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Les premières lueurs du soir

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Message Lun 15 Oct 2012 - 0:03

Celle qui occupe le lit de gauche s'appelle Merry, celle qui est endormie sur celui de droite est surnommée Gencives. Ce n'est pas très gentil. C'est du au fait qu'il lui manque la plupart de ses dents de devant et que, sitôt qu'elle parle, qu'elle grogne, qu'elle sourit ou qu'elle baille on ne voit que ses gencives roses et ses molaires jaunes. J'avoue avoir moi-même du mal à ne pas contempler cette chair lisse, luisante et bizarre. Elle s'est présentée elle-même de cette façon, aussi, je crois bien qu'à force, ça ne la touche plus guère, mais à sa place je pense que j'en serais toujours un peu contrariée. Merry dit qu'elle a du insister pour que les autres serviteurs, au moins, l'appellent par son nom à elle, puisque les maîtres et habitants mieux nés la désignent sur le terme de « la grenouille ». Elle a un visage très rond et des yeux un peu globuleux, encadrés de cheveux fous, roux et très fins, qui lui donnent un air de flammèche. J'aime bien. Je l'ai coiffée hier, et depuis, elle m'a dit qu'elle m'aimait bien aussi.

Pour l'instant, ils sont partagés sur le surnom à me donner. Cybeline, disent-ils, c'est bien trop long pour un brin de fille comme moi, et ça fait trop précieux, alors ils s'amusent à déformer mon patronyme et à en tirer ce qu'ils trouvent pour m'aller mieux. Cyssie, Bélie, la brune, l'ahurie aussi, sont les termes qui reviennent le plus souvent, mais celui que je préfère est celui que m'a donné l'un des hommes officiant aux cuisines, qui m'a regardée, tout en équarrissant une bête, et qui a dit « Beau sourire ». Mais voilà, il est cuisinier, ou pas loin de l'être, aussi, me souvenant des propos de mon Capitaine, je n'ai rien dit, je n'ai pas souri, et j'ai regardé mes pieds. Il a insisté, m'a hélée, a grondé, pour finir il a abandonné. Il ne m'appelle pas, depuis, ce qui égratigne un peu mon esprit. Oh ! Ce n'est pas comme si j'étais déjà familière de tous, ici. Je ne suis arrivée que deux jours avant ce début de nuit, m'attendant à tout, c'est-à-dire à peu près à rien ; au final je n'ai pas été secouée plus que de mesure. D'abord, j'ai été confiée à Gencives, qui s'est présentée abruptement, ce qui m'a fait ouvrir de grands yeux. Sans d'autres mots qu'un ordre brièvement lâché, elle m'a conduit au travers du dédale des couloirs froids, me commandant de prendre garde à ne pas lâcher mon drap, et elle m'a montré ma chambre. C'est aussi la sienne, donc, j'occupe la place d'une précédente, morte d'une fluxion à ce que j'ai compris. Les saisons sont rudes, ici, même les printemps sont froids et l'automne qui semble s'achever est mordant, cruel, sans pitié. Elle n'était pas très jeune, mais plutôt fragile, on m'a dit de regarder dans ses anciennes affaires qui n'avaient pas encore été prises par d'autres mains, afin de me vêtir à minima, en attendant qu'on me dégote quelque chose d'un peu moins sale et qui m'irait peut-être mieux. J'étais surprise, mais reconnaissante, ce que j'ai exprimé. Gencives en a été légèrement décontenancée et m'a demandé, rapidement, d'où je venais, comment j'étais entrée au service de l'Harloi. J'ai évoqué le naufrage, Sargon, elle m'a interrompu en disant « ah oui, ah bon » et en faisant un mouvement de main pour couper là mon récit. Elle m'a demandé ce que je savais faire ensuite et, après mes réponses, m'a emmenée me mettre au travail.

J'ai récuré tout le jour et j'ai brossé le début de la nuit. J'ai fait de la place dans la commode ensuite pour ma robe encore très légèrement moite, que je rêve de pouvoir laver, j'y ai déposé aussi ce bijou que j'ai trouvé sur la grève de galet juste après que les fer-nés aient débarqué les trésors qui appartenaient à Lorath et devaient revenir à un seigneur de l'Ouest. J'ai cru voir ma petite boite d'huiles et de parfums à brûler, j'ai fait un mouvement, hésité à la demander, mais je me suis retenue. Personne n'a pris cette boucle d'oreille esseulée qui brillait assez peu au milieu des pierres humides, alors je me suis permise de la saisir, juste avant d'être entraînée dans l'antre de pierres. Je l'ai caché au milieu de mon velours. J'ai mangé dans la chambre, avec mes deux nouvelles compagnes, dans un silence un peu gêné. Je crois qu'elles ne s'entendent pas, ces deux femmes-là. Je ne connais rien de leur histoire pour l'instant, je n'ai pas osé leur demander si elles étaient par hasard de sel, mais Gencives a rompu le silence en disant que je n'étais pas geignarde, et que c'était bien. Merry en a pris ombrage sans que je ne comprenne, le ton est monté, j'ai proposé une histoire, Gencives a imposé le silence. Mais le lendemain, elles ont accepté. J'ai huilé mes cheveux en partageant la moitié de mon pain avec Merry, puis j'ai coiffé les siens et elle m'a cédé un morceau de fromage en échange. Nous avons devisé, très brièvement ri, enfin, je m'apprêtais à dormir quand une autre femme, plus âgée et plus droite, est venue frapper à l'huis pour me dire d'avancer. Elle m'a tendu une meilleure robe, m'a demandé de la passer, et m'a dit de faire vite. Sargon voulait me parler.

Aussitôt, dans la chambre, le silence est retombé.

Le jupon est noir et raide, mais il est lourd et ne tombe pas si maladroitement. J'ai serré le corsage comme j'ai pu, mais il n'est fait que de lin et n'a aucun agrément. Furtivement, j'ai repris la boucle d'oreille que j'ai sauvée de l'oubli et, la gardant en mains, je l'ai passée à mon lobe alors que je suivais cette femme silencieuse, que je devine née sur ces pierres, tant elle en a l'odeur et l'allure. J'ai l'habitude d'avoir une seule oreille ornée, Maître Mainate m'avait offert ce qu'il nommait son plus grand trésor, un très beau bijou pour orner l'arc d'une oreille, mais qui avait perdu son jumeau depuis des éons. Je la portais à mon oreille gauche, et l'ai perdue dans l'onde. Cette boucle emperlée est de bien moindre valeur, mais sentir à nouveau quelque chose peser sur mon lobe et frôler ma joue me redonne la sensation d'être assez convenablement vêtue pour ne pas trop avoir honte. Je sais bien que ce ne sont pas les manières d'ici, eux qui arborent tous des guenilles – même les seigneurs, mes dieux ! – mais je ne parviens pas à me défaire de l'idée que c'est indécent, presque répugnant, d'être aussi mal fagoté. Je frôle le rebord de ma mâchoire sur laquelle vient se cogner la perle blanche et solitaire quand la femme s'arrête soudain, me pointant une porte, me commandant d'y attendre, j'avance, j'ouvre, je suis seule. C'est, je crois, quelque chose comme un salon, bien que les meubles soient dépouillés et les ornements absents.

La nuit y est fraîche et l'âtre y est mort. Par l’entrebâillement de la fenêtre, les embruns me parviennent, intenses, puissants, je m'y dirige d'abord pour les humer avec un bonheur gourmand que je ne veux pas me refuser. J'aime la mer, j'en suis l'enfant et j'éprouve une joie peut-être un peu coupable à me savoir à jamais liée à ces falaises battues aux flancs par l'onde salée. Je reste ainsi un instant, à sentir le froid blanchir mes traits, l'air iodé se glisser dans mon sang, puis je sursaute, cille, ferme le battant de verre et m'installe auprès du feu, pour le faire renaître de ses braises, et amener la lumière à percer. Une chaleur ténue se répand quand la porte est poussée. Je suis agenouillée devant le feu encore très timide, soufflant sur le bois rougeoyant. Je relève la tête, devine, par dessous et dans l'ombre, les traits de mon Capitaine. Je me redresse, souris avec tendresse, me retiens d'avancer avec trop d'empressement. « Ah, Sargon, » lance-je avec une douceur que je ne cherche pas à diminuer, « Je t'ai vu hier, en songes. Comment te portes-tu ? » Mon ton est naturel, bien que mes mains se serrent l'une contre l'autre, assez nerveusement. Oui, j'ai rêvé de lui, d'autres également, mais je ne peux ignorer que je joue là, bien malgré moi, des instants très importants. Je l'ai compris sans mots, dans les regards, dans la tension, dans les attentes ; je ne sais pas faire semblant. Je ne parviens pas à me forcer. Je ne peux pas être désinvolte à ce propos, car je n'ai encore pas eu l'occasion de faire une seule offrande pour mes morts, et j'en ai trop peu rêvé. Alors je presse mes mains un instant plus fort, inspire lentement, reviens vers le feu sans me jeter tout de suite à la tâche de le ranimer davantage. Je sens que le danger filtre des pierres de la bâtisse tout comme l'humidité. Je devrais bien m'y faire. Je guette la présence de Crépuscule à son côté. Je suis bien heureuse d'avoir pu négocier de quoi soigner ma chevelure auprès de la grenouille dont je partage la chambre, mon allure en est moins brouillonne. Lui, comme je l'avais vu, est soigné, d'autant plus que cette fois, il n'y a aucune goutte de sang pour souiller son visage ou ses vêtements. Je n'ajoute rien, et le laisse parler, les yeux dans les siens et l'échine penchée. Je sais ce que les maîtres attendent et, si je n'ai jamais été servile, j'ai toujours été serviable, alors j'attends. Et, quelque part au fond de moi, je me réjouis pour mes morts : s'il m'a fait appeler, c'est qu'il se souvient de moi. C'est un pas de plus pour faire en sorte qu'il apprenne, un jour, les noms de ceux qui dorment dans les ruines du navire qu'il a fait sombrer.


Dernière édition par Cybeline le Mer 17 Oct 2012 - 21:40, édité 1 fois
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Sargon Harloi
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« Capitaine de la Veuve Salée »

♦ Missives : 5377
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♦ Age : 28
♦ Date de Naissance : 27/09/1988
♦ Arrivée à Westeros : 22/11/2011
♦ Célébrité : Jack Huston
♦ Copyright : © Aryana
♦ Doublons : Maron Martell, Pryam Templeton, Bryce Vyrwel, Alysane Mormont
♦ Age du Personnage : 28 ans
♦ Mariage : Femme-roc : Helya Harloi (née Botley) ; Femme-sel : Emeraude
♦ Lieu : Île de Harloi, Dix-Tours
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Message Lun 15 Oct 2012 - 14:23

     La nuit était avancée, quelques temps étaient passés depuis qu'il était rentré du dernier raid. Sargon n'avait pas oublié la jeune fille qu'il avait tirée des eaux, c'était la seule survivante en réalité puisque les autres avaient été confiées aux soins de Harlon le Rouge, le prêtre du Dieu Noyé qui s'occupait des sacrifices rituels. Il n'avait d'ailleurs pas manqué de remarquer la silhouette enveloppée dans la couverture, qui descendait du boutre pour se diriger vers Kenning avec les autres prises. Le prêtre ne s'était pas gêné pour faire remarquer à son neveu que, pour une fois, sacrifier toutes les captives lui apporterait un meilleur regard qu'en garder une pour lui, ce à quoi le capitaine avait rétorqué qu'il se fichait pas mal du regard du Dieu Noyé et qu'il n'offrait ces femmes que pour qu'Harlon lui lâche un peu la grappe. Inutile de préciser que l'oncle du Harloi n'avait pas apprécié la remarque et qu'il avait débité une fois de plus les avertissements et les critiques qu'il semblait lui réserver tout particulièrement. Avant que l'homme ne puisse avoir achevé sa diatribe, le jeune homme s'était détourné en déclarant qu'il avait plus important à faire que d'écouter les divagations d'un vieil homme. Il voulait garder la petite chandelle oui et alors ? Ce n'était pas la première fois que Sargon faisait passer ses envies – pour ne pas dire ses lubies – avant le reste et jusqu'à présent, tout cela lui avait plutôt bien réussi.

     Le reste de l'équipage semblait avoir clairement compris qu'il ne fallait pas s'intéresser à la petite survivante et qu'elle était pour le moment au capitaine. Ils savaient aussi que dans quelques temps, une fois que le Fer-né aurait découvert un nouveau jouet plus amusant, il leur offrirait l'ancien de bonne grâce. Sargon n'était pas un homme très compliqué, contrairement à ce qu'il voulait faire croire, il ne s'embarrassait pas de ce qui ne pouvait servir et faisait fréquemment le vide autour de lui. Sauf que ce moment n'était pas encore arrivé et qu'il faudrait donc se montrer patient au risque de s'exposer à la mauvaise humeur de leur capitaine.
     Les heures qui suivirent l'arrivée à Kenning ne furent pas très joyeuses, conformément à ce qu'il s'attendait à voir. Après avoir « discuté » avec sa cousine et l'avoir asticotée au sujet d'un éventuel mariage qu'elle pourrait faire pour se rendre utile, le jeune homme s'était rendu à Dix-Tours afin de rendre compte de ce qui s'était passé, à son oncle, le seigneur de leur maison. Malheureusement, contrairement à ce qu'il espérait, le capitaine de la Veuve Salée n'eut guère l'occasion de s'envoler aussitôt son rapport effectué. Trop heureuse de pouvoir à nouveau se mêler des affaires de son cousin qu'elle ne supportait pas, la fille d'Igon Harloi s'était invitée dans la pièce afin de questionner Sargon sur l'avancée de ses projets. Elle faisait bien évidemment état de ses tentatives aussi vaines que répétées, de convaincre la Botley à l'épouser. Toutes les îles savaient bien que ses demandes fertiles n'aboutissaient jamais et toutes les îles savaient aussi que le sujet était particulièrement épineux. Après de vifs échanges, le ton monta rapidement et Igon dût intervenir lorsque son neveu fit savoir à sa cousine qu'elle avait leur cœur aussi desséché que l'utérus et qu'elle ne servirait qu'à faire une offrande au Dieu Noyé. L'entrevue se termina donc sur une note plutôt négative et ce fut avec un sentiment de contrariété grandissante, que le capitaine regagna Kenning où il vivait depuis plus d'une dizaine d'années à présent.

     La nuit n'avait donc pas été reposante, mais c'était une chose fréquente lorsque l'on vivait sur ces îles et la journée qui suivit fut donc abordée avec la même motivation qu'à l'accoutumée. La guerre facilitait un peu la vie quotidienne, permettant de se « divertir » d'une autre manière, mais sans pour autant parvenir à éviter les habituelles confrontations avec d'autres Fer-nés qui n'approuvaient pas le comportement du capitaine de la Veuve Salée. Lorsque le soit arriva, Sargon l'accueillit donc avec un certain soulagement, lassé de la médiocrité de ses pairs. Il pensa alors à elle. Cybeline, la petite captive aussi originale que rafraîchissante. S'était-elle faite à la vie de servante ? En aussi peu de temps, c'était difficile à dire, mais pourtant cela ne le dissuada pas de vouloir en savoir plus. Il ordonna donc à une domestique d'aller la chercher et de la mener dans la salle où il passait le plus clair de son temps. Avant de s'y rendre lui-même, le capitaine prépara quelques plans pour le lendemain, puis quitta la pièce qui lui servait de chambre afin de gagner celle où la jeune femme devait être. Elle s'y trouvait bien. Lorsqu'il ouvrit la porte, son regard se posa aussitôt sur une silhouette agenouillée devant l'âtre où quelques braises brûlaient encore. La pièce était fraîche comme presque tout le château, les murs épais n'aidaient pas à réchauffer l'atmosphère, pas plus que ses habitants d'ailleurs. Fidèle à elle-même, la jeune femme l'accueillit avec un sourire aussi inhabituel que décalé, mais agréable à voir sur un visage qui devait normalement vous être hostile. Il resta silencieux le temps qu'elle lâche quelques mots avant de revenir auprès du feu, comme pour se réchauffer, puis il approcha d'elle avant de s'arrêter à un bon mètre pour enfin lui répondre.

     ▬ En songes vraiment ? Et qu'as-tu songé de moi alors ? Est-ce que la réponse l'intéressait réellement ? D'un côté oui, mais de l'autre il se moquait de ce que les autres pensaient de lui. Tu ressembles déjà plus à une femme comme ça, moins à un petit rat trempé, c'est une bonne chose. »

     Pour quoi ? Pour son plaisir à lui ? Non, pas vraiment, elle était simplement plus présentable, même si sur les îles, c'était sans importance. Le Fer-né scruta son visage quelques instants avant de remarquer ce qui pendait à son oreille. Il ne s'attardait généralement pas à admirer les autres, préférant se concentrer sur sa personne, mais disons simplement qu'il retenait les détails de ce genre lorsqu'une personne marquait son attention et c'était le cas de Cybeline. Peut-être qu'elle avait déjà réussi à ses faire « des amies » qui lui auraient offert un présent ? À moins que ce soit un cuisinier trop téméraire qui aurait dérobé un bijou quelque part dans l'espoir de se faire bien voir de la jolie demoiselle ? Le capitaine avança à nouveau pour s'arrêter devant elle et leva la main pour toucher la boucle qui pendait au lobe de la jeune femme.

     ▬ C'est nouveau. C'était une remarque, pas une question. Est-ce que tu t'es faite belle juste pour moi, ou est-ce que tu as déjà réussi à te faire quelques prétendants parmi les serfs du château ? »

     Au fond, cela n'avait pas trop d'importance, même en imaginant qu'elle puisse avoir désiré se rendre présentable pour lui, qu'y gagnerait-il ? Le capitaine laissa sa main retomber le long de son corps avant de détourner son attention sur le feu qui rougissait peu à peu dans l'âtre. Cette fois-ci, il n'était pas maculé de sang et n'empestait pas la mort, mais il devait toujours rester bien différent des personnes que la jeune fille avait l'habitude de côtoyer sur son île natale. Les Iles de Fer étaient très différentes des autres, rudes et austères, elles avaient forgé leurs habitants à leur image. Même les domestiques devenaient comme eux à force, certains étaient des captifs dont la vie était devenue trop morne pour qu'ils puissent sourire, d'autres étaient des roturiers de l'île souvent trop faibles pour agir comme de véritables Fer-nés. Le regard mordoré du Harloi quitta finalement la cheminée pour se poser une nouvelle fois sur le minois de Cybeline. Ses lèvres n'étaient plus bleuies par le froid, ses cheveux aussi avaient un aspect plus agréable à l’œil et certainement au toucher. Il n'était pas mécontent d'avoir décidé de la garder.

     ▬ Alors, comment se passe ta nouvelle vie ? Est-ce que tu regrettes déjà d'avoir attrapé ma main, ou est-ce que tu es encore enjouée à l'idée de devoir vivre jusqu'à la fin de ta vie sur ces îles ? Il avait volontairement omis de répondre à ses questions, un peu comme si leurs discussions étaient destinées à se dérouler de la sorte, toujours ignorer les questions de l'autre. Elles doivent être bien différentes de chez toi n'est-ce pas ? Même les habitants. Et encore, tu es certainement dans le coin le plus intéressant. »

     Harloi était l'une des îles les plus « riche » puisqu'elle possédait les mines de fer les plus productives et qu'il y avait quelques animaux et quelques arbres. Les autres îles étaient beaucoup plus désertes et vierges, mais dans le fond, le mieux du pire, c'était toujours plus déprimant que le pire du mieux, non ? Un peu comme le capitaine, même s'il n'était pas forcément le mieux de l'avis des autres, serviteurs y compris.


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Message Mer 17 Oct 2012 - 22:55

Il s'approche, le côté de son visage luit contre le feu, s'éclairant d'ombres oranges et de lumières, en comparaison, bleues. Il reste à une certaine distance, ne venant pas aussi près qu'il l'avait fait sur le boutre, les yeux sur moi mais le regard cryptique. Je n'arrive pas à lire dans ses prunelles, d'autant plus que je n'y vois que l'âtre qui prend s'y refléter pour l'heure. Je me redresse, maintenant qu'il parle ; il m'interroge sur mes songes. J'ai rêvé de lui, vraiment. Dans le premier songe il était couvert de sang, Crépuscule au travers du ventre, avançant le long d'une plage – je crois que son boutre était un peu en arrière, mais je ne m'en souviens plus vraiment. Il y avait des corps un peu partout alentours, je ne sais pourquoi, mais j'essayais de remettre leurs morceaux ensemble, peut-être pour éviter que les gens ne parviennent démembrés devant leurs dieux. Il parlait avec une voix étrange, crachait de la ferraille, je crois qu'il était possédé par l'esprit de l'épée. Il semblait heureux, pourtant. Et puis il mourrait. Mon second rêve était à propos de la bataille, je la revivais, mais cette fois, c'était notre navire qui l'avait remporté. Les Fer-nés étaient dans l'onde, certains se noyaient, il y en avait quelques uns à notre portée. J'ai tendu la main pour en tirer au moins un des flots glacés, mais mon oncle m'a tirée en arrière. Garald me disait « Ce sont des chiens, laisse-les crever, » je voulais protester, mais il me disait de me taire. Je me suis réveillée songeuse, les deux fois, mais pas exactement angoissée. Je crois qu'il y a des vérités à chercher là dedans, peut-être, sans doute. En tous cas, beaucoup me parlent, que ce soient les esprits des guerriers de mer ou des morts de Lorath. Je reste rêveuse le temps de maturer une réponse à lui faire, il m'interrompt d'une sorte de compliment bizarre, dans laquelle je commence à le reconnaître. Une femme, pas un rat trempé, dit-il, une caresse d'un côté, une lame de l'autre. Mon sourire prend une teinte un peu plus complice, peut-être. Je hoche seulement la tête en agrément, une petite lueur pétillante dans le regard.

Il vient plus près, comme avant, frôle mon oreille emperlée, montre qu'il l'a remarquée d'une phrase courte et soulève une interrogation, qu'une fois de plus je parviens à relier aux quelques mots que nous avions déjà échangés. J'étire le cou pour mieux lui présenter le bijou, alors que mes mèches de cheveux s'écartent en coulant sur mon épaule dans le mouvement. Il semble aimer insinuer que je cherche à me rapprocher des hommes, ou que je le pourrais, ou alors que je préférerais être touchée par lui – d'une façon chaste ou d'une autre qu'on m'a davantage répétée. Alors qu'il abaisse sa main et pose ses yeux sur les flammes, enflammant ses prunelles en retour, je penche la tête vers lui, à la fois pour contempler ce feu luisant, et pour lui répliquer d'un murmure confiant. « Oui, c'est vrai, j'ai souhaité te rendre honneur en me préparant un peu. Je ne l'étais pas exactement à mon avantage à notre première rencontre. D'ailleurs, je m'excuse devant toi de ce manque de respect. » C'est tout à fait sincère. A mes yeux, on se doit de faire en sorte d'être agréable aux personnes qu'on rencontre, pour ne pas déjà les agresser au travers de leurs sens. Je plisse les lèvres davantage, avec un petit air malicieux. « Même s'il y avait les circonstances, auxquelles tu devais t'attendre pour les avoir provoquées. » Je me redresse, poursuis d'une voix plus claire, ni tremblante, ni coupable. « Ça ne me prive en rien de faire des efforts, maintenant que je le peux. J'ai trouvé la boucle sur la plage, personne ne l'a ramassée. Mais si tu veux que je la laisse, je le ferais. » Je ne crois pas avoir fait quoique ce soit de mal en profitant de ce que j'ai pu trouver. Ma nervosité décroît à mesure que prennent les flammes, et l'âtre commence à bien brûler. Je me sens, quelque part, comme l'invitée de marque d'un bien-né aux manières différentes, mais tout de même courtoises. Ce n'est pas, pour moi, très éloigné de la réalité.

Mon impression se conforte alors qu'il s'enquiert de mon bien-être, quand bien même j'y devine, encore et toujours, cette légère touche tranchante qui veut piquer les blessures fraîches. Je lui pardonne aisément : à avoir comme compagne une épée si fabuleuse, on doit en prendre le caractère cinglant et froid, quelque part. Son détour au propos de l'intérêt de l'endroit me fait légèrement hausser les sourcils. Je n'avais pas eu jusque là la simple idée de comparer ces deux endroits. « J'ai deux braves compagnes, qui m'ont un peu parlé des coutumes d'ici, et qui m'ont indiqué où il fallait que je travaille, et où j'allais dormir. Je ne regrette pas, oh non ! J'ai encore beaucoup à rêver, à et apprendre, et à dire. » L'effet de cette insistance quant à mes remords de vivre où à la crainte de mon sort serait sans doute plus fort si je n'avais pas eu si peur sur le navire, au point de m'en jeter à l'eau ; je peux comprendre qu'on puisse faire quelque chose de stupide, poussé par la peur, puisque je l'ai fait, mais à distance et sans nécessité, je peine à saisir vraiment l'ampleur de ce que le commun voudrait me faire ressentir. Je poursuis. « Et j'ai parlé à mes camarades de chambrée, et appris d'elles un peu comment me tenir et que faire ici, et puis, j'ai rêvé. » Je noue mes mains dans mon dos, ployées sur mes reins que je creuse, changeant de jambe d'appui. « J'ai fait beaucoup de ce que j'aime, en somme. » Je tourne tête et la moitié du buste vers la fenêtre, ajoutant dans un chuchotement trahissant une émotion que je ne pourrais cacher – il y a dans ma voix quelque chose comme de l'adoration. « Et puis, je vois la mer. Il y a son parfum partout ici. » Je reviens à lui. « J'aurais grand peine à être malheureuse. Ou... A ne pas trouver tout ça... Intéressant. Il doit y avoir des centaines de légendes rien qu'ici, alors sur toutes ces îles rassemblées, il y a de quoi nourrir plusieurs vies. » Certes, ce n'est pas l'idée que je me faisais de mon avenir, mais je n'ai jamais été de ceux qui dessiner des plans sur quelque chose d'aussi labile que le temps qui n'est pas encore passé. C'est, à mes yeux, comme vouloir bâtir un navire fait d'eau. C'est une image belle et séduisante, mais vaine, quoiqu'il arrive. Je reviens vers lui, le considère un instant.

Mue par une impulsion à laquelle je cède aisément, dépourvue de méfiance et ma nervosité terrée loin au fond de moi comme un animal effrayé par le feu, j'effleure de toute ma douceur et du bout de mes doigts le bras de mon Capitaine, le frôlant depuis le milieu jusqu'au coude, où je m'arrête, y étendant la paume sans l'appuyer ni l'enfermer. « Je peux te raconter mes rêves, » dis-je tous bas, pour être certaine que personne n'entende, m'approchant un peu de lui de fait. « Mais j'aimerais aussi, si tu me permets... J'aimerais te connaître toi, avant de connaître cet endroit. Si tu veux bien me raconter un peu, ou... » J'hésite, me mordille l'intérieur de la lèvre inférieure avant de continuer, les joues peut-être un peu moins blanches qu'à l'accoutumée. « Me dire ce que je peux faire pour le mériter. » Je plisse le nez, souris encore, lève ma main gauche pour m'en abriter légèrement. « Je veux dire, rien d'inconvenant. Mais tout comme Crépuscule, j'imagine que ton histoire ne s'offre pas ainsi, et qu'elle vaut davantage qu'être simplement donnée. » Je retire lentement ma main, la faisant rejoindre sa jumelle, puis les abaisse toutes deux devant le haut de mes jambes. Je plonge mes yeux dans les siens, cherchant à saisir de nouveau l'essence de cette flamme particulière que j'avais vu danser derrière ses iris, reflets étincelants et éphémères de son âme guerrière et insaisissable – pour l'instant. Je comprends aisément les gens, mais il m'échappe en grande partie. Il y a certes très peu de temps qu'il fait partie de ma vie, mais il est mon ancre principale quant au visage qu'a pris mon destin, aussi, si je ne veux pas dériver, si je veux rendre un réel hommage à ceux qui flottent dans les flots froids ou à celui qui m'a sauvé des eaux, je me dois de l'entendre, de comprendre, de goûter ses songes à lui aussi. Je ne veux pas prendre sans donner, ni offrir sans échanger. Je me suis jurée de lier à jamais mon nom à son histoire, aussi dois-je comprendre de quoi il est fait et sur quel matériau je me veux graver ma présence. Je voudrais aussi lui quémander mes huiles, ma cire et mes parfums qui me manquent comme il me manquerait une jambe coupée, tant je suis habituée à les avoir toujours et à constamment les user, mais je ne veux pas lui faire croire, par une maladresse empressée, que je refais un caprice ou que je crois pouvoir lui imposer ma volonté. J'ai fréquenté assez le monde pour savoir qu'il est composé d'âmes qui n'aiment rien tant que de faire ce qu'on leur refuse et d'objecter à ce qu'on leur demande, quand bien même je n'ai jamais compris l'intérêt de cette absence totale de docilité, moi qui ai souvent été obéissante et qui ne l'ai que rarement regretté. Il est Capitaine, et moi peu de choses, il voudra sans doute davantage guider. C'est bien naturel. Les choses sont ainsi désirées par les dieux qui nous veillent, et je sens leur présence partout autour de nous.

« Je voudrais savoir qui tu es, » conclus-je, avec toute la sincérité du monde.


Dernière édition par Cybeline le Ven 19 Oct 2012 - 20:31, édité 2 fois
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Sargon Harloi
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Message Jeu 18 Oct 2012 - 13:31

     Il avait toujours autant de mal à se faire au comportement de Cybeline, cette manière qu'elle avait de ne pas le craindre était extrêmement déstabilisante. Au fond, Sargon se rendait compte que la tâche lui était facilitée lorsque les personnes qu'il côtoyait le craignaient. Qui donc irait vous chercher des noises si tout le monde avait peur de vos réactions ? Les servantes de Kenning devaient toutes le détester, mais pourtant, jamais une seule n'avait tenté de se débarrasser de lui. Pourquoi ? Parce qu'elles avaient peur et savaient très bien que si une seule ratait son coup, ce serait certainement la fin de leur tranquillité. Il se considérait comme une personne unique et son arrogance le poussait à s'imaginer qu'il occupait tous les esprits, même si la vérité était certainement bien éloignée et qu'avec le temps, les anciennes captives devaient peu à peu oublier son existence. Cybeline elle, était toujours aussi particulière, toujours aussi surprenante. Sargon considéra qu'une fois de plus, il avait été bien inspiré de la garder à ses côtés et encore davantage de lui demander de venir ici ce soir. Sa mauvaise humeur s'était envolée l'espace de quelques secondes, toujours aussi versatile qu'à l'accoutumée il oubliait rapidement les raisons de sa contrariété lorsqu'il était en bonne compagnie.

     Le fait qu'elle lui dise qu'elle était désolée de ne pas avoir été présentable lors de leur première rencontre, ne manqua pas de l'amuser et il le montra en arborant son habituel sourire. Lui non plus n'avait pas vraiment été très présentable, à moins qu'elle ne soit amatrice de sang et de tripes, sans compter qu'ils avaient passé plusieurs jours en mer et que l'hygiène n'était pas vraiment leur priorité. Autant dire que l'aspect physique n'était pas franchement important, puis elle était encore en bon état lorsqu'il l'avait hissée sur le bateau, du moins comparée à certaines anciennes captives. Lorsque la jeune femme expliqua où elle avait trouvé cette boucle, il fut assez étonné d'apprendre qu'elle avait osé ramasser un trésor qui traînait sur le sol, en temps normal les femmes étaient tellement pétrifiées qu'elles n'osaient même pas bouger avant qu'on ne les bouscule. Ce n'était rien de plus qu'une boucle sans grand intérêt, il pouvait considérer qu'elle l'avait prise parce qu'elle était abandonnée, si elle était restée sur la plage de galets, la mer l'aurait de toute manière emportée. D'un signe de dénégation, il lui fit donc savoir qu'elle pouvait la conserver.

     ▬ Tu peux la garder, elle traînait sur le sol alors tu peux considérer qu'elle n'appartenait plus à personne. Cela ne l'empêchait pas de pouvoir se faire disputer par d'autres servantes jalouses. Mais tu pourras t'attendre à provoquer la jalousie des autres domestiques, alors à toi de voir si tu souhaites réellement la garder. Il aurait pu lui dire de raconter que c'était lui qui lui avait offerte, mais c'était une protection et comme le Fer-né l'avait déjà dit, elle se méritait. Et pour le reste, je pense que tu l'as remarqué par toi-même, être à son avantage n'est pas franchement la priorité des habitants de ces îles, même su le boutre tu étais plus présentable que bien des femmes nées ici. »

     Il pensait notamment à Elyn ou même Helya, les deux capitaines n'avaient pas du tout l'apparence d'une femme présentable, mais tout le monde s'en moquait puisque c'était ancré dans leurs traditions. Ce n'était pas pour rien que les autres Fer-nés traitaient le capitaine comme « une donzelle du continent » parce qu'il portait une attention trop poussée à son physique. Comme il ne se privait pas de le dire : il était aisé d'ignorer quelque chose que l'on ne possédait pas, en l'occurrence des atouts physiques. Ses pensées furent chassées par la voix de Cybeline qui lui fit savoir qu'elle s'était déjà liée avec ses compagnes de chambrée. Ce n'était pas si étonnant, elle avait l'air capable de se faire apprécier par à peu près tout le monde, excepté les véritables Fer-nées qui détestaient presque tout ce qui était délicat, comme la jeune femme. La manière dont elle percevait sa vie de captive était toute aussi étrange que son comportement à l'égard de Sargon, ce dernier la dévisageait d'ailleurs d'un regard inquisiteur, un peu comme s'il se demandait si elle était en train d'essayer de le manipuler. Mais non. Elle avait l'air sincère et c'était d'autant plus intriguant pour le capitaine qui ne parvenait pas à la cerner. Désagréable sentiment pour quelqu'un qui se prétendait manipulateur né, il imaginait savoir dire exactement le mot qu'il fallait pour mettre son interlocuteur mal à l'aise, mais avec la demoiselle pour le moment, tout avait échoué. Cybeline commençait à représenter une sorte de défi, plus elle parlait, plus cette sensation se renforçait. Devant de telles paroles, il ne put s'empêcher de faire état de ses pensées.

     ▬ Tu es vraiment étrange. »

     Dans sa bouche, cela ne sonnait pas comme une critique, mais plus comme un compliment. Elle devait le deviner de toute manière, ne lui avait-il pas avoué lors de leur première rencontre, qu'il appréciait les choses originales ? Elle était une marchandise, sa chose en quelques sortes et elle était originale.... Fidèle à elle-même, la jeune femme poussa son originalité jusqu'à oser le frôler, puis le toucher un peu plus fortement. Les yeux mordorés du Fer-nés restèrent rivés sur le minois délicat de la demoiselle, cherchant une trace de dégoût où une lueur de colère dans son regard, quelque chose qui indiquerait que ce n'était pas sincère. Mais rien, encore une fois. Toujours aussi surprenante, plus ils progressaient, plus Sargon avait envie d'en découvrir davantage en se demandant quand est-ce qu'il parviendrait à la cerner. Le défi se faisait de plus en plus présent et son côté dominateur éprouvait le désir de pouvoir lui montrer qu'elle n'était pas bien différente des autres. Pourtant elle l'était, mais il ne fallait simplement pas qu'elle en soit conscience. Drôle de manière de penser alors qu'il venait justement de souligner son étrangeté, mieux caresser pour mieux frapper, c'était son comportement habituel comme s'il avait toujours besoin de faire mal après avoir été gentil. Et c'était bien le cas.
     Cybeline lui parla de nouveau de ses rêves, elle chuchotait presque comme si quelqu'un écoutait leur conversation. C'était peu probable, jusqu'à présent personne ne s'était risqué à ce genre de sottises avec le capitaine et il n'y avait pas beaucoup de chances pour que cela se passe un jour. Il la fixait en silence tandis qu'elle poursuivait en prétendant vouloir le connaître, lui demandant même comment agir pour le mériter. Comme si elle se doutait qu'il allait à nouveau lui servir une tirade graveleuse, la jeune femme prit les devants en lui coupant l'herbe sous le pied. Que devait-elle faire ? Lui-même l'ignorait, il n'avait jamais sincèrement parlé de lui à qui que ce soit et ne comptait pas vraiment le faire. Se confier à une esclave n'était pas envisageable non plus, mais pourtant, quelque chose en elle lui donnait envie de lui offrir un petit quelque chose. Après un bref instant d'hésitation, il arbora un nouveau sourire hautain et arrogant, se penchant légèrement vers la jeune femme qui le fixait d'un air plus sincère que jamais.

     ▬ Tu sais certainement qu'il y a des histoires qui ne sont pas faites pour êtres ébruitées et c'est le cas de la mienne. Le ton n'était pas brutal pour autant, comme s'il lui laissait une ouverture. Pour savoir battre ton adversaire, il faut le connaître. Je ne te connais pas vraiment en fin de compte et je serais un bien piètre Fer-né si je racontais ma vie à une femme à qui j'ai arraché sa liberté. Son sourire se mua en une expression plus dure. Les femmes ne sont pas vraiment dignes de confiance, les hommes non plus, mais eux au moins frappent directement alors que les femmes sont d'un naturel sournois. C'est ancré dans vos gènes. »

     Ce n'était pas un discours machiste, Sargon n'avait rien contre les femmes, au contraire, il devait bien être le seul capitaine masculin de la flotte de fer à accepter d'avoir des femmes comme marins. Disons simplement que les Fer-nées étaient au-dessus du lot et qu'il n'avait pas confiance en les femmes-sel et autres captives. Même si en apparence Cybeline n'était que douceur et sincérité. Toutes les femmes cachaient un fond d'obscurité. Le Harloi recula légèrement, s'éloignant de la demoiselle pour attraper une chaise qui se trouvait posée à côté d'une table. Au moins pouvait-elle considérer qu'il ne comptait pas s'en-aller tout de suite, mais bien lui accorder de son temps. Qu'allait-il lui demander en échange de quelques informations le concernant ? Lui-même l'ignorait, mais peut-être devait-elle le connaître un peu mieux avant de vouloir s'aventurer sur ce chemin. Le capitaine posa la chaise non loin de l'endroit où il se tenait juste avant et, sans en proposer une à Cybeline, s'installa dessus avant de lever ses yeux vers le minois de la belle. Même assit, il tenait à la dominer.

     ▬ Ce que je peux te dire, c'est de te méfier de tes relations. Je ne suis pas apprécié sur ces îles et encore, c'est un euphémisme. Nombreux sont ceux qui me souhaitent du mal et si tu clames trop fort que tu t'intéresses à moi ou que je prends la peine de te parler, tu t'exposes surtout au risque de subir leur colère. Il observa une légère pause. Tu n'as pas ma protection alors tu ne seras pas une grosse perte pour le château. Il lui avait dit qu'il fallait l'obtenir, mais pour la décrocher il fallait qu'il s'intéresse à elle et donc forcément qu'elle se rapproche de lui. Cercle vicieux qui permettait justement au capitaine de savoir s'il avait raison de s'attarder sur elle où si elle fuirait au premier danger. À toi de voir, tu peux mener ta petite vie tranquille ici et tu seras en sécurité ou tu peux décider de continuer sur cette voie, mais dans ce cas il n'est pas assuré que tu passes l'hiver. Au moins ça, c'était dit. Son regard scrutait chaque trait du visage de Cybeline. Tu as l'habitude de servir et d'obéir aux hommes n'est pas ? »

     Une nouvelle main tendue. Si Cybeline décidait de lui répondre, c'était qu'elle s'engageait sur cette voie qui menait peut-être à une mort prématurée, si elle l'ignorait ce serait le signe qu'elle tenait à rester en vie. S'il avait été à sa place, le choix entre une vie monotone et solitaire, mais longue ou encore une vie animée et amusante, mais courte, était rapidement fait. Sauf qu'il ne savait pas la cerner et qu'elle pouvait encore réussir à la surprendre.


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Message Ven 19 Oct 2012 - 22:16

Sargon est un homme intriguant. Je ne peux trouver meilleur mot et l'idée reste à flotter dans un coin de ma tête, comme un nuage paresseux, alors que nous devisons presque galamment. Intriguant, oui, parce qu'il est curieux, et parce que je le sens tout à fait apte à manipuler – ce que je ne juge pas comme un défaut, mais bien un trait de caractère – à sa façon de souffler le chaud, le froid et la tourmente, avant de cajoler un peu. Être doté de cette capacité ne fait pas de vous un monstre, après tout, vous pouvez convaincre afin d'indiquer de meilleures directions, et je ne suis pas moi-même la dernière à user de tact et de patience plutôt que de raison. Mais derrière ce qu'il me promet comme menaces à venir, il est encore une fois prévenant, me complimentant à moitié et poussant même jusqu'à me rassurer sur l'honneur que je me veux lui faire en étant convenable à ses côtés. Je ne crains pas la jalousie des autres domestiques ici, non pas par morgue, mais parce que j'y ai pas songé. J'imagine que les gens sont heureux de voir quelqu'un prendre soin de soi pour leur parler, puisque j'ai grandi dans cet état d'esprit et qu'il est naturel pour moi de témoigner de la considération qu'on a pour autrui en donnant une belle image aux autres ; bien que j'ai remarqué que l'apparat n'est pas de la plus haute qualité sur ces îles. Mais j'imagine qu'ils posent ses valeurs sur des socles différents, simplement, et que je dois m'efforcer de les comprendre pour m'y adapter. Mais je suis loin de me figurer que mes efforts peuvent être pris pour de la vanité, ou pire, des injures jetées à leurs visages tannés par les embruns.

Il se détend, et il sourit. J'en suis heureuse, profondément, et un petit éclat de bonheur coule le long de mon échine et vient briller en mon ventre. Le peu de tension qu'il restait en moi s'est évanouie, et je pourrais me croire revenue dans mon île, appelée par un ami ou parent de Maître Mainate à venir lui donner l'ultime récit de sa vie. Il me dit que je suis étrange et j'en plisse les lèvres sur une expression mi gênée, mi flattée, à vrai dire. J'ai toujours été étonnée que tant et tant de monde s'accorde à me qualifier ainsi, alors que je m'efforce d'agir d'une façon que je ne peux voir autrement que logique, mais entre les lèvres de mon Capitaine, ce mot ne sonne pas comme une injure, pas plus qu'un rejet. Il en avait presque l'air appréciateur, je me souviens brièvement de ses dires sur la navire. Je le pense collectionneur, amateur de rareté, chasseur de reliques et de bizarreries, et puisqu'on m'estime particulière, il ne peut qu'en être ravi. Et pourtant ! Je ne cherche pas à être hors du commun, bien au contraire ! La plupart du temps, je m'efforce d'être la plus commune possible, pour ne pas déranger ou déplaire, puisque je ne répugne à rien tant qu'à heurter, mais puisqu'il aime, je ne peux le lui refuser. La chose me met dans une posture délicate, sans pouvoir nier ou corriger, alors que j'imagine ce constat faux ou biaisé. Je rosis un peu, et il continue de parler, alors j'oublie pour l'instant ce dilemme insoluble sur lequel je n'ai pas de prises. Après tout, si je ne peux rien y faire, autant se réjouir de ce qu'il y a de bon, et passer à côté du reste.

Il se penche vers moi, suite à ma demande, je tends un peu le cou et m'attends à ce qu'il me le frôle comme il l'a souvent fait avant après ce genre de mouvement, mais il n'en fait rien cette fois. Il a retrouvé son sourire mordant, mais sa voix est encore modulée et n'a rien de celle de Crépuscule, que j'ai entendue dans mes rêves. Oui, je sais qu'il y a des histoires qui sont faites pour être tenues secrètes, mais les secrets ne sont pas faits pour être à jamais gardés, sinon ils meurent, et ce ne sont plus des mystères, mais des traces bientôt effacées par le vent, la pluie et le ruissellement du temps sur les quelques âmes qui en tenaient des fragments. Les secrets vivent en s'avouant, mais à voix basse, masqués, déformés même : les légendes sont des hommes qui vivent encore dans nos voix chuchotées. Mais je ne lui dis pas : son visage s'est durci après qu'il ait parlé d'adversaires, et il termine en claquant que les femmes sont une engeance de poison et de lames tenues dans l'ombre ; je reste muette, le considérant. Mes yeux sont dans les siens, je ne lui souris plus qu'à peine, mais ce n'est pas parce que j'ai peur ou que je me sens injuriée, mais parce que j'ai de la peine pour lui. J'ai toujours fait confiance. Qu'il ne le veuille pas pour la moindre personne signifie, pour moi, qu'il ne le peut plus, donc qu'il a été trahi. Alors je hoche la tête, docile. Je saurai être patiente, pour lui, et pour lui prouver que je ne suis pas une ennemie, pas plus qu'une rivale ou un poignard avide de sa poitrine.

Il s'éloigne, je le suis du regard, croyant un instant qu'il va partir et me sentant désolée de l'avoir brusqué avec ma curiosité, mais il saisit une chaise plutôt, et s'assoit près du feu, à peu près là où il était jusqu'alors. Spontanément, je lisse ma jupe, ploie le rebord de mes jupons pour ne point les salir et je m'agenouille, presque face à lui mais légèrement sur sa droite, afin de le laisser profiter du feu et de ne pas le gêner s'il voulait se lever et finalement partir. C'est naturel chez moi, maître Mainate et moi profitions de l'âtre ou de la soupe ainsi, puisqu'il n'avait qu'une seule chaise assez bonne encore pour porter un poids – il vivait très solitaire et ne recevait pas – et ne voulait d'abord pas faire de frais pour moi. Ensuite, il m'avait demandé si j'en voulais une, finalement, mais j'avais appris à aimer ses moments où j'avais la tempe sur son genou, lui sa main sur ma tête, et où nous parlions ensemble, les yeux dans le feu et l'âme voguant sur les histoires que je lui racontais, auxquelles il donnait à l'occasion un nouveau tournant en ajoutant à mon récit un évènement. Je me retrouve décidément dans une ambiance familière qui gonfle mon cœur de joie et arme mes reins de certitudes : je suis là où je dois être.

Les dires suivants de mon Capitaine sonnent à mes oreilles comme le défi du chevalier dont j'avais conté les aventures quelques soirs, et qui devait, à chaque fois, choisir entre poursuivre son devoir et s'arrêter là, ayant déjà beaucoup fait. On lui promettait les dangers, la détresse, la peine, s'il continuait, on l'assurait qu'il pourrait reposer dans la paix et le bonheur s'il choisissait de laisser d'autres le faire, car il avait déjà beaucoup accompli et n'avait pas été épargné – à force de récits, le pauvre homme était borgne, boiteux et amputé de quelques doigts à la main gauche, perdus en allant chercher une clé dans la gueule d'un loup énorme et sanguinaire qu'il avait pourtant refusé de tuer, parce qu'il était le gardien d'une source merveilleuse et qu'elle se serait tarie sans son monstre pour la laper. Quant à moi, que dois-je faire ? Vivre et me lier à lui. Certes, il me promet de vivre assez sûrement d'une certaine manière, en m'éloignant, en évitant de froisser mes compagnes qui pourraient ne pas aimer que ma présence implique la sienne, mais en quoi ferais-je mon devoir envers mes morts de cette façon-là ? Je n'ai pas très bonne mémoire, je me laisse aisément distraire, et si je n'ai jamais oublié ni le rire de Mainate ni les yeux de ma mère, je crois bien que mon esprit a laissé échapper des présences plus ténues – mais combien ont été primordiales les trois âmes qui ont forgé la mienne ! Si je suis assurée de ne pas oublier un jour Garald, je ne me crois pas capable de retenir toutes les images de ceux que je n'avais fait que côtoyer sur le navire, alors que je n'avais d'yeux que pour la mer. Les morts, eux, se souviendront du Capitaine les ayant envoyé par le fond : j'ai besoin de lui pour accomplir mon devoir. Ma propre protection n'est pas véritablement mon souci principal. Certes, si je meurs, je ne pourrais pas luire pour leurs mannes, mais si je ne fais rien, ce serait comme si après les avoir regardé descendre dans la tombe, je refermais sur eux une terre glacée, avant d'y poser une dalle inerte, sans marque, sans aucune chance de laisser leurs esprits s'envoler. Je serais davantage qu'une meurtrière. Ses derniers mots, lancés alors qu'il décrit le visage pensif et confiant que j'ai de levé vers lui, me font surgir de mes songes.

« Hé bien, oui, j'ai servi. J'ai servi ma mère, j'ai suivi mon oncle, j'ai servi mon Maître. » A cette pensée, j'ai l'envie furieuse de poser ma joue contre la jambe de Sargon, mais je me retiens de le faire. « Pour ma mère, c'est l'ordre des choses, pour Maître Mainate, c'était pour payer son savoir en échange. » Je souris, les yeux illuminés de bonheur à parler de ce temps où, toute enfant, j'accomplissais tout le labeur qu'impose une maison et un homme à l'intérieur. « Il ne l'a pas fait immédiatement, au juste, il ne comptait pas le faire. Mais il a changé d'avis avec le temps. » Tout comme Sargon sur le boutre – mais je n'y pense pas sur l'instant. Je suis trop préoccupée par mon bonheur et agitée par ses propos d'avant, qui tournent et se retournent en mon cœur et me paraissent toujours plus solennels à chaque instant. Je suis devant ma première grande épreuve, sans personne pour choisir pour moi ce qu'il faut que je combatte : mon Capitaine me laisse la barre. Je ris légèrement, pleine d'aise et d'une timide exaltation. Je me dis qu'il ne faut pas que je me laisse porter à la dérive trop longtemps, qu'il faut que je choisisse promptement, sous peine de ne plus pouvoir changer de route – ou de périr dans un écueil sans rien avoir pu accomplir, pour mes morts, ou pour Sargon. J'ai deviné une fêlure en lui – je n'oserais pas dire que c'est une plaie, puisque j'ignore si elle saigne – mais cette confiance trahie m'a touchée et, puisqu'il m'a sauvée, je me dois de chercher à venir chercher en lui cette foi et cet abandon qui ont péri. Ou, au moins, à tempérer ces colères froides que je devine en lui et que je crois liées à cette béance. C'était peut-être le sens de mes deux rêves, bien que je n'en sois pas sûre, et qu'il faudrait que je les fasse rôder en moi quelques nuits encore. Je reprends, sans rien lui cacher de mon emportement, qui fait briller mes yeux de fer autant que le feu qui se reflète en dedans. « Je veux toujours savoir qui tu es. Si ce n'est pas par ton histoire, ce sera en restant à tes côtés. Je peux dire que ce n'est pas pour te vaincre, même si tu ne fais pas confiance aux femmes, et que tu ne te fieras pas à quelques mots seulement. » Je lui accorde ceci d'un mouvement de tête, un brin hésitante, empressée et cherchant les mots justes, qui ne sonneront pas autrement que ce que je ressens. « Alors, je pourrais faire pour toi comme pour les rêves que je fais de toi. Je garderai tout secret. Je tairai tout ce que tu me diras, tout ce que tu feras avec moi, ainsi, je pourrais espérer voir un printemps après l'hiver, sans dédire ce que j'avais juré devant la mer. » Je viens de frotter dans un geste tendre le bout de mon nez sur son genou, je ne m'en aperçois qu'après. La familiarité a fini par vaincre mon esprit. Je rougis faiblement, lisse une boucle ample de mes cheveux entre mes doigts blancs. « Être non loin de toi, ne jamais oublier. C'est important pour moi, je... » Je marque une butée. Je ne sais pas s'il faut que j'en dise autant, je crains de le brusquer, ou de paraître ridicule. Mais je souffle bas. « C'est important pour moi, Sargon. Tu m'as laissé le choix de vivre, tu me laisses le choix de vivre pleinement. » J'ai presque peur d'éclater de rire. Je me mords la lèvre pour le contenir, et ajoute d'une voix tendre, pleine des délices que je savoure en avance. « Si j'osais, je demanderais même de revenir sur la mer, avec toi ! C'est là... C'est là que je me sens le plus vivante. Entre le vent et l'eau. » Mes songes s'emportent, je m'imagine sur les flots encore, à ne faire que sentir le sang de l'onde couler dans le mien, à entendre les voix de ceux de ma famille, que je ne connais pas, qui sont morts depuis longtemps, mais que je comprends déjà. Que j'ai toujours compris, sans le savoir vraiment.

Je baisse brièvement les yeux, alors qu'une idée m'a percutée. « Même s'il paraît qu'une femme en mer porte malheur. » Je reviens sur lui, regard dans regard, jetant mon gris argent contre son or de feu. « Je ne veux pas mettre la mer en colère. Mais... » L'aveu est douloureux, mais les épreuves le sont toujours. Je dois faire preuve de courage. « … Si je dois choisir entre m'éloigner des gens ou de toi, je préfère te voir toi complètement, plutôt que tous, un peu. » Cette fois, l’ambiguïté de ma phrase me passe totalement au dessus de la tête. Je ne pense plus à mal, pas véritablement à bien non plus : je pense à l'absolu. A la mer, aux dieux, au destin, aux histoires, à tous ces songes que j'ai fait et à ce qui m'a amenée finalement là, sans l'avoir choisi jusqu'ici, mais avec tant de ressemblances, et tant de changements. Tout est presque pareil qu'à Lorath, sauf que cette fois, c'est moi qui écris mon histoire, alors que, paradoxalement, je suis esclave. Ah ! Ça ferait un bon récit. Peut-être, un jour, une jeune fille la racontera pour moi, et je vivrais encore dans ces légendes. Peut-être. Sûrement. Oui : ce sera ainsi. Je me rassois un peu mieux, inspire profondément. Je me suis apaisée très vite après de grands emportements, mais, après tout, je ne suis qu'heureuse pour l'instant. Je n'ai pas à frémir, pas plus qu'à hésiter. Pour un peu, je me lèverais pour l'embrasser, puisque je ne pourrais clamer à personne combien mon Capitaine est grand, combien Sargon est aimable, combien il est injuste qu'il soit déprécié. Tant pis. Ça sera mon secret.
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Sargon Harloi
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« Capitaine de la Veuve Salée »

♦ Missives : 5377
♦ Missives Aventure : 401
♦ Age : 28
♦ Date de Naissance : 27/09/1988
♦ Arrivée à Westeros : 22/11/2011
♦ Célébrité : Jack Huston
♦ Copyright : © Aryana
♦ Doublons : Maron Martell, Pryam Templeton, Bryce Vyrwel, Alysane Mormont
♦ Age du Personnage : 28 ans
♦ Mariage : Femme-roc : Helya Harloi (née Botley) ; Femme-sel : Emeraude
♦ Lieu : Île de Harloi, Dix-Tours
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Message Sam 20 Oct 2012 - 15:16

     Le regard de Sargon ne quittait pas la silhouette de Cybeline. Agenouillée qu'elle était à ses côtés, la jeune femme avait presque l'air d'une enfant et lui se faisait l'impression d'être un vieillard qui lui contait des histoires au coin du feu. Quelle drôle de vision ! Aussi improbable qu'inimaginable. La vieillesse était une tare qu'il refusait depuis le moment où il avait été assez grand pour comprendre que son oncle Harlon n'était qu'un vieil imbécile ancré dans ses traditions. Mais au-delà du côté irréalisable, c'était plus le fait que la demoiselle se comporte aussi naturellement avec le capitaine, qui était surprenant. Il n'en revenait toujours pas, même si rien chez lui ne montrait cette surprise. Cybeline avait l'air de vivre à ses côtés depuis des années, un peu comme si un lien que seules des années d'intimité pouvaient tisser, les habitudes que l'on prenait en accord avec celles de l'autre personne, en somme, tout ce que le Harloi ne connaissait pas. C'était assez navrant pour ne pas dire pitoyable, de constater que malgré toute sa morgue et son arrogance, le Fer-né n'avait personne qui puisse être qualifié de « proche ». C'était ce qu'il avait cherché au fil des années, ne pas laisser qui que ce soit s'approcher suffisamment pour pouvoir le poignarder. Il était plus aisé de trahir quelqu'un lorsque cette personne vous faisait confiance, c'était pourquoi le capitaine refusait cette proximité. Pourtant, il n'avait jamais eu à pleurer la moindre hostilité - mis à part celle des autres Fer-nés qui méprisaient son comportement - mais il prenait juste des précautions. Un bon combattant ne se faisait jamais avoir par surprise. Gabriel en avait subi les conséquences, il s'était vu rejeté comme un moins que rien alors qu'il n'avait jamais été médisant ou malveillant à l'égard de son demi-frère. C'était une assurance, lorsque vous étiez solitaire, vous ne pouviez compter que sur vous-même et Sargon l'avait compris. Que Cybeline agisse de la sorte avec lui le poussait donc obligatoirement à ressentir un certain danger alors qu'il n'y avait aucun calcul derrière la sincérité de la demoiselle.

     Mais il ne dit rien à ce sujet, se contentant d'observer le minois de la jeune femme qui le regardait d'un air pensif. Il agirait en temps et en heure, lorsqu'elle se montrerait trop entreprenante pour être sincère puisqu'il n'y avait pas le moindre doute dans l'esprit du Harloi : elle le trahirait. Comme toutes les femmes, comme Deirdre, son espionne, l'avait trahi en allant chercher du réconfort auprès du plus féroce adversaire de Sargon. C'était dans la nature des femmes de vouloir toujours mieux que ce qu'elles avaient et elles n'hésitaient pas à sacrifier ce qu'elles pouvaient avoir apprécié juste avant. Pour quoi donc la jeune artisane déciderait de le trahir ? Du matériel pour confectionner ses bougies ? La liberté ? Le temps le lui dirait.
     La voix de la Cybeline brisa alors le silence, expliquant qu'elle avait toujours servi les gens avec qui elle vivait. C'était étrange, une vie de servitude, Sargon éprouvait une grosse difficulté à comprendre qu'il était possible de pouvoir se plier aux désirs des autres. Il avait été élevé dans l'idée que seuls ses désirs comptaient, les Fer-nés étaient des hommes libres qui ne se pliaient pas aux règles de la noblesse et du protocole, ils décidaient de faire ce que bon leur semblait et c'était justement pour cette raison qu'ils étaient en guerre. Un tel mode de vie le dépassait et le capitaine se demandait encore comment est-ce qu'il pouvait se sentir intrigué par une femme qui n'avait jamais ressenti le besoin de se rebeller. Étrangement, il avait toujours privilégié les personnes de caractère pour l'entourer, mais au final ces individus finissaient justement par faire preuve de trop de liberté et en arrivaient presque à le trahir. Un cercle vicieux, il cherchait ce qu'il voulait éviter, illogique, mais trop ancré dans ses habitudes pour qu'il puisse changer. Est-ce que le caractère passif de la demoiselle pourrait changer la donne ? Lui-même l'ignorait.

     Ce fut avec un certain amusement qu'il constata que son maître avait agi comme lui, refusant tout d'abord l'idée de la garder pour finalement le faire. Sauvée des eaux par deux fois, est-ce que c'était son destin de toujours retenter sa chance ? Le Harloi observait toujours le minois de la roturière, muet pour mieux réfléchir aux paroles qui lui étaient offertes. Elle émettait des idées intéressantes, mais que Sargon ne pouvait envisager : se confier à une captive ? Même si ses paroles étaient sincères à cet instant, l'amertume finirait par arriver et elle le trahirait, il devrait alors se débarrasser d'elle et aurait perdu son temps à apprendre à la connaître. Dans son intérêt, mieux valait qu'elle se borne à écouter ce qu'il daignait lui dire, mais sans vouloir en savoir davantage. Le geste étrange qu'elle eut à son égard en frottant une partie de son visage contre le genou de capitaine ne manqua pas de provoquer un regard interrogateur chez ce dernier. Il n'était pas plus habitué à ce type de comportement qu'aux paroles aimables. Les rares fois où l'on avait manifesté de la « tendresse » dans un geste qui lui était destiné, c'était pour obtenir quelque chose ou lorsqu'il fréquentait encore Deirdre, ce qui n'était de toute manière pas comparable avec la situation actuelle. Ce ne fut que lorsqu'elle émit l'idée qu'elle aurait apprécié d'aller sur la mer avec lui, qu'il lui accorda un nouveau sourire amusé. La mer avait le même intérêt pour elle que pour lui, il était agréable de trouver une femme qui aimait tout autant ces flots qui encerclaient l'île où il vivait depuis toujours. Celles qui craignaient la mer avaient toujours été étranges aux yeux du Fer-nés, mais lorsque vous grandissiez avec cet élément, il était normal de vous y attacher. Un natif des Iles de Fer ne pouvait craindre la met puisque c'était sa patrie. Après les paroles de Cybeline, le capitaine opta pour une expression légèrement moqueuse, non pas à l'attention de la jeune femme, mais plutôt des « on-dit ».

     ▬ Il paraîtrait beaucoup de choses, mais c'est rarement prouvé et encore moins véridique. De toute manière, il y a déjà des femmes sur la Veuve Salée et il y en a plus que tu ne peux l'imaginer. Après je te l'accorde, la majorité n'étaient que des marchandises, mais je ne crois pas que la malédiction dont tu parles fasse la différence. Arkha était une véritable Fer-née et elle vivait sur la Veuve Salée lorsqu'ils étaient en mer, c'était le signe qu'il se moquait éperdument de ce genre de détails. Puisque tu veux apprendre des choses me concernant, tu sauras que je n'en ai cure des traditions, des malédictions et des prières qu'il faut adresser aux Dieux pour qu'ils daignent nous accorder une bonne mer et un vent d'arrière. Il y avait d'ailleurs eu quelques démêlés en mer à cause de ce manque de piété, mais Cybeline ne l'avait peut-être pas remarqué. Je ne compte que sur moi-même, je connais la mer comme si j'y étais né et je n'ai pas besoin de la bénédiction d'un Dieu pour y naviguer en toute sécurité. Était-elle croyante ? Il n'en avait aucune idée, pas plus de la divinité qu'ils priaient chez elle. Tu vois, finalement je n'accorde ma confiance à personne et les femmes ne sont pas les seules lésées. »

     Son expression moqueuse s'était à nouveau muée en un sourire amusé. C'était plus fort que lui, bafouer le Dieu Noyé lui venait aussi naturellement que de naviguer sur les flots. Il était considéré comme un hérétique et s'appliquait à coller à sa réputation, même si bien souvent son manque de piété allait au-delà de ce que les autres pensaient. Cela lui avait valu sa position actuelle et le fait que la place d'héritier lui soit boudée, mais il s'en moquait, au moins ne devait-il qu'à lui ce qu'il réussissait à obtenir. Sargon ne dépendait de personne, pas même des dieux et c'était une liberté qu'il n'échangerait jamais, même pour une place d'héritier. Reculant légèrement pour poser son dos contre le dossier de la chaise, le capitaine détourna ses yeux mordorés du visage de la jeune femme pour le poser sur les flammes dont la chaleur arrivait jusqu'à eux. Le sol devait être glacial avec les pierres qui le composaient, mais elle n'avait pas l'air dérangée par ce détail.

     ▬ Tu as l'air chanceuse, récupérée par deux fois alors que tu n'étais pas désirée. Est-ce que tu es née sous une bonne étoile ? C'est peut-être pour cette raison que tu es aussi croyante ? Il ignorait si c'était réellement le cas, mais à sa manière de parler des morts et de la malédiction, c'était une déduction logique. Tu sais, les morts ne vivent pas dans l'esprit de ceux qui restent en vie. C'est des idioties qu'on raconte pour que les vivants ne pleurent pas trop les morts, mais tout le monde finir par les oublier parce qu'ils ne servent à rien. Sargon se redressa légèrement pour se pencher un peu en direction de la demoiselle. Puisque tu as l'air d'aimer les conseils, tu devrais tous les oublier, comme ta vie passée, les sentiments c'est pour les faibles, si tu penses à ce que tu perds, vie comme proches, tu n'arriveras qu'à te rendre la vie encore plus difficile. Tu ferais mieux de ne penser qu'à toi-même. »

     Un discours trop naturel pour qu'il se rende compte qu'une fois de plus il était en train de la pousser dans la direction qu'il n'aimait pas. Elle allait devenir égoïste, ne penser qu'à elle et finir par le trahir pour pouvoir obtenir ce qu'elle voulait. Pourquoi agissait-il de la sorte ? Peut-être pour s'éviter de finir par ressentir de la lassitude à toujours côtoyer les mêmes personnes, au fond, lui-même l'ignorait et s'en moquait éperdument. Le Harloi recula à nouveau contre le dossier, déportant ses yeux sur les murs vierges de la pièce. Il leva sa main vers son visage dans un geste machinal de réflexion, songeant à ce qu'il pouvait bien faire ici. Discuter, tout simplement, mais pourtant il refusait de parler de lui, de quoi allait-il converser alors ? Ses mots pouvaient laisser croire à Cybeline qu'il l'accueillerait volontiers à bord de son boutre, mais pour le moment sa place n'y était pas, elle n'était qu'une servante parmi tant d'autres. Après la caresse arrivait toujours la gifle.

     ▬ Ta place est dans les cuisines du château, pas à mes côté. Je ne suis pas le seigneur de ces lieux, tu ne m'appartiens pas et je n'ai donc aucune raison de partager mes pensées avec toi. Au fond, cette discussion pourrait bien être notre dernière. Son regard glissa une fois de plus vers le joli visage de la jeune femme alors qu'il cherchait à y voir les traces d'une contrariété ou d'un autre sentiment négatif. Et c'est mieux ainsi, tout le monde fini toujours par parler, sciemment ou non, tu finirais par dire quelque chose à mon sujet ou alors on t'y forcerait et il faudrait que je me débarrasse de toi pour que personne ne sache ce que je t'aurais confié. C'est mieux ainsi, tu n'es pas faite pour ce genre de secrets. »

     Il n'avait pourtant pas d'horribles secrets à conter, juste des pans de sa vie qui étaient à la fois pitoyables et risibles. La raison de son hostilité à l'égard de son frère, des choses qui des fois n'avaient même pas de raisons. Il n'était pas bon, il n'était pas franchement mauvais non plus, mais son égocentrisme expliquait la majeure partie de son comportement. Aucun malheur dans sa vie ne justifiait son absence de sentiments, il était simplement né comme ça, voilà tout. Curieuse petite artisane, Sargon se demandait encore comment est-ce qu'elle parviendrait à survivre au milieu des autres servantes qui n'hésitaient pas à sacrifier une petite demoiselle pour gagner une meilleure place. S'il avait éprouvé de la pitié, le Harloi en aurait ressenti pour elle. Un léger sourire de dépit ourla ses lèvres alors qu'il terminait.

     ▬ Tu devrais t'endurcir, sinon tu finiras par te faire dépasser. Ce n'est pas pour rien que les captives sont appelées « femmes-sel », elles disparaissent aussi rapidement qu'elles sont venues. »

     Toutes n'en étaient pas et pour le moment, ce n'était pas son cas. Pour le moment uniquement.


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Message Dim 21 Oct 2012 - 21:31

Je l'écoute. Agenouillée comme je le suis, je ne peux qu'être attentive, tant j'ai pris l'habitude d'apprendre dans cette posture basse. Je recueillais les histoires de ma mère, les conseils de mon oncle, les confessions de Mainate, cette fois, ce sont des avertissements qui pleuvent sur ma tête. Je souris, suivant des yeux, un peu trop distraite par ma confiance renouvelée pour scruter les traits de Sargon et y lire l'avenir de ses émotions. Je me contente de couver la très légère animation de son visage souvent cryptique, ou bien moqueur, mais mon esprit est davantage occupé à tailler son portrait dans la glaise meuble de ma mémoire plutôt qu'a l'analyser. J'ai les yeux sur sa joue, j'ai très envie de venir l'embrasser, pour ce qu'il m'inspire de tendresse et de détente, mais je sais qu'il n'est pas l'heure. Elle viendra peut-être – sans doute – mais elle n'est pas encore là. Je l'ai compris, il ne se confie pas aussi vite que moi, et lui accorder ma patience sera lui démontrer mon respect. Il parle, donc, poursuit mes pensées en les concluant des siennes, il parle des femmes encore. Je suis très légèrement étonnée. Lui qui associe la fourberie à la féminité s'entiche de femmes qu'il place sur sa Veuve Salée, et contrairement à Crépuscule, elles semblent bel et bien faites de chair et de sang, et non uniquement du fer dont elles sont nées. Elles doivent porter malheur, toujours, mais peut-être que leur façon de voguer fait qu'elles portent le malheur dans leurs armes et sur leurs ennemis, et non eux-mêmes, du moins tant qu'ils tuent ; peut-être est-ce une part des raisons qui les poussent à frapper toujours et encore, écumant les flots comme des loups écument les plaines. Il me confie son manque de foi, ou plutôt, pour être plus fidèle à ses mots mêmes, il m'affirme qu'il ne prie pas. La chose ne signifie pas qu'il ne croit pas, mais plutôt qu'il refuse – il le peut. Les dieux sont là, tout autour de nous, revêtant parfois, à ce que j'en sais, des noms et des oripeaux différents selon les régions, mais le divin entoure le monde comme l'air et l'eau le font. Qu'on les révère ou non, ils sont là, et sans eux pas de vie, mais rien n'empêche un homme de passer à côté de leurs signes sans les saluer, tout comme un enfant peut refuser de reconnaître ses parents une fois qu'il a grandi et qu'il sait marcher. Sans suppliques ni sacrifices, il n'obtiendra rien d'autre d'eux qu'une éventuelle ire, souvent de la tranquillité, aussi je murmure : « Je ne te voyais ni offrir, ni t'agenouiller, » en accentuant fugacement mon sourire. Il ne les a pas injuriés, pas directement, il prétend simplement pouvoir s'en passer. Il ne m'appartient pas de préjuger du contraire. Si le divin veut moucher sa morgue, il le fera, moi je hoche la tête – sa vie ne m'appartient pas. Seulement, peut-être, prierais-je pour lui malgré tout, s'il venait à souffrir ou à mourir déjà, pour ne pas qu'il soit oublié deux dieux et qu'il se délite, une fois de l'autre côté de la vie, de crainte qu'il n'entraîne mes morts derrière lui.

Mes morts, justement : il y vient. Il me dit chanceuse. Décidément, il me perçoit comme les hommes de mon île me voyait : bizarre, particulière, touchée par la grâce ou les mauvais esprits. Ce que je trouve étrange, moi, c'est qu'il ait le même regard alors qu'il ne partage pas une seule goutte de leur sang – si ce n'est ce qu'il reste à sécher sur la garde de son épée ou le revers de ses vêtements. Mon Capitaine affirme haut et fort que les morts ne vivent pas dans mon esprit, ce que je lui accorde : ils ne sont pas en moi, c'est moi qui suis avec eux, et pour toujours ; ce n'est pas comparable, encore moins équivalent. Il continue, dit qu'ils ne servent à rien, ces défunts, et il se penche vers moi pour me conseiller de les vouer aux gémonies et de m'en débarrasser, je me redresse, retiens une nouvelle fois mon envie de baiser au bord de mes lèvres, le laisse reculer une fois qu'il a terminé. Il paraît pensif, soudain, un peu lointain, je ne réponds rien pour l'instant, sentant qu'il doit encore parler. Les secondes s'étirent, le feu crépite, sa voix s'élève quelques secondes ensuite.

Il me lance que je ne lui appartiens pas, que ma place est donc à ses côtés, pas auprès de sa Veuve et de sa compagne épée. Il me fixe, comme s'il cherchait ma réaction, que je ne lui cache pas : je suis un peu désappointée, sans doute intriguée, et déçue, également. Je n'ai pas terriblement envie de voir quelqu'un d'autre, pas plus que de ne jamais le voir revenir. Mes morts le réclament ! Je ne lui dirai pas, je ne lui en parlerai plus guère, je crois – il se moquerait, ou partirait de plus belle. Je ne veux pas mentir, mais je ne veux pas trahir, ni mes défunts, ni l'esquisse de confiance qu'il pourrait me vouer. De la patience, encore, à nouveau : c'est le présent le plus précieux que je puisse lui offrir. J'entrouvre les lèvres, les referme alors qu'il me voue à une mort prochaine s'il venait à trop parler, et je m'étonne d'abord : ne m'avait-il pas donné un choix à faire quelques minutes avant, à peine ? Aurais-je mal compris ? Ou bien – ou bien il joue, comme je l'ai vu jouer, et il cherche à me dissuader pour tester la force de mon envie et ma volonté d'être loyale. Il achève sur un dernier conseil, comme il le fait presque toujours depuis qu'on se parle, et depuis ma posture, je ne peux m'empêcher de me dire qu'il ne ferait pas un mauvais père, s'il avait suffisamment confiance en une femme pour lui déposer de son sang et de ses rêves au creux du ventre.

Et je souris alors, très fière, quelque part, d'avoir deviné ce nouveau piège, d'avoir déjoué le faux pas que j'aurais pu faire. Je progresse sur mon épreuve, voilà qui est bon ; avec tout mon naturel affable, je lève la main pour lui frôler le genou, y laissant reposer le bout de mes doigts. Et je lui réponds à l'envers, alors que tout me paraît soudain clair. « M'endurcir, dis-tu. Je suis navrée, mais je ne pourrais pas. Mon oncle m'a souvent dit de le faire, mais pour ça, je ne sais pas obéir. Ce n'est pas ma nature, comment dire... Si tu es né du fer, moi je suis plutôt de l'eau. Tu es dur et tranchant, moi non, mais même si on me frappe... » Je hausse une épaule, avec légèreté. Les coups m'ont toujours terrorisée, mais jamais disciplinée. Je n'étais pas une enfant pénible, mais les défauts qui m'ont toujours été reprochés me sont restés, rivés à mes reins comme à ma tête, et je les ai portés contre moi jusqu'à mon âge. Je doute de parvenir à changer à présent. Ma main quitte le tissu recouvrant sa jambe dans un lent frottement, je range quelques unes de mes mèches en arrière, dans un geste rêveur, reprenant à rebours ses remarques et mes réflexions. « Si je ne t'appartiens pas, finalement, c'est que tu m'as offerte. » Je regarde le feu un tout petit moment. « Ça me surprend. » Je reviens vers lui, yeux contre yeux, or contre argent. « Peut-être faudrait-il que je me renseigne alors, sur qui est mon possesseur, et qu'est-ce qu'il entend que j'exécute. S'il faut que je me présente, ou s'il préfère que je sois une main insensible, qu'il ne voit ni ne sent. » C'est bien là l'idée qui me dérange le plus dans tout ce qu'il a pu me déclarer jusque là. Je suggère délicatement, après un instant à laisser mon souffle aller et venir entre mes lèvres, et mes pensées filer dans le même courant. « … Mais, même si je ne suis plus à toi, manifestement, tu peux encore me demander. Si tu ne veux rien me dire de toi, peut-être pourrions-nous au moins partager des légendes. Des histoires d'ici ou de là. De la mer, si tu voulais bien, à défaut de m'y guider, aller sur la rive, seulement, ou me raconter ce que tu as pu y voir ! »

Je le contemple, les yeux pleins d'un espoir confiant. Tant pis ! Tant pis s'il ne veut rien me céder sur lui, il y a sans aucun doute beaucoup à dire, sur l'île, les flots, tout ce qu'on s'y échange à voix basse. Partout où il y a des hommes, il y a des mythes, et quand bien même il ne prie pas, il doit en avoir ouï la plupart. Je me rassois mieux, les yeux filant encore vers le feu, songeant à ce temps que Sargon ne cesse de m'affirmer contre moi, et qu'il me faudra pourtant grand si je veux pouvoir accomplir assez pour mes morts qui attendent dans les flots froids. Mes morts, justement : « Quant à mes défunts... Ça ne me rend pas triste d'y songer. Ils ne me pèsent pas, au contraire. Pourquoi je les oublierais s'ils ne m'entravent pas ? Ce serait m'y forcer qui m'empoisonnerait. Quand je songe à eux, même lorsque je repense à leur fin... » Mon visage perd son sourire, alors que mes yeux reviennent sur les traits du Capitaine, que je revois couverts de sang. « Je me souviens de leurs manies, de ce qu'ils m'ont appris, de ce qu'ils faisaient, de comment ils bougeaient, du ton de leurs voix. Mais rien qui m'attriste. » J'hésite, puis lâche un petit rire, les sourcils levés. « Ils sont morts. Ils reposent. Que puis-je pleurer ? » Je suis très sincère. Si j'ai pleuré sur le boutre, c'était pour ma peur et sur leur douleur, mais tant qu'il reste quelqu'un pour songer à eux, ils ne sont ni seuls, ni perdus, ni errants ou souffreteux. Ils baignent dans l'océan. J'imagine que le temps n'est plus le même lorsqu'on a été mortel, mais qu'on est à présent défunt ; que je doive prendre même des années pour leur témoigner un ultime hommage n'est pas le plus important, tant que je songe, que je prie, et que je m'y attèle de toute mon âme. C'est tout sauf du détachement ou de l'indifférence, de ma part, c'est le plus sincère des soucis et le plus ardent des bons sens.

Je replie mes jambes sous moi, m'assois sur mes talons, me rehaussant un peu, mais étant encore loin de le toiser face à face. Je pose mes mains sur mon giron, garde les épaules basses, signifiant ma détente, affichant la confiance que je lui voue : s'il voulait me frapper, je n'aurais presque pas le temps de seulement couvrir mon visage d'une main, et pas celui de m'éloigner. Mon regard encore une fois dans le sien, je murmure, légèrement penchée à mon tour. « Sargon... » J'ai savouré son nom. Ce n'est pas qu'un son, je commence à mettre son image derrière. Je reprends après un instant. « Tu m'as laissé le choix, disais-tu, tu m'opposes maintenant nombre de dangers, et un demi refus. Tu sais déjà ce que j'ai répondu, ce que tu as ajouté n'a pas changé ma décision à propos de cette île... Et de toi non plus. Maintenant, au juste... Le choix est à toi. Je ne peux te forcer à rien, je ne le veux pas, et quand bien même je voudrais ! Sargon, je ne peux pas. Que nous nous rencontrions ou pas, que nous parlions ou pas, c'est à toi de choisir, moi, je continuerai à rêver. Je n'oublierai pas. Je ne t'oublierai pas davantage. Quand bien même tu me dis que ça me sera fatal, je ne changerai pas cela. L'un dans l'autre, mon Capitaine... » Une teinte de malice s'ajoute sur mes lèvres, tout en les gardant très tendres, et mon regard plein de chaleur. « C'est à toi de décider du cap. Si je venais à te gêner tant, je suis une servante, comme tu dis, je ne manquerai pas. Ce danger pèse sur moi, mais le risque, c'est à toi de le prendre pour moi. Pour toi, si tu vois quelque chose que tu pourrais y perdre. Moi je ne vois rien. Et, je te suis dévouée. » Mes lèvres brûlent, une nouvelle fois, de l'envie de sceller mes paroles d'un baiser. Je les mords plutôt que de les céder trop vite, et je retiens un soupir, le destin suspendu aux lippes de mon Capitaine, à mes yeux toujours ensanglantées.
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Sargon Harloi
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« Capitaine de la Veuve Salée »

♦ Missives : 5377
♦ Missives Aventure : 401
♦ Age : 28
♦ Date de Naissance : 27/09/1988
♦ Arrivée à Westeros : 22/11/2011
♦ Célébrité : Jack Huston
♦ Copyright : © Aryana
♦ Doublons : Maron Martell, Pryam Templeton, Bryce Vyrwel, Alysane Mormont
♦ Age du Personnage : 28 ans
♦ Mariage : Femme-roc : Helya Harloi (née Botley) ; Femme-sel : Emeraude
♦ Lieu : Île de Harloi, Dix-Tours
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Message Lun 22 Oct 2012 - 14:02

     Pour la première fois depuis le début de leur conversation, Cybeline arbora une expression qui montrait qu'il avait réussi à l'ébranler. Aussi étrange que cela puisse paraître, le capitaine pris cette manifestation comme une sorte de victoire, même si, au fond, il n'y avait aucun honneur à chambouler une captive. Sauf que la jeune femme n'était pas n'importe quelle captive, elle avait toujours l'air si... Normale ! Si sûre d'elle et pas ébranlée pour deux sous malgré les changements qui s'imposaient dans sa vie. Cybeline s'adaptait trop vite au goût du Harloi, cette petite victoire était donc le signe qu'il pouvait aussi réussir à la perturber et le Dieu Noyé savait qu'il n'allait pas s'arrêter là.
     Sa déception s'envola rapidement puisqu'elle se mit à le regarder, un sourire aux lèvres, frôlant à nouveau son genou comme si elle cherchait toujours le contact. Il y avait des personnes qui avaient besoin de toucher les gens à qui ils parlaient, c'était d'ailleurs le cas de Sargon et Cybeline avait pu le constater sur le pont de la Veuve Salée. Les yeux du Fer-né quittèrent la main blanche de la captive alors qu'elle lui faisait savoir qu'elle ne réussirait jamais à s'endurcir. C'était un point qui le chagrinait légèrement, après tout, sur les Iles de Fer il fallait être résistant, sans quoi la mer avait tôt fait de se débarrasser de vous. Elle se disait de l'eau, peut-être que cela pourrait lui permettre de résister plus longtemps que les autres ? L'eau était difficile à attraper, l'eau faisait rouiller le fer, l'aurait-elle à l'usure ? Quoi qu'il en soit, il ne comptait pas la frapper. Même en homme violent qu'il était – ce qui était relatif étant donné ses origines – le Harloi ne frappait pas sans raison.

     Posés sur le minois de Cybeline, les yeux de Sargon la scrutaient avec attention. Il écoutait ce qu'elle disait et ne pouvait s'empêcher de sourire. Certes, la manière dont il avait présenté les choses, laissait envisager qu'elle était désormais la propriété d'un autre, pourtant il n'avait pas offert la jeune femme à son oncle, il s'était contenté de lui dire qu'une nouvelle domestique servirait aux cuisines pendant quelques temps. Mais elle était encore sienne. Sargon ne cilla pas lorsque leurs regards se croisèrent, maintenant le doute sur le fait qu'elle ne lui appartenait peut-être plus, elle lui demanda alors des histoires, des récits sur les prises qu'il avait effectuées peut-être ? Le Harloi n'était pas un conteur né, plutôt un baratineur qui savait manipuler les mots pour leur faire dire ce qu'il désirait, mais il n'était pas taillé pour raconter des histoires. Devant son silence, Cybeline continua en abordant le sujet des morts et il eut l'occasion de constater qu'elle avait une perception de la mort qui se démarquait beaucoup de celle des autres femmes. C'était une fois de plus surprenant, cet adjectif lui collait apparemment à la peau. Il ne répliqua pas, il ne pleurait pas, alors comment aurait-il pu lui dire ce qu'elle pouvait regretter ?
     Ce fut à ce moment qu'elle se montra plus vivace, changeant de position avant de prononcer son prénom comme si elle allait lui demander quelque chose d'important. Sargon ne put s'empêcher de lui accorder un regard interrogateur, s'attendant à tout et n'importe quoi, sans savoir ce qu'elle lui réservait. Son discours était.... Étrange, une fois de plus, le capitaine ne parvenait pas vraiment à savoir ce qui l'interpellait dans les mots qui sortaient de ses lèvres, mais il avait envie d'y répondre, de lui accorder son temps, de comprendre pourquoi est-ce qu'elle pouvait lui être dévouée alors qu'ils ne se connaissaient finalement pas. Les yeux de Sargon glissèrent du regard de la jeune femme à ses lèvres qu'elle mordait comme pour retenir des paroles, ou des gestes ? Un léger sourire naquit à nouveau sur cette du Fer-né tandis qu'il haussait les épaules à son tour.

     ▬ Même si je savais qu'une de mes décisions pouvait te coûter la vie, cela ne m'empêcherait pas de la prendre si j'en avais réellement envie. La vie des autres n'est pas importante à mes yeux, seule la mienne compte. Celle d'une domestique, d'une marchandise encore moins que d'un autre Fer-né. Sachant que je n'hésite pas à envoyer mes hommes au casse-pipe, je te laisse imaginer ce que je pense de la survie des autres. Elle venait de lui dire qu'elle lui était dévouée, pourtant lui voulait encore lui faire savoir qu'elle n'avait aucune importance à ses yeux. Pour le moment et encore, elle l'intéressait. Même si je t'ai demandé tout ceci, ce n'est pas forcément parce que je compte le respecter. Donc s'il me prenait l'envie de te faire mienne, même si tu refusais, ça ne serait pas un problème pour moi. »

     C'était un discours plutôt étrange, décalé même, Cybeline lui disait de prendre tout ce qu'il voulait et lui répondait qu'il le prendrait même si elle s'y refusait. À quoi bon vouloir arracher ce que l'on vous tendait de bonne grâce ? Il n'y était pas habitué, quelle femme irait offrir sa vie à l'homme qui l'avait faite captive ? C'était tellement illogique et inhabituel qu'il ne savait plus comment reprendre la situation en main. Sargon aimait prendre sans en avoir l'autorisation, c'était le petit plus de l'interdit, le braver pimentait un simple geste, alors que si vous en aviez le droit.... Cela dit, le Harloi n'avait jamais connu cette situation, rien ne lui prouvait qu'il ne pouvait pas finir par y prendre goût après tout. Son regard oscillait entre les yeux et les lèvres de la jeune femme. Il avait envie de lui imposer quelque chose, mais sans savoir quoi.

     ▬ Rien ne sert de pleurer ici, personne ne t'entendra de toute manière. »

     Réponse tardive à la question qu'elle avait posée juste avant. Personne ne pleurait à part les domestiques et personne ne s'intéressait à eux, c'était aussi simple que cela. Le capitaine bougea légèrement, avançant sur sa chaise pour s'approcher de la jeune femme qui avait adopté pour une position qui permettait de mieux la regarder. Il aimait bien détailler le visage des femmes, elles étaient toutes extrêmement différentes et abritaient souvent des originalités plutôt amusantes. Les gestes nerveux étaient de bons indicateurs, Sargon essayait toujours de repérer les signes de colère ou de gêne sur le visage de ses interlocuteurs afin de pouvoir s'orienter dans telle ou telle direction avec ses paroles. Sauf qu'avec Cybeline, cette recherche n'était pas très productive. Son sourire ne s'était pas envolé alors qu'il scrutait d'un regard inquisiteur le visage de la jeune femme.

     ▬ Tu es de l'eau ? Tu t'échappes lorsqu'on essaye de t'attraper et tu noies si l'on te fait trop confiance ? L'eau fait rouiller le fer, j'espère que tu ne comptes pas m'avoir à l'usure, parce que jusqu'à présent, personne n'est resté suffisamment longtemps avec moi pour y arriver. Démontrant une fois de plus qu'il était très tactile, le capitaine leva sa main pour repousser une mèche de cheveux de la jeune femme derrière son oreille. Ils étaient plus doux que sur le boutre. Les femmes-sel se désagrègent dès qu'elles sont mouillées, c'est pour cette raison qu'elles s'appellent comme ça. Vous n'êtes pas durables, vous disparaissez à la moindre intempérie. Que donnerait une femme-sel faite d'eau ? »

     Il l'englobait dans les femmes-sel alors qu'elle n'était qu'une domestique pour le moment. Lapsus révélateur, ou simple envie de la chambouler un peu ? La seconde possibilité aurait été plutôt étrange étant donné qu'elle n'avait pas l'air d'être gênée par les paroles de Sargon à ce propos, du moins pas jusqu'à présent. De toute manière, le Harloi n'allait pas l'éclairer à ce niveau, elle devrait se poser la question et y songer ou l'oublier tout simplement. La main qui avait remis en place la mèche de cheveux glissa vers sa mâchoire qu'il souligna d'un geste avant de se pencher légèrement vers elle. Il ne pouvait pas lui prendre ce qu'elle lui donnait, il ne restait donc qu'à la devancer en lui enlevant ce qu'elle ne lui avait pas encore accordé, non ? Le visage du capitaine s'arrêta à quelques centimètres de celui de la demoiselle, non par hésitation, mais parce qu'il tenait à souligner un point bien précis.

     ▬ Il existe une tradition chez nous, qui s'appelle le fer-prix et elle me permet de prendre ce qui me fait envie par la force. Si tu n'étais plus à moi, je pourrais tout de même te reprendre si l'envie se faisait sentir. Sauf qu'il devrait tuer son oncle pour cela, ce qu'il ne comptait pas faire. Dans le fond, c'était sans importance puisqu'elle était encore sienne. Mais le problème ne se pose pas, je ne t'ai donné à personne, je voulais voir ce que tu me réservais avant de me décider. »

     Jouer un peu, comme un enfant gâté testait plusieurs jouets avant de décider de n'en garder qu'un, ou aucun s'il n'était pas satisfait. Pour le moment Cybeline retenait son attention et savait se vendre, même si elle lui avait dit le contraire sur le pont du boutre. Avant qu'elle ne puisse lui donner ce qu'il comptait prendre – même si cela aurait été plus surprenant que toutes les paroles qu'elle lui avait offertes jusqu'à présent – il avança encore son visage jusqu'à ce que ses lèvres frôlent celle de la captive. Ce n'était pas quelque chose qu'il faisait fréquemment, les femmes-sel étaient si hostiles qu'elles avaient plus de chances de vous repousser ou de vous mordre que de se laisser faire, quant aux Fer-nées, elles étaient bien trop.... Brutales pour ce genre d'exercice. Ne faisant jamais les choses à moitié, le capitaine s'accorda donc le plaisir de lui voler un véritable baiser et non juste un frôlement de lèvres, prolongeant l'instant quelques – longues – secondes avant de reculer son visage et retirer sa main du visage de la jeune femme par la même occasion. Qu'elle recule ou qu'elle rebrousse chemin à présent n'aurait pas d'importance, au contraire ce serait même une nouvelle petite victoire sur elle. Les yeux mordorés de Sargon se posèrent sur le visage de Cybeline tandis qu'il reculait à nouveau pour s'installer confortablement sur sa chaise. Puis, comme si rien ne venait de se passer, il enchaîna sur un autre sujet.

     ▬ La mer a de nombreuses histoires à raconter, elle les murmure aux navigateurs assez fous pour l'écouter, je ne saurais pas les répéter aussi fidèlement qu'elles m'ont été contées, mais éventuellement, un jour où je serai d'humeur.... Sauf que son côté versatile rendait cette proposition presque inutile. Il y a beaucoup de légendes sur les Fer-nés, je suis certain que tu apprécierais d'entendre parler de l'Antique Voie. La mer est la plus fidèle amante des habitants de ces îles, c'est une bonne chose que tu l'apprécies autant. Finalement, tu tiendras peut-être plus que les autres captives. »

     C'était presque un compliment, pour une fois il finissait son intervention sur une note agréable pour elle, enfin cela dépendait de sa vision des choses.


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Message Mer 24 Oct 2012 - 22:29

Il regarde mes lèvres, d'abord – j'ai l'impression qu'il a deviné mon envie, et j'aurais sûrement les joues très roses soudain si je n'avais pas été si pâle de nature. Je dois rosir un peu, toutefois, et je fais mine de rajuster une de mes mèches volages pour ne pas m'empourprer sans propos. Ce d'autant plus qu'il parle de ma vie, qui est en balance dans sa main. Pour l'instant, l'autre plateau ne contient que de l'air, mais j'entends bien que je ne pèse pas bien lourd. Je ne l'ai jamais fait, et je n'ai jamais eu l'intention d'être pesante, mais je me dois d'en tenir compte. J'ai toujours mon devoir à accomplir, et si c'est bel et bien auprès de lui que je pourrais bercer mes morts, il ne faut pas que ma détente me fasse tout à fait omettre qu'il n'y a pas que Crépuscule à être aussi dangereuse que fascinante, et que la main qui l'a tenue n'est pas blanche d'innocence, mais rouge de sang. Il m'a beaucoup prévenu contre les fer-nés, les autres servants, la mer en elle-même, mais si c'est lui qui souffle la flamme de ma vie, je rejoindrais mes suppliciés au lieu de les soutenir. Je n'ai pas peur, curieusement – je suis galvanisée. J'ai trop parlé, je suis trop sûre, il y a un trop grand nombre de mes histoires d'enfant à trouver écho dans mes épreuves récentes pour que je recule – pour que j'ai seulement envie de reculer. Il m'affirme qu'il pourrait me prendre de force s'il en avait le désir, j'imagine qu'il parle de ma possession, ou de ma vie, sans doute, je hoche la tête. Pas en accord véritablement, mais dans l'acceptation des faits : il l'avait fait du navire, il ne se retiendra pas pour une femme pour qui il n'a pas même à prendre la mer. A sa remarque sur les pleurs, je récite. « Le ciel pleure mieux que les femmes, et la souffrance ne s'habille qu'avec du silence. » Un sourire, peut-être un peu décalé. « Mon maître me le répétait souvent. Tant mieux, si personne n'entend, c'est plus élégant. » Il se rassoit mieux, se rapproche de moi également. Je repose le bout de mes doigts sur son genou dans un geste naturel, dénué d'arrière pensées, sans lui refuser un regard qu'il semble chercher.

Je suis de l'eau, oui, je ne peux me définir mieux lorsque je songe à moi-même, mais il pose sur mon ressenti des dangers qui ne me correspondent pas – ou alors, bien malgré moi ! Une nouvelle fois, j'ai été maladroite, dépassée par mon propre allant. Je me mords les lèvres derechef, avant de les entrouvrir, légèrement confuse et bien un peu marrie. Mon Capitaine lève sa main, caresse mes cheveux, les range derrière mon oreille. Je veux trouver des mots pour effacer ce malentendu, éviter de blesser ou même de froisser, mais il poursuit avant que je ne trouve, et ce qu'il dit interrompt mes pensées. Je retrouve un sourire plus léger, plus évanescent, soudain touchée par une autre de ces petites révélations qui pleuvent sur moi ce soir, comme cette nuit où, avec ma mère, nous avions regardé des lumières tomber des cieux nocturnes vers les terres. Je souffle. « Une femme-sel faite d'eau ? Une part de la mer, alors... » Suis-je une de ces dames si fades qu'il faut les épicer pour qu'elles soient des femmes, a-t-il encore une fois changé d'avis, ou joue-t-il de nouveau ? La question ne me reste pas longtemps. Je l'oublie d'autant plus vite que la main de Sargon frôle mon cou et me soulève le menton. Nos deux haleines sont proches à s'entremêler et j'ai du mal à penser à autre chose qu'à la couleur de ses yeux et au reflet des flammes en eux. Le geste n'est pas agressif, encore moins violent, c'est même quelque chose que ma mère faisait souvent avant de me baiser le front ou le nez, avant de rire et de me relâcher, mais... Je ne le vois pas si espiègle, ni vraiment familier. Il y a quelque chose dans ce contact qui me brûle la peau sous ses doigts, qui fait monter le sang à ma gorge et à mes tempes. Il parle, et je sens presque ses mots frôler mon visage et glisser jusque dans mon ventre. Le fer-prix, une tradition des fer-nés : ça fait sens. Ma raison n'est plus tellement active, et j'accepte sans chercher à comprendre tous les sens et les signes qui peuvent se cacher derrière ces termes, qui doivent être nombreux ; tout ce que j'entends, en premier lieu, est qu'il pourrait me donner et me reprendre dans la violence. Ce qui signifie pour moi que je dois m'efforcer de ne pas être offerte – en ne lui déplaisant pas trop, et surtout en ne plaisant pas assez à un autre pour qu'il m'échange ou me prenne. Je ne veux pas de sang, surtout par sur mon être, ça m'en répugne et m'effraie seulement à l'idée ; ensuite, Sargon me glisse qu'il ne m'a pas cédée. Il dansait encore entre ses sous-entendus et mes interprétations faussées, j'en suis trop soulagée pour seulement en prendre un tout petit ombrage. Pas d'errance, pas de violence, j'inspire un peu et commence à murmurer. « Je vais être moins timide quant à te dire ce que je peux rêver et voir, alors, puisque je suis bien sûre que tu en feras ce que tu souhaites. Si tu veux bien, préviens-moi, quand tu auras décidé, que je... » M'apprête. Je voulais parler de m'apprêter, de trouver une tenue convenable, pour le suivre ou être offerte, mais je ne parle plus, je ne pense presque pas ; il a posé ses lèvres sur les miennes. Plusieurs images me reviennent, comme ces embrassades que me donnaient ma mère, avant de dire que j'étais devenue un peu trop vieille et que mes lèvres m'appartenaient maintenant que le lait y avait séché, la première fois que j'ai goûté l'eau de mer et le rire de Garald lorsque je l'ai toussée, le premier bonbon que Mainate m'ait offert et que j'ai savouré longtemps, enfin, et surtout, le goût du sang lui-même. Je ne peux pas, sur le coup, me souvenir de la première fois où je l'ai eu sur la langue.

La surprise passe, ma mémoire s'efface, l'instant se prolonge. L'étrange brûlure qui suivait jusque là le reflet de ses doigts sous ma peau s'anime et me ronge tout autant qu'elle me réchauffe, courant de mes joues vers mon ventre, coulant le long de mon dos, faisant frissonner mes bras. Je lève la main que j'avais abandonné à son genou, la pose sur son épaule, ne sachant que faire, comment je voudrais réagir. L'agripper ? Le caresser ? Le repousser ? Je serre juste mes doigts sur le revers du tissu qui le recouvre, à peine, sans me décider. Il recule. Nos bouches se séparent, je me rends compte que j'ai les yeux fermés, et que je n'ai plus respiré depuis quelques secondes. Je relâche mon souffle, sans qu'il ne soit agité, un peu comme un long soupir, lequel bruisse légèrement. Mon cœur, qui a manqué un battement, est assez agité, mais pas trop férocement. Je repose mon regard sur lui, un curieux instinct me hurle de fuir, pour se taire l'instant d'après – de toute manière, j'ai les jambes coupées. Mon Capitaine recule, se rassied convenablement ; ma main glisse de son épaule jusqu'à sa jambe, et je l'abandonne ainsi, sans appui et sans mouvement. Je me mords presque la lèvre, mais pas tout à fait, passant ma langue sur ma lippe pour la goûter en retard, comme pour me confirmer que je n'ai pas rêvé : c'est encore un peu humide, et avec une saveur marine. Je n'arrive pas vraiment à comprendre ce qu'il vient de se passer, et toute sa portée. Il parle de nouveau, presque désinvolte, mais les flammes font briller ses lèvres à lui, légèrement plus rouges de ce que nous venons d'échanger.

Mes pensées tardent à revenir, et c'est par bribes qu'elles traversent mon esprit à la fois placide et chamboulé. Je suis bien, je suis paniquée. C'était moite, c'était... Agréable. C'était fort, un peu trop pour moi par ailleurs, qui préfère de loin la douceur, mais je n'ai pas détesté. Non, je n'ai pas du tout détesté. « Salé, » lance-je vers Sargon à peine a-t-il terminé sa diatribe, et sans rebondir sur le sujet qu'il vient d'amener, que j'entends presque à rebours, comme un écho perdu. Ah ! Une antique Voie ? Ça semble important, très – ça doit l'être. M'en parler est un cadeau qu'il me fait. Je sens que mes joues sont rouges, je change de posture, soudain mes jambes veulent se mouvoir, comme ayant goûté à ma panique en retard. Pour finir, et comme toujours face à quelque chose qui me dépasse sans me frapper, je ris. Mon rire sonne particulier, même à mes propres oreilles ; il est un peu soupiré, un peu suave. Je crois que j'aimerais bien recommencer. Je range la mèche qu'il avait frôlée derrière mon oreille, alors qu'elle vient de s'échapper. « L'Antique Voie, » répète-je, « oui, je suis certaine d'aimer entendre des choses sur elles. Si c'est lié à vous et à la mer, elle va... Me passionner. »

Je m'arrête, effleure du bout des doigts ma lèvre, ayant lentement repris ma main que j'avais laissée à mon Capitaine. Je baisse un instant les yeux, non pas par pudeur, mais par songerie, et murmure d'un ton rêveur. « C'était un baiser. » Bien sûr, oui, que je sais ce que signifie d'embrasser un homme ; mais si je dis cela et que mes yeux lui dardent une œillade d'une rare intensité, c'est bel et bien parce que je viens de comprendre que cet homme m'a embrassée. Ce n'était pas le tendre salut de ma mère, ce n'était pas une provocation joueuse comme il ne l'a jamais fait qu'avec des mots ; s'il joue encore, ce n'est plus avec les mêmes règles. Il y a, là dessous, le même danger qui m'avait faite courir vers la mer plutôt que vers l'impudeur d'une étreinte forcée, mais si mon Capitaine a pris de lui-même mes lèvres, je ne les lui ai pas refusées. L'envie que j'avais depuis longtemps de l'embrasser se réveille, change, devient pressante mais, adoubée par l'audace de Sargon et sans songer qu'il est maître et que je ne suis que souillon, je me redresse sur mes genoux, sans me précipiter, avec même une certaine lenteur. Je fais glisser ma main à son bras comme je l'ai déjà fait à son arrivée, l'autre main se posant sur le rebord de la chaise pour m'y tenir. Tendant le cou, j'effleure tout juste ses lèvres des miennes, sans trop appuyer, mais avec toute la douceur de la tendresse que j'ai pour lui, et que j'imagine sucrée. Et je ponctue, sans même vraiment reculer, les yeux dans les siens et les cheveux s'écoulant sur mon épaule penchée. « Voilà. Baiser rendu. »
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Sargon Harloi
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♦ Missives : 5377
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♦ Age : 28
♦ Date de Naissance : 27/09/1988
♦ Arrivée à Westeros : 22/11/2011
♦ Célébrité : Jack Huston
♦ Copyright : © Aryana
♦ Doublons : Maron Martell, Pryam Templeton, Bryce Vyrwel, Alysane Mormont
♦ Age du Personnage : 28 ans
♦ Mariage : Femme-roc : Helya Harloi (née Botley) ; Femme-sel : Emeraude
♦ Lieu : Île de Harloi, Dix-Tours
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Message Jeu 25 Oct 2012 - 13:42

     Il avait bien remarqué le frisson qu'elle avait eu, mais n'avait pas vraiment réussi à savoir si c'était une manifestation de contrariété – ou dégoût – ou simplement quelque chose de positif. Au fond, comme il le répétait à chaque fois, peu importait. Ce n'était pas comme s'il attendait la permission de la jeune fille pour faire ce que bon lui semblait et elle devait l'avoir compris à force de se l'entendre répéter. Sargon ne manqua pas de sentir qu'elle avait posé sa main sur son épaule et il se demanda l'espace d'une seconde, si elle allait le repousser. Sauf qu'elle ne fit rien, ce fut au jeune homme d'interrompre le moment qu'il avait lui-même imposé. Est-ce que c'était uniquement parce qu'elle n'en avait pas eu le temps, ou pas l'envie ? Il n'en savait absolument rien et ne le saurait certainement jamais. Le regard du capitaine s'était attardé un bref instant sur le minois de Cybeline qui semblait encore analyser ce qui venait de se passer, puis elle lui répondit. À peine. Le Fer-né la regarda d'un air de réflexion lorsqu'elle lui adressa un simple mot, qu'est-ce qui était salé ? D'un léger haussement de sourcils, il l'interrogea, mais sans vraiment attendre de réponse. Le regard inquisiteur du Harloi était toujours dardé sur le minois de la jeune femme dont les joues s'étaient légèrement rougies. Était-ce à cause de ce qui venait de se passer ou simplement de la chaleur dégagée par les flammes brûlantes de l'âtre ? Bonne question. Silencieux, il l'écoutait reprendre la parole pour parler de l'Antique Voie en avançant l'idée qu'elle serait très intéressée par ce qu'il pourrait lui dire à ce propos. C'était peut-être son attirance pour les traditions des Fer-nés qui allait lui sauver la mise. Jusqu'à présent, rares étaient celles qui daignaient s'intéresser aux mœurs qui étaient désormais les leurs et elles commettaient toutes tôt ou tard une erreur qui leur était fatale.

     Après ces paroles, Cybeline retomba dans le silence quelques secondes, le temps de frôler ses lèvres en baissant les yeux dans une attitude qui semblait aussi décalée qu'intrigante au capitaine. Elle avait vraiment le don de réagir d'une manière totalement différente de celle qu'il pouvait attendre, une raison supplémentaire de renouveler les expériences qu'il faisait la concernant, histoire de pouvoir la cerner et mieux l'utiliser comme il le souhaitait. Les yeux mordorés de Sargon ne quittaient pas le visage de la jeune fille qui le dévisageait presque après avoir énoncé un fait qui ne manqua pas de faire rire - très légèrement - le capitaine. Bien évidemment que c'était un baiser, il n'avait pas jugé utile de le souligner, mais si c'était ce qu'elle avait l'habitude de faire ma foi.... Cela dit, elle sembla donner suite à ces paroles en se redressant avec une lenteur qu'il pensait être calculée, puis elle glissa sa main sur son bras comme elle l'avait fait un peu plus tôt. De son côté, le capitaine ne bougeait pas, il se contentait de la regarder d'un air ou se mêlaient le défi et l'amusement, que comptait-elle faire ? Un effleurement de ses lèvres lui indiqua qu'elle semblait vouloir lui rendre le baiser qu'il venait de faire. Comme elle lâcha quelques mots, un nouveau sourire amusé ourla les lèvres du Harloi qui ne recula pas plus que Cybeline.

     ▬ Tu ne peux pas rendre quelque chose qui t'a été volé. Ce serait comme si tu me donnais ta liberté alors que je l'ai déjà. Il était vrai que le Fer-né n'avait pas demandé la permission de la jeune femme pour l'embrasser et même si elle ne s'était pas débattue, il l'avait tout de même pris de son propre chef. Et si tu veux rendre quelque chose, il faut que ce soit un équivalent, à rendre en-dessous de la valeur initiale, tu vas finir par te créer des dettes. »

     Dans la logique des choses, un cadeau ne demandait pas de récompense en retour, mais si vous preniez la décision de remercier cette personne, il fallait que votre geste soit à la hauteur de l'offrande perçue. Oh, il disait simplement cela pour taquiner la demoiselle, ce qu'elle venait de lui donner était bien plus que ce que toutes les femmes captives pouvaient avoir envie de lui céder. Même que certaines Fer-nées pour être franc, autant dire qu'elle ne risquait donc pas de se créer de dettes. Peut-être qu'elle s'était déjà habituée à sa manière de toujours essayer d'ébranler son interlocuteur, il voulait juste voir si elle reculerait brutalement en entendant ces paroles et si elle s'amuserait à réitérer l'exploit à l'avenir, du moins en imaginant qu'il continue à se montrer aussi familier à son égard.
     Désireux de continuer sur cette voie quelques instants, Sargon détourna brièvement son regard pour observer les flammes qui dansaient dans l'âtre, le feu diffusait une douce et légère chaleur, un peu comme les lèvres de Cybeline. Était-ce lui le responsable de la rougeur des joues de la jeune fille ? Sur le pont de la Veuve Salée, c'était le froid qui avait bleuit ses lèvres qu'il venait juste d'embrasser, ce n'était donc pas à exclure, mais le capitaine désirait la titiller encore un peu et il lança donc une petite pique dans à son attention.

     ▬ Tu rougis toujours lorsqu'un homme t'embrasse, ou est-ce que je dois me sentir privilégié ? Elle pouvait toujours lui rétorquer que cela ne le regardait pas, mais quelque chose lui disait qu'elle ne le ferait pas. Il tourna la tête dans sa direction. Je me dirais presque que c'est dommage que tu sois ici, tu es trop douce pour vivre sur les Iles de Fer, tes lèvres sont davantage faites pour embrasser les jolis garçons du continent. »

     Lui n'était pas un garçon du continent c'était l'évidence même. Pourtant, de temps en temps les paroles de la précédente femme-sel qui avait été à ses côtés, lui revenaient à l'esprit. C'était une Lysienne qui lui avait raconté qu'il avait l'apparence d'un homme du continent et qu'il pourrait s'y fondre en se débarrassant de ses frusques trop austères pour être valorisantes. Inutile de dire que la comparaison ne lui avait pas du tout plu et c'était d'ailleurs une des raisons qui avait provoqué la lassitude de Sargon. Elle le considérait trop comme un continental et cette insulte était bien celle que le Harloi – tout comme les autres Fer-nés – ne supportaient pas. La jeune femme l'avait appris à ses dépends. Est-ce que Cybeline s'amuserait à jouer à ce petit jeu avec lui ? Sur le coup, le capitaine songea qu'elle avait une manière de présenter les choses de façon si originale qu'il pourrait bien lui passer ce mauvais pas. Sauf qu'elle n'était pas une continentale et peut-être qu'elle éprouvait la même hostilité que lui à leur égard ? Non, Cybeline ne semblait pas taillée pour détester et encore moins pour haïr, même si quelqu'un l'agaçait elle n'oserait certainement pas le dire. Trop douce pour des îles aussi brutales, bien sûr le capitaine n'allait pas regretter de l'avoir enlevée, elle n'avait qu'à pas s'accrocher à son boutre et sa vie aurait été plus douce, ou sa mort du moins. Ils en revenaient au point de départ, la discussion pour savoir si elle était vraiment certaine de vouloir vivre.
     Fidèle à lui-même, Sargon considéra le sujet clos et embraya donc sur autre chose comme s'ils venaient juste de discuter de la pluie et du beau temps. S'il avait toujours persisté dans l'idée de trouver des femmes intéressantes ailleurs que sur les Iles de Fer, ce n'était pas pour leur valeur à l'horizontale, mais bien pour la discussion qu'elles pouvaient offrir. Cybeline s'en tirait haut-la-main jusqu'à présent, restait donc à voir ce qu'elle aurait encore à divulguer une fois qu'il aurait épuisé tous les sujets intéressants – et le Dieu Noyé savait qu'ils n'étaient pas nombreux chez Sargon. Son regard s'attarda une fois de plus sur le visage de la jeune artisane, détaillant son profil d'un air dubitatif, puis il détourna ses yeux pour glisser vers un nouveau sujet.

     ▬ Tu parles beaucoup de tes morts, je croyais que tu avais simplement ton oncle sur ce bateau ? Il y avait d'autres personnes de ta famille, ou est-ce que tu as eu droit à une vie malheureuse avec de nombreux morts ? Le ton était moqueur et presque méprisant lorsqu'il prononça ces derniers mots. La mort faisait partie intégrante de la culture des Fer-nés et le jeune homme considérait donc que s'en plaindre n'avait aucun sens. Tout le monde perdait des « proches », à quoi bon devoir le répéter pour se faire plaindre par les autres ? Tu as l'air de voir la mort d'une drôle de manière, c'est plutôt inhabituel, surtout pour une femme, je pensais que vous étiez toutes du genre à pleurer toutes les larmes de votre corps rien qu'en pensant à eux. »

     Ces paroles faisaient écho à la discussion qu'ils avaient eue un peu plus tôt lorsqu'il parlait des larmes, sauf que cette fois-ci Sargon voulait savoir pour quelle raison est-ce qu'elle parlait de les honorer. Puis surtout, comment est-ce qu'elle comptait s'y prendre. Il était responsable de l'une d'entre elles c'était certain puisqu'elle avait fait état de son oncle, est-ce qu'elle allait vouloir se venger ? Une fois de plus l'idée qu'elle puisse essayer de se jouer de lui l'effleura, mais il la repoussa momentanément, essayant de voir la situation sous un autre angle. Ils avaient à peine parlé de la religion et ce n'était pas franchement le sujet qui intéressait Sargon, il décida donc d'en faire fi.

     ▬ Qu'est-ce que tu comptes faire pour ne pas les oublier, ou pour faire ce dont tu parlais sur la Veuve ? »

     Son regard était en apparence, peu intéressé par ce qu'il y avait à entendre à ce propos, mais au fond il écoutait avec attention tout ce qu'elle pourrait avoir à lui dire, prêt à relever un mot qui indiquerait qu'elle comptait bel et bien se venger. Tout le monde le savait, la vengeance faisait partie de chacun et les femmes étaient particulièrement douées dans ce domaine.


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Message Sam 3 Nov 2012 - 13:45

Je reste dans ma posture – je crois que j'aime assez être proche de lui – alors qu'il sourit, après que mes lèvres aient frôlé les siennes, sans qu'il ne se raidisse ni qu'il paraisse en prendre ombrage. Il y avait eu un éclat de défi dans son regard, mais quelque chose que j'ai cru voir de plus joueur que farouche ; en tous cas assez léger. Il reprend la parole, déclarant qu'il me l'avait volé, ce baiser que je viens de lui rendre, qu'il faudrait que je lui fasse présent de quelque chose d'équivalent si je compte offrir en retour, sous peine de me créer des dettes. A la lueur de ses prunelles, ni froides ni cinglantes, devant son sourire toujours présent, je reste un peu espiègle, en tous cas très détendue, me figurant – peut-être à tort – qu'il continue notre étrange petit jeu. Je m'éloigne de lui, mais seulement parce que je me rassois et m'abaisse de fait, pas parce que je recule, et je croise les bras sur ses genoux, soutenant mon menton du dos de ma main. Ma posture doit paraître bien familière, mais c'est celle qui m'inspire le plus de prendre, et je ne la calcule guère, alors que je lui souffle. « Une dette supplémentaire ? Je devrais d'autres baisers ? Tout ça finirait en guerre ! » Et je ris, oui, d'un rire très doux qui me part du ventre et que je laisse sonner les lèvres closes, et les joues bien échauffées. Une bataille d'embrassades – dieux, est-ce ce chemin qui entraîne tant de jeunes gens naïfs vers les âpres luttes des amours se liant dans la chair ? J'en perds un peu mon sourire, non par crainte, mais sous l'effet d'un voile de pensées qui se pose sur ma tête. Ma mère aimait beaucoup ces histoires où la tendresse réunit deux êtres au point de les lier à jamais, mais je n'y avais jamais trop songé. J'aime éperdument la mer, je m'éprends pour des étoiles et des songes, mais je n'avais jamais trop regardé un homme comme pouvant partir à la conquête de mes terres secrètes. Surtout sur ma demande, ou avec ma bénédiction. Il tourne tête vers l'âtre et je continue de le contempler, tournant la main pour poser mon menton sur le moelleux de ma paume et souligner mon œil droit de mes doigts à demi recourbés. Mon autre main se balance, depuis le genou de Sargon, donnant la mesure à une musique inexistante. J'ai une légère envie de danser.

Je bats des cils lorsqu'il reparle, alors que je contemplais davantage le reflet des flammes sur sa peau que son visage lui-même, et ses propos, qui incriminent la roseur de mes joues, me les font s'enflammer. Je me redresse légèrement pour me rajuster, détourne le regard par réflexe et pour aviser une surface fraîche, comme si elle pouvait me contaminer, quand je reviens à ses yeux, ils accrochent les miens, et Sargon me confie une pensée. « Avant toi, je n'avais embrassé que ma mère, et elle ne me faisait pas rougir, tu sais. Mais... Ce n'étaient pas les mêmes baisers. »Non, vraiment pas. Je détourne un bref instant encore le regard, soulevant un temps mon menton de ma paume pour faire mine de chasser mes cheveux de mon visage, alors qu'aucune de mes mèches ne s'est échappées, et que je ne vais que frotter la rougeur à la pommette dans l'espoir vain de l'en chasser. Je fronce, très légèrement, les sourcils, alors que je dépose à nouveau mon regard dans le sien, et que je songe à sa confession. « Je n'en ai jamais trop vus, je ne peux pas dire s'ils sont si jolis que ça. J'ai l'impression qu'ils auraient plutôt quelque chose de terreux dans leurs baisers. Je crois. Je n'y ai pas vraiment songé, je dois te l'avouer. » Je plisse le nez sur un sourire joueur, qui me laisse les yeux plissés dans une expression de petit chat que ma mère adorait, et que Garald fuyait. « Je trouverais peut-être qu'ils manquent de sel. »

Il me scrute et je ne me refuse pas à son observation, gardant des iris rêveur le long de la ligne floue et tumultueuse que dessinent l'ombre et les flammes sur sa peau tannée par les embruns. Je me perds dans mes idées, me figurant des hommes de pierre, à la peau très sèche et aux cheveux faits de blés, peuplant l'intérieur des terres et fondant sitôt qu'on les plonge dans l'onde. Mais pleut-il sur les terres ? Sans doute que oui, alors ils ne devraient pas se déliter sous l'eau, ou alors ils vivraient sous terre et non dessus. Peut-être n'est-ce que l'eau salée, alors. Peut-être-ce un secret de la mer. Mon Capitaine fait prendre un nouveau cap à nos échanges, m'interrogeant sans détour sur mes morts et mes regrets qu'il suppose, et ce, avec un timbre de voix et des mots choisis exposant clairement le jugement médiocre qu'il donne à la peine et aux larmes. Il y a un bref instant où je ne parle pas, trop heureuse qu'il se lie à ces défunts, en prouvant qu'il n'oublie pas encore, puisqu'il les évoque de lui-même sans que je n'ai eu à suggérer leurs contours, puis il appuie sa demande, réclamant de savoir ce que je compte accomplir pour eux. Décrochant mon menton de son perchoir, je replie les mains sur les genoux de Sargon, en corolle, afin de montrer une posture moins désinvolte et un peu plus solennelle, comme il convient au sujet ; je cherche un temps mes mots, mais mon sourire est trop présent pour espérer le voiler. Du reste, je n'ai pas envie de le faire, et c'est d'une voix chaude et animée que je murmure, après avoir longuement inspiré. « J'ai toujours été heureuse. J'ai connu des gens, morts depuis, oui, mais ils ne m'ont jamais pesé. » Je souris de plus belle. Je sais, je le sais très bien, mon attitude peut choquer puisqu'elle l'a déjà fait, je chante les défunts et danse avec leurs souvenirs, leur envoie mes pensées, leur adresse mes rires ; beaucoup n'aiment pas. Mais je ne sais pas m'en cacher, alors je m'en ouvre à lui, quitte à ce qu'il m'en dédaigne – hélas ! Mais c'est ainsi qu'ils seront au mieux consolés, et ainsi que je veux les bercer dans les ondes ténébreuses de la mer où ils se sont abîmés. Je ne saurais jamais faire mine d'être peinée au souvenir d'un être cher. Je me souviens de l'amour. Pourquoi en souffrirais-je ? Je m'humecte les lèvres, m’interromps le temps de bien formuler.

« Si je pleure, c'est leur douleur, mais ils ne souffrent plus, alors je ne pleure pas. » Entame-je après une légère hésitation, laquelle s'envole tout à fait lorsque je me figure le visage marqué par les ans, affaissé par l'alcool, mais peint d'un sourire aimant, de mon oncle adoré. « Oui, oui, Garald est de mon sang à avoir été sur le navire également, mais toute ma famille doit baigner dans l'eau salée. Peut-être pas celle qui entoure les Îles de Fer, sans doute pas, mais ils sont dans la mer, eux aussi. Et je suis certaine qu'ils ne souffrent pas. Au contraire ! Mon oncle m'a toujours dit qu'il voulait mourir en mer, reposer dans un lit d'écume. » Je ris presque, reprenant mon expression d'espièglerie féline un instant. « Même si je suis certaine qu'il aimerait une bière pour aller avec lui. Ah ! Ce que je voudrais faire pour eux ? Si je pouvais faire l'offrande d'une bouteille pour mon oncle, je le ferais. Je demanderai comme je pourrais faire, s'il me faut travailler davantage pour la mériter, l'échanger contre quelque chose d'autre peut-être... » Je lui darde un regard et une moue légère. « Mais pas contre un baiser. Contre des lumières, plutôt sans doute. Et si je peux reprendre la graisse des chèvres qui n'a pas servi à cuire, je pourrais en fabriquer. Peut-être, également, en poserais-je dans la mer, pour eux, un soir sans trop de vent. » Je m'apaise, penchant légèrement la tête de côté, revenant poser mes coudes sur le genou de mon Capitaine en glissant vers l'avant sans décaler mon assise, puis, glissant mes deux mains sous mon menton, je le contemple par dessous. « Si ça n'est pas une injure à votre Antique Voie. Sinon, j'aimerais bien l'apprendre, au delà de l'entendre, et composer avec elle quelque chose pour eux. Ils n'étaient pas nés du fer, mais, au moins les miens, ont toujours vécu pour la mer. » J'esquisse une moue tendre, mais plus prudente. « Je pourrais peut-être faire le lien pour eux. C'est votre domaine, ici. Ce sont vos histoires et vos dieux qui posent les lois. » Et je les respecterai, autant que faire se peut – j'espère de tout cœur ne pas avoir à enfreindre et à cacher. Je me retiens de me pincer les lèvres, mais j'ai peut-être trop parlé. Je ne voulais pas trop en dire à mon Capitaine, de crainte qu'il ne repousse ces morts dont il est responsable mais qu'il voudrait plutôt fouler que porter ; j'ai préféré être franche, quitte à le payer moi. Je ne les abandonnerai pas eux, mais puisqu'il a évoqué cette Voie, je me dois de saisir ce signe des dieux. Dans les épreuves, il y a l'enseignement, et si je peux comprendre un peu mieux ce peuple et les rêves qui le bercent, je n'entendrais que mieux la mer et mes propres morts, là, dans les flots qui baignent et leurs corps et les terres émergées de ce peuple de fer et de fierté.

Spontanément, je lève une main, sans quitter ma posture, et effleure l'une des tresses de mon voleur de baiser. « J'aime beaucoup ce que tu fais à tes cheveux, » lance-je sans rapport, et sans trop y penser.


Dernière édition par Cybeline le Dim 11 Nov 2012 - 16:51, édité 3 fois
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Sargon Harloi
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« Capitaine de la Veuve Salée »

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Message Dim 4 Nov 2012 - 14:09

     Il y avait des combats que l'on ne craignait pas de perdre et lorsque Cybeline parlait de guerre de baisers, Sargon imaginait aisément qu'une défaite dans ce domaine pouvait être plus qu'acceptable. Comme le bon Fer-né qu'il était, le Harloi aimait les guerres, même si celles effectuées une épée à la main lui apparaissaient toutes plus intéressantes jusqu'à présent. Les moments passés avec des femmes se ressemblaient tous, c'était du moins ce qu'il avait constaté jusqu'à ce jour et même si c'était aussi plaisant dans son genre, il était évident qu'il préférait très largement pouvoir passer un bon moment avec des continentales et Crépuscule. Le regard du capitaine posé sur le minois de la servante, il se demande ce qu'elle peut bien penser de la guerre. Les Cités Libres étaient la proie des Fer-nés depuis si longtemps que les ancêtres de Sargon ne devaient pas se souvenir du début de ces affrontements. Elle avait tout à fait le droit de le considérer comme un barbare et pourtant, elle ne le faisait pas. Certains disaient que c'était le passé d'un être qui le forgeait, le Fer-né avait toujours considéré que c'était les actes d'une personne qui formaient l'être qu'il serait une fois adulte. Est-ce que c'était aussi le cas pour Cybeline ? Peut-être que son passé n'était que servitude, ce serait ses actes une fois sur les Iles de Fer qui détermineraient ce qu'elle allait devenir pour Sargon. Et pour le reste des îles.

     Après un moment de silence, la jeune femme le brise finalement après avoir détourné le regard pour éviter celui du Fer-né. Elle confirme ce qu'il pensait, à savoir qu'aucun homme n'avait jamais profité de la situation avec elle et que ce genre de manifestations ne lui étaient pas familières. C'était toujours un point qui ne manquait pas de l'étonner, elle devait avoir dans la vingtaine, l'âge d'être déjà plusieurs fois mère et pourtant, son expérience ans ce domaine semblait aussi développée que celle des enfants des Iles de Fer. Les continentaux étaient très « coincés » à ce niveau, mais il avait toujours pensé que les mœurs des Cités Libres étaient plus libres. C'est un sourire amusé et légèrement moqueur qui se peignit alors sur les lèvres de Sargon qui se disait qu'il avait affaire à une vertueuse demoiselle : elle n'avait vraiment pas sa place sur les Iles de Fer, surtout dans le rôle vers lequel elle progressait. Cybeline lui rétorque que les continentaux ne sont pas si jolis avant de préciser qu'elle ne serait pas certaine d'apprécier leurs baisers. L'idée qu'ils puissent être terreux l'amusa tout autant que la révélation précédente, il n'avait jamais volé le baiser à une continentale – elles étaient si inintéressantes – et n'avait jamais songé à des détails de ce genre. Elle avait vraiment une manière de réfléchir qui apparaissait décalée.

     ▬ Les hommes du continent sont tous « jolis » comparés aux Fer-nés, tu apprendras que ce n'est pas un adjectif positif sur les Iles de Fer et qu'il vaut mieux être repoussant pour avoir le respect des autres. Il ne plaisantait qu'à moitié. Combien de fois Gabriel ou Qalen l'avaient-ils traité de minet parce qu'il était trop soigné pour un véritable natif des Iles ? C'était comme une tare et la belle le découvrirait avec le temps. Inutile de réfléchir aux continentaux de toute manière, ceux que tu pourras rencontrer ici n'auront pas l'audace de te voler un baiser, tu peux donc oublier cette interrogation. »

     Tout comme celle qui pourrait concerner d'autres Fer-nés. Plus leur discussion progressait, plus le Harloi se disait qu'il souhaitait réserver Cybeline pour son usage personnel. Oh, pour le moment c'était uniquement sur le plan du dialogue, les paroles de la demoiselle étaient très divertissantes et il avait sincèrement envie de voir ce que cela pouvait donner avec le temps. Trouverait-elle des choses à raconter sur les traditions des Iles de Fer ou sur leur mode de vie ? Même si leur région était plus petite et plus exclusive que les autres de Westeros, l'animation ne manquait pas. Les Fer-nés étaient des personnages très démonstratifs et il ne se passait pas une journée sans qu'une bagarre – véritablement violente ou plus calme – n'éclate dans une taverne du coin. Un univers peut-être trop violent pour une chandelle, les flammes s'éteignaient si rapidement avec les coups de vent et les Iles de Fer en étaient peuplées.
     Elle changea de position tout en restant étrangement familière. Même s'il n'avait rien montré à ce niveau depuis le début de leur discussion, il se demandait jusqu'à quel moment est-ce qu'elle pourrait réussir à jouer le jeu sans se sentir dégoûtée ou frustrée par sa personne. Il avait été relativement « gentil » avec elle pour le moment, parce qu'elle l'amusait et qu'il voulait voir ce qu'elle lui réservait, mais il finirait forcément par être moins avenant et ce serait à ce moment que leur relation prendrait un tournant désagréable. Les femmes étaient des objets précieux qui ne devaient pas être trop brutalisés sans quoi elles se fissuraient et ces cassures ne disparaissaient jamais. Il n'existait pas pire rancunière qu'une femme blessée.

     Cybeline répondit à sa question à propos des morts, expliquant qu'elle pleurait leur douleur, chose qui lui sembla assez... Étrange au final. Il n'avait pas pleuré assez de fois pour s'en souvenir, ou alors de douleur lorsqu'il était trop jeune pour la supporter. Mais Sargon n'était pas assez empathique pour compatir à la souffrance d'autrui, si tel était le cas, il ne pourrait pas tuer avec autant de nonchalance qu'il le faisait. L'oncle de la demoiselle avait l'air d'être un véritable marin du comme elle en parlait, il était né dans la mauvaise patrie, dommage pour lui. Le regard mordoré du Harloi ne quitta pas le minois de la demoiselle tandis qu'elle parlait de pouvoir faire une offrande à son oncle et émit l'idée de pouvoir acheter ce qu'il lui fallait. Il ne cacha pas son sourire lorsqu'elle précisa qu'elle ne le ferait pas contre un baiser. À ce niveau, Cybeline n'avait rien à craindre, il n'achetait pas les faveurs qui lui étaient accordées, un baiser ne pouvait être donné qu'en échange d'un autre ou d'une attention située sur le même plan, mais aucunement contre un bijou ou quoi que ce soit d'autre de palpable. Le sujet glissa à nouveau vers l'Antique Voie, chose qui le surprenait assez étant donné qu'en général les captives se moquaient pas mal d'offenser le Dieu de leur nouveau propriétaire. Il s'apprêtait à répondre, mais fut coupé dans son élan par un geste et une parole inattendue de la part de la demoiselle. C'était la première qu'on lui parlait de ses cheveux avec autant de nonchalance, surtout pour lui adresser une sorte de compliment. Avec un léger haussement de sourcils qui marquait sa surprise, il lui répondit.

     ▬ Ce n'est que des cheveux. Et tu es bien la seule à me dire ça. »

     Son ton montrait clairement que ce n'était pas un problème pour lui. Dans le fond, il se moquait éperdument de ce que les autres pensaient de lui. La plupart des combattants portaient les cheveux longs parce qu'il arrivait que cela puisse atténuer un coup, Sargon lui avait agrémenté le tout de quelques tresses personnalisées et cela suffisait à le rendre ridicule aux yeux de ses homologues. Le fait qu'il ne s'en soit pas débarrassé depuis montrait clairement l'importance que cela revêtait à ses yeux. Comme si le sujet était clos, il reprit la parole.

     ▬ Tu pourras gagner de quoi donner à ton oncle, mais il faudra le mériter. Je ne vais pas te dire comment tu pourras y arriver, ce sera à toi de te débrouiller pour trouver le bon chemin à emprunter. Considère que ce sera une manière de rendre ton offrande vraiment importante. Pourtant, son sourire montre clairement qu'il se contrefiche éperdument de ce que son oncle pouvait mériter. Mais ne t'en fais pas. Je ne suis pas homme à payer les faveurs des femmes, quelle qu'elles soient, tu n'auras pas à t'aventurer de ce côté si tu ne le souhaites pas. En clair, il ne comptait absolument pas la forcer à quoi que ce soit, si Cybeline avait décidé de le repousser lorsqu'il lui avait volé ce baiser, il ne lui en aurait pas tenu rigueur. Mais tes bougies ne pourront pas quitter les abords des îles. La mer est très agitée autour de nos îles, elles se renverseront et couleront avant que tu puisses avoir fait quoi que ce soit avec. Il n'y a pas de place au deuil ici. »

     Il était vrai que les abords des îles étaient très agités, la mer s'écrasaient avec force et fracas sur les rochers, ce n'était pas sans raison que les servantes évitaient autant que possible de s'en approcher. Une bougie sur l'eau n'aurait aucune chance de s'en tirer. Et une chandelle des Cités Libres ? C'était justement là ce qu'il essayait de déterminer. Il se fichait pas mal du fait qu'elle puisse prier sa divinité, une autre ou le Dieu Noyé, lui-même n'était pas croyant comme il le lui avait déjà fait savoir. Glissant sa main jusqu'à son visage, il la passa sur son menton quelques secondes dans un geste de réflexion.

     ▬ Je me fiche pas mal que tu injuries l'Antique Voie ou non. Je suis connu pour ne pas la respecter alors... Sache simplement que moi je ne crains rien parce que je sais me faire respecter, mais pour le moment tu n'es rien de plus qu'une petite domestique facilement remplaçable pour les autres Fer-nés. À toi de voir si tu veux prendre le risque de défier leurs croyances ou si tu ploieras le genou comme un gentil mouton. Il garda les lèvres closes quelques instants. Il y a aussi des Fer-nés qui prient les Sept, la religion des continentaux et crois-moi, ils sont encore plus mal vus que moi. »

     Chose difficile à imaginer il fallait l'avouer. Il la fixa, la défiant presque de se lancer dans cette quête. Sargon n'avait pas encore accordé sa protection à la demoiselle, mais cela finirait par arriver, il en était persuadé. Défier les Dieux et emprunter la même voie que lui pouvait le pousser à la placer derrière lui, à l'abri, mais il était évident qu'elle risquait bien moins en faisant profil bas et qu'elle pourrait s'attirer la sympathie des autres Fer-nés. Lui ne la dénigrerait pas pour autant, après tout, plusieurs de ses « compagnons d'armes » étaient de fervents croyants du Dieu Noyé et il ne leur tournait pas le dos pour autant. Seul l'avenir leur dirait ce qu'elle choisirait, mais en attendant elle avait parlé de quelque chose qui pouvait l'intéresser. Il bougea légèrement, se penchant en avant en appuyant son avant-bras sur sa cuisse, puis plongea ses yeux dans ceux de l'artisane.

     ▬ Tu veux continuer à faire tes bougies ? À quoi bon ? Tu sais que tout ce que tu feras appartiendras aux habitants de ce château non ? Pourquoi t'amuser à te fatiguer plus que de raison pour leur rendre service ? Un léger haussement de sourcils avant qu'il ne reprenne. De quoi est-ce que tu as besoin pour faire tout ça ? »

     Il n'y avait que de la curiosité là-dedans, aucunement le but de lui offrir tout ce dont elle aurait besoin. Du moins, pas pour le moment, mais peut-être qu'avec le temps il pourrait envisager de lui donner quelques affaires dont elle avait besoin. Dans le fond, même si le Harloi n'était pas altruiste et ne pensait pas aux autres, il savait se montrer agréable de temps en temps et lorsque quelqu'un réussissait à le surprendre, il lui arrivait d'offrir quelque chose d'intéressant. Une attention, une parole ou un objet, tout dépendait de la personne et de son lien avec lui. Pour le moment, Cybeline était plutôt bien partie, mais elle restait une femme et femme était synonyme de déception, il restait à savoir si elle le décevrait avant ou après qu'il se soit montré attentionné avec elle.


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Message Dim 11 Nov 2012 - 22:23

Je reste ainsi, à demi penchée et tout à fait assise, à le contempler à loisir. Mes manières ne semblent pas le gêner, pas plus que ma façon de lui parler. Je suis quelqu'un d'assez tactile, j'aime souligner mes mots de contacts, de caresses, d'appuis. C'est une façon pour moi d'être sincère, la peau ment moins souvent que les lèvres et j'ai cru remarquer que les personnes avançant masquées n'aiment pas qu'on les approche de trop. Peut-être qu'on devine alors que leurs vêtements ne sont que des déguisements, où qu'on peut mieux lire dans leur regards que leur flamme est fausse et que leur âme se drape de voiles et des brumes. Mon Capitaine aime louvoyer, mais il a quelque chose de très franc chez lui. Il semble – et je le crois vrai – se moquer éperdument de ce qu'on peut bien penser de lui. Il a l'air solitaire et méfiant, également, peut-être à raison, mais en tous cas trop pour, à mon sens, pouvoir être aimant. J'espère qu'un jour, je lui aurais assez prouvé l'affection très fraîche mais très sincère que j'éprouve pour lui, afin qu'il se délasse auprès de moi, et qu'il repose son cœur ballotté. Je ne veux rien en faire, si ce n'est rester auprès de lui pour le panser. Ses propos sur les continentaux me laissent rêveuse, sans faire varier le sourire que je lui voue. Effectivement, il est inutile d'évoquer céans les hommes du continent : ils m'intéressent bien moins que lui, et je ne me tiens pas aussi proche de lui pour parler d'autres personnes, fussent-ils les jolis garçons aux lèvres tendres qu'il m'a évoqués. Je l'ai surpris, en parlant de sa chevelure, et je m'étonne presque moi-même d'avoir prononcé ma remarque à voix haute. Mais, touchée par un brin d'espièglerie, je pousse le bout d'une tresse de deux doigts joints, sans retirer mes coudes de leur appui, sans insister par la parole – pour l'instant. Je conçois toujours le projet de jouer de ses mèches, je ne saurais dire pourquoi. Mais j'aimerais y passer mes doigts, alors que sa joue reposerait sur mes genoux. Je cille légèrement, m'efforçant de ne pas m'abandonner à mes rêveries.

Alors que je repose mes deux mains en appui de mon menton, il file les confessions que j'ai pu les faire au propos de mes morts et de mon devoir. Je hoche la tête alors qu'il confirme qu'il va me falloir faire preuve de courage et d'obstination. La vie ici, à ce que tous semblent dire, est plus rude qu'ailleurs – si je manque de comparaison par rapport à moi-même, je dois avouer que les visages sont gris, les mines fermées et la dureté répandue – et faire des efforts supplémentaires que ceux nécessaires à ma survie et à ma situation fait beaucoup, j'imagine, pour un petit bout de femme comme moi. Mais je suis tranquille : si je le veux, si je suis soigneuse dans mes souhaits, j'y parviendrais. Il affirme qu'il ne m'échangera pas de faveurs contre d'autres plus intimes, ou des baisers comme nous en avons échangés à l'instant – mes dieux, j'ai du mal à y croire en cet instant précis – et il ne m'apprend rien que je n'ai deviné déjà. Son marin m'avait regardé d'une façon qui ne trompait pas. Lui, il me contemple comme un chat joueur ou un oiseau méfiant, mais pas en loup affamé ou en enfant avide de briser un jouet. Je sais qu'il ne me contraindra pas, pas à ça, et que s'il me vole encore un baiser, ce sera parce que j'aurais bien voulu lui laisser le prendre. Mes lèvres me chatouillent à cette pensée, et je les mords en dedans, pour les relâcher lorsqu'il me parle des vagues trop fortes, qui éteindront mes bougies. « Oh, si les flots ne se calment jamais, je garderai les lumières pour la terre et les offrandes pour la mer. » Je reste pensive quelques secondes, avant de pencher la tête, imitant presque son geste de réflexion en tapotant ma lèvre inférieure de mon index, et j'ajoute d'une voix effleurée, songeuse. « Une colère jamais apaisée vous berce... »

Je me ré-hausse et bats des cils alors que la voix de mon Capitaine résonne à nouveau, me lançant sans détour qu'il se moque que je sois pieuse ou que je blasphème, alors qu'il me confirme que lui-même navigue en dehors des voies tracées par la coutume et la religion. Je n'ai jamais goûté l'impiété, jamais, par nature, elle m'est trop opposée, mais je ne sais départager chez lui s'il se contente de ne pas prier, ou s'il va volontairement dans les eaux contraires pour brusquer. Je ne connais pas l'Antique Voie et ne peux juger mon Capitaine, toutefois, si je me figure sans mal Sargon n'avoir cure de ce qui est à faire pour célébrer leur dieu noyé, je ne le vois pas aller à l'encontre même des préceptes des Fer-nés. Ce peuple me semble trop rude pour seulement l'accepter. Il se tient sur la brèche, mais il reste un homme et si c'est l’abîme de la colère des siens qui est à son côté, il ne pourrait pas tenir, si doué soit-il, au milieu d'hommes armés et trop hostiles. Mon Capitaine vit dangereusement. Je suis persuadée que c'est tout à fait volontaire, et que c'est précisément de cette façon qu'il compte épicer son existence. Je ne suis pas un danger, je ne l'ai jamais été, je me sens bien incapable de l'être un jour, mais, si je l'intéresse bien un peu, c'est peut-être parce que je contraste au milieu de toute cette rudesse acérée. Sargon me fixe et ma main quitte l'endroit vague, sous mon menton, où je l'avais laissée, pour déranger ses mèches et frôler son cou. Sans raison. Juste parce que j'en éprouve l'envie au bout de mes doigts. Puis, je réponds. « Ce n'est pas une question de peur, au juste. J'ai toujours préféré écouté le divin, essayer de le ressentir. Je n'ai aucune envie de défier le dieu qui règne ici, mais je veux plutôt le comprendre. » Je hausse légèrement une épaule, gardant les lèvres entrouvertes, cherchant un morceau d'éloquence pour y tailler mon idée et la rendre claire, en vain. Je finis par refermer la bouche sur un sourire franc et un regard qui le l'est pas moins. « Je suis ainsi. Dis-moi juste si tu ne veux pas que je prie pour toi. » Je ne prends pas ces choses à la légère. Jamais, surtout pas : le sacré est primordial et les mots qu'on voue aux dieux sont, au final, les seuls qui ne finiront pas par s'envoler.

Il se penche vers moi, et nous sommes à nouveau très proches, je glisse mes doigts entre sa nuque et sa gorge, légèrement caressants, sans trop y penser. Mes mains ne sont pas les plus douces qui soient, mais mon geste est délicat et effleuré. Ses questions, comme souvent, devraient peut-être me déstabiliser, mais au final, elles me réconfortent curieusement, parce qu'elles pointent les certitudes sur lesquelles je suis fondée. Peu m'importe que ces dernières soient tout à fait subjectives : moi, j'y crois. Alors, pour moi, tout est vrai. Je parle bas, sur un ton de confession, puisqu'il est tout près, ce qui donne sans doute à mes propos une suavité que je ne recherche pas. « Parce que c'est ce que j'aime. Peu importe que je garde ou non le fruit de ce que j'ai fait, j'aime façonner la cire et regarder le feu prendre. Et, tu sais... » J'esquisse une moue tendre, mes joues rosissant sans doute à nouveau un peu alors que je lui confie. « Je fais souvent ce que j'aime, ici. Ce n'est pas la bougie qui m'attire, c'est la cire. C'est de faire. » Je soupire un souffle bienheureux, ajoutant d'une voix plus haute et plus claire. « Si quelqu'un profite de ce que j'ai pu faire, tant mieux. Ce serait dommage de les perdre, et même, savoir qu'il y a quelques unes de mes lumières pour éclairer ça et là... Est une pensée plutôt agréable. » On ne m'oublie pas. Et, avec moi, on n'oublie ni Mainate, ni Lorath – ce serait un véritable bonheur que de faire. Son interrogation pragmatique me fait dériver le regard vers les flammes, en mimique de réflexion. « Hé bien, il faut de la graisse, surtout, n'importe laquelle fait l'affaire, il faut aussi de quoi la chauffer et un gros fil tressé. Ensuite, la qualité vient de la patience et de la maîtrise du feu, aussi de ce qu'on ajoute pour parfumer ou colorer la cire. » J'ajoute après un petit instant. « J'ai presque tout ce qu'il me faut en cuisine, mais je n'ai pas essayé. » Il est beaucoup trop tôt pour que je prenne ce genre de libertés. Je ne sais pas ce qui serait toléré de ma part et ce qui serait considéré comme du vol ou de l'insolence. Maître Mainate m'a plusieurs fois punie dans mon enfance pour des choses qu'il m'encourageait à faire un peu plus tard, un fois que j'avais sa confiance, j'imagine qu'il en sera de même ici – et à plus grande mesure encore.

Je relève les yeux vers lui et ma main se pose fugacement à sa joue, alors que je m'aperçois presque à l’instant de la proximité qu'il a installée à nouveau et que je n'ai en rien contrée. J'ignore pourquoi elle me frappe maintenant, alors que je l'ai vu approcher, mais j'en perds mon sourire tandis que mes doigts soulignent ces lèvres que j'ai embrassées. J'étire les miennes avant de les mordiller une fois encore. Ensuite, je repousse les cheveux de mon Capitaine sur le côté, retirant mes doigts de ses traits sur une dernière caresse. Je lui avoue d'un chuchotement. « Tu es un homme troublant, Sargon. » Je repose ma main à son épaule, laisse mes doigts conquérir lentement sa nuque. « Tu joues beaucoup avec moi, je dirais. Mais... » Je passe ma langue sur mes lèvres. « Oui, c'est troublant, mais je fais beaucoup de choses que j'aime ici. Et j'aime assez ce que tu me fais. » Ma confession est tout à fait impudique, mais elle est spontanée. Je me hisse contre lui, prenant un appui léger sur son genou de ma main libre et, alors que je suis presque à genoux devant lui comme si j'allais prier, je repose mes lèvres contre les siennes, pour lui donner un baiser semblable à celui qui m'a pris. C'est long, délicat et hésitant de ma part, mais c'est plein de la tendresse que je veux lui prouver, avec un petit quelque chose de chaud et de bizarre au fond de moi, mais d'agréable aussi – comme une gorgée d'alcool. Lorsque nos bouches se séparent, je lève le menton pour embrasser l’arête de son nez, puis son front, avant de m'abaisser, et de souffler tout bas, sur un ton très complice, où perle un peu de joie et d'autre chose que je ne saurais pas nommer. « Cette guerre, mon Capitaine, est déclarée. » Puis, je ris, d'un rire que je ressens comme innocent et léger, qui ne sonne pourtant pas infantile. Il est trop grave et long, trop susurré, pour être sans conséquences. Après tout, c'est le chant d'une bataille qui commence.
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Sargon Harloi
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Message Lun 12 Nov 2012 - 14:31

     Ce qu'elle exprimait en parlant d'une colère jamais apaisée était parfaitement adaptée. Il était vrai que les Fer-nés ressemblaient aux îles qui les avaient vus naître, comme le père de Sargon le lui avait dit jadis - et c'était bien là l'une des seules choses qu'il avait mémorisé de ces discussions - un homme s'adaptait à l'environnement où il grandissait. C'était bien pour cette raison que les continentaux ne changeraient jamais, leurs contrées étaient trop douces et trop délicates pour leur permettre de devenir de féroces combattants. Là où un Bieffois ne voyait qu'une occasion de briller auprès de la gente féminine, un Fer-né voyait la possibilité de nourrir les siens. Un raid raté coûtait la vie à des dizaines de marins et tout autant d'habitants sur les Iles de Fer tandis qu'un combat perdu ne reviendrait qu'à une honte passagère pour un continental. Les besoins de chaque peuple étaient déterminés par l'environnement et forgeaient donc des individus bien différents. Il n'y avait rien à répondre à ce propos, Cybeline découvrirait bien par ses propres moyens que les Iles de Fer étaient – heureusement ou malheureusement ? – bien différentes de Lorath. Elle finirait aussi par se durcir, ou alors le sel serait dissout par la mer.

     Fidèle à elle-même, la jolie donzelle se laissa aller à toucher son propriétaire. C'était bien la seule à agir de la sorte, même Deirdre à l'époque où elle fréquentait encore Sargon, ne s'accordait pas ce genre de luxe. Était-ce réellement un luxe d'ailleurs ? De l'avis des autres femmes-sel ou même des Fer-nées, ce n'était pas le cas, mais le capricieux personnage ne se gênait pas pour repousser les gestes de tendresse des femmes lorsqu'il en avait l'envie. Le plus souvent c'était pour les frustrer ou les mettre dans l'embarras en leur rappelant qu'il n'y avait que lui qui décidait du moment où il voulait bien se montrer aimable. Mais il ne le fit pas. Pas pour le moment, le tour de Cybeline arriverait certainement, mais à cet instant précis il s'amusait davantage en la laissant explorer ce plan de leur « relation ». Le reste arriverait plus tard. À ses paroles concernant le Dieu Noyé, Sargon considéra qu'elle avait certainement dû être une pieuse demoiselle à Lorath et bien qu'il ignorait quelle était la divinité de ce peuple, il imaginait aisément à quoi devait ressembler son adoration. Au fond, quels que soient les Dieux, ils se ressemblaient tous. Un avis que beaucoup ne partageaient pas, mais qu'il ne se privait pas d'émettre, surtout à côté des prêtres. Un sourire se dessina à nouveau sur les lèvres du Fer-né lorsque la donzelle avança l'idée de pouvoir prier pour lui. Là, il n'y avait pas trente-six réponses possibles.

     ▬ Inutile de perdre ta salive à prier pour moi, tu ferais mieux de le faire pour ceux qui sont croyants. J'ai toujours considéré que ces conneries ne fonctionnaient que sur ceux qui les gobaient. Ce n'est pas mon cas. »

     C’eut été inutile de le préciser étant donné qu'elle l'avait déjà compris vu le nombre de fois qu'il le répétait. Le Harloi n'était pas très respectueux c'était un fait, mais il n'était surtout pas très délicat. Il avait bien remarqué que Cybeline était croyante, mais cela ne l'empêchait pas de taxer les croyances religieuses de « conneries ». Elle s'y ferait à la longue, puis si ce n'était pas le cas, tant pis pour elle. Sa main continue à toucher sa peau et avec une certaine stupidité, Sargon en vint à penser que la dernière personne à l'avoir touché était Gabriel lorsqu'il avait tenté de l'étrangler il y a quelques semaines de cela. Un mauvais souvenir qui dessina une légère contrariété sur le visage du Fer-né, mais qui s'envola rapidement. Cet imbécile ne viendrait pas lui parasiter les pensées de la sorte. Le roturier chassé de ses pensées sans ménagement, Sargon se concentra sur les paroles de la demoiselle qui expliquait qu'elle aimait simplement confectionner des bougies et que c'était le travail qui lui plaisait, pas forcément ce qu'il y avait au bout. Là, c'était un langage qu'il comprenait, lui-même était un peu dans le même cas. Dans les raids ce qui lui plaisait le plus, c'était le moment où l'adrénaline montait et où il allait tuer les malheureux sur qui le sort venait de s'arrêter. Les prises n'étaient que facultatives, les trésors amassés ne l'intéressaient pas franchement même s'il était vrai qu'il aimait les richesses. À la fin de la réplique de Cybeline, il répliqua.

     ▬ Je peux comprendre, ce n'est pas tant le résultat qui compte. Très bien, s'il n'y a que ça pour te faire plaisir, au moins tu ne seras pas dépaysée ici. il n'allait pas cracher sur l'idée qu'elle puisse se rendre utile en confectionnant des bougies. Les femmes-sel étaient coûteuses, elles mangeaient et avaient besoin d'être entretenues comme tous les serfs, c'était bien pour cette raison que les nobles étaient moins appréciées que les artisanes ou les domestiques : elles, elles savaient déjà travailler alors que les nobles n'étaient bonnes à rien, pas même à l'autre utilité de la femme-sel vu qu'elles étaient toutes vertueuses. Tu pourras toujours demander aux autres domestiques, une femme qui sait se rendre utile est toujours appréciée, tu gagneras plus le droit de manger que les autres. C'est pour cette raison que les Fer-nés préfèrent enlever des femmes comme toi tu vois et pas des petites nobles juste bonnes à minauder en pleurant. »

     Ce n'était pas réellement un compliment sachant qu'il lui disait quand même qu'ils préféraient enlever des souillons ou des roturières parce qu'elles étaient plus débrouillardes, mais Cybeline avait l'air d'apprécier le travail, il était donc probable qu'elle voit cette déclaration comme une chose bénéfique. Elle était si étrange, il ne parierait pas sur sa manière de percevoir les choses. Son sourire s'envola soudain et l'espace d'un instant, Sargon se demanda si elle venait de réaliser qu'elle jouait à un jeu qui la dépassait, une prise de conscience brutale qui allait la pousser à reculer et à revenir sur ses paroles. Mais non, elle retrouva tout son allant en laissant ses doigts se promener sur le visage du capitaine qui ne broncha pas. Il lui accordait beaucoup de choses, beaucoup plus qu'aux autres femmes qui étaient passées par là, mais elle était aussi bien différente de ces personnages insipides qui avaient donné l'impression de pouvoir donner monts et merveilles pour ne sortir que de simples lapins de leurs chapeaux. Les femmes n'étaient pas très différentes les unes des autres, il fallait juste qu'il trouve dans quel domaine la jolie demoiselle face à lui, refuserait de jouer franc jeu. Tout le monde avait des secrets.

     Elle chuchota alors, lui déclarant qu'il était troublant. Dans le bon sens ? Troubler une demoiselle n'était jamais une mauvaise chose, il aimait marquer les esprits, mais dans la bouche de Cybeline tout semblait bien différent. La suite se révéla intéressant, que ce soit ce qui fut prononcé ou esquissé comme geste, même dans sa manière d'embrasser elle se montrait surprenante. La douceur dans un monde de brutalité, apparaissait aussi violente et choquante qu'une gifle dans un monde de paix et d'amour. Là où un individu normal aurait vu une démonstration d'affection ou de tendresse, Sargon chercha un calcul, un plan dissimulé qui lui permettrait de prendre le dessus. À ne compter que sur soi-même, l'on finissait par oublier comment faire confiance. Dans le cas du Harloi, ce stade était dépassé depuis longtemps. Après le rire de Cybeline, il plongea ses yeux dans ceux de la donzelle.

     ▬ Dans une guerre, il y a toujours une escalade, ce qui commence par une rixe entre deux individus saouls peut se terminer en affrontement de deux peuples. Quelles que soient les armes utilisées, ça progresse toujours comme ça, je le sais bien, j'en ai déjà fait. Des guerres armés de haches et d'épées et non de simples baisers. Un avertissement supplémentaire pour prévenir la jeune femme qu'à débuter avec des baisers elle pourrait bien se retrouver surprise de ce qu'elle trouverait à la fin. Un homme aussi indifférent soit-il, finissait toujours par désirer plus d'une jolie femme que de simples sourires. Tant mieux si tu aimes ce que je te fais, parce que je m'amuse beaucoup de mon côté. Son sourire amusé le prouvait, ainsi que le fait qu'il ne se soit pas encore en-allé malgré la durée de leur discussion. Et si tu continues à m'amuser de la sorte, il se pourrait bien que tu puisses découvrir plus de choses à aimer. »

     Il ne parlait pas sur un plan plus intime, contrairement à beaucoup d'autres Fer-nés, Sargon ne ramenait pas tout au sexe, c'était même un aspect secondaire à ses yeux, les femmes-sel servaient de divertissement oui, mais pas dans ce domaine. Non, il lui parlait bel et bien de découvrir des choses propres aux Fer-nés et qui pourraient l'intéresser. Sous ses airs d'égocentrique, il pouvait tout de même se montrer généreux lorsqu'il le désirait, même si au fond cette générosité servait ses intérêts. Amener Cybeline vers de nouveaux horizons pourrait lui permettre de découvrir de nouvelles facettes de sa personnalité et par extension, de le divertir. Lorsqu'il avait quelque chose à gagner, le Harloi arrivait souvent à ses fins. Humectant ses lèvres, il détourna ses yeux vers les flammes qui brûlaient dans l'âtre.

     ▬ J'ai un oncle qui a troqué son nom contre un titre de prêtre, c'est un personnage important au sein de notre société, il représente le Dieu Noyé, il dispense des conseils à tous les capitaines et sa parole a même plus de valeur que celle de notre suzerain. C'est lui qui s'occupe de la noyade des nouveaux-nés et de toutes ces traditions idiotes et sans intérêt. Son regard se glisse vers la donzelle. Inutile de préciser que nos relations ne sont pas au beau fixe, il ne désespère pas de me voir reprendre la route de l'Antique Voie, mais je me disais qu'un tel personnage t'intéressait certainement. Il savait bien qu'Harlon le Rouge le considérait comme une honte pour le nom Harloi, mais apparemment il semblait aussi penser que son sort n'était pas scellé. Cela dit, à ses yeux tu ne seras qu'une femme-sel ou qu'une simple souillon, il ne t'accordera certainement pas la moindre attention, mais vu que tu as l'air d'aimer les causes désespérées.... »

     Est-ce qu'elle trouverait un intérêt à ce qu'il venait de dire ? L'oncle de Sargon était un personnage particulier, il regrettait souvent que le père du jeune homme – le frère d'Harlon – ne lui ait pas mieux inculqué les préceptes de l'Antique Voie. Il était vrai qu'avoir un prêtre du Dieu Noyé dans sa famille devait normalement aider à ne pas s'en éloigner, à croire que le côté contradictoire de Sargon était trop prononcé pour qu'il rate une telle occasion. Parler de la famille le poussa à penser à un autre point.

     ▬ Par ailleurs, nous serons peut-être amenés à quitter cette demeure d'ici quelques temps, les Harloi ne vivent pas à Kenning normalement, il se pourrait que je regagne ma place légitime sous peu. »

     Il avait bien dit « nous » ce qui signifiait plutôt clairement que Cybeline lui était définitivement associé. Elle le suivrait où qu'il aille désormais, malheur ou chance, tout dépendait des points de vue.


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Message Lun 19 Nov 2012 - 18:55

Fi de la façon dont il a nommé le sacré - « conneries », avait-il dit, montrant une nouvelle fois ô combien il aimait déranger et provoquer – et fi également de cette perspective de mieux manger ou d'être mieux considérée grâce à ma passion des flammes maîtrises. Oui, fi de tout cela, le feu du baiser échangé l'a presque entièrement consumé. Bien sûr, je n'ignore pas cet accroc à ce qui est mon guide le plus profond et le plus sincère, mais il ne m'appartient pas de juger celui que les dieux – celui d'ici ou ceux d'ailleurs – ont décidé que je servirai ; bien sûr, j'ai à cœur de prouver ma bonne volonté, et à défaut d'être l'une des leurs, de ne pas être vue comme nuisible ou dispensable. Mais alors que je ris et sitôt qu'il parle, je comprends à quel point je viens moi-même d'entamer une marche où il ne sera jamais question de pas en arrière. Je l'aurais pu, sur le boutre, d'une façon fort simple, il aurait suffit de retourner dans les flots et de m'oublier. Je l'aurais pu, une fois arrivée ici, en me couvrant la tête de cendres, en devenant fade et effacée, en ne présentant qu'une face semblable aux pierres jusqu'à m'y confondre, je l'aurais pu à mon entrée dans cette pièce, de bien des façons différentes, en mentant, en le repoussant ou seulement, je crois, en me plaignant ouvertement de ma condition. Je l'aurais pu, enfin, au baiser précédent, peu marqué, qui n'esquissait pas grand chose entre nous qu'une suite logique de paroles appuyées et de regards qui finissaient pas l'être également. Mais plus maintenant. J'ai déclaré moi-même la guerre, Sargon est amusé, je lui souris avec une tendresse moins légère qu'elle n'a été jusqu'à présent. Je ne regrette pas, non, mais prendre conscience de tout ce qu'il y a derrière nos échanges en fait un jeu d'adultes, non plus d'enfants. Il y aura donc une escalade dans nos affrontements, d'après mon Capitaine, et peut-être, si je suis habile, d'autres choses pour moi à aimer.

J'ignore ce qu'il entend exactement par ces propos voilés. Il ne m'éclairera pas, alors je ne lui demande rien, mais je m'interroge. Compte-il me montrer d'autres merveilles de ses îles, me confier quelques histoires secrètes, en récompense de mes conquêtes de gestes et de mots ? Compte-il plutôt cueillir celle que je garde cachée, et dont il s'était assuré sur le boutre déjà qu'elle était intacte et qu'aucun autre homme n'avait approchée, et m'apprendre comment me battre entre des draps ? Un baiser contre un baiser, c'est ce qu'il vient de jurer, mais contre nos échanges de courtoisies ? Je cille, je ris presque alors qu'il reste lui pensif et qu'il regarde l'âtre en passant fugacement sa langue sur ses lèvres, mais je contiens mon éclat en le changeant en moue plus ample et plus affirmée. De la courtoisie. Est-ce que nous nous faisons la cour, au juste ? Ma mère ne cessait pas de me conter des romances, c'étaient ses histoires favorites, mais elle ne m'avait jamais murmuré une scène pareille, ni une rencontre comme celle-ci. Je crois qu'elle adorerait, même si elle jugerait mon Capitaine trop rugueux et sans doute pas assez grand à ses goûts exigeants, quant à mon oncle, ces récits le plongeaient dans un ennui profond et il n'avait de cesse que de nous demander d'abréger si nous nous perdions dans les détails de nos amourettes imaginaires. Mais celle-ci le concerne, puisque c'est moi, sa nièce, avec lui, son assassin ; je n'aurais sans doute pas à la lui rapporter.

Comme en écho, Sargon parle d'un oncle – mes yeux en luisent et j'en deviens convaincue d'être résolument écoutée par une divinité – mais c'est le sien dont il s'agit, et il est vivant, lui. Il est prêtre, même, et si je file bien ses paroles, ceux qui entendent la voix de leur dieu noyé sont plus importants et plus considérés que leur suzerain même. Mon Capitaine ne doit donc pas exagérer lorsqu'il prétend n'être apprécié par à peine plus qu'une poignée de personnes et respecté par encore moins, s'il a un esprit impie et qu'il ne s'en cache en rien. Lorsqu'il tourne la tête vers moi, j'ai un sourire attentif, quoiqu'un peu espiègle, alors qu'il vient de déclarer les traditions religieuses de son propre peuple comme idiotes et sans intérêt. Je me suis rabaissée, et je le regarde de nouveau d'en bas, les bras croisés sur ses genoux, le torse penché et le menton levé pour mieux l'aviser. Je ne peux qu'imaginer la teneur vive de leurs échanges, surtout si, comme je crois le deviner, Sargon aime à appuyer son comportement lorsqu'il sent que ce dernier touche une corde sensible chez son vis à vis, mais la moitié de mon esprit est attiré par ces esquisses de célébrations dont il m'a fait part. Ils noient leurs nouveaux-nés, est-ce une métaphore ? Les jettent-ils à l'eau pour ne garder en vie que ceux qui percent la surface des flots ? Sacrifient-ils systématiquement une part de leurs rejetons à la mer ? Je suppose que la noyade est à prendre dans un sens assez littéral, puisque leur dieu se connaît ainsi et que je crois ce peuple assez entier et assez fier pour offrir sans compter à leur divinité et ce jusqu'à leur souffle ou leur progéniture, mais je ne peux que laisser mes pensées vagabonder sans certitudes. « Comment l'appelle-t-on, maintenant qu'il a troqué son nom ? » Je n'ai ni peur ni appréhension à vouloir apprendre son patronyme sans qu'il ne me l'ait lui-même donné, puisqu'il l'a choisi et que les prêtres, si c'est ainsi partout, ne font plus partie des hommes ayant pleine disposition de leur sang comme de leur être. Ils sont une part de leur divinité, une part à la fois sacrée et proposée à tous ceux qui embrassent leur foi, comme à tous ceux qui veulent s'en approcher. C'est un chemin difficile qu'il convient de respecter – j'aurais assez de ce respect solennel pour mon Capitaine et moi. Je ne peux qu’acquiescer lorsque ce dernier affirme que je lui semble aimer les causes désespérées. Certes, il ne me considérera probablement qu'en tant que l'objet utilitaire que je suis, mais je ne peux juger de sa réaction avant de l'avoir confrontée, et qui sait, peut-être qu'avec de la chance, des offrandes et des prières, je parviendrais à amadouer assez et le dieu et le prêtre pour que le premier ne soit pas offensé si le second m'enseigne ce que tous savent ici. Je ne réplique rien de plus à tout cela : Sargon doit déjà deviner mes attentions et combien j'estime précieux ce qu'il vient de m'apprendre. Et, s'il ne le savait pas encore, il doit le lire dans mes yeux, puisque je ne cache rien de mon enthousiasme à l'idée d'affronter la méfiance tenace d'un vieux prêtre bourru. Il pourra même me frapper – j'en serais effrayée bien sûr, mais je comprendrais. La violence fait partie du mérite, ici, et s'il faut l'endurer, je m'y plierais.

Il changea de sujet, parlant du lieu – Kenning, qui est également le nom que porte la famille tenant cette demeure, j'avais pu l'apprendre avec la complicité de mes compagnes de chambre – puis des siens – Harloi. J'avais déjà entendu ce nom à plusieurs occasion, tant pour une île qu'un lignage et, ne serait-ce qu'en arrivant ici, mon Capitaine avait été désigné ainsi, mais c'est la première fois que Sargon le prononce lui-même pour se désigner en partie, aussi me sens-je, à présent, autorisée à le désigner comme tel sans l'avoir usurpé. J'incline la tête avec docilité, considérant comme tout à fait normal – et même bienvenu – de l'accompagner dans ses périples et de quitter avec lui Kenning et son château. Il ne m'a confiée ni aux murs, ni à la lignée et je pourrais déduire de son affirmation qu'il commence à se décider tout à fait quant à mon destin, et quand à faire de moi ce sel qui semble être l'objet d'un mépris et d'avantages particuliers. Mais mon âme a déjà embrassé ce fait en même temps que les lèvres de Sargon et mon esprit est trop préoccupé par les conséquences de ses dires pour tiquer sur quelque chose que j'ai accepté depuis longtemps comme vrai et souhaitable. Légitime, a-t-il dit, ce qui est tout, sauf anodin. Je songe, avant d'incliner la tête de côté et de me redresser sans m'écarter de lui, qu'il a pu être écarté de sa lignée pour son comportement, pour son indépendance, pour ses provocations ; mais peut-être est-ce plutôt qu'il a été chassé, et qu'il a préféré aller dans des voies contraires aux siens pour leur signifier qu'il n'avait ni besoin de leurs terres, ni besoin de leurs traditions pour se faire sa propre identité. Peut-être est-ce ainsi qu'il a été trahi, comme je suspecte qu'il l'a été. Peut-être est-ce autre chose. Sans doute est-ce plus complexe encore que ce qui ne m’apparaît.

« Ce sera en boutre, n'est-ce pas ? Je suis impatiente de naviguer. » C'est tout à fait sincère. Je remue peu, mais un léger mouvement de mes doigts et un petit pincement de ma lèvre inférieure trahit peut-être la question qui me pèse et que j'essaie de bien formuler. « Tu dis regagner... » Comment l'a-t-il perdue, cette place qui lui revenait ? Au nom de quoi, et... « Est-ce que ce sera en combattant que tu le feras, ou d'une autre façon ? » Il y a bien des façons de se battre, mais cette fois-ci, j'entends bien celle du fer, du sang versé. Sera-ce contre des Fer-nés ou en reportant des batailles contres des étrangers ? Est-ce que les miens et le navire sur lequel nous étions est une partie de ce qu'il accomplit pour retrouver la place qui lui revient sur l'île dont il porte le nom ? J'ai été peu bavarde cette fois-ci, et je suis maintenant prudente, mais je n'ai aucune envie de le brusquer sur des sujets qui le désignent franchement, et pour lesquels je lui ai confessé plus tôt mon plus vif intérêt. Je lui soulève gentiment une main, sans y entremêler mes doigts, et caresse sa paume pensivement. « J'espère que tu ne seras pas blessé... » C'est affecté, encore une fois, mais c'est tout sauf un mensonge. Je n'entends rien à la médecine et j'aurais peine à le voir souffrir sans pouvoir l'aider. J'ai déjà vécu trois fois le mal de Maître Mainate, je ne sais pas si je pourrais éviter de pleurer. Mon vieux maître ne s'était jamais agacé quand je sanglotais mon inquiétude pour lui, bien au contraire, mais je sais déjà qu'il n'en sera pas de même pour l'homme que je viens d'embrasser.

A cette pensée, je relève les yeux vers lui et, après avoir fugacement posé mes lèvres sur sa paume, je relâche sa main pour m'accouder à sa cuisse, et lui souffler. « Notre guerre ne s'arrêtera pas à Kenning. » Ce n'est pas une question. Je me doute qu'elle ne sera pas réservée qu'à cette petite pièce, ni même à cette île, mais ce n'est pas le sujet de ma confession. « Est-ce qu'elle devra être en trêve à certains moments, ou à certains endroits ? » Je ne demande pas non plus si je dois la garder secrète, il me l'a dit, je le sais ; s'il a tant d'ennemis, ils pourraient très bien me considérer comme acquise à leur opposant et me sacrifier sur l'autel de leurs affrontements plus guerriers que courtois. Mais peut-être a-t-il une épouse, une fiancée, une dame espérée, une demoiselle qui serait jalouse ou repoussée, ou bien même quelqu'un qui ne voudrait pas le voir se pencher vers une souillon pour quelque jeu que ce soit. Je me doute qu'il se moque de la plupart, mais je ne crois pas qu'il veuille toujours sacrifier chacun de ses intérêts – et je pense, également, un peu à moi. Si je deviens pesante, je serais en danger, et j'ai beau commencer à faire plus que m'adapter ici, et bien même à me plaire, j'ai vu les écueils de ces îles. Ils sont acérés. Et ils sont innombrables.
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♦ Doublons : Maron Martell, Pryam Templeton, Bryce Vyrwel, Alysane Mormont
♦ Age du Personnage : 28 ans
♦ Mariage : Femme-roc : Helya Harloi (née Botley) ; Femme-sel : Emeraude
♦ Lieu : Île de Harloi, Dix-Tours
♦ Liens Utiles :
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Message Mar 20 Nov 2012 - 13:49

     Elle avait semblé intéressée par le sujet du prêtre, à croire que la religion avait réellement une signification particulière pour elle. Harlon n'était pas le sujet de discussion préféré de Sargon, pour être sincère c'était même le moyen le plus efficace de le mettre en rogne : lui parler du prêtre. Ses perpétuels sermons sur le Dieu Noyé devenaient aussi lassants qu'irritants et même si le Harloi ne cherchait pas volontairement à éviter son oncle, il se portait bien mieux sans croiser sa route. Cela dit, c'était lui qui avait pris la décision d'abord le sujet du prêtre et il était donc légitime que Cybeline s'y intéresse, en réalité c'était même dans cette optique qu'il avait agi de la sorte. La curiosité de la jeune femme semblait n'avoir aucune limite et il ne serait pas très étonné de la voir sauter sur l'occasion de lui parler si jamais Harlon passait à Kenning ou à Dix-Tours lorsqu'ils y seraient. Nul doute que le prêtre n'apprécierait pas vraiment qu'une femme-sel agisse de la sorte avec lui, il pourrait même être tenté de lever la main sur elle, mais ce serait une manière comme une autre pour que la donzelle apprenne ce qu'il fallait faire et ce qu'il valait mieux éviter. L'apprentissage par la douleur était certainement le plus efficace. Après une légère pause, il renseigna donc la captive sur ce qu'elle souhaitait savoir.

     ▬ Il se fait appeler Harlon le Rouge, mais en général tout le monde l'appelle pas son prénom. De toute manière, tu le reconnaîtras rapidement si tu venais à croiser son chemin. »

     Un léger sourire se peignit sur les lèvres du Harloi à ces paroles. Il ne doutait pas que la dégaine de son oncle attirerait rapidement l’œil de la jolie demoiselle, puis il était fort possible qu'Harlon s'intéresse brièvement à elle. Sargon ne respectait que les traditions qui l'arrangeaient et la femme-sel en faisait partie, même si jusqu'à ce jour ses tentatives à ce niveau n'avaient jamais été très respectueuses de leurs us et coutumes. D'un geste de la main, il indiqua que le sujet n'était pas vraiment intéressant, le prêtre du Dieu Noyé occupait déjà une partie de sa vie en se sentant obliger de le remettre sur la bonne voie – si tant est qu'il y eut déjà été – il ne tenait pas à en parler plus que de raison. À trop parler des monstres l'on finissait par les faire apparaître. Le capitaine avait déjà eu suffisamment d'ennuis avec son oncle à trop utiliser Deirdre en espionne, chose qui ne semblait pas satisfaire le prêtre bien que Sargon n'en eut jamais compris la raison.

     Elle fait glisser la discussion vers leur éventuel déménagement en se renseignant sur la manière dont ils gagneraient Dix-Tours. Il était vrai que la manière la plus logique eut été d'emprunter la mer, mais la forteresse des Harloi se trouvait sur la même île que Kenning et il était plus rapide d'emprunter la terre, surtout que la Veuve Salée était accostée auprès des autres boutres de la maison Harloi. La curiosité de la chandelle fit alors encore une fois des siennes tandis que Cybeline se renseigne sur la nature du mot « regagner ». Il était vrai que ce n'était pas très clair et pour quiconque ne connaissait pas le passif du capitaine, ces paroles apparaissaient comme bien obscures. Il se contenta de secouer légèrement la tête lorsque la donzelle émit l'idée qu'il doive se battre pour y parvenir. D'un côté, oui, cela faisait plusieurs années que Sargon pillait au nom de la maison Harloi, rapportant des serfs et des femmes-sel à son oncle Igon pour que ce dernier voit qu'il était bien plus digne d'être un Harloi que son cousin, l'héritier légitime de la maison. Ce cloporte n'était bon qu'à lire des livres dans la bibliothèque de Dix-Tours et ressemblait plus à un continental qu'à un véritable Fer-né, malgré tout, les autres Fer-nés s'obstinaient à pointer Sargon du doigt alors qu'il était bien plus digne que les autres hommes qui portaient le même patronyme que lui. Bah, c'était sans intérêt, Cybeline méritait peut-être quelques réponses, mais pas une histoire. Pas encore. Son regard mordoré se porta sur le minois de la belle lorsqu'elle lui toucha la main avec douceur avant d'avancer l'idée qu'il ne soit pas blessé.

     Un nouveau sourire naquit sur les lèvres du Fer-né tandis qu'il songeait qu'elle risquait de le voir bien souvent blessé. S'il n'avait jamais été grièvement touché, Sargon avait déjà récolté plusieurs blessures handicapantes comme lors du raid sur Port-Lannis où une flèche lui avait traversé l'épaule, rendant l'utilisation de son bras douloureuse pendant plusieurs semaines. Mais normalement le voyage jusqu'à Dix-Tours ne présentait aucun risque, à moins que Gabriel ne vienne s'en mêler. Un frôlement doux et inhabituel sur sa main le fit revenir à la réalité alors qu'il vit Cybeline reculer légèrement après lui avoir lâché la main, puis elle posa une question à laquelle il ne s'attendait pas. Devait-il lui imposer un comportement particulier ? À ses yeux, il n'y avait aucune raison valable à une telle requête, certes il « courtisait » Helya, mais entre eux il n'y aurait jamais rien d'autre qu'une profonde mésentente et leur union, s'il avait lieu, ne serait basé que sur les intérêts de chacun. Il y avait fort à parier qu'elle se moque éperdument de ce qu'il pouvait bien faire avec ses femmes-sel. La seule femme qui aurait pu poser des problèmes aurait été Deirdre, mais cette sale bâtarde avait disparu de la surface de la terre depuis plusieurs semaines et il doutait qu'elle revienne ici un jour. Non, il n'y avait aucune raison qu'il lui impose une trêve, ses projets n'en pâtiraient pas c'était tout ce qui comptait. L'avis des autres était sans importance.

     ▬ Non, pas de trêve. Il détourna ses yeux du minois de la jeune femme, levant sa main pour la porter à ses lèvres dans un geste de réflexion, son regard posé sur les flammes qui crépitaient. La seule femme qui aurait pu te reprocher ton comportement n'est plus sur ces îles. Et de toute manière, elle n'aurait aucune légitimité à agir contre toi. Si ce n'était sa jalousie et son côté possessif bien évidemment. Mais puisque tu abordes le sujet, autant que tu saches que j'ai en projet de me lier à une autre maison par le biais d'un mariage. Cela dit ça ne changera rien pour toi, ce n'est rien de plus qu'un arrangement et elle se moquera de savoir qui tu es et ce que tu peux bien représenter pour moi. Exprimé de la sorte, cet aveu pouvait avoir l'air choquant, mais les mariages d'amour n'existaient pas entre nobles et pas plus sur les Iles de Fer. Les femmes des Iles de Fer ne sont pas possessives de toute manière, elles sont habituées à partager. »

     Il n'aurait pas été obligé de lui préciser qu'il comptait se marier, les domestiques ou les femmes-sel n'occupaient pas une place suffisamment importante pour qu'elles puissent avoir le droit à ce type d'informations. Cela dit, il avait décidé de lui accorder quelques menues informations parce qu'elle l'avait bien amusé et diverti ce soir et qu'il voulait la récompenser un peu. Sargon était toutefois ironique lorsqu'il parlait des femmes qui aimaient partager, disons surtout que la tradition des femmes-sel était inhérente à la vie des Fer-nés et que les femmes des Iles de Fer devaient vivre avec. La plupart du temps elles ignoraient ces amantes fidèles, mais certaines ne le supportaient pas. Comme la mère du Harloi qui avait détesté la mère de Gabriel de toutes ses tripes à partir du moment où il l'avait ramenée à bord de son boutre. Sauf que le capitaine voyait mal Helya devenir tendre ou jalouse avec lui, si de son côté Sargon ne supporterait pas de voir la Botley aller fricoter avec d'autres, le contraire était peu probable. Encore fallait-il qu'elle accepte sa demande un beau jour. Un moment de silence passa avant qu'il ne reprenne.

     ▬ Et pour répondre à ta question, lorsque nous partirons d'ici ce sera par la terre. Dix-Tours est sur la même île que Kenning, tu peux voir la forteresse d'ici d'ailleurs. Ce n'est pas bien loin, tu pourras revenir ici si l'envie t'en prendra. Du moins si elle gagnait en galons et qu'elle devenait plus qu'une simple domestique qui devait récurer les sols. Mais si tu es sage, peut-être que tu pourras à nouveau naviguer. C'était une forme de promesse, même s'il ne donnait pas de date. Tu apprendras que la vie ici est bien compliquée, il y a différentes manières de se battre, de combattre et d'être blessé pour reprendre ce qui nous revient de droit. En ce qui concerne ma place à Dix-Tours, disons que c'est encore plus compliqué à expliquer. Il inspira légèrement. Et de toute manière ce n'est pas une histoire que j'ai envie de conter. »

     Le ton laissait penser qu'il n'allait pas lui dire quoi que ce soit. L'envie n'était pas très présente, l'échec de sa mère lui était encore très pesant et il payait depuis tout ce temps le manque de poigne de cette faible femme. À cause d'elle il nourrissait une relation plus que tendue avec Gabriel et surtout, était contraint de vivre comme un invité permanent chez son oncle qui le tolérait juste. Soupirant légèrement, son regard se posa sur Cybeline.

     ▬ Disons simplement que je dois cette perte à ma mère parce qu'elle n'était pas assez forte pour s'imposer. Tu vois, c'est toujours les femmes qui cèdent les premières. Son intonation prouvait qu'il était irrité à ce simple souvenir, il chassa donc ce sujet d'un geste de la main. Il se fait tard, tu devrais retourner te reposer, tu risques d'être fatiguée demain et une femme épuisée ne sert à rien. »

     Loin d'être vexé, Sargon inspira légèrement, considérant que lorsque les souvenirs devenaient trop amers, il valait mieux envisager de mettre fin à la discussion sous peine de devenir trop irritable pour qu'il reste de bonne humeur. Mieux valait qu'elle ne le voit pas sous son véritable jour avant de l'estimer un peu plus.


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Message Mar 27 Nov 2012 - 21:48

Il n'y aura pas de trêve. J'incline la tête de côté, après l'avoir hochée lentement, en signe d'agrément, sans rien changer à ma posture pour l'instant. Sargon évoque brièvement une femme disparue, ou éloignée, qui aurait pu concevoir une certaine jalousie à me voir embarquer ainsi auprès de mon Capitaine sur des eaux houleuses, mais, morte ou exilée, elle n'est plus sur ces îles. Qu'il précise qu'elle n'aurait pas eu le droit de me nuire m'importe moins que de savoir que je ne risquerais pas de la blesser moi-même. Je suis ainsi, sans doute trop tendre, mais j'ai toujours eu plus mal à imaginer avoir nui qu'à être frappée directement. Mes yeux pétillent d'intérêt lorsqu'il me parle d'une alliance, d'un hymen à venir – j'ai toujours aimé les unions. Je sais bien, ma mère me l'a assez dit, que bien souvent noble mariage signifie long calcul, et que rarement, si ce n'est pas jamais, l'amour embrasse les époux et en fait des amants. Il le confirme lui-même, ce ne sera pas l'une des belles histoires dont Cybèle était si friande – et qui l'avaient assez trompée pour conduire à ma naissance. Le mariage est arrangé, la dame est indifférente. Du reste, si je suis bel et bien un objet aux yeux de la plupart des insulaires, il n'y a que peu de place envers un tel ressentiment, du moins et sans doute, quant à l'apparence et au jeu de façade. Les choses sont sûrement moins simple une fois qu'on passe les lourdes portes du silence et des forteresses. Mais, encore une fois, il ne m'appartient pas de juger, surtout une femme que je ne connais pas encore, pour ne l'avoir sans doute jamais croisée. « Je souhaite qu'elle te donne un héritier robuste. » Je souris, sincère, assez enthousiaste : l'enfant mâle, fier et accompli, est le second but d'une union, après celui d'une alliance nouée entre deux maisons. La noblesse d'ici semble être assez semblable à la noblesse d'ailleurs ; chez moi ils vendent et badinent davantage, ici ils frappent et volent. Mais les hommes ne sont pas si différents.

Ah ! Nous partirons par la terre, voilà qui me retire un peu de plaisir par avance, bien que ce que j'apprends – je pourrais revenir, si j'en avais l'envie ! Quel privilège extraordinaire que de choisir ses pas – me rende un morceau de joie. « Sage... » Est le mot de lui que je répète pour moi, avec un sourire plus lointain, plus rêveur et peut-être un peu plus réservé, mais pas moins joueur. Qu'entend-t-il par cette sagesse qu'il évoque ? Que j'obéisse, que je travaille, que je lui prouve toujours que je suis étrange comme ça semble lui plaire, ou que je le caresse avec mes hésitations de vierge qui paraissent l'amuser ? Sans doute la discipline avant le reste, mais les trois autres atouts me restent partagés, et sans doute devrais-je les lui prouver tour à tour. Je ne sais pas prévoir, je ne parviens jamais à calculer, je verrai bien si les dieux me soufflent comment être sage aux yeux du maître, et comment l'être aux yeux de l'homme. Ce n'est sans doute pas la même chose.

Le sujet suivant, que j'avais souligné quelques petits instants auparavant, le contrarie visiblement. Il s'agit de la bataille qu'il mène quant à son nom et à cette place qui lui revient et qu'il doit toutefois conquérir, et le léger déplaisir qu'il affiche réanime ma prudence. Doucement sur ces rives-là, ne brusquons pas les choses. J'acquiesce avec docilité lorsqu'il lance qu'il n'a pas envie de me faire don de cette historie. Quoiqu'il en dise par ailleurs, il m'en a déjà confié beaucoup et il serait bien ingrat de ma part que de vouloir gratter les miettes de sa générosité, que je pressens parfois capricieuse et tout de même assez rare. Il termine tout de même, et c'est la mère qu'il accuse : une mère faible, tout du moins pas assez combative, qui n'a su défendre son fils au temps de sa jeunesse – du moins je le suppose – et a abandonné un domaine qu'il doit reprendre après des années de jachère. Ou de joug envahissant. Il balaie l'air de la main, chasse l'ombre maternelle et la silhouette de l'affront, puis me congédie sans brutalité, mais sans discussion possible. Son irritation n'est plus là, il inspire profondément et garde cette détente qui, je veux je croire, n'était pas aussi prononcée sur ses traits et était absente de ses épaules lorsqu'il est arrivé dans cette pièce. Ce que je prends comme une victoire. Je n'ai rien remporté, puisque je n'ai vaincu personne, mais je suis parvenue à nous lier davantage, et à lui insuffler un peu de sérénité. Je décroise mes bras et laisse glisser mes mains jusqu'au sol, brassant mes petits jupons étroits – j'ai l'habitude d'en porter davantage – et me relève.

Ainsi debout auprès de lui, assis, je me sens encore assujettie à lui. Ce joug ne me blesse pas les épaules, et j'effleure l'une des siennes du dos de ma main droite, alors que je commence à passer auprès de lui. Mon regard porte toute la tendresse que j'éprouve pour lui, et mon murmure est chaud. « Je vais beaucoup rêver cette nuit, Sargon, j'en suis persuadée. » Que ce soit de lui, de sa mère, de ses plaies, ou de nos baisers – ah ! Je rougis. Je souris de plus belle, détournant les yeux un bref petit instant avec de les lui rendre et de les déposer dans ses prunelles mordorées. « A très bientôt, je l'espère. Et que ta nuit soit douce. » Je remonte ma main, sans l'appuyer, frôlant sa chevelure avant de reprendre mon pas et de le quitter. Je ferme la porte derrière moi, sans bruit et sans heurt, malgré l'âge du bois et, sitôt cette maigre barrière posée, je me sens soudain transie par le froid des couloirs. Je remonte mes mains à mes épaules et les trouve frêles, même pour mes doigts. Je me sens vulnérable, d'un coup, et très exposée. Après une poignée de secondes à guetter l'ombre et le silence des pierres, je file au travers de la forteresse jusqu'à rejoindre ma chambrée. J'ai, le temps du trajet, l'impression complexe et aussi fascinante que terrible d'être poursuivie par des spectres de femmes qui m'accusent, m'agrippent et m'encouragent. Je ne les comprends pas. Et je ne croise personne.

Je manque de percuter Merry lorsque j'ouvre la porte à toute volée et je passe la minute suivante à me confondre en excuses, alors qu'elle-même, après un instant de colère, s’esclaffe, se moque, puis me rassure. Gencives est silencieuse, nous considère avec gravité, puis me demande de venir vers elle pour m'inspecter. Elle regarde mon cou, saisit mes poignets, hume quelque chose vers mon corsage, me faisant m'empourprer. D'abord ma rousse grenouille la repousse, prenant la défense de ces rubans que j'ai toujours bien noués autour de ma taille, puis fronce les sourcils et veut soulever ma jupe. Je proteste enfin, mais timidement, et de façon confuse ; l'édentée finit par suspendre leur inspection d'autorité et me poser les mains aux épaules. « Réponds moi, petiote. Il t'a touchée ? » Je revois mon oncle, je revois son air grave, je revois sa vie, alors je ris avec légèreté, et elles échangent un regard circonspect. J'affirme avec une gentille douceur. « Moins que vous, en tous cas. » Merry reprend son rire pour le refaire éclater et Gencives soupire sur cette jeunesse dévergondée. Je lui rends son geste, pressant ses épaules pour lui assurer que je suis une femme intacte, et que Sargon et moi avons surtout parlé. Elle se raidit. « Il t'a demandé quoi ? Des choses sur nous ? » J'ouvre des yeux plus grands. « Non. Des choses sur lui. » Ma compagne la plus âgée paraît alors perplexe, la seconde, elle, hoche la tête en affirmant que c'est bien lui d'agir ainsi. Puis, la première ordonne le couché, et nous obéissons sans faillir.

Sitôt que je ferme les yeux, je me mets à rêver. Je suis sur un grand navire, perdu dans une tempête. Autour de moi, il n'y a personne, tout est tourmenté. Et je chante, et je ris.
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