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Et si les souris ne dansaient pas, dès l’absence du chat.

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Seigneur Suzerain de Iles de Fer
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Dagon Greyjoy
Seigneur Suzerain de Iles de Fer

Général


"Nous ne semons pas. "

Lord Ravage de Pyk,
et de ce qu'il en reste
Fils du Vent de la Mer
Capitaine de.... non, SBF


♦ Missives : 181
♦ Missives Aventure : 89
♦ Age : 29
♦ Date de Naissance : 13/05/1989
♦ Arrivée à Westeros : 16/09/2012
♦ Célébrité : Mads Mikkelsen
♦ Copyright : Lakdahr (signature + vava)
♦ Doublons : Neassa Baratheon, Bayard
♦ Age du Personnage : 44 ans
♦ Mariage : Lady Aaricia Bonfrère
♦ Lieu : Iles de Fer, Pyk
♦ Liens Utiles : # le personnage
# ses liens
# ses aptitudes
# son histoire


POSTES VACANTS (liens)
# Zachery
# Sorcha
# équipage du nouveau boutre
# fratrie Greyjoy

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Message Sam 3 Nov 2012 - 18:50

Encre, son épée en acier château, était appuyée sur sa cuisse. D’une main il tenait le pommeau si particulier où se dessinait une seiche noire et de l’autre, il lustrait la lame avec un chiffon. L’armurerie était humide et froide, comme toutes les pièces du château en dehors de la grande salle où le feu était entretenu. Dagon s’était habitué à ce froid mordant qui vous fige les articulations. Il y était né. Il évitait autant que possible les lourdes fourrures qui ne faisaient que réduire ses mouvements et le faire transpirer à grandes gouttes dès le moindre effort. Un lacet de cuir retenait une partie de ses cheveux grisaille et le reste lui pendait négligemment devant les yeux. Son œil couvait jalousement sa lame meurtrière. Cette lame ancestrale n’avait jamais quitté la famille Greyjoy. Et si le forgeron de Pyk en était un lui aussi, il n’avait pu poser autre chose que les yeux sur l’épée courte de Dagon. Mais si le Seigneur des îles prenait un malin plaisir à entretenir sa lame, il ne s’attardait jamais sur tout le reste. Ainsi, cotte de maille, bouclier, coutelas et hache se succédaient sans remord chez le géant.
Il avait trainé toute la nuit dans la pièce sombre, en pensant à bon nombre d’affaires. Ce ne fut que lorsque le soleil se mit à refléter sur sa lame noire qu’il se résolut à lever les yeux de son travail. Une affaire lui emplissait la tête. Une affaire qu’il avait trop longtemps repoussée. Grimaçant de dépit, il passa encore une fois le chiffon sur son arme avant de la remettre au fourreau. Plissant le front, il se résolu à sortir pour prendre la direction de la forge principale de Pyk.


L’odeur du métal fondu emplissait encore les narines de Dagon lorsqu’il prit la direction de la Citadelle. Il n’avait pas traîné à la forge, déposant ses effets à Lakdahr sans un mot. Inutile d’expliquer à ce grand gaillard son propre travail. Son air était renfermé et un tic d’agacement se dessinait dangereusement à la commissure de ses lèvres. Le seul à porter le nom Greyjoy de naissance comptait pourtant bien des frères, issus des différentes femmes-sel de son père. Par stratégie, il s’était évertué à les rendre inaptes à toute utilité ou au contraire, à exploiter au maximum leurs qualités. Lakdahr était un forgeron dont la réputation n’était plus à faire, et sa qualité de cogneur le rendait doublement utile. Juste après lui, Skeggii. Pour qui il en était tout autre. Dagon vouait en réalité un profond mépris pour second cadet qui était tout bonnement incapable de respecter un tant soit peu son propre peuple et qui appliquait l’Antique Voie d’une manière des plus déplaisantes. Ce dernier en avait encore fait à sa tête, mettant à mal les membres de l’équipage de la Sirène Noire. Les règlements de compte étaient fréquents et il était rare que Dagon s’y mêle. Mais cette fois, le barreur, Brorn, était venu en personne se plaindre du comportement du fer-né. Le Lord ne pouvait plus fermer les yeux. Il passa la moitié de la journée à chercher le marin, perdant son temps de la manière la plus inutile qui soit. Une fois encore, il avait arpenté la moitié de la cité en ayant toujours la même réponse. « Bah y doit être dans l’coin mon Seigneur. » Dagon contenait son impatience derrière un visage de marbre. Sa hache courte et deux de ses couteaux de ceinture étaient dans un lamentable état – résultat des dernières razzias – pendaient à ses côtés. Un importun n’aurait pas fait long feu avant de se retrouver avec l’un d’entre eux dans le gosier. S’il avait pu prévoir un seul instant qu’il perdrait la journée à courir ainsi derrière un homme invisible – surprenant vu sa capacité à se faire remarquer – il n’aurait pas pris la peine de sortir, hache à la main. Mais son orgueil l’empêchait de faire marche arrière. Toute la forteresse savait que Dagon cherchait Skeggi et qu’il était d’une humeur massacrante.
Il était même redescendu jusqu’à l’appoint de terre qui servait de port à Pyk. Mais rien. Aucune trace. Plus d’un en avait pris pour son grade en chemin alors qu’ils avaient en toute bonne foi voulu aider leur suzerain. Mais si c’était pour indiquer le chemin de la citadelle, Dagon savait se retrouver. Cette île était la sienne. Et son bâtard de frère ne pouvait s’y cacher éternellement. Il renifla de dédain en se promettant de lui mettre une rouste dont il se souviendrait. Depuis deux heures qu’il perdait son temps, Dagon serrait les dents pour ne pas abdiquer. Il trouverait ce rustre avant la fin du jour, le Dieu Noyé lui en était témoin. Il quitta le port d’un pas furieux et remonta jusqu’à la forteresse en moins de temps qu’à l’ordinaire. Un serf – butin de razzias des fer-nés – s’approcha alors.

« Mon Seigneur ! Le soleil est à son z’nith…’lors… »

Dagon le foudroya du regard. Le soleil pouvait être en train de sombrer dans la mer qu’il n’en avait que faire. L’astre ne l’aiderait pas à retrouver son cadet. Il s’apprêtait à bousculer sans ménagement le Continental à son service lorsque la phrase le percuta. Il s’arrêta en soupirant. Bon sang ! Le serf avait reculé mais restait à disposition de son employeur qui ne prit pas la peine de le regarder.

« Où loge Skeggi ? »

Le laquais fit des yeux de chien battu en se demandant où voulait en venir le Seigneur des îles. Tous ses frères, bâtards, occupaient la forteresse même de Pyk, comment son propriétaire ne pouvait-il pas être au courant de cela?

« Bah comme l'est en partie Greyjoy il est...»

Dagon venait de se retourner en haussant un sourcil, menaçant. Il avait posé la question tout en espérant que la demi-seiche ait quitté les appartements de sa femme-sel de mère, mais visiblement là aussi c'était peine perdue pour Dagon. Le larbin vira au blanc et passa devant Dagon en courant, persuadé que la hache de son maître s’abattrait sur lui s’il ralentissait la cadence. Le Lord lui emboîta le bas. Le froid et la grisaille habituelle lui donnait des airs de bourreau encore plus qu’ordinaire et son œil valide fixait le dos de son valet qui sautillait comme une puce devant lui en emmétrant des couinements indistincts. Ils s'enfoncèrent dans la noire forteresse et leurs pas raisonnèrent sur le sol.
Après plusieurs minutes qui eurent raison des derniers nerfs de Dagon, ils arrivèrent devant une porte close. Le larbin voulut bien faire et s’avança pour frapper à la porte. Le Lord lui attrapa le poignet et l’envoya bouler au loin. Il était encore capable de frapper à une porte lui-même ! Surtout si elle était à l'intérieur même de sa propre demeure. Il haïssait les continentaux et leurs coutumes de lèches bottes soumises comme des femmelettes. Le jeune ne demanda pas son reste, et dans une courbette mal assurée, pris la poudre d’escampette en abandonnant son suzerain. Les traits de Dagon étaient déformés par la fureur. L’envie lui prit de massacrer la porte à coups de hache pour forcer son marin à sortir son cul de là séance tenante mais il se ravisa. Il n’était pas Lakdahr. Et l’une des grandes différences entre eux – mise à part la taille - était justement la capacité irritante de Dagon de pouvoir faire abstraction de ses émotions, pour autant qu’il en ait. Il inspira une grande goulée d’air, la bouche ouverte et expira l’instant d’après en se redressant. Cet homme le mènerait à sa perte. Il en était certain. La brume avait détrempé ses cheveux aussi gris que la pierre de la citadelle et d’une main, il les peigna en arrière. Ce geste conclut son rituel d’apaisement.

Il leva sa main droite, fermée en poing et matraqua le bois de la porte avec force. Comme on ne lui répondit pas la seconde suivante, il réitéra son geste avec vigueur. Si la porte ne s’était pas ouverte à ce moment précis, il aurait définitivement usé de sa hache – bien qu’ébréchée – pour entrer et s’installer à l’intérieur pour attendre le forban. Son œil se posa sur une créature bien singulière. Rien de gigantesque dans cette silhouette, rien de masculin et absolument rien de fer-né. L’arcade sourcilière de Dagon dessina un angle sur son front. La gamine qui se tenait devant lui devait être la légendaire Souris. Femme-sel de son demi-frère, il l’avait déjà croisée sans jamais y faire attention ni même la regarder sérieusement. Il ne faisait jamais attention aux femmes-sel. Il y en avait de nouvelles à chaque razzia et même si lui-même avait conçu son premier enfant avec l’une d’entre elles, elles restaient toujours des butins de guerre. Si leurs enfants – au même titre que les enfants des serfs – devenaient alors des membres de la communauté fer-née, il s’en foutait pas bien mal qu’elles offrent du réconfort à ses hommes du moment qu’elles ne devenaient pas une entrave. Si elles étaient bien traitées – du moins autant qu’un fer-né pouvait le faire - elles n’avaient en aucun droit la permission de quitter les îles pour retourner sur le Continent pour y retrouver leur famille. Il ne laisserait jamais chose arriver.

Il resta de marbre. Les proches du Greyjoy ne s’en étonnaient plus. La Seiche avait l’éternelle habitude d’économiser sa salive. Il ne parlait que le stricte nécessaire. Il se tenait devant la porte, humide, et armé jusqu’aux dents. Si ses couteaux usés étaient rangés à sa ceinture, sa hache pendait à l’extrémité de son bras gauche, prête à l’emploi. Son œil unique était fiché sur la jeune femme. Il s’étonna qu’elle n’ait pas illico refermé la porte sur lui. Son maître avait pourtant dû lui enseigner de fuir le Lord Ravage comme la peste. Il tenait là une occasion rare d’en apprendre plus sur le bâtard de son père.

Il n’allait pas se présenter. Avec sa tronche parsemée de cicatrice, son œil gauche zébré, sa loquacité et son aspect de conquérant, il était facilement reconnaissable, même pour une continentale adoptée par la communauté. Sa main droite qui était restée en l’air pour frapper la porte s’abaissa. Son regard diminua d’intensité. S’il voulait pouvoir avoir une discussion avec la demoiselle devant lui, il aurait à faire profil bas. Elle devait être habituée au sang Greyjoy avec le rameur mais Dagon savait aussi que les continentaux n’étaient pas aussi résistants que les fer-nés et lui rentrer dans le lard à la première occasion ne serait qu’un refus de plus indirectement lié à Skeggi.


"L'histoire morte est écrite à l'Encre, la variété vive s'écrit dans le sang."  

 
©️ frangin


Dernière édition par Dagon Greyjoy le Jeu 28 Mar 2013 - 22:18, édité 3 fois
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Message Mer 14 Nov 2012 - 0:19

Pyk. Maudite, maudite Pyk. Il n'arrivait jamais rien de bon à Violain sur ce fichu éperon rocheux, qu'elle croyait capable de voir pousser seulement du lichen sur les pierres et des vices sur les gens. Skeggi lui avait dit, à la dérobée, qu'ils en partiraient bientôt et qu'ils n'y reviendraient pas de sitôt et, elle s'en doutait, c'était lié à ce gros parasite qu'il lui avait infligé et qui se gavait de ses entrailles. Elle ne s'en était pas adoucie envers ce ver intestinal pour autant. Certes ! C'était son enfant à elle également et elle ne manquerait pas de le lui rappeler à l'occasion – il y aurait bien un moment où la maternité lui serait utile – mais, par une mauvaise tournure de son caractère déjà peu favorable, l'annonce de sa grossesse à son quasi mari avait ancré ce poids pesant dans sa réalité. Impossible de reléguer sa pesanteur avec la poussière qu'elle cachait parfois sous le lit, inutile d'espérer encore ignorer avec brio ses nausées encore présentes, ses mamelles conquérantes, ses chevilles alourdies ou son appétit de fauve en furie. Ce gamin à venir occupait déjà une place considérable, l'empêchant de penser tranquillement à ses mauvais tours ordinaires, à ses occupations coutumières ou à ses occasions de rapine ; elle l'entendait presque brailler déjà pour lui réclamer de la téter, d'être changé, de l'empêcher de s'occuper d'elle seule en rond. Bah ! Entretenir son tripoteur de bouteilles avait un intérêt immédiat, puisque c'était, d'abord et avant tout, la condition impérative de sa survie, ensuite parce que ça le rendait plus commode, enfin parce qu'elle avait fini, à force de roublardise, à y trouver des avantages, mais un enfant ! Un enfant, vraiment, ça vous prenait du temps ! De l'énergie ! Des ressources ! De la patience ! Et tout ça pour quoi ? Pour avoir les plus grandes chances de se retrouver face à un benêt, un difforme, ou un ingrat. Avec un peu de malchance, les trois à la fois. Non, si elle en était bien émue quelque part, tout ce qu'elle pouvait ressentir de favorable était, pour l'heure, écrasé par sa détestable humeur.

A quatre pattes, un torchon sous les genoux pour ne pas les abîmer et un autre dans les mains pour briquer, elle frottait le sol avec la vigueur que seule donne la rage domestique. Elle n'avait pas un bedon très gros, il avait tout juste poussé à vrai dire – depuis combien de temps couvait-elle son orvet ? Deux mois ? Trois, peut-être ? Quatre, tout au plus, sans doute pas jusque là – mais depuis sa révélation, elle avait le sentiment qu'il voulait se manifester sans cesse et, ainsi ployée, il lui semblait qu'elle n'était plus aussi souple et bien moins légère qu'auparavant. S'essuyant d'un revers de manche, la Souris leva le minois à l'entente d'une course de pas dans les couloirs attenants. Ne reconnaissant pas la démarche lourde et imposante de son collectionneur de chicots, elle inspira sèchement de l'air par les narines et se replongea dans son labeur. Ils allaient bientôt quitter Pyk, qu'il avait dit. En attendant, ils y étaient encore et cette mauvaise bâtisse avait à priori la méchante manie de se salir très vite. Et il lui avait poussé quelques obsessions de propreté récentes.

A l'intérieur, tout était rangé – si ce n'était le grand coffre et le capharnaüm qui le scellait, dans un recoin de la chambre – et le miroir de la commode brillait. Au devant, les petites affaires de la demoiselle étaient alignées avec un soin charmant, celles de Skeggi étaient serrées dans un bas de tonneau reconverti par ses soins en sorte de coffret sans couvercle, le linge séchait comme il le pouvait, aligné par couches devant l'âtre au feu mourant, mais dont elle entretenait savamment l'agonie, enfin, sur la table, le couvert – vide – était mis et le pain attendait, accompagné de fromage. C'était ce qu'elle avait prévu de grignoter en attendant qu'il daigne rentrer de ses cavalcades et qu'elle se risque à une expéditions vers les cuisines de l'endroit. Il n'était pas parti piller, cette fois, aucune rumeur de victoire à célébrer ne lui indiquerait le retour prochain – après la beuverie – de son raboteur de continentaux. Elle n'était pas d'humeur à se lancer dans la confection de pâté et, fait remarquable, il ne semblait pas brûler de joie à l'idée de la voir trop longtemps en dehors de leur petit nid. Que pouvait-il bien craindre, qu'elle ponde un poulpe dans un couloir ?

On frappa à l'huis, elle se redressa, cessant céans de frotter pour rester assise sur ses talons, raide comme si on l'avait piquée. Ce n'était pas son Skeggi – ni ses coups ni son pas ne bruissaient ainsi – et il ne lui semblait pas qu'ils pouvaient attendre quelque visite. Bien sûr, il était rare qu'on s'annonce en fanfare sur ces îles barbares ; mais l'inquiétude récente que couvait son presque mari lui murmurait qu'il lui aurait peut-être dit s'il s'attendait à voir se pointer le moindre nez à sa porte. Elle ne remua pas encore, rajustant sur son crâne le torchon dont elle avait noué ses cheveux, rassemblés en un approximatif chignon au sommet de sa petite tête à l'expression sournoise. Elle n'allait pas répondre, voilà : elle avait une robe de coton gris, informe et laide, elle avait les yeux cernés, elle avait son sol encore tout trempé et il lui suffirait de ne point remuer pour... Les coups redoublants lui cravachèrent l'échine et, promptement, elle alla ouvrir. On allait lui fracasser les gonds sous peu, autant ne pas écorner l'impatience du propriétaire de ces robustes poings s'écrasant sur son couvert. Elle releva la tête sur un début de sourire, sa brosse encore en mains, l'autre serrant le loquet qu'elle venait de défaire. Son sourire de circonstance, taillé pour l’accueil des Fer-nés – impeccablement humble et luisant de stupidité commode – se recroquevilla comme les pattes d'une araignée devant un feu – elle les jetait souvent aux flammes lorsqu'elle en trouvait, elle avait toujours trouvé ça amusant – et elle recula d'un bond de frayeur aussi comique à voir qu'il avait été sincère à ressentir. Et sa première pensée, et la seule durant de longues secondes, fut : Et merde.

Et merde, et merde, et merde. Bien sûr qu'elle reconnaissait ce sinistre individu, comment ne pas le faire ? La Seiche cristallisait toutes ses frayeurs en un seul être, en fantasme cauchemardesque qu'elle rêvait parfois se trouver sous ses draps pour la tuer après lui avoir fait des choses abominables, ce qui lui donnait des suées nocturnes mémorables – c'était souvent des rats en balade. Moins impressionnant qu'un lord venu vous assassiner pour quelque obscure raison. Mais lui ! Mais lui ! Ah, elle avait saisi avec une avidité rare tout ce que les servants et les rumeurs avaient pu lui rapporter de son allure, de sa façon, de ce que cet être était et de quoi il avait l'air. Au demeurant, durant les premières lunes de sa réclusion sur la rocaille, elle l'imaginait avec des pseudopodes frétillants, lui sortant d'on se sait où et prompts à happer toute chair virginale à portée. Elle n'était plus vierge – ah ! Forcément ! – mais, maintenant, il était là, Lui. Le Kraken. Elle parvint à articuler d'une voix fluette, mais terriblement aiguë et rapide.
    « Skeggi n'est pas ici si vous le cherchez... »

Et là, soudain, ce fut le regret. Comment le désigner ? Son cerveau s'échauffa, mais son intelligence s'enfuit devant sa terreur ; ses yeux fiévreux fouinaient ça et là pour chercher une hypothétique sauvegarde qu'elle savait pourtant ne jamais trouver et, déjà, son front se nimbait de quelques perles de sueur. Lord Greyjoy ? Ce serait le plus évident, mais s'il prenait ombrage qu'elle ose murmurer son nom ? Il en allait ainsi des noires malédictions dans pas mal d'histoires et ce type n'était pas la moindre des plaies infligées à son époque. Sire ? Encore pire. Lord tout court ? C'est falot. Milord ? C'est fayot. Dagon ? C'est folie ! Elle déglutit péniblement alors, sans poursuivre, s'éloignant à petits pas frémissants jusqu'à frôler sa table de son dos, cherchant maladroitement le soutien d'une chaise. Elle y riva sa main, ce qui la fit grincer sur le sol encore moite. Elle glapit.
    « Mais enfin, si vous vouloir, non, à votre vouloir, oui, non, comme vous voulez, évidemment, comme tout comme, oh la vache, je veux dire, ah ! Si que vous le souhaitez par hasard, c'est qu'est-ce vous désirez, euh... »

Instant de silence. Elle crut se mettre à pleurer, elle ricana plutôt, avant de se redresser comme un soldat à la parade, armée de sa brosse en crin dur. Retrouver ses nerfs, vite !
    « Pardon ! Je disais, si vous voulez l'attendre, ce sera évidemment avec... »

Joie ? Même la plus habile des menteuses avait des limites à son art. Elle hocha la tête.
    « A-avec toutes mes capacités pour votre service que vous pourriez, euh, l'attendre. Ici. Ou alors ! »

Lueur d'espoir ! Elle redressa le visage, soudain illuminé, agrémenté d'un rictus tordu qui se voulait aimable.
    « Je lui dis que vous êtes venu et, haha ! Maudit rire nerveux. Et sitôt qu'il rentre, hop ! Hop-hop, je vous l'envoie. »

Elle accompagna sa déclaration d'un mouvement ample, comme elle aurait jeté un sac de linge, puis, enfin, sa logorrhée s'arrêta. Elle resta là, le museau entrouvert, les yeux pleins d'effroi et un peu écarquillés, le front blanc, les joues écarlates, les doigts crispés à sa brosse d'un côté et à ses jupons de l'autre, comme si elle s'apprêtait à fuir ou – défense dérisoire – à frapper. Avalant lentement sa salive, Violain regretta subitement de ne jamais avoir su prier. Elle l'aurait volontiers fait, dans l'instant, au hasard, si jamais. La mort était devant elle, après tout, elle l'avait toujours imaginée sale. Et cet être avait beau la guigner d'une œillade moins terrible que lorsqu'elle avait pour la première fois croisé son regard, elle avait beau ne voir aucun tentacule commencer à pointer au dessus des épaules noueuses du Fils du Vent de la Mer, elle ne pouvait se persuader d'autre chose que de venir d'entendre sa dernière heure sonner. Et dire qu'elle allait mourir dans une robe aussi banale, sans bijoux et sans avoir achevé son ménage. Comme c'était piteux.


Dernière édition par Violain la Souris le Mer 27 Mar 2013 - 20:31, édité 1 fois
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Dagon Greyjoy
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Message Mer 14 Nov 2012 - 19:00

L’enfance de Greyjoy – sombre et solitaire – l’avait habitué à renier la peur. Plus petit que la moyenne et d’une ossature en fils de fer, il avait connu ce sentiment sous toutes ses coutures sans pouvoir s’en défaire. A force de prendre des coups – autant de la part de ses semblables que de son paternel – il s’était forgé une carapace qui l’empêchait de subir l’emprise des sentiments. Quels qu’ils soient. Si désormais, il haïssait les faibles et les peureux, c’était uniquement parce qu’il ne pouvait se pardonner de l’avoir été un jour. La réaction excessive de la Souris lui renvoya- en premier lieu - une image très mauvaise d’elle. Comment pouvait-on à ce point avoir peur d’un homme qui ne vous avait agressé en aucune manière et n’avait fait que frapper à votre porte en toute impunité. Même si son aspect aurait pu produire un effet de surprise, il n’y avait pas de quoi reculer à ce point. Mais si Dagon était doué d’une capacité à juger les personnes sans se tromper, c’était en partie dû au fait qu’il ne se risquait jamais à rester sur sa première impression. Si tel avait été le cas, jamais il n’aurait accepté Sargon dans sa flotte. Jamais il n’aurait épousé Aaricia. Et jamais il n’aurait retenu son geste de violence envers Helya. Les habitants des îles de Fer étaient tous similaires dans leurs différences. Aucun d’eux n’étaient transparents, trop enclin à la violence pour montrer leurs véritables visages. Dagon en était le parfait exemple. Son statut de suzerain et la carapace qu’il s’était forgé le rendaient totalement opaque et jusqu’à aujourd’hui personne n’avait réussi à le percer à jour. Et il s’en gardait bien. Il ne pouvait se permettre d’être transparent s’il voulait pouvoir continuer à veiller sur son peuple. On pouvait l’insulter de tous les noms infâmes connus dans leur langage, il ne changerait pas. Son peuple se disait libre, mais sans lui à sa tête, il n’y aurait tout simplement pas de peuple. Rien que des hommes éparpillés sur des îles voisines, lançant des raids sans aucune logique. Sans un suzerain, le peuple des fer-nés serait voué à la destruction. Pourtant, combien avaient compris cela ? Probablement une poignée, rien de plus. De l’intérieur comme de l’extérieur, Dagon était perçu en ennemi, peut importait ses faits et gestes, il serait interminablement critiqué et désigné comme fautif. Et il avait choisi de l’être. Son père ne lui avait rien légué. Certes il était son seul fils légitime, mais c’était à lui seul que Dagon devait sa place. Son vieillard de père règnerait encore dans le cas échéant. Le vieux Greyjoy pensait donner sa place à son fils uniquement à sa mort. Inquiet pour son peuple, Dagon s’était emparé du trône en un tour de bras – plutôt de paroles – et contraint son père à une retraite salvatrice pour les insulaires. Et le schéma allait probablement être le même avec la nouvelle génération.

Et c’est à ce moment que son interprétation du personnage de Violain changea. Elle avait probablement peur de lui, comme toute continentale, mais son geste avait été largement influencé par la parole de son compagnon de couche, Skeggi. Il le comprit au moment où elle prononça son nom, en début de phrase, d’une voix étrangement aigue qui siffla faux aux oreilles du Greyjoy. Il n’avait même pas remué les lèvres qu’elle argumentait déjà sur l’absence de son ravisseur. Certes, il ne pouvait venir ici pour autre chose que pour voir son frangin, mais sa réplique rapide ressemblait plus à du par cœur que de la spontanéité. Probablement que c’était l’unique phrase qu’elle devait prononcer lorsqu’un étranger frappait à la porte. Phrase suffisante pour éloigner tous éventuels visiteurs. Et l’idée fut sienne, l’espace d’un instant. Bien vite remplacée par une fervente envie de rester. La jeune femme semblait mal à l’aise, et elle recula encore. Comme attiré par ce retrait, Dagon passa le pas de la porte pour camper à l’intérieur de la pièce, son œil toujours dirigé sur la demoiselle. Il avait l’impression qu’elle cherchait une réplique. Et en effet, la suite ne tarda pas. Il ne saurait qualifier de phrase ce qui sortit alors de sa bouche. Un alignement de mots et de verbes, tantôt conjugués tantôt reformulés s’essayèrent à quelque chose de compréhensible. Dagon resta impassible, toujours muet. Ainsi donc, la Souris ne maîtrisait-elle absolument pas leur langue ? Ne savait-elle que la première réplique ? Cela ne se pouvait. Et à nouveau, Violain lui prouva que sa première idée était fausse. Un rire, probablement nerveux, résonna dans la pièce. Cette réaction inattendue acheva Dagon. En inspirant, il croisa ses bras sur sa poitrine. Il serait patient et attendrait jusqu’au bout de ses charamiades pour s’en retourner chez lui. La curiosité l’obligeait à rester.

Il était sur le point de contre dire les propos de la Souris lorsqu’elle lui proposa un peu maladroitement d’attendre le fer-né. Il n’avait pas du temps à gaspiller ainsi. L’attente serait interminable. Il n’avait nullement l’envie de faire causette. Que ce soit avec un fer-né ou la femme-sel qui tentait de faire bonne figure. Elle lui offrirait probablement de quoi patienter – en boisson – mais il trouverait vite insupportable de rester en sa compagnie. Et lorsque Skeggi arriverait, il ne trouverait que prétexte à l’envoyer bouler sans seulement vouloir entendre ses propos. Ainsi donc, il ne pouvait se résoudre à perdre doublement son temps ici. Néanmoins, son avis changea radicalement lorsque la jeune fille, encore plus maladroitement, lui proposa de lui faire envoyer Skeg dès son retour. Excellent moyen pour faire fuir définitivement le pirate. Si son demi-seiche de frangin apprenait la visite du seigneur de la part de Violain, il était fort à parier qu’il prendrait encore plus de plaisir à venir foutre directement le bordel dans les appartements du Suzerain. Dagon ne pouvait ainsi le laisser impuni. Mais il ne le laisserait pas pour autant prendre son aise.

La tirade sans queue ni tête venait de prendre fin. Dagon accueillit ce silence salvateur avec enthousiasme. Il n’avait jamais rien connu de pareil. Il n’était pas rare qu’on lui tienne ainsi propos sans qu’il puisse s’enfuir, mais étrangement, il n’avait pu faire abstraction du flot de paroles qui s’était échoué sur sa carcasse. Cette intrigante demoiselle avait forcé son ouïe et il n’avait pu s’en détourner. Il avait écouté avec l’attention qu’il réservait d’ordinaire à ses capitaines lors des raids. Etrange sentiment. Mais rien de bien réjouissant. Il ne voyait en ce frêle bout de femme – en comparaison avec les fer-nées – qu’une source d’information, si ce n’était de passetemps en attendant son bâtard de frère. Elle restait face à lui, comme si détourner le regard aurait pu lui faire couper la tête séance tenante. Intérieurement, il en était satisfait. Il était plus agréable de se savoir craint qu’aimé à tout vent par le premier venu. D’autant plus lorsqu’il s’agissait d’une prise de guerre. Le surnom de cette donzelle lui seyait parfaitement. Elle était craintive tout comme ses comparses galopant dans les écuries à la recherche de grains de blé égarés. D’un air critique, Dagon scruta la pièce en tournant la tête pour éliminer le point mort dû à son œil borgne. Il n’avait jamais vu salle de la citadelle aussi…brillante. Aucune trace de crasse, ni de poussière, que du propre. En était-ce toujours ainsi ? Comment le gaillard qu’était Skeggi pouvait-il apprécier d’y passer plus d’une minute. Même si le suzerain était un maniaque lorsqu’il s’agissait du travail sur les cartes, imaginer le reste de la citadelle dans cet état lui donnait la nausée. C’était ridicule. Et une perte de temps certain. Mais après tout, il fallait bien l’occuper, cette drôle.

Il soupira et se détourna de Violain sans mot dire, reprenant la direction de la porte. Il passa le seuil en attrapant la poignée mais une fois dans le couloir – qu’il scruta – au lieu de refermer la porte et de quitter définitivement la Souris, il repassa à l’intérieur et verrouilla le loquet, les enfermant tous les deux. Il voulait encore s’amuser un peu. Séance tenante, il se retourna et avança lentement jusqu’à Violain pour ne s’arrêter même pas un mètre devant elle. Son œil unique scrutait le visage de la donzelle, à la recherche d’indices. Son bras gauche – celui qui tenait toujours la hache – se leva subitement. Tranchant en avant, il le tint à hauteur de l’épaule de Violain.

« Tu ne vas rien m’envoyer du tout. »

On le disait cruel. Pourtant rien n’était méchant dans ce spectacle. Il voulait simplement se délecter de la peur de la jeune femme. Son ton était posé, même complètement détaché de la situation. Si la jeune femme semblait trembler de peur, il semblait être d’un naturel déconcertant. Il tourna la hache dans sa main avant de la déposer sur la table, dans le dos de Violain, le forçant à se rapprocher encore d’elle pour le faire. Au passage, il lui glissa à l’oreille.

« Et tu ne souhaites pas me contredire, n’est-ce pas ? »

Il se redressa et détourna le regard sur la pièce, à nouveau.

« Je ne le laisserai pas se délecter de ma visite. Un instant de silence. Son visage pivota pour à nouveau lui faire face. "Avec toutes mes capacités pour votre service…" que je peux attendre. Ce que tu prétends est prétentieux, femme. Mais soit. Mets donc tes capacités à mon service… »

Il laissa la phrase en suspens. Quelles capacités, hein ! Une femme n’avait qu’une seule capacité, celle de contenter un homme au lit. Il doutait que ce soit ce dont parle la gamine qui vu son minois, aurait sans problème pu être sa propre fille. Son œil la détailla de la tête au pied pour revenir à son visage. Elle était vêtue comme une souillon. Dagon était habitué aux vêtements masculins de sa Capitaine et même parfois de sa femme. Mais cet espèce de tas informe devant lui, il n’aurait su lui donner un genre. Si. Ramassis d’ordures.


"L'histoire morte est écrite à l'Encre, la variété vive s'écrit dans le sang."  

 
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Message Lun 26 Nov 2012 - 20:49

Après avoir croisé les bras, il avait soupiré, puis reculé. Un instant – un seul, un tout petit et unique instant d'espoir si brillant qu'elle aurait pu l'espace d'une infime seconde le troquer contre tous ses bijoux et dorures afin qu'il perdure – elle avait cru, à le voir se détourner, à constater qu'il saisissait le battant de la porte, qu'il allait partir. Il était au seuil, ô grâce, ô merveille, il partait, elle avait été assez laide, petite, benoîte, insignifiante pour le faire fuir, non pas par respect ou par galanterie, mais par le plus complet désintérêt. Et, ah ! Comme son orgueil s'en fichait ! Il pouvait bien lui cracher au visage ou la considérer comme le plus petit des étrons que ses marins offraient à la mer les jours de mal de ventre, ça lui convenait. Non, bien au delà de lui convenir : c'était une bénédiction ! S'il pouvait simplement ne même pas la considérer, oublier jusqu'à la moindre trace de son existence, la voir comme un vieux drap dans lequel son demi frère se soulageait à l'occasion – c'était parfait ! Mais, hélas, son joyau précieux se fissura, éclata en ses entrailles en esquilles putrides au bruit du loquet qu'il venait de fermer. Elle sursauta, laissant échapper un pauvre petit cri qui tenait davantage du soupir de détresse que du hurlement véritable. Elle était enfermée avec lui – elle, Violain, la pauvre petite souris, était enfermée dans la même pièce que le suzerain des Îles de Fer. Elle n'aurait pas eu à affronter son marin durant toute une année, elle en aurait fondu en larmes aussitôt, faisant fi de toute sa morgue et de tout ce qu'elle aurait pu avoir de fierté. Mais elle avait appris à connaître un peu ceux qui avaient le sang des Seiches et, elle le savait à présent, si elle se comportait tout à fait comme loque éplorée et osait en être bruyante, elle périrait. Les Fer-nés supportaient difficilement les démonstrations suintantes de faiblesse ou de crainte. Alors, la mâchoire tremblante, les yeux humides – hélas, elle avait ses limites et la présence de Dagon en soi en était une – et les mains verrouillées sur les barreaux de la chaise contre laquelle elle se tenait, elle scruta cet être terrible, quoique plus petit qu'elle ne l'aurait pensé. Au fond, ça le rendait plus effroyable encore : il prouvait ainsi qu'il n'avait aucun besoin de s'élever au dessus des crânes pour dominer toutes ces âmes. Le levé de hache ne lui tira rien, pas un frisson plus marqué, pas un déglutissement nerveux : cette lame suspendue au dessus de son épaule était comme un pseudopode tendu. Elle était certaine qu'il pouvait la faire périr sans l'aide du moindre gramme de fer. Peut-être juste en la touchant, qui sait.

Elle n'allait rien lui envoyer du tout : cette sentence affaissa les épaules, faisant curieusement disparaître les trémolos de ses bras. Ça y était, c'était terminé, voilà ; elle allait finir sous l'ombre du poulpe, après un huis clos terrible. Elle regretta fugacement la mort de cette femme-sel barde, avec laquelle elle avait très brièvement – et très utilitairement – sympathisé. Cette femme au moins aurait pu conter l'épopée formidable de la souris enlevée à son Ouest natal. Elle qui, durant les prémices de sa captivité, s'attendait à chaque instant à être démembrée d'une obscène façon avait fini par croire qu'elle survivrait, peut-être, même jusqu'à être sèche, avec tous les poils blancs, mais voilà que ses plus noires fantaisies la rattrapaient. Ça serait magistral au moins – hé ! Il n'était pas n'importe qui ! – mais elle allait crever. Que ce soit grandiose, qu'est-ce que ça allait changer ? Elle baissa fugacement les yeux, se disant vaguement que si elle parvenait à être silencieuse, peut-être aurait-elle la consolation minime de ne pas lui avoir offert trop de plaisir, mais il s'approcha, se penchant sur elle jusqu'à laisser son souffle glisser contre son cou. Elle en frémit une ultime fois, ni de peur, ni d'attente, mais bien de dégoût. Elle coassa d'une voix rendue un peu rauque d'avoir été ravalée.
    « Non monseigneur, évidemment pas. »

Et elle releva des prunelles aux pupilles dilatées par la terreur – tout comme la lointaine colère qui commençait à s'éveiller. Elle songea d'un coup à dégager de ses jupons le poignard qu'elle y scellait toujours, presque par superstition – elle était armée, donc elle n'était pas sans défense, ce qui lui donnait ce surplus d'assurance qui lui permettait d'avoir toujours et encore la tête haute intérieurement et malgré tout – et le plonger dans ce ventre perclus de vices et d'eau de mer, profitant de la proximité et de la surprise. Ah ! Jamais personne n'aurait pu croire qu'une petite souris remporterait une telle victoire ! Jamais personne n'aurait pu prévoir un pareil coup du sort, une si délicieuse ironie ! Le pire des hommes renversé par la plus petite des femmes. Mais, non, elle ne le fit pas. Non, il était trop proche, il la gênerait dans le mouvement, ce serait trop lent et sa main ne saurait où porter. Si elle n'hésiterait pas à frapper, y mettant toutes ses forces, elle avait trop vu de blessures depuis sa captivité pour ne pas savoir qu'un coup de lame dans le ventre n'était presque jamais mortel sur le coup, quand bien même il pouvait tout de même offrir une mort pénible et lente. Au mieux, il serait blessé et furieux, au pire, elle s'humilierait sur une piètre égratignure avant de vivre le plus noir des destins. Noir d'encre, noir rocaille.

Il parla de fuite, elle garda cette expression bizarrement neutre, déjà à demi absente, comme l'ont parfois ces femmes habituées aux violences – ce qu'elle était un peu, sans toutefois chercher à s'y soustraire ni le mériter en quelques façons – et qui savaient s'enfermer en elles-mêmes pour laisser passer l'orage avant de se panser, mais intérieurement, elle n'était pas cette forteresse de calme gardant son âme terrée. Il avait parlé de fuite ! Comment pouvait-il savoir ? Comment avait-il deviné ? Ni elle ni Skeggi ne lui en auraient parlé, ça tournait sous le sens, alors qui ? Personne ! Vile créature, peut-être avait-il assez cajolé ces pierres pour qu'elles lui répètent les murmures qui s'y échangeaient – cette pensée la fit dériver sur une horreur fugace : et s'il l'avait entendue aussi couiner d'autre chose que de douleur ? Bah ! Elle déglutit enfin une salive rance, grimaça un sourire en retour à ses derniers propos. Ah, il voulait être servi, ah, il voulait qu'elle serve. Hé bien, parfait ! Il allait s'en gaver, de la souris, comme il lui en plairait. Elle n'avait pas passé tout ce temps dans ce bouge pour crever, quand bien même elle devrait y rester encore des décennies. Tous ces efforts ne seraient pas vains, elle n'allait pas se laisser écraser – même pas par lui ! Elle hocha la tête avec diligence, alors que ses entrailles fondaient de répugnance devant ce que Dagon venait d'évoquer. Elle se retint de justesse de fixer cet œil mort qui était posé sur elle, se garda comme elle le pouvait d'imaginer ces mains se poser sur elle. S'il voulait la prendre de force, hé bien, il le ferait. Ça ne serait pas si terrible, après tout, même si elle imaginait sa peau très froide et très visqueuse, comme ces algues vomies par le ressac qui venaient s'échouer sur les galets des plages. Elle pourrait même feindre de finir par en tirer du plaisir si elle sentait que ça pouvait l'aider à en finir et à dégager plus vite, ou même pleurer, s'il préférait faire mal aux dames plutôt que les combler. Violain songea fugitivement à la petite pousse de vie qui s'abritait en ses entrailles, encore cachée : peut-être que ce salmigondis de tentacules et de sa propre chair la souillerait, peut-être qu'elle en enfanterait d'une monstre difforme, digne des illustrations immondes que la vieille femme qu'elle servait dans sa jeunesse lui avait parfois montrées. Elle glissa un bref regard vers les hanches du seigneur Greyjoy : en avait-il plusieurs, des appendices, en cet endroit là ? Elle s’écœura elle-même, assez violemment et, de crainte de le montrer, s'éloigna vivement vers la commode, tant pour dissimuler son visage que pour ne plus respirer le même air, allant trouver ses petits effets personnels et quelques réserves à dévorer. Le fromage plutôt qu'elle, ça lui paraissait une bonne idée.
    « Je n'ai pas grand chose à vous servir céans, couina-t-elle d'une voix aigrelette et faussement candide, les mains serrant tant le pain que le morceau de caillé de brebis. Mais je peux aller en cuisine, si vous le désirez, hm ? »

Maigre tentative qu'elle abandonna en revenant, très à contre cœur, vers cet intrus – il était pourtant chez lui. Comme s'il allait la laisser s'enfuir vers les cuisines, comme s'il allait lui permettre de se cacher dans un petit trou de ses comparses à elle en attendant que son géant passe à sa portée et l'enlève une nouvelle fois, mais cette fois pour sa survie. Elle déposa les pauvres denrées sur un rebord de la table et, avec une aigreur intérieure plus forte qu'elle ne l'aurait cru, elle lui tira la chaise de son pillard attitré pour lui indiquer de prendre place. L'inviter à remplacer Skeggi lui donnait l'impression aussi gluante que curieuse de le laisser déjà ramper en ses entrailles. Elle se gratta l'épaule pour chasser cette impression de contact de sa peau hérissée. Le contemplant par en dessous, puisqu'elle gardait la tête un peu baissée, elle défit son torchon de ses cheveux, laissant sa blondeur retomber ça et là autour de son visage d'enfant boudeuse. Elle tordit son chiffon, alors qu'elle reprenait d'une voix plus lente et plus basse, car davantage résignée – pourtant plus hostile, ce qui pouvait faiblement se distinguer.
    « Dites-moi ce que vous voulez que je vous fasse, lord Greyjoy, j'obéirai comme vous l'entendez. »

La formulation pouvait paraître maladroite, mais elle trahissait le fond de sa pensée. Non, elle n'avait pas – pour une fois – l'orgueil de penser qu'elle avait subjugué jusqu'à cet homme infâme, ce qui, dans sa tenue, aurait été tout à fait impossible, à moins qu'il n'ait des penchants pervers envers les loques défraîchies, mais elle était plutôt convaincue par le frisson de vengeance qu'elle devinait à rebours dans ces mots qu'il avait dit. Prendre impunément la fuite. Son colosse et maître était en grave conflit larvé envers le seigneur des lieux et, étant elle-même une larve au jugé de beaucoup d'yeux, venir pousser son huis pour souiller son antre et ses possessions pouvait appartenir à une manœuvre de pression, à une façon de lui envoyer un message : Skeggi n'avait rien que Dagon ne puisse atteindre, alors il se devait d'obéir. Elle en sourit presque sans pouvoir parfaitement s'en retenir, étirant seulement ses lèvres, levant un peu le menton. Les yeux brillants de rage, la gorge pétrie d'une envie de massacre, elle se força à prendre un air minaudier et faux à l'évidence, mais qu'elle ne pouvait mieux feindre.
    « Et surtout, ne reculez pas devant vos envies. Il paraît que je suis douée, pour mon âge. »

Perfidie contre fiel, poison contre venin ; si elle sentait qu'elle ne le verrait pas partir de cet antre sans avoir souffert bien des choses qui n'avaient pas de nom propres, puisqu'elles étaient trop sales, la souris ne voulait pas qu'il puisse passer sans en garder, lui aussi, une certaine trace. Finalement, non, elle n'allait pas être indifférente, non, elle n'allait pas attendre qu'il agisse et se lasse. Il était venu jusqu'à elle, il allait en avoir, du spectacle. Elle se cachait encore à demi derrière ses airs de benête soumise, mais ses iris disaient mieux que ses lèvres ne l'avaient jamais fait, avec une surprenante franchise, ce qu'il y avait au fond de son âme. Une légère nausée s'éveilla en elle, qui n'avait rien à voir avec sa grossesse, mais par un retournement de son âme. Elle la fit taire aussitôt, et affirma son petit sourire mignard.


Dernière édition par Violain la Souris le Mer 27 Mar 2013 - 20:35, édité 1 fois
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Dagon Greyjoy
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♦ Age : 29
♦ Date de Naissance : 13/05/1989
♦ Arrivée à Westeros : 16/09/2012
♦ Célébrité : Mads Mikkelsen
♦ Copyright : Lakdahr (signature + vava)
♦ Doublons : Neassa Baratheon, Bayard
♦ Age du Personnage : 44 ans
♦ Mariage : Lady Aaricia Bonfrère
♦ Lieu : Iles de Fer, Pyk
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Message Dim 9 Déc 2012 - 16:11

Avec amusement, Dagon ne pouvait que constater que le surnom de la petite fouineuse était des plus représentatifs de sa personne. Elle ne cessait de couiner et son envie de fuir à toute jambe, pour se cacher là où elle se croirait en sécurité, emplissait la pièce. Il la vit du coin de l’œil s’éloigner pour se précipiter sur ce qu’on aurait pu qualifier de garde-manger. S’il ne pouvait se permettre de juger ses capacités culinaires – vu qu’il ne les connaissait pas – il se doutait bien qu’elle ne pouvait lui offrir un repas différent de ce qui se faisait habituellement dans les îles. Les rares mets qui provenaient de la terre même des iles étaient communs à tous, et les variantes n’étaient pas habitudes des fer-nés. Même si les cuistots et les femmes-sel provenaient souvent du Continent, on ne pouvait pas prétendre que les uns et les autres perdaient du temps à élaborer des recettes sophistiquées. Les insulaires aimaient la bonne bouffe, certes, mais il fallait avant tout qu’elle tienne au ventre et qu’elle soit dégustable à grand renfort de doigts. Certes, il était le milieu du jour, mais Dagon n’était pas du genre à manger à heure fixe. En vadrouille la plus part du temps, ou occupé à écouter les plaintes de son peuple, il lui arrivait de manger quelque pain rassis au saut du lit et de ne rien engloutir de solide avant tard la nuit. La boisson lui permettait de remplir son estomac et son esprit continuellement occupé l’empêchait de se perdre en complaintes inutiles. Un coup d’œil sur ce qu’elle avait à lui offrir lui extirpa une grimace de consternation. Même s’il lui autorisait un passage rapide pour la cuisine, elle n’en sortirait rien de mieux. D’un non rapide de la tête, il lui interdit de quitter la pièce. Il se contenterait de ça. Quitte à attendre, en profiter pour se remplir faiblement la panse ne serait néanmoins pas un refus.

Il la regardait en silence. Sans bouger. Il n’avait jamais été très causant, et encore moins avec une Continentale qui servait de concubine à son bâtard de frère. Elle tira une chaise, pour qu’il puisse s’assoir. Il n’était pas très friand de ce genre de gestes. S’il se faisait toujours servir ses repas, n’étant pas un adepte de la cuisine, il ne supportait pas de se faire seconder pour s’assoir ou se faire servir. D’ordinaire, à peine les victuailles déposées sur la table, les serfs s’empressaient de lever le camp pour ne pas subir les foudres de leur employeur. Avançant d’un pas, il s’empara du dossier de la chaise avec sa main. Il ne tenait pas à ce qu’elle l’aide pour se mettre en place. Il ne savait pas que cette chaise était l’emplacement exact où se posait son frangin. Si ça avait été le cas, jamais il ne se serait assis dessus. Ce n’était nullement question de respect. Il détestait passer après. Pendant toute sa vie, il était passé après sans jamais que ça l’affecte. Mais concernant Skeggi, il avait l’impression que son frère lui sapait son autorité en passant le premier. Quel que soit le contexte.

Il la vit défaire ses cheveux. Et ne put réprimer un sourire de sarcasme. A quel point cette gamine avait-elle une imagination débordante pour penser un seul instant que Dagon aurait l’envie de la prendre, ici et maintenant ? Elle n’était en rien attirante. Elle le répugnait. Et rien qu’à l’idée d’imaginer qu’elle était la possession de son frère, l’idée de la saillir lui donnait des nausées. Mais à la manière dont elle s’affairait avec son chiffon, il devinait qu’elle était prête à passer par cette étape de coucherie si le seigneur le lui demandait. Sa lèvre se remonta en un rictus. Pauvre idiote sans cervelle. Et cette pensée n’était que la face émergeante de l’iceberg. Alors qu’il s’était accoudé à la table et qu’il allait tendre le bras pour s’emparer d’un morceau de pain, il arrêta son geste pour tendre l’oreille, en penchant légèrement la tête pour percevoir tous les couinements émanant de la souris. Il la laissa finir. Comme mué par un trouble de la personnalité, il se redressa pour appuyer son dos contre le dossier, et pivota en direction de la souris. Volontairement, son regard la détailla de la tête aux pieds, comme s’il trouvait un quelconque intérêt à ce passage en revue. Il insista sur ses hanches et sur sa poitrine.

« Reculer n’est pas coutume de la maison. Mais le va-et-vient peut néanmoins être adopté en quelques occasions. »

Son œil remonta sur le visage de la femme-sel. Son sourire s’effaça aussi rapidement qu’il était apparu. Si son ton avait été à la limite de l’agréable lorsqu’il se permettait des suggestions, il devint aussi aimable que la rocaille de ses iles. Comme pour la balayer de la main, il fit un geste indiquant que même en tenue découverte, elle ne lui procurerait jamais une envie de la sorte.

« Ne fais pas bouillonner ton cerveau inutilement. Tu es aussi attirante qu’un manche à balais. Tu pourrais te déshabiller séance tenante que je ne bougerai point de la table. Et ton don, permets-moi d’en rire. Tu ne saurais m’apporter quelque chose dans ce domaine… Même si pour satisfaire Skeggi il faut avoir un don certain pour la fantaisie. »

Il faisait référence au fait que Skeggi était l’un des hommes les plus pervers des îles. Les séances de jambes en l’air ne devaient pas être de tout repos pour la jeune demoiselle. Le sourire qu’affichait la Souris mettait à rude épreuve les nerfs du Poulpe. Il détestait son air, sachant pertinemment qu’il ne reflétait nullement son véritable état d’esprit. En soupirant, il s’empara tout compte fait d’un trognon de pain, et le fourra dans sa bouche. Son estomac le remerciait déjà. Il ne s’était pas rendu compte de sa faim avant d’avoir enfoui dans sa bouche un peu de nourriture. Il ne savait plus depuis quand il mettait ainsi en danger son corps. Avec le stress permanant qui allait de pair avec son poste, il suspectait que depuis près de 25 ans, son physique subissait des dommages bien différents que ceux liés aux razzias. Les trop nombreuses blessures de guerre, les nuits blanches alcoolisées ou de fornication, les réunions militaires et administratives, les rixes incessantes – bien que verbales – entre ses capitaines et lui, l’assaillaient sans relâchement. Il n’avait plus connu la paix intérieure commune à son enfance depuis qu’il avait hérité de la responsabilité totale du peuple des fer-nés.

« Cesse de te montrer aimable. Je sais reconnaître un homme qui veut ma mort. Tes sourires ne me tromperont pas. Skeggi ne me considère pas comme un ami, je doute donc qu’il t’ait transmis autre chose que de la haine à mon égard. Et ton Ouest d’origine a dû te chanter tellement de louanges à mon égard que ta seule ambition serait de me planter un coutelas dans le corps. »

Il mâchait sans délicatesse. En parcourant la table il remarqua que la jeune fille n’avait pas encore déposé de boisson. Après avoir déglutit, il se retourna à nouveau vers elle.

« Réfléchis bien à ton geste. Ton ravisseur devrait alors occuper des postes pour lesquels il n’a aucune affection particulière. Ma mort rendra ta vie que plus misérable et détestable. » A peine eut-il finit qu’il lança sans prévenir. « Apporte de quoi boire. »

Au moins, niveau boisson, il ne devrait pas rencontrer de déception notoire. Il se méfait cependant de la Souris. Il avait l’impression de la savoir capable de cracher dans la carafe avant de la déposer sur la table. Et il ne sentirait absolument aucune différence au goût. Alors que cette idée germait dans son cerveau, il se servit un bout de fromage qui lui remplissait le nez d'une odeur prenante. Il n'y avait cependant pas de quoi se plaindre. La dernière fois qu'il avait mangé du pain frais et des légumes remontait à des années, et ça n'était pas à Pyk. C'était bien sur une île. Mais alors il était blessé, et proche de la mort.


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Dernière édition par Dagon Greyjoy le Jeu 28 Mar 2013 - 22:19, édité 2 fois
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Message Lun 21 Jan 2013 - 22:04

La remarque était graveleuse et la réplique malsaine. L'idée d'un va et vient la fit déglutir une bile rance, encore une fois, goût qui ne semblait plus vouloir quitter ses lèvres ; son sourire mignard s'en trouva affecté. Elle découvrait légèrement ses dents aussi blanches qu'espiègles, chafouine position qui donnait à ses lippes un côté éternellement infantile, voire innocent. Mais le rictus du seigneur des poulpes montrait bien qu'il n'était en rien sensible à son charme juvénile, bien au contraire, toutefois, loin de la rassurer – ce qu'elle aurait du pourtant faire – cette idée alluma un brasier de colère sous un chaudron empli d'un bouillonnement aigre, trouvant sa place là où aurait du être son cœur. Mais le rongeur portait une peste plus terrible que bien des maladies, quelque chose atteignant l'âme, non la chair, la renforçant plutôt : une vilenie ancestrale, quelque chose d'atroce, de médiocre, de capable de dévorer les fondations de bien des choses. Elle était mauvaise, voilà tout, assez mauvaise pour regarder dans les yeux – dans l’œil unique – d'un monstre et ne vouloir y mirer que sa propre image. Elle le dégoûtait ? Mais, alors, c'était parfait ! Parfait ! Il n'allait pas être venu en vain. Il était venu faire mine de la dévorer, alors elle allait l'en gaver, de la souris, quitte à lui enfoncer ses membres à elle dans la gorge – belle inversion, lord tentaculaire, n'est-ce pas ? Le danger, elle le ressentait toujours, elle en avait même une conscience d'autant plus aiguë à présent qu'elle savait qu'elle ne s'en tirerait pas en s'effondrant en arrière et en se laissant faire, hélas. Peut-être tant mieux. Le danger, oui ; l'odeur de son propre sang lui emplissait par avance les narines, mais c'était, au final, clairement motivant. Qu'est-ce qu'un condamné avait à perdre, sinon le temps de son bourreau ? De quoi pouvait-il être dépouillé, si ce n'était pas sa dignité et de ceci elle était dépourvue ? Elle avala sa salive après un raclement de gorge assez sonore, un reniflement délicat de dame vertueuse, encaissant l'allusion à la souplesse de ses hanches d'un simple petit hochement de tête ouvertement fier. Oui, elle, la petite, la faiblarde, celle qu'il semblait trouver si laide, elle savait terrasser de fatigue et de jouissance un géant pourtant connu pour son appât envers les vêpres et le stupre. Elle tordait son torchon, ruminant tant son venin que les plans sur comment le lui cracher au visage sans être éclaboussée, quand il lui ordonna de cesser de se montrer aimable. Il parlait de l'Ouest, de Skeggi, de la haine que l'un et l'autre avaient du lui instiller à son égard et, en ceci, il avait parfaitement raison, pourtant, elle jugea qu'il avait tout à fait tort. Pourquoi ? Parce qu'elle le haïssait, oui, mais c'était beaucoup plus profond que cela, c'était bien plus viscéral, à présent qu'elle l'avait rencontré, à présent qu'elle avait le parfum de cet homme dans le nez et que tout son corps vibrait de rejet. Non, les leçons apprises par l'enfance ou par la force n'auraient pu s'imprimer en elle d'une façon aussi forte. Si elle décidait de le planter, ce ne serait ni pour l'Ouest, ni pour son propriétaire : ce serait personnel. Et ce serait probablement l'un des plus grands plaisir de son existence.

Avec une lenteur pensive, elle laissa glisser le torchon entre ses doigts, renversant légèrement la tête en arrière, découvrant la gorge et lui tirant un regard aussi lourd que bizarre – il y avait là quelque chose d'obscur et de sensuel, comme un serpent en plein éveil. Elle jeta le chiffon plus loin, sans y prendre trop garde et, d'un pas tout aussi pesant, pourtant dansant, elle vint quérir un carafon qu'elle roula entre ses doigts, avant de se tourner de nouveau vers le triste seigneur des peuplades barbares. Elle s'était rarement sentie aussi minuscule, pourtant, dans le léger tremblement de ses mains, il y avait autant de peur qu'un incongru sentiment de puissance – jamais personne n'aurait cru qu'elle, la toute petite Violain, si inoffensive, ne puisse heurter ce suzerain. Si Skeggi mourait, elle serait tuée sans aucune doute – c'était donc, aussi désirable que l'idée puisse être dans quelques songes qu'elle concevait depuis la révélation de sa grossesse, une idée à omettre. Si Dagon mourait, sa vie serait plus misérable ? Peut-être, s'il le voulait, c'était un mot de sa part – mais que son pillard en soit marri, ça ! Il ne devait pas se rendre compte de ce qu'il donnait à ronger à la souris. Par dessus la carafe de bois, elle ourla ses lèvres d'une mimique taillée à même la perfidie, avant de ciller, et de reprendre ses airs d'imbécile heureuse, de servile servante, tout juste bonne à éponger les désirs et les sols, en tous cas, toujours à genoux ou à quatre pattes. Elle emplit le carafon d'un peu de la brune tirée du tonneau du colosse.
    « Comme si je pouvais, mon seigneur, faire la moindre chose contre quelqu'un comme vous. »

C'était flatteur – c'était éminemment flatteur. Est-ce qu'il avait seulement songé un instant qu'elle pourrait le tuer ? Elle lâcha un rire, brutal et gai, avant de l'avaler dans une toux, les joues rosies, les yeux luisants. Elle était revenue jusqu'à lui et déposa la carafe où un peu de mousse pétillait encore sur le rebord de la table. Les narines écartées – elle détestait singulièrement commencer à reconnaître l'odeur de la peau de cet homme – elle gardait les yeux légèrement écarquillés et la main traînant sur la table.
    « C'est vrai, c'est vrai, servant ou seigneur, on est jamais que des hommes, et un homme face à du poison... Elle claqua de la langue. C'est comme un rat. Ça mousse, ça meurt. Et voilà. »

Elle tourna un minois innocent vers lui, les épaules crispées – persuadée qu'elle était de bientôt se prendre une claque magistrale.
    « Bon appétit, hein, monseigneur. Que mes bavardages vous coupent pas les entrailles. Ça serait triste. »

Elle contemplait directement cet œil crevé qu'il arborait, ayant l'envie subite, fascinée et révulsée à la fois, de le toucher pour vérifier si c'était aussi effroyablement répugnant que le bout de ses doigts l'imaginait déjà. Au milieu de ses paumes, elle avait l'envie de l'agripper, de le frapper, d'exprimer toute cette rage et cette haine furieuse qui la faisaient beaucoup trop parler, mais qui l'extasiaient pourtant. Bah. S'il voulait la tuer, il le ferait, point ; mais elle ne serait pas la seule à vomir son dégoût. Elle serait la proie la plus veule et la plus atroce de sa vie, là, chez lui. Le regard fixé sur lui, elle reculait de nouveau, mais de façon beaucoup plus lente, beaucoup plus calculée, comme si, déjà, elle savait qu'il allait falloir raidir ses chairs pour laisser l'orage de colère y passer. Ça lui ferait du bien, quelque part, au moins, ça mettrait un point final – dans sa gueule – à cet échange qui la faisait s'étouffer dans sa propre bile. Et elle minauda, du bout des lèvres, comme d'un rien.
    « Vous savez, il part parfois pendant des jours sans que je le voie. Elle tiqua de nouveau sur l’œil blanc du seigneur face à elle. Mais je suis tellement ravie d'avoir de la compagnie. Vous préférez rester l'attendre, alors ? »

Elle se pencha et souffla d'une voix délicate, délicieuse, minaudière, ainsi qu'à peine audible.
    « Rien qu'avec moi ? »

Violain se redressa, finalement, alors que son dos frôlait la commode et le barda de son maître, posé sur le coffre scellant des merveilles inconnues. Ça y était, elle ne pourrait plus reculer davantage. Deux pas et il serait sur elle, pour la frapper, lui serrer la gorge de ses mains, de ses pseudopodes, ou de ce qui lui plaira. Et tout ce que ça lui inspirait, c'était un petit rire, chantant et gai, ce rire qu'on entendait dans les gorges innocentes des très jeunes filles ou des très femmes très innocentes. Elle n'était rien de ça.
    « Ça alors. J'aurais du changer de culotte. »

Vraiment rien de cela.


Dernière édition par Violain la Souris le Mer 27 Mar 2013 - 20:39, édité 1 fois
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Dagon Greyjoy
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Message Mar 26 Fév 2013 - 15:37

L’atmosphère était indéchiffrable. Elle n’était nullement agréable, mais rien ne la rendait détestable. Dagon avait pour habitude de côtoyer la fourberie et les faux semblants, mais à cette table, en compagnie de l’une des propriétés de Skeggi, il ne savait que penser. Son instinct le poussait à croire que si la jouvencelle avait voulu nuire à sa personne, elle l’aurait déjà fait. Mais plus profondément, il ne pouvait chasser l’impression qu’il avait de se trouver en face d’un être plus vicieux encore. Un être probablement encore plus indéchiffrable que l’ambiance et dont il fallait se méfier comme de la peste. Il avala sans peine, laissant son esprit ruminer sans le laisser transparaître sur son visage abimé. Il entendit à nouveau la demoiselle se déplacer pour lui amener quelque boisson. Sa démarche avait quelque chose de différent. Il était habitué aux pas lourds de ses hommes et à l’assurance de ses capitaines. Sa femme, lourde comme deux, traînait les pieds du mieux qu’elle pouvait. Si la jeune femme qui lui servait à boire n’avait pas porté d’énormes jupons et des couches impressionnantes de vêtements qui bruissaient au rythme de ses pas, il ne l’aurait pas entendue se déplacer. Ça en avait quelque chose d’effrayant. Depuis la perte de son œil – et l’âge n’arrangeait rien – il devait sans arrêt compenser avec ses autres sens pour ne pas se faire surprendre et sursauter au moindre mouvement dans son dos. Il ne pouvait simplement pas se le permettre. Quelle aurait été son image si en plus de ne plus être de la première jeunesse, il passait son temps à sauter sur place au moindre bruit ? Il pouvait se l’imaginer qu’en cauchemar. Il avait un caractère déjà suffisamment présent pour ne pas en plus être physiquement déficient. Quel piètre suzerain serait-il alors. Il n’avait pas l’allure des souverains du Continent, et il ne les enviait pas. Mais plus que tout autre, il se devait d’être encore plus intouchable et increvable. Il devait être le dernier roc à sombrer pour permettre aux siens de flotter. C’était là l’énorme gouffre qui le différenciait des prétendants au trône de Fer.

Son gobelet était rempli à en déborder. Voilà qui était plaisant. Il souleva son coude de la table, et tendit sa main, avant de suspendre son geste, perturbé par la réplique de la Souris. Un double sens ? Il n’aurait su le dire. N’importe qui pouvait lui faire n’importe quoi. Encore une différence avec le Continent. Il n’était pas constamment surveillé par des gardes du corps, il pouvait se démerder seul. Mais il n’en restait pas moins un homme. Si la Souris le prenait par surprise, même avec un désavantage certain, elle pouvait le blesser sans autre. L’attaque n’aurait probablement rien de mortel, sur le moment du moins. L’infection n’était jamais loin. Qu’elle se déplace en silence, lui enfonce une broche dans le creux de la nuque, et il en serait fini de sa petite personne. Il en serait probablement le premier ravi, libéré du fardeau trop pesant qu’il avait sur les épaules. Mais même s’il lui arrivait lors de nuits trop longues, de penser à s’enfuir de cette réalité bien trop prenante, il ne pouvait nier aimer cette vie. On pouvait lui reprocher bien des erreurs, bien des faux pas, mais pas de ne pas avoir vécu. Il profitait du moindre instant, sachant que le dernier pouvait arriver à tout instant. Sa soif de combat, de mer et de liberté n’étant jamais étanchée, il ne pouvait agir par lâcheté et laisser impunément son poste au plus offrant. Il mourrait en Seigneur des Iles ou ne mourrait pas. Point. Son attention se reporta sur la jeune femme, qui venait de déposer le carafon sur la table en chêne. Une main y traînait toujours. Rien de bien curieux, que de poser une main sur une table pour s’y appuyer. Mais à ce moment précis, Dagon y vit un signe de supériorité. Et son œil s’y accrocha, comme si cette main pourtant féminine allait d’un instant à l’autre se retourner contre lui. Elle ne s’en rendait probablement pas compte, mais elle avait clairement le dessus. Lui, assit comme un mendiant, elle, maîtresse de maison, en équilibre précaire. Et le sarcasme qui égayait ses propos renforça le malaise du Lord. Son esprit sourdait « danger » et une envie de la faire taire définitivement s’empara de son âme. Il avait toujours le regard baissé sur cette main délicate, ne pouvant y décrocher l’œil.

Mais si pour beaucoup, ce sarcasme non feint aurait suffi à les faire sortir de la pièce en courant sous peur de mourir dans d’atroces souffrances, là n’était pas le caractère du Greyjoy. Un sourire, qui trahissait son intérêt pour ce petit jeu sournois, se dessina sur ses traits. Qu’il crève donc ! La scène en valait la chandelle ! Il s’empara de la chope avec avidité et la vida d’un trait. Depuis son enfance, la peur marchait dans son ombre. Et elle ne le devancerait jamais. Il déposa le verre en grand fracas. Il ne fit pas de geste explicite pour qu’elle le remplisse à nouveau. Même s’il n’avait pas un intérêt certain pour les Continentaux, il ne faisait pas dans l’esclavage. Violain n’était nullement à son service. Pas plus que quiconque sur cette île. D’une main, il essuya sa barbe mal rasée pour en enlever les traces de mousse qui ne faisaient que renforcer sa coloration naturelle qui ressemblait dangereusement à l’écume marine. Un rire amusé lui échappa. Cette jeune femme n’avait rien d’ordinaire. Il ne se moquait pas d’elle, mais de cette entrevue singulière. Il n’aurait pu l’imaginer, même à renfort d’alcool. Il peinait à véritablement cerner le caractère si particulier qui animait la jeune femme mais s’il devait attendre son frère, autant profiter du côté décalé de cette entrevue. Il se laissa à nouveau aller contre le dossier de la chaise et se décontracta complètement. Il fixait la table, sans s’attarder à ce qu’il voyait. Les deux dernières répliques de la jeune femme finirent de l’achever. Il ne la toucherait jamais. Pas plus qu’il ne toucherait jamais Helya, sa Capitaine. Elles avaient beau tout deux être des femmes, il ne les verrait jamais comme des objets de convoitise. Il tourna le regard sur la demoiselle qui ne faisait que reculer. Il ne cherchait pas à être amical, mais son visage laissait paraître l’honnêteté. Il était la plus part du temps obscure et renfermé, mais en certaines circonstances, son naturel profond – qu’il avait perdu en devenant chef des îles – refaisait surface.

« De la compagnie… la seule qui m’est agréable, porte le nom de Solitude. » Il esquissa un sourire emplit d’ironie. Il avait passé tant d’années enfermé dans la tour de Pyk qu’il en venait à ne faire confiance qu’à son instinct barbare. Et il doutait parfois de la fiabilité de cet allié. Il croisa les bras et les appuya sur la table, poussant un soupire qui en disait long sur le reste de sa journée. Il ne regardait plus Violain. «Inutile de te changer. Propre, sale, vieille… ce n’est pas la qualité de ton dessous qui me fera prendre mon pied. » Il plissa l’œil, un instant, comme perdu dans ses pensées. « Est-ce ainsi que tu te comportes, quand tu as de la compagnie ? En laissant la compagnie seule à ta table pendant que tu te caches ? » Il baissa le menton pour regarder le contenu de son assiette. « Les hommes sont égaux sur les îles de Fer. Fils de roi ou fils de catin, là n’est pas l’important. L’important c’est ce que tu choisis de faire de ton existence offerte par le Dieu Noyé. » Il savait que la jeune femme ne partageait pas leurs croyantes mais la vérité sur sa façon de voir n’en était pas moins fausse. « Si tu veux véritablement me faire plaisir, sois honnête avec toi-même. Si tu veux me faire vomir mes tripes, sois plus imaginative, mais fais-le ! Me foutre à la porte, soit ! ça ne serait pas la première fois qu’une femme me met dehors par pure fantaisie. Mais fais-nous plaisir à tous les deux et cesse de te cacher derrière des sourires. Je sais autant que toi qu’ils sont faux. » Il s’arrêta un instant pour reprendre son souffle et baisser le ton. « Prends place à table, ou fiche le camp. » Soit, elle se considérait comme son égale et elle partageait ce qu’on pouvait qualifier de repas, ou elle se considérait comme une sage servante et elle disparaissait de sa vue séance tenante.


"L'histoire morte est écrite à l'Encre, la variété vive s'écrit dans le sang."  

 
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Dernière édition par Dagon Greyjoy le Jeu 28 Mar 2013 - 22:20, édité 2 fois
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Message Dim 17 Mar 2013 - 7:40

Ce sourire, cette attitude – elle n'avait pas envisagé ça. Pas une seconde, pas même l'espace d'un battement de cœur, jamais, même dans un songe étrange, elle n'aurait cru voir ce genre de sourire sur le visage d'un Greyjoy. Et encore moins sur le plus grand – non, pas grand, le plus abominable plutôt – d'entre eux. Elle l'avait presque menacé par bravade, avait insinué l'ombre d'une moquerie en quelques phrases qu'elle avait sciemment désirées provocantes et, malgré tout, il ne rageait pas. Il ne la méprisait pas davantage, non, il se détendait. Elle le lisait à son visage, à la ligne de ses épaules qu'il avait roulées un bref moment, s'enfonçant dans son siège inconfortable comme si cet amas de bois avait été un fatras de coussins pillés aux Îles d'Été. Il avait ri, même ; ce son surprenant résonnait dans ses entrailles, mais sans les figer d'effroi ou d'appréhension. Ce n'était pas l'éclat d'un monstre dominant sa pauvre petite proie dont il allait se régaler, ce n'était pas le délice d'un seigneur assurant sa prise sur l'une des nombreuses âmes au statut considérablement inférieur. C'était de l'amusement, oui. Du détachement, même. Comment un lord devant qui on venait de parler de poison pouvait-il ainsi finir sa chope d'une seule traite, comme s'il n'avait pas bu depuis une saison, comme s'il était fait de pierre ? S'il n'était qu'un homme, ou un poulpe, ou un salmigondis des deux accouché par la rocaille, Violain devait l'avouer : il avait une sacrée paire de gonades.

Elle hocha la tête pour elle-même, de façon presque insensible, toujours acculée dans son petit recoin, alors qu'il recommençait à parler. Non pas qu'elle approuvait qu'il n'y ait que la solitude pour lui plaire – elle suspectait plutôt qu'il n'y ait qu'elle pour le supporter sans se mettre à gémir à un moment ou à un autre – mais pour suivre le fil de ses propres pensées maintenant éberluée. Terreur, frayeur, colère, orgueil, maintenant stupeur ; le lord Ravage ne laissait à ses tripes aucun répit, ce sans même la toucher – contrairement à son demi frère, qui préférait les travailler d'une façon plus physique. Elle cilla, chassa une image brève, rajusta quelques cheveux épars qui flottaient au devant de ses yeux, comme si ces derniers avaient pu à eux seuls brouiller la scène. Elle déglutit silencieusement, il se mit à sourire, elle aussi, avec tout autant d'ironie, bien que la source en fut contraire. Une émotion bizarre naquit, remontant une à une les couches répugnantes qui baignaient son esprit, agitant l'onde sombre qui était la surface de sa conscience. Elle avait encore peur, elle sentait les vestiges des griffures froides de la panique rester à trembler sur son échine ; elle restait en colère, nourrissant une envie de fond de gorge de lui cracher au visage glaire et humiliation renfrognée, accumulée avec patience et aigreur depuis son arrivée en tant que moins que rien sur une île qui ne valait pas son chiffon à ses yeux ; mais ce qui commençait à éclore en elle surpassait ces émois légitimes et prévisibles derrière lesquels elle s'était barricadée devant ce qu'elle estimait être le plus grand danger possible. A mesure qu'il parlait – et ce malgré ses dires qui, derrière d'autres lèvres, en un autre instant, auraient réanimé son mauvais caractère – elle continuait d'acquiescer ses propres conclusions. Elle qui n'avait jamais trouvé de maître capable de réellement s'imposer à elle autrement qu'en surface, elle qui n'avait jamais approuvé que sa propre personne et ses petits intérêts, elle concevait quelque chose d'unique pour cet homme attablé : du respect. Elle avait du respect pour lui. Assez peu, une touche, pas plus d'une once, mais il existait – et c'était bien le premier être, dieux compris, à qui elle en adressait un qui ne soit fait uniquement fait de courbettes circonstanciées.

Ses propres épaules se baissèrent, elle cessa de garder cette posture mi soumise, mi prête à endurer coups et sévices. Elle redressa la tête, étira le cou, acheva de rejeter sa chevelure mal peignée en arrière. Les hommes étaient égaux ici, disait-il. Les hommes, sans doute – peut-être – mais les femmes, elle en doutait fortement, ce qui put se lire sur la moue cynique qu'elle afficha fugacement. L'idée lui était assez égale en soi, après tout, elle avait pour la féminité une conception à l'instar des canons ayant modelé son enfance et, elle mis à part puisqu'il lui était naturel de se considérer comme une exception, elle concevait pour les femmes un mépris assez général et en tous cas appliqué à toute dame dont elle faisait la rencontre. Elle pouvait compter sur les doigts d'une main les personnes du sexe faible pour lesquelles elle avait corrigé son jugement. Toutefois, la phrase fit son effet sur la Souris et elle hocha plus fermement la tête. Après tout, il avait raison : elle avait un dédain pour les Fer-Nés comparable à celui qu'elle adressait aux catins. Selon ses propres critères, elle n'était par ailleurs pas la moindre des putains, loin s'en fallait, mais là encore ses valeurs concevaient pour elle-même une indulgence tout aussi coupable qu'assumée. Il la voulait en égale, elle trouvait la chose finalement censée. La dernière phrase acheva sa décision : soit. Elle lui accorderait ce plaisir évoqué. Elle partagerait sa table. Une partie d'elle-même aurait du protester, lui dire de profiter de l'inespérée porte de sortie qu'il venait de lui ouvrir, mais rien ne le fit. Sa voix aigrelette lança sur un ton plus lent, moins faux mais plus cynique que jusqu'à présent.
    « Très bien. Mais je vais me changer quand même. Je ne mange pas dans cet état. »

Elle se désigna brièvement, narines dilatées, un sourcil levé sur une œillade curieusement chafouine, avant de perdre presque toute expression, n'affichant plus qu'une brève lassitude et une hostilité de fond. Quelque part, c'était son vrai visage ; elle le masqua promptement d'un soupir et d'une coquette précision.
    « Je sais ce que vous allez me dire, puisque vous me le répétez tout le temps, mais ne regardez pas. La Souris minauda, avant d'ajouter d'un ton sirupeux. Je suis timide. »

Elle se décrocha enfin de son recoin de salle, avançant vers son lit, faisant dos au seigneur des Îles de Fer pour saisir son propre habit et, se glissant avec art hors des tissus épais et sans éclat, elle laissa choir sur le bord du lit la robe qu'elle destinait seulement à son ménage, tant elle était pour elle à peu près indigne de tout autre destin. Elle n'était plus qu'en chemise, sur les bouts de laquelle elle tira, tant pour couvrir son assise que ses rebords frôlaient – les promesses de désintérêt d'un homme valaient peu, elle le savait – que pour ne pas risquer un instant de révéler les bandes serrées dont elle avait prudemment enrubanné son ventre, afin de prévenir qu'il ne pointe trop tôt. Du respect, oui, mais pas de l'imprudence et encore moins des confidences ou une quelconque confiance ; elle n'irait pas lui agiter son neveu – ah, quelle affreuse vérité – sous le tentacule. Voilà qu'elle était presque nue devant Dagon Greyjoy. Ah ! Si un des bouseux de Belcastel entendait ça ! Ah ! Si son peloteur de barriques rentrait juste maintenant ! Ça serait comique à voir, tiens. Moins à subir, certes. Étouffant un ricanement, elle fit un pas vers le petit amas de toiles qui lui était attribué. D'une main experte, elle saisit l'une de ses robes favorites au corsage, défit promptement le serrage avant de la passer ; en un tournemain elle était rhabillée.

Elle lui fit face de nouveau, le nez toutefois vers le sol, dans l'attitude penchée et concentrée des demoiselles occupées à se battre avec un laçage ; un soupir plus tard, son carcan de tissu épais, qu'elle avait cousu elle-même avec quelques trouvailles chapardées ça et là était noué. Elle y avait un petit talent, rien de bien remarquable, mais sur ces roches désolées, la coquetterie de la femme-sel tendait à être relevée. Une nouvelle bataille de main donna un peu de tenue à sa chevelure, colora ses joues de quelques tapes bien placées sur les pommettes, après une brève morsure aux lèvres pour leur donner un rouge plus vivace, elle s'estimait assez apprêtée pour se mettre à table. La chaise fut tirée vers elle dans un grincement désagréable, ce fut sans un son qu'elle s'assit aux côtés de l'être qui lui inspirait la plus révérencieuse des craintes. Rompant le pain sans encore relever les yeux, elle contemplait le bois, porta à ses lèvres un peu de mie entre des doigts qui frémissaient toujours d'une terreur diminuée, mais encore bien présente. Elle mâcha sa bouchée à petits coups de dents en même temps que ses relents bileux récents. Quelle étrange situation. Elle battit des cils, posa enfin ses mirettes claires et cryptiques sur l'homme qui lui faisait face. Après avoir mastiqué encore de longues secondes, puis patiemment déglutit, elle lâcha.
    « Quelque chose me taraude depuis un petit moment. Elle se gratta le bout du nez, furtivement, sans décrocher ses yeux de l’œil unique du fils de Vent de Mer. Je me suis toujours demandé si, sans cette guerre contre le continent, vous ne vous combattriez pas les uns les autres, ici. »

Elle n'ajouta rien, n'expliqua pas le fond de sa pensée, tendant seulement le bras pour piquer un fragment de fromage et se mettre à en rogner les bords, tel le rongeur qu'elle incarnait pour une grande part des gens ayant le malheur plus ou moins franc de la côtoyer. Elle ne varia pas, ne baissait pas les yeux, croisant juste le bout de ses pieds sous la table pour éviter à ses jambes de trembloter. Au fond, peu lui importait dans les grandes lignes le destin des Îles ou de la guerre en elle-même, tant que la finalité impliquait sa survie, mais elle n'était pas femme à avoir un regard favorable quant à l'âme humaine et, quelque part, avait toujours suspecté que derrière ces grands pillages ne se cachait ni l'honneur des guerriers, ni la ferveur du dieu-noyé, mais bien le détournement d'une soif de sang insatiable qu'il fallait diriger vers d'autres fleuves que les siens. Elle ne lâchait pas ça par plaisir de faire la conversation – elle lui aurait demandé des nouvelles de sa femme si tel avait été le cas – mais plutôt poussée par cette trace de respect qui naissait en elle pour le lord Greyjoy. C'était ainsi qu'il s'exprimait : un trait de franchise, une bribe de considération envers sa personne, ses motifs. Ses intérêts. Peut-être, dans cette rapide déclaration, trahissait-elle un peu plus que précédemment qu'elle n'était pas l'idiote qui l'arrangeait bien d'être ; toutefois, elle avait cru comprendre qu'il n'avait pas été dupe de ça.

Elle déglutit son fromage mâchouillé et son ventre gronda. Elle avait une faim d'ogresse. Fichu parasite.


Dernière édition par Violain la Souris le Mer 15 Mai 2013 - 17:43, édité 1 fois
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Message Dim 31 Mar 2013 - 21:36

Comme semi conscient de la scène qui se jouait autour de lui, Dagon essuya négligemment son menton, du plat de la main. Il aimait la boisson au moins autant que ses hommes, mais de par son éducation, avait la désagréable habitude de se montrer présentable en toutes circonstances, à défaut d’être propre. L’hygiène n’était pas sa priorité, et de plus, elle ne signifiait que très peu sur les îles. A quoi bon se laver plus que le visage et les mains. Et encore. Après un voyage en mer, tout homme empestait le sel et l’alcool, pourquoi en serait-il donc autrement, une fois à terre. Ca n’était pas non plus l’occasion pour passer la moitié de la journée avec des restes de repas ou de boisson aux coins des lèvres. Reposant sa main droite sur la table, il se mit à pianoter des doigts. Lui seul connaissait le secret de ce geste ; le tapotement de ses ongles sur la table reprenait – tant bien que mal – le rythme que produisaient les tambours à bord des boutres. A l’origine, ce geste n’était que synonyme d’agacement, mais à force, il était devenu machinal, chaque fois que sa main se trouvait inoccupée. La mélodie des rameurs s’était alors imposée à son esprit et il n’avait pas tenté de l’en écarter. Même si son attitude reflétait un homme difficile à cerner – et surtout à comprendre – il n’en restait pas moins un personnage simple. Il aimait la mer et le vent, les rixes et les razzias, la bonne chair et la bonne bouffe. Le reste, peu lui importait. Qu’on lui propose or et bijoux, il ne saurait qu’en faire, et ne voudrait surtout pas avoir à faire avec. Bijoux n’étaient que parures, selon lui, et ne représentaient jamais la valeur de la femme qui les portait. L’or ne servait que de monnaie d’échange. Ils avaient le fer pour cela, et pour le reste, il suffisait de se battre pour l’avoir. Cette manière de faire lui semblait bien plus honnête que de payer le prix de l’or, toujours mal propre. Selon son principe, un échange méritait d’être traité à partir du moment où les deux parties avaient de quoi participer de sa personne.

Il ne tourna pas même la tête, lorsque la jeune femme répliqua qu’elle devait, en fin de compte, tout de même se changer. Lui-même ne faisait pas autant d’histoires, portant parfois les mêmes vêtements pendant toute une semaine, et même plus, lorsqu’il partait en mer. Manger, était un simple acte de vie, pas de quoi en faire une cérémonie pour si peu. Il ne fit cependant pas de répliques sifflantes à l’encontre de la Souris. Même si ses principes n’étaient de loin pas les siens, il ne cracherait pas dessus. Là était son point de vue ; chaque insulaire vivait selon son bon vouloir, à condition que ses coutumes n’entravent pas celles du voisin.

Il se passa la langue sur les dents en détournant résolument le visage de la demoiselle. Pas qu’il réponde à sa demande de ne pas guigner, mais plus pour démontrer qu’il était bel et bien désintéressé par la situation. Pourtant, il aurait pu, comme tout homme, y trouver un réel plaisir. Mais s’il aimait voler, il ne voulait en aucun cas jouer le rôle d’amant. Il ne craignait pas les colères de son cadet et pourtant, ces dernières pouvaient physiquement, à elles seules, le réduire à néant. Mais chanceux, et un peu plus intelligent, le Greyjoy arrivait toujours à retourner la situation à son avantage, en faisant tourner son frère Skeggi en bourrique avant que celui-ci comprenne. Si Dagon ne répondit pas, en premier temps, il ne put s’empêcher un trait moralisateur. Il ne tentait nullement de contredire la Souris, ou de lui imposer son avis, mais le bruit désagréable du tissus qui se défaisait dans son dos l’énervait.

« La timidité n’exprime qu’une chose : l’insécurité face à une situation peu familière. » Il fixait les murs sombres de la pièce. Ses doigts venaient de s’arrêter dans leur danse, suspendus en l’air. Il continua d’un ton suave, comme s’il cherchait lui-même la véritable raison de la timidité de Violain. « T’exposer en petite tenue ne doit pas être si anodin. Te changer pour passer à table, non plus. Certes, tu n’as pas dû avoir à le faire devant des inconnus. Mais là on parle de Skeggi. Se dévêtir devant lui doit être plus insécurisant que devant n’importe quelle âme sur cette île. Si ce n’est donc pas le "devant qui" qui rend la chose insécurisante, c’est le "changement de vêtements". Et là encore, il n’y a pas de quoi. En quoi changer de tenue rendrait la situation plus insécurisante, si ce changement ne dévoile rien de dangereusement offensant. » Il n’en avait pas la moindre idée, en réalité. Il ne faisait que détailler les faits. Il n’avait jamais compris la pudeur des femmes. Après en avoir vu une en tenue d’Eve, on les avait toutes vues. Alors pourquoi cette timidité enfantine à vouloir toujours se cacher du regard. Si le but était de se préserver de l’avidité des hommes, l’effet produit était bien l’inverse.

Il l’entendit revenir et n’attendit pas l’approbation de la jeune femme pour tourner à nouveau son visage vers elle. Sa bouche se déforma en une étrange grimace ; il aurait mieux fallu qu’elle garde ses chiffons. L’attirail qu’elle portait désormais pouvait lui sied à merveilles, Dagon trouvait ça, ridicule. Si elle s’était considérée comme pas présentable pour passer à table, il avait désormais l’impression de manger en compagnie d’une catin. Il ne tiqua pas bien longtemps. Après tout, chacun son métier. Ses doigts s’étaient remis à pianoter frénétiquement sur la table. Il la fixait, avec intensité. Il avait sournoisement réussi à la mettre en confiance. Peut-être était-ce une chose aisée, après tout, elle avait l’habitude de son abominable frère. Mais même s’il avait l’impression d’avoir retourné la situation à son avantage, le Seigneur des îles n’en laissait rien paraître sur son visage. Rien qu’en la regardant manger en silence, il sut qu’une question allait être posée. Il resta donc bouche cousue jusqu’à ce qu’elle remonte les yeux à son niveau. Il redressa lentement la tête, comme pour l’enjoindre à exprimer ce qu’elle avait à dire. Sa main arrêta de s’agiter, et resta immobile, complètement étendue sur le bois.

Un long moment de silence fut imposé. Dagon ne réfléchissait nullement, il connaissait parfaitement la réponse à la question. Il lâcha avec froideur : « Sans cette guerre contre le Continent nous ne serions pas contraints à nous entasser sur les îles. » Parce que là était bien le problème. Il n’y avait pas véritablement de guerre, du point de vue du Greyjoy. La guerre était le nom que portaient les conflits entre deux entités armées défendant chacune un territoire. Le Continent ne se défendait pas, même en étant armé. Les Îles ne réclamaient que vengeance et victuailles. « Nous se sommes pas en guerre contre le Continent. Les îles ne donnent rien que du fer et crois-moi, ça ne nourrit pas un homme. Je ne veux pas de terres, ni de richesse, ni encore de ce trône que tous convoitent. En quoi offrir à son peuple une vie est-ce un crime ? » Certes, les méthodes étaient barbares et peu arrangeantes, mais avaient-ils véritablement le choix ? Depuis trop longtemps les insulaires avaient été opprimés et exclus du reste du Continent de par leurs coutumes maritimes et leurs caractères rustiques. Mais en était-il pas autant du Nord ? La seule chose qui les différenciait des Stark venait de leur utilité. Pas de Stark, pas de protection, alors que les fer-nés n’étaient que synonymes de pirates incultes.

Il la fixa encore un instant avant d’esquisser un air rieur et de se détourner. De sa main droite, il s’empara de la chope, encore sur la table et en remplit leur verre. Tout en faisant glisser un vers Violain, il ne put s’empêcher de conclure : « Mais nous aimons le fer autant que la chair et la boisson. Se battre fait partie de notre sang. Qu’il y ait guerre ou non, rien n’interdit les combats au sein des îles, il suffit d’avoir un bon argument. » Et en cela, comme tout le reste, il était sincère. La géographie et le climat les avaient rendus robustes et bagarreur. Une simple déformation de l’instinct de survie. Si le tri n’était pas fait en mer, il se faisait à terre. Mais cet amour pour la bataille venait également de leur crainte inexistante de la mort. Ils se délectaient du danger et de l’adrénaline. Il vit alors, dans ce sujet, un moyen de connaître ce qui se disait sur son peuple, de l’autre côté de l’étendue grisâtre. « Mais dis-moi, si guerre il y a, quelle sorte d’ennemis sommes-nous, mon peuple et moi ? » Il savait que les femmes-sel n’étaient jamais de vulgaires servantes, à part si leur beauté était sans pareille. Vu la locution de la jeune femme et sa tenue, elle ne devait pas l’être. Si elle n’avait pas été noble, elle avait dû être assez proche de l’un deux pour se faire kidnapper par Skeggi. Elle devait donc savoir ce qu’on disait des fer-nés de l’extérieur. Et ayant vécu ici depuis un certain temps, elle devait désormais savoir ce qu’il en était de l’intérieur.


"L'histoire morte est écrite à l'Encre, la variété vive s'écrit dans le sang."  

 
©️ frangin
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Message Mer 15 Mai 2013 - 21:04

Le lord avait détourné la tête et, quand bien même elle ne voyait pas son visage, quand bien même elle n'entendait rien filtrer de ses lèvres, Violain comprit quelque chose d'assez unique, dans sa conception du monde tel qu'il était à vue de souris : cet homme n'avait aucune envie de soulever ses jupons. Fussent-ils propres. Fussent-ils luxueux. Fussent-ils féconds – ah, maudite imagination, ne pouvait-elle donc pas voir autre chose que ces tentacules croissant dans son giron ! Il y avait quelque chose dans son attitude qui respirait quelque chose de proche de l'indifférence, sans en être tout à fait. Quelque chose comme de la sérénité agressive, ou une sorte de détachement pragmatique – en tous cas, un sentiment inaccessible pour la jeune fille, à la sagesse bien veule et à la considération bien pâle. Le plus grand des poulpes de ces Îles était décidément un homme étrange, si tant était qu'il pouvait encore être appelé un homme. Peut-être que, finalement, les quelques soiffards exagérant leurs récits à propos des pirates et de leur seigneur difforme avaient eu raison pour une part de monstruosité. Elle était seulement plus cachée, donc plus profonde. Comme un monstre des mers. Hé, ça faisait sens.

Il commenta brièvement son aveu de timidité prétendue, lequel était aussi faux que grotesque, pourtant il semblait rebondir là dessus. Ses narines se dilatèrent – hé, quoi, c'était ce mensonge là qui avait trompé la seiche ? Ce petit trait d'esprit ridicule qu'il avait décidé de prendre au pied de la lettre ? Quand les doigts de Dagon cessèrent de frapper leur tempo de guerre, la Souris remarqua dans l'air l'absence du rythme qu'elle n'avait pas entendu s'installer, ce qui la surprit bien davantage que les propos du lord Ravage. Elle avait passé trop de temps sur ces foutues îles, beaucoup trop de temps. Un jour, elle se réveillerait avec des écaille sur le ventre, ou les mains palmées. A moins que ses jambes ne deviennent molles, malléables et gluantes. Elle passa une langue sèche sur ses lèvres, dominant un sentiment de colère profond, lequel avait toujours existé chez elle, mais s'était nourri jour après jour depuis son enlèvement. Si le sel de la mer inspirait aux guerriers des Îles une violente dévotion, il n'aiguisait que les plaies d'orgueil de la petite créature en jupons. Elle ne voulait pas crever ici, elle refusait de finir sa vie en servante déformée par les coups, l'alcool et les grossesses ; toutefois il ne servait à rien de se jeter sur la main du Greyjoy pour lui bouffer un doigt de dépit et n'avoir avec la mort comme seule joie de se dire qu'il frapperait moins bien les airs martiaux de sa contrée. On avait la gloire qu'on pouvait. Elle ne commenta pas la diatribe du lord, de fait – pas tout de suite en tous cas.

Elle revint vers lui et la table entre deux pensées contraires, lui, grimaça fugacement alors qu'elle s'installait. Manifestement, il n'aimait pas ses parures de fortune ; sur le coup, elle s'en moqua. Il pouvait bien la trouver immonde, après tout elle ne le considérait même pas tellement humain, alors que lui importait de plaire à une abomination ? Seulement l'idée d'une victoire éphémère, d'une petite coquetterie de son âme noire et secrète. Rien dont elle ne pourrait se draper avec éclat, les étreintes des poulpes étaient un peu trop moites et collantes pour ça. Un long silence suivit la question qu'elle avait osée, répondant à celui qu'elle avait respecté avant de prendre la parole, ce qui donnait une scène étrange ou deux êtres qui n'avaient en commun que la table où ils étaient assis se guignaient en coin sans échanger ou se mouvoir vraiment. La peur qui avait noué ses entrailles relâchait sa pression sur ses viscères, mais sans disparaître pourtant – elle se faisait plus diffuse, plus lancinante. Plus empoisonnante, donc plus familière. Le ton froid sur lequel il finit par reprendre parole avait sur la vilaine fille un effet étrange, à la fois mordant et apaisant. Mordant parce qu'elle haïssait qu'on résiste à ses petits effets, apaisant parce qu'elle commençait à s'habituer à ses façons, ainsi qu'à l'idée que cet homme avait autant du kraken que de l'anguille. Il lui échappait, elle ne parvenait pas à agripper quoique ce soit de son caractère sans qu'il ne dérape et ne revienne à son état de pierre moussue ? C'était... C'était si peu fréquent de trouver quelque chose qui lui résiste ainsi – pas avec mollesse, mais plutôt avec souplesse – qu'elle n'était plus piquée par le dard venimeux de l'envie de se confronter, pour le seul plaisir de s'imaginer vaincre en une quelconque façon. Alors, contre toute logique apparente, alors que le lord Ravage lui demandait pourquoi piller pour vivre était un crime aux yeux du continent, elle eut un rire soupiré, lèvres closes, narines écartées. Encore une fois, pas tant pour ses mots que pour l'air qu'il dégageait.

Et il y répondit – sans doute pas vraiment pour elle, tout comme elle ne l'avait pas fait pour lui. Il lui servit un verre – mazette, si ses anciennes fréquentations la voyaient être servie par un suzerain ! – qu'elle saisit dans un geste très rare chez elle, à la fois léger et ample, qui était très naturel et, dans ce même mouvement spontané, portée par l'instant, elle releva le coin de ses lèvres dans un sourire passablement rieur, ainsi que parfaitement désabusé et, brandissant sa coupe emplie d'une bière qu'elle n'avait jamais aimée, elle lança à la volée.
    « Quel genre d'ennemis ? Le genre pour lesquels on voudrait construire des murs sur la mer, pour oublier leur visage et en faire, dans les histoires de bonne femme, des monstres à gueule de poisson. A votre santé, milord. »

Elle but un grand trait, avant de reposer main et ale sur la table avec une lenteur appliquée. Ce breuvage frais et mousseux avait toujours été dégueulasse à son palais. Ni mauvais, ni médiocre, pas même âcre : dégueulasse. Aucun autre mot ne convenait.

Sa langue glissa sur ses lèvres, les bulles grattaient sa gorge, venaient piquer son nez. Elle souffla brièvement, renifla encore plus rapidement, puis reposa des yeux illuminés d'une brillance nouvelle sur le lord à ses côtés. Elle le regardait alors plus franchement, quand bien même elle n'était toujours pas certaine de le voir quitter cette pièce sans l'avoir au préalable démembrée – bah ! Après tout, entre ça et une énième dispute avec son propriétaire ivre, au moins cet assassin là aurait un titre clinquant plutôt qu'un nez couperosé... Penchant la tête de côté sans interrompre sa scrutation du seigneur kraken, tout comme elle se penchait sur les propos échangés, elle laissait son œillade se promener d'un œil à l'autre. Elle n'était pas moins écœurée, mais, plus habituée, Violain se laissait séduire par ce trait très infantile de revenir vers ce qui était dégoûtant, pour s'y confronter encore et encore et s'amuser de ses propres sentiments. D'une voix plus douce, plus mature – au contraire de ce qui l'habitait, mais elle n'était pas à une contradiction près – elle souffla après quelques secondes à peine.
    « C'était du cynisme. »

Elle reprit une gorgée du breuvage qu'elle serrait toujours de son petit poing blanc. Ah, non, c'était toujours aussi infâme. Lorgnant un instant le fond de son verre, presque à y chercher un chancre crevé qui pourrait expliquer l'origine de cette mousse jaunâtre dont tant de gens semblaient raffoler, la souris poursuivit.
    « La timidité, je veux dire. Ce n'est pas comme si on pouvait se permettre de l'être, ici. Il ne faut pas montrer de faiblesse, dans mon état. Il ne faut pas montrer de force non plus. En fait, elle ricana, comme femme-sel, il ne faudrait exister le moins possible pour être à peu près sûre d'être tranquille. Elle ajouta, avec un sourire un peu plus candide, ainsi qu'un regard assassin. Et, au contraire. Il n'y a rien de plus sécurisant que de se déshabiller devant Skeggi. Parce que quand il bande, mon seigneur, il pense avec sa queue. Croyez-le ou pas, ça le rend moins con. »

Son petit nez se plissa. Peut-être prendrait-il ombrage d'une déclaration pareille, décrivant son frère dans toute son intimité, avec une aussi brutale franchise, mais elle n'en était pas sûre. Elle était même plutôt persuadée du contraire. Après tout, elle lui avait agité sa culotte sous le pseudopode, par la verve comme le geste et il n'avait pas même bronché, alors un peu de cette désinvolte liberté de parole qu'il paraissait rechercher ne pourrait être si mauvaise. Une troisième gorgée de ale, plus modérée, plus lente, la convainquit de reposer son verre définitivement et de le repousser du bout du doigt, signifiant par là assez clairement qu'elle n'en reprendrait pas. Une inspiration plus tard, elle reprit ses réflexions et, malgré son esprit toujours occupé par l'émoi de se tenir aux côtés d'un seigneur et l'angoisse palpable de dîner avec ce lord-ci – fallait-il qu'elle ait de la chance, vraiment -elle le décrivit de bas en haut, ou plutôt de l’œil mort jusqu'à la taille, pour ce qu'on voyait de lui au dessus de la table. Retrouvant ce ton à la fois ample et posé qui donnait à sa voix d'ordinaire très aigrelette et passablement agaçante un petit quelque chose de plus mur, de plus sucré, la souris avança une sorte de confidence.
    « Pas un crime d'offrir à son peuple une vie, non. Pas un crime non plus de le défendre, évidemment. Ouais ! Ce dernier mot fut relâché comme un rire, presque. Mais le continent aime la tranquillité comme vous aimez le fer. C'est ce qui dérange, je crois. En tous cas, moi, c'est ce qui m'a bien dérangée. J'avais des petites choses à faire qui me semblent bien contrariées, maintenant et vu d'ici. Depuis le continent, ce n'est pas les morts qu'on vous reproche, ni de venir violer, ou brûler, ou ce qui vous passe par la tête quand vous attaquez. C'est de puer, de bousculer, de défaire. »

Elle se pencha légèrement vers l'avant et murmura, d'un timbre qui appuyait l'impression de confession du moment.
    « Vous êtes un terrible emmerdeur. Voilà comment on vous voit. »

Un silence s'écoula. Son coeur manqua un battement, ses entrailles brûlaient de contentement, nourries par sa propre audace et une certaine étrange satisfaction, comme si cette bravade valait un beau linceul ou, s'il ne la frappait par de mort pour avoir lâché tout ceci comme d'un rire, comme si elle pourrait ronger son amertume avec cette petite fierté là toute sa vie. Jusqu'au jour où, petite chose vieille, sèche et poussiéreuse dans un coin de forteresse, elle finirait enfin par rendre le peu d'âme qu'elle avait jamais eu, un sourire victorieux aux lèvres, fière d'avoir suppuré haine et infection toute son existence de rongeur, même ici, même sur ces Îles maudites où elle n'aurait pas du tenir plus d'une semaine. Elle croisa ses petites mains l'une sur l'autre devant sa poitrine l'instant d'après et, battant deux fois des cils avant de sourire avec candeur, elle reprit d'un ton haut et aigu.
    « Ah ! Je crois me souvenir que j'ai de la saucisse quelque part. Vous en voulez, m'lord ? Ça me ferait bien plaisir que vous en preniez. C'est une des premières que j'ai faite et je crois bien qu'elle est réussie. »

Dans ses yeux brillaient toujours autant d'ironie et de cynisme, mais si ses lèvres étaient à nouveau parées d'un maquillage de fausseté et d'habitude, il y avait quelque chose dans son allure qui signait encore une étonnante et vive sincérité. Oui, quelque part, ça lui ferait plaisir qu'il mange et apprécie ce qu'elle avait fait, dans un mélange curieux de relent d'instinct maternel et d'offrande faite à un ogre effrayant. Elle se trouvait facile à contenter, comme demoiselle, tout de même, ainsi que de bien bonne composition ; les yeux rivés sur le lord Ravage, la souris avait un petit quelque chose de... Guilleret, comme toute enfant qui s'amuserait à gratter les quenottes d'un monstre pour l'instant indolent.
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Et si les souris ne dansaient pas, dès l’absence du chat.

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