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Tirons notre courage de notre désespoir même ▬ Cybeline

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Homme d'Armes
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Sargon Harloi
Homme d'Armes

Général


« Capitaine de la Veuve Salée »

♦ Missives : 5377
♦ Missives Aventure : 401
♦ Age : 28
♦ Date de Naissance : 27/09/1988
♦ Arrivée à Westeros : 22/11/2011
♦ Célébrité : Jack Huston
♦ Copyright : © Aryana
♦ Doublons : Maron Martell, Pryam Templeton, Bryce Vyrwel, Alysane Mormont
♦ Age du Personnage : 28 ans
♦ Mariage : Femme-roc : Helya Harloi (née Botley) ; Femme-sel : Emeraude
♦ Lieu : Île de Harloi, Dix-Tours
♦ Liens Utiles :
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Message Mar 2 Oct 2012 - 18:28

     Piller, c'était devenu l'occupation principale des Fer-nés depuis le début de la guerre. Dagon Greyjoy avait offert à son peuple la seule chose qui pouvait l'inspirer et le pousser à le suivre, la possibilité de tuer, voler et enlever sans conditions. Loin de lasser, ce mode de vie ne faisait que passionner toujours davantage Sargon qui ne ressentait une montée d'adrénaline que lorsque son arme frappait celle d'un continental avant de lui trancher la gorge. Le reste à côté apparaissait comme morne et sans intérêt, n'éveillant que l'irritation et la contrariété dans l'esprit du Harloi qui meublait son ennui en provoquant sans cesse ses homologues. Une vie chaotique et pleine de rivalité, rapide et qui se terminerait avant que l'âge n'ait eu le temps de gâter ses traits ou son esprit. Une fin violente et brutale de ce qu'il espérait. Penser à la mort n'était pas une chose qui gênait le jeune homme, il l'avait à l'esprit depuis le début de sa vie et ne cessait de se demander à quel moment elle cesserait de l'aider pour décider de l'enlacer dans ses bras glacés. Peut-être avant la fin de la guerre. Chaque nouveau combat était tant de possibilités offertes. Seul l'avenir le lui dirait et ce Dieu Noyé n'y pouvait rien. Sargon était au-dessus de ses lois, il faisait les siennes tout seul et ne comptait sur personne d'autre que sur lui-même. Des pensées désapprouvées par les autres habitants des Iles de Fer, mais qui avaient fait de lui ce qu'il était aujourd'hui : un homme déprécié – pour ne pas dire haït – par ses pairs, mais qui faisait ce que bon lui semblait.

     C'était donc sur un coup de tête qu'il avait pris la mer il y a de cela quelques temps, décidant qu'il était l'heure d'aller piller quelques nouveaux malheureux navires qui s'égareraient trop loin des rivages du continent. Approcher de Westeros était devenu risqué avec les navires de l'armée du Roi qui voguaient sur les flots, mais il n'était pas encore né le continental qui ferait peur à un Fer-né, encore moins lorsque celui s'appelait Sargon Harloi. L'idée d'une sortie en mer avait été accueillie avec joie par les marins du jeune homme et tout le monde s'était empressé de prendre sa place pour permettre à la Veuve Salée de s'éloigner de l'austère île où ils vivaient, pour s'aventurer sur les flots agités par des vents forts. L'hiver arrivait, le froid mordant ne tarderait pas à se mêler au vent chargé de sel, mais c'était l'époque que le Fer-né préférait. Combattre pour se réchauffer, transpirer aussi sûrement que si vous étiez sous le soleil, rien qu'en blessant et en arrachant des vies à tour de bras. Il avait hâte, ses mains ne demandaient plus que cela : pouvoir caresser le pommeau et la garde de Crépuscule qui dormait paresseusement dans son fourreau.

     Il jeta son dévolu sur un navire dont la silhouette se dessinait au loin. Pourquoi lui et pas un autre ? Aucune idée, une envie, il voulait ce navire et l'aurait, personne ne lui refusait ses désirs, c'était l'avantage d'être un Fer-né, vous preniez ce que les autres vous refusaient. L'abordage fut si aisé que Sargon regretta presque de ne pas avoir visé plus gros. Les quelques gardes qui étaient à bord ne faisaient pas le poids face à des guerriers nés pour tuer et qui n'avaient toujours connus que les combats dans leur vie. Les hommes furent égorgés ou éventrés avant d'être jetés par-dessus bord. Les femmes étaient soit exécutées ou embarquées pour les sacrifices rituels, même si le Harloi n'en faisait pas. Il ne désirait plus faire de captive pour son usage personnel, jusqu'à présent toutes celles qu'il avait faite siennes étaient décevantes et irritantes. Mieux valait une continentale morte qu'à gémir pour que vous la relâchiez. Une fois que les marchandises furent chargées sur la Veuve Salée et que le navire brûlait comme de l'amadou, le boutre s'éloigna doucement, presque paisiblement, du champ de bataille. Ils rentreraient sur les Iles chargés de nouvelles richesses, mais surtout ressourcés par ce combat, même s'il avait été plutôt passable du point de vue de l'adrénaline.
     Alors que son attention était portée sur les marchandises posées sur le bois du pont, il entendit des rires dans son dos. En se retournant, Sargon constata que plusieurs marins étaient penchés par-dessus le bastingage et regardaient les flot. Avec un froncement de sourcils, il s'approcha d'eux et rapidement Yoren, son second, l'informa de ce qui se passait.

     ▬ Il semblerait que nous ayons un passager clandestin à bord capitaine. »

     Le jeune homme poussa l'un des marins et se pencha à son tour au-dessus du garde-fou. Moins d'un mètre plus bas, ses yeux se posèrent sur une silhouette trempée, accrochée à la coque glissante du boutre. Il ne fut pas difficile de voir qu'il s'agissait d'une jeune femme qui tentait visiblement de se retenir au bois pour ne pas retomber à l'eau. Les flots étaient agités, l'eau glaciale, elle aurait normalement dû couler si elle avait sauté du navire en flammes et il était évident qu'elle ne venait pas d'ailleurs. À ses côtés, Wulfric se renseigna d'un air toujours aussi amusé.

     ▬ J'm'en débarrasse capitaine ? » L'intéressé hésita un moment. Que faire ? Il avait déjà ce qui lui fallait, nul besoin de s'encombrer d'une autre bouche à nourrir. Mais....
     ▬ Je m'en occupe, allez à vos places, on ne rentrera pas sur les Iles sans ramer ! »

     Elle ressemblait à une souris ou à un petit rat tombé à l'eau, les cheveux collés, elle devait être glacée dans cette eau, mais pourtant, elle s'accrochait. Dans un élan de « bonté », le Fer-né décida de la remonter à bord, estimant qu'il aviserait en temps et en heure et pourrait toujours l'offrir à un marin si jamais elle se révélait inintéressante. Se penchant plus en avant, Sargon tendit sa main encore ensanglantée par les combats, vers la jeune femme, puis l'interpella.

     ▬ Donne-moi ta main si tu veux monter à bord ! »

     Il était peu probable qu'elle s'accroche de la sorte sans désirer pouvoir se hisser sur le pont. Lorsque la jeune fille lui tendit la main, le Fer-né l'attrapa avec fermeté pour la tirer vers lui. Elle était légère, mais le poids de sa robe chargée d'eau et les flots agités compliquaient la tâche. Jamais elle n'aurait réussi à s'en sortir sans aide et aurait dû lâcher prise pour mourir noyée ou dévorée par un quelconque animal marin. Lorsqu'elle fut assez proche du bastingage, le Harloi glissa son bras libre autour de la taille de la demoiselle pour la passer du bon côté de la barrière, puis la lâcha sans délicatesse sur le pont. S'il s'était montré aimable, cela ne signifiait pas pour autant qu'il allait être délicat ou même attentionné à son égard. La scène n'éveillait plus grand intérêt, les autres marins étaient occupés à ramer et quelques-uns se tenaient à côté des deux ou trois captives qui avaient été attachées dans un coin du pont. Ses yeux posés sur la silhouette frêle et trempée, il prit la parole.

     ▬ Je ne sais pas si le sort que je te réserve est préférable à celui de mourir noyée. Tu sais au moins qui nous sommes ? »

     Peut-être qu'elle était sotte ? Ou alors choquée au point que seul son instinct de survie parlait et qu'elle avait préféré ne pas mourir noyée ? Elle désenchanterait bien rapidement dans ce cas. Sargon avait connu suffisamment de captives pour comprendre qu'elle suivrait certainement le même chemin que les autres : se persuader qu'elle voulait vivre à n'importe quel prix avant de comprendre que, finalement, elle préférait encore mourir que de rester l'esclave d'un homme aussi barbare qu'un Fer-né. Le jeune homme se pencha légèrement pour attraper le menton de la demoiselle et la forcer à lever le visage vers lui. Elle n'était pas laide, c'était déjà un bon point, il pourrait toujours l'offrir à son oncle comme il le faisait souvent. Enfin, en imaginant qu'elle ne décède pas entre-temps. Le vent était frais, elle était trempée et risquait bien d'y passer. Lâchant la jeune fille, Sargon passa sa main sur son visage pour se débarrasser comme il pouvait, des taches qui le constellait.

     ▬ Tu serviras de bonniche à un Fer-né, à toi de voir si tu préfères sauter à l'eau et essayer de regagner le continent à la nage. Tu as l'air de te débrouiller dans ce domaine, peut-être que tu pourras y arriver avant de mourir de froid ? Son sourire apparut enfin. À moins que tu ne saches juste te coller aux coques ? J'avoue que là, tes chances sont pas mal diminuées. »


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Message Ven 5 Oct 2012 - 19:45

Il y avait eu le vent et les flots, j'étais heureuse alors. Le navire voguait comme un oiseau aurait volé et je me souviens encore du rire de mon oncle, joint ensuite par le mien, quand j'avais couru sur le pont, les bras écartés et les cheveux au vent, me rêvant un instant devenir l'une de ces créatures ailées et blanches qui peuplent les côtes et dont j'avais réclamer le nom, sans trouver celui qu'on m'avait répondu assez beau pour elles. Mouettes. C'est un nom assez laid et maladroit, mouettes. Ça sonne comme un soupir déçu, comme si on avait du les nommer à défaut, à force de les côtoyer. Elles disaient leur cri et on leur répondait, mouettes. Mouettes, passons. Mainate est plus joli, plus envolé, mais avec une certaine force, j'aime bien ; seulement ils sont blancs, ces oiseaux-là, et Maître Mainate insistait sur la noirceur de son crin. Il est mort depuis, on ne contredit pas les morts, c'est irrespectueux, aussi je m'interdis de leur donner le même nom. Je les appellerai belles d'écumes. J'étais heureuse. Ma terre était la mer. Je retrouvais tout le sang de ma famille à longueur des flots.

Il y avait eu le feu et la fureur, j'étais terrifiée ensuite. Ce navire – un boutre, je l'ai appris plus tard – a approché le nôtre et comme un loup l'a dévoré. Il a déversé sur nous ses enfants aux bras de fer coupant, qui ont tranché gorges, têtes, membres, ventres, dans un chaos aussi rapide et implacable qu'incompréhensible. Je n'ai pas même osé me demander pourquoi. Pourquoi était une question absurde, puisqu'il n'y avait sensiblement pas d'autre raison à ces morts qu'à celle d'une noix qu'on éclate pour en manger le cœur et en abandonner la coque. Fendue, celle-ci avait sombré, les flammes crépitant dans l'eau salée. J'étais déjà à l'eau quand disparut la dernière image du navire qui nous avait portés, mon oncle et moi, jusqu'à ces rivages-là. Un homme avait fini par me voir et ses yeux portaient le vice contre lequel Garald m'avait toujours mise en garde à demi mot, celui de la chair prise de force. Ce fut instinctif, immonde, puissant. Je devais fuir, m'y soustraire, préférant la mort véritable à celle, petite, que les hommes donnent aux femmes lorsqu'ils sont mauvais envers elles.

Il y a eu la glace et l'absence, enfin. Je suffoquais. J'avais lutté contre les vagues, tout mon corps luttant contre l'onde qui me mordait, furieuse, et mon âme toute entière me poussait vers la faible lumière qui tombait encore des cieux depuis mon linceul liquide. Va vers l'air, disait-elle, n'insulte pas ton oncle déjà tombé. Il aurait voulu que tu vives, pas que tu craignes au point d'en périr sans même avoir seulement protesté. S'il était loin de moi lorsqu'il est tombé à l'eau, blessé si gravement que ma chair en souffrait, c'était pour ne pas attirer l'attention sur moi, et amener les lames plutôt sur lui. Il hurlait encore avant de sombrer. Puis sa femme d'écume a apaisé ses cris. Malgré mon espoir, il n'est pas reparu. Il nageait si bien. Cette fois, son épouse ne l'avait pas laissé repartir. Alors j'ai percé la chevelure de cette mer cent fois veuve, et j'ai combattu. Pour Garald, pour Maître Mainate, pour moi, j'ai lutté et je suis parvenue à m'accrocher à mon seul espoir de salut. Les flancs du monstre repu.

J'ai toussé des flots amers et étrangement chauds de ma chaleur à moi, si fort que j'en ai eu l'impression de vomir ma vie sur la coque que j'accrochais. Depuis, je la serre. Et j'attends. J'attends. Il n'y a plus que l'attente et le froid, l'incertitude, l'esprit embourbé, les idées folles qui s'éteignent aussitôt qu'elles naissent, comme ces dernières flammèches léchant le bois qui s'imbibait d'eau salée. J'ai gardé un œil en arrière, espérant encore, malgré tout, voir mon oncle resurgir, voir ces flammes vaincre et demeurer, lueur ténue mais victorieuse face à la fatalité. Mais rien. Tout a sombré, sauf moi, qui tiens encore sans savoir si je pourrais respirer encore dans la prochaine minute. Alors je goûte l'air plein de l'odeur du sang avec une gratitude profonde. Une minute passe. Je suis encore en vie. Une seconde s'écoule. Je suis toujours en vie. J'entends des rires, ça et là, surtout au dessus de moi, on m'invective, je crois. Je n'ose relever la tête, de crainte que ce mouvement ne me fasse retomber. Le boutre dérive vite. Je ne pourrais pas le rattraper si je lâchais. Je reste immobile. Une minute s'ensuit. J'entends des propos qui s'échangent, des hommes qui prennent des paris. Est-ce que je pleure ? Je ne saurais dire. L'eau qui détrempe mon visage noie mes larmes éventuelles sous sa pluie. Soudain, je sais que l'on me parle, à moi, le passager clandestin. On me dit de donner ma main alors, sans réfléchir, je redresse la tête. Je me rappelle après avoir fait ce geste que je le craignais, puis j'oublie. Au dessus de moi il y a un visage, et entre ce visage et le mien, une main tendue. Rouge de sang et rose de chair. Ce n'est pas un rêve. Je l'effleure. Elle m'agrippe.

Je suis tirée hors des vagues qui, après m'avoir secouées, ne semblent plus vouloir me voir partir. L'onde me retient en arrière, colle ma robe à mes chevilles, pèse plus que mon corps entier à ce que j'en estime. L'homme peine à me hisser, mais il y parvient et, une fois le bastingage passé, il me lâche sur le pont que je percute sans vraiment le réaliser. J'ai encore les mains serrées et les yeux grands fermés sur ma lueur d'espoir que je vois encore s'étioler. Mais le bois est plus rude et le vent plus sévère, tandis que mes bras finissent par trembler et se relâcher, je m'appuie sur mes mains qui peinent à me soutenir encore, malgré la faiblesse de cet effort. J'ouvre les yeux de nouveau, je cherche cette main qui m'a sauvée, ainsi que le visage qui lui appartient. Je le retrouve. Il est fermé, il est étrange, il est encore ensanglanté. Je veux sourire, mais devant ce rouge, mes lèvres restent figées. Il me parle. Si je sais qui sont ces gens ? Des loups de mer, suis-je tentée de lui répondre, bien que je n'en dise rien. Il y a eu trop de coups échangés pour que je puisse encore parler. Malgré l'attente, les cris d'effroi et de peine résonnent encore à mes oreilles et j'ai peur de hurler à mon tour si je me mets à murmurer. Il n'attend guère de réponse, se penche vers moi pour me toucher. L'eau a beau m'oindre, j'ai l'impression que le sang sur ses doigts commence à me brûler. Il me relève la tête, m'examine, je me sens comme une génisse qu'on examine au marché. Des hommes rient encore. C'est peut-être ce que je suis, après tout. Il me relâche, je garde la même posture, comme la poupée de cire que je deviens petit à petit, tandis que lui passe ses doigts sur sa mine pour effacer ce qu'il reste d'hémoglobine sur ses traits. Il ne fait que l'étaler, la diluer. Je la vois encore très nettement, puisque je m'en souviens, et les taches ôtées restent devant mes yeux, à flotter. Il me dit que je vais servir de bonniche à un « Fer-né ». J'ai déjà entendu ces mots accolés dans des histoires de Garald, je crois, à moins que ça ne soit ma mère, je ne sais plus trop. Mais je devine qu'ils entendent par fer ce qu'ils en font, c'est à dire les haches et les épées qui reposent à leurs côtés, maintenant qu'elles ont tué. Et s'ils en sont nés, c'est qu'ils tuent comme je rêve, c'est-à-dire par essence. Sa morgue ironique passe sur moi comme le vent glacé. Je n'aurais pas été aussi trempée, j'aurais pu y réagir, mais je ne pense qu'à l'air et à tenir. Je suis heureuse de vivre. Peu importe le fouet des mots ou de la bise.

« Je m'appelle Cybeline, » fais-je sans y avoir été conviée, sans répondre à ses questions de même. Ma voix est plus rauque et hachée que mon habitude, alors je me dis qu'il y a encore en moi des échos de la bataille, comme je le craignais. J'essaie de me redresser, je ne fais que ramasser mes jambes sous moi et tenir un peu plus droit au bout de mes bras faiblissants. Je le contemple, les yeux aussi ouverts que je les avais maintenus fermés, essayant de distinguer l'homme sous le monstre ensanglanté. Je commence à y parvenir. Il n'est pas très âgé, pas difforme, pas connu. Il y a quelque chose dans son sourire d'étrange, comme s'il montrait les dents plutôt que de montrer par là qu'il est avenant. Je déglutis, et tente d'une vois fluette. « Et je ne voudrais pas mourir. » Il y a dans ma réplique quelque chose de pathétique. Je lui demande presque la permission d'exister. Quelque part, c'est très vrai. Ils ont tué ou voué tous les autres à une mort certaine, ce qui revient au même, et ne comptaient pas me garder. Si je suis sur le bois de ce boutre, c'est parce qu'il l'a bien voulu, et j'imagine, quelque part, que s'ils ne me fendent pas le ventre avec un épieu de fer ou de chair dans l'immédiat, c'est sans doute parce qu'il l'a d'une certaine façon décidé. Avais-je entendu qu'ils l'ont nommé capitaine ? Je ne suis plus sûre. C'est peut-être pour ça que j'ai cette impression qu'ils attendent après lui comme une meute après son meneur, comme dans les histoires qu'on se racontait pour nous faire peur. Je cille, une goutte plus chaude ombre ma joue parmi celles qui sont aussi froide que l'air et les hommes qui nous entourent. Est-ce une larme ? Je ne sais toujours pas. Je suis trop tétanisée pour savoir si j'ai encore mal, encore peur, ou si je voudrais hurler de joie. Mon oncle vient de mourir, je crois. Non, je ne crois pas : je sais. Cette soudaineté épuise mon être. Je rouvre les lèvres, prudemment, attendant d'ouïr les cris d'agonies dans mon souffle. Rien ne sort d'autre qu'une vapeur chaude, alors je poursuis.

« Je ne veux pas mourir, » est ce que je répète, d'abord. Puis je trouve la force toute relative de m'asseoir, et mes mains se replient d'elles-mêmes sur mes épaules. Ma peau est si froide quand je la touche que je pense un instant être, en réalité, déjà morte, et ne pas l'avoir encore compris. Je déglutis. « Je voudrais ton nom, s'il te plaît. C'est toi qui m'a tirée des eaux. » Mon regard dérive un instant son cette épée qu'il porte à son côté, que je devine aussitôt tout aussi terrible que le bras qui l'a maniée. C'est toi qui m'a sauvée, c'est toi qui a frappé, aussi. Je veux sourire. Mon sourire me fuit toujours, alors je ne fais que le regarder. Quelque chose comme un sanglot veut sortir et m'étreint la gorge, je le fais taire sans le tousser. J'ai mal à le retenir, mais au moins, cette douleur s'infiltre en moi comme un feu chassant les froideurs macabres. Je veux vivre, je dois vivre, il faut que je m'accroche à cette seule idée. La boule épineuse redescend lentement dans ma gorge, vient se loger dans mon ventre. Je commence à me rappeler que j'ai incroyablement peur. C'est étrange à constater. Je repose mes yeux sur les yeux de mon sauveur, le préférant à l'épée. Il n'est sans doute pas meilleur, mais au moins a-t-il des lèvres et une lumière dans le regard qui n'est pas que l'éclat huileux des vies déchiquetées. J'ai rencontré d'autres hommes qui m'ont frappée avant de m'aimer, celui-là n'a pas levé la main autrement sur moi que pour me la tendre. Au travers des voiles épais comme des toiles d'araignées de ma frayeur, je veux entrevoir une étincelle d'espérance au milieu de ces vagues tourmentées. J'ajoute avec retard, presque surprise d'avoir oublié de le signifier. « Merci. »

Je n'ai pas vu celui qui a ouvert le ventre de mon oncle. Peut-être était-ce lui. Je serre mes mains plus fort à mes épaules. Je dois survivre. Pour lui.
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Sargon Harloi
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Message Sam 6 Oct 2012 - 15:28

     Les femmes avaient toutes une réaction semblable lorsqu'elles étaient mises face à une situation comme celle qui se déroulait actuellement. Elles paniquaient, elles comprenaient qu'elles n'étaient rien de plus que de simples marchandises, elles pleuraient même quelques fois, puis pour finir la plupart suppliaient. C'était irritant. Rien n'était plus agaçant qu'une femme qui implorait qu'on la laisse en vie. Pourquoi elle ? Pourquoi pas une autre ? Un égocentrisme qui, étrangement, agaçait Sargon. Lui-même était passé maître en la matière depuis bien longtemps, il considérait que sa vie valait largement plus que celle de tous les autres individus des Iles de Fer, voir même au-delà, mais une simple captive. Elle ne valait pas plus qu'une belle arme ou qu'un bijou de bonne qualité. De la simple marchandise, des futures servantes qui terminaient bien souvent dans les flots, lassées de vivre sur des îles aussi peu accueillantes que les Iles de Fer et estimant que rejoindre la mer qui les retenaient prisonnières était peut-être une meilleure solution. Un sort plus enviable. C'était généralement pour cette raison que le Fer-né préférait se contenter de faire des captives destinées à servir de domestiques ou de sacrifice pour les membres de la maison Harloi. Il lui arrivait de prendre les plus belles pour les offrir à son oncle et ainsi remonter dans son estime, mais le plus souvent c'était par dépit qu'il agissait. Les pillages étaient une raison comme une autre de prendre la mer, ils permettaient de rester éveillé et de pouvoir passer sa frustration sur de malheureux voyageurs qui ne demandaient pourtant rien de plus que de vivre normalement. Les femmes n'étaient qu'un problème de plus. Elles avaient toujours été un problème de toute manière.

     Même s'il aimait les femmes, le capitaine de la Veuve Salée voyait en elles une difficulté supplémentaire, surtout lorsqu'elles étaient Fer-nées, parce qu'il était impossible de se débarrasser d'elle comme l'on se débarrasse d'une domestique trop encombrante. Personne ne les pleurait, personne ne les connaissait, elles disparaissaient comme elles étaient arrivées : seules et sans bruit.
     La jeune femme qu'il avait remontée des flots était immobile sur le pont, de l'avis du Fer-né elle ne tiendrait pas la durée du voyage, la mer était glacée et avec sa robe trempée, à moins qu'elle ne décide de s'en défaire au milieu d'un équipage d'hommes peu recommandables, risquait de lui coûter sa vie. Il avait suffisamment vu cette situation se dérouler pour savoir reconnaître les symptômes qui ne trompaient pas. Mais il pourrait l'aider pour la garder en vie. Sauf qu'il n'en avait peut-être pas envie. Sargon avait déjà agi d'une manière qui ne lui était pas familière en la tirant de sa situation, cela ne signifiait pas pour autant qu'il était prêt à se lancer dans une nouvelle carrière de bon samaritain. Comme il s'apprêtait à la laisser affalée sur le pont et à la merci de ses hommes, le Harloi fut stoppé dans son intention par la voix de la demoiselle, assez rauque et moins fluette qu'il ne l'avait imaginé. Elle se présentait, plutôt inhabituelle, normalement elle était censée l'implorer de la garder en vie et de la protéger, comme elles le faisaient toutes. Il la dévisageait tandis qu'elle le fixait avant de laisser son regard glisser jusqu'à Crépuscule. Avait-il tué quelqu'un de sa famille ? Certainement, lorsque le Fer-né se battait, il ne voyait pas ce qui se passait autour de lui, il tranchait et coupait sans distinction, n'épargnant que ses hommes. Nouveaux mots qui lui étaient toujours adressés, elle ne voulait pas mourir, elle voulait savoir qui il était. Elle parlait d'une manière qui donnait l'impression que l'on ne pouvait pas lui dire non. C'était encore une fois... Inhabituel. Elle commençait à l'amuser, petit-à-petit. Un léger sourire se dessina sur les lèvres de Sargon tandis que la prénommée Cybeline le remerciait. Peut-être agissait-elle trop rapidement, d'ici quelques jours son avis sur la question aurait changé. Il ne se priva d'ailleurs pas de le lui faire savoir.

     ▬ Tu ne devrais pas me remercier avant de savoir ce que je te réserve. Je te l'ai dit, il n'est pas certain que la vie que tu vas avoir, te convienne mieux que la mort. C'était un peu étrange comme déclaration, il en était parfaitement conscient. Ce n'était pas pour se vanter qu'il parlait de la sorte, mais juste par expérience. Tu peux toujours changer d'avis si jamais.... D'un geste de la main, il désigna le bastingage, sous-entendant qu'elle pouvait faire le chemin qu'elle venait d'effectuer, mais en sens inverse. Laissant son bras retomber le long de son corps, le Fer-né ajouta quelques mots avec un sourire en coin. Estime-toi privilégiée, tu peux au moins choisir. »

     Les autres captives étaient contraintes de subir sans pouvoir choisir elles-mêmes. L'avantage ou non, d'avoir été récupérée après la sélection des captifs lui donnait cette possibilité, mais ce n'était pas forcément une chance d'avoir le droit de décider de sa vie ou de sa mort. Lui le voyait comme tel, mais un esprit faible ou qui n'avait pas accepté la notion de mort, pouvait y voir un choix cornélien. Le Fer-né s'éloigna de quelques pas comme s'il oubliait la jeune femme, mais s'approcha de Yoren, son second, pour lui dire de mettre le cap sur les Iles de Fer. Ils avaient ce qu'ils voulaient et cette sortie ne devait être qu'une occasion de s'occuper, il ne fallait toutefois pas s'éloigner trop longuement des rivages d'où ils étaient originaires. Une fois l'ordre donné, l'homme revint sur ses pas pour s'arrêter aux côtés de la jeune femme. Elle avait froid, mais pourtant ne semblait pas frissonner de peur. Se pouvait-elle qu'elle ne les craigne pas ? Ce serait une première, mais il n'irait pas s'en plaindre. Après l'avoir dévisagé du regard comme s'il s'agissait d'un simple objet - ce qu'elle était à ses yeux - Sargon s'adressa à nouveau à elle d'un ton toujours aussi condescendant et hautain.

     ▬ Je trouve que tu veux beaucoup de choses, mais au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, tu n'es plus vraiment en position de pouvoir exiger quoi que ce soit. Rappeler aux gens ce qu'ils venaient de perdre était une chose qui le divertissait beaucoup. Une manière de pouvoir prendre l'ascendant et lui montrer à quel point elle lui était inférieure. Tu es une esclave à partir de maintenant, tu ne vaux pas plus que les marchandises qu'il y avait sur le bateau où tu étais. Tu n'auras que ce que nous voudrons bien te donner. Mais elle s'en doutait certainement, elle n'avait pas l'air idiote. Tu ne veux pas mourir.... C'est dommage, mais l'on obtient rarement ce que l'on veut. »

     Allait-il lui laisser sa vie ? Certainement, elle avait l'air amusante, divertissante, ou peut-être un peu plus futée que la moyenne ? Déjà elle savait nager, c'était un bon point. Au pire des cas, si elle se révélait sans intérêt il pourrait toujours la passer par-dessus bord et lancer les paris avec ses hommes pour savoir combien de temps elle tiendrait avant de couler. Elle n'était rien de plus qu'une marchandise. C'était une certitude qu'il avait assimilée depuis bien longtemps. Les femmes du continent ne valaient rien de plus que l'intérêt que l'on pouvait vouloir leur porter. Et pour le moment, celui-ci était plutôt réduit. D'où venait-elle d'ailleurs ? Les marchandises chargées sur le pont du boutre avaient l'air plus exotiques que celles qu'ils ramassaient habituellement sur les navires de Westeros. Est-ce qu'elle était native des Cités Libres ? La question se posait, si elle était Lysienne peut-être que son oncle pourrait s'y intéresser ? Il avait un faible pour ces femmes, allez savoir pourquoi, elles étaient comme les autres. Après un bref instant de réflexion, le Fer-né reporta son attention sur Cybeline, la dominant toujours en restant debout alors qu'elle était agenouillée sur le pont froid et sale.

     ▬ Pourquoi ? Pourquoi est-ce que je te garderais toi en vie alors que d'autres filles ont été tuées dans la bataille ? Tu es noble ? Riche ? Intelligente ? Qu'est-ce qui pourrait donc faire de toi quelqu'un de si exceptionnel pour que je te fasse cette faveur ? Il y avait tellement de possibilités, il n'allait pas toutes les énoncer. Mais c'était plus la manière dont elle allait réagir qui l'intéressait que la réponse en elle-même. J'espère que tu sais te vendre, parce que ton sort dépendra de ta réponse. »

     C'était faux en réalité. Sargon ne décidait jamais de ce qu'il faisait sur les paroles d'une autre personne. Si elle lui avouait être la Reine des Cités Libres, cela ne le persuaderait pas pour autant qu'elle méritait de vivre. Il venait de lui dire : elle n'était plus qu'une femme comme une autre, une esclave juste bonne à récurer le sol du château d'un Fer-né. Le Harloi attendait d'elle un comportement qui la sortirait du lot. Quelque chose qui lui montrerait qu'elle n'était pas comme les autres au final et que même une fois captive, elle pourrait l'intéresser. Suffisamment pour qu'il la garde en vie du moins, le reste était secondaire, il ne savait toujours pas ce qu'il ferait d'elle s'il décidait de lui laisser la vie sauve. Autour d'eux les marins s'agitaient, les rames bougeaient à un rythme régulier et mis à part les gémissements des autres captives, rien ne troublait le travail et le silence de la mer. Enfin silence, tout était relatif, le bruit des vagues qui s'écrasaient contre la coque était assourdissant, mais aussi très reposant pour un esprit guerrier. Toujours aussi décidé à ne pas lui laisser l'occasion de se sentir à sa hauteur, il passa sous silence la réponse qu'elle attendait concernant son identité et lui posa une dernière question.

     ▬ Pourquoi est-ce que tu veux vivre ? »

     Simple en apparence, mais pourtant, même lui n'avait pas trouvé cette réponse avant d'avoir été pour la première fois à la tête de son boutre. Et elle, avait-elle déjà trouvé la raison qui la poussait à ne pas lâcher la coque du boutre ? Apparemment oui, il avait hâte de l'entendre.


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Message Lun 8 Oct 2012 - 16:45

Bien étrange homme que celui que j'ai face à moi. Contrainte que je suis de lever le menton pour le voir, je devrais avoir l'air soumise, à moins qu'on ne tire de mon dos droit et de mon regard franc un orgueil que je ne crois pas avoir jamais eu. Si j'ai de la morgue, ce n'est que l'expression de mon espoir et de mon allant : j'aime vivre. Il y a des gens à qui l'idée déplaît, ce que je n'ai jamais compris, et que je me crois par ailleurs à jamais incapable de comprendre. Cet homme sans nom mais avec un statut de plus en plus manifeste a un instant semblé vouloir partir mais, à mes mots, s'est arrêté, et le regard qu'il me tend semble vouloir dire qu'il est amusé. Moi, j'ai froid, je suis de plus en plus frigorifiée. A mesure que ma terreur reflue, je ressens de mieux en mieux tout ce qui se déroule autour de moi. L'odeur du sang encore présente partout, celle du feu que je porte sur la peau, la lourdeur de ma robe à mes épaules encore tendues de leur effort, et ce vent mordant qui me gifle comme un maître à qui j'aurais désobéi par maladresse. Un énième rire résonne et un frisson me surprend, que je ne peux retenir. Ai-je eu davantage peur que froid, je ne saurais le dire. J'ai déjà saisi que le pont de ce navire ne signifie en rien que ma vie soit sauve pour davantage que les secondes que je grappille à la Camarde, mais, après tout, je vis encore – il y a de nombreux jours et de plus longues nuits encore où cette seule pensée a suffit à rompre une tristesse de plomb. Je viens de tout perdre, sauf ce que rien ne peut rappeler à part les dieux et, étant mortelle, je chéris avec un bonheur serein ce souffle un peu douloureux que je brasse. Je hoche la tête, et cille devant ses mots, d'un air entendu. Je suppose que, non, ce qui va m'arriver n'a rien d'enviable. Mais avant de pleurer, je respire, et j'attends de voir.

Il n'a pas terminé de parler, je le devine à sa posture, et ce malgré le fait qu'il se soit finalement éloigné. Il gagne les côtés d'un homme, différent de celui qui m'avait tant effrayée, ce qui m'empêche de paniquer à nouveau – bien que l'idée qu'il veuille finalement m'offrir à lui me traverse de part en part comme un couteau avant de disparaître sans plus rien laisser qu'une impression moite – et il revient, vers moi, me parler. Il reste très distant, malgré notre proximité, il garde dans ses yeux quelque chose de dur et de fermé. Il veut me faire comprendre, des mots comme des actes, que je ne suis pas grand chose, et que je risque tout ce que je peux encore avoir. Ces propos le confirment : je ne peux rien exiger, dit-il. J'en suis marrie. Pas de son refus, mais plutôt de sa confusion, je n'entendais pas faire un caprice – à part à ma mère, à qui en ai-je fait un jour ? Oh, oui, Garald une fois, lorsque je voulais atteindre un pic que je croyais proche, à la nage. Ce souvenir me fait presque sourire, perdre de vue l'instant présent, mais avant que mon absence ne soit considérée comme insultante, mon inconfort me rappelle au moment présent, et j'en reviens à lui. Lui, le Capitaine supposé, qui me déclare toujours sans se nommer que je suis une esclave, désormais. Le mot est très gros, mais il est un peu flou. Oui, je sais ce qu'est être un esclave, c'est servir sans rien avoir, c'est être dévoué sans être remercié, c'est tout faire et ne rien gagner. Ma foi, c'était bien ainsi que j'étais aux origines avec Maître Mainate, quant à ces gens couverts de sang, je ne sais d'eux que leurs lames d'épées ou de haches, alors je ne peux juger de ce qu'ils voudront de moi, et de ce que je pourrais faire. S'il faut que je nettoie leurs armes, je pense que je vais en vomir. S'il faut juste panser leurs plaies ou laver leurs pelisses, je pourrais m'y faire. Tant que je vis et que je vois la mer.

Il réfléchit un instant et me demande pourquoi. Pourquoi vouloir vivre ? J'en ouvre un peu plus grand les yeux. Me suis-je seulement posé la question un jour ? La chose est une évidence pour moi – et, j'ose le croire, l'écrasante majorité de ce qui peut ressentir. Pourquoi vouloir vivre ? La question ne serait-elle pas plutôt, pourquoi ne pas le souhaiter le plus ardemment possible ? Oui, certes ! Parfois des vieillards s'endorment avec un sourire dans leurs lits, acceptant l'ombre de la fin avec une triste gratitude quand ils savent que ce qu'ils ont accompli était bon, juste, ou au moins ce qu'ils avaient désiré, mais si la vieillesse jamais ne touchait les corps, y aurait-il un seul homme pour ainsi s'allonger devant la Mort ? Je suis convaincue du contraire.

Les rameurs se mettent en branle, le navire prend un rythme d'abord cahotant, quelques instants, puis soutenu et plus fluide. J'ai de nouveau cette étrange impression de voler. Je regarde les cieux tourmentés, m'interrogeant un instant : s'ils me jetaient par dessus bord, deviendrais-je une de ces « mouettes », et m'appellerait-on de cette façon qui ne me plaît guère ? Est-ce que les oiseaux entendent les mots qu'on pose sur leur plumage ? Je repose les yeux sur l'homme que je ne saurais pas plus nommer. Il a le crin huileux et sombre d'avoir été trempé, et malgré le vent, malgré la bruine, je sens et je vois encore les taches sanguines sur son visage. Je me frotte les épaules, retenant mes dents de claquer alors que je lui réponds avec douceur, mais assez fort, pour que les souffles marins ne lui dérobent pas toutes mes paroles avant qu'elles ne lui soient arrivées.

« Si je te disais merci, c'était pour ton geste, pas pour ceux que tu feras ensuite. » Je mesure mes propos, penchant la tête sur l'une de mes épaules. « Que tu me battes ou que tu me flattes, je serais morte si tu n'avais pas tendu la main. » Mes yeux reviennent à sa lame. Je suis soudain persuadée que cette épée rêve, elle aussi, comme un homme, et que pire qu'un homme, elle rêve d'innombrables fourreaux de chair vive. Je secoue la tête, mes dents claquent, j'inspire et recommence, un peu plus fort, comme pour m'encourager moi-même. « Je me doute bien que je ne peux rien demander. J'ai vu. Vous ne m'aviez pas gardée, vous ne comptiez pas le faire. » A moins que l'homme veule qui m'avait approché escomptait me ramener en son antre et prendre son temps avec moi ? Ce n'était pas l'impression que j'en avais. D'autres que moi ont été prises, peu, et il semble clair qu'elles n'ont pas mon espoir. Je m'interromps, le considère, le regardant droit dans les yeux à nouveau. Qu'est-ce qui serait bon que je fasse ? Que je le supplie ? Que je me propose ? Que je m'offre ? Je ne crois pas. Il m'a déjà annoncé que je n'étais pas plus qu'une carafe d'huile ou un tapis épais, et ces choses là, on les vide ou on les foule, mais on ne leur demande pas ce qu'elles désirent, pas plus qu'on entendrait la moindre de leurs protestations. Si une cruche refuse de s'ouvrir, on la brise, si un tapis est rêche, on le brûle. Autant accepter et attendre d'avoir au moins séché l'eau qui me pèse et me sidère. Étrangement, je viens de retrouver la force de sourire, alors je lui glisse ma moue favorite, alors que ma tête se redresse. Je pose les mains au sol et tente d'en faire de même. Je glisse un peu et mes bras tremblent encore, tandis que le contact mouvant de ma robe me glace les jambes. Je renonce pour l'instant, repliant de nouveau mes bras sur mon corps, laissant échapper un second frisson.

« Pourquoi je veux vivre... » Depuis ma hauteur, je m'aperçois soudain que la question est cruelle, et qu'elle doit sans doute être à même de terroriser bien des âmes plus robustes que la mienne. Mais je plie aisément, alors ça m'avait échappé jusqu'alors, et l'horreur relative de cette découverte ne m'émeut que dans la mesure où j'imagine que je ne suis pas la première à qui il la pose. Pauvres malheureuses. Mes yeux s'échappent vers la mer. Mon oncle doit retrouver bien des sœurs dont il ignorait le visage et la douleur. « Que puis-je dire ? Je ne veux pas mourir. Je n'ai pas de vraie réponse, ou peut-être plutôt, j'en ai trop. Parce que j'aime vivre, même si c'est pour m'user les mains tout le jour. » Je desserre mes doigts, contemplant un instant mes vilaines mains couturées, avant de me reprendre dans mes propres bras. « Parce qu'il y a toujours quelque chose de beau dans une journée. Un éclat de soleil, une lueur sous la lune, un vent chaud ou parfumé, une pensée, ou même une poussière. Est-ce que tu as déjà regardé la poussière au matin ? Elle danse et brille dans le soleil rasant, comme de l'or. Pourtant, c'est de la saleté. C'est un peu comme ça, la vie. Parfois, quand on la regarde plus haut ou plus bas, elle est bien mieux que lorsqu'on y a le visage plongé. » Je renifle, mes dents vibrent presque, et je mets un moment avant de me ressaisir, partageant mes œillades entre l'homme sans nom et la mer qui s'apaise et s'assombrit. « Parce qu'il y a beaucoup de jours que je n'ai pas vus encore, aussi. J'en ai déjà eu quelques uns, mais j'en aurais bien l'utilité d'un peu plus. C'est sans doute un peu égoïste, mais si je suis une esclave, maintenant, il n'y aura que moi pour me ménager des morceaux de vie sucrée. » Je m'essuie les lèvres d'un revers de main. C'est salé, pour l'instant. J'en sursaute presque, contemple ma paume aux innombrables traces de feu éclaboussé. J'en reviens à lui. « Ou salée, oui. En tous cas, des saveurs. Je veux vivre aussi pour ceux qui sont morts. Je veux voir leurs rêves, les faire à leur place, entendre leurs murmures au milieu des vagues. Pour leur dire au revoir, et pour ne pas qu'ils errent, sans personne pour apaiser leurs mannes. Ca doit être terrible, de flotter en appelant des pensées chaleureuses qui ne viennent pas. Si je meurs, je ne pourrais pas le faire. » Je veux rêver de Garald. Il me semble, viscéralement, que c'est important pour lui, pour tous les morts, aussi. Aucun prêtre et aucun prêche ne m'a jamais confié ce secret. C'est juste ce que je sais, qui est imprimé en moi tout comme mon amour des flots et des lueurs de cire. Je tente de me relever une nouvelle fois, et enfin, j'y parviens. Comme j'ai froid.

« Je ne sais pas me vendre, mais je n'ai rien à céder, puisque je suis déjà prise. Mon choix, je l'ai fait, alors j'imagine... » Je glisse un regard autour de nous, m'approche de lui d'un demi pas sans trop m'en rendre compte moi-même. « J'imagine que, puisque c'est toi qu'on appelle Capitaine, et que c'est toi qui m'a tirée de la mer, que c'est à toi de choisir si je vis, si je sers, ou si je retourne dans les flots. » Je lui souris davantage. « Mais je maintiens. Même si je plonge, j'ai eu moins eu le temps de parler des morts et de souffler un peu. C'est pour ça que je t'ai remercié. Si tu changes d'avis, j'aurais au moins eu cet instant pour eux et pour moi, aussi. » Une brise plus violente et plus cruelle que les autres m'arrache mon sourire et me fait me recroqueviller. Je lutte pour ne pas céder à mon envie de me pelotonner contre lui, non pas par familiarité, mais par instinct animal de chaleur à retrouver. Je termine.

« Est-ce que je dois t'appeler Capitaine ? » Et je glisse, sans rapport, mais la question me brûle les lèvres et le feu, qui pourtant a dévoré le navire qui me portait, me manque trop pour ne pas que je lui cède à ce moment. « Et est-ce que ton épée a un nom ? Elle m'a l'air presque... Vive. Ce doit être une compagne jalouse. » J'ai toujours été bizarre, aux yeux de beaucoup. Encore l'une de ces choses que je ne comprendrais jamais.


Dernière édition par Cybeline le Lun 15 Oct 2012 - 9:37, édité 1 fois
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Sargon Harloi
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« Capitaine de la Veuve Salée »

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♦ Date de Naissance : 27/09/1988
♦ Arrivée à Westeros : 22/11/2011
♦ Célébrité : Jack Huston
♦ Copyright : © Aryana
♦ Doublons : Maron Martell, Pryam Templeton, Bryce Vyrwel, Alysane Mormont
♦ Age du Personnage : 28 ans
♦ Mariage : Femme-roc : Helya Harloi (née Botley) ; Femme-sel : Emeraude
♦ Lieu : Île de Harloi, Dix-Tours
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Message Mar 9 Oct 2012 - 12:43

     L'intérêt suscité par l'effet de nouveauté permettait à Sargon de se concentrer sur la jeune femme. Un peu comme les enfants qui reçoivent un nouveau cadeau, le Fer-né avait pour habitude de surveiller de près toutes les nouveautés qui s'imposaient dans son espace vital. Mais comme les enfants, il s'en lassait rapidement et contrairement à eux, se montrait plutôt expéditif dans la manière de se débarrasser de ce qui lui était inutile. Pour le moment la jeune et jolie Cybeline retenait son attention, elle avait une manière de parler qui détonnait des autres « discussions » qu'il pouvait bien avoir eu avec des captives. Elle était intéressante, mais jusqu'à quel moment ? Il finirait par se lasser d'elle, comme de toutes les femmes, il ne restait qu'à définir à quelle période surviendrait cet instant.
     Elle avait froid, rien de bien étonnant sachant que le vent du Nord arrivait tout doucement jusqu'à eux. De l'avis du Fer-né, c'était une excellente manière de rester éveillé, quoi de plus revigorant qu'un froid mordant ? Les marins se montraient d'autant plus motivés à regagner les Iles de Fer pour retrouver la chaleur des tavernes et de leurs femmes. Son regard glissa alors vers le pont de la Veuve, certainement la seule à pouvoir prétendre côtoyer quotidiennement le Harloi. La captive reprit la parole, étrangement il n'entendait ni crainte, ni peur dans son intonation. Sans vraiment le décevoir, cette constatation le chagrina légèrement. Il aimait bien voir la terreur dans les yeux des continentales, elles comprenaient que tout ce qui avait été leur vie ne serait plus que des souvenirs dépassés, une manière de marquer leur esprit plus sûrement qu'elle s'il avait décidé de les garder pour lui. C'était un besoin presque compulsif d'imposer son souvenir aux personnes qui passaient par la Veuve Salée. Qu'elles sachent toutes que les Iles de Fer n'avaient rien à envier aux sauvageons du Nord et que la véritable menace ne venait pas d'au-delà du Mur.

     Mais elle n'avait pas peur, juste froid. Sargon reporta ses yeux mordorés sur le minois de la jeune femme, elle ne reprit pas ses remerciements et s'autorisa même le luxe de lui expliquer pour quelle raison est-ce qu'elle le remerciait. C'était une logique évidente, sans lui elle serait au fond de l'océan, mais sans lui elle serait aussi sur son navire avec ses amis, en train de voguer vers leur destination. Ils pouvaient remonter loin de la sorte, il pouvait lui faire comprendre qu'il était responsable de la perte de ses amis – peut-être même de sa famille – mais il resta muet. Pour le moment. Sargon la fixait toujours tandis qu'elle avouait être parfaitement consciente du fait qu'elle n'était pas leur premier choix et qu'elle aurait subi le même sort que les autres qui nourrissaient les poissons. C'était un fait, il ne l'avait pas remarquée dans la foule, le Fer-né s'était contenté de sélectionner quelques filles parmi les plus jolies dans les survivantes, mais certaines plus intéressantes avaient pu périr au cours de l'attaque. C'était les risques du métier, de toute manière il ne comptait pas les vendre alors la qualité était secondaire. Une jolie fille sacrifiée aurait le même effet qu'un laideron.

     Cybeline n'arrivait pas à se relever, il note que le froid doit certainement lui tétaniser les jambes et que d'ici quelques heures, elle ne sentirait plus rien. Le sourire qu'elle lui adressa l'étonnait tout autant que l'absence de peur dans son regard. S'il y avait bien une chose à souligner, c'était qu'elle n'était pas comme les autres, mais était-ce forcément bien pour elle ? Allez savoir. Elle se décida enfin à lui répondre, déclarant qu'elle voulait vivre parce qu'elle aimait la vie et qu'elle avait encore beaucoup de choses à découvrir. C'était un fait, elle devait être très jeune, avoir de longues années devant elle, mais vivre comme une captive n'était pas vraiment une vie. Lui en tous les cas, ne pourrait pas supporter de devoir vivre sans avoir de libre-arbitre, mais tout dépendrait de la personne sans aucun doute. Elle arriva à se redresser et il la dévisageait toujours avec la même nonchalance, attendant la suite, le mot de trop qui lui donnerait une raison de la passer par-dessus bord. Ou de la garder avec lui. Sa surprise s'accrut encore lorsqu'il vit la jeune femme s'approcher de lui sans cesser de sourire, bien au contraire. L'idée qu'elle puisse essayer de se venger lui traversa l'esprit pendant une fraction de seconde. Sargon en vint presque à l'espérer, ce serait original et amusant, même s'il en serait quitte pour se débarrasser définitivement d'elle. Mais elle se contenta de parler avant de s'intéresser au seul sujet, à la seule « personne » qui a de l'importance pour le Fer-né. Crépuscule, sa main glissa machinalement vers le pommeau de l'épée Valyrienne. Lame exceptionnelle à personnage exceptionnel, du moins c'était ce que sa vanité lui dictait, même si la réalité était toute autre. Le sourire du jeune homme se mua en une expression à la fois amusée et intéressée tandis qu'il prit la peine de lui répondre enfin.

     ▬ Elle s'appelle Crépuscule, mais elle n'a aucune raison d'être jalouse puisque je ne lui préfère aucune femme. La jalousie était relative, une femme pouvait en jalouser une autre si elle la craignait, mais l'épée – même si elle n'était pas dotée de sentiment – était la seule chose qui importait réellement dans la vie du Fer-né. Aucune créature ne pourrait donc rivaliser avec elle, aussi unique soit-elle. Elle n'est pas comme les autres épées, je n'aime pas les choses communes et c'est pour cette raison qu'elle n'a rien à craindre. »

     Il fallait avouer que c'était plutôt étrange de parler d'une épée comme d'une personne vivante, mais du point de vue du jeune homme, l'arme était aussi vivante que n'importe qui. Quiconque avait utilisé une lame en acier Valyrien comprenait une telle position, elles avaient quelque chose d'unique qu'aucune autre chose ne pouvait apporter. Il n'avait toujours pas pris la peine de lui dire comment est-ce qu'elle pouvait l'appeler, comme s'il se plaisait à pouvoir lui refuser ce droit pourtant légitime. Dans le fond, à quoi bon donner son prénom à une femme qui servirait peut-être à récurer le sol du château de son oncle ? Il ne la reverrait plus, c'était une perte de temps et de salive. Mais pourtant....

     ▬ Tu peux m'appeler Sargon, tu t'es déjà autorisé à me tutoyer, ce serait plutôt idiot de te servir de mon titre de capitaine après ça. »

     C'était un fait, la jeune fille avait fait preuve d'une familiarité plutôt surprenante, encore une fois. Peut-être était-elle habituée à être traitée comme une captive ? Le Harloi avait souvent entendu parler des navires Lysiens qui transportaient des jeunes femmes destinées aux bordels de Westeros. Ses hommes croisaient toujours les doigts pour qu'ils tombent un jour sur un tel « trésor » comme ils le disaient, même si le jeune homme n'avait jamais compris cet engouement pour les putes Lysiennes. Non, elle n'avait pas la dégaine d'une femme de petite vertu, même s'il n'en avait jamais croisé sur les îles, disons simplement qu'il savait reconnaître une femme libérée d'une autre. Laissant sa main quitter le pommeau de son arme pour retomber le long de son corps, il continua, toujours intéressé par la discussion actuelle.

     ▬ Ça tombe bien que tu ne saches pas te vendre, je n'achète pas, je prends simplement. Et comme tu le dis, ton sort est déjà réglé à ce niveau. Il la dévisagea un bref instant avant d'avancer d'un pas vers elle, puis un autre, histoire de réduire presque à néant la distance qui les séparait. Est-ce qu'elle allait commencer à se montrer nerveuse ? Après tout, il portait le sang des siens sur lui, maculant son armure, sa peau, ses cheveux. Scrutant ses prunelles à la recherche d'une lueur de peur, Sargon persista. Tu resteras en vie, tu peux toujours servir et si jamais je change d'avis plus tard, je suis certain que mes marins sauront te trouver une utilité. L'idée effrayait toujours les jeunes femmes. Et ne t'en fais pas, tu auras largement l'occasion de penser à tes morts sachant que j'en suis responsable, chaque fois que nous nous reverrons tu pourras te dire que c'est par ma faute que tes amis ou ta famille sont morts. »

     Éternel besoin de marquer l'esprit, il ne savait pas encore ce qu'il comptait faire d'elle, l'offrir à son oncle de Kenning peut-être ? Allez savoir, une chose était certaine, il souhaitait la garder en vie pour le moment, elle ne rejoindrait donc pas ses amies réservées au sacrifice rituel pour le Dieu Noyé. Tandis qu'il scrutait toujours ses traits presque enfantins, Sargon se questionna sur l'âge de la jeune femme. Il voulait la bousculer un peu et généralement il n'y avait pas de meilleur moyen que de l'humilier et de la ridiculiser face à ses hommes. Ces derniers ramaient non loin de là, mais plusieurs fois déjà des regards s'étaient glissés dans leur direction. Croisant ses bras sur son torse, le capitaine continua donc sur sa lancée.

     ▬ Tu ne m'as pas répondu. Qu'est-ce que tu faisais sur ce bateau ? L'idée de servir à des Fer-nés ne semble pas te troubler, est-ce que je dois en déduire que tu n'es qu'une fille de joie Lysienne et que passer d'un homme à l'autre ne te dérange pas ? »

     Un sourire se peignit sur ses lèvres, moqueur et amusé à la fois. L'idée de ridiculiser les autres le rendait toujours aussi joyeux, sans vraiment qu'il comprenne les raisons de ce sentiment, Sargon avait le besoin perpétuel de se placer au-dessus des autres. Après un léger sourire, il décida finalement de reprendre une légère distance avec la demoiselle. Avait-elle était gênée par cette proximité d'ailleurs ? Le capitaine s'éloigna de quelques pas pour s'approcher d'un tas informe où plusieurs épaisses couvertures de laine rêche étaient entreposées. Elles servaient à protéger les marchandises lorsqu'ils en avaient trop, mais pour le moment elles ne servaient à rien. Il se retourna vers la jeune femme, tenant toujours la couverture en main avant de se lancer dans une espèce de jeu malsain, ne serait-ce que pour voir jusqu'à où elle irait pour survivre.

     ▬ Tu dois avoir froid, cette couverture ne sert pas pour le moment, les marchandises n'ont pas besoin d'être protégées. Je peux te la laisser en attendant, mais avec ta robe trempée, tu ne risques pas de te réchauffer beaucoup cela dit... Et comme si elle n'avait pas compris. Tu devrais t'en débarrasser. »

     Oserait-elle ? Il ne voulait pas se rincer l’œil, ce n'était qu'un test pour voir si elle oserait lui tenir tête, ce qu'il espérait, mais apparemment l'idée avait déjà intéressé les marins les plus proches qui tournaient la tête en direction de la jeune femme. Ils parviendraient à lui trouver une utilité, c'était certain désormais.


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Message Jeu 11 Oct 2012 - 20:09

Il referme sa main sur le pommeau de l'arme et je la sens passer le long de ma gorge, frôlant ma peau en une caresse aussi douce que létale. Comme les ciseaux coupant la mèche d'une chandelle qu'on s'apprête à rouler, le fil de ma vie est rompu. Je cille. Il n'en a rien fait. Sa main repose simplement là, sur la garde de l'épée qu'il me fait l'honneur de me présenter, alors que le visage du Capitaine s'ornait d'un sourire moins froid – pas plus aimable, toutefois. « Crépuscule. » Répète-je en hochant lentement la tête, comme pour me présenter à elle, avec un sourire plus étroit que les précédents. J'avais suspecté bien, cette lame est une noble dame parmi la gente affûtée. Je la devine sévère, impitoyable, bien que légèrement tiède au touché, peut-être même légèrement frémissante au moment de surgir de son fourreau, comme une jeune femme qu'on dévêt au soir de ses noces, avant de s'adonner aux agapes sanglantes. Je relève les yeux vers les siens, y trouvant un éclat qui me plaît bien un peu, un éclat passionné, sincère, même, dirais-je. Je ne devrais pas l'aimer, pour ce qu'il insinue, mais si ainsi est la flamme qui réchauffe son âme, je ne m'estime pas le droit de le juger. Je suppose que les dieux, quelques soient les noms qu'on leur donne ici et là, forgent des êtres faits pour la mort comme d'autres sont faits pour aimer. Il dit qu'il n'aime pas les choses communes, je suis tentée de lui répondre qu'il préfère plutôt les choses dangereuses. Mais je me tais. Il n'est certainement pas l'heure de lui confier ce que je commence à voir au travers de lui, maintenant que j'ai vu de quel feu il se consume, qui brille dans ses prunelles.

« Sargon, » fais-je encore en inclinant la tête, mais de côté cette fois, pour souligner mes dires et goûter ce nom sur ma langue, savoir comment il sonne dans ma voix. Un souffle de vent claque contre mon dos, qui me fait tendre l'échine et regretter un peu de m'être levée. La main de mon sauveur et bourreau quitte la garde de sa dame favorite, ce qui retire un poids de mes épaules, lequel, pourtant, je n'avais pas senti se déposer. Je suis décidément bien abrutie par ce froid pressant. Il répète une nouvelle fois que je suis prise et que mon destin se noue sans moi, puis il s'approche, ce qui me fait le considérer avec une certaine bienveillance, malgré ses propos peu consolateurs. Si d'ordinaire, il me chaut assez peu d'être traitée en inférieure, tant qu'on ne me rougit pas la peau du fouetté d'une main ou d'un cuir, force m'est d'admettre qu'il pourrait me chanter toutes les horreurs du monde sans que je n'en sois répugnée s'il me tendait les bras pour m'enlacer. Je suis tellement glacée que j'accepterais même qu'il m'appuie la joue contre ce sang glaireux qui décore son épaule et que mon esprit peine moins à gommer. Il me dévisage, semblant chercher quelque chose dans mes traits, je relève légèrement le menton et mords l'intérieur de ma lèvre pour, encore une fois, retenir mes dents de claquer. Ça doit rendre mon sourire mi félin, mi bizarre, peut-être un peu effarouché. J'espère vaguement qu'il ne le prendra pas mal. Il semble déjà avoir considéré que mon allant était signe d'un cœur gonflé de sa propre importance, ce qui me chagrine encore. L'odeur du sang revient à mes narines, j'en éprouve une légère nausée, que je ravale avec une goulée d'air et mes doigts qui passent sur mon nez.

Il m'annonce soudain, une fois tout proche de moi, mais sans même me frôler, que je vais vivre. Je commence, quelque part, dans mon esprit, à me figurer un grand feu, pour au moins commencer à réchauffer mes rêves et ne plus sentir mes jambes qui me picotent avant de s'endormir. Je peux toujours servir, dit-il, et il glisse au passage qu'il peut encore me trouver une autre utilité en me léguant à ses marins. Je songe de nouveau à celui qui m'avait trouvée sur le pont au naufrage et qui m'avait tant effrayée que je m'en étais offerte aux vagues. Oui, j'en suis persuadée : il ne m'aurait pas gardée. A y songer de nouveau, à bien revoir son visage couturé, la couleur des flammes brillant dans ses yeux est la même que celle des bûchers funéraires. Il m'aurait défaite, déchirée et jetée dans mon tombeau d'écume, et là, j'aurais été trop épuisée pour percer la surface, préférant à l'effort être lavée par les vagues et sombrer. Alors, curieusement, je souris. Oui, je souris. Parce que je me dis que j'ai eu de la chance d'avoir eu peur et d'avoir plongé. Sans ça, je n'aurais été ni choisie, ni épargnée. A sa dernière réplique sur mes morts et sa responsabilité, je glisse avec toute la sincérité du monde. « Oui, j'y penserai sans doute. Sans le moindre doute. » Mes yeux glissent sur le sang comme si mon esprit y avait marché et trébuché. Je sursaute un peu, revient poser mon regard dans le sien, et poursuis d'une voix plus pensive. « C'est mieux, je crois bien. Ils ont eu une mort terrible, il leur faudra du temps pour en être consolés. Oui, oui, c'est mieux, je ne pourrais jamais oublier. » Je manque de peu de le remercier encore : à ses côtés, je n'en ferais que mieux mon devoir auprès de Garald et des défunts dont je veux retenir le visage, à défaut d'avoir pour chacun un nom. Je sais bien que ça me rendra triste, je sais bien que ça sera difficile, je me doute, de loin, que ça l'amusera et que ce n'est pas bien aimable, mais ça n'est pas important. Les morts et les amours ne sont abreuvées que par les larmes, et il est une âme de guerre comme je le suis de tendresse. Il est donc naturel que nous nous accompagnions sur les ruines d'un drame.

Il m'extirpe de mes songes qui, une fois de plus, m'éloignent du pont du boutre, et ce avec d'autant plus de facilité que le vent semble vouloir arracher mon âme de mon corps à force de les brusquer de rafales. Une fille de joie Lysienne ? Mes yeux s'ouvrent plus grand, mes doigts s'en desserrent de mes épaules. Ah ! L'unique fois où l'on m'a appelée de la sorte, c'était le fils de Maître Mainate, jurant devant tous les dieux qui voudraient bien l'écouter que je n'étais qu'une traînée ayant vidé un vieillard de sa raison et de ses dernières forces vives, et ce par la voie la plus vile et la plus basse. Je frôle du bout de mes doigts le souvenir de sa main s'écrasant sur ma joue, puis la racine des cheveux qu'il avait tirés, avec lenteur. Et je réponds d'une voix claire, mais assez dépourvue de timbre, plongée que je suis dans le souvenir de la stupeur hébétée qui m'avait saisie durant les quelques jours où j'avais du lui obéir et qui me rappelle soudain celle que je viens de ressentir au sortir des eaux. « Non. Je suis une chandelière. Je fais des lumières, je veux dire, des bougies. Des lampes. Quelques unes parfumées, mais c'est plus rare. J'étais sur le bateau pour accompagner mon oncle. Il pense que j'y serais mieux qu'à terre. » Je bats des cils de nouveau. L'ironie me pique, me fait m'agiter, très légèrement. Je ne sais pas exactement si je dois en rire, ou si le fer brillant qui vient de me percer va faire éclater la bulle pleine de chagrin que je me pressens garder, par quelque instinct de survie, au fond de mon ventre creux. De fait, je ne réagis guère au delà, me contentant de regarder au travers des yeux de Sargon, comme si j'y mirais une fosse noire. Je me perds dans ses abysses dont je ne sors que lorsqu'il m'offre une couverture que je ne l'ai pas vue saisir. Est-ce qu'il s'était éloigné ? Je ne m'en suis pas rendue compte. Je secoue la tête, me mordant plus fort l'intérieur de la lèvre pour ne pas céder à cette tristesse immense qui menace de me faire chavirer, et de gâcher, je le crains, ma grâce et mon unique chance de bercer mes morts avec un temps que je saurais suffisant pour les combler. Je devrais m'en réjouir, plutôt. Je m'efforce de m'en réjouir. Je le dois pour eux : vivre. Vivre ! Je m'accroche à cette idée, puis, dans un mouvement naturel, à la couverture dont la laine épaisse est désagréable au touché.

« Ah, si. La marchandise que je suis en a besoin, » fais-je, avec un humour particulièrement déplacé, mais qui m'aide à me retenir de m'effondrer. Oui, rire, se moquer de soi, penser à ce qu'il y aura de joie dans la poussière. Et le mal va passer. Le mal passe toujours, tant qu'on peut encore respirer. J'inspire profondément : voilà, je le peux. Alors tout va bien, et courage. Je retrouve mon sourire. Je pense curieusement à Crépuscule, m'interrogeant vaguement sur la possibilité que l'épée et moi devenions amies, ou au moins familière, puis cette pensée me quitte comme elle est arrivée. J'enroule mes épaules de la couverture que le Capitaine m'a léguée. Je considère ses propos, une nouvelle fois, avec retard. M'en débarrasser, c'est à dire me dévêtir, là, sur le pont. Il doit certainement jouer, me pousser à bout. Souriant de plus belle, je noue les doigts d'une seule de mes mains sur deux coins de l'ample chose qui me pique la peau là où elle la touche, mais dont le drapé lourd coupe le vent. La sensation de vie me mord douloureusement les cuisses, lesquelles commençaient à s'abandonner à la froideur. J'en ressens un pénible soulagement. Glissant ma main gauche dans mon dos, je commence, abritée par la laine plus qu'opaque, à dénouer mon corsage sans m'offrir aux yeux avides qui dardent leurs œillades ça et là autour de nous. « Le tissu humide se resserre beaucoup, » entame-je d'un ton docte sur lequel je me rive, pour ne pas songer aux hommes qui me mirent, et ne pas mourir de honte devant eux. Vivre, songeais-je, il est temps de s'appliquer.

Ma main droite se met à légèrement trembler, imitée ensuite par ma voix mal assurée. « Ça va me prendre un peu de temps. » Je mords le bout de ma langue, force sur le plat du nouage que je me suis arrangé, pour, justement, m'en faciliter la pratique : n'étant pas couturière pour deux sous, j'ai toujours pris soin d'accrocher mes rubans de façon à n'avoir jamais à tirer et à risquer de craquer des coutures. Le tissu ripe, peine et grince entre mes doigts, ce qui me chagrine un peu. Pauvre belle robe, Mainate l'aimait bien. Après un claquement qui me fait échapper un petit cri, le corsage se dénoue, je respire plus amplement ; après quelques dernières contorsions, le voilà à mes mollets. J'y marche pour m'en défaire, à défaut d'avoir le luxe, sur un navire mouvant, de pouvoir me ployer sans choir dans les jambes de Sargon. J'inspire à nouveau – me concentrer sur cette vie que je me sens brasser en moi est mon seul rempart et je m'y tiens fermement arrimée – et saisis les liens retenant mon ample robe de velours, par dessus celle, plus légère, de coton que je porte à même la peau. Et je les défais, l'une, puis l'autre, serrant toujours plus fort l'ample drape de laine couvrant ma pudeur, qui ronge ma peau mais sauve mes chairs d'une mort aussi lente qu'insidieuse. Je déglutis pour ne pas pleurer de confusion, comme une enfant punie et, très étrangement, j'en ris, ce qui me surprend moi-même. « Voilà, Sargon. » Mes yeux luisent comme des billes d'acier, emperlés de larmes qui le couleront pas, asséchées par le vent qui semble vouloir se venger, en me frappant plus fort, mais maintenant plus vainement. « Je vais vivre. Ça fera une drôle d'histoire à raconter. J'aime assez les histoires. » Pourquoi donc ma voix décide-t-elle de parler ainsi ? Ma langue continue. « Est-ce que j'entendrai un jour celle de Crépuscule ? Elle doit être... Fascinante, et... Terrible. Terrible, de celles qui ne se disent pas en plein jour, mais qui ne s'évoquent jamais en pleine nuit. Ah, oui, Crépuscule. » Mon regard s'évade vers la mer, je suis enfermée dans la laine et mon cœur bat si fort que je le sens frapper contre mes bras repliés. Je suis terrifiée. « C'est sublime, » achève-je rêveusement, alors que des reflets irisés illuminent les flots, là où je crois que le navire a sombré. Ils me saluent peut-être, m'encouragent sans doute. Allez, je dois être heureuse, puisque je suis vive. Et puis, aucun d'eux ne m'a touchée, mon oncle doit être fier, depuis ses flots sépulcraux. Le sourire, sur mes lèvres, est comme un sanglot mal exprimé.
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Sargon Harloi
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« Capitaine de la Veuve Salée »

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Message Ven 12 Oct 2012 - 12:15

     L'inquiétude ou la peur n'apparaissaient pas sur les traits de la jeune femme, c'était donc avec une légère déception qu'il la regardait. Peut-être finirait-elle pas changer d'avis, une fois qu'elle aurait voyagé quelques jours en sa compagnie - et celle de ses marins - même si visiblement la navigation ne semblait pas être un problème pour elle. Contrairement aux continentales, les captives des Cités Libres supportaient bien mieux la vie sur des îles, c'était généralement l'austérité de ces dernières qui posait problème. Serait-ce le cas de la brune ? Sargon la dévisageait toujours du même air, scrutant ses traits presque enfantins, se demandant comment est-ce qu'elle pourrait bien se comporter à la longue. L'avenir le lui dirait. Quoique.... L'idée de la garder à ses côtés n'était pas ancrée de manière très poussée dans son esprit. Pour le moment il envisageait toujours de l'offrir à l'un de ses oncles pour s'attirer leurs bonnes faveurs et au fond, cela ne l'empêcherait pas de la revoir de temps en temps. Chassant ces pensées de son esprit, le Fer-né nota aussi qu'elle semblait avoir une perception de la mort qui semblait... Bien particulière ! Ce n'était pas donné à tout le monde de concevoir le fait qu'une mort violente permettait de ne pas oublier les êtres disparus, du moins pas aussi facilement que s'ils étaient décédés de vieillesse par exemple. Sargon partageait cette vision des choses, ce n'était pas sans raison qu'il voulait mourir lors d'une bataille particulièrement épique, encore jeune et au mieux de sa forme de préférence pour ne laisser derrière lui que le souvenir d'une personne capable et non d'un vieillard sénile. Vieillesse et combats ne faisaient pas bon ménage de toute manière.

     La personnalité de Cybeline commençait à l'intéresser. Elle avait eu une excellente idée en décidant de saisir sa seule chance de survie à bras-le-corps, il aurait été fort dommage que la mer seule puisse profiter de ses pensées pour le moins originales. Il était amusant de constater que le physique des personnes n'avait rien à voir avec leur mental. Même si la demoiselle n'était pas repoussante, elle ne convenait pas vraiment à ce qui retenait l'attention du Fer-né. Il était plus... Terre-à-terre dirons-nous, la beauté ne l'intéressait pas réellement - même s'il était évident qu'il ne se privait pas de se rincer l’œil lorsqu'il en avait l'occasion - il privilégiait le petit « quelque chose » que certaines femmes possédaient. Dans le cas de la captive, c'était plutôt dissimulé dans ses paroles et dans ses mimiques que dans son physique lui-même. Il était fort probable que le regard du capitaine se soit posé sur le visage de la jeune femme au cours de l'abordage, sans qu'il ne la remarque pour autant. Lorsque vous vous sentiez aussi supérieur aux autres, vous ne preniez pas la peine de vous attarder sur les individus insipides.
     Comme pour souligner une fois de plus son originalité, la jeune femme reprit la parole afin de faire savoir à son nouveau « propriétaire » qu'elle n'était en rien une fille de joie. Au fond, c'était un plus pour elle, Sargon n'aimait pas particulièrement les femmes qui écartaient leurs cuisses sans hésiter, surtout pour quelques piécettes. Même si l'argent l'intéressait beaucoup - beaucoup trop selon Harlon le Rouge - il méprisait ces femmes. L'ironie de la situation ne manqua pas de le marquer lorsque la demoiselle lui fit savoir que son oncle - sa seule famille certainement - l'avait prise à bord pour qu'elle y soit bien. Peut-être que c'était le cas, qui sait ? La vie sur le continent était extrêmement rude pour les roturiers alors que les nobles ne se privaient pas de profiter de tous les avantages. Sur les Iles de Fer, cette distinction n'existait pas, même si au final la jeune femme ne vaudrait pas mieux qu'un chien. Et encore, les chiens avaient souvent plus d'utilité que les serfs ou les femmes-sel. Il haussa les épaules tandis qu'elle saisissait la couverture rêche qu'il lui tendait.

     ▬ Quel dommage que tu n'aies pas quelques marchandises avec toi, ça t'aurait évité de sentir le poisson pendant les années qu'il te reste à vivre. Il était vrai que les châteaux des îles aux façades mangées par le sel, ne sentaient pas aussi bon que ceux du continent. Sargon espérait pour elle qu'elle n'était pas trop délicate à ce niveau, après tout, les captives servaient aux tâches ingrates. Tu penseras à remercier ton oncle lorsque tu lui parleras, grâce à lui tu vas troquer ta vie d'artisan contre une vie de bonniche. Au fond tu ne changeras pas grand-chose, mis à part que tu ne seras pas payée pour tes services. Ce n'est pas plus mal que tu ne sois pas Lysienne tu vois. Tu aurais plus perdu au change. »

     Ce n'était pas certain. Quoique, les Fer-nés avaient plus tendance à garder une professionnelle Lysienne en tant que femme-sel alors qu'une simple artisane comme Cybeline pouvait espérer passer le reste de sa vie à écailler des poissons et nettoyage les dalles du château de son propriétaire. C'était un mal pour un bien, contrairement à ce que les continentaux pensaient il était plutôt rare que les natifs des Iles de Fer gardent les femmes pour leur plaisir personnel, elles étaient plus souvent utiles en servantes pour délier les femmes des îles de ces tâches ingrates.
     Quoi qu'il en soit, la jeune femme faisait preuve d'une auto-dérision qui ne manquait pas d'amuser le Harloi qui ne se priva pas pour le faire remarquer. Un sourire clairement moqueur se plaqua sur ses lèvres tandis qu'elle soulignait le fait qu'elle avait bien compris qu'elle n'était qu'une marchandise. Restait encore à définir sa valeur. Pour le moment, aux yeux du capitaine elle valait la couverture qui la couvrait, mais peut-être que d'ici quelques heures aurait-il changé d'avis ? Versatile comme il était, Sargon avait tendance à très vite changer de cap. Comme Cybeline avait décidé de suivre son conseil au sujet de sa robe, elle y ajouta une touche personnelle en s'enroulant dans la couverture sale et solidifiée par la crasse à certains endroits, puis commença à se débattre contre les tissus de sa tenue. Le sourire moqueur du Fer-né se mua en une expression toujours plus amusée alors qu'il la regardait se débrouiller toute seule. Quelques marins avaient momentanément délaissés leur rame pour s'intéresser au spectacle offert par la demoiselle et certains s'autorisaient même des remarques graveleuses. Malheureusement pour eux, malgré leurs demandes le dieu des tempêtes n'intervint point pour faire s'envoler la couverture qui dissimulait les courbes de la jeune femme et cette dernière se retrouva finalement avec sa robe trempée aux pieds. Lorsqu'elle redressa la tête vers Sargon, ce dernier nota que ses yeux brillaient. Était-ce le vent ? À moins que ce ne soit simplement l'humiliation qu'elle venait de subir qui se manifestait ? Commençait-elle enfin à sentir poindre la colère, voir la haine à son égard ? Il la dévisageait alors qu'elle reprenait la parole pour parler de Crépuscule, une fois de plus. Que ce soit ou non conscient, Cybeline avait visé juste en s'intéressant à la lame du Fer-né, c'était bien le seul sujet où elle serait assurée de toujours trouver réponse, à condition de ne point la dénigrer bien évidemment.

     ▬ Ton histoire sera bien commune sur les îles, une petite continentale enlevée par les vilains pirates, tu pourras en parler avec les autres captives, mais vous aurez toutes la même chose à raconter. Tu n'as certainement été qu'une fille commune jusqu'à présent et tu le resteras jusqu'à la fin. Tu pourras t'estimer heureuse si au moins une personne se souviendra de ton prénom. Un sourire presque cruel s'étendit sur ses lèvres. Il aimait bien souligner à quel point sa vie risquait de devenir monotone. Avait-il déjà réussi à pousser au suicide certaines captives ? C'était possible. En réalité, il s'en désintéressait si rapidement que la rumeur de leur mort lui passait au-dessus de la tête. À condition que quelqu'un s'intéresse suffisamment à toi pour te le demander bien sûr. Lui ne lui avait pas demandé, elle s'était présente d'elle-même ce qui n'était pas plus mal. En sachant s'imposer avec douceur, la demoiselle arriverait peut-être à quelque chose sur les îles. Peut-être. L'histoire de Crépuscule est bien plus intéressante, elle n'est pas de celle que l'on raconte à n'importe qui. »

     Oh, tous les Fer-nés connaissaient l'histoire de la lame des Harloi bien évidemment, elle était plus ancienne qu'eux tous, elle survivrait à bien des hommes et d'ici des centaines d'années, serait toujours aussi belle et immaculée. Crépuscule était unique, c'était une amante exigeante qui se contentait de sang et non de belles paroles. C'était peut-être pour cette raison qu'il l'affectionnait tant. Le fait qu'elle lui eut été léguée par son père ne signifiait rien, il avait jadis admiré cet homme qui représentait tout ce qu'il voulait être, mais ce Sargon avait disparu depuis bien longtemps. Il n'était pas sentimental, les sentiments n'étaient qu'un moyen de plus de se compliquer la vie, il était bien plus facile ne de compter que sur soi-même, au moins cela pouvait permettre de sacrifier n'importe qui. Les paroles de Cybeline avaient éveillé une nouvelle idée pour la titiller et chercher un moyen de la mettre mal à l'aise. Comme les marins s'étaient à nouveau concentrés sur leur rame puisque la couverture semblait rester en place, le Harloi s'approcha à nouveau de la jeune femme de manière à ne laisser qu'une vingtaine de centimètres les séparer. Elle était plus petite que lui et il lui suffisait de baisser la tête pour la dominer, ce qui n'était pas pour lui déplaire.

     ▬ Pour que tu puisses un jour entendre cette histoire de toute manière, il faudrait que je décide de te garder à mon service et ce n'est pas dans mes habitudes, au contraire. Je n'aime pas beaucoup avoir des personnes soumises autour de moi. Son sourire s'accentua légèrement. Et pour que tu puisses l'entendre en pleine nuit, là c'est encore une autre histoire et c'est encore moins probable pour une simple marchandise, je préfère les femmes un peu plus rebelles. Pourtant, il avait déjà gardé des femmes pour cet usage, mais sa déception avait été trop forte pour qu'il envisage de réitérer dans l'immédiat. Sauf cas très particulier évidemment. Tu seras rassurée de savoir que tu es un peu trop enfantine et pas assez caractérielle pour pouvoir me côtoyer à cette période du jour, enfin de la nuit. »

     Quel âge avait-elle ? Aucune idée, peut-être n'avait-elle jamais connu d'homme ou au contraire, les collectionnait-elle ? C'était sans importance, tout ce qu'il cherchait à savoir c'était sur quel plan il devait jouer pour la faire rougir ou la mettre en colère. Certaines femmes n'aimaient pas que l'on remette en doute leur maturité et l'intérêt qu'elles pouvaient avoir pour les hommes, d'autres en étaient soulagées au contraire. Vu la manière dont Cybeline se comportait depuis le début, il imaginait que l'idée de servir de maîtresse à un Fer-né, qui que ce soit, ne la dérangerait peut-être pas. Restait à vérifier si c'était le cas. Comme si ces paroles venaient soudain de réveiller quelque chose en lui, il fronça légèrement les sourcils sous le coup de la réflexion, puis détourna brièvement son regard comme s'il cherchait quelque chose pour étayer ses pensées, avant de reprendre.

     ▬ Mais il est vrai que certaines personnes de ma connaissance aiment bien les femmes dociles, surtout pour porter leurs enfants, elles ont moins tendance à vouloir s'en débarrasser. C'est une denrée rare je dirais, je suis certain que je pourrais bien te trouver une utilité en fin de compte. Il était vrai que certaines captives supportaient mal d'avoir l'enfant de leur tortionnaire dans le ventre et certaines s'étaient déjà soustrait à cette obligation de manière définitive. Persistant sur cette voie, il lâcha une dernière question. Quel âge est-ce que tu as ? Tu sais au moins comment te débrouiller avec un homme ? Je ne veux pas leur refourguer une gamine incapable de faire son devoir. »

     Il lui demandait son avis tout en lui faisant savoir qu'il ne comptait pas changer d'idée, quoi qu'elle en dise. Bien évidemment, il n'y avait que de la provocation au fond de ces mots, aucunement quelque chose de décidé puisque pour le moment, le Harloi avait dans l'idée de la garder à Kenning en attendant de se décider pour de bon.


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Message Sam 13 Oct 2012 - 0:36

Sargon évoque, entre deux piques, des histoires de poissons et d'odeurs, ce qui réveille en moi des souvenirs d'enfance : vivant auprès des côtes, les parfums des algues, des tripes et des écailles mêlées, ainsi que celle, bien plus rance, des teintures et du cuir qu'on bat m'ont accompagnées, de sorte que mes sens y sont accoutumés et ne leur trouve plus guère d'autre teneur que celle de la familiarité. Maître Mainate me l'avait d'ailleurs reproché, peu de temps après que je sois entrée à son service. Même après des semaines et même après m'avoir lavée lui-même avec un savon si efficace qu'il m'en avait durablement rougit la peau, je puais encore la marée, les embruns et le parfum ni fétide, ni agréable de la rocaille perpétuellement immergée. Cette marque olfactive tenace, je l'avais sentie à mon tour, après des années au cœur de l'île, quand mon oncle ou ma mère venaient jusqu'à moi. Mais je ne l'avais jamais trouvée repoussante, cette odeur. Ça me rappelait mes racines. Je suis une fille de l'eau, et les choses très trempées n'ont pas le parfum des roses, mais plutôt celui de la moisissure et de la moiteur.

Alors que je suis en pleine lutte, âpre et tortueuse, contre la honte que je ressens à être nue devant eux, au détail près de cette couverture sale, le Capitaine répond à ma diatribe dont j'ai déjà perdu le fil, voguant avec mes morts sur mes pensées conflictuelles. J'arrache mes yeux aux vagues, pour les reposer encore sur lui. Il m'appelle continentale, affirme que j'étais une fille banale – ce qui me flatte, bien que je commence à comprendre que ce n'est pas du tout l'effet qu'il cherche à produire – et conclut sur l'oubli à venir de mon nom et, je le devine, mon identité, ma personne. On ne nomme pas une chose différemment d'une autre de ses sœurs, leur patronyme n'est que celui de leur utilité, j'étais Cybeline, il veut me nommer Servante. Soit, après tout, mes belles d'écumes sont bien désignées par le phonème biscornu de « mouettes ». Décidément, je n'aime pas. M'accrocher à ses paroles me permet d'espérer omettre moi-même ma nudité, qui ne m'effraie pas tant parce que je crains que ma vue n'inspire et n'attise des vices, mais simplement parce qu'on m'a patiemment enseigné que ce n'était pas convenable et qu'il fallait toujours être bien habillée, et on ne ferait même pas un torchon valable de ce que je porte sur mes épaules. Ça n'est pas si grave, et il y a les circonstances, oui, bien sûr, mais ça me peine davantage que les remarques grivoises qu'on m'adresse depuis les bancs des rameurs. Je préfère considérer Sargon comme si je le voyais pour la première fois, reprenant ma scrutation attentive de ses prunelles, de ce qui y luit et, alors qu'il insiste sur mon insignifiance en comparant ma pauvre histoire à celle de la Dame Épée, j'ose glisser dans un sourire. « Tu n'as pas l'air d'avoir mauvaise mémoire. » Oui, Capitaine, tu te souviendras de moi. Tu peux nier, j'ai décidée d'en être certaine. Ça apaisera mes mannes de le savoir, quand bien même ce n'est pas si vrai. Ça m'est égal, j'en fais ma vérité. Il m'a tirée de l'onde, il m'a tendu de quoi me réchauffer, alors j'ai marqué son esprit et cette bribe de lien me guidera, une fois morte. C'est l'image que je m'en fais : plongée dans une nuit éternelle, avec comme seuls repères des étoiles lointaines, à la brillance parfois ténue, parfois vive, qui sont tous ces gens qui se souviennent. Où va-t-on, pourquoi, et quel est le roi de ces étranges terres, je l'apprendrai une fois défunte.

Mais il s'approche, et je quitte en pensée le futur commun de l'humanité. Cette fois, il vient très près, me toisant sans cesser de sourire, avec ce rictus particulier dans lequel je ne parviens pas à trouver la moindre aménité. Quelle étrange expression qu'un pli de lèvre hostile. Il fait quelques allusions à notre futur, reprenant le sujet de Crépuscule, mais cette fois pour appuyer quelque chose qui d'abord, m'échappe. Il m'avait semblé que j'étais destinée à le servir, mais il déclare qu'il n'en a guère envie. Je m'intrigue, alors : font-ils commerce de servantes ? M'offrira-t-il en souvenir de rapine ? Ça m'amuserait presque, j'en viens même à me demander si j'aurais un beau ruban pour faire mine de devoir être déballée, ou si j'aurais une tenue un peu plus jolie que la moyenne assez affreuse que je vois autour de moi, pour me figurer un coffret ou un présentoir. Mais, encore une fois, le fil acéré de sa langue coupe celui de mes songes et soudain, je réalise qu'il parle d'une nuit que nous ne partagerons pas sous les mêmes draps. J'en bats des cils, décontenancée, sans en être vraiment choquée. Ce n'est pas que ça me révolte, c'est surtout que j'étais loin de penser à sa peau contre la mienne lorsque j'évoquais la légende de son épée. Ses propos me font imaginer un bref instant une telle proximité entre nous, malgré moi, et je n'aurais pas si froid, le rouge me serait monté aux joues. A la place, je ris un peu devant ma propre maladresse, ce qui ne doit pas sonner bien. Enfin, je n'imagine pas une dame réagir ainsi lorsqu'on lui lance des propos à la fois inconvenants et critiques. Mais voilà, ce que je me dis être un quiproquo m'amuse et, quelque part, je trouve mon Capitaine... Presque franc et prévenant, sur l'instant. Il n'a fait que répondre à la question induite par mon espoir annoncé d'une manière très directe, sans se rembrunir lui-même. Nous avons décidément du mal à nous comprendre, mais, alors que j'essaye de me mettre à sa place, et sous cet angle de vue, sa réaction, après coup, me semble parfaitement logique. Je réplique à mi voix, un peu pour moi-même, sans être sûre qu'il m'entende, bien que nous soyons proches à pouvoir nous embrasser. « Oui, on ne dévoile l'intimité d'une dame qu'une fois face à son amant. » Il est donc évident qu'il ne parlera de sa Dame de fer qu'avec les femmes de chair en compagnie desquelles il la trompe passagèrement.

Son regard varie, passe sur le lointain, ce que je n'imite pas, préférant considérer son visage. Derrière le sang, il est assez régulier, et je devine derrière la saleté des voyages et la crasse des combats qu'il est d'un apparat assez prononcé. Il tresse ses cheveux, ce qui me donne aussitôt envie de les toucher – geste que j'esquisse mais que je retiens tout de même avant de laisser s'échapper mon bras du couvert de la toile de laine, peu désireuse de m'ouvrir ainsi à lui – et je me demande s'il aimerait qu'on le peigne et qu'on soigne pour lui sa chevelure. Je l'avais fait pour mon Maître, c'étaient des moments très tendres, même lorsqu'il avait eu des poux et que nous avions patiemment brûlé ces vilaines petites choses dans le ventre d'une lampe qui en avait empesté durant des jours. Avant que je ne puisse lui demander si je pourrais le coiffer avant d'être offerte à qui bon lui semblera, il reprend parole, alors je clos mes lèvres, le menton toujours levé et les yeux dans les siens, peu gênée de notre proximité – il me coupe un peu le vent et j'aime pouvoir imaginer sa chaleur venir jusqu'à moi, bien que cette sensation ne provienne sans doute que de mon drap rêche. Une fois de plus, il me surprend, évoquant non plus les nuits partagées, mais ce dont elles enfantent, en même temps que les femmes : une descendance. J'ouvre plus grand les yeux, penchant légèrement la tête de côté, perturbée non pas par l'idée d'être la mère de l'enfant d'un père particulier – qui était le mien, de père, au juste ? – mais plutôt par l'idée saugrenue de se débarrasser de sa propre progéniture. J'en suis estomaquée et mon expression le montre à mesure que je me repasse ses mots en esprit, et n'y trouve pas le moindre petit second sens, pas plus qu'une maladresse quelconque. Non, il parlait bien de jeter ses enfants à soi dans une fosse, entre les vestiges d'un repas et les ordures des ménages. Ça m'est inconcevable, au point que j'en glisse : « Mais qui pourrait bien faire ça ? » Et je cille à sa première question, tout comme à la seconde, secouant la tête pour me défaire de cette toile gluante d'incompréhension dans laquelle mes pensées sont allées se jeter. J'en évite presque d'être brusquée une nouvelle fois par ce que ses interrogations ont de crues et d'inconvenantes. Peut-être n'est-ce que la façon de parler de ces gens là, sans détours et sans ambages, comme il me l'a déjà montré. Je me garde de tirer trop rapidement de conclusions sur tout un peuple, fusse-t-il capable d'être aussi violent que ce qu'il m'a déjà montré.

« J'ai quelques saisons, » réponds-je sans vraiment faire d'efforts pour être plus précise. Je n'ai jamais su mon âge autrement que par celui que Mainate voulait bien m'estimer, lorsqu'il en avait besoin, sous divers prétextes – me trouver trop coûteuse en nourriture, me considérer comme bientôt ribaude, me glisser que je ne suis pas bien vive, ou, plus récemment, se féliciter d'avoir fait de moi une jolie fleur – avant de me renfrogner un peu en voulant répliquer avec sérieux à son intime invective. Est-ce que je sais comment me débrouiller avec un homme ? Je ne suis pas assez niaise pour ne pas comprendre qu'il ne signifie pas par là si je sais comment entretenir une maison et faire en sorte que son maître puisse en profiter sans avoir à s'encombrer des soucis domestiques, mais plutôt de ce qui effrayait davantage mon oncle que moi lorsqu'il me demandait si quelqu'un m'avait « touchée ». Y a-t-il donc une manière de se présenter au contact ? Comment apprend-t-on la manière d'être agréable à caresser ? Je ne suis pas une chatte, ni faite de velours, j'en suis passablement intriguée. Et je suppose que la réponse est négative. Sans quitter ses prunelles des miennes ni m'empourprer, je confesse. « Je ne sais pas. Je n'ai jamais été touchée. » C'était important pour Garald, il me semble que c'était important pour un bon mari, également, mais ma vie recluse et heureuse ne m'a guère permis d'approfondir ces sujets. Je crois savoir que c'étaient ces manquements qui faisaient dire à la plupart des gens que j'étais bien brave, mais bien idiote ; toutefois j'ignore ce que je pourrais ajouter à ce fait pour ne pas déjà déplaire. Je m'aperçois en retard que je suis très occupée à songer comment être une chose à engrosser de façon confortable, et je ris, de nouveau, tant de confusion que de raison devant ce fait absurde, ce qui réanime un instant ma honte profonde, que je chasse d'un haussement d'épaule peut-être un peu sec. A défaut de me dénicher quelque chose pour l'adoucir, je suis mon humeur, empressée que je suis, en fond, de changer de sujet et de m'éloigner des rives poisseuses de ma pauvre condition de mal vêtue et du vent froid qui ne lâche pas mes pieds, que je sens lutter contre mon sang qui veut reconquérir mes chairs.

« Oh, je voulais te dire, parce que je n'ai pas répondu tout à fait, je ne suis pas continentale. Je viens de Lorath, de la grande île. » J'appuie mon regard, cherchant à deviner si ces mots deviennent des images en son esprit. « Nous sommes presque tous marins, dans la famille. Je pourrais peut-être raconter ça aux autres captives. » Oui, pourquoi pas ? J'ajoute, réalisant subitement. « Oui, elles doivent en connaître d'autres que les miennes, de légendes et d'histoires. Et celles de tes îles, j'imagine qu'elles sont... » Je m'interromps, peu désireuse d'entamer sa patience, et réalisant pour une fois que je file peut-être un peu trop longuement mes pensées. Bien pire - et moins fréquent - que je le fais à haute voix. « Elles se racontent peut-être plus facilement en dehors des chambres que celle de ta Dame, en tous cas. » Je songe aux bougies, ensuite. Après tout, pour une faire, il ne faut qu'un peu de graisse, une corde et de la patience. Peut-être que j'aurais le droit, sur ces îles-là aussi, d'exercer mes doigts à mon art après mes corvées abattues. J'aimerais bien, vraiment, mais pour l'heure je songe à ne plus parler. Une fatigue particulière entache mon esprit, comme si le sommeil voulait me saisir, malgré le froid et la situation, comme si je pouvais dormir, paisible, parmi eux, seulement couverte d'un drap lourd, mais voilà : mon corps comme mon âme éprouvées en ont assez, et veulent du repos et de l'absence, du temps pour digérer toutes ces nouvelles, pour que je me ramasse en moi-même et évite de finir brisée à force de rouler comme une bille de verre entre les mains d'enfants inconséquents. Le Capitaine, dans tout ce fatras, est le seul à me parler, à être encore un repère d'humanité, c'est pour cette raison que je lance, sans même m'apercevoir que j'ai parlé. «Même si tu m'offres, je suis sûre de rêver de toi. Ce serait dommage de ne pas pouvoir les raconter, ces rêves-là. Ça ne se fait pas de les raconter à quelqu'un d'autre. Ça n'est pas respectueux. » Et je garde mon expression, mi souriante, ni lointaine, les sourcils très légèrement froncés. J'ai trop ri, pas assez pleuré, ce qui laisse mon être égratigné par mes propres éclats et un peu noyé d'eau salée, mais pas marine. Je suis un peu trop bousculée, bien qu'on ne me frappe pas. Je suis solide, mais je commence à être lasse, et la honte ronge mon assurance plus vite que je n'aurais pu le croire – plus vite, d'ailleurs, que le massacre et la perte. Je hausse les épaules, agrippe mieux le drap. Je ne me rends toujours pas compte que j'ai lancé ma dernière pensée de vive voix, et mon regard se décroche de Sargon, pour chercher un instant ces lueurs que j'avais vues tout récemment, et qui m'évoquaient mon oncle. La mer devient huileuse, le jour décroît. Rien ne scintille plus entre les vagues amères. Oui, je crois que je l'aime bien, mon geôlier et sauveur. Après tout, j'ai décidé qu'il se souviendrait de moi. C'est la moindre des choses à lui rendre que de l'apprécier.


Dernière édition par Cybeline le Sam 13 Oct 2012 - 22:39, édité 1 fois
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Sargon Harloi
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« Capitaine de la Veuve Salée »

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Message Sam 13 Oct 2012 - 14:40

     Elle ne réagissait pas comme il l'escomptait, bien que le mot était mal adapté à la situation. Le comportement de Cybeline était fort intriguant, le Fer-né en venait à se demander s'il n'avait pas dégoté une denrée rare en décidant de se pencher par-dessus le bastingage. S'il avait été croyant, certainement que le Harloi se serait dit que c'était le Dieu Noyé en personne qui l'avait poussé à tendre une main charitable à cette fillette trempée. Mais il ne l'était pas et estimait donc que tout le mérite lui revenait. C'était lui et personne d'autre qui avait hissé la demoiselle sur le pont de sa Veuve. Cela dit, elle marquait un point, il n'avait pas mauvaise mémoire, au contraire même. Le Fer-né était très rancunier et il n'oubliait jamais un affront qui lui était fait. Par contre, son intérêt pour les autres était si réduit qu'il pouvait laisser sortir de son esprit, le visage ou le nom d'une femme ou d'une personne qui avait réussi à éveiller son intérêt quelques semaines plus tôt. Ce n'était pas lié à un problème de mémoire, mais simplement au fait qu'il ne se remplissait pas la tête avec des souvenirs inutiles, préférant garder son esprit libre pour des choses plus intéressantes. Pour le moment, la captive était rangée dans la catégorie « intéressante », mais elle pouvait rapidement glisser jusqu'à sortir totalement des pensées de l'arrogant personnage. Même si vu la situation actuelle, la belle avait plutôt l'air de s'y installer durablement.

     Chaque rire était plus surprenant que le précédent, loin de rougir ou de se sentir outrée, Cybeline s'amuse des paroles de son interlocuteur. Du moins c'est de la sorte que Sargon identifie son hilarité, bien loin de s'imaginer qu'elle rit en réalité de son manque de clairvoyance et non des propos tenus à son sujet. Un murmure lui parvient aux oreilles, preuve qu'elle sait comment marchent les hommes. Il n'y avait que les femmes qui avaient partagé son intimité qui avaient eu le droit d'approcher Crépuscule en effet – et encore – en général le capitaine n'estimait pas assez ces femmes pour se donner la peine d'aborder le sujet, si précieux, de son épée. Deirdre la bâtarde en était la preuve vivante, malgré le nombre élevé de fois où ils avaient passé un moment ensemble, jamais la demoiselle n'avait eu le droit de poser la main sur la lame Valyrienne, puis encore moins de pouvoir en parler. Les femmes étaient toutes différentes, comparables aux épées. Certaines n'étaient que de simple épée en acier basique, d'autres plus solides et plus intéressantes en acier château, puis au moins une qui devait se comparer à la lame unique. Sargon avait bien rencontré la Seastar, celle sur qui des légendes circulaient, à propos de sa beauté et du fait que de nombreux prétendants s'étaient donné la mort pour avoir son amour, mais ce n'était pas de la sorte qu'il percevait la représentation physique de Crépuscule. Elle était moins mortelle, mais tout aussi attrayante. Était-il fou de s'imaginer que les femmes pouvaient être comparées à des armes ? Peut-être, mais cela n'enlevait rien au fait qu'il n'avait encore trouvé aucune qui soit capable de rivaliser d'intérêt avec son épée.

     Son regard se reporte sur le minois de la captive, lèvres closes jusqu'à ce qu'elle arbore un air étonné et encore, le mot était faible. Il venait de lui parler d'enfanter, était-ce la perspective de devoir se faire engrosser par un Fer-né qui provoquait cette surprise, ou l'idée que des femmes puissent sacrifier leur vie et leur progéniture ? Une réponse qui ne tarda pas lui indiqua la nature de son étonnement et un simple sourire se plaqua sur les lèvres du Harloi pour toute réponse. Qui pourrait le faire ? Des femmes désespérées tout simplement, des idiotes sans cervelle de l'avis du jeune homme. Il détestait les faibles et les femmes-sel en étaient toutes. Il ne lui fit pas le plaisir de répondre à sa question et la brunette enchaîna en répondant à ses questions de manière plus ou moins évasive. Elle ne rougissait toujours pas, à son grand dam d'ailleurs. Que fallait-il faire pour la gêner ? Sargon se le demandait, sans parvenir à répondre à cette question pour autant. Lorsqu'elle lui indiqua qu'elle était intacte, la première réflexion du Fer-né fut qu'elle gagnerait certainement en valeur. Offrir une jeune vierge à un seigneur avait plus d'intérêt que lui apporter une catin qui avait vu la moitié de Westeros et le reste du monde lui passer dessus. Bien que lui-même préférait les femmes d'expérience que les délicates fleurs qui n'avaient pas encore été butinées.

     Le reste des réponses fut d'autant plus intéressant, il ne s'attendait pas à ce qu'elle vienne des Cités Libres et ne cacha pas sa satisfaction en laissant son sourire arrogant se muer et une expression intéressée. Les Cités Libres étaient appréciées pour leurs richesses et leur raffinement, même si sur les Iles de Fer cela ne signifiait pas grand-chose. La demoiselle représentait une marchandise exotique à sa manière et il fallait la présenter sous le bon angle pour envisager d'en tirer le meilleur parti. Comme il calculait déjà combien cette prise pourrait lui rapporter, le Harloi fut pris de court par les dernières paroles de sa captive. Il était habitué à ce que les femmes prisonnières s'essayent à la flatterie pour le persuader qu'elles devaient être épargnées, mais les mots qui sortaient de la bouche de Cybeline sonnaient... Différemment. Le jeune homme lui décrocha un regard tout d'abord étonné avant de laisser son expression se muer en une sorte d'amusement. Alors qu'elle détourna son regard vers les flots agités de la mer, le capitaine ne put s'empêcher de rétorquer sur un ton qui suintait la vanité.

     ▬ Bien évidemment que tu vas rêver de moi. Je ne suis pas de ceux que l'on oublie, je ne suis pas une simple marchandise. La manière dont il parlait montrait clairement qu'il était persuadé par ce qu'il disait. Tu pourras les raconter, tu n'as pas à t'en faire, tu n'es pas la seule dans ce cas, il y a eu de nombreuses autres femmes qui t'ont précédé et je suis sûr que malgré les années, elles ne m'ont pas oublié. C'était l'évidence même, il était responsable de leur présence ici et tous les matins, lorsqu'elles se réveillaient, ces femmes se souvenaient qu'elles le haïssaient. Cela dit, tout dépendra de la nature de tes rêves, il est vrai qu'il y en a certains qui ne se racontent pas à tout le monde et ceux que tu pourras partager avec tes nouvelles compagnes seront plutôt au sujet de mon trépas. Son sourire s'accentua légèrement, en coin. Si tu venais à faire des rêves qui ne peuvent être racontés qu'au concerné, je pourrais peut-être t'accorder quelques instants pour en discuter si tu te comporteras sagement. »

     Il la raillait bien évidemment, ces rêves dont ils parlaient ne pouvaient pas naître dans l'esprit d'une jeune femme à qui sa liberté avait été enlevée, ils venaient dans l'esprit d'une épouse ou d'une amante et Cybeline n'était ni l'une, ni l'autre. À lui parler comme si elle n'était qu'une gamine, le Fer-né soulignait le fait que ses traits enfantins lui donnaient l'air d'être à peine sortie de l'enfance. C'était peut-être le cas après tout, la réponse concernant son âge n'avait pas été très utile et si elle n'avait jamais été touchée, cela signifiait peut-être qu'elle était « trop jeune ». Peu lui chalait, les seigneurs ne regardaient pas l'âge de leur femme-sel, seulement son joli minois et ses hanches pour savoir si elle était capable d'enfanter sans y passer et sans risques pour l'enfant. Les rejetons qui naissaient de ces « unions » étaient plus respectés que leurs mères, ce qui n'était pas trop difficile au fond. Il était toujours très près de la captive et malgré les mouvements du boutre, restait immobile. Vivre sur un bateau devenait une seconde nature, qu'apparemment la demoiselle possédait. Ce passage l'intéressait beaucoup, il ne se priva donc pas d'y revenir.

     ▬ Alors comme ça, tu es des Cités Libres ? C'est une bonne chose, vivre sur une île, ce n'est pas donné à tout le monde, tu pourrais peut-être mieux supporter la vie chez nous que les autres. Au moins tu sais nager, c'est déjà une bonne chose. Cela dit, ce point avait déjà été souligné par le fait qu'elle s'était agrippée au boutre de ses assassins. Mais un conseil, évite de trop souligner le fait que tu es habituée à la vie sur les îles, tout comme je te déconseille de parler de moi en bien, tu risquerais de t'attirer les foudres de tes comparses et je ne suis pas certain que tu puisses de défendre contre certaines d'entre elles. »

     Il ne dispensait pas ses conseils à tout le monde, c'était une attention « délicate » de sa part. Elle l'intriguait, Sargon avait bien envie de la garder à portée de main pour pouvoir discuter encore avec elle à l'avenir. C'était ce qui lui manquait en réalité : une personne avec qui il pourrait parler d'autre chose que de ce qui se passait sur les Iles de Fer et qui, bien évidemment, ne le jugerait pas comme tous les autres Fer-nés. C'était pour cette raison qu'il avait pris les dernières femmes-sel qui n'étaient plus de ce monde à présent et non pour un quelconque besoin typiquement masculin. Sa décision était prise, il allait la garder à Kenning le temps d'en apprendre un peu plus sur elle et aviserait en temps et en heure de ce qu'il ferait d'elle au final. Comme pour prendre possession de ce qu'il venait de s'offrir, Sargon leva la main vers le visage de la jeune femme, touchant sa peau comme il l'avait fait plus tôt pour observer son visage. Cette fois-ci, ce n'était pas d'une manière semblable à celle des marchands, c'était légèrement plus... Délicat, même si ce terme n'était pas associable au personnage. La peau était froide malgré la couverture qu'elle portait sur elle, mais ce n'était pas étonnant, avec ses cheveux humides il était fort probable qu'elle ne soit pas très à l'aise.

     ▬ Je vais te garder. C'était une décision, non discutable et simplement destinée à l'informer de son sort, délicate attention au final. Si je te donne à quelqu'un d'autre, tu ne feras pas long feu. Ils aiment bien les jolies filles dans ton genre, mais les femmes-sel sont jalouses, elles pourraient prendre la venue d'une nouvelle comme toi, comme une menace. Elles sont toutes fades et sans esprit, tu m'as l'air plus futée qu'elles, ce serait dommage de gâcher ça, tu n'es pas d'accord ? C'était presque un compliment venant de sa part. Il la gardait pour lui laisser la vie sauve pour le moment, il ne tiendrait donc qu'à elle de s'arranger pour que cela continue. Mais ne te méprends pas. Tu serviras de domestique dans le château où je vis, tu n'auras pas d'avantages par rapport aux autres et je ne te protégerai pas personnellement, à toi de te débrouiller pour le reste, je fais déjà beaucoup comparé à ce que j'accorde habituellement. Il ne disait pas cela juste pour se faire mousser, mais parce que c'était la vérité, ce n'était pas sans ses habitudes de mettre les captives dans des endroits plus agréables pour elle et le quartier des domestiques de Kenning l'était comparé à Dix-Tours et le harem de son oncle. Une protection se mérite. »

     Surtout la sienne, il ne protégeait que ce dont il avait besoin, Arkha ou Deirdre par exemple, même s'il n'irait jamais s'amuser à plaider leur cause si elles cherchaient trop les ennuis. C'était une manière de procéder qui pouvait apparaître cruelle, mais qui lui permettait de s'épargner bien des ennuis. Une fois que l'on avait sa protection, c'était généralement difficile de la perdre, à moins que l'intérêt provoqué pour mériter un tel traitement ne s'émousse et ne disparaisse. Cette décision enfin réglée, le Fer-né laissa sa main quitter la joue de la demoiselle pour repousser une mèche de cheveux humides qui collait contre son visage. Toujours aussi délicat, il jugea bon de préciser un point.

     ▬ Inutile de te dire que tu auras tout intérêt à ne pas te faire retrousser la jupe par un garçon de cuisine, je veux te garder en l'état au cas où je changerai d'avis. Et je n'aime pas les contrariétés. »

     C'était le moins que l'on puisse dire.


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Message Dim 14 Oct 2012 - 1:43

Un instant mon esprit se perd dans une mer d'huile noire, suivant la dérive que je m'imagine des corps ballottées, déchirés peut-être par la violence des heurts et de leurs fins, dévorés en partie déjà par les charognards marins les plus téméraires, quand d'autres, effarouchés par le tumulte à la surface, attendent d'être certains que rien ne viendra les percer à leur tour. Mon Capitaine reprend la parole, d'une voix vive et toute gonflée de s'entendre elle-même, et un instant, j'hésite à me demander s'il n'a pas lu dans mes pensées mes égarements intimes au propos des rêves que je me sais déjà avoir à faire. Mais, non, sans doute, à son ton et à son naturel, j'ai simplement du parler, et je m'en mords modérément la lèvre que j'ai déjà maltraitée. Il affirme que je me souviendrai de lui, parce qu'il n'est pas une marchandise – et je comprends aussitôt qu'il pose ce fait pour appuyer la destiné qui m'attend. Mais, encore une fois, ce n'est pas de l'humiliation que je ressens derrière ces mots, mais l'étrange redite de mon parcours jusqu'alors. J'ai déjà été vendue, et ce par les personnes les plus aimantes du monde, et bien qu'en ce jour il ne soit nullement question d'amour, je reste spectatrice quant à la prise d'une liberté dont je n'ai jamais disposé moi-même, et dont je ne peux ressentir le manque. Ce qui doit être devient, et il n'y a pas à en souffrir, juste à réagir et à s'adapter. Pleurer contre la fatalité, ce n'est qu'y céder davantage. Sargon poursuit alors que je hoche la tête légèrement, lui accordant de nouveau par ce geste que certains de mes songes peindront son visage, et mon Capitaine confirme une suspicion que j'avais eue quelques minutes plus tôt. Je ne suis pas un cas unique, loin s'en faut, et de nombreuses autres femmes servent déjà, depuis des années pour quelques unes d'entre elles. Elles l'en haïssent, ce que je peux comprendre, sans toutefois le partager. Je me crois bien incapable de haïr quelque chose ou quelqu'un. On peut me faire peur, on peut me répugner, mais me bousculer jusqu'à ce que j'en déteste autrui... Je ne crois pas que ça puisse en arriver là un jour. Je ne parviens même pas à me le figurer. Mon sauveur et bourreau poursuit, avec un sourire en coin auquel je commence à m'accoutumer, qui signifie qu'il va me piquer d'ironie. Ça ne manque pas, et bien que sa façon de tourner la phrase aurait pu me faire manquer l'allusion qu'il y a glissée, ses lèvres me l'ont soulignée. Il fait mine de me proposer de venir lui raconter les rêves de nos corps qui s'affrontent, s'il m'arrivait de me perdre dans ces évocations de sang et de violence qui ne passent pas par l'épée – encore que, sa lame semble tout de même mêlée à sa couche. J'essaie de retenir mon rire confus et bizarre, le même qui m'était venu à peine quelques instants plus tôt, alors que ses premières allusions avaient ébauché un tableau sensuel derrière mes prunelles. Je souffle d'un ton rieur et tiède. « Je ne pense pas rêver de ton trépas, non. » C'est maladroit. Je ne voulais pas dire autre chose que le fait de ne pas souhaiter sa fin, mais je n'ai pas rendue ma pensée assez claire pour qu'elle ne puisse être détournée. Mes yeux pétillent de confusion et de cette hilarité saugrenue qui n'est que l'expression de ma fatigue et de ma confusion, je les baisse un instant. J'ai bien peur qu'il interprète mal cette dernière confession. Je veux ajouter quelque chose, je fais une drôle de moue pour signifier mon manque d'habileté, mais je ne trouve rien à dire qui ne m'enfonce pas davantage, alors je me tais.

Fort heureusement, il change de sujet assez vite, avant que je ne perde toute contenance et ne cède aux lourds sanglots qui se cachent derrière mes brisures de rire, et il évoque mes îles, ajoutant même de prévenants conseils quant à ma vie future et au comportement à adopter envers les autres femmes qui partageront ma vie. Je lui dévore les yeux des miens, avec intensité ; Garald aurait été à nos côtés qu'il m'en aurait sans doute séparée de lui avant que j'en vienne à lui donner mille baisers. J'ai envie de l'embrasser, oui, chastement bien sûr, mais avec une gratitude aussi sincère qu'immense. Ce qui me retient est d'abord la couverture qui est trop sale pour que je présente assez bien, ensuite ma nudité forcée si j'en viens à l'enlacer, du coup, je me contente de remuer les orteils et de jouer de mes doigts sur le tissu épais pour faire la monnaie de mon impétuosité. Les îles qu'il m'esquisse à mots couverts semblent aussi rudes que les hommes dont elle enfante, elles doivent être battues par les vents, fouettées par l'écume, sentir les algues et les tourments marins, comme des cailloux flottants, appartenant davantage aux abysses qu'à la terre. J'y serai captive, mais mon sang y sera bien. Il y sera chez lui. J'inspire profondément, les yeux clos, retrouvant une parcelle de sérénité qui me faisait jusqu'alors cruellement défaut, et j'y trouve la moitié du repos de mon âme. Je verrai les flots chaque jour, j'aurais les poumons emplis de brassées iodées, l'huile des foies de poisson donnera à mes lampes une odeur épaisse et grasse, ainsi qu'une lueur légèrement irisée. J'étais heureuse en gamine recluse, je commence à faire mon bonheur de servante au bord des falaises. Oh, maintenant qu'il l'a dit, je ne peux feindre d'ignorer que le bonheur n'est bon que lorsqu'il est caché et que si jamais je venais à l'afficher devant des captives éplorées, voire des erres natifs, mais malheureux et desséchés, on pourrait me battre ou me tuer, pour ne plus que je ne montre cet éclat que je ne pourrais partager. Ce serait comme porter une robe toute faite d'or et de diamants, cousue à même ma peau, devant des mendiants dépenaillés, et dont ils ne pourraient me défaire qu'en m'écorchant. Comme Sargon est délicat avec moi. Je rouvre les yeux, il a posé sa main à ma joue. Sa peau est calleuse, mais me semble très chaude, brûlant d'une vie farouche qui m'est plus que réconfortante. J'y roule mon visage, frôle son poignet de mon nez, étire le cou pour mieux loger ma pommette dans le creux de sa paume. Il me lance alors qu'il va me garder.

Son ton est péremptoire, indiquant qu'aucune protestation n'est permise ; j'aurais pu lui en sauter au cou de joie si je n'avais pas été si honteuse et épuisée. Lui qui ne semblait que vouloir me faire passer d'une main à une autre, ou me trouver sans grand intérêt ! J'en suis exaltée. Je vais pouvoir rêver longuement ! Je vais pouvoir brasser le souvenir de mes morts, avec auprès de moi, le Capitaine les ayant menés au tombeau ! Peut-être même pourrais-je lui parler d'eux parfois, peut-être pourra-t-il, à son tour, avoir des noms et des visages à mettre sur les tombes d'eau qu'il a creusées entre les vagues en donnant l'assaut, peut-être ceci rendra justice aux miens, et fera l’expiation de ce malheur qu'il m'a été suspecté d'apporter sur eux, et auquel j'ai, moi, échappé - ce qui me fait y croire davantage. J'appuie ma joue dans sa main, je ne peux me retenir de sourire à nouveau, de ce sourire que Maître Mainate trouvait si beau et qui parvenait parfois à faire frémir mon oncle d'affection. C'est celui que je tiens de ma mère, une expression franche, pure et affectueuse qui luit dans le regard et ne se limite pas qu'aux lèvres, que n'ont d'ordinaire que les jeunes enfants, et que les épreuves font souvent perdre. Je ne pense pas que mon Capitaine ne puisse jamais sourire comme cela. Ça me peinerait presque pour lui. Je pince ma lèvre entre mes dents encore, retenant une envie de plus en plus féroce, alors que Sargon continue. Il me conseille encore, m'avertit, me flatte même, j'en viens à me demander comment ai-je pu le convaincre ainsi. Puis j'oublie de chercher. Il n'est pas dans mon caractère de calculer, je sais être, pas feindre ; si ce sont mes rêves qui l'ont charmé, alors j'ai de quoi l'enchanter pour sa vie entière et je n'ai pas à m'en soucier. Lorsqu'il fait mine de me demander si je pense avoir plus d'esprit que les femmes qu'il déclare salées, mais fades, je ne réponds pas dans l'immédiat, absorbée par la contemplation des iris de Sargon et de ce terme qui m'intrigue. Pourquoi les dire de sel si elles n'ont aucune saveur ? Est-ce de l'ironie cinglante comme certains enfants de ces îles savent en frapper autrui aussi sûrement qu'avec leurs lames de hache ou d'épée ? Est-ce plutôt parce qu'eux sont de fer, et que le sel, lui, met des jours à se cristalliser et une pauvre pluie ou un moindre choc à se briser ? Est-ce pour une raison plus pragmatique, parce que la plupart de ses femmes sont attachées aux cuisines et à ses condiments ?

Il enchaîne, ne me laissant pas le temps de lui en faire la remarque, m'annonçant que je vais servir dans le château qu'il habite et que je devrais me débrouiller pour m'y faire une place, sans qu'il ne me protège outre mesure. Une protection se mérite, dit-il, je ne la lui aurais pas réclamée. La violence me terrifie, oui, mais si j'ai toujours vécu en tant que la petite main d'autrui, je n'ai que très rarement ressenti l'envie d'aller m'abriter derrière mes possesseurs, qu'ils furent ma mère lorsque j'étais enfant, Mainate plus tard, ou mon oncle lorsqu'il me « dérobait », comme il aimait à le dire. L'idée me frappe que Garald aurait pu être un de ses pirates, dans une autre vie, ou même dans sa première jeunesse, j'en ris intérieurement, brassant une pointe de tendresse, sans m'accrocher à cette pensée. Peut-être, qu'importe, notre patrie est la mer, les terres n'ont de sens que lorsqu'elles en sont entourées, ou qu'au moins un fleuve les perce. Mon Capitaine détache ses doigts de ma peau, pour préférer frôler mes cheveux, je cède à l'envie que je tisse depuis trop longtemps et je dépose un baiser aussi furtif que chaud sur le pli de son poignet, comme pour signer notre accord, comme pour bénir ma soumission. « Je pourrai te raconter mes rêves alors, quand tu voudras aller les chercher. Et les histoires qui t'intéressent, aussi. J'en connais des milliers. D'îles, de seigneurs, de mer, et même quelques unes de lames. » Je souris à nouveau. « Mais aucune d'épée. Il n'y aura que celle de ta dame de fer, et c'est tant mieux. » Devrais-je me sentir coupable d'être à ce point heureuse ? Peut-être. Mais plus je vis et j'aime, plus je crois que je vais briller pour les morts qui me sont liés et que je me dois de guider, alors, non, je ne suis décidément ni triste, ni abattue. Toujours honteuse d'être mal vêtue, tant pour eux que pour tous ceux qui m'entourent – une question de respect, encore. Ma nervosité s'écroulant, la fatigue revient à l'assaut, mais sous une autre forme : ce n'est plus une fuite qu'elle me propose, mais la juste rétribution de tous mes efforts jusqu'à présent. J'ai beaucoup fait, beaucoup vu, trop parlé, trop perdu. Mon corps est un peu maigre pour tout encaisser en paix.

Son ton varie légèrement, cessant de prendre celui, un peu docte et presque amène des conseils prévenants, pour redevenir très affirmatif, et, on pourrait le croire, menaçant. Tout comme Garald – et Mainate dans une moindre mesure – il tient à ce que je reste intacte, pour une raison profonde qui me reste obscure, mais qui semble commune à tous ceux qui semblent vouloir m'attacher à eux, et, d'une façon plus large, commune à la plupart des hommes envers les femmes qu'ils tiennent en affection. Ce qui m'en flatte encore : s'il tient à mon intégrité, c'est qu'il lui donne une valeur, donc qu'il m'en accorde encore davantage. J'inspire profondément, toute emplie du cap qui m'est dicté par mon Capitaine, qui rend une teneur à mon esprit et un but à ma volonté. Je vais le servir, le ravir et me préserver. Ma foi, c'est encore une fois ainsi que j'ai vécu, et tout comme mon métier m'avait semblé être un don des dieux, tant mon âme lui semblait affiliée, j'ai l'impression diffuse que ma vie n'est ni bouleversée, ni devenue insensée. J'aurais pu trouver cette ironie tétanisante, mais je décide, une fois de plus, de la saisir comme une chance, voire une faveur divine. Voici une nouvelle épreuve pour mon courage, avec comme récompense la paix des miens et un peu de bonheur à insuffler à mon sauveur. Je hoche la tête. « Tu sais, je ne parle pas beaucoup, d'ordinaire, et presque jamais aux hommes. Garald me demande toujours de ne le faire que lorsque c'est nécessaire. Alors, si tu le veux, je vais continuer. Ceux à qui je ne parle guère ne risquent pas de trouver le chemin de mes jupons. » Là, j'ai très légèrement rosi. Mais je n'en suis plus tellement gênée, puisque je crois que, comme Mainate et mon oncle, et comme il l'a affirmé, il n'ira jamais l'idée de faire ce qu'ils appellent « toucher ». Je me trompe peut-être, mais mes idées deviennent vite des certitudes lorsqu'elles me plaisent et qu'elles ressemblent à mon passé. Les belles paroles de mon vieux maître me revenant, j'ajoute, rêveuse et dans un demi ton. « Je serai à mes tâches, discrète, sans déranger. Et quand tu le voudras, tu pourras t'approcher. Comme une chandelle, voilà. » Et je crois bien que dans ce que je devine être un grand château, puissant, fortifié mais froid, on ne refusera pas une lueur de plus, fusse-t-elle ténue et aux yeux gris. J'ai déjà ma place. Je vais vivre, je vais tenir, je vais poursuivre. Je suis épuisée.
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Sargon Harloi
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« Capitaine de la Veuve Salée »

♦ Missives : 5377
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♦ Age : 28
♦ Date de Naissance : 27/09/1988
♦ Arrivée à Westeros : 22/11/2011
♦ Célébrité : Jack Huston
♦ Copyright : © Aryana
♦ Doublons : Maron Martell, Pryam Templeton, Bryce Vyrwel, Alysane Mormont
♦ Age du Personnage : 28 ans
♦ Mariage : Femme-roc : Helya Harloi (née Botley) ; Femme-sel : Emeraude
♦ Lieu : Île de Harloi, Dix-Tours
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Message Dim 14 Oct 2012 - 17:50

     Elle était réellement étrange, originale, un peu bizarre même. Ce n'était pas une mauvaise chose, au contraire. Les personnalités originales apportaient du piquant, de la fraîcheur et surtout de l'intérêt. Sargon était un homme d'action et le resterait jusqu'à la fin de ses jours – qu'il espérait assez proche – cela signifiait donc que les personnes qui l'entourait, devaient être capables de lui offrir de la surprise et une bonne raison de s'intéresser à eux. Ses hommes étaient triés sur le volet, Yoren ou même Wulfric qui occupaient des places de choix sur la Veuve Salée, savaient comment prendre le capitaine et son caractère aussi versatile qu'enfantin. Le tout était de comprendre comme le Harloi fonctionnait et de réussir à distiller au fur et à mesure de nouvelles informations. Même si l'intention de Cybeline n'était pas ciblée sur ce but au début de la discussion, du moins il l'imaginait, elle s'orientait sur une bonne voie.

     La demoiselle laissa quelques mots traverser la barrière de ses lèvres légèrement bleuies par le froid, elle avait un ton aussi inhabituel qu'inadapté à la situation. Après la perte de son oncle et de ses compagnons de voyage, elle aurait dû se sentir perdue, triste et surtout au bord de l'abysse. Mais tout en elle respirait la joie de vivre et la position désagréable dans laquelle elle se trouvait ne semblait pas davantage la troubler. L'hypothèse agréable selon laquelle la jeune femme pouvait partager son indifférence vis-à-vis des autres, caressa l'esprit de l'homme d'armes. Il avait toujours trouvé étrange cette manière qu'avaient les autres de s'attacher à leurs voisins, frères, sœurs ou autres. C'était une faiblesse qui conduisait à la tristesse et à la déchéance. Une femme normale se plaindrait auprès de son dieu à la place de Cybeline, mais cette dernière offrait plutôt le spectacle d'une demoiselle croisée sur un port du continent : rieuse et désireuse de continuer à vivre sa vie. C'était certainement pour cette raison que Sargon venait de décider de la garder auprès de lui, il avait envie de voir jusqu'à quel moment est-ce qu'elle tiendrait face à cette vie rude et nouvelle. L'était-elle réellement ? Le Fer-né ne connaissait rien des Cités Libres et mis à part le fait que les habitants de cet endroit étaient plus riches et plus « snobs » que ceux du continent, il ignorait totalement quel mode de vie est-ce que les roturiers de ces îles pouvaient avoir. Il n'était donc pas impossible que Cybeline puisse déjà avoir connu une vie semblable à celle qui lui était réservée sur les Iles de Fer. Ce serait donc un simple changement de décor. Peut-être qu'elle serait la cause d'une nouvelle activité pour le Harloi : la titiller et chercher comment la troubler pour mieux s'amuser d'elle. Ou avec elle si les choses évoluaient bien.

     Il n'avait rien répondu au fait qu'elle ne rêverait pas de sa mort, ce serait une raison supplémentaire de la trouver différente des autres. Elle se tirait au-dessus du lot, mais est-ce que ce serait permanent ? Son habituel sourire collé aux lèvres, le Fer-né la dévisageait avec la même intensité qu'à l'accoutumée. Loin de reculer son visage au contact de la paume de main de Sargon, Cybeline sembla réagir positivement à l'idée de rester à ses côtés. Bonne nouvelle, pour elle du moins, le jeune homme de son côté n'aurait pas changé d'avis sur la brunette avait manifesté un déplaisir face à cette perspective. Fidèle à lui-même, le capitaine reste indéchiffrable devant les réactions de son nouveau jouet. Il avait beau être étonné de constater qu'elle ne semblait pas réagir comme si sa main la dégoûtait – contraire aux autres femmes captives qui reculaient toujours devant lui, comme s'il était répugnant ou repoussant au possible – le Harloi souhaitait garder ces pensées pour lui-même. Ce serait lui faciliter la tâche que de lui avouer qu'elle avait marqué un point en agissant de la sorte. Tout serait plus amusant si Cybeline découvrait la marche à suivre toute seule. Après des promesses d'histoires et de rêves contés, la demoiselle se montra docile en lui proposant de continuer à agir comme elle le faisait avant, avec son oncle. Un sourire amusé se plaqua sur les lèvres du capitaine qui acquiesça d'un signe de la tête.

     ▬ Tu n'as pourtant pas vraiment respecté cette règle en m'adressant la parole. À moins que tu ne considères que cela ait été nécessaire ou que je puisse trouver le chemin de tes jupons ? L'idée n'était pas à exclure après tout, même si bien évidemment ce n'était pas sa priorité. Il souhaitait simplement la mettre une fois de plus mal à l'aise pour la voir rosir comme elle venait de le faire. C'est à toi de décider ce que tu veux faire, je ne vais pas te suivre à la trace pour voir si tu parles aux autres ou si tu fais profil bas. »

     De toute manière, si la jeune fille s'aventurait trop loin avec un homme, celui-ci n'attendrait pas son autorisation pour s'occuper de son cas. Elle avait l'air très naïve, il n'était pas certain que Cybeline se rende compte que les natifs des Iles de Fer n'étaient pas des personnes très regardantes sur les bonnes manières. Sargon détonnait parmi ses pairs, sauf qu'il passait pour un barbare mal-élevé aux yeux des continentaux, autant dire qu'il était aisé d'imaginer comment se comportaient les autres. La demoiselle le découvrirait bien avec le temps, cela dit le Fer-né ne souhaitait pas qu'elle se montre trop naïve et qu'elle finisse par gâcher l'intérêt qu'elle avait. Après une très légère hésitation, le jeune homme reprit donc la parole.

     ▬ Sache que ne pas parler à un homme ne te mettra pas à l'abri sur les Iles de Fer. Tu ne connais pas notre mode de vie, mais un homme peut prendre ce qu'il désire par la force et il sera dans son droit. Sauf si elle appartient à un autre, mais tu ne seras qu'une simple domestique, rien de plus. Autrement dit, elle n'appartiendra à personne alors qu'elle ne sera plus à elle-même pour autant. Drôle de vision des choses, les Fer-nés aimaient les choses étranges apparemment. C'était de cette protection dont je te parlais avant. »

     À savoir la protection d'appartenir à un homme. Le fer-prix ne se contournait pas, les habitants des Iles de Fer avaient des traditions et les respectaient. La seule personne qui ne reculait pas devant l'idée d'aller charmer la femme-sel d'un autre Fer-né était Sargon, autant dire que les siennes ne risquaient donc pas grand-chose. Sauf qu'il n'en avait pas, pour le moment. Au moins les choses étaient claires : il faudrait que Cybeline se montre attentive aux gestes des personnes qui s'approcheraient d'elle. L'idée amusa franchement le capitaine qui laissa un nouveau sourire naître sur ses lèvres. Imaginer la jolie artisane se méfier de toutes les personnes qui feraient mine de s'intéresser à elle, quoi de plus divertissant ? Manipuler les autres était un loisir dont il ne se lassait pas, elle avait l'air assez naïve pour croire tout ce qui sortait de sa bouche, restait à voir jusqu'à quel point. Pour le coup, le Fer-né lui disait la vérité, mais à l'avenir il ne se gênerait pas pour la tester un peu. Décidant que le temps était venu de s'occuper de son travail de capitaine, le jeune homme la regarda une dernière fois avant d'esquisser une ultime sourire.

     ▬ Je viendrai peut-être te voir dans quelques jours dans ce cas, si je n'ai pas oublié ton prénom d'ici là du moins.... »

     Petit pique avant de l'abandonner histoire de la laisser imaginer qu'il puisse l'oublier d'ici là. Se poserait-elle la question de savoir si elle habitait encore ses pensées ? Il l'espérait, une manière de plus de monopoliser son esprit et de s'imposer dans ses souvenirs. S'il y avait bien une chose qui ne laissait pas le moindre doute, c'était que le Fer-né appréciait tout particulièrement d'être le centre de l'attention de jolies demoiselles. Le capitaine se détourna donc, laissant la jeune femme enroulée dans sa couverture, toujours le centre de l'attention des rameurs. Un temps pour le plaisir, un temps pour le travail et il était temps de songer à rentrer chez soi.


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