde toujours espoir Eleanor, même dans les heures les plus sombres. Laisse toujours cette petite flamme brûler en toi, quoi qu'il advienne."

Même si elle n'arrivait à tirer aucune consolation de ces mots qui continuaient de la hanter, il fallait qu'elle en tire la force au moins de s'arrêter de pleurer et de faire face au meurtrier de Ser Norbert la tête haute. Garder son honneur, envers et contre tout, quelle que soit la situation. Prenant de grandes inspirations, elle arriva enfin à se calmer, sa respiration saccadée reprenant peu à peu un rythme normal. S'était-il écoulé une minute ? Une heure ? Elle aurait été bien incapable de le dire mais, à mesure que ses paumes quittaient son visage, la douleur de son poignet se faisait de plus en plus présente pour devenir presque insupportable. Se raccrocher à cette douleur lui permettait de ne pas penser au reste, il lui suffisait de se concentrer dessus et elle arriverait enfin à bouger. Mais pour aller où ? Et pour faire quoi ?

Réalisant qu'elle avait tout de même quelque chose d'important à faire, elle finit par se relever avec difficulté, sans même accorder un regard à Qhorin et elle tituba une nouvelle fois vers le corps de son garde. Elle resta un moment interdite devant la mare de sang, jamais elle n'aurait cru qu'elle pourrait en voir autant et ne pas défaillir devant les relents métalliques qu'elle pouvait sentir à mesure qu'elle s'agenouillait près de lui.
Pourtant, elle n'était ni dégoûtée, ni terrifiée, la peur reviendrait en son temps. Pour l'heure, elle se contenta de lui effleurer le front du bout des lèvres, comme sa mère le faisait autrefois pour elle lorsqu'elle était malade et au lit et qu'elle la consolait d'un doux baiser.

Puis, après avoir hésité quelques instants, elle tendit la main vers son corsage et en sortit un petit mouchoir blanc avec lequel elle essuya tendrement le visage de Ser Norbert, lui fermant les yeux par la même occasion. C'est seulement après tout ça qu'elle daigna jeter un regard en direction de Qhorin. Les larmes avaient lavé en partie son visage qui restait tout de même maculé de sang, mais ses prunelles étaient sèches.
La Tully laissa alors échapper, le fixant sans détourner le regard.

"C'est ce que vous direz alors ? Quand vous m'aurez tuée ? Que c'était vous ou moi ?"

Il n'y avait plus la moindre trace de colère dans sa voix. Juste de la tristesse, énormément de tristesse et une grande lassitude. Eleanor était épuisée, elle n'avait même pas la force de le haïr convenablement.
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Message Dim 25 Nov 2012 - 17:33

La pensée, insidieuse et presque nauséabonde, avait commencé à germer au moment précis où Eleanor s’était appliquée à nettoyer le visage de Ser Norbert. Certes, le mouchoir blanc sur le visage d’un mort était un écho troublant au rêve de Qhorin, mais il y avait autre chose. Quelque chose de beaucoup plus perturbant sur lequel il ne devait surtout pas s’attarder. Depuis le début du long chemin qu’il avait entreprit, ses pensées avaient été des obstacles tout aussi redoutables que la perte du premier cheval ou l’irruption du garde. A Fléaufort, le maître d’armes leur disait souvent qu’en combat, les prouesses physiques ne suffisaient pas. Seul un esprit fort et concentré pouvait être en mesure de commander à ses bras et jambes de se mouvoir avec la coordination et la dextérité nécessaires pour pouvoir venir à bout des obstacles. Aussi, il fallait accorder autant de soin au développement de ses muscles qu’à celui de sa tête. Si exercer son esprit revenait à le confronter à des pensées dérangeantes et tester sa capacité à les écarter, alors Qhorin le soumettait à rude épreuve.

Eleanor l’impressionnait. Peu de Dames de son âge seraient parvenues à conserver leur dignité et un minimum de sang froid dans pareille situation. Peu de jeunes femmes auraient été en mesure de le regarder droit dans les yeux en évoquant ouvertement l’éventualité de se faire tuer.
Si j’avais voulu vous tuer Lady Eleanor, je l’aurais fais dès le départ. Vous devriez en être consciente.
Préférant garder ces mots pour lui plutôt que de rassurer sa captive, Qhorin se rapprocha en s’efforçant de soutenir le regard de la Tully. On lui avait très souvent affirmé que bleu de ses yeux n’avait pas l’éclat du ciel mais la froideur de la glace. .

Ils n’échangèrent quasiment aucun mot le reste du trajet en forêt. Même lors des courts arrêts que Qhorin s’efforçait d’accorder à la jument que montait Ser Norbert pour ne pas qu’elle subisse le même sort que leur précédente monture. Le Fléaufort se contentait d’observer silencieusement l’animal étancher sa soiffe dans un ruisseau qui fredonnait entre les arbres. La fois suivante, il lui offrit un peu d’avoine dans le creux de sa main sans accorder la moindre attention à Eleanor.


"-M’ser ?!"
Les yeux du pêcheur s’ouvrirent en grand lorsque Qhorin lui présenta les pièces d’or. L’homme l’avait d’abord prit pour un chevalier, lui dont les agissements récents l’avaient dépouillé de toute forme d’honneur. Pour accomplir la dernière étape de cet itinéraire périlleux, il lui fallait se délester d’une grosse partie de sa bourse, c’était prévu. Le plus vite serait le mieux. Les premières lueurs de l’aube avalaient les derniers morceaux d’obscurité, révélant avec de plus en plus de détails le village côtier dans lequel Eleanor et Qhorin avaient fait escale. Cette petite bourgade, coincée entre Wyndhall et Doggett, abritait une communauté de pêcheurs dont l’activité avait pris du plomb dans l’aile depuis le début des raids de Fer-nés, un an auparavant.
« Épargnez moi vos Messer. Oui ou non ? C’est la seule chose que je demande. »
L’air était tiède et le jour qui s’installait révélait un brouillard qui rendrait la navigation encore plus difficile. Devant l’impatience de Qhorin, le pêcheur s’empressa de coincer chacune des pièces d’or entre ses dents dont la couleur variait entre le jaunâtre et le marron foncé. Quand finalement, l’homme hocha la tête nerveusement Qhorin posa la main sur la garde de son épée en faisant résonner l’acier contre le fourreau.
« Vous pouvez garder la jument pour vous ainsi que vos questions. »
Puis il se mit en route vers le ponton d’un pas pressé, entraînant avec lui Eleanor qu’il tenait par la main. Il avait fait revêtir à la jeune femme son propre manteau à capuche afin de dissimuler un maximum ses vêtements de Dame qui auraient pu soulever des questions gênantes.
« Prenez c’lui qu’est tout à gauche M’ser. Son nom c’est Croisée d'Chemins. »
En d’autres circonstances, Qhorin n’aurait pas manqué de relever l’ironie liée au nom du bateau et de leur situation, mais il prêta à peine attention aux paroles du vendeur désormais riche de 10 Dragons d’or.
Il sentit Eleanor particulièrement réticente à mesure qu’ils se rapprochaient du quai. Très vite, elle protesta verbalement et Qhorin du user de gestes ferme pour la faire monter à bord du voilier dont il avait fait l’acquisition. C’était une petite cogue mal entretenue, la voile avait été rafistolée tant de fois qu’on avait du mal à discerner sa couleur d’origine. Le mât semblait capable de rompre pour peu qu’on’essaye de s’appuyer dessus avec trop d’insistance.

Outre ces détails, « Croisée des Chemins » était très semblable à « Nagga », la cogue que Qhorin avait reçu en cadeau pour son douzième anniversaire. Le Fléaufort n’éprouva pas grande difficulté à lui faire prendre la mer. Les vents ne leur étaient pas défavorables et la cogue fendait les flots en direction de l’Ouest vers le point de rendez-vous que Qhorin avait fixé avec le Fer-Né. Le jeune Lord n’avait aucune confiance en ce coquin qui l’avait nargué pendant plus d’un an en lui envoyant missive après missive. Mais ces dernières lunes, une vraie correspondance s’était établie. Le Fer-Né prétendait détenir Alyce et malgré toute la méfiance que lui inspirait cet homme, Qhorin devait en avoir le cœur net.
Tous les messages de ce pleutre avaient fini dans l’âtre de sa cheminée, notamment ceux faisant mention d’un échange entre otages, à l’exception du dernier lui donnant rendez-vous en mer s’il voulait revoir Alyce. Qhorin avait volontairement laissé la missive dans sa chambre de Castral-Roc afin de donner un motif à son départ. Au cas où il ne reviendrait jamais.

Cramponné au gouvernail, il repensa à ce qui l’avait tant perturbé au moment d’abandonner le corps sans vie de Ser Norbert. Alors qu’il pivotait la nuque pour lancer un regard vers Eleanor par dessus son épaule, l’ébauche de ce ressenti nauséabond qu’il avait écarté des heures plus tôt lui apparût cette fois-ci avec une clarté incontestable. Pendant plus d’une année il avait mit toute son énergie à haïr les Fer-Nés pour ce qu’ils avaient fait subir à sa Maison, à sa famille mais il ne valait pas mieux qu’eux en fin de compte.
Ce qu’il avait infligé à Eleanor et ce qu’avait subi Alyce étaient semblables en tout point, la symétrie en était même troublante. Ses hommes lui avaient raconté autrefois comment Harren avait été tué sous les yeux de Alyce en proie aux larmes et l’impuissance alors qu’elle se faisait emporter par ses ravisseurs. Comme elle, Eleanor avait vu un être cher assassiné sous ses yeux. Les visages sans vie de Harren et Ser Norbert, recouverts d’un mouchoir blanc, lui apparurent brièvement.

Alyce avait sans doute été entraînée de force sur un navire. En voyant Eleanor blottie contre une caisse sentant le hareng, emmitouflée dans son propre manteau, l’image de sa sœur lui apparût également, saisissante de réalisme. Cela valait-il le coup ? L’infime espoir de peut-être retrouver sa sœur après un an de captivité justifiait-il le fait d’avoir infligé les mêmes sévices à une autre?

Chacun de ses pas raisonnèrent en faisant grincer les longues lattes de bois. Qhorin traversa le pont et vint s’asseoir à côté d’Eleanor, ses deux jambes étendues. La jeune femme avait le teint encore plus pâle qu’à l’accoutumée.

« Lorsque j’ai…. »

L’adolescent du déglutir avant de terminer sa phrase.

« Lorsque j’ai tué ce chevalier, vous m’avez demandé qu’est-ce qui était plus important que la vie d’un homme. »

Ses yeux ne regardaient pas Eleanor si bien qu’il aurait été incapable de dire si la Lady l’écoutait. Ils étaient rivés vers quelque chose d’invisible, droit devant lui. Mais son regard n'était pas vide, on pouvait y lire la même détermination si caractéristique du jeune homme.

« Ma sœur a été enlevée lors d’un raid de Fer-Nés sur Fléaufort, l’année dernière. Mon frère y a perdu la vie. Ces deux là s’adoraient, passant la plupart de leur temps ensemble. A les voir si proches, beaucoup demandaient à mon père s’ils étaient jumeaux. » Un rire un peu faible et chargé d’une once amertume entrecoupa son récit.
« En toute vérité, je n’ai jamais trop aimé Alyce. Sa complicité avec Harren m’exaspérait, entre autres.. Après notre première rencontre, ce jour au bord de la Ruffurque, je vous ai sans doute porté davantage d’affection que ce que j’ai pu éprouver pour ma propre soeur. »
Son poing se referma sur la poignée en os ciselé d’une dague qui pendait à sa ceinture. Il la dégaina d’un geste sec.
« Mais Alyce possède quelque chose que je chérirais toujours plus que tout ou n’importe qui. Plus que la vie d’un homme ou la mienne. Elle porte mon nom. »

La lame de la dague était désormais coincé entre son majeur et son pouce, la garde tournée vers le ciel.

« J’ai besoin que vous fassiez une chose pour moi. Que les Sept m’en soient témoins. C’est la seule chose que je vous demanderais au cours de mon existence, dut-elle s’achever dans les moments qui suivront. »


Qhorin plaça la dague perce-maille sur les genoux d’Eleanor.

« Si ma sœur ne se trouve pas sur le navire qui vient à notre rencontre. Utilisez la. »
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Message Mer 28 Nov 2012 - 19:20

Détournant une nouvelle fois les yeux, Eleanor reporta son attention sur Ser Norbert, achevant de lui essuyer le visage et recouvrant ses traits avec son mouchoir dans un semblant de rituel funéraire. Elle savait pertinemment qu´ils laisseraient son cadavre derrière eux une fois que Qhorin aurait reprit ses esprits et décidé de la mener lui seul savait ou. Pour l´heure, la destination ne lui importait plus réellement, quand bien même elle aurait encore songé, dans un moment d´égarement, qu´il puisse encore changer d´avis.

Le meurtre du garde avait fait réaliser à la jeune Tully à quel point son univers avait basculé. Il était impossible pour le Fléaufort de faire marche arrière dorénavant et il aurait suffit à Eleanor de le regarder dans les yeux pour comprendre qu´il n´en avait pas la moindre intention. Elle resta sans bouger durant quelques minutes, ne sachant pas quoi faire devant ce corps sans vie. Devait-elle réciter une prière ? Chanter une chanson ? Elle qui en connaissait tellement semblait soudain avoir tout oublié. Elle n´arrivait pas à se souvenir d´un seul couplet, dune seule phrase qui aurait pu rendre hommage au défunt. Pourtant elle devait trouver, elle lui devait au moins ça à défaut de pouvoir lui assurer une sépulture décente.

A force d'insister, son esprit embrumé finit par lui lâcher quelques bribes. Elle finit par se rappeler de quelques mots et c'est d'une voix balbutiante, qu'elle chuchota, sa main posée sur le front du vieil homme.


"Gente Mère, ô fontaine de miséricorde,
Préserve nos fils de la guerre, nous t’en conjurons,
Suspends les épées et suspends les flèches,
Permets qu’ils connaissent un jour meilleur.
Gente Mère, ô force des femmes,
Soutiens nos filles dans ce combat,
Daigne apaiser la rage et calmer la furie,
Enseigne-nous les voies de la bonté.
"

A mesure qu'elle parlait, les paroles revenaient d'elles-mêmes et elle finit par chantonner doucement avant de laisser une nouvelle fois le silence envahir les lieux. C´est à peine si elle sentit Qhorin lui attraper le bras pour la soulever et avec un dernier regard à Ser Norbert, elle lâcha, d'une voix rendue rauque par l'émotion.

"Je suis tellement désolée…"

Elle n'accorda pas le moindre regard à son ravisseur et ne prononça aucun mot durant tout le reste du trajet, préférant rester plongée dans cette torpeur à laquelle avait fini par succéder l´adrénaline. Elle dodelina souvent de la tête durant les heures qu´ils passèrent laissant vagabonder son esprit loin de cet endroit, loin de ce cauchemar, sans parvenir à s'endormir complètement, le trot de la jument rendant l'exercice impossible. Depuis combien de temps était-elle partie de Vivesaigues ? Etait-ce ce matin à peine qu'elle discutait avec Emilia de la soirée à venir ou était-ce il y a des années, des siècles de cela ? Ses souvenirs et tous les évènements depuis les bords de la Ruffurque semblaient tout aussi irréels les uns que les autres alors que la fatigue, la douleur et la peine avaient fini par vaincre tout semblant d'énergie qui pouvait rester à la Tully.

A mesure que l´obscurité laissait enfin place à la lumière, Eleanor se surprit à sentir au loin, sans vraiment réaliser ce que cela pouvait bien impliquer, l´odeur d´iode si caractéristique des bords de mer. Il y avait bien des années qu´elle ne l´avait pas sentie, mais comment oublier cette immense étendue aquatique dont l´air menaçant n´avait d´égal que l´aspect sauvage et incontrôlable ?

Ce ne pouvait être que le fruit de son imagination, elle voyait mal ce que Qhorin pouvait bien faire près de la mer. Elle se contenta de le suivre alors qu'il descendait de cheval et qu'ils déambulaient dans le petit village, telle une somnambule qui ne réalisait absolument rien de ce qui se passait autour d'elle. Ne bronchant même pas quand il la recouvrit de sa cape, Eleanor finit enfin par ciller et par revenir à la réalité lorsqu'elle entendit la voix du paysan. Avait-elle bien compris ou s'était-elle imaginé la discussion ? Qhorin venait d'acheter un bateau ? Et pourquoi faire ?

La poigne du Fléaufort se faisant plus ferme sur son bras, Eleanor se laissa une nouvelle fois guider avant de lâcher un
"non, pas ça, par pitié pas ça…" d'une voix au départ à peine audible mais qui se fit de plus en plus forte à mesure qu'ils approchaient de la petite embarcation.
Elle ne pourrait jamais monter là-dedans, c'était impossible, il ne pouvait pas lui faire ça. Son visage était devenu blême de peur et elle avait brusquement arrêté de marcher, ses jambes se refusant à faire un pas de plus. Mais elle n'avait pas non plus la force de lutter contre Qhorin qui réussit à l'embarquer alors qu'elle avait commencé doucement à sangloter, le jeune homme se montrant totalement hermétique à ses supplications.

Elle avait fini par atterrir dans un coin du petit bateau, recroquevillée sur elle-même et enroulée dans le manteau dont il l'avait recouverte. Elle grelottait, claquait des dents et, à chaque vague qui menaçait de les faire passer par-dessus bord ou tout du moins le pensait-elle, elle se retenait à grand peine de pousser des hurlements de terreur. Le fait que Qhorin semblât savoir ce qu'il faisait avec leur embarcation ne compensait en rien le fait que la terre s'éloignait sans qu'elle ne puisse rien y faire.

De longues minutes s'écoulèrent avant qu'elle n'entende les pas de Qhorin faire craquer les lattes de bois. Se demandant un instant ce qu'elle ferait s'il tombait à l'eau, Eleanor sursauta quand il prit la parole et il lui fallut quelques secondes avant de comprendre de quoi il parlait.

Visiblement, ce qu'il racontait semblait vouloir en partie justifier ses actes et expliquer pourquoi ils se trouvaient embarqués à bord de la Croisée des Chemins. Elle avait du mal à saisir la portée de ses paroles, de ce qui avait bien pu lui arriver. Malgré les malheurs qui avaient touché sa famille, elle était loin d'avoir vécu la même histoire que le jeune homme qui se trouvait devant elle. Si rien ne pouvait justifier sa conduite, une lueur de compréhension commençait à germer dans l'esprit de la Tully, ce qui n'aidait pourtant en rien à clarifier la situation.

Avant même qu'elle ne songe à répondre, Qhorin avait sorti une dague et l'avait déposé sur ses genoux sans qu'elle ne comprenne pourquoi. Eleanor fixa l'arme, incrédule, oubliant pendant une seconde la peur qui l'habitait et où ils se tenaient tous les deux. L'utiliser ? Contre qui ? Pourquoi faire ? Elle leva les yeux, plissant les sourcils en signe d'incompréhension alors qu'elle pressait contre elle sa main blessée d'un mouvement nerveux.


"Je… mais…qu'allez vous demander ? Je suis incapable de me servir de ça… Et que va-t-il se passer par les Sept ?"

Alors qu'elle parlait d'une voix saccadée et emplie d'une frayeur qu'elle ne cherchait même pas à camoufler, une vague vint légèrement faire tanguer le bateau, sans autre dommage que de faire hurler de terreur la jeune femme.
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Sargon Harloi
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Message Jeu 29 Nov 2012 - 12:24

     Les missives échangées avec le jeune Fléaufort avaient été suffisamment divertissantes pour occuper l'esprit du Harloi pendant quelques jours. Il était amusant de constater à quel point certains individus pouvaient porter de l'importance aux membres de leur famille ! Pourtant, la petite Alyce n'était plus vraiment une Fléaufort, dès sa capture elle était devenue la catin d'un simple pêcheur qui l'avait engrossée avant qu'elle ne puisse comprendre ce qui lui arrivait. Bien évidemment ce n'était pas le type de répliques qu'il gardait au chaud pour le petit noble, ce dernier avait besoin d'entendre des phrases « rassurantes » et surtout de voir son espoir être entretenu. Sargon n'avait pas encore décidé de ce qu'il allait dire avec précision, mais une chose était évidente : il allait manipuler le petit noble pour essayer de tirer le plus d'avantages de cette rencontre. Lorsque le gamin avait accepté l'idée proposée par le Fer-né, ce dernier s'était demandé comment est-ce qu'un noble qui ne devait certainement jamais avoir dégainé son épée pour autre chose que pour s'entraîner, allait pouvoir trouver une femme d'une maison noble à échanger contre sa sœur. Dans le fond, c'était sans intérêt, le Harloi n'avait de toute manière pas la jeune Alyce sur son boutre pour la bonne et simple raison qu'elle avait été jetée à la mer après son décès. Le plus ironique était certainement que l'homme responsable de son enlèvement était lui aussi mort, le petit Qhorin ne pourrait donc que ruminer sa vengeance sans jamais l'obtenir. Comment réagirait-il lorsqu'il apprendrait que sa grande sieur était morte en essayant de donner la vie à un bâtard ? Certainement très mal, c'était bien pour cette raison que Sargon gardait cette information au chaud. Il voulait pouvoir profiter un peu de sa détresse avant de lui avouer la vérité. Du moins, s'il décidait de le faire. Il aviserait en temps et en heure.

     La rencontre avait été fixée en pleine mer, à distance suffisante des Iles de Fer et des côtes de l'Ouest pour que personne ne puisse s'en mêler. Conformément à leur accord, la Veuve Salée se présenterait donc seule, même si le Harloi restait sur ses gardes : même un gamin pouvait se révéler dangereux, surtout les utopistes et les désespérés, ils n'avaient rien à perdre. Il fallait donc veiller au grain et s'assurer que le petit Fléaufort ne ferait pas de bêtise. Au niveau de la rébellion, Sargon ne craignait pas grand-chose, il avait un équipage de Fer-nés capables de tuer des combattants entraînés, alors maîtriser un gamin ne serait qu'une formalité. Puis s'il se montrait trop bravache, il passerait tout simplement par-dessus bord et irait nourrir les poissons tandis que la donzelle qui l'accompagnait découvrirait le charme naturel des Iles de Fer ! Ce serait bien dommage qu'une discussion en apparence innocente – bien que ce soit discutable – puisse tourner à la catastrophe à cause d'une tentative d'héroïsme de la part d'un jeune garçon trop fou.

     Le petit voilier du Fléaufort fut visible de loin, même s'il ne payait pas de mine. En voyant la silhouette du navire, plusieurs marins émirent des rires et quelques plaisanteries fusèrent sans que le Harloi ne leur somme de se traire. Il était vrai que Sargon s'était attendu à quelque chose de.... Différent, mais cela ne faisait que prouver qu'il avait affaire à un enfant. Ce qui ne l'empêcherait pas de se montrer prudent encore une fois. Alors que le boutre approchait de l'autre navire, le capitaine glissa sa main vers le pommeau de l'épée qui pendait à sa ceinture, mieux valait que le petit Qhorin ne joue pas les héros, sans quoi lord Fléaufort aurait une raison de plus de pleurer ses enfants. Décidant d'user d'un avantage qu'il avait, le Fer-né se tourna vers son équipage et demanda à la seule femme qu'il avait sur son boutre d'enfiler le cape qu'ils avaient pris à bord avant d'appareiller. L'idée était qu'elle dissimule son visage sous la cape et ne laisse apparaître que ses mains, allant se placer à l'autre bout du pont pour laisser croire qu'il s'agissait d'une captive. Arkha, le marin, avait le même âge que feu Alyce et ses cheveux possédaient la même couleur, du moment qu'elle ne dévoilait pas son visage il serait aisé de la faire passer pour le fruit de l'échange. Quelques minutes plus tard, la Veuve Salée s'était suffisamment approchée pour que les deux parties puissent se parler sans devoir hurler. Le Harloi s'approcha du bastingage pour porter son attention sur le pont de l'autre navire légèrement plus bas que le boutre, puis posa ses yeux sur une tête blonde. Certainement le Fléaufort. À ses côtés se trouvait une jeune femme dont les habits prouvaient clairement qu'elle n'était pas une petite roturière ramassée dans une bourgade de l'Ouest, il avait réussi à tenir parole ? Surprenant ! Mais pas très étonnant vu qu'il semblait réellement vouloir revoir sa sœur. Pauvre enfant. Après avoir observé les deux protagonistes de la scène et détaillé avec plus d'attention la jolie jeune noble, Sargon prit enfin la parole.

     ▬ J'étais presque persuadé que tu ne respecterais pas ta part du contrat, apparemment je me suis trompé.... Pourtant, un sourire hautain était collé à ses lèvres tandis qu'il fit un signe de la tête vers son boutre. Les négociations ne débuteront que lorsque vous serez tous les deux à bord. Son regard glissa sur la jolie jeune fille qui se trouvait aux côtés du Fléaufort. Et que ta charmante amie soit mise en sécurité. »

     Sargon ne comptait pas arnaquer le jeune garçon, il avait accepté cet « échange » surtout pour pouvoir un peu s'amuser avec un gamin désespéré, le butin ne l'intéressait pas franchement. Ainsi donc, même si la demoiselle qu'il avait réussi à enlever était de toute beauté, le Harloi n'envisageait pas de la garder à son bord, suivant les paroles qui sortiraient de la bouche du Fléaufort ils pourraient peut-être regagner l'Ouest tous les deux et en bonne santé. Cela dit, Qhorin n'était pas censé le savoir, il pouvait croire que le Fer-né voulait le rouler dans la farine et refuser l'idée de laisser son amie s'éloigner de lui. C'était non négociable et bientôt le petit noble comprendrait que faire des affaires avec un Fer-né n'était pas chose aisée.

     ▬ Si tu refuses tu peux faire demi-tour sur-le-champ, je n'ai pas de temps à perdre dans des négociations inutiles. Son ton montrait clairement qu'il ne plaisantait pas. Un sourire se peignit une fois de plus sur ses lèvres tandis qu'il poursuivait. Et ce serait dommage, j'ai quelqu'un qui a hâte de te revoir à mon bord. Il ne mentait qu'à moitié, tous ses marins avaient vu le Fléaufort lors de leur passage dans l'Ouest et ils avaient tous hâte de voir comment allait tourner cette discussion. Je me méfie des gens désespérés, ils sont toujours plus prompts à faire des folies que les autres. Mais réfléchis bien avant de faire n'importe quoi si tu ne veux pas finir par nourrir les poissons. »

     Un simple avertissement, le petit n'aurait qu'à l'ignorer ou le suivre suivant ses envies. Le Harloi se redressa légèrement, ses mains quittant le bord du bastingage en attendant de voir s'ils allaient s'approcher d'eux pour les rejoindre sur la Veuve Salée. Ils auraient bien besoin d'un petit coup de pouce et Wulfric, le marin le plus expérimenté de l'équipage, était déjà prêt à hisser le gamin à leur bord tandis que Sargon s'occuperait de la jolie donzelle. Il avait bien le droit d'en profiter un peu lui aussi après tout !

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Message Jeu 29 Nov 2012 - 22:34

Les soulèvements de la Croisée des Chemins rythmés par le mouvement des vagues n’étaient pas du goût de la passagère. Qhorin soupira. Que le Fer-Né respecte sa parole ou non, dans les deux cas Eleanor devrait sans doute jouer un rôle crucial dans l’issue de cette rencontre. S’être livré sur ses motivations n’avait, semble-t-il, servi qu’à embrouiller davantage la Lady. Et certes, les Dames ne recevaient pas de leçons visant à les rendre expertes au maniement des armes mais Qhorin espérait qu’Eleanor sache instinctivement comment planter une dague dans le visage d’un ennemi, au besoin. Elle l’avait bien roué de coups lorsqu’ils étaient encore dans cette maudite forêt, devant le cadavre de Ser Norbert.

Espérons qu’elle ne me fasse pas regretter de lui avoir donner une arme.

Le temps lui manquait pour qu’il pèse le pour et le contre et envisage l’éventualité d’être celui contre qui Eleanor utiliserait la dague. L’homme avec qui il allait traiter avait une solide réputation, Qhorin ne pouvait se permettre d’être le seul armé face à cet individu. D’une main il agrippa Eleanor par l’épaule tandis que l’autre fourrait la dague dans l’une des poches intérieure du manteau qui recouvrait la jeune femme.

« Vous saurez vous en servir… Le moment venu. »

Et si Alyce était bel et bien vivante et offerte par le Fer-Né en échange de la Tully ? La réponse à cette question cruciale se trouvait à bord d’un boutre qui se rapprochait de leur Croisée des Chemins. Qhorin reconnut immédiatement le navire. Il s’agissait de la même embarcation que lui et ses hommes avaient croisé sur les côtes du continent, plusieurs lunes auparavant, lorsque tout ceci avait commencé. Le Capitaine de la Veuve Salée affichait le même sourire narquois que lors de leur premier face à face lointain. Cette fois-ci, Qhorin pouvait étudier à loisir les détails du visage de l’homme qu’il haïssait de tout son être : Sargon Harloi. Le jeune Fléaufort était sans doute dément pour prendre le risque de rencontrer ce Fer-Né en particulier et son équipage en pleine mer, dans l’espoir d’un hypothétique échange d’otage. Mais personne, que ce soit son père ou les Lannister, n’avaient bougé le moindre petit doigt pour tenter de récupérer Alyce ou offrir ne serait-ce qu’un semblant de rétribution à ceux qui avaient mis les côtes de l’Ouest à feu et à sang. Quel choix avait donc Qhorin alors le Harloi affirmait, dans des missives d’abord destinées à le narguer, détenir Alyce Fléaufort ? Il devait en avoir le cœur net, même si cela signifiait prendre des risques inconsidérés et mettre sa vie en péril. Voir prendre celle des autres… Tel était le prix à payer pour laver l’honneur de sa Maison traînée dans la boue par ces animaux de mer et leur Dieu barbare de pacotille.

Depuis le pont de son boutre, Sargon dicta ses conditions sur un ton autoritaire qui donna à Qhorin l’impression d’être redevenu un gosse de cinq ans. Tant de personnes le considéraient comme ce simple gamin de Fléaufort à qui on pouvait faire la leçon. Gerold Lannister lui avait laissé la même impression lors de son bref séjour à Castral-Roc. Le simple fait d’avoir eu l’audace et le courage de se présenter au lieu de rendez-vous muni d’un otage aurait du lui faire gagner un minimum de respect de la part du Harloi. Mais Sargon ne pouvait pas imaginer tout ce que Qhorin avait traversé pour en arriver là, tout comme il lui était impossible de savoir que la tache brunâtre séchée qui maculait toujours le visage de l’adolescent provenait du sang d’un homme que le jeune noble avait tué.

Alors que Sargon se tenait sur le bord du bastingage de la Veuve, au-dessus d’eux, Qhorin surprit le regard du Fer-Né se poser sur Eleanor avec intérêt. Instinctivement, il se plaça devant la Tully comme pour la protéger et recula en l’entraînant avec lui pour augmenter la distance qui les séparait du pont de l’autre navire.
C’est à ce moment que le Harloi fit mention de la présence de Alyce, à bord de son boutre. Le cœur de Qhorin se mit à tambouriner dans sa poitrine, et son visage dût certainement trahir l’accélération soudaine de son rythme cardiaque. Ses yeux bleu glace s’agitèrent dans leurs orbites à la recherche d’une trace de sa sœur sur le pont de la Veuve Salée, mais il n’y avait pas le moindre signe pour le moment.
Si près du but et pourtant il lui fallait impérativement prendre des précautions. La situation n’était clairement pas à son avantage face à un marin aguerri et son équipage. Il était hors de question de s’avancer à portée des tentacules de la pieuvre. Le jeune héritier décida de se forcer à contenir toute la haine qui débordait de son être. Il brûlait de l’envie de trancher en deux le visage de Sargon et sa ridicule petite moustache fine afin de lui faire perdre cet air suffisant. Mais pour le moment, il devrait trouver les bons mots pour forcer le Fer-Né à revoir sa position sans aller jusqu'à le provoquer et prendre le risque de le faire mettre sa menace à exécution.

"Moi? Désespéré?"


Il se força à son sourire comme pour le nier bien qu'intérieurement, ses entrailles étaient gelées par l'anxiété. Lucide, Qhorin dût s’avouer que le Harloi avait visé juste. Sa main gauche serrait nerveusement le pommeau de son épée sans nom cependant à chaque mot sa voix gagnait un peu plus de contenance.

"Toi et ton escorte avez déjà pris la peine de venir jusqu'ici. Je doute que votre temps soit si précieux."


Faire référence à l'équipage en employant le terme ‘escorte’ était volontaire, afin d'insinuer que le Harloi était moins courageux que lui pour s’être présenté accompagné.

"Inutile de rendre les choses compliquées alors que notre marché était d'une simplicité enfantine. Monte à notre bord avec ma soeur et nous procéderons à l'échange sans qu'il y ait besoin de négocier."

Son bras droit n’avait pas lâché Eleanor Tully qu’il maintenait derrière lui, utilisant son corps comme un rempart. Il lui chuchota de ne pas paniquer. Mais combien de temps ce bouclier s’érigerait-il entre la Lady et le Fer-Né ?

"Mais si le célèbre Sargon Harloi est effrayé à l'idée de faire face à un garçon de 15 ans et une Dame sans son équipage, alors je comprendrais qu'il préfère faire demi-tour.”

Plusieurs Lunes le séparaient de son quinzième anniversaire en vérité. Cela étant, il s’était appliqué à parle suffisamment fort pour que les hommes de Sargon l’entendent parfaitement malgré le chant des vagues. Qhorin priait pour que le Fer-né décide de ne pas perdre la face et monte à bord de la Croisée des Chemins qui n’avait jamais si bien porté son nom.
Et dire qu’il devait limiter les provocations…
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Message Sam 1 Déc 2012 - 19:15

Alors qu'elle avait des hauts le cœur et l'impression qu'elle allait mourir à chaque nouveau mouvement du petit bateau, Eleanor essayait, sans grand succès, de comprendre tant bien que mal ce que Qhorin attendait d'elle et ce qu'elle pourrait faire avec cette arme. Alors que la jeune Tully le fixait, l'ai hébétée, il glissa la dague dans sa cape sans qu'elle ait eu le temps de rajouter quoi que ce soit et, alors qu'elle pensait que la situation ne pouvait pas être pire, elle comprit au regard du Fléaufort que quelque chose se passait derrière elle.

Il y avait un autre bateau. Bien plus grand, en bien meilleur état et surtout, grouillant de monde. Elle n'avait absolument rien entendu ou vu venir, toute occupée à essayer, avec une réussite on ne peut plus relative, à ne pas passer son temps à hurler à chaque fois qu'elle recevait une goutte d'eau salée sur le visage. Sentant une nouvelle fois ses jambes chanceler alors qu'elle avait à peine réussi à se calmer et à se relever, elle se laissa tomber à même le pont de leur propre petite embarcation, essayant tout de même d'écouter ce que le capitaine du bateau était en train de dire, une part d'elle lui soufflant que c'était important, voire vital pour sa propre survie.

Ce qu'il disait n'avait aucun sens. Quelle part du contrat ? Et pourquoi se tenait-il là comme si leur rencontre avait été prévue ? Elle qui n'avait pas encore levé les yeux en direction de cet inconnu qui parlait d'une voix assurée, montrant son habitude du commandement songea-t-elle malgré ce sentiment d'irréalité qui revenait de plein fouet la frapper, finit par repousser sa capuche, plus gênante qu'autre chose, pour essayer de voir ce qui se passait et oublier l'espace d'une seconde, la terreur qui lui avait saisi les entrailles.

Ne songeant nullement à l'allure qu'elle pouvait avoir, elle se contenta de dévisager le capitaine, sans avoir la présence d'esprit de détourner le regard alors qu'il posait ses yeux sur elle à son tour. Ce qu'elle put y lire, l'espace d'un instant, ne fit qu'augmenter sa peur et elle murmura, à l'attention de Qhorin.


"Vous allez me livrer à lui ? Alors que vous disiez me porter de l'affection… ne me laissez pas là-bas, par pitié…"

Sa voix tremblait, tout comme ses mains et, s'il n'y avait pas eu un énième roulis du bateau, elle aurait de nouveau éclaté en sanglots, son regard s'étant empli de larmes difficiles à contenir. Réalisant qu'il s'était pourtant placé entre elle et le nommé Sargon Harloi tandis qu'il parlait, une vague lueur d'espoir se ralluma au fond de son esprit sans qu'elle s'en rende vraiment compte. Mais malheureusement, elle devait se rendre à l'évidence alors qu'elle posait son regard sur la jeune femme encapuchonnée qui se tenait non loin du capitaine et qu'il semblait désigner comme la jeune femme tant recherchée par son ravisseur.

Qhorin était venu pour l'échanger avec sa sœur et elle ne pourrait rien faire contre ça. Seuls les Sept savaient ce qu'il allait advenir d'elle et même une dague, aussi affûtée soit-elle, ne pourrait l'aider en rien, surtout sur ces flots dangereusement mortels. Il avait beau lui dire de ne pas paniquer, pourquoi l'écouterait-elle ? Après tout, elle était là par sa faute et il n'aurait aucun scrupule à se débarrasser d'elle comme d'une simple marchandise. Sentant son esprit s'embrouiller une nouvelle fois, la peur la paralysant aussi bien physiquement que mentalement, Eleanor prit, bien malgré elle, appui sur Qhorin de sa main valide et lui serra le bras avec toute la force dont elle était capable.

Il ne pouvait pas l'abandonner comme ça, pas après tout ce qu'il avait dit. Surtout pas entre les mains de cet homme qui l'effrayait encore plus qu'elle ne l'aurait cru possible alors même qu'il ne lui avait même pas encore adressé la parole. Inconsciemment, elle réalisait que les prochains instants allaient être décisifs pour son existence à venir, en bien comme en mal et elle était persuadée qu'elle ne pourrait absolument rien faire pour influer sur sa propre destinée.
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Sargon Harloi
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Message Sam 1 Déc 2012 - 20:49

     Le gamin se glissa entre sa jolie dame et le Fer-né, comme si son corps suffisant à faire barrage. Croyait-il franchement qu'il aurait la moindre chance de s'en tirer en étant en pleine mer, seul avec des Fer-nés entraînés à combattre depuis qu'ils étaient nés ? Peut-être qu'il se sentait en sécurité sur sa coquille de noix, mais au final le simple fait qu'il soit collé au boutre du Harloi devait suffire à lui faire comprendre qu'au premier geste trop bravache, il signait son arrêt de mort. Heureusement pour lui, Sargon était un homme qui possédait une très minime once de respect, il n'avait pas prévu de toucher la jolie fille qui se trouvait derrière Qhorin pour la bonne et simple raison qu'il n'avait pas Alyce avec lui. Tout cela n'avait pour but que de tester la ténacité du Fléaufort et de voir jusqu'à où il était prêt à aller. L'histoire de l'échange n'était qu'une petite lubie qui amusait beaucoup le capitaine de la Veuve Salée. Même si le plus divertissant était encore à venir : lorsque le jeune garçon découvrirait que sa sœur chérie n'était pas là et qu'il ne la reverrait plus jamais. Sauf si le Dieu Noyé se décidait à recracher son cadavre boursouflé, du moins si les poissons avaient laissé quelque chose.

     Le regard mordoré du Fer-né ne manquait pas d'apercevoir le geste que le petit Fléaufort faisait vers le pommeau de son épée, mais ne s'en formalisait pas vraiment. Il le laissa débiter ses paroles et ses provocations, écouta la petite donzelle se mettre à gémir comme si elle venait de comprendre ce qui l'attendait. Peut-être qu'elle avait une tête bien faite, mais elle ne semblait pas particulièrement futée, ou alors aussi idiote que toutes les continentales qui croyaient que les méchants Fer-nés n'étaient qu'un conte ! Elle lui tapait déjà sur le système, les jérémiades des femmes avaient le don de l'irriter et il soupira d'agacement alors que Qhorin lâchait une dernière provocation. Là, ce fut un sourire qui se peignit sur les lèvres du capitaine. Est-ce qu'il espérait franchement réussir à le faire venir sur son ridicule bateau en lui lâchant d'aussi pauvres arguments ? Le Harloi ne prit même pas la peine de bouger, se contentant de sourire d'un air plus amusé tandis que Wulfric, debout à ses côtés, ricanait d'un air moqueur. Après quelques secondes de silence, Sargon répliqua à son interlocuteur d'un ton plus que moqueur.

     ▬ J'espère que tu ne comptes pas me faire monter sur ta coquille de noix en essayant de me provoquer comme ça ? Tu sais gamin, avant de faire des affaires avec des gens, il est conseillé de se renseigner sur eux. Le Harloi se redressa légèrement, dardant ses prunelles hautaines sur le minois encore trop enfantin de l'adolescent. Si tu avais fait correctement ton boulot, tu aurais su que je ne réagis pas aux provocations et que je me contrefiche de ce que les autres pensent de moi. Si je bafoue l'Antique Voie en venant faire des affaires avec toi, c'est que je m'en fiche de ce que les autres Fer-nés peuvent penser de mon comportement. Alors un gamin dans ton genre... Vraiment.... »

     Sargon n'avait rien à gagner à monter sur ce bateau et il avait décidé qu'il ne le ferait pas. L'insistance que le petit avait l'air d'avoir à vouloir que le Fer-né vienne à son bord était d'autant plus intriguant et convainquant le Harloi de rester sur le pont de sa précieuse Veuve. Les provocations de Qhorin coulaient sans entacher l'humeur du Fer-né qui ne se départissait pas de son sourire moqueur. Il voulait malmener le jeune homme, mais pas forcément physiquement. Même s'il était violent, le Harloi restait plus partisan de la provocation verbale qui blessait aussi sûrement que celle physique, à la différence qu'elle ne se soignait que très difficilement. Après un bref échange de regard avec Yoren, son second, qui se trouvait à ses côtés, le capitaine reporta son attention sur le jeune garçon.

     ▬ Les choses sont très simples rassure-toi, tu montes sur mon boutre, tu vas vérifier qu'il s'agit bien de ta sœur et tu la prendras après avoir laissé ta petite compagne aux mains de mes hommes. Ils ont hâte de la connaître ! Wulfric approuva bruyamment aux côtés de son capitaine avant que celui-ci n'enchaîne. Et très franchement, si tu portes ta main à ton épée, dégaine-là plutôt que d'attendre bêtement. Si tu veux avoir l'air un minimum dangereux il est préférable que tu ai l'air sûr de toi, parce que moi je n'hésiterai pas avec toi. Pourtant ni son ton, ni son attitude n'étaient provocateurs. Réfléchis deux minutes. Tu te trouves seul en pleine mer avec un équipage de Fer-nés qui ont déjà tué plus de chevaliers de l'Ouest que tu ne peux le penser. Tu crois franchement que dégainer ton épée, c'est particulièrement futé ? Mais fais-le donc, je demande à m'amuser un peu ! Et comme ça, je récupère à la fois ta sœur et ta nouvelle amie. »

     En parlant de cette dernière il lui décrocha un nouveau regard, le laissant volontairement s'attarder sur les zones qui intéressaient normalement les hommes, même si au fond il avait déjà ce qu'il lui fallait chez lui. C'était plus pour irriter les deux autres protagonistes de la scène. Il lui parlait comme à un gamin, même s'il le considérait comme un danger potentiel. Apparemment le jeune homme avait dû tuer pour en arriver là vu le sang qui maculait son visage et seul un imbécile sous-estimait un homme qui avait déjà tué. Même si Sargon était persuadé de le dominer sans difficulté dans un combat, il voulait s'assurer que le petit ne lui réservait aucune mauvaise surprise. Le provoquer serait une bonne manière de le faire sortir de ses gongs et la demoiselle à ses côtés aurait tôt fait de geindre et de le supplier de se montrer plus calme. Comme une dernière provocation, le capitaine ajouta quelques mots.

     ▬ Et sache qu'une moitié de voyage jusqu'à l'Ouest n'est jamais perdu. Tu verrais le nombre de bateaux qui s'égarent seuls, ne t'inquiète pas, ce sera rentabiliser. Un dernier sourire. À toi de choisir, tu viens ici et tu auras ta sœur ou tu restes campé sur tes positions et tu gardes ta nouvelle petite amie pendant que nous on s'en-va au loin avec Alyce. »

     Il ne plaisantait pas. Si Qhorin se montrait trop inflexible, Sargon irait voir ailleurs, il n'aimait pas du tout lorsque quelqu'un venait lui gâcher son plaisir et il était surtout extrêmement mauvais joueur.


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Message Dim 2 Déc 2012 - 14:19

Acculé. Ils étaient au beau milieu de la mer, entourés par l’opacité d’un brouillard épais qui lui faisait la sensation d’être les murs d’une cellule dans laquelle Sargon Harloi l’avait jeté. Le Fer-Né avait raison, Qhorin le connaissait mal et aurait eu tout intérêt à se renseigner davantage sur sa personnalité. Car cet interlocuteur était difficilement manoeuvrable. Malgré tout, le Fléaufort entretenait la certitude que Sargon se refusait à mettre un pied à bord de la Croisée des Chemins par refus de se mettre en danger. Tout ce flot de provocations et d’intimidations lâchées par le Harloi n’avait servi qu’à noyer la vérité que Qhorin lui avait mise en face des yeux. A savoir qu’il n’avait pas le cran de prendre le risque de se présenter seul face à un gamin. Les membres de son équipage et leurs cervelles de poulpes ne s’en rendaient peut-être pas compte mais Qhorin n’était pas dupe. Quoiqu’il en soit, qu’il ait raison ou non l’adolescent savait que surenchérir à ce sujet ne jouerait pas en sa faveur. Il devrait compter sur autre chose. La dernière allusion de Sargon à propos des navires de l’Ouest lui montra la voie et lui rappela que tout n’était pas encore joué.

Son bras lui faisait mal tant Eleanor s’y accrochait avec fermeté. Nerveusement, il dirigea son regard en direction du continent. Ils étaient pourtant trop loin des cotes et le brouillard masquait le champ de vision, pourtant Qhorin s’y attarda un moment avant de reporter son attention sur le pont de la Veuve Salée. Sargon menaçait de repartir avec Alyce, aussi l’hériter des Fléaufort étudia avec plus d’attention la seule femme qui se trouvait à bord du boutre. Sans s’en rendre compte, le noble se rapprochait petit à petit en entraînant Eleanor avec lui, comme happé par la vision de la femme encapuchonnée. La distance qu’il s’était efforcé de mettre entre eux et le pont de la Veuve s’était effacée, et désormais la silhouette de la prétendue Alyce gagnait en netteté. En dépit du fait qu’elle portait une capuche, la taille et la corpulence correspondaient à celles de sa grande sœur. Les longs cheveux châtain clair qui descendaient sur ses épaules rallumèrent la flamme de l’espoir. En un an, Alyce ne s’était jamais trouvée aussi près de lui. Pourtant, perchée sur le pont du boutre, elle était toujours inaccessible comme le fruit d’une branche trop haute pour que l’on puisse s’en saisir.

Si proche et si loin à la fois.

Une nouvelle fois, Qhorin lança un coup d’œil rapide derrière lui en direction du continent. Sargon avait été attentif à tout, même son mouvement de main sur la garde de son épée pour lequel il l’avait raillé. Le Fer-Né ne manquerait donc pas de noter ces coups d’œil répétés vers les côtes des Terres de l’Ouest, invisibles à cette distance de toute façon.

Eleanor se cramponnait toujours à son bras de sa main valide. Doigt par doigt, Qhorin dénoua l’étreinte de la Tully. Il lui accorda d’abord un dernier regard, instant durant lequel il aurait voulu lui dire qu’il pensait chacun des mots qu’il avait prononcé plus tôt, lors de leur dernier moment seul à seule. Finalement, il se pencha vers son oreille pour murmurer en optant pour le strict nécessaire

«Ne bougez pas d’ici. Si le moustachu ou son grand costaud s’approche de vous, choisissez le bon moment pour lacérer profond d’une oreille à l’autre. »

Parmi tout l’équipage de Fer-Nés, seuls Sargon et le dénommé Wulfric se trouvaient proche du bastingage prêts à hisser Qhorin ou Eleanor à bord de leur boutre. Pour atteindre la jeune femme encapuchonnée supposée être Alyce Fléaufort, Qhorin devrait traverser une bonne partie du pont et se retrouverait entouré du reste de la troupe.

« Entendu, je viens récupérer ma sœur. Faites ce que vous voudrez de l’autre fille. Elle n’a pas la moindre importance à mes yeux. »

En espérant avoir été convaincant, il tendit sa main droite à Sargon, celle la même qui caressait quelques secondes plus tôt la garde son épée, afin que le Fer-Né le hisse à bord de la Veuve Salée. Lorsque leurs mains entrèrent en contact, Qhorin mit un pied sur le bastingage de son voilier pour faciliter son ascension. Et puis..

« ALYCE !! »

Le cri du Fléaufort interrompit momentanément la manœuvre destinée à le hisser. Il ne regardait désormais plus Sargon mais la silhouette encapuchonnée.

« Quel était le nom de notre frère ? »

Le silence qui suivit la question, posée de manière abrupte, se prolongea suffisamment pour achever de convaincre Qhorin. Son regard bleu-glace n’avait sans doute jamais paru aussi sombre lorsqu’il se recentra sur Sargon Harloi.

« Maintenant Fer-Né, dis moi ce qu’il est vraiment advenu de ma sœur ? »
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Message Lun 3 Déc 2012 - 19:58

La peur panique qui l´avait envahie à mesure qu´elle écoutait le Fer-né s´adresser à eux comme s´il avait déjà décidé de leur avenir, avait eu au moins un effet positif. Elle agissait comme une décharge d´adrénaline sur la jeune femme, lui permettant de distinguer de mieux en mieux ce qui se passait malgré cette espèce de chape de brouillard dont sont son esprit épuisé semblait être entouré. Si Qhorin avait un plan précis, il semblait à Eleanor que le Capitaine du bateau qui se tenait face à eux ne semblait guère enclin à le partager. Elle ne comprenait guère ce qui se passait, réalisant seulement que si les échanges manquaient de la plus élémentaire des courtoisies, ce qui n'avait rien d'étonnant, les deux hommes semblaient pourtant bien se connaître.

Visiblement, le capitaine de la veuve salée maitrisait nettement mieux la situation que le Fléaufort, dont l´agitation grandissante à mesure qu´il apercevait celle qu´il croyait être sa sœur contrastait fortement avec l´assurance du Fer-né. Les quelques remarques qu´il eut à son propos, ainsi que le regard qu´il lança à la jeune femme, devraient la marquer pour de longues années. Jamais encore elle n´avait eu cette impression d´être une marchandise que l'on observe comme si l´on se demandait quel goût elle pouvait bien avoir. Elle avait beau savoir que bien des hommes se comportaient de cette façon et que, dans des terres bien lointaines se pratiquait encore l'esclave, jamais elle n'avait compris ce que cela pouvait représenter et le regard perçant de Sargon lui donna l´impression, l´espace d´un instant de n´avoir aucune valeur en tant qu´être humain.
Son sort ne lui importait aucunement, si elle se noyait juste devant lui, elle avait peine à croire qu´il daignerait ne serait ce que jeter un regard sur elle. Et pourtant, il lui fut impossible de détourner les yeux durant les quelques instants que durèrent leur bref échange visuel. Elle avait envie de hurler, de lui dire de cesser de la regarder ainsi mais impossible, elle restait comme figée tandis qu'il s'attardait sur sa silhouette, chose que personne n'avait fait encore. Instinctivement, elle resserra contre elle la cape bien trop grande que lui avait donnée le Fléaufort, laissant échapper un petit soupir effrayé mais rien de plus.

Ce fut cet échange de regards, plus que le reste, qui paradoxalement l´empêcha de perdre totalement le peu de raison qui lui restait et de se mettre à hurler jusqu´à faire une syncope. Il n´y n'avait aucun prince pour la secourir, elle était perdue au milieu de nulle part. Pire, elle était au beau milieu de l´eau sans savoir nager ni manier un bateau. Désespéré n´était même plus le mot qui convenait à la situation tant les issues qu´elle entrevoyait étaient aussi sombres les unes que les autres. Hurler ne servirait à rien si ce n'est à épuiser les dernières forces qui lui restaient et à se faire remarquer de plus belle par le Capitaine du navire. Et cela, c'était absolument hors de question, tout du moins dans l'immédiat.

Supportant tant bien que mal le regard pour le moins équivoque de certains hommes qui l'observaient depuis le pont de la Veuve Salée, elle ne réalisa qu´une fois que Qhorin lui détacha les doigts de son bras à quel point elle l´avait serré avec force. Et finalement il allait réellement l´abandonner seule sur cette coquille de bois qui allait se retourner à l´instant même où il la quitterait, elle en était sure. Mais, à tout prendre, c´était peut-être mieux que de finir sur l´autre pont.

Elle réussit pourtant à soutenir son regard, elle-même partagée par un flots de sentiments aussi violents les uns que les autres et que Qhorin ne pourrait pas ne pas remarquer. De la peur bien évidemment, de la colère aussi, voire de la haine si elle prenait le temps de se pencher dessus, mais surtout du désespoir à l´idée de rester seule sur la Croisée des Chemins.

Aux quelques paroles qu´il lui chuchota, elle ne put que lui répondre un
"non, ne faites pas ça... ne l'écoutez pas…" si peu audible qu´elle doutât même qu´il l´eut entendue avant de s´éloigner. Si elle avait eu le moindre sens de l´humour, les ultimes recommandations du Fléaufort l´auraient certainement fait éclater de rire, mais il n´en était rien. Alors qu´il tendait la main en direction de Sargon, Eleanor réalisa que la manche de la dague frôlait son corsage à chaque mouvement de cape provoqué par les bourrasques de vent. Alors qu´elle se savait pertinemment incapable de l´utiliser, elle ne put s´empêcher de la frôler de sa main valide, comme si cela aurait pu servir à quelque chose.

Son regard suivit les mouvements de Qhorin, tiquant sur le rayon du soleil qui se reflétait sur la lame qui pendait à son côté et, alors qu´il réalisait qu´il avait été dupé, la Tully ne cilla même pas, toute concentrée qu´elle était sur l´épée du jeune homme.
Alors qu´elle aurait du prendre peur en comprenant qu´ils avaient été piégés, elle songea stupidement qu´il aurait du prendre le temps de donner un nom à son épée, un vrai chevalier nomme toujours son arme sinon ça pouvait risquer de lui porter malheur, elle l´avait entendu dire une fois mais elle était incapable de se rappeler où.
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Sargon Harloi
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Message Mar 4 Déc 2012 - 14:12

     Plus amusé par l'état du jeune homme que par l'idée d'avoir peut-être bientôt une offrande à céder à Harlon le Rouge, Sargon observait le Fléaufort avec attention de manière à ne pas perdre une seule miette de son désarrois. Se doutait-il de la difficulté d'un tel échange lorsqu'il avait accepté la proposition du Harloi ? Peut-être pas, il était vrai que dans les faits, les choses étaient simples : se rejoindre à mi-chemin entre les deux régions et procéder à un échange. Difficile de faire moins compliqué. Mais c'était bien mal connaître le Harloi que de croire qu'il ne jetterait pas un peu d'huile sur le feu histoire de pimenter l'affaire. Les regards répétés du continental ne manquèrent pas d'être remarqués par le Fer-né. Qu'espérait-il ? Attendait-il la venue de renforts ? Peut-être bien, mais l'idée n'inquiéta pas grandement le capitaine de la Veuve Salée qui savait parfaitement qu'il verrait venir de loin les silhouettes des navires. Avant que ces derniers ne se soient approchés, ils auraient déjà pris la poudre d'escampette et le gamin serait en train de nourrir les poissons pendant que la jolie donzelle divertirait l'équipage. Sargon était certainement trop assuré dans sa vision des choses, mais jusqu'à ce jour, cela lui avait toujours réussi, pour quelle raison se mettrait-il à douter de lui ?

     L'état d'inquiétude dans lequel se trouvait la jeune femme était difficile à louper, mais ce qui surprenait le plus Sargon restait la manière dont elle s'accrochait à Qhorin. Il avait enlevé assez de femmes pour savoir qu'elles n'avaient pas pour habitude de se coller à leur ravisseur lorsqu'elles se sentaient en danger. Y avait-il de la romance dans l'air ? Allez savoir ! Avec les continentales, il fallait s'attendre à tout. Un léger échange se passa entre les deux tourtereaux avant que le Fléaufort n'accepte de venir à bord du boutre en déclarant qu'ils pouvaient faire ce que bon leur semblait de la jeune fille. Sargon hocha la tête et hissa le damoiseau à bord de la Veuve Salée en prenant soin de lui tendre sa main non directrice au cas où il fallait se défendre. Cela dit, si Qhorin agit bien pendant ce bref moment, ce ne fut pas de la manière que le Harloi envisageait. Le fait qu'il interpelle le marin qui se dissimulait sous la cape n'était pas prévu, mais aussitôt l'esprit manipulateur du Fer-né s'enclencha pour trouver une parade et prouver au jeune garçon qu'il s'agissait bien de sa sœur. Lorsque son regard croisa celui du capitaine, ce dernier esquissa un sourire amusé qui prouvait qu'il était toujours assuré. Même si la surprise l'avait quelque peu obligé à changer ses plans immédiats, il ne perdait pas sa superbe, trop habitué à se pavaner sans cesse.

     ▬ Elle est ici. D'un geste de la main, il désigna la silhouette encapuchonnée. Ton frère s'appelait Harren et je sais même que tu en as encore un plus jeune qui s'appelle Symon. Qu'est-ce que tu crois ? Que je vais la laisser parler à sa guise ? Je lui ai dit que si le moindre son sortait de sa bouche je lui coupais la langue et je ferai de même avec toi. Pas fou l'animal ! Lors de sa rencontre avec la véritable Alyce il avait eu le loisir d'apprendre un certain nombre de choses sur sa famille, informations qu'il s'était empressé de vérifier auprès de son espion du continent, le Tarbeck. Si tu le souhaites, je peux même te dire qui a tué ton frère, comment et ce qu'il a fait de sa sœur, du moins jusqu'à ce que je la récupère.... »

     Est-ce que son coup de bluff allait fonctionner ? Mentir était une seconde nature pour le Harloi, il pouvait inventer un mensonge et le débiter en regardant son interlocuteur droit dans les yeux. Son expression était toujours aussi arrogante et sûre de lui. Veillant toutefois à ce que le Fléaufort ne décide pas tout à coup de dégainer son épée, Sargon restait sur ses gardes. Certains de ces marins trouveraient certainement cette assurance superflue, mais le Fer-né savait bien qu'une femme ou qu'un gamin pouvaient se révéler aussi dangereux que de très bons guerriers, surtout lorsqu'ils étaient à deux doigts de regagner la liberté d'un être cher. Cela dit, le Harloi faisait tout son possible pour ne rien laisser transparaître de cette attention, se contenter de laisser sa main directrice à pendre le long de son corps alors qu'il était prêt à sortir Crépuscule de son fourreau si les choses se gâtaient.

     ▬ Sois prudent mon petit, si tu veux partir d'ici avec ta sœur et en vie, je te conseille de ne pas oublier que tu as un équipage entier prêt à te tomber dessus si tu te montrais trop bravache. L'idée que ce mioche puisse le tuer ne l’effleurait même pas une seule seconde, trop vaniteux qu'il était. Comme on le lui avait souvent dit, cette assurance pourrait causer sa perte. Yoren ! L'intéressé leva la tête. Va chercher notre jolie nouvelle amie. Attention à ne pas la brusquer, je ne voudrais pas qu'elle soit décoiffée la pauvre. »

     Le second du Harloi hocha la tête avant de s'approcher du bastingage, puis de passer par-dessus pour atterrir dans la petite coquille de noix où se trouvait la captive de Qhorin. Elle avait de la chance dans son malheur, le capitaine avait envoyé l'homme le plus « civilisé » du groupe, certainement le seul à se moquer des jolis minois et qui n'en profiterait pas pour la reluquer à son aise. Il s'approcha de la demoiselle avant de tendre la main vers son bras pour essayer de lui faire comprendre qu'elle avait tout intérêt à se montrer docile. Il avait beau être très patient - pour supporter Sargon c'était préférable - mais les continentales le lassaient bien rapidement. Pendant ce temps, Sargon n'avait pas quitté son interlocuteur du regard et ne se priva pas de continuer sur sa lancée.

     ▬ Je vais être gentil et te donner quelques informations, considère que c'est un cadeau ! Elle a été enlevée par un dénommé Godrik, un roturier d'une autre île. Il en a fait sa femme-sel et l'a déflorée dès son arrivée sur les Iles de Fer ! Tu peux lui dire merci, habituellement les nobles sont sacrifiées au Dieu Noyé. Il se moquait de lui, en effet, soulignant quelque chose de « préférable » alors que son sort était pire que la mort. Mais tu ne m'as même pas dit qui tu m'as apporté là ! Tu m'avais promis une jeune femme de noble naissance, apparemment c'est le cas, mais de quelle maison l'as-tu prise ? Je me demande bien comment tu t'en es tiré. Surtout qu'elle a l'air de tenir beaucoup à toi, tu lui as fait la cour pour réussir à la sortir de son château ? Pas mal, j'aurais fait la même chose à ta place. »

     Il badinait un peu comme s'ils étaient en train de parler entre amis. Le but du Harloi était surtout de malmener un peu le jeune garçon, de les comparer, soulignant qu'ils étaient presque semblables ne serait-ce que pour faire comprendre au gamin qu'il avait agi exactement comme les Fer-nés en enlevant une femme du continent pour ses propres besoins. Logiquement un enfant comme Qhorin qui n'avait jamais vraiment fait quoi que ce soit de mal, c'était ce que Sargon imaginait du moins, ne devrait pas rester insensible face à de telles remarques. Après, le Harloi ne connaissait pas parfaitement son vis-à-vis, mais la manière dont il avait laissé la jolie demoiselle lui serrer le bras pour se sécuriser, il était évident qu'il n'avait pas un mauvais fond et que la culpabilité devait déjà être venue frapper à sa porte. Nouvelle preuve que les sentiments rendaient faibles.


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Message Mar 4 Déc 2012 - 22:41

L’absence de langage corporel et de réaction chez celle qui était censée être sa sœur l’avait fait douter. Mais entendre Sargon prononcer le nom de ses frères acheva de le convaincre. Conforté dans cette conviction par le changement d’attitude du Fer-Né, qui soudainement semblait enclin à lui dire tout ce qu’il avait demandé à entendre. Le nom de l’assassin de Harren, le traitement réservé à Alyce. Les révélations s’enchaînaient pendant que Sargon le fixait sans ciller. Qhorin éprouva de grandes difficultés à réfléchir posément sur la suite à donner alors qu’il encaissait le poids d’une vérité presque qu’impossible à accepter.

« Frère tué… Sœur violée… par le même homme…
»

La réaction du Fléaufort, qui n’avait jamais semblé aussi perdu, et son incapacité à former une phrase digne de ce nom furent sans doute, pour Sargon, aussi savoureuses qu’un festin tout droit sorti des cuisines du Donjon Rouge. L’accablement était un luxe que Qhorin ne pouvait se permettre de prolonger éternellement, alors qu’il était à présent sur ce pont, entouré du peuple ennemi. Il ne pouvait pas non plus ignorer davantage les signes évidents. Sargon n’avait aucune raison valable d’ordonner silence à Alyce. L’insistance du Fer-Né à lui rappeler qu’il était en infériorité numérique et qu’il ne devait ne pas faire de bêtises puis enfin ce « cadeau » qu’il s’était empressé de lui donner en lui révélant ce que le jeune héritier avait cherché à savoir depuis bientôt plus d’une année. De la part d’un individu qui s’était toujours refusé à plier jusqu’ici, cette soudaine forme de soumission ne pouvait pas passer inaperçue.

« Nous n’avons rien en commun Harloi. » lâcha sèchement Qhorin en écho à la dernière phrase de Sargon.

Et je ne suis pas l’idiot que tu penses.

Le second de la Veuve Salée était maintenant à bord de sa cogue et s’approchait dangereusement d’Eleanor. Les poils de son épine dorsale se dressèrent, manifestation physique de son intense révulsion. Il n’osait même pas tenter d’imaginer les sentiments qui pouvaient bien traverser la Tully alors que le marin tendait son bras pour s’emparer d’elle. La dague qu’il lui avait remise ne lui serait sans doute d’aucune aide. Alyce avait subi les pires sévices aux mains des Fer-Nés, pour Eleanor le cauchemar devait s’arrêter. Qhorin avait prit sa décision.

Mais d’abord il faut que j’en aie le cœur net.

D’un pas rapide et résolu, le futur Lord de Fléaufort avala la distance qui le séparait de la silhouette encapuchonnée. Il ne la regarda à aucun moment dans les yeux, pas plus qu’il ne tenta de lui découvrir le visage, se contentant de saisir fermement le poignet de la jeune femme puis de l’entraîner derrière lui comme une vulgaire marchandise alors qu’il revenait vers Sargon. Furtivement, ses yeux s’attardèrent sur la main de sa « grande sœur » et un sourire étrange se dessina sur ses lèvres. A nouveau face au capitaine de la Veuve, il inclina alors la tête en signe de reconnaissance.

« J’ai ce que je suis venu cherché. Maintenant, laisses moi t’exprimer toute ma gratitude.»

Cette « marchandise » qu’il était venu récupérer, Qhorin la poussa de toutes ses forces sur le Harloi. La fausse Alyce heurta Sargon de plein fouet. Qhorin ne prit même pas la peine d’observer le dévoilement l’imposture tandis que la capuche se dérobait du visage de la femme sous le choc de l’impact. Non, le Fléaufort était déjà dans les airs. Il s’était efforcé de prendre l’impulsion nécessaire en appuyant ses deux pieds sur le bastingage afin de retomber sur l'autre pont en plein sur Yoren. Ses deux mains, reployées sur la garde de la longue épée qui pendait à sa ceinture quelques instants plus tôt, orientaient la lame droit vers le flanc du marin. Tout alla si vite que son champ de vision se brouilla brusquement. Une fois retombé sur le sol Qhorin ne sut pas avec certitude si son audacieuse tentative avait été couronnée de succès. Le grognement de douleur de Yoren envoya une vague d’optimisme courir dans ses veines. A défaut de s’être empalée sur le Fer-Né, la pointe de l’épée du Fléaufort avait arraché un morceau de sa jambe. L’os du tibia était parfaitement visible au milieu du muscle jambier antérieur dont le sang s’échappait de tous les côtés.
L’occasion était trop belle. Qhorin bloqua Yoren contre le sol, la lame de son épée appuyée contre la gorge du marin. Le souffle haletant, il s’efforça d’oublier qu’il n’avait pas dormi durant deux nuits, trouvant du réconfort en posant les brièvement yeux sur Eleanor qui était désormais hors de portée des griffes du Fer-Né. Qhorin s’adressa ensuite alors au reste de l’équipage, au-dessus d’eux à bord de la Veuve.

« Que l’un de vous s’approche trop près du bord et ‘Tueuse de Fer’ lui transpercera la gorge. »

Son épée avait désormais un nom. L’adolescent n’hésiterait d’ailleurs pas à le lui faire bien porter. Dans le ton de sa voix, on pouvait entendre la détermination de celui qui n’en était pas à son premier meurtre. De sa main libre, il pointa en direction du continent, là où son regard s’était attardé plusieurs fois quelques instants plus tôt.

« Tu ne pensais tout de même pas que j’étais prêt à me risquer seul dans un face à face avec toi? La flotte de Fléaufort sera bientôt tout autour de nous. Nous savions que tu ne te serais pas attardé si tu m’avais vu accompagnée de renforts, alors les autres ont prit volontairement du retard pendant que je m’avançais à bord de ma coquille de noix. Bonne chance pour les repérer à temps avec tout ce brouillard.»


Que Sargon penserait-il de la crédibilité de ce fils de Lord ? S’agissait-il d’une ultime tentative de bluff d’un gamin désespéré ?

« Je te pose une dernière fois la question Fer-Né. Qu’est-il vraiment advenu de ma s__ »


Qhorin s’entendit hurler. Quelque chose de froid et de tranchant venait de lui mordre les côtes. La douleur le fit lâcher 'Tueuse de Fer'. L’imbécile ! Il avait détaché ses yeux de Yoren le moment de trop pour se focaliser sur Sargon. La souffrance était étourdissante, il sentit la lame tourner à l’intérieur de son corps et Yoren échangea leurs positions. Il était désormais dans le rôle de la personne à terre, à la merci de son assaillant. Le poing du Fer-Né vint se fracasser contre son visage à deux reprises, sa nuque heurta le sol en bois du pont avec un craquement sinistre. Mais la douleur n’était rien en comparaison de ce que lui infligeait la lame qui avait élu domicile dans son coté droit. Il sentait le sang s'écouler de sa plaie et son odeur désormais familière lui monter aux narines. Le souvenir récent des fausses azalées sous le corps de Ser Norbert lui revint.
Qhorin ne voyait plus que le visage menaçant de Yoren. La longue barbichette tressée du second de la Veuve lui chatouillait le nez, comme pour le narguer. Quelque part, loin très loin, il lui sembla entendre des rires. Si seulement il pouvait remettre la main sur son épée. Si le reste de l’équipage mettait pied à bord de la Croisée des Chemins, tout serait terminé.
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Message Sam 8 Déc 2012 - 16:43

Qhorin l'avait abandonnée seule sur cette coquille de noix et, tout ce qui venait à l'esprit de la jeune femme, outre l'absence de nom de cette épée, était que tout de même, était de savoir si elle allait réussir à tenir debout, remarquant son absence totale de pied marin qu'elle aurait pu aisément deviner sans cette expérience des plus marquantes.

Elle avait du mal à comprendre ce qui se disait entre les deux hommes, le vent emportant une grande partie de leur discussion mais visiblement, Qhorin avait récupéré sa sœur et la tenait fermement par le bras. Qu'allait-il advenir d'elle désormais ?
Avant même qu'elle n'eut réellement le temps de se pencher sur la question, Sargon désigna un homme pour venir la récupérer. Ecarquillant les yeux et essayant de ne pas se mettre à hurler, se répétant intérieurement que cela ne servirait à rien de paniquer mais avec un succès très relatif, Eleanor se surprit à reculer à mesure que le fameux Yoren s'approchait d'elle.


"Ne… n'approchez pas… laissez-moi tranquille…"

Ce furent les seuls mots qu'elle parvint à prononcer sans claquer des dents de frayeur et surtout, avant de se prendre les pieds dans la cape et de tomber assise à quelques centimètres à peine du bord du bateau qu'elle finit par atteindre en continuant de reculer même une fois tombée au sol. Sentant le goût métallique du sang dans sa bouche, elle s'était mordu l'intérieur des joues dans sa chute, elle sentit la panique réussir à submerger le mince barrage qu'elle avait tant bien que mal tenté de construire pour éviter de perdre le peu de calme qui lui restait. La Tully ne savait absolument pas quoi faire, la seule solution qui s'offrait à elle était pour le moins inacceptable, ces hommes l'effrayaient beaucoup trop pour qu'elle puisse songer un instant de tendre la main à l'un d'eux pour qu'il l'emmène on ne sait où.

Respirant de plus en plus rapidement et de façon saccadée, elle essaya de passer en revue ce qu'elle pouvait dire ou faire qui pourrait l'aider en de telles circonstances mais la seule chose qui lui vint fut sa dernière leçon avec la septa qui lui avait appris à faire un point très délicat sur la dernière tapisserie qu'elle était en train de tisser.

Et pendant ce temps là, Yoren lui tendait la main, la mine inflexible et visiblement peu concernée par ce qui pourrait advenir à la jeune femme. Son capitaine lui avait donné un ordre et il l'exécutait, sans se soucier le moins du monde de la jeune femme au sol juste devant lui. Eleanor n'avait absolument plus rien suivi de ce qui se passait sur le pont de l'autre bateau, toute concentrée qu'elle était à essayer de ne pas perdre pied face au fer-né qui commençait visiblement à s'impatienter.

C'est alors que Qhorin atterrit dans un fracas sur leur propre petit navire, blessant dans la foulée le bras droit de Sargon, la Tully ne pouvant s'empêcher de pousser un cri de surprise et de soulagement, heureuse de ne pas avoir été debout alors que ses jambes tremblaient de plus belle sous le coup de l'émotion. En un instant, la situation semblait s'être inversée et la jeune femme sentit une lueur d'espoir s'illuminer de nouveau.

Entendant la voix du Fléaufort, elle ne put s'empêcher de tiquer sur le nom qu'il avait fini par donner à son épée alors qu'il n'avait encore tué aucun fer-né, tout du moins d'après ce qu'elle avait pu voir.

Quand il évoqua la flotte, le regard de la jeune femme se porta par réflexe sur l'horizon alentours sans arriver à discerner quoi que ce soit, mais cela ne voulait rien dire. La brume les environnant lui donnait l'impression qu'elle ne pourrait pas voir un navire même s'il était sous son nez mais la lueur qui s'était allumée en elle commença à se transformer en un brasier. Elle serait sauvée, elle allait rentrer chez elle dès que le reste de la flotte serait là et…

Son hurlement fit écho à celui de Qhorin alors que la lame de Yoren venait de lui transpercer les côtes. Et pourtant, même si elle se refuserait à l'admettre plus tard, une part d'elle fut étrangement satisfaite de voir le sang du Fléaufort couler juste sous ses yeux. C'était tout ce qu'il méritait après l'avoir entrainée ici contre son gré et surtout, après avoir ôté la vie de Ser Norbert. Pour la première fois, Eleanor entrevoyait quel goût le sang et la vengeance pouvaient bien avoir. Mais cet instant ne dura guère. Les choses ne pouvaient pas finir comme ça, il était tout de même revenu pour elle et elle devait faire quelque chose.

Ne poussant pas plus loin sa réflexion, elle attrapa la dague qu'il lui avait donné et, ne sachant pas vraiment comme l'utiliser, frappa du plat de la lame de toutes ses forces sur le tibia à vif de Yoren. Le hurlement de douleur que poussa le Fer-né et la mince satisfaction provoquée ne durèrent que quelques secondes, le temps de le voir se retourner et lui asséner une gifle magistrale qui la fit basculer en arrière, totalement sonnée et incapable de voir si ce qu'elle avait fait avait eu la moindre utilité.
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Sargon Harloi
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Message Sam 8 Déc 2012 - 21:30

     Lorsque Qhorin s'approcha de la fausse Alyce, personne ne bougea. Sargon n'avait pas demandé à la jeune femme de se déguiser dans l'espoir de berner le Fléaufort, il comptait lui faire savoir que sa soeur n'était rien de plus qu'un cadavre dévoré par les poissons qui vivaient autour de l'île de Vieux Wyk. Que le jeune homme se rende compte de la supercherie n'était donc pas un problème. Après avoir saisi la main de la demoiselle, le gamin revint vers le Fer-né avant de lui parler brièvement, puis de pousser soudain la fausse Alyce sur lui. La jeune femme tomba sur le Harloi qui fut bloqué l'espace d'un instant, suffisamment longtemps pour que l'adolescent parvienne à sauter à nouveau à bord de sa coquille de noix pour rejoindre sa précieuse amie. Décidément, le Fer-né allait bien finir par croire que le gamin et la donzelle filaient le parfait amour ! Un cri sonore attira bientôt l'attention de Sargon qui, repoussant la fausse Alyce désormais démasquée, porta ses yeux mordorés sur son second qui s'était laissé avoir comme un gamin par ce pseudo guerrier. Ce dernier s'autorisa même le luxe d'être un peu bravache, il nomma son épée d'une manière qui laissait penser qu'il comptait réellement tuer des Fer-nés à la pelle. Loin d'irriter le Harloi, cette annonce dessina un sourire sur ses lèvres. Autour de lui, les rires s'étaient atténués en voyant Yoren dans une mauvaise position. Pour Sargon, même si cet homme était ce qui ressemblait le plus à un ami à ses yeux, cette situation n'avait rien d'embêtant et il n'hésiterait pas à sacrifier son second si le besoin se présentait.

     Le gamin attira son attention sur l'horizon avant de lui déclarer que la flotte de sa maison serait bientôt à leurs côtés avant de sous-entendre qu'il ne parviendrait pas à s'échapper s'il tardait trop ici. Était-il sérieux ? L'idée d'être acculé par des continentaux n'inquiéta pas une seule seconde le Harloi. S'il y avait bien une chose dont il était convaincu, c'était que jamais un stupide mouton vivant sur le continent ne parviendrait à dominer un Fer-né dans son élément, à savoir la mer. Il était bon navigateur et ne doutait pas une seule seconde qu'il parviendrait à s'échapper s'il y avait la moindre véracité dans les paroles du gamin, chose qui n'était d'ailleurs pas confirmée. Il ne se départissait pas de son sourire alors que le jeune garçon reprenait la parole une dernière fois, avant d'être coupé dans son élan par un Yoren visiblement rancunier. Apparemment si Qhorin n'avait aucun problème quant à l'idée de tuer, il n'était pas encore assez doué pour pouvoir maîtriser un homme d'âge mûr et tailler une bavette avec un autre pendant ce temps. Très rapidement, le second de la Veuve Salée inversa les rôles et le Fléaufort se retrouva au sol avec du fer en travers du ventre. Il n'y succomberait pas à condition que les choses ne s'aggravent pas. Quelques rires s'élevèrent sur le pont du boutre au moment où la jolie donzelle dégaina soudain une dague pour envoyer un coup en plein dans la blessure ouverte du second du Harloi qui lâcha un cri de douleur. Il ne se fit pas prier et envoya sa main en plein dans le visage de la demoiselle qui tomba en arrière et porterait certainement un beau hématome pendant quelques temps.

     Cette intervention avait toutefois permis à Qhorin de s'en tirer un peu mieux. Yoren avait dû pivoter pour gifler la demoiselle et il avait en grande partie libéré sa cible de son emprise. C'était le moment d'intervenir ! Même s'il s'amusait bien, Sargon préférait éviter de devoir engager un nouveau second, il ne trouverait peut-être pas aussi compétent que Yoren. D'un geste mille fois répété, il passa par-dessus le bastingage de son boutre pour sauter à bord du petit navire du jeune garçon et s'approcha des deux hommes au moment où Qhorin allait saisir son arme tombée non loin de lui. Le Harloi dégaina Crépuscule et la planta dans le sol juste à côté de la main du gamin pour lui faire comprendre qu'il valait mieux éviter de jouer au malin.

     ▬ Il suffit ! Yoren, arrête de t'amuser avec notre invité, je commence à m'ennuyer. »

     L'intéressé lâcha un grognement qui prouvait que lui par contre ne goûtait pas à cet humour. Le Harloi se pencha pour ramasser l'épée qui se targuait de tuer des Fer-nés, pour il s'éloigna d'un pas pour se reprocher de la jolie jeune femme étalée sur le pont. La malheureuse, elle avait goûté d'une saute d'humeur du second qui était pourtant relativement calme en temps normal. À croire qu'un coup de dague vous transformait. Où était passée son arme d'ailleurs ? Sargon jeta l'épée du Fléaufort au sol, à côté de lui de manière à l'éloigner un peu de la main de son propriétaire, puis, Crépuscule toujours à la main, il se pencha vers la captive pour lui attraper le bras avec fermeté et la remettre sur ses pieds. Il contempla son visage quelques instants avant de la lâcher, puis leva sa main pour dégager les cheveux de la donzelle qui lui barraient la vue et, par la même occasion, lui frôler la joue histoire de provoquer un peu le jeune garçon.

     ▬ Une chance que tu ne sois pas un laideron, sans quoi cette jolie marque aurait fait plus de dégâts. Je te conseille vivement d'utiliser la pointe la prochaine fois si tu veux tuer ta cible. La prochaine fois que tu lèves ton arme, je m'en sers pour te couper la langue. »

     Et il était sérieux. Pourtant, son ton était presque caressant comme s'il voulait être gentil avec elle. Tout était relatif, même s'il était bien mieux élevé que ses comparses, il restait un Fer-né. Détournant son attention de la jeune femme, Sargon constata que Yoren avait retiré son arme de Qhorin et qu'il s'était éloigné d'un pas pour s'appuyer contre le bastingage. Apparemment sa blessure le faisait beaucoup souffrir. D'un geste du menton, le Harloi lui somma de retourner sur le boutre, puis se concentra sur le jeune garçon.

     ▬ Debout. Tu n'écoutes jamais lorsqu'on te donne des conseils ? Je t'avais bien dit de ne pas menacer quelqu'un si tu ne le tuais pas. Tu aurais dû lui ouvrir la gorge au lieu de fanfaronner, maintenant il va falloir que tu me tues moi si tu veux que ton épée mérite son nom. Crépuscule toujours à la main, le Fer-né poussa du pied l'épée du gamin pour l'envoyer vers lui. Invitation à combattre ? À Qhorin de comprendre s'il en était capable ou non. Ta prétendue flotte ne me fait pas peur. J'ai été au cœur de la bataille de Port-Lannis, tu crois franchement que quelques navires de chez toi me feront peur ? Je navigue depuis bien plus longtemps que tes capitaines et il n'y a que la mer qui pourra m'empêcher d'aller où je veux. Arrogant ? À peine ! Il existait largement meilleur navigateur que lui, mais son assurance le poussait à se convaincre du contraire et, jusqu'à ce jour, cela lui avait été utile. Tu vois, à cause de toi ta jolie petite compagne a récolté une blessure. Tu crois sérieusement que chercher à tuer quelqu'un t'apportera quelque chose ? »

     Même en imaginant que Qhorin parvienne à rivaliser avec son talent à l'épée, il ne pourrait pas lui arracher le moindre aveu si le Harloi ne souhaitait pas parler. Sauf que le jeune garçon ne pouvait pas le savoir, il agissait à tâtons et attendait de voir le résultat. Prêt riposter si jamais le petit – ou la donzelle – s'amusaient à dégainer leur arme, le Fer-né lâcha quelques mots à l'attention du Fléaufort

     ▬ Comme tu l'as compris, je t'ai menti pour ta sœur. Elle n'est pas avec moi. Pour la bonne et simple raison qu'elle est morte en essayant de mettre son enfant au monde. Les continentales ne sont vraiment bonnes à rien. »

     D'une pierre deux coups : il donnait une information au jeune garçon et en même temps lui laissait entendre que sa sœur avait été enceinte et même pire, qu'elle avait accouché d'un enfant qui lui avait coûté sa vie. Il avait encore beaucoup d'informations croustillantes à offrir au damoiseau à condition qu'il se montre amusant et divertissant, mais quelque chose lui disait qu'il allait encore s'amuser à faire totalement l'opposé de ce qu'il attendait de lui.


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Message Dim 9 Déc 2012 - 14:08

La douleur gagna en intensité lorsque Yoren dégagea le poignard de son côté droit. Ses genoux chancelèrent. Il sentit les crocs de la lame lui labourer les chairs en sortant. Il avait mal, c’était épouvantable mais parvint à réprimer le cri qui cherchait à s’échapper de sa gorge. A quelques secondes près, il aurait été en mesure de punir Yoren pour avoir osé lever la main sur Eleanor en le réduisant au silence pour toujours. Mais le Harloi était venu au secours de son second, continuant à étaler cette insolente confiance en soi, une inébranlable assurance que Qhorin cherchait depuis le début à mettre à mal sans grand succès. Les Fer-Nés avaient tendance à oublier que certains continentaux avaient également grandi et vécu toute leur vie entourés la mer. Sargon ne dérogeait pas à la règle semblait-il. En le voyant relever Eleanor, Qhorin s’attendait simplement à ce que Sargon entraîne la jeune Lady à son bord le laissant seul, blessé et désarmé pour ruminer son impuissance et son échec. Mais le capitaine de la Veuve Salée avait décidé de s’amuser avec lui. Médusé, le Fléaufort vit ‘Tueuse de Fer’ glisser jusqu’à ses pieds. Mais la satisfaction de récupérer son épée fut de courte durée, l’espoir totalement anéanti par les mots les plus cruels qu’il lui avait été donné d’entendre au cours de sa jeune existence.

‘Je t'ai menti pour ta sœur. Elle n'est pas avec moi. Pour la bonne et simple raison qu'elle est morte en essayant de mettre son enfant au monde. Les continentales ne sont vraiment bonnes à rien.’

Une confidence macabre, annoncée aussi simplement et naturellement que si Sargon lui avait révélé le menu de son petit-déjeuner. Qhorin n’avait pas été préparé à la soudaineté du choc de l’annonce. Même si maintes fois, il avait envisagé ce scénario funeste rien n’aurait pu le préparer à se confronter à la vérité de manière aussi brutale. Car le Fléaufort ne doutait pas un instant de la véracité des propos du Fer-Né. Ses yeux ne quittaient plus la garde de ‘Tueuse de Fer’ à ses pieds même s’il n’avait pas encore amorcé le moindre mouvement pour s’en saisir. Qhorin ne savait plus très bien comment agir. Implorer pour qu’ils laissent Eleanor repartir ? Supplier un individu aussi sadique que le Harloi était le meilleur moyen de le faire agir dans le sens contraire de son souhait. Mais sauver la Tully était sa priorité, maintenant qu’il savait que le sort d’Alyce avait été scellé depuis bien longtemps. Devant pareil constat, il était désormais impossible de contenir sa rage. Par les Sept Enfers ! La malheureuse fut leur captive assez longtemps pour pouvoir être violée à loisir et porter un enfant jusqu’à tenter de le mettre au monde. Tout ce temps durant lequel l’Ouest n’avait pas bougé.

Maudit sois tu père pour ton impardonnable passivité. Et maudit soit ton suzerain Lannister pour avoir dormi tout ce temps à défaut de rugir.

Lannister… Lannister. Il lui sembla ré-entendre l’histoire d’un ancien roi du Roc telle qu’elle leur avait été comptée par un chanteur du Bief de passage à Fléaufort. Ce roi dont la mort sur le champ de bataille avait eu pour conséquence de disperser sa gigantesque armée. Cibler volontairement le leader et le tuer pour forcer ses hommes à abandonner le combat. C’était peut-être la seule solution qu’il lui restait. Qhorin balaya du regard l’équipage de la Veuve Salée, aligné sur le pont du boutre. Comment se comporteraient des Fer-Nés dans un tel scénario ? Il reporta ensuite son attention sur Sargon Harloi, seul sans ses compagnons à bord de la Croisée des Chemins.

« Prie ton Dieu Noyé et implore le pour que le frère de cette continentale soit tout aussi bon à rien.»

Le cuir bouilli de son plastron avait prit une teinte rouge vif sur tout le côté droit, contrastant avec le marron du flanc opposé. En ramassant son épée, Qhorin comprit qu’il lui faudrait la manier avec sa main gauche. Soulever son bras droit relevait de la torture en raison de sa blessure. La lame de Sargon arborait le gris sombre et l’aspect strié de l’acier Valyrien. Les maîtres d’armes en charge de son entraînement l’avaient toujours mis en garde contre ce type d’acier, encore plus tranchant que celui forgé château. Que penseraient ces instructeurs s’ils pouvaient voir Qhorin se lancer dans une première charge vers le célèbre Fer-Né ?

Sargon para la première attaque avec une facilité déconcertante et répliqua d’un coup latéral qui força Qhorin à pivoter et à reprendre ses distances.

Le Fléaufort brandit à nouveau son épée et s’élança dans un deuxième assaut. Il frappa deux fois. Sargon para avec la même aisance. Mais un troisième coup toucha légèrement le Fer-Né à l’épaule droite, ouvrant une brèche. Qhorin orienta la pointe de sa lame pour lui glisser l’estoc final au creux de l’aisselle mais Sargon fut plus rapide. Le Harloi frappa avec son épée, ouvrant le bas de l’abdomen de Qhorin. Une angoisse glacée lui monta du ventre alors qu’il sentit la lame de son adversaire lui en fouailler l’intérieur. Du sang jaillit sur le sol.

Je ne peux pas succomber. Je ne dois pas succomber.

D’un coup de semelle, Sargon l’envoya valdinguer sur une caisse collée au mât du voilier. Ses jambes n’avaient plus la force de le porter, alors il dut planter son épée sur le sol et s’y appuyer pour parvenir à se redresser. Sa vue se troublait, le visage de Sargon devenait plus en plus flou. Pourtant, il distingua parfaitement les deux formes de part et d’autre du Capitaine de la Veuve Salée. Le garçon arborait son habituel sourire malgré la fente béante au niveau de sa gorge, ses yeux bleus étaient plus chaleureux que ceux de Qhorin mais leurs traits et la couleur de leurs cheveux étaient très similaires. La deuxième silhouette était celle d'une jeune fille qui regardait le garçon avec adoration sans prêter attention au sang qui maculait sa robe au niveau de l’entrejambe. Durant ce court instant, le temps semblait s’être interrompu. Ses oreilles ne captaient plus aucun son, ses blessures ne le faisaient même plus souffrir. La bouche étroitement ouverte, Qhorin les observa hébété. Ce n’est qu’après avoir cligner des yeux qu’Alyce et Harren se volatilisèrent. Tout lui revint alors en même temps. L’atroce douleur de ses deux blessures conjuguées, les fouettements des bourrasques de vent sur la voile du navire, l’équilibre précaire sur le pont balloté par l’incessant mouvement des vagues. Même la chanson de Lancel refit également surface. Lancel Lannister, ancien roi du Roc.

“Et là se dressait-il, le petit Lion d’Osgris,
L'épée au poing...”

Lors de l’assaut final, le Lion d’Osgris s’était rué tête baissée vers le roi du Roc, Lancel le coupa quasiment en deux. Mais alors qu’il agonisait le Lion d’Osgris parvint à plonger sa dague victorieusement dans le corps de Lancel.
Une chance que Lord Quellon Fléaufort ait laissé ce chanteur du Bief arriver au terme de l’histoire si impopulaire chez les Ouestiens, sans quoi Qhorin n’aurait jamais su quoi faire pour son ultime charge. Cette fois-ci, Sargon regretterait de ne pas avoir suivi son propre conseil. Se méfier des gens désespérés.

Toujours appuyé sur son épée pour se maintenir debout, Qhorin jaugea la distance qui le séparait du Harloi afin de déterminer l’endroit précis où il abandonnerait le restant de ses forces dans un dernier assaut. Il fut presque surpris de capter la présence d’Eleanor, juste sur sa droite. Sans trop réfléchir, Qhorin se rapprocha de la jeune femme en s’appuyant toujours pitoyablement sur son épée pour ne pas perdre l’équilibre. La poitrine du Fléaufort se soulevait à présent péniblement à chaque inspiration. Une fois face à elle, il dût s’accrocher à un pan de la cape que portait Eleanor pour ne pas chuter. Le son terrible qu’il parvint à extraire de sa gorge ne ressemblait même plus à sa propre voix.

« Prenez…. Prenez le »

Sa main droite tenait fébrilement le peigne d’Eleanor. La pièce central du drame dans lequel Qhorin les avait entraîné. Le bois était totalement recouvert de sang.
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